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Full text of "Correspondance des Beys de Tunis et des consuls de France avec la cour, 1577-1830, publiée sous les auspices du Ministère des Affaires Etrangères, avec une introduction et des notes"

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CORRESPONDANCE 


DBS 


BEYS  DE   TUNIS 

ET    DES 

CONSULS    DE    FRANGE 

AVEC  LA  COUR 
1577  —  1830 


OUVRAGES  DU  MÊME  AUTEUR 


Le  Marquis  de  Marigny,  Surintendant  de^  Beaux-Arts  sous  Louis  XV, 
et  sa  collection  de  statues.  1  vol.  in-8avec  28iiéliogravures  (Pans^  Quantin, 
4880). 

Recueil  de  fac-similés  pour  servir  à  l'histoire  de  la  paléographie 
moderne  (avec  la  collaboration  de  M.  Jean  Kaulek).  Un  atlas  grand 
iQ-4°  {Paris,  Armand  Colin,  4889). 

Mouley-Ismadl,  Empereur  du  Maroc,  et  la  Princesse  de  Conti. 

Brochure  in-8  avec  gravures  hors  texte  (Paris,  489i), 

Correspondance  des  Deys  d'Alger  avec  la  Cour  de  France  (1579- 
1830),  avec  introduction,  éclaircissements  et  notes,  2  vol.  grand  in-8 
(Pans,  F.  Alcan,  4889). 

Ouvrage  récompensé  par  V  Académie  des  sciences  morales  et  politiques. 

Correspondance  des  Beys  de  Tunis  et  des  Consuls  de  France  avec 
la  Cour  (1577-1830),  avec  introduction,  éclaircissements  et  notes,  2  vol. 
grand  in-8  (Paris,  F.  Alcan,  4893).  Tome  I  (1577-1700)  et  Tome  II  (1700- 

1770).      .y'.\    V   -    ,. 

.  '    *  '  •        ■  ^ 

Ouvifaq^  ept^iii^né^(ii'\V Académie  des  sciences  morales  et  politiques. 


jst  puilUé^ifùj^ie^  àtiàpices  du  Ministre  des  Affaires  étrangères 

9 

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Coulommiers.  —  Imp.  P.  Brodard.  —  267-95, 


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CORRESPONDANCE 


DKS 


BEYS  DE  TUNIS 


ET    DES 


CONSULS  DE  FRANCE 


AVEC   LA  COUR 


1577  —  1830 


PUBLIÉE  SODS  LES  AUSPICES  DU  MINISTRE  DES  AFFAIRES  ÉTRANGÈRES 

AVEC  UNE  INTRODUCTION  ET  DES  NOTES 

PAR 

EUGÈNE  PLANTET 

▲TTACBi  AU  MINISTÈRE  DBS  AFFAIRES  ÉTRAMOÈRES 


TOME   TROISIÈME 
(1770-1830) 


PARIS 

ANCIENNE  LIBRAIRIE   GERMER  BAILLIÈRE  ET  C* 

FÉLIX  ALCAN,  ÉDITEUR 

108,    BOULEVARD    SAINT-GERMAIK,    i08 

1899 


INTRODUCTION 


Le  traité  du  13  septembre  1770  avait  réconcilié  la  Régence 
tunisienne  avec  la  Cour  de  Versailles.  Ali  régnait  depuis  plus  de 
dix  ans,  et  jusqu*aux  derniers  incidents  provoqués  par  sa  répu- 
gnance à  resrpecter  le  pavillon  des  Corses  en  vertu  de  notre  con- 
quête, il  s'était  toujours  montré  chaud  partisan  d'une  amitié  sin- 
cère avec  la  France.  Cette  fâcheuse  querelle  de  l'annexion  de  l'île 
méditerranéenne  à  la  Couronne  venait  d'être  vidée,  nous  l'avons 
vu,  grâce  à  Tintervention  armée  du  comte  de  Broves.  Une  fois 
de  plus,  l'orgueil  du  Seigneur  barbaresque  avait  été  contraint 
de  s'abaisser  devant  «  le  plus  puissant  des  Princes  de  chrétienté  ». 
Toutefois,  plus  habile  encore  que  fataliste,  Ali-Bey  s'était  empressé 
de  faire  oublier  ses  torts.  L'amitié  de  l'Empereur  de  France 
n'était-elle  pas,  à  ses  yeux,  plus  nécessaire  à  son  Gouvernement 
que  des  dépouilles  incertaines,  ou  quelques  rançons  arrachées  par 
la  force  brutale  à  d'innocents  captifs?  Que  lui  importaient,  au 
surplus,  les  sollicitudes  intéressées  d'un  Kaznadar,  et  les  criaille- 
ries  sans  mesure  d'une  bande  de  corsaires  à  la  vue  des  restric- 
tions apportées  à  leur  champ  d^action?  L'intérêt  le  mieux  entendu 
commandait  au  Prince  tunisien  tous  les  sacrifices  pour  rétablir 
entre  son  pays  et  le  nôtre  d'activés  relations  d'affaires.  C'est 
pourquoi,  pendant  les  douze  ans  qu'il  allait  passer  encore  à  la 
tête  de  la  Régence,  rien  ne  pourrait  le  détourner  du  soin  de  cul- 
tiver Tamitié  du  Consul  de  France;  ses  efforts  n'auraient  qu'un 
but  :  entretenir  avec  nos  nationaux  les  rapports  les  plus  profita- 
bles, «  sans  aucun  retour  sur  le  passé  ». 

Barthélémy  de  Saizieu,  que  des  lettres  de  noblesse  viennent 


II  INTRODUCTION 

de  récompenser  de  ses  bons  services,  a  regagné   son  poste  le 
13  octobre  1771.  A  peine  est-il  arrivé,  avec  sa  femme  et  sa  suite, 
qu'il  est  salué  de  trois  cris  de  «  Vive  le  Roi  !  »  et  de  six  coups  de 
canon,  contre  l'usage.  Le  lendemain  de  son  débarquement  à  La 
Goulette,  il  est  reçu  par  Ali-Bey  «  avec  les  honneurs  réservés 
aux  Princes  du  pays  ».  Nous  devons  ajouter  qu'il  a  les  mains 
pleines.  IjÉtat  des  présents  du  Roi  en  1771  prouve  qu'à  Ver- 
sailles, comme  au  Bardo,  Ton  a  le  plus  vif  désir  de  rendre  plus 
intimes,  ainsi  que  le  dit  Louis  XV,  les  liaisons  des  Français  et  des 
Tunisiens.  «  Nous  nous  intéresserons  avec  plaisir  à  la  prospérité  de 
votre  Régence,  écrit  encore  Sa  Majesté  (l***  avril  1771),  dans  un  lan- 
gage à  la  fois  très  digne  et  très  réservé,  tant  que  vous  chercherez 
vous-même  à  favoriser  les  Français  de  préférence.  »  A  quoi  le  Bey 
de  répondre  que  son  principal  souci  sera  de  perpétuer  la  paix 
«  invariablement  »,  en  donnant  chaque  jour  des  preuves  d'alta- 
chement  au  très  illustre  Empereur  de  France.  «  Tout  est  réparé, 
tout  est  oublié,  répliquera  Tabbé  Terray,  Secrétaire  d'État  de  la 
marine;  il  ne  doit  plus  être  question  que  d'amitié  et  de  services 
réciproques.  » 

Ali  n'attendra  pas  longtemps  pour  demander  «  à  ses  meilleurs 
amis  »  leurs  bons  offices.  Il  médite,  en  effet,  les  projets  les  plus 
sages  pour  civiliser  ses  Ëtats,  et,  fort  judicieusement,  il  s'est  rendu 
compte  que  tous  ses  efforts  seront  vains,  s'il  ne  commence  par 
supprimer  ces  deux  fléaux  barbaresques  :  la  course  en  mer  et 
l'esclavage.  Son  rêve  est  de  diminuer  le  nombre  de  ses  marins,  de 
développer  chez  ses  sujets  le  goût  de  l'agriculture,  de  fertiliser 
les  terres  improductives  de  la  Régence.  Dans  ce  but,  il  nourrit 
l'espoir  de  conclure  avec  le  Grand  Maître  de  Malte,  ennemi  sécu- 
laire des  Puissances  africaines,  une  trêve  secrète,  peut-être  même 
une  paix  durable.  La  médiation  de  la  France,  selon  lui,  lèverait 
tous  les  obstacles  ;  le  Cabinet  de  Versailles  ne  pourrait  qu'encou- 
rager une  entente  aussi  féconde  entre  la  Religion  et  le  Croissant, 
et  l'on  paraîtrait,  s'il  le  faut,  s'y  résigner  au  Bardo. 

Saizieu  s'est  vu  dans  la  nécessité  de  transmettre  à  sa  Cour  de 
telles  ouvertures.  Cet  accord,  à  son  avis,  serait  avantageux  non 
seulement  pour  Tunis  mais  aussi  pour  Malle,  qui  pourrait  se 
procurer  abondamment  et  à  bas  prix,  dans  la  Régence,  les  secours 
que  la  Sicile  lui  refuse  quelquefois  ou  lui  vend  fort  cher.  Toute- 
fois, sans  compromettre  le  prestige  de  «  l'Empereur  de  France  », 
le  Consul  a  dû  bercer  le  Bey  dans  ses  illusions,  et  le  préparer  en 


INTRODUCTION  III 

même  temps  à  ne  pas  trop  compter  sur  Tappui  qull  désire. 
Les  dépêches  ministérielles  lui  prescriront  bientôt,  d'ailleurs,  les 
réserves  qu'il  convient  de  présenter  à  cet  égard,  «  Sa  Majesté  ne 
pouvant  abuser  de  son  ascendant  sur  TOrdre  de  Malte  ».  Peu 
après,  c^est  un  médecin  que  le  Prince  tunisien  demande  avec 
instances  à  Versailles.  De  nouveaux  présents  d'Ali-Bey  seront 
remis  à  la  Cour;  les  lettres  les  plus  gracieuses  seront  portées  au 
Ministère  par  un  officier  du  Divan.  Saizieu,  de  son  côté,  ne  cessera 
d'obtenir  les  égards  les  plus  marqués  pour  sa  personne,  les  déci- 
sions les  plus  favorables  à  ses  protégés.  La  Compagnie  d'Afrique 
aura  la  faculté  d'exporter  des  grains  en  Provence,  malgré  les 
prohibitions  de  sortie  qui  frappent  les  denrées  tunisiennes.  En 
vain  la  même  faveur  sera  sollicitée  par  Tagent  d'Angleterre. 
Lorsque  le  Bey  et  sa  famille  iront  visiter  en  détail  l'arsenal  de 
Porto-Farina,  le  Consul  de  France  sera  du  voyage,  à  la  stupéfac- 
tion de  ses  rivaux,  et  ne  saura  pas  moins  tirer  parti  que  les  Princes 
qu'il  accompagne  de  cette  excursion  tout  intime.  Point  de 
réjouissances  au  Bardo  que  notre  représentant  ne  soit  appelé  à 
partager.  Aussi  la  colonie  française  célèbre-t-elle  comme  une  fête 
nationale  les  deux  mariages  du  fils  et  du  neveu  d'Ali.  Salves 
d'artillerie,  lampions,  feux  d'artifice,  rien  ne  manque  au  Fondouk» 
quand  l'occasion  se  présente  de  manifester  en  faveur  de  la  dynastie 
régnante.  Que  des  galères  tunisiennes  donnent  à  la  marine  mar- 
chande le  moindre  sujet  de  plainte?  Réparation  immédiate  nous 
est  accordée,  les  reïs  coupables  sont  punis,  les  prises  sont  resti- 
tuées à  première  demande.  Que  des  vaisseaux  du  Roi  fassent 
escale  à  La  Goulette?  Il  n'est  sorte  de  bons  traitements  que 
n'éprouvent  les  officiers  de  la  part  des  autorités  du  port  et  du  Bey 
lui-même. 

A  cette  époque,  on  voit  débarquer  tour  à  tour  les  chevaliers 
d'Apchon,  de  Tressemanes,  de  Chabert,  de  Vertrieux,  de  SufTren, 
de  Coriolis  d'Espinouse.  Ce  sont  encore  des  capitaines  tels  que 
Faucher,  Bompar,  Blotefier,  Peynier,  Marlelly  et  Narbonne- 
Pellet.  Tous  sont  admis  à  «  faire  leur  révérence  »  devant  le 
magnitique  Seigneur.  Les  uns  viennent  gracieusement  s'infor- 
mer de  sa  santé,  au  nom  de  leur  Souverain;  les  autres  lui  font 
connaître  les  faits  divers  de  chrétienté.  Tous  sont  charmés  de 
Taccueil  qu'ils  reçoivent,  et  ne  remettent  à  la  voile  qu'après  avoir 
entendu  les  serments  d'amitié  les  plus  chaleureux.  C'est  que, 
depuis  la  guerre  de  1770,  toute   une   escadre   évolue  dans  la 


IV  INTRODUCTION 

Méditerranée  «  pour  la  protection  du  commerce  »,  et  que  ses 
officiers  ont  Tordre  de  montrer  fréquemment  leur  pavillon  aux 
Tunisiens,  «  afin  de  prouver  à  ceux-ci,  sans  affectation,  qu'on 
ne  les  perd  pas  de  vue  ».  L^ancien  système  des  croisières  perma- 
nentes vient  d*ètre  remis  en  vigueur.  Il  a  fallu  s'y  résigner  au 
Ministère  de  la  marine,  malgré  les  dépenses  qu'il  entraîne.  N*a  t-il 
pas,  en  effet,  le  double  avantage  de  tenir  en  respect  les  quinze 
galères  de  la  Régence  encore  à  la  mer,  et  d'assurer  une  escorte 
aux  chargements  des  Echelles  du  Levant  et  de  Barbarie? 

Si  le  prestige  de  la  France  à  Tunis  s'est  relevé  si  promptement, 
à  la  fin  du  règne  d'Ali-Bey,  ce  résultat  n'est  pas  dû  seulement  à 
Barthélémy  de  Saizieu,  mais  encore  à  deux  personnages  très 
fréquemment  cités  dans  les  dépèches  de  ce  Consul.  Hamouda,  fils 
aîné  du  Bey,  a  été  de  bonne  heure  associé  aux  affaires.  Comman- 
dant supérieur  des  troupes,  il  a  su  conquérir  sur  tout  son  entou- 
rage un  ascendant  qui  lui  garantit  à  l'avance  la  succession  au 
trône  de  son  père.  Mustapha-Khodja,  qui  fut  son  esclave,  est 
aujourd'hui  son  beau-frère  et  premier  Ministre  de  la  Régence. 
C'est  de  lui  qu'un  Consul  de  France  écrira,  vingt-cinq  ans  plus 
tard,  qu'  «  on  ne  saurait  compter  ses  bonnes  actions  ni  citer  une 
seule  injustice  ». 

À  la  fois  redouté  pour  la  fermeté  de  son  caractère  et  vénéré 
pour  sa  droiture  par  les  fonctionnaires  du  Beylik,  Mustapha  par- 
tage avec  Hamouda  tout  le  fardeau  du  pouvoir.  Rien  ne  se  fait 
sans  leur  concours,  le  vieil  Ali  se  reposant  sur  eux,  en  toute 
confiance,  des  soucis  du  gouvernement.  Or  personne,  au  Bardo, 
ne  se  déclare  plus  que  ces  Princes  partisan  de  Talliance  franco- 
tunisienne.  Une  étroite  amitié  les  unit  à  Saizieu,  et  cet  agent, 
comme  on  le  pense,  l'entretient  et  la  ménage  avec  une  vigilance 
de  tous  les  instants.  Jusqu'à  l'avènement  d'Hamouda,  les  dépèches 
officielles  refléteront  celte  intimité  enlre  les  deux  Cours.  Il  ne 
sera  question  que  de  services  réciproques,  de  témoignages  d'affec- 
tion désintéressée.  Boynes  et  Sarline,  Secrétaires  d'État  de  la 
marine,  échangeront  avec  les  Seigneurs  de  Tunis  les  plus  flat- 
teuses assurances.  En  dépit  même  de  l'étiquette,  Leguay  et  Saint- 
Didier,  premiers  commis  du  Ministère,  recevront  des  chevaux 
arabes,  en  même  temps  que  des  missives  personnelles  où  les 
Princes  diront  à  quel  point  ils  estiment  «  ceux  qui  s'approchent 
tous  les  jours  du  Yizir  de  France  ».  C'est  ainsi  que  les  intérêts  de 
la  nation  française  en  Tunisie  seront  favorisés,  garantis  même, 


INTRODUCTION  V 

dans  une  foule  de  circonstances  qu'il  serait,  pour  ainsi  dire,  impos- 
sible d'énumérer. 

Parmi  les  faits  les  plus  saillants  que  •  signalent  les  correspon- 
dances, à  Tépoque  qui  nous  occupe,  l'ambassade  tunisienne  de 
Suleyman  à  la  Cour  de  Versailles  retient  surtout  Tattention. 
Louis  XY  est  mort,  et  le  Bey  de  Tunis  a  regardé  comme  un  devoir 
de  faire  agréer  son  hommage  par  le  nouvel  Empereur  de  France. 
Suleyman  est  général  de  cavalerie  dans  la  Régence.  Pour  remplir 
le  rôle  pompeux  d*Envoyé  extraordinaire,  il  est  bien  «  un  peu 
neuf  »,  comme  le  disent  les  dépèches,  et  d'une  timidité  qui  ne 
laisse  pas  d'inquiéter  ceux  qui  le  connaissent.  La  Cour  n^aura 
cependant  qu'à  se  louer  des  manières  de  ce  personnage,  et  trou- 
vera du  meilleur  goût  «  la  dignité  flegmatique  »  de  son  attitude, 
tant  que  durera  son  voyage.  Parti  de  La  Goulette,  le  13  dé- 
cembre 1776,  avec  une  suite  de  six  personnes,  sur  la  frégate  du 
Roi  U Aurore,  il  a  trouvé  à  Toulon  Tinterprète  Ruffin,  chargé  de 
raccompagner  .pendant  sa  mission.  Puis  il  a  gagné  Paris  à  petites 
journées,  »  voyageant  comme  les  Grands  de  France  »,  sous  la 
garde  d'un  archer  de  la  marine.  Derrière  les  chaises  de  poste 
ont  suivi  douze  chevaux  et  deux  lions  destinés  à  Sa  Majesté 
Louis  XVL 

Nous  avons  déjà  rapporté,  dans  un  précédent  volume,  les  détails 
du  cérémonial  usité  à  la  Cour  de  France  pour  les  Envoyés  bar- 
baresques.  Il  parait  superflu  d'y  revenir  ici.  Le  Journal  de 
l'ambassade  de  Sulsyman-Agha^  Envoyé  extraordinaire  du  Bey  de 
Tunis,  rédigé  au  jour  le  jour  par  l'interprète  du  Roi  Ruffin,  a 
d'ailleurs  été  conservé,  et  pourra  faire  un  jour  l'objet  d'une  publi- 
cation spéciale.  Qu'il  suffise  donc  de  mentionner  la  solennelle 
audience  où  Suleyman-Âgha  fut  admis  à  présenter  les  compli- 
ments de  son  Souverain,  et  les  distractions  raffinées  dont  Tambas- 
sadeur  africain  fut  constamment  ébloui,  sous  l'égide  de  son 
aimable  interprète  et  cicérone.  Ruffin  reconduisit  à  Toulon 
l'Envoyé  d'Ali,  l'embarqua  sur  une  frégate  et  lui  remit,  au  nom  du 
Roi,  des  présents  considérables  pour  le  Bey  et  son  entourage. 
Le  10  juin  1777,  Suleyman  et  ses  gens  étaient  de  retour  à  Tunis. 
Les  frais  de  leur  voyage  et  de  leur  entretien,  cadeaux  non  compris, 
n'avaient  pas  coûté  au  Trésor  moins  de  167,338  livres. 

Un  an  après,  Saizieu,  dont  la  santé  commençait  à  donner  des 
inquiétudes,  rentrait  en  France  en  vertu  d'un  congé.  Les  instruc- 
tions qu'il  avait  rédigées  pour  le  Vice-Consul  Devoize,  datées  du 


VI  INTRODUCTION 

iS  juillet  1778,  font  trop  d'honneur  à  ses  talents  et  à  son  caractère 
pour  demeurer  dans  Toubli.  Tous  les  devoirs  de  sa  charge  y  sont 
résumés  :  rapports  avec  les  indigènes  et  les  Consuls  étrangers, 
gestion  d'affaires  commerciales,  rédemption  des  esclaves,  protec- 
tion des  négociants  et  des  Capucins  italiens,  préséance  de  Tagent 
français,  tout  est  prévu  et  discuté  avec  une  sagesse  extrême,  avec 
la  connaissance  la  plus  approfondie  des  hommes  et  des  choses 
d*Âfrique;  Il  était  recommandé  avant  tout,  au  gérant  du  poste, 
d'entretenir  avec  un  soin  jaloux  l'amitié  des  Princes,  et  d*ètre 
assez  vigilant  pour  que  rien  n'altér&t  leurs  préférences  marquées 
pour  les  Français.  Nous  verrons  sous  peu  quels  profits  sut  retirer 
le  jeune  Devoize  des  conseils  qui  lui  furent  donnés  au  début  de  sa 
carrière.  C'est  en  suivant,  en  effet,  scrupuleusement  les  directions 
de  son  ancien  chef  qu*il  devait  parvenir  un  jour  au  rang  des 
plus  habiles  et  des  plus  distingués  Consuls  que  la  France  ait  jamais 
eus  dans  la  capitale  tunisienne. 

Une  dépêche  du  8  mai  1779  montre  dans  quels  sentiments  le 
départ  de  Saizieu  laissait  Ali  et  sa  famille.  La  santé  de  plus  en 
plus  chancelante  de  cet  agent  ayant  obligé  le  Ministre  à  lui 
accorder  sa  retraite,  avec  une  pension  de  9,000  livres,  le  Consul 
de  Tripoli,  J.  B.  du  Rocher,  avait  été  désigné  pour  le  poste  de 
Tunis;  mais  on  craignit  un  instant  de  ne  pouvoir  obtenir  l'agré- 
ment du  Bey.  «  Le  zèle  et  le  talent  de  M.  de  Saizieu,  écrivit  ce 
Prince  à  Sartine,  auxquels  les  deux  Empires  doivent  Tamitié  et  la 
bonne  harmonie  qui  les  unissent  depuis  si  longtemps,  excitent 
en  nous  les  plus  vifs  regrets.  La  profonde  discrétion  de  ce  Consul 
dans  toutes  les  négociations  délicates,  dont  il  a  été  le  sage  et 
heureux  intermédiaire  pendant  de  longues  années,  nous  inspire 
l'éloignement  le  plus  invincible  à  accorder  notre  confiance  à  tout 
autre  individu,  et  nous  détermine  à  vous  conjurer  de  vouloir  bien 
nous  renvoyer  encore  le  susdit  Consul...  Nous  vous  supplions,  pour 
le  bonheur  de  la  France  et  de  notre  Régence,  de  le  rendre  à  nos 
vœux...  » 

Le  vieil  Ali  s'était  résigné,  toutefois,  sans  mauvaise  humeur,  au 
remplacement  de  son  ami.  Toujours  soucieux  de  plaire  à  la  Cour 
de  Versailles,  il  avait  tenu  à  honneur  de  régler  sans  plus  longs 
délais  la  dernière  négociation  qui  restait  alors  en  souffrance.  Voici 
quel  était  son  objet.  Près  de  cinquante  esclaves  corses  avaient  été 
conduits  et  vendus  à  Tunis  avant  l'annexion  de  leur  pays.  Las 
d'attendre  leur  liberté,  ils  avaient  causé,  parfois,  quelques  troubles 


INTRODUCTION  VII 

dans  la  rille,  assiégeant  les  comptoirs  de  leurs  nouveaux  compa- 
triotes, les  lassant  d*importunes  requêtes  et  les  menaçant  même 
d'apostasier.  Le  Bey  s'était  engagé  récemment  à  les  affranchir 
(Omar  du  15  mars  1778).  Mais  il  avait  exigé  des  conditions  oné- 
reuses :  1,500  piastres  par  tète  d'esclave,  sans  compter  6  0/0  de 
commission  d'usage  au  premiei^  Ministre,  3  0/0  pour  le  Divan,  les 
frais  de  change,  d'entretien,  de  nolis,  de  rapatriement  des  insu- 
laires dont  il  s'agit.  Ce  fut  la  première  affaire  dont  le  Vice-Consul 
Devoize  eut  à  s'occuper.  Si  l'on  calcule  toutes  les  dépenses  de  cette 
nouvelle  rédemption,  sur  le  pied  de  36  sols  la  piastre  tunisienne, 
cours  de  l'époque,  on  estime  à  180,000  livres  les  sommes  qu'il 
eut  à  débourser  pour  le  compte  du  Gouvernement.  Sa  gérance, 
toutefois,  ne  dura  qu'une  année.  Le  8  juillet  1779  arriva  à  La 
Goulette  le  nouveau  titulaire  du  posté,  et  l'agent  intérimaire  dut 
s^effacef,  pour  n«  plus  faire  parler  de  lui  qu'à  Tépoque  révolu- 
tionnaire. 

Jean-Baptiste  du  Rocher,  nous  l'avons  dit  plus  haut,  venait  de 
Tripoli.  Ses  services  antérieurs  dans  les  Echelles  du  Levant,  à 
Alep,  à  Alexandrie,  l'avaient  mis  depuis  quinze  ans  au  courant 
des  habitudes  et  des  mœurs  musulmanes;  il  y  avait  acquis  toute 
la  souplesse  nécessaire  en  pays  de  Capitulations.  Les  Instructions 
du  Roi,  rédigées  pour  lui  le  8  mars  1779,  réglaient  jusqu'au 
cérémonial  de  son  installation  dans  sa  nouvelle  résidence,  et  pré- 
cisaient minutieusement  l'importance  et  l'étendue  des  fonctions 
qu'il  allait  remplir.  Son  titre  de  Consul  général  et  de  Chargé  des 
affaires  de  Sa  Majesté  près  le  Bey  de  Tunis  avait  été  donné,  pour 
la  première  fois,  à  Saizieu  (9  décembre  1776),  lors  du  dernier 
renouvellement  des  pouvoirs  de  cet  officier.  Par  une  disposition 
sans  précédent,  il  lui  était  prescrit  de  ne  pas  faire  de  cadeaux 
d'arrivée.  «  Le  sieur  du  Rocher  pourra,  à  l'occasion  et  longtemps 
après,  faire  à  tous  les  Princes  du  Bardo  des  présents  de  peu  de 
valeur  en  sucre,  café  et  confitures  de  France,  mais  il  devra 
s'abstenir  de  toute  donative  qui  aurait  l'air  d'établir  un  usage  ou 
d'y  satisfaire.  Quelque  demande  qu'on  lui  fasse  à  titre  de  besoins 
ou  de  présents  relatifs  à  son  arrivée  à  Tunis,  il  répondra  que  les 
Consuls  de  France  sont,  à  cet  égard,  distingués  de  ceux  des  autres 
nations...  le  tout  devant  être  dit  avec  modération  mais  fermeté.  » 
Comme  il  parlait  avec  aisance  le  turc  et  l'arabe,  savait  agréable- 
ment converser  des  pays  d'Orient,  et  s'exprimer  au  besoin  dans 
cet  idiome  bizarre,  tiré  des  langues  turque,  italienne  et  franque, 


VllI  INTRODUCTION 

en  usage  à  la  Cour  du  Bey,  du  Rocher  se  fit  pardonner  peu  à  peu 
sa  parcimonie,  et  parvint  même  à  traiter  avec  succès  toutes  les 
affaires  courantes.  Parmi  celles-ci,  la  plus  sérieuse,  disons  même 
la  plus  délicate,  concernait  les  privilèges  de  la  Compagnie 
d'Afrique. 

On  se  souvient  que  cette  association,  fondée  en  1741,  avait  fait 
confirmer  ses  droits  dans  la  Régence  tunisienne  par  le  traité  de 
1768.  Un  an  après,  en  vertu  de  Tarticle  II,  elle  installait  une  facto- 
rerie à  Bizerte,  et  passait  des  contrats  avec  les  pêcheurs  de  corail 
de  nie  Sainte-Marguerite  et  d'Ajaccio.  Mais  Ali-Bey  s'était  opposé 
promptement  au  trafic  des   agents  français,  et  les  avait    même 
contraints  d'évacuer  leur  nouveau  comptoir.  La  guerre  franco- 
tunisienne  était  survenue;   enfin   le  traité  de  1770,  ayant  pro- 
rogé tous  les  droits  de  la  Compagnie  d'Afrique,  Tavait  dispensée 
de  payer  sa  redevance  de  4,500  piastres  pendant  six  ans.  Lorsque 
celle-ci,  rendue  prudente  par  Texpérience  d'un  passé  tout  récent, 
fut    rentrée   paisiblement  en    possession    des    deux    places    de 
Bizerte  et  du  Cap-Nègre,  elle  crut  de  son  intérêt,  pour  le  moment 
du  moins,  de  consacrer  ses  ressources  à  l'exportation  des  grains 
plutôt  qu'à  la  pêche  du  corail.  Sur  ce,  les  Mahonnais  offrirent 
au  Bey,  pour  le  privilège  exclusif  de  cette  pêche,  58,000  livres, 
les  Siciliens  81,000  livres  annuellement.  C'est  pourquoi  Saizieu, 
tout  dévoué  aux  intérêts  de  la  Compagnie  marseillaise,  jugea  bon 
de  décider  le  Ministre  et  gendre  d'Ali  à  se  charger  lui-même  de 
la  dite  pêche,  avec  privilège  exclusif,  dans  toute  l'étendue  des 
côtes  de  la  Tunisie.  Puis,  il  parvint  habilement  à  disposer  ce  con- 
cessionnaire à  la  rétrocession  de  son  monopole  à  la  Compagnie 
pendant  dix  années.  Les  choses  en  restèrent  là,  car  les  associés, 
d'accord  avec  le  Consul  de  France,  ne  purent  se  résoudre  aux  con- 
ditions onéreuses  qui  leur  étaient  proposées,  soit  20,000  piastres 
de  redevances  (72,000  livres).  Ils  craignaient,  avec  raison,  de  voir 
augmenter  le  chiffre  de  leur  tribut  au  Dey  d'Alger,  car  ils  payaient 
alors  à  ce  dernier  36,910  livres  pour  les  trois  comptoirs  de  La 
Calle,  Bône  et  le  Collo,  indépendamment  des  36,000  livres  répar- 
ties au  Bey  de  Constantine  et  aux  Cheiks  du  voisinage,  en  tout 
72,910  livres.  Tout   en   cherchant  à  conclure   des  conventions 
nouvelles  avec  les  Seigneurs  tunisiens,  à  la  faveur  des  circons- 
tances, la  Compagnie  d'Afrique  avait  renoncé  à  s'entendre  avec 
Mustapha  et  préféré  le  statu  quo^  c'est-à-dire  l'abandon  provisoire 
de  droits  séculaires. 


INTRODUCTION  IX 

Du  Rocher  comprit  les  dangers  de  pareils  alermoiements. 
Témoin  des  compétitions  que  suscitait  chez  nos  rivaux  Toctroi  de 
ces  privilèges,  il  obtint  des  associés  marseillais  quelques  sacri- 
fices, et  trouva  «  le  bon  quart  d'heure  »  pour  rappeler  au  Bardo 
les  termes  de  l'article  VIII  du  traité  de  1728  :  «  //  ne  sera  accordé 
aucun  privilège  à  d'autres  nations  qui  ne  soit  dans  le  moment  com- 
mun à  la  française,  quoiqu'il  ne  soit  pas  spécifié  dans  le  présent 
traité  ou  les  précédents,  »  Ses  négociations  aboutirent  à  la  Con- 
vention datée  du  21  juin  1781 ,  et  ratifiée,  peu  de  jours  après,  par  la 
Compagnie  d'Afrique.  Celle-ci  ne  pouvait,  en  somme,  que  se 
déclarer  satisfaite.  Tous  ses  droits  étaient  consacrés  plus  solen- 
nellement que  jamais,  les  limites  de  son  monopole  s'étendaient 
aux  rivages  compris  entre  Tabarque  et  la  Tripolitaine,  ses  deux 
comptoirs  lui  étaient  conservés,  la  protection  de  ses  agents  et  de 
ses  bateaux  de  pèche  était  garantie.  Elle  avait  la  faculté  de  résilier 
ses  engagements  ou  de  les  renouveler  après  six  ans  d'exercice. 
Enfin  ses  redevances  étaient  fixées  à  13,500  piastres,  chiffre  bien 
inférieur  aux  offres  de  ses  concurrents. 

A  cette  époque,  Ali-Bey,  fort  caduc,  n'avait  plus  guère  que 
quelques  mois  à  vivre.  Il  avait  eu  la  prudence  de  régler  Tordre 
de  sa  succession;  aussi  la  transmission  dupouvoirà  son  fils  devait- 
elle  s'opérer  sans  contestation  ni  désordre.  Le  26  mai  1782,  il 
s'éteignit  en  emportant,  privilège  assez  rare  dans  les  Etats  barba- 
resques,  les  regrets  universels  de  son  peuple  et  de  sa  famille. 

Hamouda,  d'une  nature  ardente  et  passionnée,  arrivait  au  pou- 
voir avec  des  facultés  brillantes  qu'avaient  singulièrement  déve- 
loppées ses  relations  quotidiennes  avec  le  premier  Ministre.  Tout 
jeune  encore,  —  du  Rocher  ne  lui  donne  que  vingt-trois  ans,  — 
ombrageux  de  caractère,  mais  politique  avisé,  moins  désintéressé 
que  ne  l'était  son  père,  mais  plus  instruit  des  besoins  et  des  inté- 
rêts véritables  de  son  pays,  il  manifestera,  dès  ses  débuts,  des 
sentiments  élevés,  une  pénétration  rare,  un  goût  particulier  pour 
l'action  et  pour  le  progrès.  Devant  lui  s'ouvre  un  avenir  dont  nul 
Prince  de  sa  dynastie  n'a  pu  voir  et  ne  verra  la  durée.  Il  va  rester, 
en  effet,  sur  le  trône  jusqu'en  1814.  Pendant  celte  longue  période 
de  trente-cinq  années,  nous  constaterons  qu'en  dépit  des  incidents 
les  plus  fâcheux,  des  divergences  de  vues  et  des  hostilités  les  plus 
accusées,  la  France  continuera  d'exercer  avec  ou  malgré  lui  son 
action  féconde,  de  transformer  peu  à  peu  l'esprit  barbaresque,  et 


X  INTRODUCTION 

d'imposer  en  Tunisie  le  respect  de  tous  les  principes  de  la  civilisa- 
tion chrétienne. 

Un  des  premiers  soins  d^Hamouda  est  de  notifier  à  Louis  XVI, 
a  comme  étant  particulièrement  son  grand  ami  »,  la  date  de  son 
avènement.  «  Le  message  est  destiné,  dit-il,  à  fortifier  les  liens  de 
Tamilié  et  à  consolider  les  bases  delà  sincère  entente.  A  sa  récep- 
tion, comme  vous  savez  qu'il  n'y  a  pas  d'interruption  dans  cette 
ancienne  amitié  et  qu'elle  est  solidement  confirmée  comme  aupa- 
ravant, vous  voudrez  bien  à  toujours  nous  la  témoigner,  et  elle 
sera  éternelle.  » 

Un  Français,  Bruno  Jourdan,  qui  avait  su  inspirer  toute  con- 
fiance au  Prince  défunt,  conserve  à  la  fois  ses  fonctions  de  médecin 
du  Bey  et  d'agent  consulaire  de  l'Empire  et  de  Toscane.  Le  voya- 
geur Desfontaines,  membre  de  l'Académie  des  sciences,  explore, 
en  ce  moment,  le  nord  de  l'Afrique  pour  compléter  ses  collections, 
d'histoire  naturelle;  Hamouda  l'invite  à  le  suivre,  pendant  la 
tournée  d'inspection  qu'il  entreprend  dans  ses  provinces,  et  le  savant 
revient  charmé  des  égards  qu'ont  eus  pour  lui  le  nouveau  Chef  de 
la  Régence  et  tous  les  officiers  de  la  colonne  expéditionnaire. 
Quant  au  représentant  du  Roi,  ses  requêtes  sont  généralement 
bien  accueillies  au  Bardo.  C'est  un  jour  la  jouissance  d'une  voilure 
à  quatre  roues,  privilège  refusé  jusqu'ici  à  tous  ses  collègues,  et 
dont  sou  prédécesseur  a  seul  eu  le  bénéfice;  c'est  un  autre  jour 
l'usage,  à  titre  gratuit,  d'une  maison  de  campagne  à  la  Marsa, 
pendant  la  saison  d'été.  Un  corsaire  tunisien  est  mis  aux  fers  pour 
avoir  capturé  un  navire  de  Provence.  Les  déprédations  commises, 
trop  fréquemment  encore,  le  long  des  côtes  de  Corse,  sont  punies 
d'emprisonnement  et  de  dommages  et  intérêts.  Aucune  affaire  de 
service  ne  reste  en  souffrance.  A  vrai  dire,  le  dernier  traité  de  la 
Compagnie  d* Afrique  a  bien  été  l'objet  de  quelques  modifications; 
mais,  sans  qu'aucune  exigence  en  ait  aggravé  les  charges,  il  .a  été 
revêtu  du  sceau  beylical. 

Pcul-il  en  être  autrement,  tant  qu'Hamouda  permet  à  son  beau- 
frère  de  participer  aux  affaires?  Malheureusement  l'influence  bien- 
faisante de  Mustapha,  ce  Ministre  si  fidèle  à  servir  les  intérêts  de 
la  colonie  française,  va  décliner  de  jour  en  jour.  A  mesure  qu'ils 
avancent  en  âge,  les  Souverains,  qu'ils  soient  musulmans  ou  chré- 
tiens, s'affranchissent  assez  volontiers  des  conseillers  de  la  pre- 
mière heure.  Le  successeur  d'Ali-Bey,  dédaigneux  des  plus  sages 
avis,   subira  les  entraînements  de  son  trop  fougueux  caractère. 


INTRODUCTION  XI 

Tantôt  aux  prises  avec  d^inévilables  dissensions  dans  sa  famille,  et 
tantôt  harcelé  par  les  plus  humiliantes  provocations  des  Algériens, 
qu*il  soit  contraint  de  tenir  tète  aux  nombreuses  conspirations 
ourdies  contre  lui,  de  négocier  la  paix  avec  les  Puissances  mari* 
times,  ou  de  faire  face  à  la  guerre  molle  et  prolongée  de  la  Repu* 
blique  de  Venise,  il  ne  saura  pas  plus  dissimuler  son  entêtement 
que  sa  cupidité.  Un  jour,  il  croira  voir  dans  les  agitations  de  la 
Révolution  française  des  circonstances  favorables  pour  enfreindre 
les  traités.  Un  peu  plus  tard,  aux  manifestations  d'une  rare  géné- 
rosité d*àme  succéderont,  de  sa  part,  des  procédés  tout  barba- 
resques,  et  contre  lesquels  nos  agents  protesteront  pendant  des 
années,  sans  parvenir  à  Témouvoir.  C'est  en  1785  qu'apparaît  le 
premier  symptôme  de  ce  changement  d'humeur.  En  effet,  cette 
année-là,  il  se  plaint  que  la  Cour  de  France  ne  lui  ait  pas  seule- 
ment offert,  pour  son  avènement,  «  un  seul  petit  bouquet  »  en 
signe  d'amitié.  «  Les  délais  du  Gouvernement,  écrit  alors  du 
Rocher,  à  suivre  l'exemple  des  autres  nations,  lors  de  Tavènement 
d'Hamouda,  ont  eu  déjà  Tinfluence  la  moins  favorable  sur  les 
affaires  de  la  nation  à  Tunis,  et  il  y  a  lieu  d'y  remédier  sans  plus 
de  relards.  » 

Le  marquis  de  Castries,  qui  a  remplacé  le  comte  de  Sartine  au 
Département  de  la  marine,  croit  devoir  déférer  dans  une  certaine 
mesure  aux  désirs  du  Bey.  Dès  les  premiers  jours  de  janvier  1786, 
un  bijou  de  7,000  livres  lui  est  destiné;  un  autre  de  2,000  livres 
est  commandé  pour  Mustapua-Khodja.  Mais  si  le  Cabinet  de  Ver- 
sailles attache  toujours  autant  de  prix  aux  bonnes  grâces  de  ces 
deux  Princes,  il  paraît  momenlanément  moins  soucieux  des  inté- 
rêts du  Consulat  de  France.  Pendant  plus  de  quatre  ans,  le  poste 
est  géré  par  un  simple  Vice-Consul.  En  effet,  du  Rocher,  quelque 
peu  éprouvé  par  le  climat  d'Afrique,  a  repassé  la  mer,  à  la  fin  de 
décembre  1782.  Il  a  confié  les  services  du  Fondouk  au  jeune 
d'Esparron,  son  subordonné,  et  son  absence  se  prolonge,  d'une 
manière  inexplicable,  jusqu'au  mois  de  février  1787.  A  celte 
époque,  on  retrouve  ses  traces  au  Maroc.  Quant  à  son  ancienne 
résidence,  un  nouveau  titulaire,  l'Ëspine  de  Châteauneuf,  vient 
enfin  d'y  débarquer. 

C'est  un  ancien  aide  de  camp  de  son  oncle  Dumouriez.  Il  a  déjà 
exercé  des  fonctions  consulaires  à  Smyrne,  Coron  et  Tripoli  de 
Barbarie.  «  Ses  sentiments  et  ses  talents,  d'après  ses  lettres  de 
crédit,  ont  été  trop  éprouvés  pour  craindre  qu'il  ne  justifie  pas  la 


XII  INTRODUCTION 

bonne  opinion  qu'il  inspire  »  (8  décembre  1786).  Au  fond,  c'est 
un  agent  consciencieux,  zélé,  capable  de  bien  réussir  dans  un 
poste  où  la  souplesse  et  la  diplomatie  sont  moins  indispensables 
qu'à  Tunis.  Mais  il  apparaîtra  que  les  bureaux  de  la  Marine  l'ont 
choisi  trop  à  la  légère;  sa  mission  sera  sans  profit,  et  finira  mal. 
Avec  le  Bey,  peu  de  contestations,  point  de  disputes.  Chftteau- 
neuf  est  assez  vite  en  bonne  posture  au  Bardo,  où  Ton  sent  qu'il 
est  sans  défense.  Mais  le  prestige  de  la  France  est  infiniment 
mieux  soutenu,  pour  le  moment,  dans  la  rade  de  Carlhage  qu'au 
Consulat;  les  intérêts  de  «  la  nation  »  n'ont  pas  de  meilleur  appui 
que  les  croisières  permanentes.  On  se  souvient  que,  depuis  fort 
longtemps,  les  officiers  de  la  marine  royale  ont  été  invités,  par 
les  différents  Ministres  de  la  marine,  à  relâcher  à  La  Goulette  aussi 
souvent  qu'il  leur  serait  possible,  pendant  leurs  voyages  au  Levant. 
Nous  avons  signalé  plus  haut  la  visite  de  plusieurs  d'entre  eux. 
Or  ces  démonstrations,  dites  de  pure  courtoisie,  n'ont  pas  cessé 
d'avoir  lieu  presque  chaque  année.  Le  chevalier  de  Fabry, 
en  1778,  est  venu  mouiller  à  Alger,  à  Tunis  et  à  Tripoli,  «  pour 
servir  les  intérêts  des  sujets  de  Sa  Majesté  ».  Après  lui  Bompar, 
Bargeton,  Fontbelle,  Martinenq,  Montgrand,  Ligondès,  Missiessy, 
Raousset-Seillons  ont  promené  jusqu'ici,  non  sans  avantages, 
leurs  frégates  et  le  pavillon  du  Roi  dans  les  eaux  carthagi- 
noises. Parfois,  il  leur  est  arrivé  de  réunir  autour  d'eux  et 
d'escorter  jusqu'en  Provence  des  convois  de  quarante  à  soixante 
navires  de  commerce.  Ces  relâches,  au  gré  des  Consuls,  n'étaient 
jamais  assez  fréquentes.  Aussi  n'est-on  pas  surpris  de  voir  Châ- 
teauneuf  les  réclamer  un  mois  après  son  arrivée.  Précisément, 
pendant  l'année  1788,  une  imposante  escadre,  composée  de  vais- 
seaux de  ligne,  de  frégates  et  de  corvettes  appartenante  la  marine 
royale,  sillonne  la  Méditerranée.  Son  but  est  de  protéger  d'une 
manière  plus  efficace  la  navigation  marchande,  exposée  à  soulTrir 
davantage  des  corsaires,  depuis  que  la  Sublime  Porte  est  en  état 
de  guerre  avec  les  Russes  et  les  Allemands.  Le  marquis  de  Nieuil 
la  commande,  et  ses  instructions  lui  prescrivent  de  faire  escale 
aux  pays  barbaresques.  Nos  lecteurs  trouveront,  sur  le  passage  à 
Tunis  de  cet  officier  général  et  de  son  état-major,  des  détails 
intéressants  dans  la  collection  des  dépèches.  Bornons-nous  simple- 
ment à  constater  ici  l'effet  produit,  auprès  des  Tunisiens,  par  le 
spectacle  de  la  flotte  française.  Les  précautions  les  plus  minu- 
tieuses  avaient   été  prises,  pour  que  celle-ci   ne    causât  point 


INTRODUCTION  XIII 

d'alarmes  au  m  très  illustroet  magnifique  Seigneur  ».  Nous  verrons 
par  une  lettre  du  Bey  à  Gastries  que,  loin  d'en  avoir  pris  ombrage, 
Hamouda  parut,  au  contraire,  flatté  des  témoignages  de  respect 
et  de  déférence  qui  lui  furent  donnés. 

Ce  Prince  a  pourtant  laissé  voir,  quelque  temps  après,  à  quel 
point  se  sont  modifiées  ses  dispositions  à  Tégard  du  Gouvernement 
de  Louis  XYI.  Que  veut-il  en  somme?  des  présents,  et  «  les  chré- 
tiens de  France  »  ne  lui  en  donnent  guère.  Il  a  rançonné  la  Hol- 
lande, taxé  la  Suède,  la  Norvège,  le  Danemark,  vendu  la  paix  à 
TEspagne,  à  Venise  ;  il  s'est  mis  dans  la  tète  de  faire  payer  aussi 
la  France,  et  d'obtenir  d'elle  un  tribut  en  nature,  sinon  en  argent. 
Sa  marine  ne  comprend  pas  moins  de  quarante  bâtiments  ancrés 
à  Porto-Farina,  sans  compter  ceux  qui  font  campagne;  il  faut 
bien  les  armer  en  guerre,  aux  frais  de  l'étranger,  comme  l'ont  fait 
ses  prédécesseurs.  Blessé  dans  son  amour-propre,  il  manifestera 
sa  mauvaise  humeur  dans  toutes  les  affaires.  Audacieuses  cam- 
pagnes des  reïs  au  préjudice  du  commerce,  prises  illégales  de 
navires  corses,  saisie  d'un  bâtiment  tunisien  par  les  galères  du 
Pape  :  autant  de  difficultés  que  le  Consul  cherchera  vainement  à 
aplanir.  A  toutes  ses  réclamations,  le  Bey  affectera  d'en  opposer 
d'autres.  Les  dépèches  de  Châteauneuf  diront  dans  quel  embarras 
il  se  trouve,  et  dans  quel  discrédit  est  tombé  Mustapha-Khodja, 
«  sous  la  double  influence  du  caractère  du  Prince  et  de  la  jalousie 
des  jeunes  favoris  )>.  A  la  fin  de  décembre  1790,  le  Secrétaire 
d'Etat  de  la  marine  notifiera  atix  Puissances  africaines  le  change- 
ment du  pavillon  de  France  (Loi  du  31  octobre).  Dans  sa  lettre  au 
Bey  de  Tunis,  le  comte  de  Fleurieu  paraîtra  ne  point  douter  des 
mesures  que  prendra  ce  Prince,  pour  assurer  efficacement,  en 
son  pays,  la  substitution  des  nouvelles  couleurs  aux  anciennes. 
«  Cette  innovation,  dira-t-il,  n'en  fait  d'ailleurs  aucune  dans  les 
traités  par  lesquels  la  France  et  la  Régence  sont  si  heureusement 
liées,  et  dont  Sa  Majesté  Impériale  désire  l'éternelle  durée.  »  Quelle 
réponse  Hamouda  fera-t-il  à  l'invitation?  —  «  Considérant  que 
sous  le  règne  de  nos  aïeux  et  de  nos  prédécesseurs,  le  pavillon  de 
France  que  vous  désireriez  changer  est  resté  immuable,  notre 
Régence  ne  trouve  aucune  convenance  à  la  modification  proposée. 
Elle  la  regarde  comme  une  innovation  qui  s'écarte  des  conditions 
du  traité  subsistant  entre  les  deux  Cours,  et  juge  plus  convenable 
que  l'étendard  de  France  arboré  à  Tunis  ne  soit  point  changé,  mais 
maintenu  dans  l'état  consacré  par  un  usage  immémorial...  » 


XIV  INTRODUCTION 

Comme  on  ne  faitVien,  au  Bardo,  qui  soit  de  nature  à  déplaire 
à  Tombragcux  et  puissant  Dey  d'Alger,  on  se  réglera,  dans  l'es- 
pèce, sur  les  nouvelles  venues  de  ce  côté.  Le  nouveau  pavillon,  en 
effet,  est  reconnu  quatre  mois  plus  tard,  après  Tarrivée  des  cour* 
riers  de  la  Jenina  (29  avril  1791).  «  Ce  n'est  pas  sans  peine, 
écrit  Chàteauneuf,  que  le  nouveau  pavillon  a  été  arboré  sur  la 
maison  consulaire,  le  Bey  ayant  appris  par  un  second  courrier 
d'Alger  qu'il  y  avait  été  apporté  avec  des  présents.  »  Il  manque 
à  cette  lettre  un  aveu,  c'est  qu'en  échange  de  l'autorisation  du 
Prince,  le  Consul  s*est  laissé  extorquer  la  promesse  d'un  envoi 
de  munitions  de  guerre.  Hamouda  a  poussé  l'audace  jusqu'à  lui 
remettre  une  note,  sous  forme  de  réquisition,  des  articles  qu'il 
faut  choisir  à  l'arsenal  de  Toulon! 

Ce  n'est  pas  tout.  Voilà  que  la  colonie  française  de  Tunis  s'est 
insurgée  contre  l'autorité  du  représentant  du  Roi.  Le  vent  de 
discorde  qui  souffle  actuellement  sur  la  métropole  a-t-il  déjà  passé 
la  Méditerranée?  Quelque  réformateur  est-il  venu  prêcher  ici  les 
Droits  de  Vhomme^  l'indépendance  des  citoyens,  la  suppression  des 
abus?  Toujours  est-il  que  des  nationaux  se  sont  plaints  d'avoir 
journellement  à  souffrir  «  de  certains  usages  et  procédés  vexaloires 
introduits  dans  le  Fondouk  »,  des  tarifs  de  la  chancellerie,  du 
prix  du  pain  et  des  galettes,  des  entraves  apportées  aux  affaires 
des  marchands,  des  coutumes  arbitraires  qui  régissent  les  arma- 
teurs. Les  plus  mécontents  n*ont  pas  craint  de  faire  parvenir  à 
la  Cour  les  a  cahiers  »  de  leurs  doléances,  et  d'y  joindre  des 
dénonciations  calomnieuses  contre  le  Consul.  En  toute  justice,  il 
a  fallu  inviter  Chàteauneuf  à  venir  à  Versailles  pour  plaider  sa 
cause,  et  c'est  pourquoi  le  Ministre  Fleurieu  l'a  mis  d'office  en 
congé. 

Mais  alors  la  fantaisie  du  Potentat  barbaresque  va  donner  toute 
sa  mesure.  C'est  bien  à  la  Cour  de  France  qu'il  en  veut,  non  à 
son  agent.  Il  le  montre  en  plaidant  la  cause  de  l'accusé;  il  veut 
l'empêcher  de  partir,  le  gralifier  d'une  maison  et  d'un  traitement 
alimentaire.  Il  proteste,  dans  plusieurs  lettres,  «  contre  des  rap- 
ports calomnieux  et  dictés  par  l'animosilé  à  l'égard  d'un  officier 
victime  de  la  cabale  de  quelques-uns  de  ses  compatriotes  ».  Sous 
les  yeux  du  Bey,  Mustapha  s'engage  à  prouver  jusqu'à  Tévidence 
l'inconduite  des  négociants  établis  dans  son  pays,  et  toutes  les 
calomnies  qu'ils  se  sont  permises  contre  leur  Consul.  «  A  Dieu  ne 
plaise,  écrit-il  à  Fleurieu,  que  sur  la  foi  d'imposteurs  et  de  gens  si 


INTRODUCTION  XV 

peu  délicats  vous  coasommiez  la  perte  d*un  vieux  serviteur  de 
TEtat,  qui  comple  plus  de  vingt  ans  de  services  I  » 

Ainsi  voyons-nous,  au  début  de  la  Révolution  française,  les 
affaires  de  Tunisie  prendre  une  tournure  des  plus  fâcheuses.  En 
dépit  des  efforts  tentés  pour  le  maintenir  à  son  poste,  Château- 
neuf,  empressé  d'obéir  au  Ministre,  a  pu  quitter  Tunis  (juin  1791), 
après  avoir  confié  les  affaires  de  son  service  au  Vice*Consul  de 
Villeneuve.  Mais  les  relations  officielles  avec  Hamouda-Bey  restent 
fort  tendues  ;  les  multiples  griefs  des  nationaux  nécessitent  une 
enquête  sur  place;  Tenvoi  d'un  négociateur  extraordinaire  s'im- 
pose, à  bref  délai,  si  le  Gouvernement  veut  éviter  une  rupture 
définitive  et  la  guerre  en  Barbarie. 

La  période  qui  va  s'ouvrir  est  la  plus  agitée,  la  plus  fertile  en 
incidents  diplomatiques  que  nous  ayons  à  parcourir  dans  les 
annales  de  la  Régence.  Elle  comprend  les  dates  extrêmes  de  1792 
à  1815.  Une  comédie  se  prépare  sur  le  théâtre  de  Tunis,  comédie 
dont  les  acteurs  ne  joueront  pas  tous  un  beau  rôle.  Un  régime  de 
suspicion,  de  vil  espionnage;  des  enquêtes  inavouables  sur  la 
vie  publique  et  privée  du  Consul  général  de  France  et  de  tous 
ceux  qui  rapprochent;  des  dénonciations  hypocrites  et  lâches; 
tout  Tapparat  officiel  mis  au  service  de  la  jalousie  et  de  la  haine; 
la  loyauté  vaincue  ;  Tintrigue  triomphante  au  nom  du  civisme;  puis 
les  destitutions  brutales,  les  vengeances  aveugles  et  cyniques,  la 
violation  et  le  mépris  de  tous  les  droits;  enfin  les  victimes  à  leur 
tour  vengées,  réhabilitées;  l'austère  justicier  convaincu  de  men- 
songe et  de  concussion;  le  farouche  accusateur  jugé,  condamné 
lui-même  :  tel  est  le  triste  spectacle  dont  nous  allons  être  témoins 
sur  cette  petite  scène,  sans  avoir  le  loisir  de  faire  des  rapproche- 
ments trop  faciles  avec  ce  qui  se  passe,  en  même  temps,  dans  la 
mère-patrie. 

Au  début,  deux  personnages  :  le  Bey,  toujours  désireux  de  ne 
point  déplaire  à  la  France,  mais  toujours  avide  de  présents; 
généreux  de  caractère,  —  il  vient  d'en  donner  des  preuves  en  s'éri- 
geaut  en  défenseur  de  l'ancien  Consul,  —  mais  aussi  entêté,  fan- 
tasque, autoritaire  que  par  le  passé,  Hamouda,  disons-nous,  appa- 
raîtra tel  qu'il  s'est  montré  jusqu'ici,  et  jouera  fièrement  son  rôle 
de  chef  d'État.  Jacques  Devoize,  Consul  général,  fait  grande 
figure  auprès  de  lui.  Type  accompli  du  diplomate  accrédité  en 
pays  barbaresque,  il  évoque  le  souvenir  de  ce  J)enis  Dusault,  dont 


XVI  INTRODUCTION 

nous  avons  rappelé  les  services  dans  le  premier  volume  de  cet 
ouvrage.  L'injuste  oubli  dans  lequel  est  tombée  la  mémoire  de 
ces  deux  hommes  n'est  pas  la  moindre  analogie  qui  vient  à  Tes- 
prit,  quand  on  envisage  leur  carrière.  Pour  Devoize,  rien  d'éton- 
nant à  ce  qu'il  captive  Hamouda.  Cet  ancien  officier  de  cavalerie, 
que  ses  goûts  et  ses  aptitudes  ont  poussé  vers  les  Consulats,  est 
doué  des  qualités  les  plus  séduisantes.  La  dignité  de  sa  tenue,  la 
mesure  de  son  langage,  une  conscience  appliquée  sans  cesse  à  ses 
devoirs  comme  à  ses  droits,  la  solidité  de  son  jugement,  par-dessus 
tout  une  fermeté,  une  droiture  de  caractère  à  toute  épreuve,  une 
allure  fière,  un  peu  hautaine,  et  jusqu'à  ce  degré  mesuré  d'arro- 
gance qui  ne  messied  point  à  son  emploi,  tout  cela  ne  peut  qu'ins- 
pirer à  la  Cour  du  Bardo  une  haute  considération.  Descendant 
d'une  famille  noble  et  très  ancienne  du  Dauphiné,  il  rappellera  par- 
fois, en  signant  Devoize-Voiron,  son  pays  natal.  Si,  pour  le  faire 
inscrire  au  nombre  des  suspects,  on  incrimine  un  jour  ses  origines, 
il  faudra  s'appuyer  sur  de  vagues  hypothèses  pour  motiver  sa 
disgrâce.  Toute  sa  correspondance,  d'un  intérêt  puissant,  reflétera 
sa  soumission  aux  lois,  son  zèle  pour  le  service,  ses  succès  en 
affaires  ;  tous  ses  actes  témoigneront  du  patriotisme  le  plus  pur  et 
le  plus  désintéressé. 

Quel  curieux  contraste  il  présente  avec  le  citoyen  Herculais, 
délégué  de  la  Convention  nationale  dans  les  trois  Régences 
d'Afrique  pour  épurer  le  personnel  des  Consulats!  Cet  aventurier, 
chose  bizarre,  est  aussi  du  Dauphiné  et  sort,  ainsi  que  Devoize, 
des  cadres  de  la  cavalerie.  Il  a  déjà  tenté  bien  des  métiers. 
D'abord  classé  dans  la  marine  royale,  puis  attaché  comme  secré- 
taire à  un  diplomate  espagnol  en  Algérie,  il  est,  peihlant  quel- 
que temps,  garde  du  corps  de  la  Compagnie  flamande  de  Sa 
Majesté  Catholique.  On  le  retrouve  à  Batavia,  au  service  de  la 
Compagnie  hollandaise  des  Indes,  puis  en  France,  dans  le  Finis- 
tère, où  il  est  parvenu  au  grade  de  chef  de  brigade  des  armées  de 
la  République.  Non  content  de  son  sort,  il  a  sollicité  et  obtenu 
du  Comité  de  salut  public,  grâce  à  l'appui  de  Cambacérès,  cette 
mission  en  Barbarie  sur  laquelle  il  compte  pour  s'enrichir,  si  c'est 
possible,  et  tout  au  moins  pour  faire  parler  de  lui.  C'est  le  repré- 
sentant des  idées  nouvelles,  le  patriote  aveuglé  par  la  rage  de 
tout  démolir  et  la  prétention  de  tout  réformer.  Point  de  scrupules, 
encore  moins  de  bonne  foi  dans  cette  âme  vulgaire.  Ses  facultés 
intellectuelles  paraîtront  au  niveau  de  sa  valeur  morale.  Chez 


INTRODUCTION  XVII 

Herculais,  la  vaDité  ira  de  pair  avec  la  sottise;  il  suffira,  au  sur- 
plus, de  lire  ses  dépèches,  pour  voir  dans  quel  esprit  étroit  et 
brouillon  ce  fantoche  comprend  ses  devoirs. 

Dans  un  rapport  au  Roi  du  14  octobre  1791,  le  comte  Bertrand, 
Ministre  de  la  marine,  avait  signalé  la  crise  que  traversaient,  à 
cette  époque,  les  relations  franco-tunisiennes.  «  Votre  Majesté, 
disait-il,  est  suppliée  d'autoriser  Tenvoi  d'un  négociateur  sage  et 
capable  de  bien  discuter  nos  intérêts.  J'ai  jeté  les  yeux  sur  M.  Devoize, 
Vice-Consul  à  Scio,  qui  a  géré  autrefois  le  Consulat  de  Tunis  par 
intérim;  on  lui  donnera  Texpectative  de  cette  place  vacante,  s'il 
réussit  dans  son  emploi...  »  Quelques  jours  après,  cet  agent  avait 
reçu  ses  instructions  et  ses  lettres  de  créance,  en  qualité  de  Com- 
missaire et  de  Chargé  d'affaires  de  Sa  Majesté.  Sa  mission  avait 
deux  objets  :  1°  donner  satisfaction  au  Chef  de  la  Régence,  en 
discutant  chacune  de  ses  réclamations;  2''  rétablir  Tharmonie  et 
l'union  parmi  les  Français  résidant  auprès  du  Bey,  en  les  récon- 
ciliant également  avec  lui.  Afin  de  faciliter  ses  premières  négo- 
ciations, une  somme  de  150,000  livres  était  mise  à  sa  disposition; 
3,000  livres  étaient  encore  affectées  à  ses  frais  de  voyage, 
12,000  livres  aux  «  modiques  dons  »  qu*il  aurait  à  offrir  non  pas 
au  nom  du  Roi,  mais  «  en  son  nom  personnel  ».  Le  Ministre  se 
refusait  à  accorder  «  en  aucun  cas  »  les  munitions  de  guerre 
demandées  au  dernier  Consul,  «  de  pareils  envois  pouvant  indis- 
poser certaines  Puissances  en  guerre  avec  Tunis  ». 

Le  Commissaire  du  Roi  s'était  embarqué  sous  la  conduite  d'un 
lieutenant  de  vaisseau,  selon  Tusage;  il  avait  mis  pied  à  terre  à 
La  Goulette  le  4  avril  1792.  Sa  première  dépèche  nous  apprend 
qu'il  avait  reçu  du  Bey  «  un  accueil  fort  distingué  ».  Le  Prince 
s'était  rappelé  Tavoir  connu  quinze  ans  auparavant,  et  n'avait 
point  oublié  non  plus  la  haute  bienveillance  qu'Âli,  son  père, 
accordait  au  Vice-Consul  de  la  nation  française.  La  joie  de  ce 
retour  avait  été  partagée  par  Mustapha,  toujours  Ministre.  Le 
concours  d'un  ami  si  fidèle  et  si  haut  placé  demeurait  encore 
utile;  mais  il  fallait  compter  dorénavant  avec  un  nouveau  venu, 
le  Sahib-Tape,  autrement  dit  Garde  des  sceaux,  qui  venait  d'être 
assez  heureux  pour  sauver  la  vie  d'Hamouda,  en  désarmant  son 
assassin.  Au  Fondouk,  tout  rentrait  dans  Tordre.  De  Villeneuve, 
«  homme  d'esprit  et  bien  éduqué  »,  assurait  le  service  et  s'appli- 
quait à  calmer  les  esprits.  Les  cabales  qui  avaient  marqué  le 
départ  de  Chàteauneuf  avaient  cessé;  les  récriminations,  plus  ou 

6 


XVIII  INTRODUCTION 

moins  fondées,  dont  négociants  et  armateurs  avaient  troublé  la 
colonie,  semblaient  avoir  perdu  »  pour  le  moment  du  moins,  Tocca- 
sion  de  se  faire  entendre. 

Aussi  bien,  quelques  jours  avaient  suffi  à  Devoize  pour  accomplir 
en  grande  partie  sa  tâche  de  négociateur.  Sans  dépasser  ni  même 
atteindre  ses  crédits,  il  avait  racheté  des  esclaves,  réglé  des 
comptes  de  prises,  transigé  sur  les  contestations  les  plus  litigieuses. 
Les  anciennes  préventions  du  Bey  étaient  si  bien  dissipées,  au  bout 
de  deux  mois,  que  le  Prince  écrivait  deux  longues  lettres  à  la 
Cour  de  France,  exprimant,' à  plusieurs  reprises  et  «  dans  le  véri- 
table langage  de  Tamitié  »,  ses  sentiments  d'estime  pour  le  Chargé 
d^afTaires  du  Hoi  et  son  désir  de  maintenir  plus  fermement  encore 
l'observation  des  traités  :  «  Votre  Commissaire  vous  marquera  qu'il 
ne  nous  reste  aucune  trace  des  discussions  qui  ont  eu  lieu  entre 
les  Français  établis  à  Tunis.  Nous  avons  enseveli  dans  un  oubli 
absolu  leurs  torts,  par  égard  pour  l'Empereur  de  France...  Tous 
les  individus  de  cette  nation  qui  naviguent  sur  nos  côtes  ou  qui 
demeurent  dans  nos  États  sont  et  seront  toujours,  par  la  même 
considération,  protégés  et  défendus...  Déjà  nous  avons  écouté  favo- 
rablement les  propositions  qui  nous  ont  été  faites  en  votre  nom... 
M.  Devoize  est  un  serviteur  distingué  par  son  mérite,  son  zèle  et 
ses  talents  ;  sa  conduite  et  son  langage  sont  propres  à  resserrer 
les  nœuds  de  la  bonne  intelligence  et  de  Tamitié  qui  régnent  entre 
les  deux  Gouvernements;  nous  sommes  habitué  à  traiter  avec  lui, 
et  nous  vous  prions  de  le  nommer  définitivement  votre  Consul 
auprès  de  nous...  Puissent  ces  liens  si  salutaires  se  resserrer  de 
plus  en  plus  par  des  procédés  respectifs  de  loyauté  et  de  générosité, 
si  propres  à  accroître  les  sentiments  d'amitié  qui  unissent  indisso- 
lublement les  Français  et  les  Tunisiens!  » 

On  venait  de  reconnaître,  au  Ministère  de  la  marine,  que  les 
imputations  dirigées  par  la  colonie  française  de  Tunis  contre 
Châteauneuf  étaient  dénuées  de  fondement.  Cet  agent,  toutefois, 
pouvait-il  regagner  son  poste,  et  reconquérir  son  prestige  aux 
yeux  de  ses  protégés?  La  chose  semblait  périlleuse.  Il  fut  donc 
décidé  ((  pour  le  bien  de  la  paix  »  qu'il  renoncerait  à  sa  charge, 
et  recevrait  à  titre  de  compensation  celle  de  Résident  à  Genève. 
D'un  autre  côté,  Devoize,  si  bien  en  cour  au  Bardo,  avait  déjà 
dépassé  les  espérances  qu'avaient  fait  naître  les  débuts  de  sa  car- 
rière. Il  reçut,  en  conséquence,  ses  provisions  de  Consul  général 
(24  juin  4792). 


INTRODUCTION  XIX 

Parmi  tous  les  changements  dont  la  France  sera  le  théâtre,  à 
répoque  où  nous  arrivons,  il  faut  signaler  dans  quelles  mains 
vont  passer  la  direction  et  l'administration  des  affaires  consu- 
laires. Le  brevet  de  Devoize,  en  effet,  comptera  parmi  les  derniers 
contresignés  dans  les  bureaux  du  Secrétaire  d'État  de  la  marine. 
Un  décret  de  la  Convention  nationale  du  14  février  1793  rattachera 
les  Consulats  au  Ministère  des  Affaires  étrangères  ;  de  ce  Départe- 
ment devront  désormais  ressortir  les  intérêts  commerciaux  aussi 
bien  que  politiques  de  la  nation  à  Tétranger. 

A  Tunis,  ces  intérêts  étaient  alors  si  bien  sauvegardés  que, 
pendant  les  premiers  mois  de  son  existence,  le  nouveau  Gouver- 
nement n'avait  pas  jugé  nécessaire  de  se  faire  reconnaître  par 
Hamouda.  Cette  réserve  ne  laissait  pas  que  d'embarrasser  Devoize, 
encore  qu'il  fût  préparé  à  franchir  quelques  mauvais  pas,  car  la 
notification  offlcielle  du  renversement  de  la  royauté  entraînait 
forcément,  auprès  d'un  Prince  barbaresque,  des  lettres  de  créance, 
un  supplément  aux  traités,  des  cadeaux,  etc.  En  attendant  qu'il 
fût  autorisé  à  parler  au  nom  de  la  République,  il  se  voyait  réduit 
à  préserver  de  toute  atteinte  les  privilèges  de  ses  compatriotes,  et, 
suivant  ses  expressions,  à  prévenir  les  suites  de  l'humeur  d'un 
despote  que  le  mot  seul  de  liberté  jetait  dans  l'effroi.  «  J'ai  fait 
enlever  seulement,  écrivait-il,  les  armes  royales  ornant  la  porte 
de  la  maison  consulaire,  et  j'ai  invité  tout  le  monde  à  une  cir- 
conspection   que   j'ai   la  satisfaction  de  voir  observer...   »   Le 
31  mai  1793,  il  lui  fut  enfin  prescrit  de  notifier  officiellement  au 
Bey  la  nouvelle  Constitution,  et  de  lui  remettre  une  dépèche  du 
Conseil  exécutif  de  la  République  française,  exactement  rédigée 
dans  les  mêmes  termes  que  sous  Tancien  régime ,  mais  visée 
pour  la  première  fois  par  le  Ministre  des  relations  extérieures. 
Cette  lettre  se  bornait  à  confirmer  «  le  citoyen  Devoize  »  dans  ses 
fonctions  de  Consul  général  et  de  Chargé  d'affaires  près  du  magni- 
fique Seigneur.  Elle  fut  suivie,  peu  de  jours  après,  d'un  envoi  de 
présents  considérables,  estimés  82,000  livres,  pour  Hamouda  et 
ses  principaux  officiers.  En  adressant  au  Consul  un  état  détaillé 
de  ces  a  donatives  »,  le  Ministre  Lebrun,  sans  autre  explication, 
demanda  qu'ils  fussent  présentés  «  comme  l'effet  de  la  bienveil- 
lance de  la  République,  et  non  pas  d'une  obligation  quelconque  ». 
Mais  du  moment  que  la  France  offrait  au  Bey  des  cadeaux,  la 
question  du  renouvellement  des  traités  perdait,  pour  ainsi  dire, 
tout  intérêt.  Devoize  s'en  aperçut  bien  vite,  en  apprenant  par 


XX  INTRODUCTION 

Mustapha-Khodja  qu'il  n'y  avait  pas  lieu  pour  le  moment  de  rien 
innover^  et  qu*on  se  réservait  de  suivre  à  tous  égards,  au  Bardo, 
l'exemple  du  Dey  d'Alger. 

Flatté  dans  son  amour-propre  par  les  procédés  généreux  du 
Directoire,  Haniouda,  toujours  fantasque,  va  se  complaire  à 
donner  au  Chargé  d'affaires  de  France  des  preuves  de  son  atta- 
chement, voire  même  de  ses  préférences.  Comme  les  vaisseaux 
anglais  sillonnent  la  Méditerranée,  il  a  enjoint  aux  corsaires  de 
respecter  les  cargaisons  de  grains  destinés  à  la  Provence,  bien 
qu'embarqués  sous  pavillons  ennemis  de  la  Régence.  Il  est  vrai 
qu'en  vertu  d'une  entente  commune,  la  municipalité  de  Marseille 
s'est  engagée  à  payer  une  prime  de  25  sequins  (environ  200  francs) 
par  cent  kafPis  de  blés  (333  charges)  de  provenance  tunisienne. 
Pour  encourager  davantage  ce  genre  d'exportation  si  nécessaire 
alors  aux  armées  d'Italie,  Devoize  a  promis  .aux  reïs,  à  leur 
retour  à  La  Goulette,  une  gratification  de  30  sequins.  Voulons- 
nous  encore  un  exemple  des  bons  procédés  du  Bey  ?  Une  escadre  de 
la  République  étant  venue  mouiller  dans  la  rade  (mai  1793),  pour  y 
attendre  un  convoi  de  navires  et  préserver  sa  traversée  des  croi- 
sières de  nos  ennemis,  le  Prince  a  tenu  à  faire  les  honneurs  de  son 
palais  au  citoyen  Yence,  chef  de  la  division,  et  à  tout  son  état- 
major.  Les  rafraîchissements  envoyés  gratuitement,  sur  son 
ordre,  aux  vaisseaux  français  sont  évalués  dans  une  dépèche  con- 
sulaire à  800  piastres. 

En  ce  moment,  le  Comité  de  salut  public  sent  combien  il 
importe  de  ménager  les  Puissances  barbaresques,  alors  qu'elles 
nous  savent  en  guerre  avec  presque  toute  l'Europe.  Il  a  jugé 
opportun  (c  de  donner  à  leurs  Chefs  de  nouvelles  preuves  d'ami- 
tié »  et  de  leur  manifester,  par  une  délégation  d'Envoyés  extra- 
ordinaires, son  désir  de  maintenir  «  une  harmonie  parfaite  et 
durable  »  (Arrêté  du  23  pluviôse  an  II).  Dans  les  Instructions 
remises  au  citoyen  Lallement,  désigné  pour  Tunis,  on  voit 
qu'indépendamment  de  ses  vues  patriotiques,  le  Comité  s'est  fort 
préoccupé  de  contrôler  les  principes  du  personnel  consulaire  : 
((  Malgré  des  présomptions  favorables,  le  Gouvernement  révolu- 
tionnaire doit  juger  l'ensemble  de  la  conduite  de  ses  agents,  et 
il  doit  être  sur  de  leurs  sentiments. et  de  leurs  opinions,  parce 
que  ce  n'est  qu'ainsi  qu'il  peut  avoir  une  garantie  de  leurs 
actions.  Ceux  surtout  dont  Texistence  publique  date  d'une  époque 
éloignée  doivent  passer  par  le  creuset  d'un  examen  sévère.  » 


INTRODUCTION  XXI 

La  mission  de  Lallement  à  Tunis  n'a  pas  eu  lieu^  cet  agent 
ayant  préféré,  au  moment  de  partir,  une  délégation  à  Venise.  Mais 
elle  a  motivé  la  première  lettre  «  en  style  républicain  »  que  le 
Ministre  Deforgues  ait  cru  devoir  écrire  au  Bey  de  cette  Régence. 
Si  les  compliments  y  sont  emphatiques,  les  termes  consacrés  jus- 
qu'alors parle  protocole,  les  formules  du  cérémonial,  les  expres- 
sions de  simple  déférence  ont  fait  place  au  tutoiement  et  à  la 
phraséologie.  Peu  après,  une  seconde  dépèche  du  Ministère  au 
Seigneur  africain  (8  germinal  an  II)  lui  a  fait  part,  sous  une  forme 
plus  sèche  et  plus  choquante  encore,  du  changement  de  pavillon 
décrété  par  la  Convention  :  «  L* agent  de  la  République  auprès  de 
toi  te  communiquera  la  loi  qui  a  été  rendue  à  ce  sujet,  et  te 
remettra  en  même  temps  une  planche  coloriée  qui  t'indiquera  la 
forme  du  nouveau  pavillon  et  la  disposition  des  couleurs...  »  —  «  Tu 
verras,  dit  Deforgues  en  adressant  à  Devoize,  par  le  même  cour- 
rier, une  copie  de  cette  dépèche,  que  j'ai  cru  devoir  m'astreindre 
à  la  simplicité  du  style  républicain,  conformément  à  nos  prin- 
cipes et  à  la  raison.  Je  sais  que  les  Gouvernements  barbaresques 
ont  un  grand  respect  pour  les  usages,  et  il  serait  possible  que  la 
modification  apportée  aux  anciennes  formes  fût  remarquée.  Dans 
ce  cas,  citoyen,  il  te  sera  aisé  de  faire  sentir  que  le  langage  de  la 
République  devant  être  celui  de  la  raison  et  de  Tégalité,  elle  a 
dû  le  débarrasser  de  toute  idée  fausse  et  de  toute  phrase  insi- 
gnifiante; que  ses  sentiments  en  seront  plus  purs,  son  amitié  plus 
loyale  et  ses  promesses  plus  sacrées.  » 

Choqué  d'une  telle  inconvenance,  Hamouda  refusera  de  rece- 
voir les  lettres  du  Gouvernement  français.  «  Je  le  trouvai,  dit  notre 
agent,  très  effarouché  de  la  suppression  de  ces  titres  aussi  ridi- 
cules que  pompeux  dont  les  ministres  des  Rois  flattent  Torgueil 
des  Princes  musulmans.  Je  lui  rappelai  que  notre  Constitution, 
que  je  lui  avais  lue  et  qu'il  avait  admirée,  étant  fondée  sur  la 
raison,  la  République  devait  en  adopter  le  langage  pour  être  con- 
séquente, et  je  lui  lus  tes  propres  expressions  :  que  ses  senti- 
ments en  seraient  plus  purs,  son  amitié  plus  loyale  et  ses  pro- 
messes plus  sacrées.  »  —  «  A  ces  conditions,  répondra  le  Bey,  je 
serai  l'ami  le  plus  chaud  de  la  France  ;  mais  il  faudra  me  con- 
vaincre en  faisant  droit  à  mes  anciennes  et  justes  réclama- 
tions. » 

Quelles  sont  ces  réclamations?  Nous  les  trouvons  formulées 
dans  une  dépèche  d'Hamouda  à  Buchot,  successeur  de  Deforgues 


XXÏI  INTRODUCTION 

au  Ministère  des  relations  extérieures.  Il  reste  encore  en  Sardaigne 
trente-huit  esclaves  tunisiens  capturés  dans  les  eaux  de  Corse 
avant  la  guerre,  et  dont  raiïranchissement,  demandé  vainement 
jusqu'ici  par  la  Régence,  pourrait,  à  la  rigueur,  être  à  la  charge 
de  la  France.  Il  s'agit  aussi  des  munitions  de  guerre  autrefois 
promises  par  le  Consul  Châteauneuf.  Longtemps  Devoize  a  feint 
de  regarder  cette  dernière  prétention  comme  abandonnée;  mais 
dans  un  moment  d'humeur  passagère,  le  Bey,  fort  habilement,  a 
jugé  opportun  de  la  ressusciter  en  faisant  valoir  ses  services. 
Rien  ne  serait  plus  aisé,  à  Paris,  que  d'éluder  encore  les  exigences 
du  Prince  en  matière  de  munitions,  comme  le  Ministre  de 
Louis  XVI  Ta  fait  en  1791.  Mais  quel  souci  peut  avoir  des  précé- 
dents, des  traditions  de  la  politique  franco-tunisienne  l'incapable 
et  naïf  Buchot,  cet  ancien  maître  d'école  à  peine  apte  à  remplir 
les  fonctions  d'employé  d'octroi  qu'il  sera  trop  heureux  d'obtenir 
un  jour?  Comment  s'étonner  de  le  voir  résolu,  sans  hésitation  et 
sans  entente  préalable  avec  le  Consul  général,  «  à  donner  au  Bey 
des  preuves  de  la  générosité  de  la  République  devenue  une 
sorte  d'obligation  »?  Il  faudra  trouver  «  un  moyen  d'échange  » 
pour  les  esclaves  de  Cagliari,  et  satisfaire  les  Tunisiens  autant  que 
le  permettront  les  besoins  de  nos  arsenaux.  «  La  raison,  écrira 
Buchot  au  Comité  de  salut  public  (13  messidor  an  II),  a  remporté 
un  triomphe  honorable  sur  les  préjugés  orientaux.  La  lettre  écrite 
aux  Princes  de  Barbarie,  à  l'occasion  du  changement  de  pavillon, 
avait  été  rédigée  dans  ce  style  fier,  simple  et  dépouillé  de  toutes 
les  formules  fastueuses  et  ridicules  qui  convient  à  des  républi- 
cains... De  ce  qui  s'est  passé  à  Tunis,  nous  pouvons  conclure  que 
les  despotes  d'Afrique  valent  encore  mieux  que  les  despotes 
d'Europe!  » 

Cependant  Hamouda  devenait  plus  serviable  à  mesure  que  la 
République  faisait  la  paix  avec  TËspagne,  la  Hollande  et  les  autres 
États  coalisés.  Le  Dey  d'Alger  ayant  reconnu  le  nouveau  pavillon 
de  France,  le  Bey  de  Tunis  avait  laissé  Devoize  l'arborer  avec 
pompe  sur  son  hôtel  consulaire  (12  thermidor  an  II).  «  Trois 
salves  de  vingt-deux  boites  »  avaient  salué  nos  trois  couleurs. 
Une  députation  de  vingt-quatre  officiers  du  Divan,  avec  sa 
musique,  était  venue  assister  à  cette  inauguration;  les  Consuls  de 
Suède,  de  Danemark,  de  Venise  avaient  également  témoigné»  par 
leur  présence,  l'intérêt  qu'ils  prenaient  à  la  cérémonie.  Peu  après, 
Devoize  obtenait,  dans  une  affaire  de  prise  assez  délicate,  justice 


INTRODUCTION  XXIII 

contre  les  Anglais.  Il  empêchait  le  Bey  de  reconnaître  la  Corse 
comme  possession  anglaise,  et  de  faire  la  paix  avec  les  Etats-Unis.  A 
force  de  flnesse  et  de  diplomatie,  il  négociait  et  signait,  le  6  prairial 
an  III,  un  article  additionnel  au  dernier  traité^  limitant  à  la  distance 
d'une  portée  de  canon  des  côtes  françaises  et  tunisiennes  l'immunité 
de  la  navigation.  A  Tunis,  comme  à  Alger,  le  prestige  du  nom 
français  ne  subissait  donc  plus  aucune  atteinte  de  la  crise  révolu- 
tionnaire. Tandis  qu*à  la  Jenina,  Hassan-Dey  étonnait  Valliëre  par 
les  témoignages  d'amitié  les  plus  opportuns  et  les  procédés  les 
plus  généreux,  Devoize  trouvait  au  Bardo,  chez  Hamouda-Bey, 
autant  de  sympathies  respectueuses,  quoique  plus  intéressées, 
autant  de  facilités  pour  ravitailler  la  Provence  et  pour  assurer  les 
convois.  Dans  ces  deux  États  barbaresques,  même  attitude  d*allié 
des  Souverains,  mêmes  qualités  diplomatiques  chez  les  deux 
Consuls  généraux  de  la  République.  A  ces  derniers,  semble-t-il,  on 
eût  alors  souhaité  de  recevoir  de  la  mère-patrie  quelque  encoura- 
gement, sinon  la  juste  récompense  de  leurs  succès  et  de  leur 
zèle.  Et  cependant  Fhistoire  va  nous  montrer  qu'en  ce  moment 
précis,  l'heure  des  plus  amers  déboires  venait  de  sonner  pour  eux. 
Us  étaient  sacrifiés  d'avance,  le  jour  où  le  Comité  de  salut  public, 
voulant  déléguer  en  Afrique  Tun  de  ses  représentants,  avait,  à 
la  légère,  agréé  les  offices  du  plus  sectaire  et  du  plus  audacieux 
intrigant  de  son  entourage,  nous  avons  nommé  Herculais. 

Que  comptait  faire  dans  les  Régences  cet  Envoyé  extraordi- 
naire? Un  mémoire  adressé  par  lui  au  Comité  nous  l'apprend  et 
le  représente  comme  ayant  la  prétention  de  jouer  un  rôle  consi- 
dérable. On  n*est  pas  moins  surpris  de  retendue  de  son  pro- 
gramme que  de  la  suffisance  avec  laquelle  il  en  fait  Texposé. 
Consolider  Talliance  avec  les  Seigneurs  barbaresques;  capter  la 
bienveillance  de  leurs  ministres;  dénoncer  à  la  Convention  tous 
les  Consuls  suspects  d*incapacité,  d'incivisme  ;  faire  des  envois  de 
grains,  d'huiles,  de  bestiaux,  de  cuirs,  de  savons,  de  salpêtres; 
établir  des  salaisons;  racheter  des  esclaves;  forcer  les  Princes 
africains  à  entrer  dans  la  coalition  armée  du  Nord  ;  publier  les 
victoires  de  la  République;  nuire  de  tout  son  pouvoir  à  ses 
ennemis;  augmenter  les  jalousies  entre  les  Consuls  étrangers; 
faire  courir  sur  les  Corses  devenus  sujets  britanniques  :  autant  de 
mots,  de  promesses  vagues  du  vaniteux  personnage.  Le  Comité 
révolutionnaire,    «  ayant  trouvé   ses  propositions  utiles  et  ses 


XXIV  INTRODUCTION 

vues  sensées  »,  lui  a  laissé  le  soin  de  rédiger  lui-même  Tarrèté 
du  21  fructidor  an  II,  qui  lui  confère  présentement  le  litre 
d'  «  Agent  général  et  Envoyé  particulier  près  les  Puissances  bar- 
baresques  et  dans  tout  le  Levant  »,  et  qui  le  maintient,  pour 
l'avenir,  dans  son  emploi  de  chef  de  brigade  des  bataillons  natio- 
naux. L'arrêté  enjoint  aux  Consuls,  négociants,  officiers  de  vais* 
seaux,  de'  lui  prêter  secours  et  assistance,  sll  les  en  requiert,  et 
de  se  conformer  scrupuleusement  à  tout  ce  qu*il  exigera.  La 
mission  d*Herculais  doit  rester  secrète.  Il  correspondra  donc 
directement  avec  le  Comité,  non  avec  le  Commissaire  des  rela- 
tions extérieures.  Ses  appointements  seront  de  20,000  livres;  six 
mois  seront  payés  d'avance  pour  ses  frais  dlnstallation,  «  bien 
que  sa  mission  soit  ambulante  ».  On  fera  armer  le  Jacobin^  chébek 
de  quatorze  canons,  en  parlementaire  tunisien,  les  canons  en  cale, 
et  c*est  sur  ce  navire  que  l'Envoyé  apportera  les  présents  destinés 
aux  Potentats  de  Tunis  et  d'Alger. 

Au  surplus,  des  Instructions  ont  été  remises,  un  mois  après 
(24  vendémiaire  an  III),  au  Délégué  conventionnel.  En  fort  bons 
termes,  avec  une  impartialité  et  une  sagesse  qui  ne  laissent  pas 
que  d'étonner,  elles  précisent  à  la  fois  le  but  de  son  voyage  et 
l'étendue  de  ses  pouvoirs.  Il  faut  les  lire  en  entier  pour  considérer 
à  quel  point  les  membres  du  Comité  prennent  au  sérieux  ce  diplo- 
mate improvisé.  Celui-ci  commencera  sa  tournée  par  la  Régence 
tunisienne,  une  Instruction  spéciale  et  datée  du  même  jour  con- 
cernant Alger  et  Tripoli.  Il  remettra  au  Bey,  au  nom  de  la  Répu- 
blique, le  chébek  le  Jacobin,  à  la  place  des  munitions  de  guerre 
qui  lui  ont  été  promises;  il  pourra  tranquilliser  en  même  temps 
le  Prince  sur  le  sort  ultérieur  de  ses  compatriotes  restés  captifs 
en  Sardaigne.  Deux  affaires  bien  définies  doivent,  en  particulier, 
fixer  son  attention  et  découler  de  son  mandat.  Les  transports 
d'argent  étant  difficiles  et  le  numéraire  de  plus  en  plus  rare,  — 
le  change  sur  les  assignats  est  déjà  de  40  0/0,  —  il  fera  vendre  à 
Tunis  les  marchandises  d'un  important  convoi  que  le  chef  d'es- 
cadre Yence  n'a  pas  osé  faire  sortir  de  la  rade.  Les  négociants 
auxquels  elles  appartiennent  étant  les  uns  émigrés,  les  autres 
extrêmement  désireux  de  s'en  défaire,  il  y  a  là  des  ressources  sur 
placé  dont  il  importe  de  tirer  parti  pour  le  service  des  approvi- 
sionnements méridionaux.  D'autre  part,  on  compte,  à  Paris,  sur 
l'esprit  d'équité  et  sur  la  vigilance  de  l'Envoyé  extraordinaire 
pour  apprécier  la  conduite  des  agents  du  Consulat.  En  ce  qui 


INTRODUCTION  XXV 

concerne  Devoize,  «  homme  intelligent  et  actif  »,  mais  dont  les 
transactions  récentes  ont  paru  trop  onéreuses,  Herculais  vérifiera 
ses  aptitudes  et  fera  Texamen  de  sa  comptabilité.  Il  étendra  son 
enquête  au  Vice-Consul  de  Villeneuve,  «  d'une  très  bonne  réputa- 
tion »,  disent  les  Instructions,  mais  dont  il  faut  connaître  les  opi- 
nions autant  que  le  mérite.  N'appartient-il  pas,  comme  Devoize,  à 
la  classe  des  ci-devant  nobles?  «  En  combinant  toutes  ses  démar- 
ches de  manière  qu'elles  tendent  à  maintenir  la  bonne  harmonie 
entre  la  France  et  les  Puissances  d'Afrique,  le  citoyen  Herculais, 
dans  toute  circonstance,  ne  devra  perdre  de  vue  ni  les  intérêts 
ni  la  dignité  de  la  République.  » 

Le  Commissaire  national  est  arrivé  à  La  Goulette  avec  Gayet, 
son  secrétaire,  le  20  prairial  an  III.  Il  s'est  aussitôt  installé  au  Con- 
sulat, et  s'est  fait  présenter  au  Bey  dans  une  audience  d'étiquette; 
l'accueil  du  Prince  a  paru  froid,  mais  distingué  et  conforme  aux 
usages.  Les  lettres  de  créance  du  Comité  de  salut  public  (24  ven- 
démiaire an  III)  sont,  il  est  vrai,  d'une  courtoisie  parfaite,  en 
dépit  de  la  formule  persistante  du  tutoiement.  Après  s'être  fait 
reconnaître  officiellement  au  Fondouk,  dans  une  assemblée  géné- 
rale de  la  colonie  française,  l'Envoyé  a  transmis  ses  premières 
impressions  à  Paris  dans  deux  dépêches  :  «  J'ai  vu  avec  satisfac- 
tion, dit-il,  que  le  Consul  de  la  République  possédait  l'estime  et 
l'amitié  du  Prince  et  de  son  Ministre.  »  Sans  doute  il  a  déjà 
fouillé  les  archives  de  la  chancellerie,  car  il  ajoute  :  «  Les  enga- 
gements contractés  dans  l'Échelle  pour  faire  droit  aux  réclamations 
du  Bey,  et  qu'il  est  essentiel  d'acquitter,  sont  immenses  ;  ceux-ci 
montent  à  250,000  piastres  à  32  sols...  »  Le  tribut  triennal  de 
Suède,  beaucoup  plus  beau  que  de  coutume  et  qu'il  estime  à  un 
demi-million,  vient  d'arriver  malencontreusement  pour  obscurcir 
Téclat  de  tout  ce  qu'il  apporte,  et  ce  n'est  pas  sans  inquiétude 
qu'il  se  dispose  à  présenter  au  Bey  les  cadeaux  de  la  Convention. 
Est-ce  une  simple  coïncidence,  ou  le  pressentiment  d'avoir  déjà 
déplu?  Il  n'y  a  pas  huit  jours,  en  eflet,  qu'il  a  débarqué,  et  sa 
seconde  audience  est  suivie  d'un  affront.  Tous  ses  présents  sont 
refusés  et  renvoyés  au  Fondouk.  Hamouda  lui  a  déclaré,  non 
sans  arrogance,  qu'il  eût  agréé  volontiers  «  ne  fût-ce  qu'une 
fleur  offerte  en  son  nom  personnel  et  comme  une  marque 
d'amitié  »,  mais  que,  pour  les  cadeaux  de  la  République  fran- 
çaise, il  entendait  être  traité  sur  le  même  pied  que  le  Dey 
d'Alger,  «  son  égal  ». 


XXVI  INTRODUCTION 

Rendant  compte  à  Paris  de  sa  petite  mésaventure,  Herculais 
va  soutenir  «  qu'elle  ne  change  rien  aux  aQaires,  la  République 
étant  au  dessus  des  caprices  de  ces  gens-ci  ».  Il  dissimule  même 
son  dépit  en  écrivant  que  le  Bey  est  vicieux,  détesté,  s'enivre  tous 
les  jours  et  n  écoute  que  ses  «  mignons  ».  Le  fait  est  que  Mus- 
tapha, «  notre  véritable  ami  chéri  »,  est  aujourd'hui  bien  délaissé. 
C'est  Mendrici,  le  médecin  génois,  c'est  Youssuf,  le  Sahib-Tape, 
qui  jouissent  en  ce  moment  des  bonnes  grâces  de  leur  souverain; 
or  ceux-là  sont  notoirement  hostiles  à  la  cause  française.  Le  der- 
nier surtout  semble  alors  considéré  comme  l'ennemi  le  plus 
acharné  des  chrétiens.  D'abord  esclave,  puis  mameluk,  percé  de 
part  en  part  de  deux  balles  destinées  au  Bey,  il  a  beau  jeu  pour 
exploiter  la  reconnaissance  de  son  maître.  «  Sa  stupidité,  dit 
Devoize,  le  rendant  incapable  d'exercer  un  emploi  sérieux,  ou  l'a 
pourvu  de  celui  qui  consiste  à  apposer  le  sceau  aux  ordonnances 
du  Prince.  »  11  a  spolié  tous  les  particuliers  un  peu  aisés,  mono- 
polisé la  moitié  du  commerce  de  la  Régence,  surchargé  de 
droits  les  produits  pour  dégoûter  du  pays  les  négociants  euro- 
péens. 

L'Envoyé  extraordinaire,  hâtons-nous  de  le  dire,  a  déjà  trouvé 
le  moyen  d'écarter  ce  drôle.  Selon  lui,  l'intervention  directe  du 
Grand  Seigneur,  qu'ont  évitée  soigneusement  jusqu'ici  tous  nos 
agents,  paraît  indiquée,  pour  donner  au  Prince  «  une  leçon  ».  Il  a 
bien  d'autres  vues  en  tète,  bien  d'autres  appréciations  où  la  sottise 
le  dispute  à  l'ignorance.  Qu'on  en  juge  par  quelques  extraits!  Sa 
correspondance  nous  expose  «  la  décadence  du  commerce  à  Tunis, 
le  peu  d'utilité  que  la  France  en  retire,  malgré  tout  ce  qu'on  dit 
dans  les  gazettes,  les  dépenses  inutiles  du  Consulat,  etc.  »  Il  con- 
viendrait d'interdire  ici  toute  émigration,  «  Tintention  du  Gouver- 
nement n'étant  certainement  pas  d'y  établir  une  colonie  fran- 
çaise ».  En  1787,  il  y  avait  à  Tunis  six  établissements,  et  c'était 
sans  doute  un  abus  que  favorisaient  les  Consuls  pour  s'associer  à 
leurs  affaires.  Aujourd'hui,  Herculais  compte  quatorze  négociants 
ayant  sous  leur  toit  femme,  enfants  et  domestiques.  Tous  ces 
Français,  à  son  avis,  occasionnent  des  plaintes,  des  tracasseries 
perpétuelles,  et  contraignent  le  Consul,  dont  le  devoir  est  de  les 
protéger,  à  des  condescendances  onéreuses  pour  la  métropole. 
Il  en  conclut  qu'il  serait  nécessaire  de  remettre  en  vigueur  les 
anciennes  Ordonnances  royales,  interdisant  aux  nationaux  le 
mariage  et  le  séjour  de  plus  de  dix  années  dans  les  Echelles. 


INTRODUCTION  XXVII 

Apres  avoir  ainsi  parlé  des  négociants,  voici  ce  qu'il  dit  des 
Consuls  :  «  Ceux-ci,  pour  paraître  utiles,  exagèrent  leur  crédit 
auprès  des  Seigneurs,  les  ressources  du  pays;  ils  dissimulent  les 
sacrifices  ou  les  promesses  qu'ils  font  aux  dépens  de  TËtat,  ne 
peuvent  résister  aux  chicanes,  aux  prétentions  de  ces  gens-ci, 
font  fortune  en  peu  d^années...  Ils  se  retranchent  dans  leur  Con- 
sulat comme  dans  une  place  forte,  en  rendent  les  abords  difficiles, 
font  tous  les  sacrifices  que  les  Maures  exigent,  résistent  juste  ce 
qu'il  faut  pour  sauver  les  apparences  ou  pour  se  faire  valoir 
auprès  du  Gouvernement...  Tous  les  Consuls  d'Alger  et  de  Tunis 
ont  suivi  cette  marche.  Quelques-uns  n'ont  même  obtenu  leur 
place  qu*en  se  faisant  demander  par  les  Bcys  ou  par  leurs 
Ministres;  d'autres  font  écrire  en  leur  faveur,  se  font  donner  les 
plus  grands  éloges;  d'autres  encore  font  au  Gouvernement  des 
promesses  exagérées  ou  chimériques...  Il  faut  dans  ces  deux 
Consulats,  au  lieu  d'hommes  déliés  et  trop  habiles  en  affaires, 
des  gens  fermes  et  probes.  »  L'Envoyé  revient  souvent  sur  la 
facilité  avec  laquelle  on  accorde  des  passeports  pour  les  Régences 
africaines  :  «  Le  Bey,  voyant  une  colonie  si  nombreuse  de 
Français  dans  ses  Etats,  en  tire  avantage  pour  se  rendre  difficile 
dans  toutes  les  affaires.  »  Un  autre  abus,  dit-il  encore  au  Comité 
de  salut  public,  l'offusque  et  lui  parait  facile  à  supprimer  :  il 
s'agit  du  taux  d'intérêt,  alors  de  1  1/2  0/0  par  mois,  que  Devoize 
a  dû  souscrire.  «  On  a  exagéré,  d'ailleurs,  les  ressources  de  cette 
Échelle;  jamais  elle  ne  mérita  les  sacrifices  que  le  Gouvernement 
a  faits  pour  elle...  » 

Les  perfides  insinuations  d'Herculais  contre  Devoize  feront 
bientôt  place  à  des  accusations  plus  passionnées,  sinon  plus 
précises.  Il  a  déjà  soupçonné  Meynières,  le  fournisseur  des  bijoux 
destinés  aux  Cours  barbaresques,  d'avoir  fait  des  spéculations  sur 
la  hausse  des  métaux  précieux;  il  a  dénoncé  Villeneuve,  le  Vice- 
Consul,  qui  fréquente  les  émigrés,  et  qu'on  a  vu  quitter  la  cocarde 
tricolore  pour  passer  tacitement  sous  la  protection  du  Bey.  Quant 
au  Consul,  qu'il  a  juré  de  perdre,  «  il  a  beaucoup  de  choses  à 
dire  au  Comité  sur  sa  conduite  ».  Cet  agent  n'est  rien  moins 
qu'attaché  au  Gouvernement,  il  sert  les  royalistes  et  dirige  ses 
sarcasmes  contre  tous  les  patriotes.  Des  mesures  «  fermes  et  pru- 
dentes »  devront  être  prises,  «  si  Ton  ne  veut  pas  voir  la  Répu- 
blique perdre  ici  totalement  son  commerce  et  son  crédit  ». 

Que  pense-t-on  à  Paris  des  procédés  du  Bey,  et  des  rapports 


XXVIII  INTRODUCTION 

de  l'Envoyé  conventionnel  dans  la  Régence?  Les  membres  du 
Comité,  d*abord  surpris  du  refus  des  présents,  se  sont  un  instant 
demandé  s*il  ne  conviendrait  pas,  à  Tavenir,  de  se  dispenser  d'un 
usage  aussi  humiliant.  «  Nous  sommes  de  l'avis  de  ce  Prince, 
écrivent-ils  à  Herculais,  qu'une  fleur  suffit  comme  marque 
d'amitié,  mais  nous  ajoutons  qu'une  piastre  serait  de  trop  comme 
dette  exigible.  »  Toutefois  ils  ont  jugé  bon  de  ménager  Hamouda, 
plutôt  que  de  l'humilier,  «  persuadés  qu'il  n'y  a  ni  gloire  ni 
intérêt  à  se  brouiller  avec  les  Barbaresques  ».  En  vertu  d'un 
arrêté  du  19  vendémiaire  an  lY,  20,000  boulets  et  30  milliers  de 
poudre  seront  mis  à  la  disposition  du  Prince,  suivant  son  désir;  la 
moitié  de  ces  munitions  lui  seront  offertes  gratis  par  la  Répu- 
blique, l'autre  moitié  sera  payée  en  numéraire  par  l'agent  du  Bey 
à  Marseille.  Cette  fois  les  Conventionnels,  en  écrivant  au  Souve- 
rain du  Bardo,  ne  le  tutoient  plus  (20  vendémiaire).  Ils  se  sou- 
viennent qu'il  a  permis  d'exporter  en  Provence  plus  de  cinquante 
navires  de  grains,  et  le  prient  d'accepter  leur  don  comme  un  gage 
de  gratitude.  «  Nous  saisissons  avec  respect,  lui  disent-ils  à  la 
veille  de  son  expédition  contre  Tripoli,  cette  occasion  de  vous 
donner  un  témoignage  des  sentiments  qui  nous  animent,  et  de 
l'intention  où  nous  sommes  de  concourir,  par  une  réciprocité  de 
bons  ofRces,  au  maintien  de  la  bonne  intelligence  et  de  l'harmonie 
qui  régnent  depuis  si  longtemps  entre  la  France  et  les  Beys  de 
Tunis.  » 

Si  les  idées  d'Herculais  sur  les  Consulats  du  nord  de  l'Afrique 
ont  paru  mériter  d'être  mises  à  l'étude,  elles  n'ont  point  distrait  les 
membres  du  Comité  de  salut  public  du  désir  d'être  exactement 
fixés  sur  la  conduite  de  leurs  agents.  Le  Commissaire  national 
vient  d'être,  en  conséquence,  invité  à  préciser  les  fautes  du  Consul 
Devoize  et  à  achever  son  enquête.  Comme  il  n'a  rien  à  répondre, 
il  renouvelle,  dans  ses  dépêches,  de  vagues  dissertations  sur  le 
despotisme  et  sur  l'indépendance  des  Consuls  de  France  en  Bar- 
barie; il  insiste,  en  particulier,  sur  le  danger  qu'il  y  a,  pour  la 
République,  à  les  laisser  longtemps  dans  la  même  résidence. 
Avec  ce  profond  mépris  des  traditions  de  la  politique  coloniale 
qui  nous  a  déjà  frappé,  il  préconise  encore,  pour  diminuer  leur 
importance,  l'intervention  du  Sultan  dans  les  affaires  tunisiennes. 
Poursuivant  ses  insinuations  à  propos  des  dettes  de  Devoize,  il 
écrit  à  Delacroix,  l'ancien  membre  du  Comité  de  salut  public, 
chargé  par  le  Directoire  du  Ministère  des  relations  extérieures. 


INTRODUCTION  XXIX 

qu'il  est  contraint  de  faire  face  à  des  engagements  imprévus, 
souscrits  à  la  légère  et  sans  autorisation. 

Mais  voilà  plus  de  six  mois  que  l'Envoyé  vit  aux  dépens  du 
Consul  et  dans  sa  maison.  A  quoi  bon  ménager  plus  longtemps  un 
témoin  des  débauches  de  sa  vie  privée!  Pourquoi  subir,  jusqu'à 
la  fin  de  sa  mission,  le  gênant  contrôle  des  fonds  dont  il  est 
comptable?  Un  soir,  exaspéré  par  les  éloges  que  lui  fait  de  Devoize 
le  Ministre  Mustapha,  Herculais  ne  se  contient  plus.  Il  écrit  à 
Paris  que  «  ce  Consul  ne  sert  plus  les  intérêts  de  la  France  » 
(10  nivôse  an  IV);  il  est  urgent  de  le  rappeler,  dit-il  encore  sans 
autre  explication,  et  de  «  l'obliger  par  ruse  à  quitter  Tunis  », 
où  l'on  peut  craindre  qu'il  pactise  dangereusement  avec  les 
émigrés. 

Trois  jours  après  (13  nivôse),  Devoize  parait  être  informé  du 
coup  dont  il  est  menacé,  car  il  écrit  à  Delacroix  :  «  Je  n'ai  pas 
tardé  à  m'apercevoir  que  la  confiance  que  m'accordait  le  Comité  de 
salut  public  avait  effarouché  l'amour-propre  du  citoyen  Herculais; 
il  ne  m'a  donné  que  trop  de  motifs  d'être  persuadé  qu'égaré  par  ce 
sentiment,  qui  Taura  rendu  injuste,  il  a  cherché  à  altérer  dans  ses 
rapports  la  bonne  opinion  que  le  Comité  avait  de  mon  zèle  et  de 
mes  services...  Je  ne  saurais  me  persuader  qu'une  destitution,  qui 
me  laisserait  sans  ressources  et  avec  des  dettes,  puisse,  sous  le 
Gouvernement  le  plus  juste,  devenir  le  prix  des  services  et  de  la 
conduite  exempte  de  tout  reproche  d'un  agent  de  la  République 
employé  sous  vos  ordres.  »  Toute  la  lettre  de  Devoize  est  pleine 
de  dignité  et  de  mesure.  Mais  il  est  déjà  trop  tard.  Le  Ministre  a 
fait  un  rapport  au  Directoire  exécutif  sur  le  Consulat  de  Tunis.  On 
n*a  pu  découvrir  dans  ses  bureaux  que  des  renseignements  avan- 
tageux sur  Taccusé;  toutefois,  une  dénonciation  non  signée  contre 
cet  officier  lui  est  parvenue.  Sept  nationaux  expulsés  de  Tunis, 
comme  fauteurs  de  graves  désordres,  ont  suspecté  leur  ancien 
chef  de  fidélité  à  l'ancien  régime.  La  correspondance  d'Herculais  a 
confirmé  cette  opinion.  C'en  est  assez  pour  que  le  Ministère  juge 
inutile  d'en  savoir  davantage.  Sur  sa  proposition,  le  Directoire  a 
décidé  le  rappel  de  Devoize  et  nommé  à  sa  place  le  citoyen 
Beaussier,  alors  dans  le  Levant  (Arrêté  du  23  nivôse  an  IV).  Avis 
de  cette  destitution  a  été  aussitôt  donné  à  Herculais. 

Mais  voilà  que  ce  dernier,  mis  en  possession  de  l'arme  déloyale 
qu'il  a  fait  forger,  n'ose  pas  s'en  servir.  Feignant  toujours  une 
entente  hypocrite  avec  celui  qu'il  n'a  pu  prendre  encore  en  faute, 


XXX  INTRODUCTION 

il  continue  de  s'occuper,  sous  ses  yeux,  des  affaires  courantes, 
confisque  les  biens  des  émigrés,  paye  une  partie  des  dettes  du 
Consulat,  règle,  sur  les  instances  réitérées  du  Bey,  la  vieille  que- 
relle des  esclaves  tunisiens  de  Cagliari.  Entre  eux  point  de  conflits 
d'attribution  ni  de  pénibles  téte-à-tètc.  Leurs  divergences  de  vues 
n'apparaissent  que  dans  les  dépèches  qu'ils  adressent  au  Gouver- 
nement, et,  parmi  ces  dernières,  il  faut  signaler  celles  qui  concer- 
nent la  chapelle  établie  dans  le  Fondouk.  Herculais  a  cru  devoir 
confisquer,  au  nom  de  la  loi,  cette  chapelle  et  son  mobilier, 
convertir  son  local  en  une  salle  de  fêtes,  renvoyer  les  fidèles  à 
récurie  du  Consulat  pour  y  dresser  leurs  autels.  Les  nationaux 
ont  protesté;  Devoize  a  plaidé  leur  cause.  «  Le  Commissaire,  écrit- 
il,  entendait  jusqu'alors  la  messe  avec  beaucoup  de  recueillement 
dans  le  prie-Dieu  consulaire.  Comment  ne  pas  concevoir  que  cette 
chapelle  est  un  de  nos  importants  privilèges,  consacré  par  les 
traités,  et  que^  si  Ton  renonce  volontairement  à  celui-là,  bien 
d'autres  avantages  nous  seront  bientôt  contestés!  Les  négociants 
sentent  ici  qu'une  nation  qui  existerait  sans  culte,  dans  un  pays 
où  la  philosophie  n'a  pas  pénétré  et  où  cependant  la  tolérance 
règne,  y  végéterait  dans  une  condition  au-dessous  de  celle  des 
Juifs...  »  Retrouvons  maintenant  le  Rapport  (ï Herculais  sur 
Véglise  du  Fondouk  de  France.  Il  suffit  à  démontrer  dans  quel 
esprit  son  auteur  s'applique  à  justifier  ses  actes,  et  quels  arguments 
misérables  il  invoque  en  plaisantant  le  Consul  sur  «  sa  chère 
chapelle  ». 

Cependant  le  bruit  se  répand  que  Devoize  est  destitué.  Ses  amis 
lui  disent  qu'on  a  même  pris  des  précautions  pour  le  faire  embar- 
quer de  force.  Quelles  protestations  indignées  nous  allons  entendre, 
lorsqu'il  ira  demander  à  l'Envoyé  les  motifs  de  sa  disgrâce 
(1^'  germinal  an  IV)!  «  J'apprends  par  une  voie  sûre  que,  sur  une 
dénonciation  de  quelques  négociants  de  cette  Échelle,  j'ai  été  des- 
titué de  ma  place  de  Consul  général.  Il  faut  que  les  faits  énoncés 
soient  bien  graves  pour  qu'un  Gouvernement  juste  se  soit  décidé  à 
ôterà  un  ancien  officier  et  son  état  et  son  honneur...  »  Il  le  somme 
de  réunir  devant  lui  tous  les  négociants,  de  provoquer  leurs 
plaintes,  de  le  mettre  à  même  d'y  répondre.  «  Ce  serait'  un  déni 
de  justice  que  de  me  refuser  cette  formalité.  »  Il  tient  à  savoir  qui 
l'accuse,  quels  sont  ses  méfaits,  u  C'est  l'affaire  la  plus  importante 
de  ma  vie  que  de  connaître,  après  avoir  servi  ma  patrie  pendant 
dix-neuf  ans  avec  zèle  et  honneur,  et  le  suffrage  constant  de  mes 


INTRODUCTION  XXXI 

supérieurs,  comment  j'ai  pu  être  frappé,  tout  à  coup,  d*une  desti- 
tution qui  me  range  dans  la  classe  des  mauvais  citoyens.  »  Affolé 
par  cette  demande  d'explications  loyales,  Herculais  s'enfuit.  Subite- 
ment, sans  en  rien  dire,  il  disparaît  du  Fondouk,  s'embarque  pour 
Alger,  abuse  jusqu'au  bout  sa  victime  par  le  plus  grossier  men- 
songe. Voilà  deux  mois  et  plus  qu'il  détient  en  ses  mains  l'arrêté 
du  23  nivôse,  et,  au  moment  de  mettre  à  la  voile  (4  germinal),  il 
fait  savoir  à  Devoize,  dans  un  billet  fort  laconique,  que  «  n'ayant 
reçu  aucune  nouvelle  officielle  de  sa  destitution,  il  n'a  pas  trouvé 
à  propos  de  convoquer  les  négociants  pour  discuter  sa  con- 
duite ». 

L'infortuné  Consul,  que  torture  cette  énigme,  et  qui  s'est  vu 
reprocher  seulement  d'aller  à  la  messe,  ne  pourra  demeurer  plus 
longtemps  indécis  sur  le  sort  qu'on  lui  réserve.  Sans  attendre  que 
le  Ministre  lui  ait  notifié  son  rappel,  il  lui  écrira,  en  dénonçant 
lui-même  Herculais,  son  accusateur  (6  germinal).  Ce  n'est  pas  la 
faveur  qui  l'a  mis  dans  ce  poste;  il  y  est  parvenu  par  de  longs  et 
utiles  services,  après  avoir  vieilli  dans  les  grades  subalternes 
pendant  quinze  ans.  «  La  destitution  honteuse,  dont  l'injustice 
arrachée  à  votre  bonne  foi  par  la  méchanceté  la  plus  noire  m'af- 
fecte plus  profondément  que  la  perte  de  mon  emploi,  a  surpris 
étrangement  le  Bey  et  ses  Ministres,  qui  savent  avec  quelle  cha- 
leur j'ai  servi  les  intérêts  de  la  République.  Ils  ont  été  révoltés  de 
voir  la  calomnie  partir  d'un  homme  qui,  pour  me  servir  de  leur 
expression,  mangeait  le  pain  et  le  sel  avec  moi...  Celui-ci  a  avili 
son  caractère  par  un  esprit  d'intrigue,  par  la  vie  la  plus  scanda- 
leuse, les  mœurs  les  plus  corrompues,  le  mépris  affecté  de  tous 
les  principes  de  morale  et  la  fréquentation  habituelle  de  ces  lieux 
où  un  particulier  qui  se  respecte  un  peu  n'ose  se  montrer.  Voilà 
ce  qui  a  si  fortement  attaché  Herculais  au  séjour  de  Tunis.  » 

Quelques  jours  se  sont  passés,  et  le  premier  courrier  d'Alger  a 
transmis  à  Devoize  une  lettre  d*Herculais  lui  notifiant  l'arrêté  qui 
le  frappe.  Il  doit  remettre  son  service  au  premier  Député  de  la 
nation,  et  s'embarquer  dans  les  trois  jours.  Retiré  dans  sa  maison 
de  campagne,  à  Carthage,  il  se  dispose  à  obéir  et  il  annonce  à 
Delacroix  qu'il  a  hâte  de  se  justiGer^  «  Après  vingt  ans  de  travaux, 
d'une  conduite  sans  reproche,  après  avoir  surmonté  les  difficultés 
de  la  place  au  milieu  des  orages  de  la  Révolution  et  dépensé  toutes 
mes  économies,  je  me  trouve  sans  état,  sans  fortune,  avec  des 
dettes...  Le  tableau  de  ma  position  est  déchirant,  citoyen  Ministre. 


XXXII  INTRODUCTION 

Mais  je  n'ai  qu'une  grâce  à  vous  demander,  c'est  de  me  faire  con- 
naître comment  j  ai  pu  perdre  la  confiance  du  Gouvernement, 
lorsque  j'ai  employé  toute  ma  vie  à  la  mériter.  »  Si  le  Ministère 
continue  à  lui  laisser  ignorer  la  raison  du  sort  qu'il  subit,  il  ne 
lui  restera  plus  que  «  la  dernière  ressource  du  désespoir».  L'En- 
voyé s'est  imaginé  qu'avec  l'appui  du  Bardo  Devoize  allait  rester 
dans  la  Régence,  et  grossir  le  parti  déjà  bruyant  des  émigrés. 
Aveuglé  par  les  pires  suggestions  de  sa  haine,  il  n'a  pas  craint 
d'humilier  Hamouda,  et  de  lui  faire  demander,  par  le  Dey  d'Alger, 
de  chasser  de  ses  Etats  l'ancien  Consul  général.  Sous  cette  suprême 
injure  celui-ci  se  révolte.  Laissons-le  parler  encore,  car  ses  cris 
d'innocence  traduisent  toute  la  fierté  de  son  âme  meurtrie  ;  ils  le 
grandissent  dans  l'infortune.  <c  Dussé-je  rester,  dit-il,  toute  ma  vie 
la  victime  d'une  calomnie  atroce,  condamné  à  toutes  les  suites  du 
malheur  de  ne  pas  pouvoir  l'éclairer,  je  suis  trop  fier  d'être  Fran- 
çais, trop  attaché  à  ma  patrie  que  j'ai  servie  avec  honneur,  pour 
me  couvrir  de  la  honte  et  de  l'ignominie  de  vivre  parmi  ses 
ennemis.  Comme  l'agent  d'Alger  à  Tunis  a  les  moyens  de  faire 
exécuter  les  ordres  du  tyran,  je  serai  peut-être  arraché  demain  de 
ma  maison,  au  milieu  de  l'estime  publique,  peut-être  chargé  de 
chaînes  comme  un  scélérat;  une  honteuse  déportation  sera  le  prix 
de  mes  services.  Et  je  suis  Français  !  mes  cheveux  se  dressent, 
l'indignation  me  sufibque!...  » 

Nous  ne  tarderons  pas  à  revoir  Devoize  à  Paris;  pour  le  moment, 
suivons  Herculais  jusqu'au  bout  dans  l'accomplissement  de  son 
œuvre  de  persécution  et  de  haine.  A  Alger,  le  Consul  Vallière, 
ayant  paru  suspect  à  noire  ombrageux  personnage,  a  vu  séques- 
trer ses  biens  en  attendant  que  sa  destitution,  réclamée  d'urgence, 
soit  devenue  fait  accompli.  Le  chancelier  Astoin-Sicive,  encore 
moins  ménagé  par  l'Envoyé  extraordinaire,  a  dû  s'embarquer, 
avec  tous  les  émigrés.  Herculais  s'est  également  «  débarrassé  » 
de  Gayet,  son  secrétaire,  «  en  raison  de  l'influence  de  ce  dernier 
dans  les  bureaux  ».  Ici,  le  but  qu'il  veut  atteindre  apparaît  mieux 
encore,  si  c'est  possible,  qu'à  Tunis  ;  il  consiste  à  «  purger  l'Echelle  » 
des  Français  jugés  inutiles  et  des  négociants  soupçonnés  d'être 
hostiles  à  la  République.  Ses  dépêches  à  Delacroix,  pendant  neuf 
mois  de  séjour  à  Alger,  ne  sont  que  des  réquisitoires  contre  ses 
compatriotes;  elles  ne  cessent  de  dénoncer  des  opérations  usu- 
raires,  des  malversations,  des  intrigues,  des  cabales  ourdies  contre 
lui,  inventées  d'ailleurs  habilement  pour  justifier  chacun  de  ses 


INTRODUCTION  XXXIIl 

procédés  arbitraires.  Nous  passerons  sous  silence  ses  négociations 
louclies  avec  les  Juifs  algériens,  et  les  emprunts  contractés  auprès 
d'eux  ((  pour  solder  des  dettes  criardes  ».  Cependant  le  Ministre 
Ta  invité  à  rentrer  à  Tunis.  Le  nouveau  Consul,  Beaussier,  vient 
d'y  arriver;  il  faut  qu'Herculais  l'installe,  achève  de  liquider  les 
dettes  de  la  nation,  et  continue  son  voyage  en  se  rendant  à  Tri- 
poli, troisième  et  dernière  étape  de  sa  tournée  d'inspection  dans  les 
Régences  barbaresques. 

Déjà,  dans  son  désir  de  plaire  à  tout  le  monde,  Beaussier  avait 
rassemblé  ses  nationaux  au  Fondouk,  prêché  l'égalité  et  la  con- 
corde, et  célébré  la  fête  de  la  Liberté  dans  des  discours  sur  la 
morale  civique,  des  chants  patriotiques,  des  banquets  fraternels. 
Sur  le  théâtre  tunisien,  le  rôle  dont  il  était  chargé  ne  lui  sem- 
blait point  difficile.  Il  avait  sous  les  yeux  les  Instructions  pré- 
cises du  Directoire  (ventôse  an  IV),  sous  la  main  des  présents 
pour  dissiper  tous  les  malentendus.  Il  lui  suffirait  sans  doute, 
lisons-nous  dans  ses  premières  lettres,  d'appliquer  le  principe: 
«  Rien  pour  les  individus,  tout  pour  la  chose  publique.  »  Au  bout 
de  quelques  jours  c'était  une  autre  antienne;  à  son  naïf  enthou- 
siasme succédait  le  découragement  le  plus  profond,  le  plus  lamen^ 
table.  L'expulsion  de  Devoize  et  les  agissements  d'Herculais 
l'avaient  mis  vis-à-vis  du  Bey  dans  la  plus  fâcheuse  posture;  en 
moins  de  deux  mois,  sa  situation  était  devenue  à  peu  près  inte- 
nable, par  suite  du  ressentiment  d'Hamouda.  «  Il  a  fallu,  lui  avait 
dit  ce  Prince,  l'arrivée  dans  ce  pays  d'un  homme  qui  s'est  écarté 
méchamment  de  l'ordre  constant  des  choses  pour  compliquer  toutes 
les  affaires.  Si  cette  innovation  de  faire  intervenir  dans  nos 
démêlés  le  despotisme  et  le  caprice  du  Dey  d'Alger  devait  conti- 
nuer, je  renverserais  de  mon  côté  tous  les  établissements  français 
fondés  dans  ma  Régence,  en  commençant  par  le  Consulat...  »  Le 
successeur  de  Devoize  se  plaignait,  au  début,  de  «  ses  réceptions 
très  froides,  pour  ne  pas  dire  humiliantes  »  au  palais  beylical. 
Mais  après  le  retour  d'Herculais  à  Tunis  (28  brumaire  an  Y),  ses 
visites  de  courtoisie  comptaient  comme  autant  d'affronts.  Hamouda, 
plus  intraitable  que  jamais,  se  faisait  un  jeu  de  refuser  dédaigneu- 
sement toutes  les  demandes  de  l'Envoyé. 

Celui-ci,  pourtant,  s'est  vanté  d'avoir  le  dernier  mot  avec  tous 
ses  contradicteurs.  Son  second  séjour  à  Tunis  ne  sera  pas  plus 
édifiant  ni  plus  heureux  que  le  premier.  Il  convoque  tous  les 
nationaux  au  Consulat,  les  exhorte  à  l'obéissance,  au  respect  des 


XXXIV  INTRODUCTION 

lois,  et  leur  fait  un  éloge  pompeux  de  la  Révolution.  Pendant 
quatre  mois  la  colonie  vit  sous  le  régime  de  la  terreur.  Avec  le 
même  mépris  des  droits  les  plus  sacrés,  Tagent  du  Directoire  viole 
le  secret  des  dépèches,  intercepte  les  correspondances  privées» 
brise  les  scellés  des  dépôts  de  chancellerie,  menace  d'expulsion 
tous  ceux  qui  ne  pactisent  pas  avec  lui.  On  le  voit  réclamer  le 
rappel  des  Consuls  de  Hollande  et  de  Venise,  Nyssen  et  Gorgo- 
glione,  accusés  tous  les  deux  d'être  anti-français.  Billon,  Tancien 
secrétaire  de  Devoize,  de  Villeneuve,  le  Vice-Consul,   Bouzige, 
le  négociant  qui  a  vendu  les  cargaisons  de  Vence,  sont  expulsés  ; 
un  autre  négociant,  Famin,  «  à  moitié  Juif,  à  moitié  Maure  », 
subit  le  joug  du  tyran,  alors  que  Villet,  Caille,  Guiraud,  deux  ou 
trois  autres,  apparentés  au  Consul  d'Angleterre,  sont  comblés  de 
ses  faveurs.  «  L'écume  de  la  nation  »  est  appelée  à  l'enquête  la 
plus  odieuse  sur  les  représentants  de  Tancien  régime.  Les  plus 
faux  témoignages,  comme  il  sera  prouvé  un  jour,  viennent  «  salir 
les  registres  de  la  Chancellerie  ».  Menaces,  caresses,  promesses, 
festins  splendides,  auxquels  sont  invités  les  plus  chauds  amis  de 
Devoize,  rien  n'est  négligé  dans  le  but  de  monter  toutes  les  têtes 
contre  ce  dernier.  Pendant  ce  temps,  Beaussier  n'est  qu'un  subor- 
donné  docile  et  craintif;   le  véritable  Consul  de  France,  c'est 
Hadji-Ali,  représentant  du  Dey  d'Alger,  c'est  ce  corsaire  qui  vient 
caracoler  jusque  dans  la  cour  de  la  résidence  nationale,  pour  y 
dicter  ses  volontés  suprêmes.  Que  dire  enfin  de  la  correspondance 
officielle  d'Herculais  avec  le  Ministre!  Bien  qu'elle  soit  plus  rare 
aujourd'hui,  elle  révèle  le  même  état  d'esprit  déséquilibré,  le 
même  délire  de  la  persécution.  Ses  rapports,  l'Envoyé  l'avoue, 
sont  des  plus  tendus  avec  Bamouda,  ses  démarches  demeurent 
sans  succès,  son  crédit  est  nul.  Le  Bey,  «  qu'il  a  fait  trembler  », 
n'attend  plus  que  son  départ  pour  «  mener  »  le  nouveau  Consul. 
Sous  la  gestion  du  citoyen  Beaussier,  dit-il  encore  avec   tris- 
tesse, les  choses  n'iront  guère   mieux  qu'auparavant.  Quant  à 
lui  les   contrariétés,  «  les  intrigues  de  toute  nature   déployées 
contre  sa  mission  »  l'ont  abattu,  paralysé.  Il  a  tout  à  redouter 
de    «  l'implacable   vendetta  »   des  Princes,    «   jusqu'au  poison 
mélangé  au  café  qu'on  est  obligé  de  prendre  dans  les  visites  ». 
Un  jour,  il  écrira  au  Ministère  qu'on  veut  attenter  à  ses  jours. 
Il  annoncera,  non  sans  dépit,  que  sa  présence  à  Tunis  n'est  plus 
nécessaire,  qu'il  se  dispose  à  passer  incessamment  à  Tripoli,  et, 
jusque  chez  ses  partisans,  chacun  saluera  son  départ  dans  un 


INTRODUCTION  XXXV 

sentiment    unanime   de    soulagement   et   de    mépris  (4    floréal 
anV). 

On  commençait  alors  à  se  préoccuper,  aux  Relations  extérieures, 
des  nombreuses  réclamations  provoquées  par  Herculais.  Décidé  à 
se  défendre  avec  la  dernière  énergie,  Devoize  avait  quitté  sa 
campagne  de  Carthage  (28  messidor  an  IV),  et  s'était  rendu  à 
Paris.  Il  avait  mis  sous  les  yeux  du  Ministre  des  attestations  élo- 
gieuses  de  nationaux  et  d'officiers  de  marine,  des  certificats  de 
civisme  et  de  bonne  conduite,  les  témoignages  de  gratitude  des 
Directeurs  de  la  Compagnie  d'Afrique.  Tout  un  dossier,  retrouvé 
par  nos  soins  dans  les  cartons  des  Archives  nationales  (AF',  74), 
démontre  avec  quel  souci  de  sa  réputation  et  de  son  honneur  il 
avait  opposé  trente-deux  pièces  justificatives  aux  griefs  de  ses 
ennemis.  D'autre  part,  il  était  parvenu  à  Delacroix  un  chaleureux 
plaidoyer,  tout  à  l'honneur  de  ce  Consul,  et  rédigé  par  les  Majeurs 
des  établissements  français  à  Tunis.  Enfin  le  Bey  lui-même  avait 
écrit  au  Directoire  une  lettre  charmante  en  faveur  du  persécuté. 
«  Devoize  est  intelligent,  capable,  bon,  voyant  bien  les  alTaires; 
il  a  dirigé  celles-ci  avec  zèle  et  capacité  ;  il  a  été  soigneux  à  main- 
tenir l'harmonie  entre  nos  deux  empires...  Nous  ne  l'avons 
jamais  trouvé  répréhensible  et  sa  déposition  n'est  que  le  fait  de 
haines  toutes  particulières...  »  L'examen  des  pièces  du  procès 
ayant  provoqué  une  enquête  sur  l'Inspecteur  des  Échelles  barba- 
resques,  le  Directoire  fut  saisi,  le  18  pluviôse  an  Y,  d'un  premier 
rapport  sur  sa  mission.  On  y  constata  des  faits  graves,  de  nature 
à  justifier  un  projet  de  révocation.  Cet  officier,  convaincu  d'es- 
croqueries commises  en  Espagne,  et  des  mœurs  les  plus  dépra- 
vées,  «  n'avait  point  les  connaissances,  la  capacité,  l'habitude  des 
affaires,  l'esprit  conciliant  et  la  prudence  qui  auraient  pu  rendre 
sa  présence  en  Barbarie  utile  à  la  Bépublique  ».  Il  a  eu  entre  les 
mains,  dit  le  rapporteur,  des  fonds  considérables  et  des  présents 
dont  l'emploi  est  mal  connu;  il  a  blessé  les  intérêts  des  négociants 
et  commis  des  fautes  à  Alger,  notamment  en  implorant  la  protec- 
tion du  Dey  contre  le  Bey  de  Tunis.  Devoize  a  été  de  sa  part  l'objet 
d'accusations  graves,  «  qui  ne  sont  que  des  assertions  sans 
preuves  »  ;  des  nationaux  ont  été  renvoyés  par  lui  sans  motifs 
plausibles.  «  Cette  mission,  lisons-nous  encore,  n'était  rien  moins 
qu'indispensable,  elle  est  inutile  aujourd'hui,  tous  les  postes  consu- 
laires d'Afrique  étant  remplis  par  des  citoyens  dignes  de  toute 
confiance...  Rien  ne  nécessite  le  maintien  d'une  inspection  qui 


XXXVI  INTRODUCTION 

dure  depuis  plus  de  deux  ans,  et  qui  n*a  produit  aucun  résultat.  » 
Là-dessus,  nouvel  incident;  c'est  de  Tunis  même  que  le  crédit 
de  notre  personnage  va  recevoir  le  coup  de  grâce.  En  effet,  las 
de  subir  dans  le  silence  un  sort  immérité,  Beaussier  s'est  vengé. 
Le  courrier  de  Tunis  a    transmis  à  Paris  Tacte  de  mariage  du 
citoyen   Herculais  avec   Miss    Gordon,   fille  de  Tancien  Consul 
d'Angleterre  à  Tunis  (13  nivôse  an  V).  Ce  mariage,  écrit-on,  a  été 
célébré  récemment,  «  à  la  mode  grecque  ».  Il  a  couvert  de  ridicule 
l'Envoyé  extraordinaire;  toute  la  colonie  tunisienne  a  poursuivi 
de  dédaigneux  sarcasmes  son  épouse  «  anti-française,  sèche,  sans 
dents  et  sans  dot  ».  Dans  un  nouveau  rapport  au  Directoire  exé* 
cutif  (20  ventôse  an  Y),  le  Ministre  a  réclamé,  cette  fois,  avec 
énergie  le  rappel  d'un  officier  si  peu  digne  de  ménagements.  «  Je 
croyais,  dit  Delacroix,  n'avoir  plus  à  entretenir  le  Directoire  de 
cet  individu.  Mais  il  est  retourné  à  Tunis,  où  aucun  objet  admi- 
nistratif n'exigeait  sa  présence  ;  il  y  a  pris  femme  et  femme  anglaise. 
Mathilde  Gordon  n'a  ni  jeunesse,  ni  beauté,  ni  fortune;  c'est  de 
la  pure  anglomanie.   Les  anciennes  ordonnances  ne   défendent- 
elles  pas,  au  surplus,  le  mariage  des  Français  dans  les  Echelles 
sans  Tautorisation  du  Gouvernement?  »  Et  le  Ministre  d'ajouter, 
sans  s'en  tenir  au  seul  article  du  mariage  :  «  Il  est  impossible  de 
concilier  la  conduite  d'Herculais  avec  les  reproches  qu'il  adresse 
aux  autres.  »  On  a  lieu  de  craindre  aujourd'hui  qu'il  ne  fasse 
passer  les  fonds  de  la  République  à  la  famille  de  sa  femme.  «  Ce 
qui  frappe,  dans  sa  comptabilité,  c'est  non  pas  le  désordre  excessif 
qui  y  règne  d'un  bout  à  l'autre,  mais  cette  foule  de  dépenses 
arbitraires,  non  autorisées,  et   qui  ne  sont  appuyées   d'aucune 
pièce  justificative.  Achète-t-il  des  présents?  Aucune  facture  d'achat 
ne  les  accompagne.  Rachète-t-il  des  esclaves?  Fait-il  des  dépenses 
pour   eux?  Aucun  bordereau  ne  justifie  ces   articles.  Enfin    le 
citoyen  Herculais  semble  avoir  oublié  que,  s'il  n'avait  aucun  supé- 
rieur en  Barbarie,  il  en  avait  en  France,  qu'il  devrait  édifier  tôt  ou 
tard.  »  Il  a  eu  entre  les  mains,  en  dehors  des  présents,  650,000  francs 
à  Tunis,  525,000  francs  à  Alger.  Il  parait  être  en  déficit  de 
104,500  francs;  on  l'obligera  à  rendre  ses  comptes.  Les  présents, 
il  les  a  envoyés  à  Livourne  avec  son  ami  Yillet,  il  faudra  savoir 
dans  quel  but.  En  attendant,  il  importe  que  sa  révocation  lui  soit 
signifiée  le  plus  tôt  possible.  L'Arrêté  du  20  ventôse  lui  prescrira, 
en  conséquence,  de  revenir  à  Paris,  et  des  mesures  seront  prises 
pour  que  les  ordres  du  Gouvernement  puissent  atteindre  l'intéressé 


INTRODUCTION  XXXVII 

par  les  voies  les  plus  rapides.  Un  mois  après,  le  Bey  de  Tunis,  à  qui 
Beaussier  viendra  communiquer  ces  ordres,  se  donnera  la  joie  de 
concourir  à  leur  exécution.  Huit  cavaliers  partiront  à  la  poursuite 
d'Herculais  et  le  trouveront  à  Tripoli,  le  22  floréal  an  V.  Pour  en 
finir  avec  le  tyran  jacobin,  nous  n'aurons  plus  qu'à  signaler  ici 
rintervention  du  Consul  général  de  la  République  à  Tripoli,  les 
protestations  insolentes  de  TÂgent  extraordinaire  à  la  nouvelle  de 
sa  disgrâce,  sa  dépèche  du  6  messidor,  où  Tapologie  de  ses  actes 
apparaît  plus  audacieuse  que  ses  récriminations,  enfin  les  procès- 
verbaux  de  la  chancellerie  tripolitaine,  publiés  dans  ce  volume, 
sur  le  dernier  épisode  de  cette  mission  fantaisiste,  la  plus 
néfaste  aux  intérêts  français  qu'on  ait  rencontrée  dans  les  annales 
africaines. 

te 

Si  quelqu'un  pouvait  réparer  promptement  les  fautes  commises, 
et  relever  aux  yeux  d'Hamouda-Bey  le  prestige  de  la  République, 
c'était  bien  Devoize.  L'enquête  ministérielle  avait  réduit  à  néant 
chacun  des  griefs  articulés  contre  lui  ;  bien  plus,  elle  avait  prouvé 
que,  loin  de  s'enrichir,  il  s'était  dépouillé  d'un  bien  patrimonial 
afin  de  mieux  servir  les  intérêts  de  son  pays.  Ajoutons  que  l'ancien 
Consul  avait  trouvé  à  Paris  deux  chauds  défenseurs.  Boulouvard, 
chef  du  bureau  des  Consulats  au  Ministère  des  relations  extérieures, 
était  arrivé  à  prouver,  «  en  comptant  sur  ses  doigts  »,  que  la 
mission  barbaresqiie  coûtait  environ  trois  millions  à  la  Répu- 
blique; Talleyrand,  qu'on  verra  bientôt  diriger  les  services  de  ce 
Département  et  qui,  par  une  étrange  incohérence,  sera  un 
jour  le  puissant  avocat  des  Juifs  algériens  Bacri,  s'était  haute* 
ment  prononcé  pour  la  réintégration  des  victimes  d'Herculais 
dans  leur  ancien  poste.  Un  peu  confus  de  ses  erreurs,  le  Direc- 
toire avait  été  appelé  à  délibérer  sur  cet  acte  de  justice;  il  s'y 
était  prêté,  du  reste,  d'assez  bonne  grâce,  encore  qu'il  eût 
imposé,  dans  cette  circonstance,  une  réduction  de  2,000  livres 
d'appointements  à  celui  qui  brûlait  de  rentrer  à  Tunis,  «  ayant 
moins  à  cœur  les  avantages  de  sa  charge  que  la  confiance  de  son 
Gouvernement  ». 

Muni  de  nouvelles  lettres  de  créance,  Devoize  a  repassé  la  mer 
{2  brumaire  an  VI)  sur  une  frégate  de  l'État.  Le  voilà,  trois  jours 
après  son  arrivée  à  La  Goulette,  réintégré  dans  ses  fonctions  avec 
tout  le  cérémonial  d'usage.  Beaussier,  son  collègue,  nommé  à 
Tripoli,  lui  a  cédé,  non  sans  plaisir,  un  fardeau  reconnu  trop  lourd 
pour  ses  épaules.  Il  n'est  sorte  de  compliments  et  de  démonstra- 


XXXVIII  INTRODUCTION 

lions  de  joie  qu'Hamouda-Bey  n*ait  prodigués  à  l'agent  réhabi- 
lité. Il  semble  même,  à  en  juger  par  la  dépèche  du  Prince  au 
Directoire  en  date  du  23  brumaire,  que  le  Consul  n*aura  qu'à 
jouir  paisiblement  de  son  triomphe,  et  qu'à  la  Cour  du  Bardo 
chacun  va  s'ingénier  à  lui  faire  oublier  «  ses  désagréments  ». 
L'ère  des  difficultés,  pourtant,  n'est  pas  close,  bien  loin  de  là. 
Dans  l'entourage  du  Bey,  Devoize  a  retrouvé  deux  hommes  :  le 
Sahib-Tape  Youssuf  et  Mustapha-Khodja.  La  faveur  du  premier 
n'a  fait  que  grandir,  mais  son  hostilité  contre  les  nationaux  chré- 
tiens n'a  pas  désarmé.  «  Or  un  Consul,  écrit  Devoize,  ne  peut  se 
vanter  ici  de  nager  entre  deux  eaux.  Il  faut  qu'il  se  prononce  et 
qu'il  opte  entre  Youssuf  et  Mustapha,  beau-frère  du  Bey,  Ministre 
vertueux  et  dévoué  depuis  trente  ans  à  la  nation  française,  cher  à. 
tous  les  Tunisiens  par  son  intégrité,  son  désintéressement,  vénéré 
pour  ses  mœurs  simples  et  la  pratique  de  toutes  les  vertus,  enfin 
dont  on  ne  pourrait  compter  les  bonnes  actions  ni  citer  une  seule 
injustice.  Les  titres  si  légitimes  qu'il  a  acquis  à  la  reconnaissance 
des  Français  m'imposent  le  devoir  de  lui  rester  attaché  pour 
l'acquitter.  »  Ces  rivalités  d'influence  s'accentueront  de  jour  en 
jour;  en  attendant  leur  dénouement,  elles  ne  feront  que  ressortir 
les  qualités  diplomatiques  du  Consul  général  de  France,  appelé 
par  sa  destinée,  suivant  son  expression  même,  à  «  marcher  sur 
des  épines  »  jusqu'à  la  fin  de  sa  carrière. 

Le  traité  de  Campo-Formio  avait  reconnu  récemment  la  sou- 
veraineté de  la  République  sur  les  îles  vénitiennes  de  Corfou, 
Céphalonie,  Zante,  Saint-Maur,  Cérigo  et  leurs  dépendances.  La 
protection  du  Consulat  s'étendait,  en  conséquence,  sur  les  esclaves 
de  cette  provenance,  aussi  bien  que  sur  ceux  de  Venise  «  démo- 
cratisée »  et  sur  ceux  de  Malte,  après  la  fameuse  capitulation  de 
cette  place.  Devoize  eut  de  bonne  heure  à  s'occuper  de  la  libéra- 
tion de  beaucoup  de  captifs,  jetés  pêle-mêle  dans  les  bagnes  de 
Tunis.  Sa  correspondance  indique  qu'en  moins  de  deux  mois  il 
obtint,  à  titre  gratuit,  l'aOranchissement  de  quarante-quatre  indi- 
vidus,  dont  le  Bey  eût  pu  reclamer  une  rançon  de  trois  centis 
sequins  par  tête.  Grâce  à  lui,  tous  les  commerçants  des  pays 
d'Italie  réunis  à  la  France  ne  payèrent  plus  que  3  0/0  de  droits  de 
douane,  au  lieu  de  5  0/0  qu'ils  payaient  auparavant.  Aussi  n*est-on 
point  surpris  des  éloges  adressés  par  Talleyrand  à  son  subordonné, 
pour  «  le  zèle  et  la  chaleur  si  habilement  déployés  dans  ces 
circonstances  difficiles  d. 


INTRODUCTION  XXXIX 

Le  Consul  travaillait  encore  au  rapatriement  des  Maltais  rendus 
à  la  liberté,  quand  arriva  la  nouvelle  de  Texpédition  d'Egypte. 
Prévoyant  les  dangers  d'une  effervescence  populaire,  il  s'empressa 
de  rassurer  le  Bey  sur  les  dispositions  du  Directoire  à  son  égard. 
Des  Instructions  ministérielles  lui  parvinrent  d'ailleurs  dans  ce 
sens.  «  L'expédition  d'Egypte,  écrivait  Talleyrand  dans  sa  circu- 
laire datée  du  20  prairial  an  VI,  a  pour  objet  de  punir  les  Beys 
et  les  Mamelouks  de  leurs  vexations  et  outrages,  mais  le  Directoire 
ne  veut  point  s'emparer  de  l'Egypte  pour  la  République.  Il  a  ses 
réparations  à  exiger.  La  Porte  n'ayant  pas  la  force  suffisante  pour 
nous  faire  rendre  justice,  nous  nous  la  rendrons  nous-mêmes  ;  nous 
occuperons  l'Egypte  pour  les  Turcs,  et  serons  dans  la  même  posi- 
tion vis-à-vis  d'eux  qu'étaient  les  Beys.  »  Ce  qui  rendait,  en  effet, 
périlleuse  la  situation  des  Français  à  Tunis,  c'était  moins  le  fana- 
tisme provoqué  par  l'invasion  d'un  territoire  musulman  que  les 
excitations  des  négociants  tunisiens  lésés  par  elle,  a  Je  prévois, 
disait  Devoize,  de  grands  embarras  pour  moi,  qui  naîtront  des 
réclamations  de  six  cents  Tunisiens  commerçant  avec  l'Egypte,  et 
que  la  campagne  de  Bonaparte  alarme  beaucoup.  Ils  murmurent; 
quelques  officiers  turcs  ont  oser  me  menacer.  »  L'agent  s'en  était 
plaint  au  Bey,  qui  avait  pu  imposer,  cette  fois,  le  silence  aux 
mécontents.  «  Ce  Prince,  ajoutait  le  Consul,  désire  protéger  les 
Français  ;  mais  le  pourra-t-il  efficacement  dans  une  ville  où  domi* 
nent  les  corsaires,  nos  ennemis  mortels?  Notre  sort  dépend  des 
nouvelles  qui  arriveront  de  Constantinople.  »    Déjà,  devant  les 
menaces  proférées  publiquement  contre  les  chrétiens,  il  avait  fallu 
édicter  des  mesures  sévères  dans  l'intérêt  de  leur  sécurité  {Ordon- 
nance consulaire  du  i"  vendémiaire  an  Vil),  On  avait  vu  débar- 
quer à  La  Goulette  un  Chaouch  de  la  Porte,  chargé  des  injonctions 
et  des  firmans  du  Grand  Seigneur.  Les  bruits  les  plus  alarmants 
s'étaient  répandus  sur  l'imminence  d'une  guerre  avec  la  France. 
Mamet-Brady,  agent  d'Alger,  avait  adroitement  chauffé  tous  les 
esprits,  proférant  contre  nous  sur  la  place  publique,  et  jusque  sous 
les  fenêtres  du  Fondouk,  d'insolentes  provocations.  Le  2  frimaire, 
un  Capidji,  porteur  de  nouveaux  firmans,  avait  failli  donner  le  signal 
d'un  pillage,   sans   doute  aussi    d'un   massacre;  les  nationaux 
avaient  conçu,  ce  jour-là,  de  grandes  inquiétudes,  tant  la  popu- 
lation semblait  exaspérée.  Cependant  la  rupture,  impérieusement 
demandée  par  le  Sultan  à  Hamouda,  n'eut  lieu  que  cinq  semaines 
après.  Malgré  sa  répugnance  avouée  à  faire  cause  commune  avec 


XL  INTRODUCTION 

la  coalition  anglo-turque,  ce  Prince,  influencé  par  son  Garde  des 
sceaux,  ne  put  refuser  de  suivre  l'exemple  venu  d*Alger.  Le  14  nivôse 
an  VII,  ordre  fut  donné  d^abattre  le  pavillon  de  la  République, 
de  réunir  tous  les  Français  dans  le  Fondouk  et  de  leur  donner 
des  gardes;  les  scellés  furent  apposés  sur  les  magasins  des  mar- 
chands; on  déclara  de  bonne  prise  équipages  et  navires  actuelle- 
ment dans  la  rade;  enfin  les  reïs  eurent  la  faculté  de  courir  sur 
nos  bâtiments,  de  capturer  nos  équipages  et  d*amener  leurs 
dépouilles  dans  les  ports  de  la  Régence. 

La  correspondance  officielle,  à  celte  époque,  est  d'un  grand  inté- 
rêt. Tout  est  à  lire  dans  les  dépèches,  souvent  chiffrées,  du  Con- 
sul général;  on  trouve  dans  la  plupart  des  détails  touchants,  des 
yues  profondes,  des  jugements  quelquefois  prophétiques,  sug- 
gérés par  les  incidents  de  sa  longue  captivité.  Pendant  les  vingt 
mois  qu'il  passe  emprisonné  dans  sa  demeure,  Devoize  donne, 
en  vérité,  toute  la  mesure  de  son  mérite.  Il  est  assez  habile  pour 
ravitailler  Malte,  à  l'aide  de  bâtiments  neutres;  il  peut  renseigner 
Talleyrand,  grâce  à  des  agents  secrets,  sur  la  campagne.  d'E^pte 
et  les  opérations  des  armées  de  Bonaparte,  les  croisières  des 
Anglais  dans  la  Méditerranée,  les  véritables  positions  de  Tennemi, 
les  événements  de  Tripoli,  de  Malte  et  de  tout  le  Levant.  Sans 
argent  —  la  métropole  lui  doit  plus  de  50,000  livres,  tant  en 
appointements  qu'en  avances  régulièrement  approuvées  —  il 
pourvoit  chaque  jour  aux  besoins  des  Français  qu'on  lui  amène 
avec  femmes  et  enfants,  et  «  qu'il  ne  peut  ni  ne  doit  repousser  », 
bien  qu*ils  encombrent  le  Fondouk  sans  moyens  de  gagner  leur 
vie.  Nous  en  avons  fait  le  compte.  Avec  le  Consul  et  son  personnel, 
cent  quarante-trois  nationaux  sont  détenus  «  dans  un  espace 
offrant  d'ordinaire  un  logement  à  peine  commode  à  vingt-cinq 
individus  ».  Devoize  n'a  pas  moins  souci  de  secourir  les  marins 
et  gens  d'équipage  que  leur  mauvaise  étoile  a  conduits  dans  les 
bagnes.  En  quatre  mois  seulement  il  en  compte  cent  trente-six, 
dont  soixante  ont  été  dépouillés  «  même  de  leur  chemise  »,  et 
c'est  grâce  à  ses  expédients  que  les  infortunés  lui  doivent  de  ne 
pas  mourir  de  faim.  Vainement,  dans  sept  lettres  restées  sans 
réponse,  mais  rédigées  dans  un  style  aussi  noble  que  les  senti- 
ments qui  les  inspirent,  suppliera-t-il  Hamouda  d'avoir  plus  d'égards 
pour  ses  prisonniers,  ses  esclaves,  et  de  daigner  dispenser  tout  au 
moins  les  officiers  des  travaux  publics.  Plaidant  jusqu'à  la  fin  la 
cause  de  ses  protégés,  il  écrira  une  dernière  fois  au  Potentat  bar- 


INTRODUCTION  XLI 

baresque,  le  29  floréal  an  YIII  :  «  Il  y  a  plus  de  dix-huit  mois  que 
les  Français  sont  libres  à  Alger  et  à  Tripoli.  L* Empereur  du  Maroc 
n^a  même  pas  déclaré  la  guerre.  Par  quelle  fatalité  arrive-t-il  que 
Votre  Excellence,  dont  je  n'ai  cessé  de  louer  la  sagesse  et  la  jus- 
tice, se  soit  distinguée  des  autres  Souverains  de  la  Barbarie  par 
une  sévérité  qui  fait  bien  des  malheureux,  sans  aucun  avantage 
pour  Votre  Excellence?  Si  nous  avions  commis  quelque  crime,  il 
serait  plus  qu'expié,  par  dix-neuf  mois  de  prison.  Notre  expédition 
en  Egypte  a  été  le  motif  de  la  guerre  que  vous  avez  déclarée  à  la 
République;  la  cause  a  cessé,  Teifet  doit  cesser  aussi...  Mettez 
lin  aux  humiliations  dont  sont  abreuvés  les  Français;  rendez 
aux  prisonniers  du  Fondouk  une  liberté  dont  ils  ne  sauraient 
abuser.  » 

Les  dépêches  de  Talleyrand  ne  sont  pas  moins  belles  dans  le 
fond  comme  dans  la  forme.  On  y  verra  combien  ce  Ministre 
apprécie  la  fermeté  et  le  sang-froid  de  son  Consul  général,  de 
quelle  estime  il  Thonore,  en  quels  termes  il  Tencourage,  participe 
à  ses  angoisses,  Texhorte  à  la  patience  et  le  prie  de  compter  sur 
la  sollicitude  du  Gouvernement.  La  lettre  du  17  messidor  est  une 
des  plus  compatissantes  qu'il  ait  écrites.  En  apprenant  que  la 
Porte  ottomane  a  demandé  aux  trois  Régences  de  déporter  les 
Français  à  Constantinople,  il  est  plus  que  jamais  alarmé  de  leur 
détention  :  «  Vous  sentez  combien  une  pareille  demande  a  pu 
m^aCTecter  pour  eux,  et  à  combien  de  maux  elle  les  livrerait,  si  elle 
était  accordée...  Je  crains  tout  ce  que  peut  produire  sur  Tesprit 
des  Barbaresques  l'habitude  des  égards  et  des  condescendances. 
Malheureusement,  je  n'ai  pas  et  le  Gouvernement  ne  peut  pas 
mettre  à  ma  disposition  des  moyens  capables  de  vous  éviter  les 
malheurs  qui  vous  attendent...  Votre  pénible  situation  est  sans 
cesse  présente  à  mon  souvenir  et  à  celui  du  Directoire;  je  le 
seconde  de  tout  mon  zèle,  dans  le  but  de  mettre  un  terme  aux 
rigueurs  de  votre  sort.  » 

Deux  mois  se  passaient  encore,  sans  que  le  Bey  daignât  manifester 
ses  intentions  aux  prisonniers.  Quel  était  donc  le  fond  de  sa  pen- 
sée? Devoize  Tavait  bien  comprise,  quand  il  dénonçait  à  Paris 
(14  thermidor)  «  les  calculs  de  la  cupidité  et  de  l'avarice  »  du  Prince 
Hamouda,  retenant  les  Français  entre  quatre  murs  ou  les  livrant 
aux  travaux  les  plus  rudes,  «  aRa  que  les  souffrances  inspirent  à 
ceux  qui  ont  des  facultés  l'idée  de  se  racheter  ».  Démasquant  ces 
vues  perfides,   il  faisait  savoir  au  Bardo  qu'aucune  rançon  ne 


XLIÏ  INTRODUCTION 

serait  consentie,  tant  qu'il  serait  au  Consulat.  En  même  temps, 
il  soumettait  à  Talleyrand  Fidée  qu'une  lettre  énergique,  adressée 
par  le  Premier  Consul  au  Bey,  serait  sûrement  prise  en  considé- 
ration. Cette  lettre,  Bonaparte  Tavait  déjà  signée,  le  5  mai  1800; 
elle  était  en  route.  Les  termes  en  étaient  conciliants  et  mesurés. 
Le  Premier  Consul  y  vantait  la  probité  et  les  talents  de  son 
Chargé  d'affaires  à  Tunis,  et  déférait  à  ce  dernier  ses  pouvoirs 
pour  négocier  une  suspension  d'hostilités.  Des  Instructions 
rédigées  peu  après  (24  mai),  et  simultanément  adressées  à 
Alger,  à  Tunis  et  à  Tripoli,  avaient  notamment  pour  objet  le  réta- 
blissement des  relations  politiques  et  commerciales,  telles  qu'elles 
existaient  avant  la  rupture,  la  délivrance  de  tous  les  nationaux 
français  et  la  restitution  des  Concessions  d'Afrique,  des  prises  et 
biens  sous  séquestre.  Le  courrier  du  Ministère  des  relations 
exlérieures  n'arriva  à  destination  qu'à  la  fin  d'août.  Assisté  des 
bons  offices  du  Consul  batave,  Devoize  obtint,  le  27,  un  armistice 
indéfini;  tous  les  captifs  furent  relâchés  le  même  jour  indistincte- 
ment, sans  rançon,  beaucoup  d'entre  eux  rapatriés  à  Toulon,  peu 
de  temps  après.  Quant  au  traité  définitif,  Hamouda,  toujours 
timoré,  fit  la  sourde  oreille.  Les  négociations  semblaient,  enfin, 
devoir  aboutir,  au  bout  de  cinq  mois  et  demi,  quand  tout  fut 
remis  en  question  par  l'arrivée  d'un  nouveau  Capidji  du  Grand 
Seigneur. 

Harcelés  par  les  injonctions  réitérées  de  la  Porte  ottomane, 
entraînés  surtout  par  le  fanatisme  insolent  des  Turcs  à  leur  solde, 
les  «  magnifiques  Seigneurs  »  ne  purent  se  dispenser  de  continuer 
la  guerre.  Le  15  février,  le  Consul  de  Tunis,  appelé  à  l'audience 
du  Bey,  fut  invité  courtoisement  à  rentrer  en  France  avec  tous  ses 
compatriotes.  «  Ce  fut  avec  une  répugnance  extrême,  écrivit-il  à 
son  arrivée  à  Marseille,  que  le  Prince  dut  céder  aux  sollicitations 
pressantes  du  Capidji,  qu'il  fit  réembarquer  assez  brusquement... 
Je  ne  quittai  l'Échelle  que  le  22  ventôse  (il  mars)...  L'intérim  a 
été  confié  au  sieur  Nyssen,  Consul  batave.  » 

Un  an  après,  Devoize  revenait  à  son  poste,  sur  un  navire  de 
l'Etat  armé  en  parlementaire.  Pressé  d'en  finir,  cette  fois,  avec 
les  Princes  barbaresques,  Bonaparte  l'avait  chargé  de  remettre 
une  seconde  lettre,  brève,  polie,  mais  d'une  froideur  très  calculée, 
à  Hamouda  (5  décembre  1801).  De  son  côté  Talleyrand  s'était 
entretenu  avec  lui,  à  plusieurs  reprises,  des  modifications  à 
introduire  dans  la  rédaction  d'un  nouveau  traité.  Jamais  négocia- 


INTRODUCTION  XLin 

tion  plus  délicate  et  plus  urgente  n^avait  été  entamée  à  Tunis.  Il 
ne  suffisait  pas,  en  effet,  d'y  relever  le  pavillon  tricolore,  et  d'y 
renouveler  des  serments  tant  de  fois  jurés.  La  mission  empruntait 
encore  un  intérêt  particulier  à  la  réorganisation  du  commerce 
national  de  cette  Échelle,  totalement  disparu  dans  Torage  révolu- 
tionnaire. Ce  fut  avec  une  joie  marquée  que  les  Tunisiens  saluè- 
rent le  retour  des  Français  chez  eux,  retour  aussitôt  consacré  par 
le  traité  du  23  février  1802.  Le  Bey,  flatté  d'avoir  attiré  l'atten- 
tion de  celui  qu'on  appelait  en  Afrique  le  Général  Diable,  souscrivit 
à  la  plupart  des  demandes  du  Commissaire  :  tarif  douanier,  choix 
des  drogmans,  juridiction  consulaire,  liberté  des  captifs,  respect 
des  personnes  et  des  biens  en  cas  de  rupture,  confirmation  du 
traité  de  1742,  presque  tout  fut  accordé  sans  opposition  notable. 
Nous  n'avions  pas  encore  la  clause  du  traitement  de  la  nation  la 
plus  favorisée,  mais  nous  avions  mieux  (article  II),  puisque  la 
Nation  française,  comme  étant  la  plus  distinguée  et  la  plus  utile 
des  autres  nations  établies  à  Tunis,  devait  être  toujours  la  plus 
favorisée. 

Avec  un  Prince  tel  qu'Hamouda,  «  le  loyal  Devoize  »  n'était  pas 
au  bout  de  ses  peines.  Très  peu  de  jours  après  sa  rentrée  en  fonc- 
tions, il  se  retrouvait  encore  en  présence  d'assauts  à  subir,  d'in- 
trigues à  déjouer,  d'obstacles  à  vaincre  sans  cesse  pour  la  défense 
des  intérêts  confiés  à  sa  garde.  Lorsqu'il  a  relevé  le  mât  du 
pavillon  national  sans  s'astreindre  à  aucun  présent,  alors  que,  la 
veille,  Danois  et  Américains  ont  payé  60,000  piastres  fortes  le 
même  avantage,  le  Bey  Fa  laissé  faire,  comptant  se  rattraper  avec 
des  rançons  d'esclaves.  Aussi,  que  de  ténacité,  que  de  patience 
chez  notre  représentant,  pour  arracher  au  Prince  un  à  un,  pour 
ainsi  dire,  et  sans  frais  ses  captifs  toscans,  corses,  génois,  napoli- 
tains, siciliens,  sardes  et  romains!  Avec  quelle  fierté  légitime 
il  enregistre  ses  succès  comme  autant  de  services  rendus  à  la 
chrétienté  tout  entière!  Ces  affranchissements  d'esclaves  l'occu- 
pent pendant  des  années.  En  1802  soixante-trois  Italiens  et 
Corses,  en  1803  cent  vingt  Tabarquins  lui  sont  délivrés  sans 
rançon.  La  même  année,  il  conclut,  pour  le  compte  d'une  société 
charitable  de  Cagliari,  le  rachat  de  six  cent  trente  individus  au  prix 
de  100,000  piastres  fortes.  «  Je  ne  saurais  vous  dire,  écrit-il  au 
Ministre  (22  avril  1803),  la  sensation  favorable  qu'a  produite  sur 
le  pays  une  négociation  aussi  intéressante  pour  l'humanité.  Il  n'y 
avait  qu'un  agent  de  la  République  qui  pût  l'obtenir  à  des  condi- 


XLIV  INTRODUCTION 

tioDS  aussi  discrètes,  ea  inspirant  an  Bey  qu'elle  serait  agréable 
au  Premier  Consul.  »  En  1806,  il  rachète  encore  trente-neuf  Génois, 
seize  Suisses,  trois  insulaires  d'Elbe,  trente-six  Corses  ou  Cisal- 
pins, soixante-treize  Napolitains  et  cinq  Romains,  soit  cent  soixante- 
douze  personnes,  à  1,100  piastres  tunisiennes  par  tète,  c'est-à-dire 
avec  un  boni  de  200  piastres  par  esclave  sur  le  taux  des  rançons 
d'Alger.  Pendant  les  douze  années  qui  nous  séparent  de  la  fin 
du  règne  d'Hamouda,  nul  ne  peut  dire  combien  de  fois  il  est  fait 
appel  à  ses  bons  offices,  à  son  habile  intervention  près  de  la  Cour 
du  Bardo.  La  Suède,  la  Prusse,  la  Russie,  la  Suisse,  l'Espagne,  le 
royaume  de  Naples,  la  Sardaigne,  la  Sicile  et  les  États  pontificaux 
s'adressent  à  lui  tour  à  tour,  mettent  à  profit  ses  conseils,  tirent 
parti  de  son  influence,  obtiennent  du  Bey  gain  de  cause,  grâce  à 
la  généreuse  ardeur  de  ses  plaidoyers.  Qu'il  s'agisse  d'interdire  la 
vente  des  prises  anglaises  dans  la  Régence,  de  réserver  les  droits 
privilégiés  de  la  pèche  du  corail,  d'imposer  le  respect  des  pavillons 
italiens  et  pontificaux;  qu'il  soit  appelé  à  réclamer  des  saisies 
illégales,  des  esclaves  pris  sur  des  bâtiments  neutres,  des  droits 
indûment  perçus,  on  le  trouve  toujours  sur  la  brèche,  n'hésitant 
pas  à  prendre,  quand  il  le  faut,  le  ton  (Tinflexibilité.  Ferme  sans  une 
défaillance,  courtois  sans  une  platitude,  il  est  jusqu'au  bout  fidèle 
à  la  nouvelle  consigne  de  Talleyrand,  comme  à  cette  ancienne 
maxime  de  la  monarchie  française  :  Ne  rien  passer  aux  Barba- 
resques. 

Tant  de  démarches  importunes  ont  cependant  fini  par  lasser 
le  Bey.  A  force  d'exiger  du  Prince  des  sacrifices  dont  son 
avidité  n'a  calculé  que  trop  la  valeur,  Devoizea  vu  son  crédit  bais- 
ser peu  à  peu,  ses  représentations  moins  écoutées,  ses  discussions 
d'affaires  ajournées  sous  de  vains  prétextes .  Ajoutons  que  les 
guerres  maritimes  et  continentales  ont  fâcheusement  détourné 
l'attention  du  Cabinet  des  Tuileries  de  ce  qui  se  passe  aux  côtes 
barbaresques.  Le  sage  Mustapha  est  mort,  et  Hamouda,  devenu 
vieux,  s'est  laissé  dominer  de  plus  en  plus  par  l'influence  anglaise, 
extrêmement  active  en  raison  des  besoins  de  Malte;  il  a  cru  de 
son  intérêt  de  ménager  plutôt  des  étrangers  toujours  prêts  à  lui 
payer  chèrement  les  moindres  licences.  Les  Anglais  insinuaient 
alors,  dans  des  brochures  incendiaires,  que  l'Empire  ottoman 
deviendrait  la  conquête  des  Russes,  des  Autrichiens  et  des  Français, . 
et  que,  tôt  ou  tard,  la  France  ferait  passer  ses  armées  en  Afrique. 
Dans  une  suprême  tentative  (Lettre  du  8  décembre  1808),  le  Consul 


INTRODUCTION  XLV 

général  ne  craindra  pas  de  reprocher  un  jour  au  Prince  sa  par- 
tialité. Récapitulant  ses  griefs,  il  protestera  hautement  «  contre 
tous  les  mensonges  absurdes  répandus  par  les  Anglais  contre  lui 
et  ses  nationaux  »  ;  puis,  après  avoir  épuisé  «  les  termes  les  plus 
énergiques  »  et  désespéré  de  gagner  le  Bey  «  par  la  persuasion  », 
il  partira  en  congé,  l'année  suivante  (15  septembre  1809),  en  lais- 
sant la  gérance  du  poste  à  son  Yice-Consul. 

Il  y  avait  plus  de  quatre  ans  que  Billon,  abandonné  sans  guide 
à  ses  propres  moyens,  faisait  Pintérim,  et  gémissait  sur  la  stérilité 
de  ses  eCTorts,  lorsque,  le  4*'  mai  1814,  il  apprit  la  chute  de  l'Em- 
pire et  l'avènement  de  Louis  XVIII.  La  joie  avec  laquelle  Hamouda 
reçut  cette  nouvelle  lui  apparut  de  bon  augure.  Il  sembla  même  au 
Vice-Consul  que,  le  drapeau  blanc  substitué  au  pavillon  tricolore, 
la  France  allait  regagner  aisément  le  terrain  perdu,  et  que  l'ins- 
tant   était   propice   pour   monter    lui-même  en  grade    et  s'ins- 
taller au  premier  plan.  Osa-t-il  flatter  le  Bey,  comme  on  l'en 
accusa  plus  tard,  en  mettant  sous  ses  yeux  les  documents  secrets 
de  la  Chancellerie  et  les  minutes  de  la  correspondance  de  Devoize 
avec  le  Ministre  pendant  la  Révolution?  Â  de  coupables  confidences 
ajouta-t-il,  aveuglé  par  l'envie,  des  propos  calomnieux  contre  celui 
dont  il  ambitionnait  l'emploi?  Fit-il  encore  au  Sahib-Tape,  ennemi 
juré  de  son  chef,  l'aveu  de  ses  convoitises?  Il  est  bien  difflcile  de 
préciser  ses  torts.  Toujours  est-il  que  le  jour  où  Devoize,  muni 
de  nouveaux  pouvoirs,  arriva  à  La   Goulette    avec    sa   famille 
(12  août  1814) ,  un  officier  du  Bey  rejoignit  sa  frégate  et  lui 
signifia   la  défense  de  débarquer.  Ce  fut  en  vain  qu'il  écrivit  à 
Hamouda,  pour  avoir  l'explication  de  ce  procédé  insolite.  Juste- 
ment offensé  par  un  dédain  aussi  inattendu,  il  demanda  comment 
le  Prince  «  avait  pu  sacrifier  à  une  vengeance  personnelle  les  égards 
et  le  respect  dus  au  représentant  du  Roi  ».  Mais  dans  un  billet 
laconique  du  Secrétaire  des  commandements,  Mariano  Stinca,  toute 
discussion  lui  fut  refusée.  Le  Bey  avait  jugé  bon  de  le  tenir  à  l'écart 
«  pour  de  sages  motifs  »,  et  «  parce  qu'il  était  prouvé  et  reconnu 
qu'ils  ne  pouvaient  sympathiser  ensemble  ».  Dans  sa  dépèche 
du  5  septembre,  le  Consul  expulsé  rendait  compte  à  Talleyrand 
de  rincident   qui    nous  occupe.  Il  s'expliquait  d'ailleurs,  avec 
beaucoup  de  perspicacité,  l'intrigue  ourdie  en  son  absence,  la  tra- 
hison de  Billon,  les  vilenies  du  Consul  batave,  les  rancunes  du 
Sahib-Tape,  les  manœuvres  d'adversaires  intéressés  à  sa  disgrâce. 
«  Au  fond,  disait-il,  le  Bey  veut  détourner  l'attention  des  brigan- 


XLVï  INTRODUCTION 

dages  exercés  sitôt  après  mon  départ  ;  il  a  peur  des  réclamations 
très  sérieuses  que  je  pourrais  appuyer.  On  lui  a  fait  croire  que  la 
marine  française  n'existe  plus.  En  voyant  tant  d*arrogance  et  si 
peu  de  moyens,  on  ne  peut  se  défendre  d'un  mouvement  d^indigna- 
tion  et  de  pitié.  6^000  Français  débarqués  au  sud  et  au  nord,  près 
de  La  Goulette,  s'empareraient  facilement  de  ce  poste  et  iraient 
attaquer  le  Bey  dans  son  palais  presque  sans  défense...  Cette  leçon 
très  facile  à  donner  replacerait  la  France  au  rang  qu'elle  a  toujours 
occupé  à  Tunis.  »  C'est  ainsi  que,  mortifié  cruellement  dans  son 
amour-propre,  Devoize  était  revenu  au  pays  natal,  maudissant  ses 
nouveaux  loisirs  et  méditant  les  moyens  de  délivrer  son  pays  des 
avanies  barbaresques.  Il  allait  être  vengé  quelques  jours  après, 
et,  pour  la  seconde  fois,  rentrer  en  scène  à  Tunis  en  triompha- 
teur. 

Hamouda-Bey,  qu'un  hasard  providentiel  a  préservé  avec  toute 
sa  famille  d'une  conjuration  de  ses  janissaires,  en  1811,  est  mort 
le  IS  septembre  1814.  On  a  cru,  pendant  quelques  mois,  qu'il  avait 
succombé  à  une  attaque  d'apoplexie  ;  la  vérité,  c'est  que  son  Secré- 
taire Mariano  Stinca,  et  son  complice  le  Sahib-Tape,  lui  ont  fait 
boire  un  breuvage  empoisonné  d'un  effet  foudroyant.  Sidi  Othman, 
frère  du  défunt,  a  été  proclamé  son  successeur,  bien  que  régulière- 
ment le  pouvoir  eût  dû  passer  aux  mains  de  Sidi  Mahmoud  ou  de 
Sidi  Ismaïl,  fils  de  l'ancien  Bey  Mohammed.  En  efiTet,  l'on  se  souvient 
que  rélévation  d'Hamouda  s'était  jadis  accomplie  au  détriment  de 
ces  deux  Princes.  Trois  mois  après,  Othman  a  été  massacré  par 
l'ainé  de  ses  cousins,  le  21  décembre  1814,  et  celte  révolution  de 
palais  ne  s'est  pas  arrêtée  là.  Mahmoud  a  fait  encore  assassiner  les 
proches  parents  de  Tusurpateur  et  le  Secrétaire  des  commande- 
ments, Mariano  Stinca,  dénoncé  par  le  Sahib-Tape.  Ce  dernier,  à 
son  tour,  a  eu  la  tète  tranchée.  En  voyant  son  cadavre,  lit-on  dans 
les  dépèches  du  temps,  le  peuple  de  Tunis  a  poussé  des  cris  de  joie 
et  a  forcé  les  Juifs  à  le  traîner  par  les  pieds  au  travers  des  rues. 
Au  point  de  vue  des  intérêts  français,  ces  tragiques  événements 
n'ont  eu  que  d'heureux  résultats.  Le  nouveau  Bey,  dont  notre 
Consul  général  a  cultivé  autrefois  l'amitié  et  qui  a  reçu  de  lui,  en 
maintes  circonstances,  des  gages  de  profonde  estime,  s'est  pro- 
noncé publiquement  en  sa  faveur  et  lui  a  fait  savoir  qu'il  souhai- 
tait son  prochain  retour.  Ce  désir,  nous  le  retrouvons  dans  une 
lettre  du  6  janvier  1815,  où,  notifiant  à  la  Cour  des  Tuileries  son 
avènement,  Mahmoud  raconte  avec  sérénité  la  façon  dont  Hamouda 


INTRODUCTION  XLVII 

«  a  accepté  Finvitation  de  passer  dans  Tautre  monde  »;  euphé- 
misme bien  oriental,  suivi  plus  loin  d*un  étonnant  récit  du  meurtre 
d^Othman.  «  Le  loyal  Devoize,  son  ami  »,  s'est  donc  rendu  à 
Toulon,  et  y  a  pris  toutes  ses  dispositions  pour  revenir  à  son  poste, 
certain  d'être  accueilli,  cette  fois,  avec  la  déférence  qui  lui  est  due. 
Pendant  qu'il  attendait  ses  lettres  de  créance  et  les  ordres  du 
Ministère,  Napoléon  a  débarqué  au  golfe  Jouan,  le  l""^  mars.  Il  a 
fait  son  entrée  triomphale  à  Paris,  et  les  Cent  Jours  se  sont  passés 
sans  que  le  représentant  de  l'Empereur,  confirmé  dans  ses  fonc- 
tions par  le  duc  de  Yicence,  ait  pu  s'embarquer.  C'est  à  Marseille 
que  Devoize  apprendra  le  retour  des  Bourbons  sur  le  trône.  Nous 
le  verrons  solliciter  aussitôt  de  nouveaux  passeports,  «  dans 
l'ivresse  de  la  joie  »,  dans  sa  hâte  de  donner  à  Talleyrand,  revenu 
aux  affaires,  des  preuves  de  son  dévouement  et  de  sa  fidélité. 

Le  17  août  1815,  les  forts  de  La  Goulette  saluaient  la  Fleur  de 
Lys  et  le  Chargé  d'affaires  qu'elle  amenait  à  son  bord.  Réception 
solennelle  des  nouveaux  arrivants,  démonstrations  amicales  du 
Bey,  de  sa  famille,  de  tout  le  corps  consulaire,  fête  nationale  de  la 
Saint-Louis,  rien  ne  manquait  à  ce  retour,  considéré  par  tous  et 
dans  tous  les  partis  sous  les  plus  heureux  présages.  Des  lettres 
fort  courtoises  étaient  échangées,  peu  après,  entre  Mahmoud, 
Louis  XYIII  et  les  Ministres  des  deux  Cours.  Comme  le  pavillon 
tricolore  avait  été  hissé  sur  le  Fondouk,  au  mois  de  juin  dernier, 
par  l'agent  intérimaire,  Devoize  avait  pour  premier  soin  de  substi- 
tuer le  drapeau  blanc  au  lieu  et  place  des  trois  couleurs.  Remar- 
quons, en  passant,  qu'il  remplissait  cette  formalité  sans  cérémo- 
nial, «  le  pavillon  du  Roi  n'ayant  jamais  dû  cesser  d'être  arboré  ». 
Ces  dernières  années  de  sa  vie  publique  n'étaient,  d'ailleurs, 
marquées  par  aucun  incident  notable.  Toujours  aussi  attentif  au 
soulagement  des  esclaves,  aussi  empressé  à  saisir  toutes  les  occa- 
sions de  rendre  des  chrétiens  à  la  liberté,  il  travaillait  sans  cesse 
à  quelque  affranchissement,  défendant  sans  distinction,  comme 
ceux  de  ses  nationaux,  les  intérêts  des  Corses,  Sardes,  Romains, 
Toscans,  etc.  Il  contribuait  aussi,  dans  une  large  mesure,  au 
succès  des  négociations  humanitaires  de  Lord  Exmouth,  tout 
en  suivant  «  les  mouvements  de  la  politique  tortueuse  des  Anglais 
dans  ces  contrées  ».  Mahmoud  ayant  consenti  à  ne  plus  regarder 
les  chrétiens  capturés  que  comme  des  prisonniers  de  guerre, 
pourvu  qu'on  lui  payât  des  rançons  d'esclaves,  il  reprochait  au 


XLVïll  INTRODUCTION 

Bey  de  jouer  sur  les  mots,  déclarait  illusoires  les  traités  obtenus 
par  TAngleterre  en  1816,  s'indignait  de  voir  nos  rivaux  «  vendant 
toujours  des  bâtiments  et  des  munitions  aux  Barbaresques,  pour 
qu'ils  fassent  encore  des  esclaves  sous  le  nom  de  prisonniers  ».  Il 
écrivait  à  Talleyrand  (22  mars  1816)  :  «  Les  Anglais  font  grand 
bruit  du  plan  d'une  croisade  destinée  à  Tabolilion  de  l'esclavage 
des  blancs;  ils  se  placent  à  la  tète,  mais  ce  n'est  que  pour  paraître 
conséquents,  et  uniquement  dirigés  par  ces  maximes  philanthro- 
piques sous  lesquelles  ils  ont  cru  déguiser  le  vrai  but  qui  leur  a 
fait  provoquer  l'abolition  de  la  traite  des  noirs.  On  sait  que  l'inté- 
rêt de  son  commerce  et  de  sa  navigation  est  la  base  de  toutes  les 
combinaisons  du  Gouvernement  anglais.  »  Dans  la  correspondance 
offîcielle  de  l'époque,  on  voit  combien  l'expérience  de  la  poli- 
tique africaine  avait  rendu  Devoize  plus  méfiant  et  plus  circons-, 
pect.  Tant  d'offenses  faites  à  sa  loyauté  scrupuleuse,  tant  d'infidé- 
lités dans  les  promesses  des  magnifiques  Seigneurs  étaient  venues 
lui  démontrer  l'insuffisance  de  sa  diplomatie,  et  fortifier  ses  ten- 
dances à  préconiser  l'emploi  de  la  force  impitoyable.  Pour  lui  les 
vaisseaux  seuls  devaient  être,  à  l'avenir,  d'utiles  négociateurs 
dans  les  Régences.  «  Surtout  qu'on  ne  fasse  pas  d'acte  de  généro- 
sité, répétait-il  souvent.  Les  procédés  généreux  sont  reçus  comme 
des  ménagements,  des  hommages  dictés  par  la  crainte.  Les  hom- 
mages depuis  si  longtemps  rendus  à  ces  Potentats,  joints  aux 
tributs  annuels  des  États  du  nord,  ont  porté  à  son  comble  leur 
arrogance.  Au  lieu  de  s'avouer  qu'ils  n'existent  que  par  la  jalousie 
et  les  discussions  des  grandes  Puissances,  ils  se  persuadent  qu'ils 
sont  en  état  de  leur  résister,  même  de  les  braver.  Il  n'y  a  point  de 
leçons  dans  le  passé  pour  les  Barbaresques;  ils  braveront  jusqu'au 
bout,  dans  leur  foi  punique,  l'opinion  de  toute  l'Europe.  » 

Incité  par  les  suggestions  de  son  Consul  général,  Talleyrand 
paraissait  alors  vivement  préoccupé  de  la  question  anti-esclava- 
giste. L'impulsion  extraordinaire  donnée  à  la  course  en  mer  pen- 
dant ces  dernières  années,  les  forces  et  l'habileté  des  marins 
barbaresques  dans  leurs  expéditions  méditerranéennes,  notam- 
ment aux  côtes  de  Sardaigne,  avaient  récemment  encore  attiré 
son  attention.  On  venait  d'apprendre  que  la  flotte  tunisienne  avait 
pu  débarquer  ses  corsaires  à  l'ile  Saint-Antioche  et  que,  parmi  les 
habitants  assiégés,  cent  soixante  personnes  avaient  été  emmenées 
à  la  fois  en  esclavage  (octobre  181  S).  Toutes  les  plaintes 
adressées  au  Ministère  des  Affaires  étrangères  s'accordaient  pour 


INTRODUCTION  XLIX 

désigner  les  corsaires  de  Tunis  comme  les  plus  entreprenants,  les 
plus  redoutables.  Enfin,  d'après  un  État  de  la  marine  du  Bey 
Mahmoud,  relevé  en  1815,  on  constatait  avec  quelle  inquiétante 
rapidité  elle  s'était  accrue.  Dans  ce  document  figuraient  cent  deux 
navires,  quatre-vingt-quatre  chaloupes,  trois  gabares,  trois  cor- 
vettes, trois  bombardiëres  et  cinq  chékeks,  en  tout  deux  cents 
bâtiments.  Talleyrand  songeait-il  alors  à  prendre  Tinitiative  de 
certaines  mesures  rigoureuses?  On  est  tenté  de  le  croire,  sur- 
tout si  Ton  se  réfère  à  ses  vues  originales,  précédemment  citées, 
sur  le  Protectorat  de  la  France  en  Egypte.  Ce  qui  est  certain, 
c'est  qu'à  Vienne  il  avait  conféré  fréquemment  avec  Sidney  Smith, 
et  donné  son  appui  le  plus  chaleureux  aux  projets  philanthropiques 
soumis  alors  au  Congrès.  Quand  il  abandonna  au  duc  de  Richelieu 
le  portefeuille  des  Affaires  étrangères,  la  répression  barbaresque 
faisait  Tobjet  de  notes  et  de  propositions  contradictoires  entre 
les  grandes  Puissances  européennes.  C'est,  sans  doute,  la  raison 
pour  laquelle  nous  voyons  le  Prince  de  Bénévent  faire  patienter 
Devoize,  dans  Fune  de  ses  dernières  dépèches  :  «  A  Tunis,  lui 
écrivait-il,  on  doit  savoir  que  l'opinion  de  toute  TEurope  est  con- 
traire à  la  guerre  perpétuelle  faite  aux  Etats  italiens,  à  Tescla- 
vage.  Si  les  Régences  ne  sont  pas  tout  à  fait  dépourvues  de  pru- 
dence, elles  doivent  rechercher  la  paix,  seul  moyen  de  conjurer 
Torage...  » 

L'Europe,  en  effet,  lassée  du  joug  des  Princes  barbaresques,  se 
concertait  sur  les  moyens  de  s'y  soustraire  à  Tavenir.  Au  com- 
mencement du  siècle,  Montlosier  avait  supplié  Bonaparte  «  d'effa- 
cer cette  honte  des  nations  civilisées  »  (Lettre  du  8  thermidor 
an  IX)  :  «  L'honneur  commande  ce  parti,  la  politique  le  conseille, 
la  Révolution  le  prescrit.  Laissez-moi  organiser  Texécution  du 
plus  grand  projet  qui  puisse  être  imaginé  pour  la  gloire  du  Pre- 
mier Consul.  »  Du  fond  de  sa  chartreuse  des  Archives  diploma- 
tiques, comme  il  aimait  à  désigner  son  poste,  d*Hauterive  avait 
compulsé,  depuis,  tous  les  Mémoires  sur  l'esclavage  et  sur  la  pira- 
terie, afin  de  décider  l'Empereur  à  résoudre  la  question  d'Afrique. 
Parmi  ceux-ci  le  plus  intéressant,  rédigé  par  Saizieu  en  1797, 
alors  qu^il  était  en  retraite,  n'était  rien  moins  qu'un  Projet 
dC envahissement  et  de  colonisation  de  la  Barbarie.  L'ancien  Consul 
général  s'étendait  longuement  sur  la  difficulté  d'acquérir  Tlle  de 
Tabarquc,  achat  qu^avait  tenté  Choiseul,  et  sur  la  nécessité  de  la 
conquérir.  «  La  France  peut-elle  subjuguer  les  États  de  Barbarie? 

d 


L  INTRODUCTION 

La  négative  serait  un  blasphème...  Il  sufRt  de  former  un  établisse- 
ment militaire  à  couvert  de  tout  besoin.  La  Goulette  l'offre  et 
commande  la  plus  belle  rade  de  l'univers.  Elle  ne  résisterait  pas 
trois  jours  à  10,000  hommes  qui  Tattaqueraient  par  ses  ruines  de 
terre.  Semblables  aux  décorations  théâtrales,  toutes  ces  places, 
vues  de  loin,  n'effraient  que  l'imagination;  vues  des  coulisses, 
c'est-à-dire  du  côté  de  terre,  ce  ne  sont  plus  que  des  masures 
noires  et  entr*ouvertes,  que  le  canon  ferait  écrouler.  Je  m'en  suis 
convaincu  sur  les  lieux.  J'ai  longtemps  souffert  pour  ma  nation  des 
outrages  qui  nous  autorisaient  alors  et  nous  justifient  aujourd'hui 
du  désir  de  surprendre  et  d'asservir  ces  peuples  malheureux. 
Notre  vengeance  se  convertirait  en  bienfaits  en  les  rendant  libres, 
honnêtes  et  heureux.  »  Dans  un  autre  Mémoire  de  1809,  Devoize 
avait  attiré,  lui  aussi,  l'attention  de  Napoléon  sur  la  nécessité 
d'une  expédition  tunisienne  en  commençant  par  occuper  Ta- 
barque. 

La  voix  autorisée  de  Chateaubriand  s'était  fait  entendre  à  son 
tour  :  «  J'ai  vu  les  ruines  de  Carthage,  disait  à  la  Chambre  des 
Pairs,  le  9  avril  1816,  l'auteur  de  ï Itinéraire  de  Paris  à  Jérusalem; 
j'ai  rencontré  parmi  ces  ruines  les  successeurs  de  ces  malheureux 
chrétiens  pour  la  délivrance  desquels  Saint  Louis  sacrifia  sa  vie. 
Le  nombre  de  ces  victimes  augmente  tous  les  jours.  Avant  la 
Révolution,  les  corsaires  barbaresques  étaient  contenus  par  la 
surveillance  de  l'Ordre  de  Malte  ;  nos  vaisseaux  régnaient  sur  la 
Méditerranée,  et  le  pavillon  de  Philippe-Auguste  faisait  encore 
trembler  les  Infidèles.  Profitant  de  nos  discordes,  ils  ont  osé  insulter 
nos  rivages.  Ils  viennent  d'enlever  la  population  d'une  lie  entière; 
hommes,  femmes,  enfants,  vieillards,  tout  a  été  plongé  dans  la 
plus  affreuse  servitude.  N'est-ce  pas  aux  Français,  nés  pour  les 
entreprises  généreuses,  d'accomplir  enfin  l'œuvre  commencée 
par  leurs  aïeux?  C'est  en  France  que  fut  prèchée  la  première 
Croisade;  c'est  en  France  qu'il  faut  lever  l'étendard  de  la  dernière, 
sans  sortir  toutefois  du  caractère  des  temps  et  sans  employer  des 
moyens  qui  ne  sont  plus  dans  nos  mœurs.  » 

Ces  moyens,  Sidney  Smith,  fondateur  de  la  Société  des  Anti- 
pirates,  venait  d'en  proposer  l'étude  aux  Plénipotentiaires  du 
Congrès  de  Vienne.  Dans  un  Mémoire  sur  la  nécessité  et  les  moyens 
de  faire  cesser  les  pirateries  des  États  barbaresques,  il  leur  faisait 
connaître  toute  l'étendue  du  mal  causé  par  les  corsaires,  et  récla- 
mait contre  eux    une   manifestation    des   Puissances   coalisées. 


INTRODUCTION  Ll 

Les  Etats  intéressés  au  succès  de  l'entreprise  étaient  invités  à 
fournir  leur  contingent  de  forces  maritimes  pour  surveiller,  pour- 
suivre et  capturer  les  pirates  dans  la  Méditerranée.  Ajoutons-le 
en  passant,  sans  atténuer  en  rien  le  mérite  de  la  généreuse  initia- 
tive de  Tamiral  anglais,  nous  avons  retrouvé  tout  ce  système  de 
Ligue  internationale  dans  un  mémoire  en  date  du  10  novembre  1789, 
perdu  dans  les  cartons  des  Affaires  étrangères  {Mémoires  et  Docu- 
ments^ Afrique^  t.  F,  f  19ô)j  et  proposé  à  Texamen  des  Ministres 
de  Louis  XVI  par  un  officier  de  marine,  commandant  de  la  croi- 
sière française  du  sud,  M.  de  Buissy.  Il  est  intéressant  d*en 
retenir  au  moins  la  date  et  la  provenance. 

Afin  d'entretenir  le  mouvement  anti-esclavagiste  et  de  gagner 
à  sa  cause  toutes  les  sommités  de  l'Europe,  Sidney  Smith  fondait 
encore  la  Société  des  chevaliers  libérateurs  des  esclaves  blancs^  dans 
laquelle  il  enrôlait  les  chevaliers  de  Saint  Louis  et  des  autres 
ordres  impériaux  et  royaux  de  la  chrétienté.  En  prévision  des  dif- 
ficultés que  devait  rencontrer  son  projet  d'armement  général  des 
grandes  Puissances,  il  conseillait  encore  de  reconstituer  l'Ordre 
de  Malte  sous  une  nouvelle  forme,  afin  de  coloniser  certains  points 
de  la  Barbarie  avec  des  milices  volontaires,  disons  plutôt  des  che- 
valiers armés.  Idée  fort  ingénieuse,  quoique  peu  pratique,  au  point 
où  en  était  la  civilisation  de  ce  côté  de  la  mer  Méditerranée,  et  que 
devait  reprendre  avec  peu  de  succès,  cinquante-trois  ans  après, 
le  Cardinal  Lavigerie. 

Par  Tarticle  additionnel  du  traité  du  20  novembre  1815,  la 
France  s'était  engagée  à  réunir  ses  efforts  à  ceux  des  autres  Gou- 
vernements, pour  assurer  l'abolition  complète  de  la  traite  des 
nègres.  On  convint,  par  le  même  article,  que  les  représentants 
des  grandes  Puissances  se  concerteraient  sur  le  choix  des  mesures 
les  plus  propres  à  abolir  l'esclavage.  L'année  suivante.  Chateau- 
briand, membre  influent  de  la  société  des  Anti-pirates,  faisait 
voter  à  la  Chambre  des  Pairs  une  Adresse  à  Louis  XVIII,  après 
le  discours  dont  nous  avons  rappelé  tout  à  l'heure  les  vibrants 
échos.  Il  obtenait  du  Roi  qu'on  rouvrit  les  négociations  avec  les 
Cours  européennes,  pour  déterminer  les  Régences  à  respecter  les 
pavillons  chrétiens  et  à  mettre  un  terme  au  commerce  des  captifs. 
Le  28  août  1816,  des  Conférences  s'ouvrirent  à  Londres,  entre  les 
Ministres  de  France,  de  Russie,  d'Autriche,  de  Prusse  et  d'Angle- 
terre. La  question  de  la  piraterie  devint  bientôt  le  principal  objet 
des  délibérations  des  hommes  d'État;  on  arrêta  les  bases  d'un 


LU  INTRODUCTION 

plan  qui  devait  conduire  à  la  fois  à  l'abolition  de  la  traite  des  blancs 
et  des  noirs.  Ce  plan,  uniquement  inspiré  d'après  les  vues  du 
Cabinet  de  Londres,  consistait  à  former  une  association  de  forces 
navales,  dont  les  divers  contingents  seraient  mis  sous  la  direc- 
tion d'un  Commandant  en  chef  anglais.  Cependant  le  marquis 
d'Osmond,  notre  Plénipotentiaire,  avait  jugé  qu'un  tel  projet  lui 
paraissait  offrir  de  graves  inconvénients,  soit  qu'il  fournît  à 
l'Angleterre  de  nouveaux  moyens  d'assurer  sa  domination  mari- 
time, soit  qu'il  blessât  la  dignité  de  la  France,  reléguée  au  second 
rang  dans  l'association.  Les  Conférences,  suspendues  pendant 
plus  d'un  an,  furent  reprises  en  janvier  1818.  La  Russie  insista 
sur  la  nécessité  d'une  expédition  navale  des  Puissances  coalisées. 
L'Autriche  et  la  Prusse  se  rangèrent  à  cet  avis;  le  Cabinet  de 
Londres  fit  entendre  qu'il  verrait  avec  plaisir  adopter  son  projet 
de  Ligue. 

Peu  après,  la  discussion  était  reprise  au  Congrès  d'Âix-la-Cha- 
pelle.  On  reparla  du  plan  élaboré  aux  Conférences  de  Londres,  et 
l'on  invoqua  l'opinion  du  baron  de  Humbold,  qui,  dans  la  Diète  de 
Francfort,  en  décembre  1817,  avait  réclamé  un  engagement  géné- 
ral de  l'Europe  contre  les  agressions  des  Barbaresques.  Le  duc  de 
Richelieu,  au  nom  de  la  France,  proposa  une  alliance  dé fensive  de 
toutes  les  Puissances,  et  soumit  à  l'assemblée  une  nouvelle  combi- 
naison d'armée  navale  coalisée.  Les  États  qui  devaient  y  prendre 
part  étaient  l'Angleterre,  la  France,  la  Prusse,  la  Russie,  l'Autriche, 
l'Espagne,  le  Portugal,  Naples,  la  Toscane,  la  Sardaigne,  les  États 
pontificaux,  les  villes  hanséaliques,  le  Hanovre,  le  Danemark,  la 
Suède  et  les  Pays-Bas.  Mais  on  ne  put  tomber  d'accord  sur  les 
moyens  d'exécution,  le  choix  et  les  pouvoirs  du  commandement, 
la  formation  des  contingents,  la  durée  même  de  la  Ligue.  Metter- 
nich,  Ministre  d'Autriche,  vit  des  inconvénients  à  une  expédition 
militaire.  Capo  d'Istria,  au  nom  de  l'Empereur  de  Russie,  déclara 
que  faire  la  police  dans  la  Méditerranée  n'était  pas  un  résultat 
proportionné  aux  désirs  du  Congrès.  Enfin  Lord  Casllereagh  ne 
put  dissimuler  que  l'existence  des  pirates  lui  paraissait  plus  utile 
que  nuisible  à  son  pays. 

Ces  divergences  de  vues  sauvèrent  les  Barbaresques.  Les  Pléni- 
potentiaires du  Congrès  d'Aix-la-Chapelle  convinrent  simplement 
d'adresser  aux  Régences  «  des  paroles  sérieuses,  les  avertissant 
que  l'effet  infaillible  de  leur  persévérance  dans  un  système  hostile 
au  commerce  pacifique  serait  une  Ligue  générale  des  Puissances 


INTRODUCTION  LUI 

de  rEurope,  sur  les  résultats  de  laquelle  les  États  barbaresques 
feraient  bien  de  réfléchir  à  temps,  et  qui  pourrait  les  atteindre 
jusque  dans  leur  existence  »  {Protocole  du  20  novembre  1818).  Les 
Ministres  de  France  et  d'Angleterre  furent  invités,  en  consé- 
quence, <  comme  représentant  les  deux  Cours  dont  Tautorité 
devait  avoir  le  plus  de  poids  auprès  des  Seigneurs  africains  »,  à 
faire  au  nom  de  toutes  la  notification  dont  il  s'agit.  En  vertu  des 
Instructions  de  leur  Gouvernement  (8  juillet  1819),  les  contre- 
amiraux  Jurien  de  la  Gravière  et  Freemantle,  commandants  des 
forces  navales  de  leur  pays  dans  la  Méditerranée,  devaient  se 
rejoindre  à  Mahon  ;  ils  naviguaient  vers  Alger,  dans  les  premiers 
jours  de  septembre,  pour  y  remplir  coujointement  leur  mission. 
Nous  avons  dit  ailleurs,  dans  notre  ouvrage  sur  les  Correspon- 
dances des  Deys  d'Alger  avec  la  Cour  de  France^  quel  accueil 
attendait  ces  officiers  généraux  près  du  Dey  Hussein.  Pour  être 
moins  arrogante,  l'attitude  du  Bey  Mahmoud  fut  tout  aussi  maus- 
sade que  celle  de  son  voisin  ;  mêmes  promesses  évasives,  mêmes 
désaveux  de  mauvaise  foi.  Les  Commissaires,  descendus  à  La  Gou« 
lelte  en  revenant  d'Alger,  présentèrent  au  Bardo,le  27  septembre, 
une  Notification  écrite  dans  les  mêmes  termes  énergiques  et  dans 
la  même  forme  courtoise  qu'à  la  Jenina.  Après  avoir  hésité 
quelques  jours  à  les  recevoir,  le  Prince  daigna  leur  laisser  un 
semblant  de  satisfaction.  Repoussant  le  blâme  de  pir-aterie  infligé 
à  sa  Régence,  il  revendiqua  le  droit  d'avoir  une  marine  et  de  faire 
la  guerre,  se  refusa  à  prendre  aucun  engagement  quant  à  ses 
corsaires,  mais  ne  fit  point  difficulté  de  reconnaître  les  pavillons 
amis  comme  étant  choses  inviolables  et  sacrées.  Le  Dey  d'Alger 
avait  souhaité  aux  Délégués  du  Congrès,  avec  une  ironie  toute 
barbaresque,  «  un  bon  voyage  »  ;  timidement  fidèle  au  mot  d'ordre 
donné,  le  Souverain  de  Tunis  termina  par  cette  boutade  la  réponse 
exigée  de  lui  :  «  Si  vous  voulez  mépriser  la  justice  et  venir  nous 
inquiéter  sans  aucun  motif,  il  y  a  un  Dieu  Tout-Puissant  qui  veille 
sur  nous!  »  Comme  les  deux  amiraux  avaient  reçu  l'ordre  de  ne 
pas  insister  d'une  façon  compromettante,  ils  se  retirèrent,  et  c'est 
ainsi  que  la  faiblesse  des  moyens  employés  dans  cette  démonstra- 
tion navale  rendit,  plus  que  jamais,  le  Bey  Mahmoud  indiff'érent 
aux  conseils  comme  aux  menaces  des  agents  européens.  Devoize 
avait-il  raison  de  dire  récemment  encore  :  l'argument  diploma- 
tique le  mieux  compris  des  Barbaresques,  c'est  le  canon,  ultima 
ratio  regumf 


LIV  INTRODUCTION 

Le  4  novembre  1819,  le  Chargé  d'affaires  de  France  quittait 
Tunis  avec  toute  sa  famille.  L'heure  de  la  retraite  allait  sonner 
pour  lui,  et  les  soucis  de  sa  santé,  usée  par  trente  années  de  séjour 
en  Afrique,  Tavaient  décidé  à  prendre  un  repos  définitif.  Le  suc- 
cesseur de  Devoize  à  Tunis  ne  prit  possession  de  son  poste  qu'au 
milieu  de  janvier  1824.  Guys  arrivait  d'Alep,  où  ses  aptitudes 
consulaires  avaient  depuis  longtemps  attiré  Tattention  du  baron 
Pasquier,  alors  qu'il  dirigeait  les  Affaires  étrangères.  Cepen- 
dant ses  Instructions,  rédigées  par  Chateaubriand,  ne  lui  furent 
adressées  qu'à  la  fin  de  Tannée  1823.  Elles  étaient  fort  impor- 
tantes, et  Ton  ne  saurait  négliger  d'en  faire  l'analyse,  pour  appré- 
cier tout  l'intérêt  qu'attachait  le  nouveau  Ministre  «  à  recouvrer 
notre  prépondérance  en  Tunisie  et  à  Taccroitre  le  plus  possible  )>. 
Guys  aura  pour  mission  de  reprendre  crédit  sur  l'esprit  du  Bey,  de 
lui  inculquer  les  raisons  qui  doivent  l'attacher  au  Gouvernement 
français  «  comme  à  celui  dont  la  protection  est  la  plus  bienveil- 
lante et  la  plus  désintéressée  ».  Il  devra  procurer  au  commerce  de 
rÉchelle  «  une  plus  grande  consistance  »,  et  ce  but  il  pourra 
l'atteindre  «  en  mettant  fin  à  la  méfiance  et  à  l'aigreur  des  discus- 
sions sans  cesse  renouvelées  par  des  griefs  respectifs  ».  Pendant 
cinq  ans,  le  Yice-Consul  Malivoire  avait  géré  le  Consulat  tant  bien 
que  mal,  sans  avoir  pu  rétablir  les  affaires  «  sur  un  pied  stable  et 
satisfaisant  ».  Des  modifications  avaient  été  apportées  aux  tarifs  de 
douane,  des  créances  réciproques  restaient  à  recouvrer  depuis  la 
dernière  guerre  de  1801  ;  bref  la  conclusion  d'un  traité  paraissait 
être  le  seul  moyen  de  rendre  à  nos  relations  avec  le  Bey  <c  l'acti- 
vité et  la  discrétion  convenables  ».  Dans  un  supplément  d'Instruc- 
tiens.  Chateaubriand,  décidé  à  réprimer  par  la  force,  en  cas  de 
besoin,  la  malveillance  du  Bey  Mahmoud,  invitait  son  agent  à  ne 
point  accepter  d'audience  avant  d'avoir  satisfaction.  En  cas  de 
refus,  celui-ci  devait  se  retirer  avec  tous  ses  nationaux  sur  le  vais- 
seau de  Sa  Majesté;  le  commandant  avait  des  ordres  pour  €<  agir 
immédiatement».  Débarqué  le  16  janvier,  Guys  obtint,  le  30,  un 
traité  préliminaire,  conforme  en  presque  tous  les  points  aux  vues 
du  Gouvernement  :  clause  du  traitement  de  la  nation  la  plus  favo- 
risée, indépendamment  de  tous  les  privilèges  antérieurement 
stipulés,  tarifs  douaniers,  juridiction  consulaire  et  tribunal  mixte, 
reconnaissance  des  Capitulations  et  des  anciens  traités,  etc., 
«  aucun  privilège  ne  pouvant  être  accordé  à  d'autres  nations  qui 
ne  soit  également  commun  à  la  nation  française  »,  en  dehors 


INTRODUCTION  LV 

même  de  toute  stipulation.  Tout  se  passa  le  mieux  du  monde. 
Malheureusement,  deux  mois  après,  le  Bey  Mahmoud  vint  à 
mourir  (28  mars  1824).  Il  fallut  recommencer  avec  son  fils  et 
successeur,  non  sans  difficultés,  toutes  les  négociations. 

Mahmoud  avait  régné  dix  ans  ;  le  Gouvernement  d^Hossein  allait 
avoir  à  peu  près  la  même  durée.  Prince  faible,  de  goûts  fastueux, 
d'une  prodigalité  presque  inconsciente,  il  était,  au  dire  du  Consul, 
enclin  à  faire  le  bien  et  facile  à  influencer.  Guys  mit  pourtant 
huit  mois  à  vaincre  ses  résistances,  puisqu'on  lui  fit  attendre 
jusqu'au  15  novembre  les  sceaux  du  nouveau  traité.  Au  nombre 
des  discussions  qu'il  eut  encore  à  trancher,  pendant  les  quatre 
années  de  son  séjour  en  Tunisie,  il  en  est  deux  qu'il  nous  faut 
signaler.  La  première  est  relative  à  la  protection  française  des 
sujets  et  du  pavillon  romains,  protection  que  le  Bey  voulut  bien 
reconnaître  par  une  Déclaration  du  14  mars  1826.  Notre  représen- 
tant fut  moins  heureux  dans  les  interminables  démêlés  concernant 
la  pèche  du  corail. 

Cette  question,  longtemps  négligée,  faisait  alors  l'objet  de  rap- 
ports historiques  au  bureau  des  Archives  des  Affaires  étrangères* 
Les  Concessions  d'Afrique  avaient  passé,  en  effet,  par  des  phases 
diverses.  Parmi  les  Conventions  qui  les  avaient  régies,  la  dernière 
en  date,  celle  de  1790,  avait  reconnu  à  la  Compagnie  royale  le 
privilège  de  pocher  dans  les  mers  de  Tunis  «  depuis  Tlle  de 
Tabarque  jusqu'aux  confins  de  Tripoli  ».  Elle  pouvait  être  renou- 
velée au  bout  de  trois  ans  d'exercice,  aux  mêmes  conditions,  c'est- 
à-dire  au  prix  de  13,500  piastres  de  redevances.  Bien  que  la 
Révolution  de  1789  eût  fort  ébranlé  son  crédit,  la  Compagnie 
s'était  soutenue,  cependant,  pendant  les  quatre  années  suivantes. 
Supprimée  par  décret  du  Comité  de  salut  public  (19  pluviôse 
an  II),  elle  était  gérée,  depuis  lors,  pour  le  compte  de  l'État,  sous 
le  nom  d'Agence  d'Afrique.  En  fait  la  pêche  était  devenue  libre. 
On  avait  même  vu  pêcher  ensemble,  dans  les  eaux  de  Bizerte,  plus 
de  douze  cents  Corses,  Italiens  et  Provençaux.  Cette  liberté  impli- 
quait l'abandon  des  privilèges  exclusifs  dont  la  France  avait  joui 
depuis  deux  siècles,  et  c'est  pourquoi  Devoize,  après  le  traité 
de  1802,  avait  proposé  au  Gouvernement  de  renouveler  la  Conven- 
tion de  1790.  Ne  pouvant  obtenir  du  Bey  le  relèvement  du  comptoir 
du  Cap-Nègre,  encore  moins  une  taxation  modérée  de  redevances, 
il  s'indignait  de  retrouver  dans  les  réponses  dilatoires  d'Hamouda 
l'influence  anglaise.  Dans  la  crainte  de  voir  nos  ennemis  accaparer 


LVI  INTRODUCTION 

le  monopole  des  Concessions  dans  les  deux  Régences,  à  un  prix 
bien  supérieur  aux  anciennes  redevances  françaises,  le  Yice-Consul 
Billon  avait  fini  par  obtenir  un  arrangement  provisoire  ;  Hamouda, 
«  dans  un  bon  quart  d'heure  »,  s'était  engagé  à  vendre  aux  Fran- 
çais et  aux  Napolitains  exclusivement  des  passeports  de  pèche,  en 
nombre  illimité,  au  prix  de  six  piastres  et  demie  par  bateau. 
En  1814,  le  Gouvernement  de  Naples,  s'étant  détaché  de  la  France, 
avait  passé  avec  le  Bey  des  conventions  particulières  au  profit  de 
ses  corailleurs  ;  peu  à  peu  des  pécheurs  génois,  toscans,  siciliens 
et  autres  étaient  venus  augmenter  la  concurrence.  En  vain  le  duc 
de  Richelieu,  Ministre  d'alors,  démontrait  que  ces  privilèges  ne  pou- 
vaient pas  être  mis  aux  enchères;  en  vain  le  baron  de  Damas,  son 
successeur,  revenant  à  son  tour  sur  la  question  des  Concessions, 
insistait  pour  que  Ton  considérât  cette  propriété  comme  française, 
«  antérieurement  acquise  à  rétablissement  des  Régences  »,  et  non 
pas  comme  «  une  ferme  révocable  ».  Guys  se  heurtait  aux  mêmes 
exigences,  aux  mêmes  hésitations  de  la  part  du  Bey  Hossein. 
AfiTaire  d'argent,  spéculation  maladroitement  dissimulée,  suivant 
la  commune  loi  de  l'offre  et  de  la  demande.  Le  Consul  de  France 
voulait  traiter  à  13,500  piastres  tunisiennes,  le  Consul  de  Sardaigne 
à  30,000,  une  Compagnie  anglaise  à  50,000;  celle-ci  l'emporta 
(décembre  1824).  Les  protestations  des  Consuls  de  France,  de 
Naples  et  de  Sardaigne  furent  regardées  comme  lettres  mortes. 
Il  est  vrai  qu'au  bout  d'une  année,  la  Compagnie  fermière,  littéra- 
lement écrasée  sous  le  poids  de  ses  engagements,  résilia  son  bail. 
Guys  rouvrit  des  négociations,  demandant  que  tous  les  pêcheurs 
fussent  munis  d'une  patente  française  ;  il  eût  sans  doute  vaincu  les 
tergiversations  intéressées  du  Bey,  si  le  blocus  d'Alger  n'était 
venu,  en  1827,  suspendre  tous  pourpalers.  Le  slatu  quo  dura 
jusqu'au  24  octobre  1832.  Ce  jour-là  seulement  les  droits  exclusifs 
de  pêche  sur  le  littoral  tunisien  furent  reconnus  à  la  France, 
moyennant  l'ancienne  redevance  de  la  Compagnie  d'Afrique 
(13,500  piastres).  Deux  mois  après,  l'habile  négociateur  de  ce 
traité  mourait  à  son  poste;  c'était  le  successeur  de  Guys,  Mathieu 
de  Lesseps. 

La  famille  des  Lesseps  servait  déjà  la  France  de  père  en  fils 
dans  la  diplomatie.  On  trouvera  ces  honorables  traditions  préci- 
sées dans  les  notices  que  nous  avons  cru  devoir  insérer  en  leur 
lieu  et  place.  Celui  qui,  le  14  décembre  1827,  arrivait  à  Tunis  en 
qualité  de  Consul  général  et  de  Chargé  d'affaires  de  Charles  X  — 


INTRODUCTION  LVII 

nous  avons  nommé  Mathieu  —  avait  déjà  cinquante-trois  ans.  Fils 
d*un  Consul  général  à  Lisbonne,  il  avait  gagné  tous  ses  grades  à 
Tanger,  Tripoli,  Alexandrie,  Cadix,  Livourne,  les  lies  Ioniennes, 
Alep  et  Philadelphie.  Trois  de  ses  enfants  suivaient  alors  la  même 
carrière  :  l'un  Théodore,  attaché  au  Ministère;  l'autre,  Jules,  Vice- 
Consul  à  Lattaquié;  le  troisième,  Ferdinand,  Vice-Consul  à  Tunis, 
devait  un  jour  illustrer  le  nom  de  sa  famille  et  mériter  celui  de 
Grand  Français.  Quant  au  choix  que  venait  de  faire  le  baron  de 
Damas,  il  était  heureux,  à  une  époque  où  tout  était  à  craindre,  en 
Barbarie,  du  fanatisme  populaire.  Les  historiens  nous  sauront  gré 
d'avoir  publié  presque  in  extenso  la  plupart  des  dépêches  du 
successeur  de  Devoize.  Us  seront  mieux  à  même  d'en  apprécier 
la  valeur  littéraire;  ils  y  découvriront  plus  aisément  les  qualités 
professionnelles  et  les  constatations  politiques  qui  s'en  dégagent. 
De  la  mission  de  Lesseps,  nous  ferons  ressortir  ici  deux  faits 
caractéristiques  :  l'action  civilisatrice  exercée  sans  cesse,  grâce  à 
son  prestige,  sur  le  Gouvernement  du  Bey  Hossein,  et  le  concours, 
ignoré  jusqu'ici,  qu'il  apporta  au  Commandant  en  chef  de  l'expé- 
dition d'Alger. 

A  peine  installé  à  Tunis,  il  va  prouver  à  quel  point  il  connaît 
(c  l'esprit  numide  ».  Son  premier  soin  est  de  se  ménager  au  Bardo 
des  intelligences;  or  la  modicité  des  présents  misa  sa  disposition 
lui  suggère  ces  justes  critiques  :  «  Lésiner  sur  les  donatives,  c'est 
méconnaître  un  usage  aussi  sacré  que  le  droit  d'hospitalité  dont 
il  fait  partie...  L'absence  de  cette  formalité  est  un  manque  de  poli- 
tesse ;  ce  qui  serait  chez  nous  déshonorant  est  ici  un  titre  d'hon- 
neur. Ce  qui  fait  le  succès  de  certains  Consuls,  en  Orient,  ce  n'est 
pas  tant  de  connaître  la  langue  que  d'observer  certaines  coutumes, 
parties  essentielles  des  mœurs  orientales,  observance  qui  seule 
les  identifie  avec  le  peuple,  et  qui  modifie  et  adoucit  la  nuance 
ineffaçable  qu'a  marquée  la  différence  des  cultes.  Ils  entendent 
les  gens  s'écrier  :  Il  connaît  nos  usages,  il  a  mangé  et  bu  avec 
nous  longtemps,  il  fait  et  accueille  des  présents;  c*est  un  des 
nôtres.  » 

Une  de  ses  impressions  les  plus  frappantes  est  sans  contredit  le 
spectacle  de  l'apathie,  du  désordre,  de  la  prodigalité  dont  il  est 
témoin.  Hossein-Bey  lui  apparaît  plongé  lamentablement  dans  la 
mollesse  et  les  plaisirs,  paresseux,  imprévoyant,  aveuglé  par  son 
entourage,  vendant  ses  récoltes  deux  ans  d'avance,  faisant  même 
de  la  fausse  monnaie.  «  Ces  Princes,  dit-il  au  Ministre,  le  comte 


LVIII  INTRODUCTION 

de  Laferronnays,  sont  de  grands  et  ignorants  enfants;  tout  ce  qui 
est  nouveau  leur  parait  beau;  ils  veulent  tout  ce  dont  ils  entendent 
parler  qui  puisse  piquer  leur  curiosité,  sans  calculer  ni  ce  que 
Tobjet  désiré  peut  leur  coûter,  ni  s'il  peut  avoir  pour  eux  un  but 
d'utilité  réelle.  Ils  veulent  avoir  tout  et  ne  se  servent  de  rien. 
Après  avoir  admiré  avec  enthousiasme  les  objets  de  nos  arts  les 
plus  précieux  qui  leur  sont  donnés  en  présents  par  les  Princes 
de  l'Europe,  ils  en  font  les  joujoux  fragiles  des  enfants  et  des 
esclaves  du  harem.  » 

Le  désordre  au  Bardo  est  tel  que  le  Chargé  d'affaires,  ayant 
demandé  à  voir  l'original  de  la  Convention  de  1824,  «  le  Bach- 
Mamelouk  lui  a  souri  d'étonnement,  en  promettant  de  le  chercher 
dans  une  chambre  où  il  y  a  de  vieux  papiers  ».  Le  Prince,  dit 
encore  Lesseps,  laisse  traîner  ses  correspondances;  les  enfants, 
les  esclaves,  les  domestiques  s'en  emparent.  «  Je  réclame  même 
les  lettres  que  j'adresse  au  Bey,  pour  qu'elles  ne  s'égarent  pas!  » 

Ce  n'est  pas  que  personnellement  le  Consul  général  ait  à  se 
plaindre  d'Hossein.  Au  contraire,  ce  Seigneur  le  comble  d'atten- 
tions, apprécie  ses  conseils,  s'abandonne  &  ses  directions  avec  une 
confiance  qui  va  croissant  de  jour  en  jour.  Touché  des  soins  qu'il 
prend  de  lui  démontrer  les  dangers  de  son  imprévoyance,  il  Fin- 
vite,  lui  et  sa  famille,  à  venir  faire  un  séjour  à  sa  campagne  de 
la  Marsa.  Dans  cette  intimité,  il  lui  communique  son  courrier,  le 
consulte  sur  des  mesures  de  police,  des  questions  budgétaires,  des 
affaires  d'Ëtat.  Là  s'élaborent  des  programmes  financiers,  et  les 
soirées  se  passent  à  commenter  le  Code  Napoléon;  c'est  à  croire, 
en  vérité,  que  le  Bey  n'a  jamais  vu  d'ami  plus  désintéressé,  ni  plus 
dévoué  à  sa  cause.  Loin  défaire  un  mystère  de  ses  dispositions,  il 
les  manifeste  fréquemment  en  audience  publique  et  devant  le 
corps  consulaire.  Dans  une  affaire  intéressant  la  Toscane,  Lesseps 
ayant  prêté  ses  bons  offices  à  son  collègue,  le  Bey  s'écriera  : 
«  Homme  sage  et  raisonnable,  tout  est  fini,  tout  est  oublié,  tout 
est  accordé,  non  à  vous.  Consul  de  France,  qui  en  cette  qualité 
n'avez  rien  à  démêler  avec  la  Toscane,  mais  à  mon  ami  particu- 
lier. Puis-je  jamais  ne  pas  acquiescer  au  moindre  de  vos  désirs! 
Ceux-ci  ne  sont-ils  pas  dirigés  vers  mon  intérêt  et  vers  celui  de 
la  justice!  »  Et  ce  n'est  pas  seulement  à  la  Toscane  que  l'influence 
française,  en  ce  moment,  est  profitable;  c'est  à  la  Prusse,  à 
l'Espagne,  &  Venise,  aux  États  pontificaux.  Rien  de  plus  touchant 
que  les  démonstrations  amicales  dont  sera  l'objet  Ducrest  de  Ville^ 


INTRODUCTION  LIX 

neuve,  commandant  la  division  navale  de  Tunis  et  Tripoli  pendant 
le  blocus  d'Alger  (janvier  1828).  Hussein  protestera  devant  toute 
sa  Cour  «  de  son  attachement  respectueux  et  reconnaissant  à 
TËmpereur  de  France  »,  ne  voulant  rien  négliger  pour  que  les 
liens  qui  unissent  leurs  sujets  «  deviennent  encore  mille  fois  plus 
forts,  leurs  intérêts  se  trouvant  d'accord  pour  ne  plus  faire  des  deux 
peuples  quun  seul  ».  Secoué  de  son  apathie,  fier  de  tenir  sou  pou- 
voir non  des  changeants  caprices  de  son  Divan,  comme  les  Deys 
d* Alger,  mais  des  droits  les  plus  légitimes  de  l'hérédité,  il  reprendra 
parfois  confiance  en  lui-même,  à  un  tel  point  que  ses  accès  de  fer- 
meté surprendront  ceux  qui  le  connaissent.  Le  Dey  d'Alger  lui 
ayant  reproché  sa  partialité  peu  musulmane  à  l'égard  de  la  France, 
il  saura  répondre  «  qu'outre  que  les  traités  l'y  obligent,  il  y  est 
porté  par  inclination,  cette  nation  étant  sa  plus  puissante  et  sa 
plus  sincère  amie  ».  Dans  un  échange  de  vues  relatives  à  la  guerre 
franco-algérienne,  il  dira  à  son  entourage  :  «  Je  m'expose  à  de 
grands  dangers,  mais  je  suis  sur  que  la  France  ne  me  fera  pas  de 
mal,  et  je  veux  lui  démontrer  par  des  faits  pour  qui  sont  mes 
vœux...  Si  le  Grand  Seigneur,  en  déclarant  la  guerre  à  la  France, 
m'envoyait  cent  firmans  afin  de  m'obliger  à  prendre  parti  contre 
elle,  et  si  cent  messagers  émettaient  cent  proclamations,  je  n'obéi- 
rais point  aux  premiers,  je  n'écouterais  pas  les  seconds,  je  saisi- 
rais les  dernières.  J'ai  déjà  pris  toutes  les  dispositions  pour 
empêcher  qu'aucune  nouvelle  pouvant  indisposer  mon  peuple  né 
circule,  et  pour  détruire  l'effet  de  bruits  malveillants.  Mes  senti- 
ments sont  inaltérables,  et  je  répéterai  ce  que  j'ai  déjà  dit  publi-^ 
quement  :  que  je  me  jette  entièrement  dans  les  bras  de  la  France, 
et  que  je  ne  désire  rien  autant  que  le  châtiment  exemplaire  de 
son  injuste  agresseur,  le  Dey  d'Alger.  »  Ainsi  les  sympathies  des 
Tunisiens  étaient  tout  acquises  à  la  France;  peuple  et  Souverain 
faisaient  les  mêmes  vœux  pour  le  châtiment  de  l'ennemi  hérédi- 
taire de  la  Régence  et  pour  le  triomphe  de  nos  armes. 

Sachant  combien  il  importe  d'être  exactement  renseigné  à  Paris 
sur  tout  ce  qui  se  passe  en  Algérie,  Lesseps  a  devancé  les  ordres 
de  son  Ministre.  Il  est  entré  en  communication  avec  le  comte 
d'Attili  de  la  Tour,  Consul  général  de  Sardaigne  à  Alger,  par 
l'entremise  du  comte  Filippi,  représentant  de  la  même  Puissance 
à  Tunis.  Tous  renseignements  de  nature  à  intéresser  le  service 
de  Sa  Majesté,  armements  maritimes  et  moyens  de  défense  du 
Dey  Hussein,  dispositions  des  habitants,  attitude  de  la   milice,^ 


LX  INTRODUCTION 

bien  d^autresavis  utiles  sont  transmis  de  cette  manière  au  Gouver- 
nement du  Roi  par  les  soins  du  Chargé  d'affaires. 

Cependant  si  le  concours  prêté  par  d'Attili  demeure  jusqu'à  la 
fin  plein  de  zèle  et  de  loyauté,  les  services  de  Filippi  lui  ont  bientôt 
paru  sujets  à  caution.  Peu  satisfait  des  confidences  suspectes  autant 
qu'intéressées  de  ce  dernier,  il  y»  se  multiplier  pour  faire  face 
aux  nécessités  de  son  service  d'informations.  Organisation  de 
courriers  par  terre,  négociations  avec  le  Bey  de  Constantine  et 
les  Caïds  de  cette  province,  correspondances  directes  avec  le 
Commandant  en  chef  de  l'expédition,  tout  est  prévu  et  disposé, 
sans  que  le  comte  de  Bourmont  juge  utile  de  donner  des  ordres  à 
son  précieux  auxiliaire.  Avec  un  zèle  infatigable,  il  seconde  la  mis- 
sion des  officiers  d'État-major  envoyés  en  Tunisie,  par  le  Ministre 
de  la  guerre,  pour  recueillir  des  renseignements  topographiques 
ou  stratégiques  {Rapports  de  Gérardin  et  d'Aubignosc).  Grâce  à  la 
secrète  complicité  d'Hossein-Bey,  des  approvisionnements  de  toute 
sorte  sont  fournis  aux  navires  de  l'escadre  française  ;  les  menées 
ténébreuses  de  l'Oukil  d'Alger,  agent  officiel  du  Dey  à  Tunis, 
demeurent  sans  effets.  C'est  encore  sous  les  yeux  de  Lesseps  que 
Marcescheau,  son  Vice-Consul,  rédige  pour  le  Ministère  un  Projet 
d'expédition  immédiate  contre  B6n^\  c'est  sur  son  ordre  que  Baim- 
bert,  agent  du  poste  de  Tabarque,  transmet  les  résultats  d'une 
minutieuse  enquête  faite  auprès  des  corsaires  algériens  les  plus 
influents;  c'est  par  les  soins  de  son  fils,  Ferdinand,  que  se  répan- 
dent en  Kabylie  des  proclamations  dans  la  langue  arabe.  Un 
moment  le  fanatisme  s'est  réveillé  dans  le  parti  des  janissaires. 
Le  Bey  a  pris  peur;  on  a  même  agité,  au  conseil  secret  du  Bardo, 
la  question  de  l'envoi  d'un  officier  à  Paris  pour  implorer  du  Roi 
son  assistance,  et  lui  représenter  la  légitimité  des  droits  de  la 
dynastie  régnante  (mars  1830).  Ici  encore  Lesseps  jouera  excel- 
lemment son  r6le  de  protecteur.  11  déjouera  les  complots  tramés 
contre  les  Européens,  et,  ramenant  le  Prince  au  juste  sentiment 
de  sa  sécurité,  lui  rendra  l'espoir  que  la  France,  maîtresse  d'Alger, 
sera  dans  l'avenir  le  plus  ferme  soutien  de  son  existence 
politique. 

Douze  jours  après  la  reddition  d'Alger  (18  juillet  1830),  le 
Prince  de  Polignac  écrivait  à  Tunis  :  «  Sa  Majesté  n'a  pas  eu 
seulement  en  vue  de  tirer  une  juste  vengeance  des  outrages 
commis  par  le  Dey,  mais  encore  de  faire  disparaître  à  jamais  des 
Régences  barbaresques  les  institutions  qui  les  ont  rendues,  pen- 


INTRODUCTION  LXI 

dant  plusieurs  siècles,  le  fléau  des  peuples  riverains  de  la  Médi- 
terranée. Le  Roi  a  promis  à  l'Europe  d'obtenir  par  les  armes 
rabolitioD  complète  et  définitive  de  Tesclavage  des  chrétiens,  celle 
de  la  piraterie  et  celle  des  tributs  ou  redevances  que  les  Puis- 
sances chrétiennes  payaient  aux  Gouvernements  africains.  »  Alger 
vaincue,  il  s'agit  aujourd'hui  de  faire  admettre  par  les  maîtres 
de  Tunis  et  de  Tripoli  «  des  changements  devenus  indispensables 
d'après  Tétat  actuel  de  la  civilisation  »;  il  faut  leur  faire  adopter, 
d'une  manière  définitive,  le  droit  des  gens  et  les  principes  d'éco- 
nomie politique;  il  importe  de  prévenir  le  retour  de  leurs  pira- 
teries, (c  en  achevant  de  leur  faire  perdre  l'esprit  aventureux  et 
intéressé  qui  les  poussait  aux  spéculations  criminelles,  et  les 
empêchait  d'adopter  un  genre  de  vie  plus  profitable  à  leurs  pays  ». 
Un  projet  de  traité,  préparé  à  Paris,  accompagnait  les  Instruc- 
tions du  Ministre  de  Charles  X.  Il  comportait  : 

i"  La  renonciation  entière  et  à  jamais  au  droit  de  faire  la  course 
en  temps  de  guerre. 

2^  L'abolition  à  jamais  de  l'esclavage  des  chrétiens  et  l'affran- 
chissement de  tous  ceux  qui  pouvaient  être  encore  dans  la 
Régence.  Le  sort  des  prisonniers  de  guerre  devait  être,  à  l'avenir, 
conforme  aux  usages  des  nations  européennes.  «  C'est  un  vœu» 
disait  Polignac,  hautement  exprimé  par  toutes  les  Puissances,  et 
la  France  se  glorifiera  toujours  d'avoir  fait  servir  le  triomphe  de 
ses  armes  à  le  satisfaire.  » 

S*"  Le  respect  des  personnes  et  des  propriétés  faisait  l'objet  de 
l'article  III. 

4^  L'article  lY  stipulait  la  suppression  totale  «  des  tributs,  pré- 
sents, dons  et  redevances  quelconques  que  les  Gouvernements  ou 
leurs  agents  payaient  au  Bey  »;  cet  article  accordait  en  même 
temps,  à  toutes  les  Puissances,  le  droit  d'avoir  des  agents  consu- 
laires et  commerciaux  sur  tous  les  points  de  la  Régence. 

5"*  Le  Bey  restituait  à  la  France  le  privilège  exclusif  de  la  pèche 
du  corail,  «  tel  qu'elle  l'avait  possédé  avant  la  guerre  de  1799  ».  La 
jouissance  de  ces  droits  ne  comportait  plus  de  redevances  (Art.  V). 

G'^  La  liberté  absolue  du  commerce,  à  l^exclusion  des  accapare- 
ments et  des  monopoles,  était  garantie  par  l'article  YI.  «  En 
s'abstenant  de  réclamer  pour  elle-même  de  nouveaux  avantages 
de  commerce  dans  la  Régence  tunisienne,  la  France  montrait,  par 
cet  article,  qu'elle  agissait  vraiment  dans  un  but  européen,  et 
qu'elle  était  moins  guidée  par  son  intérêt  particulier  que  par  le 


LXII  INTRODUCTION 

sealiment  du  bien  de  tous  les  peuples.  »  Lesseps  devait  faire  sentir 
à  Hossein  que  la  suppression  des  monopoles  et  des  accaparements, 
«  mesure  équivalente  à  un  traité  de  commerce  tout  entier  »,  était 
plus  avantageuse  à  ses  sujets  qu'aux  chrétiens.  L'exemple  de  la 
France  et  des  Etats  les  plus  florissants  de  l'Europe  était  là  pour 
lui  démontrer  qu'en  augmentant  la  prospérité  individuelle,  «  il 
prendrait  la  voie  la  plus  honorable  et  la  plus  certaine  d'accroître 
ses  revenus  ».  Le  traité  conservait  simplement  aux  Français  le 
droit  de  participer  à  tous  avantages,  faveurs,  facilités  et  privilèges 
quelconques  accordés  à  d'autres  nations;  il  confirmait  aussi  les 
clauses  de  tous  traités  antérieurs,  clauses  nous  mettant  hors  de 
pair  et  nous  reconnaissant  comme  «  enfants  du  pays  »  (Articles  VI 
et  VII). 

Enfin,  par  un  article  secret,  la  France  demandait  la  cession  à 
perpétuité  d'un  emplacement  à  Carthage,  «  pour  ériger  un  monu- 
ment à  la  mémoire  de  Louis  IX,  à  l'endroit  où  ce  Prince  était 
mort  ».  Polignac  accordait  au  Bey  un  délai  de  huit  jours  pour 
souscrire  à  ces  conditions,  bien  décidé  à  les  imposer,  au  besoin, 
de  force,  et  à  «  utiliser  »  l'escadre  victorieuse  de  Duperré. 

Le  3  août  1830,  arriva  sur  la  Bëllone  le  comte  de  la  Roche- 
foucauld, porteur  des  Instructions  et  du  projet  dont  il  s'agit.  Le  8, 
Lesseps,  accompagné  de  l'Envoyé  du  Roi,  du  personnel  consu- 
laire et  de  quinze  officiers  de  marine,  fut  reçu  au  Bardo,  en 
audience  solennelle.  Hossein  signa,  séance  tenante,  le  traité  qu'on 
lui  proposait.  Pour  être  moins  glorieux  que  celui  de  Bourmont, 
puisque  tout  s'était  passé  sans  les  honneurs  de  la  guerre,  ce 
succès,  pouvons-nous  dire,  intéressait  au  même  degré  toutes  les 
Puissances  de  l'Europe.  Aussi  fut-il  apprécié  comme  un  service 
inestimable  rendu  à  leur  propre  cause,  et  comme  la  conséquence 
toute  naturelle  de  nos  victoires.  Le  Bey  Tavait  fort  bien  compris, 
de  la  domination  française  à  Alger  découlait,  selon  ses  désirs,  un 
Protectorat  de  fait,  sollicité  gracieusement  par  Mohammed-Bey 
dès  1758,  exercé  en  partie  depuis  des  années  et  conquis,  cette  fois, 
par  la  force  des  choses,  sur  sa  Régence  et  sur  sa  dynastie.  Nos 
droits  acquis  si  laborieusement,  des  instruments  diplomatiques 
rédigés  cinquante  ans  plus  tard  pourraient  en  régler  Texercice,  en 
délimiter  l'étendue,  mais  cette  dernière  consécration  ne  les  modi- 
fierait guère.  En  effet,  la  mission  deux  fois  séculaire  de  la  France 
était  accomplie.  Ce  Protectorat  bienfaisant,  la  plupart  des  traités 
l'avaient  en  quelque  sorte  réservé,  et,  le  8  août  1830,  il  était  plus  que 


INTRODUCTION  LXIII 

jamais  dans  le  cœur  des  Tunisiens.  Nous  n*en  voulons  pour  preuve 
que  cette  exclamation,  sortie  de  toutes  les  bouches  sur  le  passage 
du  Consul  général  et  de  son  cortège  :  Vive  le  Roi  de  France  dont 
la  sollicitude  veille  sur  les  peuples  opprimés! 


Nous  voici  arrivé  au  terme  de  cette  étude.  L*Ârrêté  minis- 
tériel du  8  décembre  1891  interdisant  toute  investigation  dans  les 
Archives  du  Ministère  des  Affaires  étrangères,  au  sujet  des  docu- 
ments postérieurs  à  1830,  il  n'a  pas  été  possible  de  compléter, 
jusqu'au  traité  de  Protectorat,  la  série  déjà  respectable  —  36S0  do- 
cuments officiels  —  des  dépèches  et  papiers  d'Ëtat  relatifs  à  la 
Tunisie.  Qu'il  nous  soit  permis  d'espérer  que  l'un  de  nos  succes- 
seurs pourra  combler  cette  lacune.  D'ailleurs,  aux  historiens 
désireux  de  connaître  les  origines  de  la  crise  qui  motiva  Finter- 
yention  de  1881,  se  recommande  excellemment  l'ouvrage  du  baron 
d'Estoumelles  sur  La  Politique  française  en  Tunisie;  c'est  le 
dernier  anneau  de  cette  longue  chaîne  servant  à  rattacher  le  présent 
au  passé. 

Quant  à  nous,  dont  la  tâche  était  de  mettre  en  lumière  le  rôle 
politique  des  anciens  Consuls  de  France  à  Tunis,  depuis  leur 
installation  en  1577,  jusqu'à  l'année  1830,  nous  ne  saurions  con- 
sidérer notre  devoir  comme  accompli  sans  rendre  à  ces  agents  si 
méconnus,  à  ces  serviteurs  si  dévoués  de  la  mère-patrie  un  dernier 
hommage.  Dans  la  période  afférente  à  ce  troisième  volume,  on  les 
a  vus,  comme  autrefois,  aux  prises  avec  les  naufrages,  la  peste,  le 
despotisme  et  l'avidité  barbaresques,  la  pénurie  des  ressources, 
Tesclavage  des  captifs,  la  piraterie  des  corsaires,  les  cabales  des 
mécontents,  les  intrigues  des  nations  rivales,  l'hypocrisie  des  uns 
et  la  mauvaise  foi  des  autres.  Pour  atteindre  leur  but,  il  leur  a 
fallu  passer  encore  douze  traités  avec  la  Régence,  ce  qui  porte  à 
quarante-six  le  nombre  de  ceux  qui  précédèrent  la  Déclaration 
de  1881.  Si  nous  jetons  un  coup  d'œil  rapide  en  arrière,  pour 
apprécier  comme  il  convient  les  mérites  de  leurs  travaux,  nous  ne 
savons,  en  vérité,  ce  qui  surprendra  davantage,  ou  la  faiblesse 
des  moyens  mis  à  leur  disposition,  ou  les  exigences  d'un  poste 
qualifié,  par  tous  les  Ministres,  comme  l'un  des  plus  épineux  et 
des  plus  chargés  de  la  carrière. 

Le  premier  devoir  d'un  Consul  de  France  est  de  garder  intactes 
ses  prérogatives,  notamment  la  préséance  (Traité  de  1685).  Dans 


LXIV  INTRODUCTION 

les  audiences  du  Bardo,  vêtu  de  l'uniforme  de  drap  bleu  de  Roi, 
aux  boutons  timbrés  de  la  fieur  de  lys,  en  culotte  de  drap  écarlate 
et  Tépée  de  nacre  aux  côtés,  il  marche  invariablement  en  tète 
du  corps  consulaire,  et  s'assoit  à  la  place  d'honneur.  Il  jouit  de 
distinctions  absolument  uniques,  entre  autres  de  Tusage  d'une 
voiture  à  quatre  roues;  depuis  1770,  une  maison  de  campagne  du 
Bey,  à  la  Marsa,  est  à  sa  disposition,  marque  de  considération 
également  exceptionnelle.  La  plupart  des  Instructions  de  la  Cour 
de  France  prescrivent,  en  tout  ce  qui  concerne  le  cérémonial,  «  uo 
règlement  sur  le  pied  le  plus  fort  ».  Le  pavillon  du  Roi  a  droit  à 
vingt  et  un  coups  de  canon,  le  Commandant  d'un  navire  à  neuf 
coups.  Un  Consul  de  France,  à  son  arrivée,  doit  exiger  le  même 
salut  qu'un  Commandant.  Il  est,  comme  lui,  dispensé  du  baise- 
main, depuis  une  époque  que  nous  ne  pouvons  préciser,  mais  qui 
remonte  au  moins  à  1770.  Dans  la  suite  Beaussier  seul,  en  4796, 
sera  contraint  de  se  soumettre  à  «  cette  étiquette  humiliante  ». 
Après  le  souci  de  sa  dignité  vient  celui  des  privilèges  reconnus  à 
sa  nation.  L'innovation  la  plus  futile  en  apparence  ne  peut  blesser 
le  fameux  article  VIII  du  traité  de  1728  :  «  Les  privilèges  de  la 
nation  française  seront  plus  grands  que  ceux  des  autres  nations^ 
ainsi  quil  est  porté  par  les  traités.  Il  ne  sera  accordé  aucun  pri' 
vilège  à  d'autres  natiotis  qui  ne  soit  dans  le  moment  commun  à  la 
française^  etc.  »  Le  représentant  de  Sa  Majesté  doit  prétendre, 
écrit  Laferronnays  en  1828,  au  plus  petit  avantage  concédé  à  ses 
collègues,  «  aussi  bien  à  titre  gratuit  qu'à  charge  de  réciprocité  ». 
Or  Dieu  sait  si  les  Anglais  —  pour  ne  citer  que  les  plus  iatrigants 
—  guettent,  à  ce  point  de  vue,  l'occasion  de  le  mystifier! 

Une  préoccupation  non  moins  constante,  c'est  la  surveillance 
attentive  de  la  course  et  de  l'esclavage.  Le  ton  d'inflexibilité  est  de 
rigueur,  toutes  les  fois  qu'un  dommage  est  causé  à  des  marins, 
qu'une  réparation  peut  être  exigée,  qu'un  captif  doit  être  affranchi 
ou  qu'un  châtiment  s'impose.  Les  dépêches  consulaires  nous  disent, 
jusqu'à  la  fin,  combien  il  est  difficile  d'extirper  ce  fléau  de  la  pira- 
terie chez  les  Barbaresques.  En  1798,  alors  que  les  Tunisiens  pillent 
les  bagages  de  Joseph  Bonaparte,  ravagent  l'île  sarde  de  Saint- 
Pierre,  et  font  d'un  seul  coup  près  de  mille  esclaves,  Devoize  signale 
les  obstacles  qui  s'opposent  à  la  découverte  des  malfaiteurs  :  «  La 
fuite  des  équipages  ne  laisse  parfois  aucun  témoin  de  l'infraction 
des  corsaires;  en  outre  les  Régences,  ayant  eu  le  soin  d'adopter  un 
pavillon  uniforme,  ont  trouvé  le  secret  de  s'assurer  le  fruit  des 


INTRODUCTION  LXV 

prises  illégitimes  et  de  dérouter  les  Consuls  dans  leurs  réclama- 
lions  ».  N'oublions  pas  qu'à  celte  époque  le  Bey  a  soixante  navires, 
qu'il  en  compte  deux  cents  en  1815,  et  qu'il  perçoit  toujours 
10  0/0  sur  les  prises  de  chacun  de  ses  sujels. 

Rappelons-nous  aussi  quelles  discussions  engendre  la  question 
des  rançons  d^esclaves,  quelles  répugnances  il  faut  vaincre  pour 
obtenir  des  affranchissements  gratuits  ou  à  prix  réduits!  La  basse 
cupidité  des  magnifiques  Seigneurs  provoquera  parfois  d'intermi- 
nables querelles.  C'est  que,  loin  de  s'abaisser  jusqu'à  leur  payer 
tribut,  comme  tant  d'autres  nations  chrétiennes,  la  France  tendra 
de  plus  en  plus  à  s'affranchir  vis-à-vis  d'eux  des  présents  d'usage. 
Ses  agents  en  offriront  dans  des  circonstances  solennelles,  mais 
le  moins  possible;  encore  auront-ils  soin  d'en  exclure  avec  rigueur 
les  armes  et  munitions  de  guerre,  constamment  exigées  des  Puis- 
sances étrangères.  Ce  seront  invariablement  des  tabatières,  des 
montres  à  répétition,  des  horloges  à  carillon,  des  pistolets  et  fusils 
de  grand  luxe,  des  étoffes,  des  porcelaines  et  des  cristaux.  Les 
présents  de  Saizieu,  en  1771,  lors  de  son  retour  à  Tunis,  valent 
environ  20,000  livres.  Ceux  de  Devoize,  en  1793,  sont  estimés 
82,000  livres.  Herculais  se  voit  refuser  ceux  qu'il  apporte  en  1795; 
Beaussier  ne  les  fait  agréer  qu'en  complétant  l'assortiment,  ce  qui 
représente  une  somme  de  50,000  livres.  Les  cadeaux  de  Devoize 
en  1800  valent  10,000 francs,  ceux  de  Billon  en  1810  48,000 francs; 
Guys  en  donne  pour  65,000  francs  après  son  traité  de  1824,  mais 
Lesseps  a  tellement  honte  de  la  médiocrité  de  ceux  qu^on  lui 
envoie  qu'il  ose  à  peine  les  offrir  en  son  nom,  lors  de  son 
arrivée  en  1827. 

Yeut-on  savoir  maintenant  ce  que  coûte  aux  autres  Puissances 
la  paix  ou  le  neutralité  des  Princes  tunisiens?  Cette  comparaison 
parait  nécessaire  ;  elle  s'impose  même,  à  notre  avis,  pour  pouvoir 
apprécier  tout  le  prix  du  traité  franco-tunisien  de  1830.  Huit  États  : 
la  Hollande,  le  Danemark,  la  Suède,  la  Norvège,  l'Espagne,  le 
Portugal,  les  Etats-Unis  et  Naples  sont  tenus  de  donner  des 
cadeaux  consulaires  et  un  tribut  triennal.  Ce  tribut,  pour  certains, 
doit  être  d'une  valeur  de  75,000  à  100,000  piastres  fortes;  il  con- 
siste soit  en  argent,  soit  en  munitions  de  guerre.  L'Angleterre,  le 
Hanovre,  la  Sardaigne,  la  Toscane,  Venise,  Raguse  et  les  Villes 
hanséatiques  ne  payent  pas  de  tribut,  mais  offrent  des  présents  à 
l'avènement  des  Princes,  aux  mutations  de  Consuls,  à  la  signature 
des  traités  de  paix.  Ce  dernier  cas  nous  explique  comment  les 


LXVI  INTRODUCTION 

Barbaresques  cntretienDent  leur  Trésor,  en  se  bornant  à  changer 
(l*ennemis.  Telle  est  leur  loi  suprême  :  ou  la  guerre,  ou  Timpôt. 
L'Autriche,  la  Prusse  et  la  Hussie,  profitant  du  voisinage  de  la 
Turquie,  ne  donnent  rien,  mais  le  Gouvernement  pontifical,  accusé 
de  ne  rien  offrir,  a  constamment  recours   aux  bons  offices  du 
Chargé  d'afTaires  de  France.  En  1823,  le  Bey  ose  lui  réclamer  une 
redevance  annuelle  de  5,000  francs.  —  La  Hollande  donne  des 
présents  pour  10,000  piastres  en  1783;  elle  paye  en  munitions  de 
guerre  d*une  valeur  de  10,000  sequins  le  droit  de  pavillon,  en 
1786;  son  traité  de  paix  de  1815  lui  coûte  300,000  francs.  Après 
avoir  déclaré,  en  1819,  ne  plus  vouloir  payer  de  redevances,  elle 
est  encore  obligée  d'acquitter  des  arrérages,  soit  une  somme  de 
50,000  piastres.  —  Le  Danemark  paye  23,000  francs  pour  le  droit 
de  pavillon   en  1784;   deux  ans  après,  il  apporte  vingt-quatre 
canons,  cinq  cents  barils  de  poudre,  quinze  caisses  de  boulets, 
deux  cents  planches,  etc.  Son  tribut  est  évalué  100,000  piastres 
en  1792,  60,000  piastres  en  1802;  il  est  encore  apporté  régulière- 
ment en   1822.  —  La  Suède   fournit   en  1784  quarante-quatre 
canons,  six  mille  boulets,  cinquante  barils  de  poudre,  des  mats, 
vergues,  planches  et  cordages,  des  étoffes  et  des  bijoux  estimés 
75,000  piastres.  En  1795  elle  en  apporte,  affirme  Herculais,  pour 
500,000  francs;  en  1814  elle  sollicite  en  vain  la  faculté  de  payer 
ses  redevances  en  argent,  plutôt  qu*en  munitions  de  guerre.  Ses 
apports,  en  1827,  se  composent  encore  de  cent  vingt-huit  pièces 
de  canon  et  de  bois  de  construction  d*une  valeur  considérable. 
—  L'Espagne  envoie  des  cadeaux  pour  30,000  piastres  en  1784  ; 
le  Bey  les  ayant  refusés  comme  insuffisants,  elle  les  complète  en 
1786.  Son  traité  de  1791  lui  coûte  250,000  piastres,  sans  compter 
50,000  piastres  de  présents,  dont  deux  bâtiments  de  guerre.  Elle 
paye  encore  80,000  piastres  en  1802.  —  Le  Portugal  n'a  pas  pour 
moins  de  4,000  piastres,  en  1813,  une  simple  trêve  de  trois  ans; 
son  traité  de  1816  lui  est  plus  chèrement  vendu.  —  Pour  les  États- 
Unis,  nous  relevons  qu'en  1799,  date  de  fondation  de  leur  Consulat 
de   Tunis,   ils   s'engagent    à    donner,  en    échange   de    la  paix, 
93,000  dollars,  dont  25,000  en  munitions  de  guerre.  En  1802,  ils 
payent  60,000  piastres  pour  la  reconnaissance  du  droit  de  pavillon; 
la  paix  avec  Alger,  à  la  même  époque,  leur  coûte  la  somme  fan- 
tastique de  897,000  piastres.  —  Naples  offre  au  Bey  150,000  piastres 
pour  Tadmission  de  son  Consul  général  en  1813;  Tannée  suivante, 
une  trêve  d'un  an  lui  revient  à  50,000  piastres,  et  la  paix  n'est 


INTRODUCTION  LXVII 

conclue  qu'en  1816.  Le  tribut  de  5,000  piastres  est  quelquefois 
payé  d'avance,  comme  en  1819,  alors  qu'on  veut  nous  évincer 
des  Concessions  de  la  pêche.  —  La  Sardaigne  et  les  Deux  Siciles 
échangent  aussi  leur  traité  avec  des  présents,  surtout  avec  des 
munitions,  en  1816;  —  la  Toscane  n'obtient  pas  le  sien,  en  1822, 
à  moins  de  25,000  piastres.  —  Venise  donne  des  cadeaux  montant 
jusqu'à  40,000  sequins.  Elle  a  beau  bombarder  Sousse,  Sfax, 
La  Goulette  et  Bizerte,  en  1784  et  1785,  cette  République  ne  se 
soumet  pas  moins  à  payer  son  traité  de  1792,  et  à  verser  au  Bey 
80,000  sequins,  sans  compter  les  présents  d'usage  pour  l'admis- 
sion de  son  Consul.  —  Quant  à  l'Angleterre,  c'est  probablement 
la  nation  qui  dépense  le  plus  à  Tunis,  «  non  pas  tant  pour  ses 
intérêts,  au  dire  de  Devoize,  que  dans  la  vue  de  nuire  aux  nôtres  ». 
En  disant  ces  mots,  ce  Consul  les  fait  suivre  de  réflexions  qui  ne 
sauraient  surprendre,  et,  sans  donner  des  chiGfres,  il  montre  nos 
ennemis  «  caressant  les  Barbaresques  avec  la  plus  lâche  com- 
plaisance »  et  f<  versant  l'or  à  pleines  mains  ».  Saizieu  affirme, 
pendant  sa  gestion,  que  le  présent  consulaire  est  fixé,  pour  cette 
Puissance,  à.  500  livres  sterling.  Le  même  présent  sera  de  600  livres 
sterling  à  Alger,  même  après  les  traités  conclus  par  Lord  Ëxmouth 
en  1816.  Les  Anglais  distribuent  fort  mystérieusement  munitions 
et  bijoux  de  prix,  en  de  nombreuses  circonstances,  notamment 
en  1807,  en  1809  et  1811  ils;  font  mille  bassesses  pour  obtenir 
Tabarque;  par  leurs  soins  se  répand  à  Tunis,  pendant  tout  l'Em- 
pire, un  journal  imprimé  à  Londres,  V Ambigu,  et  rempli  de 
fausses  nouvelles  de  nature  à  donner  le  change  sur  la  politique 
française.  Ils  finiront  par  offrir  à  Hamouda-Bey  leur  protectorat, 
en  s'engageant  à  le  mettre  à  l'abri  de  toute  agression  française.  Ce 
complaisant  concours,  pourtant,  sera  dédaigné. 

Le  Prince  n'en  a-t-il  pas  déjà  fait  l'expérience,  c'est  du  côté 
d'Alger,  et  non  du  nôtre,  que  le  danger  pourrait  venir  pour  son 
trône  et  pour  son  pays.  Ici  c'est  lui  qui  paye  tribut,  c'est  au  puis- 
sant despote  du  palais  de  la  Jenina  que  le  Bey  doit  adresser, 
chaque  année,  deux  chargements  d'huile,  redevance  dont  l'origine 
remonte  à  l'invasion  de  1756.  Aussi  le  verra-t-on,  comme  ses  pré- 
décesseurs, s'efforcer  de  secouer  le  joug  de  son  orgueilleux  voisin 
et  de  s'afiranchir  d'une  humiliante  vassalité.  Les  Consuls  parle- 
ront souvent  de  cette  lutte  opiniâtre  entre  les  deux  Régences,  des 
vexations,  des  avanies  de  toute  sorte  des  Algériens,  et  notamment 
de  cette  guerre  prolongée  de  1806  à  1820  où  réapparaîtront,  à  leur 


LXVIII  INTRODUCTION 

date  précise,  les  blocus  de  La  Goulelte  et  de  Sousse,  les  sièges 
du  Kef  et  de  Constantine,  les  batailles  sanglantes  de  la  fron- 
tière, les  succès  et  les  revers  alternatifs  des  adversaires.  Leurs 
dépèches  compléteront  Tintéressant  récit  de  ces  campagnes,  que 
nous  a  laissé  Rousseau  dans  ses  Annales  tunisiennes.  Elles  feront 
ressortir  aussi  cette  grande  loi  historique  qu'a  démontrée  Gram- 
mont  dans  son  Histoire  d'Alger  :  Jusqu^à  Farrivée  des  Turcs,  les 
maîtres  de  Tunis  ont  pris  FAlgérie  pour  objectif;  quand  les  Turcs 
sont  venus  s'installer  à  Alger,  ils  ont  toujours  considéré  Tunis 
comme  une  annexe  obligée  de  leur  pays. 

Pour  revenir  aux  Consuls  et  Chargés  d^affaires  de  France,  nous 
avons  énuméré  les  rares  occasions  dans  lesquelles  ils  offrent  des 
présents  au  nom  de  la  Cour  de  France,  «  comme  un  témoignage 
cC amitié  et  non  comme  l'effet  <fune  obligation  quelconque  ».  En 
dehors  de  ces  «  donatives  »  toutes  de  convenance  et  toujours  arbi- 
traires, comme  le  dit  Saizieu,  adressées  à  Tunis  par  le  Gourverne- 
ment  et  à  ses  frais,  il  faut  compter  encore  bien  des  débours,  soit 
à  la  charge  de  la  colonie  française,  soit  à  celle  du  Consulat.  Le 
Tableau  des  dépenses  de  service  de  1777  nous  renseigne,  à  cet 
égard,  de  la  manière  la  plus  précise.  Ainsi  voit-on  figurer  dans 
l'état  dont  il  s'agit  des  étrennes  pour  chacune  des  visites  au  Bardo, 
des  cadeaux  aux  officiers  tunisiens  «  sur  leur  demande  »,  la  four- 
niture de  pains  et  de  biscuits  à  la  française,  que  le  Bey  et  sa 
famille  n  ont  l'habitude  de  demander  au  boulanger  du  Consulat 
tous  les  jours,  pendant  toute  l'année  ».  Le  compte  s*élève  &  plus 
de  6,500  piastres  (9,750  livres).  Les  frais  des  deux  Beïrams 
s'élèvent  ordinairement  à  44  piastres.  Au  Ramadan  qui  précède 
la  première  de  ces  fêtes,  il  faut,  comme  tous  les  Consuls  étran- 
gers, envoyer  aux  grands  officiers  des  provisions  de  café,  de 
sucre  et  de  confitures.  C'est  une  simple  politesse  «  de  règle  et 
d'usage  ».  Dans  l'état  des  dépenses  extraordinaires  de  Chftteauneuf 
pour  fournitures  de  chasse,  rafraîchissements,  fruits,  liqueurs, 
pharmacie,  etc.,  off'erts  au  Bey  et  au  premier  Ministre  en  1787, 
on  relève  un  total  de  1 ,680  livres. 

Il  y  a  bien  d'autres  chapitres  imprévus  dans  les  budgets  des 
agents  de  France  :  les  relâches  des  bâtiments  de  l'Ëtat  à  La  Gou- 
lelte, l'hospitalité  donnée  aux  officiers  de  marine,  aux  Envoyés 
extraordinaires,  les  secours  de  six  sols  par  jour  aux  esclaves  français 
indigents,  etc.  Aussi  comment  s'étonner  de  voir  tous  les  Consuls 
gémir  les  uns  après  les  autres  en  présence  du  dilemme  :  ou  se 


INTRODUCTION  LXIX 

couvrir  de  dettes,  ou  déplaire  au  Potentat!  Ils  devront  s'ingénier, 
emprunter  aux  Juifs  à  12  et  18  0/0  pour  faire  honneur  à  leurs 
affaires.  Depuis  1767,  ils  touchent  9,500  livres;  ils  ont  droit  à 
11,000  livres  en  1779,  à  12,000  livres  en  1786,  à  18,000  livres 
en  1815,  à  20,000  en  182i,  chiffre  bien  inférieur  encore  au  traite- 
nient  de  leurs  collègues  d'Angleterre  et  de  Sardaigne.  «  Tandis  que 
les  commerçants  français  s'enrichissent  tous  à  Tunis,  dit  Saizieu 
en  1773,  lui  seul  emprunte  chaque  année,  ses  dépenses  néces- 
saires excédant  ses  appointements.  »  Celles-ci  s'élèvent,  en  effet, 
à  16,778  livres  et  le  laissent,  au  bout  de  Tannée,  en  déficit  de  plus 
de  7,000  livres.  Rien  d'étonnant  à  ce  qu'il  se  dise  «  accablé  de  mala- 
dies, de  famille,  de  besoins,  et  dépouillé  de  tous  ses  revenus  ».  En 
août  1793,  Devoize  se  plaindra  de  voir,  par  la  défaveur  du  change, 
son  traitement  réduit  de  40  0/0;  à  la  fin  de  la  même  année,  il  tou- 
chera 2,200  livres  au  lieu  de  12,000.  En  Tan  IV,  c'est-à-dire  au 
moment  de  sa  révocation,  le  Gouvernement  lui  devra  plus  de 
50,000  livres  tant  en  appointements  qu'en  avances.  Enfin,  réhabi- 
lité, il  écrira  au  citoyen  Boulouvard,  en  nivôse  an  YI  :  «  J'ai 
trouvé  la  place  encombrée  d'affaires  les  plus  désagréables;  il  me 
sera  impossible  de  jouir  longtemps  du  triomphe  que  je  tiens  de  la 
justice  du  Directoire.  La  place  n'est  pas  tenablc,  vu  la  cherté  exces- 
sive de  tout,  et  on  l'a  réduite  à  10,000  livres.  Je  ne  me  flatterais 
pas,  avec  l'économie  la  plus  sévère,  de  joindre  les  deux  bouts  de 
Tannée  à  moins  de  15,000  livres,  et  des  gratifications  proportion- 
nées aux  dépenses  occasionnées  par  les  relâches  des  bâtiments  de 
guerre.  Je  suis  dans  l'obligation  d'entretenir  une  voiture.  On  n'a 
pas  calculé  avec  justice  la  position  des  deux  places  en  me  réduisant, 
pour  faire  à  mon  collègue  de  Tripoli  un  traitement  égal  au  mien. 
Il  n'y  a  aucune  représentation  dans  ce  poste,  aucune  relâche  de 
bâtiments  de  guerre;  les  vivres  y  sont  à  grand  marché;  point  de 
Nation.  Et  par  une  fatalité  qui  semble  me  poursuivre,  le  citoyen 
Beaussier  attend  ici  sa  commision,  sans  aucune  dépense,  se  trou- 
vant à  Taise  chez  moi.  »  Cela  n'empêchera  pas  Devoize  de  repré- 
senter fort  dignement  son  pays,  et  de  donner  des  bals,  des  festins, 
des  feux  d'artifice  aux  grands  jours  de  fête.  Le  chancelier  Âdanson, 
au  bout  de  quarante-trois  ans  de  services,  se  verra  privé  de  trai- 
tement depuis  plusieurs  années,  sans  pouvoir  compter  sur  une 
pension  de  retraite.  A  son  tour  Beaussier  se  plaindra  d'être  aban- 
donné sans  moyens,  d'être  «  nourri  de  privations,  en  proie  aux 
dégoûts  »  ;  Guys  n'obtiendra  qu'à  grand'peine  2,000  livres  d'aug- 


LXX  INTRODUCTION 

mentaiion;  enfin  Lesseps,  après  lui,  réclamera  vainement  Tassi- 
milation  complète  avec  son  collègue  d'Alger  (24,000  livres). 

Parmi  toutes  les  responsabilités  qu'assument,  à  Tunis,  les  agents 
de  la  Cour  de  France,  il  en  est  une,  et  non  la  moindre,  dont  il 
importe  de  dire  quelques  mots.  Il  s'agit  du  commerce  et  de  la 
prospérité  des  négociants  nationaux.  Nous  avons  parlé  plus  haut 
des  intérêts  de  la  Compagnie  d'Afrique  et  de  ces  Concessions  dont 
Tancien  régime  voulait  conserver  l'héritage  «  à  quelque  prix  que 
ce  fût  ».  L'Ëchelle,  déjà  très  prospère  au  milieu  du  xviu*  siècle, 
comprend  cinq  établissements  français  et  treize  négociants,  sans 
compter  leur  famille,  en  1760.  Les  importations  s'élèvent  alors  à 
400,000  francs,  les  exportations  à  150,000.  Plus  de  deux  cents  bâti- 
ments de  Provence  la  fréquentent  en  1774.  Deux  ans  après, 
Saizieu  signale  trois  nouveaux  établissements,  soit  huit  en  tout. 
Leurs  importations  atteignent  alors  970,000  francs,  leurs  exporta- 
tions 850,000.  C'est  Tépoque  du  passage  à  Tunis  du  baron  de 
Tott,  inspecteur  général  du  commerce  français  au  Levant  et  en 
Barbarie.  A  propos  de  la  mission  de  ce  réfugié  hongrois,  retenons 
seulement  ces  deux  traces  de  son  passage  :  les  règlements  de 
police  et  de  comptabilité  imposés  à  la  colonie,  et  l'Ordonnance  du 
3  mars  1781  sur  les  Consulats,  la  résidence,  le  commerce  et  la 
navigation  des  sujets  de  Sa  Majesté.  Plusieurs  de  ces  règlements 
seront  bientôt  reconnus  peu  prati(jues,  en  raison  d'une  fausse  assi- 
milation des  postes  africains  aux  Echelles  levantines;  quant  à  l'Or- 
donnance de  1781,  elle  provoquera  les  plus  vives  réclamations 
de  la  part  des  nationaux.  Se  référant  à  celle  de  1685,  elle  exigera 
des  résidents,  plus  impérieusement  que  jamais,  non  seulement 
une  permission  du  Roi,  mais  un  cautionnement  par-devant  notaire 
de  60,000  livres  pour  Alger,  Constanline,  Smyrne,  etc.,  et  de 
30,000  livres  pour  Tunis  et  moindres  Echelles.  En  Tannée  178S, 
«  la  Nation  »  se  compose  de  quarante  personnes;  en  1787,  il  n'y 
a  plus  que  six  établissements,  mais  leurs  importations  montent 
à  5,200,000  livres  et  leurs  exportations  à  4,600,000;  le  trafic 
étranger  est  de  moitié  moindre.  A  la  veille  de  la  Révolution, 
en  1792,  les  importations  conservent  largement  la  même  valeur, 
5,800,000  livres;  on  est  surpris  de  constater  alors  le  chiffre  de 
7,700,000  pour  l'exportation,  qui  prouve  de  quels  secours  étaient 
les  blés  de  la  Régence,  en  ces  temps  de  disette,  pour  les  provinces 
méridionales  et  pour  les  armées  de  la  République.  Le  cabotage 
emploie  79  navires,  les  frets  montent  à  185,000  livres,  ce  qui 


INTRODUCTION  LXXI 

maintient  une  supériorité  marquée  sur  tous  nos  rivaux.  On 
compte  quatorze  maisons  françaises,  dont  la  plupart  non  caution- 
nées, contrairement  aux  Ordonnances,  en  1795.  Après  la  guerre 
franco-tunisienne  en  1802,  il  n'y  a  plus  à  Tunis  que  trente  et  un 
Français,  dix-neuf  Françaises  et  quarante-cinq  enfants,  soit 
quatre-vingt-quinze  personnes;  nous  en  avons  donné  la  liste 
nominative.  Dix  ans  après,  nous  relevons  encore  sept  établisse- 
ments cautionnés,  et  nous  connaissons  même  les  noms  des  cent 
quarante-trois  Français,  agents  consulaires,  négociants,  facteurs, 
artisans  ou  domestiques  domiciliés  à  Tunis,  qui  composent  la 
Nation  en  1814.  Les  états  de  commerce  fixent  les  importations, 
pour  1816,  à  1,100,000  francs,  les  exportations  à  800,000  francs; 
il  faut  tripler  ces  deux  chiffres  en  1822.  Nous  sommes  en  baisse 
assez  notable  en  1827,  avec  huit  maisons  cautionnées,  mais, 
en  1830,  les  importations  sont  encore  de  3,000,000;  la  concur- 
rence étrangère  n'a  d'influence  fâcheuse  que  sur  les  exportations. 
On  remarquera,  dans  les  documents  qui  vont  suivre,  les  prix-cou- 
rants des  principaux  articles  d'entrée  à  Tunis.  Dans  cette  Echelle 
appelée  par  Devoize  «  le  grenier  des  pays  méridionaux  »,  le  plus 
grand  trafic  sera  toujours  celui  du  blé,  en  dépit  des  accaparements 
des  officiers  et  du  Bey  lui-même.  Les  Français  n'auront  à  payer 
régulièrement  que  dix-sept  piastres  environ  de  droits  d'ancrage, 
et  3  0/0  de  droits  de  douane.  Mais  combien  de  fois  verrons-nous 
les  représentants  de  la  France  élever  la  voix  pour  obtenir  des 
permis  d'extraction,  et  protester  contre  l'application  arbitraire  des 
tarifs  de  douane  stipulés  dans  les  traités! 

Protéger  efficacement  le  commerce  national,  c'est  un  devoir 
auquel  aucun  Consul,  supposé  qu'il  soit  tenté  de  s'y  dérober 
quelquefois,  ne  saurait  faillir,  sans  s'exposer  à  des  embarras  quo- 
tidiens. N'habite-t-il  pas  sous  le  même  toit  que  les  plus  notables 
négociants  de  la  colonie?  N'est-il  pas  sans  cesse  obligé  de  vivre 
auprès  d'eux,  d'écouter  leurs  réclamations,  de  s'intéresser  au 
succès  de  leurs  entreprises?  Il  faut  autant  d'autorité,  d'ascendant, 
de  diplomatie  pour  avoir  la  paix  au  Fondouk  que  pour  garder  les 
faveurs  du  Bardo,  et  l'on  conçoit  tous  les  tracas  que  peuvent 
donner,  dans  cette  vie  commune,  «  une  nation  toujours  tapageuse 
et  difficile  à  gouverner  »,  des  gens  enfin  dont  il  faut,  au  dire  de 
Lesseps,  «  défendre  les  droiis  comme  leur  protecteur  et  réprimer 
les  excès  comme  leur  magistrat  avec  une  égale  fermeté  ».  Nous 
entendrons  souvent  parler  de  ce  Fondouk,  des  mesquines  rivalités 


LXXII  INTRODUCTION 

d'inlérèt  qui  s'y  donnent  carrière,  des  dépenses  d'entretien  mises 
à  la  charge  de  ses  habitants,  sans  compter  le  loyer  annuel  de 
6,000  piastres  réparti  suivant  Timportance  des  locaux  occupés  par 
eux.  En  1784  et  1818,  au  moment  où  la  peste  fera  de  si  cruels 
ravages  dans  la  capitale  tunisienne,  ou  pendant  les  hostilités  de 
1801,  alors  que  le  Bey  condamnera  pendant  vingt  mois  les  Fran- 
çais à  la  réclusion,  on  verra  tant  de  monde  entassé  dans  cette 
résidence  qu'elle  aura  tout  l'aspect  de  quelque  phalanstère  ou  de 
quelque  ancien  comptoir  de  la  Ligue  hanséatique. 

Il  reste  à  parler  enfin  d'un  établissement  situé  à  quelques  pas 
du  Fondouk,  et  placé  comme  lui,  de  par  les  traités,  sous  la  dépen- 
dance immédiate  des  Consuls  de  France.  Dans  Tin Iroduc tien  du 
tome  II,  nous  avons  dit  les  origines,  le  but  et  les  tendances  de  la 
Mission  des  religieux  italiens;  nous  avons  même  été  amené  à 
blâmer  la  conduite  de  ses  Préfets,  dans  plusieurs  circonstances  où 
leurs  services  étaient  rien  moins  que  charitables,  ^impartialité, 
cependant,  nous  fait  un  devoir  de  le  reconnaître,  pendant  la  période 
comprise  entre  1770  et  1830,  les  documents  officiels  ne  décèle- 
ront presque  plus  ces  sentiments  hostiles  à  la  nation  française, 
ces  agissements  dangereux  pour  tous  les  chrétiens  de  Tunis,  qu'il 
a  fallu  reprocher  si  longtemps  aux  missionnaires  Capucins.  Que  le 
choix  de  leurs  Préfets  laisse  encore  à  désirer,  depuis  les  dernières 
années  du  xvm^  siècle,  cela  ne  fait  aucun  doute;  mais  du  moins 
les  verrons-nous  dorénavant  fidèles  à  leurs  devoirs,  aussi  bien  que 
soumis  à  l'autorité  de  qui  les  protège.  Ils  seront  de  toutes  les 
fêtes,  de  toules  les  réunions  du  Consulat  général  de  France;  leurs 
noms  figureront  sur  toules  les  listes  de  nos  nationaux.  Voici  ce 
qu'en  dira  Saizieu  en  1775  :  «  Le  Consul  leur  accorde  ses  bons 
offices  auprès  du  Bey,  les  contient,  les  protège  dans  leur  rési- 
dence, et  les  fait  jouir  des  droits,  privilèges  et  franchises  qui  leur 
sont  communs  avec  sa  nation...  Ces  exemptions,  cette  protection 
constante  que  Sa  Majesté  leur  accorde  sont  plus  ou  moins  méri- 
tées par  ces  religieux,  dans  le  zèle  et  rattachement  qu'ils  doivent 
à  la  nation  française.  Leur  Préfet  dessert  la  chapelle  paroissiale 
du  Consulat,  y  récite  des  prières  pour  le  Gouvernement...  Il  reçoit 
six  cents  francs  pour  un  pareil  service,  et  dîne  souvent  chez  le 
Consul,  qu'il  est  forcé  d'accompagner  dans  les  visites  du  Beyrani. 
Leur  liaison  dépend  ensuite  de  la  confiance  plus  ou  moins  grande 
que  ces  religieux  peuvent  inspirer,  et  communément  relâchés  ou 
trop  zélés  dans  leur  ministère,  ils  ajoutent  beaucoup  aux  peines 


INTRODUCTION  LXXIIl 

du  Consul,  et  n'ont  d'autre  utilité  pour  lui  que  celle  qu'il  retire- 
rait d'un  chapelain  permanent,  choisi  dans  sa  nation,  et  dont  la 
langue  et  les  mœurs  l'attacheraient  plus  étroitement  à  elle,  comme 
à  sa  place  et  à  ses  devoirs.  » 

En  1777,  un  conflit  assez  grave  s'élève  entre  les  missionnaires 
et  les  esclaves.  Saizieu  Tapaise,  et  demande  à  Sartine  de  faire 
adresser  par  la  Propagande  quelques  représentations  à  ces  reli- 
gieux. «  La  Mission,  dit  Devoize  en  1808,  a  de  grands  besoins. 
Elle  ne  subsiste  que  par  la  charité  des  chrétiens.  Le  Préfet 
m'entretient  souvent  de  l'impossibilité  où  il  est  de  se  maintenir, 
faute  de  ressources  suffisantes,  et  je  suis  obligé  de  venir  souvent 
à  son  aide.  »  C'est  grâce  au  dévouement  de  ce  Chargé  d'affaires 
qu'un  jour  les  Capucins  éviteront  d*ètre  expulsés,  faute  de  paye- 
ment de  leur  loyer.  C'est  encore  à  lui  qu'ils  devront,  en  1804,  la 
réouverture  de  la  chapelle  paroissiale,  fermée  au  temps  du  sectaire 
Herculais.  Plus  tard  le  Consul  g'énéral  Deval  obtiendra  pour  eux 
la  jouissance  de  l'ancien  hôpital  des  Trinitaires  (1833);  l'un  de  ses 
successeurs,  Lagau,  fera  élever  leur  Préfecture  au  rang  do  Vica- 
riat apostolique  (1843),  puis,  Tannée  suivante,  le  titulaire  du  Vica- 
riat à  la  dignité  épiscopale. 

Malgré  tant  de  témoignages  d'intérêt  des  agents  de  France,  la 
Mission  italienne,  constamment  endettée,  ne  pouvait  pas  assuré- 
ment faire  face  à  toutes  les  nécessités  du  culte  catholique  en 
Tunisie.  Dès  1839,  un  prêtre  français,  envoyé  d'Alger,  venait 
desservir  la  paroisse  Saint-Louis  de  Carlhage,  avec  une  subven- 
tion de  6,000  francs  du  Gouvernement.  Dépouillé  par  la  Révolu- 
tion de  1848  de  son  traitement  de  chapelain,  il  avait  dû  aban- 
donner ses  fondations  charitables  pour  aller  mourir  de  misère 
dans  un  hôpital  de  Paris.  Mais,  en  1875,  l'Archevêque  d'Alger, 
comprenant  la  haute  portée  de  cette  œuvre  éminemment  religieuse 
et  bienfaisante,  la  reprenait  pour  son  compte  et  pour  son  pays. 
Instauranda  Carthago,  disait-il  à  ses  confidents;  et  il  installait  à 
Saint-Louis,  cette  année-là,  deux  de  ses  missionnaires  d'Afrique. 
Lorsque,  par  la  fatalité  d'événements  prévus  par  lui,  la  Régence 
tunisienne  fut  placée  définitivement  sous  le  Protectorat  de  France, 
au  mois  de  mai  1881,  il  ne  manquait  plus  à  M^'  Lavigerie  qu'un 
bref  du  Pape,  conféré  un  mois  après  (28  juin),  pour  remplacer 
comme  administrateur  du  Vicariat  apostolique  l'Évêque  italien 
démissionnaire  et  pensionné  par  lui  jusqu'à  sa  mort.  Bientôt, 
sous  l'impulsion  féconde  du  Prélat  français,  surgissaient  avec  une 


LXXIV  INTRODUCTION 

rapidité  prodigieuse  des  fondations  scolaires,  paroissiales,  hospi- 
talières, dans  les  localités  importantes  de  la  Tunisie.  En  4884, 
cette  province  africaine  était  érigée  en  diocèse,  sous  le  titre 
d'Archevêché  de  Carthage  momentanément  réuni  à  celui  d'Alger, 
et  «  sur  ces  ruines  puniques  »,  en  terre  française^  gr&ce  à  Tarlicle 
additionnel  du  traité  de  1830,  Téminent  Cardinal  venait  recevoir 
son  investiture,  avant  qu'il  y  dormit  son  dernier  sommeil.  C'était 
la  restauration  de  l'antique  Église  métropolitaine  de  Carthage,  la 
sanction  tardive  du  vœu  de  Saint  Louis. 

Comme  il  était  arrivé  à  son  heure,  ce  Primat  d'Afrique,  pro- 
moteur sans  égal  du  rayonnement  de  l'influence  française,  incom- 
parable pionnier  de  la  civilisation  chrétienne  en  Barbarie!  Quelle 
main  providentielle  avait  alors  conduit  ses  pas  en  Tunisie?  Quel 
souffle  ardent  de  patriotisme  avait  passé  sur  cet  apôtre  infatigable, 
pour  en  faire,  suivant  l'expression  d'un  Consul  général  accrédité 
près  du  Bardo,  c  le  plus  actif  et  le  plus  puissant  auxiliaire  du  Gou- 
vernement »?  On  ne  louera  jamais  assez  celui  qui,  sur  ce  terrain 
si  péniblement  défriché,  consacrait  nos  succès  en  devenant,  en 
quelques  mois,  c  la  première  puissance  morale  du  pays  ».  Quant 
aux  patients  ouvriers  qui  avaient  préparé  les  voies,  et  souCTert  l'un 
après  l'autre,  pendant  trois  cents  ans,  pour  afl'ranchir  ce  petit 
peuple  de  la  barbarie  musulmane,  leurs  noms  doivent  être  éga- 
lement gravés  au  livre  d'or  des  annales  de  la  patrie.  Des  souvenirs 
de  leur  passé  que  de  leçons  ne  peut-on  pas  tirer!  Dans  ces  vail- 
lantes existences,  que  d'exemples  à  suivre  !  Ah  !  les  faciles  conquêtes 
ne  suffisent  pas  pour  bien  mériter  de  l'humanité.  Nous  avons 
assisté,  de  nos  jours,  au  partage  de  ces  immenses  régions,  barbares 
encore,  du  sol  africain.  Les  grandes  Puissances  de  TEurope  sont 
venues  planter  là  leur  pavillon  national,  tracer  des  sphères 
d'influence,  délimiter  des  royaumes,  et  n'ont  eu,  pour  la  plupart, 
ni  longues  luttes  à  soutenir  ni  durs  sacrifices  à  faire.  Il  faut 
pourtant  qu'elles  s'y  attendent,  les  combats  de  la  chrétienté  contre 
l'islamisme  et  la  barbarie,  commencés  aux  Croisades,  continués 
jusqu'à  nos  jours,  dureront  peut-être  des  siècles.  Y  mettre  un 
terme  sera  la  difficulté  suprême;  on  en  jugera  par  l'évolution 
lente  des  deux  Régences  de  Tunis  et  d'Alger.  L'histoire  a  gardé  la 
trace  des  infructueux  essais  de  Protectorat  tunisien  tentés  par 
Charles-Quint  en  1535,  et  par  don  Juan  d'Autriche  en  1573;  elle 
a  prouvé  combien  les  résultats  des  armadas  d'Espagne,  des 
démonstrations  navales  et  des  bombardements  des  autres  nations 


INTRODUCTION  LXXV 

chrétiennes,  étaient  éphémères.  Sans  doute  la  France  a  dû,  parfois, 
venger  par  les  armes  son  pavillon  outragé,  son  commerce  ruiné, 
ses  fils  captifs,  ses  nationaux  exploités  sans  merci.  Mais  c'est 
grâce  aux  labeurs  pacifiques  et  quotidiens,  à  Tinfluence  morale  des 
Saizieu,  des  Devoize,  des  Lesseps,  que  pas  à  pas  les  Tunisiens 
ont  fini  par  reconnaître  les  vrais  chemins  du  Progrès.  A  l'école  de 
la  patience,  ces  hommes  ont  supporté  les  avanies,  subi  les  insultes, 
ruiné  leur  fortune,  soufiert  mille  déboires  et  mille  injustices;  ils 
n^espérèrent  même  pas  voir  triompher  leur  cause.  La  probité  de 
leur  conscience  et  la  loyauté  de  leur  caractère,  leur  esprit  d'équité, 
leur  désintéressement  et  leur  amour  du  bien  n'en  ont  pas  moins 
fait  aimer  le  nom  de  la  France,  comme  celui  de  «  la  protectrice 
des  peuples  opprimés  ».  Certes  il  importe  de  s'en  souvenir,  la 
politique  avisée  de  la  métropole  inspirait  leur  zèle;  il  dépendait, 
toutefois,  de  leur  action  sage  et  prudente  de  transformer  complè- 
tement un  pays  non  civilisé,  d'y  substituer  la  prospérité  à  la 
tyrannie,  et  de  donner  à  l'Europe  le  spectacle  envié  d'une  telle 
métamorphose.  N'hésitons  donc  pas  à  conclure  que  si  les  souhaits 
du  magnifique  Seigneur  Hossein-Bey  sont  accomplis,  si  les  liens 
des  Français  et  des  Tunisiens  aujourd'hui  sont  tels  qu'  «  ils  ne 
font  plus  des  deux  peuples  quun  seul  »,  c'est  moins  l'heureux  effet 
de  quarante-sept  traités  que  le  prix  des  travaux  de  soixante-dix 
Consuls  de  France  oubliés,  disparus  sans  récompense  et  sans  lau- 
riers, mais  au  champ  d'honneur. 


LISTE  DES  BEYS  DE  TUNIS 

(1771  à  1830) 


Ali 12  février  1759—26  mai  1782. 

Hamouda 26  mai  1782— 15  septembre  1814. 

Othman 15  septembre  1814 — 21  novembre  1814. 

Mahmoud 21  novembre  1814—28  mars  1824. 

Hossein 28  mars  1824—20  mai  1835. 


LISTE  COMPLÉMENTAIRE 
(1830  à  1882) 


Mustapha 20  mai  1835—10  octobre  1837. 

Ahmed 10  octobre  1837—30  mai  1855. 

Mahmed 30  mai  1855—21  septembre  1859. 

Mohammed-es-Sadok.  .  .     21  septembre  1859 — 29  octobre  1882. 
Ali 29  octobre  1882. 


LISTE  DES  CONSULS  DE  FRANCE  A  TUNIS 

(1771   II  1830) 


Élienne-Lazare-Barthélemy  de  Saizieu,  Consul, 

29  novembre  1762-9  décembre  1776. 

—  Consul  général, 
9  décembre  1776-28  janvier  1779. 

Jacques  Devoize,  Vice-Consul  gérant, 

30juin  1778-8  juillet  1779. 
Jean-Baptiste  du  Rocher,  Consul  général, 

28  janvier  1779-3  septembre  1786. 
Antoine  d'Esparron,  Vice-Consul  gérant, 

28  décembre  1782-4  février  1787. 
Pierre-Basile-François  de  TEspine  de  Ch&teauneuf,  Consul  général, 

3  septembre  1786-24  juin  1792. 
Guy  de  Villeneuve,  Vice-Consul  gérant, 

lOjuin  1791-4  avril  1792. 
Jacques  Devoize,  Commissaire  du  Roi  et  Chargé  d'affaires, 

24  octobre  1791-24  juin  1792. 

—  Consul  général  et  Chargé  d'affaires, 
24  juinl792-(23  nivôse  an  IV)  11  janvier  1796. 

Bonaventure  Beaussier,  Consul  général  et  Chargé  d'affaires, 

(7  pluviôse  an  IV)  28  janvier  1796-(22  thermidor  an  V)  9  août  1797. 

Louis  Guiraud,  Député  gérant, 

(23  germinal  an  IV)  12  avril  1796-(9  thermidor  an  IV)  27  juillet  1796. 

Jacques  Devoize,  Consul  général  et  Chargé  d'affaires, 

(22  thermidor  an  V)  9  août  1797. 
Provisions  renouvelées.     (15  floréal  an  VIII)      5  mai  1800. 

—  —  20  mai  1814. 

—  —  20  décembre  1814. 

—  —  30  mai  1815. 

François-Joseph  Billon,  Vice-Consul  gérant, 

15  septembre  1809-12  septembre  1814. 
Joseph-Charles  Astoin-Sielve,  Vice-Consul  gérant, 

12  septembre  1814-17  août  1815. 


LXXVIII  LISTE  DES  CONSULS  DE  FRANGE  A  TUNIS 

Charles-Étienne  Malivoire,  Vice-Consul  gérant^ 

4  novembre  1819-16  janvier  1824. 
Hyacinthe-Constantin  Guys,  Consul  général  et  Chargé  d'affaires, 

5  décembre  1821-8  août  1827. 
Mathieu  de  Lesseps»  Consul  général  et  Chargé  d'affaires^ 

8  août  1827-28  décembre  1832. 


LISTE  COMPLËMENTAIRE 
(1830  à  1882) 


Alexandre  Deval,  Consul  gérant^ 

28  décembre  1832-29  mai  1836. 
Louis-Frédéric  Schwebel,  Consul  général  et  Chargé  d'affaires, 

15  mai  1836-8  juillet  1839. 
Charles  de  Lagau,  Consul  général  gérant^ 

20  octobre  1838-8  juillet  1839. 
—  Consul  général  et  Chargé  d'affaires, 

8  juillet  1839-14  avril  1848. 
Pacifique-Henri  Delaporte,  Vice-Consul  gérant, 

19  novembre  1844-17  juin  1845. 

20  décembre  1845-6  juillet  1846. 
5  novembre  1846-21  août  1847. 

Alphonse  Rousseau,  Drogman  gérant, 

19  mai  1848-26  juin  1848. 
Armand-Jean-Baptiste-Louis  Marcescheau,  Consul  général  et  Chargé 
d'affaires, 

14  avril  1848-22  mars  1849. 
Charles-Constant,    baron   de   Théis,    Consul  général  et   Chargé 
d'affaires, 

22  mars  1849-7  avril  1852. 
Ferdinand  Laplace,  Élève-Consul  gérant,  1"  avril-25  octobre  1852. 
Léon  Béclard,  Consul  général  et  Chargé  d'affaires, 

3  juillet  1852-29  novembre  1854. 
Pierre-Eugène  Poujade,  Consul  général  et  Chargé  d'affaires^ 

29  novembre  1854-13  juin  1855. 


LISTE  DBS  CONSULS  DR  FRANGE  Â  TUNIS  LXXIX 

Alphonse  Rousseau,  Drogman  gérant ^ 

28  décembre  1834-30  juin  1855. 
Léon  Roches,  Consul  général  et  Chargé  d'affaires^ 

13  juin  1855-7  octobre  1863. 
Alphonse  Rousseau,  Consul  gérant^ 

14  mars  1858-4  novembre  1858. 
14  mai  1861-7  novenjbre  1861. 
Gustave    du    Chesne   de   Bellecourt,    Consul   général  et   Chargé 
(Taffaires, 

7  octobre  1863-9  mars  1867. 
Pierre -Jules  Moulin,  Élève-Consul  gérant, 

30  juillet  1863-16  novembre  1863. 
Charles  de  Beau  val,  Consul  général  gérant  y 

16  novembre  1863-5  janvier  1865. 
Pierre-Jules  Moulin,  Èlève-Consul  gérant, 

30  juin  1865-30  novembre  1865. 
Adolphe-François,  vicomte  de  Botmiliau,  Consul  général  et  Chargé 
dCaffaireSj 

9  mars  1867-14  juin  1873. 
Bernard  des  Essards,  Gérant , 

4  juin  1870-9  février  1871. 
Charles- Antoine-Marie ,  vicomte   de  Vallat ,    Consul    général  et 
Chargé  (V affaires , 

14  juin  1873-17  décembre  1874. 
Sigismond-Antoine-Édouard-Robert ,  baron   de   Billing ,    Consul 
général  gérant, 

26  mai  1874-26  décembre  1875. 
Théodore-Justin-Dominique   Roustan,  Consul  général  et  Chargé 
d'affaires, 

17  décembre  1874-18  février  1882. 
Eugène-Auguste  Cassas,  Élève-Consul  gérant, 

1"  octobre  1877-18  novembre  1877. 
André  Lequeux,  Elève-Consul  gérant, 

25  septembre  1879-18  novembre  1879. 
—  Consul  gérant, 

30  août  1881-30  septembre  1881. 
Pierre-Paul  Cambon,  Ministre  Résident, 

18  février  1882. 


LISTE  DES  ENVOYÉS  DE  FRANCE  A  TUNIS 

(4771  à  1830) 


D'Apchon mi 

De  la  Croix  de  Mayrargues 1771 

De  Coriolis  d'Espinouse 1772 

De  Lyle-Callian 1772 

De  Blotefier 1773 

De  Suffren 1773 

De  Martelly-Chautard 1773 

De  Peynier 1774 

De  Bompar .  1775 

De  Faucher 1775 

De  Narbonne-Pellet 1775 

De  Chaumartin 1775 

De  Forbin 1776 

De  Coriolis  d'Espinouse 1776 

De  Boaneval 1777 

De  Tott 1777 

De  Fabry 1778 

De  Bompar 1778 

De  Bompar 1779 

De  BargctoD 1779 

Dethy 1779 

Do  Vialis  de  Fontbelle 1780 

De  la  Porte  d'Yssertieux 1780 

D'Arnaud 1783 

De  Montgrand 1783 

De  Raousset-Seillons 1786 

DeNieuil 1788 

De  Brueys 1790 

Gavoly 1792 

Rondeau 1793 


LISTE  DES  ENVOYÉS  DE  FRANCE  A  TUNIS  LXXXI 

Maistral 1793 

Gay 1793 

Charbonnier 1793 

Vence 1793 

Pléville-le-Pelley 1793 

Herculais i794 

Cassai 1797 

Martin 1797 

De  Villeneuve 1797 

Regnault 1798 

De  Leissègues 1802 

Boulin 1808 

Pinel 1814 

De  Garat 1814 

Dubois-Thainville 1815 

De  Kerveguen 1815 

De  Reverseaux 1818 

Pevron 1818 

Jurien  de  la  Gravière 1819 

Denis 1821 

Drouault 1824 

Fouque 1825 

Maillard  de  Liscourt 1825 

Arnous  de  Saulsayes 1826 

Fouque 1827 

Fauré 1827 

D  Oysonville 1827 

Hamelin 1827 

Ducrest  de  Villeneuve 1827 

Deloffre 1828 

Fouque 1828 

De  Potigny 1828 

Du  Petit-Thouars 1829 

De  la  Rouvraye 1829 

Gérardin 1830 

D'Aubignosc 1830 

De  la  Rochefoucauld 1830 


LXXXIÏ  LISTE  DES  ENVOYÉS  DE  TUNIS  EN  FRANCE 


LISTE  COMPLÉMENTAIRE 

(1830  à  1882) 


Gallois 1837 

Lalande » 

Dubreuil 1838 

Lalande » 

Ducampe  de  Rosamcl 18i0 

Delcomlc i841 

Chevalier 1843 

Duc  de  Monlpensicr 1845 

Medillac » 

Prince  de  Joinvillc 1846 

Baudin 1848 

Reynaud 1850 

Larocque  de  Chanfray » 

B*^"  de  la  Susse 1832 

Vallot 1853 

Guillois 1857 

Dubreuil » 

Thibaut 1859 

De  Saillard 1861 

Lebasteur 18C3 

Conrad 1882 


LISTE  DES  ENVOYÉS  DE  TUNIS  EN  FRANCE 

(1771  à  1830) 


Ibrahim-ElTendi ".  1771 

Ali-Chaouch 1772 

Suleyman-Agha 1777 

Mohammed-Khodja 1796 


LISTE  DES  ENVOYÉS  DE  TUNIS  EN  FRANCE  LXXXIII 

Mustapha-Âgha 1797 

Mustapha  Arnaout 1802 

Mahmoud-Kiaya 1825 


LISTE  COMPLÉMENTAIRE 
(1831  à  1881) 


Mohamed  ben  Ayed 1831 

Taïeb-Bey 1836 

Mustapha-Kaznadar 1839 

Raffo  (Giuseppe) » 

_     1840 

_     1841 

_     1842 

_     1845 

Mohamed  ben  Ayed 1846 

Ahmed-Bey » 

Raffo  (Giuseppe) 1847 

Salah-Chiboub  (en  Algérie) » 

Réchid  (en  Algérie) » 

Raffo  (Giuseppe) 1850 

Hassuna  Natali 1851 

Réchid 1853 

Khereddin 1854 

Mahmoud  Azeiz 1855 

Lamin-Bey 1855 

Mamoun-Bey v » 

Raffo  (Giuseppe) » 

Hassen  Elmagroun 1856 

Ismaïl  Essouni 1858 

Mohammed-es-Sadok-Bey  (en  Algérie) 1861 

Taïeb-Bey  (en  Algérie) 1865 

Raffo  (Félix) 1872 

Hussein  (en  Algérie) 1873 

Mustapha  ben  Ismaïl 1878 

_  1881 


I 


LISTE  DES  TRAITÉS  ENTRE  LA  FRANCE  ET  TUNIS 

(1771  à  1830) 


Renouvellement  des  anciens  traités 3  juin  1774. 

Affranchissement  des  esclaves  corses 15  mars  1778. 

Compagnie  d'Afrique  et  pèche  du  corail 24  juin  1781. 

—  —  8  octobre  1782. 

—  —  juin  1790. 

Supplément  aux  anciens  traités.  (6  prairial  an  III)  25  mai  179S. 
Ratification  du  précédent.  .  (28  thermidor  an  III)  15  août  1795. 
Convention  d'armistice  ...  (9  fruclidor  an  VIII)  27  août  1800. 
Paix,  commerce  et  renouvellement  des  traités.     23  février  1802. 

Ratification  du  précédent 7  mai  1802. 

Traité  préliminaire  de  paix  et  commerce.  .  .  .  30  janvier  1824. 
Paix,  commerce  et  renouvellement  des  traités.  15  novembre  1824. 

Ratification  du  précédent 31  juillet  182S. 

Déclaration  relative  aux  Ëtats  romains 14  mars  1826. 

Abolition   de  la  course,  de  Tcsclavage  et  des 

tributs,  commerce,  navigation,  renouvellement 

des  anciens  traités 8   août   1830. 

Concession  de  Carthage 8  août   1830. 


LISTE  COMPLÉMENTAIRE 

(1830  à  1883) 

Pêche  du  corail 24  octobre  1832. 

Convention  télégraphique 24  octobre  1859. 

—      pour  la  construction  de  Tbôtel  consulaire.     30  déc.  1859. 

Règlement  de  créances  françaises 5  février  1861. 

Convention  télégraphique 19  avril  1861. 

Traité  dit  du  Bardo  (Protectorat) 12  mai   1881. 

Convention  de  Kasr-Saïd  (Protectorat) 30  octobre  1882. 

Convention  de  La  Marsa,  réglant  les  rapports 

respectifs  des  deux  pays 8  juin  1883. 


CORRESPONDANCE 


DES  BEYS  ET  DES  CONSULS 


DE  TUNfS 


AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE 


l'abbé  terra  y  >  a  ALI,  BEY  DE  TUNIS  *. 

1.  —  Versailles^  i 4  janvier  177  i,  —  «  Très  illi^stre  et  magnifique 
Seigneur, 

L'Empereur,  mon  maître,  ayant  jugé  à  propos  de  recevoir  la  démis- 
sion du  duc  de  PrasLin,  a  bien  voulu  me  choisir  en  même  temps  dans 
le  nombre  des  Ministres  qui  composent  son  Cpnseil  suprême  pour 
me  confier  le  département  de  la  Marine.  Sa  Majesté  Impériale  m'a 
ordonné  de  vous  en  faire  part,  en  vous  renouvelant  en  cette  occasion 
les  assurances  de  son  amitié  et  de  sa  haute  bienveillance.  Les  inten- 
tions de  Sa  Majesté  Impériale  ne  pouvaient  être  plus  favorables  pour 
conserver  la  paix  et  la  meilleure  intelligence  avec  vous;  je  m'empres- 
serai toujours  d'en  resserrer  les  liens,  bien  persuadé  que  j'y  trouverai 
toujours  de  votre  part  les  mêmes  dispositions  et  le  même  intérêt.  Rien 
ne  me  sera  plus  agréable,  dans  le  cours  de  mon  ministère,  que  d'avoir 
à  vous  donner  de  fréquents  témoignages  de  mon  inclination  à  vous 
servir  auprès  de  Sa  Majesté  Impériale,  ainsi  que  de  l'attachement  sin- 
cère avec  lequel  je  suis  plus  que  personne,  très  illustre  et  magnifique 
Seigneur,  votre  très  sincère  et  parfait  ami.  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

\.  Secrétaire  d'État  de  la  Marine.  Voy.  tome  II,  p.  733. 

2.  Ali  était  monté  sur  le  trône  le  12  février  1159,  succédant  à  son  frère  Mohammed, 
mort  subitement  et  dont  les  deux  (Us,  IsmaXl  et  Mahmoud,  n'étaient  pas  encore  en 
âge  de  régner.  On  a  vu  précédemment  que  les  premières  années  du  règne  d'Ali-Bey 
avaient  été  prospères  et  paciflques,  puis  que  ses  bonnes  dispositions  &  l'égard  de  la 
France  s'étaient  modi liées  en  1169  au  point  de  nécessiter  une  expédition  contre 
Tunis.  Un  traité  solennel  venait  d'être  signé  le  13  septembre  1110,  pleine  satisfac- 
tion ayant  été  donnée  au  c***  de  Broves,  Knvoyé  du  Roi  de  France. 

1 


2  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [17Td] 

l'abbé  TBRRAY  a  de  SAIZIEU  ^ 

2.  —  Versailles^  i  i  mars  /  7 7  / .  —  En  récompense  de  ses  services,  le 
Roi  a  accordé  au  Consul  de  France  à  Tunis  une  pension  annuelle  de 
3,000  livres,  payable  par  les  Trésoriers  généraux  de  la  Marine,  et  le 
brevet  de  Chevalier  de  Tordre  de  Saint-Michel  *. 

[Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  177i,  f.  i$4.) 
LOUIS  XV  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

3.  —  Versailles,  /"  avril  1771.  —  «  Illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, 

Ibrahim  Effendi  ^,  que  vous  avez  envoyé  par  devers  nous,  a  été 
admis  en  notre  auguste  présence,  où  il  a  été  accueilli  de  notre  part 
avec  bonté  et  faveur. 

Il  nous  a  remis  les  lettres  dont  vous  Taviez  chargé  et  nous  a  expli- 
qué vos  sentiments.  Ils  nous  ont  été  aussi  agréables  que  les  assurances 
empressées  que  vous  nous  donnez  de  votre  affection  à  notre  service,  el 
de  la  résolution  efficace  où  vous  êtes  d'observer  fidèlement  nos  der- 
niers traités  et  conventions. 

Ils  vous  ont  rendu  notre  ancienne  amitié  sans  aucun  retour  sur  le 
passé.  C'est  en  Tentière  confiance  que  nous  avons  prise  dans  les  dis- 
positions où  vous  êtes  d*entretenir  les  liens  et  la  meilleure  intelligence 
entre  la  couronne  de  France  et  le  royaume  de  Tunis,  que  nous  n'avons 
voulu  laisser  aucun  doute  sur  la  bienveillance  particulière  dont  nous 
espérons  avec  l'aide  de  Dieu  d'avoir  toujours  à  vous  donner  des  mar- 
ques. Votre  envoyé  a  reçu  par  nos  ordres  un  traitement  distingué  par 
considération  pour  vous,  et  s'est  conduit  à  notre  satisfaction.  Nous 
nous  intéresserons  avec  plaisir  à  la  prospérité  de  votre  gouvernement, 
tant  que  vous  chercherez  vous-même  à  favoriser  les  Français  de  pré- 
férence. Et  la  présente  n'étant  à  autre  fin,  nous  prions  Dieu  qu'il  vous 
ait,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  4771  y  f,  170,) 

i.  Étienne-Lazare-Barthélemy  de  Saizieu»  ancien  secrétaire  du  duc  de  Praslin, 
avait  été  nommé  le  29  novembre  1762  Consul  à  Tunis,  en  remplacement  de 
M.  de  Salauze,  admis  à  la  retraite.  Voy.  tome  II,  p.  588  et  suiv. 

2.  Versailles,  6  avril  ^77^.  —  Lettres  de  noblesse  accordées  au  sieur  de  Saizieu, 
en  récompense  de  ses  services  à  Tunis.  (Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie, 
4771,  f,  M36.) 

3.  Ibrahim  Eiïendi  était  secrétaire  du  Divan;  Ali-Bey  Tavait  envoyé  en  France 
avec  plusieurs  officiers  pour  traiter  des  préliminaires  de  paix.  Un  historien  tuni- 
sien, Hadji  Hamouda  ben  Abd-el-Aziz,  dit  que  «  le  Roi  de  France  les  accueillit 
avec  bienveillance  et  distinction,  et  qu'après  avoir  rempli  le  but  de  sa  mission, 
Tambassade  retourna  à  Tunis,  comblée  des  marques  de  la  muniflcence  du  monarque 
chrétien  ».  Voy.. tome  II,  p.  731,  n.  1. 


[1771]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  3 

l'abbé  TERRâY  a  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

4.  —  Versailles^  i^^  avril  1771 .  —  «  Très  illustre  et  très  magnifique 
Seigneur, 

J'ai  attendu  qu'Ibrahim  Effendi,  votre  Envoyé,  eût  terminé  sa  com- 
mission auprès  de  l'Empereur  mon  maître  pour  mon  prédécesseur. 
Mon  premier  soin  a  été  de  faciliter  à  cet  envoyé  tout  ce  que  vous  pou- 
viez désirer  de  plus  favorable,  et  de  lui  ménager  un  accès  gracieux 
auprès  du  trône.  Ses  propres  relations  vous  auront  fait  connaître 
qu'il  n'a  reçu  en  France  que  des  marques  d'amitié  et  d'honneur,  et 
qu'aussitôt  que  vous  avez  porté  à  Sa  Majesté  Impériale  des  satisfactions 
telles  qu'elle  a  pu  prendre  une  entière  confiance  en  vos  sentiments, 
elle  n'a  plus  senti  pour  vous  que  les  mouvements  dé  son  ancienne 
bienveillance.  Sa  Majesté  Impériale  a  daigné  vous  en  assurer  elle-même 
par  une  lettre  qu'elle  m'a  commandé  de  vous  envoyer  ci-joint  et  qui 
est  pour  vous  un  sûr  garant  de  ses  dispositions  et  de  celles  de  ses 
Ministres.  J'ai  eu  avec  Ibrahim  Effendi  une  explication  sur  quelques 
affaires  dont  il  vous  a  rendu  compte;  et  c'est  pour  ne  plus  laisser  de 
traces  des  griefs  précédents  que  Sa  Majesté  Impériale  a  bien  voulu  ne 
plus  insister  sur  les  dédommagements  qu'elle  avait  prétendus.  Sa 
Majesté  Impériale  ne  s'est  déterminée  à  aplanir  toutes  les  difficultés 
qui  pouvaient  encore  subsister,  que  sur  ce  que  je  me  suis  rendu  res- 
ponsable de  votre  attachement  et  de  la  ferme  résolution  où  vous  êtes 
d'exécuter  fidèlement  tout  ce  qui  était  porté  dans  les  traités  précé- 
dents et  dans  les  dernières  conventions.  Vous  y  êtes  engagé  par  l'in- 
térêt qui  doit  vous  tenir  constamment  attaché  à  la  couronne  de  France 
et  que  Sa  Majesté  Impériale  a  toujours  voulu  vous  rappeler.  Ses  liai- 
sons intimes  avec  la  Porte  Ottomane  lui  ont  toujours  fait  désirer  que  les 
autres  Puissances  mahométanes  adoptassent  les  mêmes  principes,  et 
vous  l'avez  éprouvé  dans  le  temps  même  où  Sa  Majesté  Impériale  a 
été  forcée  d'en  user  autrement  avec  vous.  Enfin  tout  est  réparé  et 
oublié,  et  je  ne  pouvais  avoir  une  plus  grande  joie  que  d'en  être  l'heu- 
reux instrument.  Il  ne  doit  plus  être  question  que  d'amitié  et  de  ser- 
vices réciproques.  J'ai  fait  prendre  les  plus  grands  soins  de  votre  Envoyé 
pendant  son  voyage  et  son  séjour,  après  qu'il  a  eu  son  audience  de 
Sa  Majesté  Impériale.  J'ai  été  bien  aise  de  le  retenir  pour  lui  faire  voir 
tout  ce  qui  est  digne  de  la  curiosité  des  étrangers  dans  la  capitale  et 
les  maisons  royales  *.  J'ai  demandé  à  Sa  Majesté  Impériale  qu'il  fût 

1.  État  des  présents  achetés   et  remis   d'ordre   du  Ministre  de   la  Manne  aux 
Envoyés  de  Tunis  et  leur  suite  :  une  chaîne  d'or  et  la  médaille  d'usage,  2,381  liv.  ; 


4  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1771] 

ramené  à  Tunis  sur  Tun  de  ses  vaisseaux,  et  elle  Ta  accordé  avec  bonté 
pour  vous  donner  encore  ce  témoignage  de  considération  personnelle  *. 
Je  n  ai  rien  négligé  pour  que  tout  pût  se  ressentir  de  Tépoque  où  la 
bonne  intelligence  a  été  rétablie  sur  les  fondements  les  plus  solides. 
J'espère  que,  de  votre  part,  vous  y  reconnaîtrez  tout  ce  que  vous  devez 
en  retour  pour  distinguer  la  France  de  toute  autre  Puissance,  et  que 
je  n  aurai  qu*à  m'applaudir  de  vous  en  avoir  ouvert  tous  les  moyens 
pour  que  nous  en  retirions  tous  les  avantages  qui  en  doivent  résulter. 

Llntention  de  Sa  Majesté  Impériale  a  toujours  été  de  renvoyer  le 
sieur  de  Saizieu  auprès  de  vous,  et  il  suivra  de  près  votre  envoyé. 
Il  n'a  pu  partir  en  môme  temps  parce  que  ce  Consul  est  incommodé  et 
que  je  lai  chargé  de  veiller  à  quelques  commissions  qui  vous  regar- 
dent. Je  suis  bien  aise  qu'il  vous  porte  à  son  retour  de  nouveaux 
témoignages  de  bonté  de  Sa  Majesté  Impériale,  et  son  départ  sera  pro- 
chain. Je  lui  remettrai  des  instructions  plus  détaillées,  qui  ne  pour- 
raient entrer  dans  cette  dépêche.  Je  vous  prie  de  les  attendre  et  d\ 
prendre  une  entière  créance;  c'est  par  lui  que  tout  sera  terminé,  de 
manière  &  augmenter,  s'il  est  possible,  les  liens  qui  doivent  nous  unir 
désormais.  Sa  Majesté  Impériale  a  récompensé  et  décoré  le  sieur  de 
Saizieu  d'un  ordre  de  chevalerie. 

Je  regarde  comme  l'époque  la  plus  agréable  pour  moi  au  commen- 
cement de  mon  ministère  de  vous  avoir  donné  des  preuves  si  peu  équi- 
voques des  maximes  que  j'ai  adoptées,  et  de  la  haute  considération  el 
de  l'attachement  véritable  avec  lesquels  je  suis,  très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur,  votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  1774,  f,  iS7.) 
ALI,  BET  DE  TUNIS,  A  L*ABBÉ  TRRRAY. 

5.  —  Tunis^  iO  avnl  1771,  —  «  Au  plus  élevé  entre  les  Seigneurs 
qui  professent  la  religion  du  Messie,  l'arbitre  des  affaires  qui  arrivent 
entre  les  nations  chrétiennes,  qui  se  fait  suivre  par  le  cortège  de  la 

deux  montres  d*or  h  répétition,  960  liv.;  quatre  montres  d*or  simples,  61â  liv. 
trois  chaînes  d'or,  498  liv.;  deux  boites  d'or,  819  liv.;  un  collier  de  perles  fines: 
396  liv.;  un  écrin  garni  de  42  bagues,  276  liv.;  épingles  de  télé,  30  liv.;  deux  pen, 
dules  sur  or  moulu,  432  liv.;  trois  paires  de  flambeaux  argentés,  93  liv.;  un  por- 
tefeuiUe  garni  en  argent,  42  liv.:  39  aunes  de  divers  draps,  107  liv.;  10  aunes  de- 
velours,  26i  liv.;  six  pièces  de  toile  de  Hollande,  303  liv.;  deux  fusils  et  une  paire 
de  pistolets,  318  liv.;  une  malle  et  un  nécessaire,  64  liv.;  longues  vues  et  lunettes, 
39  liv.;  trois  porte-montre,  15  liv.;  trois  chaînes  et  deux  clefs  en  or,  63  liv.: 
étrennes  aux  domestiques  des  Envoyés,  720  liv.  Total  :  9,033  liv.,  12  sous,  6  deniers. 
1.  Dépenses  relatives  à  l'Envoyé  de  Tunis  faites  par  le  sieur  de  Saizieu,  Consul 
de  France  audit  lieu,  du  31  janvier  au  31  mai  1771  :  90,701  livres.  (Affaires  étran- 
gères, C'**  de  Tunis») 


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[1771]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  S 

grandeur  et  de  la  considération,  Tillustre  Vizir  actuel  de  l'Empereur  de 
France,  notre  illustre  ami  —  dont  la  fin  soit  heureuse  I  —  salut. 

Après  vous  avoir  fait  parvenir  les  témoignages  les  plus  sincères  de  la 
constante  amitié  qui  nous  unit  et  nous  être  informé  de  Tétat  de  votre 
santé,  le  devoir  de  notre  cordialité  envers  vous  nous  impose  de  vous 
accuser  la  réception  de  la  lettre  que  vous  nous  avez  écrite  *,  par  laquelle 
vous  nous  faites  part  du  choix  qu'a  fait  de  votre  personne  le  puissant 
Empereur  de  France,  notre  ami,  pour  son  Ministre,  en  vous  confiant  en 
même  temps  le  département  des  affaires  de  sa  Marine.  Cette  nouvelle 
nous  a  fait  le  plus  grand  plaisir;  nous  vous  en  faisons  notre  sincère 
compliment  et  nous  vous  souhaitons  dans  ce  poste  éminent  la  réussite 
la  plus  entière  dans  toutes  vos  entreprises.  Cet  événement  ne  peut  que 
contribuer  k  rendre  plus  durables  la  paix  et  la  concorde  qui  régnent 
entre  nous;  nous  pouvons  assurer  de  notre  part  que  tant  que  nous 
vivrons  nous  ne  cesserons  de  travailler  au  maintien  des  maximes  qui 
pourront  consolider  la  bonne  intelligence  et  la  plus  constante  union, 
espérant  que  dorénavant,  bien  loin  de  vous  laisser  entraîner  à  aucun 
rapport  équivoque  et  peu  réfléchi  de  gens  mal  intentionnés,  vous  rem- 
plirez k  notre  égard  les  devoirs  qu'exigent  la  concorde  et  l'équité  la 
plus  invariable. 

Nous  vous  prions  de  nous  donner  de  temps  en  temps  de  vos  nou- 
velles en  signe  d'amitié;  au  surplus  quelques  affaires  pour  lesquelles 
vous  ayez  à  vous  adresser  k  nous,  grandes  ou  petites,  soyez  persuadé 
que  nous  nous  ferons  un  plaisir  de  les  faciliter  et  de  les  terminer, 
notre  objet  étant  de  vous  donner  des  preuves  de  notre  attachement  en 
tout  ce  qui  peut  concourir  k  votre  satisfaction,  surtout  en  ce  qui  peut 
tendre  à  faire  oublier  notre  ancienne  mésintelligence  et  k  resserrer  de 
plus  en  plus  les  liens  de  la  paix  et  k  la  perpétuer  invariablement.  Nous 
avons  été  instruit  en  son  temps  des  honneurs  et  des  distinctions  mar- 
qués prodigués  à  nos  Envoyés,  nous  en  avons  été  pénétré  de  recon- 
naissance, recevez-en  ici  nos  remerciements.  Puisse  votre  prospérité 
Hre  aussi  constante  que  la  durée  de  vos  jours!  » 

{Sceau)  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

DE  BOYNES  '  A  ALI,    BEY  DE  TUNIS. 

6.  —  Versailles,  14  avril  illi ,  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

\.  Pierre«ÉlienneFrançois  Bourgeois  de  Boynes,  ancien  Maître  des  requêtes,  Pro- 
cureur général  près  la  Chambre  royale.  Intendant  &  Besançon,  Président  du  Par- 
lement de  Franche-Comté,  fut  Secrétaire  d'État  de  Ja  marine  du  8  avril  1771  au 
10  juillet  1774. 


6  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1771 

L*Empereur,  mon  maître,  ayant  jugé  à  propos  de  décharger  le 
Ministre  de  ses  finances  du  soin  des  affaires  maritimes,  que  sa  Majesté 
Impériale  avait  remis  par  intérim  entre  ses  mains,  à  la  retraite  du  duc 
de  Praslin,  j*ai  reçu  ordre  de  Sa  Majesté  Impériale  de  vous  informer 
amiablement  de  sa  part  qu'elle  a  daigné  me  choisir  parmi  les  membres 
de  son  conseil  pour  me  nommer  Secrétaire  d*£tat  au  département  de 
la  marine.  Ce  changement  ne  devant  servir  qu*à  resserrer  de  plus  en 
plus  les  liens  bien  établis,  lamitié  et  la  bonne  intelligence,  je  vous  rap- 
prends avec  d'autant  plus  de  plaisir  qu'en  exécutant  les  commande- 
ments suprêmes  de  Sa  Ms^esté  Impériale,  je  n'ai  à  vous  annoncer  que 
les  dispositions  les  plus  favorables  aux  avantages  d'une  paix  aussi 
sincère  qu'inaltérable. 

Je  désire  personnellement  de  pouvoir  vous  convaincre  par  mes  ser- 
vices du  prix  que  je  mets  à  votre  bienveillance  et  de  mon  attention  à 
vous  donner  en  tout  temps  des  marques  de  l'attachement  avec  lequel 
je  suis  plus  parfaitement  que  personne,  très  illustre  et  magnifique 
Seigneur,  votre  très  sincère  et  parfait  ami.  » 

[Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
LE  Ca**^  DE  BOMPAR  *  A  DB  BOYNES. 

7.  —  Toulofiy  16  avril  177 i.  —  «  Ce  n'est  pas  sans  peine  que  nous 
sommes  parvenus  hier  matin  à  faire  embarquer  sur  la  frégate  ISAia- 
lante  les  Envoyés  de  la  Régence  de  Tunis;  ces  gens-là  se  trouvaient 
fort  bien  ici  et  je  crois  qu'ils  n'auraient  pas  été  fâchés  d'y  rester  encore 
quelque  temps.  Enfin  VAialante  a  mis  sous  voile  aujourd'hui,  et  tout 
me  fait  espérer  que  dans  deux  fois  vingt-quatre  heures  M.  d'Apchon  * 
pourra  être  débarrassé  de  tous  ces  Barbaresques.  » 

{Affaires  étrangères,  C*''  de  Tunis.) 
LE  CH^''  D'APCBON  A  DE  BOYNES. 

8.  —  En  rade  de  7 unis,  18  avril  1771,  —  Compte  rendu  de  sa 
visite  à  la  rade  de  Tunis  et  des  deux  audiences  qu'il  a  eues  du  Bey.  Il 
se  loue  infiniment  de  M.  Lions,  Yice-Consul. 

{Marine,  B*  116,  f.  1%%,) 

1.  Voy.  p.  36,  et  la  lettre  du  Ministre  à  M.  de  Bompar,  choisi  pour  reconduire  à 
Tunis  l'Envoyé  du  Bey,  13  mars  1171  {Marine,  B*  SU,  f.  58). 

2.  Le  ch*'  d'Apchon,  enseigne  de  vaisseau  en  1750,  attaché  au  port  de  Rocheforl 
en  1759,  lieutenant  de  vaisseau  en  1760,  capitaine  en  1767,  en  mission  à  Alger  en 
1776.  —  Voy.  l'instruction  eu  Ministre  à  M.  le  cb*'  d'Apchon,  commandant  VAlalanle, 
25  mars  1771,  —  le  Mémoire  du  Roi  pour  iui  servir  d'instruction,  21  mars  1771,—  la 
ettre  du  Ministre  au  même,  25  mars  1771  {Marine^  B*  S96,  f.  6S,  6S  et  iS7). 


[1771]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  7 

LIONS  *  A  DE  BOYNES. 

9.  —  Tunis,  2  mai  177 i .  —  Il  a  reçu  des  mains  de  M.  le  chevalier 
d'ApchoD,  commandant  LAtalante,  qui  a  mouillé  à  La  Goulette  le 
19  avril  et  qui  a  ramené  les  Envoyés  de  Tunis,  les  dépêches  et  les  ins- 
tructions de  M.  de  Saizieu.  Le  Bey,  très  satisfait  des  lettres  de  la  Cour, 
a  fait  saluer  la  frégate  de  21  coups  de  canon  et  son  commandant  de  9. 
M.  le  chevalier  d'Apchon  a  été  fort  bien  accueilli  dans  ses  deux 
audiences  et  a  reçu  à  son  départ  le  même  salut  qu'à  Tarrivéc. 

[Marine,  B*^  lie,  /".  ^îi.) 
ALI,  BEY  DE  TUNIS,  A  DE  BOYNES. 

10.  —  Tunis,  5  juin  1771 .  —  «  A  notre  cher  et  illustre  ami  de 
Boynes,  Vizir  du  plus  glorieux  des  Princes  qui  professent  la  religion  du 
Messie,  l'arbitre  des  affaires  de  la  république  chrétienne,  le  centre  de 
Thonneur  et  de  la  majesté,  notre  sincère  allié  l'Empereur  de  France, 
—  dont  la  fin  soit  heureuse!  —  salut. 

Après  vous  avoir  offert  des  vœux  dont  la  source  est  dans  mon  amitié 
la  plus  sincère  et  la  haute  considération  que  j'ai  pour  vous,  et  après 
m'étre  informé  comme  il  convient  de  l'état  de  votre  santé,  je  m'em- 
presse de  vous  informer  que  j'ai  reçu  la  lettre  que  votre  amitié  vous  a 
porté  à  m'écrire  pour  me  faire  part  du  choix  qu'a  fait  de  vous  l'Empe- 
reur de  France  pour  être  son  Vizir  et  vous  confier  en  même  temps 
l'administration  de  sa  marine  avec  toutes  les  affaires  qui  y  sont  rela- 
tives *. 

Cette  nouvelle  m'a  fait  d'autant  plus  de  plaisir  que,  comptant  sur 
votre  amitié  et  sur  votre  équité,  je  me  persuade  que  les  traités  de  paix 
et  d'alliance  qui  unissent  nos  deux  nations  acquerront  plus  de  solidité 
par  les  attentions  réciproques  à  en  maintenir  les  conditions.  Le  but  de 
ma  lettre  étant  de  vous  renouveler  les  témoignages  de  mon  amitié  et 
vous  demander  la  continuation  de  la  vôtre,  j'espère  que,  quand  vous 
en  aurez  pris  lecture,  vous  serez  persuadé  de  la  sincérité  de  mes  sen- 
timents pour  vous,  et  que  cela  vous  engagera,  lorsque  l'occasion  s'en 
présentera,  de  me  donner  des  nouvelles  de  votre  santé;  puisse-t-elle 
être  toijy  ours  parfaite  et  puisse  votre  prospérité  croître  de  jour  en  jour! 
[Sceau)  Votre  sincère  ami.  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 

1.  Joseph   Lions,  ancien   chancelier  à  fiizerte,  Vice-Consul  à  Tunis  depuis  le 
28  mai  4170. 

2.  Voy.  p.  6. 


8  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i77i; 

DE  BOYNeS  A  DE  SAiZIEU. 

11.  —  Versailles^  i  6  septembre  1771 .  —  11  retournera  à  Tunis  avec 
son  nouveau  Chancelier,  le  sieur  de  Calabre  *,  sur  la  frégate  commandée 
par  M.  de  La  Croix  de  Mayrargues  '.  L^Échelle  de  Tunis  supportera  les 
frais  des  présents  que  remettra  cet  officier  au  Bey  et  à  ses  Ministres  ^ 

[Affaires  étrangères^  Levant  et  Barlntrie^  117  l^f.  488.) 
DE  BOYNES  A  ALI,   BET  DE  TUNIS. 

12.  —  Versailles,  23  septembre  1771 ,  —  «  Très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur, 

Le  sieur  de  Saizieu,  que  l'Empereur  mon  maître  a  bien  voulu  ren- 
voyer de  préférence  auprès  de  vous,  parce  qu'il  vous  est  agréable  par 
son  ancien  attachement  et  qu'il  a  mérité  en  tout  temps  la  confiance 
des  ministères  de  Sa  Majesté  Impériale,-^  ayant  été  obligé  de  prolonger 
son  séjour  en  France  pour  rétablir  sa  santé  qui  était  entièrenoent 
dérangée,  va  être  chargé  de  nouveau  des  fonctions  qu'il  n'avait  quittées 
qu'à  regret. 

Je  viens  d'expédier  les  derniers  ordres  de  Sa  Majesté  In^périale  pour 
faire  repasser  ce  Consul  à  Tunis  sur  les  frégates  qui  doivent  continuer 
à  veiller  à  la  sûreté  de  la  navigation  en  Levant,  et  je  n'ai  pas  voulu  ie 
laisser  partir  sans  vous  le  recommander  encore  plus  expressément, 
ainsi  que  les  affaires  qui  vont  reprendre  leur  cours  entre  ses  mains.  Le 
sieur  de  Saizieu  doit  vous  présenter,  conformément  aux  gracieuses 
intentions  de  Sa  Majesté  Impériale,  plusieurs  objets  assortis  de  curiosité 
et  d'agrément  en  signe  d'amitié  et  d'attention.  Je  me  flatte  que  vous 

4.  Son  brevet  est  du  T'  juillet  1171;  il  succédait  à  Vallièrc,  admis  &  la  retraite. 

2.  Voy.  la  lettre  du  Ministre  à  M.  de  La  Croix  de  Mayrargues,  capitaine  de 
Im  Chimère,  sur  laquelle  doivent  s'embarquer  M.  de  Saizieu  et  sa  femme. 
23  septembre  mi  {Marine,  B'  S9e,f.  i77). 

3.  Etat  des  présents  du  Roi  pour  le  Bey  de  Tunis  et  sa  famille,  présentés  d'ordre 
du  Ministre  par  le  sieur  de  Saizieu,  18  et  21  octobre  1771  : 

Pour  le  Bey  :  un  grand  vase  et  son  aiguière  d'argent,  deux  paires  de  flambeaux 
et  girandoles  de  même,  quatre  pendules,  une  montre  enrichie  de  diamants,  une 
montre  en  or,  quatre  boites  en  or  de  diverses  formes  et  grandeurs,  deux  étuis, 
deux  flacons,  deux  paires  de  ciseaux,  rasoirs,  portefeuilles  et  tablettes,  le  loui 
garni  d'or;  un  fusil  et  une  paire  de  pistolets  damasquinés,  deux  fusils  en  argent, 
trois  paires  de  pistolets  et  un  poignard  garnis  en  pierres  de  couleurs,  six  cafetans 
complets  en  élofTe  d'or,  deux  pièces  de  drap  des  Gobelins,  une  pièce  à  fleurs  de 
Louviers,  douze  pièces  de  toile  de  Hollande,  deux  globes,  deux  atlas,  cent  livre.'i 
de  confitures  sèches  et  sucreries. 

Pour  les  deux  gendres  du  Dey  :  une  paire  de  lampes  économiques  d'argent,  une 
cafetière  et  sa  boite  de  même,  deux  boites  d'or  grandes  et  deux  petites,  deux 
montres  d'or,  deux  pendules,  un  étui  d'or,  un  flacon,  un  portefeuille,  tablettes  et 
rasoirs,  six  pièces  de  toile,  un  atlas,  cinquante  livres  de  confitures  sèches.  {Affaires 
ctrangèreSy    Mém.  el  Doc.  Afrique,  t,  IX,  /*.  tiS.) 


[1771J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  9 

les  recevrez  avec  plaisir.  Je  compte  qu'à  cette  époque  où  la  paix  a  été 
si  bien  cimentée,  il  ne  sera  plus  question  entre  nous  que  des  procédés 
et  des  liaisons  réciproques  de  la  meilleure  intelligence,  et  que  les  rela- 
tions du  sieur  de  Saizieu  justifieront  en  tous  points  ce  que  nous  avons 
lieu  d'en  attendre.  Sa  Majesté  Impériale  m'a  permis  de  vous  renouveler 
les  témoignages  de  son  auguste  bienveillance.  Je  me  repose  pour  les 
intérêts  de  la  nation  française  sur  les  sentiments  qui  doivent  vous 
porter  à  la  protéger  et  favoriser,  et  je  commence  bien  volontiers  une 
carrière  où  j'espère  n'avoir  jamais  à  vous  donner  que  des  preuves  de 
mes  dispositions  sincères  pour  votre  service  et  de  rattachement  réel 
avec  lequel  je  suis,  plus  que  personne  au  monde,  très  illustre  et 

magnifique  Seigneur, 

Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f.  Si 8,)  . 
LA  CROIX  DR  MAYRARGUES  A  DE  BOYNES. 

13.  —  A  bord  de  «  La  Chimère  »  en  radn  de  Tunis^  i  S  octobre  i  77i , 
—  Il  rend  compte  de  sa  navigation  et  de  Taudieuce  qu'il  a  eue  du  Bey. 
Il  a  été  très  satisfait  de  sa  réception.  Le  14  courant  il  a  fait  mettre  à 
terre  M.  de  Saizieu,  sa  famille  et  toute  sa  suite,  et  les  a  fait  saluer  de 
trois  cris  de  vive  le  Roi!  et  de  onze  coups  de  canon.  M,  de  Saizieu  fut 
aussi  salué  par  le  fort  de  La  Goulette  de  six  coups  de  canon,  contre 
l'usage,  le  Bey  ayant  bien  voulu  y  déroger  en  sa  faveur. 

{Alariney  B*  ii6,  f,  i8!.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

14.  —  lunis,  i  9  octobre  /  77/ .  —  Il  est  arrivé  à  Tunis  le  13  courant 
à  bord  d'une  des  frégates  commandées  par  M.  de  Mayrargues.  A  son 
débarquement,  il  a  été  reçu  avec  les  honneurs  réservés  aux  Princes  du 
pays.  Le  Bey  a  témoigné  sa  joie  et  sa  reconnaissance  pour  les  présents 
que  le  Roi  lui  a  envoyés.  Le  Consul  n'a  pu  voir  le  Bey  en  particulier 
ni  se  rendre  compte  de  la  sincérité  de  ses  démonstrations,  mais  il 
l'observera  d'assez  près  pour  qu'il  ne  puisse  nous  surprendre;  il  croit 
qu'il  serait  bon  que  les  armements  du  Roi  à  destination  du  Levant 
mouillassent  à  leur  retour  dans  la  rade  de  La  Goulette,  pour  montrer 
sans  affectation  au  chef  de  la  Régence  qu'on  ne  le  perd  pas  de  vue. 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie^  i770^  f.  459.) 

15.  —  Paris,  2i  octobre  177 1 ,  —  Circulaire  aux  Consuls  d'Alger,  de 
Tunis  et  de  Tripoli  sur  le  commerce  que  les  Barbaresques  viennent 
faire  à  Marseille. 

(Marine,  Bf  1i6,  f.  .57.) 


10        COURESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     [1T7:i] 

DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

16.  —  l'unis,  28  octobre  177 L  —  M.  de  Mayrargues  est  parti  le 

20  courant.  De  Saizieu  a  installé  le  sieur  de  Calabre  '  dans  son  poste  de 
Chancelier,  et  a  autorisé  le  sieur  Laudon  *  à  le  mettre  au  courant  de  ses 
fonctions.  Le  Bey  s'étant  rendu  dans  une  de  ses  maisons  de  campagne 
après  le  départ  des  frégates,  le  Consul  n'a  pu  reprendre  les  affaires  qui 
lui  restent  à  terminer  avec  ce  Prince.  La  nation  française  à  Tunis,  pour 
lui  donner  un  témoignage  de  son  attachement  et  de  sa  gratitude,  a 
délibéré  de  lui  servir  une  pension  de  3,000  livres  jusqu'au  jour  où  il 
cessera  de  remplir  les  fonctions  de  Consul  de  France. 

{Affaires  étrangères ^  Levant  et  Barbarie ^  Y 77/,  /*.  465.) 
LE  DUC  d'aiguillon  '  A  DB  SAIZIEU. 

17.  —  Fontainebleau^  iO  novembre  i771.  —  Le  Roi  a  annexé  la 
rédaction  de  la  Gazette  de  France  au  département  des  Affaires  étran- 
gères, et  a  chargé  M.  d'Aiguillon  de  s'occuper  des  moyens  de  la  rendre 
plus  intéressante.  Pour  cela  on  a  décidé  d'y  employer  le  secours  des 
lumières  des  Consuls  dans  les  Échelles  du  Levant  et  de  Barbarie. 
Ceux-ci  devront  entretenir  une  correspondance  directe  à  cet  effet  avec 
le  Département  et  lui  adresser  des  bulletins  périodiques  relatant  tous 
les  faits  intéressants,  de  quelque  ordre  qu*ils  soient,  dont  ils  auront 
connaissance. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie^  1771 ,  f.  575.) 
DE  BOYNES  A  DE  SAIZIEU. 

18.  —  Versailles,  9  décembre  i77i.  —  Approbation  de  l'arrange- 
ment fait  par  la  nation  française  à  Tunis,  pour  le  payement  des 
6,000  livres  que  lui  a  avancées  la  Chambre  de  Marseille,  afin  de  lui 
permettre  d'offrir  des  présents  aux  Puissances  de  la  Régence. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  177 i,  f,  $47.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

19.  —  Tunis,  9  janvier  i  77^.  —  La  frégate  La  Flèche,  commandée 
par  le  ch«'  de  la  Grange  *,  a  relâché  le  2  courant  au  cap  Carthage  et 

1.  Voy.  p.  8. 

2.  Jean  Tropez  Laudon,  appelé  par  erreur  Landon  au  tome  II  du  présent  ouvrage, 
Chancelier  du  Consulat  et  agent  de  la  C"  d'Afrique  à  Tunis,  obtint  une  retraite  de 
1,200  liv.  en  1*380. —  Voy.  sa  correspondance  a vecla  Chambre  de  commerce  de  Mar- 
seille (S.  A  A,  538  de  V  Inventaire). 

3.  Emmanuel-Armand  de  Vignerod  du  Plessis-Richelieu,  duc  d'Aiguillon,  gou- 
verneur de  Bretagne,  Secrétaire  d'Étal  des  AfTaires  étrangères  du  6  juin  1771  au 

21  juillet  1774. 

4.  Prosper-Amau ri-Louis  de  la  Grange,  cb'''  de  Malle,  u  homme  du  plus  grand 
mérite  »  au  témoignage  de  M.  de  Faucher.  Nous  n'avons  pu  trouver  ses  états  de 


[1772]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  11 

vient  de  repartir.  D'après  les  ordres  de  la  Cour  et  par  raison  d'éco- 
nomie, cette  frégate  n'a  pas  exigé  de  cérémonial;  il  n'y  a  eu  par  suite 
aucun  salut  échangé. 

{Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.) 
DE  SAIZIBU  A  DE  BOYNES. 

20.  —  luniSy  i  6  janvier  i  77.?.  —  Il  ne  tardera  pas  k  terminer,  grâce 
aux  bonnes  dispositions  du  Bey,  les  affaires  contentieuses  restées  en 
litige,  car  il  obtient  chaque  jour,  de  ce  Prince,  les  égards  les  plus  mar- 
qués pour  sa  personne  et  les  décisions  les  plus  favorables  &  la  nation  ^ 

La  Compagnie  d'Afrique  est  autorisée  à  exporter  des  grains  malgré 
la  prohibition  de  la  sortie  des  denrées  pour  tous  les  marchands  et 
pays  chrétiens  sans  exception.  Les  Anglais  ont  demandé  la  même 
faveur,  mais  le  Bey  Ta  refusée  '. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 

service.  Il  faisait  alors  partie  comme  capitaine  de  vaisseau  de  la  croisière  du  ch*^ 
d'Âpchon,  pour  la  protection  du  commerce  dans  la  Méditerranée.  On  y  comptait  en 
outre  le  ch"^  de  Tressemanes,  commandant  V Engageante,  MM.  de  Chabert,  com- 
mandant La  Mignonne,  et  de  Vertrieux,  commandant  la  Pléyade. 

i.  Voy.  la  lettre  des  Cheiks  de  la  ville  de  Sousse  à  de  Saizieu,  23  janvier  1172 
{Affaires  étrangères,  C*"'  de  Tunis). 

2.  Il  convient  de  rappeler  que  la  Compagnie  d'Afrique,  fondée  en  1741,  avait  fait 
connrmer  ses  privilèges  d'exploitation  par  le  traité  du  14  mars  1768.  En  consé- 
quence, elle  avait  installé  un  comptoir  &  Bizerte  et  y  avait  envoyé,  en  1769,  un 
directeur,  Joseph-Victor  Garcin,  à  800  1.,  un  chancelier,  Joseph  Lions,  &  500  1.,  un 
garde-magasin  à  40U  I.,  un  chirurgien  à  250  1.,  trois  boulangers,  un  barillat,  un 
cuisinier  et  un  domestique.  Deux  conventions  avaient  été  passées  entre  la  Compagnie 
et  les  pécheurs  de  corail  de  IMle  Ste-Marguerite  et  d*Ajaccio.  Mais  le  Bey  de  Tunis 
s'était  opposé,  peu  après,  à  toute  exploitation  des  agents  français  à  Bizerte,  et 
ceux-ci  s'étaient  vus  contraints  d'évacuer  leur  nouveau  comptoir  (11  juin).  La 
guerre  franco-tunisienne  était  survenue,  puis  le  traité  du  13  septembre  1770  avait 
prorogé  tous  les  droits  de  la  Compagnie  d'Afrique,  l'avait  dispensée  de  payer  ses 
redevances  pendant  six  ans,  et  l'avait  autorisée  à  s'établir  &  Portefarine  ou  dans 
tout  autre  poste  convenant  à  son  commerce.  L'agent  Garcin  avait  été  envoyé  à  La 
Galite;  mais  le  Dey  d'Alger  l'avait  expulsé  à  son  tour,  en  revendiquant  des  droits 
sur  cette  petite  lie.  Dès  lors,  la  Compagnie  avait  pris  le  parti  de  se  borner  à  res- 
taurer les  places  de  Bizerte  et  du  Cap-Nègre,  et  d'exploiter  plutôt  ses  privilèges 
d'exportation  de  blés  que  l'ancienne  pèche  du  corail.  Ses  actionnaires  avaient 
perdu  plus  de  moitié  du  capital  social  quand,  en  1766,  Barthélémy  Martin  avait  été 
nommé  directeur  principal,  et  ce  dernier  avait  en  quatre  ans  réparé  ses  pertes,  en 
laissant  en  outre  un  bénéflce  de  près  de  140,000  1.  (Le  capital  s'élevait  en  1770 
à  1,339,698  1.)  Les  dividendes  étaient  rétablis  de  40  à  60  1.,  soit  à  6  p.  100  des 
actions,  et  des  jetons  de  présence  étaient  créés  (Délib.  des  3  nov.  et  7  déc.  1773). 
Enfin  des  lettres  de  noblesse  étaient  conférées  par  le  Roi  k  Barthélémy  Martin, 
pour  services  rendus  au  commerce,  en  janvier  1774.  —  Voy.  Conventions  entre  la 
Compagnie  royale  d'Afrique  et  les  pécheurs  de  corail  margaritains  et  corses  {Affaires 
étrangères.  Compagnies  d'Afrique);  —  Journal  des  opérations  du  comptoir  de  Bizerte, 
par  Garcin  {Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis); —  Inventaire  général  des  effets,  usten- 
siles, denrées  et  marchandises  existant  au  comptoir  de  la  C  à  Bizerte,  31  déc.  1768 
{Chambre  du  commerce  de  Marseille)  ;  —  Lettres  de  noblesse  de  Barthélémy  Martin 
[Archives  départementales  des  Bouches-du-Rhône,  B,  133,  f.  210). 


12  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1772] 

DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

21.  —  Tunis,  28  janvier  1772.  —  Le  chef  des  armements  de  Tunis', 
que  la  défection  et  la  révolte  de  ses  équipages  retiennent  à  la  Ganée,  a 
eu  recours  au  Consul  de  Saizieu,  qui  a  obtenu  du  Bey  des  ordres  aussi 
favorables  qu'il  les  demandait.  Ce  service  nous  acquitte  des  obligations 
que  nous  avons  envers  ce  rets,  à  raison  des  bons  procédés  quHl  a  eus 
envers  nos  bâtiments,  et  nous  attache  encore  davantage  un  homme  dont 
le  crédit  et  Tinfluence  sont  d'un  grand  poids  dans  les  décisions  du  Divan. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

22.  —  Tunhy  29  janvier  i  772.  —  Le  Bey  voudrait  affaiblir  chez  ses 
sujets  le  goût  de  la  course  sur  mer,  diminuer  le  nombre  des  soldats 
qu'elle  emploie  et  enrichir  son  pays  en  fertilisant  les  terres  sans  cul- 
ture qui  bordent  la  mer. 

Dans  ce  but,  il  a  imaginé  de  faire  avec  le  grand  Maître  de  Malte  une 
trêve  secrète  de  quelques  années  et,  s'il  est  possible,  une  paix  réelle. 
Pour  ne  pas  encourir  de  blâme  il  désire  non  seulement  la  devoir  à  la 
médiation  du  Roi,  mais  paraître  ne  s'y  résigner  qu  avec  répugnance 
lorsque  nous  l'exigerons  de  lui.  Tel  est  le  service  que  le  Bey  nous 
demande  et  que  nous  ne  pouvons  lui  refuser  sans  lui  déplaire  et  le 
réduire  à  s'adresser  à  l'Empereur  ou  aux  Anglais  pour  l'obtenir.  Une 
telle  paix  serait  avantageuse  pour  Malte,  qui  pourrait  se  procurer 
abondamment  et  à  bas  prix  à  Tunis  les  secours  que  la  Sicile  lui  refuse 
quelquefois  et  lui  vend  toujours  fort  cher.  C'est  là  un  avantage  décisif 
pour  elle,  qui  ne  peut  jamais  diminuer  les  nôtres  en  Barbarie,  car 
l'ordre  aura  toujours  pour  ennemis  les  Algériens. 

La  proposition  du  Bey  ne  présente  donc  que  des  avantages  pour 
Malte  et  pour  nous  ;  de  Saizieu  l'a  pourtant  reçue  avec  indifférence  et 
n'a  pas  dissimulé  à  ce  Prince  les  obstacles  qu'elle  devait  rencontrer  à 
Malte.  Il  lui  a  promis  néanmoins  l'appui  et  les  bons  offices  du  Ministre, 
qui  voudra  bien  la  proposer  de  telle  façon  que  le  Bey  ne  puisse  nous  en 
attribuer  l'insuccès. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

23.  —  7'unw,  12  mars  1772.  —  La  frégate  du  Roi  La  Pléyade,  sous 
le  commandement  de  M.  de  Yertrieux  *,  a  relâché  le  il  à  la  rade  de  La 

1.  Ali-rels. 

2.  Louis-Armand  de  la  Poype  de  Vertrieux,  fils  d^un  Président  &  mortier  au 


[1772]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  13 

Goule tte.  Elle  va  partir  pour  Toulon  après  s'être  pourvue  des  vivres 
dont  elle  a  besoin. 

(Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
DE  BOYNISS  A  DE  SAIZIEU. 

24.  —  Versailles,  23  mars  1772.  —  On  approuve  qu'il  ait  offert  son 
entremise  pour  assurer  Texpédition  que  le  Bey  de  Tunis  veut  faire  h  la 
Cour  de  Toscane.  Le  Ministre  a  appris  avec  un  vif  plaisir  qu'il  n'y  avait 
plus  aucune  inimitié  entre  les  Français  dans  les  différents  ports  de 
Tunisie. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  1772,  f,  403.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

25.  —  Tunis,  15  mai  1 772.  —  Le  Bey  étant  revenu  au  Bardo  le  13  de 
ce  mois,  le  Consul  est  allé  le  voir  le  môme  jour  et  lui  a  exposé  les  diffi- 
cultés qui  s'opposent  à  son  projet  de  paix  avec  Malte.  Il  lui  a  fait  com- 
prendre que  le  Roi  ne  pouvait  abuser  de  son  ascendant  sur  l'Ordre  pour 
la  contraindre  à  la  paix  avec  Tunis,  et  qu'il  ne  devait  attendre  de  Sa 
Majesté  que  sa  médiation  et  ses  bons  offices,  ce  dont  le  Consul  de 
Saizieu  lui  a  donné  l'assurance. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

26.  —  Tunis,  30  mai  1772.  —  Deux  chebeks  du  Bey  et  une  tartane 
au  service  du  Roi  sous  les  ordres  de  M.  le  marquis  de  Coriolis  *  ont 
relâché  hier  à  La  Goulette.  Le  mauvais  temps  n'a  pas  encore  permis  à 
de  Saizieu  de  communiquer  avec  cet  officier. 

{Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 
hE  BOYNES  A  DE  SAIZIEU. 

27.  —  Versailles,  1""^  juin  1772.  —  Le  Bey  ayant  demandé  l'assis- 
tance du  Consul  de  France  pour  mener  à  bonne  fin  ses  négociations  de 
traité  avec  l'Ordre  de  Malte,  le  Ministre  l'autorise  à  continuer  ses  bons 
offices  auprès  du  Chef  de  la  Régence. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  477S,  f.  !i25.) 

Parlement  de  Grenoble,  garde  de  la  marine  en  1738,  sous-lieutenant  d'artillerie  de 
marine  sur  le  chebek  Le  Rusé  en  1755,  lieutenant  en  1757,  capitaine  en  1767,  chef 
d'escadre  honoraire  et  retraité  en  1781  (7  années  d'embarquement  en  temps  de 
paix  et  12  campagnes). 

1.  Charles  Régis,  marquis  de  Coriolis  d'Espinouse,  chevalier  de  Malte,  garde  de 
la  marine  en  1741,  enseigne  de  vaisseau  en  1746,  lieutenant  en  1756,  capitaine  de 
frégate  en  1764,  capitaine  de  vaisseau  en  1771,  en  mission  à  Tunis  en  1776,  briga- 
dier des  armées  du  Roi  en  1778,  chef  d'escadre  en  1782.  —  Ne  pas  le  confondre 
avec  le  marquis  de  Coriotis-Puymichel,  enseigne  de  vaisseau  en  1757,  capitaine  en 
1178,  brigadier  des  armées  navales  en  1781. 


U  CORRESPONDANCE  DES  BETS  ET  DES  CONSULS  [i'ni] 

DB  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

28.  —  Tunis j  5  juin  i  77^.  —  L'escadre  danoise  sous  les  ordres  de 
M.  de  Hoogland  a  mouillé  hier  dans  la  baie,  venant  dWiger.  Le  Chan- 
celier du  Consulat  de  Danemark,  resté  à  Tunis  malgré  la  rupture,  ayant 
pris  viS'à-vis  du  Bey  rengagement  formel  que  M.  de  Hoogland  appor- 
terait un  présent  de  la  même  valeur  que  celui  qu*a  reçu  le  Dey  d'Alger, 
ce  Prince  a  permis  d'arborer  la  flamme  danoise  sur  la  maison  consu- 
laire et  a  fait  dire  à  M.  de  Hoogland  qu'il  pouvait  y  venir  loger  en 
toute  sécurité.  Ce  contre-amiral  a  débarqué  aujourd'hui,  suivi  de 
M.  Sevenson,  ancien  Consul  de  sa  nation,  et  d'un  cortège  brillant  et 
nombreux.  Son  pavillon  d'amiral  a  été  salué  de  25  coups  de  canon  et 
sa  personne  de  17.  De  Saizieu  est  allé  le  voir,  mais  M.  de  Hoogland  ne 
pourra  rendre  sa  visite  qu'après  son  audience  au  Bardo,  que  le  Bey 
affecte  de  vouloir  lui  faire  attendre. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  B0T19ES. 

29.  —  lunisy  i  8  juin  i  772,  —  Le  Bey,  s'étant  absenté  du  Bardo  à 
l'arrivée  de  M.  Hoogland  à  Tunis,  n'a  pu  lui  donner  audience  que  le 
9  de  ce  mois,  après  en  avoir  réglé  les  conditions  et  le  cérémonial  avec 
le  Consul,  qui  a  vainement  demandé  les  honneurs  rendus  à  M.  de  Liste- 
nois^  M.  de  Hoogland  s'est  rendu  au  Bardo  sans  officier  ni  escorte  du 
Bey,  qui  n'a  mis  d'autre  différence  au  traitement  entre  lui  et  les  officiers 
qui  l'accompagnaient  que  de  l'exempter  du  baisement  de  mains.  Le 
Bey  a  exigé  que  le  Consulat  de  Tunis  fût  donné  au  sieur  Hameken  ',  et 
M.  Hoogland  a  dû  y  consentir.  Ce  Prince  n'a  reçu  des  Danois  qu  un 
diamant  en  bague  de  la  valeur  de  2,000  sequins  vénitiens  que  le  Consul 
Sevenson  lui  a  remis  en  secret,  mais  sans  préjudice  des  présents  publics 
qui  seront  fournis  en  munitions  de  guerre.  Le  Danemark  n'a  obtenu 
à  ces  conditions  onéreuses  qu'une  paix  fragile  et  précaire. 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

30.  —  Tunw,  30  juin  i772,  —  Il  annonce  l'envoi  du  présent  des- 
tiné par  le  Bey  au  Roi.  On  n'a  pu  réunir  que  huit  chevaux  dont  six 
sont  destinés  aux  écuries  de  Sa  Majesté  et  deux  au  Ministre.  Ce  pré- 
sent, tel  qu'il  est,  est  fait  au-dessus  de  ceux  que  le  Bey  a  faits  au  Sultan 

1.  Voy.  le  Journal  du  séjour  du  Prince  de  Listenois  dans  la  rade  de  Tunis,  lome  U, 
p.  634. 

2.  Voy.  tome  II,  p.  431  et  suiv. 


^772]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  18 

et  le  seul  qu'il  ait  jamais  voulu  envoyer  à  un  Prince  chrétien.  Il  a  payé 
lui-même  le  fret  du  bâtiment  qui  le  porte,  et  Tofficier  qui  accompagne 
ce  présent  a  ordre  de  se  charger  des  frais  du  transport  jusqu'à 
Paris. 

Cet  officier  est  en  outre  chargé  de  conduire  à  Paris  un  neuvième 
cheval  et  plusieurs  effets  que  le  gendre  du  Bey  envoie  à  M.  Leguay  *. 

Ce  Prince  demande  que  le  Ministre  veuille  bien  lui  envoyer  un  bon 
médecin  français;  il  offre  de  dédommager  ce  médecin  des  sacrifices 
qu'il  fera  en  quittant  Paris.  Il  peut  devenir  avantageux  pour  nous  que 
le  médecin  de  ce  Prince  soit  français  et  qu'il  prenne  sur  lui  l'ascendant 
et  le  crédit  que  d'autres  médecins  étrangers  ont  souvent  obtenus.  Ce 
motif  seul  fait  désirer  au  Consul  le  succès  de  cette  démarche. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

31.  —  Tunis,  9  juillet  1772,  —  Le  Bey  vient  de  faire  embarquer 
deux  lions  qu'il  envoie  au  Roi  sur  la  tartane  La  Triomphante^  chargée  de 
marchandises  pour  le  compte  d'un  marchand  de  ce  pays.  Il  a  ordonné 
à  ce  dernier  de  les  recevoir  à  bord  et  de  les  consigner  à  Marseille. 

[Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DE  BOYNES  A  DE  SAIZIEU. 

32.  —  Versailles,  iO  août  i772,  —  Le  Ministre  l'engage  à  protéger 
toutes  les  opérations  de  la  Compagnie  d'Afrique,  et  en  particulier  celles 
qui  concernent  la  pêche  du  corail  dans  les  eaux  tunisiennes. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  4772,  f.  316.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

33.  —  Tunis,  i  2  août  i  772,  —  Le  gendre  et  Ministre  du  Bey  vou- 
lant visiter  Portefarine  a  invité  le  Consul  k  l'y  accompagner.  De  Saizieu 
n'a  pas  osé  s'y  refuser,  d'autant  plus  que  cette  tournée,  qui  durera  à 
peu  près  quinze  jours,  le  mettra  h  portée  de  connaître  les  forces  et 
Tarsenalde  Portefarine  et  de  traiter  à  loisir  avec  le  gendre  du  Bey  les 
affaires  qu'il  terminera  à  son  retour.  De  ce  nombre  sont  celles  de  la 
Compagnie  d'Afrique   qu'il  réduira  pour  le  moment  à  la  sortie  des 

1.  Attaché  au  Secrétariat  d*Ëtat  de  la  marine,  puis  au  bureau  des  Consulats,  qu'il 
dirigea  longtemps  avec  le  titre  de  Premier  commis  de  la  marine.  11  eut  pour  suc- 
cesseur son  neveu,  M.  de  Saint- Didier,  en  1782.  La  Chambre  de  commerce  de 
Marseille  lui  allouait  chaque  année  une  gratifîcation  de  12,000  liv.  pour  le  récom- 
penser de  ses  soins  comme  Inspecteur  du  commerce  maritime.  —  Voy.  sur  l'orga- 
nisation des  bureaux  de  la  marine  V Administration  centrale  de  la  marine  et  des 
colonies,  par  H.  de  Fontaine  de  Resbecq  (Paris,  1886). 


16  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1772] 

grains,  réservant  les  questions  de  la  pèche  et  du  comptoir  de  Cap- 
Nègre  jusqu'à  ce  qu'il  connaisse  les  intentions  du  Ministre  à  cet  égard'. 

{Affaires  itrangèrts^  C'**  de  Tunis.) 
DE  BOYNES  A  DE  SAiZIEU. 

34.  —  Versailles,  24  août  i  772.  —  Le  Bey  a  fait  demander  à  la  Cour 
renvoi  d'un  médecin  pour  résider  à  Tunis,  mais  il  est  difficile  de 
trouver  un  candidat  pour  cet  emploi.  On  fera  tout  ce  qu'il  est  possible 
pour  en  avoir. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  i772f  f.  i9S.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYMES. 

35.  —  Tunis,  28  août  i  772.  —  La  fête  du  Roi,  exigeant  le  retour 
du  Consul  k  Tunis,  lui  a  servi  de  prétexte  pour  quitter  Portefarine  où 
il  a  laissé  le  gendre  du  Bey  occupé  des  fortifications  de  cette  ville. 

D'après  le  plan  qu'il  en  a  vu,  cette  ville,  où  sont  concentrés  les  arse- 
naux et  les  armements  du  Bey,  sera  imprenable  par  mer,  parce  que  la 
nature  plus  que  l'art  encore  a  fourni  les  moyens  de  la  fortifier.  Il  sera 
attentif  à  surveiller  les  progrès  des  travaux  et  à  en  rendre  compte  au 
Ministre. 

{Affaires  étrangêi*es,  C***  de  Tunis,) 
ALI,  BEY  DE  TUNIS,  A  LOUIS  XV. 

36.  —  Tunis, ...  octobre  i  772.  — «A  notre  haut  et  sincère  ami,  le  plus 
grand  et  le  plus  puissant  des  Princes  chrétiens,  l'Empereur  de  France 
—  dont  la  fin  soit  glorieuse!  — 

Après  nous  être  informé  de  l'état  de  votre  santé  et  vous  avoir  pré- 
senté les  vœux  que  notre  attachement  sincère  nous  fait  offrir  tous  les 
jours  au  ciel  pour  votre  prospérité,  nous  vous  écrivons  cette  lettre 
d'amitié  dans  le  but  de  resserrer  de  plus  en  plus  les  nœuds  de  la 
bonne  intelligence  qui  règne  entre  nous,  et  de  donner  plus  de  force  et 
de  solidité  aux  traités  de  paix  qui  nous  unissent  déjà  depuis  si  long- 
temps. Pour  vous  témoigner  notre  bonne  volonté  à  cet  égard  nous 
expédions  vers  vous  Ali-Chaouch,  un  de  nos  officiers,  lequel  avec  notre 
lettre  d'amitié  vous  présentera  de  notre  part  quelques  chevaux  pro- 
pres à  être  montés  avec  quelques  autres  objets  écrits  dans  une  liste  à 
part  ci-jointe  ".  Nous  espérons  que  vous  voudrez  bien  recevoir  avec 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  4i. 

2.  Liste  des  présents  envoyés  au  puissant  Empereur  de  France  :  six  chevaux,  une 
selle  brodée,  six  ceinturons  en  or,  six  bonnets  brodés  en  or,  dix  couveKures 
pluchées,  deux  gaines  de  poignard,  deux  cimeterres,  six  paires  de  mules  brodées, 
six  paires  de  brodequins  brodés,  six  portefeuilles  brodés,  trois  peaux  de  tigre, 
deux  peaux  de  lion,  un  tigre,  un  lion. 


[1772]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  .17 

bonté  ces  présents  en  signe  d'amitié  et  comme  une  preuve  de  Tenvie 
que  nous  avons  que  rien  ne  soit  plus  capable  à  l'avenir  de  rompre  la 
bonne  union  qui  subsiste  entre  nous.  Dieu  vous  conserve  de  longues 
années!  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis,) 

ALI,  BEY  DE  TUNIS,  A  DE  BOYNES. 

37.  —  l'unis,  ...  octobre  f77J2,  —  «  Au  plus  éclairé  des  Ministres  des 
Princes  qui  professent  la  religion  du  Messie,  notre  sincère  ami  de 
Boynes,  Vizir  de  l'Empereur  de  France. 

Après  vous  avoir  ofiFertles  saints  les  plus  sincères,  et  demandé  des  nou- 
velles de  votre  santé  que  nous  désirons  être  conforme  aux  vœux  que 
nous  formons  pour  votre  conservation,  nous  vous  exposerons  le  sujet 
de  cette  lettre,  qui  est  pour  vous  prier  premièrement  de  nous  conser- 
ver votre  amitié  et  de  nous  donner  de  temps  en  temps  des  nou- 
velles agréables  de  votre  part.  Nous  espérons  en  second  lieu  que  vous 
vous  prêterez  autant  que  nous  à  entretenir  l'harmonie  et  la  bonne 
intelligence  cimentées  par  les  traités  de  paix  qui  subsistent  entre  nos 
deux  nations,  et  que  vous  voudrez  bien  rendre  compte  à  l'Empereur 
votre  maître  et  notre  ami  des  favorables  dispositions  où  nous  sommes 
à  cet  égard.  Nous  avons  conféré  ici  avec  le  Consul  de  France  sur 
l'affaire  de  Malte.  Il  doit  vous  en  rendre  un  compte  détaillé  et  vous 
pouvez  ajouter  pleine  et  entière  foi  aux  réponses  que  nous  lui  avons 
faites  sur  cet  objet  et  dont  il  vous  fera  part.  Nous  espérons  que  vous 
voudrez  bien  donner  à  cette  affaire  la  tournure  la  plus  favorable  en  la 
terminant  ;  nous  vous  prions  aussi  d'accéder  à  la  demande  que  vous 
fait  le  dit  Consul  d'un  médecin  habile  et  instruit  dont  nous  avons 
besoin  pour  notre  service;  nous  désirons  qu'il  soit  tel  que  nous  puis- 
sions lui  remettre  avec  confiance  le  soin  de  notre  santé,  et  nous  vous 
prions  de  nous  l'envoyer  le  plus  tôt  qu'il  sera  possible.  Nous  avons  cru 
devoir  vous  donner  des  témoignages  réels  de  notre  amitié  par  l'envoi 
de  quelques  présents  détaillés  dans  une  liste  particulière  que  vous 
trouverez  ci-jointe  *;  ils  vous  seront  remis  par  Ali-Chaouch,  un  de  nos 
officiers,  pour  lequel  nous  avons  de  la  considération.  Vous  voudrez 
bien  agréer  ces  présents  pour  l'amour  de  nous  et  des  sentiments  que 
nous  vous  avons  avoués.  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 

i.  Liste  des  présents  envoyés  à  notre  sincère  ami  de  Boynes,  Vizir  de  l'Empereur 
de  France  :  deux  chevaux,  deux  ceinturons  en  or,  deux  bonnets  en  or,  deux 
gaines  en  argent,  pour  poignards,  un  cimeterre,  cinq  couvertures  pluchées,  deux 
paires  de  mules  brodées,  deux  paires  de  brodequins  brodés,  deux  portefeuilles 
brodés. 


18  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1772] 

DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

38.  —  Tunis,  14  octobre  1772,  —  M.  de  Coriolis  a  relâché  avant- 
hier  à  La  Goulette  avec  les  deux  chebeks  du  Roi  qu'il  a  sous  ses  ordres  ^ 
De  Saizieu  Ta  entretenu  des  affaires  de  TËchelle.  Ce  commandant  a 
jugé  qu'il  n'était  pas  nécessaire  de  voir  le  Bey  et  s'est  borné  à  lui 
faire  connaître,  par  un  de  ses  officiers,  quelques  nouvelles  du  Levant. 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 
DE  LYLE-CALLIAN  *  A  DE  BOYNES. 

39.  —  Toulon^  18  novembre  1772.  —  «  Le  14  novembre  à  quatre 
heures  du  soir  j'ai  mouillé  à  la  baie  de  Tunis.  Ce  n'est  que  le  16  que 

4  M.  de  Saizieu,  Consul  en  cette  Régence,  est  venu  à  mon  bord.  Il  m'a  dit 

que  le  Bey  de  Tunis  avait  grande  envie  de  voir  quelque  commandant 
des  bâtiments  du  Roi  pour  lui  parler  du  remboursement  des  mar- 
chandises prises  par  les  Russes  sur  un  de  nos  bâtiments  marchands  et 
qu'il  ne  lui  parlait  jamais  de  cette  affaire  sans  aigreur;  que  pour 
gagner  du  temps  il  avait  renvoyé  à  mon  passage  à  Tunis  à  faire  prendre 
audience,  mais  qu'il  ne  convenait  plus  de  renvoyer  et  qu'il  fallait  que 
je  visse  le  Bey.  En  conséquence,  quoique  cette  commission  ne  fût  pas 
agréable,  je  me  déterminai  à  aller  à  Tunis  le  lendemain  matin.  J'y  fus 
suivi  de  M.  de  Demandolz  '  et  de  six  autres  officiers,  le  sieur  de  Saizieu 
m'ayant  prié  de  ne  pas  en  amener  davantage,  n'ayant  pas  plus  de  lits. 
Sur  le  soir,  le  Bey  me  fit  dire  qu'il  me  donnerait  audience  le  lendemain 
matin.  Le  18,  à  neuf  heures  du  matin,  nous  montâmes  dans  des  char- 
rettes couvertes  pour  nous  rendre  au  Bardo  ;  c^est  ainsi  qu'on  nomme 
le  palais  où  se  tient  le  Bey  à  une  lieue  de  Tunis.  Lorsque  nous  y  arri- 
vâmes le  Bey  rendait  la  justice^  et  on  nous  fit  entrer  dans  le  cabinet  de 
son  secrétaire  pour  attendre  le  moment  de  l'audience. 

M.  de  Saizieu  profita  de  ce  moment  pour  aller  parler  au  gendre  du 
Bey,  qui  est  son  principal  Ministre,  et  il  obtint  de  lui  qu'il  engagerait 
le  Bey  à  ne  point  parler  de  cette  prise,  et  qu'après  l'audience  du  Bey 
il  aurait  une  conférence  avec  moi  à  ce  sujet.  Je  fus  fort  aise  de  n  avoir 
pas  à  parler  de  cette  affaire  avec  le  Bey  pour  n'essuyer  pas  son  humeur. 

1.  Voy.  les  «  Instructions  relaliyes  à  la  réception  à  faire  à  Ali-Ghaouch,  officier  du 
Bey  de  Tunis,  qui  vient  en  France  sans  caractère  officiel  mais  qui  a  droit  à  cer- 
tains égards  »,  11  septembre  1772, —  et  l'État  de  ses  frais  de  voyage  à  Marseille,  ci  : 
14,000  livres  (Inventaire  de  ta  Chambre  de  commerce  de  Marseitte,  AA,  90  et  91). 

2.  Joseph-Ignace  de  Lyle-Callian,  garde  de  la  marine  en  1732,  lieutenant  de  vais- 
seau en  1755,  capitaine  en  1770,  chef  d'escadre  en  1778.  —  Voy.  la  correspondance 
de  M.  De  Lyle-Callian,  commandant  L'Atalante,  avec  le  Secrétaire  d'État  de  /a 
marine  (Marine,  B*  //9). 

3.  M.  de  Demandolz  de  la  Palu,  enseigne  de  vaisseau  en  1755,  lieutenant  en  l'âô. 
décédé  en  1785. 


[1772J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  19 

Sur  les  onze  heures,  on  vint  nous  avertir  pour  aller  à  Taudience.  Le 
Bey  nous  reçut  fumant  sa  pipe  ;  il  me  toucha  la  main  et  aux  deux  plus 
anciens  officiers  qui  étaient  avec  moi,  le  Consul  lui  baisa  la  main,  et 
nous  nous  assîmes  à  côté  du  Bey.  Je  lui  dis  que  je  n'avais  pas  voulu 
passer  dans  sa  rade  sans  lui  faire  la  révérence  et  m'informer  par  moi- 
même  de  Tétat  de  sa  santé,  pour  en  rendre  compte  à  l'Empereur  de 
France  mon  maître  qui  s'y  intéresse  beaucoup.  J'entendais  ce  que  me 
disait  le  Bey  qui  me  parlait  en  italien,  et  le  Consul  lui  rendait  dans 
cette  langue  ce  que  je  lui  disais. 

Le  Bey  s'informa  beaucoup  de  l'état  où  j'avais  laissé  les  affaires  dans 
le  Levant.  Je  les  lui  présentai  sous  le  coup  d'œil  le  plus  avantageux 
que  je  pus  pour  le  Grand  Seigneur  et  je  fîs  beaucoup  valoir  les  secours 
en  grains  qu'il  avait  fournis  à  la  Porte,  dont  je  lui  dis  qu'il  était  fait 
ample  mention  dans  tout  le  Levant,  et  que,  sans  ces  secours,  on  y 
serait  mort  de  faim.  Effectivement,  il  leur  a  envoyé  près  de  cinq  cents 
bâtiments  chargés  de  grains. 

Le  Bey  me  demanda  ensuite  si  les  frégates  qu'on  armait  à  Toulon 
passeraient  à  Tunis  en  allant  dans  le  Levant;  j'ai  répondu  que  je 
l'ignorais.  Il  m'a  prié,  si  je  les  rencontrais,  de  les  y  faire  passer  attendu 
qu'elles  escorteraient  des  bâtiments  chargés  de  grains  qu'il  voulait 
envoyer  à  Constantinople.  Je  lui  ai  dit  que  je  ne  manquerais  pas  de 
le  recommander  au  commandant  de  ces  frégates  si  je  le  rencontrais... 

Le  Bey  fut  toujours  de  fort  bonne  humeur  et  me  fit,  à  ce  que  l'on 
m'a  dit,  la  plus  grande  politesse  qui  fût  de  prendre  du  café  en  môme 
temps  qu'il  m'en  fit  donner. 

Au  sortir  de  cette  audience,  on  me  conduisit  sous  prétexte  de  me  la 
faire  voir  à  une  nouvelle  salle  que  le  Bey  a  fait  construire.  J'y  trouvai 
le  gendre  du  Bey  qui  me  parla  du  remboursement  du  montant  des 
marchandises  prises  par  les  Russes  sur  un  de  nos  bâtiments  ;  que  la 
prétention  du  Bey  était  juste  et  clairement  fondée  sur  les  traités.  Je 
lui  répondis  que  tout  ce  que  je  pouvais  faire  était,  en  arrivant  en 
France,  d'en  écrire  à  notre  Ministre  puisque  le  Bey  souhaitait  que  je  le 
fisse.  Il  s'est  contenté  de  celte  réponse  et  m'a  présenté  gracieusement 
de  son  tabac  qui  ne  sentait  que  la  rose.  Le  21,  je  suis  revenu  à  mon 
bord  et,  le  27,  je  profitai  d'un  petit  vent  du  sud  pour  appareiller.  « 

{Marine^  B*  1  /7,  /*.  40.) 
DE  SAIZIBU  A  DK  BOYNES. 

40.  —  Funis^  21  novembre  i  772.  —  Les  frégates  du  Roi  LAialanie 
et  La  Flèche  sous  le  commandement  de  M.  de  Callian  ont  relâché  le  15 


20  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1772] 

de  ce  mois  à  La  Goulette.  Ce  commandant  étant  dans  la  nécessité  de 
renouveler  ses  vivres,  de  Saizieu  ne  jugea  pas  qu'il  pût  se  dispenser 
de  recevoir  du  Bey  une  audience  et  les  honneurs  d'usage.  Cette  audience 
a  été  d'autant  plus  agréable  que  chacun  s'est  abstenu  d'y  parler  des 
affaires  de  prise  et  des  réclamations  auxquelles  elles  peuvent  donner 
lieu. 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
LOUIS  XV  A  ALI,  BEY  DR  TUNIS. 

41.  —  Versailles^  30  novembre  1772.  —  c  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Ali-Chaouch  *  s'est  rendu  k  notre  Cour,  pour  exécuter  auprès  de  nous 
la  commission  dont  vous  l'avez  chargé.  Nous  lui  avons  donné  une 
audience  favorable.  Il  nous  a  remis  la  lettre  que  vous  nous  avez  écrite 
et  présenté  les  chevaux,  armes  et  autres  objets  que  vous  nous  aviez 
destinés.  Nous  les  avons  reçus  avec  plaisir  et  nous  sommes  bien  aise 
de  vous  remercier  de  cette  attention  de  votre  part.  Rien  ne  pouvait 
nous  être  plus  agréable  que  cette  nouvelle  marque  de  vos  dispositions, 
de  votre  amitié  et  de  votre  attachement  pour  notre  personne.  Ces  sen- 
timents vous  répondent  de  l'intérêt  sincère  que  nous  prenons  à  tout  ce 
qui  vous  regarde,  du  désir  que  nous  avons  de  rendre  les  liaisons  des 
Français  et  des  Tunisiens  toujours  plus  intimes,  de  notre  bienveillance 
particulière  et  de  notre  considération  pour  vous. 

Nous  vous  en  confirmons  bien  volontiers  l'assurance  et  nous  prions 
Dieu  qu'il  vous  ait,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  en  sa  sainte  et  digne 
garde.  » 

[Affaires  étrangères ^  Levant  et  Barbarie,  4773,  f.  546.) 
DE  BOYNES  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

42.  —  Versailles^  30  novembre  1772,  —  «  Très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur, 

Ali-Chaouch  m'a  remis  à  son  arrivée  la  lettre  que  vous  m'avez  fait 
l'honneur  de  m'écrire  et  les  présents  que  vous  avez  bien  voulu  me 
destiner.  J'ai  reçu  avec  beaucoup  de  reconnaissance  cette  marque  de 
votre  amitié,  et  j'y  ai  été  aussi  sensible  qu'à  la  bonté  avec  laquelle 
l'Empereur  mon  maître  m'a  permis  d'en  accepter  le  témoignage. 

Je  vous  prie  d'en  agréer  tous  mes  remerciements.  Ils  sont  aussi  sin- 
cères que  le  véritable  désir  que  j'ai  de  m'employer  pour  votre  service 
en  tout  ce  qui  pourra  vous  faire  connaître  l'intérêt  réel  que  j'y  prends. 

i.  Voy.  p.  17. 


[1772]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  2t 

Ces  sentiments  sont  cpnformes  aux  intentions  de  TEmpereur  mon 
maître  et  à  la  confiance  où  est  Sa  Majesté  Impériale  que  vos  disposi- 
tions, égales  à  ses  vues,  rendront  toujours  plus  intimes  les  liaisons  res- 
pectives des  Français  et  des  Tunisiens.  Je  serai  flatté  d'en  être  Theu- 
reux  instrument,  comme  j'y  suis  porté  par  inclination,  et  vous  me 
trouverez  disposé  en  tout  temps  à  vous  assurer  les  effets  des  bonnes 
grâces  et  de  la  prédilection  de  Sa  Majesté  Impériale.  J'espère  que,  de 
votre  part,  vous  voudrez  bien  m'en  procurer  tous  les  moyens,  avec  les 
mômes  principes  et  les  mêmes  soins,  pour  faciliter  les  différentes 
affaires  et  objets  qui  peuvent  y  contribuer  efficacement  et  avec  un 
avantage  réciproque. 

J*ai  présenté  à  Sa  Majesté  Impériale  Ali-Ghaouch,  qui  en  a  reçu 
l'accueil  le  plus  gracieux.  Cet  officier  ayant  bien  rempli  sa  commission 
y  a  éprouvé  toute  la  faveur  dont  elle  était  susceptible  et  a  déjà  dtï 
vous  en  rendre  compte.  Il  a  trouvé  ensuite  pendant  le  séjour  qu'il  a 
fait  à  Paris,  et  par  les  ordres  qui  y  ont  été  donnés,  les  meilleurs  trai- 
tements et  tous  les  agréments  qu'il  m'a  été  possible  de  lui  procurer  par 
considération  pour  vous.  Je  lui  dois  la  justice  qu'il  s'est  bien  et  très 
honnêtement  conduit  en  tout  point,  et  j'espère  que  vous  serez  satis- 
fait de  ses  relations  et  de  celles  que  j'ai  adressées  plus  en  détail  au 
sieur  de  Saizieu  auquel  vous  pouvez  vous  en  rapporter  sans  réserve. 
Ce  Consul,  digne  de  votre  bienveillance,  a  mon  entière  confiance  et 
vous  est  personnellement  attaché. 

Je  me  réfère  aux  explications  qu'il  a  été  chargé  de  vous  donner 
pour  l'affaire  de  Malte  où  nous  n'avons  rien  négligé.  A  l'égard  du 
médecin  que  vous  avez  envie  d'attirer  auprès  de  vous,  je  m'en  suis 
occupé  comme  si  c'était  pour  moi-même;  et  j'espère  que  je  ne  tarderai 
pas  de  vous  en  envoyer  un.  Il  n'a  pas  dépendu  de  moi  de  trouver  plus 
tôt  celui  qui  peut  vous  convenir  et  d'accélérer  son  départ  comme  je 
l'aurais  voulu;  vous  savez  qu'on  n'engage  pas  aisément  ceux  qui  sont 
bien  établis  à  s'expatrier, 

Ali-Chaouch  sera  ramené  à  Marseille  avec  les  mômes  attentions,  et 
je  lui  remets  cette  lettre  en  vous  envoyant  dans  le  même  paquet  la 
réponse  de  Sa  Majesté  Impériale.  Je  n'ai  plus  à  ajouter  aux  expres- 
sions qu'elle  contient,  dans  une  occasion  aussi  favorable,  que  celles  de 
rattachement  et  du  zèle  sur  lesquels  je  vous  prie  de  compter  partout 
où  je  pourrai  vous  convaincre  par  mes  services  que  je  suis  plus  que 
personne  au  monde,  très  illustre  et  magnifique  Seigneur, 

Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Archives  de  la  Régence  de  Tunis,  Palais  Dar^l-Bey,  177S  à  fSOt,  9.) 


2Î  CORRESPONDANCB  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1773; 

DE  BOYEIES  A  DB  SAIZIEU. 

43.  __  Versaillesy  7  décembre  1772.  —  Le  Ministre  lui  fait  savoir 
que  Mme  Dubarry,  qui  s'est  intéressée  à  l'Envoyé  de  Tunis  Ali-Chaouch. 
lui  envoie  une  médaille  d'or  à  Tefflgie  du  Roi. 

{Affaires  étrangèreSy  Levant  et  Barbarie,  117%,  f.  559.) 
DB  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

44.  —  Tunis,  i*^  janvier  1773.  —  Le  Consul  représente  au  Ministre 
que  tandis  que  les  commerçants  français  s'enrichissent  à  Tunis,  lui  seul 
s'y  endette  chaque  année ,  ses  dépenses  nécessaires  excédant  ses 
appointements.  Les  premières  en  effet  s'élèvent  par  an  à  16,778  livres 
tandis  que  ses  appointements  ne  sont  que  de  9,500  livres  S  d'où  il  res- 
sort un  déficit  annuel  de  7,278  livres  pour  les  seules  dépenses  de  maison, 
indépendamment  de  son  entretien,  de  celui  de  sa  famille  et  des  visite}» 
des  armements  du  Roi. 

{Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

45.  —  Tunw,  J2  janvier  1773.  —  «  Le  commerce  des  Français  à  Tunis 
augmente  chaque  année  en  proportion  de  la  consommation  croissante 
et  de  tout  genre  que  fait  la  nation.  Celle  des  draps  s'est  accrue  d'une 
manière  aussi  rapide  que  surprenante;  elle  monte  cette  année  à 
cent  vingt  ballots,  au  lieu  de  dix  à  peine  à  laquelle  elle  s'élevait  autre- 
fois. Cette  branche  de  son  commerce  a  aujourd'hui  la  préférence  sur  la 
concurrence  étrangère,  qui  ne  nuit  d'ailleurs  plus  aux  Français  dans 
aucune  partie  de  leur  marché. 

L'exportation  des  denrées  du  Royaume,  que  le  Bey  n'a  pas  voulu  per- 
mettre en  prétendant  auparavant  vendre  les  siennes  à  des  prix  excessifs, 
ne  pouvait  se  faire  jusqu'ici  par  nos  négociants  qu'en  contrebande  et  à 
leurs  risques  et  périls,  mais  elle  vient  de  cesser  complètement  par  la 
disgrâce  du  gouverneur  de  Sousse  qui  la  favorisait.  Cette  disgrâce  a 
intimidé  les  gouverneurs  des  autres  villes  maritimes,  de  sorte  qu'on  ne 
peut  plus  embarquer  aucune  denrée  sans  l'ordre  formel  du  Bey.  Ce 
Prince  a  cependant  promis  à  de  Saizieu  la  préférence  sur  les  Anglais  dans 
les  ventes  qu'il  autorise,  bien  que  ces  étrangersrenchérissent  à  l'infini.  ' 

{Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

1.  Son  train  de  maison  comprenait  un  secrétaire  à  600  1.,  un  cuisinier  à  400  !.. 
une  gouvernante  à  400  1.,  deux  domestiques  à  500  1.,  une  femme  de  chambre  à  200 b 
deux  marmitons  et  deux  Mores  pour  l'écurie  à  200  I.  11  dépensait  en  outre  100  mii- 
leroles  de  vin  de  Uble  à  24  1.,  soit  2,400  I.,  et  comptait  ses  frais  de  table  pour  six 
maîtres  et  huit  domestiques,  taxés  comme  à  Tauberge  nationale  à  1  piastre  i/2  les 
uns,  1  piastre  les  autres,  pour  33  I.,  soit  12,078  1.  et  au  total  16,178  1. 


[1773]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  23 

DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

46.  —  Tunis,  iô  janvier  4  775.  —  Le  Bey  est  fort  satisfait  du  trai- 
tement que  son  Envoyé,  Ali-Chaouch,  vient  d'éprouver  à  la  Cour.  De 
Saizieu  a  excité  plus  vivement  la  reconnaissance  de  son  gendre,  dont 
les  dispositions  et  les  soins  sont  préférables  pour  la  nation  ;  il  lui  a 
communiqué  tout  ce  que  le  Ministre  a  ordonné  par  rapport  au  choix 
d'un  médecin  que  sa  mauvaise  santé  réclame.  On  ne  saurait  trop 
ménager  Tamitié  de  ce  Ministre  qui  nous  est  fort  attaché  et  dont  Tappui 
préserve  la  nation  des  avanies  auxquelles  les  chrétiens  sont  générale- 
ment exposés  en  Barbarie.  Le  Consul  attend  avec  impatience  Toccasion 
de  revenir  sur  les  propositions  qu*iladéjà  faites  au  Bey,  conformément 
aux  vues  de  la  Compagnie  d'Afrique  ^  Ce  Prince  lui  refuse  le  rétablisse- 
ment du  Cap-Nègre,  parce  que  les  frais  que  nécessiterait  la  protection 
de  ce  comptoir  contre  les  nations  maures  qui  Tavoisinent  constituerait 
pour  lui  une  charge  que  la  Compagnie  ne  propose  pas  de  payer.  Sai- 
zieu s'est  borné  à  assurer  à  la  Compagnie  l'exercice  de  son  privilège  de 
la  pèche  dans  toutes  les  mers  du  Royaume. 

(Affaires  étrangères,  C*^  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

47.  —  Tunis,  17  février  1775,  —  Le  bâtiment  qui  ramenait  Ali- 
Chaouch  à  Tunis  ayant  par  méprise  doublé  le  Cap-Bon  n'a  pu  revenir  à 
La  Goulette  et  remettre  au  Consul  les  lettres  du  Ministre  que  quinze 
jours  après  l'arrivée  d'Ali-Chaouch,  qui  l'avait  quitté  et  avait  pris  la  voie 
de  terre  &  La  Galipie.  Le  retour  imprévu  de  cet  officier  qu'on  supposait 
encore  en  France  a  surpris  agréablement  le  Bey  et  son  gendre,  qui  ont 
entendu  avec  plus  d'intérêt  et  de  plaisir  la  relation  de  son  voyage.  Le 
gendre  du  Bey  a  été  flatté  du  témoignagne  public  que  le  Ministre  a 
donné  de  ses  égards  pour  lui.  11  a  fait  hommage  au  Bey  du  tapis  et  de 
la  montre  qu'Ali-Chaouch  lui  a  remis,  et  a  chargé  de  Saizieu  d'en  faire 
ses  plus  vifs  remerciements.  Il  a  été  également  dépouillé  par  le  jeune 
Bey,  son  beau-frère,  des  armes  que  M.  Leguay  *  lui  envoyait  et  qui  lui 
ont  fait  naître  l'envie  d'en  avoir  de  plus  riches  et  d'aussi  bonnes  pour 
son  usage.  Le  Consul  estime  que  dans  les  circonstances  présentes  ce 
nouveau  présent  est  indispensable. 

(Affaires  étrangères,  (?•»  de  Tunis,) 
DÉLIBÉRATION  DE  LA  NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

48.  —  Tunis,  25  février  1775.  —  «  La  nation  assemblée  autorise 
le  sieur  François  Barry,  député  en  exercice,  à  disposer  d'une  somme  de 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  tl. 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  15. 


24  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1773] 

3,000  piastres  pour  offrir  une  pièce  de  vaisselle  d*argent  au  Consul  de 
Saizieu,  à  Toccasion  de  Theureuse  délivrance  de  sa  femme.  La  nation 
s'empresse  de  saisir  cette  circonstance  pour  donner  à  son  Consul  une 
marque  de  reconnaissance  pour  ses  services;  elle  tient  à  lui  montrer 
quels  sentiments  Taniment  à  son  égard,  ainsi  q\ïk  satisfaire  à  une  poli- 
tesse d'usage  dans  les  Échelles  du  Levant...  » 

{Archives  de  la  Résidence  française  à  TuniSy  Reg.  des  délib.  de  la  Sation, 
n«  i,  XXVI,  p.  34,) 

DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

49.  —  T'unis,  3  mai  1773,  —  Les  frégates  du  Roi  sous  les  ordres 
de  M.  de  Blotefier  '  ont  relâché  le  30  avril  à  La  Goulette  où  elles  atten- 
dent un  vent  favorable  pour  aller  à  Malte  et  rafraîchissent  leurs  pro- 
visions. 

M.  de  Blotefier  a  reçu  les  honneurs  qu'on  rend  aux  officiers  com- 
mandants des  vaisseaux  du  Roi,  mais  sa  santé  ne  lui  ayant  pas  permis 
de  débarquer  pour  voir  le  Bey  il  lui  a  fait  faire  des  excuses  et  sa 
visite  parM.lecommandeur  de  Suffren*.  De  Saizieu  a  présenté  cet  officier 
sans  cérémonial  à  ce  Prince  pour  éviter  les  longueurs  et  la  dépense 
d'une  audience  publique. 

(Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

50.  —  Tunisy  20  mai  1773.  —  La  barque  du  Roi  L* Éclair  sous  les 
ordres  de  M.  de  Martelly'  a  relâché  à  La  Goulette  d'où  cet  officier 
compte  appareiller  aujourd'hui.  Le  Bey,  qui  avait  témoigné  le  désir 

!..  Joseph-François  de  Blotefier,  né  à  Compiègne  en  1115,  garde  de  la  marine  eo 
1732,  garde  du  pavillon  en  1734,  enseigne  de  vaisseau  en  1741,  lieutenant  en  175i, 
capitaine  en  1757.  On  ne  retrouve  plus  ses  services  à  partir  de  1759,  date  à  laquelle 
il  fut  fait  prisonnier  comme  capitaine  du  Modeste,  de  Tescadre  commandée  par 
M.  de  la  Clue.  Il  avait  épousé  Henriette-Françoise  de  la  Croix  de  Mayrargues. 

2.  Pierre-André,  bailli  de  SufTren,  de  Saint-Tropez,  troisième  fils  de  Paul  de  Suf- 
fren,  chevalier,  seigneur  de  Saint-Tropez,  Richebois  et  La  Mâle,  marquis  de  Saint- 
Cannat,  et  de  Marie  Iliéronyme  de  Bruni  de  SulTren,  de  La  Tour  d'Aiguës.  Né  à 
Saint-Cannat  en  1729,  garde  de  la  marine  en  1743,  ch*'  de  Malte  en  1748,  enseigne 
de  vaisseau  en  1748,  lieutenant  en  1756,  capitaine  de  frégate  en  1767,  commandeur 
de  Malle  en  1771,  capitaine  de  vaisseau  en  1772,  chef  d'escadre  en  1782,  bailli  de 
rOrdre  de  Malte  en  1782,  lieutenant-général  en  1783,  vice-amiral  en  1784,  décédé  à 
Paris  en  1788.  Les  États  de  Provence  firent  frapper  une  médaille  k  son  effigie, 
en  1784,  avec  cette  inscription  :  Le  Cap  protégé,  Trinquemalé  pris,  Goudelour  délivré. 
Plnde  défendue,  six  combats  glorieux.  —  Yoy.  la  correspondance  du  ch*'deSu(rren. 
commandant  la  frégate  La  Mignonne,  relative  à  sa  croisière  en  Levant  et  en  Bar- 
barie en  1773-1774,  *  et  le  Journal  manuscrit  de  SufTren  dans  Tlnde  en  17S4 
(Marine,  B*  iU  et  197), 

3.  De  Martel ly-Chau tard,  enseigne  de  vaisseau,  puis  major  de  la  marine,  était 
lieutenant  d'artillerie  en  1766  et  commandait,  .en  1770,  une  des  galiotes  alors 
employées  au  bombardement  de  Tunis.  Il  était  capitaine  d'artillerie  commandant 
VÊclair  en  1775  et  La  Pléyade  en  1778.  —  Voy.  sa  correspondance  avec  le  Ministère 
de  la  marine  (Marine,  B^  iiS  etsuiv.). 


[1773]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  25 

d'obtenir  des  passeports  du  Grand  Maître  de  Malte  pour  son  armement 
de  Portefarine,  s'est  désisté  de  cette  prétention,  et  se  borne,  aujourd'hui 
à  faire  demander  au  Grand  Maître  des  ordres  pour  que  ses  comman- 
dants n'attaquent  pas  ses  pavillons. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DB  BOYNES  A  DE  SAIZSEU. 

51.  —  Versailles^  14  juin  1773.  —  Le  Ministre  le  félicite  de 
l'accroissement  du  commerce  des  Français  à  Tunis,  et  l'entretient  de 
la  nouvelle  demande  que  fait  le  Bey  d'un  bon  médecin  français. 

{Affaires  étrangères  y  Levant  et  Barbarie^  1773,  /*.  SiO.) 
DE  BOYNES  A  DE  SAIZIEU. 

52.  —  Versailles,  21  juin  1773,  —  On  l'exhorte  à  demander  répa- 
ration des  insultes  qu'un  capitaine  français  a  éprouvées  de  la  part  de 
trois  galères  de  Tunis. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie  y  i773.  f,  38  f,) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

53.  —  Tunis,  22  juin  1773.  —  Le  Bey  a  reçu  M.  de  Martelly, 
commandant  la  barque  L Éclair,  en  audience  publique,  lui  a  fait  rendre 
les  honneurs  et  a  autorisé  le  départ  de  tous  les  bâtiments  de  la 
nation  qui  ont  voulu  profiter  de  son  escorte  pour  le  Levant. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

54.  —  Tunis,  5  juillet  i  773.  —  Le  Consul  rend  compte  au  Ministre 
de  la  nécessité  de  réparer  le  Fondouk  '. 

C'est  le  seul  logement  de  la  nation  à  Tunis;  il  assure  la  personne  et 
les  biens  des  Français,  et  il  a  toujours  conservé  pour  eux  et  les  gens 
du  pays  le  droit  d'asile  et  la  plus  haute  considération.  Ses  privilèges 
sont  nombreux,  exclusifs,  et  leur  titre  ne  tient  qu'à  lui,  les  Puissances 
du  pays  les  respectent  et  les  Algériens  seuls  ont  osé  les  violer.  La 
sûreté  de  la  nation  et  sa  résidence  dépendent  donc  de  la  conservation 
du  Fondouk,  qui  n'ayant  pas  été  entretenu  pendant  la  dernière  guerre 
a  besoin  non  seulement  de  réparations  mais  encore  d'agrandissement, 
étant  devenu  complètement  insuffisant  pour  le  logement  des  nationaux. 

(Affaires  étrangèi*es.  G'**  de  Tunis,) 
DE  BOYNES  A  DB  SAIZIEU. 

56.  —  Ve7*sailles,  16  août  1773.  —  On  lui  recommande  le  sieur 
Mallet  de  la  Brossière,  médecin  de  la  marine,  qui  s'est  déterminé  bipasser 

i.  Résidence  consulaire.  Voy.  ce  mot  aux  tables  des  tomes  I  et  II. 


26  CORRESPONDANCE  DES  BËYS  ET  DBS  CONSULS  [1773] 

à  Tunis  pour  y  soigner  le  Bey  et  son  gendre.  Il  pourra  faire  réparer, 
mais  avec  toute  l'économie  possible,  les  logements  du  Fondouk. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie^  i77S,  f.  4S4.) 
DE  BOYNRS  A  MALLET  DE  LA  BROSSIÈRB  ^ 

56.  —  Compiègne,  16  août  1773.  —  «  Sur  le  compte  qui  m'a  été 
rendu  du  dessein  où  vous  êtes  de  passer  à  Tunis  pour  y  traiter  le  Bey 
et  son  gendre,  je  me  suis  fait  un  plaisir  de  vous  faciliter  ce  voyage,  en 
vous  procurant  le  quartier  de  vos  appointements  de  médecin  de  la 
marine  au  port  de  Brest  et  2,000  livres  de  gratification. 

En  arrivant  à  Tunis  vous  vous  rendrez  chez  le  sieur  Saizieu,  Consul 
de  France;  il  vous  présentera  au  Bey  et  à  son  gendre.  Je  ne  suis  pas  en 
peine  que  vous  ne  cherchiez  à  leur  rendre  vos  soins  utiles,  et  c'est  votre 
intérêt.  Vous  n'aurez  qu'à  vous  conformer  aux  avis  que  vous  donnera 
le  sieur  de  Saizieu,  et  je  suis  persuadé  que  ce  Consul  ne  négligera  rien 
pour  vous  faire  retirer  de  ce  voyage  k  Tunis  tous  les  avantages  que  vous 
vous  promettez.  Je  compte  également  qu'il  n'aura  qu'à  se  louer  de  la 
conduite  que  vous  tiendrez  dans  ce  pays;  elle  doit  être  très  mesurée.  » 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  1773,  f,  4S4,) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNBS. 

67.  —  Tunis,  22  septembre  1773.  —  11  a  annoncé  au  Bey  la  pro- 
chaine arrivée  du  sieur  de  la  Brossière,  choisi  pour  résider  auprès  de 
lui  en  qualité  de  médecin.  Ce  Prince,  qui  s'est  pourvu  d'un  médecin 
italien,  n'en  aura  pas  moins  pour  lui  la  préférence  et  les  égards  que  ses 
lumières  et  la  protection  du  Ministre  lui  assurent.  De  Saizieu  a  disposé  le 
gendre  du  Bey  à  rendre  son  traitement  aussi  honorable  qu'avantageux, 
et  M.  de  la  Brossière  n'aura  pas  à  regretter  d'avoir  quitté  la  France  s'il 
parvient  à  guérir  ou  à  soulager  le  Bey. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNBS. 

58. —  Versailles,  /"  novembre  1773.  —  Le  Ministre  l'autorise  à 
accepter  le  présent  de  la  pièce  d'argenterie  que  les  marchands  français 
à  Tunis  ont  l'intention  de  lui  offrir  en  témoignage  des  bons  offices 
qu'il  n'a  cessé  de  leur  rendre  dans  l'exercice  de  ses  fonctions. 

[Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  4773,  f.  650.) 

i.  Mallet  de  la  Brossière,  médecin  de  la  marine  &  Brest,  reçut  pour  le  décidera 
se  rendre  à  Tunis  une  indemnité  de  1/200  1.  pour  frais  de  voyage  et  une  gratifi- 
catioB  exceptionnelle  de  2,000  liv.  Son  traitement  avait  été  fixé  par  le  Bey  à  6,0001. 
Il  arriva  au  mois  de  novembre  1113,  mais  ne  sut  pas  se  rendre  agréable  à  ce 
Prince,  manqua  d'égards  vis-à-vis  du  Consul  de  France,  et  demanda  son  congé  au 
bout  de  six  mois.  —  Voy.  Précis  concernant  la  mission  à  Tunis  du  sieur  Mallet  de  la 
Brossière,  par  de  Saizieu  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis). 


[4774]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  27 

DE  SAIZIEU  A  DE  BOTNES. 

59.  —  7 unis,  5  novembre  i  773.  —  Il  a  fait  entreprendre  les  tra- 
vaux de  réparations  du  Fondouk,  en  veillant  à  ce  qu'on  procède  avec 
une  stricte  économie.  Les  projets  d'agrandissement  seront  remis  au 
temps  où  Taccroissement  progressif  du  commerce  de  la  nation  les  aura 
rendus  indispensables.  Le  manque  des  récoltes  en  Europe  et  Tabon- 
dance  des  grains  et  denrées  dans  le  Royaume  de  Tunis  y  ont  amené 
une  foule  de  bâtiments  et  d'étrangers,  qui  en  moins  de  quatre  ans 
ont  rendu  TËchelle  la  plus  riche  et  la  plus  commerçante  du  Levant. 

(Affaires  étrangères,  O*^  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

60.  —  Tunis,  i 2  décembre  1773,  —  Il  a  remis  au  gendre  du  Bey 
les  pistolets  que  le  Ministre  lui  a  permis  de  présenter  en  son  nom. 
Ce  Prince  s'en  est  montré  très  satisfait,  et  il  lui  a  renouvelé  ses  protes- 
tations d'amitié  et  de  dévouement. 

(Affav*es  étrangères,  C*''  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

61.  —  Tunis,  i2  décembre  1773.  — }i.  deGueudreville*,  Inspecteur 
du  commerce  de  Marseille,  lui  a  témoigné  le  désir  d'être  renseigné  sur 
les  affaires  du  Consulat.  Il  ne  manquera  pas  de  lui  donner  satisfaction. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DE  BOYNES  A  DE  SAIZIKU. 

62.  —  Versailles f  24  janvier  1774.  —  Le  Ministre  le  félicite  de  la 
part  qui  revient  à  sa  personne  et  à  son  zèle  au  sujet  de  l'accroissement 
prodigieux  du  commerce  de  l'Échelle  de  Tunis  '. 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  4774,  f,  5$.) 
DÉLIBÉRATION  DE  LA  NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

63.  —  Tunis,  29  janvier  1774.  —  La  nation  fixe  le  traitement  du 
chirurgien  qui  remplacera  le  sieur  Joseph  Dufour^à  1,200  piastres 
ainsi  réparties  :  300  piastres  sur  les  deniers  de  la  caisse  nationale, 
100  piastres  fournies  par  chacune  des  huit  maisons  établies  sur  cette 
Ëchelle,  et  100  piastres  fournies  par  le  Consul. 

(Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis,  Reg.  des  délib.  de  la  Nation,  n*»  ;?. 
XXVII,  p.  35.) 

1.  François-Etienne  Bourgeois  de  Guendreville,  intendant  de  la  marine  à  Toulon, 
du  18  février  17*72  au  9  novembre  1776.  Il  devint  plus  tard  Inspecteur  du  commerce 
du  Levant  et  Président  de  la  Compagnie  royale  d'Afrique. 

2.  Liste  des  bâtiments  français  entrés  dans  le  royaume  de  Tunis  en  1774  :  201, 
sortis  du  dit  royaume  :  118.  —  Voy.  plus  loin  TÉlat  commercial  de  rÉchelle  de 
Tunis  de  1760  à  1776,  par  de  Saizieu. 

3.  Voy.  tome  II,  p.  640. 


iS  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS     [1T74; 

DE  BOYRES  A  DE  SAIZIEU. 

64.  —  Tunis,  4  mars  i  774.  —  La  frégate  de  guerre  anglaise  Baven 
est  venue  exprès  de  Mahon  pour  ramener  au  Bey  seize  Babaresques 
esclaves  à  Naples  qui  s*étaient  sauvés  sur  des  vaisseaux  de  sa  nation. 
Le  chevalier  Âfflick,  capitaine  de  cette  frégate,  a  donné  à  sa  mission 
toute  la  publicité  nécessaire  pour  conserver  le  mérite  à  son  pays.  Le 
Bey,  sensible  à  cette  attention  sans  précédent  en  Barbarie,  en  a  témoigné 
toute  sa  reconnaissance  dans  Taudience  qu*il  a  donnée  à  cet  officier, 
et  il  lui  a  fait  rendre  les  plus  grands  honneurs. 

M.  de  Martelly  ayant  paru  dans  la  rade  à  cette  époque,  de  Saizieu 
s*est  rendu  à  son  bord  pour  lui  proposer  de  tirer  parti  de  sa  relâche  à 
La  Goulette  où  la  frégate  anglaise  se  trouvait  encore  et  de  demander 
les  mômes  honneurs.  Le  Bey  les  a  aussitôt  accordés  et  a  désiré  voir 
M.  de  Martelly,  à  qui  il  a  témoigné  les  meilleures  dispositions.  M.  de 
Martelly  est  ensuite  retourné  à  son  bord  où  le  Bey  s^est  empressé  de 
lui  procurer  les  rafraîchissements  dont  il  avait  besoin. 

{Affaires  étrangères,  O**  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYNES. 

66.  —  lunis,  iO  avril  1774,  —  Le  Bey  est  indisposé  et  a  permis 
au  sieur  Mallet  de  la  Brossière  de  le  voir  en  qualité  de  médeciD, 
quoique  en  concurrence  avec  les  Italiens  qui  sont  auprès  de  lui  et  qui 
prétendent  diriger  son  traitement.  Le  gendre  du  Bey  semble  prendre 
confiance  en  lui.  Ce  qui  le  prouve,  c'est  qu^il  lui  a  fait  obtenir 
6,000  livres  d*appoinlements,  une  maison,  un  drogman  et  des  chevaux 
pour  ses  voyages  au  Bardo. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
MÉMOIRE  DU  ROI  POUR  SERVIR  D'INSTRUCTION  A  DE  PEYNIRR  ^ 

66.  —  Versailles,  4  mai  1  774.  —  «  Le  sieur  de  Peynier  devra  montrer 
le  pavillon  du  Roi  à  Alger  puis  ^  Tunis.  Arrivé  dans  ce  dernier  port,  il 
s'entendra  avec  le  Consul  de  Saizieu  pour  complimenter  le  Bey  et  lui 
donner  des  marques  de  bienveillance  capables  de  faciliter  le  succès  des 
affaires  des  Français  dans  son  pays.  Il  réglera  avec  le  Consul  ce  qui 
regarde  les  saints,  Taudience  qu'il  demandera  au  Bey  et  le  discours 
qu'il  tiendra  à  ce  Prince.  Un  séjour  de  quatre  ou  cinq  jours  suffira  dans 
chacune  des  rades  dWlger  et  de  Tunis.  » 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  i774,  f.  5.W.) 

1.  Capitaine  de  vaisseau,  commandant  la  frégate  La  Flore.  II  fut  placé  peu  après 
sous  les  ordres  du  bailli  de  SufTren,  et  commanda  l'escadre  de  7  navires  destinés 
à  rester  dans  l'Inde  en  1783.  —  Son  frère  Louis  de  Peynier  est  plus  connu.  11  eut 
à  la  même  époque  une  brillante  carrière  dans  l'intendance  des  colonies,  notam- 
ment à  La  Martinique. 


ri7741  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  29 

DE  BOYNES  A  DE  SAIZIEU. 

87.  —  Vei^ailleSy  4  mai  1774.  —  On  Tinforme  de  la  mission  du 
sieur  de  Peynier,  capitaine  de  vaisseau,  à  Tunis,  en  Tinvitant  à  assister 
cet  ofÛcier  de  tout  son  pouvoir. 

{Affaires  élrangét*es,  Levant  et  BarbaHe,  1774,  f,  343.) 
LOUIS  IVI  A  ALI,  BëY  DE  TUNIS. 

68.  —  Versaillesy  42  mai  1774,  —  «  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Dieu  vient  d'appeler  à  lui  notre  très  honoré  Seigneur  et  aïeul 
Louis  XV,  Empereur  de  France,  de  glorieuse  mémoire.  Il  nous  serait 
impossible  de  vous  exprimer  la  douleur  et  Taffliction  oîi  nous  a  jeté  un 
coup  aussi  affreux  qu'inattendu. 

Ce  Prince  a  succombé  avant-hier,  à  la  suite  d'une  maladie  cruelle; 
la  Providence  nous  a  enlevé,  et  à  ses  peuples,  le  meilleur  des  pères  et  le 
meilleur  des  Empereurs,  et  les  étrangers  perdent  un  ami  de  Thuma- 
nité,  un  allié  fidèle  et  sincère. 

Nous  connaissons  trop  les  sentiments  qu'il  vous  avait  inspirés  pour 
n'être  pas  assuré  que  vous  donnerez  des  regrets  à  la  mémoire  de  cet 
auguste  monarque.  Le  droit  de  notre  naissance  et  les  lois  fondamen- 
tales de  l'Empire  de  France  nous  ont  appelé  au  trône  de  nos  ancêtres, 
et  nous  avons  pris  les  rênes  de  l'Empire  français  au  milieu  des  accla- 
mations de  nos  peuples  qui  nous  ont  donné  les  marques  les  plus  vraies 
de  leur  respect  et  de  leur  amour  pour  notre  personne  sacrée.  Dieu,  qui 
lit  dans  tous  les  cœurs,  est  témoin  que  nous  n'avons  d'autre  désir  que 
de  marcher  sur  les  traces  de  notre  auguste  aïeul;  la  droiture  et  la  jus- 
tice seront  toujours  le  fondement  et  le  lien  de  l'attachement  de  nos 
sujets  comme  de  l'amitié  des  nations  étrangères. 

Nous  confirmons  d'autant  plus  volontiers  les  traités  qui  existent 
entre  la  France  et  la  Régence  de  Tunis  que  nous  sommes  convaincu  que 
vous  en  remplirez  fidèlement  les  conditions  et  que  vous  rendrez  à  notre 
couronne  impériale  et  à  no^  sujets  tout  ce  qui  peut  affirmer  de  plus  en 
plus  la  paix,  l'amitié  et  la  correspondance  la  mieux  établie.  C'est  dans 
cette  confiance  que  nous  avons  voulu  vous  assurer  nous-même  de  notre 
affection  et  de  notre  haute  bienveillance. 

Nous  envoyons  nos  pleins  pouvoirs  au  sieur  de  Saizieu,  que  nous 
confirmons  dans  sa  place  de  Consul  et  de  Chargé  de  nos  affaires 
auprès  de  vous.  Nous  lui  donnons  ordre  de  vous  présenter  cette  lettre, 
et  nous  vous  requérons  d'ajouter  entière  foi  et  créance  &  tout  ce  qu'il 


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30  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1774] 

vous  dira  en  notre  nom.  Sur  ce,   nous    prions   Dieu  qu'il  vous  ait, 
illustre  et  magnifique  Seigneur,  en  sa  sainte  et  digne  garde,  n 

{Affaires  étrangères^  C**»  de  Tunis.) 
DE  BOYNES  A  ALI,   BEY  DE  TUNIS. 

69.  —  Versailles,  12  mai  1774,  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

C'est  du  sein  de  la  douleur  la  plus  profonde  et  des  larmes  de  tous 
les  Français,  que  je  vous  apprends  la  mort  de  l'Empereur  de  France 
Louis  XV,  mon  très  honoré  seigneur  et  mattre,  et  Tavènement  à  la  cou- 
ronne de  son  auguste  petit-fils  Louis,  Dauphin  de  France,  qui  a  pris  les 
rênes  du  gouvernement  selon  les  droits  de  sa  naissance  et  à  la  satis- 
faction entière  de  ses  sujets;  ses  qualités  personnelles  et  ses  hautes 
vertus  sont  les  présages  les  plus  heureux.  Je  désire  n'être  jamais 
auprès  de  Sa  Majesté  Impériale  que  l'interprète  de  votre  attachement 
envers  la  France  et  l'organe  de  la  bienveillance  de  Sa  Majesté  Impériale 
dont  je  vous  remets  la  lettre  comme  le  signe  et  le  sceau  d'une  bonne 
correspondance  dont  il  ne  tiendra  qu'à  vous  de  rendre  les  liens 
durables  et  les  effets  heureux. 

Je  suis  cordialement  et  plus  parfaitement  que  possible,  très  illustre 
et  magnifique  Seigneur, 

Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  1774,  f,  279.) 
DE  SAIZICU  A  DE  BOYNES. 

70.  —  Tunis,  30  mai  1774.  —  Le  Bey  a  pris  peu  de  temps  et  sans 
succès  les  bains  chauds  et  les  eaux  minérales  de  Hammam-Lif  ^  d'où 
il  est  allé  à  sa  maison  du  cap  Garthage  sans  rentrer  à  Tunis.  Le  Consul, 
auquel  il  permet  d'occuper  une  maison  auprès  de  la  sienne,  a  reçu  de 
ce  Prince  des  marques  d'attention  et  d'amitié  ;  grâce  à  cette  bienveil- 
lance, dont  notre  agent  est  seul  bénéficiaire,  aucune  affaire  n'est  en 
souffrance. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
ALI,   BEY  DE  TUNIS,  A  LOUIS  XVI. 

71.  —  Tunis ^...  mai  1  774.  —  «  Le  plus  honoré,  le  plus  magnifique, 
le  plus  grand  des  Empereurs  chrétiens  qui  marche  accompagné  de  la 
puissance  et  de  la  majesté,  mon  très  sincère,  très  illustre  et  très  haut 
ami  l'Empereur  Louis,  —  dont  Dieu  veuille  diriger  les  pas  et  couronner 
As)Sf>  entreprises  par  les  succès  les  plus  heureux  !  —  Après  vous  avoir  pré- 

1.  Station  thermale  et  de  bains  de  mer,  à  i5  kil.  de  Tunis. 


1^774]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  31 

sente  des  hommages  et  des  respects  en  témoignage  de  la  grande  amitié 
que  j'ai  pour  votre  illustre  personne,  avec  les  vœux  que  je  forme  pour 
votre  conservation,  je  vous  informerai  que  j'ai  reçu  par  les  mains  de 
votre  Consul  la  lettre  que  votre  haute  amitié  envers  moi  vous  a  porté  à 
m'écrire  pour  me  faire  part  de  Tafûigeante  nouvelle  du  décès  de  l'Em- 
pereur votre  grand- père  et  pour  m'annoncer  en  même  temps  votre  avè- 
nement au  trône  impérial  de  France;  en  qualité  d'allié  et  d'ami  de  votre 
couronne  je  ne  puis  trop  vous  exprimer  la  joie  que  je  ressens  de  cette 
bonne  nouvelle  qui  me  présage  les  suites  les  plus  heureuses  pour 
Tunion  et  la  bonne  intelligence  qui  règne  déjà  entre  nous.  Dieu  con- 
serve vos  jours  pendant  un  règne  le  plus  long  et  le  plus  heureux.  Mon 
très  honoré  et  haut  ami,  je  suis  dans  la  ferme  persuasion  qu'à 
l'exemple  de  l'Empereur  votre  aïeul  de  glorieuse  mémoire,  vous  vous 
montrerez  religieux  observateur  des  conditions  des  traités  de  paix  et 
d'amitié  qui  subsistent  entre  nos  deux  nations,  et  que  vous  ne  permet- 
trez aucune  démarche  capable  d'interrompre  cette  bonne  harmonie 
mutuelle  si  avantageuse  aux  intérêts  et  à  la  tranquillité  de  nos  sujets 
respectifs;  étant  dans  la  résolution  de  suivre  de  mon  côté  les  mêmes 
principes,  je  me  flatte  de  la  continuation  de  votre  haute  amitié.  Votre 
honorable  Consul  qui  réside  auprès  de  moi  est  chargé  de  vous  faire 
parvenir  cette  lettre  d'amitié  que  je  finis  par  la  prière  que  je  vous  fais 
de  me  maintenir  dans  l'honneur  de  votre  souvenir.  Que  Dieu  vous 
donne  une  longue  vie  et  la  comble  de  prospérités  !  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

ALI.   BEY  DE  TUNIS,  A  DE  BOYNES. 

72.  —  TuniSy...  mai  1774.  —  «  Le  plus  distingué  entre  les  Seigneurs 
qui  professent  la  religion  du  Messie,  le  plus  éclairé  des  Ministres  qui 
conduisent  les  affaires  des  chrétiens,  très  illustre,  très  honoré  et  très 
sincère  ami  le  Vizir  de  l'Empereur  de  France  —  que  Dieu  le  conduise  et 
le  dirige  dans  toutes  ses  entreprises!  —  Après  vous  avoir  présenté  des 
saints  en  témoignage  de  la  haute  considération  que  j'ai  pour  votre 
noble  personne,  je  vous  ferai  savoir  que  j'ai  reçu  votre  lettre  pleine 
d'amitié,  qui  me  fait  part  d'un  côté  de  la  nouvelle  affligeante  du 
décès  de  notre  bon  et  haut  ami  l'Empereur  de  France,  et  qui  me  notifie 
d'autre  part  l'avènement  au  trône  impérial  de  son  petit-fils,  que  vous 
me  marquez  avoir  toutes  les  belles  qualités  les  plus  propres  à  lui 
concilier  les  cœurs  dans  le  degré  d'élévation  où  l'a  placé  le  droit  de 
sa  naissance.  Cet  événement  m'a  rempli  de  joie  et  je  forme  au  ciel 
en  sa  faveur  les  vœux  les  plus  sincères  pour  qu'il  plaise  à  la  divine 


32  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1774' 

Providence  lui  donner  un  esprit  de  conseil  dans  Tadministration  des 
affaires  de  son  empire  et  lui  accorder  un  règne  long  et  heureux  qui 
procure  aux  peuples  qu'il  a  k  gouverner  toute  la  tranquillité  et  les 
agréments  qu'ils  peuvent  désirer;  ses  amis  et  ses  alJiés  jouiront  de  ces 
avantages  avec  l'espoir  fondé  qu'ils  ont  que  l'Empereur  votre  maître 
sera  fidèle  et  religieux  observateur  de  la  foi  des  traités  qu'il  a  avec  eux  ; 
je  me  flatte  en  mon  particulier  que  rien  ne  sera  capable  d'altérer  Thar- 
monie  et  la  bonne  intelligence  qui  subsistent  entre  sa  nation  et  la 
mienne;  je  serai  très  attentif  à  saisir  tous  les  moyens  qui  pourront  me 
maintenir  dans  sa  haute  amitié I  Au  reste,  illustre  et  sincère  ami,  je 
désire  que  vous  jouissiez  auprès  de  votre  Empereur  de  toute  la  consi- 
dération que  vous  méritez  et  que  toutes  les  affaires  que  vous  entre- 
prendrez sous  ses  auspices  vous  réussissent  au  gré  de  vos  désirs  et  à 
sa  plus  grande  satisfaction.  Veuillez  me  donner  de  temps  en  temps  de 
vos  nouvelles  et  n'oubliez  pas  votre  ami.  Vivez  et  prospérez.  Adieu.  » 

{Sceau)  (Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 

RENOUVELLEMENT  DES  TRAITÉS. 

73.  —  Le  BardOf  3  juin  1774.  —  «  En  présence  d'Ali-Paçha,  Bey, 
Seigneur  souverain  de  la  ville  de  Tunis  la  bien  gardée,  et  Hamouda- 
Pacha,  notre  fils  aimé,  ainsi  soit-il. 

La  France  ayant  eu  le  malheur  de  perdre,  après  un  long  et  glorieux 
règne,  le  puissant  et  bien-aimé  Empereur  Louis  XV  du  nom,  qui  sera 
à  jamais  regretté  et  d'heureuse  mémoire  pour  ses  amis  et  fidèles  sujets, 
partageant,  en  cette  première  qualité,  la  douleur  de  son  auguste  suc- 
cesseur et  l'empressement  qu'il  nous  montre  de  resserrer  et  maintenir 
la  paix  et  l'union  qui  régnent  depuis  si  longtemps  entre  ses  États  et 
les  nôtres,  animé  du  même  désir  et  de  la  plus  entière  confiance,  nous 
agréons  la  confirmation  des  traités  que  le  chevalier  de  Saizieu  a  Tordre 
et  le  pouvoir  de  l'Empereur,  son  maître,  de  faire  avec  nous,  et  renou- 
velant et  confirmant  tous  les  susdits  traités  pour  nous  et  nos  succes- 
seurs Beys  dans  ce  royaume,  de  la  manière  la  plus  authentique  et 
la  plus  conforme  aux  intentions  du  puissant  et  glorieux  Empereur 
Louis  XVI,  dont  nous  avons  reconnu  les  dispositions  et  les  pleins  pou- 
voirs, expédiés  sous  le  sceau  impérial  de  Versailles,  le  iâ  mai  1774, 
en  faveur  et  au  nom  du  dit  sieur  chevalier  de  Saizieu,  chargé  de  ses 
affaires  auprès  de  nous  et  Consul  de  France  en  notre  royaume,  nous 
avons,  avec  le  susdit  Consul  et  notre  cher  fils,  souscrit  et  ratifié,  ainsi 
que  nous  confirmons  et  renouvelons  tous  et  chacun  de  nos  dits  traités, 
leur  adjoint  et  supplément  avec  la  France,  en  vertu  de  la  présente 


[1774]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  33 

déclaration  donnée  sous  le  sceau  de  Dieu,  en  notre  palais  du  Bardo, 
le  âl  de  la  lune  de  Rebi-el-eouel,  Tan  de  Thégire  1188,  ce  qui  revient 
au  3  du  mois  de  juin  1774.  » 

{Sceau  (fAlij  Bey  de  Tunis.)  de  Saizieu. 

{Affaires  élrangêres^  Salle  des  Traités.) 
DE  SAIZIEU  A  DE  BOYIfES. 

74.  —  Twnw,  6  juin  1774.  —  Le  Consul,  ayant  appris  la  nouvelle 
de  la  mort  du  Roi  Louis  XY  et  Tavènement  de  son  petit-fils  Louis  XYI, 
s'est  empressé  de  faire  connaître  ces  événements  au  Bey  et  à  son 
gendre  dans  une  audience  particulière,  puis  dans  une  audience  publique 
et  nationale  qu'il  a  fait  demander  et  à  laquelle  il  s'est  rendu  avec  tous 
les  Français  en  deuil.  Le  Bey  s'est  réellement  attendri  à  la  traduction 
des  lettres  du  Roi  et  du  Ministre,  et  il  a  témoigné  ses  sentiments  et  ses 
regrets  dans  les  termes  les  plus  capables  de  rassurer  les  sujets  de  Sa 
Majesté. 

De  concert  avec  le  gendre  du  Bey,  de  Saizieu  a  obtenu  de  ce  Prince 
le  renouvellement  des  traités.  Le  Consul  a  fait  annoncer  dans  tous  les 
ports  du  royaume  Tavènement  de  Louis  XVI  et  a  appelé  à  Tunis  tous 
les  capitaines  français  qui  se  trouvent  à  La  Goulette,  qu'il  a  invités  à  la 
fête  nationale  donnée  pour  le  célébrer;  les  personnes  les  plus  distin- 
guées de  la  Cour  du  Bey  et  du  pays  y  ont  pris  part. 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
DE  BOYNES  A  DE  SAIZIEU. 

76.  —  Versailles^  i  i  juillet  i  7  74.  —  Le  Bey  de  Tunis  a  écrit  à 
Sa  Majesté  pour  la  complimenter  sur  son  avènement  au  trône.  La  Cour 
en  a  été  satisfaite,  et  le  Consul  a  l'ordre  d'en  aviser  ce  Prince. 

(Affaires  étrangères j  Levant  et  Barbarie ,  4774,  f.  494.) 
LE  B<»n  TURGOT  '  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

76.  —  Versailles,  25  juillet  i774.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

L'Empereur,  mon  maître,  en  faisant  de  nouvelles  dispositions  dans 
le  département  des  Ministres  qui  composent  son  conseil  suprême, 
a  daigné  me  confier  le  gouvernement  des  affaires  de  la  mer  dont 
M.  François  de  Boy  nés  était  chargé. 

4.  Anne-Robert-Jacques  Turgot,  baron  de  TAuIne,  ancien  Maître  des  requêtes, 
puis  Intendant  de  la  généralité  de  Limoges.  Sa  nomination  au^inistère  de  la 
Bfarlne  est  du  20  juillet  1774.  11  fut  appelé  un  mois  plus  tard  aux  fonctions  de 
Contrôleur  général  des  finances. 

3 


34  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1774] 

Sa  Majesté  Impériale  m*a  commandé  de  vous  le  faire  savoir,  et 
comme  ce  changement  n'en  doit  apporter  aucun  à  la  correspondance 
que  je  continuerai  de  tenir  avec  vous,  je  m'applaudis  qu'elle  soit  établie 
sur  les  fondements  solides  d'un  intérêt  et  d'une  amitié  réciproques 
entre  vous  et  les  Français.  Je  me  repose  sur  les  assurances  qui  ont  été 
données  de  votre  part  à  mon  prédécesseur,  pour  l'exacte  observation 
des  traités  d'où  dépendent  les  droits  de  la  bannière  et  de  la  nation 
françaises,  inséparables  de  la  tranquillité  et  des  avantages  des  pays 
que  vous  gouvernez.  Mes  dispositions  sont  droites  et  sincères;  les 
ordres  supérieurs  que  j'ai  reçus  au  pied  du  trône  me  font  un  devoir 
de  suivre  avec  le  plus  grand  soin  les  affaires  qui  intéressent,  k  Tunis, 
les  sujets  de  Sa  Majesté  Impériale. 

J'ai  trop  grande  opinion  de  vous  pour  croire  que  vous  sortirez  jamais 
des  voies  de  la  vérité  et  de  la  justice,  et  je  vous  prie  d'être  bien  assuré 
que  je  ne  désire  que  de  cimenter  de  plus  en  plus  l'harmonie  et  la  bonne 
intelligence  qui  subsistent  heureusement.  Sa  Majesté  Impériale  a  bien 
voulu  m'autoriser  à  vous  renouveler  en  son  auguste  nom  les  témoi- 
gnages de  sa  bienveillance,  et  s'il  m'est  permis  d'y  ajouter  les  vœux 
que  je  fais  pour  la  prospérité  de  votre  gouvernement,  je  me  flatte  que 
vous  verrez  aussi  avec  plaisir  l'offre  de  mes  services  comme  l'expres- 
sion amiable  des  sentiments  distingués  avec  lesquels  je  suis  plus 
cordialement  que  personne  au  monde, 

Très  illustre  et  magnifique  Seigneur, 

Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  AU  B«»  TDKGOT. 

77.  —  Tunis,  2  août  i  774.  —  La  frégate  du  roi  La  Flore,  sous  le 
commandement  de  M.  Peynier  *,  a  mouillé  à  La  Goulette  le  24  juillet.  Le 
Consul  s'est  rendu  à  bord  le  25  pour  saluer  cet  offîcier  et  il  lui  a  fait 
rendre  les  honneurs  du  pavillon.  Le  Bey  s'est  empressé  d'accorder  à 
M.  Peynier  une  audience  publique;  celui-ci  s'y  est  rendu  avec  son  état- 
major  et  tous  les  nationaux  en  habit  de  deuil.  Le  Prince  a  dit  des 
choses  très  obligeantes  et  montré  Tintérét  qu'il  prenait  à  l'avènement 
du  Roi.  M.  Peynier,  n'ayant  rien  de  particulier  à  traiter  avec  le  Bey,  en  a 
pris  congé  dans  la  même  audience  et  est  parti  le  30,  emmenant  avec 
lui  nos  bâtiments  de  l'Ëchelle  destinés  au  Levant. 

(Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.) 


1.  Voy.  la  note  1,  p.  28. 


[1774]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  36 

LE  C^  DE  SARTINE  *  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

78.  —  Compiègne,  25  août  1774.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

L'Empereur,  mon  maître,  vient  de  me  charger  du  gouvernement 
des  affaires  de  la  mer,  à  la  place  de  M.  le  baron  Turgot  que  Sa  Majesté 
Impériale  a  revêtu  d'une  autre  dignité.  Elle  m'a  si  fortement  recom- 
mandé l'honneur  et  la  liberté  de  son  pavillon,  qu'en  vous  notifiant  un 
événement  qui  doit  me  mettre  en  relations  avec  vous,  je  dois  aussi 
vous  faire  connaître  mes  véritables  sentiments.  Ils  se  rapportent  essen- 
tiellement h  la  dignité  de  la  couronne  et  à  la  sûreté  des  sujets  de  l'em- 
pire autant  qu'au  bien  de  la  paix  et  au  maintien  de  la  bonne  intelligence. 
Je  connais  assez  les  qualités  et  les  dispositions  qui  vous  distinguent 
pour  m'assurer  que  nos  intérêts  respectifs  deviendront  plus  indisso- 
lubles sous  votre  gouvernement  et  la  tranquillité  plus  durable  et  hors 
d'atteinte.  C'est  ce  que  Je  désire  le  plus  et  rien  ne  me  sera  plus  agréable 
que  de  pouvoir  vous  donner,  au  milieu  d'une  satisfaction  entière  et  réci- 
proque, des  marques  de  ma  haute  considération  pour  votre  personne. 

Permettez-moi  de  vous  présenter  l'offre  de  mes  services  comme 
l'expression  amiable  des  sentiments  distingués  avec  lesquels  je  suis 
plus  cordialement  que  personne  au  monde, 

Très  illustre  et  magnifique  Seigneur, 

Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
LE  C^  DE  SARTINE  A  DE  SAIZIEU. 

79.  —  Versailles,  26  septembre  1774,  —  11  ne  devra  pas  manquer 
de  demander  réparation  au  Bey,  au  sujet  de  l'insulte  qu'un  capitaine 
français  vient  d'éprouver  en  mer  de  la  part  d'un  reïs  tunisien. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  4774,  /*.  610,) 
ALI,  BBY  DE  TUNIS,  AU  C^  DE  SARTINE. 

80.  —  Tunis,,.,  septembre  1774.  —  «  Au  plus  illustre  des  Seigneurs 
qui  professent  la  religion  du  Messie,  directeur  des  affaires  des  chré- 
tiens, mon  respectable  et  honorable  et  haut  ami  le  comte  de  Sartine, 
Vizir  du  magnifique  et  puissant  Empereur  de  France,  salut. 

Après  vous  avoir  exposé  les  sentiments  de  l'amitié,  de  l'estime  et  de 
la  considération  qui  m'attachent  sincèrement  à  vous  et  m'étre  informé 
de  l'état  de  votre  santé  à  laquelle  je  m'intéresse  infiniment,  mon  amitié 

1.  Antoine-Raymond-Jean-Gualberl-Gabriel,  comte  de  Sartine,  d*abord  Conseiller 
an  Châtelet,  puis  Lieutenant  criminel  et  Lieutenant  général  de  la  police.  11  fut 
chargé  du  Secrétariat  d'État  de  la  Marine  le  24  août  1174. 


36  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1774j 

pour  vous  exige  de  moi  que  je  vous  fasse  part  de  la  joie  complète  que 
m'a  causée  la  lecture  de  la  lettre  qui  m'a  été  remise  de  votre  part.  J'y  ai 
vu  que  mon  haut  et  puissant  ami  l'Empereur  de  France,  ayant  reconnu 
dans  vous  une  prudence  et  une  habilité  peu  communes  dans  les  affaires, 
vous  en  avait  confié  l'administration  ainsi  que  celles  de  la  marine  et 
vous  avait  élevé  au  poste  distingué  et  important  de  son  vizir  et  de  son 
conseiller  intime.  Cet  heureux  événement  me  présage  et  à  tous  les  amis 
l'avenir  le  plus  agréable  par  l'espérance  que  nous  concevons  des  avan- 
tages réciproques  que  nous  retirerons  de  la  sagesse  de  votre  administra- 
tion. Je  vous  en  fais  bien  volontiers  mon  compliment  et  je  souhaite 
que  toutes  vos  entreprises  réussissent  au  gré  et  k  la  satisfaction  de 
l'Empereur  votre  maître  et  que  vous  jouissiez  longtemps  de  ses  faveurs. 
J'espère  que  j'en  ressentirai  les  effets  salutaires  par  les  soins  et  l'atten- 
tion que  vous  apporterez  à  maintenir  et  cimenter  l'union  et  la  bonne 
intelligence  qui  régnent  entre  nos  deux  nations  ;  je  ne  négligerai  rien 
de  mon  côté  de  tout  ce  qui  pourra  concourir  à  fortifier  la  paix  qui 
nous  unit  et  qui  tendra  à  rendre  indissolubles  les  liens  de  l'amitié  qui 
en  est  la  base.  Que  Dieu  vous  conserve  longues  années  en  prospérité!  » 

(Sceau)  {Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 

LE  Ç^  DB  8ARTINE  A  DE  SAIZIEU. 

81.  —  Fontainebleau^  /7  octobre  1774,  —  Il  a  appris  avec  plaisir 
que  M.  de  Peynier  avait  reçu  un  excellent  accueil  du  Bey  de  Tunis.  Il 
en  a  soumis  les  détails  à  Sa  Majesté.  «  Sensible  aux  démonstrations 
d'attachement  que  le  Bey  a  données  publiquement  dans  cette  occasion 
pour  son  auguste  personne,  Sa  Majesté  m'a  ordonné  de  vous  charger 
de  lui  témoigner  toute  la  satisfaction  qu'elle  en  a  ressentie.  Elle  a 
reconnu  avec  plaisir,  aux  égards  marqués  que  ce  Prince  a  eus  pour 
M.  de  Peynier,  que  ses  dispositions  pour  les  Français  étaient  d'autant 
plus  sincères  qu'elles  avaient  paru  excitées  parles  seules  circonstances 
qui  ont  accompagné  la  mission  de  cet  officier,  sans  que  l'absence  de 
Sidi  Mustapha  ait  rien  diminué  des  sentiments  qu'il  devait  lui  faire 
paraître  ainsi  qu'à  la  nation.  » 

{Affaires  étrangèresy  levant  et  Barbarie,  1774,  f.  689.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^*^  DE  SARTINE. 

82.  —  Tunis^  19  novembre  1 774.  —  Le  gendre  et  Ministre  du  Bey, 
à  qui  nous  sommes  déjà  redevables  de  si  nombreux  et  importants  ser- 
vices, vient  de  nous  donner  une  nouvelle  preuve  de  son  affection  pour 
nous,  en  employant  son  crédit  au  rachat  des  gens  de  l'équipage  du 
patron  Guasco,  que  le  .Consul  n'avait  pu  obtenir  à  aucune  condition. 


[1775]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  37 

Ce  rachat  a  été  eflFectué  au  prix  total  de  19,771  fr.  08,  au  lieu  de 
celui  de  21,000  francs  qui  avait  été  fixé  à  Tépoque  de  cette  prise. 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 
DE  SAIZIEU  AU  G^°   DE  SARTINE. 

83.  —  Tunis j  i2  décembre  i774,  —  Le  Consul  a  reçu  un  placet  des 
esclaves  corses  amenés  et  vendus  avant  l'annexion.  Leur  nombre 
se  réduit  aujourd'hui  à  49.  Quelques-uns  d'entre  eux  ont  acquis  le 
prix  de  leur  rançon,  d'autres  Tobtiendraient  de  leurs  familles  et  des 
œuvres  pies  d'Espagne  et  de  Rome,  si  le  Gouvernement  actuel  de  Tunis 
paraissait  plus  disposé  à  en  traiter. 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
LE  C^  DE  SARTINE  A    DE  SAIZIEU. 

84.  —  Venailles^  6  mars  4775.  —  On  l'avise  des  ordres  donnés 
au  chevalier  de  Bompar,  capitaine  de  vaisseau  *,  pour  protéger  par 
une  croisière  les  bâtiments  des  marchands  français  '. 

* 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbai*iey  177 6 y  f.  i47,) 
MÉMOIRE  DU  ROI  POUR  SERVIR  D'INSTRUCTION  AU  CH*'  DE  BOMPAR. 

85.  —  Versailles,  6  mars  i77ô.  —  Ordres  semblables  à  ceux  qui 
ont  été  donnés  à  M.  de  Peynier  le  4  mai  1774,  au  sujet  de  la  visite  de 
courtoisie  que  M.  de  Bompar  doit  faire  au  Bey  de  Tunis. 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie^  477$,  f.  1à^,) 
DE  SAIZIEU  AU  C^«  DE  SARTINE. 

86.  —  Tunis,  28  mars  1775,  —  La  frégate  du  roi  L Aurore,  com- 
mandée par  M.  de  Bompar,  a  mouillé  le  15  au  cap  Carthage. 

Ce  commandant  a  été  reçu  en  audience  publique  au  Bardo.  Le  Bey  Ta 
fort  bien  accueilli  et  lui  a  confirmé  les  meilleures  dispositions  à  l'égard 
de  tous  les  Français,  ajoutant  qu'il  désirait  envoyer  un  Ambassadeur 
à  Versailles  pour  complimenter  le  nouveau  Roi. 

(Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis,) 
LOUIS  XVI  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

87.  —   Versailles,  6  juillet  1775.  —  «  Illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, 

i.  Le  ch*''  de  Bompar,  né  à  Grasse  en  1728,  garde  de  la  marine  en  1746,  enseigne 
de  vaisseau  en  1754,  sous-aide-major  en  1756,  aide-major  en  1757,  lieutenant  en 
1764,  ch*'  de  Saint-Louis  en  1770,  capitaine  de  vaisseau  en  1772,  commandant  la 
frégate  L'Aurore  de  1714  à  1775,  puis  de  1778  à  1779,  brigadier  des  armées  du  Roi 
en  1782,  retraité  comme  chef  d'escadre  en  1785,  mort  à  Marseille  en  1804  (52  ans 
de  services  et  13  campagnes). 

2.  L'État  des  armements  de  la  Régence  de  Tunis  en  1775  apprend  qu'elle  avait 
en  mer  15  galiotes  armées  en  course;  il  y  en  avait  6  le  long  des  côtes  de  Sfaz. 


38  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [177S] 

Nous  vous  informons  avec  plaisir  que  Mme  la  comtesse  d'Artois  S 
notre  chère  et  bien  aimée  belle-sœur,  vient  d'accoucher  heureusement 
d'un  Prince  que  nous  avons  nommé  Duc  d'Ângouléme  '.  Après  avoir 
remercié  TÊtre  Tout-Puissant  de  cette  faveur,  nous  n'avons  rien  de 
plus  pressé  que  d'en  faire  part  aux  Princes  nos  amis  et  nos  alliés. 
Nous  comptons  trop  sur  les  sentiments  qui  vous  lient  &  notre  per- 
sonne, pour  ne  pas  être  assuré  que  vous  apprendrez  avec  satisfaction 
un  événement  qui  nous  remplit  de  joie.  Vous  devez  être  bien  persuadé 
que  nous  prendrons  toujours  beaucoup  de  part  à  tout  ce  qui  vous 
arrivera  d'heureux. 

Nous  faisons  des  vœux  pour  votre  prospérité,  et  nous  prions  Dieu, 
illustre  et  magnifique  Seigneur,  qu'il  vous  ait  en  sa  sainte  et  digne 
garde.  » 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  4775,  f.  52$.) 
LE  C^^  DE  SARTINB  A  DE  SAIZIEU. 

88.  —  Versailles,  Si  juillet  1775.  —  On  lui  communique  uo 
mémoire  du  sieur  Mallet  de  la  Brossière,  médecin  de  la  marine  ',  conte- 
nant des  plaintes  amères  sur  l'inexécution  des  conditions  qui  l'avaient 
déterminé  &  aller  soigner  le  Bey  de  Tunis. 

(Affaires  étrangèi^s.  Levant  et  Barbarie,    4775,  f.  49S,) 
DE  SAIZIEU  AU  C^  DE  SARTINE. 

89.  —  Tunis,  5  août  i77ô.  —  Trois  galères  de  Malte,  avisées  par 
quelque  marchand  chrétien  fréquentant  Tunis,  vinrent  dans  la  nuit  du 
12  juillet  incendier  dans  la  rade  de  La  Goulette  deux  bâtiments  du 
Bey  désarmés,  en  massacrèrent  les  gardiens  et  sortirent  de  cette  rade 
avant  le  jour.  Cette  entreprise  a  failli  motiver  un  soulèvement  général 
contre  les  chrétiens,  auxquels  on  l'attribuait.  Le  Bey  et  ses  Ministres 
parurent  d'abord  partager  le  ressentiment  et  l'indignation  du  peuple, 
qui  ne  fut  apaisé  que  par  le  châtiment  des  officiers  chargés  de  garder 
la  rade  \ 

(Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 
DE  SAINT-DIDIER  '  A  AU,  BEY  DE  TUNIS. 

90.  —  Versailles,  9  août  1  775.  —  «  Très  illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, 

1.  Marie-Thérèse  de  Savoie. 

2. 11  épousa,  en  1790,  la  fille  de  Louis  XVI,  Marie-Thérèse-Charlotte,  sa  cousine. 

3.  Voy.  la  note  1,  p.  26. 

4.  Voy.  sur  cet  incident  les  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  187. 

5.  Jean-Charles-Nicolas-Amé  Cardin  de  Saint-Didier,  né  à  Sisteron  en  1740,  élevé 
comme  enfant  de  langue  aux  frais  du  Roi,  entra  au  secrétariat  d'Étal  de  la  marioe 
en  1756.  Il  travailla  longtemps  sous  les  ordres  de  son  oncle,  M.  Leguay,  premier 


[4775]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  39 

Je  suis  très  fâché  que  les  soins  de  M.  de  la  Brossière  n'aient  pas 
rétabli  entièrement  votre  santé  si  précieuse  au  pays  de  Tunis  que  vous 
gouvernez  avec  tant  d*habileté  et  de  sagesse,  à  la  nation  française 
qui  n'oubliera  jamais  les  services  que  vous  lui  avez  rendus,  et  à  vos 
amis,  dans  le  nombre  desquels  je  vous  prie  de  me  placer.  Personne 
n^a  une  plus  haute  estime  pour  vos  brillantes  qualités  et  ne  vous  est 
plus  sincèrement  attaché  que  moi.  Je  suis  Ûatté  que  cette  occasion 
me  mette  à  portée  de  vous  peindre  mes  sentiments.  Jusques  ici, 
M.  de  Saizieu  en  a  été  l'interprète .  Je  sais  combien  vous  aimez  ce 
Consul;  vous  lui  en  donnez  tous  les  jours  des  marques;  vous  ne  devez 
pas  douter  du  plaisir  qu'elles  me  font  par  le  tendre  attachement  et 
Famitié  particulière  qui  me  lient  depuis  ma  plus  tendre  jeunesse  à  ce 
Consul. 

J'espère  que  vous  ferez  toujours  ressentir  de  l'attachement  que  vous 
avez  pour  la  France  nos  négociants  établis  dans  le  royaume  de  Tunis 
et  nos  navigateurs  qui  y  relâchent.  En  resserrant  de  plus  en  plus  les 
liens  d'amitié  entre  les  deux  nations,  vous  ne  pourrez  qu'ajouter  à 
votre  gloire  et  à  votre  réputation. 

Je  vous  prie  d'accepter  une  marque  d'amitié  que  M.  de  Saizieu  vous 
présentera  de  ma  part,  et  de  faire  agréer  mes  vœux  et  mes  hommages 
au  Bey  votre  souverain.  Je  n'oublierai  jamais  les  bontés  qu'il  m'a 
témoignées  en  1766  '.  Je  fais  les  vœux  les  plus  ardents  au  Ciel  pour 
votre  entier  rétablissement.  Puissiez-vous  vivre  de  longues  années 
pour  le  bonheur  des  Tunisiens! 

J'ai  l'honneur  d'être  avec  la  considération  la  plus  distinguée,  très 
illustre  et  magnifique  Seigneur, 

Votre  parfait let  sincère  ami  et  serviteur.  » 

{Archives  du  gouvemetnent  tunisien.  Palais  Dar-el-Bey,  1773-1  SOI,  10,) 

ALI,  BEY  DE  TUNIS,  A  LOUIS  XVI. 

91.  —  Tunis,,,  septembre  1775.  —  «  A  notre  sincère  et  véritable  et 
grand  ami  l'Empereur  de  France,  revêtu  de  la  plus  sublime  majesté  et 

commis  du  bureau  des  Consulats,  auquel  il  succéda  en  mars  1782,  après  avoir  élé 
pendant  quelque  temps  Consul  général  de  France  &  Naples.  Il  remplit  deux  mis- 
sions en  Levant  pour  y  réformer  les  abus  de  la  caravane,  et  fit  partie,  comme  com- 
missaire-ordonnateur, de  l'escadre  du  Prince  de  BaufTremont-Listenois,  en  mission 
à  Tunis  en  1766.  Il  fut  mis  à  la  retraite  en  1793.  La  Chambre  de  commerce  de 
Marseille  lui  allouait  une  pension  annuelle  de  8,000  liv.,et  ses  appointements  s'éle- 
vaient à  20,000  1.,  sans  compter  3,000  1.  pour  frais  de  bureau.  Ses  attributions 
comprenaient  toute  la  correspondance  politique  et  consulaire  du  département  de 
la  marine  en  pays  étrangers.  Il  avait  épousé  en  1777  M"*  de  l'Isle,  fille  d'un  pre- 
mier commis  du  département  des  finances. 

1.  Pendant  le  séjour  de  l'escadre  du  Prince  de  Listenois  à  Tunis.  Voy.  tome  11, 
p.  634. 


>0  COHRESPONDANCB  DES  BËYS  ET  DES  CONSULS  [1173] 

le  la  plus  haute  grandeur,  possesseur  de  Vaulorité,  de  la  gloire  et  de 
'bODueur,  je  fais  les  vœux  les  plus  ardents  pour  son  bonheur,  et  forme 
>our  tout  ce  qui  peut  l'intéresser  les  souhaits  les  plus  favorables  que 
puisse  inspirer  la  sincère  amitié. 

J'ai  reçu  la  lettre  pleine  de  bonté  dont  i)  a  plu  k  Votre  Majesté  de 
s'honorer,  et  j'ai  marqué  an  nombre  des  jours  heureux  pour  moi  celui 
)b  cette  faveur  m'est  parvenue  :  m'annoncer  la  naissance  du  fils  de  votre 
illustre  frère  est,  de  la  part  de  Votre  Majesté,  une  marque  de  bienveil- 
ance  et  d'amitié  &  laquelle  j'ai  été  de  la  dernière  sensibilité  et  qui  est 
Lrès  propre  k  augmenter  les  sentiments  de  respect  et  d'attachement 
lue  j'ai  voués  ft  votre  personne  sacrée.  J'ai  pris  la  part  la  plus  vive  a 
la  joie  qu'a  causée  à  Votre  Majesté  cet  heureux  événement.  Je  souhaite 
que  votre  règne  soit  marqué  par  une  longue  suite  d'événements  glo- 
rieux qui  en  faisant  le  bonheur  public  feront  le  vôtre  particulier.  Animé 
lu  désir  d'assurer  Votre  H^esté  des  dispositions  où  je  suis  d'exécuter 
Sdèlement  les  traités  qui  sont  entre  la  couronne  de  France  et  cette 
Régence,  et  de  resserrer  de  plus  en  plus  les  liens  de  l'amitié  réciproque, 
l'ai  osé  lui  adresser  cette  lettre  respectueuse;  je  me  flatte  que  Votre 
M^esté  la  recevra  avec  bonté  et  daignera  me  donner  de  temps  en 
:emps  des  marques  de  son  souvenir  précieux.  » 

{A/fairet  itrangirta,  C"  de  Tunis.) 

DE  SAIZIBU  AD  C**  DE  SARTINE. 

92.  —  /"«ni»,  X6  septembre  1 775.  —  La  naissance  du  duc  d'Angou- 
éme  a  été  notifiée  par  le  Consul,  dans  une  audience  publique,  au  Bey 
jui  en  a  témoigné  sa  satisfaction.  A  cette  occasion  de  Saizieu  a  donné 
me  féLe  &  la  nation  française  dans  la  maison  consulaire. 

[Sceau)  (Affairai  ilrangères,  C"  de  Tuni*.) 

93.  —  Tunit,  28  septembre  /775.  —  Mémoire  du  Consul  de  Saiuen 
mr  le  gouvernement,  les  productions  et  le  commerce  de  la  Régence 
le  Tunis. 

[Affaire*  étrangères.  Mim.  et  Doc.  Afrique,  t.  IV,  f  US.) 

LE  C'*  DB  5ARTINE  A  DE  SAIZIBL'. 

94.  —  Versailles,  23  octobre  /  775.  —  Le  Ministre  lui  fait  part  de  la 
nissiOQ  du  sieur  de  Faucher  à  Tunis.  Il  lui  recommande  d'éluder  la 
proposition  que  fait  le  Bey  de  celte  Régence  d'envoyer  un  de  ses  sujets 
;n  France  pour  féliciter  le  Roi  sur  son  avènement  au  trûne. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  i7H,  f.  et  t.) 


[4775]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  41 

MÉMOIRE    DU     ROI    POUR    SERVIR    D'INSTRUCTION 
A  DE  FAUCHER  *  ET  DE  NARBONRE-PELLET  *. 

95.  —  Versailles,  23  octobre  i775.  —  Ces  officiers,  chargés  d*aller 
croiser  dans  les  mers  de  Barbarie  et  du  Levant,  devront  faire  escale  à 
Alger,  puis  à  Tunis,  et  s'entendre  avec  les  Consuls  pour  aller  saluer  les 
chefs  de  ces  Régences  et  pour  les  assurer  des  dispositions  amicales  de 
la  Cour  de  France. 

{Affaires  éirangires^  Levant  et  Barbarie,  /775,  f.  67â  et  6S3.) 
ALI,   BEY  DE  TUNIS,  A  LOUIS  XVI. 

96.  —  Le  Bardo,  octobre  1775.  —  «  A  notre  sincère,  véritable  et 
grand  ami  l'Empereur  de  France,  revêtu  de  la  plus  sublime  majesté  et 
de  la  plus  haute  grandeur,  possesseur  de  Tautorité  et  de  la  gloire.  Je 
fais  les  vœux  les  plus  ardents  pour  son  bonheur  et  forme  pour  tout 
ce  qui  peut  l'intéresser  les  souhaits  les  plus  favorables  que  puisse 
inspirer  la  sincère  amitié. 

Dans  le  temps  que  je  mets  toute  mon  attention  à  exécuter  avec  la 
plus  scrupuleuse  exactitude  les  traités  qui  sont  entre  la  couronne  de 
France  et  cette  Régence  et  que  je  ne  néglige  rien  de  ce  qui  peut  con- 
courir à  entretenir  la  bonne  harmonie  qui  règne  entre  les  deux 
royaumes,  dans  cet  instant-là  même,  où  me  reposant  sur  la  pureté  de 
mes  intentions,  sur  la  droiture  de  mes  actions  et  sur  la  foi  des 
traités,  je  crois  jouir  de  la  plus  grande  tranquillité,  elle  vient  d'être 
troublée  par  un  événement  qui  a  rempli  mon  àme  de  la  plus  cruelle 
amertume;  ma  douleur  est  si  grande  que  j'ai  cru  devoir  la  déposer 
dans  le  sein  de  Votre  Majesté. 

Votre  Majesté  est  instruite  que  le  principal  port  de  cette  Régence 
nommé  La  Goulette  est  ouvert  à  toutes  les  Puissances  amies  et  alliées, 
que  de  jour  et  de  nuit  leurs  vaisseaux  entrent  et  sortent  librement 
sans  être  assujettis  à  la  moindre  gêne.  Quatre  vaisseaux  de  cette 
Régence,  armés  par  ordre  de  la  Sublime  Porte  et  pour  son  service, 
après  avoir  rempli  la  commission  dont  ils  avaient  été  chargés,  sont 
rentrés  dans  le  port  de  La  Goulette  et  ont  mouillé  au  milieu  de  cin- 

1.  Louis-François  de  Faucher,  garde  de  la  marine  en  1734.  sous-lieu tenanl  d'ar- 
tillerie en  1741,  lieutenant  en  1751,  capitaine  de  vaisseau  en  1757,  colonel  d'artil- 
lerie en  1762,  brigadier  des  armées  navales  en  1771,  commandant  la  brigade  de 
Toulon  en  1773,  commandant  la  frégate  L'Engageante  en  1775,  chef  d'escadre  en  1776, 
retraité  comme  lieutenant  général  en  1776.  (52  ans  de  services  et  20  campagnes.) 
Nous  l'avons  déjà  rencontré  à  Tunis,  en  1770,  alors  qu'il  commandait  Le  Sagitlaire, 
de  l'escadre  de  M.  de  Broves. 

2.  De  Narbonne-Pellet,  lieutenant  de  vaisseau  en  1759,  garde  du  dépôt  des  plans, 
cartes  et  journaux  de  la  marine  en  1762,  capitaine  de  vaisseau  en  1771,  comman- 
dant la  frégate  La  Flore  en  1775,  mort  en  mer  le  5  décembre  1775. 


42  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [iT75' 

quante  à  soixante  vaisseaux  marchands  qui  étaient  à  Tancre  dans  le 
môme  port.  A  peine  arrivés,  les  troupes  qui  étaient  dessus  débarquèrent, 
et  Ton  commença  à  décharger  les  munitions  de  guerre  et  de  bouche. 
J'envoyai  quatre  officiers  à  bord  de  chaque  vaisseau  pour  présider  à 
cette  opération  ;  dans  le  temps  que  les  quatre  vaisseaux  étaient  dans 
la  plus  parfaite  sécurité  et  croyaient  jouir  de  la  même  sécurité  dont 
jouissent  les  vaisseaux  européens  mouillés  à  La  Goulette,  quelques 
galiotes,  parties  de  Ttle  de  Malte,  entrèrent  de  nuit  dans  le  port,  pas- 
sèrent au  milieu  des  cinquante  à  soixante  vaisseaux  qui  y  étaient 
mouillés,  vaisseaux  dont  le  plus  grand  nombre  étaient  français,  et  pro- 
fitant des  ténèbres  de  la  nuit  brûlèrent  deux  des  quatre  vaisseaux 
tunisiens,  et  massacrèrent  les  quatre  officiers  que  j*avais  envoyés. 

Dès  que  Ton  aperçut  du  fort  de  La  Goule tte  la  flamme  des  vaisseaux 
incendiés.  Ton  disposa  les  batteries  et  Ton  voulut  faire  feu  sur  l'ennemi, 
mais  les  officiers  du  fort  ayant  observé  qu'il  y  avait  en  face  des  baitertes 
une  quinzaine  de  vaisseaux  français  qui  seraient  exposés  au  feu  du 
canon  et  qui  courraient  le  risque  d'être  coulés  h,  fond,  ils  n*osèrent 
tirer  et  restèrent  immobiles,  sans  savoir  de  quelle  manière  ils  devaient 
se  conduire  dans  une  si  triste  conjoncture.  La  crainte  d'encourir  mon 
indignation,  celle  de  faire  un  tort  considérable  aux  négociants  proprié- 
taires de  ces  vaisseaux  et  plus  encore  le  respect  qu'ils  devaient  au 
pavillon  de  Votre  Majesté  les  retint  et  les  empêcha  de  tirer  vengeance 
de  leurs  ennemis. 

Si  l'on  fait  réflexion  qu'il  a  été  impossible  aux  corsaires  maltais  de 
pouvoir  distinguer  dans  les  ténèbres  de  la  nuit  les  vaisseaux  tunisiens 
qui  étaient  à  Tancre  au  milieu  de  soixante  vaisseaux  européens,  on  ne 
doutera  point  qu'ils  n'aient  eu  un  guide  qui  a  dirigé  leur  marche.  Les 
Maltais  sont  nos  ennemis,  ils  nous  font  tout  le  mal  qu'ils  peuvent,  ils 
prennent  nos  bâtiments  ou  les  coulent  à  fond,  et  mettent  &  la  chaîne 
ceux  qui  les  montent;  mais  jamais  ils  ne  brûlent  nos  bâtiments,  surtout 
quand  ils  sont  mouillés  au  milieu  d'autres  vaisseaux  européens,  parce 
que  vous  savez  bien  sur  qui  retomberait  le  dommage  qui  serait  causé 
aux  vaisseaux  marchands.  Il  est  évident  que  les  Maltais  ont  tué  les 
officiers  qui  étaient  sur  les  vaisseaux  incendiés  afin  que  les  guides  qui 
ont  dirigé  leur  marche  ne  fussent  pas  découverts. 

Mon  dessein  était  de  faire  les  recherches  les  plus  sévères  pour  décou- 
vrir ces  guides  et  les  punir  de  leur  trahison,  mais  les  représentations 
de  quelques-uns  de  mes  amis  et  particulièrement  celles  du  Consul  de 
France  m'en  ont  détourné.  Ce  Consul  craint  que,  la  plupart  des  vais- 
seaux qui  étaient  alors  dans  le  port  étant  français,  les  coupables  dans 


\ino]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  43 

la  recherche  qui  aurait  lieu  ne  se  trouvassent  être  français.  Il  a  fait  ses 
efforts  pour  éloigner  cette  recherche  et  il  m*a  conseillé  de  m'adresser 
à  Votre  Majesté.  J'ai  cru  devoir  déférer  à  la  prière  de  ce  Consul. 

Puisque  la  tranquillité  et  la  sûreté  sont  bannies  du  port  de  La  Gou* 
lette,  je  dois  prendre  les  précautions  les  plus  grandes  pour  les  y  rap- 
peler; je  ferai  visiter  les  bâtiments  qui  y  entreront  de  jour  et  de  nuit 
ou  qui  en  sortiront,  enân  je  n'oublierai  rien  de  ce  qui  pourra  con- 
courir à  rétablir  la  sûreté  ;  mais  ces  précautions  porteront  un  dom- 
mage considérable  à  plus  de  cinquante  négociants  et  entraîneront  la 
ruine  du  commerce.  Elles  seront  cause  que  Ton  portera  des  plaintes 
continuelles  ô,  Votre  Majesté  et  qu'on  Timportunera  par  des  lettres  et 
des  requêtes.  Je  ne  puis  me  résoudre  à  faire  une  démarche  qui  puisse 
le  moins  du  monde  occasionner  de  la  peine  et  des  embarras  à  Votre 
Majesté.  C'est  pour  éviter  cet  inconvénient  que  j'ai  pris  le  parti  de 
représenter  à  Votre  Majesté  les  choses  comme  elles  se  sont  passées,  et 
de  remettre  k  ses  hautes  lumières  et  k  sa  justice  éclatante  à  décider 
cette  importante  affaire.  Je  connais  trop  l'équité  de  Votre  Majesté  pour 
m'imaginer  qu'elle  approuve  ce  qui  s'est  passé,  et  je  m'en  remets  abso- 
lument à  son  jugement  tel  qu'il  sera.  Du  reste  je  me  comporterai 
comme  par  le  passé,  le  port  de  La  Goulette  sera  libre  comme  il  l'a  tou- 
jours été,  et  je  ne  souffrirai  point  qu'aucun  vaisseau  soit  inquiété,  ni 
que  l'on  cause  le  moindre  dommage  à  personne.  J'attendrai  la  réponse 
de  Votre  Majesté  :  je  me  flatte  qu'elle  voudra  bien  avoir  égard  à  mes 
justes  représentations  et  qu'elle  daignera  se  ressouvenir  de  moi. 
J'adresse  mes  vœux  les  plus  ardents  au  Tout-Puissant  pour  qu'il 
éloigne  tout  ce  qui  pourrait  altérer  la  bonne  intelligence  et  qu'il  affer- 
misse tout  ce  qui  peut  concourir  k  la  paix  et  à  la  tranquillité.  » 

(Sceau)  *  (Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 

LOUIS  XVI  A  AU,  BEY  DE  TUNIS. 

97.  —  Fontainebleau^  i  i  novembre  1775.  —  u  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Le  comte  de  Sartine,  notre  Ministre,  nous  a  présenté  la  lettre  que  vous 
nous  avez  écrite  pour  nous  informer  de  l'entreprise  que  quelques  cor- 
saires maltais  ont  exécutée  dans  la  rade  de  La  Goulette.  Nous  sommes 
très  fâché  de  ne  pouvoir  dans  cette  occasion  vous  donner  des  marques 
efficaces  de  notre  protection  et  de  notre  amitié,  mais  l'affaire  pour 
laquelle  vous  réclamez  notre  assistance  est  trop  étrangère  aux  droits 
de  notre  couronne  pour  que  nous  puissions  vous  procurer  les  répara- 
tions que  vous  sollicitez.  Nous  laissons  au  comte  de  Sartine  le  soin  de 


44  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [i775] 

vous  informer  des  motifs  qui  s'opposent  au  désir  que  nous  avons  de 
vous  rendre  service.  L'assurance  que  vous  nous  donnez  des  sentiments 
qui  vous  animent  pour  notre  personne  et  des  égards  que  vous  avez 
pour  nos  si^jets  et  notre  pavillon  impérial  n'a  pu  que  nous  être  ag^able, 
et  vous  pouvez  compter  sur  notre  haute  bienveillance.  Sur  ce  nous 
prions  Dieu  qu'il  vous  ait,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  sous  sa 
sainte  et  digne  garde.  » 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  1775,  f.  728.) 
LE  CS^  DE  SARTINE  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

98.  —  Fontainebleau^  i  1  novembre  i77ô.  —  «  Très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur, 

J'ai  remis  dans  les  mains  augustes  de  l'Empereur  mon  maître  la 
lettre  que  vous  m'avez  adressée  pour  Sa  Majesté  Impériale,  et  elle  a 
bien  voulu  y  répondre,  elle-même,  sur  ce  que  j'ai  cru  devoir  l'assurer 
du  sincère  désir  où  vous  étiez  de  lui  complaire  et  des  égards  que 
vous  aviez  pour  ses  sujets  et  sa  bannière  impériale;  vous  pouvez 
compter  que  Sa  Msgesté  Impériale  s'intéressera  à  votre  gouvernement, 
tant  que  vous  suivrez  des  principes  conformes  à  l'amitié  et  à  la  jus- 
tice. Je  désire  moi-même  n'être  jamais  auprès  de  Sa  Majesté  Impériale 
que  l'interprète  de  votre  bonne  conduite  envers  la  France,  et  auprès 
de  vous  l'organe  de  la  bienveillance  de  Sa  Majesté  Impériale,  dont 
je  chercherai  toigours  à  vous  assurer  les  marques.  C'est  tout  ce  qu'il 
m'est  permis  de  vous  ajouter  sur  cet  objet  par  respect  pour  les  nobles 
caractères  de  Sa  Majesté  Impériale  dont  je  vous  remets  la  lettre  comme 
le  signe  et  le  sceau  d'une  bonne  correspondance  dont  il  ne  tient  qu  à 
vous  de  rendre  les  liens  durables  et  les  effets  heureux. 

Quant  k  l'affaire  des  corsaires  maltais,  la  France  doit  être  vis- 
à-vis  du  Grand  Maître  comme  elle  serait  vis-à-vis  de  vous  si  ce 
Souverain  ou  tel  autre  Prince  demandait  à  l'Empereur  de  lui  procurer 
de  semblables  dédommagements  de  votre  part;  je  suis  fâché  que 
la  démarche  que  vous  désirez  ne  soit  pas  praticable  sous  aucun 
jour.  Les  Français  n'ont  eu  aucune  connaissance  de  l'expéditioD 
que  les  Maltais  ont  faite  dans  la  rade  de  La  Goulette  au  moyen  des 
intelligences  que  nous  ignorons.  Nous  ne  pouvons  prendre  aucune 
part  aux  suites  d'un  événement  dont  les  Français  ne  doivent  et  ne 
peuvent  répondre  en  quoi  que  ce  puisse  être.  Il  semblerait  qu'il  n'au- 
rait tenu  qu'à  eux  de  les  prévenir,  s'il  était  en  leur  pouvoir  de  les 
réparer,  et  rien  ne  peut  être  moins  présumé.  Les  Maltais  ont  tenté  une 
X  expédition  sur  vos  côtes  Vous  ne  pouvez  vous  en  prendre  qu*à  Malte  ; 


[1775]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  46 

c'est  un  Ëtat  souverain  auquel  Sa  Majesté  Impériale  ne  peut  donner 
aucun  ordre  et  qui  dispose  de  ses  forces  et  de  ses  armements,  indépen- 
damment de  Tinfluence  d'aucune  Puissance,  comme  il  est  en  plein  droit 
de  le  faire.  Le  Grand  Maître  a,  comme  il  le  doit,  pour  Sa  Majesté  Impé- 
riale et  pour  sa  couronne  le  plus  grand  respect,  mais  Sa  Majesté  Impé- 
riale ne  peut  rien  prendre  sur  elle  de  contraire  à  la  souveraineté  indé- 
pendante et  reconnue  de  ce  Prince  et  de  son  ordre,  et  je  ne  vous 
dissimulerai  pas  qu'elle  aurait  pu  être  surprise  qu'une  raison  aussi 
frappante  n'ait  pas  arrêté  votre  proposition.  Malte  se  gouverne  et  fait  la 
guerre  sans  que  Sa  Majesté  Impériale  y  entre  que  pour  ce  qui  est  de 
ses  droits,  et  elle  ne  peut  se  compromettre  à  faire  demander  aux  Mal- 
tais ce  qu*ils  ne  manqueraient  pas  de  refuser  pour  un  fait  qui  ne 
dépend  pas  de  l'étendue  de  sa  puissance. 

J*ai  une  trop  haute  idée  de  votre  sagesse  et  de  vos  lumières  pour  ne 
pas  être  persuadé  que  vous  sentirez  la  force  des  motifs  qui  s'opposent 
au  désir  que  j'aurais  de  vous  rendre  mes  offices  utiles.  Vous  éprouverez 
toujours  ma  bonne  volonté  lorsque  les  circonstances  me  permettront 
de  vous  en  donner  des  marques. 

Je  vous  recommande  toujours  le  Résident  que  Sa  Majesté  Impériale 
entretient  auprès  de  vous. 

Je  ne  doute  point  que  vous  ne  donniez  la  plus  grande  attention  pour 

tout  ce  qu'il  vous  représentera  pour  le  service  de  Sa  Majesté  Impériale 

et  Fintérôt  de  ses  sujets.  Il  ne  me  reste  plus  qu'à  vous  souhaiter  une 

bonne  santé.  J'aurais  le  plus  grand  plaisir  de  vous  faire  connaître  en 

toute  occasion  combien  je  suis,  cordialement  et  plus  entièrement  que 

personne, 

Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

(Archives  du  Gouvernement  tunisien,  Palais  Dar-el-Bey,  1773-1 80 f,  44,) 

DB  SAIZIEU  AU  &"  DE  SARTIMB. 

99.  —  Tunis,  iô  novembre  i775.  —  Il  a  recherché  les  moyens 
d'obtenir  dans  la  Régence  un  établissement  analogue  à  ceux  que  la 
Compagnie  d'Afrique  possède  en  Algérie  '. 

Sidi  Mustapha  pense  qu'aucune  considération  ne  pourra  engager  le 
Bey  à  mettre  entre  nos  mains  la  sortie  et  l'entrepôt  des  productions  de 
son  royaume,  mais  que  si  les  circonstances  nous  permettaient  de  fonder 
un  nouvel  établissement,  ce  serait  à  l'île  de  Tabarque  '  qu'il  faudrait 
songer  de  préférence. 

(Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis,) 

1.  Voy.  sur  les  Concessions  d'Afrique  en  Algérie  :  Le  Bastion  de  France,  La  Calle, 
Bône,  Le  Collo,  la  Correspondance  des  Deys  d'Alger  avec  la  Cour  de  France,  1. 1  et  II. 

2.  Voy.  t.  11,  p.  562. 


46  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [iT76; 

DE  SAIZIEU  AU  C^^  DE  SARTINB. 

100.  —  Tunis,  i "  décembre  1775.  —  La  frégate  du  Roi  VEngageanit, 
sous  les  ordres  de  M.  de  Faucher,  a  mouillé  dans  la  rade  le  17  novembre. 
Le  Consul  s*est  aussitôt  rendu  à  bord,  et  il  a  concerté  avec  ce  com- 
mandant l'exécution  des  ordres  dont  il  était  porteur.  Le  Bey  lui  a  fait 
rendre  les  honneurs  et  lui  a  déclaré  dans  une  audience  publique  qu'il 
désirait  par-dessus  tout  mériter  la  bienveillance  du  Roi  de  France. 

{Affairée  étrangères,  C*'*  de  Ttinis.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^^  DE  SARTINB. 

101.  —  Tunis,  42  décembre  4775,  —  La  frégate  du  Roi  La  Flore 
sous  les  ordres  de  M.  de  Ghaumartin,  successeur  de  M.  de  Narbonne- 
Pellet  qui  en  avait  le  commandement*,  a  mouillé  à  LaGoulette  par  un 
temps  qui  n'a  pas  permis  au  Consul  de  se  rendre  à  bord.  Elle  a  dû 
remettre  à  la  voile  pour  les  Échelles  du  Levant. 

{Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  AU  G**  DE  SARTINB. 

102.  —  Tunis,  20  décembre  4775,  —  Le  Bey  a  reçu  d'Alger  un  avis 
l'informant  que  de  concert  avec  l'Espagne  la  France  devait  surprendre 
le  royaume  de  Tunis  au  printemps  prochain  et  y  opérer  la  révolution 
que  ces  deux  Puissances  projetaient  d'amener  dans  toute  la  Barbarie. 
Ce  Prince  a  fait  mander  aussiUH  le  Consul,  qui  l'a  calmé  à  grand'peine 
et  sans  pouvoir  le  convaincre  du  mensonge  intéressé  des  Algériens. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
LE  C^^  DE  SARTINB  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

108.  —  Versailles,  27  janvier  4  776.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Je  viens  de  recevoir  la  relation  de  ce  qui  s'est  passé  entre  vous  et  le 
sieur  de  Saizieu,  au  sujet  des  soupçons  que  vous  lui  avez  témoignés. 
Je  ne  saurais  vous  dissimuler  toute  ma  peine  et  mon  étonnement,  et 
je  ne  puis  concevoir  qu'il  y  ait  eu  des  gens  assez  osés  pour  donner  à 
l'Empereur  mon  maître  des  vues  et  des  projets  qui  ne  sauraient  se 
concilier  avec  la  droiture  de  ses  intentions  et  les  preuves  de  justice 
qu'il  a  données  à  l'univers  depuis  qu'il  est  monté  sur  le  trône  de 
France.  Mais  ce  qui  a  augmenté  encore  plus  ma  surprise,  c'est  de  voir 
que  vous  ayez  prêté  l'oreille  à  des  insinuations  fausses,  qui  n'auraient 
pu  que  vous  compromettre  si  mon  amitié  pour  vous  ne  m'avait  déter- 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  41. 


[1776]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  47 

miné  à  cacher  à  mon  mattre  des  détails  qui  lui  auraient  laissé  des 
impressions  fâcheuses  sur  la  faiblesse  avec  laquelle  vous  avez  écouté 
des  avis  qui  ne  peuvent  partir  que  d'une  main  ennemie  et  dont  Tobjet 
ne  peut  être  que  de  vous  entraîner  dans  des  embarras  fâcheux  pour 
votre  sûreté  et  votre  royaume.  Ces  gens  malintentionnés,  quels  qu'ils 
soient,  devraient  faire  plus  d'attention  à  ce  qu'ils  ont  à  appréhender  de 
la  puissance  de  Sa  Majesté,  s'ils  étaient  aussi  osés  que  de  pousser  k 
bout  sa  bonté  et  sa  patience.  Si  Sa  Majesté  Impériale  savait  qu'on  a 
osé  tramer  un  complot  aussi  noir,  elle  n'hésiterait  pas  à  en  vouloir 
connaître  les  auteurs,  et  rien  ne  pourrait  les  soustraire  au  châtiment 
qu'ils  méritent  pour  avoir  voulu  jeter  quelques  soupçons  sur  les  senti- 
ments de  bienveillance  que  Sa  Majesté  Impériale  vous  accorde  et  dont 
elle  veut  bien  honorer  vos  sujets  et  votre  pays. 

Si  des  liaisons  incompatibles  avec  la  dignité  de  l'auguste  prédé- 
cesseur de  mon  maître,  si  des  conseils  perfides  avaient  fait  élever  sur 
vos  Ëtats  un  orage  que  votre  sagesse  a  su  en  écarter,  il  n'en  reste  plus 
aucun  souvenir  aux  Français,  et  le  jour  de  la  signature  de  la  paix  a 
été  un  jour  de  réconciliation  et  qui  a  resserré  à  jamais  les  liens  qui 
doivent  unir  l'Empire  de  France  et  votre  royaume. 

Mon  maître  ne  marche  que  dans  des  voies  droites  et  grandes  : 
l'honneur,  la  vertu,  la  justice  dirigent  ses  démarches,  et  il  est  bien 
éloigné  d'avoir  conçu  l'idée  de  faire  occuper  votre  royaume  par  ses 
armées,  dans  le  temps  que  fidèle  aux  traités  vous  ne  lui  avez  donné 
aucun  sujet  de  plainte  et  qu'il  vous  regarde  comme  un  allié  attaché  à 
sa  couronne.  Pouvait-il  vous  donner  des  preuves  plus  convaincantes  de 
son  amitié  que  celles  que  vous  venez  d'éprouver  de  sa  part!  Sur  le 
désir  que  vous  lui  avez  montré  de  lui  envoyer  un  Ambassadeur  pour  le 
féliciter  de  son  avènement  au  trône.  Sa  Majesté  a  bien  voulu  l'agréer 
et  destiner  une  de  ses  frégates  qui  ira  le  prendre  à  la  fin  de  mars  pour 
le  conduire  dans  les  terres  de  sa  domination,  et  le  mettre  à  l'abri  des 
risques  qu'il  pourrait  courir  s'il  rencontrait  des  bâtiments  ennemis 
des  Tunisiens. 

Jamais  les  peuples  de  l'Afrique  n'ont  ressenti  des  marques  plus  effi- 
caces de  la  protection  de  Sa  Majesté  Impériale,  et  c'est  dans  ce 
moment  que  Ton  suppose  à  l'Empereur  des  desseins  contraires  aux 
traités  qui  existent  heureusement  entre  la  France  et  Tunis.  Lie  sieur 
de  Saizieu  ne  pouvait  que  les  démentir  hautement  comme  étant  dénués 
de  toute  vraisemblance.  Il  n'en  a  jamais  pu  être  question  dans  les  con- 
seils de  Sa  Majesté  Impériale.  Ses  forces  ne  seront  jamais  employées 
que  contre  ses  ennemis  et  ^eux  qui  tent^aient  de  provoquer  sa  ven- 


48  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1776] 

geance.  Ses  amis  et  ses  alliés  doivent  se  reposer  sur  sa  fidélité  à  main- 
tenir les  traités. 

Le  sieur  de  Saizieu  ne  m*a  point  laissé  ignorer  que  les  explications 
qu'il  vous  avait  données  avaient  fait  sur  votre  esprit  TimpressioD 
qu*elles  devaient  y  produire,  et  je  suis  convaincu  que  vous  vous 
tiendrez  en  garde  contre  des  avis  qui  ne  pourraient  que  mettre  un 
refroidissement  entre  les  Français  et  les  Tunisiens  et  qui  obligeraient 
Sa  Majesté  Impériale,  s'ils  étaient  sus  d'elle,  à  prendre  des  mesures  effi- 
caces afin  de  ne  pas  laisser  impunis  des  outrages  qui  toucheraient  de 
trop  près  son  honneur.  Les  auteurs  de  pareils  complots  ne  poorraienl 
échapper  à  sa  vengeance. 

Plaise  à  Dieu  de  détourner  tout  dessein  qui  pourrait  vous  enlever 
l'amitié  et  les  bontés  de  cet  auguste  monarque  qui  vous  aime  et  qui  se 
fera  un  plaisir  de  montrer  à  votre  Envoyé  tout  le  cas  qu'il  fait  de 
vousl 

J'espère  que  vous  me  mettrez  à  portée  de  vous  rendre  service  dans 
toutes  les  occasions,  et  je  les  saisirai  avec  empressement. 

Je  mettrai  dans  l'oubli  le  plus  profond  tout  ce  qui  s'est  passé;  je 
n'en  écrirai  pas  même  au  Résident  de  Sa  Majesté  Impériale  à  Alger  ' 
pour  en  porter  des  plaintes  au  Dey.  Il  vaut  mieux  le  laisser  ense- 
velir dans  le  silence,  bien  persuadé  que  vous  n'ajouterez  plus  de  foi  à 
tout  ce  qui  pourrait  être  contraire  à  l'amitié  qui  unit  les  Français  et 
les  Tunisiens. 

Je  n'ai  étendu  cette  lettre  que  pour  avoir  avec  vous  une  explication 
confidentielle  que  les  circonstances  rendaient  nécessaire,  et  dont  j'ai 
été  d'autant  plus  aise  qu'elle  est  particulière  et  secrète  entre  vous  et 
moi  et  qu'elle  doit  vous  faire  connaître  les  véritables  sentiments  que 
j'ai  pour  vous. 

Vous  pouvez  dans  toutes  les  occasions  vous  ouvrir  avec  le  sieur  de 
Saizieu.  Je  vous  prie  de  l'accueillir  toujours  avec  amitié,  parce  que  je 
crois  qu'il  vous  est  réellement  attaché  et  qu'il  ne  fera  rien  que  sur  des 
ordres  précis  de  ma  part.  Je  me  flatte  que,  de  la  vôtre,  vous  chercherez 
à  seconder  mes  bonnes  intentions. 

Je  serai  toujours  empressé  d'adoucir  les  affaires  au  lieu  de  les  aigrir 
et  de  rendre  mon  ministère  l'époque  de  la  meilleure  intelligence,  dès 
que  vous  m'en  rendrez  les  moyens  praticables,  sans  que  la  dignité  de 
mon  maître  et  les  véritables  intérêts  de  sa  couronne  puissent  en 
souffrir.  Je  ne  saurais  mieux  vous  faire  connaître  mes  sentiments  per- 

1.  Robert-Louis  Langoisseur  de  la  Vallée  (1773-1182). 


[i776]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  49 

sonnels  pour  votre  service,  rattachement  et  la  haute  considération 

avec  lesquels  je  suis  plus  parfaitement  que  personne,  très  illustre  et 

magnifique  Seigneur, 

Votre  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie  y  /77tf,  f,  4S.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^  DE  SARTINE. 

104.  —  Tunisy  23  février  i  776.  —  La  dernière  lettre  du  Ministre  au 
Bey  de  Tunis  a  enfin  détruit  chez  ce  Prince  et  son  gendre  les  soupçons 
qu'Alger  leur  avait  inspirés  contre  nous.  Ils  sont  actuellement  disposés 
Tun  et  l'autre  à  recourir  au  Roi  si  l'Espagne  ou  Alger  continuent  à 
les  menacer. 

(Affaires  étrangères,  C'"*   de  Tunis,) 
DE  SAIZIEU  AU  C^^  DE  SARTINE. 

105.  —  TuniSf  2  avril  1776.  —  Le  Consul  envoie  l'état  des  pré- 
sents qu'il  a  offerts  par  ordre  du  Ministre  au  gendre  du  Bey  de  Tunis  *. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
LE  C^  DE  SARTIME  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

106.  —  Versailles,  29  avril  1776.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

J'ai  appris  avec  plaisir  que  j'avais  pu  réussir  à  vous  convaincre  des 
véritables  sentiments  de  Sa  Majesté.  Vous  devez  compter  sur  les 
mêmes  sentiments  de  ma  part,  tant  que  vous  ferez  observer  avec  une 
scrupuleuse  attention  les  traités  qui  unissent  les  Français  et  les  Tuni- 
siens et  que  vous  chercherez  à  donner  des  preuves  de  votre  attache- 
ment à  la  couronne  impériale  de  France. 

Vous  devez  éloigner  de  votre  personne  tout  ce  qui  pourrait  vous 
inspirer  de  la  méfiance  sur  nos  dispositions.  Les  vues  du  conseil 
impérial  de  Sa  Majesté  sont,  droites  et  grandes.  La  justice  en  est  la 
base.  Rien  ne  pourra  altérer  la  bonne  harmonie  qui  règne  entre  nous, 
si  de  votre  côté  vos  démarches  répondent  aux  assurances  que  vous 
m'avez  données.  Je  me  ferai  toujours  un  plaisir  de  vous  faire  ressentir 
les  effets  de  la  bienveillance  de  Sa  Majesté  Impériale. 

Vous  aurez  agréable  de  me  faire  prévenir  quelque  temps  à  l'avance 
du  départ  de  votre  Envoyé  que  Sa  Majesté  Impériale  veut  bien  agréer, 

1.  Un  sopha  à  la  turque  couvert  d*éto(Tes  d'or  de  Lyon  et  les  coussins  de  même 
galonnés  d'or,  un  bassin  et  son  aiguière  d'argent,  huit  pièces  de  draps  de  couleur, 
un  portefeuille  brodé,  un  service  à  thé  en  porcelaine,  une  caisse  de  confitures 
sèches,  une  caisse  de  confitures  liquides,  une  caisse  de  dragées,  deux  caisses  de 
prunes,  150  livres  de  chocolat,  un  baril  de  café,  un  baril  de  sucre  en  poudre, 
i02  livres  de  sucre  royal  en  pains,  iOO  livres  de  bougies,  une  barrique  de  bière  Je 
Hollande,  soit  au  total  :  8,508  liv.,  01. 

4 


50  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  T^*^"*] 

et  dont  le  voyage  a  été  différé,  pour  que  je  puisse  donner  dans  nos 
ports  les  ordres  nécessaires  pour  l'y  recevoir. 

Donnez-moi  des  nouvelles  de  votre  santé.  Vous  savez  avec  quel 
intérêt  je  vous  les  demande.  La  mienne  est  bonne.  Soyez  bien  assuré 
que  personne  n'est  plus  cordialement  que  moi,  très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur, 

Votre  très  sincère  ami.  » 

{Affaires^élrangères,  Levant  et  Barbarie^  177€,  f.  ti6.] 
ALI,  BEY  DE  TUNIS,  AU  C^  DE  SARTINE. 

107.  —  Tunis  ^...juillet  /  776.  —  Après  vous  avoir  présenté  les  vœux 
les  plus  sincères  que  puisse  dicter  Tamitié  la  plus  pure,  j'ai  rhonneur 
de  vous  informer  que  j'ai  reçu  par  le  canal  de  votre  Consul  la  lettre 
dont  vous  m'avez  honoré  et  que  je  l'ai  lue  avec  la  plus  grande  atten- 
tion. Mon  dessein,  en  faisant  part  à  votre  Consul  de  l'article  connu  de 
nous  deux  et  qui  faisait  l'objet  de  votre  dernière  lettre,  a  été  de  vous 
donner  une  preuve  de  ma  sincérité  et  de  ma  droiture.  Mon  empresse- 
ment à  vous  instruire  de  ces  bruits  aussitôt  qu'ils  parvinrent  à  ma 
connaissance  ne  provenait  point  de  ce  que  j'eusse  conçu  le  moindre 
doute  sur  vos  démarches,  mais  je  crus  qu'il  était  de  mon  devoir  de  ne 
pas  vous  laisser  ignorer  ces  choses,  parce  que  ce  qui  était  léger  dans 
son  principe  pouvait  devenir  grave  par  la  suite  si  je  différais  à  vous 
le  faire  savoir.  Je  voulais  en  même  temps  que  vous  reconnussiez  que 
souvent  ceux  qui  passent  pour  être  amis  des  deux  côtés  inventent  de 
pareilles  faussetés  et  cherchent  à  semer  le  trouble. 

Si  je  n'avais  pas  eu  la  confiance  la  plus  grande  dans  les  sentiments  de 
l'Empereur  de  France  et  dans  les  vôtres,  je  me  serais  tu  et  j'aurais  gardé 
le  secret.  J'aurais  cherché  à  approfondir  par  d'autres  moyens  la  vérité 
de  ces  bruits,  je  me  serais  bien  donné  de  garde  d'en  faire  part  à  votre 
Consul  et  j'aurais  tenu  une  conduite  toute  différente.  Je  me  flatte  que 
vous  rendrez  justice  à  la  pureté  de  mes  intentions  sur  ce  point.  Grâces 
à  Dieu  je  ne  me  reproche  rien,  et  je  n'ai  fait  aucune  démarche  qui  ait 
pu  indisposer  l'Empereur  de  France  et  me  priver  de  ses  bonnes  grâces. 
De  mon  côté  je  n'ai  qu'à  me  louer  des  bons  procédés  de  la  France,  et 
vous  savez  qu'il  ne  s'est  rien  passé  de  votre  part  qui  ait  pu  changer 
les  dispositions  où  je  suis  avec  elle;  ainsi  vous  devez  être  bien  per- 
suadé que  des  bruits  faux  et  inventés  par  des  calomniateurs  n'ont  pas 
été  capables  de  me  troubler  ni  de  m'inquiéter  et  que  je  n'y  ai  ajouté 
aucune  foi;  c'est  parce  que  je  ne  les  ai  pas  crus  véritables  que  j'ai  osé 
en  faire  part  à  votre  Consul  et  à  vous. 


[1776J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  81 

Les  choses  étant  ainsi,  mon  sentiment  est  que  dans  les  affaires  qui 
surviennent  entre  nous,  petites  ou  grandes,  yéritables  ou  fausses,  nous 
devons  en  conférer  tout  de  suite  ensemble  sans  avoir  recours  h  des 
informations  étrangères.  J'ai  fait  telle  chose,  vous  avez  fait  telle  chose, 
mon  dessein  est  tel,  le  vôtre  est  tel,  qu'en  pensez-vous  et  quel  est 
votre  sentiment?  Par  de  semblables  propos  on  se  consulte  réciproque- 
ment et  personne  ne  s'ingère  dans  nos  affaires.  Personne  ne  doit  être 
instruit  des  choses  que  je  traite  avec  TËmpereur  de  France  et  ses 
Ministres;  c'est  l'unique  moyen  de  couper  racine  aux  faux  bruits,  à 
l'intrigue  et  à  la  calomnie;  c'est  là  ma  façon  de  penser  à  ce  sujet  et  je 
ne  doute  point  que  la  vôtre  n'y  soit  conforme.  Ainsi  désormais  dès  que 
j'entendrai  dire  quelque  chose  de  dehors,  soit  en  bien,  soit  en  mal,  je 
n'y  ajouterai  aucune  foi,  mais  je  m'empresserai  de  vous  en  instruire 
sur-le-champ  et  je  croirai  avoir  rempli  un  devoir  que  m'impose  l'amitié. 
Nous  n'ajouterons  de  part  et  d'autre  aucune  foi  à  ces  bruits  vagues  qui 
courront,  mais  nous  nous  en  ferons  part  réciproquement;  de  cette 
façon-là  la  vérité  se  découvrira,  et  ceux  qui  auront  inventé  ces  faux 
bruits  seront  couverts  de  honte,  ce  qui  se  sera  passé  et  nos  lettres 
seront  oubliés.  Je  suis  enchanté  de  ce  que  vous  avez  jugé  à  propos 
de  ne  pas  importuner  l'Empereur  de  France  des  mensonges  et  des 
calomnies  dont  je  vous  avais  entretenu;  je  connaissais,  en  vous  en 
faisant  part,  vos  hautes  lumières  et  la  prudence  dont  vous  êtes  doué. 
Je  fais  des  vœux  pour  votre  bonheur  et  pour  la  durée  d'un  Minis- 
tère qui  fait  le  bonheur  de  tous  ceux  qui  ont  à  traiter  avec  vous. 

Votre  Consul  vous  a  informé  avec  fondement  que  j'étais  dans  le 
dessein  d'envoyer  un  Ambassadeur,  c'est  une  loi  de  l'amitié  de  nommer 
un  Envoyé  porteur  de  quelques  présents  pour  féliciter  l'Empereur  de 
France  sur  son  glorieux  avènement  à  la  couronne,  mais  des  affaires 
très  pressées  qui  me  sont  survenues  m'ont  fait  différer  cette  mission. 
Dès  que  j'aurai  terminé  ces  affaires,  je  m'occuperai  de  cet  objet 
important  pour  moi;  vous  n'ignorez  point  les  dispositions  où  je  suis 
de  vous  être  utile  et  de  vous  donner  des  preuves  de  mon  zèle  pour 
votre  personne. 

Je  fais  des  vœux  auprès  du  Tout-Puissant  pour  qu'il  éloigne  de  nous 
toute  semence  de  division  et  pour  qu'il  conserve  et  augmente  la  bonne 

harmonie.  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

DE  SAIZIEU  AU  C^  DE  SARTINE. 

108.  —  Tiinis,  7  juillet  1776.  —  Le  Bey  est  complètement  revenu 
des  préventions  que  les  avis  d'Alger  lui  avaient  inspirées.  Il  voulait 


52  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1776; 

hâter  le  départ  de  son  Envoyé  en  France  et  faire  présenter  immédiate 
ment  ses  hommages  au  Roi,  quelque  opinion  qu'on  pût  en  concevoir 
à  Alger,  mais  le  Consul  Ta  engagé  à  remettre  k  Tautomne  le  projet  de 
cette  ambassade.  On  s'occupe  de  réunir  des  chevaux  destinés  au  Roi. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
LE  C^«  DE  SARTIIfE  A  DE  SAIZIED. 

109.  —  Versailles^  22  juillet  i  776,  —  Le  Consul  est  chargé  déporter 
de  vives  plaintes  au  Bey  contre  un  rets  tunisien  nommé  Hassen. 

{Aff'aires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  4776,  f,  4i7.) 
DE  SAIZIEU  AU  G**'  DE  SARTINE. 

110.  —  Tunis,  20  août  1  776.  —  La  frégate  du  Roi  L'Eclair^  sous  les 
ordres  du  comte  de  Forbin  *,  est  arrivée  à  Tunis.  Le  Consul  a  demandé 
audience  pour  cet  oficier,  qui  est  venu  présenter  ses  compliments  au 
Bey  et  qui  Ta  prié  d^accorder  à.  de  Saizieu  un  congé  nécessaire  pour 
rétablir  sa  santé. 

Le  Bey  a  fort  bien  accueilli  M.  de  Forbin,  mais  il  n'a  pas  voulu  con- 
sentir au  départ  du  Consul. 

{Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 
LE  C^  DE  SARTINE  A  DE  SAIZIEU. 

111.  —  Versailles,  26  août  1776.  —  Plaintes  relatives  à  un  corsaire 
de  Tunis  qui  a  exigé  qu'un  capitaine  français,  de  La  Ciotat,  lui  remît 
divers  instruments  de  navigation. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  1776,  /".  490.) 

m 

LE  C*°  DE  SARTINE  A  DE  SAIZIEU. 

112.  —  Versailles,  9  septembre  1776.  — Il  lui  annonce  Tenvoi  d'une 
frégate  à  Tunis,  pour  aller  prendre  TEnvoyé  du  Bey  et  Tamener  en 
France. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,   4776,  f.  5i3.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^*"  DE  SAHTINE. 

113.  —  Tunis,  i  3  septembre  17  76.  —  Le  Consul  fait  appel  à  la  géné- 
rosité du  Ministre  en  faveur  des  esclaves  corses  qui,  las  d'attendre  leur 
liberté,  le  menacent  d'apostasier. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
LE  C^*'  DE  SARTINE  A   DE  SAIZIEU. 

114.  —  Versailles,  30  septembre  1  7  76.  —  Le  Ministre  le  prévient  de 
l  arrivée  prochaine  à  Tunis  de  la  frégate  du  roi  L'Aurore,  commandée 

i.  Charles-Gaspard- Hyacinthe,  comte  de  Forbin,  surnommé  le  marquis  de  Pont- 
à-Mousson,  garde  de  la  marine  en  1156,  lieutenant  de  vaisseau  en  1165,  capitaine 
faisant  partie  de  l'escadre  du  bailli  de  SufTren  aux  Indes  en  1781,  démissionnaire 
en  1184. 


[1776]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  53 

par  le  chevalier  de  Coriolis  d'Espinouse  *,  qui  doit  y  prendre  l'Envoyé  du 
Bey  et  Tamener  en  France. 

{Affaires  étè'angères.  Levant  et  Barbarie,  i776y  f.  578,) 

MÉMOIRE  DU  ROI  POUR  SERVIR  D'INSTRUCTION 
AU  CH®'*  DE  CORIOLIS  D'ESPINOUSB,  CAPITAINE  DE  VAISSEAU 

COMMANDANT  «  L*AURORR  ». 

115.  —  Versailles^  30  septembre  i  776.  —  «  Sa  Majesté  ayant  jugé 
à  propos  de  faire  connaître  ses  intentions  au  chevalier  de  Coriolis 
d'Espinouse  sur  sa  destination,  elle  lui  prescrit  de  descendre  à  Tunis 
dès  que  le  sieur  d'Apchon  '  aura  fait  route  pour  les  mers  du  Levant. 

Le  Bey  de  Tunis  ayant  désiré  de  faire  passer  en  France  un  Envoyé 
extraordinaire  pour  féliciter  Louis  XVI  sur  son  avènement  au  trône  et  Sa 
Majesté  ayant  agréé  cette  mission,  elle  a  décidé  de  faire  embarquer  cet 
Envoyé,  ses  officiers,  ses  domestiques  et  les  présents  du  Bey  sur  la 
frégate  L'Aurore.  Sa  Majesté  a  ordonné  au  sieur  de  Saizieu  de  convenir 
avec  ce  Prince  de  Tépoque  de  cette  ambassade,  et  elle  a  été  fixée  pour 
le  départ  de  Tunis  du  10  au  20  novembre. 

A  son  arrivée  à  Tunis  le  chevalier  d'Espinouse  concertera  avec  le 
sieur  de  Saizieu  tous  les  arrangements  nécessaires  pour  le  passage  de 
TEnvové  et  de  sa  suite;  il  se  rendra  à  Toulon  sans  relâcher  dans  aucun 
port  à  moins  d'y  être  forcé.  Il  lui  est  expressément  recommandé 
d'avoir  pour  l'Envoyé  et  ses  officiers  tous  les  égards  qu'ils  méritent. 
C'est  un  objet  auquel  il  devra  donner  la  plus  grande  attention  '...  » 

.  (Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  i776,  f.  577.) 
DE  SAINT-DIDIER  ^  A  MUSTAPHA- KHODJ A  >. 

116.  —  Versailles^  30  septembre  1776.  —  «  Très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur, 

J'ai  vu  avec  plaisir  que  M.  le  comte  de  Sartine  avait  déterminé  Sa 
Majesté  Impériale  à  agréer  l'ambassade  que  votre  souverain  veut  lui 
envoyer  pour  le  féliciter  sur  son  auguste  avènement  au  trône.  Notre 
ami  de  Saizieu  vous  dira  toutes  les  mesures  qui  ont  été  concertées  pour 
assurer  et  faciliter  en  France  le  passage  de  l'Envoyé.  Comme  Sa  Majesté 
Impériale  m'a  chargé  de  lui  faire  les  honneurs  à  Paris  et  à  Versailles, 
il  reconnaîtra  aux  attentions  que  j'aurai  pour  lui  le  désir  que  j'ai  de 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  43. 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  6. 

3.  Voy.  la  lettre  du  Ministre  au  chevalier  de  Coriolis  d'Espinouse,  3  février  1777. 
sur  les  éloges  donnés  &  la  manière  dont  il  a  rempli  sa  mission  [Affaires  étran- 
gères. Levant  et  Barbarie,  4777,  f.  SS). 

4.  Voy.  la  note  5,  p.  38. 

5.  Ministre  du  Bey  de  Tunis. 


54  CORRESPONDANCE  DES  BEY8  ET  DES  CONSULS  [1776] 

vous  faire  connaître  combien  m'est  cher  tout  ce  qui  vient  de  votre  part 
Cette  mission  d'éclat  ne  peut  que  resserrer  de  plus  en  plus  les  liens  qui 
unissent  les  Français  et  les  Tunisiens. 

Je  ne  suis  pas  sans  inquiétude  sur  la  santé  de  notre  ami  de  Saizieu. 
Si  les  remèdes  qu'il  fait  ne  le  guérissent  pas  entièrement,  il  faudra 
qu'il  vienne  prendre  l'air  natal.  Je  sais  que  vous  aurez  de  la  peine  à 
vous  séparer  de  lui,  mais  il  n'y  a  point  de  sacrifices  qui  coûtent  à 
l'amitié  pour  un  objet  intéressant. 

Ménagez  votre  santé,  elle  m'est  aussi  chère  que  la  mienne.  Adminis- 
trez longtemps  les  affaires  de  Tunis  pour  le  bonheur  des  Tunisiens  et 
des  Français  qui  résident  dans  ce  pays.  Tels  sont  les  vœux  que  je 
forme  pour  vous.  J'ai  été  pénétré  des  bontés  que  vous  m'avez  témoi- 
gnées au  nom  du  Bey.  Je  vous  prie  de  lui  témoigner  mon  respecL 

J'ai  l'honneur  d'être  avec  le  plus  sincère  attachement,  très  illustre 

et  magnifique  Seigneur, 

Votre  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  itrangèresy  Levant  et  Barbarie^  1776,  f.  €81,) 
DB  SAIZIBU  AU  C*^  DB  SARTINE. 

117.  —  Tunw,  /  /  octobre  1776.  —  Les  mariages  du  fils  aîné  du  Bey 
et  de  son  neveu  se  sont  célébrés  ensemble  avec  une  égale  magnificence; 
le  âls  du  Bey  a  été  désigné  pour  lui  succéder  et  a  reçu  les  hommages 
des  grands  du  Royaume  qui  ont  abandonné  son  neveu  '. 

Le  Consul  a  donné  des  fêtes,  dans  le  Fondouk,  à  l'occasion  de  ces 
mariages;  le  Bey  l'en  a  remercié  et  lui  a  renouvelé  toutes  ses  protes- 
tations d'amitié  et  de  dévouement. 

(Affaires  étrangères^  C?**  de  Tunis,) 
LB  C^<>  DE  SARTINB  A  DE  SAIZIBU. 

118.  —  Fontainebleau,  2i  octobre  i776,  —  Le  Ministre  Tentretient 
des  diiTlcultés  que  présente  un  rachat  général  d'esclaves,  sollicité  par 
l'Archevêque  de  Paris  '.  «  Je  sais  tout  l'inconvénient  qu'il  y  aurait  à 
s'écarter  des  maximes  qui  ont  dirigé  jusqu'ici  ces  actes  de  charité, 
aussi,  si  je  tentais  de  délivrer  ceux  qui  se  trouvent  actuellement  à 
Tunis,  j'y  suivrais  des  voies  détournées  pour  ne  pas  exciter  par  une 

i.  Voy.  État  des  dépenses  du  Consul  de  France  à  Voccasion  du  mariage  du  fils  aîné 
du  Bey^  célébré  le  5  octobre  1716,  pour  graisses  et  lampions  de  IMllumination  du 
Fondouk,  location  de  tapisseries,  salves  d'artillerie  et  artifices  de  France,  etc.  : 
907  p.  12. 

2.  Christophe  de  Beaumont.  —  Voy.  d'autre  part  une  lettre  de  M.  de  Sartine, 
du  24  février  1777,  sur  les  difficultés  éprouvées,  par  les  Pères  de  la  Rédemption, 
pour  recueillir  les  aumônes  destinées  au  rachat  des  captifs  de  Barbarie,  leurs 
démarches  étant  traversées  par  les  manœuvres  des  faux  quêteurs  {Marine,  B*  44/). 


[1776]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  55 

démarche  d*éclat  ceux  qui  abandonnent  leur  patrie  et  passent  au  ser- 
vice des  Puissances  étrangères  à  se  croire  assurés  de  l'impunité  lors- 
qu'ils auraient  atteint  les  Ëtats  de  Barbarie.  Je  conçois  bien  que,  s'ils 
avaient  Tespoir  d'y  trouver  la  fin  des  peines  qu'ils  se  sont  attirées  par 
leur  inconduite,  nous  serions  exposés  à  les  y  voir  accourir  de  toutes 
parts.  Je  ferai  connaître  à  M.  l'Archevêque  de  Paris  les  difficultés  qui 
m'empêchent  d'entrer  dans  ses  vues  à  cette  occasion. 

Quant  aux  Corses  dont  les  sollicitations  deviennent  pressantes  et 
sont  d'ailleurs  mieux  fondées,  je  suis  très  disposé  à  y  avoir  égard, 
mais  je  n'ai  pas  bien  compris  comment  vous  espérez  surmonter  les 
obstacles  que  leur  rachat  doit  rencontrer,  dès  qu'ils  sont  occupés  pour 
la  plupart  au  service  personnel  du  Bey. 

Je  ne  pourrai  vous  dire  mon  sentiment  sur  cet  objet  que  lorsqu'il 
me  sera  mieux  connu,  et  je  vous  prie  de  vouloir  bien  m'envoyer  un 
état  du  nombre  de  ces  esclaves  et  du  prix  auquel  vous  espérez  obtenir 
leur  affranchissement.  » 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  i77$,  f,  €i3,) 
DB  SAIZIEU  AU  C'^  DE  SARTINE. 

119.  —  Tunisj  17  novembre  i  776.  —  La  frégate  du  roi  L'Aurore^ 
commandée  par  M.  le  chevalier  d'Espinouse  V  et  la  barque  L Éclair^  sous 
les  ordres  de  M.  le  comte  de  Forbin  *,  ont  mouillé  ensemble  au  cap  Car- 
thage  hier  matin  '.  Le  Consul  en  a  averti  le  Bey,  qui  lui  a  donné  ses 
ordres  pour  le  salut.  Il  concertera  avec  M.  le  chevalier  d'Espinouse  les 
détails  de  sa  mission  à.  Tunis  et  le  conduira  à  l'audience  du  Bardo, 
ainsi  qu'il  en  est  convenu.  Le  départ  de  l'Ambassadeur  aura  lieu  dans 
les  premiers  jours  de  décembre. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^  DE  SARTINE. 

120.  —  Twnif,  3  décembre  i  776.  —  Il  propose  de  négocier  de  suite 
la  rédemption  générale  des  Corses  esclaves  à  Tunis;  elle  pourrait  être 
entreprise  dans  les  circonstances  présentes  avec  de  grandes  chances 
de  succès. 

(Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 

1.  Yoy.  la  note  1,  p.  13. 

2.  Yoy.  la  note  1,  p.  52. 

3.  Voy.  État  des  rafraîchissements  envoyés  par  le  Bey  de  Tunis  à  bord  de  ta  fré' 
gâte  du  roi  L'Aurore,  17  nov.  1176  :  4  quintaux  de  riz,  8  jarres  de  beurre,  10  bœufs, 
20  moutons,  S  quintaux  d'huile,  5  charges  de  chameau  de  bois  à  brûler,  5  charges 
de  charbon,  50  livres  de  café,  50  livres  de  sucre,  100  bougies,  200  poules,  100  pigeons, 
10  charges  de  grenades,  5  charges  de  coings,  800  œufs,  8  charges  d'herbages. 
{Affaires  étrangères,  C""  de  Tunis.) 

Suivant  l'usage,  un  ofHcier  du  Bey  accompagnait  ce  présent  à  bord,  était  salué 
de  5  coups  de  canon  et  recevait  un  présent  de  100  piastres  du  Ck>n8ul.  Quant  aux 
rafraîchissements,  ils  étaient  répartis  parmi  les  équipages. 


86  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1776; 

DE  SAIZIEU  AU  C^  DE  SARTINE. 

121.  —  Tunis,  i2  décembre  1776.  —  Le  Consul  rend  compte  des 
incidents  qui  ont  contrarié  et  retardé  le  départ  de  TAmbassadeur  de 
Tunis.  Sidi  Mustapha  avait  fixé  le  choix  du  Bey  sur  Suleyman-Agha  et 
tout  était  en  mouvement  pour  le  départ  de  cet  officier,  lorsqu'une 
maladie  du  Ministre  suspendit  ces  préparatifs. 

De  Saizieu  a  fait  réunir  et  embarquer  le  11  courant  tout  ce  qui  se 
trouvait  prêt  pour  composer  le  présent  du  Bey  au  Roi.  Suleyman-Agha 
est  le  seul  officier  auquel  on  pouvait  confier  avec  décence  cette  mis- 
sion; il  doit  se  rendre  demain  k  bord  du  bâtiment  du  chevalier  d'Espi- 
ûouse,  et  Sidi  Mustapha  a  annoncé  son  intention  de  Ty  accompagner. 

{Affaires  étrangèrtSy  C**  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^  DE  SARTINE. 

122.  —  lunis^  i  2  décembre  i  776,  —  Le  chevalier  d'Espinouse  s'esl 
rendu  à  Taudience  du  Bey,  qui  Ta  accueilli  de  la  manière  la  plus  flat- 
teuse. Ce  Prince  a  désigné  comme  Ambassadeur  Suleyman-Agha,  qui 
s'embarquera  demain,  si  le  temps  le  permet,  avec  les  présents  du  fiey 
pour  le  Roi  de  France  *. 

ALI,  BEY  DE  TUNIS,  A  LOUIS  XVI. 

123.  —  Tunis,  12  décembre  1776.  —  «  Au  très  auguste,  très  grand, 
très  formidable  Empereur  de  France,  le  plus  glorieux  des  Princes  chré- 
tiens et  le  plus  respectable  des  monarques  qui  professent  la  religion 
du  Messie,  —  que  sa  fin  ne  soit  que  le  commencement  d'une  vie  encore 
plus  heureuse  !  —  Salut. 

Après  avoir  présenté  à  Votre  Majesté  Impériale  l'expression  respec- 
tueuse de  notre  entier  dévouement  pour  votre  personne  sacrée,  nous 
osons  vous  représenter  que  le  vif  intérêt  que  nous  prenons  au  bonheur 
des  Français,  dont  Tépoque  glorieuse  est  votre  avènement  au  tr<!^ne  de 
vos  ancêtres ,  nous  avait  inspiré  depuis  longtemps  le  désir  de  vous 
faire  parvenir,  par  l'organe  d'un  Envoyé  extraordinaire,  notre  sincère 

1.  État  des  présents  du  Bey  de  Tunis  pour  le  Roi  :  trois  esclaves  corses;  un 
déserteur  français;  six  chevaux;  une  selle  brodée  en  or  et  garnie  en  argent;  dix 
couvertures  de  laine;  six  mouchoirs  en  soie  et  argent;  six  fontes  en  soie  et  argent: 
douze  paires  de  babouches  brodées  en  or  et  argent;  deux  sabres  en  argent;  quatre 
yatagans  en  argent;  six  portefeuilles  brodés  en  or  et  argent;  deux  lions. 

Pour  le  comte  de  Sartine  :  deux  chevaux;  cinq  couvertures;  deux  tayoUes; 
deux  fontes;  deux  paires  de  babouches;  deux  paires  de  babouches  pour  femme;  un 
sabre;  deux  yatagans;  deux  portefeuilles;  deux  caisses  d*eau  de  fleur  d'oranger: 
une  caisse  d'eau  de  rose. 

État  des  Tunisiens  qui  passent  en  France  :  Suleyman-Agha,  général  des  spahis. 
Envoyé  extraordinire,  Nahman  chérif,  Ramadan  Arnahout,  Kaît  Osman,  trois  domes- 
tiques. 


[17761  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  57 

congratulation  ;  des  affaires  survenues  dans  ce  long  intervalle  vis-à-vis 
de  la  Porte  ottomane  ne  nous  ont  pas  permis  de  remplir  ce  premier 
devoir  de  Tamilié.  Nous  saisissons  avec  le  plus  grand  empressement  le 
premier  instant  que  nous  pouvons  consacrer  à  ce  précieux  sentiment, 
et  nous  avons  choisi  Suleyman-Âgha,  général  de  notre  cavalerie  et  un 
de  nos  officiers  les  plus  émérites,  pour  remplir  dans  votre  Cour  impé- 
riale les  fonctions  de  notre  Envoyé.  Nous  osons  espérer  que  Votre 
Majesté  Impériale  daignera  Thonorer  d'un  regard  favorable,  prêter 
une  oreille  propice  au  langage  plein  de  vénération  et  de  respect  qu'il 
lui  tiendra  de  notre  part,  et  agréer  avec  bonté  quelques  esclaves  et 
quelques  chevaux  choisis  qu'il  est  chargé  de  présenter  à  Votre  Majesté 
Impériale  comme  la  preuve  du  désir  que  nous  aurons  toujours  de 
mériter  votre  haute  bienveillance.  Nous  faisons  les  vœux  les  plus 
ardents  pour  la  prospérité  de  votre  empire  et  pour  la  prolongation  de 
vos  jours  précieux,  dans  la  certitude  où  nous  sommes  que  la  bonne 
harmonie  et  la  sincère  amitié  qui  nous  unissent  sont  à  jamais  indis- 
solubles, sous  de  si  heureux  auspices.  » 

(Sceau)  (Alfa\re8  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

AU,  BEY  DE  TUNIS,  AU  C^  DE  SARTINE. 

124.  —  Tunis,  12  décembre  i776.  —  «  L'honneur  et  la  gloire  des 
grands  de  la  religion  du  Messie,  le  conciliateur  et  le  médiateur  des 
affaires  les  plus  importantes,  le  possesseur  de  la  prudence,  de  la  jus- 
tice et  de  toutes  les  vertus,  le  Vizir  de  l'Empereur  de  France,  notre  ami 
le  comte  de  Sartine,  recevez  les  vœux  que  forme  pour  vous  l'amitié  la 
plus  pure  et  la  plus  sincère.  Inspiré  par  les  sentiments  que  je  vous  ai 
voués  depuis  longtemps,  je  cherchais  l'occasion  de  m'entretenir  avec 
vous,  de  m'informer  de  l'état  de  votre  santé  et  de  vous  donner  des 
preuves  de  mon  attachement.  J'avais  en  même  temps  le  plus  grand 
désir  de  faire  passer  jusques  au  trône  de  l'auguste  Empereur  de  France, 
notre  grand  ami,  les  vœux  que  j'avais  formés  k  son  glorieux  avènement 
à  la  co.uronne,  et  je  voulais  à  cette  occasion  offrir  quelques  bagatelles 
à  l'usage  de  Sa  Majesté  Impériale.  Des  affaires  sans  nombre  qui  se 
sont  succédé  les  unes  aux  autres  m'ont  empêché  jusques  à  présent  de 
remplir  un  devoir  aussi  cher  à  mon  cœur.  Je  m'en  acquitte  aujour- 
d'hui. Suleyman-Agha,  général  de  ma  cavalerie  et  que  j'ai  élevé  moi- 
même,  est  chargé  de  complimenter  en  mon  nom  l'Empereur  de  France 
sur  son  glorieux  avènement  au  trône.  Il  présentera  en  même  temps  à 
Sa  Majesté  Impériale,  en  vertu  de  l'amitié  qui  nous  unit,  quelques  che- 
vaux de  selle  et  quelques  bagatelles  à  son  usage  que  j'ai  pris  la  liberté 


88  CORRBSPONDANCB  DES  BEYS  BT  DES  CONSULS  [1776] 

de  lui  envoyer.  Je  me  flatte  qu'à  ma  considération  vous  voudrez  bien 
honorer  de  vos  bontés  le  dit  Suleyman-Agha,  le  guider  dans  ses  démar- 
ches, et  faire  parvenir  les  présents  dont  il  est  porteur  à  leur  desti* 
nation. 

Le  même  Suleyman-Agha  a  ordre  de  vous  présenter  en  mon  nom  deux 
chevaux  et  quelques  bagatelles.  Vous  voudrez  bien  les  recevoir  comme 
une  faible  marque  de  mon  amitié;  puisse-t-elle  être  éternelle!  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

MDSTAPHA-KHODJA  AU  C**  DE  SARTINE. 

125.  —  Tunis,  12  décembre  1776, —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Vizir  de  TËmpereur  de  France, 

Veuillez  recevoir  les  vœux  que  je  forme  pour  tout  ce  qui  peut  contri- 
buer à  votre  bonheur  et  à  votre  prospérité.  Suleyman-Agha,  capitaine 
de  la  cavalerie  et  qui  a  été  élevé  sous  les  yeux  et  par  les  soins  de  mon 
maître  le  Bey  de  Tunis,  ayant  été  chargé  d^une  commission  auprès  de 
rEmpereur  de  France,  j*ai  profité  de  cette  occasion  pour  lui  remettre 
une  lettre  pour  vous  :  elle  contient  les  expressions  fidèles  de  la  sincère 
amitié  que  je  vous  ai  vouée  sans  avoir  le  bonheur  de  vous  connaître 
personnellement,  amitié  qui  est  parvenue  au  plus  haut  degré. 

Je  me  flatte  qu'à  ma  considération  vous  voudrez  bien  honorer  le  dit 
Suleyman-Agha  de  vos  bontés;  il  est  aimé  et  considéré  de  mon  maitre 
le  Bey  de  Tunis  et  un  de  ses  favoris  :  je  vous  supplie  de  vouloir  bien  le 
guider  dans  les  démarches  qu'il  aura  à  faire  et  le  favoriser  de  vos 
conseils,  qui  lui  seront  d'autant  plus  nécessaires  qu'il  est  naturelle- 
ment timide  et  honteux  et  qu'il  est  un  peu  neuf  pour  une  pareille 
commission;  vous  êtes  trop  indulgent  pour  ne  pas  excuser  son  peu 
d'expérience.  Il  a  ordre  de  vous  présenter  en  mon  nom  deux  jeunes 
chevaux  de  race,  les  plus  beaux  et  les  mieux  choisis  que  j'aie  pu  trouver; 
je  désire  que  vous  ayez  du  plaisir  en  les  montant;  j'ai  joint  quelques 
bagatelles  à  votre  usage  dont  la  note  est  jointe  à  ma  lettre  ;  je  me  flatte 
que  vous  voudrez  bien  agréer  le  tout  comme  un  faible  témoignage  des 
sentiments  de  l'amitié  que  je  vous  ai  vouée.  Je  fais  des  vœux  au  ciel 
pour  que  rien  n'altère  cette  amitié  qui  m'est  si  précieuse. 

Je  ne  m'imagine  pas  que  l'Empereur  de  France  puisse  avoir  con- 
naissance des  trois  bouteilles  d'essence  de  rose  que  j'ai  l'honneur  de 
vous  envoyer,  mais  si  une  pareille  bagatelle  pouvait  faire  plaisir  à 
Sa  Majesté  Impériale,  je  vous  en  enverrais  sur-le-champ.  Si  même  il 
était  possible  que  l'Empereur  de  France  en  eût  quelque  envie,  vous 
pourriez  donner  à  Sa  Majesté  Impériale  deux  bouteilles  des  trois  que 


[1777]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  59 

j'aî  eu  Thonneur  de  vous  envoyer,  je  les  remplacerais  sur-le-champ 
par  d'autres  bouteilles  que  je  vous  ferais  passer.  » 

{ Affaires  étrangère»,  C"*  de  Tunis.) 

126.  —  État  commercial  de  V Échelle  de  Tunis  de  1760  à   1776, 

Années.        Maisons.         Français.  Importation».  Exportations. 

390,320  fr.   137,017  fr. 

46,416...    126,645 


1760. . . . 

o . . . 

. .  13 

1761.... 

9 .  .  . 

..  11 

1762.... 

O.  .  . 

..  11 

1763.... 

0 .  .  . 

..  13 

1764. . . . 

5... 

..  12 

1765.... 

D .  .  . 

,.  11 

1766.... 

6. . . . 

,.  11 

1767.... 

6. . . 

..  n 

1768.... 

6. . . 

. .  15 

1769.... 

6. . . 

..  15 

1770.... 

6. . . . 

.  15 

1771.... 

6. . . . 

.  14 

1772.... 

6. . . . 

.  12 

1773.... 

6. . . . 

.  14 

1774.... 

o.  . . . 

.  15 

1775.... 

o.  . . . 

.  15 

1776.... 

o .  .  .  . 

.  13 

137,671...  137,293 

346,475...  287,812 

318,453...  349,310 

529,929...  385,180 

559,379...  536,269 

646,487...  431,175 

:...  829,295...  533,828 

974,994. . .  540,083 

748,536...  446,648 

792,635...  877,917 

943,316...  909,214 

14 1,079,567. . .  1,385,570 

675,385...  738,203 

823,204...  841,618 

971,483...  857,320 

(Affaires  étrangère»,  C*  de  Tuni»,) 

DB  SAINT-DIDIER  A  SULBYHAN-AGHA,  ENVOYÉ  DE  TUNIS. 

127.  —  Versailles j  3  février  1777.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

J'ai  appris  avec  le  plus  grand  plaisir  votre  heureuse  arrivée  à  Toulon. 
J'espère  que  vous  aurez  terminé  votre  quarantaine  et  que  ma  lettre 
vous  trouvera  au  moment  de  votre  départ  pour  Paris.  Je  ne  saurais 
trop  vous  exprimer  l'empressement  que  j'ai  de  vous  voir  et  le  désir 
que  j  ai  de  faire  connaissance  avec  vous.  Les  ordres  que  j'ai  reçus  à 
cet  égard  du  Vizir  me  laissent  la  liberté  de  suivre  mon  inclination,  en 
marquant  à  l'ami  de  Sidi  Mustapha  combien  j'estime  et  j'aime  ce 
Ministre.  M.  Rufûn  *  est  chargé  de  tout  ce  qui  a  rapport  à  votre  voyage. 

i.  Thomas-François-Joseph  Ruffln,  né  à  Salonique  en  1742,  jeune  de  langue  en 
1758,  drogman  et  Vice-Consul  en  Crimée  en  1167,  Consul  général  dans  ce  poste  après 
le  départ  du  baron  de  Totl  en  1769,  prisonnier  des  Russes  à  Yassy  et  détenu  à  Saint- 
Pétersbourg  pendant  une  année,  premier  drogman  à  Constantinople  en  1771,  Secré- 
laire-interprëte  du  Roi  à  Paris  en  1774,  Secrétaire-interprète  à  la  Bibliothèque  royale 
en  1775,  professeur  de  turc  et  de  persan  au  Collège  de  France  en  1778,  commis 
principal,  puis  sous-chef  du  bureau  des  Consulats  de  1779  à  1794,  premier  Secrétaire- 
interprète  à  Constantinople  en  1795,  Chargé  d'affaires  en  1798,  pendant  trois  ans 


60  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1777] 

C'est  un  homme  de  mérite  et  qui  a  la  plus  grande  envie  de  vous  être 
agréable.  J'étais  fâché  à  Tidée  que  vous  teniez  à  venir  à  petites  jour- 
nées, avec  les  chevaux,  les  lions  et  les  autres  présents.  Ce  projet  n*est 
pas  praticable  et  il  serait  peu  décent  pour  le  caractère  dont  vous  êtes 
revêtu.  Vous  ne  pouvez  voyager  que  comme  les  grands  de  France  voya- 
gent. Les  animaux  viendront  après  à  petites  journées  sous  Tescorte 
d'un  archer  de  la  Marine.  C'est  un  usage  dont  on  ne  peut  pas  se  départir 
et  qui  est  relatif  aux  honneurs  que  l'on  veut  rendre  à  votre  personne 
et  à  votre  État.  D'ailleurs  Tempressement  de  voir  le  Vizir  et  d'être 
présenté  aux  pieds  de  Sa  Majesté  Impériale  est  un  motif  qui  vous  déci- 
dera à  vous  reposer  sur  M.  RufHn  de  tout  ce  qui  regarde  votre  voyage. 
Je  voudrais  vous  savoir  déjà  à  Paris,  par  Timpatience  que  j'ai  de  vous 
donner  des  preuves  de  la  cordialité  de  mes  sentiments.  Tout  est  pr^^t 
pour  vous  y  recevoir.  J'ai  prévu  à  tout,  et  j'espère  avoir  le  plaisir  de 
vous  y  embrasser  dans  quinze  jours.  Je  suis  parfaitement,  illustre  et 
magnifique  Seigneur,  votre  sincère  et  parfait  ami.  » 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie.) 
DE  SAIZIEU  AU   C^°  DE  SARTINR. 

128.  —  Ttims,  i4  février  1777.  —  Il  remercie  le  Roi  qui  Ta  nommé 
Consul  général  à  Tunis  *  et  qui  lui  a  donné  M.  Devoize  comme  Vice- 
Consul  '.  Il  a  expliqué  au  Bey  et  à  son  gendre  la  distinction  qui  ressort 

enfermé  aux  Sept-Tours,  confirmé  comme  Chargé  d'affaires  à  Goostantinopie 
en  1802,  sous-commissaire  des  relations  commerciales  à  Saint-Pétersbourg  en  <802, 
décédé  en  1810.  11  avait  reçu  des.  lettres  de  noblesse  en  1788.  —  Son  père,  Pierre- 
Jean-Marie  Ruffin,  avait  été  aussi  Secrétaire-interprète  du  Roi  à  Constantinople. 

1.  M.  de  Saizieu  ayant  demandé  un  congé  pour  rétablir  sa  santé,  la  Cour  choisit 
un  Vice-Consul,  M.  Devoize,  pour  gérer  le  poste  en  son  absence;  par  provisions  du 
même  jour,  9  décembre  1776,  elle  confirma  de  Saizieu  comme  titulaire  du  Consulat, 
mais  en  élevant  son  grade  et  en  érigeant  son  Échelle  en  Consulat  général. 

2.  Jacques-Philippe  Devoiie,  descendant  d'une  famille  noble  et  très  ancienne  du 
Dauphiné,  appelé  parfois  Dcvoize-Voiron ,  d'après  son  lieu  de  naissance,  avait 
d'abord  suivi  la  carrière  militaire,  et  il  était  capitaine  de  cavalerie  en  1774.  Voici 
ses  état9  de  service  dans  la  carrière  consulaire  :  Vice-Consul  à  Tunis,  le  9  déc.  1716, 
Chargé  d'afi'aires  par  intérim  en  1778,  Vice-Consul  à  Lataquié  en  1781,  gérant  du 
Consulat  de  Tripoli  de  Syrie  en  1782,  Vice-Consul  à  Scio  en  1786,  ch**'  de  Saint-Louis 
en  1791,  Commissaire  du  Roi  à  Tunis  en  1791,  puis  Consul  général  en  cette  ville  le 
24  juin  1792,  révoqué  par  le  Directoire  le  23  nivôse  an  IV  (11  janvier  1796),  réintégré 
dans  son  poste  le  22  thermidor  an  V  (10  août  1797),  confirmé  comme  Consul  général 
le  20  mai  1814  et  le  29  mai  1815,  Chargé  d'affaires  de  Sardaigne  à  Tunis  de  l'an  il 
à  1816. 11  quitta  son  poste  en  1819  et  eut  pour  successeur  Constantin  Guys  en  18^1. 
11  se  retira  dans  son  pays  natal,  à  Voiron  (Isère),  où  il  mourut  le  9  nov.  1832. 

Son  fils,  Antoine  Devoize,  suivit  également  la  carrière  consulaire.  Il  fut  attaché  au 
Ministère  des  Afiaires  étrangères  le  1"  janvier  1821,  élève  Vice-Consul  le  21  aoât 
1825,  Vice-Consul  à  Smyrne  le  12  avril  1829,  à  Patras  le  15  mai  1833,  Consul  h 
Patras  le  20  août  1833,  à  Syra  le  14  sept.  1836,  à  Damas  le  21  sept.  1842,  Consul 
général  à  Montevideo  le  1*'  oct.  1846,  Chargé  d'affaires  au  même  poste  le  4  déc.  184C, 
Consul  général  et  Chargé  d'affaires  à  Tanger  le  7  avril  1852,  Ministre  plénipoten- 
tiaire en  retraite  le  16  juin  1855. 


[1777]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  61 

pour  les  Princes  de  Barbarie  du  relèvement  du  grade  et  des  fonctions 
des  officiers  résidant  dans  leur  pays. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^  DE  SARTINE. 

129.  —  Tunis,  2  mars  i777.  —  Le  Bey  a  chargé  Suleyman-Agha  de 
notifier  au  Roi  et  au  Ministre  la  reconnaissance  de  son  fils  Hamouda- 
Pacha  comme  héritier  du  trône  de  Tunisie  *.  Cette  démarche  n'entraîne 
pour  nous  ni  les  cérémonies  ni  les  présents  d^usage  en  Barbarie. 

(A/faif*es  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 

LE  Ç}^  DE  SARTINE  A   DE  SAIZIEU. 

130.  —  Versailles,  i  7  mars  1777.  —  L'Envoyé  de  Tunis,  Suleyman- 
Agha,  est  arrivé  à  Toulon  puis  à  Paris  sans  accident,  sous  la  conduite 
de  M.  Ruffin,  Secrétaire-interprète  *.  Le  voyage  s'est  effectué  à  petites 
journées,  sous  la  garde  d'un  archer  '.  Le  Roi  a  accueilli  avec  bonté 
l'Envoyé  du  Bey.  On  la  retenu  à  Versailles  pendant  cinq  jours,  et  il  a  pu 
en  profiter  pour  faire  ses  visites  officielles  et  pour  admirer  les  curio- 
sités du  château  et  de  ses  dépendances.  Puis  on  Ta  conduit  à  Paris,  où 
il  a  vu  les  spectacles  et  les  monuments  publics.  Le  Ministre,  jusqu'à 
présent,  n'a  qu'à  se  louer  de  ses  manières  et  de  son  caractère  «  sérieux 
et  flegmatique  ».  Il  n'a  donc  qu'à  souhaiter  de  voir  cet  Envoyé  ter- 
miner sa  mission  comme  il  Ta  commencée. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  1777,  f.  ii3,) 

131.  —  Versailles,  14  avril  1777,  —  Mémoire  du  Roi  pour  servir 
d'instruction  au  baron  de  Tott,  brigadier  des  armées  du  Roi,  inspec- 
teur général  des  établissements  français  en  Levant  et  en  Barbarie  ^ 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  1777,  /*.  m.) 

\,  Hamouda-Pacha  avait  été  appelé  de  bonne  heure  à  participer  aux  alTaires,  avec 
le  titre  de  Bey  du  camp,  au  détriment  des  neveux  de  son  père,  liéritiers  directs  de 
Mohammed -Bey. 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  59. 

3.  Voy.  État  des  dépenses  faites  par  Desbois,  archer  de  la  Marine  au  port  de  Toulon, 
pour  la  nourriture  de  cinq  Maures,  douze  chevaux  et  deux  lions,  et  de  six  palefre- 
niers qui  ont  conduit  les  dits  chevaux  de  Toulon  à  Paris,  s^élevant  à  3,756  1.  12  s. 

4.  François,  baron  de  Tott,  capitaine  de  cavalerie  réformé,  fils  d'Antoine-André 
de  Tott,  brigadier  des  armées  du  Uoi,  ch"  de  St-Louis,  Consul  de  S.  M.  en  Crimée 
de  1767  à  1769,  attaché  jusqu'en  1776  à  l'ambassade  de  France  à  Constantinople, 
sous  les  ordres  de  M.  de  Saint-Priest,  fut  nommé  inspecteur  général  des  établisse- 
ments français  en  Levant  et  en  Barbarie  le  16  déc.  1776.  M.  de  Uayneval  raccom- 
pagna comme  secrétaire  dans  sa  mission  de  1777-1778,  ainsi  que  M.  Venture,  inter- 
prète du  Roi.  Voici  les  différentes  Échelles  que  visita  l'inspection  générale  :  Tunis, 
Malte,  Alexandrie,  Jaffa,  Acre,  Seyde,  Tripoli,  Lattaquié,  Alep,  Alexandrette,  Chypre, 
Rhodes,  Salonique,  Syra  et  Naples.  l\  devint  maréchal  des  camps  et  armées  du  Roi 
en  1785.  Son  frère  aîné,  le  comte  de  Tott,  capitaine  du  régiment  de  Berchini 
donna  sa  démission  en  1758.  —  Voy.  Etat  des  dépenses  relatives  à  l'inspection  de 


62  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1777] 

LE  G^  DE  SARTINB  A  ALI,  BBY  DE  TONIS. 

132.  —  VersailleSj  14  avril  1777.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

M.  le  Baron  de  Tott,  Brigadier  des  armées  de  Sa  Majesté  Impériale, 
qui  a  été  longtemps  employé  à  Gonstantinople,  a  été  chargé  par  l'Em- 
pereur mon  maître  de  se  rendre  dans  tous  les  ports  de  la  domination 
du  Grand  Seigneur  et  dans  ceux  des  Souverains  de  Barbarie  où  les 
Français  ont  leurs  établissements,  pour  inspecter  tout  ce  qui  a  rapport 
à  leur  administration  et  veiller  de  concert  avec  le  Consul  de  Sa  Majesté 
au  bon  ordre  qui  doit  y  régner.  Sa  Majesté  Impériale  lui  a  prescrit,  en 
même  temps,  de  faire  dans  tous  les  parages  de  la  Méditerranée  des 
observations  astronomiques  et  hydrographiques  pour  rectifier  les  cartes 
de  cette  mer.  J*espère  que  cet  officier,  qui  vous  sera  présenté  par  le 
chargé  d'affaires  de  Sa  Majesté  Impériale,  éprouvera  de  votre  part 
toutes  les  facilités,  les  secours  et  la  protection  qu*il  pourra  désirer.  Je 
vous  prie  de  donner  vos  ordres  pour  qu'il  ait  l'entière  liberté  d'établir 
&  terre  les  instruments  et  d'y  faire  ses  observations  en  toute  sûreté. 
Je  ne  doute  pas  que  vous  ne  vous  y  prêtiez  avec  plaisir,  et  je  puis  vous 
assurer  que  les  dispositions  que  vous  ferez  k  cet  égard  seront  très 
agréables  à  Sa  Majesté  Impériale. 

J'ai  recommandé  au  baron  de  Tott  de  vous  faire  mes  compliments, 
de  vous  donner  de  mes  nouvelles  et  de  me  rapporter  des  vôtres,  parce 
que  personne  ne  s'intéresse  plus  que  moi  à  votre  santé. 

Permettez -moi  en  même  temps  de  vous  présenter  l'offre  de  mes 
services,  comme  l'expression  aimable  des  sentiments  distingués  avec 
lesquels  je  suis  plus  cordialement  que  personne  au  monde,  très  illustre 

et  magnifique  Seigneur, 

Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  élrangères^  Levant  el  Barbarie^  f,  480,) 
ALI,  BEY  DE  TUNIS,  AU  G^  DE    SARTINE. 

133.  —  Tunis,  20  avril  1777.  —  «  ...  Il  est  arrivé  depuis  quelque 
temps  dans  le  port  de  cette  ville  un  vaisseau  français  chargé  de  mar- 
chandises pour  le  compte  de  quelques  négociants  musulmans.  L'on  ne 
veut  pas  permettre  de  décharger  les  marchandises  qui  sont  sur  ce 
vaisseau,  qu'au  préalable  l'on  n'ait  payé  deux  réaux  par  cent  réaux  :  je 
n'ai  pu  rien  comprendre  à  l'établissement  de  ce  nouveau  droit  :  jamais 

M.  de  Tott,  montant  au  total  à  8,100  liv.,  —  sa  correspondance  oflicielle  relatiTC 
à  sa  mission  {Affaires  étrangères,  carton  intitulé  :  Mission  de  Tott  en  Levant  et  en 
Barbarie,  f 777),—  et  Rapport  du  baron  de  Tott  sur  sa  mission  {Chambre  de  commerce 
de  MarseiMe,  S.  HH.  iO  de  l'inventaire). 


[1777]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  63 

les  Français  ne  l'avaient  exigé  ;  il  n'en  est  fait  aucune  mention  dans  les 
traités  de  paix  qui  subsistent  entre  la  France  et  cette  Régence  :  rien 
ne  peut  égaler  mon  élonnement  à  Tégard  d'une  pareille  innovation. 

Si  vous  percevez  sans  aucune  raison  de  nos  négociants  dans  nos  pro- 
pres pays  un  droit  sur  les  marchandises  qu'ils  importent,  nous  sommes 
fondés  de  notre  côté  à  établir  aussi  dans  vos  ports  un  homme  de  con- 
fiance qui  percevra  un  pareil  droit  sur  les  marchandises  que  vous  trans- 
porterez de  notre  pays  dans  le  vôtre  *.  Un  pareil  établissement  détrui- 
rait le  commerce  dans  vos  ports  et  dans  les  miens;  j'espère  que  vous 
vous  désisterez  d'une  prétention  aussi  nuisible  et  aussi  mal  fondée,  et 
que  vous  sentirez  les  inconvénients  d'une  innovation  aussi  dangereuse. 
Je  me  flatte  qu'à  la  réception  de  ma  lettre  vous  abolirez  ce  droit,  tel 
motif  qu'ait  eu  son  établissement,  et  que  vous  voudrez  bien  vous  con- 
former, pour  ce  qui  regarde  le  négoce,  à  tous  les  articles  qui  se  trou- 
vent dans  les  traités  qui  sont  entre  nous  :  c'est  le  seul  moyen  d'assurer 
et  de  faciliter  le  commerce  et  la  liberté  de  la  navigation;  j'ai  trop  de 
confiance  dans  vos  hautes  lumières,  pour  n'être  pas  persuadé  que 
toutes  vos  démarches  et  toutes  vos  opérations  concourront  au  plus 
grand  avantage  des  sujets  des  deux  États.  Le  repos,  la  sûreté  est  le 
moyen  le  plus  puissant  de  conserver  et  d'augmenter  l'union  et  l'har- 
monie qui  régnent  entre  nous.  Je  fais  des  vœux  au  ciel  pour  qu'il 
détourne  tout  ce  qui  pourrait  en  altérer  la  durée.  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 

LOUIS  XVI  A  ALI,  BEY  DE   TUNIS. 

134. —  Versailles^  Si 8  avril  y  777.  —  «  Illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, 

Suleyman-Agha,  votre  Envoyé  auprès  de  nous,  s'est  rendu  à  notre 
Cour  Impériale,  pour  exécuter  la  commission  dont  vous  l'avez  chargé. 
Nous  lui  avons  donné  une  audience  favorable.  Il  nous  a  remis  la  lettre 
que  vous  nous  avez  écrite  ',  et  présenté  les  esclaves,  les  chevaux,  les 
lions  et  les  autres  effets  que  vous  nous  aviez  destinés'.  Nous  les  avons 
reçus  avec  plaisir  et  nous  sommes  bien  aise  de  vous  remercier  de  cette 
attention.  Rien  ne  pouvait  nous  être  plus  agréable  que  cette  nouvelle 
marque  de  vos  dispositions,  de  votre  amitié  et  de  votre  attachement 
pour  notre  personne.  Ces  sentiments  vous  répondent  de  l'intérêt  sin- 

i.  Voy.  sur  les  diiïérents  droils  imposés  au  commerce  du  Levant  et  de  Barbarie 
VInvenlaire  des  Archives  de  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille,  par  0.  Teissier, 
p.  370. 

2.  Voy.  p.  56. 

3.  Voy.  la  note  1,  p.  56. 


64  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1777] 

cère  que  nous  prenons  à  ce  qui  vous  regarde,  du  désir  que  nous  avoDS 
de  rendre  les  liaisons  des  Français  et  des  Tunisiens  toujours  plus 
intimes,  de  notre  bienveillance  particulière  et  de  notre  considératioo 
pour  vous  :  nous  vous  en  confirmons  bien  volontiers  Tassurance. 
Nous  avons  appris  les  arrangements  que  vous  avez  faits  pour  assurer 
au  Prince  Hamouda,  votre  fils,  la  succession  du  Royaume  de  Tunis  ^ 
Nous  vous  en  faisons  notre  compliment  et  nous  prendrons  toujours 
part  à  ce  qui  vous  arrivera  d'heureux  &  vous  et  k  votre  famille. 

Nous  prions  Dieu  qu*il  vous  ait,  illustre  et  magnifique  Seigneur, 
en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

(Affaires  étrangères  y  Levant  et  Barbarie,  f,  2t3.) 
LE  C^°  DR  SARTINE  A  ALI,  BBY  DE  TUNIS. 

135.  —  Versailles^  28  avril  1777.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Suleyman-Agha,  votre  Envoyé  auprès  de  TEmpereur  mon  maître, 
m'a  remis  &  son  arrivée  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  Thonneur  de 
m'écrire  '.  J'ai  lu  avec  beaucoup  de  reconnaissance  les  témoignages 
d'amitié  qui  y  sont  exprimés.  Rien  n'est  plus  sincère  que  le  véritable 
désir  que  j'ai  de  m'employer  pour  votre  service  en  tout  ce  qui  pourra 
vous  faire  connaître  l'intérêt  réel  que  j'y  prends.  Ces  sentiments  sont 
conformes  aux  intentions  de  TEmpereur  et  k  la  confiance  où  est  Sa 
Majesté  Impériale  que  vos  dispositions  égales  à  ses  vues  rendront  tou- 
jours plus  intimes  les  liaisons  des  Français  et  des  Tunisiens.  Je  serai 
flatté  d'en  être  l'beureux  instrument  comme  j'y  suis  porté  par  inclina- 
tion, et  vous  me  trouverez  disposé  en  tous  temps  à  vous  assurer  les  effets 
des  bonnes  grâces  de  Sa  Majesté  Impériale.  J'espère  que,  de  votre  pari, 
vous  voudrez  bien  m'en  procurer  tous  les  moyens  avec  les  mêmes  prin- 
cipes et  le?  mêmes  soins  pour  faciliter  les  diff'érentes  affaires  et  objets 
qui  peuvent  y  contribuer  efficacement  et  avec  un  avantage  réciproque. 
J'ai  présenté  à  Sa  Majesté  Impériale  Suleyman-Agha,  qui  en  a  reçu 
l'accueil  le  plus  gracieux.  Cet  Envoyé,  ayant  bien  rempli  sa  mission,  y  a 
éprouvé  toute  la  faveur  dont  il  était  susceptible  et  a  déjà  dû  vous  en 
rendre  compte.  Il  a  trouvé  ensuite  à  Paris  et  par  les  ordres  qui  y  ont 
été  donnés  les  meilleurs  traitements  et  tous  les  agréments  qu'il  m'aété 
possible  de  lui  procurer  par  considération  pour  vous.  Je  lui  dois  la  jus- 
tice qu'il  s'est  bien  et  très  honnêtement  conduit  en  tous  points,  et  j'es- 
père que  vous  serez  satisfait  de  ses  relations. 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  61. 

2.  Voy.  p.  rn. 


[1777]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  63 

Suleyman-Âghasera  ramené  avec  les  mêmes  attentions  à  Toulon,  où  il 
s'embarquera  sur  Tune  des  frégates  de  Sa  Majesté  Impériale,  dont  le 
capitaine  a  ordre  exprès  de  le  conduire  k  Tunis.  Je  lui  ai  remis  la 
réponse  de  Sa  Majesté  Impériale.  Je  n'ai  plus  k  ajouter  aux  expressions 
qu'elle  contient  dans  une  occasion  aussi  favorable  que  celles  de  ratta- 
chement et  du  zèle  sur  lesquels  je  vous  prie  de  compter  partout  où  je 
pourrai  vous  convaincre  par  mes  services  que  je  suis  plus  que  personne 
au  monde,  très  illustre  et  magnifique  Seigneur, 

Votre  très  parfait  et  très  sincère  ami.  » 

(Affaires  étrangères  y  Levant  et  Barbarie,  f  777,  f,  $ii.) 
MÉMOIRE   DU    ROI  POUR   SERVIR  D'INSTRUCTION  AU  SIEUR  DE  BONNEVAL  *. 

136.  —  Versailles^  i2  mai  i777.  —  Cet  officier  est  expressément 
chargé  de  ramener  à  Tunis  l'Envoyé  du  Bey  et  les  gens  de  sa  suite.  Sa 
Majesté  recommande  au  sieur  de  Bonneval  d'avoir  pour  Suleyman-Agha 
tous  les  égards  qu'il  mérite.  A  l'arrivée  de  L'Alcmène  en  rade  de  Tunis, 
le  Consul  de  Saizieu  se  rendra  à  bord,  s'entendra  avec  le  commandant 
de  la  frégate  sur  les  saints  «  qui  doivent  être  réglés  sur  le  pied  le  plus 
fort  ».  M.  de  Bonneval  se  fera  présenter  au  Bey  et  l'assurera  de  la  haute 
bienveillance  de  Sa  Majesté.  Il  devra  témoigner  à  ce  Prince  et  à  son  fils 
«  rintérét  que  la  Cour  de  France  porte  au  royaume  de  Tunis  et  son 
désir  de  maintenir  la  bonne  harmonie  qui  règne  entre  les  deux  pays  ». 
Il  est  particulièrement  enjoint  à  M.  de  Bonneval  de  témoigner  au  Consul 
une  grande  considération  et  de  ne  pas  manquer  de  le  saluer,  suivant 
Tusage,  de  neuf  coups  de  canon. 

{Affaires  étrangèt^es,  Levant  et  Barbarie,  i777,  f.  S44,) 
LE  C^  DE  SARTINB  A  DE  SAIZIEU. 

137.  —  Versailles^  i.2  mai  1777.  —  «  L'Envoyé  de  Tunis,  ayant 
terminé  sa  commission,  s'est  mis  en  route  pour  aller  s'embarquer  à 
Toulon  '.  Sa  Majesté  a  bien  voulu  qu'il  fût  ramené  sur  la  frégate  Z'A/c- 
mène^  commandée  par  M.  de  Bonneval,  lieutenant  de  vaisseau.  Les 
ordres  de  cet  officier,  à  qui  Suleyman-Agha  et  les  gens  de  sa  suite  ont  élé 
bien  recommandés,  se  bornent  à  donner  au  Bey  et  à  son  fils,  dans  les 
audiences  où  vous  le  présenterez  à  ces  Princes,  les  assurances  gêné- 

1 .  Philippe  de  Roux,  comte  de  Bonneval,  enseigne  de  vaisseau  en  1765,  sous-aide- 
major  à  Toulon  en  1168,  lieutenant  en  1770,  aide-major  en  1776,  commandant  L\4/c- 
mène  en  1777,  capitaine  de  vaisseau  en  1782,  major  général  des  troupes  de  la  marine 
en  1783.  Il  reçut  un  coup  de  sabre  à  la  têle  pendant  Témeute  de  Toulon  de  1789. 

2.  Voy.  le  Passeport  du  Roi  pour  le  .sieur  Ruf/in,  pour  conduire  de  Paris  à  Toulon 
TEnvoyé  de  Tunis  Suleyman-Agha  et  sa  suite,  T'  avril  1777.  [Affaires  étrangères, 
Levant  et  Barbarie,  f  777,  /.  22S.) 

5 


66  CORRESPONDANCB  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [i""^*^: 

raies  des  bonnes  dispositions  du  Roi  en  leur  faveur.  Sa  Majesté  a  fait 
connaître  ses  sentiments  pour  le  Bey  de  la  manière  la  plus  flatteuse,  et 
son  Envoyé  a  été  comblé  de  marques  d'amitié  et  d'honneur.  Nous 
devons  présumer  que  le  Bey  en  témoignera  la  plus  grande  sensî- 
bilité. 

Je  vous  envoie  la  note  des  présents  destinés  au  Bey,  à  sa  famille  et  à 
Sidi  Mustapha.  Ils  ont  été  consignés  à  l'Envoyé  pour  les  remettre  à 
Sidi  Mustapha  après  vous  en  avoir  prévenu.  Ce  Ministre  se  chargera 
delà  distribution  comme  vous  avez  paru  le  désirer,  et  vous  lui  présen- 
terez les  objets  que  vous  croirez  devoir  lui  offrir  *....  » 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f,  S49.) 
DE  SAINT-DIDIER  A  SCLEYMAN-AGHA,  ENVOYÉ  DE  TUNIS. 

138.  —  Versailles,  12  mai  1111 ,  —  «  Illustre  et  magnifique  Seigneur, 
mon  sincère  et  véritable  ami, 

Le  jour  de  votre  départ  a  été  pour  moi  un  jour  de  chagrin  et  de 
tristesse.  La  douce  habitude  de  vous  voir  que  j'avais  contractée  et 
Tamitié  que  vous  m'aviez  inspirée  ont  d(l  me  donner  les  plus  grands 
regrets.  J'espère  que  vous  aurez  fait  un  voyage  agréable  et  que  vous 
serez  rendu  à  Toulon  en  bonne  santé.  L'intérêt  que  je  prends  à  ce  qui 
vous  regarde  m'en  fait  attendre  lanouvelie  avec  la  plus  vive  impatience. 
M.  RufOn  vous  consignera  les  présents  destinés  au  Bey,  à  sa  famille  et  â 

i.  État  des  présents  du  Roi  remis  à  V Envoyé  de  Tunis  : 

Pour  le  Bey  de  Tunis  :  un  carrosse  dil  «  désobligeante  •  avec  ses  coussins  galonnés 
et  ses  harnais,  une  bassine  et  son  aiguière  en  argent  doré,  une  grande  soucoupe 
te/., douze  porte-tasses  tV/.,un  aspersoir  tV/., douze  tasses  de  porcelaine,  six  boîtes  d*or. 
une  montre  garnie  de  diamants,  quatre  montres  h  répétition,  six  étuis  garnis  d*or. 
six  couteaux,  six  paires  de  ciseaux,  des  tablettes,  des  lunettes  garnies  d*or  et 
d'argent,  un  fusil,  une  paire  de  pistolets  montés  en  or,  deux  paires  de  pistolets 
montés  en  argent,  onze  pendules,  cinq  pièces  de  toile  peinte,  douze  demi-piètres 
de  toile  ordinaire,  quatre  pièces  d'étoffes  d'or,  quatre  demi-pièces  de  drap,  quatre 
pièces  de  galons  d'or. 

Pour  Sidi  Hamouda- Pacha,  fils  aine  du  Bey  :  un  poignard  monté  en  or,  une 
paire  de  pistolets  de  même,  un  fusil  monté  en  argent,  deux  boites  d'or,  deux 
montres  à  répétition  de  même,  deux  pendules. 

Pour  Sidi  .Mustapha-Khodja,  gendre  et  Ministre  du  Bey  :  une  bassine  et  son 
aiguière  d'argent,  une  montre  garnie  en  diamants. 

Présents  offerts  par  le  Ministre  :  un  sabre  monté  en  or,  quatre  boites  d'or,  deux 
pendules,  deux  pièces  de  drap  d'or,  deux  pièces  de  galons  d'or,  deux  pièces  de  drap, 
douze  demi-pièces  de  toile,  une  pièce  de  toile  peinte.  [ 

Présents  offerts  par  M,  de  Saint-Didier  :  une  poignée  d'agate  travaillée  et  garnie 
d'or,  un  fusil  monté  en  argent,  une  paire  de  pistolets  montés  de  même,  une  paire 
d'étriers  dorés,  un  étui  de  rasoirs  garni  en  argent,  deux  baignoires  avec  leur 
cylindre,  divers  articles  de  quincaillerie  assortis. 

«  Le  Bey  s'est  chargé  de  répartir  lui-même  dans  sa  famille  les  différents  objets 
du  présent  de  S.  M.  qui  ne  seront  point  à  son  usage  personnel,  et  n'a  permis  dVn 
rien  distraire  en  faveur  de  quelques  personnes  de  sa  Cour  qui  croyaient  pouvoir  y 
participer.  •  {Affaires  étrangères,  C^'*  de  Tunis.) 


1^777]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  67 

Sidi  Mustapha.  Vous  voudrez  bien  les  remettre  à  ce  Ministre,  qui  en 
fera  lui-même  la  distribution  après  en  avoir  prévenu  M.  de  Saizieu.  Je 
vous  souhaite  une  heureuse  traversée  et  je  vous  prie  de  me  conserver 
toujours  une  place  dans  votre  cœur.  J'espère  que  vous  voudrez  bien 
vous  charger  de  mes  compliments  pour  Kaït  Osman,  Nahman  et  Ra- 
madan. 

Je  vous  renouvelle  les  assurances  du  tendre  attachement  avec 
lequel  je  suis,  plus  que  personne,  illustre  et  magnifique  Seigneur, 

Votre  parfait  et  sincère  ami.  » 

(Affairées  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  247.) 
LE  C*  DE  SARTINB  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

139.  —  Versailles,  le  i  9  mai  1777.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

J'ai  reçu  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de  m'écrire  *  pour 
m^engager  à  demander  la  suppression  du  droit  de  2  p.  0/0  qui  a  été 
récemment  imposé  sur  toutes  les  marchandises  que  le  Pavillon  français 
apporterait  k  Tunis  *.  J'ai  rendu  compte  à  l'Empereur  mon  maître  du 
désir  que  vous  aviez  d'en  voir  cesser  la  perception  dans  vos  Etats,  parce 
que  vous  la  croyez  nuisible  au  commerce  de  vos  sujets.  Sa  Majesté 
Impériale  est  trop  éloignée  du  dessein  de  contrarier  en  quoi  que  ce  soit 
leurs  intérêts,  pour  ne  pas  se  prêter  aux  représentations  que  vous 
avez  cru  devoir  m'adresser  au  sujet  de  ce  droit,  et  elle  va  bientôt  y 
prendre  des  mesures  différentes,  mais  qui  puissent  également  assurer 
l'exécution  des  arrangements  qu'elle  a  voulu  adopter  pour  le  lien  et 
l'avantage  du  commerce  français  en  Levant  et  en  Barbarie.  J'espère 
que  vous  serez  sensible  à  cette  condescendance  de  la  part  de  Sa  Majesté 
Impériale  et  que  vous  y  reconnaîtrez  la  droiture  qui  accompagne  toutes 
ses  démarches.  » 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  /*.  26S,) 
SULEYMAN-  AGHA  AUC  ^^  DE  SARTINE. 

140.  —  Toulon,  à  bord  de  «  L'Alcmène  »,  ^"  juin  4  777,  —  «  Très 
illustre  et  magnifique  Vizir, 

Je  touche  au  terme  de  ma  mission,  et  j'éprouve  plus  que  jamais  les 
heureux  effets  de  votre  bienfaisance;  il  n'appartenait  qu'à  un  si  grand 
cœur  que  le  vôtre  de  donner  à  ce  sentiment  une  aussi  vaste  étendue, 
et  c'est  à  lui  seul  qu'il  appartient  d'apprécier  toute  celle  de  ma  grati- 
tude. Elle  durera  plus  que  moi-même.  Je  m'efforcerai  de  la  perpétuer 


1.  Voy.  p. 

2.  Voy.  p.  63. 


68  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1*777] 

à  Tunis  par  la  relation  que  j'y  ferai  de  toutes  les  bontés  dont  j'ai  été 
comblé  en  France.  Daignez,  très  illustre  et  magniQque  Vizir,  être  per- 
suadé de  toute  la  reconnaissance  du  Bey  mon  maître  et  des  Tunisiens. 
Ils  partageront  mes  sentiments  et  les  vœux  que  je  forme  sans  cesse  pour 
la  prospérité  de  votre  Ministère  et  pour  la  conservation  de  TEmpereur 
le  plus  chéri  et  le  plus  digne  de  Télre.  Agréez  ces  tendres  adieux  et 
ces  souhaits  sincères  de  votre  respectueux  ami  *.  » 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
LE  G^«  DE  SARTINE  A  DE  SAIZIBU. 

141.  —  Versailles^  2  juin  1777 . —  On  demande  des  informations  au 
Consul  sur  les  désordres  causés  par  quelques  esclaves  corses  dans  la 
paroisse  de  Saint-Antoine,  à  Tunis  '. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  4777,  f,  289,) 
LE  C^«  DE  SARTINE  A  DR  SAIZIRU. 

142.  —  Versaillei^  i 6  juin  i777.  —  «  L'Envoyé  du  Bey  est  parti  de 
Toulon  le  3  de  ce  mois,  et  je  présume  qu'il  arrivera  avant  cette  réponse. 
Si  j'avais  pu  prévoir  que  le  dérangement  de  votre  santé  ne  vous 
permit  pas  d'attendre  Monsieur  le  baron  de  Tott'  sans  risquCvS,  je  vous 
aurais  laissé  revenir  sur  la  frégate  VAlcmme.  Sa  Majesté  consent  que 
vous  profitiez  du  premier  bâtiment  de  guerre,  ou,  à  défaut,  d'un  bâti- 
ment marchand  pour  vous  rendre  en  France.  Je  vous  recommande 
expressément  de  laisser  sur  votre  Échelle  avant  votre  départ,  si  vous 
vous  décidez  à  reffectuer,  des  mémoires  circonstanciés  qui  servent 
efficacement  à  guider  M.  le  baron  de  Tott  dans  la  réduction  du  nou- 
veau plan  d'administration  qu'il  est  chargé  d'y  proposer.  La  partie  des 

1.  Pan's^  S  août  ^777.  —  Compte  général  des  dépenses  faites  à  Toccasion  de  Tar- 
rivée  et  du  séjour  en  France  de  Suleyman-Agha.  Envoyé  de  Tunis,  dressé  par  ie  sieur 
Ruffin,  interprèle  du  Roi.  Ce  compte  s'élève  à  152,  99 i  1.  il  s.  8  d.  (Affaires  étran- 
gères, C"*  de  Tunis,) 

2.  Le  Préfet  apostolique,  le  P.  Sébastien  de  Cortone,  avait  béni,  le  6  octobre  1773. 
la  première  pierre  d*une  chapelle  dédiée  à  saint  Antoine,  sur  le  terrain  du  cime- 
tière des  esclaves  chrétiens  à  Tunis.  L'édiilce  coûta  3,461  piastres.  Les  esclaves, 
principalement  corses,  revendiquèrent  sur  le  cimetière  et  par  suite  sur  la  chapelle 
un  droit  de  patronage  remontant  &  plus  d'un  siècle,  et  s'opposèrent  à  Texercicc  du 
culte  et  À  la  détention  des  clefs  par  les  missionnaires  capucins.  La  Sacrée  Coogrê- 
gation  résolut  le  litige  par  un  décret  du  21  avril  1777  donnant  raison  à  la  Mission 
et  reconnaissant  pleinement  sa  juridiction  sur  la  chapelle  et  sur  le  cimetière  de 
Saint-Antoine.  De  là  l'irritation  des  esclaves,  les  troubles  qu'ils  causèrent,  cette 
année-là,  sur  l'emplacement  contesté,  et  les  revendications  qu'ils  crurent  même 
devoir  porter  devant  Ali-Bey.  Le  conflit  ne  prit  Hn  que  par  l'intervention  du  Consul 
de  Saizieu,  et  par  suite  d'une  convention  passée  entre  les  missionnaires  et  les 
esclaves  le  26  mai  1778.  —  Voy.  Mémoire  pour  servir  à  Vhistoire  de  la  Mission  des 
Capucins  dans  la  Régence  de  Tunis,  déjà  ci  lé,  p.  6S. 

3.  Voy.  la  note  4,  p.  61. 


[i777J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  69 

fonds  mérite  principalement  beaucoup  d'attention,  et  je  vous  saurais 
gré  de  donner  pour  cet  objet  des  renseignements  exacts  et  précis  sur 
lesquels  il  puisse  compter.  C'est  à  vous  de  juger  si  le  Vice-Consul  '  se 
sera  formé  aux  affaires  dans  ce  court  intervalle  de  manière  à  ce  qu'on 
puisse  se  reposer  sur  lui  du  soin  de  les  conduire.  Il  vaudrait  mieux 
déroger  pour  cette  fois  à  Tordonnance  et  remettre  en  des  mains  mieux 
exercées  des  fonctions  délicates  et  qui  demandent  une  connaissance 
approfondie  des  mœurs  du  pays  et  du  caractère  des  personnes  en 
place.  Je  n'ai  qu'à  vous  remercier  de  l'accueil  que  vous  lui  avez  pré- 
paré auprès  du  Bey  et  de  son  gendre... 

Je  désire  que  vos  instructions  le  mettent  bientôt  en  état  de  rendre 
des  services  utiles,  mais  il  faut  vous  borner  au  compte  qu'il  vous  en 
doit.  Mon  intention  est  que  les  Vice-Consuls  ne  soient  chargés  de  la 
correspondance  que  dans  Tabsence  des  Consuls.  Il  m'a  paru  que  cet 
arrangement  était  convenable  à  tous  égards  pour  maintenir  la  subor- 
dination. » 

[Affaires  étrangères,  levant  et  Barbarie,  4777,  f,  308.) 
DR  SAIZIEU  AU  C^®  DE  SARTINE. 

143.  —  Tunis^  26  juin  1777 .  —  La  frégate  du  Roi  VAlcmène,  sous 
les  ordres  de  M.  de  Bonneval  ',  a  mouillé  k  La  Goule tte  le  10  courant, 
ramenant  Suleyman-Agha.  Le  même  jour  elle  a  reçu  et  rendu  le  salut 
de  21  coups  de  canon.  Le  lendemain  le  gendre  et  Ministre  du  Bey  est 
allé  à  bord,  accompagné  du  Consul  de  Saizieu,  politesse  flatteuse  à 
laquelle  M.  de  Bonneval  a  répondu  par  la  réception  distinguée  qu'il  a 
faite  à  ce  Prince  et  aux  grands  de  sa  suite. 

Suleyman-Agha  a  débarqué  avec  Sidi  Mustapha;  il  a  été  fort  bien  reçu 
par  le  Bey  qui  s*est  montré  très  satisfait  de  la  relation  de  son  voyage, 
ainsi  que  des  présents  que  cet  Envoyé  lui  a  rapportés*.  Le  carrosse  qui 
en  fait  partie  lui  a  produit  le  plus  grand  effet  et  attire  chaque  jour  une 
foule  de  curieux  qui  vont  l'admirer  chez  le  Bey.  Suleyman-Agha  ne  tarit 
point  d'éloges  sur  la  manière  dont  il  a  été  traité  en  France  et  pendant 
son  séjour  sur  la  frégate  du  Roi. 

M.  de  Bonneval  a  reçu  des  honneurs  personnels  et  hors  d'usage  à  son 
débarquement  et  à  ses  audiences.  Il  a  été  traité  avec  le  môme  céré- 
monial que  le  Prince  de  Listenois  en  1766.  Cet  officier  a  plu  infiniment 
au  Bey,  à  son  fils  et  à  son  gendre,  qui  lui  ont  fait  présent  de  deux  che- 

1.  Devoize.  Voy.  la  noie  2,  p.  60. 

2.  Voy.  la  note  i ,  p.  65. 

3.  Voy.  la  note  1,  p.  66. 


70  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1777; 

vaux  et  ont  prié  le  Consul  de  témoigner  au  Ministre  leur  désir  de  lui 
procurer  un  avancement,  à  raison  de  la  manière  dont  il  a  rempli  sa 


mission*. 


(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 


SULBYMAII-A6UA  AU  C^  DE  SARTINE. 

144.  —  Tunis,  26  juin  1777.  —  Il  informe  le  Ministre  de  son  arrivée 
à  Tunis,  le  remercie  de  tout  ce  qu'il  a  daigné  faire  pour  lui  pendaal 
son  séjour  à  Paris,  se  loue  fort  des  bons  traitements  de  M.  de  Bonneval 
et  proteste  de  son  désir  de  se  rendre  utile  à  ]a  France. 

{Affaires  étrangèi*es,  C*"  de  TunLt.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^  DE  SABTIIVE. 

145.  —  7unw,  26  Juin  1777.  —  A  raison  des  difficultés  survenues 
à  Taudience  du  Bey  pour  y  placer  le  sieur  Devoize,  le  Consul  demande 
au  Ministre  de  déterminer  la  place  que  doit  occuper  le  Yice-Consul  dans 
les  cérémonies  publiques  auxquelles  sont  appelés  les  Consuls  étran- 
gers ". 

(Affaires  étrangères^  C^*  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  AU  G**  DE  SARTINE. 

146.  —  Tunis,  26  juin  i777 .  —  Le  Consul  a  entretenu  Sidi  Mus- 
tapha du  désir  qu'a  la  Compagnie  d'Afrique  de  rétablir  son  comptoir 
de  Bizerte  '.  Ce  Prince  est  persuadé  que  le  Bey,  prévenu  contre  la  Com- 
pagnie, ayant  des  griefs  contre  elle  et  un  intérêt  réel  à  Téloigner  de 
ses  États,  ne  voudra  plus  Ty  recevoir;  de  Saizieu  ne  refusera  pourtant 
ni  son  appui  ni  ses  soins  pour  le  succès  de  cette  négociation. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^®  DE  SARTINE. 

147.  —  7um5,  26  juin  1777.  —  Il  a  annoncé  au  Bey  la  suppression 
dans  ses  Ëtats  du  droit  de  Consulat  que  le  Roi  avait  mis  sur  les  mar- 
chandises chargées  à  Marseille  pour  le  compte  des  marchands  de 
Tunis  *. 

(Affaires  étrangères,  C*[  de  Tunis.) 

1.  Voy.  Etat  des  dépenses  faites  à  l'occasion  de  l'arrivée  et  du  séjour  à  La  GoMU 
de  la  frégate  du  Hoi  UAlcmène, commandée  par  M.  de  Bonneval,  10  juin  illl  [Afaim 
étrangères,  C"  de  Tunis). 

3.  Voy.  plus  loin  la  réponse  du  8  septembre  1777. 

3.  Voy.  à  ce  sujet  la  correspondance  du  Consul  avec  la  Compagnie  d'Afriqi 
(Archives  départementales  des  Bouches^du-Rhône,  Intendance  de  Provence,  c  93). 

4.  L'arrêt  du  9  décembre  1776  avait  réduit  toutes  les  impositions  établies  sur  le 
commerce  du  Levant  et  de  Barbarie  au  droit  unique  de  5  0/0,  sous  la  dénomina- 
tion de  droit  de  Consulat. 


le 


[1777]  AVEC  LA  COUR  DR  FRANGE  71 

ALI,  BEY  DE  TUNIS,  AU  C*^  DE  SARTINE. 

148.  —  Tunis^  26  juin  1777 ,  —  «  Au  plus  glorieux  des  Seigneurs 
chrétiens,  le  plus  excellent  des  grands  qui  professent  la  religion  du 
Messie,  l'arbitre  des  différends  qui  surviennent  en  Europe,  le  très 
magnifique  et  très  illustre  Yizir  de  France,  notre  ancien  et  grand  ami 
le  comte  de  Sarline. 

Après  vous  avoir  présenté  les  saints  les  plus  sincères  et  les  plus 
vives  expressions  de  Tamitié,  nous  nous  empressons  de  vous  notifier 
rheureuse  arrivée  à  Tunis  de  notre  fils  Suleyman-Agha,  revenu  de  son 
ambassade  à  la  Cour  de  France,  comblé  d'honneurs  et  de  bienfaits. 
Rien  ne  peut  égaler  sa  reconnaissance  ;  et  vous  devez  être  assuré  qu'il 
n*aura  jamais  rien  de  plus  à  cœur  que  de  tâcher  de  mériter  par  son 
zèle  pour  votre  service  les  bontés  que  vous  lui  avez  prodiguées.  Vous 
connaissez  mes  sentiments  pour  vous  et  mes  dispositions  pour  votre 
nation.  Si  les  uns  et  les  autres  étaient  susceptibles  d'accroissement  ils 
en  auraient  pris  infiniment  d'après  les  nouvelles  preuves  d'amitié  que 
vous  nous  avez  données  en  cette  occasion.  Nous  nous  bornerons  à  vous 
supplier  de  nous  continuer  votre  précieuse  correspondance,  dont  nous 
serons  toujours  jaloux,  et  de  nous  offrir  souvent  des  moyens  de  recon- 
naître tout  ce  que  vous  avez  fait  pour  nous.  Agréez,  en  attendant,  les 
vœux  que  nous  formons  pour  votre  prospérité  personnelle  et  pour 
celle  de  l'Empire  confié  à  votre  sagesse.  Veuille  le  ciel  écarter  tout 
accident  qui  pourrait  troubler  la  bonne  harmonie  qui  règne  entre  les 
puissances!  Puissiez-vous  à  cet  effet  occuper  pendant  de  longues 
années  la  place  éminente  que  vous  remplissez  avec  tant  de  succès  et 
de  gloire!  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères^  C'"*  de  Tunis,) 

DE  SAIZIBU  AU  C^°  DE  SARTINE. 

149.  —  Tunis^  25  juillet  1777,  —  Le  sieur  Arnoux  ayant  fait  fail- 
lite, le  Consul  a  fait  cesser  les  poursuites  de  ses  créanciers;  il  a  de 
plus  obtenu  du  Bey  un  ordre  qui  exempte  la  nation  de  toute  solidarité 
pour  ce  cas  particulier  et  tout  autre  semblable  qui  pourrait  se  produire 
à  l'avenir  *. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
LE   C^''    DE    SARTINE  A   DE  SAIZIEU. 

160.  —  Versailles,  25  août  1777,  —  Le  Ministre  le  félicite  des  résul- 
tats heureux  de  la  visite  de  M.  de  Bonneval   au  Bey  de  Tunis.  Les 

\.  Voy.  Ordre  du  Bey  de  Tunis  adressé  au  Consul  général  de  Francef\e  1"  juillet  1717 
(Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis). 


72  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1777] 

bonnes  dispositions  que  ce  Prince  témoigne  à  la  Cour  font  espérer 
que  la  colonie  française  continuera  à  sentir  les  effets  de  sa  bienveil- 
lance. On  lui  recommande  spécialement  les  intérêts  de  la  Compagnie 
d'Afrique,  qui  voudrait  rétablir  son  comptoir  de  Bizerte. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbane,  /777,  f.  429.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^^  DK  SARTINE. 

161.  —  Tunis,  27  août  i  777 .  —  Un  différend  est  survenu  entre  le 
Préfet  de  la  Mission  *  et  les  esclaves  chrétiens  au  sujet  du  casuel  d'un 
cimetière.  Les  torts  étant  réciproques,  le  Consul  a  ménagé  un  accom- 
modement qui  satisfait  les  deux  partis. 

c  Les  Préfets  de  la  Mission  de  Tunis  ont  été  souvent  inquiétés  par 
les  esclaves  corses,  toujours  accusés  par  tous  les  autres  d'abuser  de  leur 
ministère  et  d'appliquer  à  leur  usage  ou  d'emporter  avec  eux  en  Europe 
le  produit  du  casuel  de  la  Mission  et  notamment  celui  du  cimetière 
Saint-Antoine,  dont  la  propriété  incertaine  a  souvent  été  contestée 
à  Tunis  par  les  chrétiens  esclaves  ou  libres,  et  les  religieux  de  celle 
Mission.  Mais  c'est  à  ceux-ci  du  moins  à.  en  avoir  la  disposition,  et  ce 
serait  sans  doute  à  la  Cour  de  Rome  à  réprimer  Tusage  ou  l'abus  que 
les  esclaves  et  les  mauvais  chrétiens  ont  fait  quelquefois  de  ce  cime- 
tière. 

Rien  ne  serait  plus  onéreux  à  la  Mission  ni  plus  capable  de  ramener 
le  Bey  aux  mesures  qu'il  avait  prises,  à  la  sollicitation  de  ses  esclaves, 
d'en  renvoyer  les  religieux  de  Tunis,  parce  que  dans  tous  les  différends 
qu'ils  ont  ensemble  on  ne  saurait  sévir  contre  les  esclaves  sans  s'expo- 
ser à.  ce  qu'ils  s'adressent  au  Prince  et  toujours  avec  scandale  et  succès. 
J'ai  donc  préféré  ménager  entre  eux  et  ces  religieux  un  accommode- 
ment, au  moyen  duquel  la  Mission  sera  tranquille  et  le  Préfet  tout 
aussi  assuré  du  casuel  de  ce  cimetière,  dont  les  clefs  et  le  produit  se- 
ront déposés  à  l'avenir  dans  une  caisse  à  la  garde  du  Préfet  et  du 
Majordome  esclave  de  la  Mission*.  Cet  arrangement,  auquel  les  esclaves 
m'ont  promis  de  souscrire,  remplira  vos  intentions  ainsi  que  les  vues 
religieuses  de  la  Congrégation  de  la  Propagande,  mais  il  ne  sera 
utile  et  durable  qu'autant  qu'elle  voudra  bien  contenir  les  religieux 
hospitaliers  qui  prétendent  aux  fonctions  de  Missionnaires,  et  fomen- 
tent parmi  eux  et  les  esclaves  des  troubles  que  ni  la  piété  ni  l'aulorité 
ne  peuvent  apaiser  ni  punir  ici  *. 

1.  Voy.  la  noie  2,  p.  68. 

2.  Voy.  sur  l'organisalion  des  bagnes  d'esclaves,  t.  I,  p.  362. 

3.  Voy.  sur  la  Mis-ion  de  Tunis  rintroduclion  du  t  11,  p.  iiv  et  suiv. 


[1777]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  73 

Le  Préfet  actuel  de  la  Mission  '  mérite  cependant  la  confîance  et  la 
considération  du  public  de  Tunis,  et  ne  permettra  jamais  les  abus  de 
droit  et  de  confiance  qui  en  ont  privé  ses  prédécesseurs,  mais  il  n'a 
pas  la  prudence  ni  la  dextérité  que  sa  place  exige  pour  diriger  des 
liommes  grossiers  et  violents,  prévenus  et  souvent  provoqués  par  ses 
démarches  et  que  l'intérêt  ni  les  devoirs  de  la  religion  ne  sauraient 
ramener  à  la  soumission  et  au  respect  dus  à  ses  ministres.  » 

{Affaires  étrangères,  C*»»  de  Tunis,) 
LE  C^<^  DIS  SARTINE  A   DE   SAIZIBU. 

152.  — Versailles^  8  septembre  1777.  —  Il  s'est  élevé  une  discussion 
de  préséance  entre  le  Vice-Consul  de  France  à  Tunis,  le  sieur  Devoize- 
Voiron  ',  et  les  officiers  de  la  frégate  LAlcmène^  commandée  par  le 
chevalier  de  Bonneval,  sur  le  rang  à  prendre  à  Taudience  du  Bey. 

Le  Vice-Consul  prétendait  se  placer  à  côté  du  Consul,  avant  les  offi- 
ciers de  la  frégate.  Il  a  été  décidé  que  les  officiers  de  marine  auraient 
le  pas  sur  le  Vice-Consul  dans  ces  sortes  d'audiences,  sauf  dans  le  cas 
où  le  Consul  serait  officiellement  remplacé  par  son  suppléant.  Quant 
aux  cérémonies  publiques,  auxquelles  sont  admis  les  Consuls  étrangers, 
le  Yice-Consul  ne  devra  pas  davantage  prendre  rang  avant  eux,  «  parce 
qu'il  n'est  pas  reconnu  par  les  étrangers  et  qu'il  n'a  pas  de  fonctions 
à  remplir  par  lui-même,  tant  que  le  Consul  est  à  sa  place  ». 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  4777,  f,  457,) 
DE  SAIZIEU  AU    Ç>^  DE  SARTINE. 

163.  —  7 unis,  i*^  novembre  1777 ,  —  Le  chevalier  de  Bonneval,  com- 
mandant la  frégate  VAlcmène,  a  jeté  l'ancre  aujourd'hui  à  La  Goulette. 
Le  Consul  profitera  des  fêtes  du  Beyram  pour  dispenser  M.  de  Bonneval 
de  voir  le  Bey,  auquel  il  transmettra  les  compliments  de  cet  officier  '. 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
LE  C^  DE  SARTINE  A  DE  SAIZIEU. 

154.  —  Vetsailles,  10  novembre  1777,  —  «  Je  ne  puis  que  vous 
savoir  gré  des  mesures  que  vous  avez  prises  pour  apaiser  les  discus- 
sions qui  s'étaient  élevées  entre  le  Préfet  apostolique  de  la  Mission  de 
Tunis  et  les  esclaves  chrétiens  détenus  dans  ce  royaume.  Je  désire 
qu'ils  s'y  conforment  de  part  et  d'autre,  de  manière  qu'ils  puissent 
jouir  de  la  tranquillité  que  vous  leur  avez  procurée...  » 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  1777,  f,  58i.) 

r  Le  P.  Sébastien  de  Cortone. 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  60. 

3.  Voy.  Etat  des  dépenses  faites  à  Voccasion  de  Varrivée  de  la  fi^gate  du  Roi 
L'Alcmène,  commandée  par  le  chV  de  Bonneval,  1"  novembre  1777,  ci  :  111  piastres  46. 
(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 


^ 


74  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [ITT'] 

LE    G^^*   DE   SARTINE  A   DE  SAIZIEU. 

156.  —  Versailles^  2  décembre  1777 .  —  Le  Ministre  le  biàme  d'avoir 
fait  ravance  des  dépenses  de  son  Ëchelle.  Cette  avance  ne  doit  être 
supportée  régulièrement  que  parles  négociants  composant  le  corps  de 
la  nation  française  à  Tunis. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  1771,  /.  604.) 

TABLEAU    DES    DÉPENSES    DE    SERVICE    DU    CONSULAT    DE    FRANCE 

A    TUNIS    EN    1777. 

156.  —  1°  Entretien  du  pavillon  du  Roi 
sur  la  maison  consulaire. 

Salaires  au  domestique  chargé  de  balayer  la 
galerie,  mettre  le  pavillon,  allumer  les  fanaux,  pia»tm 

goudron  du  màt  et  raccommodage  du  pavillon. .  Ai  46 

i"  Service  de  la  paroisse  Saint-Louis. 

Au  Préfet  de  la  Mission  pour  les  panégyriques 

de  saint  Roch  et  de  saint  Louis  à  la  chapelle  piastres, 

consulaire 14  26 

Appointements   du    chapelain  desservant  la 

chapelle 100    » 

Salaires  du  sacristain  pour  Tannée 60    » 

Entretien  du  linge,  des  cierges  et  des  orne- 
ments de  la  chapelle  pendant  Tannée 14    » 

Ëtrennes  d'usage  au  chapelain 2â 

210  26         210  26 
3°  Frais  de  voyages. 

Ëtrennes  au  portier  du  Bey  chargé  de  ses 

ordres 4  26 

Id.  au  portier  de  Sidi  Mustapha  pour  ses 

commissions 8  52 

Id.  au  courrier  de  la  Marsa 4  26 

Id.  au  courrier  de  Sidi  Mustapha 4  26 

Courriers    payés     aux    janissaires    et    aux 

drogmans  pour  le  service  du  Roi 164  44 

Nourriture  des  chevaux  de  service 914  39 

Salaires  des  Mores  employés  à  Técurie 294    » 

Pour  leur  nourriture  à  raison  de  6  p.  1/8 

par  semaine 293     » 

Entretien  des  harnais  et  loyer  des  écuries.. .  220    » 

1,907  13      1,907J3 
A  reporter 2,159  8o 


[1777] 


AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE 


Report 

4®  Donatives  et  présents  d'usage  aux  officiers 
du  Bardo  et  de  la  ville. 

Présent  d'usage  au  Kaznadar,    composé   de 
50  livres  de  café  et  50  livres  de  sucre  pour  le        pinsires. 

premier  Beyram 50    » 

Id.  au  Bachikateb 50    » 

Id.  au  chef  des  portiers  du  Bardo 25    » 

Droit  du  Divan  au  Beyram 29  20 

Id.  au  capitaine  du  port 5     '> 

Ëtrennes  d'usage  aux  visites  du  Bardo,  au 
Dolely,  au  Kiaya  des  Janissaires  et  aux  Mores 

de  service 15    » 

Pour  trois  charrettes  servant  aux  nationaux 
pour  accompagner  le  Consul  dans  ses  visites 

au  Bardo 7  39 

Ëtrennes  d'usage  à  l'esclave  du  Kaznadar  et 

à  celui  du  Bachikateb 9    » 

Id.  aux  esclaves  du  Bey 33    » 

Id.  chez  le  Prince  Hamouda,  son  fils 27     » 

Id.  chez  Sidi  Mustapha  Khodja,  son  gendre.  47  13 

Id.  au  Kiaya  de  Porlefarine,  13  damejeannes 
de   vin   et    30  bouteilles    de    liqueurs,   sur  sa 

demande 85     » 

Id.  au  grand   Douanier,    5   damejeannes   de 

vin 25     » 

Id.    &    Ali-reïs,     commandant    la    marine, 

7   damejeannes  de  vin 35    » 

Id.  à  l'intendant  du  Bey,  3  damejeannes  de 
vin,'  2  bouteilles  de  Chypres    et  2  bouteilles 

de  Madère 24     » 

Id.  au  Commandant  des  troupes 6  39 

Id.  au  Commandant    des    zouaves,    sur    sa 

demande,  un  coffret  en  argent 36    » 

Id.  aux  gens  de  Sidi  Mustapha  à  l'occasion 

de  la  mort  de  la  Princesse,  sa  femme 18    » 

Envoyé    au    Bey    une    caisse    contenant    un 
quintal  de  chocolat,  une  caisse   de  prunes  et 

une  corbeille  de  figues  de  Provence 159    » 

A  Sidi  Mustapha,  25  livres  de  chocolat 30    » 

A  reporter 722  1 1 


75 

Piastres. 

2,159  85 


2J59  85 


76  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1777] 

Piaslrea.  PU&lre». 

Report 722  i!       2,159  85 

A  Ismall  Kiaya,  gendre  du  Bey,  à  son  départ 
pour  le  camp,  une  caisse  de  vin  de  Bordeaux.         6i  39 

Dépensé  pour  le  Bey  en  fruits  et  confitures 
lors  de  son  départ  pour  le  cap  Carthage 27  13 

A  Sidi  Mustapha,  une  barrique  de  bière  de 
Hollande 36  26 

Au  même,  25  livres  de  chocolat  et  12  bofte^i 
de   confitures 48    » 

Envoyé  au  Bey  à  Toccasion  du  Ramadan, 
deux  caisses  de  prunes  de  Brignoles,  une  à  Sidi 
Hamouda,  son  fils,  et  12  bottes  de  confitures.         95    » 

A  Sidi  Mustapha,  un  quintal  de  châtaignes 
de  France 10     » 

Au  Bey,  45  melons  d*hiver,  sur  sa  demande, 
et  une  poule  pintade 18    » 

Biscuits  et  pains  français  que  le  Bey  et  sa 
famille  ont  pris  l'habitude  de  demander  au 
boulanger  du  Consulat  tous  les  jours,  pendant 
toute  Tannée,  et  une  corbeille  de  biscuits  de 
la  Reine  par  semaine 150  13 

Poudre  de  chasse  au  prince  Hamouda,  son  fils.         22  13 

1,190  15       1,190  15 
5«  Dépenses  extraordinaires  de  la  nation. 

Aux  gens  de  Suleyman-Agha  à  son  arrivée 
à  Tunis 27    » 

Aux  gens  qui  ont  apporté  et  déballé  les 
caisses  des  présents  du  Roi 31  26 

A  Isack-Bey,  de  la  famille  du  Bey  de  Tunis.  36  26 

Au  Khodja,  pour  les  écritures  turques  con- 
cernant le  service  du  Consulat 30    » 

Pour  la  pension  nationale  accordée  par  la  Cour 
au  Consul  et  payée  par  la  caisse  de  la  nation 2,414  13 

2,538  65      2,538  65 
6'^ Entretien  et  réparations  de  la  maison  consulaire 

dite  Fondouk. 

Réparations  à  la  cour  du  Fondouk 42  26 

Id.  aux  carreaux  et  carrelages  de  Tintérieur.         25    » 
Loyer  du  magasin  servant  de  prison 50    » 

117  26         117  i6 
A  reporter 6,005  91 


[1778]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  77 

Piastres. 

Report 6,005  91 

7®  Entretien  des  citernes  du  Fondouk. 

Au  drogman,  pour  l'approvisionnement  de 
l'eau  qu'il  fait  porter  à  la  maison  consulaire 
clans  le  cours  de  Tannée 144    » 

8®  Appointements  et  salaires  des  agents 

de  la  7iation. 

Gages  de  Tannée  au  drogman  et  aux  deux  piastres. 

janissaires  turcs  du  Consul,  100  piastres  chacun.  300    » 

Id.  au  pourvoyeur 22*26 

Id.  à  Técrivain  more,   pour  les   traductions 

de  pièces  arabes  pendant  Tannée 36    » 

358  26         358  26 
Total  des  dépenses  de  Tannée 6,508  17 

(Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis,) 
LE  C**'  DE  SARTINB  A  DE  SAIZIEU. 

157.  —  Versailles,  9  mars  1778,  —  LeBey  doit  se  montrer  reconnais- 
sant des  égards  dont  la  Chambre  du  commerce  de  Marseille  a  entouré  le 
pinque  tunisien  commandé  par  le  reïs  Mustapha  ben  Abdalla,  après  le 
naufrage  qu*il  a  essuyé  sur  les  côtes  de  Provence. 

A  Tarrivée  de  ce  pinque  à  Tunis,  il  devra  rembourser  les  dépenses 
que  cet  accident  a  occasionnées  et  qui  ont  été  supportées  par  Tlnten- 
dance. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  i069,f.  441,) 

OMAR  DU  BBÏ  DE  TUNIS 
PORTANT  AFFRANCHISSEMENT   DBS  CORSBS  ESCLAVES    DANS  SON  ROYAUME. 

158.  —  Le  Bardo,  iâ  mars  1778.-^  «  Celui  qui  règne  sous  Tombre 
de  Dieu,  par  Tamour  de  sa  justice,  le  petit-fîls  d'Hossein-ben-Ali,  à  qui 
louanges  sont  dues,  Ali-Pacha,  Bey  et  Seigneur  du  Royaume  de  Tunis. 

Les  marques  d'égard  et  d'amitié  que  nous  recevons  en  toute  occasion 
de  M.  le  comte  de  Sartine,  Ministre  de  Tauguste  Empereur  de  France, 
ne  nous  permettant  plus  de  nous  refuser  au  désir  qu'il  a  de  faire 
éprouver  sa  bienfaisance  et  sa  protection  aux  matelots  corses  qui  se 
trouvent  esclaves  dans  notre  Royaume,  nous  avons  bien  voulu,  par  un 
juste  retour  de  nos  dispositions  et  à  sa  seule  considération,  mettre  les 
dits  esclaves  à  rançon,  et  nous  rendant,  à  cet  efifet,  aux  instances 
réitérées  que  le  chevalier  de  Saizieu  nous  en  a  faites  de  sa  part,  nous 


78  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [iT78] 

accordons  au  dit  Consul  le  rachat  de  tous  les  esclaves  corses  quis^ 
trouvent  actuellement  en  notre  Royaume,  moyennant  la  somme  de 
1,500  piastres  Tun,  lesquelles  nous  seront  payées  pour  tous  en  lettre 
de  change  sur  Marseille,  à  raison  de  36  sous  chaque  piastre,  dont  ie 
dit  Consul  de  France  recevra  et  nous  garantira  la  valeur.  Le  dit  Consul 
restera  chargé  des  droits  et  frais  d'usage  dans  notre  Royaume  dans  les 
rançons  d'esclaves  chrétiens,  et  de  notre  part  il  lui  sera  remis  sur  sa 
première  réquisition,  ou  de  tel  autre  le  représentant,  tous  les  esclaves 
qu'il  fera  apparaître  être  nés  en  Corse  et  pris  sous  pavillon  de  Gênes, 
sans  réserve  d'anesm,  ni  distinction  d'âge  et  de  sexe,  nonobstant  le 
besoin  que  nous  pourrions  avoir  de  leurs  services,  dont  nous  voulons 
bien  nous  priver  par  les  considérations  que  nous  en  exposons  à  nos 
sujets,  de  qui  nous  prendrons  d'autorité  nos  esclaves  corses,  si  mieux 
ils  n'aiment  en  traiter  et  les  remettre  eux-mêmes  au  dH  Consul,  ou  tout 
autre  autorisé  de  sa  part  à  les  recevoir  d'eux,  en  leur  payant  au  plus 
pour  chacun  le  prix  convenu  avec  nous  et  porté  dans  notre  présente 
déclaration,  donnée  à  cet  effet  ^  » 

{Affaivea  étrangères.  Salle  des  traités,) 

{Sceau) 

DE  SAIZIEU  AU  C^"^  DE  SARTINE. 

169.  —  7unw,  16  mars  1778.  —  Il  rend  compte  du  succès  de  la 
négociation  relative  à  la  rédemption  des  sujets  corses  esclaves  à  Tunis, 
grâce  à  l'entremise  de  Mustapha-Khodja.  La  rançon  des  esclaves  du 
Bey  est  fixée  à  1,500  piastres;  quant  aux  esclaves  des  particuliers,  le 
prix  de  leur  rachat  fera  l'objet  d'une  négociation  spéciale  entre  les 
Pères  de  la  Rédemption  et  le  gendre  du  Bey. 

{Affairée  étrangère»,  C'**  de  Tunis,) 
MUSTAPUA-KHODM  AU  C^*   DE  SARTINE. 

160.  —  Tunis,  16  mars  1778,  —  «  Dans  l'impatience  où  je  suis  de 
recevoir  de  vos  lettres  qui  m'apprennent  que  vous  jouissez  d'une  santé 
parfaite,  je  prends  la  liberté  de  vous  écrire  celle-ci,  dans  l'espérance 
que  vous  voudrez  bien  m'honorer  d'une  réponse.  Le  Consul  de  France 
a  fait  plusieurs  démarches  pour  solliciter  la  liberté  des  esclaves  de 
rtlede  Corse  qui  sont  ici;  plusieurs  raisons  ont  fait  différer  jusqu*à  ce 

1.  Voy.  Etat,  prix  et  montant  des  dépenses  relatives  au  rachat  général  des  Corses 
esclaves  à  Tunis,  15  mars  1778  : 

Pour  la  rançon  de  24  esclaves  du  Bey  à  1,500  piastres  par  tète,  36,000  p.;  pour 
celle  de  13  autres  esclaves  au  même  prix  de  1,500  p.,  19,500  p.;  comroissioQ  de 
3  0/0,  1,665  p.;  droits  payés  de  particuliers  au  Divan,  1,200  p.;  noiis  du  capitaîDe 
suédois,  4,275  p.;  vivres  fournis  au  bâtiment,  800  p.;  nourriture  des  esclaves 
rachetés,  103  p.;  change  d'un  an  sur  27,000  p.;  6  0/0  accordé  au  gendre  du  Bey, 
1,620  p.;  soit  au  total  :  65,163  piastres  ou  117,293  livres. 


[1778]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  79 

jour  le  moment  de  leur  délivrance.  La  première,  c'est  qu'il  est  de 
notoriété  publique  qu'ils  ont  été  pris  sous  le  pavillon  génois  et  non 
pas  sous  le  pavillon  de  la  France.  La  seconde  est  que  tous  les  travaux 
publics  sont  réservés  aux  seuls  esclaves,  et  qu'il  y  en  a  une  petite 
quantité  dans  ce  pays.  Les  intérêts  du  Royaume  et  de  l'Empereur  de 
France,  vos  affaires,  celles  de  mon  maître  me  sont  également  chères, 
et  je  désirerais  contenter  tout  le  monde  :  jugez  de  mon  embarras  et  de 
la  détresse  où  je  suis.  Cependant  le  Consul  de  France  et  moi  avons 
trouvé  un  instant  favorable  pour  solliciter  auprès  de  mon  maître  la 
liberté  des  dits  esclaves,  et,  à  votre  considération,  il  leur  a  permis  de 
partir.  Cette  affaire  n'était  pas  si  intéressante  qu'elle  exigeât  la  présence 
du  Consul,  et  je  l'aurais  terminée  de  même  pendant  son  absence;  je 
suis  cependant  enchanté  qu'elle  ait  eu  le  succès  qu'il  désirait  tandis 
qu'il  était  encore  ici.  Je  suis  persuadé  que  mon  zèle  à  vous  servir  vous 
convaincra  de  l'envie  que  j'ai  de  vous  être  utile,  et  je  vous  prie  de  me 
mettre  à  l'épreuve  en  me  chargeant  ici  de  toutes  vos  affaires.  J'ai  donné 
quelques  commissions  au  Consul  ;  lorsqu'il  aura  reçu  le  prix  des  esclaves, 
je  vous  prie  de  le  conduire  à  ce  sujet  et  de  décider  s'il  sera  à  propos 
qu'il  m'envoie  ces  commissions  sur  le  change,  ou  bien  s'il  ne  convien- 
dra pas  mieux  qu'il  me  les  porte  lui-même  à  son  retour  dans  ce  pays- 
ci.  Je  fais  des  vœux  pour  que  l'amitié  qui  unit  l'Empereur  de  France 
et  mon  maître  augmente  de  jour  en  jour  et  que  rien  ne  puisse  en  altérer 
le  cours;  vous  connaissez  la  sincérité  de  mes  sentiments  pour  vous  et 
les  vœux  que  je  forme  pour  votre  bonheur.  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

LE  C^^  DE  SARTINE  A  DE  SAIZIEU. 

161.  —  Versailles^  30  mars  1778,  —  Sur  la  répugnance  que  le  Bey 
de  Tunis  et  son  gendre  témoignent  pour  les  propositions  de  la  Compa- 
gnie d'Afrique,  c'est-à-dire  pour  le  rétablissement  de  l'ancien  comptoir 
de  Bizerte  ou  du  Cap-Nègre.  Il  y  aura  lieu  d'insister  toutefois  pour 
arriver  à.  une  entente  et  satisfaire  la  Compagnie. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  ioeo,  f.  172  v.) 
DE  SAIZtBU  AU   C^  DE  SARTINE. 

162.  —  Tunis,  i  2  avril  1778,  —  N'ayant  pas  reçu  d'ordres  précis  du 
Ministre  relativement  au  projet  de  pêche  de  la  Compagnie  d'Afrique, 
il  a  dû  suspendre  la  négociation  entamée  à  ce  sujet  avec  le  gendre  du 
Bey,  et  se  trouve  fort  embarrassé  pour  justifier  des  retards  qui  mena- 
cent de  la  compromettre. 

{Affaires  étrangères,  C*?»  de  Tunis.) 


80        CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     [1778' 

LE  G^c  DE  SARTINE  A  DE  SAIZIBU. 

163.  —  Versailles,  20  avril  1778.  —  U.  de  Tott,  inspecteur  da 
commerce  des  Échelles  ',  chargé  d'examiner  les  états  de  dépenses  et  de 
recettes  de  la  Nation,  arrivera  bientôt  à  Tunis;  M.  de  Saizieu  lui  donnera 
tous  les  renseignements  dont  il  aura  besoin.  Cet  Envoyé  est  également 
chargé  de  prendre,  de  concert  avec  le  Consul,  tous  les  moyens  pour 
procurer  à  la  Compagnie  d'Afrique  la  pèche  du  corail  dans  les  mers 
de  la  dépendance  de  Tunis,  aux  conditions  les  plus  avantageuses. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  4060 ^  f.  SS7.) 
MUSTAPHA-KOODJA  AU  B"*"  DE  TOTT. 

164.  —  Tunis,  28  juin  1  778.  —  «  Mon  très  cher  et  sincère  Beizadé, 
j'ai  l'honneur  de  vous  écrire  pour  vous  conûrmer  ce  que  je  vous  ai 
déjà  dit  au  sujet  de  la  pèche  du  corail*.  Si  dans  cette  pêche  il  est  ques- 
tion de  toutes  nos  côtes,  en  y  comprenant  Tabarque,  il  sera  compté 
annuellement  20,000  piastres  de  Tunis,  et  10,000  seulement  si  on  veut 
en  excepter  Tabarque.  Là-dessus  vous  m'avez  répondu  que  la  décision 
de  cette  affaire  dépendant  du  Ministre  de  l'Empereur  de  France,  qui  eo 
avait  été  ci-devant  informé,  vous  étiez  obligé  d'attendre  les  ordres 
ultérieurs  qu'il  lui  plairait  de  donner  sur  ce  sujet,  avant  de  rien  ter- 
miner. Vous  pouvez  l'assurer  d'avance  de  mon  entier  consentement  â 
tout  ce  qu'il  trouvera  juste  et  convenable  d'ordonner,  persuadé  qu'il 
n'y  aura  rien  dans  sa  décision  qui  ne  me  soit  favorable.  C'est  aussi 
d'après  cette  certitude  et  à  votre  considération,  mon  très  honoré  Beizadé, 
que  vous  êtes  libre  dès  cette  année  et  sans  perte  de  temps  d'expé- 
dier des  bateaux  pour  commencer  à  faire  la  pèche  du  corail,  à  laquelle 

1.  Voy.  ]a  noie  4,  p.  61. 

2.  Ali-Bey  ne  voulait  plus  entendre  parler  de  la  Compagnie  royale  d'Afrique.  Les 
Mahonnais  ofTraient  alors  au  Prince  un  tribut  de  58,000  liv.,  les  Siciliens  de  81,000  liv. 
Aussi  M.  de  Saizieu,  très  dévoué  aux  intérêts  de  la  Compagnie  marseillaise,  avait-il 
décide  Mustapha,  gendre  et  Ministre  d'Ali,  à  se  charger  lui-même  de  la  pèche  du 
corail,  avec  privilège  exclusif,  dans  toute  l'étendue  des  côtes  de  la  Tunisie.  Puis  il 
avait  habilement  disposé  le  nouveau  concessionnaire  à  la  rétrocession  du  dit  pri- 
vilège à  la  Compagnie  pendant  dix  années.  Mais  celle-ci  n'avait  pu  se  résoudre  aux 
conditions  onéreuses  qui  lui  étaient  proposées,  soit  20,000  piastres  (72,000  liv.)  de 
redevances  annuelles  pour  le  monopole  de  la  pêche  depuis  Tabarque  jusques  et  y 
compris  toute  la  côte  est  de  la  Régence,  ou  10,000  piastres  (36,000  liv.)  depuis  Bizerte 
et  la  même  étendue  &  l'est,  bille  avait  craint  de  voir  augmenter  le  chiffre  de  ses 
redevances  en  Algérie,  car  elle  payait  alors  36,910  liv.  à  Alger,  pour  ses  trois  comp- 
toirs de  LaCalle,Bône  et  Le  CoUo,  indépendamment  des  30,000  liv.  réparties  au  Bey 
de  Constantine,  aux  cheiks  et  aux  tribus,  en  tout  72,910  livres.  Tout  en  cherchant  à 
conclure  un  nouveau  traité  avec  la  Régence,  à  la  faveur  des  circonstances,  elle 
avait  renoncé  à  s'entendre  avec  Mustapha  et  préféré  le  statu  quo,  c'est-à-dire 
l'abandon  provisoire  de  droits  séculaires.  —  Yoy.  Omar  du  Bey  de  Tunis  accordant 
la  pèche  du  corail  à  Sidi  Mustapha- Khodja,  22  septembre  1777  [Affaires  étran- 
gères,  C"*  de  Tunis). 


1 


[1778]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  81 

personne  n'apportera  ni  trouble  ni  empêchement,  car  je  vais  faire 
expédier  les  ordres  les  plus  forts  dans  tous  les  ports  de  la  côte  pour 
que  les  pécheurs  soient  encore  mieux  accueillis  et  protégés  qu'ils  ne 
Font  été  par  le  passé.  Vous  pouvez  vous  régler  16,-dessus.  « 

{Sceau)  {Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 

LE  C*^  DE  SARTINE  A  DE  SAIZIEU. 

166.  —  Versailles^  6  juillet  1778,  —  Le  prix  total  du  rachat  des  Corses 
esclaves  à  Tunis,  qu'il  a  obtenu  du  Bey  à.  raison  de  1,500  piastres  par 
tête,  est  de  99,900  piastres.  Le  Consul  devra  prévenir  le  Bey  que  Tin- 
tention  du  Roi  est  de  faire  repasser  dans  leurs  pays  tous  les  Corses  libres 
qui  se  trouvent  à  Tunis  et  qui  s'y  conduisent  mal. 

{Affaires  étrangères,  «•  1060^  f.  382.) 
LE  B<>»  DE  TOTT  AU  C»®  DE  SARTINE. 

166.  —  A  bord  de  «  V  Atalante  »,  iO  juillet  / 778.  —  Il  est  arrivé  à 
Tunis  le  20  juin  i,  et  n'a  eu  qu'à  se  louer  de  l'économie  qui  préside  à.  la 
direction  de  cette  Échelle.  «  M.  de  Saizieu,  qui  n'attendait  que  mon  arrivée 
pour  revenir  en  France,  m'a  présenté  au  Bardo.  Depuis  il  a  parlé  fré- 
quemment à  Sidi  Mustapha  de  l'affaire  de  la  Compagnie  d'Afrique.  Elle 
est  des  plus  délicates  et  il  sera  fort  difficile  d'arriver  à  une  prompte 
solution.  9 

{Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  *  AU  C'^'  DE  SARTINE. 

167.  —  Tunis,  10  juillet  1778.  —  M.  de  Saizieu  s'est  embarqué 
le  30  juin  dernier  pour  rentrer  en  France. 

Un  corsaire  tunisien  s'est  emparé  d'un  bâtiment  corse  chargé  de  blé 
venant  du  Levant.  M.  de  Saizieu  avait  demandé  la  restitution  de  la 
prise  ainsi  qu'une  indemnité.  Devoize  sollicite  les  ordres  nécessaires 
pour  poursuivre  cette  négociation  avec  le  gendre  du  Bey. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

MÉMOIRE  POUR  SERVIR  D'INSTRUCTION    AU    CH<^'  DE   FABRY, 
CHEF  d'escadre  DES   ARMÉES  NAVALES  '. 

168.  —  Paris,  12  juillet  1778.  —  «  Le  chevalier  de  Fabry  se  portera 
successivement  avec  son  escadre  sur  Tunis,  Tripoli  de  Barbarie,  etc..  Il 

1 .  Voy.  État  des  dépenses  faites  à  l'occasion  de  l'arrivée  et  du  séjour  à  la  rade  de  La 
Goulette  de  la  frégate  du  Roi  L* Atalante,  commandée  par  M.  le  baron  de  Durfort,  ayant 
mouilié  le  20  juin  1778  jusqu'au  30  du  dit  mois.  Ces  dépenses  s'élèvent  à  172  piastres. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  60. 

3.  Voy.  la  note  1,  p.  86. 

6 


82  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1778J 

montrera  le  pavillon  du  Roi  et  mouillera  dans  les  ports  où  il  pensera 
que  la  présence  de  Tescadre  pendant  deux  ou  trois  jours  puisse  élre 
utile  aux  sujets  de  Sa  Majesté  et  donner  plus  de  considération  à  ceux 
d'entre  eux  qui  y  font  le  commerce...  » 

(Marine,  B^  672,  f.  87.) 
DE  SAIZIEU  AU  C^^'  DE  SARTINE. 

169.  —  Lazaret  de  Toulon^  iô  juillet  1778,  —  De  Saizieu  rend 
compte  au  Ministre  de  son  départ  de  Tunis. 

«  J*ai  laissé  les  affaires  du  Consulat  entre  les  mains  du  Vice-Consul 
Devoize,  auquel  j'ai  donné  toutes  les  instructions  qui  lui  seront  néces- 
saires. 

Accablé  de  maladies,  de  famille  et  de  besoins,  j'arrive  en  France 
dépouillé  de  tout  revenu  et  sans  raison  d'en  obtenir  aucun  dans  mon 
absence  de  TËchelle,  si  je  ne  mettais  pas  toute  ma  confiance  dans  vos 
bontés. 

L'inspection  de  M.  le  baron  de  Tott  étant  terminée  à  Tunis,  j'ai 
annoncé  au  Bey  le  voyage  que  je  ne  pouvais  plus  retarder  de  faire  en 
France,  et  ce  Prince  a  agréé  que  le  Vice-Consul  demeurât  chargé  des 
affaires  du  Roi  auprès  de  lui,  en  me  promettant  sa  faveur  et  son  indal- 
gence  pour  lui.  Je  crois  pouvoir  annoncer  que  M.  Devoize  remplira 
avec  zèle  et  un  entier  succès  les  instructions  que  je  lui  ai  données.  » 

{Affaires  étrangères ^  C"  de  Tunis,) 

170.  —  Tunis,  iô  juillet  1778,  —  Instructions  du  Consul  général 
de  France  à  Tunis  au  Vice-Consul  Devoize  *. 

1.  «  Sa  Majesté  ayant  bien  voulu  permettre  au  sieur  de  Saizieu  de  passer  eo 
France  par  congé,  ce  Consul  avant  de  s'embarquer  remet  au  sieur  Devoize,  Vice- 
Consul,  les  alTaires  de  Sa  Majesté  et  du  Consulat,  ensemble  les  instructions  qu'il  est 
chargé  de  lui  donner,  pour  ne  lui  laisser  ni  incertitude  ni  embarras  et  le  mettre  en 
état  de  bien  remplir  les  fonctions  que  POrdonnance  du  U  décembre  1776  lui  attribue. 

Ses  devoirs  et  ses  pouvoirs,  sur  cette  dernière  partie  du  service  qui  va  lui  être 
confié,  sont  réunis  et  déterminés  dans  les  diftérentes  ordonnances  de  Sa  Majesté 
qui  concernent  la  résidence  et  la  navigation  de  ses  sujets  en  pays  étrangers.  Elles 
sont  à  peu  près  toutes  enregistrées  à  la  Chancellerie  du  Consulat  de  Tunis.  Le 
sieur  Vice-Consul  a  eu  le  temps  de  s*en  instruire,  et  pourra  y  recourir  dans  les 
cas  particuliers  où  il  n'aurait  pas  eu  occasion  d'en  reconnaître  l'esprit  et  l'usage 
envers  les  Français  qui  résident  ou  naviguent  à  Tunis.  Ce  n'est  qu'envers  eux 
i|u'elles  sont  de  rigueur  pour  l'officier  du  Roi  à  qui  l'exécution  en  est  commise. 
Mais  il  doit  en  suspendre  l'usage  ou  le  modérer,  lorsque  les  dispositions  ou  l'io- 
lérét  des  Puissances  du  pays  peuvent  contrarier  TetTet  qu'il  se  propose,  ou  celui 
plus  fâcheux  de  compromettre  les  droits  et  l'autorité  de  Sa  Majesté. 

Ce  danger  est  plus  réel  et  plus  fréquent  en  Barbarie  que  dans  le  reste  du 
Levant.  11  se  renouvelle  toujours  avec  beaucoup  de  dommage  et  peu  de  déccDce 
pour  les  nations  faibles  qui  y  sont  établies,  et  celles  qu'on  y  ménage  le  plus  ne 
sont  pas  dispensées  d'accorder  des  délais  et  des  tempéraments  qui  n'ont  pas  d'im- 
portance, ou  dont  on  revient  aisément  à  Tunis.  Le  sieur  Vice-Consul  doit  y  pro- 
téger les  Français,  favoriser  leur  commerce  et  leur  conserver  la  tranquillité  et  la 


[1778]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  83 

considération  dont  ils  jouissent  dans  ce  moment;  mais  il  ne  doit  jamais  engager 
pour  eux  ni  avec  eux  des  affaires  sérieuses  avec  le  gouvernement  de  Tunis,  quelque 
changement  quMl  éprouvât  dans  la  conduite  ou  les  prétentions  de  ceux  dont  il 
aurait  à  se  plaindre;  il  pourrait  seulement,  après  des  représentations  solides  et 
décentes,  annoncer  au  Bey  le  compte  qu'il  s'empresserait  de  rendre  à  la  Cour,  pour 
être  autorisé  &  s'expliquer  avec  ce  Prince  et  ses  Ministres  dans  le  sens  et  les 
termes  que  le  Ministre  du  Roi  voudrait  bien  lui  prescrire.  Rien  ne  saurait  justi- 
fier le  sieur  Devoize  d'avoir  mis  par  trop  de  précipitation  et  de  zèle,  Sa  Majesté 
n'étant  pas  dans  le  cas  d'abandonner  son  officier  ou  ses  droits  &  Tunis,  si  d'autres 
intérêts  nelui  permettaient  pas  de  les  y  soutenir  par  les  moyens  quMl  aurait  rendus 
indispensables. 

Le  sieur  Vice-Consul  n'en  saurait  avoir  l'idée  dans  aucune  circonstance;  moins 
encore  il  peut  en  courir  le  risque  dans  l'état  actuel  des  affaires  du  Roi  &  Tunis. 
Le  sieur  de  Saizieu  ne  lui  en  laisse  aucune  &  traiter  ou  &  reprendre  avec  le  Bey 
qui  puisse  changer  les  dispositions  de  ce  Prince,  ni  avoir  une  influence  fâcheuse 
sur  les  autres  objets  de  son  service  qu'il  doit  remplir  auprès  de  lui. 

11  n'éprouvera  aucun  retardement  ni  de  nouveaux  obstacles  pour  effectuer  la 
rédemption  des  esclaves  Corses,  d'abord  que  la  Cour  l'aura  autorisé  à  faire  usage 
des  renseignements  et  du  titre  que  le  sieur  de  Saizieu  lui  a  remis,  pour  consommer 
celte  rédemption  à  laquelle  le  gendre  et  Ministre  du  Bey  est  personnellement 
engagé,  et  pour  tout  ce  qui  pourra  encore  concerner  la  prise  du  bâtiment  de 
Booifacio  que  le  sieur  de  Saizieu  a  réclamé  et  vient  d'obtenir  du  Bey. 

Ce  Consul  lui  a  d'ailleurs  ménagé,  dans  l'amilié  et  le  crédit  de  ce  Prince,  l'appui 
et  les  conseils  qui  pourront  lui  devenir  nécessaires  dans  le  cours  de  son  service,  et 
pour  les  cas  de  discussions  qu'il  a  fallu  supposer  ou  prévoir  pour  y  fixer  son  opi- 
nion et  sa  conduite.  Mais  il  faut  absolument  que  le  sieur  Vice-Consul  s'attache  à 
gagner  la  confiance  6»  ce  Ministre  et  h  mériter  les  bons  offices  de  sa  part,  dont  il 
a  souvent  éprouvé  que  1»  Ministre  de  Sa  Majesté  veut  bien  lui  tenir  compte. 

Le  sieur  Devoize  verra  le  Bey  et  le  Prince  Hamouda  sou  fils  le  plus  souvent  qu'il 
pourra,  sans  craindre  de  leur  être  à  charge,  et  les  disposera  par  ses  soins  et  ses 
attentions  &  lui  demander  de  préférence  ce  dont  ils  peuvent  avoir  besoin  de  sa  part, 
tel  que  les  biscuits  et  le  pain  français  que  le  sieur  de  Saizieu  leur  a  toujours  fournis. 

Ce  Consul  charge  en  outre  le  sieur  Latidon  d'approvisionner  Sidi  Mustapha  des 
différentes  choses  qu'il  recevait  de  lui,  et  dont  il  faut  éviter  qu'il  soit  pourvu  par 
les  Consuls  étrangers  qui  ne  manqueront  pas  de  s'offrir  pour  le  remplacer  dans  ce  soin. 

Les  affaires  de  ce  Prince,  ses  dispositions  et  l'habitude  pouvant  aussi  lui  rendre 
ceux  du  sieur  Laudon  plus  nécessaires,  dans  l'absence  du  sieur  de  Saizieu,  le  sieur 
Vice-Consul  aura  l'attention  de  lui  envoyer  tous  les  samedis  ce  Chancelier,  et 
n'empêchera  dans  aucun  cas  que  le  sieur  Laudon  ne  le  voie  et  ne  le  serve  avec  le 
secret  et  la  prudence  qui  lui  ont  mérité  son  amitié. 

Cet  officier  est  personnellement  chargé  d'entretenir  celle  d«  ce  Prince  pour  le 
sieur  de  Saizieu,  dont  il  remplira  à  cet  égard  les  instructions  particulières  soit 
d'ici  ou  de  France  avec  le  zèle  et  l'exactitude  que  le  sieur  de  Saizieu  lui  connaît. 
Il  lui  remet  les  clefs  de  son  cabinet  et  la  charge  de  tout  ce  qui  ne  peut  servir 
dans  son  absence  au  sieur  Devoize,  qui  lui  en  laissera  constamment  la  disposition 
et  la  liberté  d'y  remplir  ses  instructions.  L'un  et  l'autre  pourront  aussi  être  sup- 
pléés au  Bardo  par  le  drogman  Mustapha,  qui  traite  depuis  longtemps  et  avec 
succès  les  affaires  minimes  et  contentieuses  auprès  du  Bey;  mais  dans  toutes 
celles  de  quelque  conséquence,  le  sieur  Devoize  doit  y  réfléchir  et  les  aller  discuter 
lui-même  avec  le  Bey,  après  en  avoir  prévenu  son  Ministre.  C'est  toujours  par  où 
il  faudra  les  commencer,  et  ce  sera  toujours  par  le  canal  et  les  moyens  de  ce  Prince 
qu'il  les  terminera  promptement  et  avec  le  succès  dont  elles  seront  susceptibles. 
Le  sieur  Vice-Consul  peut  avec  confiance  instruire  ce  Ministre  du  Bey  de  toutes 
celles  qui  surviendront;  il  réclamera  ses  bons  offices,  et  s'il  les  lui  promet  il  peut 
se  dispenser  d'y  faire  concourir  ceux  des  autres  grands-officiers  du  Gouvernement. 

11  n'y  a  dans  ce  nombre  que  le  Kiaya  Ismaïl  que  le  sieur  Devoize  doive  distin- 
guer dans  les  procédés,  et  le  satisfaire  dans  les  demandes  qui  pourraient  exiger  de 
sa  part  de  petites  dépenses  ou  de  plus  grands  ménagements.  Il  ne  saurait  trop, 
cependant,  s'éloigner  et  se  méfier  de  lui,  ni  se  précautionner  contre  les  mauvais 


84  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1778J 

offices  qu'il  cherchera  à  lui  rendre  auprès  du  Bey,  dont  il  est  gendre,  mais  le 
danger  pour  nous  ne  serait  que  dans  le  cas  où  son  crédit  prévaudrait  sur  celui  de 
son  beau-frère,  ou  que  les  dispositions  de  ce  Prince  changeraient  à  notre  égard. 

Les  autres  offîciers  du  Bey  peuvent  en  avoir  de  plus  ou  moins  favorables  à  la 
nation,  sans  conséquence  pour  elle.  Ils  n'exigent  ni  complaisances  ni  dépenses  de 
la  part  du  sieur  Vice-Consul,  qui  cependant  doit  vivre  honnêtement  avec  tous,  et 
marquer  plus  d'attention  et  d'amitié  auDoletyet  au  Grand  Douanier,  avec  lesquels 
les  étrangers  ont  plus  souvent  &  faire  pour  les  objets  de  résidence  et  de  commerce 
qui  intéressent  leur  nation  dans  ce  Royaume. 

Le  sieur  Vice-Consul  connaît  le  degré  de  confiance  et  d'égards  qu'il  peut  mon- 
trer à  chacun  des  Consuls  étrangers  qui  y  résident;  ses  liaisons  avec  tous  le 
mettent  &  portée  de  les  voir  et  de  s'instruire  de  leurs  propres  affaires,  en  leur 
cachant  tant  qu'il  pourra  les  siennes. 

Il  ne  parait  pas  qu'il  ait  droit  sur  eux  à  la  préséance  que  Sa  Majesté  exige  pour 
son  Consul;  il  est  certain  qu'ils  ne  l'accorderont  pas.  Le  sieur  DeYoize  doit 
éluder  les  occasions  de  la  prétendre  et  de  les  réunir  contre  lui.  Il  vaut  mieux  bien 
vivre  avec  eux,  les  fréquenter,  les  honorer,  mais  ne  jamais  les  consulter  ni  en 
dépendre  pour  les  affaires  et  toujours  s'en  méfier. 

Le  sieur  Vice-Consul  sera  aussi  honnête  et  réservé  avec  les  religieux  des  deux 
Ordres  établis  à  Tunis.  La  Mission  étant  sous  la  protection  immédiate  de  Sa 
Majesté,  il  doit  en  surveiller  le  chef,  et  lui  rendre  d'ailleurs  les  meilleurs  offices 
lorsqu'il  les  méritera. 

Cet  établissement  de  piété  jouit,  ainsi  que  ceux  du  commerce  français,  des  droits 
et  des  franchises  déterminés  dans  les  traités  du  Roi  avec  le  Bey  de  Tunis.  Il  faut 
en  maintenir  les  avantages  et  la  prérogative  à  la  nation  ainsi  qu'à  ces  religieux, 
mais  empêcher  qu'on  n'en  abuse,  et  notamment  pour  la  franchise  des  liqueurs  et  du 
vin.  Les  complaisances  ou  les  négligences  du  sieur  Vice-Consul  en  ce  point  lui 
feraient  perdre  l'accès  et  Testime  du  Bey,  rendraient  son  rôle  difficile  et  fâcheux 
auprès  de  ce  Prince,  et  compromettraient  les  droits  des  Français  sur  le  pays  qu'on 
y  voit  avec  peine  et  jalousie  distingués  des  autres  Européens  par  leurs  privilèges. 

Les  négociants,  commis  et  artisans  français,  qui  composent  leur  nation  à  Tunis, 
sont  la  plupart  jeunes,  quelques-uns  légers  et  avantageux,  vices  de  caractère  que 
la  résidence  et  les  affaires  corrigent  bientôt  en  Barbarie  ;  mais  tous  sont  de  bonnes 
mœurs,  et  n'ont  pas  de  liaisons  suspectes  ni  de  défauts  qui  exigent  qu'aucun  d'entre 
eux  soit  noté  ni  plus  contenu  dans  ce  moment  sur  TËchelle.  Le  sieur  Vice-Consul 
peut  leur  accorder  à  tous  la  liberté  el  la  confiance  dont  ils  n'ont  pas  mésusé  pen- 
dant la  résidence  du  sieur  de  Saizieu  à  Tunis,  et  s'il  survenait  parmi  eux  des 
incidents  ou  de  nouveaux  membres  capables  de  les  égarer  et  d'exposer  la  nation 
aux  entreprises  et  au  mépris  des  gens  du  pays,  le  sieur  Vice-Consul  doit  aussilôl 
les  dénoncer  au  Ministre,  exposer  fidèlement  ses  craintes  et  leur  tort,  et  ne 
jamais  oublier  qu'il  répond  au  Roi  de  tout  le  mal  que  les  sujets  de  Sa  Majesté 
peuvent  faire  ou  s'attirer  dans  ce  Royaume,  comme  des  avantages  qu*il  négligera 
de  leur  procurer,  en  ayant. le  moyen  par  sa  place  et  son  crédit  auprès  du  Bey.  Il 
ne  faut  cependant  pas  qu'il  expose  ses  droits  et  ses  démarches  pour  l'avantage  et 
sur  rinspiration  d'aucun  particulier;  il  ne  doit  agir  et  se  montrer,  en  matière  de 
commerce,  qu'en  réunion  et  pour  l'intérêt  de  tous,  sans  prévention  ni  partialité,  et 
n'en  distinguer  aucun,  lorsqu'il  peut  prétendre  et  se  promettre  d'être  obéi  et  res- 
pecté de  tous. 

Il  s'attachera  sur  toute  chose  à  conserver  l'union  et  la  considération  des  Français 
entre  eux  et  sur  le  pays,  et  à  maintenir  l'observation  des  règles  qui  sont  établies 
pour  lui  et  pour  eux  sur  l'Échelle;  mais  le  cas  advenant  qu'il  fallût  par  conve- 
nance, ou  forcé  par  des  circonstances  locales  et  pressantes,  s'écarter  des  unes  et 
des  autres,  le  sieur  Vice-Consul  rendra  compte  de  sa  conduite  et  des  motifs  qui 
la  justifieront  auprès  du  Ministre,  dont  les  ordres  peuvent  seuls  autoriser  les 
changements  qu'il  sera  permis  de  faire  à  cet  égard,  comme  aux  usages  du  pays. 

Il  joindra  aux  renseignements  précis  et  exacts  que  le  sieur  de  Saizieu  lui  en  a 
fait  prendre,  ceux  qu'il  a  vus  s'y  observer  depuis  les  nouveaux  arrangements  que 
Sa  Majesté  a  ordonnés  dans  l'administration  des  Échelles  du  Levant  et  de  Barbarie. 

Le  sieur  Vice-Consul  fournira  en  conséquence  à  la  dépense  que  pourront  lui 


[1778]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  85 

DE  SAIZIEUAU  G^®  DE  SARTINE. 

171.  — Lazaret  de  loulon^  iô  juillet  1778.  —  Il  est  parti  le  30  juin, 
avec  M.  le  baron  de  Tott,  qui  va  rendre  compte  à  la  Cour  de  sa  visite 
de  TEchelle. 

m  Cet  Inspecteur  m'a  paru  satisfait  de  mon  département  et  de  mes 
faibles  soins.  Je  les  ai  employés  pour  lui  avec  la  confiance  et  le  zèle  que 
rien  ne  peut  affaiblir  ni  démentir  dans  mon  cœur,  je  me  suis  conformé 
à  ses  ordres,  soumis  à  ses  décisions,  et  je  me  suis  réservé,  en  secondant 
les  règlements  qu'il  a  publiés,  de  vous  représenter  les  inconvénients 
qui  pourront  tôt  ou  tard  en  résulter  pour  Tunis,  où  le  service  diffère 
de  celui  de  Levant  en  raison  du  besoin  que  le  Roi  peut  avoir  de 
s'a*ssurer  ou  se  servir  des  Princes  qui  y  régnent.  M.  le  baron  de  Tott, 
en  voulant  assimiler  la  Barbarie  aux  Échelles  du  Levant,  n'a  éprouvé 
ni  contradiction  ni  obstacle  dans  tout  ce  qu'il  a  ordonné  à  Tunis.  Le 
Bey  et  son  gendre  Tout  accueilli  avec  distinction  et  lui  ont  accordé 
tous  les  égards  et  honneurs  qui  pouvaient  le  distinguer  en  public  et  le 
flatter  personnellement.  » 

[Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis,) 

172.  — Paris,  Juillet  1778.  —  Ëtat  des  dépenses  proposées  par  M.  le 
baron  de  Tott  et  approuvées  au  Conseil  du  Roi,  pour  le  Consulat  de  Tunis  : 

Appointements  du  Consul 9,500  livres. 

—  du  Vice-Consul 1,500    — 

—  du  Chancelier 300     — 

Pavillon,  compris  Tentretien  du  màt  et  toutes  les 

dépenses  y  relatives 250  — 

Entretien  de  la  chapelle 600  — 

Loyer  de  la  prison 75  — 

Au  Drogman 350  — 

Au  Janissaire  du  Consul 300  — 

Au  second  Janissaire 250  — 

En  remplacement  des  dépenses  extraordinaires,  pré- 
sents d'usage  et  autres  frais 2,000  — 

Total 15,125  livres. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

occasionner  les  vaisseaux  du  Roi  dans  leur  mission  ou  leur  relâche  à  Tunis,  et  à 
celle  de  Tentretien  et  du  renvoi  des  déserteurs  et  matelots  disgraciés  qui  pourraient 
survenir  dans  son  département.  Il  tiendra  également  un  état  détaillé  de  toutes  les 
dépenses  politiques  et  secrètes  de  son  service  auprès  du  Bey,  et  il  mettra  ces 
diiTérents  objets  sous  les  yeux  du  Ministre  pour  en  obtenir  son  approbation  et  le 
remboursement.  •  (Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 


86        CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS     [1778] 

MUSTAPHA-KHODJA  AU  C^*'  DE  SARTINE. 

173.  —  lunis^  22  juillet  1778,  —  «  Après  vous  avoir  présenté  les 
expressions  les  plus  fortes  et  les  plus  sincères  de  notre  attachement, 
nous  avons  l'honneur  de  vous  faire  savoir  que,  tandis  que  nous  nous 
occupions  des  moyens  d'avoir  de  vos  nouvelles,  empressement  dicté 
par  les  sentiments  qui  nous  unissent,  nous  en  avons  saisi  ToccasioD 
dans  la  nécessité  où  nous  sommes  de  vous  rendre  compte  d'un  accident 
survenu  il  y  a  peu  de  jours. 

Un  de  nos  capitaines  corsaires  ayant  rencontré,  il  y  a  quelque  temps, 
un  vaisseau  dont  le  subrécargue  était  génois  et  l'équipage  napolîtaÎD, 
il  Ta  pris  et  conduit  dans  notre  rade.  Après  de  plus  exactes  informa- 
tions, cette  prise  ayant  été  reconnue  pour  un  vaisseau  corse,  nous  nous 
sommes  empressé  de  la  faire  rendre  et  de  remettre  à  votre  Vice-Consul 
tous  les  effets  qui  avaient  été  déprédés  et  le  fond  pour  le  blé  qui 
se  trouvait  embarqué  dans  le  dit  vaisseau  ;  on  a  indemnisé  toutes  les 
pertes  :  il  n'est  rien  resté  à  réclamer.  Votre  Vice-Consul  n'aura  pas 
manqué  de  vous  donner  les  détails  de  cette  affaire.  Le  susdit  capitaine 
a  été  bien  réprimandé  et  sévèrement  puni.  Cette  lettre  amicale  n'a  point 
d'autre  objet  que  de  vous  faire  connaître  le  cas  que  nous  faisons  de 
tout  ce  qui  vous  appartient  ;  nous  espérons  que  vous  nous  honorerez 
toujours  de  votre  souvenir  et  de  votre  correspondance.  Puissiez-vous 
jouir  d'un  éternel  bonheur!  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C*^'  DE  SARTINE. 

174.  —  Tunis^  i  i  août  1778,  —  Il  a  signifié  au  Bey  la  rupture  de 
la  France  et  de  l'Angleterre.  «  Le  Prince  a  reçu  cette  ouverture  avec 
toutes  les  marques  de  l'intérêt  qu'il  prend  depuis  longtemps  à  ce  qui 
regarde  la  nation  française,  et  m'a  chargé  de  vous  témoigner  particu- 
lièrement qu'il  partage  d'avance  les  succès  que  doit  nous  promettre 
cette  guerre.  Sa  Majesté  éprouvera  dans  cette  circonstance  tout  ce 
qu'elle  a  le  droit  d'attendre  de  son  amitié.  » 

{Affaires  élrangères,  C^  de  Tunis,) 
DEVOIZE  AU  C^  DE  SARTINE. 

175.  —  Tunis^  3  i  août  1778,  —  Le  30  août,  quatre  vaisseaux  du  Roi, 
Le  Destin^  Le  Lion^  Le  Hardi  et  La  Victoire^  sous  les  ordres  du  chevalier 
de  Fabry  S  ont  mouillé  à  La  Goulette,  où  ils  ont  été  salués  de  21  coups 

1.  Louis  de  Fabry,  commandeur  de  Malte,  né  en  i715,  garde  de  la  marine  en  1734, 
enseigne  de  vaisseau  en  1742,  aide-major  du  port  de  Toulon  en  1749,  lieutenant  de 
vaisseau  en  1757,  capitaine  en  1757,  migor  de  la  marine  à  Toulon  en  1758,  mijor 


[1778]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  87 

de  canon.  Le  Bey,  auprès  duquel  le  chevalier  de  Fabry  s*est  fait  excuser 
de  ne  point  aller  le  voir,  a  fait  faire  à  ce  commandant  ses  offres  de 
service.  L'apparition  de  ces  quatre  vaisseaux  qui  amenaient  une  prise 
anglaise  a  produit  le  meilleur  effet. 

[Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
LE  en"   DE  FABRY  AU  C'«  DE  SARTINB. 

176. —  Tunis ^  2  septembre  1778.  —  Il  est  arrivé  le  30  août  dans 
cette  rade  avec  quatre  vaisseaux  de  Tescadre  et  un  bâtiment  anglais 
à  trois  mâts,  dix  canons  montés  et  soixante-quatre  hommes  d'équipage 
dont  ils  se  sont  emparés...  Sîdi  Mustapha,  gendre  du  Bey,  veut  acheter 
ce  bâtiment;  une  négociation  est  entamée  à  ce  sujet,  et  le  Vice-Consul 
de  Tunis  la  terminera  en  informant  le  Ministre  du  résultat  de  ses 
démarches. 

(Marine,  B*,  i39,  f,  104.) 
DEVOIZB  AU  C'®  DE  SARTINE. 

177.  —  Tunis,  4  septembre  1778.  —  M.  le  cho»*  de  Fabry,  informé 
des  progrès  de  la  peste  à  Gonstantinople,  d*où  provient  la  prise 
anglaise  qu'il  a  amenée  à  La  Goulette,  et  craignant  d'introduire  le  fléau 
en  France,  a  décidé  de  faire  vendre  cette  prise  à  Tunis  au  lieu  de 
l'envoyer  à  Toulon  *. 

(Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 
LE  B®»  DE  TOTT  AU  C^®  DE  SARTINB. 

178.  —  Paris,  14  septembre  1778.  —  Il  lui  envoie  son  travail  sur 
la  Compagnie  d'Afrique  *. 

«  Quant  à  ce  qui  concerne  la  nation  française  à  Tunis,  elle  y  gémit 
sous  des  abus  d'autorité  auxquels  le  règlement  général  pourvoira,  mais 
il  parait  instant  de  préserver  les  négociants  de  cette  Échelle  du  danger 
de  ne  pas  habiter  dans  le  Fondouk.  Ils  pourront  s'y  réunir  facilement 
lorsqu'on  supprimera  une  auberge  qui,  sous  prétexte  de  loger  les  capi- 
taines, ne  sert  qu'à  les  retenir  à  terre  plus  qu'ils  ne  doivent  y  séjourner, 
en  même  temps  qu'ils  sont  rançonnés  dans,  cette  auberge,  qui  n'est 
réellement  qu'une  taverne  protégée.  Il  paraît  également  convenable 

général  à  Toulon  en  1775,  chef  d'escadre  en  1776,  directeur  général  du  port  de 
Toulon  en  1779,  lieutenant  général  des  armées  navales  en  1782.  —  Voy.  sa  corres- 
pondance ofncielle  relative  à  celte  campagne  (Marine,  fî*,  139). 

1.  Voy.  Etat  des  dépenses  faites  à  Voccasion  de  l'arrivée  et  du  séjour  de  V escadre  du 
Roi  composée  de  quatre  vaisseaux  sous  tes  ordres  de  M.  le  chevalier  de  Fabry,  ayant 
mouillé  à  la  rade  de  La  Goulette  le  30  août  1778,  et  ayant  appareillé  le  5  septembre 
suivant.  Le  total  de  cet  état  s'élève  à  514  piastres.  (Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 

2.  Voy.  Mémoire  sur  la  Compagnie  d^ Afrique  à  Tunis,  par  le  baron  de  Tott,  14  sep- 
tembre 1778  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 


88  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1778] 

de  supprimer  Tordonnance  consulaire  qui  prescrit  aux  négociants  de 
rentrer  au  cri  de  la  nuit.  Ces  petites  vexations  de  collège  n'excitent 
que  le  désordre  et  n'établissent  pas  Tautorité  utile...  » 

(Affaires  étrangères ^  €^^  de  Tunis.) 
LE  C^^'  DE  SARTINE  A  OEVOIZE. 

179.  —  Versailles j  2 S  septembre  1778.  —  Le  Ministre  le  félicite  de 
la  part  qu'il  a  prise,  conjointement  avec  M.  de  Saizieu,  au  succès  de  la 
négociation  entamée  pour  la  restitution  d'un  bâtiment  corse  pris  par  uo 
corsaire  tunisien.  Il  approuve  la  manière  dont  il  a  notifié  au  Bey  notre 
rupture  avec  les  Anglais. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  1060,  f.  569.) 
DÉLIBÉRATION  DE  LA  NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

180.  —  Tunis^  42  octobre  1778.  —  La  nation  française,  mécontente 
du  boulanger  du  Foudouk,  qui  lui  fournit  de  mauvais  pain  et  n'en  est 
pas  moins  obéré  de  dettes,  décide  de  faire  dresser  l'inventaire  des 
effets  et  ustensiles  qui  se  trouvent  dans  la  boulangerie  et  dont  la  vente 
servira  à  désintéresser  les  créanciers  chrétiens  et  indigènes  du  conces- 
sionnaire actuel,  le  sieur  Garbonel.  Elle  nomme  à  sa  place  les  négociants 
Jacques  Mathieu  et  Jean  Nègre. 

Signé  :  Devoize,  Chaix^  Auvelly,  Mouriéy  Turc^  Séries,  Billon,  dAudi- 
bert'C  aille  f  député  enexercice,  Pouverin,  chirurgien,  et  Laudon^  chancelier. 

(Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis,  Registre  des  délibérations  de  la 
Nation,  n"  »,  f.  4î,) 

LE  C^""  DE  SARTINE  A  DEVOIZE. 

181.  —  Marly,  12  octobre  1778.  —  Sur  la  proposition  du  baron 
de  Tott,  le  Roi  a  décidé  de  supprimer  l'auberge  du  Fondouk,  afin  qu'il 
y  ait  assez  de  logements  pour  y  rassembler  toute  la  nation.  «  Vous 
aurez  soin  de  la  convoquer  pour  la  concilier  sur  tous  les  détails  des 
dispositions  qu'entraîne  un  pareil  arrangement.  Le  logement  consu- 
laire et  tous  les  appartements  nécessaires  doivent  être  réservés  au 
Consul;  Sa  Majesté  a  décidé  en  outre  que  les  nationaux  payeraient 
ainsi  que  le  Consul  le  loyer  de  leurs  appartements  au  gouvernemenl 
tunisien,  à  qui  le  Fondouk  appartient,  et  qu'ils  feraient  les  répa- 
rations qui  pourraient  les  concerner  chacun  en  particulier. 

Sa  Majesté  a  cru  devoir  supprimer  en  même  temps  l'ordonnance  du 
Consul  qui  défendait  aux  négociants  de  rentrer  après  le  cri  de  la 
nuit.  Si  l'auberge  supprimée  du  Fondouk  est  nécessaire  pour  les  capi- 
taines de  navires,  M.  le  baron  de  Tott  pense  qu'elle  doit  être  établie 


[1778]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  89 

hors  de  la  porte  de  la  ville,  afin  qu'ils  puissent  profiter  du  vent  de  nuit 
pour  retourner  à  leur  bord.  Vous  pourrez  donc  autoriser  ce  change- 
ment. » 

{Affaires  étrangèreSy  Levant  et  Barbarie^  i078y  f,  596.) 
DBTOIZE  AU  C^  DE  SARTINE. 

182.  —  Titnis,  i4  octobre  i  778.  —  L'amiral  vénitien  Émo  >,  ayant 
SOUS  ses  ordres  un  vaisseau,  une  frégate  et  un  chebek,  a  mouillé  à  La 
Goulette  où  son  pavillon  a  été  salué  de  ai  coups  de  canon.  Ayant 
débarqué  le  lendemain  de  son  arrivée,  il  a  reçu  un  salut  personnel  de 
il  coups,  le  Bey  lui  a  accordé  une  audience  privée  le  jour  même, 
pour  la  remise  des  présents  V 

(Aff'aireê  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
IB  C^''  DB  SARTINB  A  DEVOIZE. 

183.  —  Versailles,  2  novembre  1778.  —  Le  Ministre  le  félicite  de  sa 
conduite  lors  de  larrivée  à  Tunis  de  la  frégate  commandée  par  le  che- 
vaHer  de  Fabry.  Les  honneurs  et  les  égards  dont  le  Bey  a  fait  entourer 
ce  dernier  ne  laissent  rien  à  désirer. 

(Aff'aires  étrangères^  Levant  et  Barbarie ,  1060^  f.  639.) 
DEVOIZE  AU  C}^  DE  SARTINE. 

184.  —  Tunis,  24  novembre  i  778.  —  Une  compagnie  génoise  solli- 
cite vivement  le  privilège  de  la  pèche  du  corail.  Le  Bey  attend  une 
réponse  définitive  aux  propositions  faites,  à  ce  sujet,  au  baron  de  Tott'; 
il  ne  prendra  aucune  décision  ferme  avant  le  printemps. 

Ismall,  second  gendre  du  Bey,  est  en  fuite  ^.  Il  s'est  embarqué  sur  un 
bâtiment  vénitien  pour  Livourne,  emportant  le  produit  du  tribut  qu'il 
venait  de  percevoir.  Cette  disparition  ne  peut  qu'affirmer  à  notre  avan- 
tage le  crédit  de  Mustapha-Khoci^a. 

{Aff'aires  étrangèt^es,  C*'*  de  Tunis.) 

i.  Voy.  tome  II,  p.  660,  n.  1. 

2.  Présents  de  Vamiral  Émo  au  Bey  : 

Un  très  grand  miroir  en  trois  glaces,  avec  ses  ornements,  douze  de  moyenne 
grandeur,  trois  fauteuils  de  damas  cramoisi,  bordé  en  or  avec  des  crépines,  deux 
petites  caisses  contenant  diverses  quincailleries,  trois  lustres  de  cristal. 

3.  La  négociation  de  la  pèche  du  corail  dans  les  mers  de  Tunis,  qui  avait  été 
conGée  au  b*"  de  Tott,  s'était  bornée  à  l'arrangement  suivant  :  M.  de  Tott,  qui, 
d'ailleurs,  n'avait  passé  que  dix  jours  dans  la  Régence,  avait  obtenu  de  Mustapha- 
Khodja  la  permission  pour  la  Compagnie  de  faire  des  essais  de  pêche  sur  les  côtes 
de  Tabarque  et  de  Bizerte,  pour  la  mettre  en  état  de  se  décider  sur  la  rétrocession 
de  privilège  oiTerte  par  ce  Ministre.  —  Voy.  la  note  2,  p.  80. 

4.  Jaloux  de  Tautorilé  et  de  l'influence  exercées  par  Mustapha-Rhodja,  premier 
gendre  d'Ali-Bey,  Ismaïl  ne  cessait  d*ourdir  toutes  sortes  d'intrigues  pour  remplacer 
son  rival  aux  affaires . 


90       CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  BT  DES  CONSULS      [1778] 

LE  C^«  DE  SARTINE  A  DEVOIZE. 

185.  —  Versailles,  30  novembre  1778.  —  Instruction  sur  la  manière 
dont  il  doit  procéder  à  la  vente  à  Sidi  Mustapha  de  la  prise  anglaise 
que  M.  le  chevalier  de  Fabry  a  laissée  à  Tunis.  On  ne  peut  comprendre 
dans  cette  vente  la  somme  d'argent  soi-disant  cachée  dans  une  partie 
de  ce  bâtiment,  dont  on  lui  a  recommandé  de  faire  la  recherche  avec  les 
plus  grandes  précautions,  et  qu*il  devra  faire  repasser  en  France  par 
la  voie  la  plus  sûre. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  4069,  f.  69i.) 
DEVOIZE  AU  C^®  DE  SARTINE. 

186.  —  Tunis,  i  0  décembre  1778.  —  «  J'ai  convoqué  la  nation  et  j'ai 
fait  connaître  aux  négociants  qui  la  composent  que  Sa  Majesté  a  décidé, 
sur  la  proposition  du  baron  de  Tott,  que  Tauberge  établie  dans  le 
Fondouk  serait  supprimée  afin  qu'il  y  eût  assez  de  logements  pour  y 
loger  la  nation  et  qu'elle  doit  se  concilier  entre  elle  pour  tout  ce  qui 
concerne  cet  arrangement,  afin  que  chacun  paye  au  prorata  le  loyer  de 
ses  appartements  au  Divan,  à  qui  le  Fondouk  appartient.  La  nation  a 
donc  délibéré  sur  ce  sujet  le  10  de  ce  mois,  et  a  décidé  que  tous  les 
négociants  seraient  logés  au  Fondouk  par  suite  de  la  suppression  de 
l'auberge,  à  l'exception  du  sieur  Moriès,  qui  continuera  sa  résidence 
dans  la  maison  du  Consul  anglais,  son  beau-père. 

Quant  au  Consul,  il  conservera  à  son  usage  un  seul  magasin,  loué  au 
sieur  Barry  un  sequin  vénitien  par  mois,  la  cave,  l'écurie  et  la  prison 
du  Fondouk. 

La  nation  a  délibéré  en  outre  sur  la  communauté  des  citernes  des 
négociants  entre  eux.  La  caisse  nationale  continuera  à,  payer  les  frais 
d'entretien. 

La  police  de  Tunis  a  donné  lieu  à  l'ordonnance  du  Consul  qui  défend 
aux  négociants  de  sortir  de  la  ville  après  le  cri  de  la  nuit,  c'est-à-dire  à 
sept  heures  et  demie  en  hiver.  C'est  de  rigueur  même  pour  les  sujets  du 
Bey.  Ce  Prince  me  recommanda  d'y  veiller  avec  attention,  les  négociants 
les  plus  raisonnables  reconnaissant  la  nécessité  de  s'y  soumettre.  U  a 
été  démontré  au  baron  de  Tott  qu'il  était  indispensable  de  laisser 
exister  une  auberge  française  sur  l'Echelle.  Cet  inspecteur  a  sans 
doute  oublié  que  la  position  de  Tunis  et  de  La  Goulette  ne  peut  per- 
mettre aux  capitaines  de  profiter  du  vent  de  la  nuit  pour  retourner  à 
leur  bord.  L'auberge  s'établira  hors  du  Fondouk,  puisque  vous  avez 
bien  voulu  autoriser  ce  changement,  mais  elle  ne  pourra  avoir  lieu  hors 
des  portes  de  Tunis.  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 


[1778]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  91 

DÉLIBÉRATION    DE  LA  NATION  FRANÇAISE   A   TUNIS. 

187.  —  T'unis,  iO  décembre  1778,  —  La  nation  manifeste  sa  joie  de 
ce  que  le  Roi  a  bien  voulu  prendre  les  moyens  nécessaires  pour  réunir 
dans  le  Fondouk  ceux  des  nationaux  qui  en  étaient  jusqu'alors  séparés. 
Elle  afifecte  aux  sieurs  Mourié,  Billon  et  Auvelly  le  local  de  Tauberge 
supprimée  par  Sa  Majesté  ainsi  que  les  logements  précédemment 
occupés  par  les  sieurs  Lions  et  Séries,  qui  se  disposent  à  se  retirer 
du  commerce  et  h  venir  en  France. 

{Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis,  Registre  des  délibérations  de  la 
Nation,  n"  S,  p.  4Î.) 

LE  CH®*"  DE  BOMPAR  *  AU  C'*  DE  SARTINK. 

188.  — A  bord  de  «  L' Aurore  »,  i4  décembre  i  778.  — 11  rend  compte 
de  sa  croisière  devant  Tunis,  de  la  prise  d'un  bâtiment  anglais  à  la 
portée  du  fort  de  cette  rade  et  de  Taudience  du  Bey  qui  lui  a  adjugé 
cette  prise  *. 

ce  A  deux  reprises  différentes,  les  députés  de  la  nation  lui  adressè- 
rent une  supplique  tendant  à  ce  qu'il  se  mtt  à  la  poursuite  d'un  chebek 
mahonnais  qui,  sortant  de  Tunis,  avait  pris  la  route  du  cap  Bon  pour 
s'emparer  sans  doute  de  deux  tartanes  et  autres  bâtiments  qui  étaient 
annoncés  de  Marseille. 

M.  de  Bompar  répondit  aux  députés  de  la  nation  que  ce  qu'ils  lui 
demandaient  était  directement  opposé  à  sa  mission  et  que,  d'ailleurs, 
leurs  craintes  à  l'endroit  de  ce  chebek  lui  paraissaient  mal  fondées. 

Le  7  décembre  il  reçut  par  l'entreprise  de  M.  Devoize  une  nouvelle 
supplique  de  messieurs  de  la  nation,  à  laquelle  étaient  jointes  deux 
lettres  de  Monastir  qui  leur  apprenaient  qu'un  pinque  minorquin  avait 

4.  Voy.  la  note  1,  p.  87. 

2.  ÛonnoDS  au  hasard  un  exemple  des  dépenses  occasionnées  par  la  relâche 
d'un  biliment  du  Roi  à  La  Goulette  :  Etat  des  dépenses  faites  à  l'occasion  deVarrivée 
et  du  séjour  de  la  frégate  du  Roi  «  V Aurore  »,  commandée  par  M.  le  chevalier  de 
Bompar,  ayant  mouillé  à  La  Goulette  du  20  novembre  1178  au  3  janvier  1779  : 

Voyage  du  Vice-Consul  et  de  la  nation  à  La  Goulette,  23  p.  26;  second  voyage,  14  p.  ; 
présent  d'usage  &  bord  de  la  frégate,  13  p.  26;  présent  d'usage  au  patron  du  canot, 
i3  p.  26;  à  Tagha  du  château  qui  a  présenté  le  café  au  chevalier  de  Bompar,  4  p.  26; 
charrettes  et  montures  le  jour  de  l'audience,  12  p.;  trois  voyages  du  Vice-Consul  à 
bord,  7  p.;  à  deux  renégats  envoyés  par  le  Bey  pour  visiter  les  bâtiments  vénitiens, 
7  p.;  voyages  des  janissaires  qui  ont  porté  des  lettres  du  Vice-Consul  au  comman- 
dant, 6  p.;  au  kiaya  du  Bey  quia  fait  apporter  Tordre  du  salut,  4  p.  26;  au  courrier 
expédié  à  la  Galipie,  6  p.;  quatrième  voyage  du  Vice-Consul  à  bord, 6  p.;  au  capi- 
taine du  port  qui  a  logé  le  Vice-Consul  et  ses  nationaux  à  La  Goulette,  4  p.  26; 
étrennes  d'usage  dans  le  séjour  des  bâtiments  du  Roi  à  l'agha  de  La  Goulette,  9  p.; 
au  commandant  de  Carthage,  9  p.;  aux  chaouchs  de  la  marine,  9  p.;  au  gardien  de 
la  marine  et  au  pilote  du  lac,  2  p.  ;  au  drogman,  13  p.  ;  au  janissaire  du  Fondouk, 
4  p.;  pour  la  table  du  Vice-Consul  du  20  novembre  au  3  janvier,  à  20  1.  par  jour, 
680  p.  au  change  de  30  sols  la  piastre,  suivant  le  règlement  du  baron  de  Tott. 


1 


9i  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1779] 

mouillé  le  1"  décembre  aux  Conoillières,  qu*il  s'était  emparé  d'abord 
d'une  tartane  française  qui  venait  d*y  jeter  Tancre,  puis  qu*il  avait 
amariné  un  brigantin  qui  passait  à  portée  de  lui;  enfin  qu'il  paraissait 
avoir  établi  sa  croisière  dans  ce  parage  afin  d'arrêter  tous  les  bâtiments 
qui  allaient  à  la  côte  ou  en  revenaient. 

Il  appareilla  le  même  jour  8  décembre,  et  quelques  jours  plus  lard 
reprenait  au  corsaire  minorquin  le  brigantin  La  Sainte-Barbe  et  la 
tartane  VHeureux  Jérôme  dont  le  corsaire  s'était  emparé  le  4  aux 
Connillières.  Cette  fructueuse  manœuvre  accomplie,  M.  le  chevalier  de 
Bompar  revint  à  Tunis  et  mouilla  le  il  décembre  à  4  heures  du  matin 
à  La  Goule tte.  » 

Aussitôt,  il  adressait  à  M.  Devoize  une  relation  de  ce  qui  s'était  passé, 

«  J'écrivis  le  12  à  M.  Devoize  qu'étant  déterminé  à  soutenir  moi- 
même  les  droits  du  pavillon  du  Roi,  je  le  priais  de  m'obtenir  du  Bev 
une  audience  particulière. 

Il  se  présenta  en  effet  devant  ce  prince  le  14,  à  9  heures  du  matin, 
lui  donna  lecture  des  lettres  écrites  de  Monastir  et  lui  fit  observer  que 
dans  toute  autre  occasion  il  aurait  infiniment  respecté  ses  côtes  et  la 
vue  de  ses  forts,  mais  que  le  corsaire  anglais  s'étant  emparé  de  ces 
deux  bâtiments  dans  un  parage  qu'il  devait  respecter,  il  s'était  cm  en 
droit  de  les  reprendre  partout  oCi  il  pourrait  les  rencontrer. 

Le  Bey  approuva  sa  conduite  et  Tinvita  à  se  rendre  aux  Connillières 
pour  s'emparer  du  corsaire  s'il  y  était  encore. 

M.  de  Bompar  remercia  le  Prince  et  lui  répondit  que  le  passage  des 
Connillières  était  dangereux  dans  cette  saison  pour  une  frégate;  qu'il 
n'y  avait  pas  de  fond,  ce  qui  mettait  le  corsaire  en  sûreté  contre  toute 
surprise,  mais  qu'il  ferait  cependant  tous  ses  efforts  pour  éloigner  ce 
bditiment  des  côtes  tunisiennes.  » 

(Marine,  B*,  139,  f,  t5.) 
LE  eu*'*  DE  BOMPAR  AD  C**  DE  SARTINE. 

189.  —  A  bord  de  «  V  Aurore  »,  8  janvier  1779.  —  Compte  rendu 
de  ses  diverses  opérations  devant  Tunis. 

{Marine,  0S  iSO,  /*.  45.) 

190.  —  Versailles  f  28  janvier  1779. —  Provisions  de  Consul  général 
à  Tunis  en  faveur  de  Jean-Baptiste  du  Rocher,  actuellement  Consul  à 
Tripoli  de  Barbarie,  en  place  de  M.  de  Saizieu,  admis  à  la  retraite  *. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  497.) 

1.  Jean-Raptiste  du  Rocher,  jeune  de  langue  à  Constanlinople  en  1760,  interprète 
&AIepen  1165,  chancelier  à  Alexandrie  en  1770,  Consul  à  Tripoli  de  Barbarie  en  1716, 
Consul  général  à  Tunis  en  1770,  au  Maroc  en  1786,  décédé  en  congé  en  1797.  — Voy. 
sa  correspondance  avec  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille,  S.  AA,  509  et  suir. 
de  l'inventaire. 


[1779]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  93 

LE  C**  DE  SARTINE  A  DfiVOlZE. 

191.  —  Versailles,  15  février  1779.  —  En  ce  qui  concerne  le  rachat 
général  des  Corses  qui  se  trouvent  encore  à  Tunis,  il  devra  suivre  de 
point  en  point  les  instructions  que  M.  du  Hocher  est  chargé  de  lui 
donner.  En  attendant  de  rectifier  le  plan  d*après  lequel  Sidi  Mustapha 
et  le  baron  de  Tott  ont  traité  de  la  pèche  du  corail  pour  la  Compagnie 
d'Afrique,  il  veillera  à  ce  que  le  Bey  ne  prenne  d'engagement  sur  cet 
objet  avec  aucune  autre  nation... 

Sa  Majesté  approuve  qu'il  n'ait  pas  fait  saluer  le  pavillon  du  Roi  par 
les  forts  de  La  Goulette,  lors  de  la  relâche  de  la  barque  L'Eclair,  Il  devra 
toujours  en  être  ainsi,  lorsque  le  même  armement  aura  déjà  reçu  le 
salut  pendant  sa  croisière,  ou  qu'il  sera  censé  être  sous  les  ordres  d'un 
officier  supérieur  à  qui  le  salut  aura  été  déjà  accordé  pendant  la  cam- 
pagne. 

La  Chambre  de  commerce  remboursera  à  Devoize  toutes  ses  avances. 

Le  Ministre  termine  en  lui  recommandant  de  maintenir  la  maison 

consulaire  dans  l'état  où  M.  de  Saizieu  l'a  laissée,  de  conserver  au 

sieur  Joseph  Lions  le  logement  qu'il  occupe  et  de  veiller  à  Tobserva* 

tion  de  tous  les  règlements. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  88.) 

LE  C*'  DE  SARTINE  A  DEVOIZE. 

192.  —  Versailles,  26  février  1779,  —  On  lui  envoie  un  brevet  de 
médecin  du  Roi  pour  le  sieur  Bruno  Jourdan,  médecin  français  appelé 
alunis  par  le  Bey  de  cette  Régence  ^ 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  iiS.) 
LE  G''*  DE  SARTINE  A   DEVOIZE. 

193.  —  Versailles,  26  février  1779.  —  Sa  Majesté  a  approuvé  le 
traité  que  le  Bey  a  souscrit  pour  la  rançon  des  Corses  esclaves  à  Tunis, 
mais  elle  désire  que  les  souverains  d'Alger  et  de  Tunis  se  chargent 
eux-mêmes  de  rapatrier  les  Corses  qu'elle  affranchit,  afln  de  les  sous- 
traire au  danger  d'être  arrêtés  sous  son  pavillon  dans  leur  traversée. 
A  cet  effet,  M.  Devoize  prendra  avec  le  Bey  de  Tunis  tels  mesures 

1.  Brevet  de  médecin  du  Boi,  22  février  1719  :  «  Le  Roi  voulant  traiter  Tavorable- 
meot,  en  considération  des  liaisons  de  paix  et  d'amitié  qui  existent  entre  Sa  Majesté 
et  le  Bey  de  Tunis,  le  sieur  Bruno  Jourdan,  médecin  de  la  Faculté  d'Aix,  qui  réside 
avec  son  agrément  auprès  de  ce  Prince  pour  y  avoir  soin  de  sa  santé,  elle  lui 
accorde  le  titre  de  médecin  de  Sa  Majesté  près  le  Bey  de  Tunis,  &  condition  qu'il 
n'aura  lieu  que  pendant  le  temps  qu'il  y  restera,  son  intention  étant  que  ce  signe 
soit  supprimé  au  retour  du  sieur  Jourdan  en  France...  •  {Affaires  étrangères,  C'**  de 
Tunis.) 


94  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1779] 

et  engagements  qu'il  jugera  à  propos,  et  se  concertera  avec  les  deux 
Généraux  des  ordres  de  la  Rédemption. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  413,) 


LK  G'*  DE  SABTINE  A  DE  SAIZIEO. 


194.  —  Versailles^  26  février  4779,  —  Les  frais  de  son  retour  en 
France  lui  seront  remboursés  par  la  Chambre  de  commerce  de  Mar- 
seille, qui  lui  payera  en  outre  les  arrérages  de  ses  appointements  de 
Consul  en  le  faisant  bénéficier  de  l'augmentation  accordée  am  Consolai 
de  Tunis  en  1778  ». 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  iii.) 


LE  G"  DE  SARTINE  A  HK  SAIZIBU. 


195.  —  Versailles,  26  février  i779.  —  Sa  Majesté  lui  accorde  sa 
retraite  et  une  pension  de  6,000  francs,  moitié  sur  la  Chambre  de 
commerce  de  Marseille,  moitié  sur  le  Trésor  royal,  sans  préjudice  de 
celle  de  3,000  francs  qu'il  a  obtenue  du  feu  Roi  sur  la  Marine  à  lepoque 
de  la  paix  avec  Tunis. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  /l  /  fO.) 
LOUIS  XVI  A  ALI,  BET  DE  TUNIS. 

196.  —  V&'sailles,  8  mars  1  779,  —  «  Illustre  et  magnifique  Seigneur, 
Nous  avons  appris  avec  peine  Tétat  fâcheux  de  la  santé  du  sieur  de 

Saizieu;  sa  situation  nous  a  engagé  k  lui  accorder  sa  retraite  et  des 
marques  de  faveur  honorables.  C'était  un  officier  plein  de  zèle  pour 
notre  service  et  pour  notre  personne.  Dans  cette  circonstance,  nous 
nous  sommes  déterminé  à  envoyer  devers  vous  pour  le  remplacer  le 
sieur  du  Rocher  en  qualité  de  notre  Consul  et  chargé  de  nos  affaires 
et  pour  résider  avec  ces  titres  dans  votre  cour.  Nous  lui  avons  adressé 
à  cet  efifet  nos  instructions  avec  ordre  de  vous  assurer  de  notre  haute 
bienveillance.  Nous  Tavons  chargé  en  même  temps  de  vous  remettre 
cette  lettre  pour  l'accréditer  auprès  de  vous.  Vous  pouvez  ajouter 
entière  foi  et  créance  à  tout  ce  qu'il  vous  dira  en  notre  nom,  soit  pource 
qui  regarde  notre  service,  soit  pour  tous  les  objets  relatifs  aux  intérêts 
de  la  nation  française  dans  votre  pays.  Nous  vous  le  recommandons 
expressément.  Sur  ce,  nous  prions  Dieu,  illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, qu'il  vous  ait  en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f,  150.) 
LE  G*'  DE    SARTINE  A  ALI,   BEY    DE  TUNIS. 

197.  —  Versailles  f  8  mars  i779,  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

4.  Voy.  p.  85. 


[1779]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  95 

La  mauvaise  santé  de  M.  de  Saizieu  ne  lui  permettant  plus  de  conti- 
nuer sa  résidence  et  son  service  k  Tunis,  c'est  k  regret  que  je  me  suis 
décidé  à  mettre  sous  les  yeux  de  l'Empereur  mon  maître  les  justes 
et  pressantes  représentations  que  cet  ofQcier  m'a  faites  pour  être 
déchargé  des  fonctions  qu'il  a  si  bien  et  si  longtemps  remplies  auprès 
de  vous.  Je  lui  en  ai  obtenu  la  plus  juste  récompense  de  Sa  Majesté 
Impériale;  et  heureux  et  distingué  dans  sa  patrie  par  les  gr&ces  qu'il 
a  su  mériter,  il  n'aura  désormais  à  regretter  que  de  n'avoir  pu  conti- 
nuer un  service  dans  le  cours  duquel  il  a  eu  le  bonheur  de  vous  inté- 
resser assez  à  sa  situation  pour  me  faire  espérer  que  vous  céderez  aux 
motifs  qui  l'ont  forcé  à  demander  sa  retraite. 

J'ai  proposé  à  Sa  Majesté  Impériale  de  le  faire  remplacer  par  un 
officier  déjà  instruit,  en  qui  je  pusse  mettre  ma  confiance  et  me  pro- 
mettre qu'il  se  rendrait  digne  de  la  vôtre.  Sa  Majesté  Impériale  a 
nommé  à  cet  effet  M.  du  Rocher,  Consul  général  de  France  à  Tripoli  de 
Barbarie,  dont  les  sentiments  et  les  talents  longtemps  éprouvés  me 
sont  trop  bien  connus  pour  craindre  qu'il  ne  justifie  pas  mon  choix 
ainsi  que  les  bontés  que  je  vous  demande  pour  lui.  Il  a  su  mériter 
celle  du  Pacha  de  Tripoli  de  Barbarie,  et  Sa  Majesté  Impériale,  en  le 
chargeant  de  préférence  de  ses  affaires  auprès  de  vous  et  du  consulat 
général  de  France  dans  votre  République,  a  voulu  vous  montrer  toute 
la  distinction  qu'elle  vous  accorde  et  son  désir  d'entretenir  la  bonne 
correspondance  qui  est  établie  entre  ses  sujets  et  les  vôtres.  M.  du 
Rocher  a  les  connaissances  et  les  qualités  les  plus  propres  pour  rem- 
plir à  votre  satisfaction  les  intentions  de  l'Empereur  mon  maître,  et 
vous  le  reconnaîtrez  bientôt  dans  l'usage  qu'il  fera  des  pouvoirs  que 
Sa  Majesté  Impériale  lui  a  confiés  en  l'accréditant  auprès  de  vous  par 
une  propre  lettre  de  sa  main  impériale  dont  elle  a  voulu  vous  honorer. 
Je  l'adresse  à  M.  du  Rocher  à  Tripoli,  d'où  il  se  rendra  en  droiture  à 
votre  cour  pour  vous  la  remettre  et  y  demeurera  chargé  de  toutes  les 
affaires  de  l'Empereur  mon  maître  ainsi  que  des  intérêts  relatifs  à  son 
pavillon  et  à  ses  sujets  dans  toute  l'étendue  de  vos  Ëtats.  Vos  dispo- 
sitions et  votre  attention  à  maintenir  les  traités  et  à  conserver  aux 
Consuls  de  l'Empereur  les  droits  de  leurs  places  rendent  superflue  la 
demande  que  je  vous  ferais  d'en  assurer  la  pleine  et  libre  jouissance 
à  M.  du  Rocher,  mais  je  vous  demande  vos  bontés  pour  tout  ce  qui 
peut  intéresser  son  service,  alin  d'en  avoir  de  lui  les  relations  qui 
pourront  le  mieux  concourir  au  désir  que  j'ai  de  vous  conserver  et  à 
votre  illustre  famille  l'auguste  bienveillance  de  Sa  Majesté  Impériale 
et  à  moi  l'heureuse  liberté  de  vous  donner  des  marques  de  sa  satis- 


96  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1119] 

faction  dans  les  occasions  que  vous  me  fournirez  de  tous  être  utile 
auprès  d*elle  et  de  vous  montrer  par  mes  soins  la  considération 
distinguée  avec  laquelle  je  suis  très  véritablement,  très  illustre  et 
magnifique  Seigneur,  votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  4 Si.} 

MÉMOIRE  DU  ROI  POUR  SERVIR  D'INSTRUCTION  AU  SIEUR  DU   ROCHER. 
CONSUL  GÉNÉRAL  ET  CHARGÉ  DES  AFFAIRES  DE  SA  MAJESTÉ  PRÉS  LE  BEY  DE  TUHIS  *. 

198.  —  Versailles,  8  mars  1779.  ^  «  Sa  Majesté  ayant  nommé  le 
sieur  du  Rocher  son  Consul  à  Tunis,  et  Tayant  chargé  de  ses  affaires 
auprès  du  Bey,  elle  lui  fait  connaître  ses  intentions  sur  Timportance  et 
retendue  des  fonctions  qu'il  a  à  remplir. 

La  guerre  où  le  Roi  se  trouve  engagé  ne  permettant  pas  au  sieur 
du  Rocher  de  venir  recevoir  ses  instructions  en  France,  il  se  rendra  en 
droiture  de  Tripoli  de  Barbarie  k  Tunis,  sans  parler  de  ce  motif,  qnll 
convient  de  dissimuler... 

Les  circonstances  actuelles  ne  laissant  à  la  disposition  de  Sa 
Majesté  aucun  de  ses  bâtiments  pour  faire  conduire  le  sieur  du  Rocher 
k  Tunis,  selon  Tusage  ancien,  cet  officier  profitera  de  la  première 
occasion  d'un  bâtiment  neutre  pour  se  rendre  à  son  déparlement;  à 
son  arrivée  à  la  rade  de  La  Goulette,  il  en  donnera  avis  au  sieur  De- 
voize,  Vice-Consul  à  Tunis  et  chargé  dans  Tintérieur  des  affaires  de  Sa 
Majesté,  qui  ira  avec  la  nation  le  recevoir  à  bord.  Il  s'arrêtera  un 
instant  au  château  de  La  Goulette  en  débarquant,  pour  recevoir  et 
rendre  les  politesses  usitées  du  commandant  du  château  et  lui  recom- 
mander les  intérêts  et  la  tranquillité  des  bâtiments  français  qui  sont  à 
ce  mouillage. 

Le  sieur  du  Rocher  pourra  recevoir  en  entrant  â  Tunis  les  visites 
des  Consuls  étrangers,  mais  il  n'en  pourra  rendre  aucune  qu'il  n^ait 
vu  auparavant  le  Bey  et  le  Prince  son  fils.  Il  leur  fera  à  cet  effet 
demander  audience  à  l'un  et  à  l'autre  par  le  Vice-Consul,  et  en  atten- 
dant qu'il  l'ait  obtenue,  il  ira  de  grand  matin,  accompagné  seulement 
du  sieur  Laudon,  chancelier  *,  faire  une  visite  d'amitié  à  Sidi  Mustapha- 
Khodja,  gendre  et  Ministre  de  ce  Prince.  Le  sieur  Laudon,  qui,  d'après 
le  rapport  du  sieur  de  Saizieu,  a  l'accès  le  plus  intime  auprès  de  ce 
Ministre  et  même  sa  confiance,  l'introduira  dans  son  hôtel  et  arran- 
gera avec  lui  tous  les  détails  de  l'audience  que  le  Bey  et  son  fils  doivent 
lui  donner. 

Le  sieur  du  Rocher  demandera  à  s'y  rendre  avec  la  voilure  que  le 

1.  Voy.  la  note  i,  p.  92. 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  10. 


[1779]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  97 

sieur  de  Saizieu  a  laissée  à  Tunis  et  dont  il  convient  ie  se  servir  dans 
cette  occasion,  pour  en  conserver  le  droit  au  Consul  de  France  à 
l'exclusion  des  autres.  Le  sieur  du  Rocher,  en  obtenant  cette  distinc- 
tion, n'en  abusera  pas  dans  Tusage  et  s'entendra  sur  cet  objet  avec  le 
sieur  de  Saizieu... 

Malgré  la  visite  particulière  que  le  sieur  du  Rocher  aura  faite  au 
gendre  et  Ministre  du  Bey,  le  sieur  du  Rocher  le  reverra  suivi  de  son 
cortège  après  Taudience  du  Bey  et  du  Prince  son  fils;  il  s'abstiendra  de 
toute  autre  visite  au  Bardo  ou  palais  du  Prince,  où  il  devra  se  borner 
à  faire  sa  cour  au  Bey  et  à  son  fils,  et  à  inspirer  de  l'amitié  et  de  la 
confiance  à  son  gendre  avec  lequel  il  aura  à  traiter  toutes  les  affaires, 
et  s'en  laissera  diriger  pour  les  liaisons  qu'il  pourra  former  chez  le 
Bey.  Il  pourra  voir  une  fois  le  Kaznadar,  beau-frère  du  Bey,  et  jamais 
ses  neveux.  11  témoignera  d'ailleurs  de  l'amitié  aux  amis  de  Sidi 
Mustapha,  qui  sont  le  Kiaya  de  Portefarine,  Sidi  Mamet  Beutar,  Sidi 
Mamet  Masseren  et  quelques  autres  qu'il  verra  plus  souvent  chez 
lui.  Le  sieur  du  Rocher  doit  sentir  que  ce  plan  de  conduite  politique 
doit  être  subordonné  aux  circonstances  imprévues,  comme  la  mort  du 
Bey  et  autres  événements  qui  apporteraient  des  changements  dans  le 
gouvernement  de  Tunis,  et  dans  ce  cas  Sa  Majesté  lui  laisse  la  liberté 
d'agir  au  mieux  de  son  service... 

Mais,  dans  l'état  présent,  le  sieur  du  Rocher  pourra  à  l'occasion  et 
longtemps  après  son  arrivée  leur  faire  à  tous  des  présents  de  peu  de 
valeur  en  sucre,  café  et  confitures  de  France,  mais  il  doit  s'abstenir 
de  toute  donation  qui  aurait  l'air  d'établir  un  usage  ou  d'y  satisfaire; 
et  quelque  demande  qu'on  lui  fasse  à  titre  de  besoins  ou  de  présents 
relatifs  à  son  arrivée  à  Tunis,  il  répondra  que  les  Consuls  de  France 
sont  k  cet  égard  distingués  de  ceux  des  autres  nations,  que  son  prédé- 
cesseur n'a  rien  donné  k  son  installation  aux  officiers  du  Bey  ni  à  ceux 
du  Divan...  Le  tout  doit  être  dit  avec  modération  mais  fermeté... 

Après  avoir  fait  sa  visite  à  Sidi  Mustapha-Khodja,  le  sieur  du  Rocher 
rendra  k  Tunis  avec  le  même  cortège  celles  qu'il  aura  reçues  des 
Consuls  étrangers.  Il  s'abstiendra  de  voir  le  Consul  d'Angleterre,  k 
moins  que  celui-ci  ne  le  prévienne,  et  il  agira  avec  les  autres  honnê- 
tement, mais  avec  réserve,  parce  qu'ils  sont  peu  considérés  du  Bey, 
sans  crédit  dans  sa  cour,  et  que  jaloux  des  Français  ils  cherchent  k 
obtenir  les  mômes  prérogatives  ou  k  les  en  faire  déchoir... 

Le  sieur  du  Rocher  n'aura  dans  les  affaires  ni  chez  le  Bey  aucun 
concurrent  qui  doive  l'inquiéter,  mais  il  sera  surveillé  et  souvent  trahi, 
s'il  ne  met  la  plus  grande  discrétion  dans  ses  propos  et  ses  démarches... 

7 


98  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  (1T79] 

Il  emploiera  les  officiers  et  les  agents  du  Consulat  avec  confiance 
dans  les  affaires  de  peu  d'importance;  il  discutera  lui-même  les  autres, 
ce  qui  lui  sera  d'autant  plus  facile  qu'il  sait  le  turc,  l'arabe  et  la  langue 
vulgaire  que  l'on  parle  communément  à  la  cour  du  Bey. 

Le  sieur  Lions,  négociant  français  à  Tunis,  a  obtenu  sur  la  demande 
du  sieur  de  Saizieu,  mais  pour  des  services  qu'il  lui  avait  rendus,  la 
permission  de  résider  pour  toujours  dans  cette  ville.  Sa  Majesté  veul 
qu'on  lui  conserve  le  logement  qu'il  a  dans  le  Fondouk... 

Le  sieur  du  Rocher  fera  exécuter  pour  les  autres  logements  du 
Fondouk  la  délibération  nationale  qui  a  été  prise  ',  et  il  empêchera  seu- 
lement que  dans  aucun  cas  on  ne  touche  à  la  propriété  de  la  maisoo 
consulaire,  à  laquelle  Sa  Majesté  n'entend  pas  qu'il  soit  rien  retranché. 
Le  sieur  du  Rocher  doit  en  jouir,  avec  toutes  ses  dépendances,  telle 
que  le  sieur  de  Saizieu  l'a  occupée. 

Le  sieur  du  Rocher  ne  négligera  rien  pour  maintenir  le  bon  ordre 
parmi  les  Français  établis  dans  les  lieux  dépendant  de  son  Consulat:... 
il  leur  rendra  ainsi  qu'aux  gens  de  mer  la  plus  prompte  justice...  Enfin 
il  évitera  de  s'engager  avec  le  Bey  et  les  Ministres  dans  des  explications 
et  des  démarches  compromettantes  pour  lui  ou  pour  la  nation...  » 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie^  f.  146.) 
DE  SAINT-DIDIBR  A  MUSTAPUA-KHODJA. 

199.  —  Versailles^  8  ma7^s  J779,  —  Il  lui  exprime  les  regrets  qu'il 
éprouve  de  la  retraite  de  M.  de  Saizieu  et  lui  fait  l'éloge  du  nouveau 
Consul. 

Au  sujet  de  la  rédemption  des  Corses,  M.  de  Sartine  adressera  les 
ordres  nécessaires  à  l'officier  de  Sa  Majesté  Impériale  à  Tunis.  11 
s'occupera  également,  avant  la  saison  de  la  pèche,  de  l'affaire  de  la 
Compagnie  d'Afrique. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Baritarie,  f,  /5j5.) 
LE  C^^  DE  SARTINE  A  DEVOIZB. 

200.  —  Versailles^  8  mars  i  779,  —  Il  restera  à  Tunis  en  qualité  de 
Vice-Consul  avec  1,500  livres  d'appointements  qui  lui  seront  payés  â 
raison  de  30  sols  la  piastre. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  f.  f 5.Î.) 
LE  C^  DE  SARTINE  A  DU  ROCHER. 

201. —  Versailles^  8mars  1779. —  Sur  la  proposition  de  M.  le  baron  de 
Toit*,  Sa  Majesté  a  réglé  son  traitement  de  Consul  à  11,000  livres,  celui 

1.  Voy.  p.  91. 

2.  Voy.  p.  61. 


[4779]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  99 

du  sieur  Devoize,  Vice-Consul,  à  1,500  livres,  et  celui  du  sieur  Laudoo, 
Chancelier,  à  300  livres.  Les  appointements  des  officiers  du  Roi  à  Tunis 
seront  payés  à  raison  de  30  sols  la  piastre.  On  a  été  satisfait  jusqu'ici 
de  Devoize,  mais  il  a,  paraît-il,  un  caractère  difficile,  et  Topinion  qu'il 
a  de  lui-même  semble  excessive.  Quant  au  chancelier  Laudon,  c'est 
un  agent  considéré  dont  on  a  toujours  apprécié  le  zèle  ainsi  que  les 
services. 

{Affaires  étrangères ^  Levant  et  Barbarie ^  f,  143,) 

202.  —  Versailles^  i  ô  mars  1779,  —  Circulaire  à  tous  les  Consuls 
généraux  du  Levant  et  do  Barbarie  relative  à  Tuniforme  des  Consuls, 
Vice-Consuls  *,  etc. 

{Affables  étrangères.  Levant  et  Barbarie^  f.  199.) 
DEVOIZE  AU  C^"^  DE  SARTINE. 

203.  —  Tunis^  28  mars  i779.  —  Une  discussion  s'est  élevée  entre 
les  négociants  français  et  le  grand  douanier  qui  voulait  leur  faire  payer 
un  droit  supérieur  à  3  p.  0/0  pour  des  marchandises  apportées  par  un 
bâtiment  vénitien.  Le  Bey  a  décidé  qu'il  ne  serait  perçu  qu'un  droit 
de  3  p.  0/0  sur  les  marchandises  embarquées  en  France,  sans  distinc- 
tion de  pavillon. 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^""  DE  SARTINE. 

204.  —  Tunis^  iO  avril  i  779,  —  Quatre  corsaires  anglais  croisent 
sur  les  côtes  du  royaume  de  Tunis,  au  grand  préjudice  du  commerce 
français.  Ils  se  sont  emparés  de  deux  bâtiments  français,  et  quoique 
un  de  ces  corsaires  ait  échoué,  la  navigation  n'en  est  pas  moins  inter- 
rompue, les  capitaines  français  n'osant  pas  quitter  le  port.  Quelques 
vaisseaux  du  Roi,  de  la  construction  la  plus  légère,  relâchant  à  La  Gou- 
leite,  protégeraient  utilement  le  commerce  de  la  nation. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
LE  C*°  DE  SARTINE  A  DEVOIZE. 

205.  —  Marly,  3  mai  i  779.  —  On  est  satisfait  de  la  relâche  que  le 
chevalier  de  Bompar  '  a  faite  à  Tunis,  et  de  l'empressement  avec  lequel 

1.  >  Le  Roi  a  fixé  runiforme  de  ses  Consuls  généraux,  Consuls  et  Vice-Consuls  en 
Levant  et  en  Barbarie  par  les  art.  5  et  6  de  son  ordonnance  du  9  décembre  1776, 
applicable  également  aux  autres  ofliciers  en  pays  de  chrétienté.  Il  est  permis  de 
porter  d'ordinaire  par  raison  d'économie  un  petit  uniforme  :  habit  de  drap  bleu 
de  roi  avec  parements  et  collet  de  même  couleur,  veste  et  culotte  de  drap  rouge 
écariate,  doublure  en  serge  écarlate,  manches  en  bottes,  boutonnières  jusqu'à  la 
taille,  trois  sur  chacune  des  poch«s  et  des  manches,  boutons  de  cuivre  doré, 
timbrés  aux  armes  du  Roi,  galon  de  neuf  lignes  de  largeur  sur  le  collet  de  Thabit, 
autre  galon  de  dix-huit  lignes,  etc.  • 

2.  Voy.  la  note  i,  p.  87. 


100  CORRESPONDANCE  DES  DEYS  ET  DES  CONSULS  [i"^l 

M.  Devoize  lui  a  procuré  les  approvisionnements  dont  sa  mission  et 
son  convoi  avaient  besoin  ^ 

(Affairée  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  i79,) 
ALI,   BEY  DE  TUNIS,   AU  C**   DE  SARTINE. 

206.  —  Tunis j  8  mai  1779.  —  «  Nous  avons  reçu  avec  le  plus  grand 
plaisir  la  lettre  que  Votre  Excellence  nous  a  fait  Thonneur  de  nous 
écrire;  mais  nous  avons  appris  avec  douleur  que  M.  de  Saizieu,  —  à.  qui 
le  Ciel  donne  une  prompte  convalescence!  —  dans  Tim possibilité  de 
continuer  son  service  auprès  de  nous,  à  cause  de  ses  infirmités  longues 
et  sérieuses,  avait  obtenu  sa  retraite  et  l'agrément  de  TEmpereur  pour 
fixer  son  séjour  dans  son  pays  natal.  Son  zèle  et  son  talent,  auxquels 
les  deux  Empires  doivent  l'amitié  et  la  bonne  harmonie  qui  les  unissent 
depuis  longtemps,  excitent  en  nous  les  plus  vifs  regrets;  mais  surtout 
la  profonde  discrétion  de  ce  Consul  dans  toutes  les  négociations  déli- 
cates dont  il  a  été  le  sage  et  heureux  intermédiaire  pendant  de  longues 
années  nous  inspire  Téloignement  le  plus  invincible  à  accorder  notre 
confiance  à  tout  autre  individu,  et  nous  détermine  à  vous  conjurer  de 
vouloir  bien  nous  renvoyer  encore  le  susdit  Consul,  qui  sous  ce  litre 
aurait  toujours  l'avantage  de  trouver  en  nous  les  mêmes  sentiments 
qu'il  nous  a  inspirés.  Nous  vous  supplions,  pour  le  bonheur  de  la 
France  et  de  notre  Régence,  de  le  rendre  à  nos  vœux;  et  dans  le  cas 
où  il  croirait  devoir  s'y  refuser,  nous  vous  saurions  bon  gré  de  redou- 
bler vos  instances  auprès  de  lui.  Si  cependant  vous  jugiez  ses  excuses 
légitimes  et  son  retour  physiquement  impossible,  nous  serions  moins 
inconsolable  de  la  perte  de  M.  de  Saizieu,  si  vous  daigniez  nommer  à 
sa  place  M.  Devoize-Yoiron,  qui  se  trouve  déjà  établi  auprès  de  nous 
et  dont  la  gestion  par  intérim  nous  est  fort  agréable.  Nous  présumons 
que  ce  sujet  connu  et  éprouvé  mérite  la  préférence  sur  tout  autre 
officier  qui  nous  est  encore  étranger;  et  cette  insinuation  que  nous 
faisons  h  Votre  Excellence  en  faveur  de  M.  Devoize- Voiron  et  à  son  insu 
ne  prend   sa  source  que   dans  la  connaissance  que  nous  avons   des 
talents  et  de  la  bonne  conduite  de  cet  officier  et  dans  la  confiance  qu'il 
a  su  nous  inspirer  dans  le  cours  de  son  administration. 

Quant  à  l'affaire  des  esclaves  corses,  il  nous  suffira  de  vous  assurer 
ici  qu'elle  se  termine  à  votre  gré.  Nous  vous  rendrons  compte  dans  la 
suite  des  détails  de  la  chose,  à  mesure  qu'elle  aura  lieu. 

Au  surplus,  nous  faisons  des  vœux  pour  la  perpétuité  de  la  bonne 

1.  Voy.  État  des  dépenses  faites  à  Voccasion  de  V arrivée  et  séjour  de  la  frégate 
du  Roi  •  L'Aurore  »,  commandée  par  M.  de  Bompar,  ayant  mouiUé  &  La  Goulette 
du  10  au  45  avril  1719  :  354  p.  21. 


[1779]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  101 

harmonie  qui  règne  entre  nos  deux  Empires  et  pour  votre  prospérité 
personnelle  ;  nous  vous  prions  de  nous  donner  souvent  de  vos  nouvelles 
et  de  nous  faire  savoir  en  toute  occasion  vos  intentions.  Soyez  éternel- 
lement heureux  I  » 

(Sceau)  {Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

MUSTAPHA-KHODJA  A  DK   SAINT-DIDIER. 

207.  —  Tunis,  8  mai  i  779,  —  «  La  lettre  que  vous  nous  avez  fait 
l'honneur  de  nous  écrire  nous  est  parvenue  dans  le  temps  le  plus 
fortuné  et  nous  a  causé  la  plus  grande  satisfaction,  en  nous  rassurant 
sur  votre  santé.  Daigne  le  ciel  la  conserver  toujours  inaltérable,  ainsi 
que  voire  bonheur  I  Nous  n'avons  pu  apprendre  sans  la  plus  vive  dou- 
leur le  délabrement  de  la  santé  de  notre  ami  M.  de  Saizieu  et  sa 
retraite,  qui  en  a  été  la  suite  funeste.  Le  très  haut,  très  puissant  et  très 
illustre  Pacha,  notre  seigneur  et  maître,  à  qui  nous  avons  rendu  compte 
des  raisons  légitimes  qui  ont  nécessité  la  démission  volontaire  de 
M.  de  Saizieu,  nous  en  a  témoigné  le  plus  grand  chagrin,  en  nous 
rappelant  tous  ses  services  et  les  obligations  infinies  que  les  deux  cours 
doivent  avoir  à  son  activité  et  à  sa  profonde  sagacité  dans  les  affaires; 
mais  son  plus  grand  regret  porte  surtout  sur  la  circonspection  et  la 
discrétion  de  ce  Consul,  qui,  dépositaire  de  nos  secrets  respectifs  pen- 
dant le  long  cours  de  sa  résidence  à  Tunis,  n'en  a  jamais  rien  laissé 
pressentir  ou  deviner  aux  autres.  Le  Prince  nous  a  assuré  qu'il  lui 
serait  impossible  de  placer  mieux  sa  confiance  et,  conséquemment,  de 
raccorder  à  personne  autre  que  M.  de  Saizieu,  et  qu'il  exigerait  de 
Tamitié  du  Vizir  le  retour  de  ce  Consul  auprès  de  lui,  ou  au  moins  des 
efforts  pour  l'engager  à  venir  ici  reprendre  des  fonctions  qu'il  a  remplies 
avec  autant  de  succès  et  de  distinction;  et  c'est  de  la  part  de  ce  Prince 
que  nous  vous  supplions,  dans  le  cas  où  M.  de  Saizieu  ne  pourrait  pas 
absolument  se  rendre  à  nos  vœux  et  à  vos  instances,  de  travailler  à 
faire  nommer  à  sa  place  M.  Devoize-Yoiron,  qui  est  déjà  résident  à 
Tunis  et  y  gère  les  affaires  à  la  satisfaction  des  deux  cours.  Ce  sujet, 
dont  nous  connaissons  les  talents  et  la  conduite,  paraîtrait  préférable 
à  tout  autre,   puisqu'il  a  déjà  notre  confiance.   Nous  serions  bien 
fâchés  que  vous  crussiez  que  M.  Devoize-Voiron  eût  fait  la  moindre 
démarche  pour  solliciter  ce  Consulat  :  il  ignore  celle  que  nous  fai- 
sons en  sa  faveur;  mais  nous  y  avons  tous  été  déterminés  par  sa 
modestie  et  par  les  autres  qualités  que  nous  avons  reconnues  en  lui. 

Quant  à  l'affaire  des  esclaves  corses ,  elle  se  termine  à  votre 
satisfaction  et  nous  vous  en  donnerons  les  détails  par  la  suite.  Pour 
la  pèche  du  corail,  nous  avons  cru  devoir  attendre  des  circonstances 


•102  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1779] 

plus  favorables  que  celles  de  la  présente  guerre  pour  en  décider. 
Au  surplus,  nous  souhaitons  que  votre  prospérité  soit  toujours  la 
môme  et  que  vous  veuillez  bien  nous  continuer  Thonneur  de  votre 
correspondance,  qui  nous  sera  toujours  fort  agréable.  » 

(Sceau)  [A/fairea  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

LE  C^  DR  SARTINE  A  DE  SAIZIEU. 

208.  —  Marly,  17  mai  1779.  —  La  Chambre  de  commerce  de 
Marseille  va  recevoir  les  ordres  nécessaires  pour  le  rachat  des  Corses 
esclaves  à  Tunis.  Les  commissaires  des  Ordres  de  la  Rédemption,  qui 
se  disposent  à  partir  pour  Marseille,  s*entendront  avec  lui  pour  tout  ce 
qui  concerne  le  règlement  de  cette  affaire  ^ 

{Affaires  étrangèi^Sy  Levant  et  Barbarie,  f.  194,) 
DEVOIZB  AU  C^  DE  SARTINE. 

209.  —  Tuni$^  23  mai  1779.  —  La  frégate  La  Gracieuse^  commandée 
par  M.  de  Bargeton  ',  a  relâché  le  18  de  ce  mois  à  La  Goulette,  escortant 
un  convoi,  et  est  partie  le  21  avec  la  frégate  La  Pléiade^  sous  les  ordres 
du  chevalier  de  Forbin  ',  qui  s'est  montré  dans  la  rade  sans  mouiller. 
Le  pavillon  du  Roi  a  été  salué  de  21  coups  de  canon  *. 

(Affaires  étrangères ^  C'**  de  Tunis.) 
LE  C^  DB  SARTINE  A  DEVOIZE. 

210.  —  Versailles,  24  mai  1779.  —  On  soupçonne  un  corsaire 
tunisien  d'être  Tauleur  du  pillage  d'une  polacre  commandée  par  le 
capitaine  Joseph-Dominique-Martin  de  Saint-Tropez.  Devoize  deman- 
dera au  Bey  la  punition  de  ce  reYs  et  la  restitution  des  effets  pillés. 

(Affaires  étrangh^es,  Levant  et  Barbarie  y  f.  S07  o*.) 
LE  CU^^"  DE  BOMPAR  AU  C^^  DB  SARTINE. 

211.  —  A  bord  de  «  V Aurore  »,  l^^juin  1 779.  —  Journal  de  ses  opé- 
rations devant  Tunis  et  de  ses  entretiens  avec  M.  Devoize,  Vice-Consul. 

(MatHne,  B*  i60,  f.  5i.) 

1.  Voy.  État  des  dépenses  relatives  au  rachat  de  35  esclaves  corses  qui  s*eni- 
harquenl  sur  un  bâtiment  suédois  à  destination  d'Alger  et  Toulon,  dressé  par 
Trope?.  I^udon,  chancelier,  ci  :  65,163  piastres  à  36  sols  chaque,  ou  111,293  livres. 
[Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

2.  Charles-Emmanuel  de  Bargeton,  né  àUzès  en  1732,  garde  de  la  marine  en  tliS, 
enseigne  de  vaisseau  en  1155,  lieutenant  en  1762,  capitaine  en  1775,  retraité  comme 
brigadier  des  armées  navales  en  1785. 

3.  Voy.  la  note  1,  p.  52. 

4.  Voy.  Etat  des  dépenses  faites  par  le  Consul  à  Voccasion  de  la  frégate  du  Roi 
«  La  Gracieuse  »,  commandée  par  M.  de  Bargeton,  de  relâche  à  La  Goulette  du  18  «a 
21  mai  1779  :  191  p.  42. 


[1779]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  103 


« 


DEVOIZE  AU  C^*"  DE  SARTINE. 

212.  —  rtmis^  8  juin  i  779.  —  Malgré  les  oflFres  des  Génois  pour 
obtenir  du  Bey  la  pèche  du  corail  sur  les  côtes  du  royaume,  ce  Prince 
a  refusé  de  traiter  avec  eux. 

Pour  n'avoir  plus  à  craindre  de  voir  cette  pêche  passer  dans  des 
mains  étrangères,  le  sieur  Devoize  a  poussé  Sidi  Mustapha  à  en  écrire 
au  Ministre  de  façon  à  se  mettre  dans  l'impossibilité  de  se  rétracter. 

Le  Bey  nous  a  accordé,  pour  y  établir  une  auberge  k  Tusage  des 
capitaines  marchands,  une  maison  qui  lui  appartient,  k  proximité  du 
Fondouk;  le  portier  du  Consulat  sera  chargé  d'en  ouvrir  et  fermer  les 
portes. 

(Affairée  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^  DE  SAKTINB. 

213.  —  Tunisj  iO  juin  i  779.  —  Les  Corses  précédemment  esclaves 
à  Tunis  ont  été  embarqués  sur  un  bâtiment  suédois  frété  par  le  Bey, 
et  un  ofiicier  de  ce  Prince  les  accompagnera  à  Toulon.  Ce  bMiment 
passera  à  Alger  pour  y  prendre  les  esclaves  que  le  Consul  aura  à 
envoyer  en  France.  Il  est  fâcheux  que  Ton  n'ait  pu  également  embar- 
quer les  Corses  libres  ou  tout  au  moins  les  familles  des  esclaves  rachetés. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
MUSTAPHA-KHODJA  AU  C^«  DE  SARTINE. 

214.  —  Ttinw,  i2  juin  i779.  —  «  Très  illustre,  très  magnifique 
Vizir  de  l'Empereur  de  France,  notre  grand  ami  le  comte  de  Sartine, 
veuillez  recevoir  les  vœux  que  me  dicte  pour  vous  l'amitié  la  plus  pure. 
J'ai  l'honneur  de  vous  informer  que  j'ai  envoyé  vers  vous  Ali-Agha, 
Chaouch  Zadé,  avec  les  esclaves  de  Corse;  je  ne  doute  point  qu'à  son 
heureuse  arrivée  vous  ne  daigniez  jeter  sur  lui  un  regard  de  bonté. 
J'ai  demandé  k  votre  Vékil  ou  Chargé  de  vos  affaires  la  somme  à 
laquelle  se  sont  montées  toutes  les  dépenses  faites  à  l'occasion  de  ces 
esclaves,  en  y  comprenant  celle  de  leur  rançon,  et  je  l'ai  mise  sous  vos 
yeux  dans  la  note  ci-jointe  ^ 

Piastres. 

Pour  la  rançon  des  dits  esclaves 55.500 

Fret  du  bâtiment 4.275 

Dépenses  nécessaires 4.080 

Pour  leur  nourriture 1.308 

65.163 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  102. 


104  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i  t  <9; 

Je  recevrai  toujours  avec  satisfaction  de  vos  nouvelles  ;  elles  m  ap- 
prendront Tétat  de  votre  santé,  à  laquelle  je  m'intéresse  vivement,  et 
elles  seront  pour  moi  le  garant  d*une  amitié  qui  m'est  bien  précieuse. 
Votre  serviteur  et  ami.  » 

{Sceau)  (A/faire»  étrangères,  C***  de  Ttmis.) 

DBVOIZE  AU  C^  DE  SARTINE. 

216.  —  7unw,  i2  juillet  i779.  —  La  frégate  du  Roi  La  StUtane, 
commandée  par  M.  Dethy  \  a  relÀché  le  24  juin  à  La  Goulette.  Elle  en 
est  repartie  le  11,  escortant  un  bâtiment  chargé  à  Tunis  pour  Marseille. 

{Affaires  étrangères,  (?■*  de  Tunis.) 
LE  C^  DE  SARTINE  A  DEVOIZE. 

216.  —  Versailles^  i  3  juillet  1779.  —  Sa  Majesté  a  appris  avec 
satisfaction  rembarquement  des  esclaves  corses  à  bord  d*un  bàtimeni 
suédois.  On  lui  demande  ce  que  coûteraient  l'embarquement  et  le  pas- 
sage en  Corse  des  familles  de  ces  esclaves.  On  félicite  le  Vice-€k>DSuJ 
de  sa  gestion  des  affaires  pendant  le  temps  qu'il  en  a  été  chargé. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie^  f.  39 €  &is.) 
DU  ROCHER  AU  C^  DE  SARTINE. 

217.  —  Tunis,  27  juillet  1779.  —  Il  informe  le  Ministre  qu'il  est 
arrivé  à.  Tunis  le  8  de  ce  mois. 

(Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis.) 
LE  C'^  DE  SARTINE  A  DU  ROCHER. 

218.  —  Versailles,  9  août  1  779.  —  On  a  appris  l'arrivée  à  Marseille 
des  esclaves  corses  rachetés  en  Barbarie.  La  mission  du  Tunisien  Ali- 
Chaouch,  chargé  de  les  accompagner,  est  terminée;  on  le  défrayera  de 
toutes  les  dépenses  de  son  séjour  à  Marseille. 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  457.) 
DU  ROCHER  AU  C^  DE  SARTINE. 

219.  —  Tunis,  29  août  1779.  —  Pour  éviter  d'être  pris  par  les  cor- 
saires mahonais,  il  a  dû  s'embarquer  le  30  juin  sur  un  petit  bâtiment 
maure  qui  est  arrivé  k  Sfax  le  4  juillet.  De  là  il  a  continué  son  voyage 
par  terre  et  est  entré  à  Tunis  le  8.  Le  Bey  lui  a  fait  un  bon  accueil  mais 
lui  a  refusé  l'usage  de  la  voiture  laissée  par  M.  de  Saizieu. 

{Affaires  étrangères,  C*"»  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  correspondance  entre  MM.  Delhy  et  Devoize.2U26  et  27  juin  1179,  — 
et  ÏEtat  des  frais  occasionnés  par  la  relâche  de  la  frégate  du  Roi  «  La  Sultane  * 
commandée  par  le  ch"  Dethy  à  La  Goulette,  ci  :  274  p.  70  {Affaires  étrangèresr 
C"«  de  Tunis). 


[1779]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  105 

LE  C^^  DE  SARTINB  A  DU  ROCHER. 

220.  —  Versailles^  ii  octobre  1779,  —  Un  bâtiment  tunisien 
ayant  relâché  près  Bonifacio  et  cette  aventure  ayant  entraîné  certains 
frais,  du  Rocher  en  réclamera  le  montant  au  Bey  de  Tunis,  en  le  priant 
de  prescrire  aux  corsaires  de  n'aborder  que  dans  les  ports  de  la  Corse 
où  la  France  a  des  établissements. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie.) 
DU  ROCHER  AU  G^  DE  SARTINE. 

221.  —  Tunis^  16  novembre  1779.  —  Un  corsaire  anglais  de  Mahon 
a  relâché  à  Bizerte,  où  il  doit  être  rejoint  par  deux  autres  corsaires.  Ils 
établiront  leur  croisière  d'hiver  le  long  des  côtes,  dans  le  but  d'inter- 
cepter nos  bâtiments  et  d'inquiéter  les  convois.  Quelque  léger  arme- 
ment pourrait  seul  les  détruire  en  allant  les  chercher  dans  les  petits 
fonds  de  la  côte  où  ces  corsaires  peuvent  se  réfugier. 

{Affaires  étrangères,  €*•*  de  Tunis.) 
DE  SAINT-DIDIER  A  MUSTAPHA-KHODJA. 

222.  —  Versailles^  22  novembre  1779,  —  «  Très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur, 

M.  du  Rocher  se  loue  beaucoup  de  l'accueil  qu'il  a  éprouvé  à  son 
arrivée  à  Tunis  et  il  ne  nous  laisse  rien  à  désirer.  Nous  avons  reconnu 
dans  cette  occasion  intéressante  combien  nous  devions  compter  sur  la 
constance  de  votre  affection  pour  la  nation  française.  M.  le  comte  de 
Sartine  en  a  été  extrêmement  satisfait.  Il  me  charge  de  vous  le  témoi- 
gner. 

Une  seule  circonstance  a  troublé  la  joie  que  M.  du  Rocher  ressentait 
de  ces  démonstrations  flatteuses;  c'est  celle  du  refus  que  le  Bey  lui  a 
fait  essuyer  au  sujet  de  la  voiture  de  M.  de  Saizieu.  La  défense  de  s'en 
servir  lui  a  paru  un  désagrément  personnel;  mais,  quelque  affecté  qu'il 
fût  de  la  différence  que  l'on  mettait  sur  ce  point  entre  lui  et  son  pré- 
décesseur, il  n'a  pas  voulu  informer  le  Vizir  d'une  aussi  pelite  diffi- 
culté. Il  s'est  borné  à  m*en  prévenir,  dans  la  confiance  que  l'amitié  qu'il 
vous  suppose  pour  moi  vous  rendrait  plus  sensible  que  toute  autre 
considération  aux  raisons  qui  l'engagent  à  désirer  de  jouir  de*  cette 
commodité  à  l'exemple  de  M.  de  Saizieu.  Je  sais  que  le  Bey,  en  annon- 
çant la  décision  qui  l'en  prive,  déclare  qu'il  ne  s'y  est  prêté  poUr  M.  de 
Saizieu  qu'à  cause  de  ses  indispositions,  et  qu'il  craindrait  de  voir 
élever  par  les  autres  Consuls  des  Puissances  étrangères  la  même  pré- 
tention, s'il  satisfaisait  k  cet  égard  M.  du  Rocher,  qui  est  d'une  bonne 


106  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [i779j 

santé.  Ces  motifs  ne  peuvent  être  balancés  par  les  suites  que  peut  avoir 
dans  Topinion  publique  à  Tunis,  pour  le  nouveau  Consul,  le  retranche- 
ment d'une  facilité  qui  avait  été  accordée  à  Tancien.  C'est  en  quelque 
sorte  annoncer  qu'on  fait  moins  de  cas  de  lui  que  de  son  prédécesseur, 
et  il  paraît  craindre  qu'on  ne  Tait  envisagé  ainsi,  ce  qui  peut  affaiblir 
aux  yeux  des  étrangers,  et  même  des  sujets  du  Bey,  la  considératioD 
qui  est  si  nécessaire  au  maintien  de  nos  liaisons  réciproques.  J'ai  été 
bien  aise  de  vous  faire  cette  observation  pour  que  vous  sachiez  que  le 
Consul  est  excusable  de  se  plaindre  de  cette  difficulté;  sans  cela,  je 
ne  crois  pas  qu'il  l'eût  remarquée,  parce  que  nous  ne  regardons  paseo 
France  l'usage  de  la  voiture  comme  une  distinction  uniquement 
réservée  à  la  souveraineté  ou  aux  grands  du  pays  et  que  tout  le  monde 
y  est  libre  d'en  avoir.  Vous  pouvez  d'ailleurs  demander  à.  Suleyman- 
Âgha  comment  il  a  été  traité  pendant  son  ambassade,  et  il  vous  dira  que 
non  seulement  il  a  eu  constamment  un  carrosse  à  sa  disposition,  mais 
qu'il  est  monté  dans  ceux  du  Vizir  et  du  Sultan,  lorsqu'il  est  venu  à  sa 
Cour.  Cette  comparaison  achèvera  sans  doute  de  vous  décider  it  conti- 
nuer à  M.  du  Rocher  l'agrément  de  la  voiture  comme  à  M.  de  Saizieu. 
Vous  êtes  trop  judicieux  pour  ne  pas  sentir  qu'il  convient  que  ce 
Consul  ait  à  Tunis  les  mêmes  avantages  et  commodités  que  Sidi  Abmed 
et  celui  qui  l'a  précédé  ont  trouvés  en  France,  et  que  l'on  ne  pourrait 
guère  se  dispenser  de  changer  le  cérémonial  usité  à  cet  égard  pour  les 
Envoyés  de  la  Régence,  si  l'on  affectait  de  diminuer  ainsi  la  représen- 
tation du  Chargé  des  affaires  du  Roi  auprès  du  Bey.  Il  me  suffît  de  tous 
avoir  exposé  ces  différentes  réflexions  pour  que  je  ne  sois  pas  en  peine 
des  démarches  qui  vous  seront  inspirées  par  les  hautes  lumières  dont 
vous  êtes  doué  pour  terminer  cette  légère  discussion,  de  manière  que 
M.  du  Rocher  ait  lieu  d'être  satisfait.  Je  vous  prie  de  ne  jamais  douter  de 
l'amitié  fidèle  et  distinguée  avec  laquelle  je  suis  bien  sincèrement,  etc.  » 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  €9€.) 
DU  ROCHER  AU  C^<^  DE  SARTINE. 

223.  —  Tunis,  J24  décembre  1779,  —  11  demande  au  Ministre  si  son 
intention  est  de  faire  des  présents  à  Sidi  Mustapha-Khodja,  à  l'occa- 
sion de  son  mariage  avec  la  fille  du  Bey,  ainsi  qu'au  second  fils  et  au 
neveu  de  ce  Prince  lors  de  leur  prochain  mariage. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
LE  C^  DE  SARTINB  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

224.  —  Versailles^ ...  décembre  1 7  79.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 


[1779]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  107 

J'ai  rendu  compte  à  TEmpereur  mon  maître  de  vos  réclamations  au 
sujet  des  bâtiments  qu'une  de  ses  frégates  a  repris  sur  vos  côtes,  où 
ils  avaient  été  irrégulièrement  enlevés. 

Avec  les  mômes  dispositions  de  soutenir  ses  droits  et  de  respecter 
ceux  des  autres  souverains,  Sa  Majesté  Impériale  n'a  pu  méconnaître 
la  justice  de  vos  plaintes  quant  à  la  manière  et  aux  lieux  où  ces 
reprises  ont  été  faites;  et,  quoique  les  officiers  de  sa  frégate  et  du  Con- 
sulat aient  prétendu  que  c'était  par  votre  ordre  et  avec  votre  aveu 
qu'on  les  avait  reprises  et  amenées  en  France,  Sa  Majesté  n'a  pas 
hésité,  sur  vos  représentations,  à  faire  surseoir  au  jugement  de  son 
Conseil  qui  doit  en  légitimer  la  propriété  à  ceux  qui  la  réclament  de 
sa  justice.  De  sorte  que  ce  sera  sur  votre  réponse  qu'elle  en  fera  pro- 
noncer Tattribution,  ou  en  nature,  ou  des  sommes  qui  en  seront  pro- 
venues si  le  dépérissement  instant  des  objets  qui  composent  les  car- 
gaisons de  ces  bâtiments  exige,  dans  l'intervalle,  qu'on  en  ordonne  la 
vente. 

Mais,  d'une  ou  d'autre  manière,  ces  bâtiments  ou  leurs  produits 
seront  conservés  à  leurs  premiers  propriétaires  et  chargeurs,  et  Sa 
Majesté  se  promet  de  votre  justice  de  les  leur  faire  restituer  avec  votre 
aveu,  parce  qu'ils  n'ont  pu  être  légitimement  pris  par  un  corsaire 
ennemi  caché  dans  vos  ports,  dont  vous  avez  blâmé  et  dont  il  importe 
de  punir  l'attentat  et  la  conduite.  C'est  contre  le  droit  des  gens  et  cer- 
tainement à  votre  insu  et  désaveu  que  ce  corsaire  s'était  emparé  d'un 
de  vos  mouillages  pour  y  attendre  ou  y  surprendre  les  bâtiments  fran- 
çais qui  venaient  y  chercher  un  asile  et  des  secours,  et  ceux  de  ce 
nombre  qu'il  a  enlevés  sur  vos  côtes  doivent  nous  être  restitués  à 
votre  réclamation.  L'officier  de  Sa  Majesté  Impériale  qui  réside  auprès 
de  vous  en  a  l'état  et  vous  le  produira,  ainsi  que  le  témoignage  du  caïd 
de  Monastir,  qui,  plus  voisin  et  mieux  informé  de  la  manœuvre  de  ce 
corsaire,  n'a  pu  s'empêcher  de  vous  le  dénoncer  et  de  publier  les 
regrets  que  vous  aviez  montrés  de  ne  pouvoir  le  punir.  Ce  serait,  au 
contraire,  l'approuver  et  le  protéger,  que  de  vous  prévaloir  des  dispo- 
sitions amicales  de  Sa  Majesté  Impériale  pour  lui  faire  restituer  des 
prises  aussi  indécemment  faites,  ou  négliger  de  lui  arracher  celles 
qu'il  a  eu  l'audace  de  s'approprier  dans  la  même  position  et  avec 
autant  d'irrégularité. 

C'est  sur  quoi  l'Empereur  mon  maître  me  charge  essentiellement 
d'insister  auprès  de  vous,  pour  détruire  l'exemple  et  tous  les  vestiges 
d'un  genre  de  piraterie  inconnu  jusqu'ici,  que  vous  ne  sauriez  tolérer 
dans  vos  Ëtats  ni  Sa  Majesté  Impériale  souffrir  contre  ses  sujets  nulle 


J 


108  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1780] 

part.  Elle  me  charge  de  vous  assurer  que  vos  droits  et  vos  mers  seront 
toujours  respectés  par  ses  armements,  et  que  les  vôtres  jouiront  cons- 
tamment, dans  l'étendue  déterminée  par  les  traités,  de  la  même  pro- 
tection et  franchise  sur  les  côtes  de  son  vaste  empire,  où  vos  eniiemi> 
ne  se  peuvent  vanter  de  les  avoir  inquiétés  impunément.  Sa  Majesté 
Impériale  ne  peut  croire  que  vous  vouliez,  en  aucune  manière,  favo- 
riser les  croisières  des  siens,  et  s'attend  à  éprouver,  dans  le  moment 
qu'ils  ont  Taudace  de  Tannoncer  par  leur  conduite,  que  vous  donnerez 
un  témoignage  public  et  décisif  de  la  justice  et  de  la  protection  que 
vous  devez  à  ses  sujets.  C'est  dans  cette  confiance  qu'elle  met  à  votre 
disposition  les  deux  bâtiments  ou  leur  valeur  et  qu'elle  me  charge  de 
vous  assurer  de  son  auguste  bienveillance.  C'est  aussi  d'après  vos  dis- 
positions que  je  puis  me  promettre  de  vous  en  conserver  les  précieux 
avantages,  en  faisant  valoir  ses  ordres  et  vos  droits  dans  tout  ce  qui 
pourra  de  sa  part  favoriser  vos  intérêts  ou  vos  sujets,  ainsi  que  le 
désir  que  j'aurai  toujours  de  vous  donner  des  marques  de  la  considéra- 
tion parfaite  avec  laquelle  j'ai  l'honneur  d'être,  etc.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
LE  C^^  DE  SARTINE  A  DU  ROCHER. 

225.  —  Venantes^  ...  décembre  i  779.  — M.  le  chevalier  de  Bompar, 
commandant  la  frégate  du  roi  L'Aurore^  a  cru  pouvoir  reprendre  sur 
les  côtes  de  la  Tunisie  deux  prises  faites  par  des  corsaires  contraire- 
ment au  droit  des  gens.  Le  Bey  en  réclame  la  restitution.  Les  reprises 
sont  en  effet  irréguliëres,  et  on  ne  doit  pas  les  conserver,  mais  c'est  à 
leurs  premiers  propriétaires  et  chargeurs  que  cette  restitution  doit  être 
faite.  Voilà  dans  quel  sens  il  est  très  important  de  répondre  aux  récla- 
mations du  Bey. 

DU  ROCHER  AU  C^  DE  SARTINE. 

226.  —  Tunis,  23  janvier  17  SO,  —  Un  corsaire  anglais  de  Mahon  est 
en  vue  de  La  Goulette  avec  six  bâtiments  français  dont  il  s'est  emparé. 

Cet  événement,  qui  augmente  le  découragement  de  nos  négociants, 
rend  de  plus  en  plus  nécessaire  la  présence  d'un  léger  armement  du 
Roi,  capable  d'en  imposer  à  ces  corsaires  et  de  leur  faire  prendre  le 
large. 

[Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LE  G^  DE  SARTINE  A  DU  ROCHER. 

227.  —  Versailles,  7  mars  i  780,  —  Sa  Majesté  a  accordé  sa  retraite 
au  chancelier  Tropez  Laudon.  Les  fonctions  de  chancelier  seront  désor- 
mais remplies  par  un  drogman  qui  résidera  auprès  du  Consul,  aux 


£1780]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  109 

a.ppointemeQts  de  2,000  1.  C'est  le  sieur  Ycnture  '  qui  a  été  désigné 
pour  Tunis.  Le  Consul  lui  donnera  la  table  et  le  logement. 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,) 

228. —  Versailles,  8  mars  17  80.  —  Circulaire  aux  Consuls  de  Bar- 
l>arie  pour  leur  dire  que  le  Roi  leur  défend  de  percevoir  dans  aucune 
circonstance  le  moindre  droit,  sous  quelque  prétexte  que  ce  puisse 
être,  sur  les  fonds  qui  seront  destinés  au  rachat  des  esclaves. 

(Affaire  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  f.  180.) 

INSTRUCTION    DONNÉE  A  DE  VIALIS    DE   FONTBBLLE  ', 
COMMANDANT  LA  FRÉGATE  «  LE  MONTRÉAL  ». 

229.  —  Versailles^  4  mai  1780.  —  «  M.  Vialis  de  Fontbelle,  capi- 
taine de  vaisseau,  commandant  la  frégate  Le  Montréal,  mettra  sous 
voile  dès  que  le  vent  le  permettra  et  fera  route  pour  croiser  dans  les 
environs  du  golfe  de  Tunis... 

Ces  différents  parages,  d'après  les  nouvelles  reçues  de  Tunis,  étant 
beaucoup  fréquentés  parles  corsaires  de  Mahon,  M.  de  Vialis  fera  en 
sorte  de  capturer  ou  d*éloigner  les  dits  corsaires.  Il  aura  en  même 
temps  la  plus  grande  attention  de  ne  commettre  aucun  acte  d'hostilité 
sur  les  territoires  des  Puissances  neutres  de  Barbarie  et  de  respecter 
Vasile  que  les  corsaires  ennemis  auront  pu  trouver  dans  les  ports  et 
les  forteresses  des  dites  Puissances.  Il  protégera  les  bâtiments  de  la 
Compagnie  d'Afrique...  » 

{Manne,  B.  476,  f,  370.) 
DU  ROCUER  AU  C**'  DE  SARTINE. 

230.  —  Tunis,  20  mai  1780.  —  Ali-Bey  a  rendu  la  prise  génoise 
indûment  faite  par  un  corsaire  tunisien  dans  les  eaux  de  la  Corse,  mais 
cette  restitution  n'a  pas  été  obtenue  sans  difllcultés. 

Le  Prince  a  continué  au  sieur  du  Rocher  le  privilège  de  la  voiture 
qu'il  avait  accordé  précédemment  à  M.  de  Saizieu. 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 

i.  Jean-Michel  Venlure  de  Paradis,  attaché  à  l'anibassade  de  France  à  Cons- 
tantinople  en  nSl,  Secrétaire- interprète  à  Seyde  de  176 i  à  1768,  au  Caire  de  1768 
à  1776,  attaché  à  la  mission  du  baron  de  Tott  en  1777-1778,  drog  m  an-chancelier  à 
Tunis  en  1780,  appelé  à  Paris  en  1786  pour  y  occuper  une  des  deux  places  de  Secré- 
taire-interprète du  Roi,  chargé  d'une  mission  près  du  Dey  d'Alger  en  1788,  nommé 
aux  mêmes  fonctions  à  Constanlinople  en  1792,  Consul  général  à  Smyrne  en  1793, 
puis  attaché  comme  interprète  à  l'armée  de  Bonaparte  pendant  l'expédition  d'Egypte, 
mort  au  siège  de  Saint-Jean  d'Acre  en  1798. 

2.  De  Vialis  de  Fontbelle,  troisième  (Ils  de  Michel  de  Vialis  de  Fontbelle,  ingé- 
nieur à  Toulon,  fut  garde  de  la  marine  en  1748,  enseigne  de  vaisseau  en  17o4, 
lieutenant  d'infanterie  de  marine  en  1754,  lieutenant  de  vaisseau  en  1762,  chef  de 
brigade  des  gardes  de  la  marine  en  17G4,  capitaine  de  vaisseau  en  1777,  mort  en 
mer  à  bord  du  Montréal  en  août  1780.  —  Ses  deux  frères  servirent  également 
avec  honneur  dans  la  marine. 


140^      CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS      [1780 

DU  ROCHEB  AU  C*^  DE  SARTINE. 

231.  —  Ttinw,  i 4  juillet  i  780.  — Le  Bey,  irrité  contre  les  chrétien? 
qui  se  permettent  de  vendre  publiquement  du  vin  aux  Maures  nialgré 
ses  ordres,  a,  sur  la  demande  du  sieur  du  Rocher,  décidé  Tex pulsion 
des  Corses,  qui  ont  été  embarqués  avec  leurs  familles  sur  divers  bàti> 
ments. 

(Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis.) 
DE  SAIRT-DIDIER   A   MUSTAPHA-RHODJA. 

232.  —  Versailles,  44  août  il 80.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Vous  aurez  sans  doute  attribué  aux  occupations  du  service  que  la 
circonstance  actuelle  a  dû  mulUplier  et  au  dérangement  de  ma  santé 
le  silence  que  j'ai  gardé  quelque  Itmps  avec  vous,  et  je  me  flatte 
que  vous  avez  rendu  assez  de  justice  aux  sentiments  d*amilié  que  Je 
vous  ai  voués  pour  me  plaindre  de  rimpossibililé  où  j'ai  été  de  vous 
en  renouveler  plus  tût  l'assurance .  C'est  avec  le  plus  vif  empres- 
sement, très  illustre  et  magnifique  Seigneur,  que  je  cons^tf^re  aujour- 
d'hui les  prémices  de  ma  santé  et  de  mon  loisir  à  la  reconnaissance  que 
je  vous  dois  de  tous  les  bons  offices  que  vous  ne  cessez  d*accorder  à 
M.  du  Rocher  et  nommément  de  lagrémentdont  il  a  été  mis  en  posses- 
sion par  votre  puissante  entremise  d'aller  en  voiture  comme  son  pré- 
décesseur. Je  me  plais  à  penser  qu'en  vous  entremettant  auprès  du 
Pacha-Bey,  votre  maître,  pour  obtenir  en  faveur  de  ce  Consul  la  conti- 
nuation d'une  distinction  qui  tenait  à  sa  considération  personnelle  à 
Tunis,  vous  avez  eu  en  partie  pour  objet  ma  recommandation  particu- 
lière, et  je  ne  saurais  vous  exprimer  tout  ce  que  je  trouve  de  flatteur  et 
d'obligeant  pour  moi  dans  cette  attention,  qui  excite  toute  ma  grati- 
tude. 

Si  ce  précieux  sentiment  pouvait  être  égalé  par  quelque  autre,  ce 
serait  seulement  par  la  joie  que  j'ai  ressentie  en  apprenant  le  mariage 
honorable  que  vous  êtes  sur  le  point  de  conclure.  Le  choix  que  le 
Pacha-Bey  fait  de  votre  personne  pour  son  gendre  est  une  preuve 
évidente  de  la  confiance  la  plus  étendue  et  la  mieux  méritée. 

Le  très  illustre  et  très  magnifique  Vizir,  à  qui  j'ai  notifié  celle 
agréable  nouvelle,  m*a  chargé  de  vous  en  faire  son  compliment.  D'après 
son  autorisation,  je  prends  la  liberté  de  vous  envoyer  comme  marque 
démon  attachement  et  comme  le  gage  des  vœux  sincères  que  je  ne 
me  lasserai  jamais  de  former  pour  votre  bonheur  un  vase  de  fleurs  qui 
exhaleront  le  parfum  le  plus  exquis  si  vous  voulez  vous    en  servir 


rnSO]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  Hl 

comme  d'une  cassolette  Ml  a  été  destiné  pour  cet  usage,  et  je  serais  bien 
flatté  si  le  dessin  et  le  travail  de  ce  faible  témoignage  de  mon  souvenir 
étaient  assez  heureux  pour  rencontrer  votre  goût  et  celui  de  la  Prin- 
cesse et  pour  vous  prouver  le  désir  que  j'ai  de  justifier  Testime  dont 
vous  m'avez  honoré. 

PermettezHnoî,  très  illustre  et  magnifique  Seigneur,  de  vous  en 
demander  la  continuation  et  de  recommander  de  nouveau  à  vos  bontés 
le  chargé  des  affaires  de  Sa  Majesté  Impériale  près  la  cour  de  Tunis.  Je 
ne  doute  pas  que  vous  n'employiez  tout  crédit  auprès  du  Pacha-Bey 
^  assurer  leur  tranquillité  et  la  prospérité  de  leur  commerce;  et  je  vous 
prie  d'être  persuadé  que,  de  mon  côté,  je  ne  perdrai  aucune  occasion 
de  faire  valoir  auprès  du  Vizir  les  services  que  vous  rendrez  à  notre 
nation.  Puisse  notre  correspondance  contribuer  toujours  à  resserrer 
les  liens  de  l'amitié  qui  unissent  nos  souverains  et  k  augmenter  de 
plus  en  plus  les  avantages  du  commerce  de  leurs  sujets  respectifs.  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  441,) 

ISMAIL,  KIAYA  DE  TUNIS  *,  AU  C**'  DE  SARTINE. 

233.  —  TuniSy  2  septembre  1780,  —  «  Excellence, 
Je  m'étais  proposé  à  mon  heureuse  arrivée  ici  d'écrire  cette  lettre 
respectueuse  à  Votre  Excellence  pour  lui  témoigner  les  remerciements 
les  plus  vifs  que  je  lui  dois,  mais  ayant  appris  que  M.  Devoize  devait 
passer,  peu  de  temps  après,  à  votre  Cour,  j'ai  eu  le  plaisir  de  la  consi- 
gner à  cet  officier,  lequel,  connaissant  particulièrement  depuis  long- 
temps la  sincérité  de  mes  sentiments  à  votre  égard,  me  fait  espérer 
qu'il  suppléera  à  ces  expressions  qui  me  manquent  et  que  je  dois  aux 
mérites  distingués  de  Votre  Excellence. 

Je  ne  dois  pas  laisser  ignorer  à  Votre  Excellence  la  manière  dont 
j'ai  été  accueilli  et  traité,  dans  toutes  les  villes  où  j'ai  passé  pendant  le 
cours  de  mes  voyages,  par  les  Consuls  de  l'Empereur  de  France;  ils 
m'ont  offert  tous  avec  empressement  leurs  services  et  d'une  manière  à 
ne  me  rien  laisser  désirer  par  leur  attachement  le  plus  distingué,  et 
particulièrement  M.  le  chevalier  de  Bertellet  à  Livourne  ^  Aussi  je  n'ai 

i.  Fourni  par  M.  Meynier,  bijoutier  du  Roi. 

2.  Premier  gendre  du  Bey,  qui  s'était  enfui  à  Livourne  par  suite  de  dissentiments 
avec  Mustapha,  avait  ensuite  passé  à  Smyrne  et  venait  de  rentrer  en  grâce  auprès 
de  son  beau-père. 

3.  Louis-Antoine  de  Bertellet,  né  à  Nimes,  Consul  à  Livourne  de  1157  à  1794.  Son 
frère  Jean-Pierre  de  Bertellet  l'avait  précédé  à  Livourne  de  1733  à  1757,  et  était 
passé  à  Carthagène,  1758-1784.  —  Signalons  la  correspondance  volumineuse  de  ces 
deux  agents  (près  de  1800  lettres)  avec  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille, 
S.  AA  539  et  suiv.  de  Tinventaire. 


m  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1780] 

rien  eu  de  plus  empressé  à  mon  arriyée  ici  que  d'en  rendre  témoignage 
au  Bey  mon  maître,  qui  est  bien  persuadé,  tout  comme  moi,  que  c'est 
Votre  Excellence  qui  a  eu  la  bonté  d'envoyer  ces  ordres  à  ces  Consuls 
à  mon  occasion.  Me  trouvant  donc  infiniment  flatté  de  toutes  ces  atten- 
tions que  je  ne  crois  point  avoir  méritées  de  la  part  de  Votre  Excellence* 
je  la  prie  d'agréer  les  sentiments  les  plus  sincères  de  ma  vive  recon- 
naissance, et  d'être  assuré  du  désir  que  j'aurai  toujours  de  cullÎTer 
particulièrement  cette  amitié  parfaite  qui  réunit  respectivement 
l'Empereur  de  France  avec  le  Bey  mon  maître,  en  contribuant  toujours 
et  en  faisant  tous  mes  efforts  pour  favoriser  les  intérêts  de  Sa  Majesté 
Impériale  qui  pourront  avoir  quelque  rapport  aux  diverses  parties  du 
ministère  qui  m'a  été  confié  et  surtout  à  la  nouvelle  dignité  que,  par 
une  suite  de  bontés  qu'il  a  pour  moi,  mon  susdit  maître  vient  de  me 
donner  en  qualité  de  son  douanier  général.  Cette  charge  me  flatte 
d'autant  plus  qu'elle  me  fournira  de  plus  fréquentes  occasions  de 
prouver  k  la  nation  française  l'attachement  que  j'ai  pour  elle  et  de  la 
favoriser  et  servir  dans  tous  les  objets  qui  intéressent  son  commerce 
et  sa  résidence  en  cette  Echelle. 

Il  ne  me  reste  rien  autre  à  désirer  que  de  convaincre  Votre  Excel- 
lence de  l'envie  que  j'ai  de  me  conformer  à  tout  ce  qu'elle  pourrait 
désirer  de  ma  part  dans  ce  pays,  et  de  l'empressement  que  j'aurai  de 
pouvoir  mériter  sa  bienveillance  et  de  lui  donner  des  preuves 
de  la  considération  la  plus  distinguée  avec  laquelle  j'ai  Thonneur 
d'être,  etc.  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C*"  de  Tttnis.) 

DU  ROCHER  AU  C*^  DE  SARTINE. 

234.  —  Tunis,  22  septembre  1780.  —  La  frégate  La  Séneuse,  sous 
les  ordres  de  M.  de  Missiessy  *,  a  relâché  le  30  août  à  La  Galipie,  avec  uo 
convoi.  Ce  commandant  a  écrit  au  sieur  du  Rocher  pour  qu'il  prévienne 
les  bâtiments  qui  voudraient  profiter  de  son  escorte  de  se  trouver  sur 
son  passage  au  retour;  mais  la  présence  de  nombreux  corsaires  rend 
cet  arrangement  trop  dangereux  pour  les  bâtiments  de  l'Ëchelle. 

Les  négociants  prient  le  Ministre  de  vouloir  bien  ordonner  que  leur 
commerce  soit  protégé  d'une  manière  plus  efficace. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

1.  Claude-Laurent  de  Burgues  de  Missiessy,  né  &  Toulon  en  1135,  garde  de  la 
marine  en  1751,  enseigne  de  vaisseau  en  1755,  sous-lieulenant  d'artillerie  en  1756, 
lieutenant  de  vaisseau  en  1764,  capitaine  de  bombardiers  en  1773,  capilaioe  de 
vaisseau  en  1777,  retiré  du  service  en  1786  avec  le  grade  de  brigadier  des  armées 
navales,  décédé  en  1818. 


[1780J  AVEC  LA  COUR  DE  PRANOE  H3 

DU  ROCHER  AU  G^«  DE  SARTINE. 

235.  —  Tunisy  22  septembre  1  780.  —  Plainte  a  été  portée  au  Bey 
au  sujet  des  débarquements  effectués  en  Corse  par  ses  corsaires  et  qui 
menacent  d'y  compromettre  la  santé  publique. 

Ismaïl-Bey,  fils  de  Yonnès-Bey,  petit-fils  d'Ali-Bey  et  prétendant  au 
trône  de  la  Régence  de  Tunis,  est  mort  à  Alger. 

Un  bateau  corse  arrêté  à  Tabarque  et  conduit  à  Tunis  sous  prétexte 
qu'il  était  génois  a  été  relâché  sur  la  demande  du  sieur  du  Hocher. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
LE  M>*  DE  GASTRIBS  ^  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

236.  —  Marly,  16  octobre  4  780.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

L'Empereur  mon  maître,  ayant  jugé  à  propos  d'accorder  à  M.  le 
comte  de  Sartine  sa  retraite,  a  daigné  me  confier  le  département  de 
la  Marine,  où  aboutissent  tous  les  intérêts  et  les  correspondances  de  son 
Empire  dans  les  pays  qui  sont  soumis  à  Votre  Gouvernement.  Sa 
Majesté  Impériale  m*a  commandé  de  vous  faire  savoir  ce  changement, 
et  je  me  hâte  de  vous  le  notifier.  J*espère  que  je  réussirai  aussi  bien 
que  les  Ministres  qui  m'ont  précédé  à  conserver  la  bonne  intelligence 
qui  subsiste  si  heureusement  entre  les  peuples  de  Votre  Régence  et  la 
nation  française.  Cette  confiance  est  fondée  sur  les  dispositions  con- 
stantes que  vous  avez  montrées  pour  le  maintien  de  nos  traités.  Elles 
vous  assurent  des  miennes,  qui  sont  droites  et  sincères.  Vous  me  verrez 
toujours  empressé  de  concourir  à  cimenter  les  liens  qui  unissent  d'une 
manière  si  avantageuse  les  sujets  respectifs,  et  c'est  une  véritable  satis- 
faction pour  moi  que  de  pouvoir,  en  vous  donnant  cette  assurance  for- 
melle, vous  offrir  mon  amitié  et  vous  demander  la  vôtre.  Je  saisirai 
toutes  les  occasions  où  je  pourrai  vous  prouver  combien  je  m'intéresse 
à  la  prospérité  de  votre  gouvernement,  afin  que  vous  ne  doutiez 
jamais  des  sentiments  que  m'inspirent  vos  vertus  et  qu'il  n'est  per- 
sonne qui  soit  plus  cordialement  et  plus  parfaitement  que  moi,  etc.  » 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  534.) 
DE  SAINT-DIDIER  A  MUSTAPHA-KHODJA. 

237.  —  Versailles,  16  octobre  1780,  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

4.  Charles -Eugène -Gabriel  de  La  Croix,  marquis  de  Castries,  ancien  gouverneur 
de  Flandre  et  du  Hainaut,  était  lieutenant  général  des  armées  du  Roi  quand  il  fut 
nommé,  le  46  octobre  1780,  au  département  de  la  marine.  Il  occupa  ce  poste 
jusqu'en  1187. 

8 


114  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [IT8O; 

M.  le  comte  de  Sarline  ayant  désiré  le  repos  que  ses  travaux  pénibles 
lui  avaient  rendu  indispensable,  Sa  Majesté  Impériale  a  bien  touIu  lui 
accorder  une  honorable  retraite,  et  elle  a  fait  choix  pour  le  remplacer 
de  Tun  des  grands  de  la  Cour  et  des  officiers  généraux  les  plus  distin- 
gués de  ses  armées,  M.  le  marquis  de  Castries,  à  qui  elle  a  conflé  le 
département  de  la  Marine.  Je  m'empresse  de  vous  informer  de  ce  chan- 
gement, qu'il  annonce  lui-môme  au  Bey  votre  maitre  que  Dieu  conserve. 
Mon  premier  soin  a  été  d'entretenir  M.  le  marquis  de  Castries  des 
dispositions  favorables  que  vous  avez  toujours  montrées  pour  la  nation 
française  et  de  la  constance  avec  laquelle  vous  avez  contribué  en  ce 
qui  dépend  de  votre  ministère  à  cimenter  les  liens  qui  unissent  la 
Régence  à  la  France.  Il  espère  que  vous  continuerez  k  faire  usage  de 
votre  crédit  auprès  du  Bey.  C'est  dans  cette  confiance  que  ce  Seigneur 
me  charge  de  vous  assurer  de  sa  bienveillance  et  du  désir  qu'il  a  de 
vous  faire  ressentir  de  la  protection  de  Sa  Majesté.  La  conduite  franche 
et  loyale  que  j'ai  tenue  jusqu'ici  à  votre  égard  vous  assure  du  dessein 
que  j'ai  de  vous  ménager  ses  bonnes  grâces,  parce  que  je  suis  persuadé 
que  vous  ne  varierez  point  dans  vos  sentiments  pour  les  Français.  Je 
profite  avec  plaisir  de  cette  occasion  pour  vous  demander  la  continua- 
tion de  votre  amitié  et  vous  renouveler  les  assurances  de  sincère  atta- 
chement avec  lequel  je  suis  pour  la  vie,  etc.  » 

{Affaires  étranghres^  Levant  et  Barbarie,  /*.  5SS.) 
DU  ROCHER  AU  M'*  DE  CASTRIES. 

238.  —  lunis,  21  novembre  1780.  —  La  frégate  Le  Montréal  com- 
mandée par  M.  de  la  Porte  d'Yssertieux  \  ainsi  que  deux  corvettes  sous 
ses  ordres  *,  sont  arrivées  à  La  Goulette  le  15  courant,  avec  mission  d>s- 
corter  les  bâtiments  marchands  à  destination  de  Marseille. 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
DU  ROCHER  AU  M'«  DB  CASTRIES. 

239.  —  Tunis,  21  novembre  1780.  —  Le  crédit  de  Sidi  Ismall-Kîaya 
s'était  tellement  accru  depuis  son  retour  par  l'inQuence  de  sa  femme, 
fille  ainée  du  Bey,  que  Sidi  Mustapha-Kho^ja  avait  jugé  prudent  de 
s'éloigner.  Il  avait  sollicité  la  permission  de  faire  le  pèlerinage  de  La 

1.  On  a  vu  plus  haut  que  le  commandant  du  Montréal  était  mort  en  mer  au  mois 
d'août  1780.  Nous  n'avons  pu  retrouver  aucune  trace  de  Tofficier  qui  lui  succéda. 

2.  La  Badine  et  La  Sémillante  y  commandées  par  MM.  Devenet  et  Durant  d*Ubraye, 
lieutenants  de  vaisseau.  — Voy.  sur  la  relâche  de  ces  navires  à  La  Goulette  Tins  truc- 
tion  remise  à  M.  Durand  d'Ubraye,  le  lettre  de  M.  de  la  Porte  d'Yssartieux  au  comte 
de  Sartine,  25  décembre  nSO,  et  la  lettre  de  M.  Durand  d'Ubraye  au  marquis  de 
Castries,  14  mai  1181  {Marine,  B*,  i79,  f.  253  et  490,  f.  25  et  il). 


[1781]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  H5 

Mecque,  mais  un  présent  secret  de  plus  de  100,000  piastres,  que  ce 
dernier  a  fait  à  la  femme  du  Bey,  Ta  rétabli  dans  son  ancienne  faveur, 
et  il  n'est  plus  question  que  de  son  mariage  avec  la  deuxième  fille  du 
Bey,  union  depuis  longtemps  projetée. 

Du  Rocher  attendra  cette  occasion  pour  annoncer  la  renonciation  de 
la  Compagnie  d'Afrique  au  privilège  de  la  pêche  du  corail.  Le  sieur 
Granet  '  sollicite  la  permission  de  traiter  de  cette  pêche  pour  son  propre 
compte. 

{Affaires  étrangères^  €'•*  de  Tunis,) 
DE  SAINT-DIDIER  A  ISBIAIL-RIAYA. 

240.  —  Versaillesy  4  février  178i .  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Son  Excellence  le  Vizir  de  l'Empereur  mon  mattre  a  reçu  et  m'a 
remis  la  lettre  que  vous  lui  aviez  écrite  le  2  septembre  dernier  '.  Vous 
apprécierez  le  plaisir  que  j'ai  d'y  répondre,  si  vous  voulez  bien  vous 
rappeler  les  sentiments  d'estime  et  d'amitié  que  vous  sûtes  m'inspirer 
en  1766,  lorsque,  chargé  des  intérêts  de  l'escadre  de  Sa  Majesté  Impé- 
riale aux  ordres  de  M.  le  Prince  de  Listenois,  j'eus  le  bonheur  de  les 
traiter  directement  avec  vous  '.  C'est  une  époque  qui  me  sera  toujours 
précieuse  et  qui  me  donne  le  plus  grand  empressement  pour  toutes  les 
commissions  qui  peuvent  m'en' retracer  le  souvenir.  Son  Excellence  le 
Vizir  a  appris  avec  la  plus  grande  satisfaction  votre  heureuse  arrivée  à 
Tunis  et  la  nouvelle  marque  de  confiance  que  le  Pacha-Bey  vient  de 
TOUS  donner  en  vous  nommant  son  grand  Douanier.  Elle  ne  doute 
point  que  vous  ne  saisissiez  les  fréquentes  occasions  que  cette  dignité 
vous  offrira  de  témoigner  votre  attachement  à  la  nation  française;  et 
il  a  été  bien  agréable  pour  le  Vizir  de  savoir  de  vous-même  les  heu- 
reuses dispositions  que  vous  vous  proposez  de  faire  éclater  en  faveur 
des  sijgets  de  Sa  Majesté  Impériale  et  en  retour  des  égards  que  vous 
avez  éprouvés  de  leur  part  dans  le  cours  de  vos  voyages. 

Ce  témoignage  favorable  en  général  à  tous  les  officiers  de  l'Empereur 
mon  maître  qui  ont  pu  vous  accueillir  à  votre  passage  dans  leurs 
départements  respectifs  fait  honneur  à  leur  zèle  et  à  leurs  sentiments  ; 
et  la  justice  distinguée  que  vous  rendez  à  M.  le  chevalier  de  Ber- 
thelet  ne  peut  qu'sgouter  à  la  bonne  opinion  que  Sa  Majesté  Impériale 


1.  Honoré  Granet,  agent  de  la  Chambre  de  commerce  et  de  la  Compagnie  d'Afrique 
à  Toulon  depuis  1774.  Ne  pas  le  confondre  avec  Louis  Granet,  chancelier  du  comp- 
toir de  la  Compagnie  à  Bône  en  1790. 

2.  Voy.  p.  111. 

3.  Voy.  tome  II,  p.  634. 


H6  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1781] 

a  conçue  depuis  longtemps  de  la  sagesse  et  de  Tintelligence  de  ce 
Consul. 

Je  suis  très  persuadé,  très  illustre  et  magnifique  Seigneur,  que  les 
mêmes  relations  avantageuses  que  vous  avez  bien  voulu  faire  au  Pacha* 
Bey  contribueront  à  le  convaincre  de  plus  en  plus  de  la  sincérité  qui 
caractérise  notre  nation  et  de  la  sincérité  des  liens  qui  unissent  les 
Français  et  les  Tunisiens.  Je  ne  puis  que  me  référer  avec  confiance  aux 
moyens  que  votre  amitié  vous  suggérera  pour  faire  valoir  aux  yeux  de 
ce  Prince  tout  ce  dont  vous  avez  été  vous-même  le  témoin  et  l'objet.  Je 
me  bornerai  ici  à  vous  rendre  au  nom  du  Vizir  l'expression  de  sa  bien- 
veillance pour  vous  et  de  son  empressement  à  cultiver  celle  de  i^Em- 
pereur  en  faveur  du  Pacha-Bey  de  la  Régence  de  Tunis.  Permettez- 
moi,  très  illustre  et  magnifique  Seigneur,  d'y  joindre  l'assurance  de 
mon  zèle  à  augmenter  en  tout  ce  qui  dépendra  de  moi  les  dispositions 
favorables  du  Vizir,  et  à  vous  témoigner  personnellement  le  sincère  et 
inviolable  attachement  avec  lequel  j'ai  l'honneur  d'être,  etc.  » 

(Affaires  étrangère»,  Levant  et  Barbarie^t  f.  94,) 
LE  M**  DS  CASTRIES   A  DEVOIZE. 

241.  —  Versailles j  4  février  1781 ,  —  On  lui  annonce  sa  nomination 
au  Vice-Consulat  de  Lataquié.  Il  aura  pour  successeur  à  Tunis  le  sieur 
d'Esparron,  actuellement  Vice-Consul  à  Tripoli  de  Barbarie  *. 

{Affaire»  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  84.) 
LE  M**  DE  CASTRIES   A  DU  ROCHER. 

242.  —  Versailles,  1 1  février  1781 .  —  On  a  donné  en  France  à  un 
Maure  tous  les  secours  nécessaires  pour  qu'il  puisse  retourner  dans 
son  pays.  Ce  Maure  est  négociant  à  Tunis,  associé  de  Suleyman-Agba, 
neveu  du  Bey  de  cette  Régence. 

Le  Consul  ne  manquera  pas  de  faire  valoir  aux  yeux  de  ce  dernier 
l'accueil  que  ses  sujets  reçoivent  en  France  en  toutes  occasions. 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  10S.) 
DU  ROCHER  AU  M**  DE  CASTRIES. 

243.  —  Funis,  13  février  1781.  —  Le  mariage  de  Sidi  Mustapha- 
Khodja  avec  la  plus  jeune  fille  du  Bey  a  été  retardé  par  la  répugnance 
de  cette  Princesse  à  accepter  cette  union.  Le  sieur  du  Rocher  a  jugé  à 
propos  d'attendre  la  conclusion  de  ce  mariage  pour  remettre  le  pré- 

1.  Antoine,  (Ils  d'Alexandre  d'Esparron,  lieutenant  général  de  ramirauté  d*Ai* 
gues-Morles.  Vice-Consul  à  Tripoli  de  1777  à  1780,  à  Tunis  de  1781  à  1786,  aux 
Dardanelles  de  1786  à  1793,  juge  de  paix  &  Aigues-Mortes  en  1807.  —  Voy.  sa  cor- 
respondance avec  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille,  S.AA  509-537  de  Tinven- 
taire. 


[1784]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  H7 

sent  que  M.  de  Saint-Didier  a  été  autorisé  à  offrir  en  son  nom  à  ce 
Ministre. 

Le  Bey,  qui  devient  fort  caduc,  rend  encore  la  justice,  mais  quant 
aux  affaires  importantes  du  royaume  il  s'en  rapporte  entièrement  à 
Sidi  Mustapha-Khodja. 

Les  négociants  français  n'ont  qu'à  se  louer  de  Sidi  Ismaïl-Kiaya, 
depuis  qu'il  est  chargé  de  la  douane. 

Sidi  Hamouda-Pacha,  héritier  présomptif  du  trône,  est  âgé  de  vingt- 
deux  ans,  doué  d'un  tempérament  vigoureux  et  d'un  caractère  sérieux. 
Adonné  aux  plaisirs,  il  parait  avoir  un  goût  très  prononcé  pour  le 
faste. 

{Affaires  étrangères,  (?**  de  Tunis.) 
ALI,  BEY  DE  TUNIS,  AU  M^>   DE  CASTRIES. 

244.  —  Twm's,  i6  février  i78i .  —  «  A  l'élite  des  Seigneurs  chré- 
tiens, le  plus  puissant  et  le  plus  vertueux  des  Ministres  qui  professent 
la  religion  du  Messie,  notre  grand  ami  le  marquis  de  Castries,  Vizir  de 
Tauguste  Empereur  de  France —  que  le  Ciel  le  comble  de  ses  faveurs  I  — 
Salut. 

Nous  avons  reçu  avec  la  plus  vive  satisfaction  la  notification  amicale 
que  vous  nous  avez  faite  de  votre  avènement  au  Yizirat.  La  renommée 
nous  avait  déjà  instruit  de  vos  talents,  de  votre  valeur  et  de  vos  vertus, 
et  nous  n'avons  pu  que  nous  féliciter  du  choix  que  Sa  Majesté  Impé> 
riale  a  fait  de  votre  illustre  personne  pour  lui  confier  le  département 
de  la  Marine.  Agréez-en  notre  compliment  très  sincère  et  nos  vœux  les 
plus  empressés  pour  la  gloire  de  votre  ministère.  Nous  voyons,  dans 
les  heureuses  dispositions  que  vous  nous  avez  communiquées,  les  pro- 
nostics les  plus  infaillibles  de  la  félicité  commune  des  Français  et  de 
leurs  amis.  Vous  ne  devez  pas  douter  de  notre  empressement  personnel 
à  coopérer  à  cet  ouvrage  salutaire  et  à  faire  tout  ce  qui  dépendra  de 
nous  pour  resserrer  de  plus  en  plus  les  liens  qui  vous  unissent  à  la 
Régence  de  Tunis.  Soyez  également  persuadé  de  nos  sentiments  d'es- 
time et  d'amitié  pour  vous  et  continuez-nous  votre  correspondance.  » 

[Sceau)  {Affaires  étrangères ^  C*  de  Tunis,) 

245.  —  Versailles^  3  niars  i  78i .  —  Ordonnance  du  Roi  concernant 
les  Consulats,  la  résidence,  le  commerce  et  la  navigation  des  sujets  du 
Roi  dans  les  Ëchelles  du  Levant  et  de  Barbarie  '. 

{Marine,  B\  45S.) 

1.  Cette  ordonnance  est  fort  importante,  et  nous  avons  le  regret  de  ne  pouvoir  la 
reproduire  in  extenso,  en  raison  de  son  développement.  Il  est  indispensable  de  la 


us  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1781] 

246.  —  Versailles^  3  mars  4  7 Si .  —  Ordonnance  du  Roi  pour  réta- 
blissement à  Marseille  d*un  dépôt  des  actes  passés  par  ses  sujets  aui 
Échelles  du  Levant  ou  sur  les  côtes  de  Barbarie. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Bar^rie,  f.  447  r*.) 

247.  —  Versailles,  7  mars  1784 .  —  Circulaire  aux  Consuls  de  Bar- 
barie sur  la  comptabilité  de  leurs  Echelles. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  164.) 
DU  ROCHER   AU  W*  DE  CASTRIES. 

248.  —  TuniSy  5  avril  4  784 ,  —  L'Ordonnance  du  3  mars  1781,  con- 
cernant les  Consulats,  la  résidence,  le  commerce  et  la  navigation  des 
sujets  du  Roi  dans  les  Echelles  du  Levant  et  de  Barbarie,  a  excité  les 
réclamations  les  plus  vives  de  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille 
et  des  négociants  des  Echelles.  Dans  le  nombre  de  ces  représentations, 
deux  méritent  Tattention  la  plus  sérieuse  :  elles  portent  sur  les  cau- 
tionnements imposés  aux  nationaux  et  sur  la  liberté  de  commerce 
accordée  aux  étrangers.  Se  référant  à  TOrdonnance  du  21  octobre  1685, 
elle  exige  des  résidents  une  permission  de  Sa  Majesté,  un  cautionnement 
par-devant  notaire  de  60,000  liv.  pour  Alger,  Constantine,  Smyrne,  etc., 
et  de  30,000  liv.  pour  Tunis  et  moindres  Echelles.  On  voit  dans  uoe 
nouvelle  requête  des  négociants  que  TOrdonnance  du  3  mars  les 
réduira  à  quitter  cette  Echelle  parce  que  cette  Ordonnance,  en  parais- 
sant mettre  les  Juifs  et  les  gens  du  pays  dans  la  même  condition  que 
les  Français,  assure  en  réalité  aux  premiers  la  supériorité,  à  cause  de 
leur  économie. 

{Marine,  B?  44  S.) 
LE  M*''  DE  CASTRIES   A  DU  ROCHKR. 

249.  —  Versailles^  8  avril  4  784 ,  —  Il  devra  faire  exécuter  rOrdon- 
nance  de  1685  qui  oblige  les  capitaines  marchands  à,  remettre  aux 

consulter  pour  tout  ce  qui  concerne  les  devoirs  et  droits  des  Consuls.  Voici  les 
titres  des  chapitres  :  Des  Consuls.  —  Des  Vice-Consuls.  —  Des  élèves  Vice-Consuls. 

—  Uniforme  des  Consuls,  Vice-Consuls  et  élèves  Vice-Consuls.  —  Appointements. 

—  Retraites.  —  Agents  des  Consuls.  —  Secrétaires- interprètes  de  Sa  M^eslé  poor 
les  langues  orientales.  —  Drogmans  employés  en  Levant  et  en  Barbarie.  —  ÉlèTes- 
drogmans.  —  Chanceliers.  —  Dépôts  en  chancellerie.  —  Curés,  chapelains,  mission- 
naires  et  religieux  sous  la  protection  de  la  France.  —  Protection  accordée  sui 
étrangers.  —  Cérémonies  publiques.  —  Résidence  et  commerce  des  Français.  - 
Passeports,  cerliflcats  ou  permissions.  — Résidence  dans  les  Échelles  où  il  n'y  a 
ni  Consul  ni  Vice-Consul.  —  Immeubles.  —  Fermes  du  pays.  —  Bâtimeots  du 
pays.  —  Police  dans  les  Échelles.  —  Assemblées  nationales.  —  Députés  de  la 
nation.  —  Recettes  et  Dépenses  dans  les  Échelles  du  Levant  et  de  Barbarie.  — 
Commerce.  —  Décès  des  Français.  —  Navigation  des  sujets  du  Roi  dans  les  Échelles. 

—  Relâche  des  bâtiments  dans  les  Échelles.  —  Saluts.  —  Précautions  i  prendre 
en  cas  de  peste.  —  Visites.  —  Audiences.  —  Service.  —  Police  sur  les  b&timeots 
marchands  pendant  les  relâches. 


[1784]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  119 

chanceliers  des  Échelles  Tétai  de  leur  chargement  de  sortie  et  à  leur 
payer  10  francs  pour  Tenregistrement  et  Texpédition  du  manifeste  que 
ces  capitaines  sont  tenus  de  rapporter  en  Europe. 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  f.  Hb.) 

250.  —  Marlijy  6  mai  4  784 .  —  Instruction  relative  à  l'Ordonnance 
concernant  les  Consulats,  la  résidence,  le  commerce  et  la  naviga- 
tion des  sujets  du  Roi  dans  les  Échelles  du  Levant  et  de  Barbarie, 
rendue  le  3  mars  1781  *. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  283.) 
LE  M'*  DE    CASTRIES  A  DU  ROCHER. 

251.  —  Marly,  4  8  mai  4  781,  —  Le  sieur  Yenture,  drogman  de 
Tunis,  vient  d'être  nommé  Secrétaire-interprète  du  Roi  pour  les  langues 
orientales;  on  lui  accorde  une  pension  de  500  livres  sur  la  caisse  de 
la  Chambre  de  commerce  de  Marseille  '.  Les  appointements  du  Consul 
général  à  Tunis  seront  portés  de  11  à  12,000  livres. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f  369,) 
DU  ROCHER  AU  M''*  DE  CASTRIES. 

252.  —  Tunis,  28  mai  4  784 .  —  La  frégate  La  Boudeuse,  sous  les 
ordres  de  M.  de  Martinenq  ^,  est  partie  de  Bône  le  12  courant,  escor- 
tant un  convoi  pour  la  France,  composé  de  9  bâtiments.  Un  corsaire 
ennemi  s'est  emparé  de  deux  des  bâtiments  de  ce  convoi. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
TRAITÉ  DE  1781. 

253.  —  Le  Bardo,  24  juin  4  784.  —  «  Traité  pour  le  privilège  de 
la  pèche  du  corail,  conclu  entre  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  et 
Son  Excellence  le  très  illustre  et  très  magnifique  Ali-Pacha,  Bey  de 
Tunis,  par  la  médiation  de  Mustapha-Khodja,  son  iils  bien-aimé. 

I 
La  Compagnie  Royale  d'Afrique  jouira  du  privilège  exclusif  de  la 
pêche  du  corail  dans  toutes  les  mers  du  royaume  de  Tunis,  depuis 
Tabarka  comprise  jusqu'aux  confins  de  Tripoli,  en  payant  annuelle- 
ment à  ce  gouvernement  13,500  piastres  de  Tunis;  elle  ne  sera  tenue 
en  sus  à  aucune  autre  espèce  de  présent  ni  de  donative. 

1.  Yoy.  les  Extraits  des  procès-verbaux  d'assemblées  de  la  nation  française  à  Tunis, 
relalÎTement  aux  ordonnances  du  roi  du  3  mars  1181  (Affaires  françaises,  C^*  de  Tunis), 

2.  Voy.  la  noie  1,  p.  109. 

3.  François-Joseph-Jules  de  Martinenq  de  Gineste,  né  à  Toulon  en  1739,  garde 
de  la  marine  en  1755,  brigadier  en  1757,  enseigne  de  vaisseau  en  1761,  lieutenant 
en  1765,  capitaine  en  1779,  retiré  du  service  en  1786,  avec  le  grade  de  brigadier 
des  armées  navales,  décédé  à  Carthagëne  en  1794.  —  Voy.  la  correspondance  de 
M.  de  Martinenq  avec  le  Consul  du  l^ocher,il9i'il%2  (Affaires étrangères,  C*^  de  Tunis). 


120  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i781J 

II 

La  Compagnie  Royale  d'Afrique  s'engage  à  garder  pendant  six 
années  consécutives  le  privilège  exclusif  de  la  pèche  du  corail,  après 
lequel  terme  elle  sera  la  maîtresse  d'y  renoncer,  si  elle  n'en  retire  pa^ 
les  avantages  qu'elle  se  promet;  et  les  parties  contractantes,  dans  le 
cas  de  cette  résiliation,  n'auront  aucune  espèce  de  dédommagement  à 
se  demander  réciproquement  pour  cause  de  perte  ou  de  profit  relatifs 
à  cette  concession;  et  si  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  est  bien  aise  de 
garder  le  privilège  après  les  susdites  six  années  révolues,  il  sera  fait 
un  nouveau  traité  pour  six  autres  années. 

III 

Et  comme  il  est  nécessaire  pour  l'exploitation  de  la  pèche  du  corail 
que  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  ait  des  établissements  en  deçà  d 
en  delà  du  Cap  Bon,  le  Gouvernement  de  Tunis  lui  permet  d'établir 
des  comptoirs  dans  les  deux  endroits  de  la  côte  qui  lui  paraîtront  les 
plus  commodes,  et  d'y  faire  résider  ses  agents,  en  payant  toutefois  ie 
loyer  des  maisons  et  magasins. 

IV 

Les  agents  de  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  jouiront  dans  les  lieui 
de  leurs  établissements,  avec  toute  la  tranquillité  et  sûreté  qui  leur  est 
nécessaire,  des  mêmes  privilèges  accordés  au  Consul  de  l'Empereur  de 
France  résidant  à  Tunis,  et  ils  pourront  faire  dans  leurs  maisons  l'exer- 
cice libre  de  la  religion  chrétienne,  sans  que  personne  puisse  les 
inquiéter  à  ce  sujet;  mais  il  ne  leur  sera  pas  permis  de  sonner  les  clo- 
ches, ni  de  chanter  de  façon  à  être  entendus  des  passants. 

V 

S'il  arrive  quelque  procès  ou  discussion  entre  un  musulman  et  les 
agents  préposés  par  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  ou  quelques  autres 
personnes  attachées  à  leur  service,  l'affaire  sera,  par  l'entremise  du 
Consul  de  France,  portée  au  tribunal  du  Pacha  de  Tunis,  où  elle  sera 
jugée  définitivement;  et  pour  cet  objet  il  sera  expédié  des  ordres  à 
tous  les  gouverneurs  et  caïds  de  ce  royaume,  afin  qu'ils  n'en  préten- 
dent point  cause  d'ignorance. 

VI 

Le  Gouvernement  de  Tunis  s'oblige  à  accorder  la  plus  ampl^ 
protection  aux  bateaux  et  aux  matelots  destinés  à  la  pêche  du 
corail;  et  dans  le  cas  où  ces  bateaux,  soit  par  le  gros  temps,  soit 
par  un  manque  de  provisions,  seraient  forcés  d'entrer  dans  quelque 
port  de  ce  royaume,  il  leur  sera  accordé  tous  les  secours  dont  ils 


ti781]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  121 

pourront  avoir  besoin,  et  il  ne  leur  sera  demandé  aucun  droit  d'an- 
crage. 

VII 

Il  ne  sera  exigé  aucun  droit  de  douane  pour  les  coraux  qui  seront 
déposés  dans  les  magasins  des  agents  de  la  Compagnie  Royale 
d^Airique,  soit  k  Tentrée,  soit  k  la  sortie;  et  de  même  tous  les  agrès  et 
ustensiles  nécessaires  pour  les  bateaux,  ainsi  que  le  vin  et  autres  pro- 
visions de  bouche,  soit  qu'elles  viennent  de  France,  soit  qu'elles  soient 
achetées  dans  les  marchés  de  ce  royaume,  seront  exemptes  de  tout 
droit  de  douane  et  autres  droits. 

VIII 
Les  bateaux  et  matelots  destinés  à  la  pèche  du  corail  ne  seront 
jamais  détenus  dans  les  ports  pour  raison  d'armement  de  corsaire  ou 
sous  tout  autre  prétexte;  et  si  quelque  corsaire,  soit  en  mer,  soit  dans 
les  ports  de  ce  royaume,  venait  à  occasionner  du  trouble  ou  du  dom- 
mage aux  susdits  bateaux,  il  sera  sévèrement  puni,  eu  égard  aux 
preuves  du  fait;  et  lorsque  les  susdits  bateaux  entreront  dans  quelque 
port  de  ce  royaume,  il  leur  sera  libre  d'acheter  de  leur  argent  les  pro- 
visions qui  leur  seront  nécessaires,  sans  que  personne  ait  à  les 
inquiéter,  ni  sur  ce  sujet,  ni  pour  le  droit  d'ancrage. 

IX 

Si  la  Régence  d'Alger  venait  à  prendre  quelque  ombrage  relative- 
ment à  la  conclusion  du  traité  de  ce  privilège.  Son  Excellence  le  très 
magnifique  Pacha  de  Tunis  s'engage  à  interposer  ses  bons  oilices  pour 
rétablir  la  bonne  harmonie  qui  règne  entre  la  dite  Régence  d'Alger  et 
la  Compagnie  Royale  d'Afrique,  dans  le  cas,  toutefois,  où  elle  voudrait 
accepter  sa  médiation. 

X 

Les  articles  de  ce  présent  traité  pour  le  privilège  exclusif  de  la  pèche 
du  corail  ont  été  accordés  à  la  sollicitation  du  Consul  de  l'Empereur  de 
France  résidant  à  Tunis,  soussigné,  pour  le  bien  et  la  convenance  des 
deux  parties  contractantes,  et  il  a  été  décidé  qu'ils  resteront  en  sus- 
pens jusqu'à  la  réponse  de  la  Compagnie  Royale  d'Afrique;  si  elle  les 
accepte,  toutefois  avec  l'autorisation  du  Roi  de  France,  ils  seront  mis 
en  exécution  selon  leur  forme  et  teneur,  et  la  susdite  Compagnie  sera 
la  maîtresse  de  commencera  l'heure  et  au  moment  qu'elle  voudra;  et 
dans  le  cas  contraire  le  présent  traité  remis  au  Consul  de  France  sera 
considéré  comme  non  avenu.  » 

Du  Rocher. 

(Sceau)  {Agraires  étrangères^  C*»  de  Tunis.) 


122       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS      11781] 

DU  ROCHER  AU  M'"  DB  CASTRIES. 

254.  —  Tunis,  25  juin  17Si ,  —  Il  a  profilé  du  prochain  départ 
de  Sidi  Mustapha-Khodja,  qui  va  faire  un  pèlerinage  à  La  Mecque, 
pour  renouer  la  négociation  relative  au  privilège  de  la  pêche  du  corail 
dans  les  mers  de  Tunis.  Il  a  fait  réduire  la  redevance  annuelle  de 
20,000  piastres,  proposée  à  M.  de  Saizieu  et  à  M.  de  Tott,  au  chiffre 
de  13,500  piastres.  Le  traité  est  entre  ses  mains,  signé  du  Bey  et  de 
son  fils  aine,  sous  la  réserve  de  Tapprobation  du  Ministre  et  de  Tac- 
ceptation  de  la  Compagnie  d'Afrique  ^ 

(Affaires  étrangères^  C"  de  Tunis.) 
LE  M*«  DB  CASTRIBS  A  DU  ROCHER. 

265.  —  Versailles^  29  juillet  i78i.  —  On  a  obtenu  et  on  envoie 
aux  déserteurs  qui  s'étaient  rendus  à  Tunis  leurs  brevets  de  grâce. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  56t.) 
LE  M'*  DB  CASTRIBS  A  DU  ROCHER. 

256.  —  Versailles,  5  août  l7Si .  —  Le  Ministre  le  félicite  du  zèle 
qu'il  a  montré  pour  le  renouvellement  des  propositions  de  la  Compa> 
gnie  d'Afrique  pour  la  pèche  du  corail.  On  s'en  réfère  entièrement  à  ce 
que  la  Compagnie  lui  écrira  à  ce  sujet. 

Instructions  sur  la  conduite  qu'il  aura  à  tenir  en  cas  de  mort  du  Bey 
actuel. 

[Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  574.) 
DU  ROCHER  AU  M'»  DB  CASTRIES. 

257.  —  Tunis,  24  septembre  1781.  —  Le  Bey  de  Tunis  vient 
d'essuyer  une  avanie  de  la  part  de  celui  de  Constantine.  Ce  dernier 
a  envoyé  son  neveu  avec  une  escorte  de  300  ou  400  hommes  pour 
réclamer  les  sujets  algériens  établis  dans  la  Régence  depuis  un  temps 
immémorial,  et  en  outre  le  tribut  qu'ils  auraient  dû  lui  payer  depuis 
leur  émigration,  tribut  évalué  k  40,000  sequîns.  Cette  affaire  a  causé  de 
grands  soucis  au  Bey;  il  ne  lui  en  coûtera  qu'une  somme  d'argent  dont 
on  ignore  le  chiffre  ». 

{Affaires  étrangèt^s,  O*^  de  Tunis.) 
LOUIS  XVI  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

258.—  Versailles,  22  octobre  1781.  —  «  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  80. 

2.  L'affaire  ne  s'arrangea  qu'en  juin  1784,  au  prix  de  25,000  sequins.  Voy  ioal 
ce  qui  s'est  passé  à  ce  sujet  dans  les  Annales  tunisiennes,  ûe  Rousseau,  p.  216. 


[1782]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  123 

L'Être  suprême  a  mis  le  comble  à  mes  souhaits  et  aux  vœux  de  la 
France  par  la  naissance  d'un  Prince  •  dont  la  Reine  ma  très  chère  épouse 
et  compagne  vient  d'être  heureusement  délivrée.  Je  m'empresse  de 
vous  notifier  ce  grand  événement  qui  assure  le  bonheur  de  mes  peuples 
en  perpétuant  la  race  impériale.  Je  compte  trop  sur  vos  sentiments 
pour  ne  pas  être  assuré  que  vous  apprendrez  avec  plaisir  une  nouvelle 
aussi  heureuse  pour  mon  illustre  famille  que  pour  mes  sujets. 

Je  fais  des  vœux  pour  votre  prospérité,  et  je  prie  Dieu,  illustre  et 
magnifique  Seigneur,  qu'il  vous  ait  en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

(Affables  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  /*.  744.) 

INSTRUCTION  DU  BOI  A  DE  HARTINENQ,  COMMANDANT  LA  FRÉGATE 

«  LA  BOUDEUSE  »  *. 

259.  —  Toulon^  18  février  4  782.  —  «  M.  de  Martinenq,  capitaine 
de  vaisseau,  commandant  la  frégate  du  Roi  La  Boudeuse^  mettra 
SOUS  voile  dès  que  le  vent  le  permettra  pour  se  rendre  à  Tunis  où  il 
mouillera. 

Il  se  concertera  avec  le  Consul  de  la  nation  et  les  principaux  négo- 
ciants pour  savoir  le  nombre  de  bâtiments  de  commerce  qui  ont  fini 
leur  chargement  soit  à  Tunis  soit  dans  les  autres  ports  du  dit  royaume, 
et  se  rendra  successivement  dans  les  diflFérents  ports  indiqués  pour  y 
prendre  sous  son  escorte  les  dits  bâtiments  et  les  conduire  à.  Tunis  où 
sera  le  rendez-vous  général. 

Le  convoi  ainsi  rassemblé  à  Tunis,  M.  de  Martinenq  distribuera  à 
chaque  bâtiment  les  ordres  et  signaux  nécessaires  pour  la  sûreté  de  la 
navigation  et  fera  son  retour  à  Marseille  avec  le  dit  convoi...  M.  de 
Martinenq  trouvera  ci-joint  le  mémoire  des  négociants  de  Marseille 
qui  font  le  commerce  de  Tunis  indiquant  les  ports  où  se  trouvent  les 
bâtiments.  » 

(Manne,  B*  203,  f.  iU.) 

260.  —  Versailles^  24  mars  i782.  —  Circulaire  aux  Consuls  du 
Levant  et  de  Barbarie  pour  demander  des  détails  sur  la  navigation  et 
le  commerce  de  France  en  Levant  et  en  Barbarie. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f,  121.) 
DU  ROCHER  AU  M"  DE  CASTRIES. 

261.  —  Tunis,  iô  avril  1782.  —  Mustapha-Khodja  est  arrivé  au 
Caire,  de  retour  de  La  Mecque.  Il  a  envoyé  au  Bey  un  de  ses  officiers 
pour  lui  annoncer  qu'il  pressera  son  retour.  Son  absence  a  prouvé 

1.  Loais-Joseph,  premier  flls  de  Louis  XVI,  qui  mourut  le  4  juin  1789. 

2.  Yoy.  la  note  3,  p.  119. 


124  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i78i] 

combien  il  est  utile  à  ce  gouvernement,  et  son  retour  est  attendu  avec 
impatience.  L*état  de  santé  du  Bey  est  toujours  précaire.  Son  fils  aine 
Hamouda-Pacha,  rais  en  éveil  par  Témotion  qu'a  causée  la  dernière 
maladie  de  ce  Prince,  se  tient  en  mesure  de  maintenir  le  bon  ordre. 

(Affaires  étrangères^  C**  de  Tunis,) 
DU  ROCHER  AU  M^"  DE  CASTRIES. 

262.  —  Tunii^  16  avnl  17  S2,  —  Les  corsaires  algériens  se  rendent 
coupables  de  toutes  sortes  de  vexations  envers  les  bâtiments  mar- 
chands de  toutes  nations  dans  la  rade  de  La  Goulette,  et  le  Bey  n  ose 
interposer  son  autorité  pour  les  faire  cesser. 

Un  capitaine  de  prise  algérienne  s'étant  rendu  à  bord  de  la  frégate 
La  Boudeuse  a  demandé  avec  insolence  qu*on  lui  remit  une  lunette.  Sur 
le  refus  du  commandant,  M.  Martinenq,  il  s'emporta  en  injures  et  en 
menaces,  prétendant  qu'il  s'en  ferait  donner  une  par  force.  Le  Bey,  à 
qui  le  Consul  a  porté  plainte  contre  ce  reïs,  s'est  contenté  de  Tadmo 
nester,  mais  n*a  pas  osé  le  châtier. 

{Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis.) 
DE  MARTINENQ  AU  H'»  DE  CASTRIES. 

263.  —  Toulon^  19  mai  1  782,  —  «  J'ai  l'honneur  de  vous  rendre 
compte  de  mon  arrivée  à  Toulon  depuis  le  16  du  mois  après  avoir 
conduit  à  Marseille  un  convoi  de  20  bâtiments  pris  à.  Tunis  et  d  une 
petite  altercation  que  j'avais  eue  à  bord  avec  un  nommé  Hadji  Maha- 
moud  Calamata,  fugitif  de  la  Régence  de  Tunis  passé  au  service  d'Alger 
comme  capitaine  de  prise.  Ce  dit  capitaine  s'est  transporté  le  6  avril  à 
mon  bord  et  me  demanda  avec  hauteur  et  insolence  une  lunette  sembla- 
ble à  celle  dont  il  tenait  un  tuyau  à  la  main;  lui  ayant  dit  que  je  n'en 
avais  pas,  il  s'emporta  en  termes  indécents...  Je  le  fis  rembarquer 
dans  son  canot  et  il  se  rendit  aussitôt  à  bord  d'un  bâtiment  marchand 
français  et  s'empara  avec  violence  de  la  lunette  du  capitaine... 
J'envoyai  aussitôt  un  de  mes  officiers  avec  ordre  de  la  lui  enlever;  au 
moment  où  il  allait  être  atteint,  il  la  jeta  dans  la  mer...  Les  gens  de 
mon  canot  la  reprirent.  Le  Bey  de  Tunis,  à  qui  j'en  ai  fait  porter  de 
vives  plaintes  par  le  Consul,  s'est  contenté  de  faire  venir  au  Bardo  ce 
Reïs  et  de  lui  tenir  les  propos  les  plus  durs.  Ce  Prince,  qui  respecte 
tout  ce  qui  appartient  à  Alger,  n'a  point  osé  infliger  à  ce  capitaine  de 
prise  la  punition  qu'un  délit  semblable  paraît  exiger.  J'ai  écrit  de  con- 
cert avec  le  Consul  de  Tunis  à  celui  d'Alger  pour  qu'il  en  demande 
satisfaction...  » 

(Marine,  B*  «03,  f.  liO  ©.) 


[1782]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  128 

LE    W*  DE  GASTRIES  A  DU  ROCHER. 

204.  —  VersailleSj  26  mai  i7S2,  —  Un  congé  de  six  mois  est 
accordé  au  Consul  du  Rocher  sur  sa  demande. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  i33,) 
DU  ROCHER  AU  M^'  DE  CASTRIES. 

265.  —  Tunis,  27  mai  i  782.  —  Le  Bey  de  Tunis  est  mort  le  26  cou- 
rant. Cet  événement  n'a  amené  aucun  des  troubles  qu'on  craignait,  et 
Sîdi  Hamouda,  son  fils  aine  et  son  successeur,  est  entré  paisiblement 

en  possession  du  pouvoir  '. 

{Affaires  étrangères ^  C*'*  de  Tunis.) 

DU  ROCHER  AU  M*"  DE  GASTRIES. 

266.  —  Tunis^  20  juin  1782.  —  Mustapha-Khodja,  revenu  de  La 
Mecque  à  Tunis,  a  été  reçu  avec  empressement  par  Hamouda-Pacha  et 
toute  sa  cour.  Il  a  été  rétabli  dans  tous  ses  emplois,  et  il  y  a  lieu  de 
croire  qu'il  jouira  du  même  crédit  sous  ce  règne  que  sous  le  précédent. 

Du  Rocher  est  allé  rendre  visite  à  Mustapha-Khodja,  qui  Ta  très  bien 
accueilli.  Il  se  propose  de  reprendre  avec  ce  Ministre  les  négociations 
relatives  au  privilège  de  la  pèche  du  corail. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  LOUIS  XVI. 

267.  —  Tunis,  7  juillet  i782.  —  «  A  Télu  des  Rois  de  la  nation 
chrétienne,  la  crème  des  meilleurs  souverains  nazaréens,  le  frein  de 
tous  ceux  qui  professent  la  religion  chrétienne,  l'Empereur  de  France, 
dont  les  actes  sont  des  bienfaits  pour  Thumanité,  est  adressé  ce 
message  destiné  à  fortifier  les  liens  de  Tamitié  et  k  consolider  les  bases 
de  la  sincère  entente. 

Le  dimanche  14  du  mois  de  Djemazi-el-akher  1196  (26  mai  1782) 
mon  père  Ali-Pacha,  précédent  Yali  de  FOdjak  de  Tunis  et  le  modèle 
de  la  bonne  voie,  étant  passé,  par  la  grâce  de  Dieu,  dans  le  Paradis 
à  répoque  fixée  par  sa  destinée.  Sa  Majesté  le  Padischah  des  sept  climats 
et  le  souverain  de  la  terre  et  de  la  mer,  —  que  Dieu  éternise  son  Kha- 
lifatl  —  mettant  le  comble  aux  faveurs  dont  il  nous  avait  comblé,  nous 
a  confirmé  dans  les  titres  de  Mirimivan  et  de  Miriliva,  et  nous  nous 
sommes  assis  avec  joie  sur  le  trône. 

Cette  heureuse  nouvelle  ayant  été  notifiée  à  tous  nos  amis,  comme 
vous  êtes  particulièrement  un  grand  ami  pour  nous  et  cette  nouvelle 

i.  Le  Bey  défunt  reçut  de  magnifiques  funéraiUes  et  laissa  d'unanimes  regrets. 
On  a  yu  précédemment  qu*il  avait  eu  la  prudence  de  régler  sa  succession  ;  aussi 
la  transmission  du  pouvoir  s*opéra-trelle  sans  aucune  contestation. 


126  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [178i; 

devant  vous  élre  extrêmement  agréable,  sans  aucun  doute,  nous  voas 
adressons  cette  lettre  de  sincère  amitié. 

A  sa  réception,  après  vous  être  félicité,  comme  vous  savez  bien  qu'il 
n'y  a  pas  d'interruption  dans  notre  ancienne  amitié  et  qu'elle  est  soli* 
deme»!  confirmée  comme  auparavant,  vous  voudrez  bien  à  toujours 
nous  témoigneriMiice  sincère  amitié,  et  notre  amitié  sera  perpétuelle! 

Salut  à  celui  qui  suit  la  we  droite!  » 

{Sceau) 

(A/fwres  étrangères,  C^  de  Tunis.) 
LE  M^*  DE  CASTRIES  A  DU  IWnFT 

268.  —  Versailles,  14  juillet  17  82,  — Le  Consul  éititera  de  faire  des 
présents  au  nouveau  Bey.  On  s'en  rapporte  à  lui  pour  1^  succès  final 
de  Taffaire  du  privilège  de  la  pêche  du  corail  pour  la  Compagnie 
Royale  d'Afrique.  Il  serait  essentiel  pour  elle  de  n'entrer  en  Jotis- 
sance  qu'à  la  paix  parce  qu'elle  pourrait  prendre  alors  avec  plus  de 
sûreté  les  mesures  nécessaires  à  l'exploitation  de  cette  pêche. 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  f.  3i7,) 
LE  M'"  DE  CASTRIES  A  DU  ROGHEB. 

269.  —  Versailles,  26  août  1782.  —  En  attendant  la  réponse  de 
Sa  Majesté  à  la  dépêche  que  le  Bey  lui  a  envoyée  pour  lui  faire  part 
de  son  avènement  \  le  Consul  le  félicitera  au  nom  du  Roi  et  de  son 
Ministre. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  387.) 
DC  ROCHER  AU  M'«  DE  CASTRIES. 

270.  —  T'unis,  15  septembre  1 782.  —  Le  nouveau  Bey  a  soulevé  des 
difficultés  inattendues,  au  sujet  de  la  signature  du  traité  pour  le  privi- 
lège de  la  pêche  du  corail  en  faveur  de  la  Compagnie  d'Afrique.  Da 
Rocher  espère  cependant  les  surmonter,  à  l'aide  des  bons  offices  de 
Mustapha-Khodja. 

{A  ff^aires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 
LE  GH«i'  DE  LIGONDÈS  *  AU  W*  DE  CASTRIES. 

271.  —  Toulon,  26  septembre  1  782.  —  Il  rend  compte  du  voyage 
d'escorte  de  77  navires  de  commerce  dans  les  Échelles  du  Levant  et  de 
Barbarie,  notamment  de  Tunis,  escorte  dont  il  avait  été  chargé  par  le 
chevalier  de  Fabry. 

{Marine,  Jî*  f03,  f.  105.) 

i.  Voyez  p.  125. 

2.  Voy.  pour  cet  officier,  alors  occupé  spécialement  aux  affaires  d'Alger,  Co^rp^ 
pondance  des  Deys  d* Alger  avec  la  Cour  de  France,  t.  Il,  p.  368  et  suiv.  —  Ne  pas  le 
confondre  avec  Gaspard  comte  de  Ligondès,  capitaine  de  vaisseau,  mort  à  Brest 
en  1719  des  suites  de  blessures  reçues  dans  un  combat  contre  une  frégate  anglais 
alors  qu41  commandait  Le  Triton, 


[1782]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  127 

TRAITÉ  DE  1782. 

272.  —  Le Bardo^  Sociobre  i782,  —  «Tfaitépaurleprfvîlège exclusif 
de  la  pèche  du  corail,  conclu  entre  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  et 
Son  Excellence  le  très  illustre   et  très  magnifîque  Hamouda-Pacha, 
Beglierbey  de  TOdjak  de  Tunis,  par  Tentremise  de  Mustapha-Khodja, 
son  fils  bien-aimé. 

I 

Semblable  àFarticle  I  du  traité  de  1781.  Il  contient  en  plus  ce  qui 
suit  : 

Sur  les  13,500  piastres  de  redevenances,  6,750  seront  comptées  six 

mois  après  le  jour  où  commencera  la  pêche,  et  le  restant  à  la  (in  de 

Tannée.  En  conséquence  la  Compagnie  Royale  d'Afrique,  après  avoir 

payé  en  deux  fois,  après  l'expiration  de  chaque  semestre,  la  somme 

ci-dessus  spécifiée  de  13,500  piastres,  monnaie  de  Tunis,  ne  sera  tenue 

en  sus  à  aucune  autre  espèce  de  présent  ni  de  donative,  sous  quelque 

prétexte  que  ce  soit. 

II 

Semblable  à  larticle  II  du  traité  de  1781. 

III 
Semblable  à  l'article  III  du  traité  de  1781. 

IV 
Semblable  à  l'article  IV  du  traité  de  1781. 

V 

Semblable  à  l'article  V  du  traité  de  1781.        - 

VI 
Le  Gouvernement  de  Tunis  s'oblige  à  accorder  la  plus  ample  pro- 
tection aux  bateaux  et  aux  matelots  destinés  à  la  pêche  du  corail  et  à 
empêcher  tout  pêcheur  étranger  de  venir  pêcher  du  corail  dans  les 
mers  concédées  exclusivement  en  vertu  de  ce  traité  à  la  Compagnie 
Royale  d'Afrique  ;  et  dans  le  cas  où  quelque  bateau  appartenant  aux 
sujets  de  ce  royaume  ou  à.  toute  autre  nation  viendrait  à  pêcher  du 
corail  dans  les  susdites  mers,  le  Gouvernement  de  Tunis  s'engage  à 
faire  arrêter  et  à  punir  sévèrement  les  matelots  qui  s'y  trouveront 

embarqués. 

VII 

Semblable  à  l'article  VU  du  traité  de  1781. 

VIII 

Les  bateaux   destinés  à  la  pêche  du  corail  ne  passeront   pas  le 
nombre  de  trente,  et  dans  chaque  bateau  il  ne  pourra  y  avoir  plus  de 


128  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [l"8f 

huit  hommes.  Dans  le  temps  des  armements  des  corsaires,  les  susdits 
bateaux  pécheurs  feront  en  sorte  de  ne  point  entrer  dans  les  ports  de 
Porto-Farina,  de  La  Goulette  et  de  Sfax;  et  s'ils  sont  forcés  d'y  entrer 
pendant  la  clôture  des  susdits  ports,  ils  y  supporteront  la  détention 
comme  les  autres  bâtiments  marchands,  jusqu'à  ce  que  le  Bey  veuille 
bien  leur  donner  la  permission  d'en  sortir;  et  si  quelque  corsaire, 
soit  en  mer,  soit  dans  les  ports  de  ce  royaume,  venait  à  occasionner 
du  trouble  et  du  dommage  aux  susdits  bateaux,  il  sera  sévèremeot 
châtié,  eu  égard  aux  preuves  du  fait;  et  lorsque  les  susdits  bateaux 
entreront  dans  quelque  port  du  royaume,  il  leur  sera  libre  d'acheter 
de  leur  argent  les  provisions  qui  leur  seront  nécessaires,  sans  que  per- 
sonne ait  k  les  inquiéter,  soit  h  ce  sujet,  soit  en  voulant  exiger  d'eux 

le  droit  d'ancrage. 

IX 

Si  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  venait  à  être  inquiétée  et  molestée 
dans  l'exploitation  de  son  privilège,  soit  de  la  part  de  quelque  Puis- 
sance chrétienne,  soit  de  la  part  de  quelque  Puissance  musulmane,  la 
Compagnie  se  trouvera  dégagée  et  le  présent  traité  sera  nul  de  fait, 
jusqu'à  ce  qu'elle  puisse  entrer  dans  la  jouissance  paisible  et  tran- 
quille de  ce  privilège  aux  mêmes  conditions  spécifiées  dans  le  présent 

traité. 

X 

Et  dans  le  cas  qu'il  vint  à  survenir  une  guerre,  —  ce  qu'à  Dieu  ne 

plaise!  —  entre  la  Régence  de  Tunis  et  la  France,  le  Gouvernement 

de  Tunis  promet  et  s'oblige  à  continuer  à  accorder  la  plus  ample 

protection  à  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  et  à  empêcher  qu'il  ne 

soit  fait  le  moindre  tort  et  dommage  soit  à  ses  établissements,  soit  à 

ses  agents,  soit  à  ses  matelots,  soit  enfin  à  tout  ce  qui  pourra  lui 

appartenir. 

XI 

L'époque  fixée  pour  l'exploitation  de  ce  privilège  sera  différée  jus- 
qu'au terme  de  huit  mois  lunaires  à  compter  de  la  date  du  présent 
traité;  mais  à  condition  qu'à  cette  époque  commencera  la  redevance 
fixée  par  le  traité,  soit  que  la  pèche  du  corail  ait  lieu,  soit  qu'elle  soit 

encore  différée. 

XII 

Les  articles  de  ce  présent  traité  pour  le  privilège  exclusif  de  la 

pèche  du  corail  ont  été  négociés  et  arrêtés  par  l'entremise  de  notre 

ami  du  Rocher,  Consul  de  l'Empereur  de   France,  résidant  à  Tunis 

et  suffisamment  muni  de  pouvoirs  à  cet  effet;  et  il  en  a  été  remis  une 

copie  authentique  entre  les  mains  de  la  Compagnie  Royale  d'Afrique, 


[1782J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  129 

pour  qu'il  soit  exécuté  fidèlement  et  ponctuellement  par  les  parties 
contractantes,  selon  sa  forme  et  teneur.  » 

{Sceau  du  Bey)  Du  Rocher. 

(Uoriginal  est  aux  Affaires  élrangèret,  Salle  des  trailés,) 
DU  ROCQER  AU  M>«  DE  GASXRIES. 

273.  —  Tunis^  i  0  octobre  1782,  —  Le  traité  négocié  pour  le  privilège 
de  la  pèche  du  corail  en  faveur  de  la  Compagnie  d'Afrique  est  enfin 
conclu  et  signé,  sous  la  réserve  de  la  ratification  de  la  Compagnie. 

Tous  les  articles  demandés  par  elle  y  ont  été  insérés,  mais  de  son 
côté  le  Bey  a  exigé  quelques  restrictions  à  divers  articles. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DU  ROCHER  AU  M'"  DE  CASTRIES. 

274.  —  Tunis,  28  novembre  1782.  —  La  frégate  du  Roi  La  Pléiade 
est  arrivée  à  La  Goulette  le  7  courant.  Elle  a  été  expédiée  de  Toulon 
pour  donner  avis  de  rentrée  de  Tescadre  anglaise  dans  la  Méditer- 
ranée, et  ordonner  aux  convois  d'attendre  dans  les  ports  de  nouveaux 
ordres.  Empêchée  par  le  mauvais  temps,  elle  n'a  pu  partir  que  le  17. 

La  corvette  La  Sémillante^  sous  les  ordres  de  M.  le  chevalier  d'Arnaud  ' 
est  arrivée  le  même  jour,  17  courant,  envoyée  pour  annoncer  la  sortie 
4le  l'escadre  anglaise  de  la  Méditerranée  et  permettre  aux  convois  de 
partir  pour  la  France. 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis,) 
DU  ROCHER  AU  M'"  DE  CASTRIES. 

275.  —  Ttinw,  22  décembre  i  782,  —  Un  esclave  appartenant  au  Bey 
s'est  évadé  et  réfugié  à  bord  de  la  frégate  La  Flore,  sous  les  ordres  de 
M.  de  Montgrand  *.  Le  Prince  a  fait  arrêter  un  homme  de  l'équipage  et 
ne  l'a  remis  en  liberté  qu'après  de  nombreuses  contestations. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DU  ROCHER  AU  M*'  DE  CASTRIES. 

276.  —  Tunis,  30  décembre  1782,  —  La  frégate  La  Flore,  sous  les 
ordres  de  M.  de  Montgrand,  sur  laquelle  le  sieur  du  Rocher  avait  pris 
passage  pour  rentrer  en  France,  est  partie  le  28  courant  avec  le  convoi 

1.  François-Jean-Baptiste-Sextius  chevalier  d*Arnaucl,  né  à  Aix  en  1140,  garde  de 
la  marine  en  1757,  enseigne  de  vaisseau  en  1765,  lieutenant  en  1777,  chef  de  bri- 
gade des  gardes  de  la  marine  en  1780,  retraité,  par  suite  de  blessures  en  cam- 
pagne, avec  le  grade  de  capitaine  de  vaisseau  en  1785,  décédé  en  1828. 

2.  Jean 'François-Joseph  chevalier  de  Montgrand,  fils  de  Jean*Bapli8te  de  Mont- 
grand, inspecteur  général  des  milices  de  Provence.  11  était  garde  de  la  marine 
en  1754,  enseigne  de  vaisseau  en  1757,  lieutenant  en  1770,  capitaine  en  1779, 
retraité  en  1786,  avec  le  grade  de  chef  de  division  des  armées  navales. 

9 


130  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i783j 

qu'elle  escortait,  et  elle  a  été  obligée  par  le  vent  de  revenir  au  mouillage. 
IsmaKl-Kiaya,  beau-frère  du  Bey  et  son  second  Ministre,  a  pris  la 
fuite  pour  la  seconde  fois.  11  s'est  embarqué  sur  un  petit  bâtiment 
toscan  qui  lui  appartient  et  avec  lequel  il  est  parti  pour  une  destina- 
tion inconnue.  Le  peu  de  cas  que  le  Bey  faisait  de  ses  services,  Téloi- 
gnement  du  Prince  à  lui  donner  sa  jeune  sœur  en  mariage  et  le  crédit 
sans  bornes  dont  jouit  actuellement  Sidi  Mustapha-Khodja,  son  compé- 
titeur, ont  sans  doute  déterminé  ce  Ministre  à  une  seconde  évasion. 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
LE  M*^  DE  CASTRIES  A  DU  ROCHER. 

277.  —  Versailles^  5  janvier  i  783.  —  Approbation  du  traité  qu'il  a 
signé  avec  le  Bey  de  Tunis  pour  la  Compagnie  d'Afrique. 

(A/faires  étrangères.  Levant  et  Barbarie j  1783^  f-  *-) 
LE  ce''  DE  FABRY   <  AU  M'*  DE  CASTRIES. 

278.  —  Toulon^  23  janvier  i  783.  —  Dans  la  relâche  qu'il  a  faite  à 
Tunis,  M.  d'Arnaud,  commandant  la  corvette  La  Sémillante^  a  laissé 
dans  la  rade  M.  de  Montgrand,  commandant  La  Flore,  avec  un  convoi 
de  35  vaisseaux  qu'il  va  accompagner  en  France. 

{Marine,  B'  750,  f.  458.) 
D'ESPARRON  "  AU  M*«  DE  CASTRIES. 

279.  —  Tunis,  2  février  1783.  —  La  fuite  de  Sidi  Ismaïl  na  (ait 
aucune  sensation  au  Bardo  et  n'a  eu  d'autre  effet  que  d'affermir  encore 
le  crédit  de  Sidi  Mustapha.  Cette  fuite  est  une  perte  pour  la  nation,  qui 
n'a  eu  qu'à  se  louer  de  Sidi  IsmaYl  en  sa  qualité  de  grand  Douanier. 
Le  Bey  a  disposé  de  cette  place  en  faveur  de  Sidi  Ben  Ayet,  qui  jouit  de 
la  considération  publique.  Le  sieur  d'Esparron  a  rendu  visite  à  ce  nou- 
veau Douanier,  qu'il  a  trouvé  fort  bien  disposé  pour  la  nation  française. 

[Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 
LE  CH''  DE  FABRY  AU  M*^  DE  CASTRIES. 

280.  —  Toulon,  2ô  mars  1783.  —  M.  de  Montgrand,  commandant 
la  frégate  La  Flore,  est  arrivé  à  Marseille  avec  le  convoi  de  Tunis  et  de> 
Échelles  de  cette  Régence,  composé  d'environ  35  bâtiments.  Le  Consul 
du  Rocher,  venant  en  France  en  vertu  d'un  congé,  était  à  son  bord. 

{Marine,  B»  7S0,  f.  iS8,) 
LE  M**  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

281.  —  Versailles,  6  avril  1783.  —  Le  Ministre  est  satisfait  de  sa 
conduite  depuis  que  M.  du  Rocher  a  quitté  Tunis. 

1.  Voy.  la  note  \,  p.  86. 

2.  Vice-Consnl  gérant  en  l'absence  de  M.  du  Rocher.  Voy.  la  note  1,  p.  116. 


[1783]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  131 

«  J'ai  lu  avec  intérêt  vos  réflexioûs  sur  la  fuite  de  Sidi  Ismaïl  et  sur 
la  consistance  qu'elle  va  donner  au  crédit  de  Sidi  Mustapha.  Vous 
devez  vous  attacher  particulièrement  è,  vous  concilier  Testime  et  Tamitié 
de  ce  dernier.  Je  vois  déjà  Teffet  des  dispositions  que  M.  du  Rocher 
lui  a  inspirées  pour  vous,  et  je  vous  exhorte  à  entretenir  ces  sentiments 
pour  le  plus  grand  profit  des  nationaux  de  votre  Échelle.  » 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  il 83,  /*.  139,) 

■ 

LE  M>*  DE  CASTRIES  A  D*ESPARR0N. 

282.  —  Versailles,  4  mai  i  783.  —  On  lui  recommande  le  Prince  Via- 
semski,  général-major  au  service  de  la  Russie,  qui  doit  faire  cette 
année  un  voyage  à  Tunis. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  4783,  f.  47 î.) 
LE  M'*  DE  CASTRIRS  A  D*£3PARR0N. 

283. —  Versailles,  i  i  mai  1783,  —  Sur  la  notification  qu'il  doit  faire 
auBey  des  préliminaires  de  paix  ^  Il  lui  est  de  nouveau  recommandé  de 
témoigner  à  Sidi  Mustapha,  Ministre  duBey,  les  meilleures  dispositions 
dlntérét  et  d'amitié. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  4783,  f.  486.) 
LE  W""  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

284. —  Versailles,  8  juin  1783.  —  Le  Ministre  lui  recommande 
M.  Desfontaines,  de  l'Académie  des  sciences  ',  qui  va  parcourir  la 
Tuaisie  pour  y  faire  des  recherches  sur  l'histoire  naturelle  et  sur  la 
botanique.  «  Je  vous  saurai  gré  de  l'accueil  que  vous  lui  ferez  person- 
nellement et  de  votre  attention  à  contribuer  autant  que  vous  le 
pourrez  au  succès  de  son  voyage.  » 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  1783,  f,  234,) 
D'ESPARRON  AU  M>"  DE  CASTRIRS. 

285.  —  Tunis,  13  juin  1783,  —  Un  vaisseau  de  guerre  danois  est 
arrivé  le  6  courant  à  La  Goulelte,  porteur  de  présents  pour  le  Bey.  Le 
commandant  n'a  pu  qu'à  grand'peine  faire  accepter  ces  présents,  d'une 
valeur  de  10,000  écus. 

1.  Il  s*agit  des  traités  préliminaires  du  30  novembre  1182  entre  TAngleterre  et 
rAmérique,  et  du  20  janvier  1783  entre  la  France  et  l'Angleterre,  traités  signés  à 
Paris  par  les  soins  de  Vergennes,  et  reconnaissant  l'indépendance  des  États-Unis. 

2.  René  Louiche  Desfonlaines,  professeur  de  botanique  au  Muséum  d'histoire 
naturelle,  fut  envoyé  en  Barbarie  aux  frais  de  l'Académie  des  sciences.  Parti 
pour  Tunis  le  16  août  1183,  il  demeura  deux  ans  et  demi  aux  côtes  d'Afrique,  explora 
les  deux  Régences  de  Tunis  et  d'Alger,  et  revint  à  Paris  dans  les  premiers  mois 
de  1186;  il  publia  ses  observations  en  1198  sous  le  titre  deFiore  atlantique.  —  Voy. 
Voyages  de  Peyssonnel  et  Desfonlaines  dans  les  Régences  de  Tunis  et  d* Alger, 
publiés  pas  Dureau  de  la  Malle,  2  vol.  (Paris,  1838). 


132  GORRESPONDANGB  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1783] 

La  négociation  entamée  par  le  comte  de  Molke  S  pour  obtenir  le 
droit  d*arborer  le  pavillon  du  Roi  de  Danemark  sur  la  maison  codsu- 
laire,  a  été  interrompue  par  suite  de  la  prétention  da  Bey,  qui  a 
demandé  15,000  sequins  en  échange  de  cette  prérogative. 

(Affaires  étrangères,  O**  de  Twm,) 

d'esparron  au  m*'  de  CASTRIES. 

286.  —  Tunis,  /"  juillet  17  83.  —  Le  bruit  court  qu'une  escadre 
espagnole  se  dirige  sur  Alger  avec  ordre  de  détruire  la  ville,  si  le  Dey 
de  cette  Régence  ne  veut  pas  faire  la  paix  avec  la  Cour  de  Madrid  ^ 

Le  Bey  de  Tunis  ne  peut  que  désirer  le  succès  d'une  telle  entreprise, 
qui  le  rendrait  indépendant,  en  réduisant  k  rimpuissance  un  voisin 
dont  il  supporte  journellement  les  vexations. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis) 
DÉLIBÉRATION  DE  LA  NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

287.  —  Tunis,  29  août  i783.  —  La  nation  délibère  de  donner  nn 
adjoint  au  drogman  Baba  Mustapha,  chargé  spécialement  des  procès 
entre  commerçants  et  qui  est  devenu  vieux  et  infirme.  Les  appointe- 
ments de  cet  adjoint  seront,  sous  réserve  de  l'approbation  de  la  Cour, 
de  300  livres,  prises  sur  les  deniers  de  la  Chambre  de  Marseille.  On 
choisira  en  conséquence  un  renégat  intelligent  et  honnête  pour  se 
former  peu  à  peu  sous  la  direction  du  drogman. 

Signé  :  d'Esparron,  d*Audirert-Caille,  Mourié,  Arnaud,  Turc,  Nimjti, 
Barthez,  Bellibr. 

{Archives  de  la  Résidence  française^  Registre  des  délibérations  de  la  nalm, 
fi«  i,  SO,  p.  5j8.) 

D*ESPARRON  AU  M**  DE  CASTRIES. 

288.  —  Tunis,  9  septembre  1783.  —  Il  y  a  environ  deux  ans,  un 
bâtiment  vénitien,  chargé  k  Alexandrie  pour  le  compte  de  marchands 
de  Sfax,  partit  de  la  première  de  ces  villes  au  moment  où  la  peste 
commençait  à  y  sévir.  Pendant  la  traversée,  il  perdit  une  partie  de  son 
équipage  et  des  passagers.  Arrivé  à  Sfax,  on  lui  interdit  rentrée  du 
port,  lui  enjoignant  de  se  rendre  à  Tunis.  Au  lieu  d^obéir  à  cette  injonc- 
tion, le  capitaine  se  rendit  à.  Malte  où,  mis  en  demeure  par  le  conseil  de 
santé  d'avoir  k  quitter  le  port  ou  de  voir  brûler  son  bâtiment,  il  refusa 
de  sortir,  et  le  bâtiment  fut  brûlé.  Les  marchands  de  Sfax  à  quiappa^ 
tenait  le  chargement  portèrent  plainte  k  leur  gouvernement.  Ali-Bey 

1.  Commandant  L*Oldembourg,àt  64  canons. 

2.  Une  escadre  commandée  par  dom  Antonio  Barcelo  vint,  en  effet,  bombarder 
Alger  au  mois  de  juillet  1783,  mais  elle  dut  s^éloigner  après  huit  jours  de  combat^ 
en  raison  des  vents  contraires. 


[1783]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  133 

écrivit  à  la  République  de  Venise,  afin  d'obtenir  un  dédommagement 
pour  ses  sujets,  mais  il  en  reçut  une  réponse  négative.  Hamouda-Pacha- 
Bey,  à  son  avènement,  reprit  cette  affaire,  et  sur  ses  nouvelles  repré- 
sentations la  République  s'est  déterminée  k  envoyer  à  Tunis  le  cheva- 
lier Querini,  commandant  une  petite  escadre  composée  d*un  vaisseau 
et  de  deux  frégates.  Ce  commandant,  arrivé  le  18  août,  avait  pour 
mission  de  complimenter  le  Bey  sur  son  avènement  et  de  l'amener  à  se 
désister  de  sa  demande  en  faveur  des  marchands  de  Sfax.  Les  diffi- 
cultés de  cette  négociation  semblent  s'accroître  au  lieu  de  diminuer.  Le 
sieur  d'Esparron  la  suivra  attentivement  et  en  rendra  compte  ^ 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
D*ESPARR0N  AU  M^*  DE  CASTRIBS. 

289.  —  Ttinîs,  26  septembre  i783.  —  L'escadre  vénitienne  est  partie 
le  ai  courant  pour  Alger,  sans  que  son  commandant  ait  rien  obtenu  du 
Bey  qui  n'a  même  pas  voulu  accepter  les  présents  qui  lui  étaient  des- 
tinés. Ce  Prince  a  chargé  le  chevalier  Querini  d'une  lettre  adressée  au 
Sénat,  et  dans  laquelle  il  demande  pour  les  marchands  de  Sfax  une 
indemnité  de  14,000  sequins,  se  réservant,  si  le  Sénat  ne  lui  donne  pas 
satisfaction  dans  le  délai  de  six  mois,  de  prendre  les  mesures  qu'il 
jugera  convenables  pour  réparer  le  tort  porté  à  ses  sujets. 

(Aff'aires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
LE  M^*  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

290.  —  Fontainebleau,  i  6  novembre  i  783.  —  «  Je  vous  sais  gré  de 
m'avoir  informé  de  l'insuccès  de  la  mission  de  M.  le  chevalier  Querini 
à  Tunis.  Je  compte  sur  votre  exactitude  pour  me  tenir  au  courant  des 
suites  de  la  réclamation  de  ce  Prince  contre  la  République  de  Venise.  » 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  442.) 
D'ESPARRON  AU  M**  DE  CASTRIES. 

291.  —  Tunis,  20  novembi'e  i783.  —  M.  Desfontaines,  membre  de 
l'Académie  des  sciences,  est  arrivé  à  Tunis.  Ce  savant  a  été  présenté  au 
Bey  et  à  Sidi  Mustapha,  qui  l'ont  fort  bien  accueilli  et  ont  promis  de  lui 
faciliter  les  moyens  de  voyager  avec  sécurité.  En  conséquence,  M.  Des- 
fontaines attend  le  départ  du  camp  du  Bey,  qui  aura  lieu  au  mois  de 
décembre  prochain,  en  parcourant  les  environs  de  Tunis,  où  il  a  déjà 
trouvé  quelques  plantes  rares. 

Le  chevalier  Querini  a  mouillé  à  La  Goulette  le  9  courant,  k  son 

1.  Toute  Fhistoire  de  la  rapture  des  rapports  de  la  Régence  de  Tunis  avec  la 
République  de  Venise,  ainsi  que  de  la  guerre  qui  s'ensuivit,  est  relatée  avec  de 
grands  détails,  dus  à  M.  de  Nyesson,  Consul  de  Hollande,  dans  les  Annales  tuni- 
siennes, par  Rousseau,  p.  191  et  suiv. 


134  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [17831 

retour  d'Alger,  et  est  reparti  le  12  sans  avoir  débarqué.  On  assure  qu'il 
n'est  allé  à  Alger  que  pour  solliciter  Tappui  du  Dey  en  faveur  de  la 
République  de  Venise,  dans  la  négociation  entamée  avec  le  Bey  de  Tunis. 

(Affaires  étrangères,  O^  de  Tunis.) 
D*ESPARR0N  AU  M<*  DE  CASTRIES. 

292.  —  Tunis^  28  novembre  i  785,  —  Le  Bey  a  annoncé  qu'il  sorti- 
rait avec  le  camp.  Les  préparatifs  sont  déjà  faits  et  le  départ  est  fixé 
aux  premiers  jours  de  janvier.  Les  Princes  frères  du  Bey  et  ses  cousins 
doivent  raccompagner,  ainsi  que  les  grands  officiers  de  la  Régence.  Il 
est  probable  que  Sidi  Mustapha  restera  à  Tunis,  pour  tenir  les  rênes 
du  gouvernement.  D'Ësparron  croit  qu'il  serait  convenable  d'aller  pen- 
dant le  cours  de  ce  voyage,  avec  les  officiers  du  Consulat,  à  Kairouan  que 
le  Bey  a  choisi  pour  sa  résidence.  Il  demande  les  ordres  du  Ministreàce 
sujet. 

(Affaires  étrangères,  C*^  de  Tunis,) 
D*ESPARR0N  AU  M^*  DE  GASTRIES. 

293.  —  Tunis,  2  décembre  1 785,  — 11  ya  environ  quinze  ans,  AiiBey 
envoya  Hassan-el-Kebir,  avec  des  troupes,  pour  mettre  fin  aux  troubles 
survenus  aux  environs  du  Kef,  forteresse  bâtie  dans  un  déûlé  par  lequel 
la  communication  est  ouverte  entre  Gonstantine  et  Tunis.  Ce  général, 
n'ayant  pu  ramener  les  esprits  par  la  douceur,  attaqua,  vainquit  et 
dépouilla  les  rebelles,  qui,  ne  voyant  de  salut  que  dans  la  fuite,  se  réfu- 
gièrent dans  les  Etats  du  Bey  de  Constantine,  et  se  mirent  sous  la  pro- 
tection de  ce  Prince. 

Aujourd'hui  le  Bey  de  Constantine  envoie  une  ambassade  par  laquelle 
il  réclame  les  biens-fonds,  meubles  et  immeubles,  que  ces  Arabes 
possédaient  dans  le  Royaume  de  Tunis  avant  leur  migration.  Il  évalue 
ces  biens  à  40,000  sequins  que  ses  ambassadeurs  ont  ordre  de  lui  rap- 
porter. Le  Bey  a  éludé  cette  demande,  aussi  injuste  que  tardive,  et  si  le 
Dey  d'Alger  n'interpose  sa  médiation  dans  cette  circonstance,  comme  il 
en  a  été  prié  par  le  Bey  de  Tunis,  on  croit  inévitable  une  rupture  avee 
le  Bey  de  Constantine  '. 

(Affaires  étrangères,  (7*'  de  Tunis,} 
DÉLIBÉRATION  DE  LA  NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

294.  —  Tunis,  iO  décembre  i785,  —  La  nation  a  unanimemenl 
délibéré  de  prendre  une  somme  de  600  piastres,  sur  les  fonds  destinés 
aux  dépenses  dénommées  extraordinaires,  pour  l'employer  à  l'achat 
de  quelques  armes  et  rafraîchissements  qui  seront  offerts  au  Pacha- 

1.  Voy.  sur  ce  sujet  Annales  tunisiennes,  par  Rousseau,  p.  216. 


[1784J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  135 

Bey  et  à  ses  frères  et  cousins,  au  moment  de  leur  départ  pour  le  Djebel- 
el-Djerid.  Pierre  Mourié,  premier  député,  devra  se  procurer  pour  cette 
somme  les  objets  qu*il  jugera  les  plus  propres  à  être  agréés. 

Signé  :  Turc,  Mourié,  dTsparron,  Barthez,  Bellier,  Minuti,  d'Audi- 
bert-Caille,  Arnaud,  Venture,  chancelier. 

{Archives  de  la  Résidence  française.  Registre  des  délibérations  de  la  nation, 
n^2,8i,p.  S4,) 

LE  M»  DE  CASTRIES  A  D'eSPARRON. 

295.  —  Versailles^  21  décembre  i783,  —  On  lui  envoie  une  note 
détaillée  sur  la  mort  tragique  d'un  esclave  de  Tunis  appelé  Jean  Ghiesa 
et  surnommé  Dgiafifec  depuis  son  apostasie.  Prière  de  rechercher  son 
extrait  mortuaire  ou  de  recueillir  des  renseignements  oraux  sur  ce  fait. 
On  le  remboursera  des  frais  que  ces  démarches  lui  occasionneront. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  497.) 
D*£SPARR0N  au  H"  DE  CASTRIBS. 

296.  —  Tunis,  30  décembre  1783,  —  Un  corsaire  tunisien,  s'étant 
eaiparé  d'un  bâtiment  et  de  quatre  matelots  français,  est  venu  mouiller 
à  La  Goulette  après  avoir  été  séparé  de  sa  prise  par  un  coup  de  vent. 
Sur  la  plainte  adressée  au  Bey  par  le  sieur  d'Esparron,  le  reïs  a  été  mis 
aux  fers,  en  attendant  qu'on  ait  des  renseignements  exacts  au  sujet  de 
la  prise  et  de  sa  cargaison. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

297.  —  Versailles,  i"  février  1784,  —  Circulaire  aux  Consuls  du 
Levant  et  de  Barbarie,  au  sujet  de  Tapplication  de  Tart.  128  du  titre  I" 
de  rOrdonnance  du  3  mars  1781,  relatif  aux  dépôts,  à  Marseille,  d'actes 
passés  par  des  Français  dans  les  Ëchelles. 

{Affaires  étiHinghres,  Levant  et  Barbane,  f.  36.) 
LE  M>*  DE  CASTRIES  A  D*ESPARRON. 

298.  —  Versailles^  1 5  février  1 7  84.  —  On  loue  la  fermeté  avec 
laquelle  il  a  insisté  auprès  du  Bey  sur  la  punition  du  reïs  qui  avait 
enlevé  une  tartane  française  et  emmené  à  Tunis  quatre  matelots  fran- 
çais qui  faisaient  partie  de  son  équipage.  Il  exigera  la  restitution  des 
effets  et  le  payement  de  dommages-intérêts. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f,  47.) 
D*ESPARRON  AU  M^'  DE  CASTRIES. 

299.  —  Tunis,  23  février  1784.—  Le  Bey  est  parti  le  22  décembre, 
à  la  tète  d'un  camp  considérable,  autant  pour  en  imposer  au  Bey  de 
Constantine  qui  lui  avait  fait  demander  la  somme  de  40,000  sequins, 


136  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1784] 

que  pour  lever  lui-même  le  tribut  du  Djerid.  Ses  frères  et  ses  cousins 
Tout  accompagné.  La  nation  française,  en  témoignage  de    reconnais- 
sance, a  délibéré  d*offrir  un  présent  au  Bey.  Sidi  Mustapha  est  resté  à 
Tunis,  où  il  est  chargé  de  l'administration  du  Royaume. 
Le  Consul  de  Hollande  à  Tunis  *  est  chargé  des  affaires  de  TËmpire. 

(Affaires  étrangères^  C^*  de  TumsJ) 

d'espahron  au  m**  de  gastries. 

300.  —  7 unis,  8  mars  1784.  —  Le  rets  d*un  corsaire  tunisien  avao( 
maltraité  et  frappé  le  capitaine  d'un  bâtiment  français,  Sidi  Mustapha, 
sur  les  plaintes  du  Vice-Consul  d'Esparron,  a  fait  arrêter  le  reïs  et  l'a 
jeté  en  prison. 

(Affaires  étrangères,  C  de  Tunis,) 

mustapha-kbodja  au  m^  de  castries. 

301.  —  Tunis^  8  mars  1784.  —  «  Nous  vous  représentons  amicale- 
ment que,  fidèles  aux  sentiments  d'estime  et  d'amitié  qui  unissent  les 
deux  Cours  de  France  et  de  Tunis,  nous  ne  sommes  occupés  qu'à  en 
resserrer  les  nœuds.  Vos  sujets,  soit  dans  nos  États,  soit  à  la  mer,  jouis- 
sent de  la  plus  grande  sécurité  ;  nous  les  traitons  avec  plus  d*égards  et 
d*amitié  que  les  sujets  des  autres  Puissances  chrétiennes  nos  amies: 
c'est  une  vérité  connue. 

Votre  Vice-Consul  résidant  auprès  de  nous  s'est  présenté  en  der- 
nier lieu  à  notre  audience  et,  nous  ayant  fait  part  de  ce  qui  s'était 
passé  entre  notre  reYs  Suleyman  et  un  de  vos  capitaines  dans  le  port  de 
Bône,  nous  avons  fait  comparaître  aussitôt  le  dit  Suleyman  et  quelques- 
uns  des  gens  de  son  équipage,  que  nous  avons  interrogés  sur  le  fait 
dont  il  était  question.  Voici  leur  réponse  : 

—  Forcés  par  la  tempête,  nous  sommes  entrés  à  Bône;  la  mer  était  si 
haute  et  si  houleuse  que  nous  eûmes  une  peine  infinie  pour  gagner 
ce  mouillage.  Nous  y  arrivâmes  enfin,  après  avoir  perdu  notre  cha- 
loupe ;  nous  fîmes  signal  de  détresse,  suivant  l'usage  pratiqué  à  la 
mer.  Un  capitaine  français  vint  à  bord,  et  dit  qu'il  nous  avait  pris 
pour  des  Algériens  et  que  c'était  pour  cela  qu'il  était  venu,  ce  qu'il 
n'aurait  pas  fait,  s'il  nous  avait  reconnus  pour  des  Tunisiens.  Ce  pro- 
pos, entendu  par  l'équipage  du  corsaire,  y  jeta  le  plus  grand  mécon- 
tentement; ils  se  soulevèrent  tous  contre  nous  et  nous  témoigoèreot 
leur  indignation,  au  point  que,  pour  l'apaiser  et  éviter  des  suites 
encore  plus  fâcheuses,  nous  fûmes  obligés  de  battre  de  la  main  le  capi- 
taine français.  — 

1.  M.  de  Nyesseo. 


[1784]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  437 

Telles  sont  les  circoDstances  véritables  de  ce  fait.  Il  est  bon  que  vous 
sachiez  aussi  qu'il  y  avait  un  autre  corsaire  de  notre  Régence  mouillé 
dans  la  même  rade  de  Bône,  et  que  la  lenteur  affectée  de  votre  capitaine 
h  le  secourir  a  mis  dans  le  cas  de  naufrager. 

Malgré  tous  ces  torts  réels  de  votre  navigateur,  pour  vous  satisfaire 
nous  avons  démonté  le  reïs  Suleyman  et  nous  Tavons  vivement  répri- 
mandé. Nous  avons  également  fait  chercher  partout  le  Ghaouch 
embarqué  sur  un  petit  navire  ancré  à  Bône,  pour  lui  infliger  une  puni- 
tion ;  mais  il  nous  a  été  impossible  de  le  trouver.  Cet  officier  avec 
20  hommes  de  son  équipage  s'est  enfui  à  Bône  même,  où  ils  sont  res- 
tés ;  la  cause  de  leur  fuite  et  de  la  perte  que  notre  Régence  fait  de  ces 
matelots  est  toujours  le  mauvais  propos  que  votre  capitaine  s'était  per- 
mis de  tenir. 

Soyez  assuré  que,  lorsque  vos  navires  rencontrent  en  mer  les  cor- 
saires de  Tunis,  vos  capitaines  n'observent  point  vis-à-vis  des  nôtres 
les  égards  consacrés  par  l'usage  et  n'ont  pour  eux  aucun  procédé,  ne 
songeant  qu'à  faire  à  leur  arrivée  dans  vos  ports  des  rapports  impos- 
teurs. 

Il  en  est  de  même,  lorsque  nos  corsaires  abordent  en  Corse  ;  on  ne 
cesse  de  vous  en  porter  des  plaintes  sans  fondement;  et,  comme  ils 
n'ont  personne  de  leur  nation  qui  puisse  témoigner  en  leur  faveur, 
vous  écoutez  les  relations  de  vos  officiers,  qui  parlent  sans  contradic- 
teurs. Mais  observez  que,  si  nos  corsaires  ne  vont  pas  mouiller  dans 
vos  ports,  lorsqu'ils  sont  battus  par  la  tempête,  ils  ne  peuvent  prendre 
asile  nulle  part  ailleurs;  toutes  les  côtes  de  cette  partie  sont  habitées 
par  nos  ennemis. 

Au  surplus,  nous  ne  vous  avons  donné  ces  explications  amicales  que 
pour  raffermir  de  plus  en  plus  les  fondements  de  notre  amitié,  et  pour 
assurer  par  des  procédés  réciproques  les  accroissements  dont  ce  senti- 
ment est  susceptible....  » 

(Sceau)  [Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 

LE  M**  DE  CASTRIES  A  D*ESPABRON. 

302.  —  Versailles^  14  mars  i7  84.  —  On  lui  envoie  l'état  des  dépenses 
occasionnées  par  la  relâche  forcée  de  plusieurs  Tunisiens  en  Corse,  et 
on  le  charge  d'en  demander  instamment  le  remboursement  auBey. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  84.) 
LE  M»  DE  CASTRIES  A  D*ESPARRON. 

303.  —  Versailles,  2S  mars  1784.  —  Le  capitaine  Franc  et  son 
second  ont   essuyé  dans  la  rade  de  Bône  les   plus  mauvais  traite- 


138  CORRESPONDANCE  DBS  BBYS  ET  DBS  CONSULS  11784] 

ments  de  la  part  d*un  corsaire  de  Tunis.  D'Esparron  mettra  tout  en 
œuvre  pour  obtenir  le  châtiment  de  ce  corsaire. 

(Affaire»  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f.  103.) 
D*ESPARRON  AU  M"  DE  CASTRIKS. 

304.  —  TuriM,  10  avril  1784.  —  Le  Bey  est  de  retour  depuis  le  7  c«>u- 
rantavec  le  camp  quUl  commandait.  Ce  Prince  a  parcouru  pendant  soq 
expédition  dans  ses  Ëlats  un  espace  d^environ  trois  cents  lieues,  ce  que 
n'avait  fait  aucun  de  ses  prédécesseurs.  A  son  passage  au  Kef,  le  Bey 
de  Gonstantine  lui  a  envoyé  des  ambassadeurs  pour  le  complimealer  el 
lui  faire  un  présent  de  chevaux.  On  ne  sait  pas  quelle  somme  le  Bey  a 
recueillie  pendant  son  voyage,  mais  on  la  croit  considérable. 

M.  Desfontaines,  membre  de  TAcadémie  des  sciences,  qui  était  parti 
avec  le  camp,  est  aussi  de  retour.  Il  se  loue  beaucoup  des  égard5 
qu'on  a  eus  pour  lui,  et  assure  avoir  une  collection  d'au  moins  deux 
cents  plantes  rares  et  curieuses  et  quinze  oiseaux,  qui  ne  sont  pas 
connus. 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
LE  M*'  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

305.  —  Versailles^  30  mai  1784.  —  «  Je  suis  bien  éloigné  deioir 
les  choses  du  même  œil  que  Sidi  Mustapha,  au  sujet  des  débarquements 
furtifs  des  corsaires  tunisiens  dans  les  rades  écartées  de  la  Ck)rse,  et  de 
Tacte  de  violence  exercé  en  dernier  lieu  dans  le  port  de  Bône  par  un 
reYs  tunisien  sur  la  personne  du  sieur  Ducroy,  capitaine  en  secood 
de  la  tartane  La  Nayade.  Le  reïs  et  son  second  doivent  être  châtiés 
sévèrement.  Quant  à  l'apparition  continuelle  des  corsaires  tuDisiens 
sur  la  Corse,  Sa  Majesté  ne  souffrira  pas  plus  longtemps  leur  témérité. 
Seuls  parmi  les  Barbaresques  ils  semblent  avoir  choisi  ce  point  de  la 
Méditerranée  pour  faire  leur  course.  La  santé  publique  peut  en  être 
compromise...  » 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  /*.  2S3.) 
D*£SPARR0N  AU  M'*  DE  CASTRIKS. 

306.  —  Tunis,  1^^  juin  1784,  —  On  annonce  la  prochaine  arrivée  à 
Tunis  d'une  forte  escadre  vénitienne  sous  les  ordres  du  chevalier 
Angelo  Emo,  mais  on  ignore  si  cet  amiral  aura  pour  mission  d'engager 
immédiatement  des  hostilités  ou  de  proposer  au  préalable  un  accommo- 
dement. Le  gouvernement  s'est  mis  en  état  de  défense. 

11  est  peu  probable  que  les  Vénitiens  troublent  notre  navigation  ea 
arrêtant  les  bâtiments  français  chargés  pour  le  compte  des  Tunisiens, 
sauf  dans  le  cas  où  ils  seraient  porteurs  de  munitions  de  guerre;  mais 


[1784]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  439 

dans  le  doute  il  serait  utile  de  prévenir  un  pareil  cas  avant  le  départ  de 
Venise  du  chevalier  Angelo  Emo  *. 

{Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis,) 

d'esparron  au  w*  de  CASTRIBS. 

307.  —  lunis^  i"juin  1784,  —  Les  capitaines  des  bâtiments  mar- 
chands se  plaignent  de  Tinsuffisance  du  fret  réglé  d'après  le  tarif  de 
la  Chambre  de  commerce  de  Marseille,  insuffisance  qui  provient  de 
l'évaluation  exagérée  de  la  piastre.  Ce  tarif  la  porte  à  3  livres  io  sols, 
et  dans  les  années  de  récolte  abondante  elle  ne  vaut  pas  plus  de 
33  sols. 

{Affaires  étrangères^  f?'*  de  Tunis.) 

d'esparron  au  m»  de  castries. 

308.  —  Tunisy  4  juin  i  784.  —  Un  bâtiment  français,  frété  par  le 
gouvernement  de  Tunis  pour  porter  les  présents  que  le  Bey  fait 
annuellement  au  Dey  d*Alger,  est  parti  de  La  Goulette  le  16  mai,  ayant 
à  bord  un  officier  du  Bey  ainsi  que  sa  suite;  il  a  été  pris  par  les  Espa- 
gnols sur  les  atterrages  d'Alger.  Le  Bey  prie  la  Cour  de  France 
de  réclamer  les  marchandises  et  effets  embarqués  sous  notre  pavillon 
et  surtout  la  mise  en  liberté  de  Tofflcier  et  de  ses  gens. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
D*BSPARRON  AU  M'«  DE  CASTRIES. 

309.  —  Tunis ^  4  juin  i  784.  —  La  Hollande  et  les  autres  Puissances 
du  Nord  étant  obligées,  aux  termes  de  leurs  traités  respectifs,  à.  faire 
un  présent  aux  Beys  à  leur  avènement,  le  Prince  avait  demandé  que 
celui  de  la  Hollande  se  composât  de  munitions  de  guerre.  Ce  présent 
consistant  en  bijoux,  drap  d'or,  etc.,  le  Bey  a  refusé  de  le  recevoir.  La 
Suède  et  le  Danemark  ont  envoyé  les  leurs  *. 

Le  Bey  s'étonne  que  la  lettre  par  laquelle  il  notifiait  au  Roi  son  avè- 
nement soit  restée  sans  réponse  '. 

[Affaires  étrangères ^  6*"*  de  Tunis.) 
DÉLIBÉRATION  DE  LA  NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

310.  —  Tunis,  2i  juin  1784.  —  La  nation  autorise  le  sieur  d'Audi- 
bert-Caille,  premier  député  en  exercice,  à  prélever  la  somme  nécessaire 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  133. 

2.  Les  présents  suédois  consistaient  en  12  canons  de  24  livres  de  balles,  50  rou- 
leaux de  cordage,  4  câbles,  17  pièces  de  toile  à  voile,  1,200  boulets,  51  barils  de 
poudre,  3  mâts,  360  vergues,  3,600  planche?,  et  plusieurs  caisses  contenant  des 
étoffes  et  des  bijoux  de  prix.  Quant  aux  présents  danois,  voy.  lalettredu  1«'  août  1784. 
{Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 

3.  Voy.  p.  125. 


140  CORRESPONDANCE  DES  DEYS  ET  DES  CONSULS  TiK 

à  la  réparation  de  la  chapelle  du  Consulat,  évaluée  de  400  à  300  pias- 
tres, sur  les  deniers  Gxés  par  la  Cour  pour  les  dépenses  extraordi- 
naires. Si  cependant  quelque  besoin  impérieux  exigeait  le  remboar- 
sement  de  cette  somme,  la  nation  aurait  recours  à  la  Chambre  de 
commerce  de  Marseille. 

Signé  :  Barthez,  Minuti,  d'Esparron,  d^Audibert-Gaille,  Turc,  M ocbie, 
Arnaud,  Beluer,  Venture,  chancelier. 

(Archives  de  la  Résidence  française,  Rég.  des  Délia,  de  la  Sation^  n.  f,  33,  p.  5L, 

d'esparron  au  m^*  de  CASTRIES. 

311.  —  Tunis j  iO  juillet  17  84.  —  Hamouda-Bey  vient  de  manifester 
sa  haine  du  nom  chrétien,  en  condamnant  à  mort  un  capitaine  ra^sa» 
qu'on  avait  trouvé  aVec  une  femme  mauresque  dans  une  maison  juive. 
Ce  jugement,  sans  exemple  à  Tunis,  y  a  jeté  Tépouvante  et  la  conster- 
nation. Tout  a  été  mis  en  œuvre,  mais  inutilement,  pour  fléchir  le  Bey. 
Le  capitaine  ragusais  a  été  décapité,  la  femme  mauresque  liée  dans 
un  sac,  puis  jetée  à.  la  mer,  et  le  Juif  chez  lequel  on  les  a  arrêtés  a  élé 
brûlé  vif  '. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tuhis.) 

d'ksparron  au  m<"  de  GASTBIBS. 

312.  —  Tunis^  15  juillet  1  784,  —  Au  commencement  du  mois  de 
juin  dernier  s'est  déclarée  à  Tunis  une  maladie  violente  qui,  sans  être 
contagieuse  ni  meurtrière,  présentait  néanmoins  tous  les  symptômes 
de  la  peste  '.  M.  Desfontaines,  docteur  régent  de  la  Faculté  de  médecine 
de  Paris  ',  qui  a  voulu  voir  lui-même  plusieurs  malades,  persiste  à  croire 
à  la  peste,  et  on  craint  qu'à  l'automne  elle  ne  fasse  d'autant  plus  de 
ravages  que  depuis  soixante  ans  ce  Ûéau  ne  s'est  pas  fait  sentir  à  Tunis. 

(Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis.) 
LOUIS  XVI  A  ALI,  BBY  DE  TUNIS. 

318.—  Versailles,  18  juillet  1784.  —  «  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Le  sieur  du  Rocher,  notre  Consul  auprès  de  vous,  nous  a  remis  dans 
le  temps  la  lettre  que  vous  nous  avez  écrite  *  pour  nous  notifier  la  mort 
de  l'illustre  et  magnifique  Seigneur  Ali-Pacha,  votre  père,  et  pour  nous 
annoncer  votre  glorieux  avènement  à  la  Principauté  de  la  Régence  et 
du  Royaume  de  Tunis. 

1.  Gd  fait  est  relaté  avec  détails  dans  l'ouvrage  de  Desfontaines,  cité  plusbauU 

2.  Yoy.  la  note  i,  p.  142. 

3.  Yoy.  la  note  2,  p.  131. 

4.  Voy.  p.  125. 


11784]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  141 

Après  avoir  donné  à  la  mémoire  qui  nous  sera  toujours  chère  de 
notre  grand  ami  et  allié  Ali-Pacha  tous  les  regrets  que  sa  fidélité  aux 
traités,  son  attachement  à  notre  personne,  sa  prédilection  pour  nos 
peuples  et  ses  qualités  personnelles  nous  ont  inspirés,  nous  vous  fai- 
sons nos  congratulations  les  plus  sincères  sur  Theureuse  et  paisible 
possession  où  vous  êtes  de  vos  Etats  héréditaires  et  du  Gouvernement 
de  la  Régence  de  Tunis. 

Nous  sommes  persuadé  qu*à  l'imitation  de  votre  illustre  père,  vous 
n'aurez  rien  plus  à  cœur  que  de  maintenir  l'harmonie  et  la  bonne 
intelligence  qui  subsistent  depuis  si  longtemps  entre  nos  sujets  res- 
pectifs. 

L'assurance  que  vous  nous  en  donnez  vous-même  et  qui  nous  a  été 
souvent  confirmée  par  le  sieur  du  Rocher  nous  a  été  très  agréable,  et 
nous  nous  empressons  de  vous  assurer  à  notre  tour  de  notre  bienveil- 
lance particulière,  de  notre  considération  pour  vous  et  de  nos  dispo- 
sitions à  vous  donner  en  toute  occasion  des  preuves  de  ces  sentiments. 

Nous  prions  Dieu  qu'il  vous  ait,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  dans 
sa  sainte  et  digne  garde.  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  f,  S92.) 

D'fiSPARRON  AU  M^"  DE  CASTRIBS. 

314.  —  Tunis,  /®'  août  1784,  —  Le  Bey  a  accordé  au  Consul  de 
Danemark  la  permission  d'arborer  le  pavillon  du  Roi  son  maître  sur 
sa  maison  consulaire.  Ce  privilège  a  été  concédé  à  la  suite  de  nouveaux 
présents  faits  par  la  Cour  de  Copenhague,  équivalant  à  peu  près  à 
ceux  faits  par  cette  Puissance  à  l'avènement  de  ce  Prince,  et  qui  consis- 
tent en  50,000  boulets  de  deux  livres  de  balle,  600  barils  de  poudre, 
bijoux  et  étoffes,  le  tout  évalué  à  25,000  livres. 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
LE  M^"  DE  CASTRIES  A  DU  ROCOER. 

315.  —  Versailles j  29  août  1784,  —  On  le  prie  d'appuyer  de  tout 
son  pouvoir  les  démarches  que  fait  M.  d'Esparron  auprès  de  Sidi  Mus- 
tapha pour  obtenir  la  remise  de  deux  négociants  maltais. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  S89,) 
D'ESPARRON  AU  M'>  DE  CASTRIES. 

316.  —  Tunis,  30  août  i  1 84.  —  Le  mariage  du  Bey  avec  la  fille  de 
Sidi  Mehemed-el-Boardi  a  eu  lieu  aux  fôles  du  dernier  Beyram. 
Celui  de  Sidi  Mustapha  avec  la  sœur  puînée  du  Bey  parait  être  aujour- 
d'hui abandonné. 

La  maladie  épidémique  qui  règne  à  Tunis  conserve  la  même  inten- 


142       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     1784; 

site.  Elle  fait  des  ravages  considérables  dans  Tintérieur  du  Royaume 
et  principalement  au  Kef,  où  elle  a  déjà  emporté  le  tiers  des  habitaols. 
On  ne  sait  quel  nom  donner  à  cette  maladie  qui,  sans  être  contagieuse 
ni  mortelle,  aiffecte  tous  les  symptômes  de  la  peste  *. 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
D'ESPAIIMMI  au  M'*  DB  CASTRIES. 

317.  —  Tunis,  /•'  septembre  /784.  —  L^escadre  vénitienne,  com- 
posée de  trois  vaisseaux  de  ligne,  une  frégate,  deux  chebecks,  deui 
bombardes  et  une  galiote  sous  les  ordres  du  ckevalier  Emo,  vient  d'ar- 
river en  vue  de  La  Goulette.  Le  Vice-Consul  rendra  «ompie  exactemefif 
de  ses  opérations  et  des  incidents  qui  pourront  survenir. 

(Affaires  étrangères,  C^  de  TwêU4 
D^ESPARRON  AU  M"  DB  CASTRIES. 

318.  —  Tunis,  20  septembre  1  784.  —  Le  Bey  avait  souvent  parié  an 
Vice-Consul  des  globes  aérostatiques  dont  parlent  les  gazettes  euro- 
péennes, témoignant  le  désir  d'en  avoir  un.  Il  ne  semblait  guère  pos- 
sible de  satisfaire  la  curiosité  de  ce  Prince,  lorsque  le  basard  amena 
à  Tunis  deux  capitaines  qui  en  avaient  lancé  plusieurs  en  France.  Sur 
la  prière  du  sieur  d'Esparron,  ils  en  construisirent  un  en  papier  auquel 
on  donna  40  pieds  de  circonférence  sur  !24  de  hauteur  et  qui  fui  prêt 
en  douze  jours.  Lorsqu'il  fut  terminé,  le  Vice-Consul  alla  demander  ao 
Bey  la  permission  de  le  lancer  en  sa  présence.  Ce  Prince  répondit quO 
le  verrait  avec  beaucoup  de  plaisir  et  fixa  le  spectacle  au  lendemain 
matin.  La  surprise  et  la  satisfaction  du  Bey  furent  extrêmes  lorsqu'il 
vit  ce  globe  s'élever  peu  à  peu  et  se  perdre  dans  les  nuages.  II  le  suivit 
longtemps  des  yeux,  remercia  le  sieur  d'Esparron  dans  les  termes  les 
plus  obligeants,  après  quoi  il  fit  appeler  les  capitaines  qui  avaieDl 
construit  le  ballon  et  accorda  à  chacun  d'eux  la  sortie  de  50  kaffîs 
de  blé,  ce  qui  leur  a  valu  âOO  sequins  ou  environ  1,400  livres. 

(Affaires  étrangères,  €'■'  de  Tunis.) 
LE  M^<>  DE  CASTRIES  A  D*ESPARRON. 

319.  —  Versailles,  26  septembre  H  84.  —  «  Il  a  paru  sur  les  côtes  de 
Tunis  une  flottille  de  trois  cents  bateaux  napolitains  et  siciliens,  pour  y 

1.  Il  existe  un  Journal  historique  des  pestes  qui  ont  sévi  à  Tunis,  par  M.  Vicheral. 
prêtre  de  la  Mission.  Ce  manuscrit  inédit  nous  a  été  gracieusement  communique 
et  nous  a  paru  fort  intéressant  &  consulter,  car  il  fait  connaître  à  la  fois  les  ravajres 
de  la  maladie  et  les  remèdes  employés  pour  la  combattre  à  cette  époque.  {Arehires 
de  la  Mission  de  S'  Lazare,  à  Paris.)  —  Ajoutons  que  toutes  les  dépêches  officielle? 
de  la  fin  du  xvm*  siècle,  de  provenance  barbaresque,  qui  nous  ont  passé  par  le> 
mains  sont  transpercées  en  plusieurs  endroits  ou  maculées  par  des  immersions  de 
vinaigre. 


[i784J  AVBÛ  Là  Cmm  DF  FRAPTCE  143 

faire  la  pèche  du  corail  dont  la  Compagnie  d'Afrique  a  le  privilège 
exclusif.  Elle  se  croit  fondée  k  présenter  ses  réclamations  au  Bey.  Sans 
spécifier  ni  la  nation  ni  le  nombre  des  bateaux  qui  pèchent  du  corail 
dans  les  parties  affermées  par  le  traité,  vous  pouvez  insister  auprès  du 
Bey  sur  les  articles  par  lesquels  il  s'est  engagé  formellement  vis-à-vis 
de  la  Compagnie  d'Afrique.  » 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f,  4/7.) 

d'esparron  au  w*  de  CASTRIES. 

320.  —  Tunis,  9  octobre  1784.  —  L'escadre  vénitienne  sous  les 
ordres  de  l'amiral  Emo,  qui  était  arrivée  à  La  Goulette  le  l^"^  septembre 
dernier,  en  est  repartie  le  6,  sans  avoir  tiré  un  coup  de  canon,  laissant 
en  station  un  vaisseau  et  un  chebeck  commandés  par  l'amiral  Moro. 

L'amiral  Emo  s'attendait  sans  doute  à  ce  que  le  Bey,  intimidé  par  les 
forces  qu'il  avait  avec  lui,  se  prélat  à  un  accommodement  et  fît  des 
avances,  mais  ce  jeune  Prince  n'a  pas  voulu  permettre  au  Consul  de 
la  République  *  d'aller  à  bord  de  cet  amiral  ni  même  de  lui  écrire.  Le 
ch"'  Emo  a  pris  le  parti  d'écrire  une  lettre  à  laquelle  le  Bey  a  fait 
répondre  que,  si  on  tirait  un  seul  coup  de  canon  sur  ses  forteresses,  il  ne 
ferait  jamais  la  paix  avec  Venise.  Dans  une  seconde  lettre,  le  Bey 
annonçait  qu'il  était  très  résolu  à  n'accepter  aucune  proposition  de 
paix,  jusqu'à  ce  que  la  République  eût  payé  à  ses  sujets  la  cargaison 
d'un  bâtiment  brûlé  à  Malte,  promettant  à  cette  condition  de  se  désister 
de  toute  autre  demande.  Cette  proposition  a  probablement  embarrassé 
l'amiral  Emo,  qui  est  allé  à  Cagliari  attendre  de  nouveaux  ordres  du 
Sénat.  Il  est  revenu  sur  ces  côtes  le  i"  octobre  et  a  déjà  commencé  le 
bombardement  de  Sousse.  Il  a  fait  relever  le  vaisseau  qui  était  en  sta- 
tion à  La  Goulette  par  la  frégate  La  Palma,  commandée  par  le  ch»' 
Marco  Cigogna.  Notre  commerce  et  notre  navigation  n'ont  rien  eu  à 
souffrir  de  la  part  de  MM.  Emo  et  Moro,  mais  le  ch"  Marco  Cigogna  a 
donné  lieu  à  des  plaintes  très  graves  '.  Dès  que  les  hostilités  ont  com- 
mencé, le  Bey  a  fait  le  serment  public  d'être  toujours  en  guerre  avec 
Venise. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
LE  M'^  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

321.  —  Versailles,  21  octobre  1  784.  —  Il  devra  contribuer  de  tout 

1.  Le  sieur  Gazzo,  médecin  du  Bey. 

2.  Voy.  la  correspondance  du  Vice-Consnl  de  France  avec  le  ch»'  Marco  Cigogna, 
Tamiral  Angelo  Emo,  le  ch"  Tomaso  Condulmer  et  AuRuslin  Gorgoglione,  chance- 
lier du  Consulat  de  Venise.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 


144  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [MU] 

son  pouvoir  au  succès  du  voyage  de  M.  de  la  Porte,  négociant  à  Mar- 
seille, qui  se  rend  à  Tunis. 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  /l  4€9.) 
D*ESPARR0N  AU  M**  DE  CASTRIBS. 

322.  —  Tunw,  3  novembre  1784.  —  Le  Vice-Consul  envoie  au  Minis- 
tère une  relation  des  opérations  de  Tescadre  vénitienne  sous  les  ordres 
de  Tamiral  Angelo  Emo  devant  Sousse. 

«  Le  2  octobre,  Tescadre  vénitienne,  composée  de  trois  vaisseanx  de 
ligne,  de  deux  bombardes,  d*une  frégate  et  d'un  chebeck,  vint  s'em- 
bosser  à  portée  de  canon. 

Le  5,  au  lever  du  soleil,  lesbombarbes  envoyèrent  quatre  projectiles 
qui  tombèrent  à  demi-portée  de  la  ville,  et  en  même  temps  les  vais- 
seaux ouvrirent  le  feu,  auquel  la  forteresse  répondit  avec  avantage. 
Cette  première  attaque  a  duré  une  heure  et  demie  sans  résultat  de  part 
et  d'autre. 

Le  6,  le  feu  fut  plus  vif  des  deux  côtés  et  la  retraite  précipitée  de  Tes- 
cadre  donna  lieu  de  croire  que  le  canon  de  la  forteresse  lui  avait  caasé 
quelque  avarie  grave. 

Depuis,  les  vaisseaux  n'ont  plus  tiré,  et  pendant  les  deux  nuits  sui- 
vantes les  galiotes  ont  lancé  deux  cent  cinquante  bombes  qui  nont 
détruit  qu'une  maison  et  en  ont  endommagé  deux  autres. 

Le  12,  l'escadre  a  appareillé,  sans  que  l'on  ait  deviné  pour  quelle 
destination.  » 

{Affaires  étrangkresy  C*  de  Tunis.) 
D*ESPARRON  AU  M^*  DE  CASTRIES. 

323.  —  Tunis^  6  décembre  i  784.  —  L'amiral  Emo,  en  partant  de  La 
Goulette  le  16  novembre  dernier,  avait  laissé  en  station  deux  cbebecks 
qui  à  leur  tour  ont  appareillé  le  â  courant.  On  présume  qu'ils  sont 
retournés  à  Venise,  la  saison  étant  trop  avancée  pour  permettre  une 
nouvelle  expédition  sur  les  côtes. 

La  peste  continue  avec  plus  de  fureur  ses  ravages  à  Tunis,  où  la  cons- 
ternation est  générale.  Une  double  barrière  a  été  établie  aux  portes  do 
Fondouk,  de  manière  k  interdire  toute  communication  avec  le  dehors,  et 
l'on  n'y  reçoit  rien  sans  prendre  les  précautions  nécessaires.  Dans  une 
Échelle  aussi  importante  que  celle  de  Tunis,  l'érection  d'un  hôpital  serait 
absolument  indispensable  pour  donner  les  secours  nécessaires  aux 
matelots  qui  tombent  malades  K 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

i.  Voy.  État  des  dépenses  faites  par  le  Vice-Consul  à  Voccasion  de  la  peste,  ci- 
1,025  piastres,  soit  à  33  sols  Tune  1,691  livres.  {Affaires  étrangères^  O^  de  Tunis.) 


[1783]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  146 

324.  —  Versailles^  9  janvier  i785.  —  Circulaire  aux  Consuls  du 
Levant  et  de  Barbarie,  pour  leur  notifier  l'Ordonnance  du  Roi  accor- 
dant une  nouvelle  amnistie  générale  aux  déserteurs. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  il.) 

325.  —  Versailles,  23  janvier  i  785.  —  Circulaire  à  tous  les  Consuls 
pour  leur  demander  d'adresser  à  M.  le  comte  d'Angeviller  ^  les  graines 
que  produit  le  sol  qu'ils  habitent. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f,  Sf,) 
D*ESPARR0N  AU  M^'  DE  CASTRIBS. 

326.  —  Tunis,  5  mars  1785»  —  Le  Vice-Consul  a  mis  sous  les  yeux 
du  Bey  et  de  Sidi  Mustapha  les  représentations  des  directeurs  de  la 
Compagnie  d'Afrique  sur  le  tort  que  leur  font  les  bateaux  napolitains 
et  siciliens  qui  viennent  annuellement  faire  la  pèche  du  corail  autour 
de  nie  de  la  Galite. 

Ce  Prince  et  son  Ministre  trouvent,  en  effet,  qu'il  serait  juste  d'écarter 
ces  bateaux,  mais  ils  n'ont  aucun  moyen  de  le  faire.  Sidi  Mustapha  a 
fait  observer  que,  puisque  la  Compagnie  a  acheté  le  privilège  exclusif 
de  la  pèche  du  corail  dans  toutes  les  mers  de  Tunis  ',  cette  notification, 
faite  directement  à  Naples,  suffirait  peut-être  pour  faire  cesser  le  préju- 
dice dont  elle  se  plaint. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 

d'espabron  au  m**  de  CASTRIES. 

327.  —  Tunis,  8  mars  1785.  —  Le  Vice-Consul  a  reçu  de  Sidi  Mus- 
tapha un  billet  de  sa  main,  non  signé,  par  lequel  ce  Ministre  le  prie  de 
lui  faire  venir  de  France  2,500  boulets  de  vingt-quatre  livres,  2,500  bou- 
lets de  dix-huit,  500  bombes  de  vingt-quatre  et  500  de  dix-huit,  désirant 
que  ces  objets  fussent  apportés  peu  à  peu  à  Portefarine  ou  à  Tunis  par 
les  bâtiments  destinés  à  l'exportation  et  qui  le  plus  souvent  partent  sur 
lest  de  Marseille.  La  nécessité  où  se  trouve  le  Bey  de  se  prémunir 
contre  les  attaques  des  Vénitiens  fait  attribuer  &  cette  demande  la  plus 
grande  importance.  L'attachement  de  ce  Prince  et  de  Sidi  Mustapha  à 
la  personne  du  Roi  et  la  protection  constante  qu'ils  accordent  aux  sujets 
de  Sa  Majesté  semblent  mériter  que  le  Ministre  veuille  bien  leur 
accorder  les  secours  qu'ils  sollicitent. 

Le  Fondouk  est  toujours  fermé,  et  la  peste  continue  ses  ravages. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 

1.  Charles-Claude  La  Billarderie  comte  d'Angeviller,  membre  de  TAcadémie  .des 
Sciences,  directeur  des  bâtiments,  jardina,  arts,  académies  et  manufactures  du  roi, 
maréchal  de  camp,  émigré  en  Russie,  puis  en  Allemagne  où  il  mourut  dans  un  couvent. 

2.  Yoy.  le  traité  de  la  Compagnie  d'Afrique,  p.  127. 

10 


146  CORRESPONDANCE  DES  BBVS  ET  DES  CONSULS  [1783] 

LE  M*"  DE  GASTRIBS  A  D*BSPARRON. 

328. —  Versailletf  20  mars  1785.  —  On  lui  recommande  le  baron 
d^Einsiedeln,  gentilhomme  allemand,  qui  va  parcourir  différentes  con- 
trées du  nord  de  TAfrique  et  en  particulier  la  Tunisie. 

{Affaire*  étrangères.  Levant  et  Barbarie^  f.  84.) 
LE  M**  DE  GASTRIBS  A  d'BSPARRON. 

329.  —  Versailles^  1 7  avril  i  785.  —  «  L'intention  du  Roi  est  d'éviter 
toujours  avec  soin,  à  Texemple  de  ses  prédécesseurs,  d*i miter  les  nations 
qui  font  aux  Régences  de  barbarie  des  fournitures  en  munitions  de 
guerre.  La  France  a  entretenu  constamment  d'une  autre  manière 
Tamitié  et  la  paix  avec  les  Princes  d'Afrique,  et  elle  ne  se  départira 
point  de  la  conduite  qu'elle  a  tenue  jusqu'à  présent.  Ainsi,  Monsieur, 
bien  loin  de  faire  des  munitions  demandées  par  Sidi  Mustapha  Tocca- 
sion  d'un  présent  au  Bey  de  Tunis,  nous  ne  nous  mêlerons,  ni  di^ecl^ 
ment,  ni  indirectement,  de  cette  commission.  Mais  on  peut  en  charger 
un  négociant  de  confiance  à  Marseille...  Ce  sera  à  vous  à  indiquer  au 
Ministre  du  Bey  les  arrangements  nécessaires  pour  le  payement  de  ces 
munitions.  S'il  témoignait  quelque  surprise  sur  la  manière  dont  cett^ 
instance  a  été  accueillie,  vous  lui  diriez  que  la  Régence  d'A.lger  nous  en 
a  fait  une  semblable  il  y  a  quelque  temps,  que  nous  nous  y  sommes 
refusés  et  qu'elle  n'y  a  point  insisté.  Vous  pouvez  ajouter  aussi  que  le 
Roi  vit  en  bonne  intelligence  avec  Venise,  et  que  Sa  Majesté  répugne- 
rait dans  cette  situation  à  des  mesures  qui  tendraient  ouvertement  à 
favoriser  les  vues  hostiles  des  ennemis  de  la  République...  » 

(A /faire*  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  f»  fi3.) 

d'bsparron  au  m'«  de  castries. 

330.  —  Tunis,  19  avril  1785,  —  Les  Vénitiens  sont  arrivés  le  14  cou- 
rant; ils  n'ont  encore  commis  aucun  acte  d'hostilité  et  paraissent  n  avoir 
d'autre  envie  que  de  faire  la  paix,  si  de  son  côté  le  Bey  veut  s'y  prêter: 
mais  ce  Prince  se  refuse  obstinément  k  tous  les  moyens  qui  pourraient 
conduire  à  un  accommodement,  malgré  les  représentations  de  Sidi  Mus- 
tapha qui  craint  les  suites  de  cette  guerre. 

Le  pays  est  plongé  dans  la  consternation,  car  la  peste  y  fait  des  ravages 
effrayants;  jamais  la  mortalité  n'avait  été  aussi  considérable.  La  conta- 
gion a  atteint  le  Bardo,  où  elle  fait  d'assez  nombreuses  victimes  parmi 
les  esclaves  et  plusieurs  équipages  français. 

{Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis,) 


[i785]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  147 

d'esparron  au  m**  de  gastries. 
331. —  runi$,  2  mai  1785,  —  La  peste  fait  de  tels  progrès  qu'il 
n^est  plus  possible  de  donner  aux  malades  les  secours  nécessaires.  En 
présence  de  cette  situation,  le  Yice-Consul  insiste  sur  le  besoin  d'un 
hôpital  national  où  les  sujets  du  Roi  puissent  trouver  un  asile  assuré  ^ 
11  estime  à  12  ou  1,500  livres  par  an  les  frais  d'entretien  de  cet  établisse- 
ment. 

(Affaires  étrangère*^  C***  de  Tunia,) 

d'bsparron  au  m^*  de  castribs. 

332.  —  Ttinw,  4  6  mai  4  785.  —  Ne  pouvant  se  rendre  au  Bardo  à 
cause  de  la  peste,  le  Vice-Consul  a  écrit  à  Sidi  Mustapha-Khodja  pour  lui 
faire  part  des  motifs  qui  ont  obligé  la  Cour  à  décliner  la  demande  de 
munitions  de  guerre. 

(Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 

d'esparron  a  mustapha-khodja. 

333.  —  Tunisj  4  6  mai  47  85.  —  «  A  notre  très  cher  et  très  honoré 
Sidi  Mustapha-Khodja  que  Dieu  conserve! 

Après  vous  avoir  offert  les  vœux  que  je  ne  cesse  de  faire  pour  votre 
conservation  et  votre  prospérité,  j'ai  Thonneur  de  vous  informer  qu'il 
m'a  été  répondu,  au  sujet  des  munitions  de  guerre  que  j'avais  demandées 
de  votre  part,  que  les  constitutions  du  royaume  s'opposaient  à  une 
pareille  expédition,  et  qu'en  conséquence  de  Tordre  de  tout  temps  établi 
sur  cet  objet,  on  n'avait  pu  se  prêter  à  la  demande  qui  avait  été  faite 
dernièrement  par  le  Dey  d'Alger  d'une  chose  de  même  nature.  Cependant, 
par  égard  pour  vous  et  en  votre  faveur,  il  m'a  été  permis  de  m'adresser 
à  un  négociant  qui  exécutera  votre  commission  avec  toute  la  prudence 
qu'elle  exige.  D'après  cela,  ayant  calculé  le  poids  de  la  quantité  de 

1.  La  nation  francai«e  à  Tunis  se  composait  alors  de  40  personnes  :  MM.  d'Es* 
parron,  Vice-Consul,  en  l'absence  du  Consul  général  du  Rocher;  Venture,  chance- 
lier, sa  femme  et  ses  deux  Allés;  Dominique  Arnaud,  régisseur  de  la  maison 
Ghapelié;  Louis  d*Audibert-Caille,  premier  député  de  la  nation  en  exercice, 
régisseur  de  la  maison  Villet;  Dominique  Turc,  régisseur  de  la  maison  Bouillet,  et 
son  épouse;  Pierre  Mourié,  régisseur  de  la  maison  JaufTret,  et  son  épouse;  Jean- 
Louis  Minuti,  négociant  pour  son  compte;  César  Bettier,  régisseur  de  la  maison 
JLieutier,  Billon  et  Jacob,  député  en  exercice  ;  Joseph  Barthez,  régisseur  de  la  maison 
Chapelle  neveu;  les  commis  Jérôme  Noble,  Antoine  Mourié,  Jean-Baptiste  Artès, 
Etienne  Fuzier,  Alexandre  Cardinet;  Bruno  Jourdan,  médecin  du  Bey,  et  sa  femme; 
Gabriel  Salva,  chirurgien  de  la  nation,  sa  femme,  sa  belle-sœur  et  sa  fille; 
M**  V'*  Joseph  Lions;  les  artisans  Jules-Julien  d'ArchambauIt,  perruquier;  Balthazar 
Bymon,  aubergiste;  Pierre  Eymon,  son  neveu;  Jean-Antoine  Simon,  boulanger; 
Claire  Mégy,  femme  de  chambre  de  M"*  Venture;  Jean-Baptiste  Raphaël,  domestique 
du  Vice-Consul;  Jean  Sicard,  Joseph  Garet,  Claude  Primat,  Jean  Matéron,  Claude 
Garance,  domestiques;  Jacques  Balmelte,  Mathieu  Girard  et  François  Pava,  garçons 
boulangers  (Affaires  étrangères^  C**  de  Tunis). 


148  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [ITfô 

bombes  et  de  boulets  mentionnés  dans  votre  note,  j*ai  trouvé  qaii 
s'élève  à  peine  à  onze  cents  quintaux  de  fer,  ce  qui  ne  fait  guère  qu*- 
le  lest  d*un  navire,  auquel  on  sera  cependant  tenu  de  payer  le  même 
taux  que  s*il  portait  un  entier  chargement,  et  j'ai  rhonneur  de  vous 
en  prévenir  pour  que  vous  examiniez  si  vous  n'auriez  pas  besoin 
de  quelques  autres  objets  relatifs  à  votre  arsenal.  Ce  sera  à  moi  à 
aviser  aux  moyens  de  vous  les* faire  parvenir,  s'il  plaît  à  Dieu,  sans 
fâcheux  inconvénient;  ensuite  de  quoi  toute  la  grâce  que  j^aurai  à 
vous  demander,  c*est  qu'après  l'arrivée  du  navire  qui  portera  ce> 
objets  vous  ayez  la  complaisance  d'en  payer  les  frais  et  la  valeur,  soit 
en  argent  soit  en  huile,  comme  pourra  le  désirer  celui  qui  sera  chargé 
de  cette  commission.  Veuillez  bien  aussi  m'expliquer  si,  dans  la  Do(e 
que  vous  m'avez  remise  précédemment,  vous  entendez  parler  de  rot^s 
ou  de  livres,  afin  qu'on  ne  fasse  pas  d'erreur  sur  le  poids  des  bombes 
et  des  boulets,  et  soyez  bien  persuadé  que  personne  n'a  plus  à  cœur  de 
faire  des  choses  qui  vous  soient  agréables  que  celui  dont  le  dévoue- 
ment vous  est  si  connu.  » 

{Affaire*  étrangèreSy  C^  de  Tkhû.) 
MUSTAPHA-KHODJA  A  VENTURK  <. 

334.  —  7t<nû,  4  8  mai  1  785.  —  «  A  notre  ami  Yenture,  chancelier 
du  Consulat  de  France,  Salut.  Après  vous  avoir  demandé  des  nouvelles 
de  l'état  de  votre  santé,  j'ai  à  vous  faire  savoir  que  j'ai  reçu  la  lettre 
que  vous  m'avez  écrite  relativement  aux  munitions  de  guerre  que  je 
vous  avais  recommandées;  je  vois  que  vous  en  avez  fait  la  demande 
à  votre  Cour,  qui  a  répondu  que  les  constitutions  du  royaume  s'oppo- 
saient â  un  tel  envoi  de  sa  part.  Je  vous  dirai,  notre  ami,  que  je  ne 
suis  nullement  surpris  du  refus  qu'elle  a  fait  de  nous  envoyer  des 
munitions  de  guerre;  car  jusqu'à  présent  quel  est  l'objet  pour  lequel 
nous  nous  soyons  adressés  à  elle  qui  nous  ait  été  accordé?  Depuis 
quatre  ans  que  le  Bey  de  Tunis,  mon  très  honoré  patron,  est  sur  le 
trône,  on  n'a  jamais  pensé  à  lui  envoyer  en  signe  d'amitié  un  seul 
petit  bouquet.  Dieu  conserve  nos  amis!  ils  sauront  nous  procurer  tout 
ce  dont  nous  pourrions  avoir  besoin  en  fait  de  munitions  de  guerre  et 
autres  choses.  Ainsi  oublions  qu'il  ait  jamais  été  question  entre  oous 
d'un  pareil  objet;  nous  n'en  avons  plus  besoin.  Nous  avons  encore, 
grâce  à  Dieu,  trouvé  dans  nos  magasins  ce  qui  pourra  nous  suffire  et 
ne  pas  nous  mettre  dans  le  cas  de  regretter  un  tel  secours.  En  un 

i.  Voy.  la  note  1,  p.  109. 


[1785]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  149 

mot,  ne  parlons  plus  de  munitions  de  guerre.  Dieu  nous  les  procurera 
d^un  autre  côté.  » 

{Affairée  étrangéresy  C*'*  de  Tunis,) 
LE  M*"  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

336.  —  Versailles^  22  mai  1785,  -—On  le  remercie  de  son  exactitude 
à  instruire  le  Ministre  de  Tapparition  dans  la  rade  de  Tunis  de  Tescadre 
vénitienne,  des  motifs  de  son  inaction  et  de  la  répugnance  personnelle 
du  Bey  à  entrer  avec  elle  en  négociation.  Il  ne  négligera  aucune  des 
mesures  sanitaires  capables  d'atténuer  les  effets  de  la  peste  de  Tunis. 

(Affaires  étrangères ,  Levant  et  Barbarie^  f,  189,) 
LE  H**  DE  CASTRIES  A  D*fiSPARRON. 

336.  —  Versailles  f  5  juin  1 785,  — On  Tautorise  à  faire  les  dépenses 
nécessaires  pour  soulager  les  navigateurs  français  atteints  de  la  peste. 
Les  circonstances  ne  permettent  pas  d'établir  présentement  à  Tunis 
rhôpital  qu'il  sollicite. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f,  20f,) 
D'BSPARRON  au  M^»  de  CASTRIES. 

337.  —  Tunis^  15  juin  1785.  —  Pendant  son  séjour  à  La  Goulette, 
l^amiral  Emo  n'a  rien  négligé  pour  entrer  en  négociation  avec  le  Bey, 
mais  ce  Prince  a  rejeté  toutes  ses  ouvertures.  Il  lui  a  cependant  fait 
dire  que  si  la  République  consentait  à  payer  le  chargement  brûlé 
à  Malte,  celui  qui  s'est  perdu  à  La  Goulette  et  une  somme  de  20  à 
30,000  sequins  à  titre  de  présent,  il  se  prêterait  volontiers  à  un  accom- 
modement. L'amiral  Emo  a  répondu  à  cette  demande  en  disant  qu'il  ne 
pouvait  prendre  sur  lui  un  tel  arrangement,  mais  que  si  le  Bey  voulait 
faire  une  trêve  d'un  an,  il  retournerait  à  Venise,  et  donnait  sa  parole 
d'honneur  d'engager  le  Sénat  à  lui  faire  un  présent  qui  le  dédomma- 
gerait de  ses  pertes  et  dont  il  aurait  lieu  d'être  satisfait.  Cette  dernière 
proposition  a  été  rejetée  avec  mépris.  Les  négociations  ont  alors  été 
rompues  et  l'amiral  Emo  est  reparti,  laissant  un  chebeck  et  un  petit 
armement  pour  garder  la  rade. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
O'ESPARRON  au  m*'  de  CASTRIES. 

338.  —  Tunis j  11  août  17  85.  —  Le  Bey,  ayant  appris  qu'il  y  avait 
h  bord  d'un  bâtiment  en  rade  de  La  Goulette  un  canonnier  au  service  du 
Roi,  a  demandé  au  Vice-Consul  de  permettre  que  ce  canonnier  restât  à 
Tunis  pendant  quelques  mois.  Il  y  mit  une  telle  insistance  que  le  Vice- 
Consul  a  cru  devoir  autoriser  le  débarquement,  k  la  condition  expresse 


150  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [iTBô 

que  ce  canonnier  ne  serait  employé  dans  aucune  guerre,  soit  contre  la 
République  de  Venise,  soit  contre  toute  autre  Puissance  européenne. 

{Affaires  étrangères,  €^  de  Ttaùs.) 
D*ESPARROII  AU  M**  DB  CASTRIBS. 

339.  —  TtmxSj  15  août  i  785.  —  L'escadre  vénitienne,  composée  de 
onze  bâtiments  sous  les  ordres  de  Tamiral  Emo,  a  mouillé  devant  Soosse 
le  20  du  mois  dernier.  Après  avoir  bombardé  la  ville  pendant  plusieurs 
jours  avec  plus  de  succès  que  Tannée  précédente,  cet  officier  a  appa- 
reillé; on  suppose  qu'il  est  allé  à  Cagliari  ou  à  Malte  pour  y  radouber 
sesgaliotes  et  faire  de  Teau. 

Les  relations  venues  de  Soussese  contredisent,  maison  assure  cepen- 
dant que  cent  quinze  maisons  environ  sont  détruites  et  la  majeure  partie 
des  remparts  ainsi  que  quelques  fortins  démantelés.  Cette  expédition 
n'a  produit  aucun  effet  sur  Tesprit  du  Bey,  qui  parait  moins  disposé  tpe 
jamais  à  un  accommodement. 

{Affaires  étrangères,  C*^  de  Tunis,) 
D'ESPARRON  au  m*"  DB  CASTRIBS. 

340.  —  Tunis f  40  septembre  4  7  85.  —  Les  dommages  causés  à 
Sousse  par  le  bombardement  sont  aujourd'hui  connus.  Une  vingtaine 
de  maisons  détruites,  un  pareil  nombre  endommagées,  un  enfant  mort 
d'un  éclat  de  bombe,  tels  sont  à  très  peu  près  les  résultats  de  cette 
expédition. 

En  quittant  Sousse,  Tamiral  Emo  s'est  rendu  à  Sfax  où  il  a  mouillé 
le  iâ  août.  La  situation  de  cette  ville  ne  lui  ayant  sans  doute  pas 
permis  de  l'assiéger,  il  a  levé  l'ancre  le  18,  après  avoir  inutilement  tiré 
cent  cinquante  bombes  qui  n'ont  eu  d'autre  effet  que  d'effrayer  les 
habitants.  On  ne  sait  quelle  route  a  prise  cet  officier. 

Le  chef  d'escadre  Querini  est  arrivé  à  La  Goulette  le  1<^  courant, 
ayant  sous  ses  ordres  une  flottille  composée  de  deux  vaisseaux  de 
ligne,  une  frégate  et  deux  bâtiments  de  transport.  La  longue  station 
qu'il  a  faite  à  Malte  et  le  peu  d'empressement  qu'il  met  à  rejoindre  son 
général  accréditent  le  bruit,  qui  s'est  répandu  ici,  de  la  mésintelli- 
gence existant  entre  l'amiral  Emo  et  lui. 

Le  chevalier  Querini  est  parti  quelques  jours  après  son  arrivée,  sans 
avoir  communiqué  avec  la  terre. 

{Affaires  étrangères^  C**'  de  Tvnis.) 
D'BSPARRON  au  M'*  DE  CASTRIBS. 

341.  —  Tunis,  20  septembre  y  7^5.  —  Le  Bey  de  Tunis,  pour  donner 
une  marque  de  bienveillance  et  d'affection  au  Consul  de  France  résidant 


[i7851  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  151 

près  de  lui,  concéda  à  cet  officier  la  jouissance  d'une  de  ses  maisons  de 
plaisance  située  près  du  cap  Carthage.  Cette  faveur  a  été  accordée  à 
M.  de  Saizieu  il  y  a  à  peu  près  dix-sept  ans;  ses  successeurs  en  ont 
toujours  joui  depuis,  sans  que  depuis  douze  ans  on  ait  fait  faire  la 
moindre  réparation  à  cette  maison  de  campagne  qui,  en  conséquence, 
se  trouve  fort  délabrée.  Le  Bey  a  témoigné  à  plusieurs  reprises  sa  sur- 
prise et  son  déplaisir  de  voir  les  Consuls  laisser  se  détériorer  un 
immeuble  dont  ils  avaient  la  jouissance  gratuite.  Sollicité  de  nouveau 
au  suyet  des  réparations,  le  sieur  d'Esparron  demande  les  ordres  du 
Ministre  à  ce  sujet,  en  lui  faisant  observer  que  la  jouissance  de  cette 
maison  de  campagne  est  pour  le  Consul  une  marque  de  distinction  qui 
ajoute  à  la  considération  dont  il  est  entouré.  Ces  réparations  peuvent 
être  évaluées  à  la  somme  de  â,000  livres. 

(Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 
LE  M'*  DE  CASTRIBS  A  D*ESPARR0N. 

342.  —  Versailles,  25  septembre  1785.  —  On  approuve  qu'il  ail 
consenti,  sur  la  demande  du  Bey  et  de  son  premier  Ministre,  au  débar- 
quement d'un  canonnier  français  en  vue  de  former  des  élèves  en 
Tunisie.  On  le  remercie  des  détails  qu'il  a  récemment  donnés  sur  le 
bombardement  de  Sousse  par  les  Vénitiens. 

{Affaires  étrangèt*est  Levant  et  Barbarie,  f,  S67,) 
D'ESPARRON  au  M'*  DE  GASTRIES. 

343.  —  TuniSy  21  octobre  1785.  —  «  L'escadre  vénitienne  composée 
de  cinq  vaisseaux  de  ligne,  une  frégate,  deux  chebecks,  deux  galiotes 
à  bombes  et  une  demi-galère,  sous  les  ordres  de  l'amiral  Emo,  a  mouillé 
à  La  Goulettele2i  septembre.  Le  25,  ce  commandant  fit  notifier  au  Bey 
son  arrivée,  lui  témoignant  son  désir  de  cesser  les  hostilités  et  de  pré- 
venir les  calamités  de  la  guerre,  si  ce  Prince  voulait  accepter  les  pro- 
positions qui  lui  avaient  été  faites  au  mois  d'avril  dernier,  mais  que 
sans  cela  il  ne  pourrait  se  dispenser  d'accomplir  son  devoir  en  usant 
des  forces  que  la  République  lui  avait  confiées  pour  détruire  les  forti- 
fications de  La  Goulette  et  s'emparer  de  cette  ville.  Le  Bey  répondit 
qu'il  ne  pourrait  accepter  les  propositions  faites  au  mois  d'avril  qu'en 
stipulant  formellement  la  valeur  du  présent  que  la  République  se  pro- 
posait de  lui  faire. 

Le  3  octobre,  deux  galiotes  à  bombes  commencèrent  le  feu  à  neuf 
heures  du  soir;  les  forts  et  batteries  avancées  ripostèrent  avec  vivacité, 
mais  huit  radeaux  portant  chacun  une  pièce  de  canon  et  un  mortier, 
s'étant  approchés  à  la  faveur  de  l'obscurité  jusque  sous  les  batteries. 


152  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1785] 

firent  une  décharge  générale  qui  causa  une  telle  panique  que  les 
défenseurs  du  château  prirent  la  fuite,  et  que  les  Vénitiens  auraient  pu 
s'en  emparer  sans  résistance,  ce  qui  aurait  obligé  le  Bey  à  demander 
la  paix.  Le  5,  Tamiral  Emo  fit  une  seconde  attaque  qui,  comme  la  pre- 
mière, dura  trois  heures  et  se  termina  sans  aucun  dommage  de  part 
ni  d  autre.  Le  10,  les  deux  galîotes  à  bombes  approchèrent  davantage 
de  la  terre  et  lancèrent  environ  quatre-vingts  bombes.  Le  feu  de 
cette  journée  fut  plus  vif  et  dura  dix  heures.  Les  Maures  eurent  neuf 
personnes  tuées  par  une  bombe,  vingt-cinq  par  deux  pièces  de  canon 
qui  éclatèrent  dans  les  batteries  avancées  et  environ  quarante-cinq 
blessés.  Le  15,  le  chef  d^escadre  Querini  se  dirigea  vers  Test,  suivi  des 
deux  chebecks.  L'amiral  Emo  cherche  moins  k  faire  du  mal  aux  Tuni- 
siens qu'à  les  fatiguer  en  les  harcelant,  car  les  forces  dont  il  dispose 
sont  plus  que  suffisantes  pour  détruire  les  fortifications  de  La  Gouiette. 
mais  il  n'ignore  pas  qu'en  prenant  ce  parti  il  aigrirait  encore  plus  1^ 
Bey  et  rendrait  peut-être  la  paix  impossible. 

Le  Bey,  persuadé  que  La  Goulette  est  imprenable,  refuse  de  se  prêter 
à  un  accommodement.  Le  19,  l'amiral  Emo  s'est  décidé  à  écrire  au  Be\ 
pour  lui  demander  la  paix  et  la  permission  de  descendre  à  terre  pour 
traiter.  Le  Bey  s'est  empressé  de  répondre  qu'il  traiterait  volontiers 
de  la  paix  avec  ce  commandant,  mais  qu'il  exigeait  au  préalable  que 
l'escadre  sortit  du  port,  que  vingt  jours  après  son  départ  l'amiral  Emo 
vint  avec  un  vaisseau  et  une  frégate  seulement,  sgoutant  qu'alors  il 
pourrait  descendre  à  terre,  où  ils  termineraient  leurs  différends. 
L'amiral  Emo  a  consenti  à  ces  conditions;  il  est  parti  le  20  courant  '.  » 

{Affaires  éltxingêreSf  C***  de  TunU.) 
LE  M>'  DB  CASTRIES  A  D*ËSPARRON. 

344.  —  Versailles^  31  octobre  1785, —  Les  dépenses  qu'entraînera 
la  réparation  de  la  maison  de  campagne  cédée  par  le  Bey  aux  Consuls 
de  France  paraissent  devoir  être  supportées  par  les  Consuls  qui  l'ont 
habitée.  On  lui  propose  d'écrire  en  conséquence  à  MM.  de  Saizieu  et 
du  Rocher. 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  /•  4$0.) 
LB  M*"  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

346.  —  Fontainebleau^  Si  octobre  1785.  —  On  remboursera  au 
Vice-Consul  les  frais  occasionnés  par  la  peste  et  toutes  ses  avances  en 
général.  On  l'autorise,  sur  les  instances  du  Ministre  du  Bey,  à  faire 

1.  Voy.  la  correspondance  du  Vice-Consul  de  France  avec  Tarn  irai  Angelo  Eido, 
commandanl  l'escadre  vénilienne  à  La  Gouletle,  octobre  1785  (Affaires  étrangères, 
C'^  de  Tunis), 


[1786]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  183 

faire  un  devis  des  réparations  de  la  maison  de  campagne  dont  jouit  ]e 
Consul  à  la  Marsa. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f.  4B$.) 
LB  M><*  DE  GASTRIES  A  DU  BOGHER. 

346. —  Versailles^  16  novembre  i785.  —  Personne  ne  connaissant 
mieux  que  lui  les  goûts  du  Bey  et  de  ses  Ministres,  on  le  charge  de 
dresser  un  état  des  présents  qu'il  croit  leur  devoir  être  le  plus 
agréables,  d'en  fixer  la  valeur  et  d'en  diriger  l'exécution.  Les  délais  de 
la  France  à  suivre  l'exemple  des  autres  nations  lors  de  Tavènement 
de  Hamouda  ont  déjà  eu,  d'après  le  sieur  d'Esparron,  une  influence 
défavorable  sur  les  affaires  de  la  nation  à  Tunis,  et  il  y  a  lieu  d'y  remédier 
sans  plus  de  retards. 

[Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f,  450.) 
DU  ROCHER  AU  M^"  DE  GASTRIES. 

347.  —  Paris,  i  3  Janvier  1 786.  —  Il  propose,  pour  le  présent  que 
le  Roi  veut  faire  à  Sidi  Hamouda-Paçha,  à  l'occasion  de  son  avènement, 
une  tabatière  d'or  enrichie  de  diamants  avec  une  montre  à  répétition 
ou  sans  répétition,  qui  serait  couverte  au  milieu  par  un  médaillon 
portant  le  chiffre  de  Sidi  Hamouda-Pacha.  D'après  des  informations 
exactes,  le  prix  de  ce  bijou  serait  d'environ  7,000  à  7,500  livres.  La 
faveur  dont  Sidi  Mustapha-Khodja,  premier  Ministre  du  Bey  de  Tunis, 
jouit  auprès  de  son  maître  et  le  besoin  continuel  qu'on  a  de  ses  bons 
services  font  penser  qu'il  conviendrait  de  lui  faire  également  présent 
soit  d'une  montre,  soit  d'une  chaîne,  soit  de  tout  autre  objet  du  prix 
d'environ  2,000  livres. 

{Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis,) 
LB  M*«  DE  GASTRIES  A  DU  ROCHER. 

348.  —  Versailles,  i  5  janvier  1  786.  —  «  Ma  confiance  en  vous  me 
détermine  à  allouer  7,000  livres,  sur  votre  proposition,  pour  le  présent  au 
Bey  de  Tunis,  et  2,000  livres  pour  celui  destiné  à  Sidi  Mustapha-Khodja, 
son  premier  Ministre,  dont  il  nous  est  si  essentiel  de  conserver  les  dis- 
positions favorables.  Vous  voudrez  donc  bien  faire  travailler  aux 
bijoux  que  vous  me  proposez,  en  presser  et  en  diriger  l'exécution.  » 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  S€.) 
LB  m'"*  de  GASTRIES  A  D'ESPARRON. 

349.  —  Versailles,  12  février  1786.  —  On  l'autorise  à  tirer  une 
traite  sur  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille,  pour  le  rembourse- 
ment des  dépenses  qu'exigent  les  réparations  de  la  maison  de  campagne 


154  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1786 

dont  le  Bey  cède  la  jouissance  aux  Consuls  de  France  à  Tunis  depuis 
dix-sept  ans.  Ces  dépenses  montent  &  2,237  livres  10  sols. 

(Affaires  étrangères ,  Levant  et  Barbarie^  f.  74,) 

d'esparron  au  m^  db  castries. 
350.  —  Tunis,  /««•  avril  1786,  —  Le  chevalier  Emo,  peu  satisfait, 
sans  doute,  de  Tultimatum  du  Bey,  qu'il  a  dû  recevoir  à  Malte,  a 
quitté  cette  Ile,  se  dirigeant  sur  Sfax  où  il  a  mouillé  le  12  mars  aiec 
une  escadre  de  12  bâtiments,  et  a  repris  les  hostilités  le  18  par  le  bom- 
bardement de  cette  ville  qui,  paralt-il,  est  en  partie  détruite.  Le  Vic^- 
Consul  rendra  un  compte  exact  des  opérations  ultérieures  de  Tamiral 
Emo,  qui  menacent  de  compromettre  le  commerce  de  la  nation,  carie 
Bey  a  annoncé  que,  lorsque  Tescadre  vénitienne  paraîtrait  à  La  Gou- 
lette,  toute  communication  de  la  rade  avec  Tunis  serait  interrompue. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LE  M"  DE  CASTRIES  A  D*BSPARR0N. 

361.  —  Venaillci^  9  avril  1 786.  —  On  a  reçu  sa  relation  des  derniers 
efforts  de  Tamiral  vénitien  Emo  pour  réduire  le  Bey  de  Tunis  à  des 
conditions  de  paix  honorables  pour  Venise.  La  Cour  est  fort  satisfaite 
des  bons  procédés  de  cet  amiral  envers  les  Français  pendant  tout  le 
cours  des  hostilités.  On  se  réserve  de  procurer  au  Vice-Consul  laTao- 
cement  qu^il  a  si  justement  mérité  par  sa  bonne  conduite  et  son  zèle,  pen- 
dant le  pénible  intérim  qu*il  a  rempli  en  Tabsence  du  Consul  de  Tunis. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f,  4ê1,) 
LE  M^*  DE  CASTRIES  A  D^ESPARRON. 

362.  —  Versailles,  23  avril  / 7^6.  —M.  du  Rocher,  chargé  parle 
Roi  de  choisir  les  présents  que  Sa  Majesté  destine  au  Bey,  à  Toccasioa 
de  son  avènement  à  la  principauté  de  Tunis,  a  fait  exécuter  à  Paris  une 
botte  en  or  enrichie  de  diamants  portant  le  nom  de  Hamouda-Pacba  en 
caractères  arabes,  sur  un  médaillon  qui  s*ouvre  et  contient  une  montre. 
Le  Vice-Consul  le  recevra  incessamment  pour  l'offrir  au  Bey  au  nom 
du  Roi.  Il  recevra  également  une  montre  d'or  pour  Mustapha-Kliodja, 
témoignage  de  la  satisfaction  de  Sa  Majesté  pour  les  bons  offices  que 
ce  Ministre  du  Bey  ne  cesse  d'accorder  aux  Français  et  dont  elle  lai 
demande  la  continuation. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  f 71.) 
LE  M*"  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

368.  —  Versailles,  30  avril  1786,—  Il  voudra  bien  continuera 
instruire  le  Ministre  des  mouvements  de  Tescadre  vénitienne  qui  ^ 


[1786]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  185 

pecommencé  les  hostilités  en  bombardant  la  ville  de  Sfax.  On  fera 
Y>eut-étre  paraître  dans  les  mers  de  Tunis  une  des  frégates  du  Roi 

destinées  aux  croisières  du  Levant. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f,  i89.) 

D*ESPARRON  AU  M"  DE  CASTRIES. 

3S4.  —  Tunis j  3  mai  i786,  —  L*escadre  vénitienne  est  restée  inac- 
tive devant  Sfax  du  18  mars  au  26  avril,  et  dans  la  nuit  du  26  au 
^7  le  commandant  a  de  nouveau  fait  canonner  et  bombarder  cette 
ville;  on  n'a  pas  encore  de  détails  sur  le  résultat  de  cette  nouvelle 
a.ttaque.  Les  craintes  que  manifestait  le  Vice-Consul  au  sujet  des 
entraves  que  les  hostilités  apporteraient  au  commerce  de  la  nation 
commencent  à  se  réaliser.  Le  Bey  a  donné  des  ordres  rigoureux  pour 
interdire  toute  communication  avec  la  mer,  sur  les  points  attaqués  par 
les  Vénitiens,  et  plusieurs  des  bâtiments  français  qui  se  sont  rendus  à 
Sfax  n'ont  pu,  par  ce  fait,  y  faire  leur  chargement.  Défense  a  été  faite 
au  Vice-Consul  de  correspondre  avec  les  Vénitiens. 

(Affaires  étrangères,  (?■*  de  Tunis.) 
D'ESPARRON  au  M<"  de  CASTRIES. 

366.  —  Twnw,  9  mai  1 786.  —  Deux  bâtiments  de  guerre  hollandais 
faisant  partie  de  Tescadre  sous  les  ordres  de  M.  Boot,  qui  se  trouve  à 
Toulon,  le  vaisseau  Le  Batavia,  commandé  par  M.  Spingler,  et  la  fré- 
gate V  Aigle  y  dont  le  commandant  est  M.  Machot,  sont  arrivés  à  La  Gou- 
lette  le  14  avril  *. 

M.  Spingler  a  été  reçu  en  audience  publique  par  le  Bey,  qui  lui 
a  marqué  une  distinction  et  une  affabilité  extraordinaires.  Ce  Prince, 
croyant  qu'une  pareille  réception  pourrait  déterminer  les  Hollandais, 
en  raison  de  leurs  différends  avec  les  Vénitiens,  à  faire  cause  commune 
avec  lui  contre  cette  République,  en  a  fait  publiquement  la  proposition 
au  commandant  hollandais.  M.  Spingler,  devant  cette  invitation  inat- 
tendue, a  répondu  qu'il  ne  pouvait  s'écarter  des  ordres  qu'il  avait 
reçus  et  qu'il  ne  lui  était  pas  possible  de  hasarder  une  pareille 
démarche.  Ces  bâtiments  sont  repartis  le  18,  sans  qu'on  ait  eu  con- 
naissance de  l'objet  de  la  mission  de  M.  Spingler. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LE  M^*  DE  CASTRIES  A  D'ESPARRON. 

356. —  Versailles,  28  mai  il 86.  —  Au  sujet  des  embarras  que 
quelques  capitaines  français  ont  éprouvés,  par  suite  des  hostilités  entre 

1.  Ces  bâtiments  apportaient  de  nouTelles  munitions  de  guerre,  qui  furent  pré- 
sentées au  Bey  par  le  sieur  Hameken,  Consul  de  Hollande. 


156  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\'M\ 

Tunis  et  la  République  de  Veaise,  en  particulier  sur  la  détention  d'un 
bâtiment  français  arrêté  par  le  chevalier  Emo.  Liorsque  les  hostilités 
cesseront,  il  devra  faire  au  Bey  les  réclamations  nécessaires.  C'est  im 
crise  momentanée  pour  le  commerce  et  la  navigation  des  Français  à 
Tunis,  qui  nécessite  de  sa  part  beaucoup  de  circonspection  et  de  ména- 
gements. 

{Affaires  étrangères ^  Levant  et  Barbarie j  f,  i38  p.) 
LE  M*'  DE  CASTRIES  A  D'SSPARRON. 

357.  —  Versailles^  2S  mai  i  786.  —  La  Compagnie  d'Afrique  se  pro- 
pose d'envoyer  à  Tunis  le  chef  du  comptoir  de  Tabarque  *  pour  trancher 
les  difficultés  que  Sidi  Mustapha  a  soulevées,  à  propos  du  rétabliss^ 
ment  du  Cap«Nègre.  On  recommande  au  Vice-Consul  de  prendre  note  da 
rapport  de  cet  employé  et  de  discuter  ensuite  directement  la  qaestioQ 
avec  Sidi  Mustapha,  afîn  de  rendre  le  traité  conclu  avec  le  Bey  aussi 
favorable  que  possible  aux  intérêts  de  la  Compagnie  *. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie^  f.  iS7.) 
D'ESPARRON  au  m*"  de  CASTRIES. 

358.  —  Tunis,  1 3juin1786.  — Le  mariage  de  Sidi  Mustapha-Khodja 
avec  la  sœur  du  Bey  est  enfin  conclu.  Le  contrat  a  été  signé  et  la  céré- 
monie aura  lieu  à  la  fin  de  juillet.  Cette  alliance  ne  peut  qu'affermir  le 
crédit  de  ce  Ministre,  dont  Tinfluence  sur  les  affaires  de  la  nalioD 
française  a  toi^jours  été  profitable. 

(Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
ADANSON  '  AU  M*'  DE  CASTRIES. 

369.  —  runis,  30  juin  H 86.  —  Il  est  arrivé  à  son  poste  leiidu 
mois  dernier,  et  il  demande  au  Ministre  une  allocation  spéciale  poar 
Tindemniser  de  ses  frais  de  voyage  d'Alexandrie  à  Tunis,  s'élevanl  à 
2,700  livres. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
LE  M»  DE  CASTRIES  A  D'SSPARRON. 

3eo.  —  Versailles,  30  juillet  1786. --  On  Tautorise  à  offrir  àSidi 
Mustapha  la  cassolette  d*or  qui  lui  était  destinée  depuis  longtemps. 

1.  Le  sieur  Peyron. 

2.  Voy.  p.  127. 

3.  Jean-Baplisle  Adanson,  né  à  Seyde  en  1765,  jeune  de  langue  en  1775.  iot«^ 
prèle  À  Alexandrie  en- 1776,  en  mission  au  Caire  en  1780,  drogman-chancelier  à 
Tunis  en  1786,  en  remplacement  de  Venture,  envoyé  à  Paris  pour  y  remplir  les 
fonctions  d'interprète  du  Roi,  mort  &  Tunis  en  Tan  XII.  —  Son  fils  Cfaarles-Loais 
Adanson  était  drogman  à  Saint-Jean  d'Acre  en  1788,  &  Jaiïa  en  1790,  chancelier  à 
Constantinople  en  1795,  premier  secrétaire  au  même  poste  en  1821,  mis  en  dispo- 
nibilité en  1823.  Il  était  le  neveu  de  Michel  Adanson,  membre  de  rAcadémie  des 
Sciences. 


[1786]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  157 

On  lui  recommande  d'appuyer  les  réclamations  du  sieur  Guillaumier, 
créancier  de  la  famille  de  Hassan-Bey,  et  d*y  intéresser  Sidi  Mustapha. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  Si 8.) 
D*BSPARRON  AU  M'*  DE  GASTRIES. 

361.  —  Tunis^  30  juillet  1786,  —  Le  Vice-Consul  a  reçu  la  boîte 
d'or  enrichie  de  diamants  portant  sur  un  médaillon  le  nom  de  Hamouda, 
Pacha-Bey  de  Tunis,  et  la  montre  composant  le  présent  du  Roi  au  Bey 
à  l'occasion  de  son  avènement.  Il  a  fait  part  à  Sidi  Mustapha-Khodja  de 
renvoi  de  ces  bijoux  ainsi  que  de  leur  destination,  et  le  lendemain  il  s'est 
rendu  au  Bardo  pour  les  remettre  au  Prince,  lorsqu'ayant  vu  Sidi  Mus- 
tapha, pour  savoir  s'il  avait  fait  part  à  son  maître  du  motif  de  sa  visite, 
ce  Ministre,  avec  beaucoup  d'embarras,  lui  a  fait  connaître  Tintention  du 
Bey  de  refuser  ce  cadeau.  Après  cette  explication  et  pour  éviter  un 
refus  public,  le  Vice-Consul  s'est  dispensé  d'offrir  le  présent  et  a  cru 
devoir  attendre  de  nouveaux  ordres. 

(Affaires  étrangères,  (?■*  de  Tunis.) 
D'ESPARRON  au  m*'  de  GASTRIES. 

362.  —  Tunis^  /*'  août  1786.  —  L'escadre  vénitienne,  qui  avait  quitté 
Sfax,  a  reparu  le  24  juillet  devant  Bizerte  où  elle  a  mouillé.  Le  com- 
mandant a  recommencé  les  hostilités  et  on  assure  que  cette  ville,  plus 
exposée  que  Sfax,  est  presque  totalement  détruite.  Ce  dernier  bombar- 
dement n'a  pas  fait,  sur  le  Bey,  plus  d'impression  que  les  précédents, 
et  ce  Prince  ne  paraît  pas  plus  disposé  à  faire  la  paix.  Seul  un  coup  de 
main  sur  La  Goule tte  pourrait  changer  la  situation,  mais  il  est  douteux 
que  les  Vénitiens  le  tentent  *. 

(Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
D'BSPARRON  au  h**  de  GASTRIES. 

363.  —  TuniSf  3  août  1786.  —  Un  bâtiment  danois  est  arrivé  à  La 
Goulette,  apportant  au  Bey  les  présents  en  munitions  de  guerre  que 
lui  a  envoyés  le  Roi  de  Danemark.  Ces  présents  consistent  en  24  canons 
de  fer,  moitié  de  24  livres  et  moitié  de  18;  500  barils  de  poudre  d*un 
quintal  Tun  ;  200  planches  de  sapin  et  100  de  chêne  blanc,  de  5  pouces 
à  5  1/2  d'épaisseur  sur  20  pieds  de  longueur;  61  cÀbles  dq)uis  7  pouces 
jusqu'à  13;  34  grelins,  de  4  pouces  jusqu'à  7;  66  pièces  de  toile  pour 
voiles;  15  caisses  de  boulets  de  2  livres  Tun,  soit  50,000  boulets;  enfin 
différents  cordages  pour  les  manœuvres. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
1.  Voy.  la  note  1,  p.  133. 


1S8  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [ITl^ 

LE  M*'  DB  CASTRIES  A  DE  CHATEAUNEUF  ^ 

364.  —  Versailles^  27  août  1 786.  —  On  lui  annonce  sa  nominatioD 
au  Consulat  général  de  Tunis  aux  appointements  de  12,000  livres,  dont 
il  jouira  à  partir  du  i®'  septembre  prochain,  et  on  lui  envoie  ses  pro- 
visions. 

Le  sieur  Guy  de  Villeneuve  '  passera  de  La  Canée  à  Tunis,  pour  résider 
auprès  de  lui  en  qualité  d'élève  Vice-Consul  à  la  place  du  sieur  d  Es- 
parron,  nommé  Vice-Consul  aux  Dardanelles.  Le  sieur  AdansonSdrog- 
man  à  Alexandrie,  a  été  désigné  pour  passer  âi  Tunis  en  qualité  de 
chancelier. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie^  f.  37St.) 
D*SSPARRON  AU  M^"  DE  CASTRIES. 

365.  —  Tunû,  27  août  17 86.  —  La  corvette  du  Roi  Za  Pauleite,  sons 
les  ordres  du  chevalier  de  Raousset-Seillons  \  est  arrivée  à  La  Gouletle 
le  17  courant.  La  présence  de  cet  armement  a  produit  le  meilleur  efiel, 
et  il  serait  à  désirer  que  tous  les  ofGciers  commandant  les  frégates 
expédiées  dans  le  Levant  voulussent  bien  rel&cher  à  Tunis,  lorsque  ce 
leur  sera  possible.  Les  dépenses  occasionnées  par  le  séjour  de  cette 
corvette  s'élèvent  à  202  livres  4  sols. 

(Affaires  étrangères^  (?•'  de  Tunis.) 
D*£SPARRON  AU  M'"  DE  CASTRIES. 

366.  —  Tunis,  28  août  17  86.  —  Les  deux  vaisseaux  de  guerre  hollan- 
dais sous  les  ordres  du  commodore  Spingler,  qu*on  avait  tus  il  y  & 
peu  de  temps  à  Tunis,  y  sont  revenus  le  16  courant  apportant  au  Bey, 
de  la  part  des  Ëtats  Généraux,  un  présent  considérable  en  munitioDS 

1.  Pierre-Bazile-François  de  TEspine  de  Chàteauneuf,  né  en  1750,  volontaire  et  aide 
de  camp  de  son  oncle  Du  m  ou  riez  à  la  confédération  de  Pologne,  en  juillet  iTâ, 
sous-lieutenant  en  1770,  en  mission  à  Madrid  en  1772,  capitaine  en  1773,  chargé  d« 
travaux  particuliers  dans  les  bureaux  de  la  Marine  en  1773, chancelier  à  SmyraerJi 
1774,  Vice-Consul  au  même  poste  en  1776,  Vice-Consul  à  Coron  en  1779,  chargé  da 
Consulat  général  de  Morée  en  1781  et  1782,  Consul  à  Tripoli  de  Syrie  en  1783,  Coih 
sul  général  à  Tunis  en  1786,  Consul  par  intérim  à  Naples  de  Romanie  tjxi'^- 
Résident  de  France  à  Genève  en  1792,  démissionnaire  en  1793,  mort  en  l'SS. 

2.  Jean-Pierre-François-Anloine  Guy  de  Villeneuve,  né  à  Metz  en  1759,  fils  duo 
Consul  général  de  France  en  Morée  mort  de  la  peste  &  son  posle  en  1790.  D'al»'^ 
employé  dans  les  bureaux  de  la  Marine  en  1777,  secrétaire  de  son  père  au  Coosuiai 
de  Smjrne  en  1778  et  de  Naples  de  Romanie  en  1779,  Vice-Consul  àLaCaoécea 
1781,  à  Tunis  en  1786,  quitta  son  poste  à  Tépoque  révolutionnaire  et  fut  porté  sar 
la  liste  des  émigrés,  erra  dix  ans  à  Malte,  en  Italie  et  en  Sicile,  rentra  en  France 
en  1802,  obtint  un  modeste  emploi  à  la  Préfecture  de  la  Moselle  et  se  retira  i 
Narbonne. 

3.  Voy.  la  note  3,  p.  156. 

4.  Voy.  VEtat  des  dépenses  occasionnées  par  la  relâche  du  chT  de  Raousset-Seill^ 
à  TuniSy  i78€  (Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis). 


[1786]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  159 

de  guerre  :  600  barils  de  poudre  à  canon,  iOO  pièces  de  toile  à  voiles, 
plus  une  somme  de  600  sequins  zermaboubs  pour  acquérir  le  privilège 
d'arborer  le  pavillon  de  la  République  sur  la  maison  consulaire.  Ces 
vaisseaux  sont  repartis  le  même  jour.  M.  Spingler  a  reçu  du  Bey  un 
accueil  distingué,  qu'on  attribue  à  la  valeur  du  présent  qu'il  a  apporté. 
Sidi  Mustapha  s'est  rendu  avec  plusieurs  grands  officiers  de  la  Régence 
âi  bord  des  vaisseaux  hollandais,  où  on  lui  a  donné  une  fête  brillante. 

(Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis,) 

D'ESPAHRON  AU  M**  DB  CASTRIBS. 

367.  —  Tunu^  /^r  septembre  il 86,  —  Le  sieur  Peyron,  agent  de  la 
Compagnie  d'Afrique  à  Tabarque,  est  arrivé  à  Tunis.  Le  Vice-Consul 
a  pris  auprès  de  cet  employé  les  renseignements  qui  pouvaient  lui  faire 
connaître  les  intentions  de  la  Compagnie  sur  l'établissement  du  Cap- 
Nègre,  et  le  mettre  à  même  de  négocier  avec  Sidi  Mustapha-Khodja  à  ce 
sujet,  mais  il  a  trouvé  chez  ce  Ministre  une  répugnance  invincible  à 
favoriser  le  projet  de  la  Compagnie  et  à  appuyer  sa  demande  auprès 
du  Bey.  Il  craint  que,  la  Compagnie  bâtissant  des  maisons  au  Cap-Nègre 
et  fortifiant  ce  comptoir,  un  tel  établissement  ne  provoque  des  mur- 
mures et  des  plaintes  dont  ses  ennemis  profiteraient  pour  ruiner  son 
crédit. 

(Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 

368.  —  Paris^  3  septembre  i786,  —  Provisions  de  Consul  général  à 
Tunis  en  faveur  du  sieur  de  l'Espine  de  Chàteauneuf  ^ 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LB  M»  DE  GASTRIES  A  D^ESPARRON. 

369.  —  Versailles,  3  septembre  1786,  —  On  a  appris  avec  satis- 
faction le  mariage  de  Sidi  Mustapha  avec  la  sœur  du  Bey.  On  autorise  le 
Vice-Consul  à  lui  offrir  au  nom  du  Roi,  à  cette  occasion,  la  cassolette 
d^or  que  M.  du  Rocher  lui  a  laissée  en  prévision  de  cet  événement. 

[Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f,  S85.) 

•      •  •  • 

370.  —  Versailles,  /"  octobre  1786. —  Circulaire  aux  Consuls  du 
Levant  et  de  Barbarie,  pour  leur  annoncer  la  décision  de  Sa  Majesté 
qui  défend  toute  espèce  de  dépenses  à  l'occasion  des  relâches  des  bâti- 
ments du  Roi  dans  les  Échelles. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  437,) 
i.  Voy.  la  note  1,'p.  458. 


160       CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DBS  CONSULS      [1786] 

D*BSPARR01f  AU  M»  DE  CASTBIBS. 

371.  —  Tîinw,  10  octobre  1786.  —  Le  Vice-Consul  a  inutilemeDl 
renouvelé  ses  démarches  auprès  de  Sidi  Mustapha-Khodja,  relatÎT^ement 
au  rétablissement  du  Cap-Nègre  projeté  par  la  Compagnie  d'Afrique  par 
Tentremise  de  Peyron,  agent  k  Tabarque. 

{Affaires  éirangères,  C'*»  de  Tunis,) 
LOUIS  XVI  A  ALI,  BBY  DE  TUNIS. 

372.  —  Versaillez^  8  décembre  1786.  —  «  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Des  circonstances  relatives  à  notre  service  dans  les  Etats  du  Roi  de 
Maroc  ayant  exigé  que  nous  nommassions  auprès  de  ce  Prince  un 
officier  déjà  exercé  dans  la  carrière  des  Consulats  et  habitué  aux  usages 
de  la  Barbarie,  nous  avons  jeté  les  yeux  sur  le  sieur  du  Rocher,  dont 
la  prudence  consommée  nous  est  d'autant  plus  connue  qu*eUe   loi 
avait  mérité  vos  bontés.  Les  mêmes  principes  ont  dû  guider  le  choix 
que  nous  avons  fait  pour  remplacer  le  sieur  du  Rocher,  et  nous  dous 
sommes  déterminé  à  envoyer  devers  vous  le  sieur  de  Chàteauneuf,  en 
qualité  de  notre  Consul  et  Chargé  de  nos  affaires  et  pour  résider  avec 
ces  titres  dans  votre  Cour.  Nous  lui  avons  adressé  à  cet  effet  nos  ins- 
tructions, avec  ordre  de  vous  assurer  de  notre  haute  bienveillance: 
nous  Ta  vous  chargé,  en  même  temps,  de  vous  remettre  cette  lettre 
pour  Taccréditer  auprès  de  vous.  Vous  pouvez  ajouter  entière  foi  et 
créance  à  tout  ce  qu*il  vous  dira  en  notre  nom,  soit  pour  tout  ce  qui 
regarde  notre  service,  soit  pour  tous  les  objets  relatifs  aux  intérêts  de 
la  nation  française  dans  votre  pays.  Sur  ce,  nous  prions  Dieu,  illustre 
et  magnifique  Seigneur,  qu*il  vous  ait  en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
LE  M**  DE  CASTRIBS  A  ALI,  BEY  DE  TUNIS. 

373.  —  Versaiilesj  8  décembre  1786.  —  «  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

La  bonne  intelligence  et  Tamitié  qui  de  tous  les  temps  ont  uni  les 
Ëtats  musulmans  et  l'Empire  de  France,  et  quelques  circonstances 
particulières  ayant  exigé  la  mission  au  Maroc  d'un  officier  instruit  de 
Tusage  de  la  Barbarie,  l'Empereur  mon  mattre  a  choisi  pour  cet  objet 
le  sieur  du  Rocher,  dont  la  sagesse  et  la  bonne  conduite  avaient  été 
remarquées  et  distinguées  pendant  sa  résidence  à  votre  Cour.  Sa 
Majesté  Impériale  m'ayant  ordonné  en  conséquence  de  m^occuper  du 
choix  d'un  sujet  propre  à  remplacer  le  sieur  du  Rocher  auprès  de  vous, 


[1787]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  161 

Je  lui  ai  proposé  le  sieur  de  Chàteauneuf,  qui  a  été  employé  dès  sa  plus 
tendre  jeunesse  dans  les  Consulats  du  Levant,  et  dont  les  sentiments  et 
les  talents  ont  été  trop  éprouvés  pour  craindre  qu'il  ne  justifie  pas  la 
l>onne  opinion  que  j'en  ai  toujours  eue  et  vos  bontés  que  je  vous 
demande  pour  lui.  Il  a  su  mériter  dans  toutes  les  Echelles  où  il  a  servi 
les  suffrages  de  ses  supérieurs,  et  Sa  Majesté  Impériale,  en  le  chargeant 
de  ses  affaires  auprès  de  vous  et  du  Consulat  général  de  France  dans 
votre  Royaume,  a  voulu  vous  montrer  tout  le  désir  qu'elle  a  d'entre- 
tenir la  bonne  harmonie  qui  est  établie  entre  ses  sujets  et  les  vôtres. 
Le  sieur  de  Chàteauneuf  a  les  connaissances  et  les  qualités  néces- 
saires pour  remplir  à  votre  satisfaction  les  instructions  de  Sa  Majesté 
Impériale,  et  vous  le  reconnaîtrez  bientôt  dans  l'usage  qu'il  fera  des 
pouvoirs  que  l'Empereur,  mon  maître,  lui  a  confiés  en  l'accréditant 
auprès  de  vous  par  une  lettre  de  sa  main  impériale. 

Il  se  rendra  en  droiture  à  Tunis  sur  un  bâtiment  de  Sa  Majesté 
Impériale,  et  y  demeurera  chargé  de  toutes  les  affaires  de  l'Empereur 
et  des  intérêts  relatifs  h  son  pavillon  et  à  ses  sujets  dans  toute  l'étendue 
de  vos  Ëtats.  Votre  attention  à  maintenir  les  traités  et  h  conserver  aux 
Consuls  de  France  les  droits  de  leur  place  rendent  superflue  la 
demande  que  je  vous  ferais  d'en  assurer  la  pleine  et  libre  jouissance 
au  sieur  de  Chàteauneuf.  Je  me  borne  k  le  recommander  particulière- 
ment à  vos  bontés  pour  tout  ce  qui  peut  intéresser  son  service. 

Vous  ne  devez  point  douter,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  de  mon 
empressement  à  faire  valoir  auprès  de  l'Empereur,  mon  maître,  tout  ce 
que  vous  ferez  pour  le  bien  de  notre  commerce,  de  notre  navigation, 
et  à  saisir  toutes  les  occasions  de  vous  prouver  la  considération  distin- 
guée avec  laquelle  je  suis  véritablement,  illustre  et  magnifique  Seigneur, 
Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  étrangères ^  Levant  et  Barbarie ^  /*.  52 f.) 
LE  M'"  DE  CASTBIES  A  D'ESPARRON. 

374.  —  Versailles,  /•'  février  1787.  —  Sa  Majesté  a  daigné  avoir 
égard  aux  dépenses  extraordinaires  qui  ont  été  occasionnées  au  sieur 
Adanson,chancelier-drogman  de  Tunis,  par  son  déplacement  d'Alexan- 
drie à  son  nouveau  poste,  et  lui  a  accordé  une  indemnité  de  600  livres. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie ,  f.  SO.) 
DR  CHATEAUNEUF  AU  M*>  DE  CASTRIES. 

376.  —  Tunis,  iO  février  1787,  —  Le  nouveau  Consul  est  arrivé  à 
son  poste  le  4  courant,  et  M.  d'Esparron  lui  a  fait  remise  du  service 

11 


162  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  Tifi 

suivant  les  règles  ordinaires.  Il  a  été  reçu  en  audience  par  le  Bey  et  c'a 
eu  qu*à  se  louer  de  Taccueil  affectueux  dont  il  a  été  Tobjet. 

(Affaires  étrangéret^  C^*  de  Tunû,) 
DE  CHATEAUICEUF  AU  H>'  DE  CASTRIES. 

376.  —  Tunis^  1 6  février  il  81.  —  Le  Consul  général,  avant  de  prendre 
audience  du  Bey,  voulut  se  renseigner  au  sujet  des  formes  qui  devaient 
être  observées.  Ni  la  correspondance  ni  les  registres  de  la  chancellerie 
n'ont  pu  Tédifier  &  cet  égard;  il  prit  donc  le  parti  de  faire  demandera 
Sidi  Mustapha  quel  serait  le  cérémonial.  Le  Ministre  régla  lui-même 
tous  les  détails  de  l'étiquette.  Une  note  exacte  en  a  été  dressée  pour 
servir  de  règle  de  conduite  à  Tavenir. 

{Affaires  étrangères ^  C**«  de  Tunis.) 
DE  CHATEAUNBUF  AU  H'>  DE  CASTRIES. 

377.  —  Tunis,  1  i  mars  il S7.  —  Depuis  longtemps  aucun  arm^ 
ment  du  Roi  ne  s'est  présenté  dans  les  ports  de  cette  Régence.  Persuade 
que  la  présence  de  ces  armements  ne  pourrait  que  produire  uo  bos 
effet  en  donnant  aux  Musulmans  L'idée  de  la  puissance  de  Sa  Mayesk. 
le  Consul  demande  que  les  frégates  envoyées  en  Levant  se  réunissent 
à  Tunis  à  leur  départ  et  à  leur  retour. 

Le  Consul  rend  compte  au  Ministre  d'une  visite  que  Sidi  MusUpba 
est  venu  lui  faire  au  Fondouk.  Il  n'était  pas  venu  depuis  dix  ans  ^  la 
résidence  consulaire. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
LE  M*'  DE  CASTRIES  A  DE  CHATBAUNEUF. 

378.  —  Versailles,  25  mars  i787.  —  On  l'exhorte  à  cultiver  aveele 
plus  grand  soin  les  bonnes  dispositions  que  le  Bey  lui  a  témoignées. 

(Affaires  étrangères,  levant  et  Barbarie,  f.  S7.) 
HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  AU  M*'  DE  CASTRIES. 

379.  —  Tunis,  6  avril  il 81.  —  «  Nous  avons  l'honneur  de  vous  repré- 
senter que  Tune  des  galiotes  de  notre  Régence,  après  être  restée  quatre 
jours  à  Toulon  et  en  être  sortie  par  vent  de  sud-est,  s'étant  trouvée  sur 
l'tle  de  Caprera,  avait  rencontré  une  barque  génoise  à  trois  ou  quatre 
milles  de  cette  terre,  vers  la  partie  du  sud,  qu'elle  l'avait  amarinée,el 
que,  des  huit  Génois  qui  composaient  l'équipage  de  cette  prise,  deux 
étaient  tombés  à  la  mer  et  les  six  autres  avaient  heureusement  gagné  le 
bord  du  corsaire.  Ces  six  esclaves,  ayant  été  amenés  à  Tunis  et  a>^Dt 
pris  conseil  des  autres  captifs  de  la  Régence,  déclarèrent,  en  présence 
de  votre  Consul,  que  le  rets  tunisien  avait  enlevé  leur  bâtiment  dans  les 


[1787]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  163 

eaux  de  la  Corse  et  que,  des  deux  hommes  de  leur  bord  qui  s*étaient 
jetés  à  la  mer,  l'un  s'était  noyé  et  Tautre  avait  atteint  à  la  nage  la 
côte  de  cette  île. 

Votre  Consul,  se  prévalant  de  cette  déclaration  des  Génois,  les  a 
réclamés.  Sur  quoi,  nous  avons  fait  comparaître  le  reïs  et  tous  les 
gens  de  son  équipage,  et,  les  ayant  interrogés  sur  le  fait  en  litige,  ils 
répondirent  d'une  voix  unanime,  après  avoir  fait  serment  de  dire  la 
vérité,  que  la  susdite  barque  génoise  avait  été  prise  par  eux  à  la 
dislance  de  trois  à  quatre  milles  de  Tlle  de  Caprera  et  au  sud  de  cette 
terre;  que  les  vents  contraires  les  avaient  ensuite  forcés  à  relâcher  en 
Corse;  qu'ils  y  avaient  séjourné  quatre  à  cinq  jours;  qu'ils  y  avaient 
été  bien  accueillis  par  les  habitants;  que  s'il  était  vrai  que  la  prise  eût 
été  faite  dans  les  eaux  de  la  Corse  et  que  l'un  des  deux  Génois  tombés 
à  la  mer  se  fût  sauvé  sur  cette  ile,  il  aurait  informé  de  ces  particula- 
rités les  Corses,  qui  n'auraient  pas  manqué  d'arrêter  les  capteurs. 

Indépendamment  de  cette  déposition  générale  de  notre  rels  et  de  tout 
Téquipage^  nous  avons  encore  celle  du  capitaine  et  de  tous  les  matelots 
d'un  navire  corse,  arrivé  à  Tunis  quatre  mois  après  le  retour  des  pre- 
miers déposants.  Ces  derniers,  ayant  été  interpellés  dans  notre  Divan 
sur  les  articles  de  la  déclaration  des  Génois,  protestèrent  n'avoir  rien 
entendu  dire  de  semblable,  ni  à  Bastia,  d'où  ils  venaient,  ni  ailleurs. 

Notre  même  galiote  ayant  fait,  dans  Tintervalle,  une  seconde  sortie 
et  la  prise  d'une  barque  de  Caprera,  nous  avons  interrogé  les  six  Câpre- 
rois  qui  avaient  été  faits  esclaves  sur  ce  bâtiment;  leur  réponse  a  été 
la  même  que  celle  des  Corses,  et  ils  ont  assuré  n'avoir  rien  ouï  dire 
qui  eût  trait  à  la  première  affaire,  ni  en  Corse,  ni  dans  leur  propre 
pays. 

Nous  avons  aussi  fait  appeler  à  notre  Divan  le  Consul  de  France  et 
notre  reïs.  Celui-ci  y  a  dit  qu'il  était  prêt  à  se  rendre  en  France,  à  y 
plaider  sa  cause  en  votre  présence  et  à  subir  le  châtiment  que  vous 
jugeriez  à  propos  de  lui  infliger,  s'il  était  prouvé  qu'il  se  fût  réellement 
permis  l'attentat  qui  a  été  mis  à  sa  charge.  Le  Consul,  rejetant  cette 
offre,  a  pris  sur  lui  d'en  rendre  compte  à  Votre  Excellence,  ainsi  que 

de  tous  les  rapports  qu'il  avait  entendus. 

Nous  n'avons  qu'à  nous  louer  de  l'attention  suivie  que  vous  voulez 
bien  accorder  à  toutes  les  affaires  qui  nous  concernent.  Nous  n'avons 
aucun  reproche  à  faire  à  votre  Consul  sur  ce  point;  mais  nos  ennemis 
communs  ne  cessent  d'altérer  les  relations  de  ce  qui  se  passe,  et, 
malheureusement  pour  nous,  il  n'existe  près  de  Votre  Excellence  ni 


i64  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [ITSTJ 

résident  de  Tunis,  ni  Musulman,  qui  nous  soit  affidé  et  qui  puisse, 
dans  Toccasion,  lui  faire  les  représentations  nécessaires.  Votre  Excel- 
lence est  notre  seul  ami,  et  nous  avons  appris  depuis  longtemps  et  par 
notre  propre  expérience  qu'elle  sait  démêler  la  vérité,  qu*elle  rend 
justice  à  qui  elle  est  due  et  qu'elle  ne  donne  ni  consentement  ni  faveur 
aux  demandes  indécentes  et  iniques. 

C'est  dans  cette  conviction  que  nous  osons  vous  rappeler  que,  sous 
le  règne  glorieux  de  feu  notre  auguste  père.  Tan  1193  de  Thégire,  qd 
de  nos  corsaires  ayant  pris  à  30  milles  de  Ttle  de  Gennara,  dépendante 
de  celle  de  Sardaigne,  un  navire  génois,  après  un  combat  qui  coûta  la 
vie  à  deux  Musulmans,  et  ayant  conduit  cette  prise  &  Tunis,  elle  fut 
rendue  sur  les  réclamations  de  la  France  et  par  pure  considératJoo 
pour  cette  Cour,  quoique  la  prise  nous  appartînt  personnellement. 

L'année  suivante,  un  autre  de  nos  corsaires  s'étant  emparé,  dans  le 
canal  de  Malte,  d'une  polacre  livournaise  chargée  de  blé  et  armée 
de  dix-sept  hommes  de  diverses  nations,  M.  du  Rocher,  qui  résidait 
auprès  de  mon  père  en  qualité  de  Consul  de  France,  prétendit  que  celte 
polacre  était  française.  Quoique  sa  cargaison  eût  déjà  été  vendue,  le 
produit  en  argent  fut  restitué  à  ce  Chargé  d'affaires,  et  notre  Gis  Sidi 
Mustapha-Khodja  perdit  dans  cette  occasion  6,000  piastres,  parce  que 
c'était  lui  qui  avait  fait  les  frais  de  l'armement. 

Une  infinité  d'autres  prises  ont  été  rendues  à  la  France;  mais  voici 
l'objet  de  nos  réclamations  : 

Un  de  nos  corsaires,  qui  avait  établi  sa  croisière  dans  les  eaux  du 
Pape,  s'étant  rendu  maître  d'un  vaisseau  chargé  de  fèves  et  dont 
l'équipage  s'était  évadé,  mit  sur  cette  prise  la  moitié  de  son  propre 
équipage  et  s'approcha  de  la  Corse,  forcé  par  les  vents  contraires.  Il 
était  très  voisin  de  la  côte,  lorsqu'il  aperçut  l'armateur  génois 
Mazoni,  qui  était  sorti  de  Porto-Vecchio.  Notre  reïs  et  sa  prise,  pou> 
suivis  par  cet  ennemi,  se  retirèrent  sous  la  Corse,  au  point  d'en  distio- 
guer  les  habitants,  qui  étaient  sur  le  rivage;  malgré  cet  avantage, 
l'armateur  génois  amarina  notre  rets  et  sa  prise  et  les  conduisit  à 
Gènes.  Les  Tunisiens  y  jetèrent  les  hauts  cris  et  prétendirent  qu'ils  ne 
pouvaient  point  être  regardés  comme  de  bonne  prise,  puisqu'ils  avaient 
été  enlevés  sur  la  Corse,  qui  est  un  pays  de  la  domination  de  l'Empe- 
reur de  France.  Cette  considération  tint,  pendant  quatre  mois,  le 
Sénat  dans  l'incertitude;  ils  ne  furent  point,  durant  cet  intervalle, 
regardés  comme  esclaves  et  on  ne  les  fit  point  travailler;  mais,  ce 
terme  étant  expiré  sans  qu'il  y  eût  des  réclamations  officielles,  ils 
furent  déclarés  esclaves.  Deux  d'entre  eux  s'étant  sauvés  sur  les  terres 


[1787]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  165 

de  France,  un  autre  ayant  été  envoyé  en  pur  don  au  Roi  de  Maroc,  et 
deux  autres  s'étant  retirés  furtivement  à  bord  d'un  vaisseau  anglais, 
ils  parvinrent,  au  nombre  de  cinq,  à  regagner  leur  patrie  et  y  firent 
dresser  en  justice  un  acte  que  nous  joignons  ici,  et  qui  contient  les 
détails  dans  lesquels  nous  sommes  entré  plus  haut. 

Une  de  nos  galiotes,  stationnée  Tannée  précédente  dans  les  mêmes 
parages,  s'étant  emparée  de  nuit  d'une  polacre  génoise  dont  la  felouque 
s'était  sauvée  et  dans  laquelle  il  n'était  resté  que  sept  hommes,  fit 
passer  à  bord  de  cette  prise  onze  Musulmans;  la  galiote  fut  séparée 
par  un  coup  de  vent  de  la  polacre,  qui  courut  pendant  la  nuit  sur  la 
Sardaigne  et  fut  ensuite  obligée  de  faire  vent  arrière  sur  la  Corse.  Elle 
n*en  était  éloignée  que  d*une  petite  portée  de  canon,  lorsqu*elle  fut 
rencontrée  par  la  frégate  du  Roi  de  Sardaigne,  amarinée  et  conduite  à 
Gagliari.  Les  Musulmans  esclaves  dans  cette  ville  se  joignirent  aux 
Tunisiens  pour  former  une  déposition  qui  a  été  ensuite  revêtue  par  la 
justice  de  Tunis  de  toutes  les  formes  requises,  et  nous  en  joignons  ici 
la  copie. 

Nous  espérons  qu'à  l'arrivée  de  ces  deux  pièces  Votre  Excellence 
voudra  bien  nous  faire  droit  et  nous  donner  de  nouvelles  marques  de 
Tamitié  et  de  l'estime  qu'elle  nous  porte.  Elle  peut  être  persuadée  que 
nos  sentiments  pour  la  France  sont  toujours  les  mêmes  et  que  nous 
distinguons  cette  Cour  de  toutes  les  autres  qui  sont  en  paix  avec  nous; 
aussi  osons-nous  présumer  que  les  liens  qui  unissent  nos  sujets 
respectifs  se  resserreront  de  plus  en  plus  et  que  notre  bonne  intelli- 
gence, loin  de  s'altérer,  prendra  de  jour  en  jour  plus  d'extension.  Au 
surplus,  puissiez-vous  vivre  éternellement  I  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères ^  C"  de  Tunis.) 

DE  CHATEAUNEUF  AU  M''*  DE  CASTHIES. 

380.  —  Tunis j  i  2  avril  /  7  8  7.  —  Le  fils  de  l'Empereur  du  Maroc  vient 
d'arriver  à  Tunis  avec  sa  mère,  deux  de  ses  femmes  et  un  enfant.  Sa 
suite  est  de  soixante-dix  personnes  environ,  mais  on  prétend  qu'un 
camp  de  2,000  hommes  le  suit  à  quelque  distance.  Ce  Prince  veut 
Qoliser  un  bâtiment  pour  se  rendre  à  Alexandrie. 

{Affaires  éirangèi^es,  C*  de  Tunis,) 
LE  M^"  DE  CASTRIES  A  D*£SPARR0N  ^ 

381.  —  Versailles,  i 5  avril  1787.  —  On  lui  exprime  la  satisfaction 
de  Sa  Majesté  pour  la  manière  dont  il  a  géré  l'intérim  du  Consulat  de 

i.  Voy.  la  note  1,  p.  146. 


166  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i7(?i; 

Tunis.  La  Chambre  de  commerce  de  Marseille  a  reçu  Tordre  de  le  rem- 
bourser de  toutes  ses  avances. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f,  i09.) 
LE  H'«  DE  CASTRIES  A  DB  CHATEAUNEUF. 

382.  —  Versailles,  iô  avinl  1787.  —  «  La  démarche  de  Sidi  Mus- 
tapha, en  vous  faisant  le  premier  une  visite,  ne  laisse  aucun  doute  sur 
la  constance  de  ses  dispositions  favorables  envers  les  Français.  J^aurab 
désiré  que  vous  eussiez  prévenu  ce  principal  Ministre  du  Bey,  pour  ne 
pas  vous  exposer  au  reproche  obligeant,  mais  fondé,  que  vous  Tavez 
mis  dans  la  nécessité  de  vous  faire...  Il  vous  sera  facile  d'entreteoirsa 
bienveillance.  » 

On  Tentrelient,  en  outre,  de  quelques  réclamations  du  Bey,  et  do 
prochain  départ  de  Tescadre  vénitienne. 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  /l  HO») 
HAHOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  AU  M*'  DE  CASTRIES. 

383.  —  Tunis,  2i  avril  17 87.  —  «  Après  avoir  formé  les  voeux  le> 
plus  ardents  pour  votre  prospérité,  nous  avons  rhonneur  de  faire 
savoir  à  Votre  Excellence  qu'en  conséquence  de  Tamitié  qui  nous  unit 
à  elle  et  de  la  bonne  intelligence  qui  règne  depuis  un  temps  immé- 
morial entre  les  deux  empires,  nous  cherchions  avec  empressement 
Toccasion  de  vous  entretenir,  lorsque  nous  en  avons  trouvé  le  moyen 
dans  le  départ  de  M.  d'Esparron,  Vice-Consul  chargé  des  affaires  da 
Consulat  de  Tunis.  Cet  officier  ayant  terminé  à  notre  satisfaction  réci- 
proque sa  mission  intérimaire,  après  avoir  installé,  suivant  Tusage. 
votre  nouveau  Consul,  se  dispose  à  retourner  en  France.  Nous  tous 
prions  de  lui  accorder  vos  bontés  et  de  lui  témoigner  tout  le  contente- 
ment que  nous  avons  de  ses  services,  en  prenant  en  considération  les 
demandes  qu'il  pourra  vous  faire;  nous  regarderons  comme  faits  à 
nous-méme  tous  les  bienfaits  qu'il  recevra  de  Votre  Excellence. 

C'est  dans  la  double  vue  de  solliciter  votre  protection  en  sa  faveur  et 
de  nous  informer  de  Tétat  de  votre  santé  que  nous  vous  avons  adressé 
cette  lettre;  nous  espérons  qu'elle  vous  sera  une  nouvelle  preuve  de 
Testime  et  de  l'attachement  que  vous  nous  avez  inspirés,  et  qu'elle  oe 
fera  qu'augmenter  la  bonne  intelligence  qui  lie  les  sujets  respectifs  de 
l'Empereur  de  France  et  de  la  Régence  de  Tunis;  c'est  là  l'objet  de 
tous  nos  désirs.  Puissiez-vous  être  éternellement  heureux  I  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

LE  M*>  DE  CASTRIES  A  DE  CHATEAUNEUF. 

384.  —  Versailles,  22  avril  1787.  — On  l'autorise  à  garder  les  deux 


[1787]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  167 

bijoux  qui  lui  ont  été  remis  par  le  sieur  d'Esparron  et  les  2,000  livres 
qxii  devaient  servir  à  la  réparation  de  la  maison  de  campagne  qu'ont 
habitée  ses  prédécesseurs. 

On  s*est  plaint  que  le  Bey  eût  fait  ordonner  aux  corsaires  récemment 
sortis  de  Tunis  d'aller  vendre  à  Marseille  les  prises  qu'ils  pourront  faire 
pendant  leurs  courses.  Comme  cette  mesure  est  très  désagréable  au 
Roi,  à  cause  de  la  bonne  intelligence  dans  laquelle  Sa  Majesté  vit  avec 
les  Puissances  qui  sont  en  guerre  avec  la  Régence,  il  faut  tâcher  d'en 
détourner  l'exécution...  lUui  est  recommandé  de  seconder  par  ses  bons 
offices,  sans  nuire  toutefois  à  ses  fonctions,  le  négociateur  que  l'Espagne 
va  envoyer  à  Tunis  *. 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  /*.  1^9.) 
DE  CHATBAUNBUF  AU  M»  DE  CASTRIES. 

385.  —  Tunis j  3  juin  i  787.  —  L'alarme  se  répand  ici  sur  la  nouvelle 
que  le  Bey  de  Gonstantine,  de  cjncert  avec  le  Dey  d'Alger,  se  prépare 
h  faire  marcher  des  troupes  contre  Tunis.  Un  bâtiment  vient  de  partir 
pour  porter  au  Dey  d'Alger  le  présent  annuel  *.  Le  Consul  demande  à 
être  autorisé  à  affecter  une  somme  de  600  livres  par  an  à  l'entretien  de 
la  voiture  consulaire,  dont  l'usage  constitue  une  prérogative  qu'il  est 
bon  de  conserver. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 
LE  M''  DE  CASTRIES  A  DE  GHATEAUNEUF. 

386.  —  Versailles,  il  juin  il  ST.  —  Au  sujet  du  pillage  commis  par 
des  habitants  de  la  côte  de  Tunis  sur  le  bâtiment  du  capitaine  Thiellens, 
qui  y  était  naufragé. 

LE  M*'  DE  CASTRIES  A  DE  GHATEAUNEUF. 

387.  —  VersailieSj  24  juin  il 81.  —  On  lui  envoie  la  réponse  du 
Ministre  au  Bey,  concernant  l'enlèvement  par  les  Tunisiens  d'une  gon- 
dole génoise.  On  le  charge  d'insister  fortement  auprès  du  Prince  sur 
les  relâches  trop  fréquentes  des  Tunisiens  dans  les  parages  de  la  Corse* 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  /".  209.) 

1.  L'Espagne  avait  entamé,  en  février  1186,  des  négociations  de  paix  qui  ne 
devaient  aboutir  qu'en  1791.  Le  comte  d'Expilly  avait  envoyé  d'Alger  à  Tunis  le 
sieur  Basaltni,  qui  avait  obtenu  du  Bey  une  trêve  de  six  mois.  Peu  après  le  sieur 
Scier,  puis  un  troisième  agent,  Pedro  Suchuita,  avaient  été  chargés  des  mêmes 
négociations  et  n'avaient  réussi  qu'à  prolonger  la  trêve. 

2.  La  rivalité  perpétuelle  entre  Algériens  et  Tunisiens  avait  alors  pour  prétexte 
rémigration  en  Tunisie  d'un  certain  nombre  d'habitants  de  la  province  de  Constan- 
tine,  désireux  de  se  soustraire  aux  exactions  de  leurs  maîtres.  Hamouda-Bey,  har- 
celé par  la  guerre  des  Vénitiens,  préféra  cette  fois  encore  acheter  la  paix  à  son 
voisin,  et  sacrifier  son  amour-propre  aux  intérêts  de  la  Régence. 


168  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1187. 

LB  M'*  DE  CASTRIBS   A  HAMODDA,  BBY  DE     TUNIS. 

388. —  Versailles,  ^4  juin  il  SI. — «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

J*ai  reçu  avec  une  joie  inexprimable  la  lettre  que  vous  m'avez  fail 
rhonneur  de  m'écrire*  .  J'y  ai  trouvé  des  preuves  touchantes  de  la 
sincérité  de  vos  vœux  pour  la  perpétuité  de  la  bonne  harmonie,  de  ros 
respectueux  attachements  pour  TEmpereur  mon  maître,  de  FesUme 
particulière  que  vous  voulez  bien  m'accorder  et  de  labienveillancedoQt 
vous  honorez  M.  de  Chàteauneuf.  Les  relations  de  ce  Chargé  d'affaires, 
en  me  confirmant  dans  la  haute  opinion  que  j'ai  de  vos  sentiments, 
mettent  le  comble  à  ma  satisfaction. 

Je  suis  bien  flatté  de  la  marque  de  confiance  que  vous  me  donnez  eu 
déférant  à  mon  jugement  l'affaire  de  la  gondole  génoise  Notre-Damedu- 
Mont^  commandée  par  le  patron  Ambroggio  Costa,  enlevée  la  nuit  du  29 
au  30  juillet  dernier  par  un  corsaire  tunisien,  et  que  Sa  Majesté  avail 
chargé  M.  d'Esparron  et  M.  de  Chàteauneuf  de  réclamer  de  votre  justice, 
ainsi  que  les  effets  qui  y  étaient  embarqués  et  les  gens  de  son  équipage. 

J'ai  lu  en  conséquence  et  examiné  avec  la  plus  scrupuleuse  atten- 
tion les  dépositions  respectives  du  corsaire  capteur  des  six  Génois  pris 
sur  la  gondole  et  conduits  à  Tunis  et  d'un  septième  qui,  s'étantjeté  àla 
mer,  avait  eu  le  bonheur  de  gagner  la  terre  de  Corse.  Toutes  ces  décla- 
rations, parfaitement  semblables  pour  tout  le  reste,  ne  diffèrent  entre 
elles  que  sur  la  distance  de  cette  île  à  laquelle  le  navire  avait  été 
amariné;  mais  la  proximité  est  invinciblement  prouvée  par  la  faci- 
lité qu'a  eue  le  matelot  fugitif  à  atteindre  un  bâtiment  mouillé  dansao 
port  de  la  Corse.  La  protestation  contraire  du  reïs  est  fondée  sut  ce 
qu'un  capitaine  corse,  arrivé  à  Tunis  quatre  mois  après,  et  un  patron 
caprerois,  fait  esclave  encore  postérieurement  à  cet  incident,  assurait 
n'en  avoir  entendu  parler  ni  en  Corse,  ni  nulle  part  ailleurs  ;  ce  ne  sont 
que  des  assertions  gratuites  ou  des  déductions  trop  faibles  pour  tenir 
contre  un  fait  constaté  par  des  procès- verbaux  dressés  au  siège  de  l'Ami- 
rauté d'Ajaccio.  Je  vous  supplie  de  vous  faire  représenter  les  pièces 
dont  le  Consul  général  est  muni.  Je  suis  persuadé  que  vous  ne  vons 
refuserez  pas  à  leur  évidence,  et  c'est  dans  cette  conviction  que  je  crois 
devoir  dissimulera  Sa  Majesté  les  délais  qu'a  éprouvés  la  restitution  de 
la  gondole  génoise  et  des  hommes  de  son  équipage.  J'aime  mieux 
laisser  l'Empereur  mon  maître  dans  la  plus  parfaite  sécurité  sur  la 
définition  d'un  objet  qui  ne  peut  point  manquer  d*être  terminé. 

1.  Voy.  p.  162. 


[1787]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  169 

Je  lui  laisse  également  ignorer  les  réclamations  tardives  qui  ont  été 
notiûées  officiellement  à  M.  d*Esparron,  et  dont  Votre  Excellence  me 
rappelle  les  époques  dans  ses  dépêches,  en  y  joignant  des  actes  passés 
dans  les  tribunaux  de  Tunis.  Je  me  suis  fait  rendre  compte  de  ces 
demandes;  elles  sont  relatives  à  deux  galiotes  armées  en  course  à  Tunis 
et  qui  avaient  eu  le  malheur  de  tomber  avec  leurs  prises  au  pouvoir 
l'une  d*un  armement  génois  et  Tautre  de  la  frégate  sarde.  Les  corsaires 
de  Tunis  prétendent  avoir  été  pris  sur  les  côtes  de  la  Corse,  mais  aucun 
d^eux  n'en  fournit  la  preuve.  II  s'est  passé  cinq  ans  entre  le  premier  de 
ces  faits  et  le  recours  actuel  des  intéressés,  et  le  véritable  résultat  est 
que  les  armateurs  de  Tunis  ne  cessent  d'établir  leur  croisière  sur  les 
parages  de  la  Corse,  ce  qui  gêne  le  commerce  des  sujets  de  Sa  Ma- 
jesté, intercepte  la  liberté  de  la  navigation  dans  les  eaux  de  sa  domi- 
nation et  tient  les  habitants  dans  de  continuelles  appréhensions  de  la 
maladie  contagieuse.  Je  me  proposais  depuis  longtemps  de  dénoncer 
à  Votre  Excellence  ces  désordres  prévus  par  Tarticle  III  du  sup- 
plément fait  au  traité  du  9  novembre  174*2,  et  j'espère  de  son  équité 
qu'elle  voudra  bien  renouveler  à  cette  occasion  ses  défenses  et 
inhibitions  à  ses  corsaires,  et  me  savoir  gré  d'avoir  tu  à  l'Empereur 
mon  maître  des  faits  surannés,  dont  la  discussion  eût  sans  doute  fixé 
l'attention  de  Sa  Majesté  Impériale  sur  les  infractions  journalières  des 
Tunisiens. 

Je  devais  d'ailleurs  cette  réticence,  en  raison  des  procédés  généreux 
que  les  armements  de  Tunis  n'ont  cessé  de  trouver  dans  les  ports  de  la 
Corse,  à  la  mémoire  des  vertus  de  votre  magnifique  père,  de  la  droiture 
de  vos  sentiments  et  de  vos  heureuses  dispositions,  qui  me  sont  bien 
connues,  à  observer  fidèlement  les  traités  et  à  resserer  de  plus  en  plus 
les  liens  de  l'amitié  qui  unissent  les  deux  puissances.  C'est  une  justice 
que  je  ne  me  lasserai  pas  de  rendre  à  Votre  Excellence  auprès  de  l'Em- 
pereur mon  maître,  et  vous  ne  devez  point  douter  de  mon  empresse- 
ment à  faire  tout  ce  qui  peut  vous  être  agréable  et  à  vous  donner  les 
témoignages  les  plus  convainquants  de  la  haute  estime  avec  laquelle  je 
suis,  etc.  » 

{Archives  de  la  Régence,  Palais  Dar-el-Bey  (Registre  n.  S,  p,  480,  carton  n.  6, 
Marine,  1Î9-181Î.) 

LE  M'>  DE  CASTRIES  A  DE  GHATBAUNBUF. 

389.  —  Versailles,  8  juillet  1787,  —  Il  devra  tenir  la  Cour  exacte- 
ment au  courant  de  l'expédition  dont  le  Bey  s'est  réservé  le  commande- 
ment pour  réduire  les  Arabes  tributaires  du  royaume  de  Tunis,  qui 


no  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [lT87j 

persistent  dans  leur  refus  de  payer  leurs  redevances  à  leur  soave- 
rain  *. 

Sa  Majesté  lui  alloue  500  livres  pour  la  voiture  qu'il  est  obligé  d'en- 
tretenir afin  d*aller  au  Bardo. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  f.  iS9.) 
DE  GHATEAUNEUF  AU  M*«  DE  CASTRIES. 

390.  —  7unî5,  6  septembre  1787.  —  Sidi  Mustapha  demande  à  êtr? 
autorisé  k  faire  acheter  dans  les  magasins  de  Toulon  10,000  briques 
propres  à  construire  des  fours  et  deux  trousseaux  pour  les  moules  a 
canon  dont  il  a  besoin  pour  établir  une  fonderie. 

Une  frégate  vénitienne  a  paru  hier  à  La  Goulette.  La  trêve  expire  le 
15  courant. 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 

■ 

LE  C^^  DE  MONTMORIN  A  UAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

391.  —  Versailles^  22  septembre  1787,  —  «  Très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur, 

L^Empereur  mon  maître,  ayant  jugé  à  propos  de  recevoir  la  démission 
du  marquis  de  Gastries,  a  bien  voulu  me  choisir  en  même  temps  dans 
le  nombre  des  Ministres  qui  composent  son  Conseil  suprême  pour  me 
confier  par  intérim  le  département  de  la  marine.  Sa  Majesté  Impériale 
m'a  ordonné  de  vous  en  faire  part  en  vous  renouvelant  à  cette  occa- 
sion les  assurances  de  son  amitié  et  de  sa  haute  bienveillance,  l^ 
intentions  de  Sa  Majesté  Impériale  ne  pouvant  être  plus  favorables 
pour  conserver  la  paix  et  la  meilleure  intelligence  avec  vous,  je  m'em- 
presserai toujours  d'en  resserrer  les  liens,  bien  persuadé  que  j'y  trou- 
verai de  votre  part  les  mêmes  dispositions  et  le  même  intérêt.  Rien  oe 
me  sera  plus  agréable  dans  le  cours  de  mon  ministère  que  d'avoir  i 
vous  donner  de  fréquents  témoignages  démon  inclination  à  vous  servir 
auprès  de  Sa  Majesté  Impériale,  ainsi  que  de  l'attachement  sincère 
avec  lequel  je  suis  plus  que  personne,  etc.  » 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarieyf.  SSt,) 
HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  AU  C^*"  DE  MONTMORIN. 

392.  —  Tunis,.. .octobre  1787.  —  «  Après  vous  avoir  offert  l'expression 
de  notre  amitié  et  de  notre  estime,  nous  nous  empressons  de  vous  notifier 
qu'en  conformité  de  la  bonne  intelligence  qui  règne,  depuis  un  temps 
immémorial,  entre  notre  Régence  et  la  Cour  de  France,  nous  n'avons 
cessé  d'accueillir  avec  bonté  et  générosité  tous  les  Français.  Nous 

1.  Voy.  ia  note  2,  p.  167. 


[i787J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  171 

étions  dans  rattente    de  quelque  nouvelle  favorable,  lorsque  votre 

dépêche  nous  est  parvenue  et  nous  a  appris  que  le  très  grand,  trôs 

sublime  Empereur  de  France,  notre  ancien  ami,  vous  avait  confié  le 

département  de  sa  marine.  Nous  ne  saurions  vous  exprimer  toute  la 

joie  que  nous  a  causée  la  lecture  de  votre  lettre;  elle  a  suffi  pour  nous 

donner  une  idée  de  la  supériorité  de  vos  talents  et  de  vos  lumières,  à 

laquelle  seule  vous  êtes  redevable  du  choix  de  Sa  Majesté  Impériale  et 

de  votre  élévation  parmi  les  autres  Vizirs  de  ce  monarque.  Puissiez- 

vous   conserver  éternellement  ses  bonnes  grâces  et  voir  vos  désirs 

accomplis!  Celui  de  vous  féliciter  sur  votre  nouvelle  dignité,  de  nous 

informer  de  votre  précieuse  santé  et  de  vous  témoigner  nos  sentiments 

a  seul  donné  lieu  à  cette  réponse.  Au  surplus  puisse  votre  bonheur 

être  perpétuel!  » 

(Sceau)  {Affaires  étrangères^  C'"*  de  Tunis.) 

DE  CHATEAUNEUF  AU  C^«  DE  MONTMORIN  ^ 

393.  —  Tunis^  25  octobre  1787.  —  Le  Consul  s'est  plaint  au  Bey 
des  relâches  clandestines  de  ses  corsaires  dans  les  rades  foraines  de 
Tile  de  Corse.  Ce  Prince  a  promis  de  châtier  les  coupables  et  de  donner 
pour  l'avenir  les  ordres  les  plus  sévères  à  ce  sujet. 

L*escadre  vénitienne  croise  toujours  sur  les  côtes,  mais  sa  présence 
n'a  gêné  jusqu'ici  ni  la  navigation  ni  le  commerce. 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
LE  G^^  DE  MONTMORIN  A  DE  CHATEAUNEUF. 

394.  —  Versailles^  27  octobre  1787,  —  Le  Ministre  le  prie  de  renou- 
veler ses  démarches  pour  la  restitution  d'une  prise  napolitaine  dont  le 
chargement,  composé  de  bois  de  construction,  était  destiné  au  port  de 
Toulon.  On  désirerait  qu'il  pût  l'obtenir  sinon  en  nature,  du  moins 
en  argent. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  S74.) 
DE   CHATEAUNEUF  AU  C'®  DE  MONTMORIN. 

395.  — Tunis,  20  décembre  1787.  —  L'affaire  de  la  prise  génoise 
faite  par  un  corsaire  tunisien  dans  les  eaux  de  Corse  s'est  terminée 
par  la  restitution  de  cinq  esclaves  provenant  de  l'équipage  de  cette 
prise.  Quant  au  bâtiment  et  à  la  cargaison,  toute  réclamation  a  été 
inutile. 

1.  ArmaDd-Marc,  comte  de  Montmorin  de  Saint-Hérem,  maréchal  des  camps  et 
armées  du  Roi,  Ministre  plénipotentiaire  &  Trêves  de  1775  à  1777,  ambassadeur  à 
Madrid  de  1771  à  1784,  commandant  en  chef  de  la  province  de  Bretagne  en  1785, 
Secrétaire  d'Etat  des  afTaires  étrangères  le  13  février  1787.  Il  fut  chargé  par  inté- 
rim du  département  de  la  marine  le  20  septembre  1787. 


172  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  178^ 

Là  trêve  avec  l'Espagne  a  été  prolongée  de  deux  mois.  Quant  à  re$> 
cadre  vénitienne,  elle  a  quitté  ces  parages. 

(Affaires  étrangères,  C^  de  TwiU.) 
LE  C'^  DE  LA  LUZERNE  *  A  HAMOUDA,  BBY  DE  TUNIS. 

396.  —  Versailles,  29  décembre  1787,  —  a  Très  illustre  et  magoi- 
ilque  Seigneur, 

D  après  les  intentions  de  TEmpereur  mon  maître,  le  Ministre  des 
affaires  étrangères  ayant  cessé  d'administrer  les  affaires  maritimes  quir 
Sa  Majesté  Impériale  avait  remises  par  intérim  entre  ses  mains  à  la 
retraite  du  marquis  de  Gastries,  j  ai  reçu  ordre  de  Sa  Majesté  Impériale 
de  vous  informer  amiablement  de  sa  part  qu'elle  a  daigné  me  cMm 
parmi  les  officiers  généraux  de  ses  armées  pour  me  nommer  Secrétaire 
d*Etat  au  département  de  la  Marine. 

Ce  changement  ne  devant  servir  qu'à  resserrer  de  plus  en  plas  les 
liens  bien  établis  de  Tamitié  et  de  la  bonne  intelligence,  je  vous  l'ap- 
prends avec  d'autant  plus  de  plaisir  que,  n'exécutant  que  les  comman- 
dements suprêmes  de  Sa  Majesté  Impériale,  je  n'ai  à  vous  annoncer  que 
les  dispositions  les  plus  conformes  aux  avantages  que  peuvent  pro- 
mettre une  paix  et  une  union  aussi  sincères  qu'inaltérables. 

Je  désire  personnellement  pouvoir  vous  convaincre,  par  mes  services. 
du  prix  que  je  mets  à  votre  bienveillance,  et  de  mon  attention  à  tous 
donner  en  tout  temps  des  marques  de  l'attachement  aveclequel  jesuis 
plus  parfaitement  que  personne,  très  illustre  et  magnifique  Seigneur, 

Votre  très  parfait  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  /*.  429,) 
DE  CHATEAUNEUF  AU  C^  DE  LA  LUZERNE. 

307.  —  Tunis,  janvier  1788,  —  État  des  dépenses  extraordinaires 
du  Consul  de  France  pour  fournitures  de  chasse,  rafraîchissements, 
fruits,  liqueurs,  pharmacie,  pistolets  offerts  au  Bey  de  Tunis  et  à  sou 
Ministre  en  1787,  au  total  1,678  livres. 

(Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 
DE  CHATEAUNEUF  AU  G^  DE  LA  LUZERNE. 

398.  —  Tunis,  janvier  1788,  —  Envoi  de  divers  tableaux  du  com- 
merce de  Tunis  pendant  l'année  1787. 

1.  César-Louis,  comte  de  La  Luzerne,  Ministre  plénipotentiaire  à  Munich  eu 
1776,  aux  Etats-Unis  d'Amérique  en  4782,  lieutenant  général  des  armées  navales 
du  roi  et  gouverneur  des  lles-sous-Ie-Vent  (Antilles)  en  1785,  nommé  Secrétaire 
d'État  de  la  marine  le  24  décembre  1787. 


L1788]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  173 

Importations  de  Marseille  à  Tunis 5,239,649  livres 

Exportations  de  Tunis  à  Marseille 4,629,603     — 

Importations  des  pays  étrangers  à  Tunis 2,099,750     — 

Exportations  de  Tunis  en  pays  étrangers 3,095,665     — 

{Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 
DE  CHATEAUNEUP  AU  C'^  DE  LA  LUZERNE. 

399.  —  Tunis,  io  janvier  1788,  —  Un  corsaire  de  cette  Régence 
ayant  pris  dans  les  eaux  de  Sardaigne  et  conduit  à  Tunis  un  équipage 
corse  de  cinq  hommes^  après  avoir  coulé  à  fond  le  bateau  qu'ils  mon- 
taient, le  Bey,  sur  la  réclamation  du  Consul,  a  fait  restituer  cet  équipage 
et  rembourser  la  valeur  du  bateau  ainsi  que  du  chargement.  Le  reïs 
a  reçu  la  bastonnade  et  a  été  mis  en  prison. 

{Affaires  étrangères,  C"'  de  Tunis.) 
LE  C'<^  DE  LA  LUZERNE  A  DE  CHATEAUNEUP. 

400.  —  Versailles,  23  février  i  788,  — La  Chambre  de  commerce  de 
Marseille  est  autorisée  à  lui  rembourser  le  montant  de  ses  dépenses 
extraordinaires. 

On  le  félicite  du  succès  de  plusieurs  des  réclamations  qu'il  a  adres- 
sées au  Bey.  On  a  reçu  son  mémoire  sur  le  commerce  français  k  Tunis. 

Il  rendrait  un  service  important  s'il  parvenait  à  obtenir  de  la 
Régence  un  tarif  raisonnable,  fixe  et  déterminé,  pour  les  denrées  que 
les  Français  exportent  avec  avantage,  malgré  les  droits  exorbitants  dont 
elles  ont  été  grevées  jusqu'à  présent. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  BarbaHe,  f,  5i.) 
LE  C^^'  DE  LA  LUZERNE  A  DE  CHATEAUNEUP. 

401. —  Versailles,  29  mars  1788,  —  «Je  vois  avec  plaisir,  d'après  les 
états  de  commerce  qui  me  sont  parvenus  de  la  Chambre  de  Marseille, 
que  nous  surpassons  de  beaucoup  le  commerce  réuni  des  nations  qui 
trafiquent  avec  Tunis*,  et  que  notre  cabotage  a  une  supériorité  propor- 
tionnée à  notre  commerce.  J'attache  beaucoup  de  prix  à  la  manière 
dont  il  s'exploite  actuellement,  et  je  vous  recommande  de  rechercher 
tous  les  moyens  de  le  rendre  plus  lucratif.  » 

Il  devra  solliciter  le  remboursement  des  dépenses  occasionnées  par 
la  relâche  à  La  Ciotat  et  à  Saint-Tropez  du  reïs  Mahomet-ben-Mus- 
tapha,  soit  une  somme  de  6,657  livres. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  8i.) 

1.  En  se  reportant  au  tableau  que  nous  avons  donné  à  la  page  59,  on  constate 
que  le  commerce  franco- tunisien  s'était  accru  depuis  dix  ans  avec  une  prodigieuse 
rapidité. 


174  GOREESPONDANGE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  '1788 

402.  —  Versailles^  f9  mars  1788.  —  Ordre  du  Roi  pour  faire  recon- 
naître le  sieur  Rodrigue  junior  en  ((ualiié  de  censal  de  la  nation  fran- 
çaise à  Tunis. 


{Affairas  étrangères^  Ltmamt  et  Barbarie^  f.  Si.) 
LE  C^  DE  LA  LUZERNE  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

408.  —  Versailles^  15  mai  1788.  —  «  Très  illustre  el  magstique 
Seigneur, 

La  guerre  qui  vient  de  s*allumer  entre  la  Sublime  Porte  et  les  Cours 
d*Allemagne  et  de  Russie  pouvant  donner  lieu  à  rentrée  dans  la  Médi- 
terranée des  forces  navales  de  ces  deux  dernières  puissances,  l'Empe- 
reur de  France,  mon  maître,  a  cru  devoir  prendre  des  mesures  efficace 
pour  faire  respecter  son  pavillon  et  protéger  la  navigation  de  ses  sujets. 
Sa  Majesté  Impériale  a  fait  armer  en  conséquence  une  forte  escadre 
composée  de  plusieurs  vaisseaux  de  ligne,  frégates  ou  corvettes,  dool 
le  commandant  aura  ordre  de  se  porter  dans  tous  les  parages  de  ce\k 
mer.  Quelque  confiance  qu'ait  Sa  Majesté  Impériale  dans  les  sentimenU 
des  Puissances  belligérantes,  elle  a  jugé  qu'il  était  de  sa  dignité  et 
de  sa  sagesse  d'en  imposer  aux  corsaires  russes  ou  aux  forbans  qui 
pourront  tenter  de  se  mêler  parmi  eux  el  chercher  à  troubler  la  tran- 
quillité de  ses  sujets.  Sa  Majesté  Impériale  me  charge,  très  illustre  et 
magnifique  Seigneur,  de  vous  annoncer  cette  disposition,  afin  que  dans 
le  cas  où  son  escadre  se  montrerait  en  vue  des  ports  ou  côtes  du 
royaume  de  Tunis,  vous  ne  puissiez  envisager  dans  cette  apparition 
d'autres  motifs  que  ceux  dont  j'ai  l'honneur  de  vous  faire  part.  Le 
Consul  a  ordre  de  vous  donner  ces  mêmes  explications  et  d'y  ajouter 
ainsi  que  je  m'empresse  de  le  faire  moi-même,  des  assurances  de  la 
continuation  de  la  bienveillance  de  Sa    Majesté  Impériale,  du  désir 
qu'elle  a  de  maintenir  la  bonne  harmonie  qui  subsiste  entre  la  France 
et  Tunis,  et  de  l'intention  où  elle  est  de  rendre  les  liens  de  celte  bonne 
amitié  toujours  plus  indissolubles.  Je  m'estimerai  bien  heureux  de  pou- 
voir y  concourir,  en  saisissant  toutes  les  occasions  de  vous  donner  des 
preuves  des  sentiments  distingués  avec  lesquels  je  suis,  etc.  » 

{Aff'aires  étrangères.  Levant  et  Barbarie^  f.  1SL) 

MÉMOIRE   DU    ROI   POUR  SERVIR   D'INSTRUCTION   AU    W^  DE  NIEUIL, 

CHEF  d'escadre  DES  ARMÉES  NAVALES, 

COMMANDANT  L'ESCADRE  D'ÉVOLUTIONS  DE  LA  MÉDITERRANÉE. 

404.  —  Saint-Cloud,  19  mai  1  788.  ^  n  .,,  Aussitôt  que  la  réunion 
sera  opérée  et  que  le  sieur  marquis  de  Nieuil  aura  fait  toutes  les  dis- 


[1788J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  17S 

positions  nécessaires  pour  la  formation  de  Tescadre,  il  dirigera  sa  route 
sur  la  baie  d'Alger... 

11  se  présentera  pareillement  devant  Tunis,  où  il  remplira  le  même 
objet  qu*à,  Alger  et  avec  les  mêmes  précautions,  à  savoir  :  il  mouillera 
avec  tous  les  bâtiments  sous  ses  ordres,  et  afin  que  la  venue  inopinée 
d'une  escadre  n'y  portât  point  une  sorte  d'alarme,  Sa  Majesté  aura  soin 
d'en  faire  prévenir  les  Seigneurs  barbaresques  ;  mais  comme  les  soup- 
çons de  peste  imposent  les  plus  grandes  précautions,  et  que  d'ailleurs 
l'intention  de  Sa  Majesté  n'est  que  de  faire  voir  son  pavillon  à  la  Régence 
de  Tunis,  le  sieur  marquis  de  Nieuil  ne  permettra  point  qu'il  soit  mis 
à  la  mer  aucun  bâtiment  à  rames,  et  interdira  sévèrement  aucune  com- 
munication avec  la  terre.  Il  pourra  seulement  recevoir  à  la  poupe  de  son 
vaisseau  le  Consul  de  Sa  Majesté  pour  savoir  des  nouvelles  et  lui  remettre 
les  paquets  dont  il  pourrait  être  chargé  pour  lui  ou  pour  la  Régence. 
Il  s'informera  particulièrement  si  les  Tunisiens  ont  mis  beaucoup  de 
corsaires  en  mer  et  s'ils  prennent  part  dans  la  guerre  entre  la  Porte 
et  les   autres  Puissances   armées.   Le  sieur    marquis  de  Nieuil  ne 
séjournera  au  mouillage  de  Tunis  que  le  temps  absolument  nécessaire 
pour  remplir  l'objet  de  sa  mission,  et  il  évitera  avec  le  plus  grand 
soin  tout  ce  qui  pourrait  mettre  ses  bâtiments  dans  le  cas  de  la  qua- 
rantaine. 

Sa  Majesté,  en  établissant  son  escadre  d'évolutions  dans  la  Méditer- 
ranée pendant  cet  été,  a  eu  pour  objet  qu'elle  pût,  s'il  est  nécessaire, 
protéger  le  commerce  de  ses  sujets  et  les  garantir  du  trouble  que  pour- 
raient y  apporter  les  corsaires  dispersés  sur  cette  mer  avec  des  lettres 
de  marque  qu'ils  auraient  obtenues  de  la  Russie,  ou  de  l'Empereur,  ou 
des  Barbaresques  qui  vraisemblablement  se  feront  autoriser  par  le 
Grand  Seigneur  pour  établir  des  croisières  sous  le  pavillon  et  avec 
l'aveu  de  la  Porte.  Dans  ces  circonstances,  l'intention  expresse  de  Sa 
Majesté  est  que  le  sieur  marquis  de  Nieuil  observe  la  plus  exacte  neu- 
tralité. En  cas  de  rencontre  de  vaisseaux  appartenant  au  Grand  Seigneur 
ou  aux  Régences  de  Barbarie,  le  sieur  marquis  de  Nieuil  en  usera  avec 
les  égards  et  la  politesse  d'usage  entre  les  nations  amies...  » 

{Marine,  B*  :«77,  /.  90.) 
LE  C^^  DE  LA  LUZERNE  A  DE  CHATBAUNEUF. 

405.  —  Versailles,  ^juillet  1788,  — Les  services  que  le  sieur  Sal  va, 
chirurgien  établi  dans  l'Échelle  de  Tunis,  a  rendus  aux  gens  de  mer 
lui  méritent  le  brevet  de  chirurgien  qu'on  lui  acccorde;  toutefois  ce  titre 
ne  lui  donne  droit  â  aucun  traitement  sur  les  fonds  du  département  de 


176  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  Ti^' 

la  marine  ^  Quant  à  bâtir  un  hôpital  à  Tunis,  il  n'y  faut  penser  qn  au- 
tant que  cette  dépense  sera  uniquement  à  la  charge  de  la  nation. 

{Affaires  étrangèrtê,  Levant  et  Barbarie,  f.  iM,) 
DE   CHATEAUNEUF  AU  Cf^'  DE  LA  LUZERNK. 

406.  —  Tunii,  7  juillet  1788.  —  Le  Bey  et  ses  sujets  ont  aujour- 
d'hui repris  confiance  dans  Timmunîté  du  pavillon  français.  La  restitu- 
tion d'un  bâtiment  parti  d*ici,  pris  et  conduit  à  Malte  par  un  corsaire 
russe,  y  a  beaucoup  contribué.  Le  Ck)nsul  a  prévenu  le  Bey  de  rarmemeo: 
d'une  escadre  pour  la  protection  du  commerce  français  dans  la  Médi- 
terranée. Celte  nouvelle  a  produit  le  meilleur  effet. 

{Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 
HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  AU   C^  DE  LA  LUZERNE. 

407.  —  Tunis,  juillet  1788.  —  «  Notre  exposé  amical  est  queoous 
avons  reçu  la  lettre  pleine  d'amitié  et  d'affection  que  vous  nous  avez 
envoyée  avec  l'escadre  que  notre  magnifique  ami  l'Empereur  de 
France  —  Que  sa  fin  soit  heureuse  I  —  fait  passer  dans  la  mer  Blanche. 
La  nouvelle  que  vous  étiez  en  bonne  santé  nous  a  causé  beaucoup  de 
satisfaction  et  de  joie.  Les  vaisseaux  de  votre  escadre  sont  arrivés  eo 
bon  état  â  Tunis;  ils  y  sont  restés  quelques  jours  avec  les  témoignages 
de  l'amitié  et  de  la  bonne  intelligence;  ils  ont  ensuite  remis  à  la  voile 
pour  poursuivre  leur  route. 

Vous  nous  faites  savoir,  par  votre  lettre  amicale,  que  la  guerre 
impériale  et  accompagnée  de  la  victoire  que  le  majestueux  et  puissant 
Empereur  votre  maître  —  Que  la  durée  de  son  Empire  soit  éternelle! 
—  fait  aux  Cours  d'Allemagne  et  de  Vienne,  occasionnant  rentrée 
des  vaisseaux  de  ces  deux  Cours  dans  la  mer  Blanche  et  pouvant 
encourager  des  gens  méchants  et  pleins  de  mauvaise  volonté  à  profiter 
de  leurs  pavillons  pour  piller  et  pour  opprimer,  l'Empereur  de  France 
a  jugé  à  propos  d'envoyer  et  de  faire  croiser  dans  cette  aiéme  mer  une 
escadre,  afin  de  procurer  la  sûreté  et  la  tranquillité  des  négociants  el 
marins  français  qui  y  naviguent  sous  son  pavillon,  les  préserver  de 
tout  trouble  et  dommage,  et  aussi  afin  de  contenir  et  épouvanter  les 
méchants  qui  se  mêleraient  aux  corsaires  russes  et  allemands,  les 
poursuivre  et  les  saisir.  Nous  avons  parfaitement  compris  ce  que  vous 
nous  écrivez  à  cet  égard;  nous  nous  sommes  réjoui  de  ce  que, par  un 
effet  de  votre  amitié  et  de  votre  affection  pour  nous,  vous  nous  avez 
fait  connaître  directement  cette  affaire,  qui  est  propre  à  donnerdelajoie. 

1.  Brevet  de  chirutgien  de  la  marine  pour  le  sieur  Salva,  novembre  1788  {A/fairf^ 
étrangères,  C"  de  Tunis). 


[1788]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  177 

Que  Dieu  très  haut  accorde  toujours  la  victoire  à  votre  majestueux 
et  puissant  Empereur,  le  prince  des  princes  de  ce  monde;  que  TÊtre 
suprême  perpétue  son  Empire  jusqu'au  jugement  dernier,  le  rende 
triomphant  de  ses  ennemis  de  mauvaise  foi  et  malintentionnés,  et  le 
rende  participant  de  butins  abondants  et  de  conquêtes  sans  nombre! 

Nous  pensons  que  les  devoirs  de  Tamitié  et  les  pactes  de  Taffec- 
tien  continueront  à  être  observés  entre  les  deux  Cours;  et  en  consé- 
quence nous  vous  assurons  que  notre  amitié  sera  ferme  et  permanente. 
Que  Tédifice  de  Tamitié  qui  est  entre  nous  soit  inaltérable  et  éternel  ! 
que  cette  amitié  grandisse  I  que  vos  jours  soient  augmentés  !  » 

(Sceau)  [Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

LE  M^  DE  NIEUIL  '  AU  G^*"  DE  LA  LUZERNE. 

408.  —  A  bord  de  «  L'Illustre  »,  Tunis^  9  juillet  1788,  —  «  L'escadre 
du  Roi  a  mouillé  hier  après-midi  dans  cette  rade...  La  Régence  de 
Tunis  ne  paraît  pas  aussi  disposée  à  la  guerre  que  celle  d'Alger;  c'est 
bien  simple,  elle  est  commerçante...  Ce  matin  la  place  a  salué  le 
pavillon  du  Roi  de  25  coups  de  canon.  Comme  nous  ne  connaissons  pas 
de  salut  au-dessus  de  21,  c'est  le  nombre  que  j'ai  fait  rendre.  Le 
Consul  me  marque  que  c'est  par  une  distinction  particulière  pour  le 
pavillon  du  Roi  que  le  Bey  a  fait  tirer  ce  nombre  de  coups  de  canon.  » 

(Marine,  B*  «77,  /".  98,) 
DB  CRATEAUMBUF  AU  C^  DE  LA  LUZERNE. 

409.  —  Tunis,  45  juillet  1788,  —  L'escadre  du  Roi,  sous  les  ordres 
de  M.  le  marquis  de  Nieuil,  chargée  de  la  protection  du  commerce 
français  dans  la  Méditerranée,  a  relâché  à  La  Goulette  le  7  courant  et 
est  repartie  le  10,  sans  que  le  commandant  soit  descendu  à  terre.  Le 
Bey  Ta  fait  saluer  de  25  coups  de  canon,  que  le  commandant  a  rendus 
coup  pour  coup. 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
DE  GHATEAUNEUF  AU  C^«  DE  LA  LUZERNE. 

410.  —  Twnw,  21  octobre  1788,  —  La  paix  de  la  Régence  avec 
l'Espagne  vient  d'être  conclue.  Le  don  de  250,000  piastres  fortes  fait 
par  le  Cabinet  de  Madrid  au  Bey  est  l'article  fondamental  du  traité  '. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 

1.  Arnould-CIaude  de  Ponte,  marquis  &&  Nieuil,  né  en  1731,  garde  de  la  marine 
en  1146,  enseigne  de  vaisseau  en  1751,  lieutenant  en  1737,  capitaine  en  1764,  ch*'  de 
s*  Louis  en  1770,  brigadier  des  armées  navales  en  1777,  inspecteur  des  troupes  et  de 
Tartillerie  de  la  marine  en  1781,  chef  d'escadre  en  1784,  contre-amiral  en  1792. 

2.  Ce  traité  est  publié  dans  les  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  468.  Il  ne 
fut  définitivement  conclu  qu'au  mois  de  janvier  1791. 

12 


178       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     [i'M 

HAMOUDA,   BET  DE  TUNIS,  AU  C^  DE  LA  LUZEBRE. 

411.  —  Tunis, ...  novembre  i  788.  —  «  Nous  avons  Thonneur  devcos 
informer  qu'en  dernier  lieu  une  des  galiotes  de  notre  Régence,  com- 
mandée par  le  rets  Abdallah,  croisant  dans  les  parages  des  Etats  h 
Pape  et  y  ayant  rencontré  une  barque  napolitaine  chargée  de  laiot> 
propres  à  la  fabrique  des  draps,  et  dont  Téquipage  s'était  réfufdé  a 
terre,  le  dit  corsaire,  après  avoir  amariné  cette  prise  pendant  la  noit 
faisait  route  avec  elle  pour  la  Corse,  lorsqu'il  reconnut  vers  le  matia 
deux  galères  du  Pape  qui  donnaient  chasse  h  la  prise  et  la  canon- 
naient.  Le  reïs  n'eut  rien  de  plus  pressé  que  de  retirer  de  la  barqce 
napolitaine  les  Tunisiens  qu'il  y  avait  placés  et  de  forcer  de  voiles  ici- 
méme  pour  gagner  la  Corse.  Il  n'en  était  qu'à  la  distance  de  six  milles. 
à  la  hauteur  de  Porto- Vecchio,  lorsqu'il  fut  atteint  et  coulé  bas  par  k 
canon  des  galères  du  Pape.  Le  commandant  de  ces  armements  envop 
aussitôt  ses  deux  chaloupes,  fit  prendre  tous  les  Tunisiens  qui  s  elaieol 
jetés  à  la  mer  et  les  conduisit  dans  les  États  de  son  maître,  où  ils  ont 
été  réduits  en  esclavage.  Ce  fait  s'est  passé  sous  les  yeux  des  Corses; 
on  a  su  sur  cette  île,  par  le  rapport  des  officiers  des  galères  qui 
avaient  mouillé  à  Porto- Vecchio  et  par  d'autres  nations,  que  lagaliote 
tunisienne  avait  été  détruite  à  six  milles  de  ce  port.  Le  Pape  loi-même 
n'a  pu  ignorer  cette  circonstance.  Notre  reïs,  après  avoir  terminé  sa 
quarantaine  à  Civita-Vecchia,   s'adressa  au  Consul  de  France  qui  y 
réside,  et  lui  fit  une  relation  exacte  de  l'accident  fâcheux  qu  il  aTail 
éprouvé  à  une  distance  des  terres  de  la  domination  française  qui  aurait 
dû  le  mettre  à  l'abri  des  poursuites  de  son  ennemi,  en  pressant  ce 
Consul  de  réclamer  tous  les  Tunisiens  pris  en  cette  occasion  et  de  leur 
faire  rendre  la  liberté.  Telle  fut  la  réponse  du  Consul  :  c<  Je  connais 
«  parfaitement  votre  afiaire  :  vous  êtes  en  plein  droit  de  vous  plaindre. 
«  Faites  savoir  au  Pacha  de  Tunis  votre  position;  ce  Prince  en  portera 
«  ses  plaintes  à  l'Empereur  de  France  ou  k  son  Vizir,  et  alors  je  serai 
«  autorisé  par  eux  à  faire  des  démarches  en  votre  faveur,  et  je  m  mté 
«  resserai  k  la  restitution  de  votre  galiote,  de  vos  effets  et  de  vosper* 
«  sonnes.  » 

Ce  langage  de  votre  Consul  à  Civita-Vecchia  est  attesté  par  le  Consul 
hollandais  résidant  dans  le  même  port  et  par  des  négociants  qui  y 
sont  établis,  et  nous  prenons  la  liberté  de  joindre  ici  toutes  ces  pièces 
justificatives,  dans  Tespoir  que  vous  les  prendrez  en  considération  et 
que  vous  vous  occuperez  du  succès  de  notre  demande. 

Il  y  a  quelque  temps  qu'une  autre  de  nos  galiotes  ayant  pris,  dans 


[1788]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  179 

les  mêmes  parages  des  États  du  Pape,  un  navire  génois  chargé  de 
morue  et  dont  Téquipage  s'était  également  réfugié  à  terre,  fut  rencon- 
trée, au  moment  même  où  elle  allait  entrer  à,  Porto- Yecchio  en  Corse, 
par  un  corsaire  génois  qui  sortait  de  ce  mouillage.  Cet  armement 
s'empara  de  notre  galiote  et  de  notre  prise  à  trois  milles  loin  de  cette 
île.  Il  se  répandit  à  Gènes  et  partout  le  bruit  populaire  que  ces  deux 
prises  n'étaient  pas  légitimes,  à  cause  de  la  proximité  des  terres  de 
V  Empereur  de  France  à  laquelle  elles  avaient  été  faites,  tellement 
que  les  Tunisiens  restèrent  libres  pendant  quatre  à  cinq  mois.  Ensuite 
la  République  de  Gènes,  voyant  qu'ils  n'étaient  point  réclamés,  les  fit 
esclaves;  plusieurs  de  ces  malheureux  gémissent  encore  dans  les  fers, 
et  d'autres,  plus  heureux,  ont  été  rachetés  par  le  Roi  de  Maroc,  et  de 
retour  dans  leur  patrie  ils  ne  cessent  de  nous  supplier  de  demander 
la  délivrance  de  leurs  compagnons  qui  sont,  à  Gènes  et  ont  été  pris, 
comme  eux,  sur  un  territoire  ami.  Nous  avons  fait  des  instances  auprès 
du  Vizir,  votre  prédécesseur,  sur  cet  objet,  sans  en  avoir  pu  obtenir 
une  réponse  satisfaisante.  Il  en  est  de  même  de  plusieurs  autres 
navires  tunisiens  qui  ont  été  déprédés  sur  les  côtes  de  la  Corse.  Toutes 
les  fois  que  nous  en  avons  porté  nos  plaintes  au  Ministère  de  France 
par  l'entremise  de  son  Chargé  d'affaires  résidant  près  de  nous,  nous 
n'avons  jamais  pu  en  avoir  satisfaction,  tandis  que  nous  nous  empres- 
sons, dans  toutes  les  occasions,  de  faire  tout  ce  qui  peut  vous  être 
agréable,  sur  la  simple  réquisition  de  votre  Consul.  Nous  avons  fait 
dans  vos  parages  des  pertes  considérables,  et  ce  souvenir  n'est  pas 
propre  à  augmenter  nos  liaisons.  Nous  vous  prions  instamment  de 
fixer  votre  attention  sur  nos  justes  représentations  et  de   remplir 
notre  attente. 

Puissent  les  fondements  de  la  bonne  harmonie  qui  règne  entre  les 
deux  Cours  rester  inébranlables  !  Puissent  nos  sentiments  réciproques 
n'éprouver  aucune  altération!  Puisse  l'amitié  nous  unir  éternelle- 
ment! » 

(Sceau) 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LE  C^®  DE  LA  LUZERNE  À  DE  CHATEÂUNEUF. 

412.  —  VersailleSy  14  décembre  i788,  —  On  a  appris  avec  plaisir 
le  succès  des  démarches  qu'il  a  récemment  faites,  pour  obtenir  la 
liberté  de  l'équipage  d'un  bateau  corse  pris. par  un  corsaire  de  Tunis 
et  la  restitution  de  ce  bateau. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 


180       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     TS 

DE  CHATEAUNBUF  AU  C^  DE  LA  LUZERNE. 

413. —  Tttnw,  i5  décembre  17SS,  —  La  convention  de  la  Compa^ie 
d*Âfrique  avec  cette  Régence  étant  expirée,  le  Consul  a  obtenu  de  Sidi 
Mustapha  une  prolongation,  et  il  demande  des  ordres  pour  renouveler 
ou  non  la  dite  convention  '. 

{Affaire»  étrangères,  C^  de  Tunit.) 
LES  CAPUCINS  DE  LA  PROVINCE  DE  CORSE  AU  C*^  DE  LA  LUZERNE. 

414.  —  Tun%$^  s  février  i  789,  —  «  Le  Provincial  et  les  principaux 
membres  qui  composent  TOrdre  des  Capucins  de  la  Province  de  Corse 
exposent  très  humblement  k  Votre  Grandeur  que  les  r  Missions  de 
Tunis,  qui  sont  immédiatement  sous  la  protection  du  Roi,  étant  formées 
de  religieux  Capucins  étrangers,  le  Gouvernement  pourrait  en  obtenir 
un  service  plus  analogue  à  ses  vues,  si  elles  étaient  exercées  par  des 
sujets  de  Sa  Majesté  '  ; 

Que  cette  considération  n*a  pas  échappé  au  Père  Lambal,  dernier 
général  français  des  Capucins,  puisqu'en  1780  il  proposa  de  se 
charger  totalement  des  dites  Missions  de  Tunis,  ce  qui  ne  fui  pas 
effectué  pour  des  difficultés  que  fit  naître  le  Provincial  de  ce  temps-là: 

Que  maintenant  que  la  dite  province  de  Corse  se  trouve  en  état  de 
fournir  aux  dites  Missions,  sans  laisser  de  contribuer  des  religieux  pour 
aller  en  Syrie  et  autres  lieux;  et  comme  elle  est  la  plus  à  portée  delà 
côte  d'Afrique,  elle  fournira  les  sujets  nécessaires,  s*il  plaît  à  Votre 
Grandeur  de  la  charger  en  totalité  du  soin  et  de  la  direction  des  dites 
Missions  de  Tunis;  elle  regardera  même  cette  nouvelle  disposition 
comme  une  grâce  pour  laquelle  elle  ne  cessera  de  faire  des  voeux  pour 
la  précieuse  conservation  de  Votre  Grandeur.  » 

Signé  :  Cajetan  de  Erboplo,  provincial,  Cajetan  de  Bastia,  professeur. 
Jean-Baptiste  d'Ajaccio,  Bernardin,  Grégoire  et  Michel,  capucins. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DB  CHATEAUNBUF  AU  C}^  DB  LA  LUZERNE. 

415.  —  Tunis,  10  février  1789,—  L'aflFaire  de  la  prise  du  bateaa 
corse  s*est  enfin  terminée  par  le  payement  d*une  indemnité  de  1,500 1. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis) 

i.  L'article  II  du  traité  du  8  octobre  178S  avait  stipulé  le  terme  de  six  ano^^ 
la  Compagnie  gardant  la  faculté  de  proroger  ses  privilèges  pour  la  même  période 
ou  de  renoncer  purement  et  simplement  à  ses  droits  sans  indemnité. 

2.  Nous  avons  longuement  étudié,  dans  l'introduction  du  tome  II  du  pré^^ 
ouvrage,  rinfluence  et  le  rôle  des  Capucins  italiens  à  Tunis. 


[1789]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  181 

LE  C^^   DE  LA  LUZERNE  À  DE  CHÂTEAUNEUF. 

416.  —  Versailles^  5  avril  1  789,  —  «  Je  me  suis  fait  traduire  la 
dépêche  turque  que  le  Bey  vous  avait  chargé  de  me  faire  parvenir,  et 
dans  laquelle  ce  Prince  réclame  la  restitution  d'une  felouque  tunisienne 
tombée  en  mai  dernier  au  pouvoir  des  galères  du  Pape,  qui  l'avaient 
amarinée  k  six  milles  des  côtes  de  la  Corse.  Il  n'existe  dans  nos  traités 
avec  cette  Régence  aucun  article  qui  assure  à  ces  corsaires  notre  pro- 
tection à  une  pareille  distance,  et  la  demande  du  Bey  me  parait  dénuée 
de  fondement.  La  réponse  vague,  qu'il  cite,  du  Consul  de  France  à 
Givita-Vecchia  n'est  qu'une  démonstration,  usitée  en  pareil  cas,  de  zèle 
et  de  bonne  volonté  envers  des  sujets  d'une  Puissance  amie  qui  se 
trouvent  dans  le  malheur,  et  les  bons  offices  qu'il  leur  offrait  n^étaient 
que  conditionnels  aux  ordres  de  sa  Cour,  qu'il  prévoyait  peut-être  ne 
devoir  jamais  lui  être  donnés. 

A  cette  réclamation  récente  le  Bey  affecte  d'en  joindre  d'anciennes, 
dont  mon  prédécesseur  lui  avait  déjà,  démontré  l'inadmissibilité;  et 
cette  réunion  de  prétentions  me  fait  soupçonner  que  la  Régence  de 
Tunis,  de  son  propre  mouvement  ou  par  quelque  impulsion  étrangère, 
voudrait  imiter  l'exigence  actuelle  des  Algériens  à  notre  égard.  C'est  à 
vous  à  tÀcher  de  découvrir  sur  les  lieux  jusqu'à  quel  point  nous  devons 
pousser  ce  soupçon,  et,  s'il  était  fondé,  vous  pourriez  faire  adroitement 
pressentir  à  Sidî  Mustapha  combien  nous  aurions  lieu  d'être  surpris 
d'un  semblable  procédé.  Dans  tous  les  cas,  je  vous  autorise  à  annoncer 
de  ma  part  au  Bey  que  j'ai  reçu  sa  lettre  et  que  mes  occupations  ne 
m'ont  point  encore  permis  d'en  rendre  compte  au  Roi,  mais  qu'aussitôt 
que  Sa  Majesté  m'aura  fait  connaître  ses  intentions,  je  m'empresserai 
de  les  transmettre  au  Bey.  Je  verrai  à  cette  époque  s'il  sera  possible 
de  charger  de  ma  dépêche,  comme  vous  le  désirez,  le  commandant  de 
quelqu'un  des  armements  du  Roi  stationnés  dans  le  Levant,  ou  destinés 
pour  cette  croisière. 

Je  ne  peux  qu'approuver  la  conduite  que  vous  avez  tenue  pendant 
le  cours  de  vos  réclamations  relatives  au  bateau  corse  enlevé  injuste- 
ment par  un  reïs  tunisien.  Le  renvoi  que  vous  avez  obtenu  de  cette 
prise,  du  patron  qui  la  commandait  et  de  son  équipage,  et  la  promesse 
formelle  que  Sidi  Mustapha  vous  a  faite  d'une  indemnité  en  leur 
faveur  pour  les  effets  qui  avaient  été  déprédés,  sont  une  satisfaction 
complète,  si  vous  parvenez  &  faire  compter  aux  intéressés  la  somme 
qui  leur  a  été  promise. 

Je  vous  communique  le  mémoire  ci-joint,  qui  m'a  été  adressé  par 
les  Capucins  de  Corse  et  par  lequel  ces  religieux,  sujets  du  Roi,  désire- 


182  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  ITJPJ 

raient  d'être  seuls  chargés  du  soin  et  de  la  direction  des  Missions  d^ 
Tunis,  à  la  place  des  missionnaires  du  même  Ordre,  mais  étrangers. 
qui  les  desservent  actuellement.  Vous  voudrez  bien  m'envoyer  votre 
avis  motivé  sur  cette  demande,  afin  que  je  puisse  juger  des  suites  qai! 
serait  possible  d'y  donner.  » 

{Affaires  étrangères,  (7**  de  Tunis.) 
LE  C^«  DK  LA  LUZERNE  A  D'ESPARRON. 

417.  —  Versailles^  i  9  avril  1 789.  —  Sa  demande  d'indemnité,  ponr 
les  dépenses  que  lui  a  occasionnées  sa  détention  dans  le  Fondouk  pen- 
dant les  ravages  de  la  peste  à  Tunis,  est  d'autant  moins  fondée  qu'il  a 
joui  pendant  cinq  années  de  la  moitié  du  traitement  affecté  au  Con- 
sulat de  Tunis.  Les  circonstances  sont  trop  défavorables  pour  que  Ton 
puisse  proposer  au  Roi  de  lui  accorder  un  dédommagement. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f.  87.) 
DE  CHATEAUNEUF  AU  C^^  DE  LA  LUZERNE. 

418.  —  T'unis,  4  mai  i789.  —  Depuis  environ  six  mois  le  crédit  de 
Sidi  Mustapha  décroît  de  jour  en  jour,  sous  la  double  influence  du  carac- 
tère du  Bey  et  de  la  jalousie  des  jeunes  favoris.  Ce  Ministre  est  dégoâté 
et  annonce  son  intention  d'abandonner  les  affaires.  Un  tel  événement 
aurait  une  fâcheuse  influence  sur  notre  prépondérance  à  Tunis. 

(Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
DE  CHATEAUNEUF  AU  C^*  DE  LA  LUZERNE. 

419.  —  Tunis,  28  août  i  7  89.— Le  discrédit  de  Sidi  Mustapha  et 
les  dispositions  peu  favorables  du  Bey  ont  déterminé  le  Consul  a  sus- 
pendre toute  négociation  jusqu'à  l'arrivée  de  la  réponse  de  la  Gourde 
France,  au  sujet  de  la  felouque  tunisienne  prise  par  les  galères  du 
Pape. 

Dans  les  circonstances  actuelles,  la  relâche  à  Tunis  d  une  partie  de 
la  division  du  Levant  ne  pourrait  que  produire  un  excellent  effet. 

(Affaires  étrangères^  C''  de  Tunis.) 
DE  CHATEAUNEUF  AU  C*^  DE  LA  LUZERNE. 

420.  —  Tunis,  28  novembre  1789.  —  Conformément  au  décret  de 
l'Assemblée  nationale  du  6  octobre  dernier,  les  Français  sous  la  pro- 
tection du  Roi  k  Tunis  se  sont  réunis  au  Fondouk  et  se  sont  soumis  à 
ses  prescriptions.  La  somme  recueillie  est  de  16,039  1.,  dont  13,5391 
ont  été  converties  en  un  don  patriotique. 


[1790]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  183 

Le  Consul  a  remis  cette  somme  à  la  Chambre  de  commerce  de  Mar- 
seille, pour  être  tenue  à  la  disposition  de  M.  Necker  '. 

{Affaires  étrangères ^  C'*  de  Tunis.) 

421.  —  Twnw,  janvier  i  790,  —  Tableau  commercial  de  TÉchelle  de 
Tunis  pour  1789. 

Importeitions  de  Marseille  à  Tunis 3,071,378  livres. 

Exportations  de  Tunis  à  Marseille 1,584,133      — 

Importations  des  pays  étrangers  à  Tunis 1,963,958      — 

Exportations  de  Tunis  en  pays  étrangers 3,693,755      — 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
TRAITÉ   DE   1700. 

422.  — Le  Bardo^  juin  1790.  —  «  Nouveau  traité  pour  le  privi- 
lège exclusif  de  la  pèche  du  corail,  conclu  entre  la  Compagnie  Royale 
d'Afrique  et  Son  Excellence  le  très  illustre  et  très  magnifique  Hamouda- 
Pacha,  Beglierbey  de  TOdjeak  de  Tunis,  par  Tentremise  de  Sidi  El- 
Hadgi  Mustapha,  le  plus  chéri  de  ses  Hls. 

I 

La  Compagnie  Royale  d'Afrique  m*ayant  fait  représenter  qu'elle  dési- 
rait renouveler  Tancien  traité  pour  la  pèche  du  corail  aux  mêmes 
conditions,  nous  y  avons  consenti  amicalement,  et  avons  fait  dresser 
en  conséquence  ce  nouveau  traité,  et  approuvé  ce  qui  a  été  inséré  de 
plus  dans  le  troisième  article,  pour  qu'on  ait  à  s'y  conformer. 

II 

La  Compagnie  Royale  d'Afrique  payera  chaque  année  13,500  piastres 
de  Tunis  pour  le  privilège  exclusif  de  la  pèche  du  corail  dans  les  mers 
dépendantes  du  royaume  de  Tunis,  dont  les  limites  commencent  depuis 
nie  de  Tabarque  jusqu'aux  confins  du  royaume  de  Tripoli,  laquelle 
redevance  sera  payée  tous  les  six  mois  de  la  date  du  présent  traité, 
savoir  6,750  piastres,  et  pareille  somme  à  la  Hn  de  l'année,  lesquelles 
deux  sommes  forment  celle  de  13,500  piastres  conformes  à  la  monnaie 
de  Tunis,  qui  étant  exactement  payée  chaque  année,  personne  ne 
pourra  exiger  la  moindre  chose  de  plus  sous  prétexte  de  droits. 


1.  Voy.  l'extrait  de  la  délibération  de  la  nation,  avec  la  liste  des  souscriptions 
patriotiques  de  tous  les  Français,  au  nombre  de  40,  résidant  alors  à  Tunis.  — 
Voy.  aussi  la  lettre  du  Consul  de  Chàteauneuf  au  Président  de  TAssemblée  natio- 
nale, n  janvier  1790  {Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  1790,  f.  i4). 


184       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS     [l'Î^J 

III 

La  Compagnie  Royale  d'Afrique  s'engage  à  garder  pendant  trois 
années  consécutives  le  privilège  exclusif  de  la  pèche  du  corail,  aprè> 
lequel  terme  elle  sera  libre  d'y  renoncer,  si  elle  n'en  retire  les  avan- 
tages qu'elle  s'en  promet,  et  les  parties  contractantes,  dans  le  cas  de 
cette  résiliation,  n'auront  aucune  espèce  de  dédommagement  à  se 
demander  réciproquement  pour  cause  de  perte,  et  si,  après  les  trois 
années  révolues,  quelque  autre  Puissance  chrétienne  demandait  d'avoir 
le  même  privilège  avec  une  augmentation,  elle  serait  acceptée,  si  h 
Compagnie  refuse  la  préférence;  et  dans  les  cas  où  l'on  n'en  trouverait 
pas  de  plus  et  que  la  Compagnie  désirât  de  continuer  encore  tr!)L< 
années,  il  serait  dressé  un  nouveau  traité,  et,  les  dites  trois  aonées 
révolues,  elle  sera  encore  libre  d'y  renoncer. 

IV 

Son  Excellence  permet  aux  employés  à  la  pèche  du  corail  davoir 
des  maisons  et  des  magasins  dans  l'étendue  du  royaume  depuis  le 
levant  jusqu'au  couchant,  à  l'exception  de  Djerbi;  ils  pourront  avoir 
dans  quatre  endroits  de  cette  étendue  des  maisons  et  magasins  ponr 
leurs  agents,  en  payant  la  rente. 

V 

Les  agents  de  la  Compagnie  Royale  d'Afrique  jouiront  des  mêmes 
droits  et  privilèges  accordés  au  Consul  de  France  résidant  à  Tunis,  et 
pourront  avoir  un  lieu  dans  leurs  maisons  pour  la  prière  et  ne  pour- 
ront y  être  inquiétés  ni  molestés,  sous  la  condition  qu'ils  n  aorool 
point  de  cloches  et  qu'ils  feront  leurs  prières  sans  bruit. 

VI 

S*il  arrivait  qu'un  agent  de  la  Compagnie  Royale  d'Afrique,  ou  uq 
de  ses  gens  matelots  corailleurs,  eût  quelque  contestation  avec  un  Turc, 
le  Consul  de  France  résidant  à  Tunis  en  sera  informé  et  se  présentera 
devant  Son  Excellence  le  Pacha,  par  devant  qui  l'affaire  sera  jugée,  et 
non  par  devant  d'autres  Puissances  ou  Caïds. 

VII 

Les  bateaux  et  les  gens  employés  à  la  pêche  du  corail  dans  les  mers 
dépendantes  de  ce  royaume,  attachés  k  la  Compagnie,  seront  protégés 
et  soutenus  dans  leur  pêche  sans  que  personne  autre  puisse  Tenlr*- 
prendre,  et  dans  le  cas  que  des  sujets  dépendants  de  Tunis  ou  d'aulres 
Puissances  enverraient  des  bateaux  dans  les  dites  mers  pour  y  ^^^^ 


L-iTOO]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  185 

du  corail,  le  Gouvernement  se  saisira  des  dits  bateaux  et  punira  très 
sévèrement  les  équipages. 

VllI 

L*on  ne  pourra  exiger  aucune  douane  des  coraux  péchés  dans  les 
dites  mers  que  Ton  portera  ou  sortira  des  magasins  appartenant  aux 
agents  de  la  Compagnie;  les  bateaux  venant  de  France  dans  les  dépen- 
dances de  ce  royaume,  pour  y  acheter  ce  qui  leur  est  nécessaire  pour 
les  provisions  de  bouche  et  leur  boisson,  seront  également  exempts 
de  douane  et  de  tous  autres  droits. 

IX 
Semblable  à  Tarticle  VIII  du  traité  de  1782. 

X 

Semblable  k  Farticle  IX  du  traité  de  178â. 

XI 
Semblable  à  Farticle  X  du  traité  de  1782. 

XII 
Semblable  à  Tarticle  XI  du  traité  de  1782. 

XIII 

Les  articles  de  ce  présent  traité  pour  le  privilège  exclusif  de  la 
pêche  du  corail  ont  été  négociés  par  Tentremise  de  notre  bon  ami 
de  Ghateauneuf,  Consul  de  l'Empereur  de  France  et  suffisamment 
muni  des  pouvoirs  de  sa  Cour  à  cet  effet,  et  il  en  a  été  remis  une  copie 
entre  les  mains  de  la  Compagnie  Royale  d'Afrique,  pour  qu'il  soit  exé- 
cuté fidèlement  et  ponctuellement  par  les  parties  contractantes  selon 
sa  forme  et  teneur.  » 

{Sceau) 

(Affaires  étrangères  y  C*"*  de  Ttmis,) 

MUSTAPHA-KHODJA  AU  C^  DB  LA  LUZERNE. 

423.  —  T'unis,  ...  septembre  i  790.  —  «  Le  très  heureux,  très  illustre 
et  très  clément  Hamouda-Pacha,  Beglierbey  de  Tunis,  notre  Seigneur  et 
maître,  désirerait  d'avoir  une  machine  à  forer  les  canons,  propre  à  être 
mise  en  mouvement  par  des  chevaux  et  qui  fût  le  chef-d'œuvre  de  vos 
habiles  artistes  en  ce  genre.  Nous  vous  supplions  de  vouloir  bien  en 
donner  la  commission  dans  vos  ateliers;  et  lorsque  cette  machine  y 
aura  été  exécutée,  approuvée  et  perfectionnée,  nous  vous  serions  très 
obligé  d'en  faire  embarquer  toutes  les  parties  pour  Tunis  et  de  les  faire 


186  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\'i% 

accompagner  par  un  habile  maître  qui  sache  les  rasseaibler  et  mHtre 
le  tout  en  mouvement  sur  les  lieux.  Nous  regarderions  comme  uoe 
véritable  faveur  Tenvoi  que  nous  vous  demandons  et  la  célérité  que 
vous  voudriez  bien  y  mettre;  nous  connaissons  toute  la  réputation  dtt 
vos  artistes  en  fait  de  mécanique  et  nous  attachons  un  prix  iaiiai  a 
leurs  ouvrages. 

Permettez-nous  aussi  de  vous  rappeler  un  autre  objet  qui  ne  nous 
intéresse  pas  moins.  M.  Barthez^  Tun  de  vos  négociants  établis  à  Tanis 
et  son  associé  à  Marseille,  M.  Chapelle,  devaient  envoyer  à  Tunis,  ainsi 
qu'ils  vous  en  avaient  donné  connaissance,  un  millier  de  bombes  è 
diverses  grosseurs,  que  nous  leur  avions  demandées.  Il  leur  a  ett; 
répondu  par  votre  Chambre  de  Marseille  que  le  moment  n'était  pas 
opportun  pour  ces  sortes  de  demandes.  Nous  espérons  que  cette  difti- 
culte  instantanée  n'existe  plus,  grâce  au  Ciel,  et  que  vous  daignerez 
favoriser  sans  délai  un  envoi  qui  devient  urgent  pour  nous  ;  s  il  éprou- 
vait encore  quelque  embarras,  nous  osons  présumer  que  vous  tâche- 
riez de  récarter  pour  faciliter  l'expédition  de  ces  munitions. 

Quoique  nous  ne  dissimulions  à  votre  Consul  rien  de  ce  qui  se  passe 

entre  vous  et  nous  et  que  nous  soyons  bien  sûrs  de  son  exactitude  à 

vous  transmettre  tout  ce  que  nous  lui  confions,  cependant,  nous  aimons 

à  correspondre  directement  avec  vous  pour  avoir  l'occasion  de  vou> 

entretenir  de  nos  sentiments  d'estime  et  d'amitié.  C'est  dans  celte  vue 

que  nous  vous  adressons  cette  dépêche.  Puissiez-vous  jouir  d'une  santt^ 

inaltérable!  Puisse  notre  intimité  prendre  chaque  jour  de  nouveaux 

accroissements  !  » 

[Sceau) 

{Affaires  étrangères,  C»  de  Tunis.) 

LE  C^*  DE  FLEURIBU  '  À  MUSTAPHA-KHODJA. 

424.  —  Paris^  21  novembre  1790.  —  «  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Monsieur  le  comte  de  la  Luzerne  m'a  remis  la  lettre  par  laquelle  vous 
lui  faites  connaître  le  désir  que  vous  auriez  de  voir  faciliter  l'extraclion 
de  France  pour  Tunis  de  quelques  marchandises  dont  vous  avez  donné 
la  commission  à  MM.  Chapelié,  négociants  de  Marseille,  et  d'obtenir 
une  machine  à  forer  les  canons  qui  fût  travaillée  avec  soin.  J'en  ai 

1.  Charles-Pierre  Claret,  comte  de  Fleurieu,  ingénieur,  membre  de  YlnslMàe 
France,  directeur  général  des  ports  et  des  arsenaux  en  1776,  fut  nommé  SecMâi"^ 
d'Etat  de  la  marine  le  2i  octobre  1790.  11  devint  gouverneur  du  Dauphin  en  l"'^* 
et  plus  tard  intendant  général  de  la  maison  de  l'Empereur,  sénateur  et  goureraW 
des  Tuileries. 


[1790]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANGE  187 

rendu  compte  à  Sa  Majesté.  Elle  m'a  autorisé  à  donner  les  ordres 
nécessaires  pour  que  les  négociants  de  Marseille  n*éprouvassent  aucune 
difficulté  pour  Tachai  et  rembarquement  des  divers  objets  que  vous 
leur  avez  demandés,  et  je  viens  de  les  expédier  à  la  Chambre  de  com- 
merce. Mais  Sa  Majesté,  voulant  profiter  de  cette  occasion  pour  donner 
au  Bey  une  marque  non  équivoque  de  sa  bienveillance  pour  ce  Prince, 
et  sachant  par  les  rapports  de  son  Consul  qu'il  attache  un  grand  intérêt 
k  la  perfection  de  cet  instrument,  a  chargé  le  plus  habile  des  artistes 
en  ce  genre  de  ses  arsenaux  de  le  fabriquer.  J'aurai  soin  de  l'envoyer 
au  Bey  avec  un  ouvrier  capable  d'en  bien  indiquer  l'usage,  dès  qu'il 
sera  achevé,  et  il  sera  porteur  d'une  lettre  pour  le  Bey  dans  laquelle 
j'annoncerai  à  ce  Prince  que  Sa  Majesté  désire  qu'il  accepte  cette 
machine  comme  un  gage  des  sentiments  qu'elle  lui  accorde.  L'intention 
du  Roi  est  d'ajouter  à  cette  faveur  celle  de  la  liberté  du  reïs  de  la 
felouque  de  la  Régence  enlevée  par  un  armement  du  Pape;  mais  je  ne 
puis  répondre  du  succès  de  cette  demande,  qui  doit  dépendre  du  gré  de 
Sa  Sainteté.  Je  ne  négligerai  rien  pour  la  faire  réussir,  et  pour  prouver 
dans  cette  circonstance  tout  le  désir  que  j'ai  de  contribuer  aux  choses 
qui  sont  agréables  au  Bey,  et  de  vous  montrer  personnellement  le  cas 
infini  que  je  fais  de  l'attachement  ancien  et  constant  qui  vous  a  toujours 
animé  pour  les  Français  et  dont  je  vous  demande  une  nouvelle  preuve, 
en  vous  priant  d'accorder  vos  bontés  au  Vice-Consul  et  au  premier 
Député  de  la  nation  chargés  de  suppléer  pendant  son  absence  M.  de 
Ghàteauneuf,  qui  a  demandé  et  obtenu  un  congé.  Je  m'empresserai  de 
cultiver  votre  amitié  en  tout  ce  qui  pourra  dépendre  de  mon  ministère, 
et  je  regarde  comme  de  bon  augure  qu'il  m'ait  présenté  sitôt  l'occasion 
de  vous  offrir  l'assurance  des  sentiments  distingués  avec  lesquels  je 
suis  plus  parfaitement  que  je  ne  puis  l'exprimer,  etc.  » 

{Affaires  élrangèi'es.  Levant  et  Barbarie,  f,  3iS  v.) 

426. —  PariSy  21  novembre  1790,  —  Congé  de  six  mois  accordé 
^  M.  de  Châteauneuf,  pour  régler  à  la  Cour  diverses  contestations  entre 
lui  et  ses  nationaux  '. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f.  323  v.) 

1.  La  colonie  Trançaise  à  Tunis  se  plaignait  non  seulement  de  son  Consul  général, 
mais  encore  de  certains  usages  et  procédés  vexatoires,  que  la  coutume  avait  intro- 
duits au  Fondouk.  —  Yoy.  Lettre  de  plaintes  des  négociants  français  à  Tunis  contre 
le  Consul  de  Châteauneuf,  30  janvier  1790,  —  et  Mémoire  des  capitaines  français  à 
M.  de  Châteauneuf^  Consul  général  de  France  à  Tunis  :  —  Tunis,  le  S3  juillet  4790. 

•  En  attendant  que  TAssemblée  Nationale,  qui  prépare  à  la  France  un  avenir  si 
heureux,  ait  pu  s'occuper  d'une  nouvelle  organisation  si  désirée  et  si  nécessaire 
pour  les  Échelles  du  Levant  et  de  Barbarie,  nous  vous  avons  fait  prier  par  le  premier 


188  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i79û 

LE  C^®  DB  FLEURIEU  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUIflS. 

426.  —  Paris,  19  décembre  1790,  —  «  Très  illustre  et  magniûquf 
Seigneur, 

L'Empereur  mon  mattre  ayant  résolu  par  des  considérations  supé- 
rieures de  faire  quelques  changements  au  pavillon  de  France,  Sa 
Majesté  Impériale  en  a  fait  proclamer  la  loi  expresse.  Je  m'empresse 
de  vous  la  faire  connaître  en  chargeant  notre  Consul  auprès  de  vous  de 
vous  remettre  une  planche  coloriée  et  un  modèle  qui  indiquent  avec 
beaucoup  d'exactitude  la  forme  et  les  couleurs  du  nouveau  pavilioA. 
Les  bâtiments  de  commerce  français  ne  seront  tenus  à  Tarborer  soit  a 
la  mer,  soit  dans  les  ports  étrangers,  qu'au  premier  avril  prochain,  mais 
si,  contre  mon  attente  et  à  cause  de  la  distance  des  lieux  où  ils  naTÎ- 


Député  de  la  nation  de  nous  assembler  en  présence  de  MM.  les  négociants,  natr- 
rellenient  intéressés  dans  notre  cause,  pour  vous  représenter  certains  abu.>  'i-." 
nous  avons  journellement  à  soufTrir  ici,  et  auxquels  il  est  instant  pour  nou>  «k 
voir  remédier. 

L'on  ne  connaît  pas  en  cette  Échelle  de  chancellerie  de  France  pour  nQ<  ra{- 
ports,  pour  nos  contrats,  pour  nos  expéditions,  pour  toutes  nos  afTaires,  en  un  m»' 
nous  sommes  obligés  d'aller  chercher  M.  le  chancelier  chez  lui.  On  ne  V\  irmw 
pas  les  trois  quarts  du  temps;  nous  soulTrons  des  retards,  nous  perdons  des  alTrr^ 
tements  dont  profitent  les  étrangers;  s'il  s'agit  d'une  expédition,  il  nous  faut  (rt^ 
souvent  attendre  que  M.  le  chancelier  vous  ait  expédié  un  homnne  qu'il  Dou<faif 
payer  pour  aller  vous  les  faire  signer  h.  votre  campagne,  à  trois  lieues  d'ici,  el  ncib 
les  rapporter.  Nous  devons  remettre  en  chancellerie,  tant  d'entrée  que  de  soriit, 
un  manifeste  de  nos  chargements.  L'on  pardonne  aisément  si  nous  sommes  ineu'^s 
à  cet  égard,  mais  ce  à  quoi  M.  le  chancelier  est  très  attentif,  c'est  de  nous  fairr 
toujours  payer  à  la  sortie  dix  piastres  et  dix  carroubes  pour  le  prétendu  enresi- 
trement  d'un  manifeste  que  nous  ne  lui  remettons  pas  le  plus  souvent,  et  p^rr 
deux  extraits  du  même  qui  nous  sont  de  toute  inutilité,  qu'il  prétend  que  mui! 
sommes  obligés  de  prendre  et  surtout  de  payt^r  quoique  nous  ne  voulions  fia>.  r! 
cela  en  vertu  d'un  ordre  surpris  sans  doute  à  la  bonne  foi  du  Ministre,  car  il 
n'est  pas  à  supposer  que  le  Ministre  ait  entendu  de  nous  faire  payer  à  M.  le  chan- 
celier un  objet  de  douze  livres  sans  aucune  nécessité,  sans  aucune  utilité,  ni  |>*<(rr 
nous,  ni  pour  personne.  Arrivés  en  France,  nous  remettons  des  manifestes  faits  «t 
signés  par  nous. 

Le  sieur  Rodrigucs.  censal  de  la  nation,  se  permet  de  disposer  à  son  gré  de? 
frets  qui  se  présentent,  sans  se  soucier  de  l'usage  établi  et  de  la  justice,  qui  veu- 
lent que  ces  frets  soient  proposés  aux  capitaines  suivant  leur  ancienneté  sur 
rÉchelle. 

Le  boulanger  de  la  nation  nous  vend  des  galettes  souvent  de  mauvaise  qualité 
au  prix  qu'il  veut.  Si  nous  voulons  du  jtain  frais,  il  nous  le  fait  payer  comme  W  lui 
plaît  ou  nous  le  refuse  souvent  très  insolemment. 

Nous  croyons  de  toute  justice  que  le  prix  des  galettes  el  du  pain  frais  soit  taxé 
pour  nous  au  boulanger,  comme  l'est  celui  du  pain  frais  pour  tous  les  autres  Fran- 
çais, et  nous  pensons  que  dans  tous  les  cas,  si  le  boulanger  de  la  nation  nou>  n^rt 
mal,  s'il  ne  nous  contente  pas,  il  doit  nous  être  permis  de  nous  pourvoir  de  jiain 
ou  de  galette  là  où  nous  trouverons  mieux  notre  compte,  sans  avoir  à  craindre  (ie 
rencontrer  des  difficultés  lorsque  nous  voudrons  envoyer  à  nos  bords  ce  pain 
acheté  ailleurs  «lu'au  four  français,  ainsi  que  nous  l'a  dit  le  pourvoyeur  «le  la 
nation,  d'après  les  ordres  qu'il  prétend  avoir  de  votre  part.  •  (Archives  de  la  Rési- 
dence française  à  Tunis,  Rer/istre  des  délib.  de  la  Aa/ion,  n"  i,  36y  p,  7$.) 


[ilOi\  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  489 

guent,  il  arrivait  que  quelques  capitalues  marchands  prissent  le  nou- 
veau pavillon  avant  ce  terme,  ou  conservassent  encore  Tancien  après 
le  terme  expiré,  Sa  Majesté  Impériale  vous  prie,  très  illustre  et  magni- 
fique Seigneur,  de  vouloir  bien,  dans  les  ordres  que  vous  ferez  expédier 
aux  commandants  des  armements  de  la  Régence  et  de  ses  ports,  leur 
enjoindre  de  la  manière  la  plus  précise  de  respecter  Tun  et  Tautre 
pavillon  et  de  ne  porter  aucun  préjudice  à  tout  bÀtiment  français  qui 
serait  d'ailleurs  muni  des  papiers  de  bord  nécessaires  à  la  légitimité 
de  sa  navigation.  Vous  pouvez  bien  compter,  très  illustre  et  magniOque 
Seigneur,  sur  la  vigilance  de  Sa  Majesté  Impériale  à  accélérer  Texé- 
cution  de  la  loi  qui  substitue  le  nouveau  pavillon  à  Tancien  et  la  sup- 
pression progressive  du  premier  jusqu'à  ce  qu'il  soit  entièrement  dis- 
paru. Dans  la  confiance  que  doit  vous  inspirer  cette  assurance  de  sa 
part,  elle  ne  doute  point  que  vous  n'employiez  les  mesures  les  plus 
eiUcaces  pour  la  sûreté  du  commerce  des  Français,  malgré  cette  inno- 
vation qui  n'en  fait  aucune  dans  les  traités  par  lesquels  la  France  et  la 
Régence  sont  si  heureusement  liées  et  dont  Sa  Majesté  Impériale  désire 
l'éternelle  durée.  Je  ferai  tous  mes  efiforts  pour  y  contribuer  pendant 
celle  de  mon  ministère,  en  saisissant  avec  empressement  les  occasion 
de  vous  prouver  les  sentiments  de  respectueux  attachement  avec  les- 
quels je  suis,  plus  cordialement  que  je  ne  puis  l'exprimer,  etc.  » 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie^  f.  346.) 

427.  —  Pans^  49  décembre  1790.  —  Circulaire  aux  Consuls  du 
Levant  et  Barbarie,  pour  leur  envoyer  plusieurs  exemplaires  de  la  loi 
concernant  le  nouveau  pavillon  national,  ainsi  que  ceux  d'une  instruc- 
tion à  laquelle  est  jointe  une  planche  coloriée  qui  ne  laisse  aucune  équi- 
voque sur  la  forme  et  la  disposition  des  couleurs. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  348.) 
HAHOUDÂ,  BEY  DE  TUNIS,  AU  C^  DE  FLEURIEU. 

428.  —  Tunis^  26  janvier  i  79i.  —  «  Après  vous  avoir  ofifert  les  vœux 
que  nous  inspire  la  plus  pure  amitié,  nous  nous  empressons  de  vous 
notifier  la  réception  de  la  dépêche  que  vous  nous  avez  adressée  et  qui 
contenait  les  témoignages  les  plus  touchants  de  vos  sentiments  pour 
nous.  C'est  par  elle  que  nous  avons  appris  la  démission  que  M.  le  comte 
de  la  Luzerne  avait  obtenue  de  Sa  Majesté  Impériale  et  le  choix  qu'elle 
avait  fait  de  vous  pour  vous  confier  le  Ministère  de  la  marine.  La 
haute  réputation  que  vous  ont  acquise  et  à  juste  titre  vos  anciens  ser- 
vices dans  l'administration  nous  était  déjà  bien  connue,  et  nous  n'avons 
pu  que  nous  féliciter  de  votre  avènement  à  cette  place  honorable  et 


190  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1791 

importante.  Puissiez-vous  n'y  trouver  qat  gloire  et  bonhear!  Paisse  à 
ces  jouissances  se  joindre  celle  d'une  sanlé  inaltérable  pendant  de 
longues  années! 

Nous  apprenons  dans  le  moment  que  le  Consul  de  Frmoce  résidasl 
auprès  de  nous  veut  prendre  congé  de  nous  pour  faire  un  voyage.  Noos 
n'avions  aucune  connaissance  de  ce  projet,  car,  si  nous  en  eussioaséte 
plus  tôt  instruit,  nous  lui  aurions  expressément  défendu  de  voas 
demander  un  congé.  Notre  premier  motif  en  cela  est  la  saison  à 
rhiver;  une  autre  considération  plus  sérieuse  encore  est  qu'il  exista 
actuellement  des  objets  qui  nous  concernent  personnellement,  doot  k 
négociation  a  été  ouverte  par  Tentremise  de  votre  Consul  et  qu'il  peo; 
seul  terminer  à  notre  gré.  C'est  ce  qui  nous  détermine  à  ne  pas  loi 
accorder  la  permission  qu'il  sollicite.  D'ailleurs,  il  nous  est  revenu  qn^ 
les  négociants  qui  se  permettent  le  trafic  du  vin  avaient  porté  en  Fraon 
des  plaintes  contre  votre  Chargé  d'affaires  en  faveur  des  capitaiDes 
qui  avaient  favorisé  l'évasion  de  quelques  esclaves.  Nous  croyons  devoir 
vous  prévenir  que  notre  cher  et  honoré  fils  Hadji  Mustapha-Khodja  ^ 
propose  de  vous  démontrer  que  toutes  les  assertions  des  dits  nègu 
ciants  contre  le  Consul  ne  sont  que  des  impostures  et  des  calomnies. 

Au  surplus,  l'objet  essentiel  de  cette  réponse  est  de  vous  compli- 
menter sur  votre  élévation  au  Ministère  et  de  vous  témoigner  Viniérél 
que  nous  prenons  à  votre  santé.  Nous  espérons  que  vous  vous  occu- 
perez comme  nous-méme  au  maintien  de  l'harmonie  et  de  la  bcoof 
intelligence  qui  subsistent  depuis  si  longtemps  entre  les  deux  Cours,  es 
écartant  soigneusement  tout  ce  qui  pourrait  donner  atteinte  à  ces  sen- 
timents, et  que,  par  cette  attention  réciproque,  les  bases  de  notre  paix 
devenant  de  plus  en  plus  inébranlables,  l'amitié  qui  y  est  fondée 
prendra  chaque  jour  de  nouveaux  accroissements.  Puisse-t-elle  être 
éternelle  I  » 

{Sceau)  {Affcùreâ  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 

MUSTAPnA-KHODJA  AU  C'*'  DB  FLEURIEU. 

429.  —  7«m«,  ^7  janvier*  i79f,  —  «  Nous  avons  reçu  la  lettre 
pleine  d'expressions  d'amitié  que  vous  nous  avez  fait  l'honneur  de  nous 
écrire.  Nous  en  avons  parfaitement  senti  tout  le  prix,  et  nous  avons  tu 
avec  un  grand  plaisir  votre  empressement  à  rendre  compte  à  l'Empe- 
reur de  France  de  nos  deux  demandes  adressées  à  M.  le  comte  de  la 
Luzerne,  votre  prédécesseur,  et  la  décision  favorable  que  Sa  Mayesté 
y  avait  portée.  Nous  l'avons,  de  notre  côté,  transmise  à  notre  ma/lre, 
et  la  satisfaction  qu'il  en  a  ressentie  est  inexprimable.  Il  apprécie  bien 


[4791]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  191 

les  marques  de  bienveillance  que  lui  donne  TEmpereur  de  France  en 
ordonnant  à  la  Chambre  du  commerce  de  Marseille  d'accorder  au  sieur 
Chapelié,  négociant  de  celle  place,  noire  commissionnaire,  loules  les 
facilités  possibles  pour  Tachai  et  Texpédition  des  articles  que  nous  lui 
avions  recommandés,  et  en  autorisant  le  plus  habile  artiste  de  ses  arse- 
naux k  faire  promptement  une  machine  à  forer  les  canons,  et  k  nous 
renvoyer  ensuite  avec  un  ouvrier  capable  de  la  monter  sur  les  lieux  et 
de  nous  en  montrer  le  mécanisme.  D'après  ces  services  importants, 
nos  vœux  pour  le  bonheur  et  la  gloire  de  votre  Ministère  ne  sont  plus 
que  le  Juste  retour  de  notre  vive  reconnaissance.  Daignez  les  agréer, 
et  être  bien  persuadé  que  nous  concourrons  avec  zèle  à  tout  ce  qui 
pourra  rendre  indissolubles  les  nœuds  de  Tamitié  qui  unissent  si  heu- 
reusement les  deux  Cours. 

Quant  à  Taffaire  de  notre  galiote  prise  par  les  galères  du  Pape  dans 
les  eaux  de  la  Corse,  vous  nous  annoncez  bien  vos  bons  offices  auprès 
de  la  Cour  de  Rome  pour  obtenir  la  liberté  et  le  renvoi  dans  leur 
patrie  du  reïs  et  des  matelots  tunisiens;  mais  vous  ajoutez  que  Tissue 
de  cette  négociation  dépend  absolument  de  la  volonté  du  Pape  et  que 
vous  ne  pouvez  répondre  du  succès.  Permettez-nous  de  vous  faire 
observer  que,  la  Corse  faisant  partie  des  Étals  de  Sa  Majesté  l'Empereur 
de  France,  nos  armements  qui  naviguent  dans  ces  parages  et  leurs  prises 
sont  directement  sous  la  sauvegarde  de  Sa  Majesté  Impériale.  Nos  cor- 
saires ne  cessent  de  dire  au  Pacha,  notre  maître  :  «  Comment  serait-il 
<(  possible  que,  lorsque  nous  sommes  enlevés  par  nos  ennemis  près  des 
«  côtes  de  la  Corse,  nous  fussions  de  bonne  prise,  et  qu'au  contraire 
a  Ion  nous  forçât  à  restituer  celles  que  nous  faisons  à  la  môme  dis- 
«  tance  de  cette  île?  Donnez-nous  aussi  la  liberté  d'y  établir  nos  croi- 
«  sières.  »  Mais  notre  maître,  par  respect  pour  le  territoire  ami  et  pour 
éviter  tout  démêlé  fâcheux  avec  votre  Cour,  ne  veut  point  céder  à  leurs 
instances  et  il  ne  cesse,  de  son  côté,  de  leur  défendre  l'approche  de  la 
Corse.  Aussi  comple-l-il  sur  le  prompt  retour  du  reïs  et  de  son  équi- 
page, et  il  me  charge  de  vous  renouveler  ses  réclamations  à  ce  sujet. 

Vous  nous  prévenez,  par  la  même  lettre,  que  M.  de  Chàteauneuf, 
votre  Consul  et  Chargé  d'affaires  auprès  du  Pacha-Bey,  avait  obtenu  un 
congé  pour  aller  en  France  et  que,  pour  le  suppléer  pendant  son  absence. 
Sa  Majesté  Impériale  avait  nommé  M.  de  Villeneuve,  Vice-Consul,  et  le 
premier  député  en  exercice.  Vous  nous  recommandez,  en  conséquence, 
ces  deux  proconsuls.  Nous  avons  l'honneur  de  vous  déclarer  d'abord 
que  c'est  la  première  fois  que  nous  entendons  parler  du  désir  qu'avait  le 
Consul  de  faire  un  voyage  en  France.  Nous  lui  avons  demandé  le  motif  du 


192  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1791 

silence  qu'il  avait  gardé  avec  nous  sur  ce  point.  Il  nous  a  répondu  qae 
son  projet  était  d'aller  se  marier  dans  son  pays  et  qu'il  n'avait  pas  osé 
nous  en  faire  part.  Il  est  vrai  que  nous  n'eussions  point  consenti  à  le 
laisser  partir  dans  ce  moment;  notre  maître  se  refuse,  comme  vous  le 
verrez  dans  sa  dépêche,  à  Téloignement  du  Consul,  parce  qu'il  lai  tronre 
la  capacité  et  les  qualités  nécessaires  pour  s'acquitter  de  ses  foDctions 
à  la  satisfaction  des  deux  parties.  Nous  vous  demandons  pour  lui  li 
permission  de  faire  venir  ici  la  personne  qui  lui  est  promise  en  mariage. 
Si  les  rapports  calomnieux  et  dictés  par  l'animosité  contre  cet  officier 
étaient  écoutés  et  qu'il  fût  rappelé,  notre  maître  est  résolu  à  le  garder 
auprès  de  lui  et  à  lui  donner  une  maison  et  un  traitement  alimeataire: 
nous  vous  prions  d'en  être  bien  assuré. 

Nous  pourrions  prouver  en  détail  et  jusqu'à,  l'évidence  Tinconduite 
des  négociants  établis  à  Tunis  et  toutes  les  calomnies  qu'ils  se  sont 
permises  contre  le  Consul.  Vous  savez  mieux  que  nous  ce  que  vons 
avez  à  faire.  A  Dieu  ne  plaise  que  sur  la  parole  d'imposteurs  et  de  gens 
si  peu  délicats  vous  consommiez  la  perte  d'un  vieux  serviteur  de  TÉtaL 
qui  compte  plus  de  vingt  ans  de  services  ^ 

Votre  Vice-Consul  Guy  de  Villeneuve,  qui  réside  auprès  de  nous, 
est  un  homme  d'esprit,  bien  éduqué  et  habile  dans  le  maniement  des 
affaires  ;  mais  quant  au  député,  je  ne  vous  le  dissimulerai  pas,  loi  et 
ceux  qui  se  sont  joints  à  lui  sont,  sans  contredit,  les  plus  méchants 
des  hommes. 

C'est  pour  satisfaire  à  tous  les  articles  de  votre  dépêche,  pour  tous 
féliciter  sur  votre  Ministère  et  pour  m'informer  de  l'état  de  votre  $ant« 
que  nous  vous  adressons  cette  réponse  amicale.  Nous  nous  flattons  que 
vous  la  recevrez  avec  les  mêmes  sentiments,  et  que  vous  continuerez  à 
saisir  toutes  les  occasions  de  cultiver  la  bonne  intelligence  et  Tharmonie 
qui  unissent  les  deux  Cours  et  de  donner  de  nouveaux  accroissements 
à  notre  amitié  réciproque.  C'est  là  que  se  bornent  tous  nos  désirs; 
puissent-ils  s'accomplir  et  notre  intimité  se  perpétuer  I  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

DE  GHATEAUNEUF  AU  C^  DE  FLEURIEU. 

430.  —  Twnw,  28  janvier  1791.  —  La  corvette  du  Roi  La  PauletU, 
sous  les  ordres  de  M.  de  Brueys,  lieutenant  de  vaisseau,  a  mouillé  à  La 

1.  Voy.  Lettre  des  négociants  français  à  Tunis  aux  députés  du  commerce  de  Mar- 
seille à  Paris,  30  janvier  179(.  —  Le  Consul  général  de  Châteauneuf  y  est  accusé 
d'exercer  de  nombreuses  vexations,  en  s'autorisant  de  son  crédit  auprès  du  Bcj 
et  de  son  gendre.  On  demande  son  remplacement,  bien  qu'il  soit  persona  grain 
au  Bardo. 


[4791]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  193 

Goulette  le  19  courant  et  en  est  repartie  le  27,  après  avoir  transmis  les 
dépêches  de  la  Cour  ^ 

DE  CHATEAUNEUF  AU   C'*'  DE  FLBURIEU. 

431.  —  Tunis  y  29  janvier  i79i .  —  Le  Consul  a  reçu  plusieurs  exem- 
plaires de  la  loi  du  31  octobre  1790  concernant  le  nouveau  pavillon 
national,  ainsi  que  de  la  proclamation  du  Roi  qui  fixe  Tépoque  à  laquelle 
les  bâtiments  de  commerce  pourront  l'arborer.  Il  a  aussitôt  publié  ces 
dispositions. 

La  lettre  écrite  au  Ministre  par  Mustapha-Khodja  a  été  remise  à 
M.  de  Brueys,  qui  a  été  invité  à  conférer  avec  ce  Prince  au  sujet  du  chan- 
gement du  pavillon.  Le  Bey  a  fort  bien  reçu  M.  de  Brueys.  Il  lui  a  déclaré 
que  ce  changement  ne  souffrirait  de  sa  part  aucune  difficulté,  mais  qu'il 
voulait  savoir  ce  que  ferait  Alger.  Les  nouvelles  de  cette  Régence  sont 
attendues  avant  le  1®'  avril,  et,  à  leur  réception,  il  n'est  pas  douteux  que 
le  nouveau  pavillon  pourra  être  arboré  sur  la  maison  consulaire,  sans 
opposition  de  ce  gouvernement,  qui  s'occupe  déjà  des  instructions  à 
donner  à  ses  corsaires. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DE  CHATEAUNEUF  AU  C*°  DE  FLEURIEU. 

432.  —  Twnis,  30  janvier  i  79i ,  — Conformément  aux  ordres  de  la 
Cour,  le  Consul  a  prêté  le  nouveau  serment  et  Ta  fait  prêter  aux  officiers 
sous  ses  ordres. 

{Affaires  élrangères,  C*'»  de  Tunis,) 
DE  CHATEAUNEUF  AU  C^*  DE  FLEURIEU. 

433. —  Tunis^  5  février  i79i .  — Sidi  Mustapha-Khodja  demande  la 
permission  de  faire  construire  à  Tarsenal  de  Toulon  deux  pontons  qui 
doivent  servir  à  draguer  le  port  de  Portefarine  et  le  lac  de  La  Goulette.  Le 
Consul  attendra  pour  répondre  à  ce  Prince  les  instructions  de  la  Cour. 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
MUSTAPHA-KHODJA  AU  C'®  DE   FLEURIEU. 

434.  —  Tunis,  avril  i79i.  —  «  Après  avoir  offert  à  Votre  Excel- 
lence les  expressions  sincères  de  notre  estime  et  de  notre  amitié,  nous 
en  remplissons  le  devoir  le  plus  sacré  en  nous  informant  de  Tétat  de 
votre  santé. 

Il  nous  est  revenu  que  le  nommé  Joseph  Lapierre,  ci-devant  employé 

1.  Voy.  Etat  des  dépenses  faites  à  roccasion  de  la  relâche  et  du  séjour  de  la  cor- 
vette du  Roi  La  Pauletle,  commandée  par  M.  de  Brueys,  lieutenant  de  vaisseau.  Ces 
dépenses  s'élèvent  à6161.  lOs.  6cl 

{Affaires  étrangères,  O*^  de  Tunts.) 

13 


194  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  ;i:91^ 

dans  notre  fonderie  en  qualité  d'apprenti  avec  les  autres  canonDiers, 
et  qui  s'était  mis  dans  le  cas  d'être  chassé  et  renvoyé  en  France,  vj 
porté  des  plaintes  de  ce  qu'il  n'avait  pas  été  payé  de  la  portion  de  ^o 
salaire  qui  lui  était  due  pour  son  travail  pendant  son  séjour  à  Tunis 
Nous  avons  même  entendu  dire  qu*il  s'était  permis  des  recherches^: 
des  voies  de  fait  tumultuaires  contre  M.  Chapelié,  négociant  à  Mar- 
seille. Nous  pouvons  certifier  à  Votre  Excellence  que  le  dit  appresti 
canonnier  a  reçu,  avant  son  départ,  tout  ce  qui  pouvait  lai  revenir  lif 
ses  journées  de  travail,  et  que  son  décompte  a  été  fait  ici  très  eue 
tement,  depuis  le  jour  de  son  entrée  à  la  fonderie  jusqu'à  son  reoni 
et  soldé  parles  mains  de  M.  Barthez,  négociant  français  établi  à  Tuois 

Nous  vous  prions,  en  conséquence,  de  faire  subir  au  nommé  Lapiem 
la  peine  que  méritent  son  imposture  et  les  excès  dont  il  s*est  reodi 
coupable,  pour  qu'il  serve  d'exemple  aux  autres. 

Au  surplus,  Tobjet  principal  de  cette  lettre  est  de  vous  exprimer 
l'intérêt  que  je  prends  k  votre  santé,  et  de  renouveler  nos  vœux  pou 
la  durée  des  liens  qui  unissent  si  heureusement  les  deux  Cours.  Puissen; 
ces  nœuds  devenir  de  plus  en  plus  indissolubles!  » 

{Sceau}  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

HAMOUDA,  BET  DE  TUNIS,  AU  C^<^  DE  FLEURIEU. 

485.  — lunis^  avril  i79i.  —  «  A  la  gloire  des  commandant 
chrétiens,  Télite  des  grands  de  la  nation  qui  professe  la  religion  do 
Messie,  le  modérateur  des  différends  qui  surviennent  entre  les  Étal' 
nazaréens,  notre  très  véritable,  très  fidèle,  très  ancien  et  grand  anii 
le  chevalier  de  Fleurieu,  Ministre  de  la  marine  de  TEoipereur  deFraDce. 
—  Daigne  le  Ciel  combler  ses  jours  de  bénédictions  et  de  salutaire; 
directions  !  —  Salut. 

Après  vous  avoir  offert  l'hommage  de  nos  vœux  et  de  nos  prières 
nous  nous  empressons  de  vous  notifier  amicalement  que  nous  etods 
reçu  des  mains  de  votre  Consul  résidant  près  de  nous  la  dépèche  qne 
vous  nous  avez  adressée  en  dernier  lieu  et  qui  était  relative  au  chaD- 
gement  du  pavillon  de  France.  Vous  nous  marquiez  que  ce  changement 
avait  été  jugé  nécessaire  d'après  des  motifs  puissants  et  des  considé- 
rations majeures  qui  avaient  déterminé  notre  ancien  ami  l'Empereur 
de  France  à  proclamer  à  cet  effet  une  loi  k  laquelle  tous  les  navigaleur^ 
français  devaient  se  soumettre;  et  vous  ajoutiez  que  l'étendard  de 
France  qui  est  arboré  à  Tunis  sur  la  maison  consulaire  devait  égale- 
ment éprouver  le  môme  changement.  Nous  avons  lu  et  médité  celle 
nouvelle  disposition,  et,  considérant  que  sous  le  règne  de  nos  aïeux 


[1791J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  198 

ainsi  que  sous  celui  de  nos  prédécesseurs,  le  pavillon  de  France  que 
vous  désireriez  de  changer  est  resté  jusqu'à  présent  immuable,  notre 
Régence  ne  trouve  aucune  convenance  au  changement  proposé.  Elle  le 
regarde  comme  une  innovation  qui  s'écarte  des  conditions  du  traité 
subsistant  entre  les  deux  Cours.  Elle  juge  plus  convenable  que 
l'étendard  de  France  qui  est  arboré  à  Tunis  ne  soit  point  changé,  et 
qu'il  y  soit  maintenu  tel  qu*il  y  a  toujours  été  et  dans  Tétat  qui  a  été 
consacré  par  un  usage  immémorial.  Nous  espérons  qu'à  la  réception 
de  notre  réponse  et  lorsque  nos  intentions  sur  cet  objet  vous  seront 
bien  connues,  vous  n'y  verrez  que  notre  scrupuleux  attachement  aux 
devoirs  que  nous  imposent  nos  anciens  traités,  notre  fidélité  aux  sen- 
timents d'estime  et  d'amitié  qui  unissent  si  heureusement  la  Régence 
de  Tunis  et  la  Cour  de  France,  notre  désir  de  raffermir  les  fondements 
de  la  paix,  sans  permettre  qu'il  y  soit  porté  la  moindre  atteinte  ni 
altération,  et  nos  vœux  sincères  pour  que  nos  liens  deviennent  de  jour 
eD  jour  plus  indissolubles. 

Puisse  notre  constante  amitié  prendre  sans  cesse  de  nouveaux 
accroissements!  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
DB  CHATEAUNEUF  AU  C*«  DB  FLEUBIEU. 

436.  —  Tunis^  9  mai  1791 .  —  Après  l'arrivée  du  courrier  d'Alger, 
le  nouveau  pavillon  de  France  a  été  reconnu  le  29  avril  et  arboré  le  30 
à  la  maison  consulaire  et  dans  la  rade,  avec  tous  les  honneurs  qui 
lui  sont  dus. 

Le  Consul  se  dispose  à  quitter  Tunis;  il  avisera  le  Ministre  aussitôt 
qu'il  sera  de  retour  en  Europe. 

{Affaires  étrangères^  C*"  de  Tunis.) 
DE  CHATEAUNEUF  A  THÉVBNARD  K 

437.  —  7t/ni5,  30  mai  1791 .  —  L'affaire  du  navire  tunisien  pris  par 
les  galères  du  Pape  dans  les  eaux  de  la  Corse  est  enfin  terminée,  ainsi 
qu'il  avait  été  convenu  entre  Sidi  Mustapha  et  le  Consul.  Le  reïs  qui 
commandait  cette  felouque  est  arrivé  à  Tunis,  et  le  Consul  l'a  présenté 
au  Bey  et  à  son  Ministre. 

Le  nouveau  pavillon  a  été  arboré,  mais  ce  n'est  pas  sans  peine  qu'il 
a  été  agréé  par  le  Bey,  ce  Prince  ayant  appris  par  un  second  courrier 
d'Alger  que  ce  nouveau  pavillon  y  avait  été  apporté  avec  des  présents. 

1.  Anloine-Jean-Marie  Thévenard,  ancien  capitaine  de  vaisseau  au  service  de  la 
Compagnie  des  Indes,  brigadier  des  armées  navales  en  1782,  chef  d'escadre  en  1784, 
vice>amiral  en  1790,  Secrétaire  d'État  de  la  marine  le  16  mai  1791.  II  fut  nommé, 
l'année  suivante,  commandant  de  la  marine  à  Lorient,  puis  à  Brest  et  à  Rochefort. 
et  devint  sous  l'Kmpire  sénateur  et  préfet  maritime  à  Toulon. 


196       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSOLS     1701 

Sidi  Mustapha,  depuis  plus  de  trois  ans,  ne  cesse  de  démoDtrer  aa 
Consul  la  nécessité  d'offrir  au  Bey  un  présent,  comme  lui  en  ont  fait 
les  autres  Puissances.  Ce  Prince  se  plaint  depuis  longtemps  du  peo 
de  cas  que  la  Cour  semble  faire  de  sa  personne  ;  sa  mauvaise  humeur 
se  manifeste  dans  toutes  les  afiaires,  et  dans  Tintérét  de  notre  com- 
merce il  serait  bon  de  laisser  entrevoir  à  Sidi  Mustapha  que  son  maitrr 
sera  satisfait. 

[Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 

438.  —  Paris ^  29  mai  1791 .  —  Circulaire  aux  Consuls  de  Barbarie. 
leur  faisant  part  de  la  nomination  de  Thévenard  au  Ministère  de  h 
marine. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f.  1  tt] 
MUSTAPHA-KHODJA  A  THÉVBNARD. 

489.  —  Tunis^  7  juin  1791.  —  «  Illustre  Seigneur, 
Nous  avons  Thonneur  de  vous  notifier  que  votre  lettre,  qui  nous 
annonçait  votre  nouveau  pavillon,  nous  est  parvenue  et  a  été  mise 
sous  les  yeux  du  Pacha  notre  maître.  Il  s'est  d'abord  refuçé  à  celle 
innovation,  et  comme  elle  ne  devait  avoir  lieu  qu'à  la  suite  d'un  reoog- 
vellement  de  traité,  il  en  inférait  pour  lui-même  la  faculté  de  vous  fain- 
des  demandes  considérables;  mais  M.  de  Chàteauneuf,  votre  Consul,  el 
nous,  avons  été  assez  heureux  pour  satisfaire  le  Pacha,  moyennanloB 
envoi  de  votre  part  de  quelques  munitions  de  guerre,  et  il  a  permis, 
en  conséquence,  que  votre  pavillon  fût  arboré  dans  ses  ports.  La  noie 
de  ces  munitions  a  été  remise  au  susdit  Consul.  Nous  espérons  qoe 
vous  donnerez  vos  ordres  pour  la  prompte  exécution  de  cette  note,  el 
que  les  articles  qui  y  sont  contenus  nous  seront  expédiés  sans  délai  «?l 
à  la  satisfaction  de  notre  mattre  *. 

Permettez-nous  de  vous  rappeler  notre  précédente  dépêche,  qne 
vous  avez  laissée  sans  réponse;  nous  ignorons  la  cause  de  ce  retard. 
M.  de  Chàteauneuf  nous  ayant  prévenu  de  son  prochain  départ  pow 
la  France,  nous  avons  saisi  cette  occasion  pour  nous  informer  de  Tolre 
santé  et  vous  renouveler  les  assurances  de  notre  amitié.  Tels  sont  1» 
objets  de  la  présente.  Ajoutez-y  encore  celui  de  vous  offrirnos  vœui 
pour  la  constante  durée  des  liens  de  l'estime  et  de  la  bonne  intelli- 
gence qui  régnent  entre  notre  Régence  et  votre  Cour.  Puissent-ils  être 

1.  Note  des  demandes  du  Bey  remise  à  M,  de  Chàteauneuf  par  Muslapha-f^f^J^; 
premier  Ministre  :  2  pontons  de  fer,  200  quintaux  de  poudre,  iO  canons  de  l"^"^^ 
de  balle,  20  canons  de  12  livres  de  balle  et  de  10  pans  de  longueur,  4,000  boam 
70  pierriers,  70  tromblons  de  fonte.  (Affaif*es  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 


[1791 J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  197 

éternels!  Puissent  ces  sentiments  prendre  chaque  jour  de  nouveaux 
accroissements!  » 

P.-S.  —  Nous  vous  demandons  vos  bontés  pour  M.  de  Châteauneuf, 
quand  il  sera  près  de  vous,  et  nous  nous  flattons  que  vous  nous  le  ren- 
verrez bientôt  en  sa  première  qualité  de  Consul,  si  la  chose  est  possible. 

{Sceau)  {Affaires  étrangèi^es,  C**»  de  Tunis.) 

DE  VILLENEUVE  *  A  THÉVENARD. 

440.  —  Tunisy  10  juin  1791 .  —  M.  de  Châteauneuf  a  enfin  obtenu 
congé  du  Bey  et  a  quitté  Tunis.  Il  a  présenté  au  Bey  le  Vice-Consul  de 
Villeneuve  comme  devant  le  remplacer  en  son  absence,  conjointement 
avec  le  premier  député,  après  quoi  ils  sont  allés  chez  Mustapha-Khodja. 
Mais  ce  Ministre  n'a  pas  voulu  recevoir  le  député,  malgré  les  instances 
du  Consul  de  Ch&teauneuf,  et  s'est  refusé  à  le  voir  et  à  traiter  avec  lui. 

[Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 
HUSTAPHA-KHODJA  A  THÉVENARD. 

441.  —  7unw,  15  septembre  1191 ,  —  «  Nous  nous  empressons  de 
vous  renouveler  Tassurance  de  notre  estime,  et  nous  vous  faisons  savoir 
amicalement  que  notre  Régence  aurait  besoin  dans  ce  moment-ci  d'une 
certaine  quantité  de  mâts  et  de  bois  de  construction.  Nous  en  avons,  en 
conséquence,  donné  commission  à  M.  Chapelié,  négociant  à  Marseille; 
il  a  ordre  d'acheter,  pour  notre  compte  et  à  nos  frais,  les  susdits  bois  à 
Marseille  même,  et,  dans  le  cas  où  il  n'en  trouverait  point  dans  ce  port, 
de  tâcher  de  se  les  procurer  à  Toulon.  Nous  venons  vous  supplier  d'en 
permettre  et  d'en  faciliter  l'extraction  de  l'arsenal  impérial,  après  en 
avoir  exigé  le  prix  de  notre  commissionnaire.  Nous  vous  prions  de 
nous  faire  encore  une  autre  faveur,  ce  serait  de  vouloir  bien  donner 
vos  ordres  pour  que  le  navire  porteur  de  ces  munitions  navales  soit 
accompagné  par  l'armement  qui  est  destiné  au  transport  de  quelques 
articles  demandés  antérieurement  à  votre  Cour  par  notre  Régence  ' 
jusqu'au  port  de  Portefarine,  où  le  premier  doit  aller  faire  son  déchar- 
gement. Nous  espérons  que  vous  aurez  égard  à  nos  instances  sur  ces 
deux  points  et  que  vous  daignerez  en  accélérer  l'eflfet.  Soyez  persuadé 
que  nos  sentiments  pour  vous  sont  inaltérables. 

Que  le  Très-Haut  nous  fasse  tous  jouir  du  calme  et  de  la  paix!  Puisse 
l'amitié  qui  nous  unit  prendre  toujours  de  nouveaux  accroissements.  » 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

i-  Yoy.  la  noie  2,  p.  158. 
2.  Voy.  la  noie  1,  p.  196. 


198       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS    '\:'A' 

LE  C^o  BERTRAND  <  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

442.  —  Paris^  8  octobre  179i .  —  «  Très  illustre  et  très  magnitiqae 
Seigoeur, 

L'empereur,  mon  maître,  ayant  jugé  à  propos  d'accorder  à  M.  Thére^ 
nard  sa  retraite,  a  daigné  me  confier  le  Département  de  la  marine,  oc 
aboutissent  tous  les  intérêts  et  les  correspondances  de  son  Empira 
dans  les  pays  qui  sont  soumis  &  votre  Gouvernement.  Ce  changemeD' 
ne  devant  servir  qu*à  resserrer  de  plus  en  plus  les  liens  bien  étabib 
de  Tamitié  et  de  la  bonne  intelligence,  je  vous  l'apprends  avec  dauUi:' 
plus  de  plaisir  qu'en  exécutant  les  commandements  suprêmes  df 
Sa  Majesté  Impériale,  je  n'ai  à  vous  annoncer  que  les  dispositions  h 
plus  conformes  aux  avantages  que  peuvent  promettre  une  paixeluDi> 
union  aussi  sincères  qu'inaltérables. 

Je  désire  personnellement  de  pouvoir  vous  convaincre  par  messer 
vices  du  prix  que  je  mets  à  votre  bienveillance  et  de  mon  atleotioDS 
vous  donner,  en  tout  temps,  des  marques  du  respect  avec  lequel  je  sui> 
plus  parfaitement  que  personne,  etc.  » 

(Archives  du  Dar-el-Bey,  Reg.  n*  5,  carton  n"  6,  Ministère  de  la  marine^lîiS-lhi:. 

LOUIS  XVI  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

443.  — Paris,  24  octobre  1791.  —  «  Illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, 

Nous  nous  sommes  déterminé  à  envoyer  devers  vous  le  sieur  Devoize, 
en  qualité  de  Commissaire  et  Chargé  de  nos  affaires.  Sa  prudence  oou5 
inspire  d'autant  plus  de  confiance  qu'il  a  su  mériter  celle  de  voire 
illustre  père,  qui  Tavait  honoré  de  ses  bontés  *. 

Nous  lui  avons,  en  conséquence,  remis  nos  instructions  avec  ordre  de 

i.  Antoine-François  Bertrand  comte  de  MoUevilie,  maître  des  requêtes  en  ITT*. 
Intendant  de  Bretagne  en  1784,  Secrétaire  d'État  de  la  marine  du  2  octobre  \y^ 
au  15  mars  1792.  Décrété  d'accusation  par  la  Convention  nationale,  il  émi^ra  es 
Angleterre. 

2.  Lettre  du  C*  Bertrand  au  Boi,  U  octobre  4791.  —  «  Votre  situation  avec  If- 
Princes  de  Barbarie  ne  présente  encore  aucune  incertitude  sur  la  durée  de  l^psn^ 
mais  eUe  exige  des  sacrifices  que  j'ai  l'honneur  de  proposer  à  Votre  Majesté. 

Le  rappel  de  Tunis  du  Consul  actuel,  demandé  par  les  négociants  français,  lai^»^ 
nos  alTaires  entre  les  mains  d'un  Vice-Consul  trop  jeune  pour  pouvoir  les  teraiiofr 
dans  la  crise  oti  elles  se  trouvent. 

Votre  Majesté  est  suppliée  d'autoriser  l'envoi  d'un  négociateur  sage  cl  capable  dj 
bien  discuter  nos  intérêts.  J'ai  jeté  les  yeux  sur  le  sieur  Devoize,  Vice-Con>ui . 
Scio,  qui  a  demeuré  longtemps  à  Tunis  où  il  a  géré  le  Consulat  par  intérim,  el  # 
a  la  promesse  de  Votre  Majesté  pour  la  première  place  à  vaquer  en  Barbarie  On 
lui  donnera  l'expectative  de  ceUe  de  Tunis,  s'il  réussit  dans  sa  mission.  Elle  ofcs- 
sionnera  des  dépenses  ou  présents  de  plus  de  150,000  livres,  lorsqu'elle  serarioi^ 
mais  il  suTQra  pour  ce  moment  de  lui  faire  remettre,  avec  des  lettres  de  civauff 
de  Votre  Majesté,  une  somme  de  15,000  livres  pour  les  modiques  dons  qu'il  auni 
offrir  eu  son  nom  et  pour  ses  frais  de  voyage {Affaires  étrangères^  (T*'  àe  Tk»"' 


[i791]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  199 

vous  assurer  de  notre  haute  bienveillance,  et  cette  lettre  pour  Taccré- 
diter  spécialement  auprès  de  vous.  Vous  pouvez  donc  ajouter  entière 
foi  et  créance  à  tout  ce  qu'il  vous  dira  en  notre  nom,  soit  pour  ce  qui 
regarde  notre  service,  soit  pour  tous  les  objets  relatifs  aux  intérêts  de 
la  nation  française  que  nous  recommandons  spécialement,  ainsi  que 
lui^  à.  vos  bontés.  Sur  ce,  nous  prions  Dieu,  illustre  et  magnifique 
Seigneur,  qu'il  vous  ait  en  sa  digne  garde.  » 

{Affaires  étrangères^  C'*'  de  Tunis,) 

MÉMOIRE  POUR  SERVIR  D'INSTRUCTION  AU  SIEUR  DEVOIZE, 
COMMISSAIRE  DE   SA  MAJESTÉ  PRÈS  LB  BEY  ET  LA  RÉGENCE  DE  TUNIS  ^ 

444.  —  Paris^  24  octobre  i79f .  —  «  Sa  Majesté  ayant  choisi  et 
accrédité  le  sieur  Devoize  en  qualité  de  son  Commissaire  et  Chargé 
d^affaires  auprès  du  Bey  et  de  la  Régence  de  Tunis,  afln  d'y  négocier 
et  d'y  arranger  les  principaux  points  de  leurs  réclamations  et  pour 
rétablir  la  bonne  intelligence  parmi  les  Français  établis  sur  cette 
Ëchelle,  Sa  Majesté  est  persuadée  que  le  dit  sieur  Devoize  remplira 
avec  zèle  et  prudence  tout  ce  qu'exige  cette  mission  délicate,  sur 
laquelle  elle  a  voulu  lui  donner  ses  instructions. 

Le  sieur  Devoize  ayant  déjà  résidé  à  Tunis,  pendant  que  feu  Ali-Bey 
gouvernait  cette  Régence,  a  dû  prévoir  alors  quel  serait  le  caractère  du 
Prince  régnant,  son  fils.  Il  annonçait  dès  cette  époque  une  fierté  natu- 
relle, qui  s'est  développée  èi  son  avènement  dans  la  guerre  qu'il  con- 
tinue contre  les  Vénitiens,  malgré  la  gêne  qu'elle  occasionne  au  com- 
merce ou  à  la  course  de  ses  sujets.  Le  Consul  de  France  lui  ayant 
offert  un  présent  de  douze  à  quinze  mille  livres  au  nom  de  Sa  Majesté, 
le  Bey  ne  le  trouva  pas  assez  considérable  et  le  refusa;  mais  il  pro- 
testa que  cette  résolution  n'influerait  point  sur  ses  sentiments  pour  la 
nation.  On  a  cependant  eu  lieu  de  remarquer  depuis,  dans  son  langage 
et  sa  conduite,  une  sorte  de  morosité  qui  ne  peut  être  attribuée  qu'à, 
celte  première  impression.  Elle  aurait  peut-être  eu  des  suites  plus 
fâcheuses  sans  le  retour  à  Tunis  et  le  ministère  de  Sidi  Mustapha, 
son  gendre,  qui  s'était  d'abord  éloigné  sous  le  prétexte  apparent  d'un 
pèlerinage  à  la  Mecque  et  par  l'appréhension  réelle  qu'il  avait  des 
violences  de  son  jeune  maître.  La  sage  expérience  de  ce  Ministre  et 
son  attachement  constant  pour  les  Français  ont  servi  sans  doute  à 
apaiser  jusqu'ici  le  souvenir  du  passé,  mais  il  n'a  pu  TefTacer  com- 
plètement, puisque  le  Bey  s'est  enfin  déterminé  à  faire  déclarer  par 
Sidi  Mustapha  qu'il  se  croyait  méprisé  de  la  France,  quand  il  compa- 

4.  Voy.  la  note  2,  p.  60. 


200  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [IT^l 

rait  le  trailement  bien  différent  dont  elie  usait  envers  le  Dey  d  Alger, 
et  qu'il  persisterait  dans  cette  opinion,  s'il  n'obtenait  en  pur  don  b 
munitions  de  guerre  et  les  instruments  désignés  dans  la  note  qu'il  ec 
a  remise,  sans  préjudice  de  la  demande  précédente  d'une  machine  a 
forer  les  canons  qui  lui  a  été  promise.  Cette  dernière  explication  a  été 
amenée  par  la  perte  d'un  corsaire  tunisien  tombé  au  pouToir  û'm 
armement  sarde,  et  enlevé  sur  la  Corse  si  près  de  terre  qu'une  partie 
de  l'équipage  a  pu  s'y  sauver.  Le  traité  assure  auBey  et  à  ses  corsaire 
la  protection  de  la  France  sur  ses  côtes  et  à  la  portée  du  canon,  et  sa 
réclamation  du  bâtiment  et  du  prix  du  sang  de  ses  honimes  tués  ou  de 
la  liberté  du  reste  de  l'équipage  est  très  légitime.  Impatient  d'obtenir 
ces  indemnités,  le  Bey  a  fixé  au  Vice-Consul  un  terme  de  deux  moi>, 
qui  est  expiré.  Il  est  donc  très  instant  de  transiger  avec  lui  surceltf 
affaire.  Le  sieur  Devoize  est  autorisé  par  Sa  Majesté  à  convenir  delà 
somme  qu'on  pourrait  remettre  au  Bey  pour  le  satisfaire,  et  il  n'aon 
qu'à  se  conformer  à  cet  égard  aux  explications  qui  lui  seront  données 
par  le  Ministre  de  la  marine. 

Il  en  sera  de  même  pour  deux  autres  corsaires  qui  ont  été  pris  au^i 
depuis,  par  des  galères  vénitiennes,  sur  les  atterrages  de  la  Corse  et 
dont  le  commissaire  de  la  marine  à  Bastia  a  fait  repasser  les  équipages 
à  Tunis. 

Sa  Majesté,  désirant  à  la  fois  faire  droit  aux  justes  demandes  du  Bey 
et  dissiper  les  préventions  désagréables  qu'il  a  conçues  du  peu  d'égards 
qu'il  suppose  à  la  France  pour  lui,  charge  le  sieur  Devoize  de  s  ouvrir 
avec  Sidi  Mustapha  sur  le  moyen  de  parvenir  à  ce  double  but....  et  elle 
y  destine  volontiers  une  somme  de  100  à  150,000  livres. 

Sa  Majesté  saura  gré  au  sieur  Devoize  de  l'économie  qu'il  ferait  sar 
un  pareil  sacrifice,  et  c'est  pour  faciliter  cette  diminution  et  ses  nép- 
dations  préliminaires  auprès  de  Sidi  Mustapha  qu'elle  lui  a  fait  compter 
12,000  livres  à  employer  en  donatives  personnelles.  Elle  attache  aa 
succès  de  sa  mission  la  perspective  du  Consulat  de  France  à  Tunis, 
dont  elle  fera  expédier  les  provisions  au  sieur  Devoize  après  le  compte 
qu'il  aura  rendu  de  ses  démarches,  s'il  est  aussi  favorable  que  Sa 
Majesté  se  plait  à  l'attendre  de  l'expérience  et  de  la  capacité  de  cet 
officier.  Mais  quelque  importante  que  soit  cette  partie  de  sa  commis- 
sion, celle  qui  intéresse  la  prospérité  et  le  commerce  des  Françaisa 
Tunis  tient  encore  plus  à  cœur  à  Sa  Majesté.  Le  sieur  Devoize  ne 
saurait  trop  se  pénétrer  de  la  nécessité  de  gagner  leur  conGance,  qui 
concourra  efficacement  à  l'exécution  de  la  promesse  que  Sa  Majesté 
vient  de  lui  faire.  Son  premier  soin  doit  être  de  leur  persuader  que^a 


[1791]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  201 

Majesté  n'est  occupée  que  de  leur  bonheur,  et  qu'il  n'emploiera  jamais 
son  influence  auprès  du  Bey  et  de  la  Régence  que  pour  leurs  propres 
a.vantages. 

Le  sieur  Devoize  s'attachera  à  inspirer  au  Bey  et  à  tous  ceux  qui 
ont  part  au  gouvernement  les  mêmes  sentiments,  et  k  leur  faire 
entendre  que  Sa  Majesté  est  résolue  à  donner  sa  protection  la  plus 
étendue  au  commerce  et  à  la  navigation  des  Français  en  Tunisie.  » 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f,  Î9f,) 

LE  C'^  BERTRAND  A  DE  VILLENEUVE,  VlCE-CONSUL,  ET  AUDIBERT-CAILLE, 

PREMIER  DÉPUTÉ  DE  LA  NATION  A  TUNIS. 


I.  —  Paris,  24  octobre  i79i .  —  «  Sans  attendre  le  résultat  de 
l^examen  qui  doit  être  fait  incessamment  de  la  conduite  de  M.  de 
Chàteauneuf,  Sa  Majesté  a  donné  à  M.  Devoize,  Vice-Consul  k  Scio,  la 
mission  spéciale  de  mettre  fin  à  Tespèce  de  crise  où  se  trouvent  actuel- 
lement les  affaires  de  la  France  à  Tunis.  Le  Roi,  en  l'accréditant  auprès 
du  Bey  et  de  la  Régence  en  qualité  de  son  Chargé  d'affaires  extraordi- 
naire, lui  a  recommandé  de  rétablir  l'union  et  l'harmonie  parmi  les 
Frajiçais  qui  résident  à  Tunis  et  de  leur  faire  recouvrer,  comme  ils  en 
ont  exprimé  le  désir,  la  bienveillance  du  Bey  et  de  son  premier 
Ministre....  On  ne  doute  pas  qile  la  nation  de  Tunis  ne  s'empresse  de 
son  côté  de  répondre  aux  vues  de  Sa  Majesté  en  rétablissant  prompte- 
ment  la  bonne  intelligence  parmi  tous  les  membres  qui  la  composent. 
Ce  sera  le  préliminaire  indispensable  de  sa  réconciliation  avec  le  Bey, 
dont  on  doit  sentir  toute  la  nécessité  par  les  inquiétudes  que  la  place 
de  Marseille  avait  conçues  des  explications  comminatoires  de  ce 
Prince,  sur  la  prise  qui  a  été  faite  de  trois  de  ses  corsaires  sur  nos 
côtes  par  les  ennemis  de  la  Régence. 

Le  sacrifice  considérable  que  fait  le  Roi  pour  l'indemniser  de  ses 
pertes  doit  prouver  à  la  nation  française  à  Tunis  toute  sa  sollicitude 
pour  son  commerce  et  sa  navigation...  » 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f,  iSS.) 
LE  C^^'  BERTRAND  A  DEVOIZE. 

446.  —  Paris,  24  octobre  1791.  —  «  L'attitude  prise  par  le  Bey  et 
son  Ministre  depuis  le  départ  de  M.  de  Chàteauneuf  nécessite  l'envoi  à 
Tunis  d'un  négociateur  intelligent  et  sage.  Vos  services  passés  et 
principalement  ceux  que  vous  avez  rendus  à  Tunis,  la  bienveillance 
particulière  que  Sidi  Mustapha  vous  a  toujours  conservée  et  dont  vous 
avez  reçu  des  témoignages  récents,  la  demande  qui  fut  faite  de  vous 


'  i02  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\1^\] 

pour  le  Consulat  de  Tunis,  par  le  père  du  Bey  régnant,  ont  déUrminé 

!  le  Roi  à  vous  confier  celte  mission  extraordinaire. 

I 

Il  m*a  autorisé,  en  conséquence,  à  vous  faire  expédier  la  lettre  de 
créance  ci-jointe,  par  laquelle  vous  êtes  nommé  son  Commissure  eî 
son  Chargé  d'affaires  auprès  du  Bey  et  de  la  Régence  de  Tunis,  ei  a 
vous  remettre  les  instructions  particulières  que  Sa  Majesté  vous  donne 
elle-même. 

C'est  surtout  auprès  de  Sidi  Mustapha  que  vous  devez  faire  tous  mïs 
efforts  pour  détruire  les  impressions  fâcheuses  que  paraissent  avoir 
produites  sur  son  esprit  les  plaintes  portées  contre  M.  de  Châteauoeaf. 
si  Ton  en  juge  par  le  soin  extrême  qu'il  a  pris  à  les  repousser...  Sidi 
Mustapha  peut  seul  vous  guider  dans  la  composition  des  présents  qae 
le  Roi  consent  à  donner  au  Bey  et  à  ses  principaux  ofliciers,  et  pour 
la  discussion  des  compensations  que  ce  Prince  sollicite  pour  les  prises 
qui  lui  ont  été  faites  sur  nos  côtes. 

La  demande  des  pontons  est  très  embarrassante,  et  vous  pourrez  à 
votre  passage  à  Toulon  voir  s'il  ne  nous  conviendrait  pas  mieui 
d'engager  le  Bey  à  s'en  désister.  Cependant,  notre  propre  commerce 
et  notre  navigation  trouveraient  tant  d'utilité  dans  l'usage  de  ces  ics- 
truments  si  propres  à  faciliter  le  mouillage  de  nos  bâtiments  que  je  me 
déciderais  de  préférence  pour  le  don  de  ces  deux  machines,  dont  le 
prix  et  les  frais  de  transport  doivent  être  compris  dans  la  somme  de 
150,000  livres  ordonnée  par  Sa  Majesté. 

La  machine  à  forer  les  canons  est  dans  le  même  cas.  Pour  toos 
faciliter  votre  mission,  je  vous  ai  obtenu  des  bontés  du  Roi  une  somme 
de  15,000  livres,  dont  3,000  pour  les  frais  de  votre  voyage  et  12,000 pour 
être  employées  en  bijoux  que  vous  remettrez  en  votre  nom  au  Bey  et  à 
ses  principaux  officiers.  Quant  à  votre  traitement  pendant  la  durée  de 
votre  commission,  il  sera  composé  de  la  moitié  de  celui  du  Consulat  de 
Tunis  et  de  ce  que  vous  recevez  pour  le  Vice-Consulat  de  Scio  donl 
vous  êtes  titulaire,  en  tout  9,750  livres....  Le  Roi  ne  veut  en  aucun  cas 
accorder  au  Bey  les  munitions  de  guerre  dont  il  a  fait  aussi  la 
demande.  De  pareils  envois  pourraient  indisposer  les  Puissances  en 
guerre  avec  Tunis. 

...Le  commerce  que  nous  faisons  dans  les  ports  du  royaume  de  Tunis 
est  le  plus  considérable  de  toute  la  Barbarie,  et  il  mérite  à  cet  effet  tout 
l'intérêt  que  nous  vous  demandons  de  lui  porter...  Ne  manquez  pas  non 
plus  de  faire  valoir  au  Bey  tous  les  égards  dont  son  agent  en  France. 
le  sieur  Chapelle,  négociant  de  Marseille,  a  été  l'objet  de  notre  part.  » 

{Aff^aires  élvaufjCres^  Levant  et  Barbarie,  /*.  ÎBB.) 


[1791]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  203 

LE  C^^  BERTRAND  A  HAMOUDA,   BEY  DE  TUNIS. 

447.  —  Paris,  24  octobre  i79J.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

L'Empereur  de  France,  mon  maître,  en  envoyant  à  Tunis  un  Com- 
missaire qu'il  a  chargé  spécialement  de  ses  affaires  auprès  de  vous, 
m'a  ordonné  de  le  recommander  k  vos  bontés.  J'ose  les  réclamer  avec 
d'autant  plus  de  confiance  qu'il  a  déjà  l'honneur  d'être  connu  de  vous, 
et  que  votre  illustre  père,  de  glorieuse  mémoire,  l'avait  trouvé  digne 
de  remplir  cette  fonction  auprès  de  sa  personne  en'  montrant  le  désir 
de  le  voir  remplacer  M.  de  Saizieu. 

Sa  Majesté  Impériale  a  remis  au  sieur  Devoize  ses  propres  instruc- 
tions, pour  guider  les  explications  qu'il  a  à  vous  donner  sur  les  diverses 
demandes  que  vous  avez  faites,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  k 
M.  de  Fleurieu,  l'un  de  mes  prédécesseurs.  J'espère  que  vous  voudrez 
bien  l'entendre  sur  tous  les  points  qu'il  a  ordre  de  traiter  avec  vous. 
Ils  sont  relatifs  à  vos  deux  dernières  dépêches  et  k  celles  que  Sidi 
Mustapha-Khodja  nous  a  écrites  de  votre  part. 

L'Empereur  mon  maître  a  été  fort  sensible  k  l'expédition  des  ordres 
qui  ont  fait  reconnaître  et  respecter  le  nouveau  pavillon  français  dans 
les  ports  et  rades  de  vos  États,  et  k  la  mer  par  les  armements  de  la 
Régence.  Elle  vous  prie  d'agréer  tous  ses  remerciements  de  la  marque 
d'amitié  que  vous  lui  avez  donnée  dans  cette  circonstance.  Sa  Majesté 
Impériale  a  apprécié  aussi  comme  elle  le  devait  l'intérêt  que  vous 
avez  eu  la  bonté  de  témoigner  en  faveur  de  M.  de  Châteauneuf,  lorsque 
la  mésintelligence  qui  s'est  malheureusement  élevée  entre  lui  et  les 
Français  résidant  k  Tunis  a  obligé  Sa  Majesté  Impériale  k  le  rappeler. 
Il  n'appartenait  qu'à  un  Prince  aussi  magnanime  que  vous,  illustre  et 
magnifique  Seigneur,  d'entreprendre  la  défense  d'un  officier  qu'il 
croyait  opprimé.  Mais  il  serait  bien  fâcheux  que  les  préventions  que 
sa  situation  a  pu  vous  inspirer  devinssent  défavorables  à  la  nation 
française,  qui  a  toujours  été  la  plus  ancienne  et  la  meilleure  amie  de 
votre  illustre  maison,  et  Sa  Majesté  Impériale  a  prescrit  formellement 
au  sieur  Devoize  de  faire  tous  ses  efforts  pour  vous  engager  k  perdre 
tout  souvenir  du  passé  et  k  rendre  vos  bonnes  grâces  aux  Français  qui 
sont  établis  ou  qui  abordent  dans  vos  États.  Je  me  ûatte  qu'il  trouvera 
de  la  facilité  k  remplir  cette  vue  salutaire,  qui  tient  fort  k  cœur  à  Sa 
Majesté  Impériale,  dans  l'estime  et  l'amitié  qui  vous  attachent  à  elle. 
Permettez-moi  de  m'en  rapporter  aux  mêmes  sentiments  pour  tout 
ce  qui  regarde  vos  intérêts  personnels  et  les  pertes  qu'ont  pu  essuyer 
vos  sujets  par  la  prise  de  trois  de  vos  armements  sur  nos  côtes. 


204  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1191 

Sa  Majesté  Impériale  n'attendra  pas  Teffet  de  ses  réclamations  oDotrir 
cette  violation  de  territoire;  elle  a  donné  ses  pleins  pouvoirs  au  sieu: 
Devoize  pour  transiger  avec  vous  sur  les  compensations  qui  se^JDt 
déterminées  par  Téquité  et  la  sagesse  qui  vous  distinguent.  Je  pren- 
drai les  derniers  ordres  de  TEmpereur  mon  maître  aussitôt  que  j- 
connaîtrai  le  résultat  des  conférences  du  sieur  Devoize  avec  vous. 

Je  me  flatte  que  vous  reconnaîtrez  à  des  dispositions  si  loyales  et  s 
décisives  combien  Sa  Majesté  Impériale  désire  de  maintenir  saQ> 
aucune  espèce  d'altération  la  paix  qui  subsiste  si  heureusemeut  entre 
les  deux  pays.  Souffrez  qu'en  mon  particulier  je  vous  proteste  de  mno 
empressement  à  saisir  toutes  les  occasions  d'en  resserrer  les  nœuds. 
de  vous  ménager  la  continuation  de  la  haute  bienveillance  de  Sa  Majestt 
Impériale,  et  de  vous  convaincre  de  l'admiration  et  du  respect  ave* 
lesquels  je  suis  plus  cordialement  et  plus  véritablement  que  persono^ 
au  monde,  très  illustre  et  magniflque  Seigneur,  votre  sincère  et  dévout^ 
serviteur.  *> 

(Affaires  élrangéreSf  Ijevant  et  Barbarie^  f.  i95.) 
LE  C^  BERTRAND  A  MUSTAPHA-KHODJA. 

448.  —  Paris,  24  octobre  1791 ,  —  «  Illustre  et  magnîBque  Sei- 
gneur, 

Les  dépêches  que  vous  avez  adressées  à  M.  de  Fleuri  eu,  Tun  de  mef 
prédécesseurs,  ont  été  mises  sous  les  yeux  de  Sa  Majesté  Impériale,  et 
elle  m'a  fait  connaître  ses  intentions  pour  y  guider  ma  réponse,  b 
bonté  que  vous  avez  eue  de  vous  prêter  et  de  concourir  à  la  justifica- 
tion de  M.  de  Chàteauneuf,  par  la  réfutation  la  plus  étendue  des  griefs 
qui  lui  étaient  suscités,  fait  honneur  à  la  générosité  de  vos  sentiments. 
Elle  a  excité  l'attention  et  l'intérêt  de  Sa  Ma^jesté  Impériale,  qui  m  a 
chargé  de  vous  en  témoigner  toute  sa  sensibilité;  mais  je  verrais  avec 
beaucoup  de  regret  subsister  plus  longtemps  dans  votre  esprit  ie> 
impressions  défavorables  que  vous  pourriez  avoir  conçues  contre  les 
accusateurs  de  ce  Consul,  et  c'est  autant  pour  les  dissiper  que  p^ur 
négocier  les  différents  points  des  demandes  du  Bey  que  j'ai  proposé  à 
Sa  Majesté  Impériale  d'envoyer  un  Commissaire  à  Tunis,  et  d'accorder 
la  préférence  pour  celte  mission  à  M.  Devoize,  à  cause  du  suffrage  si 
honorable  pour  lui  que  vous  lui  avez  anciennement  accordé  et  dont  il 
m'a  fait  voir  de  nouveaux  témoignages  que  vous  avez  daigné  lui 
donner  directement.  Vous  ne  sauriez  croire  combien  cette  circons- 
tance me  fait  augurer  favorablement  de  l'issue  de  ses  démarches.  J^ 
sais  tout  ce  que  j'ai  à  me  promettre  du  crédit  mérité  dont  vous 


[1792]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  206 

jouissez  auprès  de  votre  illustre  maître  et  de  rattachement  dont  vous 
faites  profession  pour  la  France.  J*y  mets  tout  mon  espoir,  et  je  me 
réfère  dans  cette  confiance  aux  explications  que  donnera  de  vive  voix 
le  sieur  Devoize  et  à  celles  qui  sont  renfermées  dans  ma  dépêche 
au  Bey. 

Sa  Majesté  Impériale  vous  fait  beaucoup  de  remerciements  de  ce  que 
vous  avez  déterminé  le  Bey  à  reconnaître  le  nouveau  pavillon  français, 
et  des  ouvertures  particulières  que  vous  avez  faites  à  M.  de  Ghàteau- 
neuf  sur  les  dispositions  du  Bey.  Ce  Consul  me  les  a  fidèlement  trans- 
mises, et  vous  verrez  qu'elles  n'ont  pas  peu  inûué  sur  les  résolutions 
bienfaisantes  de  Sa  Majesté  Impériale  que  le  sieur  Devoize  doit  vous 
annoncer. 

Je  me  borne  à  vous  demander  la  continuation  de  votre  bienveillance 
pour  ce  dernier.  Elle  seule  peut  opérer  le  succès  de  sa  commission,  k 
laquelle  je  ne  vous  dissimulerai  point  que  Sa  Majesté  a  attaché  la  place 
de  Consul  à  Tunis,  Tune  des  plus  considérables  de  cette  carrière.  » 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  /*.  297,) 
LE  C^®  BERTRAND  A  DE  VILLENEUVE. 

449.  —  Paris,  24  octobre  1791 .  —  On  a  remis  à  M.  Devoize  les 
instructions  les  plus  détaillées  sur  les  diverses  réclamations  du  Bey, 
mais  on  prie  le  Yice-Consul  de  donner  à  ce  négociateur  tous  autres 
renseignements  dont  il  pourrait  avoir  besoin.  L'arrivée  de  M.  Devoize 
fera  cesser  l'intérim  dont  Guy  de  Villeneuve  est  chargé.  On  félicite  ce 
dernier  de  la  manière  sage  et  prudente  dont  il  s'est  conduit  pendant 
sa  gestion  passagère. 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie,  f.  299») 
DE  VILLENEUVE  AU  C^  BERTRAND. 

450.  —  Tunis,  15  février  1792.  —  Dans  la  nuit  du  8  au  9  courant, 
le  Bey  a  été  victime  d'une  tentative  d'assassinat.  Gra.ce  k  l'intervention 
de  son  garde  des  sceaux,  qui  a  été  grièvement  blessé  par  les  assassins, 
le  Prince  n'a  reçu  que  quelques  coups  sans  conséquence.  Des  trois 
assassins,  mamelucks  de  la  garde  du  Bey,  deux,  se  voyant  pris,  se  sont 
suicidés,  et  le  troisième  a  été  massacré  par  un  esclave.  Le  Vice-Consul 
est  allé  chaque  jour  s'informer  de  la  santé  d'Hamouda-Bey,  qui  s'est 
montré  très  touché  de  cette  attention  *. 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
LE  G^  BERTRAND  A  DE  VILLENEUVE. 

451.  —  Paris,  ô  mars  1792.  —  M.  Blot,  ingénieur,  arrivera  inces- 
^  Voy.  sur  cet  incident  les  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  226. 


206  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1792 

samment  à  Tunis,  pour  seconder  les  vues  du  chef  de  la  Régence  M: 
appartient  au  Consul  de  faire  valoir  aux  yeux  du  Bey  la  bienveillaoe^ 
du  Roi  à  son  égard. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie^  /".  h4.) 
LE  B*»"  LACOSTE  *  A  HAMOUDA,  BBY  DE  TUNIS. 

452.  —  Pansy  19  mars  1792.  —  «  Très  illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, 

L'Empereur  mon  maître,  ayant  jugé  à  propos  d'accorder  à  M.  Ber- 
trand sa  retraite,  a  daigné  me  confier  le  département  de  la  marine  oâ 
aboutissent  tous  les  intérêts  et  les  correspondances  de  son  Empire  ddQ> 
les  pays  qui  sont  soumis  à  votre  gouvernement.  Ce  changement  ne  devan: 
servir  qu'à  resserrer  de  plus  en  plus  les  liens  bien  établis  d'amitié  el 
de  bonne  intelligence,  je  vous  rapprends  avec  d'autant  plus  de  plaisir 
qu'en  exécutant  les  commandements  suprêmes  de  Sa  Majesté,  je  n'ai 
à  vous  annoncer  que  les  dispositions  les  plus  conformes  aux  avantages 
que  peuvent  promettre  une  paix  et  une  union  aussi  sincères  qu'inalté- 
rables. Je  désire  personnellement  pouvoir  vous  convaincre  par  mes 
services  du  prix  que  je  mets  à  votre  bienveillance,  et  de  mon  attention 
à  vous  donner  en  tout  temps  des  marques  de  l'attachement  avec  lequel 
je  suis,  etc.  » 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f.  €7.) 
DEVOIZB  AU  B^''^  LACOSTE. 

463.  —  Toulon^  31  mars  i79.2,  —  Le  Commissaire  du  Roi  s'em- 
barquera demain  pour  se  rendre  à  son  poste,  emmenant  avec  lui  à 
Tunis  le  matériel  et  les  ouvriers  qui  doivent  servir  à  la  construclioD 
du  ponton  destiné  à  draguer  le  lac  de  La  Goulette. 

(Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
HAMOUDA,  BBY  DE  TUNIS,  AU  B^"  LACOSTE. 

454.  —  T'unis,  ...  avril  J792,  —  «  Nous  vous  faisons  savoir  que 
M.  Devoize,  nommé  par  Sa  Majesté  Impériale  Commissaire  auprès  de 
nous  pour  traiter  et  négocier  divers  points  restés  en  souffrance,  nous 

1.  Lettre  de  Bertrand  à  Possel,  commissaire  général  de  la  marine  à  Toulon.  - 
Paris,  le  5  mars  1799.  —  -  Prière  de  hàler  le  départ  de  M.  Blol,  ingénieur  allafbé 
aux  travaux  mécaniques  de  Messieurs  Perrier,  entrepreneurs  des  eaux  de  Paris, 
qui  ont  construit  une  machine  à  forer  les  canons  pour  le  Bey  de  Tunis.  M.  Blol 
est  chargé  de  conduire  cette  machine  à  sa  destination  et  de  la  mettre  en  mon- 
vement.  Il  lui  est  accordé  500  livres  par  mois  et  ses  frais  de  transport.  •  (A/fatrts 
étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

2.  Ancien  avocat  au  Parlement  de  Bordeaux,  chef  des  constructions  des  coloain 
à  l'administration  de  la  marine  en  1766,  député  de  Saint-Domingue  en  1783.  cbarg« 
d'une  mission  aux  Iles-sous-Ie-Vent  en  1790,  Secrétaire  d'Étal  de  la  marine  du 
15  mars  au  20  juillet  1792,  puis  Ambassadeur  en  Toscane  et  enfin  membre  du  Con- 
seil des  prises  de  1800  à  1814. 


11792]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  207 

a  fîdèlement  remis  les  dépêches  dont  elle  Tavait  chargé  pour  nous. 
Nous  les  avons  lues  avec  Tattenlion  la  plus  suivie,  et  nous  y  avons 
reconnu  le  véritable  langage  de  Tamitié. 

Nous  avons  fait  à  M.  Devoize  Taccueil  que  mérite  un  officier  revêtu 
de  son  caractère,  et  dont  la  personne  nous  était  déjà  favorablement 
connue  pour  avoir  rempli,  par  intérim,  les  fondions  de  Consul  auprès 
de  notre  glorieux  maître,  prédécesseur  et  père,  Ali-Pacha,  d'heureuse 
mémoire.  Nous  aurons  pour  M.  Devoize  toute  la  confiance  et  la  consi- 
dération que  lui  accordait  le  feu  Pacha,  que  nous  cherchons  à  imiter 
en  tous  points. 

Votre  Commissaire  vous  marquera  qu'il  ne  nous  reste  aucune  trace 
des  discussions  qui  avaient  eu  lieu  entre  les  Français  établis  à  Tunis, 
pendant  le  cours  des  troubles  qui  les  ont  divisés.  Nous  avons  ense- 
veli dans  un  oubli  absolu  leurs  torts,  par  égard  pour  l'Empereur  de 
France,  qui  a  daigné  nous  en  faire  la  demande. 

Vous  saurez  également  que  tous  les  Français  résidant  dans  mes 
Ëtats  n*ont  jamais  cessé  de  jouir  de  toute  la  protection  et  de  la  tran- 
quillité que  leur  assurent  les  traités;  nous  sommes  disposés  à  les  faire 
jouir  à  l'avenir  des  mêmes  avantages. 

Nous  avons  conféré  avec  M.  Devoize  sur  Tenlèvement  irrégulier  de 
trois  de  nos  galiotes  sur  les  côtes  de  la  Corse  ;  il  a  été  convenu  que  ces 
trois  bâtiments  nous  seraient  restitués  en  nature  avec  tous  les  agrès, 
toutes  les  munitions  de  guerre  et  de  bouche  et  tous  les  effets  qui  s'y 
trouvaient  embarqués,  si  la  chose  était  praticable,  et  que,  dans  le  cas 
contraire,  la  valeur  des  galiotes  et  des  effets  perdus  nous  sérail  payée 
en  argent  ;  les  Tunisiens  qui  composaient  leurs  équipages  nous  seraient 
rendus  en  personnes,  ou  remplacés  par  d'autres  esclaves  de  la  même 
nation,  si  les  premiers  n'existaient  plus.  C'est  à  ces  conditions  que 
nous  avons  transigé  sur  ces  faits. 

Nous  vous  prions  de  nous  envoyer  le  plus  tôt  possible  les  articles  de 
munitions  que  nous  vous  avons  précédemment  demandés;  ils  sont  le 
juste  retour  de  notre  déférence  h  accepter  votre  nouveau  pavillon. 

Nous  nous  flattons  qu'à  la  réception  de  notre  réponse  vous  vous 
hâterez  de  réparer  les  pertes  que  nous  avons  essuyées  sur  vos  côtes, 
où  les  dites  prises  illégales  ont  eu  lieu;  mais  si  vous  fermez  les  yeux 
sur  ces  désordres  et  si  vous  en  négligez  la  réparation,  nous  vous  décla- 
rons que  nous  en  agirons  de  même  à  l'égard  de  vos  navires,  que  nous 
abandonnerons  avec  la  même  indifférence  à  la  discrétion  de  vos 
ennemis,  lorsque  ceux-ci  chercheront  à  les  dépréder  sur  nos  côtes  et 
dans  nos  propres  ports. 


208  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [179î; 

Il  n'y  a  que  cet  article  de  nos  traités  qui  souffre  quelque  difficulté 
dans  son  exécution;  qu'il  soit  observé  dans  sa  plénitude,  et  notre 
amitié  restera  intacte,  notre  paix  sera  éternelle. 

Nous  avons  aussi  discuté  k  fond  avec  M.  Devoize  Taffaire  d'une  de 
nos  prises  chargée  de  vin  qui  fut  enlevée,  il  y  a  environ  dix-huit  mois, 
par  un  armement  vénitien  ;  le  prix  en  a  été  ûxé  par  votre  Commissaire, 
et  c'est  un  objet  terminé.  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 

MUSTAPHA-KHODJA  AU  B^  LACOSTE. 

455.  —  Tunis,  ...  avril  i  792,  —  «  Nous  avons  l'honneur  de  faire 
savoir  à  Votre  Excellence  que  M.  Devoize,  Commissaire  envoyé  par 
Sa  Majesté  Impériale  auprès  de  notre  maître,  à  son  arrivée  à  Tunis. 
nous  a  remis  les  dépêches  qu'elle  lui  avait  confiées.  Nous  avons  biea 
volontiers  renoué  connaissance  avec  M.  Devoize,  pour  qui  nous  avio&s 
toujours  conservé  estime  et  amitié  depuis  sa  première  résidence  à 
Tunis;  et  nous  lui  avons,  en  conséquence,  procuré  toutes  les  facilités 
qui  ont  dépendu  de  nous  pour  le  seconder  dans  sa  mission. 

L'indulgence  que  vous  nous  avez  demandée  pour  les  Français  qui 
pouvaient  avoir  quelque  tort  dans  les  discussions  survenues  entre  eux 
leur  a  été  plénièrement  accordée  de  notre  part,  et  tout  le  passé  est 
oublié. 

Vous  ne  devez  douter  ni  de  la  protection  spéciale  qui  a  été  con- 
stamment assurée  à  tous  les  Français  répandus  dans  le  royaume  de 
Tunis,  ni  de  celle  dont  ils  continueront  à  jouir  partout  où  s  étendrait 
domination  de  notre  maître. 

Il  a  été  arrêté  et  convenu  avec  votre  Commissaire  que  les  trois 
galiotes  tunisiennes  prises  sur  la  Corse  seraient  restituées  en  nature 
avec  leurs  équipages,  leurs  agrès,  les  armes  et  toutes  les  muaitioas 
qui  s'y  trouvaient  embarqués.  Dans  le  cas  où  cette  restitution  ne  serait 
plus  possible,  M.  Devoize  a  consenti  à  payer  en  argent  la  valeur  des 
dits  navires,  qui  a  été  fixée,  après  de  longs  débats,  à  la  somme  de 
â7,000  piastres  de  Tunis.  Les  hommes  de  leurs  équipages  qui  seront 
encore  vivants  seront  rendus,  et  on  enverra  k  la  place  de  ceux  qui 
n'existent  plus  autant  d'esclaves  tunisiens  qui  seront  rachetés  à 
cette  tin. 

Nous  avons  pressé  M.  Devoize  de  nous  faire  venir  les  munitions  que 
nous  avions  précédemment  demandées.  Il  nous  a  objecté  les  circoDS- 
tances  présentes,  qui  s'opposent  à  la  sortie  de  France  des  articles 
désirés,  et  a  insisté  pour  que  leur  envoi  à  Tunis  fût  différé  et  remis 


[1792]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  209 

à  un  temps  plus  opportun;  nous  avons  consenti  à  ce  délai,  à  condition 
que  les  dites  munitions,  achetées  en  apparence  et  expédiées  par  des 
négociants,  seraient,  en  dernière  analyse,  payées  par  le  Trésor  public 
de  France.  Votre  Commissaire  attend  sur  ce  point  votre  approbation. 

M.  Chapelié,  négociant  de  Marseille,  avait  fait  pour  nous  à  Toulon 
Tachât  de  1,000  bombes;  il  nous  en  avait  envoyé  800,  lorsque  votre 
ancien  Consul  nous  assura  qu'elles  faisaient  partie  des  autres  muni- 
tions dont  l'Empereur  son  maître  avait  résolu  de  nous  faire  présent. 
Cependant,  M.  Chapelié  nous  ayant,  dans  Tintervalle,  demandé  le 
montant  de  ces  800  bombes,  nous  crûmes  devoir  lui  en  refuser  le 
payement,  en  lui  faisant  connaître  l'assurance  positive  que  nous  avait 
donnée  votre  Consul  au  sujet  des  munitions  qui  nous  étaient  destinées 
en  retour  de  notre  consentement  à  reconnaître  et  à  laisser  arborer 
votre  nouveau  pavillon.  En  effet,  il  est  de  toute  justice  que  vous  don- 
niez au  Bey  mon  maître  quelque  marque  de  satisfaction  pour  la 
complaisance  qu'il  a  eue  de  se  prêter  à  une  pareille  innovation;  ces 
procédés  réciproques  entretiennent  Tamitié. 

Puisqu'il  ne  vous  est  pas  possible  de  conserver  et  de  nous  renvoyer 
M.  de  Chàteauneuf  en  sa  première  qualité  de  votre  Consul  et  chargé 
d  affaires,  nous  espérons  du  moins  que  vous  l'employerez  autre  part 
d'une  manière  honorable  et  proportionnée  à  son  grade.  C'est  un 
officier  recommandable  par  les  services  qu'il  a  rendus  aux  deux  Cours. 

M.  Devoize  est  aussi  un  serviteur  distingué  par  son  mérite,  son  zèle 
et  ses  talents;  il  est  en  état  d'exercer  avec  succès  les  fonctions  con- 
sulaires; sa  conduite  et  son  langage  sont  propres  à  resserrer  les  nœuds 
de  la  bonne  intelligence  et  de  Tamitié  qui  régnent  entre  la  Régence  de 
Tunis  et  la  France.  Nous  sommes  habitué  à  traiter  avec  lui,  et  nous 
vous  prions  de  le  nommer  définitivement  votre  Consul  auprès  du 
Pacha-Bey. 

Deux  de  nos  prises  furent  enlevées  à  nos  corsaires,  il  y  a  déjà 
quelques  années,  pendant  la  vice-gérance  de  M.  d'Esparron.  Sur  les 
réclamations  que  nous  en  fîmes  dans  le  temps,  ce  Vice-Consul  se 
défendit  toujours  en  nous  objectant  qu'il  n'avait  pas  qualité  pour 
appuyer  nos  représentations,  qu'il  nous  priait  de  différer  jusqu'à 
l'arrivée  du  Consul.  Le  fléau  de  la  peste,  qui  survint  dans  cette  môme 
époque,  nous  ayant  forcé  à  ne  nous  occuper  que  de  notre  salut,  inter- 
rompit nos  sollicitations.  Nous  les  reprîmes  à  l'apparition  de  M.  de 
Chàteauneuf,  qui  nous  engagea  à  les  faire  parvenir  directement  à  la 
Cour  de  France.  C'est  ce  que  nous  fîmes  en  nous  adressant  aux  Minis- 
tres, vos  prédécesseurs,  dont  nous  n'avons  pu  obtenir  d'autre  réponse, 

14 


iiO  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  Tx 

sinon  que  notre  demande  était  ancienne  et  caduque.  Votre  Excdlt£i> 
n'ignore  point  que  la  vérité,  soit  ancienne,  soit  nouvelle,  est  impr^- 
criptible.  Nous  avons  repris  avec  M.  Devoize  cette  discussion,  et  ils k 
chargé  de  vous  en  rendre  compte  en  détail  et  avec  toutes  les  preuve^ 
qu'il  a  dû  acquérir  des  deux  faits.  Nous  nous  en  rapportons  avec  c  [ 
iiance  à  votre  décision.  Quant  à  la  prise  chargée  de  vin  et  enlevée,  :!> 
a  dix-huit  mois,  par  un  armement  vénitien  à  Tun  de  nos  corsair'^ 
elle  a  été  estimée  à  3,000  sequius  zermahboubs  dans  une  conférée 
tenue  ad  hoc  entre  M.  Devoize  et  nous,  et  il  a  promis  de  nous  pay^r 
cette  somme. 

Nous  vous  prions  d'être  bien  persuadé  de  nos  dispositions  à  fO£- 
courir  de  tout  notre  crédit  à  l'heureuse  définition  de  toutes  les  affaim 
qui  intéresseront  les  Français;  c'est  une  assurance  que  M.  Deroiz 
doit  vous  confier  dans  sa  correspondance. 

Puissiez-vous  jouir  d'une  santé  et  d'une  prospérité  inaltérables! 

{Sceau)  (Affaires  élrangèt'cs.f  C***  de  Tunit.] 

LE  B*°  LACOSTE  A  DE  CHATEAUNEUF. 

456.  —  Paris^  13  avril  1792,  —  Il  est  résulté  de  Texamen  géo'-n' 
des  accusations  portées  contre  lui  par  plusieurs  négocianUi  fracçab 
résidant  à  Tunis  que  leurs  imputations  sont  dénuées  de  fondemeo:. 
tandis  que  sa  défense  a  été  prise  directement  par  le  Bey  lui-mèmnt 
par  son  premier  Ministre,  et  qu'elle  est  d'ailleurs  appuyée  par  des  éloç^ 
presque  unanimes  donnés  à  son  administration....  Pourle  dédomiiiaztr 
de  la  place  à  laquelle  il  vient  de  renoncer  pour  le  bien  de  la  paii. 
Sa  Majesté  a  décidé  de  le  décorer  de  la  croix  de  Saint-Louis,  et  de  lu- 
conférer  le  titre  et  la  charge  de  Résident  de  France  à  Genève. 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  94-) 
LE  B«»  LACOSTE  A  MUSTAPHA-KKODJA. 

457.  —  Parisy  f6  avril  i  792.  —  «  Illustre  et  magnifique  Seigneur. 

J'ai  l'honneur  de  répondre  k  la  lettre  que  vous  avez  écrite  à  mon  pré- 
décesseur pour  lui  demander  de  faciliter  l'extraction  du  Royaume  de 
quelques  articles  dont  le  Bey  a  besoin  et  que  le  sieur  Chapelle,  sod 
agent  k  Marseille,  est  chargé  de  vous  procurer.  Je  viens  d'expédier  an 
port  de  Toulon  les  ordres  nécessaires  à  l'exécution  de  cette  comms- 
sion. 

Recevez,  je  vous  prie,  les  assurances  des  sentiments  d'estime  el 
d'amitié  avec  lesquels  je  suis,  plus  cordialement  que  personne  au 
monde,  etc.  » 

(Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f  106.) 


[1792]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  2H 

DEVOIZE  AU  B°°  LACOSTE. 

458.  —  Tunis,  25  avril  1792.  —  Embarqué  à  Toulon  le  30  mars,  à 
bord  de  la  corvette /.a  Badine^  commandée  par  M.  de  Simony-Broutières, 
lieutenant  de  vaisseau  *,  le  sieur  Devoize  est  arrivé  à  La  Goule tte  le 
4  courant.  Le  5  le  pavillon  a  été  salué,  et  le  10  le  Consul  a  été  reçu  en 
audience  publique  par  le  Bey,  à  qui  il  a  remis  ses  lettres  de  créance  et 
dont  il  a  reçu  un  accueil  fort  distingué. 

L'affaire  des  trois  galiotes  tunisiennes  prises  en  Corse  par  les  arme- 
ments de  Sardaigne  et  de  Venise  s'est  réglée  par  la  promesse  d*une 
indemnité  fixée,  d'accord  avec  le  Bey,  à  27,000  piastres  et  par  renga- 
gement de  racheter  quatre  esclaves  tunisiens  eu  remplacement  de 
ceux  qui  ont  été  tués. 

Sidi  Mustapha,  après  de  nombreuses  discussions  au  sujet  du  présent 
que  le  Roi  se  propose  de  faire  au  Bey,  a  réduit  ses  prétentions  à  la 
demande  de  200  quintaux  de  poudre,  70  pierriers  de  fer  et  70  tromblons 
en  fonte,  indépendamment  des  pontons  et  de  la  machine  à  forer  les 
canons,  laquelle  ne  peut  être  comprise  dans  le  présent. 

Le  sieur  Devoize  a  remis  au  Bey  le  diamant  qu'il  était  autorisé  à  lui 
présenter  personnellement.  Ce  Prince  l'a  reçu  avec  plaisir,  mais  il  a 
niontré  une  satisfaction  extrême  du  don  d'un  méridien  à  canon  comme 
celui  du  Palais-Royal  de  Paris. 

Quant  à  Sidi  Mustapha,  il  a  paru  sensible  au  présent  qu'il  a  reçu  d'un 
cabaret  en  argent,  d'un  fusil  et  d'une  paire  de  pistolets  à  deux  coups 
damasquinés  en  argent. 

(Affaires  étrangères,  C"^  de  Tunis,) 
DEVOIZE  AU  B°°    LACOSTE. 

459.  —  Tunis,  5  mai  1792,  —  La  paix  entre  la  République  de 
Venise  et  la  Régence  de  Tunis  a  été  conclue  et  signée  le  2  courant, 
moyennant  80,000  sequins  vénitiens.  Le  traité  n'aura  son  effet  qu'après 
la  remise  de  la  somme  stipulée  et  des  présents  d'usage  pour  l'admis- 
sion du  nouveau  Consul. 

Cette  paix,  si  chèrement  achetée  par  la  république  de  Venise  après 
une  guerre  de  neuf  ans,  a  produit  ici  un  effet  peu  favorable  à  son 
pavillon  '. 

[Affaires  étrangères,  C'"'  de  Tunis.) 


4.  État  des  dépenses  faites  à  V occasion  de  la  relâche  et  du  séjour  de  la  corvette 
La.  Baoinb,  aux  ordres  de  M.  de  Simony-Broutiéres  :  349  piastres  (Affaires  étran- 
gères^ C'^*  de  Tunis). 

2.  Ce  traité  a  été  publié  dans  les  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  562. 


212  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  'ITyi 

DEVOIZB  AU  B*""  LACOSTE. 

460.  —  7uwis,  6  mai  i792,  —  Le  27  avril  la  corvette  La  Flèche,  <')\:> 
les  ordres  de  M.  du  Chayla  ',  a  relâché  à  La  Goulette  sans  mission  par- 
ticulière. Le  sieur  Devoize,  pensant  qu'il  convenait  que  le  pavill  s 
national  reçût  en  présence  de  Tescadre  vénitienne  les  honneurs  qui  hl 
sont  dus,  a  obtenu  du  Bey  Tordre  de  le  faire  saluer  de  21  coups  d(? 
canon,  qui  ont  été  rendus  par  la  corvette. 

(Affaires  élrartf/êreSy  C***  de  Tunis.) 
UAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  LOUIS  XVI. 

461.  —  Tunisy  2  juin  1792.  —  «  A  la  gloire  des  Monarques  chré- 
tiens, Télite  des  Souverains  qui  professent  la  religion  du  Messie,  le  Irt^ 
sublime  en  dignité,  très  haut,  très  magnifique  Empereur  de  France. 
Louis  XVI,  notre  ancien  et  fidèle  ami,  Theureux  modérateur  des  dliït^ 
rends  qui  s'élèvent  entre  les  nations  de  TEurope,  le  possesseur  du 
trône  qu'il  orne  par  ses  vertus.  Salut. 

Après  avoir  offert  à  Votre  Majesté  Impériale  les  expressions  de  notn» 
respect  et  Thommage  de  nos  vœux,  nous  nous  empressons  de  lui  Doti 
fier  que  nous  avons  reçu  des  mains  de  M.  Devoize,  votre  Commissaire 
chargé  de  nous  donner  les  explications  les  plus  étendues  sur  tous  le> 
points  restés  en  souffrance  entre  les  deux  Cours,  la  dépèche  dont  vous 
nous  avez  honoré  et  celle,  dont  il  était  également  porteur,  de  M.  Ber- 
trand, Ministre  de  la  marine  de  France.  Nous  avons  donné  la  pl(l^ 
sérieuse  attention  aux  divers  articles  contenus  dans  ces  deux  lellre.v 
et  nous  en  avons  pénétré  le  sens,  qui  est  celui  de  Testime  et  de  ramilie. 

Nous  avons  revu  avec  plaisir  M.  Devoize,  qui  avait  déjà  exenv  à 
Tunis  les  fonctions  intérimaires  de  Consul  sous  le  glorieux  règne  de 
notre  auguste  prédécesseur  et  père  Ali-Pacha,  à  qui  Dieu  a  fait  miséri- 
corde !  Cet  officier  jouissait  alors  des  bonnes  grâces  de  notre  feu  maître 
Votre  Majesté  Impériale  ne  doit  pas  douter  de  nos  dispositions  à  lui 
accorder  notre  bienveillance  et  toutes  les  faveurs  qu'il  est  dans  Tbahi- 
tude  d'obtenir  à  Tunis.  Nous  lui  avons  déjà,  en  conformité  de  la  lettre 
de  créance  qu'il  nous  a  remise  de  votre  part,  témoigné  toute  la  con- 
fiance désirée,  et  nous  avons  écouté  favorablement  les  proposili'niî' 
qu'il  nous  a  faites  en  votre  nom. 

Tout  ce  qui  s'est  passé  entre  les  négociants  français  et  notre  Cour  a 

1.  Arniand-Simon-Marie  Blanquet  du  Chayla,  garde  de  la  marine  cn4771,  easci-'n? 
en  l'is,  lioutenant  en  1783,  capitaine  en  1792,  contre-amiral  en  1795,  retraité  en  !^«' 
Voy.  Etat  des  dépenses  faites  à  Voerasion  de  la  relâche  de  la  corvette  La  Fuihe. 
sous  les  ordres  de  M.  du  Chayla  :  130  piastres  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tums^- 


t'I'ÎOS]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  213 

été  mis  en  oubli  par  pure  considération  pour  la  demande  formelle  que 
Votre  Majesté  Impériale  a  bien  voulu  nous  en  transmettre,  et  notre  con- 
duite envers  eux  doit  les  avoir  convaincus  que  nous  ne  gardons  aucun 
souvenir  de  leurs  torts  passés  pendant  les  troubles  qui  avaient  agité  la 
nation  française  à  Tunis. 

Tous  les  individus  de  cette  môme  nation  qui  naviguent  sur  nos  côtes 
ou  qui  sont  établis  dans  nos  États  sont  et  seront  toujours  par  la  même 
considération  protégés  et  défendus.  Us  jouissent  et  jouiront  de  la  plus 
parfaite  tranquillité  sous  notre  sauvegarde. 

Votre  susdit  Commissaire  ayant  ordre  de  terminer  immédiatement 
avec  nous  certains  objets  qui  lui  ont  été  spécialement  confiés,  et 
d'autres  ne  pouvant  être  conduits  à  définition  que  par  Tentremise  du 
Ministre  de  la  marine,  nous  prions  Votre  Majesté  Impériale  de  nous 
permettre  de  n'entrer  avec  elle  dans  aucun  détail,  et  de  réserver  ceux 
qui  sont  indispensables  pour  un  peu  plus  tard.  Nous  nous  bornons  ici  à 
renouveler  à  Votre  Majesté  Impériale  les  assurances  les  plus  sincères 
de  notre  empressement  à  maintenir  l'observation  des  traités  qui  nous 
lient  à  la  France,  tant  qu'elle  écartera  de  son  côté  tout  ce  qui  pourrait 
leur  porter  atteinte.  Puissent  ces  liens  si  salutaires  pour  les  deux  parties 
se  resserrer  de  plus  en  plus  par  des  procédés  respectifs  de  loyauté  et 
de  générosité,  si  propres  à  procurer  et  à  accroître  les  sentiments  d'es- 
time et  d'amitié  qui  unissent  indissolublement  les  Tunisiens  et  les 
Français  I 

Puisse  Votre  Majesté  Impériale  couler  des  jours  purs  et  sereins  dans 
une  félicité  inaltérable  !  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères ,  C'*  de  Tunis.) 

462.  —  Paris,  34  juin  1792.  —  Provisions  de  Consul  général  pour 
Jacques  Devoize,  Commissaire  du  Roi  près  le  Bey  de  Tunis  ^ 

•  (Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f.  190  v.) 

DEVOIZE  AU  B^""   LACOSTE. 

463.  —  Tunis,  24  juin  i  792.  — La  frégate  La  Vestale,  commandée  par 
M.  Gavoty  *,  a  mouillé  hier  à  La  Goulette,  venant  d'Alger,  avec  mission 

1.  Voy.  la  noie  2,  p.  60,  —  la  correspondance  de  Devoize  avec  le  Bey  (Palavf 
Dar-el-Bey,  Tunis,  carton  Francs,  4710-1883),  — et  le  carton  Mission  Devoize  (Archives 
de  la  Résidence  française  à  Tunis,  Marine,  17^3-181^). 

3.  Jean- Baptiste-Charles  Gavoty,  enseigne  de  vaisseau  en  1770,  lieutenant  en  1778, 
capitaine  de  brûlot  en  1784,  capitaine  de  Trégate  en  1786,  commandant  La  Vestale, 
de  Tescadre  de  la  Méditerranée  sous  les  ordres  de  l'amiral  Truguet.  —  Voy.  sur 
sa  mission  à  Alger  à  la  même  époque  Correspondance  des  Deys  d'Alger  avec  la 
Cour  de  France,  t.  Il,  p.  426. 


214  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  yâi 

d'escorter  les  bâtiments  en  charge  pour  la  Provence.  Le  pavillon  a  été 
salué  de  21  coups  de  canon,  et  la  frégate  du  Roi  les  a  rendus.  M.  Gavoty 
a  cédé  à  la  prière  qui  lui  a  été  faite  par  les  négociants  de  séjourner  ici 
de  quinze  à  vingt  jours  pour  leur  permettre  de  préparer  un  convoi. 

(Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunv.) 
LE  B<>°  LACOSTE  A  MUSTAPHA-RUODiA. 

464.  —  Paris,  29  juin  1792.  —  «  Illustre  et  magnifique  Seigoeur, 

J'ai  remis  àTEmpereur  la  réponse  que  le  Bey  de  Tunis  avait  charge 
le  sieur  Devoize  de  me  faire  passer  pour  Sa  Majesté  Impériale.  Elle  a 
été  fort  sensible  à  Taccueil  fait  à  M.  Devoize  au  Bardo,  et  elle  v  a 
reconnu  les  sentiments  que  vous  avez  toujours  montrés  pour  les  iott 
rets  delà  France.  Elle  n'a  point  hésité  à  déférera  la  demande  que  vou^ 
avez  daigné  former  vous-même  de  le  voir  succéder  à  M.  de  Châteauneuf. 
Elle  Ta  nommé  en  conséquence  son  Consul  auprès  du  Bey.  La  pariqu^ 
ce  Prince  a  eu  la  bonté  de  prendre,  ainsi  que  vous,  illustre  et  magni- 
fique Seigneur,  à  la  situation  de  M.  de  Chàteauneuf,  a  achevé  de  déter- 
miner Sa  Majesté  à  le  remettre  en  activité  dans  une  autre  carrière,  de 
manière  à  le  dédommager  de  la  place  qu'il  avait  perdue. 

Je  vous  prie  d'agréer  tous  mes  remerciements  des  facilités  que  \*m 
avez  apportées  à  la  discussion  des  réclamations  de  la  Régence.  Sa 
Majesté,  à  qui  j'ai  rendu  compte  de  ce  qui  avait  été  arrêté  entre  voaset 
M.  Devoize,  m'a  chargé  de  lui  expédier  ses  dernières  instructions  pour 
en  terminer  radicalement  tous  les  points.  Je  me  flatte  qu'à  l'empresse- 
ment qui  a  été  mis  dans  l'exécution  de  ceux  qui  ont  été  réciproquemeot 
convenus,  le  Bey  et  vous  jugerez  delà  sincérité  des  dispositions  où  est 
Sa  Majesté  Impériale  d'entretenir  la  bonne  intelligence  et  de  l'impossi- 
bilité où  elle  est  de  pousser  plus  loin  les  sacrifices. 

Je  n'ai  qu'à  désirer  que  vous  veuillez  bien  continuer  à  M.  Devoize 
vos  bons  offices  et  votre  appui  auprès  du  Bey,  afin  qu'R  puisse  conclure 
cette  négociation  à  la  satisfaction  des  deux  Cours.  Aussitôt  quelle  sera 
finie,  Sa  Majesté  témoignera  la  sienne  au  Bey  en  répondant  à  cette 
époque  à  la  lettre  que  ce  Prince  lui  a  écrite  directement. 

Recevez  en  attendant  les  assurances  de  l'estime  et  des  seotimenL^ 
d'attachement  avec  lesquels  je  suis,  etc.  » 

(Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f,  ÎOO.) 
LE  B"""  LACOSTE  A  DEVOIZE. 

466.  —  Paris,  29  juin  i792,  —  On  a  appris  avec  plaisir  son  heureuse 
arrivée  à  Tunis  et  l'accueil  que  lui  ont  fait  le  Bey  et  son  premier 
Ministre.  Sa  négociation  devra  aboutir  suivant  ses  indications: 


[i702]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  218 

i.*»  Au  payement  convenu  d'une  somme  de  27,000  piastres  ou  43,5001. 
lie  Tixnis  pour  les  trois  galiotes  enlevées  par  les  armements  de  Venise 
et  de  Sardaigne  près  rile  de  Corse  ; 

â®  Au  rachat  de  quatre  Tunisiens  esclaves  à  Cagliari,  et  au  remplace- 
ment des  hommes  tués  dans  le  combat  et  dont  le  nombre  est  inconnu  ; 
3®  A  la  remise  en  pur  don  des  pontons  et  de  la  machine  à  forer  les 
canons  pour  tenir  lieu  d'une  galiote  détruite  par  les  armements  du  Pape 
dans  les  eaux  de  la  Corse  ; 

4«  A  la  restitution  en  nature  et  en  argent  d'une  prise  appartenant  au 
favori  du  Bey,  qui  en  avait  passé  vente  à  des  Français,  et  qui  fut  saisie 
par  une  escadre  vénitienne. 

Le  tout  n'atteint  pas  le  chiffre  de  150,0001.,  somme  qui  avait  été  fixée 
pour  l'arrangement  de  nos  affaires  à  Tunis.  Devant  cet  exposé,  le  Roi 
a  décidé  que  M.  Devoize  éluderait  autant  qu'il  serait  possible  les 
demandes  de  munitions  de  guerre  qui  sont  faites  directement  ou  indi- 
rectement par  le  Bey  au  Roi. 

On  se  loue  infiniment  de  la  manière  dont  M.  Guy  de  Villeneuve  a 
rempli  l'intérim  qui  lui  a  été  confié,  et  l'on  regrette  de  ne  pouvoir  lui 
donner  un  avancement  immédiat.  Il  a  grandement  contribué,  ainsi 
que  M.  Devoize,  à  réconcilier  les  nationaux  entre  eux  et  avec  le  Bey. 

[Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  /*.  S02.) 
DBVOIZE  AU  B<">  LACOSTE. 

466.  —  Tunis,  J 2  juillet  i792.  —  Le  Bey  refuse  au  sieur  Chapelié, 
son  correspondant  à  Marseille,  le  payement  delà  somme  de  10,510  livres 
pour  la  fourniture  de  800  bombes,  sous  prétexte  que  le  sieur  de  Châ- 
teauneuf  lui  avait  fait  considérer  ces  projectiles  comme  un  présent  de 
notre  gouvernement.  Le  Consul  Devoize  a  l'intention  de  proposer  à  Sidi 
Mustapha  de  payer  directement  cette  somme  au  sieur  Chapelié,  et  de 
lui  annoncer  en  même  temps  qu'il  lui  remettra  d'un  autre  côté  une 
pareille  somme,  à  titre  de  don  volontaire  du  Roi,  la  France  ne  pouvant 
consentir  à  fournir  au  Bey,  expressément,  des  munitions  de  guerre. 

Le  Consul  général  est  allé  avec  Sidi  Mustapha  à  Portefarine,  où  la 
construction  du  ponton  est  avancée.  Le  Ministre  en  a  examiné  le  méca- 
nisme avec  le  plus  grand  intérêt  et  en  a  paru  très  satisfait. 

Un  bâtiment  danois  est  arrivé  à  Portefarine  chargé  d'un  présent 
pour  le  Bey;  ce  sont  des  munitions  de  guerre  :  30  canons  de  fer  avec 
leurs  affûts;  6,000  boulets;  42  gros  câbles;  100  barils  de  poudre; 
20  balles  de  toile  à  voiles  ;  600  quintaux  de  cordages  pour  les  manœuvres, 
le  tout  estimé  à  100,000  piastres. 


216  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [Ï7â 

L'arsenal  de  Portefarine  est  bien  pourvu,  l'activité  y  règne,  lesann^. 
ments  qui  s'y  trouvent  se  composent  d'un  vaisseau,  de  cinq  bar«^es. 
de  deux  chebecks  et  de  trois  galiotes  prêtes  à  sortir.  Trente  petits  ariD- 
ments  sont  actuellement  en  course. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 
MONGB  *  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

467.  —  Paris^  SfO  août  1792.  —  «  Très  illustre  et  magnifique  Seigneur. 
J'ai  été  nommé  au  Ministère  de  la  marine,  où  aboutissent  lousl>^ 

intérêts  et  les  correspondances  de  TEmpire  françaisavec  les  payssoum> 
à  votre  gouvernement.  Ce  changement  pouvant  contribuer  à  resserrer 
de  plus  en  plus  les  liens  d'amitié  et  de  bonne  intelligence  déjà,  établis. 
je  vous  l'apprends  avec  plaisir,  en  vous  assurant  du  désir  persoDoei 
que  j'ai  de  vous  convaincre  par  mes  services  du  prix  que  je  mets  a 
votre  bienveillance,  et  de  mon  attention  à  vous  donner  en  tout  teiDp> 
des  marques  de  mon  attachement. 

Le  peu  de  temps  que  je  suis  en  place  et  la  multitude  d'affaires  qui  sooi 
à  ma  charge  ne  me  permettant  pas  de  répondre  pour  le  moment  à  lalettre 
que  vous  avez  écrite  dernièremenl  à  mon  prédécesseur,  je  me  réserve 
de  m'en  acquitter  dans  la  suite,  et  je  ferai  tout  ce  qui  sera  en  rnoopoo- 
voir  pour  vous  prouver  que  je  suis  plus  parfaitement  que  persoDne,elc.  > 

{Aff'aires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f,  i$6.) 
DEVOIZE  A  MONGE. 

468.  —  Tunis,  2 1  août  i  792.  —  Il  accuse  réception  de  ses  provisioE;» 
de  Consul  général  à  Tunis.  Il  a  été  reconnu  en  cette  qualité  dans  une 
assemblée  générale  de  la  nation. 

Il  n'a  pas  encore  reçu  les  66,000  livres  en  espèces  que  le  Ministre  a 
ordonné  de  lui  faire  passer  et  dont  il  désire  faire  la  remise  au  Beypour 
obtenir  de  lui  une  renonciation  formelle  à  ses  anciennes  préteotioos. 

L'Espagne,  qui  avait  conclu  la  paix  avec  Tunis  en  s'eogageaDtà 
payer  à  la  Régence  une  somme  de  250,000  piastres  fortes  et  à  faire 
un  présent  de  50,000  piastres  en  bijoux,  n'a  pas  encore  rempli  ses 
engagements.  Le  Bey,  lassé  d'attendre,  a  signifié  au  Consul  espagnol 
qu'il  entendait  que  toutes  les  conditions  du  traité  fussent  remplies 
dans  le  délai  de  deux  mois,  sous  peine  de  rupture  '. 

(Aff'aires  étrangères,  C*«»  de  Tunis.) 

4.  Gaspard  Monge,  membre  de  TAcadémid  des  sciences,  Ministre  de  la  marine 
sous  la  Convention  nationale,  du  12  août  1102  au  10  avril  1793.  Il  accompagoa 
Bonaparte  en  K^'ypte,  devint  plus  tard  président  de  l'Institut  du  Caire,  sénateur, 
comte  de  Péluse,  et  fut  pourvu  d'un  majorât  en  WestphaUe. 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  211. 


i 


[1792]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  217 

DBVOIZE  A  MONGE. 

469.  —  Tunis,  24  août  1792.  —  En  apprenant  la  nouvelle  promo- 
tion de  Devoize  au  Consulat,  le  Bey,  qui  prend  Alger  pour  modèle,  a 
élevé  la  prétention  de  recevoir  un  présent.  Le  Consul  est  d'avis  de 
n'en  pas  faire  à  ce  Prince,  pour  éviter  une  innovation,  mais  il  propose 
quelques  dons  aux  principaux  officiers  du  gouvernement  :  au  premier 
Ministre,  au  grand  douanier,  au  sahib-tapa,  au  gouverneur  de  Porte- 
farine,  au  reïs  amiral  et  à  TAgha  des  forts  de  La  Goulette,  soit  au  total 
pour  4,400  1. 

Le  Consul  se  plaint  de  la  réduction  de  son  traitement  par  suite  de 
la  perte  de  40  p.  0/0  que  subissent  les  assignats. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

470.  —  Paris,  3  septembre  1792.  —  Circulaire  à  tous  les  Consuls 
de  Barbarie,  pour  leur  notifier  le  décret  qui  oblige  les  fonctionnaires 
publics  à  prêter  le  serment  de  maintenir  de  tout  leur  pouvoir  la  liberté 
et  Tégalité  ou  de  mourir  à  leur  poste. 

{Affaires  étrangères.  Levant  et  Barbarie,  f,  283.) 
HONGB  A  DEVOIZB. 

471.  —  Paris,  24  septembre  1792  {3  vendémiaire  an  I).  —  Il  a  bien 
fait  d'accueillir  le  mieux  qu'il  a  pu  le  premier  Ministre  du  Bey,  sa 
bienveillance  pouvant  nous  être  très  utile  dans  plusieurs  occasions.  On 
approuve  également  qu'il  ait  sollicité  un  ordre  du  Bey  pour  que  l'Agha 
(les  forts  saluât  de  21  coups  de  canon  le  pavillon  national  arboré  sur 
la  frégate  de  TËtat  La  V^estale. 

On  trouve  également  sage  le  moyen  qu'il  a  imaginé  pour  faire  payer 
par  Sidi  Mustapha  à  Chapelié  la  valeur  des  800  bombes  qu'il  avait 
livrées  pour  le  service  du  Bey. 

{Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  iOI.) 
MUSTAPHA-KUODJA  A  HONGE. 

472.  —  Tunis,  octobre  1792  {vendémiaire  an  /).  —  «  Après  vous 
avoir  offert  les  vœux  sincères  que  nous  faisons  pour  votre  prospérité, 
nous  avons  à  vous  apprendre  que  notre  ami  Devoize,  votre  Consul  rési- 
dant ici,  nous  a  compté  d'une  part  27,000  piastres  de  Tunis  pour  les 
trois  galiotes  prises  précédemment  sur  les  côtes  de  Corse,  et  de  l'autre 
part  13,500  piastres  de  la  même  monnaie  pour  le  bâtiment  vénitien 
chargé  de  vin  dont  les  corsaires  de  la  Régence  s'étaient  emparés  (en 
tout  40,500  piastres  de  Tunis).  C'est  par  conséquent  une  affaire  entiè- 
rement terminée. 


218  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\W 

Quant  aux  équipages  de  .ces  mêmes  galîotes,  nous  étions  cooTeoL^ 
avec  votre  Consul  qu'en  place  de  ceux  qui  avaient  été  tués  on  dob< 
rendrait  quatre  reïs,  en  même  temps  que  tous  les  matelots  de  c^^ 
mômes  équipages  qui  existeraient.  Les  quatre  reïs  promis  nous  M 
parvenus,  mais  les  matelots  qui  ont  été  conduits  à  Tîle  de  SardaigQ^ 
et  dont  nous  avons  donné  les  noms  au  Consul,  sont  encore  en  escla- 
vage ;  nous  vous  prions  très  instamment  de  vouloir  bien  donner  toi> 
vos  soins  pour  les  faire  délivrer  le  plus  tôt  possible  et  pour  nous  \^ 
faire  parvenir. 

Dans  ces  entrefaites,  nous  avons  appris  qu'il  y  avait  disette  en  Fraoct 
et  par  égard  pour  les  anciennes  liaisons  d'amitié  qui  existent  entre  Iri 
deux  Puissances,  nous  nous  sommes  empressé  d'accorder  aux  mar- 
chands français  établis  dans  ce  pays  la  sortie  de  plusieurs  chargemeDi^ 
de  grains.  Nous  sommes  persuadé  que  vous  l'apprendrez  avec  plai>i:. 

Ci-devant,  nous  avons  été  dans  le  cas  d'écrire  pour  certaines  affaires 
aux  Ministres  de  la  marine  qui  vous  ont  précédé.  Ces  lettres  jusqu a 
présent  sont  restées  sans  réponse  ;  nous  espérons  que  vous  voudrez  biec 
vous  les  faire  représenter  et  prendre  en  considération  leur  conlenu. 
Nous  vous  en  aurons,  en  notre  particulier,  la  plus  grande  obligatioG. 

C'est  en  prenant  soin  d'écarter  tout  ce  qui  peut  troubler  la  hom 
intelligence  qui  règne  depuis  si  longtemps  entre  les  deux  Puissances. 
et  en  se  rendant,  dans  l'occasion,  tous  les  bons  offices  qu'elle  nist, 
que  les  nœuds  de  cette  ancienne  amitié  se  resserreront  tous  lesjoor^ 
encore  davantage;  et  daigne  le  ciel  la  rendre  éternelle!  » 

{Affaires  étrangèresy  C*"*  de  Tunx»,) 
MONGE  A  DEVOIZB. 

473.  —  Paris^  22  octobre  1792  (Z*^'  brumaire  an  /).  —  «  L"^ 
66,000  livres  qui  vous  sont  nécessaires  pour  terminer  vos  négociafe 
avec  le  Bev  et  en  obtenir  une  renonciation  formelle  à  ses  ancieDoef 
prétentions  ont  été  envoyées  par  la  Trésorerie  nationale  au  citoyen 
Bernard,  caissier  de  la  marine  à  Marseille,  pour  vous  être  transmises. 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  S 18,) 
DBVOIZB  A  MONGE. 

474.  —  T'unis,  4  novembre  1  792  [14  brumaire  an  F).  —  «  Citoyen 
Ministre,  conformément  aux  ordres  qui  m'ont  été  transrais,  j'ai  con- 
voqué une  assemblée  des  négociants  et  navigateurs  qui  se  trouTentà 
Tunis  pour  leur  communiquer  le  décret  de  la  Convention  nationale  qni 
proclame  la  République  française  une  et  indivisible.  Cette  nouTelle  a 
«xcité  une  joie  générale,  mais  des  marins,  artisans  et  domestiquef: 


[1793]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  219 

Tont  manifestée  dans  la  ville  avec  un  éclat  dont  le  Bey  s'est  effarouché; 
il  m'a  fait  appeler  pour  s'en  plaindre  et  m'annoncer  qu'il  y  mettrait 
ordre  si  je  ne  le  faisais  moi-môme.  Il  m'a  demandé  s'il  était  vrai  qu'il 
se  fût  opéré  un  changement  dans  notre  gouvernement;  je  lui  ai  répondu 
que  je  n'avais  reçu  aucun  ordre  de  le  lui  signifier,  et  que  j'étais  toujours 
chargé,  en  vertu  des  lettres  de  créance  que  je  lui  avais  présentées,  de 
veiller  à  l'exécution  des  traités  existants.  Voilà  le  résumé  d'un  long 
entretien  que  j'ai  eu  avec  lui  dans  une  audience  publique.  Je  me  suis 
renfermé  dans  le  sens  de  cette  réponse,  pour  prévenir  les  suites  de 
l'humeur  d'un  despote  que  le  mot  de  liberté  effraie,  et  ne  point 
exposer  la  nation  à  souffrir  momentanément  des  atteintes  à  ses  privi- 
lèges, comme  une  perception  arbitraire  des  droits  de  douane,  etc.,  si 
j'eusse  imprudemment  devancé  par  une  notification  officielle  le  renou- 
vellement de  traité  qui  doit  immédiatement  l'accompagner.  A  mon 
retour  du  Bardo,  j'ai  fait  part  à,  la  nation  assemblée  des  questions  du 
Bey  et  de  mes  réponses.  Elle  a  convenu  qu'elles  étaient  telles  que  l'in- 
térêt et  la  tranquillité  de  nos  établissements  l'exigeaient,  que  je  devais 
dans  l'exercice  extérieur  de  ma  place  conserver  les  formes  anciennes 
jusqu'à  ce  que  je  sois  autorisé  à  parler  au  nom  de  la  République.  Ce 
motif  seul  m'a  fait  conserver  pendant  quelques  jours  la  décoration 
militaire  (croix  de  Saint-Louis)  suivant  le  vœu  des  négociants,  mais  je 
n'ai  pu  résister  longtemps  à  l'exemple  de  ceux  qui  en  ont  fait  hom- 
mage à  la  Patrie  et  à  l'Ëgalité.  Je  l'adresse  à  l'administration  de  Mar- 
seille avec  prière  de  vous  la  faire  parvenir.  J'ai  fait  enlever  en  même 
temps  les  armes  de  dessus  la  porte  du  Fondouk  et  de  la  maison  consu- 
laire. J'ai  invité  tout  le  monde  à  une  circonspection  que  j'ai  la  satis- 
faction de  voir  observer.... 

Si  la  politique  de  ma  place  ne  m'a  pas  permis  de  déclarer  moi-même 
au  Bey  que  la  France  s'est  constituée  en  République,  il  n'en  est  pas 
moins  informé  par  mes  soins  indirects,  ainsi  que  le  Divan,  qu'elle  a 
Tattitude  la  plus  imposante,  que  la  victoire  accompagne  partout  ses 
armées  de  terre  et  de  mer,  et  que  les  Français,  tous  soldats  de  la  liberté, 
ont  juré  de  venger  toute  insulte  qui  serait  faite  au  pavillon  de  la 
République  par  quelque  Puissance  que  ce  fût.  » 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 

m 

DEVOIZE  A  MONGE. 

475.  —  Tunis,  iO  février  i793  [22  pluviôse  an  /).  —  Envoi  des 
états  de  commerce  et  de  navigation  des  Français  et  des  étrangers  à 
Tunis  pendant  Tannée  n92. 


220  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS        [ITil^; 

Importations  de  Marseille  à  Tunis 5,878,031  \ms. 

Exportations  de  Tunis  à  Marseille 7,751,318    - 

Total  du  commerce  français 13,629,349    - 

Commerce  des  étrangers 6,984,003  \\m\ 

Balance  à  Tavantage  des  Français 6,645,346    - 

Le  cabotage  a  employé  79  navires  et  690  matelots;  les  frets  ses<: 
élevés  à  un  total  de  184,442  1.  La  nation  française  a  encore  obtenu. s 
point  de  vue,  une  supériorité  marquée  sur  ses  rivaux. 

(Affaires  étrangères,  O^  de  Tunit.) 
DEVOIZE  A  MONGE. 

476.  —  Tunis^  //  mars  1795  [21  ventôse  an  /).  —  La  corvetl?: 
TËtat  LÉclah\  sous  les  ordres  du  citoyen  Rondeau,  a  mouillé  à  La  G<{ 
lette  le  4  courant  et  en  est  partie  le  9.  Les  frais  de  relâche  s'élèvesh 
1,043  1.  18  s.  Le  pavillon  a  été  salué  de  21  coups  de  canon  etlecoi 
mandant,  s'étant  rendu  à  Tunis  sur  Tinvitation  du  Consul,  a  reçu  / 
salut  personnel  de  11  coups  accordé  aux  commandants  d  escadre. 

(Affaires  étrangères^  C"  de  Ttnu*.) 

LE  CONSEIL  EXÉCUTIF  PROVISOIRE  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE^ 

A  HAHOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

477.  —  Paris,  3  mai  il 95  (14  floréal  an  /).  —  «  Très  illustrer! 
magnifique  Seigneur, 

Les  changements  survenus  en  France  exigeant  que  le  Consul  qa^ 
réside  auprès  de  vous  soit  muni  d'un  titre  émané  de  notre  Gourefse- 
ment  actuel,  nous  nous  empressons  de  confirmer  par  la  présente  le 
citoyen  Devoize  dans  les  fonctions  qu'il  remplit  à  notre  satisfactic4i 
Nous  lui  donnons  à  cet  efl'et  Tordre  de  vous  présenter  cette  lettre  qm 
servira  à  l'accréditer  de  nouveau  auprès  de  votre  personne  en  qualil^ 
de  Consul  général  et  chargé  des  affaires  de  la  République  française. 
Vous  pouvez  ajouter  entière  foi  et  créance  à  tout  ce  qu  il  vous  dira  en 
notre  nom,  relativement  au  service  et  aux  intérêts  du  commerce  et  d^ 
la  navigation  des  Français  dans  vos  États,  et  principalemenllors^^sii 
vous  assurera  de  toute  notre  estime,  de  Tintention  sincère  où  noib 
sommes  de  vous  en  donner  des  marques  en  toute  occasion,  et  de  vos? 
prouver  par  là  le  désir  que  nous  avons  d'entretenir  la  bonne  harmoni' 
qui  existe  si  heureusement  entre  les  deux  nations.  Sur  ce,  nous  prions 

i.  Le  Conseil  exécutif  provisoire  élail  composé  des  Minisires  el  présiiié  F 
chacun  d'eux  à  tour  de  rôle  et  de  semaine  en  semaine  (Loi  du  15  août  4792  m 
tiYe  à  ses  attributions). 


1  "793]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  221 

>ieu,  très  illustre  et  magnifique  Seigneur,  qu'il  vous  ait  en  sa  sainte  et 
L  m  grte  garde.  » 

(Affaires  élrangèresy  Levant  et  Barbarie^  f.  iS9.) 

Pour  le  Conseil  exécuUr  : 

/ve  Ministre  des  Affaires  étrangères^ 

Lebrun  ^. 

HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS, 
AU  CONSEIL  EXÉCUTIF  PROVISOIRE  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE. 

478.  —  Le  Bardo,  mai  1193  [floréal  an  I).  —  «  Aux  Grands  de  la 
République  française,  —  Que  leur  fin  soit  heureuse! 

Après  avoir  offert  les  saluts  convenables  à  ramilié  et  à  Taffeclion  et 
vous  avoir  présenté  les  expressions  de  la  sincérité,  nous  nous  infor- 
mons de  votre  santé  précieuse. 

Nous  vous  exposons  amicalement  que,  suivant  le  devoir  de  notre 

SLuiitié  et  de  notre  union  avec  votre  empire  et  conformément  à  la  paix, 

la  bonne  harmonie^  la  sincérité  et  Tintimité  qui  régnent  depuis  de 

longes  années  entre  nos  Ëtats,  nous  recherchons  les  occasions  de 

vous  manifester  notre  amitié  et  nous  désirons  celles  de  vous  faire 

plaisir; 

Que  nous  envoyons  présentement  en  Angleterre,  pour  le  besoin  de 
diverses  affaires,  Tintendant  de  notre  arsenal  royal,  le  modèle  des 
grands,  le  distingué  Mohammed-Khodja,  que  nous  regardons  comme 
notre  chéri  et  honoré  fils;  que  sa  gloire  augmente! 

Et  comme,  dans  le  cours  de  son  voyage,  il  doit  passer  par  la  capi- 
tale de  votre  empire,  nous  espérons  que,  dans  les  affaires  et  les  choses 
qui  lui  surviendront,  vous  lui  donnerez  en  toute  manière  aide  et  assis- 
tance et  toute  autre  chose  qui  n'est  point  prévue;  que  vous  lui  accor- 
derez vos  soins  et  vos  efforts  pour  qu'il  s'achemine  par  terre  une  heure 
et  un  moment  plus  tôt  vers  l'endroit  pour  lequel  il  est  destiné;  et 
qu'en  cela  vous  manifesterez  votre  affection,  vous  remplirez  les  devoirs 
de  l'amitié  et  les  obligations  de  l'intimité.  C'est  dans  cet  espoir  que 
nous  vous  écrivons  cette  lettre  spéciale,  pleine  d'amitié,  et  que  nous 
vous  renvoyons.  S'il  plaît  à  Dieu  Très  Haut,  lorsqu'elle  vous  sera  par- 
venue et  que  vous  en  connaîtrez  le  contenu,  vous  nous  obligerez  au- 
dessus  de  l'expression  en  accordant  aide  et  protection  au  susdit  dans 
ses  affaires  et  en  le  faisant  acheminer  un  instant  plus  tôt  vers  l'endroit 
désigné.  Ensuite  de  ce,  que  notre  mutuelle  amitié,  forte  et  perpétuelle, 

1.  Pierre-Hélène-Marie  Lebrun -Tondu,  précepteur  à  Liège,  puis  imprimeur, 
Minisire  des  Affaires  étrangères  du  10  août  1792  au  21  juin  1793.  —  Les  Consulats 
avaient  été  rattachés  au  Ministère  des  Affaires  étrangères  par  un  décret  de  la 
Convention  du  14  février  1793. 


222  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [ïl%\ 

n'étant  jamais  troublée  ni  altérée,  s'augmente  continueUemenl!  qir 
les  jours  de  nos  amis  soient  longs!  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis.) 

479.  —  Pwris,  9  mai  i 793  {20  floréal  an  /).  —  Circulaire  à  tou?!^ 
Consuls  et  autres  agents  de  la  République  en  pays  étrangers  pour  leur 
annoncer  le  décret  de  l&Convention  ordonnant  la  réunion  des  Consulat 
au  Département  des  Affaires  étrangères.  (14  février  1793.) 

{A/faûres  étrangères ^  Levant  et  Barbarie.) 
DEVOIZE  A  LKBftQN. 

480.  — ■  Tunis,  18  mai  1795  [29  floréal  an  7).—  La  fréfâle 
La  Fortunée,  sous  les  ordres  du  citoyen  Maistral,  aLmouîIIé  le  SOavnIc 
La  Goulette.  Le  pavillon  a  été  salué  de  21  coups  de  eaaon,  et  le  Coo>!il 
a  présenté  le  commandant  au  Bey  et  à  son  premier  Ministre.  Cette  fré- 
gate a  sauvé  trois  bâtiments  du  convoi  de  Marseille  à  destiBailoo  de 
Tunis,  menacés  par  un  corsaire  de  Mahon,  et  a  repris  une  tartane  doii! 
s'était  emparé  un  corsaire  espagnol. 

Les  frégates  La  Melpomène  et  La  Minerve,  sous  les  ordres  du  citoyen 
Gay,  sont  arrivées  hier  à  La  Goulette  avec  mission  de  renforcer  ]e>- 
corte  des  bâtiments  marchands  qui  vont  faire  route  pour  Marseille. 

(Affait^s  étrangères,  O**  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  LEBRUN. 

481.  —  Tunis,  .21  mai  1793  [2  prairial  an  7).  —  Le  vaisseauie 
Duquesne,  sous  les  ordres  du  citoyen  Vence  *,  a  relâché  à  La  Goulette.  où 

1.  Jean-Gaspard  Vence,  après  avoir  parlicipé  à  ses  frais  à  la  guerre  d'ÂniériqBe, 
était  lieutenant  de  frégate  en  HIS.  Chargé  par  le  comte  d*Eslaing  de  àih^f 
Tattaque  de  Tile  de  la  Grenade  (Antilles),  il  devint  lieutenant  de  vaisseau,  ea 
récompense  de  sa  conduite,  et  capitaine  du  port  de  la  Grenade  en  1719.  Convilae^ 
de  malversations  par  le  comte  de  Duras,  gouverneur  de  l'île,  il  fui  conlrain:  <.> 
donner  sa  démission  en  1181  et  ne  put  même  obtenir  la  remise  de  la  croii  dr 
Sl-Louis  qui  lui  avait  été  conférée  Tannée  précédente.  Pendant  la  période  rèvoli;- 
tionnaire,  on  le  retrouve  capitaine  de  vaisseau  en  1192,  chef  d'escadre  eo  mission 
à  Tunis  en  1193,  contre-amiral  en  Tan  III,  commandant  à  Toulon  de  l'an  Va 
l'an  VII,  Préfet  marilime  dans  cette  ville  de  1199  à  1803,  retraité  en  1804. -Sofl 
escadre,  en  1193,  se  composait  du  Duquesne,  qui  portait  son  paviiloD,  des  frégîles 
La  Sybilie  et  La  Sensible,  des  corvettes  La  Sardine,  Le  Rossignol  et  Îm  fffiiw/i?f' 
du  chebek  Le  Jacobin.  Sa  mission  dans  les  eaux  tunisiennes  consistait  à  surveille; 
les  croisières  ennemies  dans  la  Méditerranée  et  à  ramènera  Marseille,  sous  son 
escorte,  un  convoi  de  80  navires  marchands.  Bloqué  devant  La  Goulette  par  4  ^ai^- 
seaux  anglais  et  4  vaisseaux  espagnols,  il  eut  de  graves  dissentiments  aree  in?'» 
officiers  de  sa  division  navale  qui  abandonnèrent  leur  poste,  le  d énoncèrent comaie 
suspect,  et  l'accusèrent  de  chercher  à  livrer  aux  Anglais  l'escadre  avec  son  convoi. 
11  fut  aussittU  destitué  par  le  Comité  de  salut  public  le  10  vendémiaire  an  II. «t 
contraint  de  remettre  son  commandement  au  citoyen  Pléville-le-Pelley.  Aprrs 
s'être  justilié  à  son  retour  à  Paris,  il  fut  réintégré  dans  son  grade  le  î^hrumurt 
an  m.  —  Voy.  à  ce  sujet  le  Mémoire  pour  servir  d'instructions  au  ciloyen  La^le»if^'^^ 
du  6  ventôse  an  11. 


11 793]  AVEC  LA  GOUH  DE  FRANCE  223 

il  altendra  le  retour  des  frégates  qui  réunissent  les  bâtiments  de  Malte 
et  de  la  Barbarie  pour  se  rendre  ensemble  en  Provence. 

(Affaires  étrangères,  C"»  de  TunisJ) 
LEBRUN  A  DEVOIZB. 

«482.  —  Paris^26  mai  1793  [7  prairial  an  1) .  — On  lui  envoie  la  note 
détaillée  des  donatives  destinées  aux  principaux  officiers  de  Tunis  et 
qui  sont  contenues  dans  les  deux  caisses  que  l'ordonnateur  de  Toulon 
lui  fait  passer.  On  lui  recommande  de  présenter  ces  présents  comme 
TeiTet  de  la  bienveillance  de  la  République  française  et  non  d'une  obli- 
gation quelconque  *. 

(Affaires  étrangères,  Levant  et  Barbarie,  f.  168,) 
DEVOIZE  A  LEBRUN. 

483. —  Tunis,  SI  mai  1793  [12  prairial  an  1),  —  Le  Consul  a 
notifié  officiellement  au  Bey  la  constitution  de  la  France  en  République. 
A  l'égard  du  renouvellement  du  traité,  ce  Prince  se  conformera  à  ce 
que  fera  Alger  dont  il  a  adopté  les  principes  politiques  et  les  préten- 
tions. Jusque-là  il  observera  fidèlement  Tancien. 

Devoize  a  terminé  Taffaire  des  galiotes  prises  sur  les  côtes  de  Corse 
par  le  payement  au  grand  douanier,  leur  propriétaire,  d'une  indemnité 
de  12,000  piastres. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  LEBRUN. 

484.  —  Tunis,  4  juin  1793  {16  prairial  an  7).  —  Le  citoyen  Vence, 
commandant  le  vaisseau  Le  Duquesne,  est  allé,  accompagné  de  son 
état-major, rendre  visite  au  Bey,  qui  lui  a  fait  un  accueil  distingué  et  a 
envoyé  à  son  bord  en  rafraîchissements  un  présent  évalué  à  plus  de 
800  piastres. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,} 
OEVOIZE  A  LEBRUN. 

485. —  Tunis,  i  5  juin  17 93  [28  prairial  an  I),  —  L'aviso  Z' A /erfe, 
sous  les  ordres  du  citoyen  Marchand,  est  arrivé  de  Toulon  le  13  courant, 

\,  État  des  présents  destinés  au  Bey  de  Tunis  et  à  ses  officiers.  —  Au  Bey  de  Tunis  : 
Un  diamant,  un  cabaret  à  la  turque  en  vermeil  à  douze  lasses  en  porcelaine  et 
porte-tasses  en  vermeil  travaillé,  une  aiguière  et  son  bassin  en  vermeil,  un  poignard 
monté  en  or  de  couleur  enrichi  de  brillants,  une  montre  à  répétition  à  timbre  et 
sa  chaîne  enrichies  de  brillants,  un  aspersoir  pour  Teau  de  rose  en  or  de  couleur, 
un  brûle-parfums  et  son  plateau  en  or.  —  A  Sidi  Mustapha,  beau-frère  et  ministre 
du  Bey  de  Tunis  :  un  solitaire  en  bague,  un  brûle-parfums  et  son  plateau  en  or  de 
couleur,  un  aspersoir,  trois  fusils,  une  paire  de  pistolets,  une  lorgnette  en  ivoire 
et  or.  —  Aux  principaux  officiers  :  deux  solitaires,  une  pendule  en  bronze  doré, 
quatre  tabatières  en  or,  deux  lunettes  d'approche,  deux  montres  à  répétition  et 
leurs  chaînes,  quatre  autres  montres  en  or  et  leurs  chaînes.  Au  total  :  82,150  fr. 
(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 


224  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i7î« 

apportant  la  nouvelle  que  les  flottes  anglaise  et  espagnole  comblBèe^ 
croisent  dans  les  eaux  de  Catalogne.  Le  citoyen  Yence,  commandani  k 
division,  s'occupe  en  conséquence  des  dispositions  à  prendre  pour 
sauver  le  convoi  prêt  à  partir  et  composé  de  24  bâtiments. 

Le  Dey  d'Alger  a  reconnu  la  République  et  renouvelé  le  traité  de 
paix. 

(Affaires  ét'/*angères,  C**  de  Tunis.) 

486.  —  Paris^  5  juillet  i  793  (  /  7  messidor  an  I).  —  Rapport  sur  la 
pèche  du  corail  aux  côtes  de  Tunis  et  d'Alger. 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie j  f,  S10.) 
DEVOIZE  A  DEFOEGUES  *. 

487.—  Tunis^  13  juillet  1793  {25  messidor  an  /).  —  Le  chebed 
Le  Jacobin,  sous  les  ordres  du  citoyen  Charbonnier,  est  arrivé  aujour- 
d'hui, venant  de  Toulon,  et  lui  a  apporté  les  présents  qu'il  doit  fm 
aux  grands  officiers  tunisiens. 

(Aff^aires  étrangères^  O^  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  DEFORGUES. 

488.  — TuniSy  16  juillet  1793  (2  8  messidor  an  f), — Le  Consul  a  obtenu 
sans  peine  du  Bey  la  promesse  d'enjoindre  à  ses  corsaires  derespedfr 
les  cargaisons  de  grains  à  destination  des  ports  de  France  embarqaee> 
sous  des  pavillons  ennemis  de  la  Régence.  Il  a  en  outre  fait  ua  arran- 
gement particulier  avec  le  chef  de  la  marine,  en  vertu  duquel  il  pres- 
crira verbalement  aux  reïs,  s'ils  rencontraient  des  bâtiments  enoemis 
chargés  de  grains  pour  la  Provence,  de  les  conduire  directement  à 
Marseille  où  la  municipalité  leur  comptera  23  sequîns  (environ  ^  fr,' 
par  cent  kaffis  (333  charges  de  Provence),  et,  pour  les  autres  denrées, 
une  somme  proportionnée  à  leur  valeur.  Le  Consul  comptera  en  outre 
au  reis,  à  son  retour  en  Barbarie,  une  somme  de  30  sequins  à  titre  de 
récompense. 

[Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  DEFORGUES. 

489.  —  lunis,  10  novembre  1193  [20  brumaire  an  II).  —  Il  annonce 

!.  Francois-Louis-Michel  Chemin  Deforgues,  ancien  cher  de  bureau  de  laCommuDf. 
membre  du  Comité  des  massacres  de  septembre,  secrétaire  général  du  Comité  de 
salut  public  et  adjoint  au  Ministre  de  la  guerre.  Ministre  des  Affaires  étrangères 
du  21  juin  1793  au  2  avril  1794.  —  La  veille  de  son  arrestation,  le  1"  aTiil  09*, 
un  décret  de  la  Convention  supprima  le  Conseil  exécutif  provisoire  cl  le  remplaça 
par  douze  Commissions.  Delorgucs  eut  pour  successeurs,  comme  commissaires 
des  relations  extérieures,  Hermann,  Buchot,  Miot  et  Colcben,  jusqu'au  6  novem- 
bre 1795. 


fi794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  225 

l'arrivée  à  Tunis  du  citoyen  Pléville  S  qui  doit  remplacer  dans  le  com- 
mandement de  la  division  navale  le  citoyen  Vence,  destitué  par  un 
arrêté  du  Comité  de  salut  public. 

{Affaires  étrangères,  C'"»  de  Tunis,) 
DEYOIZE  A  DEFORGUES. 

490.  —  Tunis,  10  décembre  1793  {.20  frimaire  an  II).  —  Il  est 
impatient  de  connaître  ce  que  le  Comité  de  salut  public  aura  statué,  au 
sujet  du  rachat  de  38  Tunisiens  esclaves  à  Cagliari  et  de  8  Corses  à 
Tunis.  Il  a  distribué  quelques  présents  aux  principaux  officiers  du  Bey. 
Il  se  plaint  encore  de  voir,  par  la  défaveur  du  change,  ses  appointe- 
ments réduits  de  12,000  à  2,200  livres  *. 

DEVOIZB  A  DEFORGUES. 

491.  —  Tunis,  2 1  janvier  1 794  {2  pluviôse  an  II),  —  Des  Juifs  appar- 
tenant à  la  Compagnie  de  commerce  fermière  du  Bey  se  plaignent 
que  des  cargaisons  de  cuirs  envoyées  par  eux  à  Marseille  aient  été  sou- 
mises à  la  loi  du  maximum.  Le  Bey  a  fait  observer  k  Devoize  que  la  loi 
de  fixation  ne  peut  s'appliquer  à  des  articles  appartenant  à  ses  sujets 
et  expédiés  en  France  avant  qu'elle  fût  connue,  et  lui  a  fait  entendre  que 
dans  le  cas  contraire  il  usera  du  même  droit. 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis,) 
DEFORGUES  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

492.  —  Paris,  10  février  1794  [22  pluviôse  an  II),  — •  Le  Conseil 
exécutif  de  la  République  française  a  décidé  la  restitution  d'une  prise 
tunisienne  faite  par  un  corsaire  français  sur  le  bâtiment  espagnol  Le 
Saint-Bonaventure . 

«  J'ai  différé  de  t'en  donner  avis  pour  attendre  le  départ  du  citoyen 

i.  Georges-René  Pléville-le-Pelley  (1726-1805)  s'embarqua  comme  mousse,  dès 
l'âge  de  douze  ans,  sur  un  bateau  de  pèche  de  Granville,  son  pays  natal.  Devenu 
lieutenant  sur  un  navire  corsaire  de  cette  ville,  il  fit  ainsi  douze  campagnes  et  se 
trouva  à  sept  combats,  dans  Tun  desquels  il  eut  la  jambe  droite  emportée  par  un 
boulet  (1744).  Puis  il  entra  au  service  de  la  marine  royale  comme  lieutenant  de 
frégate  en  1762,  devint  capitaine  du  port  de  la  Martinique  en  1763,  capitaine  de 
brûlot  en  1766,  lieutenant  du  port  de  Marseille  en  1170,  chevalier  de  Saint-Louis  en 
1773,  prit  part  à  la  campagne  du  comte  d'Ëstaing  en  1778,  fut  nommé  capitaine  de 
vaisseau  et  du  port  de  Marseille  en  1779,  membre  de  la  commission  consultative 
de  la  Marine  en  1788,  envoyé  eo  mission  h  Tunis  en  1793,  délégué  du  gouverne- 
ment à  Âncône  et  Corfou  pour  y  organiser  le  service  maritime  de  1795  à  1797, 
Ministre  de  la  marine  et  des  colonies  du  19  juillet  1797  au  27  avril  1798,  délégué 
au  Congrès  de  Lille  en  1797,  contre-amiral  en  1797,  vice-amiral  en  1798,  sénateur 
en  1799, grand  officier  de  la  Légion  d'honneur  en  1804.  II  mourut  &  Paris  en  1805.  — 
Voy.  la  note  relative  au  citoyen  Vence,  p.  222,  —  et  les  lettres  du  citoyen  Pléville 
à  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille  [S.  AA,  545  de  (^inventaire), 

2.  Par  décret  de  la  Convention  du  22  août  1793,  les  Consuls  et  Vice-Consuls 
devaient  à  l'avenir  être  payés  en  numéraire. 

i9 


226  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  '1TB4 

Lallement,  nommé,  par  les  représentants  du  peuple  français  comp»- 
sant  le  Comité  de  salut  public,  pour  se  rendre  auprès  de  toi  et  pour 
traiter  différents  objets  qui  concernent  le  bien-être  et  les  intérêts  dt^ 
deux  gouvernements,  ainsi  que  la  continuation  de  la  bonne  harmooi» 
qui  a  si  heureusement  subsisté  entre  la  République  française  el  li 
Régence  de  Tunis. 

Le  Comité  de  salut  public,  pour  te  témoigner  l'amitié  particulière 
qu'il  a  pour  ta  personne,  a  chargé  le  citoyen  Lallement  de  te  remettre 
de  sa  part  une  lettre  qui  exprime  ses  sentiments.  Le  citoyen  Lalle 
ment  te  dira  que  la  République  française  a  été  très  satisfaite  de  '.a 
conduite  franche  et  ferme  que  tu  as  tenue  dans  les  dernières  cireuQ> 
tances  et  qui  a  prouvé  que  tu  savais  distinguer  tes  anciens  et  véritaLies 
amis  qui,  par  le  courage  qu'ils  ont  opposé  à  leurs  perfides  emm^ 
et  par  les  glorieux  triomphes  qu'ils  ont  remportés,  sont  dignes  dt 
Testime  de  leurs  contemporains  et  de  l'admiration  des  génératioiis 
futures,  et  qui,  par  leur  fidélité  à  remplir  leurs  engagements  eo>ers 
toi  et  par  la  bienveillance  qu'ils  sont  disposés  à  te  montrer,  ont  àe- 
droits  particuliers  à  ton  attachement  et  à  ton  amitié. 

Puisse  notre  amitié  être  éternelle  I  » 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Ttinù.) 

493.  —  Paris^  ii  février  1794  {23  pluviôse  an  II),  —  Arrêté  da 
Comité  de  salut  public  envoyant  le  citoyen  Lallement  ^  en  mission  à 
Tunis  *. 

{Affaires  étrangères^  Levant  et  Barbarie^  f.  in,) 

MÉMOIRE  POUR    SERVIR  D'INSTRUCTION  AU  CITOYEN  LALLEMENT, 
AGENT   EXTRAORDINAIRE  ALLANT  A  TUNIS. 

494.  —  JParis,  24  février  i  794  {6  ventôse  an  II),  —  «  La  mission  du 
citoyen  Lallement  se  trouve,  par  la  nature  des  choses,  subordoDoée.en 

1.  Jean-Baptiste  Lallement,  chancelier  du  Consulat  de  France  k  Raguse  d«  I*'-' 
à  1163,  à  Naples  de  1763  à  1774,  Consul  à  Messine  de  1774  à'1792.  Consul  gènrr.  :i 
Naples  de  1792  à  1793,  Ministre  plénipotentiaire  à  Venise  de  1794  à  1797.  L'arr^t^ 
qui  le  désignait  pour  une  mission  extraordinaire  h  Tunis  fut  rapporté,  el Henulsj* 
fut  nommé  à  sa  place,  comme  on  le  verra  plus  loin. 

2.  «  Le  Comité  de  salut  public,  satisfait  de  la  conduite  qu'ont  tenue  les  Ré^i'^ 
d*AIger  et  de  Tunis  et  de  la  fidélité  avec  laquelle  elles  ont  rempli  leurs  engi^m^"^^ 
envers  la  République  française,  désirant  donner  à  ces  Régences  de  nouveiie? 
preuves  de  Tamitié  de  la  République,  etc.,  arrête  : 

Art.  L  Le  citoyen  Ducher  se  rendra  à  Alger  en  qualité  d'agent  exlraordinai^ 
et  le  citoyen  Lallement  se  rendra  à  Tunis  dans  la  même  qualité. 

Art.  II.  Ils  témoigneront  aux  chefs  de  ces  Régences  la  satisfaction  de  la  R"??"" 
blique  française  et  son  désir  de  maintenir  une  harmonie  parfaite  et  durable. 

Art.  IIL  A  cet  effet,  ils  chercheront  à  obtenir  par  la  voie  d'une  négociation 
amicale  que  les  bâtiments  des  Puissances  amies  de  la  République  qui  pourraient 


[1794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  227 

quelque  sorte,  à  celle  de  son  collègue  Ducher.  La  Régence  d'Alger 
exerçant  une  assez  grande  influence  sur  celle  de  Tunis,  il  est  naturel 
que  Tagent  qui  se  trouvera  auprès  de  la  première  dirige  Timpulsion 
qui  sera  donnée  à  la  seconde.  Il  en  résulte,  pour  ces  deux  agents,  la 
nécessité  de  se  concerter  sur  tout  ce  qui  regarde  la  négociation  com- 
mune, et  pour  le  citoyen  Lallement  celle  de  déférer  aux  avis  de  son 
collègue,  lorsque  chacun  d*eux  se  trouvera  rendu  à  son  poste. 

Le  Bey  de  Tunis  est  d'un  caractère  emporté,  entier  dans  ses  volontés, 
livré  à  des  hommes  corrompus,  compagnons  ou  agents  de  ses  plaisirs. 
Lors  de  son  avènement,  il  semblait  montrer  quelque  prévention  contre 
les  Français,  mais  Sidi  Mustapha,  son  premier  Ministre,  qui  a  beaucoup 
d'ascendant  sur  son  esprit  et  qui  s'est  toujours  montré  notre  ami,  est 
parvenu  à  lui  inspirer  des  dispositions  plus  convenables  à  nos  intérêts. 
Sa  conduite  dans  les  derniers  temps  n'a  point  été  équivoque,  et  la  Répu> 
blique  n'a  qu'à  se  louer  de  la  fermeté  avec  laquelle  il  a  résisté  aux  per- 
fides insinuations  des  Anglais  réunis  aux  Espagnols,  qui  avaient  envoyé 
dans  le  port  de  Tunis  une  forte  escadre,  pour  se  faire  livrer  les  bâti- 
ments de  la  République  qui  s'y  trouvaient  avec  un  riche  convoi. 

Nous  étions  d'autant  plus  fondés  à  avoir  quelques  appréhensions 
qu'outre  le  peu  de  prévoyance  que  montrent  en  général  les  gouverne- 
ments barbaresques,  un  moment,  un  rien  fait  souvent  changer  la 
volonté  de  leurs  chefs  et  les  pousse  à  des  résolutions  violentes.  Or 
précisément  à  cette  époque,  non  seulement  la  Méditerranée  paraissait 
momentanément  avoir  changé  de  maître,  mais  le  Bey  de  Tunis  avait 
encore  formé  quelques  réclamations  particulières  auxquelles  les  cir- 
constances ne  nous  avaient  pas  permis  de  satisfaire  sur-le-champ. 

La  première  de  ces  réclamations  est  relative  k  trente-huit  Tunisiens 
qui  composaient  les  équipages  de  deux  galiotes  enlevées  sur  les  côtes 
de  la  Corse  par  des  galères  sardes.  Le  Bey,  sentant  que  nous  ne  pou- 

èlre  en  guerre  avec  ces  Régences,  nominativement  ceux  des  États-Unis,  faisant  le 
commerce  avec  les  ports  de  la  République  française,  ne  soient  point  molestés 
dans  cette  navigation. 

Art.  IV.  Ils  seront  autorisés  à  se  concerter  avec  Tagent  des  États-Unis  de  l'Amé- 
rique pour  la  négociation  particulière  dont  il  est  chargé,  et  ils  lui  faciliteront  les 
moyens  de  racheter  ses  concitoyens  tombés  dans  l'esclavage. 

Art.  V.  Ils  chercheront  à  obtenir  la  délivrance  ou  le  rachat  de  tous  les  citoyens 
français  esclaves  à  Alger  et  à  Tunis. 

Art.  VI.  Ils  se  concerteront  avec  la  commission  des  subsistances  sur  la  manière 
de  seconder  et  surveiller  les  achats,  etc.,  pour  le  compte  de  la  République. 

Art.  VII.  11  sera  mis  à  la  disposition  du  sieur  Ducher  la  somme  de  200,000  francs 
el  à  la  disposition  du  citoyen  Lallement  la  somme  de  100,000  fraucs  pour  l'achat 
des  présents  destinés  aux  Régences  d'Alger  et  de  Tunis.  •  {Affaires  étrangères^ 
0"  de  Tunis.) 


228  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [179«] 

vions  dans  ce  momeDt  trailer  directemenl  cette  affaire  et  que  cette  vio- 
lation de  notre  territoire,  arrivée  avant  la  guerre,  n*était  qu'une  îdsuIIh 
de  plus  dont  nous  avions  à  tirer  vengeance,  a  proposé  plusieurs 
moyens  détournés  pour  parvenir  au  rachat  de  ces  esclaves  déteocs 
dans  le  bagne  de  Cagliari.  Ces  moyens  n'ont  point  été  tels  que  nous 
aurions  pu  convenablement  nous  y  prêter,  et  Taffaire  n^st  pas  encore 
terminée;  il  parait  cependant  que  le  Consul  Devoize  est  parvenu  à  trao- 
quilliser  provisoirement  le  Bey  de  Tunis. 

La  seconde  réclamation  concernait  la  cargaison  d'un  bâtiment  espa- 
gnol. Le  Saint'Bonaventure^  pris  par  un  corsaire  français.  Cette  car- 
gaison appartenait  à  des  sujets  algériens  résidant  à  Tunis.  Le  Conseil 
exécutif  a  arrêté  que  les  propriétaires  de  la  cargaison  seraient  complè- 
tement indemnisés  de  sa  valeur,  et  a  chargé  le  bureau  provisoire  de 
commerce  à  Marseille  de  terminer  cette  affaire.  Pendant  ce  temps,  )e 
Bey,  impatienté  des  délais,  a  demandé  au  Consul  Devoize  le  rembours^ 
ment  provisoire  de  la  valeur  de  la  cargaison;  les  circonstances  Dont 
point  permis  de  tergiverser,  et  le  Consul  a  avancé  une  somme  de 
50,000  piastres.  Cette  somme  sera  à  retenir  sur  les  indemnités  qui 
seront  définitivement  fixées  par  le  bureau  provisoire  de  commerce  de 
Marseille  ou  par  ceux  qui  auront  dû  agir  en  leur  place.  Le  citoyen  Lal- 
lement,  en  passant  par  cette  commune,  s'informera  où  en  est  cette 
affaire  et  en  pressera  la  décision.  Le  Ministre  des  affaires  étrangères  lai 
remettra  une  lettre  au  Bey  de  Tunis  en  réponse  à  celle  que  le  Bey  lui  a 
écrite  à  ce  sujet. 

On  n'a  rien  à  ajouter  à  ce  qui  a  été  dit  dans  les  instructions  géné- 
rales, relativement  aux  subsistances.  Le  Royaume  de  Tunis  fournil 
quelques  grains,  mais  c'est  surtout  ses  huiles  qu'on  en  tire  pour  nos 
savonneries.  Au  reste,  le  citoyen  Lallement  traitera  cet  objet  directe- 
ment avec  la  Commission  des  subsistances. 

On  remettra  au  citoyen  Lallement  la  copie  d'une  lettre  du  citoyen 
Venture  qui  parle  d'une  riche  mine  de  salpêtre  aux  environs  deSousse, 
dans  le  royaume  de  Tunis.  Conformément  aux  ordres  du  Comité  de 
salut  public,  le  Ministre  a  déjà  écrit  à  ce  sujet  au  Consul  Devoize.  Le 
citoyen  Lallement  examinera  si  ce  moyen  de  procurer  à  la  République 
cette  espèce  précieuse  de  munitions  est  praticable  et  réellement 
avantageux,  et  dans  ce  cas  il  ne  négligera  rien  pour  en  faire  exploiter 
et  transporter  en  France  la  plus  grande  quantité  possible. 

Il  paraît  que  l'article  de  l'arrêté  du  Comité  de  salut  public  qui 
engage  les  agents  à  faire  transporter  des  subsistances  sur  des  bâtiments 
barbaresques  pourrait  trouver  son  application  surtout  à  Tunis.  Les 


[1794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  229 

Tunisiens  ont  Thabitude  de  faire  un  commerce  direct,  sur  leurs  pro- 
pres chebecks,  et  Ton  a  été  informé  que  plusieurs  capitaines  marchands 
ont  vendu  leurs  bâtiments  en  Barbarie  à  des  naturels  du  pays,  lors 
de  la  déclaration  de  guerre. 

Il  ne  reste  plus  qu*à  donner  au  citoyen  Lallement  quelques  notions 
sur  le  citoyen  Devoize,  Consul  général  à  Tunis,  et  sur  la  manière  dont 
il  doit  se  conduire  avec  lui. 

Le  citoyen  Devoize  est  employé  depuis  1774.  Il  a  été  nommé  au  Con- 
sulat de  Tunis  le  24  juin  1792.  Sa  correspondance  est  exacte  autant  que 
les  circonstances  le  permettent;  il  s'y  montre  agent  sûr,  actif  et  intelli- 
gent; il  ne  s'est  point  élevé  de  plaintes  sur  sa  conduite. 
Il  existe  cependant  un  fait  qu'il  est  important  d'examiner. 
Vers  la  fin  de  vendémiaire,  trois  frégates  faisant  partie  de  la  divi- 
sion en  station  &  Tunis,  commandée  par  le  citoyen  Yence,  abandonnè- 
rent leur  poste  malgré  les  ordres  de  ce  commandant.  Arrivées  en  Corse, 
les  officiers  déclarèrent  que  le  projet  de  Vence  était  de  livrer  Tescadre 
et  le  convoi  aux  Anglais.  Le  Consul  Devoize  a  pris  le  parti  du  citoyen 
Yence,  et  a  dénoncé  cet  acte  d'insubordination  des  trois  capitaines.  Le 
Comité  de  salut  public  avait  déjà  envoyé   le  citoyen  Pléville  pour 
remplacer  le  citoyen  Yence  dans  le  commandement,  et  Pléville  arriva 
à  Tunis  peu  de  temps  après  le  départ  des  frégates.  Aussitôt  que  Tobjet 
de  son  arrivée  fut  connu,  l'équipage  du  Duquesne  remit  à  Devoize  une 
pétition  signée  par  six  cents  personnes,  et  tendant  à  engager  Pléville  à 
leur  laisser  leur  ancien  commandant.  On  ne  sait  jusqu'à  quel  point 
cette  démarche  porta  le  caractère  de  la  désobéissance,  mais  il  en 
résulta  que  Pléville  lui-même  consentit  à  ce  que  Yence  restât  provi- 
soirement en  place,  et  qu'il  promit  d'écrire  au  Ministre  de  la  marine  et 
de  demander  de  nouvelles  instructions. 

La  lettre  de  Pléville  est  arrivée  depuis,  et  ce  citoyen  y  faitTéloge  du 
Consul  Devoize.  Il  parait  que  son  témoignage  ne  saurait  être  suspect. 
Enfin  les  Anglais  et  les  Espagnols  ont  paru  devant  Tunis,  et  Yence  n'a 
point  livré  son  vaisseau.  La  persévérance  du  Bey  de  Tunis  dans  ses 
sentiments  d'amitié  et  la  fermeté  avec  laquelle  il  a  résisté  aux  insinua- 
tions de  nos  ennemis  paraissent  témoigner  en  faveur  du  patriotisme 
de  Devoize,  et  l'on  ne  peut,  sans  injustice,  lui  refuser  les  éloges  que 
la  conduite  qu'il  a  tenue  dans  cette  circonstance  lui  a  mérités.  Malgré 
ces  présomptions  favorables,  le  Gouvernement  révolutionnaire  doit 
juger  l'ensemble  de  la  conduite  de  ses  agents,  et  il  doit  être  sûr  de 
leurs  sentiments  et  de  leurs  opinions,  parce  que  ce  n'est  qu'ainsi  qu'il 
peut  avoir  une  garantie  de  leurs  actions.  Ceux  surtout  dont  l'existence 


230  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1794] 

publique  date  d'une  époque  où  la  perfidie  et  la  trahison  présîdaieol  as 
Gouvernement  français  doivent  passer  par  le  creuset  d'un  examea 
sévère.  En  conséquence,  le  citoyen  Lallement  examinera  la  conduite  do 
citoyen  Devoize,  et  il  rendra  compte  au  Ministre  des  informations  qu  il 
aura  prises  et  de  leur  résultat.  A  moins  que  des  motifs  impérieux  d^ 
rendent  nécessaire  le  prompt  remplacement  de  ce  Consul,  il  se  boroera 
provisoirement  à.  cette  démarche  et  il  attendra  la  décision  du  Gouver- 
nement. Sa  conduite  provisoire  envers  le  citoyen  Devoize  se  réglerasar 
les  données  suivantes  :  si  le  citoyen  Devoize  est  dans  la  classe  des  ci- 
devant  nobles,  sa  destitution  est  ordonnée  par  la  loi,  et  le  citoyen 
Lallement  le  remplacera  sans  délai  et  sans  ménagement,  soit  par  lui- 
même,  soit  par  un  citoyen  quelconque,  digne  de  la  confiance  de  la 
République.  Si  au  contraire  le  citoyen  Lallement  trouve  cet  agent  fidèle 
à  la  République,  dans  les  bonnes  grâces  du  Bey  et  disposé  à  le  seconder 
dans  les  différents  objets  de  sa  mission,  il  pourra  être  d'autant  plos 
utile  de  le  conserver  dans  la  place  qu'il  occupe  que,  dans  ce  cas,  le 
citoyen  Lallement  aura  l'avantage  de  garder  un  incognito  qui  pounait 
devenir  infiniment  utile  pour  le  succès  de  sa  négociation.  Le  Comité 
se  repose,  à  cet  égard,  sur  la  probité  et  le  patriotisme  do  ciiom 
Lallement,  qui  d'ailleurs  sentira  que  tous  les  moyens  de  réussir  dans 
son  entreprise  deviendraient  pour  lui  des  titres  à  la  confiance  do 
Gouvernement  et  à  la  reconnaissance  de  la  patrie. 

A  l'égard  des  réclamations  particulières  du  citoyen  Devoize,  le 
citoyen  Lallement  sera  autorisé  à  les  examiner  et  à  y  faire  droit.  Od 
lui  remettra  une  note  relative  k  ces  réclamations  et  aux  différentes 
traites  du  citoyen  Devoize,  qui  ont  été  acquittées  dans  les  deroiers 
temps.  Si  le  citoyen  Devoize  lui  parait  devoir  être  maintenu  dans  son 
poste,  il  lui  accordera  une  somme  proportionnée  à  ses  besoins  et  à 
l'équité  de  ses  demandes,  sans  que  cependant  cette  somme  puisse 
excéder  15,000  livres  en  numéraire.  Si  au  contraire  le  citoyen  Devoize 
lui  parait  devoir  être  remplacé,  il  se  bornera  à  lui  faire,  &  titre  de 
secours  provisoire,  une  avance  qui  ne  pourra  excéder  6,000  livres, 
jusqu'à  ce  que  le  Comité  de  salut  public  ait  pris  un  parti  à  l'égard  de 
cet  agent,  et  dans  le  cas  où,  par  sa  qualité  de  ci-devant  noblejlse 
trouverait  sujet  à  la  destitution,  le  citoyen  Lallement  ne  lui  accordera 
que  ce  qui  est  strictement  nécessaire  pour  satisfaire  aux  engagements 
qu'il  pourrait  avoir  contractés  k  Tunis  et  pour  lui  procurer  les  moyens 
de  rentrer  dans  sa  patrie. 

Le  citoyen  Lallement,  outre  la  correspondance  directe  et  suivie  qnil 
entretiendra  avec  le  Ministre  des  affaires  étrangères  et  avec  son  col- 


[1794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  231 

lègue  Ducher,  correspondra  aussi  directement  avec  l'Envoyé  de  la 
République  à  Constantinople,  non  seulement  pour  ce  qui  concerne  la 
négociation  relative  aux  Ëtats-Unis,  mais  pour  tous  les  objets  qui  pour- 
root  intéresser  leurs  missions  respectives.  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DEFORGU£S  A  DEVOIZE. 

495.  —  Paris ^  3  mars  1  794  {i3  ventôse  an  II).  —  «  Je  t'envoie  copie 
d'un  mémoire  du  citoyen  Venture  *,  qui  propose  un  moyen  de  se  pro- 
curer du  salpêtre  qui,  dit-il,  se  trouve  en  abondance  dans  les  terres 
des  environs  de  Sousse....  Tu  connais  de  quelle  importance  il  est 
pour  nous  que  le  salpêtre  ne  nous  manque  pas;  je  t'engage  à  donner 
tous  tes  soins  pour  tirer  un  parti  avantageux  de  l'occasion  qui  se  pré- 
sente d'augmenter  nos  moyens  de  défense.  » 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 
DEFORGUES  A  DEVOIZE. 

496.  —  Paris,  28  mars  i  794(8  germinal  an  II).  —  «  Le  Comité  de 
salut  public,  citoyen,  m'a  chargé  d'écrire  au  chef  du  Gouvernement  du 
pays  où  tu  résides  une  lettre  pour  lui  annoncer  le  changement  du 
pavillon  de  la  marine  française  ordonné  par  la  Convention  nationale  '. 
Tu  verras  par  la  copie  que  je  t'envoie  avec  l'original  de  ma  lettre  que 
j'ai  cru  devoir,  conformément  à  nos  principes  et  à  la  raison,  m'as- 
treindre  à  toute  la  simplicité  du  style  républicain.  Je  sais  que  les 
gouvernements  barbaresques  ont  un  grand  respect  pour  les  usages,  et 
il  serait  possible  que  la  modification  apportée  aux  anciennes  formes 
fût  remarquée.  Dans  ce  cas,  citoyen,  il  te  sera  aisé  de  faire  sentir  que 
le  langage  de  la  République  devant  être  celui  de  la  raison  et  de  l'éga- 
lité, elle  a  dû  le  débarrasser  de  toute  idée  fausse  et  de  toute  phrase 
insignifiante  ;  que  ses  sentiments  en  seront  plus  purs,  son  amitié  plus 
loyale  et  ses  promesses  plus  sacrées.  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DEFORGUES  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

497.  —  Paris^  28  mars  4  7 94  [8  germinal  an  II).  —  «  Les  représen- 
tants de  la  nation  française  ayant  résolu  de  changer  le  pavillon  fran- 
çais, j'ai  été  chargé  par  le  Gouvernement  de  la  République  de  te  faire 
part  de  ce  changement,  afin  de  prévenir  tpute  méprise  entre  les  navires 

4.  Voy.  la  note  1,  p.  109. 

2.  Décret  du  27  plaviôse  an  II  sur  le  nouveau  pavillon  tricolore. 


332  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [IT^Vi 

de  ta  Régence  et  ceux  de  la  nation  française  qui  paraîtront  bienlôt 
sous  ce  nouveau  pavillon.  L'agent  de  la  République  auprès  de  toiu 
communiquera  la  loi  qui  a  été  rendue  à  ce  sujet,  avec  les  motifs  qui 
Tout  déterminée,  et  te  remettra  en  même  temps  une  planche  coloriée 
qui  t'indiquera  avec  précision  la  forme  du  nouveau  pavillon  et  la  noa- 
velle  disposition  de  ses  couleurs.  D'après  les  relations  d'intérêt  et 
d'amitié  qui  subsistent  heureusement  entre  la  République  françaiseet 
la  Régence  de  Tunis,  j'espère  que  tu  voudras  bien  prescrire  de  la 
manière  la  plus  expresse  aux  commandants  de  tes  ports  et  de  tes 
navires  de  respecter  en  tous  lieux  notre  nouveau  pavillon  et  de  oe 
porter  aucun  préjudice  aux  bâtiments  français  qui  paraîtront  dans  peu 
sous  ce  nouveau  signe  de  notre  régénération  politique.  Tu  peux 
compter  de  notre  part  sur  la  plus  parfaite  réciprocité.  Cette  innovatioD. 
devenue  nécessaire,  ne  peut  faire  aucun  changement  dans  les  traités 
qui  unissent  si  heureusement  les  deux  États,  et  dont  pour  leur  prospé- 
rité commune  je  désire  Téternelle  durée.  » 

{Affairet  étrangères,  C*'*  de  Tunit.) 
DEVOIZB  A  DEFORGUES. 

498.  —  Tunis,  28  mars  i  794  [8  germinal  an  II).  —  Il  annonce  qu'il 
a  pris  sur  lui  de  régler  avec  le  Bey  une  affaire  de  prise,  parce  quil 
n'avait  aucun  moyen  de  l'éluder  sans  indisposer  ce  Prince.  Devoize«a 
un  intérêt  d'autant  plus  pressant  à  le  ménager  qu'il  fournit  dans  ce 
moment  des  subsistances  à  la  République  ». 

(Affaires  étrangères,  C^*  de  Tunis.) 
DEVOIZB  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

499.  —  Tunis,  6  avril  i  7 94  {i  7  germinal  an  II).  —  Le  Consul 
général  a  appris  que,  dans  un  libelle  envoyé  en  France,  on  l'accuse  de 
n'être  point  attaché  au  nouveau  gouvernement,  et  de  ne  ménagerie 
Bey  et  ses  Ministres  que  pour  ses  intérêts  personnels;  on  invite  les 
citoyens  français  à  manifester  sans  ménagement  leur  opinion  sur  sa 
conduite.  Or  ceux-ci  lui  ont  délivré  les  certificats  suivants  : 

h  «  Nous  soussignés,  citoyens  français  résidant  à  Tunis,  après  avoir  pris  connais- 
sance  de  l'exposé  ci-dessus  du  citoyen  Devoize,  Consul  général  el  chargé  d^' 
afTaires  de  la  République  en  cette  Échelle,  certifions  et  attestons  que  le  dit  citoyen 
Devoize  a  toujours  montré  les  sentiments  les  plus  patriotiques  tels  que  ceux  qui 
doivent  animer  les  vrais  républicains;  que  dans  toutes  les  occasions  et  toutes  ies 
circonstances  il  a  su  employer  le  crédit  dont  il  jouit  auprès  du  Bey  el  de  soo 
premier  Ministre  pour  le  bien  et  Tavantage  de  la  République,  que  nous  stoos  étf 
plus  particulièrement  à  même  de  le  reconnaître  de  la  manière  la  plus  étideote 
pendant  que  la  division  et  le  convoi  français  ont  été  ancrés  en  cette  rade  el  bloques 
par  les  ennemis;  nous  déclarons  de  plus  que  nous  ne  nous  sommes  jamais  aperças 
que  le  citoyen  Devoize  ait  dirigé  vers  son  intérêt  personnel  les  relations  que  les 


[1794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  233 

LALLEMENT  A  HERMANN. 

500.  —  Paris,  7  avril  i794  {i  8  germinal  an  II).  —  «  Citoyen,...  j'ai 
demandé  pour  mon  uniforme  national  la  distinction  de  colonel  et  celle 
de  lieutenant  pour  mon  fils.  On  a  pu  croire  que  c'était  un  peu  de 
vanité  de  ma  part...  L'étiquette  en  se  présentant  au  Bey  est  de  lui 
baiser  la  main.  Le  Consul  lui-même  y  est  assujéti.  Il  n'y  a  que  les 
officiers  militaires  qui  en  soient  exempts.  Cette  cérémonie  déplaît  et 
doit  déplaire  à  un  Français  républicain.  Je  vous  avoue  que  j  y  répugne 
singulièrement.  J'attendrai  donc  à  ce  sujet  des  ordres  de  votre  part.  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
BUCHOT  ^  A  LALLEMBNT. 

501.  —  Paris,  iS  avril  1794  {24  germinal  an  II).  —  «  J'ai  pris  con- 
naissance, citoyen,  de  la  demande  que  tu  as  faite  à  mon  prédécesseur 
de  ^autoriser  à  emmener  avec  toi  ton  fils  en  qualité  de  secrétaire  par- 
ticulier pour  la  mission  dont  tu  es  chargé... 

Ton  fils  étant  dans  TÀge  de  la  réquisition,  je  vois  une  preuve  hono- 
rable de  surveillance  patriotique  dans  la  démarche  de  la  section  pour 
rengagera  obéir  à  la  loi...  Cette  lettre  pourra  te  servir  de  titre  pour 
obtenir  de  ta  section  la  faculté  de  garder  ton  fils  auprès  de  toi.  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
MUSTAPHA-KHODJA  A  DEVOIZB. 

502.  —  Au  Bardo,  i  •'  mai  17 94  [12  floréal  an  II).  —  «  A  l'occasion  de 
l'urgence  dans  laquelle  je  me  trouve,  il  m'est  absolument  indispensable 

I.  Philibert  Buchot,  ancien  maître  d'école,  puis  avocat,  juge  au  tribunal  de 
Lons-le-Saunier,  procureur  général  syndic  du  département  du  Jura,  substitut  de 
l'agent  national  Payan,  enfin  Commissaire  des  relations  extérieures  du  20  germinal 
an  II  au  30  brumaire  an  lU.  Après  sa  destitution,  il  devint  commis  de  Toctroi  et 
recenseur  des  ports. 

devoirs  de  sa  place  l'obligent  à  entretenir  au  Bardo,  soit  avec  le  premier  Ministre 
du  Bey,  soit  avec  ceux  qui  entourent  ce  Prince,  et  que  nous  ne  l'en  soupçonnons 
même  pas  capable;  qu'en  conséquence  tout  ce  qui  pourrait  être  contenu  de  conr 
traire  à  cette  déclaration  dans  tel  mémoire  ou  libelle  qui  peut  avoir  été  fait  contre 
lui  doit  être  considéré  comme  fausseté  ou  calomnie,  et  enfin  que  c*est  autant  pour 
en  prévenir  les  elTets  dangereux  que  pour  rendre  justice  à  son  civisme,  à  son 
désintéressement,  que  nous  avons  signé  le  présent  pour  servir  à  ce  que  de  besoin. 

II.  Je  soussigné  déclare  avec  vérité  qu'il  est  à  ma  connaissance  qu'il  est  fort  heu- 
reux pour  la  République  que  le  citoyen  Devoize  ait  été  Consul  à  Tunis,  spéciale- 
ment à  ma  connaissance  depuis  que  la  division  a  été  bloquée  par  des  forces 
ennemies  supérieures,  qu'il  a  constamment  employé  le  crédit  qu'il  s'est  mérité 
auprès  du  Ministre  du  Bey  pour  le  bien  général,  que  je  le  crois  incapable  de 
s'occuper  d'aucun  intérêt  personnel,  qu'il  a  toujours  servi,  depuis  mon  séjour  ici, 
avec  une  juste  et  infatigable  connaissance  et  générosité;  j'opine  enfin  qu'il  est  des 
Consuls  qui  eussent  pu  faire  aussi  bien  que  lui,  mais  assurément  pas  mieux.  A 
Tunis,  le  18  germinal,  2*  année  républicaine.  Pléville-le  Pelley.  » 

Approuvé  :  Bouzige,  Minuti,  Réquiraut,  Lenadier,  Noble,  Arnaud,  Villet.  {Affaires 
étrangères,  C^'  de  Tunis.) 


334  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [119; 

de  vous  notifier  que  le  négociant  Pellicot,  de  votre  nation,  a^-aot  en  dif- 
férents temps  et  de  diverses  personnes  de  nos  alentours  pris  de  l'ar^vL: 
à  change,  comme  vous  devez  en  être  informé,  ses  créanciers  se  trouve:; 
dans  le  cas  de  vouloir  au  plus  tôt  retirer  leur  argent,  ne  voulant  pas  mi- 
frir  un  plus  long  retard,  à  raison  de  la  peste  actuelle  de  cette  vilk 
Poussés  par  leurs  justes  instances  pour  retirer  leur  avoir,  et  Pellicot  ^ 
trouvant  dans  une  situation  où  ses  facultés  ne  lui  permettent  pas  de  b 
satisfaire,  ceux-ci,  comme  personnes  attachées  au  Bey,  pourraient  a^/ 
sans  ménagement,  et  il  en  résulterait  un  discrédit  aussi  bien  qu'as 
préjudice  considérable  à  tous  les  autres  négociants  français  élsblisià: 
de  sorte  qu'il  est  bien  juste  et  de  votre  devoir  de  trouver  vous-mêQ^ 
un  moyen  plus  efficace  en  écrivant  fortement  à  votre  M inistreen  Fraocv. 
et  même  je  vous  en  charge  expressément,  afin  que  sans  perdre  ct 
temps  il  donne  les  ordres  nécessaires  pour  que  les  dits  créanciers 
soient  entièrement  payés,  soit  avec  les  facultés  que  peut  avoir  lay 
socié  de  Pellicot  à  Marseille,  soit  en  vendant  les  biens  qu'à  ce  quejï 
entendu  dire  le  dit  Pellicot  possède  en  France.  Chacun  réclame  le  sien 
avec  justice.  Vous  tenez  pendante  Taffaire  des  cuirs  à  Marseille,  appar- 
tenant à  divers  négociants  juifs  d'ici,  l'affaire  de  Bastia,  regardant 
pareillement  les  Juifs,  celle  du  chargement  des  comestibles  et  aalre> 
objets  pris  au  même  lieu,  appartenant  à  notre  gouverneur  de  Gerba. 
Vous  tenez  encore  pendante  l'affaire  de  nos  sujets  faits  esclaves  en 
Sardaigne,  et  enfin  celle  des  72,000  piastres  à  vous  prêtées  pour  l'ackal 
des  grains  fait  par  le  négociant  Lenadier.  Je  suis  encore  grandemeDl 
surpris  que  le  Pacha,  mon  Seigneur,  ayant  écrit  plusieurs  fois  à  votre 
Cour  pour  des  choses  qui  méritaient  de  l'attention  et  des  réponses, 
cela  n'ait  produit  jusqu'à  présent  aucun  effet,  et  qu'on  ne  voie  jamais  la 
fin  de  rien.  Il  est  donc  nécessaire  que  vous  en  informiez  formellemeDl 
votre  Cour  par  toutes  les  voies  possibles  pour  ne  pas  souffrir  un  plus 
long  retard,  ne  doutant  point  que,  représentant  selon  votre  devoir  com- 
ment sont  les  choses,  toutes  ces  affaires  ne  soient  enfin  terminées  avec 
la  promptitude  requise.   Je   n'ai  rien  autre   à  vous  marquer  eo  ce 
moment.  Je  vous  souhaite  toutes  sortes  de  prospérités  et  me  dis  véri- 
tablement votre  affectionné  pour  toujours.  » 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Ttmis.) 
HAHOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  BUCHOT. 

603.  —  Tunis,  5  mai  1794  {1 6  floréal  an  II).  —  «  Après  vous  avoir 
offert  les  salutations  les  plus  amicales,  nous  nous  informons  de  yo^ 
santé.  Il  y  a  déjà  longtemps  que  nous  vous  avons  écrit  pour  la  délivrance 


.1794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  235 

d'un  nombre  connu  de  Musulmans,  faits  esclaves  par  les  Sardes  sur 
L'Ile  de  Corse,  et  nous  vous  en  avons  souvent  réitéré  la  demande.  Nous 
en  avons  toujours  attendu  Teffet,  et  jamais  nous  n^avons  reçu  de 
réponse  à  cet  égard.  Cependant,  il  est  bien  évident  que  la  détention  si 
longue  de  Musulmans  pris  dans  vos  eaux  et  que  les  Sardes  s'obstinent 
k  garder  est  un  acte  contraire  à  toute  espèce  de  discrétion.  Nous 
n'avons  pas  été  plus  heureux  à  obtenir  de  vous  une  réponse  relative  aux 
munitions  qui  nous  avaient  été  promises  par  Ch&teauneuf,  l'ancien 
Consul  de  Tunis,  malgré  nos  instances  multipliées  auprès  de  vous  pour 
cet  objet. 

C'est  donc  pour  vous  rappeler  ces  deux  affaires  importantes  pour  la 
Régence  que  nous  vous  écrivons  la  présente.  Nous  la  remettons  au 
capitaine  Yence.  Ce  Français  a  dû  longtemps  résider  dans  notre  port, 
et  nous  lui  devons  la  justice  de  vous  dire  que,  pendant  son  séjour,  il 
ne  s'est  permis  aucun  procédé  contraire  aux  traités  et  à  notre  volonté 
et  que  nous  n'avons  que  des  éloges  à  donner  k  sa  conduite.  Aussi  lui 
avons-nous  confié  tous  les  renseignements  concernant  nos  susdites 
affaires  qui  restent  en  souffrance,  afin  qu'il  pût  vous  en  rendre  compte 
de  vive  voix. 

Nous  espérons  qu'à  l'arrivée  de  la  présente,  et  après  avoir  entendu 
le  capitaine  Yence,  vous  voudrez  bien  vous  occuper  du  prompt  envoi 
vers  nous  des  esclaves  musulmans  que  nous  réclamons  et  des  munitions 
qui  nous  sont  absolument  nécessaires.  Nous  en  aurons  la  plus  grande 
satisfaction.  Soyez  persuadé  que  nous  nous  empresserons  de  vous 
donner,  de  notre  côté,  toutes  celles  qui  dépendront  de  nous. 

Puissent  les  fondements  de  l'amitié  qui  nous  unit  acquérir  de  jour 
en  jour  une  nouvelle  solidité  I  puissiez-vous  être  éternellement  heu- 
reux et  notre  amil  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 

MUSTAPHA-KHODJA  A  BUCHOT. 

504. —  Tunis^  5  mai  1794  [i  6  floréal  an  II).  —  «  Nous  vous  notifions 
amicalement  que  nous  sommes  toujours  dans  Tattente  d'une  réponse 
de  votre  part  sur  la  délivrance,  que  nous  vous  avons  tant  de  fois 
demandée,  notre  maître  et  moi,  des  Musulmans  pris  à  la  hauteur  de  la 
Corse,  il  y  a  déjà  de  longues  années,  par  les  Sardes,  et  qui  gémissent 
depuis  ce  temps-là  dans  Tesclavage.  Cette  détention  des  Tunisiens 
enlevés  dans  vos  eaux  est  une  chose  bien  ii^juste. 

La  promesse  faite  à  la  Régence  par  Chàteauneuf,  Tancien  Consul  de 
Tunis,  de  quelques  munitions  qui  nous  sont  nécessaires,  cette  pro- 


236  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\:% 

messe  restée  sans  exécution  depuis  une  époque  si  reculée  et  mal^^ 
nos  constantes  réclamations,  est  une  autre  matière  d'étonnement  po j 
nous.  Il  serait  superflu  de  vous  rappeler  Tempressement  de  D>bv 
maître  Hamouda-Pacha  à  vous  envoyer  des  vivres  et  à  vous  accorder 
toutes  les  demandes  qui  lui  ont  été  faites  de  votre  part.  D  après  de  ^ 
beaux  procédés,  nous  avons  lieu  d'espérer  que,  de  votre  côté,  rou 
montrerez  le  zèle  et  Tactivité  désirables  à  faire  droit  aux  instances  it 
notre  maître  pour  Taffranchissement  des  esclaves  réclamés  et  pour  la 
prompte  expédition  à  Tunis  des  munitions  promises  et  dont  noos  av^Ë^ 
un  pressant  besoin. 

Tel  est  le  principal  motif  de  la  présente,  qui  a  été  remise  au  capi- 
taine Yence,  à  qui  nous  nous  sommes  ouverts  sur  les  deux  objets 
énoncés  ci-dessus;  à  son  arrivée,  il  vous  rendra  compte  de  toask> 
détails.  Ce  navigateur,  forcé  de  rester  mouillé  dans  notre  rade  depo^ 
un  long  espace  de  temps,  y  a  tenu  une  conduite  très  satisfaisante  eU 
rempli  avec  droiture  et  exactitude  ses  devoirs  sous  tous  les  rapports. 
C'est  ce  qui  nous  a  déterminé  à  lui  conGer  notre  dépêche  et  à  k 
recommander  nos  affaires  communes. 

Nous  présumons  que  vous  nous  donnerez  incessamment  satisfaetios 
sur  ces  objets,  et  nous  vous  prions  d'être  assuré  de  la  réciprocité  d^; 
notre  part  en  toute  occasion. 

Puissent  les  fondements  de  l'amitié  qui  nous  unît  acquérir  de  jourea 
jour  une  nouvelle  solidité  I  puissent  les  jours  de  l'harmonie  être  éternels! 

Il  n'est  pas  besoin  de  vous  dire  que  toute  espèce  de  secoars  et 
d'assistance  est  donnée  à  votre  Consul  Devoize,  aux  navires  françaL^ 
mouillés  dans  notre  rade,  à  vos  négociants  et  à  toute  votre  nation  eo 
général,  et  qu'à  l'avenir  nous  ne  négligerons  rien  de  ce  qui  dépendra  de 
nous  pour  le  service  des  Français.  C'est  à  vous  de  suivre  un^hd 
exemple  et  à  nous  donner,  à  votre  tour,  des  preuves  de  votre  amitié. 
Nous  n'attendons  rien  moins  de  ce  sentiment.  » 

{Affaires  étrangères,  O*  de  Tunis.) 
DEnrOIZE  A  BUGHOT. 

605.  —  Tunis,  SI  mai  1794  {i2  prairial  an  II).  —  Il  accuse  récep- 
tion des  dépêches  relatives  au  nouveau  pavillon.  Le  Bey  a  refusé  de 
recevoir  la  lettre  du  gouvernement  français;  il  en  a  demandé  la  tra- 
duction en  turc  ou  en  arabe...  «  J'en  fus  d'autant  plus  inquiet  et 
étonné  que  j'étais  informé  que  sa  lettre  lui  avait  été  lue  et  expliqua 
par  son  premier  médecin...  Je  le  trouvai  d'abord  très  effarouché  de  la 
suppression  de  ces  titres  aussi  ridicules  que  pompeux  dont  les  Hluistres 


1794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  231 

es  Rois  flatlent  Torgueil  des  Princes  musulmaos...  Je  lui  rappelai  que 
otre  CoDstituUoD,  que  je  lui  avais  lue  et  qu'il  avait  admirée,  étant 
[>ndée  sur  la  raison,  la  République  devait  en  adopter  le  langage  pour 
ire  conséquente;  je  lui  lus  tes  propres  expressions  «  que  ses  sentiments 
n  seraient  plus  purs,  son  amitié  plus  loyale  et  ses  promesses  plus 
ocrées  ».  A  ces  conditions,  a-t-il  répondu,  je  serai  Tami  le  plus  chaud 
le  la  France  ;  mais  il  faut  me  convaincre  en  faisant  droit  à  mes  anciennes 
^i  justes  réclamations...  » 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  BUCHOT. 

606.  —  Tunis^4  juin  i794[i6  prairial  an  II).  — Il  envoie  Tétat  des 
dépenses  des  deux  premiers  quartiers  et  se  plaint  de  voir  son  traite- 
ment de  12,000 1.  tombé  par  suite  du  change  à  4,376  l.  Il  vient  d'être 
victime  d'une  mésintelligence  entre  le  Bey  et  son  premier  Ministre,  qui 
lui  coûte  1,556  piastres...  «  Il  m'était  impossible  de  prévoir  que  depuis 
trente  ans  que  Sidi  Mustapha  gouverne  le  royaume  de  Tunis  avec  un 
crédit  sans  bornes,  le  Bey  méconnaîtrait  pour  la  première  fois  une 
décision  émanée  de  lui.  C'est  une  leçon  dont  je  profiterai,  elle  n'est 
qu  un  peu  trop  chère...  » 

{Aff'aires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DEVOIZB  A  BUCnOT. 

507.  —  Tunis,  2i  juin  i794  {3  messidor  an  II).  —  Il  raconte  une 
scène  violente  qu*il  a  eue  avec  le  Bey  à  propos  des  Tunisiens  esclaves 
àCagliari.  «  Je  Tai  trouvé  agité  des  convulsions  de  la  fureur,  et  voici 
son  début:  — Si, comme  le  Dey  d'Alger, j'avais  fait  enchaîner  le  Consul 
de  France,  il  y  a  longtemps  que  les  fers  de  ces  malheureux  auraient 
élé  brisés.  Je  vais  envoyer  38  Français  aux  travaux  publics  jusques  à 
l'affranchissement  d'un  pareil  nombre  de  mes  sujets  détenus  à  Cagliari... 
—  Il  a  ajouté  qu'il  rendait  justice  à  l'exactitude  avec  laquelle  je  trans- 
mettais ses  réclamations,  mais  qu'il  était  ulcéré  de  l'indifférence  qu'on 
affectait  à  y  faire  droit...  Après  avoir  résisté  aux  sollicitations  des 
Anglais  qui  prétendaient  enlever  la  division  française,  sous  prétexte 
qu'elle  était  mouillée  hors  la  portée  du  canon,  et  lui  avoir  fait  fournir 
des  vivres  et  tous  les  secours  de  ses  arsenaux  ainsi  qu'un  convoi  pendant 
dix  mois,  il  s'attendait  à  recevoir  quelques  marques  de  gratitude  de  la 
République...  » 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
BUCHOT  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

508.  —  Paris,  /"  juillet  i794  (i3  messidor  an  II).  —  «  Citoyens, le 
projet  de  tirer  du  salpêtre  de  Tunis  ne  peut  réussir  que  par  une  faveur 


238  G0RRE8P0NDANGB  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [17^ 

particulière  du  Bey,  que  nous  obtiendrons  sans  doute  en  faisaDtdroJii 
ses  réclamations...  La  raison  a  remporté  un  triomphe  honorable  §&! 
les  préjugés  orientaux.  La  lettre  écrite  aux  Princes  de  Barbarie,  t 
Toccasion  du  changement  du  pavillon,  avait  été  rédigée  dans  ce  ii\\i 
fier,  simple,  dépouillé  de  toutes  les  formules  fastueuses  et  ridicole^ 
qui  convient  à  des  républicaîiis...  De  ce  qui  s'est  passé  h  Tunis,  ooib 
pouvons  conclure  que  les  despolea  d'Afrique  valent  encore  mian 
que  les  despotes  d'Europe.  Il  ne  nous  rtste  plus  qu'à  donner  aa  hj 
de  Tunis  quelques  preuves  de  la  générosité  dft  la  République  qui  m. 
devenues  une  sorte  d'obligation.  » 

(Affaires  étrangères,  C^  et  Tunis,) 
DEVOIZE  A  BUGHOT. 

609.  -—  Tunis,  22  juillet  i  794  (4  thermidor  an  II).  —  Un  (wlaiî 
nombre  de  Français  ont  troublé  la  tranquillité  du  Fondouk,  et  le  Beyi 
été  forcé  d'intervenir.  Devoize  pensait  qu'il  ne  devait  pas  célébrer  d^ 
fête  au  14  juillet,  mais  plutôt  au  10  août;  toutefois  un  négociant  fran- 
çait  engagea  ses  collègues  à  diner  en  commun...  c<  Les  farandoles. la 
licence  la  plus   effrénée  succédèrent  à  ce  dîner...  L'indignation  de 
Bey  fut  à  son  comble.  Il  déclara  qu'il  était  révoltant,  alors  que  la  peslê 
désole  son  royaume  et  qu'il  n'y  a  peut-être  pas  une  famille  à  Im 
qui  ne  pleure  quelque  parent,  que  des  étrangers  accueillis  dans  ses 
Etats  eussent  le  courage  de  se  réjouir  publiquement...  J'espère  que 
la  tranquillité  se  trouvera  rétablie  pour  longtemps  et  pour  toujours  si 
cédant  au  désir  du  Bey  et  à  mes  justes  représentations,  tu  rappelles  de 
Tunis  le  citoyen  Audibert-Caille  ;  on  peut  sans  injustice  lui  imputer 
les  divers  mouvements  qui  ont  agité  l'Échelle  depuis  vingt  ans  qu  il  y  est 
établi...  Voilà  l'homme  qui  ose  faire  soupçonner  mon  républicanisme! 
J'en  appelle   aux  commandants  des  bâtiments  de  guerre  qui  ont 
relâché  ou  séjourné  à  Tunis,  témoins  de  mon  zèle  pour  leur  procurer 
toutes  les  ressources  que  le  pays  peut  offrir.  Le  comité  d'approvision- 
nement de  Marseille  peut  attester  si  j'ai  rempli  en  bon  citoyen  la  tâche 
glorieuse    qu'il   m'a   confiée    de    procurer   des    subsistances  à  ^^ 
patrie.  » 

{Affaires  étrangères,  O^  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  BUGBOT. 

510.  —  Tunis,  26  juillet  1794  [8  thermidor  an  II),  -  Le  ^J 
d'Alger  ayant  reconnu  le  nouveau  pavillon  français,  le  Bey  permet  à 
Devoize  de  l'arborer.  Mais  la  peste  l'empêchera  de  faire  l'inslaM'^'^ 
avec  toute  la  pompe  voulue...  «  Le  nouveau  pavillon  est  composé  de 


[1794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  239 

50  pièces  de  laine  achetées  dans  les  bazars  publics  en  temps  de  peste  ; 
nous  avons  jugé  à  propos  de  le  laisser  encore  pendant  quelques  jours 
au  grand  air,  pour  ne  pas  nous  exposer  au  danger  évident  d'être 
infecté.  »  Il  annonce  la  réponse  du  Bey  à  la  lettre  du  gouyernement  fran- 
çais relative  au  pavillon. 

{Affait*€S  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 
HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  BUCHOT. 

511.  —  Tunis,  29  juillet  i794  [1  i  thermidor  an  II).  —  «  Votre 
Consul  nous  a  remis  Técrit  que  vous  nous  aviez  adressé  pour  nous  pré- 
venir du  changement  opéré,  par  la  volonté  générale  du  peuple  français, 
dans  son  pavillon.  Après  avoir  lu  et  compris  le  contenu  de  cet  écrit, 
nous  avons  permis  à  votre  Consul,  ainsi  que  vous  nous  en  aviez  requis, 
d'arborer  le  nouveau  pavillon,  et  nous  avons  bien  recommandé  à  tous 
nos  corsaires  de  ]e  respecter  en  toutes  rencontres  et  de  regarder  comme 
amis  tous  les  navires  qui  en  seraient  porteurs,  en  observant  à  nos  dits 
armateurs  qu*il  avait  été  accordé  aux  capitaines  français  un  terme  de 
quatre  mois,  à  compter  de  la  date  de  votre  écrit,  pour  se  munir  du 
nouveau  pavillon,  de  manière  que  si,  dans  cet  espace  de  temps, 
quelque  navire  français  était  rencontré  à  la  mer,  portant  Tancien 
pavillon,  par  nos  armements,  ceux-ci  n'en  prissent  point  prétexte  pour 
rinsulter,  mais  que,  passé  le  terme  prescrit  de  quatre  mois,  tout  bâti- 
ment qu'ils  trouveraient  dénué  du  nouveau  pavillon  serait  arrêté  par 
eux  et  déclaré  de  bonne  prise.  Nous  vous  transmettons  avec  empresse- 
ment  la  connaissance    des   instructions    précises   que    nous   avons 
données  &  cet  égard  k  notre  marine,  pour  que  vous  preniez  en  con- 
séquence vos  mesures.  Le  délai  accordé  pour  l'annihilation  de  l'ancien 
pavillon  et  l'adoption  du  nouveau  est  plus  que  suffisant  et  nous  vous 
prévenons  que  ce  terme  ne  sera  point  prorogé. 

L'an  passé,  dans  le  temps  que  votre  convoi  était  mouillé  sur  notre 
forteresse,  quelques  soldats  étant  descendus  à  terre  en  armes,  nous 
avions  prévu  qu'ils  commettraient  quelque  désordre,  et  qu'il  en  résulte- 
rait des  rixes  fâcheuses  entre  eux  et  les  individus  des  autres  nations;  et 
sans  perte  de  temps,  par  l'entremise  de  votre  Consul  et  du  commandant 
de  votre  convoi,  ces  soldats  furent  ramenés  à  bord.  Cette  sage  précau- 
tion, qui  nous  fut  dictée  par  l'amitié,  coupa  le  mal  dans  son  principe. 
Tout  récemment,  une  partie  de  vos  négociants  résidant  à  Tunis  s'étant 
portée  à.  des  actes  de  témérité  contraires  aux  traités,  nous  avons  bien 
voulu  n'y  donner  aucune  suite  et  ne  consulter  que  nos  sentiments  pour 
le  peuple  français  et  notre  estime  individuelle  pour  votre  Consul;  mais 


240  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [m 

nous  vous  déclarons  qu*à  Tavenir,  si  quelqu*un  de  ces  négociants,  ati 
mépris  de  nos  défenses  expresses  et  de  nos  traités,  ose  de  nouveai 
troubler  Tordre  public,  nous  n*hésiterons  point  à  faire  punir  le  cou- 
pable, en  présence  de  votre  Consul,  ou  à  le  bannir  sans  retour  de  dck 
Ëtats.  Vous  sentez  que  toute  innovation  qui  enfreint  les  traités,  étaot 
d'un  dangereux  exemple  pour  les  autres  nations,  ne  peut  amener  qn^ 
des  malheurs,  et  vous  devez  interdire  à  vos  négociants  tout  procédé  d? 
ce  genre,  qui  tendrait  à  une  fin  si  funeste.  C'est  là  Tobjet  priDcipalde 
la  présente  dépêche. 

Nous  ne  doutons  point  qu'à  sa  réception  vous  ne  vous  hâtiez  à 
recommander  aux  Français  d^étre  plus  attentifs  à  observer  les  traités 
sur  les  points  expliqués  dans  son  contenu.  Permettez-nous  aussi  d^ 
vous  rappeler  les  diverses  demandes  que  nous  vous  avons  souvent  réi- 
térées dans  nos  précédentes  lettres,  et  de  vous  témoigner  tout  Mn 
étonnement  sur  le  silence  que  vous  gardez  constamment  avec  nous  à 
ce  sujet.  Nous  exigeons  de  votre  amitié  de  prendre  enfin  ces  demandes 
en  considération  et  d'y  satisfaire  par  une  prompte  réponse.  » 

(Sceau)  (Affaires  élrangères,  C***  de  Tunis.)  . 

DEVOIZE  A  BUCHOT. 

512.  —  Tunis,  30  juillet  1794  [i 2  thermidor  an  II).  —Le  12 ther- 
midor, le  nouveau  pavillon  de  la  République,  décrété  par  la  Conveo- 
tion  nationale  le  27  pluviôse  dernier,  a  été  arboré  à  la  maison  consalaire 
et  dans  les  différents  ports  de  Tunis  avec  tous  les  honneurs  possibles. 

Une  députation  de  vingt-quatre  officiers  du  Divan  y  a  assisté  arec 
sa  musique  et  celle  du  Bey.  Le  pavillon  a  été  salué  par  trois  salves  de 
vingt-deux  bottes.  Les  Consuls  de  Suède,  de  Danemark  et  de  Venise 
ont  témoigné  de  la  manière  la  plus  authentique  l'intérêt  qu'ils  prenaient 
à  cette  cérémonie. 

Le  Consul  a  fait  prêter  le  serment  à  la  partie  de  la  nation  qui  s'est 
trouvée  dans  le  Fondouk,  le  local  n'ayant  pas  permis  de  la  réunir  eo 
totalité.  Tout  s'est  très  bien  passé. 

Le  Consul  a  racheté  un  esclave  nommé  Fontana,  pris  sur  un  bâtiment 
génois  par  un  corsaire  tunisien.  Cet  infortuné,  trouvé  sans  passeport 
ni  patente,  était  par  nos  traités  dans  le  cas  de  subir  l'esclavage. 

Il  est  né  Sicilien,  mais  une  pièce  probante  signée  par  la  municipalité 
et  le  district  de  Marseille  atteste  qu'il  a  acquis  la  qualité  de  ciloyeo 
français  par  une  résidence  de  quinze  années  à  Marseille  et  son  mariage 
avec  une  Française  dont  il  a  trois  enfants.  Le  Consul  a  pensé  que  le 
jour  où  flottait  à  Tunis  l'étendard  d'un  peuple  libre,  un  Français  ne 


[1794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  241 

devait  pas  y  rester  esclave.  Il  demande  l'approbation  de  la  conduite 
qu'il  a  tenue  à  cet  égard. 

{Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 
HAMOUDA,  BBY  DE  TUNIS,  A  BUGHOT. 

513.  —  Tunis,  2  août  1794  {15  thermidor  an  II),  —  «  Nous  vous 
avions  demandé,  il  y  a  quelque  temps,  par  Tentremise  du  capitaine 
Yence,  un  habile  constructeur  pour  notre  arsenal;  mais,  dans  l'inter- 
valle, il  nous  en  est  arrivé  un,  appelé  Jean  Gazel,  dont  les  talents  et 
la  capacité  ne  nous  laissent  plus  rien  à  désirer  pour  la  construction  de 
nos  armements.  Il  a  laissé  en  France  un  père,  une  mère  et  d'autres 
membres  de  sa  famille  qu'il  voudrait  avoir  auprès  de  lui.  Il  a  un  besoin 
non  moins  pressant  de  ses  livres  d'architecture  navale  et  de  ses  instru- 
ments, qui  sont  également  restés  dans  son  pays.  Nous  vous  prions 
en  conséquence  de  donner  sans  délai  vos  ordres  pour  que  les  per- 
sonnes et  les  effets  dont  il  envoie  la  liste  par  l'organe  du  Consul  soient 
expédiés  à  Tunis. 

Cette  demande  et  le  désir  de  nous  informer  de  votre  santé  nous  ont 
déterminé  à  vous  écrire  la  présente  dépêche.  Nous  osons  nous  flatter 
que  vous  mettrez  la  plus  grande  célérité  à,  y  répondre  et  à  faire  l'envoi 
complet  de  tous  les  objets  énoncés  ci-dessus.  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  BUCHOT. 

514.  —  Tunw,  5  août  i794{i  8  thermidor  an  II).  —  Pour  ramener  la 
tranquillité,  le  Consul  sollicite  un  ordre  tendant  au  renvoi  des  commis 
et  des  domestiques  français  dont  les  négociants  pourraient  se  passer. 

Le  Consul  a  confisqué  les  biens  des  négociants  marseillais  «  qui  ont 
péri  par  le  glaive  de  la  loi  ou  ont  émigré  ». 

Le  Comité  d'approvisionnement  de  Marseille  a  déjà  reçu  par  les 
soins  du  Consul  la  valeur  des  fonds  appartenant  à  la  maison  Payan,  et 
qull  a  fait  employer  en  chargements  de  blé  par  ordre  des  représen- 
tants du  peuple  Robespierre,  Ricord  et  Fréron. 

Le  Consul  insiste  fortement  sur  la  nécessité  de  prescrire  aux  régis- 
seurs des  établissements  français  à  Tunis  qui,  par  la  mort  ou  l'émigra- 
tion de  leurs  majeurs,  sont  restés  sans  cautionnement,  de  s'en  procurer 
un  dans  le  plus  bref  délai,  sans  quoi  la  République  deviendrait  garante 
des  dettes  qu'une  mauvaise  conduite  ou  des  revers  de  commerce  pour- 
raient faire  contracter  à  ces  négociants  envers  les  gens  du  pays. 
Le  Bey  a  reconnu  la  Corse  comme  possession  anglaise. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 

16 


"■J'A» 


242       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS    :i: 

MUSTAPHA-KHODJA  A  BDCHOT. 

516.  —  TuniSy  août  1794  {thermidor  an  II).  —  «  Vous  soitDoloire 
qu'ayant  eu  besoin,  pour  le  service  de  Tarsenal  de  notre  Yiclorïeusr 
Régence,  d*un  constructeur  habile  et  expérimenté,  nous  avions  char^: 
dans  le  temps  le  capitaine  Vence  de  nous  envoyer  de  Marseille  ii& 
artiste  capsJt^le  de  remplir  nos  vues  dans  cette  partie  essentielle.  Dus 
rintervalle,  Jean  Gazel,  homme  très  intelligent  et  recommandablt 
par  ses  connaissances  dans  Tart  de  la  construction  navale,  s'élaot 
spontanément  présenté  à  nous  et  nous  ayant  paru  propre  à  exécuter 
nos  plans,  ses  offres  ont  été  agréées  par  la  Régence,  et  il  a  été  admis 
à  son  service,  mais  il  nous  a  représenté  qu'il  désirerait  avoir  auprt;$ 
de  lui  son  père,  sa  femme  et  ses  enfants  qui  sont  en  France,  et  fîùre 
également  venir  de  son  pays  ses  livres,  ses  instruments  et  tout  ce  dooi 
il  a  besoin  pour  exercer  sa  profession.  Le  Bey,  mon  maître,  vous  invite 
en  conséquence  à  expédier  vos  ordres  pour  le  prompt  envoi  à  Tuais 
des  personnes  et  des  effets  demandés  par  Jean  Gazel,  en  confor- 
mité de  la  liste  qui  en  a  été  dressée  tant  par  lui-même  que  par  votre 
Consul.  Nous  espérons  que,  par  égard  pour  notre  recommandatioo, 
vous  n'apporterez  aucun  délai  dans  cette  expédition,  à  laquelle  noas 
nous  intéressons  vivement. 

Nous  vous  notifions  également,  et  non  sans  un  vrai  déplaisir,  que 
vos  négociants  établis  dans  cette  capitale  ne  cessent  d'y  tenir  une  cuo- 
duite  peu  satisfaisante,  qu'ils  ne  font  aucun  cas  des  bons  avis  de  votre 
Consul,  et  n'ont  point  d'égards  pour  qui  que  ce  soit;  qu'ils  ne  cooDais- 
sent  d'autres  guides  que  leurs  propres  caprices,  et  qu'ils  se  permetteot 
des  actes  de  prépotence  qui  contrarient  Tordre  public  et  les  bonnes 
mœurs.  En  dernier  lieu,  c'est-à-dire  trois  jours  avant  la  date  de  la 
présente  lettre,  ils  ont  osé  tirer  des  fusées  et  autres  pièces  d'artifice 
dans  la  maison  consulaire.  Les  parcelles  de  ce  feu  artificiel,  étant  tom- 
bées sur  les  maisons  turques  voisines,  y  jetèrent  l'alarme  et  excitèrent 
de  la  part  des  propriétaires  des  plaintes  d'autant  plus  graves  que  la 
plupart  de  ceux-ci  avaient  dans  le  même  instant,  chez  eux,  des  mortâ 
et  des  mourants,  à  la  suite  de  la  peste  affreuse  qui  désole  notre  capi- 
tale. La  joie  bruyante  des  Français  paraissait  à  ces  malheureux  habi- 
tants très  déplacée.  Il  faut  avouer  qu'elle  offrait  un  contraste  trop 
frappant  avec  la  calamité  publique;  cependant,  par  un  effet  de  Tamitié 
qui  nous  unit  à  la  République  française  et  par  considération  person- 
nelle pour  votre  Consul,  le  Pacha-Bey,  mon  bienfaiteur  et  maître,  a  bien 
voulu  user  d'indulgence  en  cette  occasion;  mais  il  a  déclaré  que  si  vos 


[1794J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  243 

négociants  se  permettaient  àTavenir  de  semblables  écarts,  ils  seraient 
exemplairement  punis  et  renvoyés  ensuite  en  France,  et  il  m'a  expres- 
sément enjoint  de  vous  en  prévenir. 

Le  chef  de  ces  hommes  turbulents  et  la  première  cause  de  leurs 
désordres  est  le  nommé  Audibert-Caille.  C'est  lui  qui  est  l'instigateur  et 
Tauteur  de  ces  excès.  Nous  savons  que  quelques-uns  de  ces  négociants, 
partis  pour  la  France,  se  proposent  de  faire  des  plaintes  contre  nous. 
Nous  attendons  de  votre  justice  que  vous  ordonnerez  formellement  & 
votre  Consul  de  renvoyer  d'ici  le  susdit  sujet,  et  que  vous  réprimerez 
sévèrement  les  propos  de  ses  adhérents  qui  se  sont  rendus  à  Marseille. 
Nous  sommes  obligés  de  vous  dire  que  si  Audibert-Caille  ne.se  retire 
point,  mon  maître  est  dans  la  ferme  résolution  de  le  punir.  » 

(Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 

516.  —  Paris^  7  zeptembre  1794  {2i  fi*uctidor  an  II),  —  Arrêté  du 
Comité  de  salut  public  envoyant  le  citoyen  Herculais  en  mission  à 
Tunis  «, 

(Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 
nERCULAIS  A  BUGHOT. 

517.  — Paris^  7  septembre  1194  [21  fructidor  an  II).  —  Le  citoyen 
Herculais,  chargé  par  le  Comité  de  salut  public  d'une  mission  en  Bar- 
barie, demande  que  la  Commission  des  relations  extérieures  soit  tenue 
de  lui  donner  communication  des  cartons  contenant  la  correspondance 
du  Levant  et  de  la  Barbarie.  Les  Consuls  seront  aussi  tenus  à  son  arrivée 


i.  Louis- Alexandre  d'AUois  d'Herculais,  né  en  1754  en  Dauphiné  et  descendant 
de  Claude  Allois,  seigneur  d'HercuIais,  président  à  mortier  du  Parlement  de 
Grenoble,  servit  d'abord  en  France  dans  plusieurs  armes  et  notamment  dans  la 
marine.  11  acheta  une  compagnie  de  cavalerie,  qu'il  abandonna  peu  après  pour 
accompagner  le  comte  d'Expilly  à  Alger  en  1784,  lors  de  la  négociation  de  paix 
entre  cette  Régence  et  l'Espagne.  Il  était,  en  1792,  garde  du  corps  de  la  compagnie 
flamande  de  Sa  Majesté  Catholique.  Peu  après  il  passa  au  service  de  la  Compagnie 
hollandaise  des  Indes  à  Batavia,  revint  en  France  au  commencement  de  la  révolu- 
tion, et  il  était  parvenu  au  grade  de  chef  de  brigade  des  armées  de  la  République 
dans  le  département  du  Finistère,  lorsque  le  Comité  de  salut  public  accepta  ses 
ofTres  de  service.  Sa  mission  en  Barbarie  comportait  un  traitement  de  20,000  livres. 
Elle  avait  pour  objet  inspection  des  Consulats,  le  règlement  de  toutes  les  affaires 
en  litige,  l'obtention  de  la  neutralité  des  Puissances  barbaresques  pendant  la  guerre 
de  la  coalition,  la  liberté  de  nos  approvisionnements,  le  rachat  de  nos  esclaves, 
enfin  une  enquête  secrète  sur  la  conduite  des  Consuls  d'Alger  et  de  Tunis,  Vallière 
et  Devoize,  désignés  tous  deux  comme  suspects.  On  verra  comment  cet  agent, 
après  avoir  embrouillé  les  afîaires  dans  les  deux  Régences,  révoqué  injustement  les 
deux  Consuls,  abusé  même  des  fonds  dont  il  était  comptable,  fut  destitué  par 
arrêté  du  Comité  de  salut  public  de  20  nivôse  an  V.  —  Voy.  sur  la  mission 
d'Herculais  à  Alger  Correspondance  des  Deys  d^ Alger  avec  la  Cour  de  France^  t.  11^ 
p.  A4ft  et  suiv. 


244  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [OV 

et  à  sa  requête  de  lui  donner  connaissance  de  leur  correspoodaoce 
depuis  la  révolution  >. 

Le  Comité  donnera  des  ordres  pour  faire  armer  Le  Jacobin,  petj 
chebeck  de  quatorze  canons,  que  le  Bey  de  Tunis  a  demandé  déjà  plu- 
sieurs fois  pour  son  Ministre.  Ce  bâtiment  sera  armé  en  parlemenlain 
tunisien.  Il  portera  les  présents  qui  sont  dus  et  promis  depuis  loog- 
temps  au  Bey  pour  ses  bons  procédés  envers  la  nation  françaisp,  et 
surtout  envers  l'escadre  de  Yence  pour  laquelle  il  n*a  point  exigé  les 
droits  ordinaires  sur  toutes  les  denrées  qui  ont  été  fournies  à  dos  vais- 
seaux pendant  le  séjour  qu'elle  a  fait  à  Tunis. 

Les  transports  d'argent  étant  difficiles,  d'ailleurs  le  numéraire  que 
possède  la  République  pouvant  être  employé  plus  essentiellement  à 
payer  les  objets  que  lui  fournissent  le  Nord,  TAmérique  et  lltalie, 
Herculais  pense  qu'il  ne  saurait  être  trop  ménagé.  En  conséquence,  Toid 
ce  qu'il  propose  au  Comité  : 

Il  y  a  à  Tunis  un  dépôt  de  marchandises  du  Levant  dont  la  valenr 
peut  monter  de  dix  à  douze  millions;  elles  y  furent  laissées,  lors  delà 
prise  de  Toulon,  par  un  convoi  qui  craignit  de  ne  pouvoir  renlrereo 
France.  Les  négociants  à  qui  elles  appartenaient  sont  pourja  plupart 
émigrés;  les  autres,  n'ayant  plus  d'espérance  de  pouvoir  les  retirer 
avant  la  paix,  désirent  infiniment  de  s'en  défaire  à  quelque  prix  que  ce 
soit,  plutôt  que  de  les  voir  s'avarier  dans  les  magasins. 

L'agent  serait  donc  porteur  de  l'ordre  de  les  faire  vendre...  Les 
sommes  qui  proviendront  de  cette  vente  resteront  à  Tunis  entre  les 
mains  du  Consul,  à  la  disposition  du  Comité. 

L'agent  s'en  rapporte  aux  dispositions  du  Comité  pour  la  somme  qui 
lui  serait  nécessaire  pour  son  équipement  et  ses  frais  de  route,  ainsi 
que  pour  fixer  son  traitement  durant  sa  mission. 


1.  Arrêté  du  il  fructidor  an  II.  —  «  Le  Comité  de  salut  public  arrête  d'enroyer  le 
citoyen  Herculais,  chef  de  brigade  des  bataillons  nationaux  formant  ci-devant  k 
deuxième  régiment  d'infanterie  de  marine,  en  qualité  d*agent  général  et  eorové 
particulier  auprès  des  Puissances  barbaresques  et  dans  tout  le  Levant  pour } 
remplir  les  instructions  que  le  Comité  de  salut  public  lui  a  données. 

Il  est  enjoint  h  tous  les  agents,  aux  Consuls  de  la  République  ou  à  leur  défaut 
à  leurs  tenant  lieu,  de  reconnaître  le  citoyen  Herculais  en  cette  qualité  et  de  se 
conformer  strictement  à  tout  ce  qu'il  exigera  d'eux  pour  remplir  la  mission  doot 
il  est  chargé.  Ils  le  présenteront  aux  Beys,  aux  Pachas,  aux  chefs  et  aux  grands  du 
pays,  lorsque  ce  citoyen  le  leur  demandera,  soit  qu'il  ait  des  lettres  de  créaoce 
particulières  pour  ces  Princes,  soit  qu'il  n'en  ait  pas. 

Les  commandants  des  vaisseaux  de  la  République,  les  capitaines  des  vaisseaux 
de  commerce  et  les  négociants  français  établis  dans  les  pays  où  le  dilageotse 
trouvera  seront  tenus  de  le  reconnnaltre  en  la  même  qualité  et  de  lui  prêter  secoor» 
et  assistance  s'il  les  en  requierL  • 


ri794]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  245 

Il  demande  à  conserver  son  emploi  de  chef  de  brigade  des  mêmes 
bataillons  qu'il  commande  aujourd'hui. 

{Affaires  étrangères,  C*'^  de  Tunis.) 

INSTRUCTIONS  POUK  LE  CITOYEN  HERCULAIS, 
ENVOYÉ   DE   LA   RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE   A   TUNIS. 

518.  —  Paris^  iô  octobre  4  794  {24  vendémiaire  an  III),  —  a  Le 
citoyen  Herculais  commencera  sa  tournée  par  la  Régence  de  Tunis. 

Il  se  rendra  chez  le  citoyen  Devoize,  Consul  de  la  République.  Il  lui 
donnera  connaissance  de  ses  pouvoirs  et  lui  remettra  la  lettre  du  Comité 
de  salut  public.  Il  se  fera  présenter  par  lui  à  Taudience  du  Bey.  Il  est 
chargé  de  répondre  de  vive  voix  aux  différentes  demandes  que  ce 
Prince  a  faites  au  gouvernement  de  la  République.  Le  Bey  de  Tunis 
nous  a  rendu  des  services.  Il  a  protégé  contre  une  escadre  anglaise  et 
espagnole  un  convoi  considérable  de  bâtiments  français  qui  se  trouvait 
dans  la  rade  de  Tunis.  Il  a  fidèlement  observé  les  traités.  Il  a  bien 
accueilli  les  commandants  de  nos  bâtiments  et  nous  a  fait  un  prêt  con- 
sidérable pour  faciliter  les  achats  d'approvisionnement.  Si  le  prêt  n'est 
pas  encore  remboursé,  il  le  sera  sur  les  fonds  qui  seront  à  sa  disposition. 

La  conscience  d'avoir  bien  mérité  de  la  République  a  engagé  le  Bey 
de  Tunis  à  renouveler  différentes  réclamations. 

Il  y  a  trois  ans  que  le  Bey  obtint  du  Gouvernement  français  une 
promesse  de  munitions  de  guerre.  Cette  promesse  était  un  acte  de  fai- 
blesse ;  il  ne  nous  convient  point  d'accoutumer  les  Barbaresques  à  des 
présents  de  cette  nature. 

Le  citoyen  Herculais  remettra  au  Bey,  au  nom  de  la  République,  le 
chebeck  Le  Jacobin  avec  ses  agrès  et  ses  canons.  Il  lui  déclarera  que, 
par  ce  présent,  la  République  entend  s'acquitter  de  la  promesse  de 
munitions  de  guerre  et  des  obligations  que  la  conduite  amicale  du  Boy 
lui  a  imposées. 

Au  mois  de  juillet  1792,  avant  la  déclaration  de  guerre  contre 
Roi  de  Sardaigne,  deux  demi-galères  sardes  forcèrent  une  galiote 
tunisienne  de  s'échouer  sous  la  tour  d'Alésia,  en  Corse,  et  en  enle- 
vèrent l'équipage,  composé  de  38  personnes  qui  sont  encore  détenues 
comme  esclaves  au  bagne  de  Cagliari.  Conformément  aux  traités,  le 
gouvernement  français  paya  en  argent  la  valeur  de  la  galiote.  La  guerre 
l'empêcha  d'obtenir  la  liberté  des  Tunisiens  faits  esclaves.  Depuis  ce 
temps-là,  le  Bey  a  insisté  sur  leur  délivrance.  Différentes  propositions 
ont  été  faites,  entre  autres  celle  de  racheter  à  Malte  un  nombre  de 
Tunisiens  égal  à  celui  des  esclaves  détenus  à  Cagliari. 


ii6  CORRESPONDANCE  DES  DEYS  ET  DES  CONSULS  [1794] 

Le  citoyen  Herculais  dira  au  Consul  que,  s'il  a  consenti  à  cet  arran- 
gement, il  a  excédé  les  bornes  de  ses  pouvoirs  et  que  ce  mode  tirerait 
trop  à  conséquence  pour  pouvoir  nous  convenir;  il  fera  sentir  au  Bey 
que  si  la  guerre  dans  laquelle  la  République  est  engagée  avec  le  Roi 
de  Turin  ne  nous  permet  pas  encore  d'obtenir  la  restitution  ea  per- 
sonne des  Tunisiens  dont  il  s'agit,  le  moment  ne  sera  pas  éloigoé  où 
nous  exigerons  la  satisfaction  qui  nous  est  due,  et  qu'en  attendant  le 
Bey,  convaincu  d'ailleurs  de  notre  amitié,  doit  calmer  son  impatience 
par  la  considération  de  l'impossibilité  où  nous  nous  trouvons  de  le 
satisfaire  pour  le  moment. 

Le  Bey  de  Tunis,  ayant  pris  à  son  service  un  nommé  Gazel,  émigré 
de  Marseille,  a  demandé  que  la  famille  de  cet  émigré  eût  la  permissioD 
d'aller  le  joindre  à  Tunis  et  d'emporter  avec  elle  tous  ses  livres  et  ins- 
truments analogues  à  son  état  de  constructeur.  Malgré  Tintérét  que  le 
Bey  a  mis  à  cette  demande,  il  est  impossible  de  l'accorder.  Cependant, 
pour  adoucir  ce  refus,  le  citoyen  Herculais  sera  autorisé  à  faire  présent 
au  Bey  soit  des  effets  de  l'émigré  Gazel,  désignés  dans  la  note  remise 
h  notre  Consul,  s'ils  se  trouvent  encore  en  nature  à  Marseille,  soit  de 
quelques  livres  ou  instruments  de  même  nature  que  le  citoyen  Hercu- 
lais se  procurera  à  Marseille. 

Quelques  Français  et  nommément  le  citoyen  Audiberl-Caille,  établis 
à  Tunis,  ayant  par  une  conduite  imprudente  indisposé  le  Bey,  il  a 
demandé  leur  rappel.  Le  citoyen  Herculais  examinera  les  griefs  qu on 
allègue  contre  ces  Français  et,  dans  le  cas  où  il  les  trouverait  fondés,  il 
sera  autorisé  à  les  renvoyer  dans  leur  patrie.  Dans  le  cas  contraire,  il 
cherchera  à  arranger  les  choses  à  l'amiable  et  ne  consentira  à  leur 
renvoi  que  pour  éviter  des  suites  fâcheuses. 

Sidi  Mustapha,  Ministre  du  Bey,  s'est  constamment  montré  ami  des 
Français;  il  paraît  qu'il  nous  a  rendu  de  grands  services  en  différentes 
occasions.  Le  citoyen  Herculais  sera  chargé  de  lui  remettre  une  lettre 
et  quelques  présents  de  la  part  du  Gouvernement  de  la  République.  R 
lui  annoncera  en  même  temps  que  la  voiture  qu'il  fait  constraire  à 
Paris  sera  exécutée  aux  frais  de  la  République,  conforménaent  au 
modèle  qu'il  a  envoyé.  Les  lettres  que  ce  Ministre  a  écrites  concemeni 
la  demande  des  munitions  de  guerre,  les  40  esclaves  déteoos  à 
Cagliari,  la  démarche  faite  en  faveur  de  l'émigré  Gazel  et  le  rappel  du 
citoyen  Audibert-Caille. 

Le  citoyen  Herculais  sera  chargé  d'examiner  la  conduite  da  citoyen 
Devoize,  Consul  de  la  République,  qui  paraît  un  homme  intelligente! 
actif,  mais  qui,  dans  les  derniers  temps,  a  pris  sur  lui  d'arranger  diverses 


[1794]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  247 

affaires  conteatieuses  dont  la  décision  ne  doit  appartenir  qu*au  6ou- 
yernenient  de  la  République.  Cette  manière  d'agir  ne  peut  être  justifiée 
que  par  l'absolue  nécessité,  qu'il  importe  de  vérifier,  qu'il  s'agit  de 
très  fortes  indemnités  consenties  par  lui  pour  deux  bâtiments  tunisiens 
conduits  à  Bastia  par  des  corsaires  français,  et  dont  le  Gouvernement 
de  la  République  n'a  eu  de  nouvelles  que  par  la  voie  de  Tunis.  Nous 
voulons  fidèlement  observer  les  traités;  mais  nous  ne  voulons  point 
que  la  dignité  et  la  compétence  de  la  République  soient  lésées  par  des 
transactions  prématurées  et  peut-être  partiales.  Le  citoyen  Herculais 
rendra  compte  du  résultat  des  informations  qu'il  aura  prises  au  Comité 
de  salut  public,  qui  prononcera  définitivement. 

Il  s'informera  aussi  de  la  conduite,  des  opinions  et  du  mérite  du 
citoyen  Guy  de  Villeneuve,  Vice-Consul  k  Tunis.  Ce  citoyen  étant  dans 
la  classe  des  ci-devant  nobles  et  jouissant  d'ailleurs  d'une  très  bonne 
réputation,  le  Comité  se  réserve  de  prononcer  sur  son  sort. 

Quant  à  la  vente  des  marchandises  du  convoi,  le  citoyen  Herculais 
en  séparera  d'abord  celles  qui  appartiennent  à  l'Agence  d'Afrique  et 
doivent  rester  à  la  disposition  de  cette  Agence  ^  Comme  il  emportera  de 
France  les  présents  que  le  Gouvernement  jugera  convenable  de  faire 
distribuer,  il  usera  sobrement  de  la  permission  d'employer  pour  cet 
usage  ceux  des  effets  du  convoi  qui  pourraient  convenir.  Il  serait 
important  d'ouvrir  pour  la  vente  des  marchandises  un  marché  plus 

1.  L'Agence  d'Afrique  fut  substituée,  par  arrêté  du  19  pluviôse  an  H,  à  la  Com- 
pagnie royale  d'Afrique  qui  fonctionnait  depuis  Mii  (Voyez  tome  II,  p.  3ii).  On 
procéda  à  une  liquidation,  qui  fut  close  en  frimaire  an  V  (décembre  1196),  et  la 
Convention  fit  verser  au  Trésor,  malgré  les  protestations  de  l'ancien  directeur 
Bertrand  et  des  actionnaires  dépouillés,  l'actif  social  s'éievant  à  2,048,248  francs. 
Une  Commission  de  commerce  et  d'approvisionnement  fut  établie,  par  le  même  arrêté 
du  19  pluviôse  an  H,  et  l'on  mit  à  sa  disposition  les  capitaux  ci-dessus  désignés 
et  les  établissements  de  l'ancienne  Compagnie,  évalués  150,000  francs.  L'Agence 
d'Afrique,  agissant  de  concert  avec  cette  Commission,  fut  chargée  du  service 
des  subsistances  et  des  achats  de  grains  pour  le  compte  de  l'État,  qui  prit  dès  lors 
à  sa  charge  les  redevances  dues  aux  Régences  d'Alger  et  de  Tunis  et  l'exploitation 
directe  des  Concessions  françaises  en  Barbarie.  La  suppression  du  privilège 
exclusif  delà  pêche,  la  guerre  maritime  et  l'incurie  de  l'Agence  d'Afrique  eurent  des 
résultats  déplorables;  aussi  l'ancienne  Compagnie  fut-elle  un  moment  rétablie  par 
arrêté  des  Consuls  du  27  nivôse  an  IX  (il  janvier  1801).  Elle  fut  définitivement 
dissoute,  par  suite  des  protestations  du  commerce  de  Marseille,  par  la  loi  du 
n  floréal  an  X  (juin  1802).  —  Voy.  les  cartons  Concessions  dC Afrique  (1874-1830) 
aux  Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis,  —  et  les  Inventaires  généraux  des 
Concessions  d^ Afrique  en  479%  (Chambre  de  commerce  de  Marseille,  Archives  des 
Compagnies  d'Afrique),  On  y  voit  qu'à  cette  époque  la  Compagnie  n'avait  pu  réussir 
h  relever  le  comptoir  de  Bizerte.  Elle  avait  ceux  de  La  Calle^  dirigé  par  Antoine 
Peyron.  agent  principal  des  Concessions,  Bône,  dirigé  par  Maurice  Guibert,  LeCollo, 
dirigé  par  Joseph  André,  etTabarque,  dirigé  par  Maurice  Burtat.  — Voyez  aussi  His- 
toire de  La  Calle,  par  Féraud  (Alger,  1811),  —  et  Les  grandes  Compagnies  de  corn* 
merce,  par  Bonnassieux  (Paris,  1892). 


248  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  ilT^ 

étendu  que  celui  de  la  seule  ville  de  Tunis,  surtout  dans  une  époque  rg 
la  peste  qui  désole  ces  contrées  doit  avoir  paralysé  le  commerce.  Le 
citoyen  Herculais  consultera  à  cet  égard  des  personnes  instruites  et b 
localités.  Il  sera  autorisé  à  faire  transporter  les  marchandises  dont  le 
débit  paraîtra  devoir  se  faire  plus  avantageusement  ailleurs.  En  saisis- 
sant les  effets  aux  émigrés  et  aux  condamnés,  il  prendra  les  mesures 
convenables  pour  éviter  à  la  République  la  nécessité  de  se  mettre  i 
leur  place  vis-à-vis  de  leurs  créanciers  étrangers.  Le  Gouvernement  è 
Tunis  ne  doit  point  se  mêler  de  réclamations  de  celte  nature;  ilser^ 
enjoint  k  notre  Consul  de  les  renvoyer  toutes  devant  les  tribunaux  à 
la  République. 

Le  citoyen  Herculais  engagera  les  Consuls  de  Barbarie  à  dressenme 
liste  des  maisons  françaises  établies  dans  leurs  Echelles  dont  l^is 
majeurs  ou  les  cautions  auront  émigré  ou  péri  par  le  glaive  de  la  loi. 
Ces  maisons  seront  tenues  dHndiquer  les  négociants  français  par  les- 
quels elles  se  proposent  de  remplacer  les  cautions  qui  n'existent  pk^ 
Les  listes  ainsi  rédigées  seront  adressées  au  Comité  de  salut  public. 

En  général,  en  combinant  ses  démarches  de  manière  qu'elles  tendent 

toutes  à  maintenir  la  bonne  harmonie  entre  la  République  française  et 

les  Puissances  musulmanes  de  l'Afrique,  le  citoyen  Herculais  ne  perdis 

de  vue  dans  aucune  circonstance  ni  les  intérêts  ni  la  dignité  de  la 

République.  » 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tumt.) 

DEVOIZB  A  BUCHOT. 

619.  —  Tunis,  iô  octobre  1794  [24  vendémiaire  an  ///).  — Sidi  Ali, 
le  nouveau  Pacha  de  Tripoli  et  ennemi  de  la  France,  a  enlevé  par 
trahison  Tile  de  Djerba  au  Bey  de  Tunis.  Celui-ci  a  envoyé  une  dim 
contre  lui  '. 

(Affaires  étrangères^  C*"  de  Tunù.) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  DEVOIZB. 

620.  —  Parisy  15  octobre  1794  [24  vendémiaire  an  ///).- «Le 
Comité  de  salut  public,  citoyen,  jugeant  convenable  pour  le  bien  éû 
service  de  faire  passer  le  citoyen  Allois  Herculais  en  qualité  d'agent 
général  et  d'envoyé  particulier  auprès  des  Puissances  musulmaoes 

1.  Ali  Borghoul,  ancien  corsaire,  s^étant  mis  À  la  tète  de  bandes  indisciplinée^* 
s'était  emparé  du  pouvoir  après  avoir  mis  en  fuite  le  vieux  Pacha  de  Tripoli. 
L'agression  de  Djerba  perdit  cet  aventurier.  Le  Bey  de  Tunis  Hamouda  eofo^ 
en  effet  ses  troupes  dans  les  plaines  de  Tripoli;  celles-ci  chassèrent  l'usurpaleor, 
et  rendirent  cette  Régence  à  son  légitime  possesseur. 


[17941  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  249 

en  Afrique,  tu  le  reconnaîtras  en  la  dite  qualité  et  tu  te  conformeras 
strictement  à  tout  ce  qu'il  exigera  de  toi  pour  remplir  la  mission 
dont  il  est  chargé,  conformément  aux  instructions  qu'il  a  reçues  et 
aux  arrêtés  dont  il  est  porteur.  Tu  mettras  sous  ses  yeux  la  partie  de 
ta  correspondance  qu'il  désirera  de  connaître  et  tous  les  papiers  du 
Consulat  qui  pourraient  lui  être  de  quelque  utilité.  Enfin,  tu  t'empres- 
seras de  concourir  au  succès  de  son  voyage  par  tous  les  moyens  qui 
seront  en  ton  pouvoir.  » 

{Affaires  étrangères^  C**  de  Tunis.) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  HAMOUDA,  DEY  DE  TUNIS. 

521.  —  Parité  15  octobre  1794  {24  vendémiaire  an  III).  —  «  Le 
capitaine  Vence,  chef  de  l'escadre  française  qui  a  mouillé  l'année 
passée  dans  la  rade  de  ta  ville  de  Tunis,  nous  a  porté  dans  le  temps  la 
lettre  que  tu  lui  avais  remise  pour  le  gouvernement  de  notre  Répu- 
blique. Nous  avons  reçu  également  par  le  canal  du  citoyen  Devoize, 
notre  Consulet  envoyé  auprès  de  ta  personne,  la  lettre  que  tu  as 
écrite  au  Commissaire  de  nos  relations  extérieures. 

Nous  avons  appris  avec  une  grande  satisfaction  les  preuves  d'amitié 
qu'en  différentes  occasions  tu  as  données  à  la  République  et  la  fidélité 
avec  laquelle  tu  as  observé  les  traités  qui  nous  unissent.  Entièrement 
disposés  à  prouver  de  notre  côté  combien  la  République  est  sensible 
aux  services  que  lui  rendent  ses  amis,  nous  nous  sommes  dès  lors 
occupés  des  moyens  de  satisfaire  aux  différentes  demandes  que  tu 
nous  as  faites;  et  si  nous  n'avons  pas  répondu  plus  tôt  à  tes  lettres 
amicales,  c'est  que  nous  avons  voulu  faire  marcher  ensemble  toutes 
les  mesures  propres  à  te  garantir  notre  bienveillance  et  à  régler  sur 
les  côtes  de  l'Afrique  nos  intérêts  communs  et  réciproques. 

C'est  avec  ces  intentions  que  nous  avons  fait  choix  du  citoyen  Allois 
Herculais,  chef  de  brigade  au  service  de  la  République,  pour  se  rendre 
auprès  de  ta  personne.  Nous  l'avons  chargé  de  répondre  de  vive  voix 
aux  différents  objets  dont  tu  nous  as  entretenus;  et  d'après  les  instruc- 
tions que  nous  lui  avons  données,  nous  espérons  que  sa  mission  ne 
pourra  que  t'étre  agréable.  Il  mérite  d'autant  plus  toute  ta  confiance 
que,  parfaitement  instruit  des  intentions  du  gouvernement  de  la  Répu- 
blique, il  connaît  aussi  le  pays  que  tu  gouvernes,  et  que  pendant  le 
séjour  qu'il  y  a  fait  autrefois  il  a  été  à  portée  de  se  pénétrer  d'une 
haute  estime  pour  ta  personne. 

Le  citoyen  Herculais  t'annoncera  les  brillantes |  victoires  que  le 
courage  invincible  du  peuple  français  remporte  constamment  sur  ses 


350  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [ITSii 

nombreux  ennemis.  Il  te  peindra  la  perfidie  avec  laquelle  ils  ont  coi&< 
mencé  et  conduit  une  guerre  injuste  et  atroce  qui  finira  par  leur  ruim 
totale.  L'amour  de  la  justice  et  de  la  vérité  qui  a  toujours  disUope 
les  Puissances  musulmanes,  le  souvenir  de  Tantique  et  fidèle  amitié 
qu'elles  ont  entretenue  avec  le  peuple  français,  et  Texpérience  qui  leor 
a  prouvé  que  notre  alliance  était  aussi  sûre  que  conforme  à  leurs 
intérêts,  ont  empêché  la  Porte  Ottomane  et  les  Régences  de  TÂfrique 
de  tomber  dans  les  pièges  que  nos  ennemis  leur  ont  tendus;  cesl  arec 
plaisir  que  nous  rendons  justice  aux  sentiments  qu* elles  nous  oot 
montrés,  que  nous  en  espérons  la  continuation  pour  ravenir,  et  qiie 
nous  nous  montrerons  toujours  disposés  à  consolider  cette  harmonie 
dont  nous  désirons  Téternelle  durée.  » 

(Affaires  étrangéreê,  O*^  de  Tunis,) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  MUSTAPHA-KHODJA. 

522.  —  Pam,  15  octobre  i  794  {24  vendémiaire  an  III),  —  «  Nous 
avons  pris  connaissance  de  la  lettre  que  tu  as  écrite  au  Commissaire 
de  nos  relations  extérieures,  et  nous  nous  sommes  occupés  de&objets 
dont  le  Bey  de  Tunis,  notre  bon  ami,  t'avait  donné  ordre  de  doqs 
entretenir. 

Ayant  résolu  d'envoyer  dans  la  ville  de  Tunis  le  citoyen  AlloisHer- 
culais,  chef  de  brigade  au  service  de  la  République  française,  pour 
différentes  opérations  qui  concernent  les  intérêts  de  notre  gouTeroe- 
ment,  nous  Tavons  chargé  de  te  porter  de  vive  voix  notre  réponse  à 
tes  lettres  ainsi  qu'à  celles  que  le  Bey  de  Tunis  nous  a  adressées.  >ou5 
espérons  que  tu  Taccueilleras  favorablement  et  que  tu  l'assisteras  de 
tes  bons  offices  dans  les  différents  objets  de  sa  mission. 

L'amitié  constante  que  tu  as  montrée  à  la  nation  française  ta 
mérité  la  bienveillance  du  gouvernement  de  la  République  et  toute 
notre  estime;  sois  persuadé  que  nous  chercherons  toujours  avec 
empressement  les  occasions  de  t'en  donner  des  preuves.  Noos  avons 
particulièrement  chargé  le  citoyen  Herculais  d'être  auprès  de  loi 
rinterprète  de  nos  sentiments.  » 

(Affaires  étrangères^  C**'  de  Tunis.) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  BUGHOT. 

623.  —  Paris,  27  novembre  i  794  (7  frimaire  an  III).  —  Le  àiojen 
Herculais,  chargé  d'une  mission  extraordinaire  en  Barbarie,  corres- 
pondra directement  avec  le  Comité.  Son  traitement  (âO,000  fr.)  courra 
à  compter  du  10  frimaire;  Buchot  devra  envoyer  à  Herculais  etàsos 


[1795]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  261 

secrétaire  Gayet'  un  passeport  avec  la  permission  d'exporter  19,000  livres 
en  numéraire. 

(Affaires  étrangères^  C**»  de  Tunis.) 
DEVOIZB  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

524.  —  Tunis,  30  novembre  i794  {10  frimaire  an  III),  —  Il  a 
obtenu  du  Bey  que  les  Anglais  restituent  une  prise  de  deux  bâtiments 
français,  faite  dans  le  golfe  de  Tunis.  L'armée  du  Bey  a  repris  Tile 
de  Gerbis  et  met  le  siège  devant  Tripoli. 

(Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
HBRCULAIS  AU  COMITÉ  DB  SALUT  PUBLIC. 

526.  —  Parii^  22  décembre  1794  (2  nivôse  an  III).  —  Devoize 
demande  un  secrétaire.  Les  services  importants  qu'il  rend  journelle- 
ment à  la  République  ne  permettent  pas  de  le  lui  refuser.  Herculais 
demande,  en  conséquence,  pour  le  citoyen  Joseph  Billon  *,  la  permis- 
sion de  passer  à  Tunis  auprès  du  Consul  Devoize. 

(Affaires  ëtrangèreSy  C***  de  Tunis.) 
DBVOfZB  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

526.  —  Tunis,  19  janvier  1795  [30  nivôse  an  III).  —  «  Citoyens 
représentants,  je  suis  pénétré  de  l'importance  du  service  que  je  ren- 
drais à  ma  patrie  en  lui  procurant  par  mes  recherches  de  nouveaux 
moyens  de  vivifier  les  sciences  et  Tindustrie;  je  n'ai  qu'un  regret  :  c'est 
de  ne  pouvoir,  en  remplissant  ce  devoir  essentiel,  y  apporter  autant  de 
lumières  que  de  zèle. 

Les  sciences  et  les  arts  n'offrent  à  Tunis  qu'une  triste  observation  à 
faire,  c'est  qu'à  mesure  que  le  despotisme,  qui  ne  peut  subsister  que 
par  l'ignorance  des  peuples,  s'est  établi  dans  cette  partie  de  l'Afrique, 
ils  ont  disparu  avec  les  hommes  libres  qui  les  cultivaient  dans  les 
beaux  jours  de  Rome  et  de  Carthage...  » 

(Affaires  élrangères,  C*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

627.  —  Tunis,  2  février  1795  {14  pluviôse  an  III).  —  Il  annonce  la 
prise  de  Tripoli  par  les  Tunisiens  et  la  fuite  du  Pacha  qui  a  enlevé  un 
bâtiment  français  richement  chargé.  Le  fils  aîné  de  l'ancien  Pacha  a  été 
réintégré  sur  le  trône.  Le  Bey  de  Tunis,  inquiet  sur  la  manière  dont  le 

1.  Arrêté  du  Comité  de  salut  public  du  42  brumaire  an  III  (2  novembre  1194) 
nommant  le  citoyen  Gayet,  secrétaire  de  la  légation  du  citoyen  Herculais,  envoyé 
extraordinaire  auprès  des  Puissances  d'Afrique. 

2.  Francois^oseph  Billon  était  alors  régisseur  de  la  maison  de  commerce  André 
et  C'*,  de  Marseille.  Il  avait  été  auparavant,  pendant  quelques  années,  ofRcier 
breveté  de  la  marine.  On  le  retrouvera  plus  loin  en  qualité  de  gérant  du  Consulat 
général  de  Tunis  de  1809  à  1814. 


252  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  r;^7 

Grand  Seigneur  jugera  son  expédition,  a  engagé  Devoiie  à  écrire  t 
l'Envoyé  de  la  République  à  Constaniinople  '  pour  sonder  les  dhp^v 
lions  du  Sultan  vis-à-vis  de  Tex-Pacha  de  Tripoli. 

(Affairée  étrangère» j  C**  de  Twiis.) 
DEVOIZB  AU  COMITÉ  DB  SALUT  PUBLIC. 

628.  —  T'unis,  3  février  1795  {i 5  pluviôse  an  Ifl),  —  Il  rf:: 
compte  d'une  prise  anglaise  faite  par  le  brick  français  Le  Hasapi"' 
de  la  relâche  de  cette  prise. 

(Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 
LB  OOMITÉ  DB  SALUT  PUBLIC  A  DBVOIZB. 

629.  —  Paris,  3  avril  1795  {14  germinal  an  III).  — Devoiiee?. 
autorisé  à  signer  un  article  additionnel  au  traité  avec  Tunis,  relatiTem^L 
à  la  distance  des  côtes  «  à  laquelle  les  actes  d'hostilité  sur  mer  pec- 
vent  avoir  leur  suite  ». 

{Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis.} 
DEYOIZB  AU  GOMrrÉ  DB  SALUT  PUBLIC. 

630.  —  Tunis,  20  avril  1795  {l^prairialan  III).  —  «  Citoyens  repré- 
sentants, malgré  que  la  réunion  de  la  Corse  aux  Ëtats  d'Angleterre  ut 
été  officiellement  notifiée  au  Bey  et  que  ce  Prince  lait  reconnue, bd 
corsaire  de  cette  Régence  vient  de  s'emparer  d'un  navire  de  Baslia 
dont  la  cargaison  estévaluée  mieux  de  cent  mille  piastres;  letoutatt^ 
déclaré  de  bonne  prise  et  vendu  sur-le-champ;  les  équipages  sont  dtja 
aux  travaux  publics. 

Une  des  conditions  de  cette  île  rebelle  en  se  livrant  aux  Anglaisât!^ 
qu'elle  reprendrait  son  ancien  pavillon  à  tête  de  Maure,  et  en  admet- 
tant leurs  passeports  elle  a  cru  mettre  sa  navigation  à  l'abri  de  la  courbé 
des  Barbaresques.  Cet  événement  ne  peut  qu'ajouter  au  méconteDte- 
ment  déjà  assez  général  de  l'ile,  et  faire  toujours  plus  regretter  à  y* 
habitants  la  protection  efficace  dont  ils  jouissaient  sous  le  gouvenie 
ment  français.  J'ai  assuré  les  droits  de  la  protection  aux  Corses  qn: 
sont  restés  fidèles  à  la  République  ;  le  Consul  anglais  a  fait  prêter  se^ 
ment  aux  autres.  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
DBVOIZE  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

681.  —  Tunis,  14  mai  1795  {.25  floréal  an  III).  —  Le  défaut  de 
réponse  de  la  part  du  gouvernement  français  aux  réclamations  da  p^ 

\.  Charles- Louis  Huguet  de  Sémonville,  devenu  à  son  retour  Ministre  plénipo- 
tentiaire de  la  République  batave,  sénateur  et  comte,  puis  grand  référeodaire  i  b 
Chambre  des  pairs. 

Devoize  à  Sémonville,  ambassadeur  à  Constantinople.  Tunis,  5  juin  179S{{hrù- 
rial  an  111).  —  •  Le  Bey  s*est  décidé  à  faire  passer  à  ConstanUnople  Sidi  feol 


r 

I 


[1795]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  283 

vernement  beylical  le  met  dans  un  grand  embarras.  «  Le  Garde  des 
sceaux  et  favori  du  Bey  a  osé  se  permettre  un  ancien  propos  de  son 
maître  qu'il  enverrait  38  Français  aux  travaux  publics.  Je  lui  répondis 
que  je  me  mettrais  à  leur  tête  et  que  j'espérais  que  nous  ferions  de  la 
bonne  besogne.  Il  a  osé  répliquer  que  ce  ne  serait  pas  une  chose  bien 

Sahib-Tapa,  en  qualité  d'ambassadeur  extraordinaire.  Je  dois  tous  donner  quel- 
ques notions  sur  ce  personnage,  qui  a  Tinfluence  la  plus  fAcheuse  sur  nos  intérêts 
à  Tunis.  D'abord  esclave  d'un  particulier,  Sidi  Yussuf  fut  admis  parmi  les  Mame- 
louks du  Bey,  ce  qui  équivaut  aux  pages  de  Frédéric  Second,  ensuite  pourvu  de  la 
surintendance;  il  y  a  environ  trois  ans  que  deux  Géorgiens  lui  tirèrent  dans  l'appar- 
tement du  Bey  deux  coups  de  pistolet  qui  le  percèrent  de  part  en  part.  Le  Bey 
fut  grièvement  blessé  lui-même  à  la  joue  d'un  coup  de  stylet.  Ces  deux  jeunes  gens, 
à  peine  de  quatorze  ans,  dont  l'âme  devait  être  d'une  trempe  aussi  forte  que  pure, 
après  les  avoir  accablés  de  toutes  les  marques  du  dernier  mépris,  se  donnèrent  la 
mort  sous  leurs  propres  yeux,  avec  une  intrépidité  bien  au-dessus  de  leur  Age.  A 
cette  époque  a  commencé  la  faveur  de  Sidi  Yussuf.  Sa  stupidité  le  rendant  inca- 
pable d'exercer  un  emploi  qui  exigerait  quelque  connaissance,  il  fut  pourvu  de 
celui  qui  consiste  à  apposer  le  sceau  aux  ordonnances  du  Bey.  Dévoré  d'ambition, 
il  a  presque  envahi  tout  le  commerce  de  ce  royaume,  dont  il  cherche  à  dégoûter 
les  Européens  en  le  faisant  hérisser  d'entraves  et  surcharger  de  droits  inconnus 
jusqu'à  lui.  Après  avoir  spolié  tous  les  particuliers  un  peu  aisés  dont  plusieurs  sont 
devenus  insolvables  envers  les  négociants  français,  il  a  voulu  étendre  jusque  sur 
notre  gouvernement  son  esprit  de  rapine,  ce  qui  a  donné  lieu  à  une  scène  très  vive 
entre  lui  et  moi  dans  une  audience  publique  du  Bey... 

..  J'ai  dû  croire,  après  la  leçon  que  j'ai  donnée  à  Sidi  Yussuf,  qu'il  ne  reviendrait 
plus  sur  l'affaire  des  esclaves.  Il  vient  de  me  faire  écrire  au  nom  du  Bey  de  lui  dire 
en  quelle  monnaie  je  me  proposais  de  le  payer,  si  c'était  en  piastres  fortes,  de  les 
lui  envoyer  immédiatement  pour  qu'il  eût  le  temps  de  les  commuer  en  sequins 
avant  son  départ;  que  si  j'avais  encore  des  difficultés  &  opposer,  de  me  transporter 
au  Bardo  pour  en  faire  part  au  Bey.  J'ai  répondu  que  je  ne  voyais  aucune  néces- 
sité d'aller  rendre  compte  d'un  refus  qui  s'expliquait  assez  par  l'injustice  de  la 
demande.  Sa  réplique  ne  respire  que  menaces,  et  entre  autres,  celle  de  vous  porter 
à  son  arrivée  ses  plaintes  contre  moi.  C'est  ce  qui  m'a  engagé  à  vous  faire  tout  ce 
détail;  le  Bey  avant  son  départ  a  bien  voulu  essayer  une  sorte  de  raccommode- 
ment entre  son  envoyé  et  moi,  mais  un  Consul  ne  peut  se  flatter  dans  cette  Cour  de 
nager  entre  deux  eaux;  il  faut  qu'il  se  prononce  et  qu'il  opte  entre  le  favori  et  Sidi 
Mustapha,  beau-frère  du  Bey.  Les  titres  si  légitimes  que  ce  ministre  vertueux  a 
acquis  à  la  reconnaissance  de  la  nation  française,  dont  il  sert  chaudement  les  inté- 
rêts depuis  30  ans,  prescrivent  à  son  représentant  le  devoir  de  lui  rester  attaché 
pour  l'acquitter.  Tous  les  Consuls  étrangers  se  sont  assez  respectés  pour  se  con- 
duire de  même  vis-à-vis  d'un  ministre  distingué  dans  toutes  les  Cours  politiques, 
qui  vient  tout  récemment  comme  guerrier  de  se  couvrir  de  gloire  dans  l'expédition 
qu'il  a  commandée  contre  Tripoli,  ministre  cher  à  tous  les  Tunisiens  par  son  inté- 
grité désintéressée,  en  vénération  par  ses  mœurs  simples  et  la  pratique  de  toutes 
les  vertus,  dont  on  ne  pourrait  compter  toutes  les  bonnes  actions,  ni  citer  une 
seule  injustice.  Croyez,  citoyen  ambassadeur,  qu'un  ressentiment  personnel  ni 
l'amitié  qui  me  lie  étroitement  avec  Sidi  Mustapha  ne  m'ont  point  suggéré  le 
tableau  que  je  viens  de  vous  tracer.  Je  vois  la  ruine  de  nos  établissements  dans 
l'abus  que  fait  de  sa  faveur  un  homme  qui  en  est  si  indigne.  Je  désire  pour  le  Bey 
que  ses  présents  soient  agréés  du  Grand  Seigneur,  sa  démarche  appréciée,  mais  que 
Sa  Hautesse  lui  témoigne  son  mécontentement  sur  le  choix  de  son  envoyé  qui  est 
un  manquement  à  elle-même;  dans  ce  cas,  le  Bey  n'osant  ni  ne  pouvant  plus  loi 
conserver  aussi  ouvertement  sa  faveur,  tout  rentrerait  dans  l'ordre  naturel,  et  je 
pourrais  me  flatter  de  continuer  &  faire  jouir  la  République  de  tous  les  avantages 

de  ses  liaisons  avec  cette  Régence.  » 

{Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 


254  GORRBSPONDANGB  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS         '}!% 

extraordinaire  que  je  fusse  envoyé  aux  travaux  publics...  Je  lui  dis 
q^e  si  le  Bey  renvoyait  lui-même  en  galère  la  chaîne  au  coa,  ce  it- 
serait  pas  extraordinaire,  parce  qu'il  en  était  l'esclave,  et  que  jVtai^ 
le  représentaal  à  Tunis  de  la  première  nation  de  Tunivers.  —  Est- 
parce  que  les  Français  ont  pris  la  Hollande?  —  Le  Bey  lui  lança  m 
coup  d*œil  qui  le  fit  taire,  te  dois  rendre  à  ce  Prince  la  juslice  qo. 
improuva  Tincartade  de  son  favori.^  » 

Devoize  a  annoncé  au  Bey  Tenvoi  d'im  Commissaire  national  en\Q. 
de  faire  droit  aux  réclamations  du  gouverneoMAt  tunisien.  Ce  Gommiy 
saire  n'étant  pas  arrivé  à  la  date  présumée,  le  Bey  «  accusé  Devoize  O" 
chercher  à  le  tromper. 

{Affaires  étrangères^  C^*  de  7kMt.j 
SUPPLÉMENT  AUX  TRAITÉS  ENTRE  LA  FRANCE  ET  LA  RÉGENCE  DE  TC7IS'. 

632.  —  Le  Bardo,  25  mai  1795  {6  prairial  an  II/),  —  «  Qm^i" 
dans  les  anciens  traités  faits  entre  la  France  et  Tunis,  il  soit  dit  que  y 
corsaires  de  la  Régence  doivent  faire  leurs  courses  à  réloignement  ût 
trente  milles  des  côtes  de  France,  cependant,  comme  cette  siipulalioD 
est  un  si\jet  de  discussions  fréquentes  entre  les  deux  Puissances,  eiief 
sont  convenues  de  Tabolir,  et  à  l'avenir  les  limites  de  rimmunlté,  taot 
pour  les  armements  de  la  République  française  et  les  armements  tuai- 
siens  que  pour  leurs  ennemis  respectifs,  sont  fixées  à  la  portée  da 
canon  des  côtes  de  France  et  de  Barbarie,  soit  que  sur  le  rivage  il  ) 
ait  des  canons,  soit  qu'il  n'y  en  ait  pas,  excepté  dans  les  golfes  de  La 
Goulette  et  de  Portefarine,  où  les  Français  ni  leurs  ennemis  ne  pour- 
ront faire  de  prises,  ni  inquiéter  en  aucune  manière  la  navigation. 

L'exécution  du  présent  supplément  n'aura  son  effet  qu'après  quatK 
mois  à  compter  d'aujourd'hui,  afin  d'avoir  le  temps  d'en  prérenir  le! 
Puissances  intéressées.  » 

(Sceau)  DEVOIZE. 

(V original  est  aux  Affaires  étrangères.  Salle  des  trailés.) 

HERCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

533.  —  Marseille,  25  mai  1795  {6  prairial  an  ///).  —  Il  se  plaid 
de  ne  pas  avoir  reçu  les  articles  de  bijouterie  tels  qu  on  les  avait  com- 
mandés; il  soupçonne  le  citoyen  Ménières  de  n'avoir  traîné  la  choses! 
fort  en  longueur  que  pour  profiter  peut-être  du  surhaussement  suc- 

i.  Ce  supplément  aux  traités  tunisiens  fut  ratifié  par  la  Convention  nationale  ie 
28  thermidor  an  III. 


[179f5]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  255 

cessif  des  métaux,  demander  des  indemnités  et  garder  en  attendant 
comme  en  nantissement  les  diamants  les  plus  précieux. 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
HERCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

534.  —  lunis^  ii  juin  4  795  (28  prairial  an  III),  —  v  Citoyens 
représentants,  le  Consul  Devoize  m'a  présenté  hier  au  Bey;  Faccueil 
reçu  a  été  conforme  aux  usages;  cette  audience  étant  simplement 
d'étiquette,  il  n'y  a  été  traité  aucune  affaire.  Sidi  Mustapha  a  été 
en  son  particulier  très  flatté  des  attentions  du  gouvernement  français. 
J'ai  vu  avec  satisfaction  que  le  Consul  de  la  République  possédait 
l'estime  et  l'amitié  du  Prince  et  de  son  Ministre...  Les  engagements 
contractés  dans  cette  Ëchelle  pour  faire  droit  à  des  réclamations  et 
qu'il  est  essentiel  d'acquitter,  tant  pour  prouver  la  justice  de  la  Répu- 
blique que  pour  lui  assurer  le  crédit  qui  lui  est  si  nécessaire  pour 
l'extraction  des  grains,  s'élèvent  à  plus  de  250,000  piastres  tunisiennes, 
évaluées  ordinairement  32  sols...  » 

HERCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

536.  —  TuniSy  i  i  juin  i79ô  {28  prairial  an  III).  —  «  Citoyens 
représentants,  arrivé  ici  le  20  prairial,  j'ai  trouvé  l'Échelle  dans  une 
situation  assez  tranquille  comparativement  aux  discussions  qui  divi- 
saient antécédemment  la  nation  française.  La  peste  ralentira  néces- 
sairement les  opérations  de  la  vente  des  cargaisons...  Les  corsaires  du 
Bey  et  de  Sidi  Mustapha  sont  dehors  et  ont  fait  beaucoup  de  prises, 
la  plupart  napolitaines...  Les  Tunisiens  courent  sur  les  Corses  et  leur 
ont  fait  une  prise  estimée  35,000  piastres  fortes;  les  Anglais  l'ont 
réclamée.  Le  Bey  a  répondu  :  —  Ces  gens  ne  sont  ni  français  ni  anglais. 
—  Cette  discussion  prend  une  tournure  très  sérieuse  et  peut  même 
entraîner  une  rupture,  que  les  Anglais  cherchent  à  éviter;  nous  lâcherons 
de  tirer  parti  de  cette  occasion  pour  les  intérêts  de  la  République... 

Un  vaisseau  suédois  vient  d'apporter  ici  le  tribut  ordinaire  des 
trois  ans  ;  il  a  été  beaucoup  plus  beau  que  de  coutume,  les  présents 
sont  immenses  et  ont  été  évalués  un  demi-million,  ce  qui  obscurcira 
Féclat  de  ceux  de  la  République.  Je  tâcherai  cependant,  en  exaltant 
nos  succès,  de  mettre  au-dessus  de  l'or  et  des  diamants  nos  procédés 
et  notre  antique  amitié  avec  les  Régences  et  la  Porte.  Une  circonstance 
nous  favorise  beaucoup  en  ce  moment  ;  le  Sahib-tapa,  favori  du  Bey, 
vient  d'aller  en  ambassade  à  Constantinople  S  et  il  laisse  par  son  absence 

1.  Voy.  la  lettre  de  Devoize  à  Sémonville,  n.  1,  p.  252. 


256  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [m. 

notre  ami,  Sidi  Mustapha,  seul  en  possession  de  la  faveur  du  Ber,qnt 
ce  mignon  lui  avait  enlevée;  cela  fait  que  j'ose  presque  en  débulait 
vous  assurer  du  succès  dans  ma  mission...  Le  citoyen  Devoize  pari! 
en  fort  bons  termes  avec  le  Bardo.  A  mon  arrivée  ici,  tous  les  CodsoL' 
hormis  ceux  d'Espagne  et  d'Angleterre,  ont  mis  leur  pavillon  et  m ki 
envoyé  complimenter,  même  celui  de  Hollande  qui,  jusqu'à  cemomenl 
n'avait  cessé  par  des  propos  piquants  et  des  railleries  amères  de  mar- 
quer son  éloignement  pour  la  République...  » 

{Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 
DEVOIZB  AU  COMITÉ  DB  SALUT  PUBLIC. 

636.  —  Tunis  y  i  6  juin  i795  {28  prairial  an  III).  —  Le  citoTec 
Herculais  a  été  reçu  par  le  Bey  et  son  principal  Ministre  avec  toute  li 
distinction  due  à  un  Envoyé  de  la  République  ^. 

(Affaires  étrangèreSy  <?*'  de  Twm.) 
DEVOIZE  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

687.  —  Tunis^  22  juin  1795  (4  messidor  an  III),  —  «  Ciloveos 
représentants,  après  l'audience  dont  je  vous  ai  rendu  compte  par  im 
dernière  dépêche,  le  citoyen  Herculais  envoya  chez  le  Bey  les  présents 
qui  lui  étaient  destinés.  Je  fus  bientôt  informé  qu'il  n'en  était  pas 
satisfait,  et  qu'il  se  proposait  de  les  renvoyer  par  suite  des  insinuations 
perfides  d'un  médecin  génois  qui  n'a  rien  épargné  pour  dénigrer  toos 
les  articles  dont  ce  présent  était  composé...  Le  citoyen  Herculais  lai 
a  dit  que  le  renvoi  des  présents  ne  pouvait  sous  tous  les  rapports 
qu'être  considéré  comme  un  affront  qu'il  voulait  faire  à  la  Républlipie. 
Il  répondit  qu'il  n'avait  pas  cette  intention;  que  si  le  présent  était  de 
l'Envoyé  ou  du  Consul,  il  l'agréerait,  ne  fût-ce  qu'une  fleur,  mais  qQÎl 
ne  pouvait  l'accepter  au  nom  de  la  République,  lorsque  celle-ci  faisaitaii 
Dey  d'Alger,  dont  il  est  l'égal,  un  cadeau  en  diamants  et  en  une  somme 
d'argent...  et  nous  eûmes  la  douleur  de  voir  revenir  le  carrosse  et 
toutes  les  caisses  qui  renfermaient  les  articles  du  présent  et  que  nous 
avons  sur-le-champ  fait  embarquer...  Les  Consuls  étrangers  et  tout 
ce  qu'il  y  a  d'honnête  sur  le  pays  ont  été  aussi  surpris  qu'indignés  de 
cette  conduite  du  Bey,  malgré  son  assurance  qu'il  n'en  sera  pas  moins 
l'ami  constant  de  la  République.  » 

i.  Voy.  le  procès-verbal  de  la  réception  d'HercuIais  au  Bardo  le  27prai^ 
an  m  (10  juin  1795)  en  présence  du  Consul  général  Devoize,  de  Gayet,  secrétaire  de 
FEnvoyé,  de  Famin  et  Lenadier,  députés  de  la  nation  française,  et  d'Adan^' 
chancelier  du  Consulat  {Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis,  Reg.  des  Oif^- 
n*  J8,  p.  408), 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  457 

I>evoîze  contiQue  sa  lettre  en  se  servant  du  chiffre;  il  propose  de 
punir  le  Bey  de  cette  insulte  en  faisant  renvoyer  Tambassadeur  tuni- 
sien près  de  la  Porte  ottomane  *. 

{Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis,) 
HBRCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC 

538.  —  Tunis^  92  juin  1795  {4  messidor  an  III),  —  «  Citoyens 
représentants,  c*est  avec  trop  de  précipitation  peut-être  que  je  vous  ai 
annoncé  dans  ma  dernière  lettre  que  le  Consul  jouissait  de  Tamitié  du 
Bey;  personne,  à  Texception  de  ses  mignons,  ne  peut  se  flatter  de  la 
posséder. 

Des  ennemis  de  la  République,  entre  autres  un  médecin  génois  ', 
créature  du  Sahib-tapa,  qui  en  Tabsence  de  ce  favori  sert  sa  haine  contre 
les  Français,  ont  persuadé  au  Bey  que  la  République  devait  lui  envoyer 
des  présents  richissimes,  qu'elle  avait  envoyé  à  Alger  200,000  pias- 
tres fortes  et  un  diamant  de  50,000  livres,  et  que  devant  être  traité  en 
tout  comme  Alger,  ce  serait  lui  manquer  si  on  le  traitait  autrement. 

Le  lendemain  de  ma  première  audience,  on  fit  porter  chez  le  Bey  les 
présents  qui  lui  étaient  destinés,  parmi  lesquels  une  voiture  dont  il  parut 
peu  satisfait;  cependant  un  tapis  et  des  candélabres  lui  plurent  assez'. 
Le  lendemain  il  parla  de  renvoyer  la  voiture;  le  Consul  y  fut  le  matin 
et  y  resta  toute  la  journée.  J'y  fus  aussi  l'après-midi;  Sidi  Mustapha 
me  parut  très  irrité  de  cette  conduite  de  son  maître  et  avait  traité  fort 
durement  le  médecin  génois  en  lui  disant,  avec  menaces,  de  se  mêler 
de  ses  affaires.  Je  vis  le  Bey,  à  qui  je  dis  que  la  République  ne  faisait 
de  présents,  en  forme  de  tribut,  à  personne;  qu'étant  venu  pour  les 
affaires  de  ma  nation,  je  n'avais  pas  voulu  arriver  chez  lui  sans  lui 
porter  des  marques  d'amitié  du  gouvernement  français;  que  le  Pacha 
de  Tripoli  lui  ayant  fait  présent  d'une  voiture,  il  avait  témoigné  au 
contre-amiral  Yence  en  désirer  une  plus  belle,  que  cet  officier  en 
ayant  fait  part  au  Comité,  il  avait  fait  chercher  la  plus  belle  qu'il  y  eût 
en  France,  qu'il  avait  souhaité  le  «  Jacobin  »  et  qu'on  le  lui  avait 
envoyé,  que  de  même  il  avait  paru  désirer  des  meubles  pour  sa  maison 
de  campagne  et  qu'on  avait  choisi  des  objets  pareils  à  ceux  qu'on  envoie 
au  Grand  Seigneur;  que  les  20,000  piastres  fortes  envoyées  à  Alger 
étaient  le  payement  d'une  pareille  somme  que  le  Dey  avait  prêtée  sans 

i.  Le  Sahib-tapa  Yussuf.  Voy.  la  note  1,  p.  252. 

2.  Mendrici,  médecin  du  Bey,  dont  le  frère  était  chancelier  de  Gorgoglione,  vice- 
consul  de  Venise. 

3.  Voy.  État  des  présents  emportés  par  le  ciloyeji  Herculais  {Affaires  étrangères, 
C**'  de  Tunis) 

17 


258  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  \m 

intérêt  à  la  France,  et  que  le  diamant,  qui  n*était  pas  à  beaucoup  p^; 
aussi  riche  qu*on  le  lui  avait  dit,  était  une  marque  de  reconnaissanc? 
de  TAgence  d'Afrique  pour  la  générosité  du  Dey  qui  avait  attendadein 
années  son  payement  sans  intérêt. 

Mais  ce  Prince,  qui  a  le  défaut  de  s*enivrer  tous  les  soirs,  échauf^ 
dans  les  moments  d'ivresse  par  ce  médecin  génois,  ût  prévenir  le  tro. 
sième  jour  qu'il  renvoyait  tout.  Alors  j'ai  fait  embarquer  sur-Ie<hâiii| 
la  voiture  et  les  autres  effets  pour  Livourne;  obligé  de  les  faire  adresser 
à  un  neutre,  on  les  a  adressés  au  Consul  de  Suède  ;  j  *ai  pris  cette  me^G^ 
pour  que,  cela  étant  su,  on  ne  puisse  dire  à  Alger  et  à  Tripoli  que  j; 
ai  porté  ce  qu'on  a  refusé  à  Tunis.  J'écrirai  au  Consul  de  France  d' 
faire  vendre  ces  effets  et  d'en  tenir  le  produit  à  mon  ordre;  au  csstp. 
ces  dispositions  ne  plussent  point  au  Comité,  il  est  à  temps  de  dooner 
des  ordres  au  Consul  français,  attendu  que  ces  effets  feront  ciaquaa:' 
jours  de  quarantaine. 

Cet  événement,  citoyens  représentants,  ne  change  rien  aux  affairp5. 
et  la  République  est  au-dessus  de  tout  ce  que  le  caprice  de  ces  gensc. 
pourrait  lui  faire  regarder  comme  un  affront;  le  Bey  vend  à  la  oaticD 
les  permissions  de  sortie  de  denrées  comme  de  coutume,  et  en  cà 
jamais  il  ne  nous  a  fait  plus  de  faveur  qu'aux  autres  nations,  puis(pi. 
en  vend  également  à  ses  ennemis,  Génois,  Napolitains,  Maltais,  etc.  ù 
Prince  a  répété  en  outre  plusieurs  fois  qu'il  n'avait  nul  dessein  d'of- 
fenser le  gouvernement  par  ce  refus  et  qu'il  voulait  au  contraire  reski 
constamment  Tami  de  la  République. 

Sidi  Mustapha,  à  qui  j'avais  remis  deux  des  plus  belles  boites  earï- 
chies  afin  qu'il  choisisse  celle  de  son  goût,  les  a  rendues  au  Consul  fc 
lui  disant  que,  puisque  son  maître  n'acceptait  pas  les  présents,  il  v 
lui  convenait  pas  de  rien  recevoir.  Ce  Ministre  m'a  fait  préYenirhier 
au  soir  que  j'arrangerais  tout  cela  moi-même;  que  le  Bey,  en  lui  disant 
qu'il  avait  conçu  beaucoup  d'estime  pour  moi,  avait  répété  que  celant 
devait  me  faire  personnellement  aucune  peine  ;  d'où  je  conjecture  que 
quelques  griefs  que  je  ne  connais  pas  encore  éloigneraient  peut-être  ^< 
Bey  du  Consul;  ce  qui,  joint  à  l'intrigue  de  ce  Génois,  ennemi  des  Fran- 
çais et  personnellement  du  Consul  qui  lui  a  cependant  souvent  fait  de? 
cadeaux,  et  à  la  persuasion  où  était  le  Bey  de  recevoir  de  grande? 
richesses,  est,  je  pense,  la  principale  cause  de  ce  renvoi.  Quoi  qu'' 
en  soit,  si  c'est  en  résistant  aux  prétentions  toijgours  renaissantes  du 
Bey  que  le  Consul  se  l'est  aliéné,  il  n'en  est  que  très  louable:  mais  si 
c'était  parce  que  les  promesses  qu'il  pourrait,  par  condescendance,  Ibi 
avoir  faites  ne  sont  pas  acquittées,  il  serait  alors  dans  son  tort;  je  d^ 


[1795]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  ^69 

peux  au  reste  avoir  de  connaissances  là-dessus  et  m'en  expliquer  avec 
le  Consul  qu'après  avoir  vu  Sidi  Mustapha,  qui  m*a  fait  dire  qu'il  désirait 
converser  seul  avec  moi  incessamment... 

Sidi  Mustapha,  notre  véritable  ami  chéri,  respecté  dans  le  pays,  voit 
avec  une  profonde  douleur  la  conduite  de  son  maître  et  ne  serait  pas 
fâché  que  ce  Prince,  qui  se  fait  détester  et  se  livre  à  tous  les  vices,  reçût 
une  leçon.  Les  Consuls  étrangers,  surtout  celui  d'Angleterre,  reçoivent 
journellement  des  désagréments  bien  plus  sensibles,  et  tous  sont 
outrés  contre  le  souverain  et  son  favori.  Le  citoyen  Devoize  a  dû  vous 
informer  de  ceux  qu'ont  éprouvés  Venise  et  TAngleterre.  Si  cela  con^ 
tinue,  les  chrétiens  n'auront  plus  aucun  moyen  de  traiter  avec  ce 
Prince  *  ». 

{Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis,) 
LB  GOMITÊ  DE  SALUT  PUBLIC  A  UBVOIZB. 

539.  —  Paris,  30  juin  1795  {i 2  messidor  an  I/I).  —  Il  engage 
Devoize  «  à  continuer  de  concilier  dans  son  langage  la  dignité  d'un 
agent  de  la  République  avec  les  ménagements  qu*exigent  nos  rapports 
avec  le  gouvernement  tunisien  »....  Le  citoyen  Herculais  est  chargé 
de  satisfaire  aux  réclamations  du  Bey.  S'il  a  dû  retarder  son  départ, 
c'était  pour  attendre  les  présents  destinés  au  Prince. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
HERCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

540.  —  Tunis^  6  juillet  il 95  {18  messidor  an  III).  —  La  contagion 
de  la  peste  diminuant,  on  va  procéder  à  la  vente  des  marchandises;  il 
serait  à  souhaiter  que  les  bijoux  que  le  citoyen  Ménières  doit  encore 
fournir  fussent  arrivés  avant  six  semaines,  époque  à  laquelle  Herculais 
se  rendra  à  Alger. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
HERCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

641.  —  7 unis,  6  juillet  il 95  {i  8  messidor  an  III).  —  «  Le  Consul 
a  été  forcé  de  conclure  la  négociation  déjà  entamée  du  rachat  des 
esclaves  de  Gagliari  par  autant  d'autres  rachetés  à  Malte  ;  cet  échange, 
qui  coûte  à  la  République  environ  70,000  piastres,  dont  il  en  restait 

i.  Herculais  à  Veminac.  Tunis,  30  juin  1705  (18  messidor  an  II!}.  —  II  lui  mande 

l'histoire  des  présents  renvoyés  par  le  Bey  grâce  à  la  cabale  du  Sahib-tapa.  Ce  favori, 

donl  les  cabales  troublent  gravement  la  paix  dans  cette  Échelle  et  qui  persécute 

les  Français,  est  Tarobassadeur  du  Bey  près  là  Porte  ottomane.  Verninac  pourrait 

montrer  au  Grand  Seigneur  toute  la  bassesse  de  ce  personnage  de  manière  à  le 

faire  arrêter  ou  chasser. 

•    {Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 


260  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  i?.C 

à  mon  arrivée  encore  35,000  à  payer,  a  été  suggéré  au  Bey  par  no 
négociant  français  faisant  les  affaires  du  Sahib-tapa....  On  peut  dire  qat> 
généralement  toutes  les  idées  qui  sont  onéreuses  à  la  République  s<^&i 
données  à  ces  gens-ci  par  des  Français  qui,  pour  se  faire  valoir  aQprè> 
d*eux  et  s'attirer  leur  bienveillance  particulière,  se  font  un  mérite  de 
sacrifier  les  intérêts  du  gouvernement  pour  leur  être  utiles.  Je  tâcherai 
de  vous  faire  connaître  les  causes  de  la  décadence  de  notre  commerrr 
ici  et  du  peu  d^utilité  que  la  France  en  retire,  malgré  tout  ce  quVr 
dit,  dans  les  gazettes,  des  dépenses  inutiles  qui  pèsent  sur  le  trésor  de  h 
République,  malgré  les  troubles  qui  divisent  la  nation  et  qni^enûïnih 
nuant  la  considération  dont  elle  devrait  jouir,  font  que  le  Bey  serait  i 
chaque  moment,  s*il  le  voulait,  dans  le  cas  de  la  menacer  impuoémeo! 

Pour  remédier  à  tous  ces  inconvénients,  il  faudra  en  revenir  à  trt^ 
peu  de  choses  près  aux  anciennes  ordonnances  de  la  marine  et  do 
commerce,  et  avant  d'en  venir  là  il  serait  à  propos  de  commencer  par 
ne  permettre,  sous  aucun  prétexte,  à  aucun  Français  de  venir  s'établ.r 
dans  le  pays,  car  je  pense  que  l'intention  du  gouvernement  n'est  cer- 
tainement pas  d'y  établir  une  colonie  française.  Il  y  a  huit  ans,  il  n  y  avait 
que  six  maisons,  et  c'était  encore  par  un  abus  et  d'après  les  demaDdes 
indiscrètes  des  Consuls,  qui  voulaient  favoriser  ou  peut-être  s'associer 
telle  ou  telle  maison,  qu'on  en  avait  porté  jusque-là  le  nombre. 

L'ordonnance  ne  permettait  que  quatre  régisseurs;  ils  ne  pouvaient 
se  marier,  ne  devaient  rester  que  dix  années  dans  le  pays,  passé  leque! 
terme  leurs  majeurs  et  cautions  de  Marseille  étaient  obligés  de  les  fair'* 
remplacer  par  d'autres  régisseurs.  Présentement  il  y  a  quatorze  maison> 
ou  se  disant  telles;  plusieurs  des  chefs  ont  rompu  avec  leurs  majeurs 
de  France,  ou  les  majeurs  ont  rompu  avec  eux,  et  ils  n'ont  plus  par 
conséquent  que  des  cautions  nulles  ou  illusoires;  la  plupart  sont  mariés 
à  des  Anglaises  ou  des  Génoises  tabarquines,  ont  un  grand  nombre 
d'enfants  et  de  domestiques;  d'autres  se  disposent  à  faire  encore reoir 
leurs  parents  ou  leurs  amis,  plusieurs  ont  des  dettes  et  de  très  mauvaist^^ 
affaires,  et  les  Maures,  comme  vous  savez,  rendent,  en  dernière  analyse, 
le  protecteur  responsable  de  ses  protégés  ;  il  y  a  en  outre  kaucoop 
de  Corses  et  d'ouvriers,  de  manière  que  le  Consulat  et  la  chancellerie 
n'ont  pu  me  fournir  un  état  des  Français  sous  le  pavillon  *. 

Aucune  autre  nation  n'a  plus  d*une  maison  ou  deux  sous  sa  protec- 
tion, plusieurs  même  n'en  ont  aucune.  Avant  la  révolution  les  Coosuls 
d'Angleterre  et  de  Hollande  n'en  avaient  pas;  présentement  ils  ont 

1.  Voy.  l'état  des  Français  à  Tunis,  p.  305. 


[i79oJ  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  261 

reçu,  par  des  raisons  d'intérêt  particulier,  une  ou  deux  maisons  fran- 
çaises sous  leur  protection. 

L'Agence  d'Afrique,  qui  est  la  seule  qui  ait  fait  venir  des  grains  de 
Tunis  en  France,  n'y  a  qu'un  correspondant,  premier  commis,  suivant 
Tusage,  de  la  maison  établie  à  Marseille.  Très  peu  d'autres  Français 
ont  fait  des  expéditions  pour  la  France,  soit  sur  des  neutres  ou  autre- 
ment; plusieurs,  au  contraire,  en  ont  fait  pour  l'Angleterre,  pour 
l'Espagne,  et  prêtent  leur  argent  sur  le  pays  à  un  et  demi  0/0  par 
mois,  ce  qui  occasionne  sans  cesse  des  tracasseries  et  des  plaintes,  et 
oblige  souvent,  sans  doute,  le  Consul  à  avoir  pour  le  Bey  des  condes* 
cendances  onéreuses  à  la  République,  afin  de  l'engager  à  ménager  cette 
nombreuse  colonie...  » 

(Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis.) 
HERCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

642.  —  Tunis,  30  juillet  i  795  {i2  thermidor  an III),  —  «  Citoyens 
représentants,  le  Bey  commence  à  faire  des  démarches  qui  annoncent 
comme  un  repentir  de  s'être  trop  facilement  livré  aux  suggestions  des 
g^ens  qui  lui  ont  fait  refuser  les  présents.  Le  Ministre  m'a  enfin  écrit 
une  lettre  extrêmement  amicale  au  nom  du  Bey  et  m'a  dit  :  —  Nous 
a^ons  un  grand  projet  qui  peut  être  utile  aux  deux  Puissances.  —  Et 
il  m'expliqua  que  le  Bey,  ayant  tenté  inutilement  de  faire  un  bon  port 
à.  Portefarine,  avait  dessein  d'en  faire  un  à  La  Goulette  et  même  de  le 
faire  venir  jusques  à  Tunis....  Si  la  volonté  si  incertaine  du  Bey  ne 
change  pas,  il  serait  possible  que  l'exécution  de  ce  dessein  procurât 
quelques  avantages  à  la  République.... 

C'est  avec  satisfaction,  citoyens  représentants,  que  je  vous  ai  vus 
faire  vous-mêmes  l'observation  que  les  Consuls  de  Barbarie,  dans  la  vue 
de  se  montrer  utiles,  exagèrent  leur  crédit  auprès  des  Beys,  ainsi  que 
les  ressources  du  pays,  en  même  temps  qu'ils  dissimulent  les  sacrifices 
ou  les  promesses  qu'ils  font  dans  diverses  circonstances  aux  dépens  de 
l^Etat,  ce  qui  occasionne  ensuite  des  tracasseries  fâcheuses  qui  nuisent 
au  service,  et  qu'ils  ne  terminent  qu'en  faisant  de  nouveaux  sacrifices  ou 
en  s'engageant  par  desv promesses  encore  plus  fortes;  il  faut  à  présent 
vous  donner  la  raison  de  cette  conduite  de  leur  part. 

Les  Consulats  de  Tunis  et  d'Alger  offrent  aux  hommes  ambitieux  et 
qui  ne  veulent  pas  se  contenter  de  leurs  appointements  plusieurs 
moyens  de  faire  une  fortune  assurée  en  peu  d'années  ;  une  fois  donc 
qu'un  homme  de  cette  trempe  est  en  place,  il  craint,  s'il  résiste  aux 
volontés  de  ces  gens-ci,  aux  chicanes  ou  aux  prétentions  qu'ils  élèvent 


â62  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  :li^i 

sans  cesse,  et  s'il  sert  avec  un  zèle  ardent  et  désintéressé  son  pays,  il 
craint,  dis-je,  que  lesBeys  ou  leurs  Ministres  n'écrivent  contre  luiàsoo 
gouvernement,  qu*ils  ne  le  traversent  dans  ses  vues  d'intérêt  et  ne  le 
gênent  dans  les  moyens  qu'il  peut  employer  pour  faire  sa  fortune  par- 
ticulière; en  sorte  que  regardant  tout  autre  Consulat,  quoique  avec  les 
mêmes  appointements,  comme  une  perte  réelle,  une  fois  parvenu  à 
Alger  ou  à  Tunis,  il  se  retranche  dans  un  de  ces  deux  Consulats  comme 
dans  une  place  forte,  il  en  rend  les  abords  aussi  difficiles  qu'il  lui  est 
possible,  et  il  est  disposé  à  faire  tous  les  sacrifices  que  les  Maures  exi- 
geront de  lui,  ne  résistant  juste  que  ce  qu'il  en  faut  pour  sauver  les 
apparences  ou  même  se  faire  valoir  auprès  de  son  gouvernement,  les 
Maures,  qui  connaissent  cette  manœuvre,  la  secondent  toujours  parfai- 
tement. A  l'exception  des  citoyens  du  Rocher  *  et  Kercy  *,  tous  les  Con- 
suls d'Alger  et  de  Tunis  ont  invariablement  suivi  cette  marche;  ils  se 
donnent  ensuite  au  gouvernement  français  comme  les  meilleurs  mis 
des  Beys,  comme  les  seuls  capables  de  les  amener  à  ses  vues;  quelques- 
uns  n'ont  obtenu  leurs  places  qu'en  se  faisant  demander  par  les  Beys 
ou  leurs  Ministres  lorsqu'ils  ont  été  dans  le  cas  de  séjourner  dans  le 
pays;  d'autres,  une  fois  en  place,  font  écrire  les  souverains  en  leur 
faveur,  se  font  donner  les  plus  grands  éloges  et  forcent,  pour  ainsi 
dire,  le  gouvernement  h  les  conserver  dans  leur  place,  quoiqu'il  en  soit 
souvent  mécontent;  d'autres  écrivent  au  nom  des  Princes  et  font  à 
notre  gouvernement  des  promesses  chimériques  ou  au  moins  exagérées. 
Un  autre  abus  non  moins  grand,  que  les  Consuls  ont  établi  depuis 
quelque  temps,  est  relatif  aux  teskereU  ou  permissions  de  sortie  qaib 
se  sont  ingérés  à  demander  eux-mêmes;  c'est  une  chose  dont  ils  ne 
devraient  jamais  se  mêler,  attendu  qu'il  est  de  la  plus  grande  facilité 
d'en  obtenir....   Toute   demande  d'un   Consul  au  Bey  est  toujours 
regardée  comme  une  affaire  de  gouvernement,  et  quoique  ce  ne  soit 
qu'en  payant  et  au  même  prix  que  les  autres  que  les  Consuls  obtiennent 
ces  teskerets,  le  Bey  s'en  prévaut  toujours  vis-à-vis  d'eux  comme  d'Du 
service  qu'il  rend  à  leur  nation,  et  en  profite  pour  les  engager  à  faire 
des  demandes  onéreuses  à  leur  gouvernement,  ou  pour  les  ohM^r^ 
terminer  en  sa  faveur  des  difficultés  qui  ne  s'élèvent  que  trop  souvent 
dans  le  pays....  Enfin  les  Consuls,  en  délivrant  ensuite  ces  teskerets  à 
des  négociants,  favorisent,  pour  le  droit  de  commission  que  procure 
l'envoi,  une  maison  plutôt  qu'une  autre  et  peuvent  même  sassoaer 


1.  Voy.  la  noie  1,  p.  92. 

2.  Voy.  Correspondance  des  Deys  d* Alger  avec  la  Cour  de  France^  U  D,  p.  315. 


ri795]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  263 

secrètement  à  elle,  ce  qui  ne  peut  manquer  de  mécontenter  les  autres; 
on  parle  même  de  teskerets  revendus  ou  rechangés  à  des  étrangers,  et 
Je  vois  que  ce  motif  d'intérêt  a  été  la  cause  majeure  des  dissensions  de 
cette  Ëchelle-ci,  dissensions  qui  durent  encore  et  qui,  à  mon  départ,  ne 
peuvent  manquer  de  se  renouveler  plus  vivement  que  jamais,  si  vous 
n'y  mettez  ordre....  Il  faut  dans  ces  deux  Consulats-ci,  Alger  et  Tunis, 
au  lieu  d'hommes  déliés  et  trop  habiles  dans  les  affaires,  des  gens 
fermes  et  probes. 

Je  vous  renouvellerai  encore,  citoyens  représentants,  mes  observa- 
tions sur  la  facilité  avec  laquelle  on  accorde  des  passeports  pour  ce 
pays-ci.  Nombre  de  personnes  de  Marseille,  craignant  de  marcher  pour 
une  réquisition  ou  par  d'autres  motifs  peut^tre  encore  plus  blâ- 
mables, se  font  demander  pour  venir  en  Barbarie...  Le  Bey,  voyant  une 
colonie  si  nombreuse  de  Français  dans  ses  Ëtats,  en  tire  avantage 
pour  se  rendre  difficile  dans  toutes  les  affaires  et  exagérer  ses  préten- 
tions, persuadé  que  le  gouvernement  sera  comme  forcé,  par  tant 
d'otages,  d'accéder  à  tout  ce  qu'il  voudra. 

La  division  qui  règne  en  cette  Échelle  entre  le  Consul  et  les  négo- 
ciants met  souvent  des  retards  au  vif  désir  que  j'ai  de  terminer  promp- 
tement  les  ventes  pour  me  rendre  à  Alger.  Les  engagements  qu'a  pris 
ici  le  Consul  et  qu'il  assure  avoir  été  forcé  de  prendre  sont  immenses; 
rintérét  k  un  et  demi  pour  cent  par  mois  a  accumulé  la  somme  d'une 
manière  prodigieuse  ;  on  vous  a  aussi  exagéré  les  ressources  de  cette 
Échelle-ci;  jamais  elle  ne  mérita  les  sacrifices  que  le  gouvernement  a 
faits  pour  elle.... 

J*ai  expédié  le  10  thermidor,  pour  Toulon,  une  tartane  chargée  de 
1800  quintaux  de  fèves  pour  l'escadre;  elle  porte  en  même  temps 
quelques  marins  que  j'ai  rassemblés  pour  la  même  destination.  » 

{Affaires  étrangères^  C'  de  Tunis,) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  HERCULAIS. 

543.  — Paris^  iO  août  1795  {25  thermidor  an  III).  —  «  Le  refus  que 
le  Bey  de  Tunis  a  fait  des  présents  de  la  République  nous  portera  à 
prendre  en  sérieuse  considération  la  question  de  savoir  s'il  ne  con- 
viendrait pas  que  la  politique  future  de  la  République  à  l'égard  des 
Régences  barbaresques  adoptât  pour  principe  de  se  dispenser  entière- 
ment d'un  usage  tout  à  fait  humiliant  dès  qu'il  prend  le  caractère 
d'une  obligation.  Nous  sommes  de  l'avis  de  ce  Bey  qu'une  fleur  suffit 
comme  marque  d'amitié,  et  nous  ajoutons  qu'une  seule  piastre  serait 
de  trop  comme  dette  exigible.  Vous  avez  bien  fait,  citoyen,  de  prévenir 


!i64  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [m 

l'Envoyé  de  la  République  à  Gonstantinople,  auquel  nous  nous  prop«v 
sons  d'écrire  dans  le  même  sens.  Vous  ne  ferez,  à  l'égard  des  présents. 
aucune  démarche  ultérieure;  vous  manifesterez  seulement  à  Sidi  Mus- 
tapha, dont  vous  cultiverez  l'amitié  par  tous  les  moyens  qui  seront  ei 
votre  pouvoir,  le  regret  que  nous  cause  l'inconduite  de  son  maître. 
Vous  nous  informerez  si  le  médecin  génois  dont  vous  nous  parie? 
tient  encore  assez  à  son  pays  pour  qu'une  démarche  faite  de  notre  par. 
auprès  du  gouvernement  de  celte  République  puisse  Teffrayer.  D'après 
ce  qui  s'est  passé,  il  faudra  sans  doute  nous  attendre  à  ce  qae  le  Bey 
de  Tunis  nous  fasse  éprouver  quelques  chicanes.  Dans  ce  cas  vous  se 
compromettrez  point  votre  caractère,  et  nous  vous  autorisons  à  saiàr 
une  pareille  circonstance,  si  elle  devait  avoir  lieu,  pour  quitter  la  vill^ 
de  Tunis....  Au  reste,  citoyen,  vous  allierez  les  ménagements  à  la  fer- 
meté ;  nous-mêmes,  très  résolus  de  soutenir  la  dignité  delà  République. 
n'oublierons  point  qu'il  n'y  a  ni  gloire,  ni  intérêt  à  se  brouiller,  sur- 
tout dans  les  circonstances  actuelles,  avec  les  Barbaresques.  La  paii 
conclue  avec  l'Espagne  et  l'amitié  de  la  Porte  serviront  sans  doute  i 
faire  cesser  ces  tracasseries.  » 

(Affab^t  étrangères,  C^  de  Tmù,) 
DEVOIZE  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

644.  —  Tunis,  i  8  août  1795  {i'^  fructidor  an  III),  —  De  voize,  d'accord 
avec  le  citoyen  Herculais,  a  terminé  lafTaire  des  38  esclaves  tuuisiecf 
de  Cagliari,  en  versant  au  Bey  35,404  piastres. 

{Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 
HERCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  POBUC. 

645.  —  l'unis,  20  août  1795  [S  fructidor  anlll).  — Herculais enToif 
un  état  des  dettes  du  Consul  et  demande  h.  être  autorisé  à  contracter  u 
nouvel  emprunt,  qui  pourrait  se  faire  à  un  taux  moins  onéreux  que  ceoi 
qu'a  faits  le  Consul,  c'est-à-dire  à  1  p.  100  au  lieu  de  i  1/2  p.  iOOipar 
mois)...  «  Les  bruits  de  paix  avec  l'Espagne  et  l'alliance  avec  la  Hollande 
rendent,  à  ce  qu'il  me  semble,  le  Bey  beaucoup  plus  traitable.  » 

{Affaires  étmngères,  C^'»  de  Tunis.) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  DEVOIZE. 

646.  —  Paris,  24  août  1795  {7  fructidor  an  III).  —  «  Il  vous  est 
désormais  expressément  défendu,  citoyen,  de  souscrire  aucun  engage- 
ment pour  le  gouvernement  et  relativement  à  ses  intérêts  sans  y  être 
préalablement  autorisé  par  lui.  Le  citoyen  Herculais  en  a  déjà  ék 
prévenu,  et  nous  l'avons  chargé  de  faire  part  au  Bey  de  la  résolutioo 


[1795J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  265 

que   nous  avons  prise  &  cet  égard.  Vous  voudrez  bien  vous  y  con- 
former. » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
nKRCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

647. —  Tiirtîs,  26  septembre  1795  {4  vendémiaire  an  IV).  —  «  Le 
Comité  m*a  chargé  d'examiner  la  conduite  de  M.  Guy  de  Villeneuve, 
ci-devant  Vice-Consul  *.  Voici  ce  que  j'ai  à  vous  dire  à  ce  sujet. 

Cet  officier  vient  de  faire  une  démarche  qui  le  rend  à  jamais  indigne 
de  servir  la  République;  peu  après  mon  arrivée,  il  se  présenta  à  moi 
et  me  témoigna  le  désir  de  servir  la  République  dont  il  ne  s'était 
éloigné,  disait-il,,  que  par  les  circonstances;  d'après  l'intérêt  que  le 
Consul  prenait  à  lui  et  le  bien  qu'il  m'en  avait  dit,  j'ai,  pensé  qu'il  y 
avait  de  l'exagération  dans  les  plaintes  qu'avaient  portées  contre  lui 
les  négociants  de  l'Ëchelle,  et  je  lui  avais  promis  ipes  bons  offices 
auprès  de  vous  et  du  Comité  pour  lui  faire  recouvrer  son  état  dans 
quelqu'autre  endroit  du  Levant  ou  de  la  Barbarie;  j'ignorais  encore 
ses  liaisons  intimes  avec  les  émigrés  et  les  négociants  qui  ont  passé 
sous  la  protection  anglaise.  J'ignorais  aussi  qu'il  eût  quitté  la  cocarde 
nationale  et  passé  tacitement  sous  la  protection  du  Bey,  le  Consul  lui 
ayant  donné,  pendant  mon  séjour  ici,  un  certificat  du  contraire. 

Le  jour  de  la  Saint-Louis,  les  émigrés  réunis  à  M.  Villeneuve  et  à  un 
ou  deux  commis  des  négociants  sous  la  protection  de  la  France,  après 
avoir  été  en  corps  et  en  cérémonie  à  la  messe  chez  le  Consul  d'Espagne 
qui  ignorait  encore  la  paix,  se  rassemblèrent  pour  un  grand  repas  chez 
un  des  Français  qui  ont  passé  sous  la  protection  anglaise.  La  nouvelle 
de  la  descente  de  Quiberon  et  les  succès  des  Vendéens,  exagérés  dans 
les  gazettes  italiennes,  avaient  exalté  la  tète  de  ces  messieurs,  et  ils  se 
sont  réjouis  de  leurs  prétendus  succès;  ils  ont  bu,  et  s'en  sont  vantés 
publiquement,  à  Louis  XVllI. 

J'ai  cru  devoir  vous  rendre  compte  d*un  pareil  fait,  qui  me  parait 
assez  important  par  l'impression  qu'il  fait  sur  le  Bey  et  les  gens  du 
pays  pour  mériter  l'attention  de  notre  gouvernement. 

Je  vous  prie  de  me  faire  passer  des  ordres  ou  des  instructions  rela- 
tivement aux  personnes  sous  la  protection  de  la  France  qui  ont  été  à 
ce  festin.  Je  vous  fais  la  même  demande  sur  ce  que  je  dois  faire  au 
cas  que  les  négociants  qui  ont  passé  sous  la  protection  anglaise  vou- 
lussent rentrer  sous  celle  de  la  France.  Quant  k  M.  Guy  de  Villeneuve, 

\.  Voy.  la  note  2,  p.  158. 


266  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [IX 

aussitôt  que  j'ai  su  sa  conduite,  je  lui  ai  fait  dire  de  ne  plus  se  présenU? 
à  la  maison  de  France.  » 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tunit.) 
DBVOIZE  AU  COMITÉ  DE  SALDT  PUBLIC. 

548.  —  7uni<,  27  septembre  i79ô  (5  vendémiaire  an  IV).  — ^L 
Achmet-Pacha,  que  le  Bey  de  Tunis  avait  placé  sur  le  trône  de  Tripi 
a  été  chassé  par  son  père.  Le  Bey  vient  de  lui  donner  asile  à  Toois. 

{Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis.) 
DEVOIZB  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

549.  —  Tums,  4  octobre  i  795  (  i2  vendémiaire  an  IV).  —  U  se  plaiil 
des  citoyens  Famin  frères  \  dont  Tun  est  à  Tunis  Thomme  d'affaires  du 
Sahib-tapa.  «  C'est  par  les  liaisons  de  quelques  négociants  aveccegoD- 
vernement  que  le  Consul  éprouve  bien  des  contrariétés  dans  ses  fonc- 
tions; ce  sont  eux  qui  Téclairent,  l'instruisent  souvent  de  ce  ^u'i; 
serait  à  propos  qu'il  ignor&t...  Ces  individus  sont  naturellement  plib 
occupés  de  faire  leur  fortune  que  jaloux  de  la  gloire  et  des  in\èn\i 
de  leur  patrie.  » 

(Affaires  étrangères^  C^  de  Tvnit.) 
HERGULAIS  AU  COMITÉ  DB  SALUT  PUBLIC 

550.  —  Tunis^  10  octobre  i  795  (/  8  vendémiaire  anlV),—  ^  Ciloyeu 
représentant,  j'aurai  beaucoup  de  choses  à  dire  sur  la  conduite  du 
Consul  Devoize,  qui  ne  parait  rien  moins  qu'attaché  au  gouvernemeDl 
et  aux  intérêts  de  la  République  par  sa  propension  k  servir  les  ro\i- 
listes  et  ses  liaisons  intimes  avec  plusieurs  d'entre  eux.  Il  a  souffert 
que  des  négociants  quittassent  sans  motifs  la  protection  de  la  Répu- 
blique pour  se  mettre  sous  celle  de  ses  ennemis  les  plus  acharnés; 
d'autres  négociants  français  sont  venus  les  joindre;  ils  se  rassemblent 
ont  des  amis  au  divan  et  dénigrent  de  tout  leur  pouvoir  la  Répn- 
blique.  Cela,  joint  à  la  haine  profonde  que  le  Consul  manifeste  pour  les 
négociants  attachés  à  la  République,  contre  lesquels  il  dirige  sans 
cesse  des  sarcasmes  et  des  railleries  amères,  aux  plaintes  exagérées 

1.  U  B*agit  ici  de  Joseph-Etienne  Famin,  qui  gérait  à  Tunis  la  maison  de  commerce 
fondée  par  Basile  Samatan,  et  qui  négociait  alors  sans  mandat  un  traité  de  paii 
entre  Tunis  et  les  Etats-Unis.  Son  frère  Jean-Louis-César  Famin,  adjoint  eo  i"!^ 
A  Bertrand,  directeur  de  la  Compagnie  d'Afrique  à  Marseille,  s'occupait  spécialemeot 
de  Textraclion  des  blés  de  Barbarie.  Il  fut  nommé  en  1800  gérant  de  VÀ^nctàa 
AlTaires  étrangères  h  Marseille;  il  reçut  en  1810  le  titre  d'Agent  des  relations  exté- 
rieures dans  cette  ville.  —  Voy.  les  cartons  Agence  des  Affaires  éirangfrrf  » 
Marseille  (Affaires  étrangères,  C*'**  àarbaresqttes),  et  le  carton  Correspondanct  ai 
Famin,  agent  des  Affaires  étrangères  à  Marseille  (Archives  de  la  Résidence  ffunçioft 
à  Tunis), 


1  795]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  267 

[  u*il  a  portées  contre  eux  en  cherchant  à  leur  attirer  i'animadversioa 
lu  Bey  ainsi  que  celle  de  notre  gouvernement,  vous  aurez  pu  le  voir 
Isins  sa  correspondance,  entretient  ici  une  désunion  qui  nuit  infiniment 
LUX  intérêts  de  la  République. 

En  partant  de  cette  Échelle,  je  me  propose  de  rendre  au  gouverne- 
ment un  compte  général  d*après  leque]  je  pense  qu*il  sera  essentiel  de 
prendre  des  mesures  fermes  et  prudentes,  si  Ton  ne  veut  voir  la  Répu- 
blique perdre  ici  totalement  son  commerce  et  son  crédit...  » 

{Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis,) 
HAMOUDA,  BEY  DE  TDNIS,  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

551.  —  Le  BardOy  octobre  1795  {vendémiaire  an  I\).  —  «  L'exposé 
SLinical  aux  grands,  résidant  présentement  à  Paris,  qui  dirigent  toutes 
les  affaires  de  la  nation  française,  —  que  leur  fin  soit  heureuse!  — 
est  que  vous  aurez  certainement  appris  que,  ci-devant  le  Pacha  de 
Tripoli  du  couchant  (Tripoli  de  Barbarie)  s'étant  permis  des  faits 
déplacés,  contraires  aux  intentions  du  Grand  Seigneur  et  opposés  aux 
statuts  de  TO^jac  (corps  de  milice  qui  forme  le  gouvernement  et  dont 
le  Pacha  est  le  chef),  nous  avons  fait  agir  nos  forces  victorieuses  par 
mer  et  par  terre;  le  secours  de  Dieu,  l'assistance  de  TËternel  les  accom- 
pagnant, le  parti  de  ce  Pacha  a  été  mis  de  côté;  mais  les  dépenses  en 
préparatifs,  les  consommations  de  munitions  en  tout  genre  qu'il  a  fallu 
faire  pour  cette  expédition,  sont  au-dessus  de  ce  qu'on  pourrait  dire. 
Vous  savez  tous  que,  conformément  à  la  paix  et  à  la  bonne  harmonie 
pleines  de  sincérité  qui  existent  depuis  longtemps  entre  notre  Odjac 
victorieux  et  votre  empire,  nous  avons  depuis  quelques  années  manifesté 
et  déployé  toute  Tassistance  que  la  bonne  amitié  demandait,  soit  envers 
les  vaisseaux  appartenant  à  votre  empire,  soit  envers  vos  hommes  allant 
I  et  venant  chez  nous,  soit  pour  les  provisions  et  autres  objets  qui  étaient 
nécessaires  à  votre  pays.  Nous  venons  de  faire  apprêter  un  navire 
franc  (européen)  par  les  mains  d'un  marchand  nommé  César  Famin, 
attaché  depuis  longtemps  à  notre  service;  nous  l'avons  expédié  avec 
un   chargement  de  blé;  s'il  plaît  à  Dieu  Très  Haut,  lorsqu'il  sera 
arrivé,  vous  lui  ferez  vendre  le  chargement  au  cours,  vous  lui  ferez 
acheter  les  munitions  et  autres  choses  nécessaires  à  notre  Odjac  victo- 
rieux qui  sont  portées  sur  l'état  entre  les  mains  du  susdit,  et  vous  le 
ferez  retourner  avec  l'accomplissement  en  entier  de  sa  commission. 
Cette  lettre  d'amitié  vous  a  été  écrite  dans  cet  espoir  et  envoyée  par 
les  mains  du  susdit.  En  outre  de  la  satisfaction  que  nous  aurons  de  ce 
que  vous  nous  aurez  accordé  votre  secours  et  votre  amitié  pour  faire 


368  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS         [O: 

acheter  un  moment  plus  tôt  au  susdit  marchand  les  espèces  de  idql!- 
tions  et  autres  choses  nécessaires  portées  dans  Tétat  qui  lai  a  ^: 
remis,  et  pour  le  faire  retourner  ici  après  sa  commission  enlièrema 
faite,  qu*il  vous  soit  connu  que  Tamitié  et  Talliance  qui  sonteolrele^ 
deux  pays  en  seront  confirmées  et  augmentées.  En  remplissant!^ 
devoirs  de  Tamitié  et  de  rattachement,  que  cette  amitié  en  deneE- 
toujours  plus  ferme  et  plus  stable,  que  n'étant  jamais  troublée  i 
altérée,  elle  augmente  toujours.  Au  reste,  que  les  jours  des  asc 
soient  augmentés!  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C'^de  TumU.) 

LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TLNS. 

552. — Paris^  12  octobre  i  795  (20  vendémiaire  an/F).— «Lecitoje£ 
Famin,  négociant  à  Marseille,  nous  a  remis  la  lettre  que  yoqs  Dot^ 
avez  adressée,  dans  laquelle  vous  manifestez  Tintention  d'acguérir<J: 
gouvernement  français  une  certaine  quantité  de  munitions  de  guem 
en  poudre  et  en  boulets.  Nous  saisissons  avec  joie  cette  occasioodf 
vous  donner  un  témoignage  des  sentiments  qui  nous  animent  et  è 
rintention  où  nous  sommes  de  concourir,  par  une  réciprocité  des  boDî 
offices  et  par  tous  les  moyens  qui  pourront  être  en  notre  paissaDce. 
au  maintien  de  la  bonne  intelligence  et  de  l'harmonie  qui  règneal 
depuis  si  longtemps  entre  la  France  et  les  Beys  de  Tunis.  Les  ordrts 
sont  donnés,  et  Ton  expédiera  incessamment  pour  le  pays,  port  de 
Tunis,  la  quantité  de  trente  milliers  de  poudre  et  celle  de  vingt  mille  bos- 
lets  de  différents  calibres  ^  Après  la  guerre  terrible  que  nous  avons  en 
&  soutenir  contre  presque  toute  l'Europe,  forcés  de  tenir  encore  sob> 
les  armes  plus  d'un  million  de  soldats  pour  conserver  et  augmenter, 
s'il  est  possible,  par  de  nouvelles  victoires,  la  gloire  nationale  et  ie 
fruit  de  quatre  années  de  triomphe,  nous  n'avons  pu  distraire  de plit' 


i( 


1.  Arrêté  du  ii  octobre  i795  (19  vendémiaire  an  IV)  : 

Article  I.    La   République  française   dispose  en  faveur   du  Bey  de  Tunis 
20,000  boulets  de  tuul  calibre  et  de  30  milliers  de  poudre. 

Art.  II.  La  Commission  de  Torganisation  et  du  mouvement  des  armées  de  lem 
est  autorisée  à  prendre  ces  objets  dans  les  arsenaux  de  la  République  et  a  les /air' 
transporter  à  Marseille.  Elle  réglera  la  répartition  de  ces  fournitures  entre  l^ 
diverses  directions  et  fabriques  de  la  manière  qui  paraîtra  le  plas  cooreubt 
pour  ne  point  nuire  au  service  des  armées. 

Art.  III.  La  République  fait  don  au  Bey  de  la  moitié  de  ces  munitions;  l'wiR 
moitié  sera  payée  en  numéraire  par  son  agent  à  Marseille,  au  moment  de  b 
livraison,  savoir  :  les  boulets  à  raison  de  cent  livres  tournois  le  millier  pe§<Qt- 
la  poudre  à  raison  de  trois  mille  livres  le  millier  pesant. 

Art.  IV.  La  Commission  de  la  marine  et  des  colonies  est  chargée  de  t^o' ^ 
qui  aura  rapport  au  transport  de  ces  munitions  depuis  Marseille  jusqu'à  Tools. 

(Affaires  étrangères,  C^  de  Ttoii».) 


^795]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  269 

ortes  quantités  des  distributions  qui  sont  encore  nécessaires  au 
service  de  nos  armées.  Nous  avons  traité  pour  la  moitié  avec  le  citoyen 
L^sunin,  conformément  aux  vœux  que  vous  aviez  formés.  Quant  à 
.^autre,  nous  vous  prions  de  Taccepter  au  nom  de  la  République  fran- 
[^aise  comme  un  faible  surcroît  des  dons  que  son  agent  est  chargé  de 
vous  présenter  et  comme  un  gage  certain  de  l'intérêt  qu'elle  prendra 
loujours  à  la  gloire  et  à  la  prospérité  de  votre  empire. 

Puissent  cette  gloire  et  cette  prospérité  s'accroître  sans  cesse,  ainsi 
<^ue  Tamitié  qui  subsiste  entre  nos  deux  nations!  » 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  HliACULAIS. 

653.  —  Pmns,  19  octobre  1795  {27  vendémiaire  an  IV").  —  «  Les 
renseignements  généraux  que  vous  nous  avez  donnés  sur  les  Consulats 
<ie  Barbarie  et  sur  les  moyens  communément  employés  par  les  Consuls 
pour  se  maintenir  dans  leur  place  malgré  le  gouvernement  et  à  son 
préjudice  nous  seront  très  utiles.  Nous  n'omettrons  point,  dans  la  res- 
tauration de  notre  système  consulaire,  les  vues  que  vous  nous  avez 
transmises,  et  nous  les  transmettrons  soigneusement  au  Directoire  qui 
^a  s*organiser  incessamment  et  qui  s'occupera  sans  doute  aussitôt  de 
rendre  à  la  République  les  ressources  qu*elle  doit  trouver  dans  le 
commerce  du  Levant.  Mais  c'était  principalement  sur  le  Consul  Devoize 
et  sur  sa  gestion  que  nous  voulions  être  instruits.  La  nécessité  où 
nous  avions  été  de  lui  interdire  une  faculté  dont  nous  présumions 
qu'il  avait  abusé  nous  aurait  rendus  infiniment  précieux  des  détails 
précis  sur  sa  conduite.  Si  vous  êtes  encore  à  Tunis,  nous  vous  deman- 
dons expressément  de  nous  en  adresser.  Vous  ne  nous  dites  pas 
positivement  où  vous  en  êtes  par  rapport  aux  dettes  qu'il  a  contrac- 
tées... » 

En  ce  qui  concerne  le  refus  du  Bey  de  recevoir  les  présents  de  la 
République,  «  de  nouveaux  rapports  qui  viennent  de  s'établir  entre 
nous  et  Hamouda-Pacha  nous  font  présumer  que  vous  aurez  déjà 
reçu  de  sa  part  toutes  les  marques  de  condescendance  et  d'intérêt 
auxquelles  nous  avons  le  droit  de  prétendre.  Il  nous  avait  adressé  le 
citoyen  Famin,  avec  des  lettres  dans  lesquelles  il  demandait  la  permis- 
sion de  prendre  dans  nos  arsenaux  des  boulets  et  de  la  poudre..  ;  nous 
lui  avons  fait  don  de  la  moitié  des  objets  dont  nous  disposions  en  sa 
faveur.  Il  nous  importe  que  vous  fassiez  valoir  ce  présent  et  que  vous 
profitiez  de  cette  circonstance  pour  reconquérir  tous  les  avantages  que 
nous  avions  perdus  et  pour  nous  en  faire  donner  de  nouveaux,  s'il  est 


ilO  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [M^i^ 

possible.  Vous  trouverez  ci-inclus  la  lettre  que  nous  lui  adressons  é 
ce  sujet,  et  vous  voudrez  bien  la  lui  remettre  de  notre  part.  » 

Relativement  au  traité   des   États-Unis   d'Amérique   avec  le  hr. 
d'Alger,  «  vous  apprécierez  les  résultats  vraiment  ruineux  de  Fiotri.- 
duction  des  Américains  dans  la  Méditerranée,  et  vous  nous  direz  s 
n'y  aurait  pas  quelque  moyen  de  retarder  l'adhésion  du  Bey  de  Tuo 
à  la  résolution  prise  par  le  Dey  d'Alger...  » 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  DEVOIZB. 

564.  —  Paris,  20  octobre  i795  {28  vendémiaire  an  IV).  —  Au  si; 
du  don  fait  à  Hamouda  de  la  moitié  des  munitions  qu'il  demandait . 

«  Il  faut  que  vous  profitiez  de  cette  circonstance  pour  repreod-r 
tout  le  crédit  que  nous  avions  auprès  de  lui  et  pour  ressaisir  les  ava: 
tages  dont  la  malveillance  de  nos  ennemis  nous  avait  momentanémeD; 
dépouillés...  » 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis,) 
HBRCULAIS  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

656.  —  Tunis,  30  octobre  1195  [8  brumaire  an  IV).  —  «  ;..  Je  it 
peux  que  m'applaudir  de  votre  prudence  en  m'annonçant  que  vois 
n'avez  rien  &  dire  au  citoyen  Devoize  jusqu'à  ce  que  vous  ayez  reçni- 
compte  que  je  dois  vous  rendre  de  cette  Echelle;  ma  dernière  lettre 
peut  vous  faire  connaître  comment  les  Consuls  de  Barbarie  se  reodec: 
avec  le  temps  presque  tous  despotes  et  inamovibles  dans  leur  plâcn 
et  combien  il  est  important,  pour  les  intérêts  de  la  République,  i* 
surveiller  de  très  près  leur  conduite  et  surtout  de  ne  pas  les  laissa: 
trop  longtemps  dans  la  même  résidence...  Le  moyen  le  plus  eflticacT 
et  le  moins  coûteux  que  notre  gouvernement  puisse  prendre  pour 
réprimer  les  incartades  des  Beys  et  les  faire  absolument  renoncera 
l'usage  de  demander  ou  de  recevoir  des  présents,  c'est  d^engager  U 
Porte  à  employer  vis-à-vis  d'eux  les  menaces  et  les  ordres  les  plx* 
sévères  pour  les  obliger  à  respecter  et  à  favoriser  les  Français.  O^t 
la  mesure  qu'ont  prise  l'Empereur  et  l'Impératrice  de  Russie,  et  lex-s 
pavillons  sont  aussi  respectés  que  celui  du  Grand  Seigneur  ;  Sidi  Mus- 
tapha vient  d'être  forcé  de  payer  environ  six  fois  sa  valeur  un  bâti- 
ment russe  que  ses  corsaires  avaient  fait  échouer  dans  la  mer  Adria- 
tique. Toutes  les  discussions  entre  les  sujets  de  ces  deux  Puissance 
et  ceux  des  Beys  sont  portées  à  Gonstantinople,  où  la  décision  dépend 
toujours  du  plus  ou  moins  de  crédit  dont  y  jouissent  les  ambassadeurs. 

Le  moment,  citoyens  représentants,  est  très  favorable  pour  prends 


fildo]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  271 

ce  parti-là.  Le  citoyen  Yerninac  peut,  en  faisant  tancer  le  Bey  de  Tunis 
et  son  ambassadeur,  leur  faire  annoncer  qu'à  Tavenir  l'Envoyé  de  la 
République  à  Constantinople  et  la  Porte  seront  juges  de  tous  les  diffé- 
xends,  sur  le  compte  que  leur  rendra  de  Paris  le  Directoire  du  gouver- 
nement. Car,  si  Ton  laissait  les  Consuls  traiter  directement  ces  affaires 
avec  les  ambassadeurs,  il  pourrait  arriver,  par  les  raisons  que  je  vous 
ai  citées  dans  ma  lettre,  que  quelques-uns  d'entre  eux,  jaloux  de  se 
conserver  tranquillement  en  place  pour  y  faire  leurs  affaires  particu- 
lières, fussent  disposés  à  sacrifier  l'intérêt  de  la  République  et  à  faire 
à  Tambassadeur  des  rapports  partiaux  en  faveur  des  Beys  de  Barbarie... 

J'ai  rempli  vos  intentions  relativement  à  ce  que  vous  m'ordonniez  de 
dire  au  Bey  que  les  engagements  que  pourrait  prendre  à  l'avenir  le 
Consul  seront  nuls,  s'ils  ne  sont  ratifiés  par  le  gouvernement,  et  je  l'ai 
prévenu  que  toutes  les  réclamations  seraient  jugées  dorénavant  à 
Paris.  Le  Bey  est  convenu  de  tout,  pourvu  qu'on  jugeât  promptement. 
Je  l'ai  assuré  que  le  gouvernement  actuel  était  aussi  célére  dans 
toutes  ses  opérations  que  nos  phalanges  républicaines  dans  leurs 
victoires. 

Il  serait,  je  pense,  très  nécessaire  d'obtenir  du  Bey  de  Tunis  qu'il 
n'accordât  plus  asile  aux  émigrés  et  chassât  même  de  ses  Ëtats  ceux  qui 
s'y  trouvent  soit  sous  sa  protection,  soit  sous  celle  de  l'Angleterre.  Ils 
sont  ici  en  nombre,  et  leur  présence  nuit  beaucoup  à  la  République. 
Malgré  les  odieuses  calomnies  qu'ils  ne  cessent  de  répandre  contre  leur 
patrie  et  l'insolence  avec  laquelle  plusieurs  d'entre  eux  se  glorifient 
d'être  sous  le  pavillon  anglais,  ils  se  vantent  de  rentrer  en  France  quand 
ils  voudront,  à  la  faveur  des  certificats  de  non-émigration  qu'ils  ont 
obtenus,  je  ne  sais  comment,  de  Marseille  et  de  Livourne...  » 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DEVOIZE  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

556.  —  TuniSy  i  *'  novembre  1795  {1 0  brumaire  an  IV).  —  « . . .Lorsque 
le  Consul  anglais  notifia  officiellement  au  Bey  la  conquête  de  la  Corse 
ou  plutôt  la  trahison  qui  l'a  livrée  à  sa  nation,  je  fis  envisager  à  ce 
Prince  comme  un  outrage  fait  à  sa  dignité  la  proposition  de  recon- 
naître un  pavillon  qui  a  été  de  tout  temps  ennemi  de  la  Régence.  Un 
des  plus  puissants  moyens  que  les  Anglais  ont  employés  pour  séduire 
les  Corses  a  été  l'assurance  attrayante  qu'ils  pourraient  naviguer  avec 
sécurité  avec  leur  ancien  pavillon  à  tête  de  Maure  et  passeport 
anglais;  c'est  de  cet  amalgame  du  pavillon  de  nation  avec  le  congé 
d'un  autre  que  je  me  suis  servi  pour  fixer  l'opinion  du  Bey  sur  l'exis^ 


272  CORKESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i?jr, 

ience  politique  actuelle  de  la  Corse,  et  la  lui  faire  regarder  comme  a?j 
moins  très  équivoque...  Le  Bey  a  goûté  ces  insinuations,  car  ilad^j^ 
fait  vendre  un  navire  corse  pris  par  un  corsaire  tunisien.  Devoizelisi: 
toujours  le  plus  possible  regretter  aux  Corses  la  protection  dont  û^ 
jouissaient  sous  les  auspices  de  la  République.  » 

(Affairée  étrangère»,  C"*  de  Tiànis.) 
DEVOIZE  AU  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC. 

667.  —  7tini5,  /" novembre  i  795  {i  0  brumaire  an  1  F).  — ...  «  Vob 
me  faites,  citoyens  représentants,  la  défense  la  plus  expresse  de  souv 
crire  aucun  engagement  pour  le  gouvernement  sans  y  être  préalabir 
ment  autorisé  par  lui.  Je  me  croirais  indigne  de  la  conGaoce  qn^ 
vous  m'avez  accordée  jusqu'ici  et  que  je  serai  constamment  jaloux  d. 
justifier,  si  je  pouvais  méconnaître  ce  devoir  essentiel  de  ma  place.  La 
position  la  plus  critique,  les  circonstances  les  plus  délicates,  les  pics 
impérieuses  où  jamais  se  soit  trouvé  un  Consul  en  Barbarie,  m'oot/aif 
une  loi  de  m'en  écarter  une  fois...  »  Devoize  explique  dans  quelles 
circonstances  il  a  dû  promettre  de  rembourser  une  cargaison  im- 
sienne  vendue  à  Bastia;  il  passe  ensuite  à  l'affaire  des  38  TuDisleo' 
esclaves  à  Cagliari...  «  Ils  composaient  l'équipage  d'une  galiote  qui 
fut  enlevée  de  nuit  en  1791  dans  le  port  même  de  Bastia;  le  reïs  et 
quatre  matelots  y  furent  massacrés;  cet  événement  accrut  les  griefs 
du  Bey  et  l'aigrit  au  point  que,  n'ayant  pas  reçu  une  prompte  satisfac- 
tion, il  ordonna  à  ses  corsaires  de  courir  sur  nos  bâtiments.  Ilsfîreot 
quelques  prises;  le  gouvernement  m'envoya  en  qualité  de  commi^in' 
avec  des  lettres  de  créance  qui  annonçaient  au  Bey  que  j'étais  muni 
des  pouvoirs  les  plus  étendus  pour  terminer  tous  les  différends  qui 
subsistaient  entre  les  deux  Puissances...  »  Pendant  trois  ans  il  donoa 
des  réponses  dilatoires  au  Bey,  et  c'est  d'accord  avec  le  citoyen  flercu- 
lais  qu'il  a  terminé  radicalement  l'affiaire. 

(Affaire*  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
HERCULAIS  A  DELACROIX  ^ 

668.  —  Tunis,  25  novembre  1795  {24  brumaire  an  /F).— «  Il  sérail 
utile  de  faire  enjoindre  au  Bey  par  le  Grand  Seigneur  d'avoir  à  l'avenir 
pour  la  République  toute  la  considération  et  les  égards  qu'il  doit  coo- 

1.  Un  des  premiers  acles  du  Directoire,  en  succédant  &  la  ConventioQ,  fui  ^ 
supprimer  les  Commissions  et  de  rétablir  les  Ministères.  Celui  des  relations  exté- 
rieures fut  confié,  le  6  novembre  1795,  à  Charles-Constant  Delacroix,  ancien  rhtr 
de  bureau  des  Finances,  puis  député  de  la  Marne  en  1793,  membre  du  Comiiê  <ie 
salut  public  et  chargé  de  diverses  missions  administratives,  notamment  dios  !«-' 
Ârdennes  et  dans  la  Meuse. 


L1798]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  273 

s^eryer  pour  la  Puissance  qui  est  le  plus  solide  appui  de  TEmpire  lurc. 
Il  faut  nécessairement,  pour  donner  plus  de  force  à  la  chose,  profiter  du 
moment  qu'un  ambassadeur  tunisien  est  à  Conslantinople.  » 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tuniê.) 
DBVOIZE  A  DELACROIX. 

659.  —  TuniSy  26  novembre  1 795  [25  brumaire  an  IV),  —  «  L'amiral 
vénitien  vient  d'appareiller  après  avoir,  avec  quelques  présents  faits 
aux  officiers  du  Bey,  terminé  les  différends  qui  existaient  entre  Venise 
et  ce  Prince.  Sidi  Mustapha-Kho(ya  est  allé  visiter  la  frégate  La  Sérieuse  ; 
il  a  surtout  admiré  les  canons  à  platine  dont  il  n'avait  jamais  entendu 
parler;  il  a  été  reçu  à  bord  et,  en  débarquant,  tous  les  honneurs 
encore  dus  à  son  amitié  pour  les  Français  et  à  son  rang  lui  ont  été 
rendus.  Il  en  a  témoigné  toute  sa  satisfaction  au  citoyen  Bourde,  com- 
mandant. » 

Un  négociateur  américain,  après  avoir  conclu  la  paix  des  États- 
Unis  avec  Alger,  vient  aussi  faire  un  traité  semblable  avec  la  Régence 
de  Tunis  *, 

{Affaires  étrangères,  C'"'  de  Tunis,) 
HERCULAIS  A  DELACROIX. 

560.  —  Tunis^  6  décembre  i795  [iô  frimaire  an  IV),  —  Il  faut 
payer  toutes  les  dettes  du  Consul,  puisque  celui-ci  les  a  contractées 
pour  faire  droit  à  des  réclamations  du  Bey  acceptées  sans  restriction. 
«  J'ai  rempli  l'ordre  du  Comité  en  déclarant  au  Bey  et  à  Sidi  Mustapha 
que  dorénavant  tout  engagement  pris  par  le  Consul  vis-à-vis  d'eux 
serait  nul,  s'il  n'était  précédemment  approuvé  par  le  Directoire  du 
gouvernement.  » 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 
UBRCULAIS  A  DELACROIX. 

561.  —  Tunis ^  6  décembre  1795  {iô  frimaire  an  /K).  —  «  Citoyen, 
suivant  les  instructions  du  Comité,  j'ai  fait  entendre  au  Bey  que  la  paix 
avec  les  Américains  ne  pouvait  qu'être  funeste  à  l'accroissement  de 
ses  richesses,  parce  que  les  Américains  ne  commerçant  qu'en  grains  et 
farine  approvisionneraient  de  ces  objets  le  midi  de  l'Europe,  et  feraient 
tomber  en  conséquence  les  blés  de  la  Barbarie.  Je  lui  ai  dit  en  outre 
que,  s'il  ne  faisait  pas  la  paix,  les  corsaires  feraient  de  très  riches 
prises  cette  hiver,  parce  que  les  Américains,  se  liant  sur  la  paix  qu'ils 
venaient  de  conclure  avec  Alger,  entreraient  dans  la  Méditerranée. 

1.  Joèl  Barlow,  Consul  d'Amérique  à  Alger.  Voy.  à  ce  sujet  les  Annales  tunisiennes^ 
p.  236. 

18 


274  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  TK. 

J*ai  dit  au  Consul  d'Espagne  que  les  Américains,  par  leur  aclmtéda&s 
le  commerce  et  la  navigation,  allaient  enlever  tout  le  fruit  d'une  p&ii 
qu'ils  ont  achetée  si  cher  en  1786  des  Régences  de  Barbarie.  Aureslr. 
il  n'y  a  pas  encore  ici  de  négociateur  américain,  et  les  recommaDia- 
tions  que  le  Divan  d'Alger  peut  donner  au  Bey  de  Tunis  poorTenga^^r 
à  conclure  la  paix  doivent  se  borner  à  ceci  :  Tai  pris  d'eux  le  plus  p- 
fax  pu,  fais-en  de  même,  si  tu  peux. 

La  lettre  que  le  Comité  a  écrite  au  Bey  a  fait  le  meilleur  effet,  h\ib 
précédemment  donné  à  ce  Prince  un  petit  fourneau  à  rougir  les  boai>^i* 
et  deux  modèles  d'affûts  que  j'avais  demandés  à  Toulon.  Toutes  fr*^ 
complaisances  nous  ont  mis  ici  dans  un  bon  crédit;  mais  cela  ne  dn 
pas  empêcher  de  faire  agir  vivement  la  recommandation  de  la  Port 
auprès  du  Bey  de  Tunis,  en  profitant  du  moment  où  le  Sahib-tape>i. 
Gonstantinople... 

Avant  de  terminer  cet  article,  je  me  permettrai  de  vous  obsemr 
qu'il  ne  convient  pas  au  gouvernement  que  les  négociants  senem 
d'intermédiaire  entre  lui  et  le  Bey.  Les  négociants  qui  s'ingèrent  iio^i 
séparément  dans  ces  traités  retirent  personnellement  tous  les  a\iD- 
tages  des  dons  que  fait  le  gouvernement,  et  sont  toi\jours  disposera 
sacrifier  les  intérêts  de  la  République  pour  le  plus  petit  avantage  qn 
leur  est  particulier.  Le  citoyen  Famin,  dont  il  est  question  dans  la  letL'v 
du  Comité,  est  le  frère  de  celui  qui  a  suggéré  le  rachat  des  esclayesde 
Malte  qu'il  a  fait  payer  à  la  République. 

C'est  encore  lui  qui  anéantit  le  commerce  français  en  s'associaul 
avec  le  Sahib-tap  et  en  lui  inspirant  des  idées  qui,  toutes  à  ravanta?? 
des  Maures,  obligeront,  si  cela  continue,  les  Français  d'abandono^r 
le  commerce  de  ce  pays  qu'ils  faisaient  autrefois  presque  exclosi- 
vement. 

Présentement  il  se  plaint  de  la  cherté  des  boulets  et  de  la  poudD- 
dans  laquelle  il  a  voulu  faire  comprendre  la  moitié  dont  la  République 
fait  présent  au  Bey.  Le  présent  de  dix  mille  boulets  et  de  quinze  mfc 
de  poudre,  quoique  très  agréable  au  Bey,  aurait  fait  beaucoap  ploî 
d'effet  s'il  eût  été  indépendant  de  toute  relation  avec  Famin...  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Twit) 
DEVOUE  A  DELACROIX. 

562.  —  Tunis,  7  décembre  4  795  {16  frimaire  an  IV).  -  Le  Bey  De 
reconnaît  pas  la  Corse  comme  annexion  anglaise;  Devoize  n'épargners 
rien  pour  le  maintenir  dans  ces  dispositions. 

(Affaires  étrangères,  C^  de  Tunii,) 


[1795]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  275 

HERCULAIS  A  DELACROIX. 

663.  —  TuniSy  iô  décembre  1795  [22  frimaire  an  IV),  —  «  Le 

citoyen  Famia,  négociant  de  cette  Échelle,  vient  de  me  faire  part  que 

son  frère  doit  payer  au  gouvernement  53,600  1.  pour  Tachât  que  le  Bey 

de  Tunis  a  fait  de  munitions  de  guerre  en  France  ;  il  me  dit  en  même 

temps  qu'il  conviendrait  sans  doute  aux  intérêts  de  là  République  que 

je  touchasse  cet  argent-là  ici;  cette  réflexion  est  parfaitement  vraie 

dans  tous  ses  points;  vous  aurez  vu  par  mes  lettres  le  peu  de  fonds  que 

j^aurai  en  mains  pour  remplir  le  cours  de  ma  mission  en  Barbarie... 

Cette  occasion-ci  est  belle  et  il  n'y  a  aucun  frais  à  payer;  il  s'agirait 

seulement  de  donner  ordre  au  citoyen  Famin,  de  Marseille,  de  faire 

payer  cette  somme  ici  par  son  frère,  ainsi  qu'ils  paraissent  le  désirer 

tous  deux;  vous  jugerez,  citoyen  Ministre,  dans  votre  sagesse,  s'il  est 

&  propos  de  soumettre  ma  demande  au  Directoire.  » 

(Affaires  étrangères ^  C*''  de  Tunis,) 
UAMOUDA,  BEY  DE  TD5IS,  AU  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE. 

564.  —  ÎViww,  2Ô  décembre  i  795  {4  nivôse  an  IV),  —  «  Aux  plus 
distingués  des  grands  de  la  nation  française,  dont  la  fin  soit  heureuse! 

Nous  vous  faisons  savoir  que  notre  Odjak  victorieuse  ayant  besoin 
de  diverses  munitions  de  guerre  mentionnées  ci-après,  elle  se  serait 
adressée  ci-devant  à  un  des  distingués  négociants  français  qui  étaient 
à  Tunis,  appelé  Famin  aîné,  parti  d'ici  depuis  quelque  temps  pour 
Marseille,  auquel  négociant  elle  aurait  recommandé  de  l'aider  dans 
cette  demande  et  de  nous  acheter  trois  cents  quintaux  de  poudre  à 
canon  et  vingt  mille  boulets  de  différents  calibres,  dont  la  moitié  du 
prix  nous  a  été  offerte  en  présent  et  le  montant  de  Tautre  moitié  pour 
être  remis  au  citoyen  Ailois  Herculais,  votre  Envoyé,  qui  se  trouve  de 
passage  à  Tunis. 

Je  vous  préviens  en  même  temps  que  nous  avons  reçu  la  lettre  que 
vous  nous  avez  envoyée,  dont  nous  avons  compris  le  contenu,  pour  ce 
qui  concerne  la  paix  stable  et  bien  cimentée  qui  règne  entre  votre  Puis- 
sance et  celle  de  Tunis;  et  sur  les  preuves  de  l'amitié  que  vous  nous 
donnez,  votre  présent  a  été  accepté;  et  en  même  temps  nous  avons  vu 
que  vous  vous  trouvez  en  guerre  avec  les  Puissances  chrétiennes,  qui 
vous  occupent  beaucoup,  et  que  vous  avez  un  très  grand  besoin  de 
munitions  de  guerre,  ce  qui  est  cause  que  vous  nous  en  avez  envoyé 
un  peu  moins,  et  que,  si  vous  n'étiez  pas  tant  occupés,  vous  nous  en 
auriez  procuré  davantage. 


268  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS         [D.V 

acheter  un  moment  plus  tôt  au  susdit  marchand  les  espèces  de  maii.- 
tions  et  autres  choses  nécessaires  portées  dans  Tétat  qui  lui  a  h 
remis,  et  pour  le  faire  retourner  ici  après  sa  commission  eatièrcmei 
faite,  qu'il  vous  soit  connu  que  Tamitié  et  Talliance  qui  sontentr^^^ 
deux  pays  en  seront  confirmées  et  augmentées.  En  remplissant  Ir 
devoirs  de  Tamitié  et  de  l'attachement,  que  cette  amitié  en  deTien: 
toujours  plus  ferme  et  plus  stable,  que  n'étant  jamais  troubit?'»  l 
altérée,  elle  augmente  toujours.  Au  reste,  que  les  jours  des  ai.* 
soient  augmentés!  » 

{Sceau)  (Affaires  étrangérts,  C**de  Tunis.) 

LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

552. — Paris^  12  octobre  i  795  {20  vendémiaire  anIV), — «Lecitf  j.î 
Famin,  négociant  k  Marseille,  nous  a  remis  la  lettre  que  voas  q<>u« 
avez  adressée,  dans  laquelle  vous  manifestez  Tintention  d  acquérir  di 
gouvernement  français  une  certaine  quantité  de  munitions  de  guem 
en  poudre  et  en  boulets.  Nous  saisissons  avec  joie  cette  occasion d*^ 
vous  donner  un  témoignage  des  sentiments  qui  nous  animent  et  dr 
rintention  où  nous  sommes  de  concourir,  par  une  réciprocité  des  bji< 
offices  et  par  tous  les  moyens  qui  pourront  être  en  notre  puissance. 
au  maintien  de  la  bonne  intelligence  et  de  Tharmonie  qui  régner 
depuis  si  longtemps  entre  la  France  et  les  Beys  de  Tunis.  Lesordr^ 
sont  donnés,  et  Ton  expédiera  incessamment  pour  le  pays,  port  et 
Tunis,  la  quantité  de  trente  milliers  de  poudre  et  celle  de  vingt  mille  k 
lets  de  différents  calibres  ^  Après  la  guerre  terrible  que  nous  avons  e: 
à.  soutenir  contre  presque  toute  TEurope,  forcés  de  tenir  encore  «i? 
les  armes  plus  d'un  million  de  soldats  pour  conserver  et  augmenter, 
s'il  est  possible,  par  de  nouvelles  victoires,  la  gloire  nationale  et  k 
fruit  de  quatre  années  de  triomphe,  nous  n'avons  pu  distraire  de p!i^^ 

!.  Arrêté  du  il  octobre  1795  (19  vendémiaire  an  IV)  : 

Article  I.  La  République  française  dispose  en  faveur  du  Bey  de  Tuois  o 
20,000  boulets  de  tuul  calibre  et  de  30  milliers  de  poudre. 

Art.  11.  La  Commission  de  Torganisation  et  du  mouvement  des  armées  de  len 
est  autorisée  à  prendre  ces  objets  dans  les  arsenaux  de  la  République  et  a  le:?  fi" 
transporter  à  Marseille.  Elle  réglera  la  répartition  de  ces  fournitures  eolrt  !'^ 
diverses  directions  et  fabriques  de  la  manière  qui  paraîtra  le  plus  coaTeut* 
pour  ne  point  nuire  au  service  des  armées. 

Art.  111.  La  République  fait  don  au  Bey  de  la  moitié  de  ces  munitions;  l'autre 
moitié  sera  payée  en  numéraire  par  son  agent  à  Marseille,  au  momeoK^- 
livraison,  savoir  :  les  boulets  à  raison  de  cent  livres  tournois  le  millier  pesu^ 
la  poudre  à  raison  de  trois  mille  livres  le  miUier  pesant. 

Art.  IV.  La  Commission  de  la  marine  et  des  colonies  est  chargée  de  tout  C'! 
qui  aura  rapport  au  transport  de  ces  munitions  depuis  Marseille  jusqa*i  Tools. 

[Affaires  étrangères,  C**  de  Tunit.) 


1795]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  269 

i*ortes  quantités  des  distributions  qui  sont  encore  nécessaires  au 
service  de  nos  armées.  Nous  avons  traité  pour  la  moitié  avec  le  citoyen 
FsLiniii,  conformément  aux  vœux  que  vous  aviez  formés.  Quant  à 
L'a.utre,  nous  vous  prions  de  Taccepter  au  nom  de  la  République  fran- 
çaise comme  un  faible  surcroît  des  dons  que  son  agent  est  chargé  de 
^"^ous  présenter  et  comme  un  gage  certain  de  Hntérét  qu'elle  prendra 
toujours  à  la  gloire  et  à  la  prospérité  de  votre  empire. 

Puissent  cette  gloire  et  cette  prospérité  s'accroître  sans  cesse,  ainsi 
que  Tamitié  qui  subsiste  entre  nos  deux  nations  I  » 

{Affaires  étrangèreSy  C'**  de  Tunis.) 
LE  COMITÉ  DE  SALUT  PUBLIC  A  HERCULAIS. 

553.  —  Parisy  19  octobre  1795  {27  vendémiaire  an  IV),  —  «  Les 
renseignements  généraux  que  vous  nous  avez  donnés  sur  les  Consulats 
de  Barbarie  et  sur  les  moyens  communément  employés  par  les  Consuls 
pour  se  maintenir  dans  leur  place  malgré  le  gouvernement  et  à  son 
préjudice  nous  seront  très  utiles.  Nous  n'omettrons  point,  dans  la  res- 
tauration de  notre  système  consulaire,  les  vues  que  vous  nous  avez 
transmises,  et  nous  les  transmettrons  soigneusement  au  Directoire  qui 
va  s'organiser  incessamment  et  qui  s'occupera  sans  doute  aussitôt  de 
rendre  à  la  République  les  ressources  qu'elle  doit  trouver  dans  le 
commerce  du  Levant.  Mais  c'était  principalement  sur  le  Consul  Devoize 
et  sur  sa  gestion  que  nous  voulions  être  instruits.  La  nécessité  où 
nous  avions  été  de  lui  interdire  une  faculté  dont  nous  présumions 
qu'il  avait  abusé  nous  aurait  rendus  infiniment  précieux  des  détails 
précis  sur  sa  conduite.  Si  vous  êtes  encore  à  Tunis,  nous  vous  deman- 
dons expressément  de  nous  en  adresser.  Vous  ne  nous  dites  pas 
positivement  où  vous  en  êtes  par  rapport  aux  dettes  qu'il  a  contrac- 
tées... » 

En  ce  qui  concerne  le  refus  du  Bey  de  recevoir  les  présents  de  la 
République,  «  de  nouveaux  rapports  qui  viennent  de  s'établir  entre 
nous  et  Hamouda-Pacha  nous  font  présumer  que  vous  aurez  déjà 
reçu  de  sa  part  toutes  les  marques  de  condescendance  et  d'intérêt 
auxquelles  nous  avons  le  droit  de  prétendre.  Il  nous  avait  adressé  le 
citoyen  Famin,  avec  des  lettres  dans  lesquelles  il  demandait  la  permis- 
sion de  prendre  dans  nos  arsenaux  des  boulets  et  de  la  poudre..  ;  nous 
lui  avons  fait  don  de  la  moitié  des  objets  dont  nous  disposions  en  sa 
faveur.  Il  nous  importe  que  vous  fassiez  valoir  ce  présent  et  que  vous 
proGtiez  de  cette  circonstance  pour  reconquérir  tous  les  avantages  que 
nous  avions  perdus  et  pour  nous  en  faire  donner  de  nouveaux,  s'il  est 


* 
■ 

/ 


278  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\'% 

D'après  ce  témoignage  favorable,  je  n*ai  point  hésité  à  le  propc^e! 
au  Directoire  pour  le  Consulat  de  Tunis,  et  j*espëre  qu'il  en  reInplira}t^ 
fonctions  d'une  manière  satisfaisante  pour  les  intérêts  de  la  République 

Comme  il  s'écoulera  un  intervalle  assez  long  avant  son  arrirée,  jt 
désirerais  qu'en  attendant  il  fût  possible  de  remettre  les  affaires  con- 
sulaires en  d'autres  mains  que  celles  de  Devoize,  afin  d'éviter  que  k 
prolongation  de  sa  gestion  puisse  compromettre  nos  intérêts  à  Tunis 

Cette  circonstance  me  fait  regretter  qu'il  n'y  ait  dans  ce  paysanco: 
agent  en  état  de  le  suppléer  utilement;  mais  pour  y  remédier,  je  toi^ 
autorise  à  confier  la  gérance  provisoire  de  ce  Consulat  au  premier 
député  de  la  nation  ou  à  tel  autre  négociant  qui  vous  paraîtra  le  pJBi 
capable  et  le  plus  attaché  au  service  de  la  République.  Vous  senta 
combien  il  est  essentiel  de  faire  un  bon  choix,  surtout  si  vous  élês 
obligé  de  quitter  Tunis  pendant  cet  intérim... 

Je  vous  fais  passer,  à  cet  effet,  une  lettre  par  laquelle  je  notifié  se 
citoyen  Devoize  son  rappel,  et  lui  enjoins  de  remettre  tous  lespapieb 
du  Consulat  entre  les  mains  de  celui  que  vous  aurez  choisi  pour  le 
gérer  jusqu'à  l'arrivée  du  citoyen  Beaussier. 

Je  dois  aussi  vous  informer  que  le  dernier  envoi  des  présents  des- 
tinés pour  la  Barbarie  se  trouve  en  ce  moment  à  Marseille.  Mais  je  voii< 
observe  que  cette  expédition  y  éprouve  des  difficultés,  à  cause  des  obs- 
tacles que  nos  ennemis  apportent  à  la  navigation  dans  la  Méditerranée. 
Il  convient  de  prendre  toutes  les  précautions  nécessaires  pour  empê- 
cher que  ces  présents  ne  soint  interceptés  dans  le  trayet,  ce  qui  occa- 
sionnera encore  quelque  retard.  Je  sens  cependant  quMl  serait  essentiel 
de  les  faire  arriver  assez  tôt  pour  que  les  nouveaux  Consuls  d'Alger  e( 
de  Tunis  pussent  en  employer  une  partie  aux  donatives  d'usage  lors 
de  leur  installation.  Ce  serait  le  moyen  d'éviter  à  la  République  de  nou- 
velles dépenses.  Je  m'occupe,  en  conséquence,  des  moyens  de  les  faire 
parvenir  avec  sûreté  et  célérité  à  leur  destination  et,  dès  que  j'aurai  pris 
une  détermination  à  cet  égard,  je  m'empresserai  de  vous  en  faire  part. 

Vous  avez  sans  doute  eu  l'avis  du  rappel  du  citoyen  Vallière,  ConsuU 
Alger,  et  de  la  nomination  du  citoyen  Jeanbon  Saint-André  à  ceposle. 
Ce  citoyen  est  porteur  de  dépêches  par  lesquelles  je  vous  annonce  ce 
changement  *... 

La  situation  peu  satisfaisante  où  j'ai  trouvé  la  comptabilité  consu- 
laire des  Échelles  du  Levant  et  de  Barbarie  a  attiré  toute  mon  atleo- 
tion  et  mV  déterminé  à  écrire  circulairement  à  tous  nos  agents  àm 

I.  Voy.  la  Correspondance  des  Deys  éT Alger  avec  la  Cour  de  France^  t.  H»  P-  ^' 


[1796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  279 

ces  contrées,  à  Teffet  d'obtenir  de  lear  part  les  renseigoemenis  néces- 
saires pour  rétablir  Tordre  qu'exige  cette  partie  importante  de  Tadmi- 
nlstration  qui  m'est  confiée.  Je  vous  fais  passer  un  exemplaire  de  cette 
circulaire,  et  je  vous  invite  à  veiller  scrupuleusement  à  Texécution  des 
dispositions  qu'elle  contient  pour  ce  qui  concerne  le  Consulat  de  Bar- 
barie. » 

[Affaires  éirangèrei,  C'**  de  Tuniê.) 
DELACROIX  A  DEVOIZE. 

569.  —  Paris,  2 S  janvier  1 796  (7  pluviôse  an  IV).  —  «  Je  vous  pré- 
viens, citoyen,  que  le  Directoire  exécutif,  par  son  arrêté  du  23  nivôse, 
a  prononcé  votre  rappel  de  Tunis...  Je  ne  doute  pas  que  vous  ne  vous 
empressiez  de  vous  conformer  aux  ordres  de  rappel  que  le  Directoire 
m^a  chargé  de  vous  notifier  ^  » 

{Affait^es  étrangères^  C'"*  de  Tunis.) 

570.  —  £8  janvier  i  796  (7  pluviôse  an  1 V),  —  Provisions  de  Consul 
général  à  Tunis  en  faveur  du  sieur  Beaussier  '. 

HERCULAIS  A  DELACROIX. 

571.  —  Tunis,  Si  janvier  1796  (//  pluviôse  an  IV),  —  ...  «  Sidi 
Yussuf ,  Sahib-tapa,  est  arrivé  de  Constantinople  ;  il  est  en  faveur  plus  que 
jamais;  l'ambassadeur  a  su  nous  en  faire  un  ami,  et  il  convient  essen- 
tiellement aux  agents  que  la  République  aura  ici  de  cultiver  Tamitié 
de  ce  favori  '.  J'espère  que  les  insinuations  du  médecin  génois  Mendrici 

1.  Cette  lettre  fut  remise  par  Herculais  à  Devoize  le  23  germinal  an  IV. 

2.  Bonaventure  Beaussier,  chancelier  h.  Tripoli  en  1774,  h  Alexandrie  en  1776, 
Vice-Consul  à  Alep  en  1776,  à  Naples  de  Romanie  (Patras)  en  1779,  à  Coron  en  1780, 
à  Seyde  en  1786,  chancelier  à  Constantinople,  puis  Consul  à  Smyrne  en  l'an  IV, 
Consul  général  à  Tunis  en  Tan  IV,  à  Tripoli  de  Barbarie  en  l'an  V,  mort  à  son 
poste  en  1814.  Voy.  sa  correspondance  avec  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille 
{Chambre  de  commerce  de  Marseille).  Il  avait  trois  frères,  André,  Gaspard  et  Joseph, 
négociants,  le  premier  à  Marseille  et  les  deux  autres  à  Smyrne,  puis  en  Morée. 

3.  Veminac  à  Devoize,  Constantinople^  !^3  brumaire  an  IV,  —  «...  Ma  satisfaction  est 
très  grande  d'apprendre  que  Sidi  Yussuf  manifeste  aujourd'hui  à  l'égard  de  la  Répu- 
blique des  sentiments  tout  contraires  à  ceux  qu  il  avait  autrefois  et  qui  vous  avaient 
fait  désirer  que  j'amenasse  sa  ruine,  en  engageant  la  Porte  à  ne  point  Tadmettre 
dans  son  caractère.  Ce  changement  survenu  dans  la  personne  de  ce  favori  me  fait 
m'applaudir  d'avoir  pris  le  parti  de  le'  gagner,  au  lieu  de  lenter  de  le  perdre.  Il  eût 
été  difQcile  de  réussir  en  ceci,  tandis  que  nous  avons  à  nous  féliciter  de  l'autre  succès. 
Tout  annonce  que  la  bienveillance  de  Sidi  Yussuf  se  soutiendra;  lui-même,  ayant  eu 
Tattention  de  m'écrire  après  son  retour,  m'en  donne  l'assurance.  Il  me  marque  exprès 
sèment  qu'il  coopérera  toujours  de  tout  son  pouvoir  pour  procurer  &  la  nation  fran- 
çaise la  préférence  qu'elle  mérite  &  tous  égards  sur  toutes  les  autres.  En  me 
parlant  d'ailleurs  de  votre  rappel,  il  me  rend  témoignage  que  vous  vous  êtes  com- 
porté durant  votre  gestion  d'une  manière  très  agréable  au  Prince,  et  en  zélé 
défenseur  des  nationaux.  Cela  prouve  aussi  que  les  anciennes  inimitiés  sont 
réellement  éteintes.  Son  rapprochement  de  Mustapba-kodja  est  une  très  heureuse 
circonstance  et  ne  pourra  que  contribuer  essentiellement  &  faire  prévaloir  à  Tunis 
la  considération  et  les  intérêts  des  Français.  »  (Affaires  étrangères^  C"*  de  Tvnis,) 


280  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  '\''M 

n  auront  plus  de  pouvoir  sur  son  esprit;  s'il  faut  faire  des  sacritice« 
pour  avoir  des  amis  dans  ce  pays,  on  doit  au  moins  les  faire  pir 
des  gens  qui  puissent  les  payer  en  rendant  des  services  à  la  Répu- 
blique. 

Sidi  Mustapha,  malgré  la  réputation  d'amitié  pour  nous  que  les  (jï&- 
suis  lui  ont  donnée,  s'est  toujours  entendu  avec  eux  pour  rançooii^ 
notre  gouvernement  sans  que  le  commerce  en  ait  tiré  aucun  avanta^: 
il  a  soutenu  et  soutiendra  encore  les  Consuls  contre  le  gouvememeol 
ces  Consuls,  en  reconnaissance,  lui  font  gagner  des  sommes  immense 
au  détriment  de  la  République  ou  de  son  commerce  et  se  taisent  Idn 
qu'il  est  question  de  demander  le  redressement  de  quelques  grieLv 
Sidi  Mustapha  est  attaché  à  notre  ancien  régime,  à  qui  Ton  en  impos&it 
facilement  sur  tous  les  abus  que  je  vous  ai  cités;  il  écoute  sans  ce<v 
nos  ennemis,  doute  encore  de  la  solidité  de  la  République,  est  toujou^ 
disposé  &  croire  de  préférence  les  nouvelles  fausses  ou  vraies  goi  noQ^ 
sont  défavorables  et  n'insiste  jamais,  lorsqu'il  faut  demander  quelque 
chose  au  Bey  pour  notre  gouvernement  ou  pour  le  commerce. 

A  mon  arrivée  ici,  prévenu  par  le  Consul  qui  m'entretenait  m^ 
cesse  de  son  grand  crédit  auprès  du  Bey  et  de  son  amitié  pour  doos. 
j'ai  été  abusé  longtemps  sur  l'utilité  dont  ce  vieillard  pouvait  être  a  ;a 
République.  Mais  j'ai  reconnu  enfm  la  vraie  cause  de  tant  d*éloge$:à 
un  gouvernement  nouveau  il  faut  déjeunes  amis. 

Le  Sahib-tap  est  jeune  et,  quoiqu'il  aime  peut-être  autant  l'argent  que 
Sidi  Mustapha,  il  aime  plus  la  gloire;  enivré  du  succès  de  sonaniks- 
sade  et  de  la  faveur  qu'elle  lui  assure,  il  peut  sacrifier  son  avariceponr 
établir  sa  réputation  auprès  de  la  Porte  et  de  la  nation  française,  qui 
doivent  être  liées  par  tant  de  rapports... 

Toutes  les  dettes  de  l'Échelle  sont  payées,  à  l'exception  de  il3,0(X)pia5- 
tres  dues  à  Elias  Attel,  Juif  ami  de  Sidi  Mustapha  et  faisant  secrètemeni 
les  affaires  du  Consul.  Cet  article  méritera  un  détail  particulier. 

Mon  zèle  pour  faire  rentrer  à  la  République  tout  ce  qui  peut  im 
appartenir  m'a  fait  découvrir  un  dép^t  qu'avait  laissé  entre  les  mm 
du  Consul  de  Venise  Chàteauneuf,  ci-devant  Consul  de  France  ici  '. 
C'est  à  vous,  citoyen  Ministre,  à  déterminer  les  mesures  à  prendre  ponr 
faire  rendre  à  la  République  ces  22,000  piastres,  produit  des  em- 
lions  de  Chàteauneuf  sur  les  négociants  français.  » 

{Affaires  étrangères^  O^  de  Tmt.] 

1.  Voy.  la  note  i,  p.  158,  el  la  correspondance  de  Chàteauneuf  avec  iaCAo»^ 
de  commerce  de  Marseille,  S.  A  A,  509  de  l*  Inventaire, 


11796]  AVBC  LA  COUR  DE  FRANCE  281 

DELACROIX  A  BBAUSSIRR. 
f 

572.  —  Parisj  12  février  1 796  {.23  pluviôse  an  IV}.  —  Il  lui  annonce 
sa  nomination  au  poste  de  Tunis,  avec  un  traitement  annuel  de  12,0001., 
i*t  il  l'invite  à  s'y  rendre  dans  le  plus  bref  délai.  Le  citoyen  Herculais 
Taidera  de  tous  les  avis  et  renseignements  qui  peuvent  concourir  au 
succès  de  ses  premières  démarches. 

(Affaires  étrangères^  C"»  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  DELACROIX. 

578.  —  Tunù,  24  févner  1 796  {5  ventôse  an  IV).  —  Une  escadre 
anglaise  est  arrivée  le  25  pluviôse,  avec  la  mission  défaire  reconnaître 
la  Ck)rse  comme  province  anglaise,  de  demander  la  restitution  de  prises 
faites  sur  les  Corses  et  de  redresser  divers  autres  griefs.  Les  négocia- 
lions  ont  mal  commencé,  par  suite  du  manque  d'égards  du  Consul 
anglais  pour  le  Bey  ^ 

{Affaires  étrangères  ^  O*^  de  Tunis,) 
DBVOIZB  A  DELACROIX. 

574.  —  Tunis,  4  mars  i  796  (i 4  ventôse  an  IV).  —  Le  Bey  envoie  en 
Corse  le  gouverneur  de  Portefarine  pour  traiter  avec  les  Anglais. 

(Affaires  étmngères,  C'"»  de  Tunis.) 
DELACROIX  A  UERGULAIS. 

576.  —  Parisy  mars  1  796  {ventôse  an  IV).  —  i<  Je  présume  que 
vous  vous  serez  décidé  à  faire  remplacer  provisoirement  le  citoyen 
Devoize  par  le  premier  député  de  la  nation  ou  tel  négociant  de  TÉchelle 
que  vous  croirez  digne  de  remplir  les  fonctions  consulaires. 

Je  désire  beaucoup  que  vous  puissiez  voir  le  citoyen  Beaussier  pour 
prendre  une  idée  de  son  caractère  et  de  sa  capacité  et  m'en  rendre 
compte.  Je  ne  puis  vous  dire  tout  le  bien  qu'on  publie  de  ce  citoyen 
depuis  longtemps,  ce  qui  est  confirmé  par  des  notes  infiniment  hono- 
rables dans  les  bureaux. 

Je  pressens  que  le  citoyen  Devoize,  fort  de  ses  liaisons  auprès  du 
Bey,  ne  se  résoudra  pas  à  revenir  en  France  et  qu'il  s'établira  è.  Tunis, 
où,  intriguant  avec  les  émigrés  et  autres,  il  pourra  nuire  à  la  Répu- 
blique. Il  serait  donc  avantageux  qu'il  passât  en  France.  La  voie  de  la 

1.  Celle  escadre,  commandée  par  Tamiral  Waldegrave,  se  composail  de  six  vais- 
seaux, qui  vinrent  mouiUer  non  loin  des  bàliments  français  La  Némésis,  La  Sardine, 
1^  Postillon  et  Le  Gerfaut,  faisant  relâche  au  port  de  La  Gouletle.  Dans  la  nuit  du 
19  ventôse  an  IV,  nos  navires  furent  cernés  par  l'escadre  anglaise,  atlaqués  à  Tim- 
proviste  et  contraints  de  se  rendre  après  de  vaines  résistances,  sans  que  Ton  pût  s'ex- 
pliquer les  motifs  d'une  sommation  aussi  brutale  que  contraire  au  droit  des  gens. 


iSi  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1196 

douceur  peut  Ty  déterminer.  Je  me  décide  à  lui  annoncer  son  rappel  et 
à  lui  ajouter  en  même  temps  qu*il  n*a*pas  perdu  la  confiance  da  Goo« 
vernement  et  qu'il  saura  l'employer  dans  un  poste  plus  important. 

Voici  la  lettre  que  je  lui  écris  à  ce  sujet;  vous  déciderez  si  elle  peci 
produire  Teffet  que  j'en  attends.  En  cas  d'incertitude  dans  le  suct^, 
ne  la  remettez  pas.... 

Le  Comité  de  salut  public  réunissait  dans  son  sein  toutes  les  braa- 
ches  de  l'administration  supérieure  de  la  République.  C'était  le  ceotre 
où  tout  aboutissait  et  d'où  l'impulsion  était  donnée  à  celte  vast? 
machine.... 

Cet  ordre  de  choses  est  aujourd'hui  changé  :  Une  constitution  répu- 
blicaine existe.  Les  pouvoirs  et  les  fonctions  sont  séparés  et  distincts... 
Chaque  Ministre  de  la  République  doit  se  renfermer  ficrapuiensemefil 
dans  ses  attributions....  » 

.   {Affaires  élrangéres,  C**  de  Ttmù.) 

LE  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE 
A  HAMODDA,  BEY  DE  TUNIS. 

676.  —  Paris^  mars  4796  {ventôse  an  IV).  —  «  Illustre  et  magnifiqiif 
Seigneur, 

Des  arrangements  relatifs  au  service  de  la  République  française 
exigeant  le  rappel  du  Consul  Devoize,  nous  nous  sommes  détermiDés 
à  faire  passer  à  Tunis,  pour  le  remplacer,  le  citoyen  Beaussier,  qui  a 
de  longs  services  dans  les  Consulats  du  Levant  et  dont  la  probité,  le 
zèle  et  les  talents  nous  sont  parfaitement  connus.  Nous  lui  avons 
donné  à  cet  effet  des  instructions  avec  Tordre  de  vous  assurer  de 
notre  sincère  amitié  et  de  notre  haute  estime.  Nous  le  chargeons  en 
même  temps  de  vous  présenter  cette  lettre  pour  l'accréditer  auprès  de 
votre  personne  en  qualité  de  Consul  général  et  chargé  des  affaires  de 
la  République  française.  Vous  pouvez  en  conséquence  ajouter  eotière 
foi  et  créance  à  tout  ce  qu'il  vous  dira  en  notre  nom,  relativement  au 
service  et  aux  intérêts  de  la  nation  française  dans  votre  pays,  te 
vous  le  recommandons  particulièrement. 

Sur  ce,  nous  faisons  des  vœux,  illustlre  et  magnifique  Seigneur,  pour 
votre  parfaite  prospérité  et  celle  des  États  que  vous  gouvernez.  » 

{Aff'aires  étrangères,  C*«  de  Tunis.) 

MÉMOIRE  POUR  SERVIR  D'INSTRUCTION  AU  CITOYEN  BEAUSSIER, 

CONSUL  GÉNÉRAL  A  TUNIS. 

677.  —  Paris,  mars  1796  [ventôse  an  IV). -^  a  Dès  que  le  citoyeD 
Beaussier  recevra  à  Constantinople  sa  commission  et  les  présentes 


[17961  AVBC  LA  COUR  DE  FRANCE  283 

instructions,  il  prendra  les  mesures  les  plus  promptes  pour  se  rendre 
à  Tunis.  S'il  a  besoin  de  fonds  pour  son  départ  et  pour  son  voyage,  il 
s'adressera  au  citoyen  Yerninac  S  Envoyé  de  la  République  près  la 
Porte  ottomane,  qui  lui  en  remettra. 

Dès  que  le  jour  de  son  départ  de  Gonstantinople  sera  fixé,  il  en 
avisera  le  citoyen  Herculais,  Envoyé  extraordinaire  de  la  République 
auprès  des  Régences  de  Barbarie;  il  lui  adressera  sa  lettre  à  Tunis  oti 
il  est  à  présumer  que  cet  Envoyé  Tattendra  pour  Tinstaller  dans  son 
poste  et  le  présenter  au  Bey. 

U  est  vraisemblable  que  si  les  opérations  dont  le  citoyen  Herculais 
est  chargé  Tout  obligé  de  quitter  Tunis,  il  aura  laissé  chez  quelque 
député  ou  négociant  de  TËchelle  des  instructions  relatives  à  la  con- 
duite qu'aura  à  tenir  le  citoyen  Beaussier  envers  Tex-Gonsul  Devoize, 
envers  le  Bey  et  sa  cour;  en  ce  cas  cet  agent  s*y  conformera  exac- 
tement. 

Pour  cette  raison  et  parce  que  le  citoyen  Beaussier  connaît  la.  nature 
et  rétendue  des  devoirs  et  des  fonctions  attachées  au  poste  qu'il  va 
remplir,  on  n'entrera  dans  aucun  des  détails  qui  seraient  indispen- 
sables pour  toute  personne  qui  n'aurait  pas  encore  servi  dans  les 
Consulats  du  Levant.  C'est  pourquoi  on  se  bornera  à  l'instruire  de 
quelques  objets  particuliers  à  TËchelle  de  Tunis. 

Le  citoyen  Herculais  aura  pourvu  à  ce  que  l'installation  du  citoyen 
Beaussier  soit  accompagnée  de  quelques  présents  pour  le  Bey  et  pour 
sa  cour;  ainsi  ce  nouvel  agent  ne  doit  avoir  aucune  sollicitude  à  cet 
égard. 

La  nation  française  à  Tunis  est  beaucoup  plus  nombreuse,  dit-on, 
qu'elle  ne  l'a  jamais  été.  Cette  circonstance  n'est  pas  sans  inconvé- 
nient. Elle  donne  au  Bey  plus  d'àpreté  dans  ses  demandes  ou  dans  ses 
plaintes,  parce  qu'il  regarde  cette  colonie  comme  un  otage  précieux, 
et  il  n'a  pas  tort.  Cette  augmentation  des  nationaux  est  un  peu  l'effet 
de  la  Révolution  et  un  peu  celui  de  la  condescendance  ou  faiblesse  du 
citoyen  Devoize.  Quoi  qu'il  en  soit,  elle  cause  des  troubles  et  diminue 
notre  considération  auprès  du  gouvernement  de  Tunis.  Les  ordon- 
nances ne  permettaient  que  quatre  établissements  à  Tunis.  On  sent 
combien  il  serait  difficile  de  les  réduire  aujourd'hui  à  ce  nombre;  mais 
le  citoyen  Beaussier  se  conduira  de  manière  à  ce  qu'ils  ne  deviennent 
pas  plus  nombreux  qu'ils  ne  sont.  En  attendant,  il  enverra  au  Ministre 

1.  Raymond  Yerninac  de  SainUMaur,  gendre  du  Ministre  Delacroix,  successive- 
ment Commissaire  à  Avignon,  Ministre  plénipotentiaire  en  Suède,  Envoyé  extraor- 
dinaire k  Gonstantinople  et  enfin  Préfet  du  Rhône. 


â84  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [iV^ 

des  relations  extérieures  Tétat  des  maisons  françaises  et  des  Françai- 
établis  à  Tunis  avec  la  date  précise  de  leurs  établissements  ^ 

Les  teskerets  ou  permisssions  d  extraire  des  grains,  etc.,  des  £u^ 
de  Tunis  sont  facilement  accordés  par  le  Bey;  il  en  accorde  mêmes 
ses  ennemis,  aux  Napolitains  et  aux  Maltais.  Certes,  nos  négociants  ^ 
notre  Agence  d'Afrique  ne  peuvent  manquer  d'en  obtenir.  II  faut  U 
leur  laisser  demander.  Le  citoyen  Beaussier  ne  doit  se  mêler  de  m 
objet  que  dans  le  cas  d'un  refus  qui  n*aurait  pour  principe  qae  1^ 
caprices  ou  la  mauvaise  volonté  du  Bey.  Son  prédécesseur  s'iogérai! 
beaucoup  trop  fréquemment  dans  ces  sortes  de  négociations.  Il  k 
résultait  Tinconvénient  que  le  représentant  de  la  République  français 
était  presque  sous  la  dépendance  du  Bey,  qui  dans  Toccurrence  exigeât 
de  la  reconnaissance  pour  des  teskereU  qu'il  eût  volontiers  àceorâa 
sans  aucune  intervention. 

Un  convoi  de  marchandises  appartenant  à  des  négociants  de  Mif- 
seille  et  qui  était  depuis  longtemps  à  Tunis  a  été  vendu  dapr^le^ 
instructions  que  le  Comité  de  salut  public  avait  données  au  citoyen 
Herculais.  Cette  opération  ne  sera  peut-être  pas  finie  à  TarriTée  h 
citoyen  Beaussier  &  Tunis.  En  ce  cas,  il  la  continuera  avec  soin  et  célé- 
rité d'après  les  instructions  qu*il  recevra  de  cet  Envoyé. 

Une  des  causes  du  rappel  du  citoyen  Devoize  est  sa  molle  coodey 
cendance  pour  les  émigrés  français  retirés  à  Tunis.  On  conoait  assez 
les  sentiments  du  citoyen  Beaussier  pour  être  convaincu  qu'U  naan 
pour  les  ennemis  de  la  patrie  que  la  plus  rigoureuse  sévérité.  On 
assure  qu'ils  affectent  à  Tunis  la  plus  extrême  insolence  et  que  lear 
présence  y  nuit  beaucoup  à  nos  afiaires.  C'est  à  cet  agent  à  tenter  df 
les  réprimer  dans  toutes  les  occasions,  à  Taide  du  gouvernement  de  | 
Tunis.  Il  en  fera  connaître,  autant  qu'il  sera  possible,  le  nombre  exacl 
avec  leurs  noms,  au  Ministre  des  relations  extérieures,  qui  examinen 
s'il  serait  possible  de  les  faire  chasser  par  le  moyen  de  rintemotloQ 
de  la  Porte  ottomane. 

Les  événements  de  la  guerre  maritime  ont  occasionné,  depuis  deiu 
ou  trois  ans,  quelques  contestations  entre  le  gouvernement  fran^ai^ 
et  le  Bey  pour  des  navires  ou  des  cargaisons  confisqués  de  pari  et 
d'autre,  et  encore  pour  des  rachats  d'esclaves.  Les  remboursement» 
que  la  République  a  payés  pour  ces  objets  se  portent  à  des  somiQfô 
considérables.  C'est  le  citoyen  Devoize  qui  a  terminé  et  arrangé  toutes 

1.  Voy.  cet  étal  à  la  p.  305,  —  et  Mémoire  sur  le  commerce  de  Turù  «  ^onî^ 
(Affaires  élranfféres.  Mémoires  et  Documents^  Afrique), 


[1796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  285 

ces  aJBaires  d'intérêt.  Il  est  reconnu  qu'il  ne  s'est  pas  écarté  des  prin- 
cipes d'équité  et  qu'il  a  suivi  fidèlement  le  texte  des  traités.  Mais  il  a 
eu  le  tort  de  ne  pas  consulter  le  gouvernement  dont  il  dépendait,  de 
ne  pas  lui  demander  ses  ordres.  Tous  ses  engagements,  au  surplus, 
ont  été  ratifiés.  Mais  le  gouvernement  n'a  pas  vu  avec  satisfaction 
cette  sorte  d'indépendance  affectée  par  un  Consul.  En  conséquence,  il 
a  fait  notifier  au  Bey  par  son  Envoyé  qu'à  l'avenir  tout  engagement 
pris  par  le  Consul  serait  nul,  s'il  n'était  ratifié  à  Paris  par  le  Directoire 
exécutif,  et  le  Bey  lui-même  a  senti  combien  cette  détermination  était 
fondée.  Le  citoyen  Beaussier  ne  la  perdra  pas  de  vue  dans  les  affaires 
qu'il  gérera. 

11  lui  est  adressé  conjointement  avec  ces  instructions  une  copie  de 
la  circulaire  du  3  nivôse  dernier  relative  aux  objets  sur  lesquels  les 
Consuls  doivent  correspondre  avec  le  Ministre  de  la  marine.  Le  citoyen 
Beaussier  se  conformera  rigoureusement  aux  dispositions  qu'elle  ren- 
ferme. 

Depuis  quelque  temps,  des  négociants  français  à  Tunis  servent  d'in- 
termédiaire entre  la  France  et  le  Bey  pour  des  affaires  particulières. 
Ce  vice  récemment  introduit  par  la  faiblesse  de  Devoize  est  contraire 
aux  formes  qu'il  convient  de  suivre.  Ces  négociants  retirent  personnel- 
lement tous  les  avantages  des  dons  que  fait  le  gouvernement  français, 
et  d'ailleurs  sont  communément  disposés  à  préférer  leurs  intérêts  à 
ceux  de  leur  pays.  Le  citoyen  Famin,  établi  à  Tunis,  a  traité  deux 
affaires  importantes  :  1^  celle  de  38  esclaves  à  Malte  ;  2®  celle  de  muni- 
tions de  guerre  que  nous  avons  données  au  Bey.  Le  citoyen  Beaussier 
doit  sentir  que  le  Bey  met  ces  actes  de  bienveillance  sur  le  compte  de 
ce  négociant  et  peut  croire  n'en  devoir  aucune  reconnaissance  à  la 
France.  Il  le  détrompera  à  cet  égard,  quand  l'occasion  s'en  présentera. 
Cet  agent  s'informera  s'il  est  vrai  que  le  négociant  Famin  soit 
associé  avec  le  Sahib-tap,  et  que  ses  manœuvres  et  ses  opérations  sont 
réellement,  comme  on  le  dit,  nuisibles  au  commerce  français. 

Il  existe  à  la  cour  du  Bey  deux  hommes  qui  y  jouissent  de  la  plus 
haute  faveur  :  l'un  est  le  premier  Ministre  Sidi  Mustapha,  qui  est  resté 
constamment  l'ami  des  Français,  et  l'autre  est  le  Sahib-tap,  qui  en  est 
l'ennemi.  Ce  dernier  arrive  de  Constantinople,  où  il  était  ambassadeur 
du  Bey  dont  il  est  le  favori.  Il  lui  a  autrefois  sauvé  la  vie,  et  sans  doute 
le  Bey  n'oubliera  jamais  ce  bienfait.  Il  serait  donc  inutile  et  même 
imprudent  de  lutter  contre  ce  favori  auprès  du  Bey.  Il  faut,  au  con- 
traire, le  gagner  à  la  République.  L'Envoyé  à  Constantinople  assure 
qu'il  retourne  à  Tunis  avec  des  dispositions  favorables  pour  elle,  et 


286  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [\:%i 

qa*\ï  est  prêt  à  la  servir  avec  autant  de  chaleur  que  Sidi  Mustapha  Isî- 
méme.  Ce  cfaaagement  est  occasionné  par  les  vives  recommandations 
du  Capitan-Pacha.  L»  citoyen  Beaussier  évitera  d*en  perdre  le  fr& 
par  trop  de  précipitation.  Il  ménagera  le  Sahib-tap,  sans  se  départir d^f 
égards  dus  au  gouvernement  français  ;  il  s'abstiendra  de  montrer  c 
la  prédilection  pour  Mustapha,  émule  dtt  orédit  du  Sahib-tap  auprès  à 
Bey.  Quoique  la  République  soit  bien  au-de89«ft  des  petites  intrip^^ 
de  ces  petites  cours,  elle  ne  doit  rien  négliger  de  kwl  ce  quipeoLj 
attirer  ou  conserver  la  bienveillance  des  étrangers. 

Mais  cette  cour  est  en  ce  moment  très  intéressante  pour  de  î^t^ 
les  rapports  du  commerce  et  de  la  navigation.  Le  citoyen  Beaussier tr 
les  perdra  point  de  vue.  Il  n'oubliera  pas  combien  les  importations  ei 
France  et  surtout  celles  qui  consistent  en  grains  sont  nécessaire^  i 
ce  moment.  Il  favorisera  donc  de  tout  son  pouvoir  toutes  les  opéra 
tions  de  ce  genre  et  se  concertera  avec  le  citoyen  Herculais,  qui  a  ne 
des  instructions  expresses  à  cet  égard. 

Comme  il  est  possible  que  le  citoyen  Devoize  n'ait  pas  rintention  dr 
revenir  en  France  et  que,  se  fiant  à  la  bienveillance  du  Bey  etdesoo 
Ministre,  il  veuille  se  fixer  à  Tunis  oCi,  par  ses  liaisons  avec  certeis^ 
nationaux  et  même  avec  des  émigrés,  il  pourrait  nuire  aux  intérêt^ 
de  la  République,  le  citoyen  Beaussier  fera  tous  ses  efforts  pour  capter 
sa  confiance,  afin  de  le  déterminer  à  retourner  en  France  ;  il  lui  exposera 
la  rigueur  de  nos  lois  contre  les  agents  rappelés  qui  ne  retournes: 
pas  dans  leur  patrie,  la  honte  d*étre  confondu  avec  ses  ennemis.  Il 
rassurera  qu'il  peut  compter  sur  la  justice  la  plus  impartiale  de  la  pari 
du  Directoire  exécutif. 

II  rendra  compte  au  Ministre  des  relations  extérieures  de  la  situa- 
tion dans  laquelle  il  aura  trouvé  les  archives,  la  chancellerie  et  toQte^ 
les  dépendances  du  Consulat  à  son  arrivée  à  Tunis. 

Le  citoyen  Beaussier  se  rappellera  sans  cesse  qu'en  lui  confiaDli«' 
poste  de  Tunis,  le  Directoire  exécutif  a  compté  sur  son  zèle,  ses 
amour  pour  son  pays  et  son  dévouement  inaltérable  à  ses  intérêts. 
On  espère  que  toute  sa  conduite  prouvera  qu'il  était  digne  de  ce  chou 
et  qu'il  méritait  la  confiance  dont  Ta  honoré  le  Directoire.  '> 

{Affaires  itmngèrts^  (?•»  de  7ws.) 
DEVOIZB  A  DELACROIX. 

578.  —  Tunis,  i2  mars  1  796  [22  ventôse  an  IV),  —  L'amiral angbûs 
Waldegrave  vient  de  se  présenter  de  nouveau  près  du  Bey  pour  v 
remplir  sa  mission.  Son  objet  principal  est  la  reconnaissance  de  la 


;i796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  287 

Corse  comme  faisant  partie  des  Ëtats  britanniques.  S*il  s*opère  un 
accommodement,  Devoize  n'épargnera  rien  pour  faire  restituer  les 
bâtiments  français  enlevés  par  une  violation  des  lois  de  la  guerre. 

Dans  un  post*scriptum,  Devoize  annonce  que  Tescadre  anglaise  vient 
d'appareiller  avec  les  bâtiments  français.  Il  est  presque  certain  que 
les  Anglais,  en  venant  à  Tunis,  ne  voulaient  pas  traiter  avec  le  Bey,  mais 
surprendre  et  saisir  les  armements  français  '. 

{Affaires  élrangères,  C^^de  Tttnis.) 
DEVOIZE  A  DELACROIX. 

679.  —  TuniSy  14  mars  1796  {24  ventôse  an  IV).  —  «  Citoyen 
Ministre,  il  existait  à  Tunis,  comme  dans  toutes  les  Echelles  du  Levant 
et  de  Barbarie,  une  chapelle  consulaire...  Le  citoyen  Herculais  y  a 
entendu  souvent  la  messe  avec  beaucoup  de  recueillement  dans  le  prie- 
Dieu  du  Consul...  Ayant  senti  qu  il  n'avait  pas  fait  ce  qu'il  devait,  il  a 
cru  pouvoir  le  réparer  en  faisant  plus  qu'il  ne  devait;  il  a  annoncé 
que  ceux  qui  désireraient  entendre  la  messe  pourraient  me  demander 
un  appartement  ou  un  coin  de  mon  écurie  pour  y  faire  dresser  un 
autel,  réservant  la  chapelle  pour  y  tenir  des  assemblées  et  y  donner 
des  fêtes  '.  Les  négociants,  qui  sentent  qu'une  nation  qui  existerait  sans 

1.  Voy.  la  noie  1,  p.  281. 

2.  Rapport  d'Herculais  au  Directoire  sur  Véylise  du  Fondouk  de  France  à  Tunis, 
-  Une  ciiapelle  dédiée  à  Louis  IX  existe  dans  le  Fondouk,  un  prêtre  italien  de 
rhospice  y  venait  dire  la  messe,  une  cloche  annonçait  la  cérémonie,  le  pavillon  de 
la  République  était  arboré,  le  Consul  se  plaçait  dans  un  fauteuil  de  velours  au 
devant  duquel  est  un  prie^Dieu  couvert  d'un  tapis  de  même  ètolTe  et  chargé  de 
missels  dorés. 

Peu  après  mon  arrivée  à  Tunis,  je  parlai  plusieurs  fois  au  Consul  de  cette  cha- 
pelle, lui  fis  observer  combien  cette  affectation  dans  un  culte  était  contraire  à  la 
Constitution,  et  lui  dis  plusieurs  fois  que  cette  église  paraissait,  aux  yeux  des 
républicains,  être  une  pierre  d'attente  pour  chanter  un  Te  Deum,  si  jamais  la 
monarchie  se  rétablissait.  Entre  plusieurs  objections  futiles,  pour  ne  pas  dire  de 
mauvaise  foi,  qu'il  m'alléguait  sans  cesse,  une  seule  me  frappa;  c'était  le  mauvais 
effet  que  ta  suppression  de  ce  temple  pourrait  faire  dans  le  pays  parmi  les  Maures. 
Sept  mois  de  séjour  et  d'observations  m'ayant  convaincu  que  la  plupart  des  Maures, 
parfaitement  instruits  de  ce  qui  se  passe  &  ce  sujet  en  France,  étaient  étonnés 
que  le  Consul  ne  se  fût  pas  conformé  à  ce  qu'on  y  pratiquait,  je  dis  enfin  au 
citoyen  Devoize  que  j'allais  faire  fermer  la  chapelle,  faire  vendre  les  meubles,  ôler 
le  tableau  de  Louis  IX  et  supprimer  le  salaire  du  moine  payé  par  la  République, 
et  que  le  Consul,  n'étant  pas  logé  convenablement,  occuperait  la  chapelle  attenante 
à  ses  appartements  et  paraissant  devoir  naturellement  faire  un  salon  pour  lui  et 
une  salie  d'assemblée  pour  la  nation. 

J'ai  éprouvé  de  la  part  du  Consul  les  plus  grands  obstacles  pour  exécuter  cette 
mesure.  Voyant  qu'il  ne  pouvait  changer  ma  détermination,  il  a  cherché  à  recueillir 
les  voix  de  trois  ou  quatre  négociants  pour  demander  cette  chapelle  et  continuer 
d'y  faire  célébrer  le  culte.  Je  lui  ai  répondu  que  ces  négociants  pouvaient  choisir 
tel  autre  local  dans  le  Fondouk,  que  celui-là  appartenait  au  gouvernement...  Enfin, 
pour  éviter  l'éclat,  j'ai  consenti  h  laisser  cette  chapelle  fermée  jusqu'à  ce  que  vous 
en  ayez  disposé.  Mais  je  me  permettrai  de  vous  faire  observer  qu'il  convient  à  tous 


cS' 


if.> 


â88  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  IT'A. 

culte,  dans  an  pays  où  la  philosophie  n'a  pas  pénétré  et  où  cepead 
la  tolérance  règne,  y  végéterait  dans  une  condition  au-dessous  de 
des  Juifs,  ont  demandé  au  citoyen  Herculais  de  pouvoir  entendra  k 
messe  dans  la  ci-devant  chapelle  consulaire...  »  Devoize  appuie  l-i 
demande  :  «  L*établissement  d'une  chapelle  est  un  important  pmilèf- 
consacré  par  nos  traités;  si  Ion  renonce  volontairement  à  un  prhilu'i 
on  en  contestera  bientôt  un  autre.  La  religion  sert  ici  la  politique  da:^ 
bien  des  réclamations...  Le  Bey,  dans  les  affaires  de  prises,  eiigpj: 
capitaine  le  serment,  entre  les  mains  du  chapelain  de  la  natioa,  qj. 
les  notes  d'effets  qu'il  présente  sont  fidèles...  » 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tums.) 


égards  de  la  destiner  à  l'usage  que  j'indique.  Le  Consul  est  mal  logé,  sa  iâ^ 
actuelle  est  très  petite  et  entourée  des  appartements  de  sa  gouTernante  tiéna 
enfants... 

Le  Bey,  qui  s'occupe  fort  peu  du  culte  des  Européens,  bien  loin  d*ètre  méiî^h- 
de  cette  démarche,  m*en  a  paru  satisfait,  ainsi  que  tous  les  grands  quimerépèi^ 
souvent  que  le  Consul  parait  en  tout  ne  pas  aimer  la  République.  Le  Bey,  das> 
une  conversation  à  ce  sujet,  m'a  dit  :  —  A  présent  nous  avons  quatre  manière>i^ 
compter  les  années;  et,  commençant  avec  un  air  de  dédain,  les  Juifs,  \esekre(ifib 
puis  d'un  air  gracieux,  nous,  et  les  Français  qui  sont  à  leur  quatrième  anoét.  ï 
ajouta:  Les  Français  se  rapprochent  tous  les  jours  des  Musulmans.  PlùlaoCif 
que  nous  devenions  tous  un!  —  Je  vous  écris  ces  détails,  parce  que  je  oe  d$> 
pas  qu'aussitôt  mon  départ  le  Consul  ne  vous  écrive  et  fasse  écrire  par  qoelqur 
négociants  pour  rétablir  sa  chère  chapelle... 

Si  les  Français  sous  la  protection  de  la  République  ne  trouvent  pas  de  (oi 
dans  le  Pondouk  pour  célébrer  le  culte  catholique,  il  y  a  l'hospice  des  missions  qv 
est  sous  la  protection  de  la  France,  les  chapelles  d'Espagne,  de  Venise,  et  lliôpiu^ 
espagnol  où  ils  peuvent  aller.  Je  joins  ici  copie  des  ordres  que  j'ai  donnés.  * 

L  Tunis,  ti  févfHer  1796  (2  ventôse  an  iV).^  •  AUois  Herculais,  Envoyé  extncf- 
dinaire  de  la  République  française  auprès  des  Puissances  de  Barbarie, 

En  conformité  des  lois  de  la  République  française,  enjoint  au  chancelier  dett 
Consulat  de  signifier  au  Révérend  Père  Préfet  de  l'hospice  des  Capucins  de  te 
que  la  chapelle  du  Fondouk  français  est  fermée,  et  le  présent  ordre  affiché  &o 
Fondouk  français. 

Les  citoyens  français  doivent  savoir  que  chacun  est  libre  d*exercer  le  câit 
qu'il  professe,  et  peut  choisir  dans  le  Fondouk  tel  autre  local  pour  le  célébrer  en 
se  conformant  aux  lois  de  la  Constitution. 

La  chapelle  du  Fondouk  et  ses  meubles  appartenant  au  gouvernemeoff  ''  ^^^ 
disposera.  »  Huculais. 

IL  Tunis,  il  février  4796  {i  ventôse  an  IV).  —  Au  T.  R.  P.  Cbariés,  Capucia,  Prèfe 
des  missions  à  Tunis.  «  Ce  jourd'hui  2  ventôse,  quatrième  année  républicaine. 
nous,  chancelier  de  ce  Consulat  général  de  la  République  française  en  ceiu 
ville  et  royaume  de  Tunis,  d'ordre  du  citoyen  Allois  Herculais,  avons  prèfm  i^ 
Préfet  des  Capucins,  par  la  copie  de  la  lettre  ci-jointe,  que  la  chapelle  du  FoinloDk 
était  fermée. 

Très  Révérend  Père,  J'ai  l'honneur  de  vous  prévenir  que,  conformémeDl  aji 
lois  de  la  République  française,  le  citoyen  Envoyé  a  fait  fermer  la  chapelle  du 
Fondouk,  et  m'a  chargé  de  vous  en  prévenir. 

Agréez,  je  vous  prie.  Très  Révérend  Père,  mon  salut  affectueux.  -  J.-B.  Abwso*- 
chancelier.  {Affaires  étrangères,  €*■*  de  Tunis,) 


[1796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  289 

DEVOIZE  A  DELACROIX. 

580.  —  Tunis,  19  mars  1796  (29  ventôse  an  IV),  —  Il  répond  aux 
dénonciations  qu'on  a  portées  contre  lui.  Jamais  il  n  a  rien  dit  ni 
rien  fait  contre  la  Convention  ;  il  n'a  eu  avec  le  Consul  anglais  que  des 
relations  d'affaires;  il  n'a  eu  aucune  communication  avec  les  émigrés... 
«  Il  est  faux  que  j'aie  interdit  les  chansons  patriotiques,  qu'on  n*a  cessé 
de  chanter;  j'ai  entonné  moi-même  les  airs  dans  les  fêtes  que  j'ai 
données  k  l'occasion  des  principaux  et  glorieux  événements  de  notre 
Révolution.  Il  m'est  arrivé  une  seule  fois  que  des  artisans  et  domes- 
tiques, constamment  établis  autour  d'une  table  chez  le  boulanger,  y 
chantaient,  au  milieu  des  fumées  du  vin,  d'une  telle  force  que  plusieurs 
négociants  étourdis  du  bruit  m'en  portèrent  leurs  plaintes;  j'invitai 
ces  citoyens  à  adoucir  leurs  voix  et  à  ne  pas  se  conduire,  dans  l'habi- 
tation des  Français  où  devait  régner  la  décence,  comme  s'ils  étaient 
dans  une  taverne.  Au  milieu  d'une  de  ces  orgies,  Gérard  Boulanger, 
un  des  signataires  de  la  dénonciation,  avait  déjà  rabattu  le  crochet  de 
son  poids  pour  y  pendre  un  Juif;  j'arrivai  k  temps  pour  prévenir  un 
assassinat  qui  n'eût  pas  manqué  d'exciter  Tindigualion  du  Bey,  qui 
se  fût  peut-être,  dans  sa  colère,  porté  à  quelque  excès  envers  les 
Français...   »   Il  n'a  pas   non  plus  laissé   chanter  le   fameux   air  : 
0  Richard!  etc.,  etc.  Quant  k  la  fête  du  14  juillet,  il  n'avait  pas  été 
informé  à  temps  qu'elle  était  rétablie;  en  ce  qui  concerne  la  scène  qui 
s'en  suivit  chez  le  Bey,  le  citoyen  Seguier  fut  mis  en  prison  au  Bardo, 
mais  il  s'est  attiré  ce  désagrément.  Le  Bey  se  plaignait  des  chants 
bruyants  du  Fondouk,  et  sans  lui  adresser  la  parole,  le  citoyen  Seguier 
s'avança  en  caressant  son  jabot  et  lui  dit  :  J'ai  chanté,  j  ai  une  belle 
voix,  je  veux  chanter...  Devoize  déclara  au  Bey  qu'il  ne  sortirait  pas 
de  son  palais  tant  qu'un  Français  y  serait  en  prison,  et  Seguier  fut 
relâché. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  UERCULAIS. 

581.  —  Tunis,  21  mars  1796  (/•••  germinal  an  IV].  —  «  Citoyen 
Envoyé,  je  viens  d'apprendre  par  une  voie  sûre  que,  sur  une  dénoncia- 
tion de  quelques  négociants  de  cette  Ëchelle,  j'ai  été  destitué  de  la 
place  de  Consul  général  et  chargé  d'affaires  de  cette  Régence...  Il  faut 
que  les  faits  énoncés  soient  bien  graves  pour  qu'un  gouvernement 
juste  se  soit  décidé  à  ôter  à  un  ancien  officier  et  son  état  et  son  hon- 
neur. Si,  dans  cette  situation,  il  m'était  permis  dégoûter  quelque  conso- 

i9 


ni'» 


■J' 


290  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [17% 

lation,  ce  serait  celle  de  voire  présence  à  Tunis,  où  déjà  chargé,  pai 
ordre  du  Comité  de  salut  public,  de  prendre  des  information  5ic 
d  anciennes  accusations,  dont  j'ai  démontré  toutes  les  faussetés,  t 
pouvez  y  vérifier  les  no\iveaux  griefs  articulés  contre  moi;  si  jh-l 
appelé  à  Paris,  où  je  dois  être  jugé,  je  perdrai  au  moins  beaucoup  i 
temps  pour  me  procurer  les  preuves  d'une  prompte  et  complète  ja>î. 
fication  que  la  nature  de  la  dénonciation  peut  exiger  que  je  recueille  :c 
Je  vous  prie   donc,  citoyen  Envoyé,  comme   mon  juge  naturels 
Tunis,  de  convoquer  une  assemblée  des  régisseurs,  savoir  :  les  cilow^ 
Lenadier,   Guiraud  ou  Barthez  son  associé,   Minuti,    Caille,  Moiin*^ 
Arnaud,  Noble,  Bouziges,  Fuzier,  Beaussier,  composant  seuls  le  c»r['' 
des  négociants,  et  de  leur  demander  connaissance  de  leur  dénoom- 
tion,  qu'aucun  motif  fondé  ne  peut  les  dispenser  de  vous  commcc; 
quer,  pour  en  éclaircir  les  faits  et  me  mettre  en  mesure  d  y  ^épond^ 
Ce  serait   un  déni  de  justice  dont  vous  êtes  incapable,  que  de  ir^ 
refuser  de  remplir  cette  formalité.  Si  tous  les  négociants  s'accordeoU 
vous  dire  qu'ils  n'ont  fait  aucune  dénonciation  contre  moi,  il  me  snftn 
que  vous  vouliez  bien  en  faire  foi  au  bas  de  ma  requête;  s'il  en  exis! 
une,  elle  doit  m'être  communiquée;  c'est  l'affaire  la  plus  importab!'' 
de  ma  vie  que  de  connaître  comment,  après  avoir  servi  ma  patrie  pen- 
dant dix-neuf  ans  avec  zèle  et  honneur,  et  le  suffrage  constant  de  lor 
supérieurs,  j'ai  pu  tout  à  coup  être  frappé  d'une  destitution  qui  m^ 
range  dans  la  classe  des  mauvais  citoyens.  » 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
HERGULAIS  A  DEVOIZE. 

682.  —  Tunis,  24  mars  1796  {4  germinal  an  IVj.  —  II  n'a  T^y 
aucune  nouvelle  officielle  de  la  destitution  du  citoyen  Devoize,  eU^ 
trouve  point  à  propos  de  convoquer  une  assemblée  des  négociant 
pour  discuter  sa  conduite.  1 

{Affaires  étrangères,  C*'  de  Twis.) 
DEVOIZE  A  DELACROIX. 

683.  —  Tunis,  26  mars  1  796  (6  gei^inal  an  IV).  —  Il  apprend  sa 
destitution,  et  il  est  convaincu  que  son  accusateur  est  le  citoyen  Her* 
culaîs  lai-même...  «  Citoyen  Ministre,  ce  n'est  pas  la  faveur  qui  ma 
placé  dans  ce  poste-ci.  J'y  suis  parvenu  par  de  longs  et  bonsseni^^' 
après  avoir  vieilli  oublié  dans  les  grades  subalternes  pendant  quiD'^^ 
ans;  j'ai  commencé  ma  carrière  par  gérer  par  intérim,  sous  le  lilr^ 
d'élève,  les  affaires  de  ce  Consulat;  les  sentiments  d'estime  et  d'affiiiif 
que  je  sus  inspirer  au  Bey  et  à  son  premier  Ministre  me  firent  choisir. 


[i796J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  291 

en  1791,  pour  passera  Tunis  en  qualité  decommi  ssaire...  »  Il  expli- 
que les  circonstances  critiques  qu*il  a  traversées...  «  La  destitution 
honteuse,  dont  Tinjustice  arrachée  à  votre  bonne  foi  par  la  méchan- 
ceté la  plus  noire  m'affecte  encore  plus  que  la  perte  de  mon  emploi, 
a  étrangement  surpris  le  Bey  et  tous  les  Ministres  de  la  Régence,  qui 
savent  avec  quelle  chaleur  j'ai  servi  les  intérêts  de  la  République.  Ils 
ont  été  révoltés  surtout  que  la  calomnie  soit  partie  d'un  homme  qui, 
pour  me  servir  de  leur  expression,  mangeait  le  pain  et  le  sel  avec  moi 
depuis  dix  mois;  Topinion  publique,  qui  s'explique  sans  ménagement, 
n'a  pas  peu  contribué  à  faire  prendre  au  citoyen  Herculais  la  résolution 
subite  et  assez  extraordinaire  de  s'embarquer  sur  une  frégate  algé- 
rienne pour  se  rendre  à  Alger...  Malgré  les  embarras  dans  lesquels  cet 
Envoyé  me  laisse,  n'ayez,  citoyen  Ministre,  aucune  inquiétude  sur  le 
service  de  la  République;  il   ne  souffrira  pas  de  ma  position...  Je 
munirai  mon  successeur  de  tous  les  renseignements  qui  pourront  le 
mettre  à  même  de  remplir  ses  fonctions  avec  encore  plus  de  succès 
que  moi.  Quant  au  citoyen  Herculais,  il  a  avili  à  Tunis  son  caractère 
par  un  esprit  d'intrigue,  par  la  vie  la  plus  scandaleuse,  les  mœurs  les 
plus  corrompues,  le  mépris  affecté  de  tous  les  principes  de  morale,  et 
la  fréquentation  habituelle  de  ces  lieux  où  un  simple  particulier  qui  se 
respecte  un  peu, n'ose  se  montrer;  voilà  ce  qui  a  si  fortement  attaché  le 
citoyen  Herculais  au  séjour  de  Tunis...  »  Devoize  accuse  Herculais 
d'avoir  été  la  cause  de  la  perte  des  quatre  bâtiments  de  TËtat  enlevés  par 
les  Anglais...  Elle  fut  provoquée  par  l'offre  imprudente  faite  publique- 
ment au  Bey  et  bientôt  répandue  à  Tunis  de  faire  débarquer  tous  les 
équipages  français  pour  les  placer  aux  batteries  de  La  Goulette... 
L'amiral  anglais  a  écrit  à  Sidi  Mustapha  qu'il  avait  cru  devoir  prévenir 
Teffet  des  menaces  de  l'Envoyé  de  France'... 

{Affaires  étrangèreSy  C''  de  Tunis.) 
HERCULAIS  A  DELACROIX. 

684.  —  Alger ^  9  avnl  1796  {20  germinal  an  IV).  —  Il  vient  de 
passer  à  Alger  pour  y  continuer  sa  mission,  et  rend  compte  au  Ministre 
de  la  prise  de  nos  navires  par  l'amiral  anglais  Waldegrave  dans  la  rade 
de  La  Goulette  '.  Le  Bey  ne  pouvait  y  croire,  et  voulait  déclarer  la 

1.  Déclaration  de  la  nation  française  à  Tunis.  —  Tuni^,  ^6  mars  1796  {€  germinal 
an  IV).—  Les  citoyens  Arnaud,  Noble,  Fuzier,  Lenadier,  Famin,  Bouziges,  Beaussier 
déclarent  que  la  malveillance  seule  p«ut  chercher  à  faire  soupçonner  Devoize 
d'être  un  mauvais  citoyen.  {Affaires  étrangères ^  C'**  de  Tunis.) 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  281. 


292  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1796) 

guerre  à  l'Angleterre.  L'amiral  avait  également  capturé  des  naTires 
neutres;  il  les  restitua  et  emmena  les  bâtiments  français.  Les  étals- 
majors  recouvrèrent  leur  liberté,  mais  tous  les  hommes  d  équipa^;- 
restèrent  prisonniers  des  Anglais.  Herculais  a  réclamé  au  Bey  la  yaleiir 
des  navires  capturés  dans  ses  eaux. 

La  conduite  de  Devoize  est  tout  à  fait  tortueuse.  Il  sait  qu'il  va  être 
rappelé  et  s'exhale  en  menaces  contre  les  négociants  qu'il  accuse  de 

s'être  plaints  de  lui  au  Directoire.  Quant  à  l'état  de  la  comptabilité,!! 

reste  dû  115,000  piastres  au  Juif  Elias  Attel,  qui  avait  avancé  desfoni«^ 

à,  Devoize,  et  qui  avait  été  chargé  par  ce  Consul  d'expédier  et  de  vendre 

une  cargaison  à  Livourne. 

{Affaires  élrangéreSf  C"*  de  Tunis.) 
HERCULAIS  A  DEVOIZB. 

585.  —  Algevy  i 2  avril  i  796  {23  germinal  an  IV).  —  «  Nous,  Envoyé 
extraordinaire  de  la  République  française  près  les  Puissances  musul- 
mânes  de  l'Afrique, 

D'après  la  lettre  du  Ministre  des  relations  extérieures  en  date  da 

7  pluviôse  an  lY  de  la  République  française. 
D'après  l'arrêté  du  Directoire  en  date  du  23  nivôse  an  lY, 
Requérons  le  citoyen  Devoize  de  remettre  sur-le-champ  au  citoveo 

Guiraud,  député  de  la  nation  française,  la  correspondance  et  tous  les 

papiers  du  Consulat.  » 

{Affaii*es  étrangères ^  C'"*  de  Tunis.) 
UERCULAIS  A  GUIRAUD  ^ 

586.  —  Alger,  12  avril  1796  {23  germinal  an  IV).  —  «  Conformé- 
ment aux  ordres  que  le  Ministre  des  relations  extérieures  m'a  tran^ 
mis,  je  vous  préviens  que  je  vous  ai  nommé  pour  gérer  provisoiremeot 
le  Consulat  et  exiger  aussitôt  du  citoyen  Devoize  la  correspondance  et 
tous  les  papiers  relatifs  à  l'emploi  qu'il  occupait.  Je  connais  trop  votre 
zèle  pour  douter  que  vous  ne  remplissiez  avec  le  plus  grand  soin  votre 
nouvelle  charge. 

Il  serait  peut-être  à  propos  que  vous  logeassiez  pendant  cet  intérim 
au  Fondouk,  et  je  vous  autorise  à  prendre  à  cet  égard  les  mesures  qae 
vous  jugerez  convenables. 

Je  joins  ici  une  lettre  pour  le  Bey  que  vous  lui  donnerez,  si  vous  k 
jugez  nécessaire.  Salut  et  fraternité.  » 

{Affaires  étrangères,  (?■*  de  Tunis.) 

1.  Louis  Guiraud,  négociant  à  Tunis,  associé  de  la  maison  Barthez  et  députide. 
la  nation  française. 


![1796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  293 

HERCULAIS,  BNYOYÉ  EXTRAORDINAIRE  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE 

PRÈS  LES  PUISSANCES  MUSULMANES  D'AFRIQUR, 

A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

587.  —  Alger  y  12  avril  17  96  [23  germinal  an  IV),  —  «  Le  Directoire 
•exécutif  de  la  République  française  vient  de  m'envoyer  des  ordres 
pour  signifier  au  citoyen  Devoize  son  rappel  et  pour  nommer  en  môme 
4emps  un  négociant  pour  gérer  le  Consulat,  jusqu'à  ce  que  celui  qui  est 
nommé  pour  résider  auprès  de  Votre  Excellence  en  qualité  de  Consul 
général  et  chargé  d'affaires  soit  arrivé  à  Tunis. 

Je  prie  Votre  Excellence  d'accueillir  favorablement  le  citoyen  Guiraud, 
'que  j'ai  nommé  à  cet  effet. 

J'espère  que  ce  changement,  que  la  République  a  cru  nécessaire,  n'en 

apportera  aucun  dans  l'amitié  dont  Votre   Excellence  n'a  cessé  de 

donner  des  preuves  à  la  nation  française,  et  qu'elle  ne  verra  rien  dans 

<;ette  mesure  qui  puisse  troubler  la  bonne  intelligence  qui  doit  exister 

et  qui  existe  depuis  si  longtemps  entre  Votre  Excellence  et  la  nation 

française. 

Salut,  attachement  et  respect.  » 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

HERCULAIS  AUX  CITOYENS  DÉPUTÉS  ET  NÉGOCIANTS  COMPOSANT 

LA   NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

588.  —  Alger,  12  avril  1796  [25  germinaly  an  IV,)  —  «  Citoyens,  le 
"Ministre  des  relations  extérieures  m'a  adressé  les  ordres  du  Directoire 
«xéculif  concernant  le  rappel  du  citoyen  Devoize.  Je  vous  les  transmets. 
J'y  joins  encore  copie  de  l'autorisation  qui  m'est  donnée  pour,  et  en 
quelque  lieu  que  ce  soit,  conférer  la  gestion  du  Consulat  à  un  député 
>ou  négociant  à  mon  choix...  En  conséquence,  je  vous  préviens  que  j'ai 
t;hoisi  le  citoyen  Guiraud,  deuxième  député,  pour  remplir  les  vues  du 
gouvernement  ;  je  le  charge  d'exiger  sur-le-champ  du  citoyen  Devoize 
la  correspondance  et  tous  les  papiers  relatifs  à  sa  place. 

En  vous  conformant  aux  ordres  du  gouvernement,  je  vous  invite, 
citoyens,  à  vous  réunir  pour  seconder  dans  cet  intérim  le  citoyen  Gui- 
raud par  votre  zèle  et  vos  lumières...  » 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 
DEVOIZE  A  DELACROIX. 

«89.  —  Tunis,  13  avril  1796  [24  germinal  an  IV),  —  11  envoie  le 
«compte  courant  de  ses  appointements  depuis  le  5  avril  1792,  jour  de 
:son  arrivée  il  Tunis,  jusqu'au  12  avril  1796.  Il  réclame  51,347  1.  et 


294  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  'm 

espère  que  le  citoyen  Delacroix  appuiera  auprès  du  Minisire  de  la 
marine  la  demande  d*une  gratification  pour  les  dépenses  que  loi  udI 
occasionnées  les  relâches  de  bâtiments  de  TËtat.  Le  séjour  du  citoyec 
Uerculais  pendant  près  de  dix  mois  lui  a  coûté  beaucoup...  «  Lecito}eL 
Herculais  m'a  offert  en  partant  huit  cents  sequins  que  j*ai  cru  devim 
refuser...  Après  vingt  ans  de  travaux,  d'une  conduite  sans  reprocht^. 
après  avoir  surmonté  toutes  les  difficultés  de  la  place,  au  milieu  de> 
orages  de  la  Révolution,  dépensé  le  fruit  de  quelques  économies  qa^ 
j'avais  faites  dans  le  Levant,  je  me  trouve  sans  état,  sans  fortune,  am 
des  dettes  qui  seront  à  peine  acquittées  par  le  secours  des  payemeDl^ 
et  de  la  gratification  que  je  réclame.  Le  tableau  de  ma  position  est 
déchirant,  citoyen  Ministre;  je  n*ai  plus  qu'une  grâce  à  vous  demander: 
veuillez  bien  me  faire  connaître  comment  j'ai  pu  perdre  la  coofiaoe? 
du  gouvernement,  lorsque  j'ai  employé  toute  ma  vie  à  la  mériter.  Voilà 
l'objet  qui  m'affecte  le  plus...  » 

{Affaires  étrangèi*es,  C*'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  DELACROIX. 

690.  —  7«m«,  24  avril  1796  [5  floréal  an  IV),  —  Il  reçoit  arec  res- 
pect et  soumission  les  ordres  du  Directoire  en  ce  qui  concerne  s^ob 
rappel.  Il  remet  au  citoyen  Guiraud,  son  successeur  intérimaire,  leser- 
vice  du  Consulat,  mais  en  fait  de  correspondance  il  ne  lui  laissera  que 
ce  qu'il  pourra  connaître  sans  inconvénient.  C'est  au  citoyen  Beaussier 
que  Devoize  délivrera  le  complément  de  ses  archives...  Il  demande  as 
Ministre  l'autorisation  de  faire  disparaître  des  registres  de  la  Chancel- 
lerie la  lettre  ministérielle  à  Herculais,  dans  laquelle  il  est  dit  7  plu- 
viôse) :  «  Je  désirerais  qu'il  fût  possible  de  remettre  les  affaires  consu- 
laires en  d'autres  mains  que  celles  de  Devoize,  afin  d'éviter  qae  ia 
prolongation  dans  sa  gestion  puisse  compromettre  nos  iulérèts  à 
Tunis  »f  ou  encore  d'y  consigner  à  côté  un  témoignage  authentique  da 
Ministre  qu'il  s'est  justifié  et  qu'il  n'a  pas  démérité  de  la  pairie...  Il 
demande  le  règlement  de  son  compte;  jamais  il  n'a  voulu  se  payer  de 
son  traitement  sur  les  fonds  des  prises  qui  lui  passaient  entre  les  mains 
«  Je  vais  me  retirer  dans  une  campagne,  à  quatre  lieues  de  Tunis,  avec 
des  moyens  qui  ne  peuvent  pas  me  mener  bien  loin,  une  santé  des  plus 
altérées;  si  vous  m'abandonniez,  citoyen  Ministre,  dans  cette  situatioD 
vraiment  touchante  et  qui  excite  un  intérêt  général,  si  vous  conlmuiei 
à  me  laisser  ignorer  ce  qui  a  pu  m'attirer  le  sort  que  je  subis,  il  ne  me 
resterait  plus  que  la  dernière  ressource  du  désespoir.  » 

(^Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 


L^796J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  298 

BEAUSSIER  1   A  DELACROIX. 

591.  —  Smyjyie^  30  avril  1796  [ii  floréal  an  IV),  —  Le  citoyen  Ver- 
VLÎDac-luia  annoncé  la  marque  flatteuse  de  confiance  que  le  gouverne- 
ment vient  de  lui  donner  en  le  nommant  Consul  général  et  chargé 
d^afifaires  auprès  du  Bey  de  Tunis.  G^est  la  récompense  de  vingt-deux  ans 
cie  services  non  interrompus.  Il  va  retourner  à  Gonstantinoplë,  où  il 
stttendra  ses  instructions  et  les  fonds  indispensables  k  des  frais  de 
^^oyage  et  d'établissement  et  au  remboursement  d'un  emprunt  forcé 
par  la  longue  privation  de  ses  appointements. 

(Affaires  étrangères,  C'*  de  Twnw.) 
HtRCULAIS  A  DELACROIX. 

592.  —  Alger,  10  mai  1196  [22  floréal  an  IV).  —  L'ex-Consul 
Devoize  a  refusé  avec  menaces  de  remettre  sa  correspondance  et  même 
de  la  mettre  sous  scellés  jusqu'à  l'arrivée  de  son  successeur.  De  plus, 
au  mépris  de  toute  autorité  supérieure,  peu  de  jours  avant  de  quitter 
sa  place  il  s'est  engagé  envers  un  Juif  nommé  Elias  Attel  à  lui  payer 
rintérôt  à  un  0/0  par  mois  d'une  somme  de  12,000  piastres,  que  cet  Hébreu 
réclame  pour  la  moins- value  d'une  cargaison  vendue  à  Livourne... 

Plaintes  contre  le  sieur  Nyessen,  Consul  de  Hollande  et  de  Raguse, 
protecteur  de  tous  les  émigrés. 

Herculais  conseille  de  prendre  maintenant,  vis-à-vis  des  Régences, 
une  attitude  ferme  et  soutenue,  parce  que  le  Dey  d*Alger,  pour  des 
raisons  très  puissantes,  préférera  faire  de  grands  sacrifices  que  de 
rompre  avec  la  République.  Il  regrette  que  les  circonstances  l'aient 
empécbé  d'aller  jusqu'ici  à  Tripoli... 

(Affaires  étrangères,  Mém.  et  doc.  Afrique,  t.  X/F,  /*.  39,) 
BEVOiZB  A  DELACROIX. 

693.  —  Carthage,  24  mai  1796  [5  prairial  an  IV).  —  Il  envoie  la 
copie  des  pièces  concernant  ses  relations  avec  Louis  Guiraud,  Pro- 
consul... «  Ma  conduite  ne  respire  que  Tamour  de  ma  patrie.  J'empor- 
terai ce  sentiment  au  tombeau,  et  ce  ne  sera  pas  une  faction  de  trois  à 
quatre  individus  que  le  citoyen  Herculais  a  formés  et  laissés  à  Tunis 
comme  ministres  de  sa  haine  qui  réussiront  à  me  le  faire  perdre  par  les 
tracasseries  qu'ils  imaginent  tous  les  jours  dans  leurs  conseils,  et  qui 
deviennent  plus  vives  à  l'arrivée  de  chaque  courrier  d'Alger...  » 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  219.  • 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  283. 


296  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  J,^^ 

DEYOIZE  A  DELACROIX. 

504.  —  Carthage,  3  juin  1796  {i  5  prairial  an  IV.)  —  Il  a  quelqne- 
difficultés  avec  Guiraud,  au  sujet  des  meubles  qu'il  a  laissés  dansL 
maison  consulaire  et  de  sa  correspondance  *.«...  J'ai  reçu  dansTespa: 
d'un  mois  plus  d'ordres  que  je  n'en  ai  donnés  pendant  vingt  ans.  Oole^ 
fait  afficher  dans  la  chancellerie,  et,  ce  qui  ne  s'est  jamais  vu,  dans . 
Fondouk.  J'ai  trouvé  dans  l'enveloppe  d'une  lettre  que  j'ai  reçue  dm 
ami  d'Alger  un  billet  qui  parait  y  avoir  été  glissé  après  qu'elle  a  e. 
cachetée,  portant  ces  mots  en  caractères  contrefaits  :  in  fuga  salfu. 
D'un  autre  coté,  on  me  fait  insinuer  de  bien  me  garder  de  passerez 
France...  Ces  amertumes  dont  le  Proconsul  est  chargé  de  mabreuv^r 
tous  les  jours  prouvent  évidemment  le  projet  de  me  faire  émigré: 
Dussé-je  rester  toute  ma  vie  victime  de  la  calomnie  atroce  qui  a  trump 
votre  religion,  condamné  à  toutes  les  suites  du  malheur  de  oe  poava' 
réussir  à  l'éclairer,  je  suis  trop  fier  d'être  Français,  trop  attaché  à  m 
patrie,  que  j'ai  servie  avec  honneur,  pour  jamais  me  couvrir  de  ia 
honte  et  de  l'ignominie  de  vivre  parmi  ses  ennemis...  » 

[Affaires  étrangères^  C*'  de  Tunis.] 
DELACROIX  A  UERCULAIS. 

595.  —  Pans,  3  juin  1796{iô  prairial  an  IV).  —  Quatre  bàtimeDU 
français  ont  été  pris  par  les  Anglais  dans  la  rade  de  La  Goulelte...  li 
Dey  d'Alger  a  témoigné  à  la  nation,  dans  cette  circonstance,  beaacuup 
de  sympathie. 

On  ne  parle  pas  de  Devoize,  mais  seulement  de  son  successeur  Beaus- 
sier;  on  ignore  encore  l'époque  de  l'arrivée  de  ce  dernier  à  Tunis.  Des 
instructions  complètes  lui  ont  été  adressées  à  Constantinople... 

11  est  regrettable  que  le  sieur  Herculais  n'ait  pas  employé  les  fonds 
qu'il  avait  touchés  à  l'extinction  de  nos  dettes  consulaires  à  Tunis.  L 
devra  solder  le  plus  tôt  possible  celles  qui  restent,  afin  que  lenouveai; 
Consul  ne  trouve  pas  la  situation  embarrassée  par  la  mauvaise  admi- 
nistration de  son  prédécesseur. 

«  Il  y  a  longtemps  que  l'administration  du  Levant  et  de  Barbarie  a 
retranché  des  dépenses  consulaires  celles  relatives  k  l'entretien  des 
chapelles  existantes  sur  nos  Échelles,  parce  que  la  République  ne  doit 
payer  aucun  frais  de  culte.  Mais  il  est  certain  que  le  catholicisme  y 

!.  Extrait  des  minutes  de  la  chanceUerie  du  Consulat  général  de  la  Béj>sl>li^ 
française  à  Tunis.  —  Tunis,  6  Juin  i796  (48  prairial  an  IV).  —  Invenlaire  des 
papiers  remis  au  citoyen  Guiraud,  Proconsul  de  la  République  h  Tunis,  p»r  « 
citoyen  Devoize,  ex-Consul.  {Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis.) 


[1796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  297 

sera  longtemps  encore  professé  ;  il  est  difficile  et  peut-être  impossible 
de  déraciner  la  superstition  dont  la  plupart  de  nos  marins  méditerra- 
néens sont  infestés.  Cette  maladie  de  leur  esprit  est  entretenue  par  leur 
fréquentation  des  ports  de  Tltalie  et  de  TËspagne  et  par  les  dangers 
auxquels  ils  sont  fréquemment  exposés;  sous  le  premier  rapport 
vous  avez  dû  signifier  que  Téglise  de  noire  Fondouk,  à  Tunis,  ne 
serait  point  entretenue  aux  frais  de  la  République,  mais  vous  auriez 
peut-être  dû  laisser  aux  négociants  et  marins  qui  abordent  dans  cette 
échelle  le  libre  usage  de  cette  église,  à  condition  d'en  supporter  seuls 
les  frais  de  culte  et  d'entretien.  Cependant  j'approuve  la  mesure  que 
vous  avez  prise...  Salut  et  fraternité.  » 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
UERCULAIS  A  DELACROIX. 

596.  — -  Alger,  13  juin  1796  (25  prairial  an  /F).  —  Il  a  notifié  au 
citoyen  Devoize,  au  secrétaire  de  ce  dernier,  Billon  *,  et  à  Témigré  Guy 
de  Villeneuve,  ci-devant  Vice-Consul  *,  qu'ils  eussent  à  sortir  sous  trois 
Jours  du  royaume  de  Tunis  sous  peine  d'y  être  contraints  par  la  force. 

«...  Je  désire  vivement  rentrer  en  France,  mais  si  on  juge  ma  présence 
nécessaire  &  Tunis  ou  à  Tripoli,  je  demande  du  moins  des  ordres  posi- 
tifs et  l'autorisation  pour  faire  vider  l'Échelle  aux  Français  qui  y  sont 
inutiles  et  aux  négociants  qui  se  montrent  trop  ouvertement  les  ennemis 
de  la  République.  Le  nombre  des  négociants  établis  à  Tunis  est 
trois  fois  Irop  grand,  relativement  au  commerce  qui  s'y  peut  faire; 
1  ex-Consul,  en  voulant  expulser  les  négociants  qui  ont  marqué  leur 
zèle  et  leur  attachement  à  la  patrie,  cherchait  d'un  autre  côté  à,  en 
augmenter  le  nombre  en  faisant  venir  ses  amis  ou  ses  créatures,  la  plu- 
part gens  connus  pour  leur  haine  contre  la  République... 

Je  renverrai  par  la  première  occasion  mon  secrétaire,  le  citoyen  Gayet 
Datilly  '  ;  ce  citoyen  rendait  des  comptes  particuliers  et  à  mon  insu  à  des 
commis  que  vous  avez  expulsés  de  vos  bureaux  ;  il  se  liait  avec  les  Con- 
suls et  autres  gens  peu  attachés  à  la  République  et,  se  déclarant  leur 
avocat,  il  les  servait  souvent  de  tous  ses  moyens,  de  manière  que  je 
passais  pour  un  agent  n'exécutant  que  des  mesures  arbitraires.  A  mon 
départ  de  Tunis,  il  avait  pris  secrètement  une  lettre  particulière  de 
recommandation  de  Devoize  pour  son  collègue  Vallière  et  s'était  aus- 
sitôt intimement  lié  avec  celui-ci.  Il  ne  m'a  été  d'aucune  utilité,  ni  pour 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  231. 
•2.  Voy.  la  note  2,  p.  158. 
3.  Voy.  la  note  1,  p.  251. 


298       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     '}!%] 

les  écritures,  ni  pour  les  affaires,  qu*il  rendait  au  contraire  beaucoup 

plus  difficiles  par  ses  discours,  ses  raisonnements  et  Tespèce  d'ioflaeDff 

qu*il  affectait  d'avoir  dans  les  bureaux.  Voilà  une  partie  des  raisons 

quim*ont  déterminé  à  m'en  débarrasser.  Je  désire  que  vous  les  apprui- 
viez.  Salut  et  respect.  » 

(Affaires  élrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
GUIRAUD  A  DEYOIZE. 

697.  —  Tmum,  22  juin  1796  {4  messidor  an  IV).  —  Il  lui  Iransmëi 
Tordre  de  partir,  signé  du  citoyen  Herculais,  et  Texhorte  à  Tobéissaoce. 

{Affaii^es  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
DBVOIZE  A  GUIRAUD. 

598.  — Tunis j  23  juin  1796  {5  messidor  an  IVj.  —  a  ...  Cet  ordr? 
est  bien  atroce,  mais  il  est  encore  plus  ridicule,  parce  que  Ton  ne  sortpa> 
des  Étals  du  Bey  dans  trois  jours.  Les  quatre  mois  accordés  aux  fonc- 
tionnaires publics  pour  quitter  rÉcbelle  n'expireront  que  le  4fruclidor 
prochain...  Je  respecte  sans  doute  l'autorité  d'un  Envoyé  de  la  Répu- 
blique, mais  s'il  ne  commande  pas  le  juste,  qu'il  commande  au  oioios 
le  possible.  Dans  les  gouvernements  les  plus  monstrueux,  où  latyranDJe 
et  le  despotisme  comptent  les  hommes  pour  rien,  on  n'a  jamais  ima- 
giné d'acte  plus  inique  et  plus  affreux...  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DGYOIZB  A  DELACROIX. 

599.  —  7 unis,  23  juin  /  796  (.>  messidor  an  IV).  —  Le  citoyen  Her- 
culais a  fait  demander  par  le  Dey  d'Alger  au  Bey  de  Tunis  de  faire 
sortir  Devoize  de  ses  Ëtats.  «  ...  Comme  l'agent  d'Alger  a  des  moyens  de 
faire  exécuter  les  ordres  du  tyran,  je  serai  peut-être  arraché  demain 
de  ma  maison,  au  milieu  de  l'estime  publique,  pour  être  chargé  de 
chaînes  comme  un  scélérat;  une  honteuse  déportation  sera  le  prix  de 
vingt  ans  de  service,  et  je  suis  Français!  mes  cheveux  se  dressent, 
l'indignation  me  suffoque  ;  pressé  par  l'occasion,  étouffant  de  désespoir. 
je  ne  peux  vous  en  dire  davantage.  » 

{Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis.) 

HAMOUDA,  BBY  DE  TUNIS, 
AU  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUB. FRANÇAISE. 

600.  —  Tunis,  juin  1796  [messidor  an  IV).  —  «  Aux  grands  de  la 
République  françs^ise,  dont  la  fin  soit  heureuse  I 

Après  vous  avoir  rendu  les  saints  convenables  à  l'amitié  et  à  Taffec- 


[1796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  299 

lion  et  vous  avoir  présenté  les  expressions  de  la  sincérité,  nous  nous 
informons  de  votre  sanlé  précieuse. 

Nous  vous  exposons  amicalement  que,  suivant  le  devoir  de  notre 
amitié  et  de  notre  union  avec  votre  Empire  et  conformément  à  la  paix, 
la  bonne  harmonie,  la  sincérité  et  Tintimité  qui  régnent  depuis  de 
longues  années  entre  nos  États,  nous  recherchons  les  occasions  de  vous 
manifester  notre  amitié  et  nous  désirons  celles  de  vous  faire  plaisir. 

Nous  envoyons  présentement  en  Angleterre,  pour  le  besoin  de 
diverses  affaires,  Tlntendant  de  notre  arsenal  royal,  le  modèle  des 
grands,  le  distingué  Mohammed-Khodja,  que  nous  regardons  comme 
notre  chéri  et  honoré  fils;  que  sa  gloire  augmente I 

Et  comme,  dans  le  cours  de  son  voyage,  il  doit  passer  par  la  capitale 
de  votre  Empire,  nous  espérons  que,  dans  les  affaires  et  les  choses  qui 
lui  surviendront,  vous  lui  donnerez  en  toute  manière  aide  et  assistance 
et  toute  autre  chose  qui  n'est  point  prévue,  que  vous  lui  accorderez 
vos  soins  et  vos  efforts  pour  qu'il  s'achemine  par  terre  une  heure  et  un 
moment  plus  tôt  vers  l'endroit  pour  lequel  il  est  destiné,  et  qu'en  cela 
vous  nous  manifesterez  votre  affection,  vous  remplirez  les  devoirs  de 
ramitié  et  les  obligations  de  l'intimité.  C'est  dans  cet  espoir  que  nous 
vous  écrivons  cette  lettre  spéciale,  pleine  d  amitié,  et  que  nous  vous 
l'envoyons;  s'il  plaît  à  Dieu  Très  Haut,  lorsqu'elle  vous  sera  parvenue 
et  que  vous  en  connaîtrez  le  contenu,  vous  nous  obligerez  au-dessus 
de  l'expression  en  accordant  aide  et  assistance  au  susdit  dans  ses 
affaires  et  en  le  faisant  acheminer  un  instant  plus  tôt  vers  l'endroit 
désigné.  Ensuite  de  ce,  que  notre  mutuelle  amitié  forte  et  perpétuelle^ 
n'étant  jamais  troublée  ni  altérée,  augmente  continuellement! 
Que  les  jours  de  nos  amis  soient  longs  I  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères^  C"  de  Tunis.) 

m 
HERCULAIS  A  DELACROIX. 

601.  —  Alger j  29  juin  i796  (ii  messidor  an  IV),  —  Sur  sa  mission 
auprès  du  Dey  d'Alger  et  le  prêt  de  200,000  piastres,  pour  deux  ans, 
sans  intérêt,  que  ce  Prince  veut  bien  consentir  à  la  République 
française... 

Plaintes  contre  le  citoyen  Vallière,  Consul  à  Alger,  accusé  de  malver- 
sations. 

Quant  aux  affaires  tunisiennes,  Hamouda-Bey  vient  d'envoyer  un 
ambassadeur  en  Corse  et  en  Angleterre,  pour  obtenir  la  restitution  des 
bâtiments  français  qui  lui  sont  réclamés.  Profitant  de  l'amitié  du  Dey 


300  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  Ti^ 

•d'Alger  Hassan,  Hercuiais  a  obtenu  des  lettres  pour  faire  chasser  1>^ 
émigrés  français  à  Tunis. 

Le  citoyen  Guiraudadû  faire  expulser  récemment  Tex-ConsulDeTti 
et  Tex- Vice-Consul  de  Villeneuve.  Le  premier  s'est  enrichi,  eo  faisai 
Tusure  au  moyen  de  J^iifs  qui  lui  servaient  de  prête-noms. 

Il  serait  bon  de  réclamer  au  sieur  Gorgoglione,  Consul  deVeois^i 
Tunis,  le  dépôt  que  lui  a  laissé  Tex-Consul  de  Chàteauneuf. 

{A /failles  étrangères^  C'**  de  Tvnù.. 
DELACROIX  A  HERCULAIS. 

602.  —  Paris,  25  juillet  i  796  [7  thermidor  an  IV].  —  «  J'ai  éleiav 
truit  par  le  citoyen  Guiraud  des  difficultés  que  Devoize  a  faites  b. 
remettre  sa  correspondance  dans  toute  son  intégrité,  et  que  soqidiI' 
consiste  en  ce  que  la  publicité  ranimerait  des  haines  et  des  passiMD> 
particulières.  Vous  voulez  vous  servir  contre  Devoize  de  l'art.  %  k 
Tordonnance  de  1781.  Sans  vouloir  ni  excuser  ni  défendre  Dévoile,  su 
le  compte  duquel  je  suis  mieux  éclairé  que  vous  ne  le  croyex  peu(-èlR 
Je  vous  dirai  que  cet  article  n'est  pas  tout  h  fait  applicable  à  sun  C3\ 
Le  citoyen  Guiraud  n'est  pas  son  successeur.  Quant  à  votre  reprochf 
d'engagements  ou  d'emprunts  faits  par  Devoize  envers  le  Juif  ÉJia? 
Altel,  il  n'est  question  que  de  l'intérêt  de  12,000  piastres  enyiroDe' 
non  de  ce  principal... 

Mon  désir  est  de  vous  voir  retourner  à  Tunis  et  aller  à  Tripoli.. 
Mettez  tout  en  usage  pourque  Devoize  retourne  en  France;  faites  eomt^n)»' 
temps  éloigner  Villeneuve  ;  vous  obtiendrez  plus  facilement  vous-mém? 
ces  deux  points  que  par  l'effet  de  la  lettre  écrite  par  le  Dey  d'Alger. 

Quand  vous  arriverez  à  Tunis,  le  citoyen  Beaussier  sera  bien pn:? 
d'arriver,  s'il  ne  l'est  déjà.  Vous  l'installerez  dans  son  nouveau  post? 
et  aplanirez  toutes  difficultés  entre  lui  et  Devoize  pour  la  remise  de> 
papiers'et  affaires  du  Consulat. 

Vous  liquiderez  et  solderez  toutes  les  dettes  consulaires  que  dod? 
avons  encore  sur  cette  Échelle,  ainsi  que  je  vous  l'ai  recommandé daris 
toutes  mes  lettres. 

Votre  présence  à  Tunis  sera  utile  pour  connaître  jusqu'à  quel  point 
la  guerre  déclarée  par  les  Anglo-Corses  à  Tunis  est  sérieuse.  ^i>«^ 
saurez  si  elle  l'est  assez  pour  que  la  République  fournisse  au  Bey  de- 
secours  d'armes  et  munitions.  J'aurais  déjà  proposé  quelque  chose  de 
semblable  au  Directoire  exéculif,  si  je  ne  craignais  que  cette  np^ 
ne  fôt  un  jeu.  Il  serait  utile  qu'elle  fût  sincère.  Nous  tendrons  sans  ce^s? 
à  fermer  aux  Anglais  les  portes  de  la  Méditerranée;  vous  pourriez  dont 


.17961  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  30* 

pousser  sérieusement  Tesprit  du  Bey  vers  cette  guerre.  Promettez  des 
secours  en  munitions  pour  que  les  choses  tournent  dans  ce  sens  et  ins- 
truisez-moi en  détail  des  objets  qui  seraient  nécessaires.  Nos  conquêtes. 
d'Italie  pourront  nous  permettre  de  les  fournir. 

De  Tunis,  vous  vous  rendrez  à  Tripoli.  Beaucoup  de  renseignement» 
me  manquent  sur  notre  situation  dans  cette  Échelle... 

J'ai  examiné  votre  proposition  de  ne  former  en  Barbarie  qu*un  seul 
Consulat  général  placé  à  Alger,  et  de  n'établir  dans  les  autres  Échelles. 
que  des  Consuls  qui  dépendraient  tous  de  celui-là.  Cette  idée,  au  pre- 
mier abord,  peut  séduire,  mais,  au  fond,  elle  n'est  pas  admissible.  Tri- 
poli, Tunis  et  Alger  sont  trois  Ëtats  distincts  et  séparés,  quoique  le 
chef  de  ce  dernier  royaume  aflfecte  une  sorte  de  suprématie  de  suze-^ 

raine  té.  » 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 

DELACROIX  A  OEVOIZE. 

603.  —  Paris,  26  juillet  1796  [8  thermidor  an  IV).  —  Il  a  reçu  les- 
lettres  et  les  pièces  que  Devoize  lui  a  envoyées  depuis  qu'il  a  cessé  ses 
fonctions  de  Consul.  Il  refuse  d*entrer  dans  les  détails  au  sujet  des  dif> 
ficultés  que  Devoize  a  eues  avec  le  Vice-Consul  Guiraud. 

Il  le  prévient  qu'il  ne  doit  pas  attendre  le  remboursement  du  compte- 
courant  de  ses  appointements  et  de  ses  avances  pour  quitter  Tunis... 
«  Je  dois  môme  vous  dire,  de  la  part  du  Directoire  exécutif,  que,  si 
vous  ne  rentrez  point  en  France  dans  le  délai  fixé  par  la  loi  ou  au 
moins  immédiatement  après  cette  notification,  vous  serez  considéré 
comme  émigré  et  réputé  tel...  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
ASSEMBLÉE  DE  LA  NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

604.  —  Tunis,  27  juillet  i796  {9  thermidor  an  J  V) .  —  Discours  du 
nouveau  Consul  Beaussier  à  tous  les  citoyens  français  résidant  sur 
TËchelle,  réunis  dans  la  salle  consulaire,  pour  célébrer  la  fête  de  la 
Liberté,  après  la  prestation  du  serment  :  «  Je  jure  haine  à  la  royauté, 
k  la  tyrannie,  fidélité  à  la  République  et  à  la  Constitution,  et  respect 
aux  lois  »  '. 

{Archives  de  la  Résidence  française^ 
registre  des  délibérations  de  la  nation,  2,  4f,  p.  1 17.) 

i.  Le  discours  de  Beaussier,  plein  d'emphatiques  déclamations  sur  les  bienfaits 
de  la  Convention  et  sur  la  fraternité  des  peuples,  fut  accompagné  d'un  banquet, 
d'hymnes  à  la  liberté  et  de  chants  civiques.  Voici  les  noms  des  assistants  :  D'Audi- 
berl-Cailie,  Guiraud,  Lenadier,  Minuti  père  et  fils,  Famin,  Arnaud,  Ghapelié,  Noble. 
Gay,  Barthez,  Faulet,  Alzetto,  Eymond,  Riper,  Bourillon,  Beauvais,  Lieuter  (libraire)^ 
Fabre,  Durand,  Villet,  Mourié,  Fuzier,  Rodrigues,  Beaussier,  Adanson,  chancelier^ 


soi  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS    [i>i 

GUIRAUD  A  DELACROIX. 

605.  —  7 unis,  /•'  août  /  796  {i4  thermidor  an  IV),  —  Le  ProcoD>. 
dénonce  les  intrigues  du  citoyen  De¥oize  avant  son  départ  pour  • 
France,  ses  incartades  contre  le  gouvernenieBà,  ses  complots,  soo  ir« 
délité;  il  prévoit  que  Tambassadeur  tunisien  envoyée  Londres pasvn 
à  Paris  pour  essayer  de  faire  réintégrer  Devoize  ;  celui-ci  était  de  ce- 
nivence  avec  les  Consuls  batave  et  vénitien  de  Tunis.  Guiraud  ind^'. 
en  terminant  les  moyens  de  culbuter  le  parti  an ti français  dans  ^ 
capitale  de  la  Régence. 

[Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis., 

606.  —  Marseille,  4  septembre  1796  US  fructidor  an  IV.- 
Mémoire  de  plaintes  contre  Herculais  et  Guiraud,  par  Joseph  Blilnii 
ancien  secrétaire  d*Herculais,  et  expulsé  de  Tunis  par  rEovoyé  di 
Directoire  '. 

UBRCULAIS  A  DELACROIX. 

607.  —  Alfjer,  6  septembre  1  796  [20  ff*ucti4or  an  I V).  —  H  comptr 
repasser  en  France  aussitôt  quMl  le  pourra.  «  Les  dettes  des  Échelles  d'' 
la  Barbarie  sont  acquittées;  les  intérêts  ajoutés  si  libéralement  à  Tuqh 
seront  réduits... 

Aussitôt  après  son  arrivée  à  Marseille,  le  citoyen  Devoize  .se>t 
empressé  d'envoyer  à  Tunis  des  lettres  qui  y  ont  répandu  de  nouveau 
le  trouble  et  y  ont  causé  la  plus  grande  fermentation  '.  Sidi  Mustapha  e! 
les  négociants  qui  ont  juré  fidélité  à  Tex-Consul  sont  persuadés  plc^ 
que  jamais  de  son  retour,  assurent  que  son  expulsion  a  été  arbitraire. 
que  j'ai  tout  supposé,  et  qu'il  va  revenir  investi  de  toute  la  confianceet 
de  toute  l'autorité  du  gouvernement. 

Ces  lettres,  adressées  à  cinq  personnes  différentes  qui  tour  àtoufc! 
été  chez  Sidi  Mustapha,  ont  consterné  tous  les  négociants  palriolesd»' 
TËchelle;  ils  sont  dans  les  plus  vives  alarmes;  les  ennemis  les  piu> 
ardents  des  Français  prennent  chaudement  parti  dans  cette  lutte. 
augmentent  de  toutes  leurs  forces  le  désordre  et  en  rient,  en  calom- 
niant et  déchirant  la  République  de  la  manière  la  plus  scandaleuse.  Je 

i.  Par  un  arrêté  de  frimaire  an  V,  Billon  fut  autorisé  à  retourner  à  Tunis  •  poo? 
y  reprendre  le  cours  de  ses  atTaires  et  celles  de  ses  commettants  -. 

2.  Les  majeurs  des  éiablissernents  français  à  Tunis  et  tes  végocianls  de  Mûrsao* 
à  Delacï-oix,  —  Marseille,  10  septembre  1796  {S4  fructidor  an  V).  —  •  Ciloyen 
Ministre,  les  régisseurs  de  nos  établissements  à  Tunis  viennent  d'écrire  à  plosi^f^ 
de  nous  de  la  manière  la  plus  propre  à  nous  alarmer  et  sur  les  intérêts  que  nou| 
avons  sur  cette  Échelle  et  sur  la  sûreté  de  leurs  personnes.  Ils  nous  manden: 
que  les  Français  y  sont  aujourd'hui  sous  la  dépendance  des  eapriees  du  0<} 
d'Alger,  que  Hadji  Ali,  agent  de  ce  souverain,  lié  étroitement  avec  le  Proconsul 


[1796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  303 

n'entrerai  pas  dans  une  infinité  de  détails  minutieux  et  fatigants  pour 
vous;  mais  je  puis  vous  assurer  que  Devoize  et  les  négociants  qui 
Taident  dans  ses  intrigues  et  qui  contribuent  à  tromper  Sidi  Mustapha 
en  le  flattant  de  cette  réintégration  sont  bien  coupables. 

Cette  correspondance  déjà  si  active  est  faite  pour  éterniser  la  dis- 
corde... Salut  et  respect.  » 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis,) 
BEAUSSIER  A  HAMOUDA,   BEY  DR  TUNIS. 

608.  —  Tunisy  i  9  septembre  i  796  {3  vendémiaire  an  V).  —  «  Illustre 
et  magnifique  Seigneur, 

Appelé  par  la  confiance  du  Directoire  exécutif  de  la  République  fran- 
çaise à  rhonneur  de  résider  auprès  de  Votre  Excellence  en  qualité  de 
Consul  général  et  de  chargé  d'affaires,  je  m'empresse  de  vous  offrir  en 
son  nom  le  tribut  d'éloges  dû  à  la  conduite  recommandable  de  Votre 
Excellence  envers  une  nation  qui  est  l'antique  et  fidèle  amie  de  tous  les 
Princes  musulmans. 

L'heureuse  situation  des  affaires  me  donne  lieu  d'espérer  que,  peu- 

qui  lui  a  été  recommandé,  menace  les  Français  du  ton  le  plus  insolent  et  fait  exé- 
cuter de  même  les  ordres  arbitraires  sollicités  auprès  du  Dey  d'Alger  par  le  citoyen 
Herciilais,  Envoyé  extraordinaire,  qui  a  reconnu  sans  doute  que  le  citoyen  Guiraud 
n'avait  pas  par  devers  lui  les  qualités  propres  &  le  faire  respecter  et  obéir  dans 
l'exercice  des  fonctions  qu'il  lui  a  conflées.  Nous  aurions  eu  peine  à  le  croire  si 
nous  n'eussions  vu  arriver  il  y  a  quelque  temps  le  Consul  Devoize  et  un  ancien  et 
estimable  négociant,  sur  le  compte  desquels  nous  n'avions  jamais  entendu  proférer 
la  moindre  plainte,  et  qui,  malgré  la  peste  et  le  danger  de  tomber  entre  les  mains 
de  Tennemi,  ont  été  forcés  de  noliser  un  bâtiment  exprès  pour  obéir  à  un  ordre 
que  le  citoyen  Herculais  a  fnit  appuyer  par  des  lettres  du  Dey  d'Alger  au  Bey  de 
Tunis,  de  sortir  de  ce  royaume  dans  trois  jours,  sans  égards  pour  une  liquidation 
importante  dont  était  chargé  le  citoyen  Billon  pour  compte  des  citoyens  André  et 
C'*,  et  des  pertes  qui  résulteront  de  cet  abandon  forcé;  de  sorte  que  nous  pouvons 
nous  voir  ruinés  d'un  moment  à  Tautre  par  le  renvoi  arbitraire  de  nos  régisseurs. 
Cet  événement  a  jeté  dans  la  stupeur  tous  les  négociants  qui  ne  sont  pas  du  parti 
des  trois  ou  quatre  factieux  qui,  sous  l'appui  ('honteux  pour  tout  Français  pénétré 
de  ce  titre)  d'un  agent  d'Alger,  ont  établi  une  espèce  de  terrorisme  parmi  la  nation. 

Les  inconvénients  d'une  intervention  aussi  monstrueuse  sont  incalculables,  la 
considération  nationale  en  souffre  inflniment.  Ces  humiliations  suscitées  au  Bey 
font  qu'il  nous  regarde  de  mauvais  œil.  11  peut  hérisser  d'une  foule  d'entraves  notre 
commerce,  qui  ne  peut  prospérer  que  sous  les  auspices-de  sa  bienveillance,  et  nous 
n'y  verrions  plus  de  sAreté  si,  comme  le  citoyen  Herculais,  les  agents  de  la  Répu- 
blique faisaient  agir  les  Puissances  de  Barbarie  les  unes  envers  les  autres  pour 
s'immiscer  dans  nosalTaires. 

Nous  vous  invitons,  citoyen  Ministre,  &  prendre  toutes  les  mesures  convenables 
pour  rassurer  nos  régisseurs,  car  nous  n'hésiterions  pas  à  renoncer  à  nos  établis- 
sement!!, s'ils  pouvaient  sortir  un  instant  de  dessous  la  protection  immédiate  de  la 
République,  qui  seule  peut  par  sa  puissance  les  faire  respecter  et  prospérer  sous 
les  auspices  de  vos  directions. 

Il  n'est  peut-être  pas  hors  de  place  d'observer  ici  que  trois  à  quatre  établisse- 
ments existent  &  Tunis  sans  majeurs,  sans  cautionnements,  et  que  les  très  anciens 
régisseurs,  sans  y  avoir  aucune  suite  d'affaires,  trouvent  très  doux  de  les  conserver.  >• 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 


304  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [m; 

dant  ma  gestion,  les  liens  contractés  depuis  si  longtemps  entre  lesàm 
Etats  se  resserreront  tous  les  jours  davantage,  puisque  des  intérêt^ 
politiques  et  commerciaux  les  attachent  plus  étroitement  que  jamais 
Vun  à  Tautre,  et  puisque  j'apporte  à  Votre  Excellence  Tassurance  dr- 
Vinvariabilité  des  principes  adoptés  par  les  chefs  de  la  République 
pour  entretenir  de  leur  côté  la  bonne  intelligence  et  TharmoDie.  Mos 
espoir  se  change  en  certitude,  lorsque  je  vois  un  Prince  tel  que  vous 
illustre  et  magnifique  Seigneur,  entièrement  livré  aux  affaires,  s  eol  u- 
rer  de  Ministres  sages  et  éclairés. 

Que  Votre  Excellence  me  permette  de  lui  offrir  en  mon  particaiie: 
mes  respectueux  hommages.  » 

{A/fait^es  étrangères^  C*  de  Tunis.) 
HERCULAIS  A  DELACROIX. 

609.  —  Algery21  septembre  1796  {5  vendémiaire  an  F).  —  L'Envoyé 
du  Directoire  parle  du  caractère  entier  et  changeant  du  Bey  de  Tuok 
où  il  doit  retourner.  L'expulsion  de  Devoize,  les  intrigues  de  l'italien 
Mendrici,  n*ont  pas  peu  contribué  à  le  mettre  en  rapports  très  ^uk> 
avec  le  Prince.  Celui-ci  fait  des  préparatifs  de  guerre,  sans  doute  pour 
se  soustraire  à  la  suzeraineté  du  Dey  d'Alger.  Dès  qu'HercuIais  sera 
de  retour  à  Tunis,  il  en  expulsera  Villeneuve  et  les  autres  émigrés  qui 
sont  encore  dans  cette  ville. 

{Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis.) 
BERCULAIS  A  DELACROIX. 

610.  —  Alger^  28  septembre  1  796  (  i2  vendémiaire  an  T].  —  Un 
repartir  pour  Tunis.  La  paix  entre  les  États-Unis  et  le  Bey  de  celle 
Régence  a  été  imposée  par  le  Dey  d'Alger  à  Hamouda-Bey  '. 

BEAUSSIER  A  DELACROIX. 

611.  —  Tunis,  29  septembre  i  796  {13  vendémiaire  an  F).  —  «  ...Je 
suis  arrivé  à  La  Goulelte  le  13  fructidor,  et  j'ai  eu  la  douce  satisfaclioo 
d'assister  et  de  présider  à  la  fête  de  la  fondation  de  la  République,  que 
nous  avons  célébrée  avec  enthousiasme  par  des  discours  sur  la  morale 
du  citoyen,  des  chants  patriotiques  et  un  banquet  fraterneL..  >  il&^^^ 
reçu  par  le  Bey  avec  tous  les  nationaux,  il  lui  a  baisé  la  main,  «  étiquette 
humiliante  pour  des  républicains  »,  et  adressé  un  discours  ^..  ti&^ 

1.  Voy.  sur  la  mission  d'Herculais  à  Alger  la  Correspondance  des  Deys  ^'^W 
avec  la  Cour  de  France. 

2.  Présents  distribués  par  le  citoyen  Beaussier  à  son  arrivée  à  Tunis  : 

Au  Bey  :  un  solitaire  en  brillanls,  une  montre  à  répétition  et  sa  chafoe,  uo  col- 
lier de  perles  à  double  rang. 


;;i796]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  305 

ensuite  Sidi  Mustapha  et  Sidi  Youssuf.  En  ce  qui  concerne  les  papiers 
du  Consulat,  les  archives  ne  datent  que  de  1779,  époque  de  Texercice  du* 
citoyen  du  Rocher,  et  se  réduisent  à  bien  peu  de  chose,  si  Ton  en  excepte 
le  registre  des  traités  qui  remonte  à  1685.  Les  archives  de  la  Chancel- 
lerie sont  dans  le  plus  grand  désordre. 

(Affaires  étrangères^  C"*  de  TunUJ) 

612.  —  Tunis,  7  octobre  1796  [16  vendémiaire  an  V),  —  «  État  des 
maisons  de  commerce  françaises  et  des  Français  en  général  établis  à 
Tunis,  Bizerte  et  Porte-Farine. 

„  e\     \-f  Dtle»  de 

Beaussier Consul  général 1796 

Adanson Chancelier,  marié 1786 

Minuti Négociant 1781 

Caille Négociant,  marié 1775 

Arnaud Négociant,  marié 1780 

Barthez Négociant,  associé  de  Louis  Guiraud.  1783 

ZSoble Négociant,  marié,  associé  de  Fuzier. .  1781 

Vianès Négociant 1785 

lif ourié Négociant 1788 

Fuzier Négociant,  marié,  associé  de  Noble. .  1788 

Bouzige Négociant,  marié 1 789 

Famin Négociant,  marié 1789 

Lenadier Négociant 1792 

Pellicol Négociant 1792 

Guiraud Négociant,  marié,  associé  de  Barthez.  1793 

Chapelié Négociant,  marié 1795 

Villet Commis,  marié 1789 

Gav Commis,  venu  de  Morée 1786 

Bourilhon Commis 1789 

Au  premier  Ministr^  :  un  solitaire  en  brillant,  un  coupon  d*étoffe  d'or  fleurie 
pour  cafetan,  huit  pieds  de  drap  écarlate,  quatre  pieds  de  drap  bleu. 

Au  Sahib-tap  :  un  solitaire  en  brillant,  une  montre  à  repétition  et  sa  chaîne, 
liuit  pieds  de  drap  pourpre,  huit  pieds  de  drap  cramoisi. 

A  r Écrivain  turc  :  une  montre  simple  et  sa  chaîne  en  or. 

A  VÊcrivain  arabe  :  une  montre  id. 

Au  Drogman  du  Consulat  :  quatre  pieds  de  drap  bleu  foncé. 

Au  Janissaire  du  Consulat  :  quatre  pieds  de  drap  bleu. 

Présents  que  te  citoyen  Herculais  déclare  avoir  distribués  lui-même  dans  ses  voyages 
^  Tunis  : 

A  Sidi  Mustapha  :  une  montre  enrichie  avec  sa  chaîne. 

Au  Kiaya  de  Porte-Farine  :  une  boite  riche. 

AHadgi-Ali:  un  gros  brillant. 

Au  Vekil  d'Alger  à  Tunis  :  une  montre. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis, 

20 


306                 CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  1"% 

Noms.                                                                Qnalilés.  '^  ' 

Lieutier Commis lT9ii 

Demolin Commis ['W 

Durand Commis i79r. 

Fuzier Commis i'% 

Minuti  fils Commis 179:] 

F.  Alzetio  père  (Corse)  Commis,  né  à  Tunis ^ 

Fabre Médecin,  marié 1792 

Faessler Médecin 17:0 

Rodrigues Courtier,  marié 1771 

Belot Ingénieur  au  service  du  Bey,  marié.  17î)i 

Planche  père Fondeur,  au  service  du  Bey 178ii 

Planche  flls Fondeur,  au  service  du  Bey,   marié,.  \'^' 

Gaspary  père Constructeur  au  service  du  Bey, marié. 

Gaspary  fils Facteur,  marié,  né  à  Tunis 

Bottari Facteur,  marié,  né  à  Tunis • 

Pech Facteur,  marié 1796 

Saccoman  aîné Facteur,  marié,  né  à  Tunis p 

Saccoman  cadet Facteur,  marié,  né  k  Tunis 

Ant.  Alzetto  (Corse) .  Facteur,  marié,  né  à  Tunis 

Th.  Alzetto  (Corse) . .  Facteur,  né  à  Tunis » 

J.  Alzetto  (Corse) Facteur,  né  à  Tunis 

Gazzano  (Corse) .  Facteur " 

Bernard Capitaine,  marié l"î^3 

Cortés Capitaine  en  second,  marié l"î^3 

J.  Marini  (Corse) ....  Marin,  marié 

J.  Marini  (Corse) Marin,  marié " 

J.  d'Agostino  (Corse).  Marin,  marié 

Santo  Marini  (Corse).  Marin » 

Franc  Bosan  (Corse).  Marin * 

Ferrand Joaillier,  marié l"'^ 

Coste Horloger,  marié i'95 

And.  Marini  (Corse) .  Orfèvre,  né  à  Tunis 

Clément Aubergiste,  marié l"^ 

Eymon  atné Aubergiste,  marié l'"^^ 

Eymon  cadet Aubergiste,  marié * '^ 

Ripert Boulanger '^' 

Raulet Boulanger ^'^ 

Beauvais Perruquier * '^^ 

Bosc Perruquier,  marié *^ 

Poitevin Perruquier,  marié ^'^ 

Ant.  Marini  (Corse). .  Perruquier,  né  à  Tunis * 


[i796J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  307 

Nom».  Qualiles.  réiablissemeiil. 

Allara Tailleur,  marie 1794 

Janson Tailleur 1796 

Devaux Cuisinier 1790 

Mayan Cuisinier 1791 

Jourdan Cuisinier,  marié 1786 

Pégurié Cuisinier,  marié 1790 

Carbonnel Cuisinier 1796 

Roux Cuisinier 1796 

Arnaud Cuisinier 1787 

Chosallad Domestique 1789 

Saint-Claude Domestique 1774 

Plus  dix  femmes  sans  maris  ou  dont  les  maris  sont  absents.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
BEAUSSICR  A  DELACBOIX. 

613.  —  Tunis,  7  octobre  1796  [16  vendémiaire  an  V).  —  La  situa- 
tion de  Beaussier  est  très  pénible,  par  suite  du  ressentiment  du  Bey 
contre  Herculais...  «  Il  a  fallu,  lui  a  dit  le  Bey,  l'arrivée  dans  ce  pays 
d'un  homme  qui  s'est  écarté  méchamment  de  Tordre  constant  des 
choses,  pour  compliquer  toutes  les  affaires.  Si  cette  innovation  de  faire 
intervenir  dans  nos  démêlés  le  despotisme  et  le  caprice  du  Dey  d'Alger 
devait  continuer  ou  se  renouveler  encore,  il  renverserait  de  son  côté 
tous  les  établissements  français  fondés  dans  ses  Etats,  et  commencerait 
par  le  Consulat...  »  Beaussier  appliquera  le  principe  :  Rien  pour  les 
individus,  tout  pour  la  chose  publique...  Il  évitera  de  donner  des 
présents  à  chaque  fête  nationale  et  il  tâchera  de  resserrer  les  liens  de 
la  fraternité...  En  ce  qui  concerne  les  émigrés,  il  ne  perdra  jamais  de 
vue  «  qu'il  doit  exister  entre  les  Français  républicains  et  ces  monstres 
exécrables  la  même  séparation  que  la  nature  a  mise  entre  le  vice  et  la 
vertu,  un  mur  éternel,  impénétrable  h,  la  pensée  même...  » 

On  a  procédé  à  Télection  d'un  second  député.  Le  citoyen  Jean- 
Baptiste  Adanson,  Chancelier  de  ce  Consulat,  est  privé  depuis  plusieurs 
années  de  son  modique  traitement  de  1,800  1.,  et  de  la  pension  de  5001. 
qui  lui  fut  accordée  en  dédommagement  d'une  bastonnade  qu'un  Pacha 
de  Syrie  lui  fit  appliquer...  Il  est  âgé  de  63  ans  et  compte  43  années  de 
service;  il  demanderait  à  aller  se  reposer  en  France  s'il  pouvait 
compter  sur  une  pension  de  retraite.  Beaussier  termine  cette  dépêche 
en  réclamant  des  fonds. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 


308  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  '\:% 

614.  —  Paris,  4  novembre  1796  {14  brumaire  an  V).  —  Mémoir»' 
justificatif  de  Devoize  au  Ministre  des  relations  extérieures,  répondanl 
point  par  point  aux  accusations  d*Herculais. 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
ASSEMBLÉE  DE  LA  NATION  FRANÇAISE  A  TUNIS. 

615.  —  Tunis,  20  décembre  1 796  {30  frimaire  an  V).  —  Discours  du 
citoyen  Allois  Herculais,  envoyé  extraordinaire  de  la  République  prè^ 
les  Puissances  musulmanes  d'Afrique,  à  tous  les  citoyens  français 
assemblés  dans  la  salle  d'audience  de  la  maison  consulaire,  sous  ia 
présidence  du  citoyen  Beaussier,  Consul  général. 

Herculais,  revenu  d'Alger  à  Tunis  le  28  brumaire,  exhorte  les  rési- 
dents français  à  la  concorde.  Il  fait  un  éloge  pompeux  de  la  Révolotio&. 
invite  les  assistants  au  civisme,  au  désintéressement  et  à  la  frateroife. 
Il  termine  en  déclarant  qu'il  oublie  les  injures  et  les  calomnies  quioQl 
pu  l'atteindre,  voulant  ainsi  donner  Texemple  delaréconciliatioDaTaot 
de  quitter  TÉchelle. 

{Affaires  étrangères^  C^  de  Tunis.) 

616.  —  Tunis,  20  décembre  1796  {30  frimaire  an  V).  —  Releîr 
analytique  de  tous  les  actes  publics  passés  par  des  Français  eu  TËchelk 
de  Tunis  depuis  le  9  mai  1 792  et  extraits  des  registres  des  procès-verhaBi 
des  assemblées  jusqu'au  30  frimaire  an  V,  par  Beaussier,  Consul  général. 

{Archives  nationales,  AF,  ///,  74.) 
BEAUSSIER  A  DELACROIX. 

617.  —  Tunis,  ...  décembre  1796  [frimaire  an  V).  —  Il  annonce  le 
retour  d*Alger  du  citoyen  Herculais.  Ce  dernier  a  fait  convoquer  tou? 
les  Français  de  l'Ëchelle,  et  dans  cette  assemblée  a  prononcé  un  dir 
cours  qui  a  laissé  la  plus  vive  et  la  plus  salutaire  impression  sur  to 
les  esprits. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

HAMOUDA,  BBY  DE  TUNIS, 
AU    DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE. 

618.  —  Tunis,  décembre  1796  {frimaire  an  F).  —  «  Aux  grands  el 
puissants  composant  le  Gouvernement  français,  —  que  Dieu  comble 
de  succès  leurs  jours! 

Notre  exposé  amical  est  que  votre  Consul  Devoize,  qui  résidait  auprès 
de  nous,  étant  parti,  nous  lui  rendons  le  témoignage  qu'il  est  intelligent' 
bon,  capable,  voyant  bien  les  affaires;  nous  n'avons  rien  vu  derépré- 
hensible  en  lui  pendant  le  temps  de  sa  résidence  auprès  de  nous;  ils 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  309 

dirigé  les  affaires  avec  soin  et  capacité  dans  tous  les  cas  qui  sont  sur- 
venus, soit  relativement  aux  intérêts  de  vos  nationaux,  soit  par  rapport 
à  vos  vaisseaux  de  guerre  ;  il  a  été  soigneux  de  maintenir  la  bonne 
harmonie  entre  nos  deux  empires;  cependant  il  est  rappelé  et  déposé 
du  Consulat  qu'il  occupait  par  des  haines  d*individus,  comme  vous 
pourrez  vous  en  convaincre  par  les  exposés  qu'il  vous  en  fera,  quand 
il  arrivera  auprès  de  vous.  Nous  vous  réitérons  que  pendant  sa  rési- 
dence nous  ne  l'avons  jamais  trouvé  répréhensible  en  rien,  soit  envers 
nous,  soit  contre  le  traité  qui  subsiste  si  heureusement  entre  nos  deux 
empires,  et  que  sa  déposition  n'est  que  le  fait  de  haines  particulières. 
Le  glorieux  Kiaya  de  Porte-Farine,  Mohammed-Khodja,  que  nous  avons 
recommandé  d'une  manière  particulière  à  votre  amitié,  vous  donnera 
la  certitude  d'une  manière  suffisante  de  la  bonne  conduite  de  votre 
Consul  Devoize.  Nous  avons  encore  chargé  le  susdit  Mohammed  Khodja, 
notre  fils,  de  vous  faire  part  de  quelques  procédés  désagréables  qui 
ont  eu  lieu,  de  vous  les  exposer  et  communiquer,  afin  que  l'ancienne 
amitié  qui  nous  lie,  et  l'intimité,  la  confiance,  et  les  droits  de  l'alliance 
étant  cultivés  et  respectés,  notre  amitié  et  intimité  reçoivent  toujours 
force  et  vigueur  et  augmentation. 

Au  reste,  que  les  jours  des  amis  soient  toujours  heureux.  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères^  C'"*  de  Tunis.) 

MOHAMMED-KHODJA,  ENVOYÉ  DE  TUNIS  S 
AU  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE. 

619.  —  Paris^  i 2  janvier  1797  [23  nivôse  an  V).  — Plaintes  contre 
le  citoyen  Herculais,  à  qui  est  attribué  l'enlèvement  de  quatre  bâti- 
ments' français  par  les  Anglais  en  représailles  d'une  prise  anglaise 
faite  sur  le  territoire  de  Tunis  par  les  Français...  «  Ce  qui  paraît  avoir 
le  plus  affecté  le  Bey  de  Tunis,  c'est  l'intervention  du  Dey  d'Alger,  à 
laquelle  le  citoyen  Herculais  a  eu  recours...  »  L'Envoyé  demande  la 
réintégration  de  Devoize  au  Consulat  de  Tunis. 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

LE  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE 
A  MOHAMMED-KHODJA,   ENVOYÉ  DE  TUNIS. 

620.  —  Paris,  15  janvier  1797  {23  nivôse  an  V),  —  Le  Directoire 
soumettra  à  un  examen  sévère  la  conduite  du  citoyen  Herculais.  11  a 

i.  Voy.  la  lettre  d'Hamouda-Bey  au  Directoire,  de  juin  1796,  annonçant  la  visite 
de  Mohammed-Khodja  pendant  le  cours  de  son  voyage  en  Angleterre,  p.  298. 


310  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1797 

observé  les  sentiments  de  bienveillance  que  l'Envoyé  a  manifestés  de 
la  part  du  Bey  en  faveur  du  citoyen  Devoize;  le  Bey  peut  compter  scr 
toute  la  justice  du  Directoire  dans  Texamen  de  la  conduite  de  ch* 
agent.  Le  Directoire  attend  de  la  justice  du  Bey  qu'il  emploiera  tons 
les  moyens  pour  faire  jouir  la  République  de  Tindemnité  qui  loi  «fsi 
due  pour  les  quatre  bâtiments  enlevés  par  les  Anglais  à  La  Goulette. 

{Affaires  étrangères^  C'*»  de  Tuais.) 
DELACROIX  A  MUSTAPHA-KHODJA,   MINISTRB  DU  BEY   DE  TUNIS. 

621.  —  Paris^.,.  janvier  i797  (...  nivôse  an  Vi.  —  «  Illustre  tl 
magnifique  Seigneur, 

L*illustre  Kiaya  de  Porte-Farine  Mohammed-Khodja,  que  vous  me 
recommandez,  est  arrivé,  et  j'ai  été  très  sensible  aux  témoignages  de 
confiance  et  d'amitié  qu'il  m'a  donnés  de  votre  pari.  Je  l'ai  présenU 
moi-même  au  Directoire  exécutif,  et  je  n'ai  rien  négligé  pour  lui  pro- 
curer un  accueil  gracieux  et  amical.  En  outre,  j'ai  cherché  &  lui  témoigner 
tous  les  égards  que  méritent  votre  recommandation  et  ses  qualités  per- 
sonnelles. Il  emporte  avec  lui  l'estime  et  l'amitié  de  la  nation  fran^ 
çaise... 

Soyez,  cher  Vizir,  l'interprète  de  mes  sentiments  pour  l'illustre  Bey 
de  Tunis,  et  assurez-le  de  mon  désir  sincère  de  coopérer  au  maiolieD 
de  la  paix  et  de  la  bonne  harmonie  qui  unissent  si  heureusement  les 
deux  nations. 

Continuez,  je  vous  prie,  de  protéger  avec  la  même  bonté  tous  ie> 
Français  résidant  à  Tunis,  et  comptez  de  ma  part  sur  une  réciprociu- 
parfaite  envers  les  Tunisiens. 

Agréez,  cher  Vizir,  l'assurance  de  mon  sincère  attachement  et  mes 
vopux  pour  votre  santé  et  votre  prospérité.  » 

{Affaires  étrangères^  C*"  de  Tunit.) 

LE  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA   RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE 
A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

622.  —  Paris,,,,  janvier  1797  (...  nivôse  an  F).  —  «  Illustre  el 
magnifique  Seigneur, 

Nous  avons  reçu  votre  Envoyé,  Sidi  Mohammed-Khodja,  que  vods 
nous  avez  recommandé;  il  nous  a  paru  digne  de  votre  confiance  par 
ses  qualités  personnelles,  et  nous  l'avons  accueilli  avec  égard  el 
amitié. 

Nous  le  chargeons  particulièrement  de  vous  rendre  compte  de  nos 
sentiments  pour  vous,  et  de  vous  entretenir  du  désir  sincère  quenoos 


[i797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  3H 

ne  cesserons  de  conserver  pour  le  maintien  de  la  paix,  de  l'ancienne 
£imilîé  Qt  de  Talliance  qui  unissent  si  heureusement  les  deux  nations. 
Nous  vous  réitérons  ces  assurances,  et  vous  renouvelons  les  vœux 
que  nous  adressons  au  Ciel  pour  la  prospérité  de  vos  États  et  la  con- 
servation de  vos  jours  K  » 

{Affaires  étrangères  y  C'**  de  Tunis.) 
BEAUSSIER  A  DELACROIX. 

©23.  —   7unw,  J2  février  1797  {12  pluviôse  an   V).  —  ...  «   Le 
citoyen  Herculais  et  moi  nous  avons  jugé  qu'il  était  instant  et  oppor- 
tun de  rétablir  le  logement  du  chancelier  dans  le  Fondouk,  afin  que 
cet   officier  public  fût  plus   à  portée  du  Consul  pour   Texpédition 
prompte  des  afiaires  et  que  les  archives  de  la  chancellerie  fussent 
renfermées  dans  un  lieu  sûr,  à  Tabri  du  pillage  et  sous  la  sauvegarde 
du  pavillon.  Le  Chancelier  y  avait  une  habitation  jusque  sous  le  Con- 
sulat de  Chateauneuf.  » 

(Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 
UERGULAIS  A  DELACROIX. 

624.  —  Tunis^  4  février  1797  {14  pluviôse  an  V).  —  «  Citoyen 
Ministre,  le  citoyen  Beaussier  s'est  chargé  de  vous  rendre  compte 
de  mon  arrivée  ici,  des  efl'orts  que  j'ai  faits  pour  ramener  la  concorde 
parmi  les  négociants  de  TËchelle,  de  Taccueil  que  m'a  fait  le  Bey. 
Depuis  ma  première  audience,  j'ai  eu  avec  le  Bey  une  longue  confé- 
rence en  particulier,  et  j'ai  attendu  cette  époque  pour  vous  écrire, 
afin  de  savoir  au  juste  la  tournure  que  prendraient  les  affaires  et  com- 
ment seraient  reçus  les  présents  que  le  nouveau  Consul  Beaussier 
devait  présenter. 

Le  Consul,  qui  jusques  à.  mon  arrivée  avait  éprouvé  du  Bey  des 
réceptions  très  froides,  pour  ne  pas  dire  humiliantes,  a  remarqué  un 
grand  changement  dans  la  manière  dont  ce  Prince  lui  parle  à  présent 
et  l'écoute  lorsqu'il  traite  les  affaires. 

Cependant,  je  ne  dois  pas  vous  cacher  que  toute  cette  bienveillance 
apparente  ne  produit  rien  ;  le  Bey  ne  cherche  qu*à  gagner  du  temps 
jusqu'à  mon  départ,  car  j'oserais  presque  dire  que  ce  Prince  me 
redoute,  et  craint  les  lumières  que  je  peux  donner  au  gouvernement 
de  la  République  sur  la  manière  dont  nos  affaires  ont  été  menées  ici 
et  celles  que  je  peux  donner  encore  sur  la  manière  d'obtenir  de  lui 
justice  en  tous  temps. 

i.  L'EnToyé  de  Tunis  reçut  au  nom  du  Directoire,  avant  de  continuer  sa  roule 
pour  TAngleterre,  une  bourse  contenant  12,000  livres,  pour  indemnité  de  séjour  & 
raison  de  40  louis  par  jour. 


1 


312  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  07 

Le  citoyen  Beaussier  a  remis  le  10  pluviôse  les  présents  de  sa  Uf^- 
venue,  qui  ont  été  parfaitement  accueillis.  On  n'avait  trouvé  ici,  pu^ 
servir  de  base  à  cet  usage,  aucun  renseignement  ni  dans  la  chancy.. 
lerie,  ni  dans  les  papiers  du  Consulat.  Il  paraît  que  chaque  Cod5j 
avait  voulu  effacer  les  traces  des  sacrifices  qu'il  a  fait  faire,  en  pareiir 
occasion,  au  gouvernement  '...  » 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis^ 

I.  —  Rappof*t  de  Delacroix  au  Directoire  exécutif  sur  le  citoyen  fferru'i» 
Envoyé  de  la  République  près  les  Régences  de  Barbarie,  —  Paris,  8  février  f/-' 
(18  pluviôse  an  V),  —  «  11  est  iodi  s  pensable  de  fixer  les  regards  du  Directoire 
exécutif  sur  le  citoyen  Herculais  et  la  mission  dont  il  a  été  chargé. 

Herculaisest  né  dans  le  ci-devant  Dauphiné  et  appartient  à  une  maison  ci-deTi:i 
d  e  qualité.  Le  bruit  général  est  qu'il  a  un  frère  émigré.  Après  avoir  seni  n 
France  dans  plusieurs  armes,  il  passa  en  pays  étranger  et  s'engagea  au  sen'ice<> 
plusieurs  Puissances  en  Europe  et  en  Asie.  Il  se  trouva  de  plus  à  la  suite  d'Expii^ 
,  qui  négocia  la  dernière  paix  de  l'Espagne  avec  Alger.  11  est  rentré  en  France  ^z- 
dant  la  révolution,  et  il  était  chef  de  brigade,  lorsque  le  Comité  lui  conHa  b 
mission  dont  il  est  chargé. 

Cette  mission  fut  arrêtée  le  24  vendémiaire  an  III,  du  propre  mouvement  âc 
Comité  de  salut  public.  Elle  devait  s'étendre  non  seulement  dans  toutes  l^ 
Régences  de  Barbarie,  mais  encore  en  Albanie,  en  M  orée,  dans  l'archipel  grec  et 
les  Échelles  du  Levant. 

Le  premier  motif  était  de  maintenir  la  bonne  intelligence  qui  régnait  entre U 
République  et  les  Régences  de  Barbarie. 

Cette  mission  avait  encore  pour  objet  la  vente  des  cargaisons  d'un  convoi  ^k 
navires  en  station  à  Tunis,  lesquelles  appartenaient  &  divers  négociants  de  Mr- 
seille,  qu'on  évaluait  à  des  sommes  immenses,  et  qui  n'ont  produit  que  cînqàsii 
cent  mille  livres  tournois. 

Elle  était  encore  relative  à  nos  affaires  consulaires»  à  nos  approvisionneoeob 
en  bois  de  marine,  en  grains,  en  cuirs,  en  bestiaux,  en  salpêtre,  etc.,  etc. 

Il  fut  affecté  à  cet  Envoyé  un  traitement  de  20,000  livres,  et  de  plus  on  lui  Gtdos 
de  six  mois  d'appointements  pour  lui  tenir  lieu  de  frais  d'établissement,  quoiqui- 
sa  mission  fût  ambulante. 

Quelle  a  été  la  conduite  du  citoyen  Herculais  dans  sa  mission? 

Herculais  a  eu  à  sa  disposition  des  fonds  considérables  provenant  soit  de  U 
vente  du  convoi  qui  avait  relâché  a  Tunis,  soit  des  500,000  livres  qu'il  a  UMKiiee? 
à  Alger.  L'emploi  qu'il  en  a  pu  faire  ne  m'est  encore  qu'imparfaitement  coono.  Il 
n'a  donné  à  cet  égard  que  des  aperçus  succincts.  Sans  doute,  il  aura  éteiotuor 
partie  de  nos  dettes  en  Barbarie  et  fait  quelque  envoi  d'approvisionnenieBU 
maritimes  à  Toulon. 

Au  départ  du  citoyen  Herculais  pour  la  Barbarie,  le  Comité  le  chargea  d'eii- 
miner  la  conduite  du  Consul  Dcvoize,et  c'est  d'après  son  rapport  que  le DirectiMi^ 
a  rappelé  ce  Consul. 

Depuis  cette  époque,  Herculais  a  envoyé  une  multitude  de  nouvelles  et  gm« 
accusations  contre  Devoize,  sans  appuyer  toutes  ses  a.^sertions  sur  des  preuves, 
mais  Devoi/e  ne  mérite  pas  tous  les  reproches  qui  lui  ont  été  faits. 

Le  citoyen  Billon  était  à  Tunis  le  régisseur  ou  le  fondé  de  pouvoir  de  la  maiion 
André  et  C'%  de  Marseille.  En  le  renvoyant  en  France,  le  citoyen  Herculais  a  nui  el 
aux  intérêts  du  majeur  et  à  ceux  du  citoyen  Billon. 

Le  citoyen  Lieutier,  régisseur  à  Tunis,  depuis  sept  ans,  de  la  maison  desoa[>èn^- 
négociant  à  Marseille,  a  été  également  renvoyé  en  France  par  le  citoyen  Hercuiiis- 
sans  qu'il  ait  rendu  compte  des  motifs  de  cette  résolution. 

Tous  les  majeurs  des  citoyens  Billon  et  Lieutier,  ainsi  que  les  négociaols  de 
Marseille  intéressés  au  commerce  de  Tunis,  ont  porté  au  Directoire  des  plaintes 
très    vives  sur  les    actes   précités.  Une  expulsion   semblable,  disent-ils,  frapp'- 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  313 

d^une  sorle  de  tache  ceux  qui  en  sont  l'objet;  elle  ressemble  h  la  peine  de  la 
déportation.  Nos  anciennes  ordonnances  interdisent  le  retour  dans  les  Échelles  à 
ceux  qui  en  avaient  été  renvoyés;  il  est  vrai  qu'elles  supposaient  des  délits  bien 
constatés,  une  procédure  instruite  et  la  preuve  acquise  que  l'expulsé  compromet- 
lait  la  tranquillité  de  TÉchelle.  Quels  inconvénients  ne  résulterait-il  pas  de  notre 
commerce,  si  des  agents  du  gouvernement  s'avisaient  de  renvoyer  arbitrairement 
nos  négociants  des  Echelles  ou  ils  sont  établis?  Non  seulement,  ils  n'y  formeraient 
plus  d'établissements,  mais  ils  renonceraient  à  ceux  existants. 

Le  Directoire  exécutif  n'a  point  oublié  qu'à  la  fin  de  ventôse  dernier  les  Anglais 
nous  ont  enlevé  ou  déprédé  à  La  Goulette  cinq  bâtiments  de  guerre.  Herculais 
était  encore  à  Tunis,  d'où  il  est  parti  aussitôt  après  cette  catastrophe,  qui  cepen- 
dant pouvait  exiger  la  prolongation  de  sa  résidence  dans  cette  ville. 

Il  serait  injuste  ou  tout  au  moins  prématuré  de  l'en  rendre  responsable,  mais 
cependant  il  y  aura  lieu  d'examiner  si  cette  violation  du  droit  des  gens  n'a  eu 
lieu  que  parce  que  le  citoyen  Herculais  avait  retenu  à  La  Goulette  le  brick  Le 
PosUllon  pendant  dix  mois  et  la  frégate  La  Sardine  pendant  quelques  jours,  contre 
le  gré  du  capitaine. 

De  Tunis,  le  citoyen  Herculais  vint  à  Alger;  il  y  a  commis  des  fautes.  Sa  pre- 
mière démarche  est  d'implorer  la  protection  du  Dey  contre  le  Boy  de  Tunis,  soit 
pour  nous  faire  restituer  la  valeur  des  bâtiments  pris  à  La  Goulette,  soit  pour 
expulser  de  l'Échelle  de  Tunis  les  hommes  qu'il  avait  désignés.  Le  Dey,  qui  a 
toujours  aspiré  à  la  domination  de  toute  la  Barbarie,  dut  saisir  avec  avidité  cette 
ouverture  et  se  rendre  aux  vœux  de  notre  Envoyé. 

Cette  démarche,  qui  excita  le  mécontentement  du  gouvernement  de  Tunis,  cho- 
quait le  rang,  les  prétentions  et  les  droits  du  Bey,  qui  est  un  Prince  indépendant, 
et  blessait  en  même  temps  la  dignité  de  la  République  en  la  faisant  recourir  à  la 
protection  du  Dey  pour  se  faire  rendre  justice  par  le  Bey. 

Le  citoyen  Sicive,  Chancelier  du  Consulat  d'Alger,  a  été  renvoyé  en  France  par 
le  citoyen  Herculais.  11  ne  parait  pas  que  le  citoyen  Jeanbon  Saint-André  ait 
jamais  eu  à  se  plaindre  de  ce  citoyen,  qui  compte  par  lui  ou  par  ses  pères 
cinquante  ou  soixante  ans  de  service.  Ce  Consul  n'a  voulu  prendre  aucune  part 
directe  ou  indirecte  à  cet  acte  du  citoyen  Herculais. 

La  mission  donnée  par  le  Comité  de  salut  public  au  citoyen  Herculais  n'était 
rien  moins  qu'indispensable.  Elle  est  aujourd'hui  entièrement  inutile.  Tous  les 
postes  consulaires  de  l'Afrique  sont  remplis  par  des  citoyens  dignes  de  la  confiance 
du  Directoire.  Les  alTaires  ont  repris  leur  cours  ordinaire,  autant  que  la  guerre 
peut  le  permettre.  La  République  est  respectée  par  toutes  les  Régences;  ainsi  rien 
ne  nécessite  à  maintenir  une  mission  extraordinaire  qui  dure  depuis  plus  de  deux 
ans  sans  avoir  produit  de  grands  résultats  et  qui  coûte  annuellement  20,000  fr. 
On  propose  au  Directoire  de  la  terminer  et  de  prendre  l'arrêté  suivant  : 

Le  Ministre  des  relations  extérieures  est  chargé  d'écrire  au  citoyen  Herculais 
que  sa  mission  est  terminée,  et  de  lui  ordonner  de  repasser  en  France.  » 

H.  —  Tableau  de  remploi  des  présents  mis  à  la  disposition  du  citoyen  Herculais, 
Envoyé  de  la  République  en  Barbarie,  ou  par  lui  achetés. 

m.  —  Février  t79S  [ventôse  an  VI),  —  Examen  de  la  comptabilité  générale  du 
citoyen  Herculais^  pendant  sa  mission  en  Barbarie  depuis  le  iO  frimaire  an  IIJ 
jusqu'au  Si  floréal  an  V  : 

•  Le  Comité  de  salut  public  le  nomma  agent  général  en  Barbarie  le  10  frimaire 
an  m,  avec  20,000  fr.  d'appointements,  et  lui  fit  donner  un  quart  d'avance  pour  être 
retenu  sur  le  dernier  quartier  de  sa  mission.  Elle  a  fini  le  21  floréal  an  V,  ce  qui 
fait  deux  ans,  cinq  mois,  onze  jours,  et  par  conséquent  la  somme  de  48,  984  fr. 

Le  citoyen  Herculais  est  parti  d'Alger  pour  Tunis,  d'où  il  s'est  rendu  à  Tripoli 
de  Barbarie,  d'où  il  est  censé  s'être  rendu  par  mer  à  Marseille.  Cette  route  com- 
prend 320  postes  qui,  à  13  1.  6  s.  8  d.  font  4266, 13,  4;  de  Marseille  à  Paris 
dO  postes  À  24  I.  représentent  2160  1.;  total  6426,13,4.  - 

Ses  recettes  montent  à 1,444,589  livres. 

Ses  dépenses  à 1,310,058    ~~ 

Partant  le  citoyen  Herculais  est  débiteur  de       104,530    — 


314  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [179: 

LE  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRAUÇAISS 
A  UAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

625.  —  Paris,  6  féviner  1797  [16  pluviôse  an  V).  —  «  Illustrent 
magoifique  Seigneur, 

La  bonne  harmonie  qui  existe  depuis  si  longtemps  et  si  heureu>t 
ment  entre  vous  et  la  nation  française  nous  fait  penser  qu'il  ne  pest 
que  vous  être  agréable  d'être  directement  informé  par  nous  des  e\v 
nements  majeurs  qui  nous  arrivent,  surtout  quand  ces  résultais  ^i 
sont  avantageux  à  la  République  française.  G  est  d'après  ce  principe 
et  dans  la  vue  de  cultiver  autant  qu'il  est  en  nous  cette  ancieDoe^'l 
précieuse  amitié  que  nous  croyons  devoir  vous  mettre  sous  les  yem 
un  aperçu  rapide  des  opérations  de  nos  armées,  dont  le  courage  e( 
Ténergie  ont  constamment  fixé  la  victoire  sous  les  drapeaux  de  ia 
nation  française,  votre  fidèle  alliée. 

Nous  n'essayerons  pas  de  retracer  ici  les  différentes  actions  dans 
lesquelles  nos  armées  ont  déployé  cette  intrépidité  qui  depuis  cioq 
ans  force  TEurope  entière  à  ladmiration;  il  suffit  de  dire  quauDuni 
le  Rhin  a  constamment  opposé  aux  efforts  impériaux  une  barrièn 
infranchissable  '.  En  Italie,  la  Sardaigne  a  été  obligée  de  demacder 
la  paix  '.  Toutes  les  possessions  impériales  ont  bientôt  été  eovahieN 
Trois  armées  sont  venues  successivement  se  briser  contre  le  coura;:^ 
invincible  des  phalanges  républicaines,  et  dernièrement  encore  une 
victoire  a  été  remportée  par  Tarmée  française.  Nous  espérons  la  pri^î 
de  la  dernière  place  importante  que  l'Empereur  conserve  encore  dans 
ces  contrées  '.  Des  avantages  aussi  décidés  ont  eu  pour  nous  les  résul- 
tats les  plus  heureux.  La  plupart  des  Princes  d'Italie  et  le  Roi  de 
Naples  lui-même  ont  demandé  et  obtenu  la  paix.  Presque  tous  les 
ports  ont  été  fermés  aux  Anglais,  et  la  Corse,  partie  intégrante  d^ia 
République  française  et  dont  ils  s*étaient  emparés  par  leurs  moyeD> 
ordinaires,  la  fraude  et  la  perfidie,  s'est  lassée  de  leur  joug  tyrannique 
Elle  les  a  ignominieusement  chassés  et  ne  voit  plus  flotter  dans  ses 

Au  surplus,  un  second  rapport  du  Ministre  au  Directoire,  du  8  mars  1797  JS^ec* 
tôse  an  V)  est  encore  plus  accablant  que  ce  dernier  pour  Herculais,  qu'il  r'^p' 
non  plus  seulement  de  destituer,  mais  de  poursuivre. 

{A/fav^s  élt-angit-es,  C*"  de  Tunis.) 

1.  La  campagne  d*Alleraagne  de  17%  était  dirigée  par  Jourdan,  cooiaiaodajil 
l'armée  de  Sambre-et-Meuse,  et  par  Moreau,  commandant  Tarmée  du  Rbio. 

2.  L'armistice  de  Cherasco,  signé  le  28  avril  1796,  nous  abandonnai  Nice  eM' 
Savoie. 

3.  Mantoue  avait  capitulé  le  2  février. 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  345 

ports  et  ses  arsenaux  que  le  pavillon  tricolore.  La  République,  tou- 
jours grande,  a  oublié  les  torts  des  Corses  et  s'est  hâtée  de  leur  resti- 
tuer l'exercice  de  tous  les  droits  des  citoyens  français.  La  Ck)rse  est 
donc  aujourd'hui  du  nonabre  de  nos  départements,  ses  habitants  sont 
redevenus  citoyens,  et  comme  tels  ils  peuvent  attendre  de  vous  les 
égards  et  le  traitement  affectueux  que  vous  avez  pour  leurs  compa- 
triotes. Le  Directoire  exécutif  les  réclame  de  votre  loyauté  et  de 
Tamitié  que  vous  professez  pour  la  République. 

Il  saisît  cette  occasion  pour  vous  assurer  de  la  plus  entière  réci- 
procité, et  de  son  intention  bien  prononcée  de  maintenir  dans  son 
intégrité  la  bonne  intelligence  qui  existe  entre  vous  et  la  nation 
française.  » 

[Affaii^es  étrangères,  C'"'  de  Tunis.) 
UERCULAIS  A  DELACROIX. 

626.  —  Tuni$,  19  février  i797  {^9  pluviôse  an  V).  —  On  néglige 
les  intérêts  de  la  République  dans  les  achats  de  grains  faits  en  Barbarie. 
Les  négociants  ne  pensent  qu'à  gagner  des  commissions;  le  blé  devient 
très  cher,  et  tous  les  risques  sont  à  la  charge  de  TÊtat.  Herculais 
accuse  ici  le  Juif  Elias  Attel  de  spéculations  inavouables. 

La  paix  de  Naples  avec  les  deux  Régences  va  se  conclure,  le  citoyen 
Famin,  «  qui  est  à.  moitié  Maure  »,  ayant  su  s'imposer  comme  inter- 
médiaire. 

A  cette  dépèche  sont  annexés  : 

L  Une  demande  de  rappel  du  citoyen  Nyessen,  Consul  de  la  Répu- 
blique batave,  de  l'Empire,  de  Raguse  et  de  Russie,  «  qui  porte  encore 
la  cocarde  noire,  au  lieu  de  la  cocarde  tricolore  qui  doit  être  portée 
dans  les  deux  Républiques  française  et  batave  »  ; 

IL  Une  constatation  de  la  créance  d'Elias  Attel  sur  la  République 
française,  ses  avances  s'élevant  à.  la  somme  de  115,000  piastres; 

III.  Un  arrêté  pris  par  Herculais  le  6  nivôse  an  V,  pour  faire  rétablir 
la  chancellerie  et  le  logement  du  Chancelier  dans  le  Fondouk  et  faire 
cesser  l'abus  du  sous-louage  à  des  Maures; 

IV.  Un  arrêté  d'Herculais,  du  6  nivôse  an  V,  relatif  à  la  vérification 
des  prises; 

V.  Un  arrêté  du  même,  du  7  nivôse  an  V,  pour  faire  fermer  la  com- 
munication par  les  terrasses  entre  les  Consulats  de  France  et  d'An- 
gleterre; 

VI.  Un  arrêté  du  même,  du  13  pluviôse  an  V,  expulsant  de  Tunis  le 


316  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\7f 

négociant  françiaiis  Bouzige,  qui  a  affermé  les  douanes  du  port  d^ 
Bizerte  en  prenant  un  homme  de  paille,  en  contravention  à  lart. ^ 
titre  II  de  l'Ordonnance  du  3  mars  1781  ; 

VII.  Un  rapport  d'HercuIais  au  citoyen  Lallement,  ambassadeur <: 
France  à  Venise,  pour  lui  demander  le  rappel  de  Tunis  de  Gorgoglioii- 
Vice-Consul  de  Venise,  et  de  Mendrici,  son  Chancelier,  frère  du  mk^ 
cin  du  Bey,  ces  agents  vénitiens  intriguant  contre  la  Républi<f,i^ 
française; 

VIII.  Le  procès-verbal  de  l'assemblée  des  nationaux  tenue  à  Tqcâ 
pour  vérifier  les  opérations,  enchères  et  adjudications  de  Devoize. 

(Affaires  étrangères j  C*"*  de  Tunii.) 
BEAUSSIER  A  DELACROIX. 

627.  —  Tunis^  24  février  il 91  (6  ventôse  an  V).  —  Il  a  notifié aj 
Bey  le  traité  de  paix  et  d'alliance  entre  la  République  française  et  ii 
République  batave.  11  lui  a  fait  connaître  que  les  marchandises  emliar- 
quées  sur  navires  neutres  et  destinées  pour  la  France  deirroDl  é(r*^ 
accompagnées  d'un  certificat  portant  qu'elles  ne  provienaenl  ^ 
d'Angleterre. 

[Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis,) 
MOHAMMED-RUODJA,  ENVOYÉ  DE  TUNIS,  A  DELACROIX. 

628.  —  Paris,  J24  février  1797  {6  ventôse  an  F).  —  «  Ciloyeii 
Ministre, 

J'ai  l'honneur  de  rappeler  ici  à  votre  mémoire  la  conversation  qu^ 
j'ai  eue  hier  par  votre  entremise  avec  le  citoyen  Rewbell,  Président 
du  Directoire  exécutif.  L'accueil  que  le  Président  et  vous  avez  bien 
voulu  lui  faire  prouve  les  sentiments  d'humanité,  de  bienfaisance  cl 
de  bonté  qui  animent  la  République  française.  Elle  avait  pour  objet 
de  demander  que  dans  le  cas  (comme  j'en  forme  les  vœux  ardent* 
au  Ciel)  où  la  victorieuse  armée  française  d'Italie  entrerait  dans  CiîiU 
Vecchia,  ou  autre  ville  du  Pape,  tous  les  esclaves  musulmans  qui  gémis- 
sent sous  le  joug  cruel  et  humiliant  de  l'esclavage  soient  mis  en  liberté 
et  rendus  à  leur  patrie.  Cet  acte  de  bienfaisance,  digne  de  la  magoaQi- 
milé  française,  prouvera  k  l'univers  sa  sensibilité,  son  dévouement  a  là 
liberté  de  chaque  individu,  et  donnera  aux  Musulmans  un  témoigna^ 
de  son  affection  et  de  son  désir  constant  pour  le  bien  de  l  humanité. 

Soyez,  citoyen   Ministre,  l'intercesseur  d'une  si  belle  cause.  Cette 
action  est  digne  de  la  nation  française,  elle  attestera  ses  vertus. 
Salut  et  fraternité.  » 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 


1 197]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  317 

HERCULAIS  A  DELACROIX. 

629.  —  Tunis,  /"  avinl   i797  [13  germinal  an   V).  —  Il  n'a  pu 
réussir  à  Tunis  autant  qu'il  en  avait  conçu Tespoir. 

«  Toute  affaire  importante  que  j'aurais  entamée  avec  le  Bey  n'aurait  pu 
a^^oir  aucune  issue;  ce  Prince,  par  sa  conduite,  m'a  démontré  ne  vouloir 
a,^ec  moi  que  gagner  du  temps  jusqu'à  mon  départ,  espérant  ensuite 
tout  obtenir  du  Consul,  qu'il  soupçonne  être  d'un  caractère  faible.  Je 
vous  ajouterai  encore,  citoyen  Ministre,  que  depuis  très  longtemps 
n'ayant  reçu  ni  ordres  ni  lettres  de  vous  pour  régler  ma  conduite,  cela 
m  "a  rendu  beaucoup   plus   incertain  dans  mes    démarches.  Je  sais 
que  le  Bey  et  Sidi  Mustapha  ont  écrit  fortement  au  Kiaya  de  Porte- 
farine  pour  lui  ordonner  de  solliciter  en  faveur  du  citoyen  Devoize;  je 
sais  aussi  que  celui-ci  croit  sa  justification  attachée  au  blâme  qu'il 
pourrait  parvenir  à  vous  faire  jeter  sur  ce  que  j'ai  pu  ou  pourrai  faire 
ici,  et  qu'il  excite  dans  ce  but  les  négociants  de  Marseille  qui  lui  sont 
attachés  à.  vous  écrire  contre  moi.  Toutes  ces  considérations  n'ont  pu 
que  me  donner  beaucoup  de  circonspection  dans  ma  conduite  envers  le 
Bey;  j'ai  donc  laissé  agir  le  citoyen  Beaussier  seul,  après  lui  avoir 
donné  sur  ce  pays  et  sur  ces  gens-là  tous  les  renseignements  possibles 
et  ravoir  mis  en  garde  contre  tous  les  pièges  qu'on  pouvait  lui  tendre. 
Le  sieur  Rodrigues,  censal  de  la  nation,  homme  précieux  par  son  zèle 
pour  la  République  et  qui  m'a  rendu  de  grands  services  dans  nombre 
d'affaires  épineuses,  se  charge  de  vous  conduire  les  chevaux  qu'offrent 
au  gouvernement  de  la  République  le  Dey  d'Alger  et  le  Bey  de  Gonstan- 
tine,  ainsi  qu'un  yatagan  en  or,  etc.,  produits  de  la  Barbarie  que  l'on 
m'a  donnés  dans  le  pays...  Ce  citoyen  a  différentes  plaintes  à  vous 
porter  sur  des  vexations  que  son  attachement  à  la  République  lui  a 
values  tant  de  la  part  des  Consuls  que  du  Bey  lui-même...  Vous  pou- 
vez le  questionner,  citoyen  Ministre,  sur  l'Ëchelle  de  Tunis,  dont  il  a 
une  parfaite  connaissance. 

Le  citoyen  Minuti,  négociant,  père  de  famille  respectable,  se  rend 
aussi  à  Paris  dans  le  même  but...  Son  attachement  à  la  République  et 
sa  soumission  aux  lois  lui  ont  attiré  des  vexations  odieuses  dans  sa  per- 
sonne et  dans  son  crédit...  Le  citoyen  Devoize  n'y  est  point  étranger.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
HERCULAIS  A  DELACROIX. 

630.  —  Tunis,  i  1  avril  1797  (23  germinal  an  V).  —  «  Citoyen  Ministre, 
Au  moment  du  départ  du  bâtiment  qui  vous  porte  le  citoyen  Rodrigues 

et  les  chevaux  qu'il  vous  conduit,  le  citoyen  Guiraud  s'est  décidé  à  se 


318  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  PJ" 

rendre  à  Paris.  Le  courage  et  le  zèle  avec  lesquels  il  a  sen-i  la  Répi 
blique  Tont  rendu  odieux  au  Bey  et  à  Sidi  Mustapha,  qui  voieDlav^ 
une  peine  extrême  qu'enfîn  le  gouvernement  français  est  éclairé  sa^ 
retour  sur  les  infidélités  de  ses  agents  et  sur  la  manière  lâche  ^ 
infâme  avec  laquelle,  en  trompant  le  Ministère,  ces  agents  kw. 
saient  la  Régence  au  détriment  réel  du  commerce  de  TÊchelle  et  p!r> 
encore  à  la  honte  de  la  République  et  des  Français. 

Le  citoyen  Guiraud  a  contribué  beaucoup  à  augmenter  ces  lumière 
Il  a  courageusement  résisté  aux  moyens  que  le  Bardo  a  emplovésp<c 
Tintimider  pendant  sa  gestion,  et  il  s^esi  fait  respecter  du  Bey  lu- 
même  plus  qu'aucun  Consul  français.  A  présent,  il  est  malheareur- 
ment  facile  de  prévoir  que,  sous  la  gestion  du  citoyen  Beaussier,  [^ 
citoyens  qui  déplairont  au  Bardo  ne  trouveront  que  p«u  oa  poil 
d'appui.  Le  Bey  connaît  parfaitement  le  caractère  du  citoyen  Beaussier 
et  agira  en  conséquence.  Le  citoyen  Guiraud,  pour  qui  le  CoDsyl  a 
toujours  montré  de  Téloignement,  est  menacé  d'éprouver  ici  beaucoup 
de  dégoûts  et  de  contrariétés  qui  nuiraient  infailliblement  à  son  mi- 
merce;  aussi  il  se  décide  à  aller  offrir  ses  services  à  la  République.  Voiis 
pourrez,  citoyen  Ministre,  tirer  de  lui  des  éclaircissements  précieaiSL' 
tout  ce  qui  regarde  la  partie  commerciale  et  même  politique  de  m 
relations  avec  la  Barbarie. 

Les  contrariétés,  les  intrigues  de  toute  espèce  ont  été  déployées  ir. 
contre  ma  mission  à  Tunis.  Avant  même  que  je  fusse  parti  de  Paris, on 
écrivit  à  Livourne  pour  envoyer  des  frégates  arrêter  le  bâtiment  daDoi? 
qui  devait  m'emporter.  Parle  plus  heureux  des  hasards,  j'ai  abandonoè 
le  bâtiment,  qui  a  été  effectivement  arrêté  par  deux  frégates  et  sur leqtf 
on  a  enlevé  de  Targent  tandis  qu'on  laissait  d'autres  effets;  lesAngb 
déclarent  qu'ils  avaient  connaissance  à  qui  ils  appartenaient.  On  m'a  n 
enfin  arriver  à  Tunis.  Avant  que  je  misse  pied  à  terre,  on  avait  déjà  sa 
soulever  et  indisposer  le  Bardo  contre  ma  personne  et  mon  caraclèrt. 
Dans  tout  le  cours  de  mes  différents  séjours  à  Tunis,  on  n'a  rien  néglige 
de  ce  qui  pouvait  me  faire  échouer  partout,  et  diminuer  la  coosidéralion 
et  l'idée  que  je  voulais  donner  ici  du  gouvernement  de  la  République 

A  qui  sommes-nous  redevables  de  ces  détestables  manœuvres?  A  qiu 
A  des  Français  principalement.  Je  vous  ai  dit  le  mot,  citoyen  Ministre 
et  le  citoyen  Guiraud  vous  expliquera  et  vous  prouvera  clairemeDlli 
vérité  du  fait.  Je  vous  dirai  encore  que  plusieurs  fois  j'ai  eu  de  /orlft 
raisons  de  penser  que  ma  vie  n'était  pas  en  sûreté.  » 

{Affaires  étrangères,  C'  de  Tunis.) 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  319 

BEAUSSIER  A  DELACROIX. 

631.  —  TuniSy  i  7  avril  i  7 97  {29  germinal  an  T'^.  —  Le  citoyen  Hercu- 
lais  se  dispose  à  partir  pour  Tripoli  avec  Mathilde  Gordon,  fille  de 
\*ancien  Consul  anglais,  âgée  de  trente  ans,  qu'il  a  épousée  en  cette 
Échelle  le  13  nivôse  dernier,  quatorze  jours  après  son  retour  d'Alger  *. 
Ils  s^enibarquent  sur  un  bâtiment  américain  affrété  depuis  cinq 
mois  à  raison  de  2,500  francs  par  mois...  En  ce  qui  concerne  le  Consulat, 
il  m'a  dit  manquer  de  fonds  pour  lui-même. 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Titnis.) 
BEAUSSIER  A  DELACROIX. 

632.  —  Tunis,  3 3 avril  i  797  {4  floréal  an  V).  —  Herculais  vient  de 
quitter  Tunis.  Le  Bey  lui  a  fait,  à  son  retour  d'Alger,  un  accueil  extrê- 
mement froid  et  a  repoussé  systématiquement  toutes  les  demandes  qu*il 
lui  a  faites.  Quand  cet  agent  sera  entièrement  hors  de  Barbarie, 
Beaussier  se  flatte  qu'Hamouda  prêtera  plus  aisément  l'oreille  à  ses 

réclamations. 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 

BEAUSSIER  A  DELACROIX. 

633.  —  Tunis,  4  mai  i  797  [i  5  floréal  an  V).  —  Il  annonce  l'arrivée 
de  la  corvette  La  Fauvette,  aux  ordres  du  citoyen  Martin,  capitaine 
de  frégate,  armée  en  parlementaire,  avec  la  mission  unique  de  trans- 
porter ici  Sidi  Mohammed-Khodja,  Envoyé  du  Bey...  «  Le  citoyen  Miot, 
commissaire  du  Directoire  exécutif  dans  l'ile  de  Corse,  m'a  adressé  la 
liste  des  divers  naturels  corses  qui  gémissent  ici  dans  l'esclavage;  je 
prévois  que  le  Bey  m'opposera  la  distinction  qu'il  veut  absolument 
établir  entre  les  Corses  sous  la  domination  anglaise  et  ceux  pris 
avant  que  la  Corse  soit  tombée  au  pouvoir  de  Tennemi.  » 

{Affaires  étrangères,  0"*  de  Tunis.) 
BEAUSSIER  A  DELACROIX. 

634.  —  Tunis,  17  mai  i  797  [29  floréal  an  V).  —  Il  annonce  l'arrivée 
du  citoyen  Cassai,  chargé  de  rechercher  et  d'acheter  en  Tunisie  des 
animaux  destinés  à  repeupler  la  ménagerie  de  Versailles. 

[Affaires  étrangères,  C»  de  Tunis,) 

1.  Tunisj  9  janvier  4797  (13  nivôse  an  V).  —  Acte  de  mariage  du  citoyen  Alexandre 
Âllois  Herculais,  de  Grenoble  (Isère),  chef  de  brigade,  acluellement  employé  en 
qualité  d'Envoyé  extraordinaire  de  la  République  près  les  Puissances  musulmanes 
d'Afrique,  âgé  de  quarante  et  un  ans,  lils  de  feu  André  Allois  Herculais,  capitaine  de 
cavalerie,  et  de  la  citoyenne  Claire-Charlotte  Vaulserre  des  Adrets,  avec  Demoiselle 
Mathilde  Gordon,  de  Tunis,  âgée  de  vingt-neuf  ans,  fille  de  feu  Charles  Gordon, 
ancien  Consul  d'Angleterre.  (Affaires  étrangères.  Extrait  des  Registres  de  la  chancel- 
lerie du  C***  G"  de  la  Rép.  fr.  à  Tunis.) 


320  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  17^ 

HERCULAIS  A  DELACROIX. 

635.  —  Golfe  de  Naples^  24  juin  1797  (6  messidor  an  V).  —  De  Tr 
poli,  où  il  achevait  sa  mission,  il  se  disposait  à  retourner  en  Ffciï. 
pour  rendre  compte  de  sa  conduite  au  citoyen  Ministre,  lorsque 
^i  floréal,  huit  cavaliers  du  Bey  de  Tunis,  venus  à  marches  forcrr^ 
apportèrent  au  Pacha  des  lettres  de  leur  maître  contre  lui  et  Tarrri 
du  Directoire,  en  date  du  20  ventôse,  qui  le  destitue  avec  tant  de  ri^a- 
pour  ne  pas  dire  d'ignominie.  Il  insiste  sur  Tirrégularité  que  roc  « 
mise  de  Tunis  dans  cet  envoi  en  y  faisant  indécemment  ioterreniri^ 
Pacha  et  le  Consul  d'Espagne.  Il  présente  sa  justifîcalion  au  point  <i 
vue  de  son  honneur,  de  sa  probité,  de  son  désintéressement,  et  il  v^r 
en  France  demander  le  complément  du  traitement  qu'on  lui  a  h' 
subir  et  le  châtiment  le  plus  rigoureux  ou  la  justice  la  plus  éciaUot-. 
Il  se  plaint  de  ce  qu'on  Tait  empêché  contre  toute  justice  d^emporte: 
de  Barbarie  ses  papiers,  au  moyen  desquels  ceux  qui  doivent  le  ju?^: 
auraient  pu  faire  un  examen  rigoureux  de  sa  conduite. 

Puis  il  fait  un  résumé  très  détaillé  des  résultats  de  sa  mission  ^ 
Alger,  à  Tunis  et  à  Tripoli,  et  il  prétend  donner  la  preuve  irréfutal'i- 
que  partout  ils  ont  été  les  plus  heureux  pour  la  République  français 
A  Tunis,  il  a  fait  exécuter  les  ordres  du  Ministre  et  a  fait  trembler  I>r 
Bey,  qui  se  jouait  du  gouvernement.  Du  reste,  il  aura  rhonneur 
d'adresser  au  Ministre  une  relation  de  l'ambassade  de  M.  de  Seanevil!' 
à  Alger  en  1790,  qui  lui  servira  de  point  de  comparaison  avec  les  résul- 
tats de  sa  propre  mission  et  fera  ressortir  le  mérite  de  tout  ce  qu'il  a 
fait  pour  le  Gouvernement  à  Alger.  A  Tunis,  il  s'est  s'expose  au  pois'n 
et  à  la  vendetta  implacable  du  Bey  et  de  Sidi  Mustapha,  qui  na^èrt 
venaient  de  faire  empoisonner  un  homme  que  toute  autre  veogeaDce 
ne  pouvait  atteindre.  Ce  poison  est,  d'ordinaire,  mélangé  au  caft 
qu'on  est  obligé  de  prendre  dans  les  visites,  usage  dont  Herculais  lai- 
méme  ne  put  se  dispenser...  Il  a  cherché  de  tout  son  pouvoir  à  rallier  à 
la  République  et  autour  du  Consul  les  négociants  français  si  dlms. 
en  donnant  à  la  personnalité  du  sieur  Beaussier  le  plus  de  notorièlt! 
possible.  Malheureusement  il  n'aperçoit  chez  celui-ci  que  les  vues  les 
plus  cupides  et  le  désir  de  s'attirer,  au  préjudice  des  ÎDlérêlsetde 
l'honneur  de  la  République,   l'amitié  du  Bey  et  de   Sidi  Mustapha. 

Aussi  s'en  est-il  fait,  ainsi  que  de  son  frère,  négociant  à  Marseille, uc 
ennemi  mortel. 

Herculais  connaît  tous  les  efforts  que  l'ambassadeur  de  Tunis  auprè:> 
du  vice-roi  de  Corse  et  du  Roi  de  Danemark  a  faits,  à  son  second  pas- 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  3i21 

sage  à  Paris,  pour  le  sacriûer  au  ressentiment  du  Bey.  Celui-ci,  se  ren- 
dant compte  qu'Herculais  voulait  éclairer  le  gouvernement  sur  les 
sommes  d'argent  qu'il  avait  coutume  d'extorquer  d'une  manière  ou 
d'une  autre  à  la  France,  et  divulguer  sa  connivence  honteuse  avec  les 
Consuls  et  certains  négociants  français  pour  tromper  le  gouvernement, 
attachait  une  grande  importance  à  sa  perte... 

Le  gouvernement  serait  étonné  si  on  lui  présentait  le  tableau  général 
et  iidèle  de  ce  que  lui  a  coûté  le  Bey  de  Tunis  seulement  depuis  la  Révolu- 
tion, et  il  ne  verrait  certainement  pas  sans  indignation  que  ce  Prince  a 
extorqué  à  lui  seul  plus  que  les  deux  autres  Régences  ensemble,  sans 
avoir  eu  pour  les  Français  les  mêmes  procédés  d'égards  et  de  justice  *. 
Menaces  ou  épithètes  outrageantes  sont  familières  au  Bey,  lorsqu'il 
s'aperçoit  que  l'on  tente  de  s'opposer  à  ses  desseins.  Voici  ses  propos 
au  Consul  actuel  :  —  «  Vois  comment  j  ai  fait  traiter  cet  Envoyé,  qui  avait 
osé  me  contrarier,  et  toi  qui  n'es  que  Consul,  tu  oserais  essayer  d'en 
faire  autant!...  Allons!  écris  à  ton  Ministre,  et  fais  en  sorte  que  ce  que 
je  demande  soit.  Je  te  donne  une  lune  pour  en  avoir  la  réponse.  »  — 

«  ...  A  la  nouvelle  de  l'arrêté  qui  me  destitue,  le  Bey  de  Tunis  témoi- 
gna une  joie  immodérée.  Il  appela  et  choisit  lui-même  les  huit  cavaliers 
qui  devaient  porter  au  Pacha  de  Tripoli  sa  lettre  et  les  plis  du  citoyen 
Beaussier,  et  il  leur  promit  une  récompense  s'ils  arrivaient  prompte- 
ment.  Effectivement  ils  arrivèrent  en  13  jours,  mais  deux  en  moururent. 
Je  n'ai  rien  fait  qui  ne  me  fût  prescrit  dans  vos  instructions  ou  dans 
vos  lettres...  Vous  m'avez  témoigné  plusieurs  fois  votre  satisfaction  et 

1.  Le  gouvernement,  de  son  côté,  croyait  devoir  faire  une  enquête  sur  les  pré- 
sents emportés  par  Herculais  pour  les  Seigneurs  barbaresques.  Voici  deux  extraits 
de  lettres  qui  nous  paraissent  suggestives  : 

Delacroix  à  Belleville,  Consul  à  Livourne.  Paris,  8  mars  4797  [6  ventôse  an  V).  — 
•  Le  citoyen  Villet  a  été  envoyé  par  le  citoyen  Herculais  à  Livourne  pour  des  affaires 
de  la  République...  Je  vous  invite  à  observer  avec  soin  si  cet  agent  ne  serait 
pas  aussi  chargé  de  se  défaire  à  Livourne  de  quelques  objets  faisant  partie  des 
présents  qui  ont  été  confiés  au  citoyen  Herculais  pour  l'objet  de  sa  mission  en 
Barbarie...  On  m'a  assuré  qu'en  la  même  année  cet  Envoyé  avait  adressé  à  Mon- 
sieur Tomgren,  Consul  de  Suède  à  Livourne, quelques-uns  des  présents,  consistant 
en  un  carrosse  doublé  en  drap  gris  avec  des  harnais  provenant  du  sacre  pour 
8  chevaux,  etc.  Cherchez,  je  vous  prie,  à  vous  assurer  si  ces  objets  ont  été  effec- 
tivement vendus,  quel  en  a  été  le  montant  et  quelle  a  été  la  destination  de  ces 
fonds  dont  vous  ordonneriez  le  séquestre,  s'ils  se  trouvaient  encore  à  Livourne...  • 
{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

Belleville  à  Delacroix.  — Livourne,  3i  mars  1797  (ii  germinal  an  V).  —  «  ...  Les 
renseignements  sur  la  voiture  sont  exacts,  ainsi  que  les  harnais  pour  six  chevaux; 
tout  est  de  la  plus  grande  beauté  et  du  travail  le  plus  fini.  C'est  Monsieur  de 
Torngren  qui  l'a  reçue  de  Tunis;  son  prix  trop  cher  a  empêché  de  la  vendre  jus- 
qu'à présent.  J'ai  pris,  de  concert  avec  le  général  Vaubois  et  le  gouverneur  de 
Livourne,  les  mesures  nécessaires  pour  que  cette  voiture  ne  me  soit  pas  sous- 
traite... »  {Affaires  étrangères,  (?"  de  Tunis») 

21 


322  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  'MX 

même  votre  étonnement  du  succès  de  mes  démarches...  J'ai  solliciu 
continuellement  vos  instructions  pour  régler  ma  conduite,  eteependaL 
sans  antécédent  quelconque,  vous  me  frappez  du  coup  le  plas  mal- 
tendu et  le  plus  humiliant  dont  on  puisse  frapper  un  agent  mèti. 
d'un  des  plus  grands  caractères  qu  un  gouvernement  puisse  donner. 
Au  prix  de  tout  mon  sang,  s'il  le  faut,  j'en  vais  chercher  réparatioo.  • 

{Affaire*  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
BEAUSSIBR  A  DELACROIX. 

636.  —  Tunisy  9  juillet  i797  [21  meindor  an  F).  —  Il  allendlt:^ 
ordres  du  Ministre  au  sujet  des  esclaves  corses.  La  peste  règne  to> 
jours  à  Tunis;  elle  a  fait  heaucoup  de  victimes  parmi  les  esclaves  >:i 
Bey  ;  aussi  les  rachats  sont-ils  de  plus  en  plus  difficiles. 

(Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 

1.  Annexe  I.  —  Delacroix  à  Beaussier,  —  Paris,  S 4  ventôse  an  V.  — Envoi  d'an  arr^i^ 
du  Directoire  du  20  ventôse  an  Y,  concernant  la  révocation  du  citoyen  Herruiii^ 

Annexe  II.  —  Procès-verbal  de  ce  qui  s*est  passé  à  t occasion  de  V arrivée  à  Tripla  -y 
V  Envoyé  du  Directoire  lierculais.  —  «Le  citoyen  AUois  Herculais  est  arrive  dar.s  •' 
port  le  7  floréal  au  matin,  sur  un  brick  américain  alTrétè  à  Tunis  pour  sonserri.v 
et  portant  pavillon  tricolore  au  grand  mAt.  Le  Pacha  de  cette  Régence,  Sidi  Tu«<iif 
Raramanli,  ayant  été  informé  par  le  Consul  général  à  Tripoli,  Pierre-Alptionv: 
Guys,  de  l'arrivée  en  cette  ville  de  l'Envoyé  de  la  République,  ce  Prince,  con<;j'- 
tant  moins  les  usages  établis  que  son  respect  et  sa  reconnaissance  pourid.-i- 
vernement  français,  a  envoyé  aussitôt  son  premier  Chaouch  complimeDUr .« 
citoyen  Herculais,  qui  se  trouvait  en  quarantaine.  L^Envoyé  s'est  rendu  auciii- 
teau  le  10  floréal,  à  10  heures  du  matin,  accompagné  du  Consul  de  la  natk>D.  de? 
prêtres  missionnaires  ot  des  protégés  de  la  République.  Ce  Prince  lui  avait  envo<r 
le  propre  cheval  qu'il  monte,  richement  enharnachc,  et  son  premier  Chaoucb  p<'.r 
le  lui  présenter.  Introduit  aussitôt  devant  le  Pacha,  il  lui  a  adressé  un  di<OL>u>. 
Xavier  Naudi,  de  Malte,  faisant  fonction  d'interprète.  Le  Pacha  y  répond:!  :>i' 
quelques  compliments  flatteurs,  s'informa  des  nouvelles  victoires  de  la  caii'Q 
française  et  parut  en  entendre  le  récit  avec  l'intérêt  le  plus  vif.  Les  Musalmîns. 
a-t-il  dit,  n'ont  pas  de  plus  anciens  et  de  meilleurs  amis  que  les  Fraoçab;  I- 
culte  seul  et  les  ministres  respectifs  nous  séparent. 

Le  citoyen  Herculais,  s'étant  levé,  a  été  reconduit  à  une  certaine  distance  iIj 
château,  qui  l'a  salué  de  neuf  coups  de  canon,  tandis  que  l'amiral  Condulmer, Ttnj 
il  y  a  deux  ans  avec  une  escadre  pour  renouveler  la  paix  de  la  République  ^ 
Venise,  n'a  été  salué  que  de  sept.  Il  a  renvoyé  le  cheval  du  Pacha  qu'il  n'i'iJ' 
pas  voulu  monter,  et  après  avoir  rendu  aux  agents  diplomatiques  leurs  visites,  il 
a  congédié  la  garde  tripolitaine.  • 

Suit  un  état  des  présents  remis  par  Herculais  au  Pacha  de  Tripoli  el  a  .<<: 
offlciers.  [Affaires  étrangères^  C*  de  Tripoli») 

Annexe  III.  —  Extrait  des  procès-verbaux  de  la  chancellerie  du  Consulat  génn^ 
de  la  République  à  Tripoli  de  Barbarie.  —  «  Le  24  floréal  de  la  République,  eo  nt- 
cution  des  ordres  du  Directoire  contenus  dans  l'arrêté  du  20  ventôse  dernier  adr^^^ 
par  le  citoyen  Delacroix,  Ministre  des  relations  extérieures,  au  citoyen  Beaus^i'-r. 
Consul  général  h  Tunis,  pour  être  signilié  au  citoyen  Herculais,  chef  de  bri^^dt. 
Envoyé  extraordinaire  de  la  République  française  près  les  Puissances  d'Afrique,  leq*.:^' 
s'étant  rendu  de  Tunis  à  Tripoli,  le  citoyen  Pierre-Alphonse  Guys,  Consul  gênerai 
à  Tripoli,  l'ayant  reçu  par  un  courrier  arrivé  de  Tunis  le  même  jour,  celui-ci  *fîi 
aussitôt  transporté  dans  la  maison  d'Hollande  où  est  logé  le  citoyen  Herculais 
Après  l'avoir  invité  à  entrer  dans  son  cabinet,  où  se  trouvaient  tous  les  papJf^ 
il  lui  aurait  signilié  le  dit  arrêté  du  Directoire  du  20  ventôse  le  concernant; 
lequel  citoyen  Herculais,  après  en  avoir  pris  connaissance,  a  témoigné  la  po^ 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  323 

DEYOIZE  A  DELACROIX. 

637.  —  Paris,  i  0  juillet  1797  [22  messidor  an  V).  —  H  accepte  les 
conditions  posées  par  le  Directoire  à  sa  réintégration  dans  le  Consulat 
de  Tunis,  c'est-à-dire  qu'il  abandonne  2,000  1.  de  son  traitement  aux 
Consuls  de  Tripoli,  de  Barbarie  et  d'Acre;  il  paye  les  frais  de  voyage  du 
citoyen  Beaussier  à  Tripoli;  «  il  renonce  à  la  conduite  d'usage  accordée 
aux  Consuls  qui  se  rendent  à  leur  destination...  Il  a  moins  à  cœur  les 
avantages  que  le  poste  peut  offrir  que  le  retour  de  la  confiance  du 
gouvernement,  qui  a  fait  constamment  l'objet  de  son  ambition.  » 

{Affaires  étrangères^  C'"*  de  Tunis,) 

638.  —  Paris,  9  août  1  791  (22  thermidor  an  V),  —  Provision  de 
Consul  général  à  Tunis  en  faveur  de  Devoize  (2°  fois),  à  la  place  de 
Beaussier,  nommé  en  la  même  qualité  à.  Tripoli  de  Barbarie  ^ 

{Affaires  étf^ngères,  C"  de  Tunis.) 

profonde  soumission  aux  ordres  du  Gouvernement;  que  le  malheur  qu'il  avait 
d*étre  tombé  en  disgr&ce  ne  pouvait  qu'accroître  son  désir  de  passer  incessam- 
ment en  France,  et  il  n'a  pu  déguiser  sa  surprise,  tous  ses  pas  depuis  son  entrée 
en  France  en  1792  ayant  été  marqués  pour  le  service  et  l'honneur  de  la  Répu- 
blique, et  n'ayant  reçu  jusqu'à  présent  que  des  témoignages  de  satisfaction. 

Le  23  floréal,  avant  midi,  le  Consul  général  Guys,  accompagné  du  chancelier 
Abraham  Serusi,  des  citoyens  Xavier  Naudi,  de  Malte,  interprète,  et  de  Joseph 
Lautier,  de  Saint-Tropez,  capitaine  de  bâtiment  marchand,  a  procédé  à  l'inventaire 
des  papiers  du  citoyen  Herculais  et  au  reliquat  des  présents  destinés  aux  Princes 
barbaresques  et  restant  alors  es  mains  du  dit  Envoyé. 

Il  résulte  du  dépouillement  des  différents  comptes  de  dépenses  et  de  recettes 
exposés  par  le  citoyen  Herculais  que,  durant  le  cours  de  sa  mission  en  Barbarie,  à 
partir  du  12  brumaire,  date  de  sa  nomination,  jusqu'au  24  floréal,  terme  de  ses 
fonctions,  il  a  reçu  du  Gouvernement,  en  différentes  fois  et  en  différents  lieux, 
92,641  piastres  de  Tunis,  et  que  ses  dépenses  pour  le  service  et  son  entretien 
personnel  s'élèvent  à  125,275  piastres  de  Tunis,  d'où  le  dit  Herculais  se  dirait 
créditeur  envers  le  gouvernement  de  32,628  piastres  de  Tunis.  » 

Suit  renonciation  des  présents  distribués  par  iJerculais  pendant  sa  mission. 
{Affaii*es  étrangères,  C*"*  de  THpoli.) 

4.  Paris,  9  août  4797  {H  thei^midor  an  V).  —  «  Le  Directoire  exécutif,  ayant 
réintégré  et  confirmé  le  citoyen  Devoize  (Jacques)  dans  la  place  de  Consul  général 
de  la  République  française  à  Tunis,  lui  ordonne,  en  conséquence,  de  se  rendre 
sans  délai  à  sa  destination  pour  y  exercer,  conformément  aux  lois,  les  fonctions 
qui  lui  sont  confiées. 

Le  Directoire  enjoint  aux  négociants,  capitaines,  maîtres,  patrons  et  équipages, 
ainsi  qu'à  tous  les  autres  Français  résidant  dans  l'étendue  du  Consulat  général  de 
Tunis,  de  reconnaître  le  citoyen  Devoize  en  la  qualité  qui  lui  est  donnée  au  nom 
de  la  République  française,  et  de  lui  rendre  compte  de  la  destination  de  la  naviga- 
tion de  leurs  bâtiments  et  de  tout  ce  qui  peut  intéresser  le  service  dont  il  est 
chargé.  Ils  lui  présenteront,  à  cet  efTet,  leurs  congés,  expéditions,  passeports,  et  se 
conformeront  exactement  à  tout  ce  qu'il  leur  prescrira. 

Le  Directoire  exécutif  prie  l'Illustre  et  magnifique  seigneur  Bey  de  Tunis  d'or- 
donner à  tous  les  gouverneurs  de  ses  États  de  reconnaître  le  citoyen  Devoize  en  la 
qualité  de  consul  général  de  la  République  française  à  Tunis,  afin  qu'il  puisse 
exercer  librement  ses  fonctions,  sans  qu'il  y  soit  apporté  aucun  trouble,  ni  empê- 
chement, offrant  d'user  d'une  réciprocité  parfaite  pour  tous  ceux  qui  lui  seront  ainsi 
recommandés.  »  {Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis,) 


324  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [iT97 

LE  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE 

A  HAMOUDA,  HEYDE  TUNIS. 

639.  —  Paris,  9  août  H 97  (22  thermidor  an  V).  —  «  Illustre  e! 
magnifique  Seigneur, 

D'après  Texamen  approfondi  qui  a  été  fait  sous  nos  yeux  de  la  coq- 
duite  du  citoyen  Devoize,  nous  avons  reconnu  qu'elle  était  exempte  à 
tout  reproche,  et  que  ce  Consul  n'a  point  cessé  de  mériter  notre  con- 
fiance; en  conséquence,  voulant  lui  donner  un  témoignage  éclatant  d^ 
notre  justice  et  qui  pût  en  même  temps  vous  être  agréable,  nousnouï 
sommes  déterminés  à  le  renvoyer  à  Tunis  pour  y  reprendre  sf< 
anciennes  fonctions.  Nous  lui  donnons  Tordre  de  vous  assurer  de  notre 
sincère  amitié  et  de  notre  haute  estime,  et  nous  le  chargeons  de  \m 
présenter  cette  lettre  pour  l'accréditer  de  nouveau  auprès  de  Tolff 
personne  en  qualité  de  Consul  général  et  chargé  des  affaires  de  h 
République  française.  Vous  pouvez,  en  conséquence,  ajouter  entière 
foi  et  créance  à  tout  ce  qu'il  vous  dira  en  notre  nom,  tant  pour  le  bien 
du  service  et  les  intérêts  des  Français  dans  votre  pays  que  pourie 
maintien  de  la  bonne  harmonie  qui  existe  si  heureusement  entre  le> 
deux  nations. 

Recevez,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  l'expression  sincère  de  m 
sentiments  et  de  nos  vœux  pour  votre  prospérité  et  celle  des  États  que 

vous  gouvernez.  »  {Affaires  étrangères,  C'«  de  Tunis.) 

UAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  TALLEYRAND  ^ 

640.  —  Le  Bardo^  octobre  i  797  [vendémiaire  an  VI),  —  «  J'ailhoD- 
neur  d'exposer  au  citoyen  Talleyrand,  Ministre  des  relations  exté- 
rieures, dont  la  fin  soit  heureuse!  que  depuis  longtemps  je  désirais 
trouver  l'occasion  de  renouveler  les  liens  de  lamitié  qui  existe  d'une 
manière  solide  entre  ma  Régence  et  la  République.  C'est  d'après  ce 
désir  que  je  vous  envoie  Mustapha-Agha,  attaché  au  service  de  ma 
Régence  et  porteur  de  la  présente.  Il  aura  l'honneur  de  vous  offrir  de 
ma  part  quelques  présents  comme  un  gage  de  mon  amitié  et  de  voii> 
entretenir  de  plusieurs  affaires  qui  m'intéressent.  Lorsque  le  susdit 
aura  l'honneur  (s'il  plaît  à  Dieu)  à  son  arrivée  de  vous  exposer  le^ 
affaires  dont  il  a  été  chargé,  je  me  flatte  que  vous  voudrez  bien  lui 
faciliter  les  moyens  d'en  assurer  le  succès.  » 

(Sceau)  {Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

i.  Charles-Maurice  de  Talleyrand-Pt^rigord,  Prince  de  Bénévcnt,  Évèque  d'AutBo 
en  1189,  Député  à  l'Assemblée  constituante,  Ambassadeur  à  Londres  en  1<^« 
quatre  fois  Ministre  des  Affaires  étrangères,  du  19  juillet  1191  au  19  juillet  179^. d" 
22  novembre  1199  au  11  juin  1801,  du  13  mai  au  10  septembre  1814,  enfin  du  8  juil- 
let 1815  au  23  septembre  1816,  Ministre  plénipotentiaire  &  Londres  de  1830  à  1^^' 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  323 

DKVOIZE  A  TALLBYRAND. 

641.  —  Marseille^  5  octobre  i797  {14  vendémiaire  an  VI),  — 
a  Citoyen  Ministre,  il  y  a  environ  deux  ans  que  je  demandai  de  Tunis, 
pour  le  principal  Ministre  du  Bey,  deux  petits  méridiens  à  canon,  et  une 
édition  des  œuvres  de  Bufifon  pour  un  Génois,  premier  médecin  de  ce 
Prince;  ces  deux  objets  sont  parvenus  depuis  longtemps  au  citoyen 
Guys,  agent  des  relations  extérieures  à.  Marseille  ^  Je  vous  prie  de  lui 
adresser  Tordre  de  me  les  remettre  ou  de  me  les  envover  à  Tunis 
avec  une  lunette  de  longue  vue  et  une  lorgnette  que  le  citoyen  fier- 
culais  a  promises  au  Garde  des  sceaux  de  la  Régence,  et  qui  se  trouvent 
également  en  mains  du  citoyen  Guys,  qui  n'a  pas  jugé  à  propos  de  les 
confier  sans  votre  agrément  au  Juif  Rodriguez,  qui  était  chargé  par 
TEnvoyé  de  les  faire  passer  à  Tunis. 

Quant  aux  œuvres  de  BufTon,  le  médecin  à  qui  elles  étaient  destinées 
a  montré  depuis  dans  diverses  occasions,  en  faveur  des  Anglais,  une 
partialité  qui  Ta  rendu  indigne  de  la  marque  de  générosité  que  je  vou- 
lais lui  procurer  de  la  part  du  gouvernement.  Convaincu  d'ailleurs  que  je 
n'ai  plus  rien  k  redouter  de  son  influence,  je  vous  prie  de  m'accorder 

1.  Gabriel-Auguslin  Guys,  d'abord  ofOcier  dans  un  régiment  de  cavalerie  de 
Royal-Piémont  de  1775  à  1785,  adjoint  &  l'Agence  des  relations  extérieures  à  Mar- 
seille en  1787,  correspondant  des  AlTaires  étrangères  dans  cette  ville  en  1791,  Agent 
des  relations  extérieures  dans  la  même  ville  de  l'an  111  à  1800.  —  Voy.  sa  corres- 
pondance avec  le  Ministère  des  AlTairef  étrangères  {Affaires  étrangères^  cartons 
Agence  des  relations  extérieures  à  Marseille), 

Les  Guys  sont  très  nombreux  dans  la  carrière,  &  Tépoque  qui  nous  occupe,  et  il 
est  malaisé  de  ne  pas  les  confondre.  Le  plus  en  vue  est  Pierre-Alphonse  Guys, 
attaché  à  Constantinople  en  1775,  à  Vienne  en  1777,  à  Lisbonne  en  1778,  secrétaire 
d'ambassade  en  1783,  Consul  aux  Canaries  en  1786,  à  Cagliari  de  1786  à  1792, 
Consul  générai  h  Tripoli  de  Barbarie  de  1793  à  Tan  V,  &  Saint-Jean  d'Acre  de 
Tan  V  à  Tan  X,  Commissaire  général  des  relations  commerciales  &  Tripoli  de 
Syrie  de  l'an  X  &  1812,  mort  de  la  peste  &  son  poste  en  septembre  1812. 

Son  fils  aîné,  Charles-Edouard  Guys,  fut  successivement  attaché  à  la  chancel- 
lerie de  Tripoli  de  Barbarie  en  1797  et  1798,  chancelier  à  Tripoli  de  Syrie  de  1803 
à  1810,  gérant  du  Consulat  de  Lattaquié  de  1811  à  1812,  de  Tripoli  de  Syrie  de  1812 
à  1816,  Vice-Consul  à  Lattaquié  en  1821,  gérant  du  Consulat  de  Tripoli  de  Syrie 
(2*  fois)  en  1823,  retourne  à  Lattaquié  en  1824,  à  Tripoli  en  1826,  Consul  &  Salo- 
nique  en  1833,  mis  en  disponibilité  en  1839. 

Un  autre  Gis  de  Pierre-Alphonse  Guys,  Hyacinthe-Constantin  Guys,  fut  Vice- 
Consul  à  Zante  en  Tan  lll,  à  Rotterdam  en  l'an  VIII,  Consul  au  même  poste  de 
ran  XI  à  1805,  Consul  général  à  Alep  de  1814  à  1821,  à  Tunis  de  1821  à  1825,  Agent 
du  Ministère  des  AfTaires  étrangères  à  Marseille  de  1825  à  1837,  date  de  sa  mort. 

Son  troisième  fils,  Antoine-Augustin-Ëdmond  Guys,  fut  attaché  à  la  chancel- 
lerie du  Consulat  général  &  Saint-Pétersbourg,  puis  chancelier  à  Rotterdam,  enfin 
payeur  principal  de  l'armée  de  Wesphalie  jusqu'en  1814. 

Nous  trouvons  encore  deux  agents  du  même  nom  à  cette  époque  :  JVflarc- Philippe 
Guys,  agent  consulaire  à  Tripoli  de  Syrie,  démissionnaire,  —  et  Pierre-Marie- 
François- Auguste-Henri  Guys,  gérant  du  Vice-Consulat  de  Lattaquié  de  1813  à  1816, 
en  disponibilité  de  1816  à  1818,  Vice-Consul  &  Alger  en  1818,  &  Scio  en  1822,  à  Bey- 
routh en  1824,  Consul  à  Acre  en  1827,  à  Alep  en  1837,  retraité  en  1847. 


326  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [M^] 

cet  ouvrage  pour  mon  instruction,  et  comme  dédommagement  de> 
sacrifices  personnels  et  majeurs  que  j'ai  faits  dans  ma  place,  et  qui 
sont  assez  connus  dans  vos  bureaux  pour  que  je  puisse  me  permettra 
de  me  dispenser  d'en  faire  Ténumération.  Si  vous  daignez,  citoyieQ 
Ministre,  accueillir  ma  demande,  cette  marque  de  vos  bontés  n'en  sera 
pas  moins  une  faveur  très  précieuse  pour  moi,  sous  un  double  rapport. 

Je  sens  qu'une  réintégration  ne  doit  point  soumettre  h  Tusage  cons- 
tamment pratiqué  de  faire  des  présents  aux  Princes  de  Barbarie,  à 
Tinstallation  d'un  nouveau  Consul;  mais  arrivant  de  Paris,  je  ne  peu 
guère  me  dispenser  de  porter  pour  le  Bey  seulement  quelque  bijou  qoi 
lui  présente  une  marque  d'attention  de  ma  part.  J'ose  donc  vous  proposer 
d'autoriser  le  citoyen  Guys  k  me  délivrer  une  paire  de  pistolets  garni> 
en  or,  qui  font  partie  des  présents  destinés  depuis  longtemps  poork 
Barbarie,  et  déposés  chez  lui.  Je  vous  le  répète,  citoyen  Ministre,  il  n'y  a 
que  la  circonstance  de  mon  voyage  à  Paris  qui  ait  pu  m'engagera  vous 
faire  cette  demande.  Ma  correspondance  de  six  ans  attestera  la  discrétion 
et  l'économie  que  j'ai  observées  dans  toutes  celles  de  cette  nature. 

Je  m'embarquerai  cette  nuit  pour  Toulon  sur  l'aviso  La  Foudre,  d'où 
je  passerai  sur  la  frégate  La  Sérieuse^  qui  n'attend  que  le  vent  favorable 
pour  appareiller  et  me  conduire  à  ma  destination.  » 

(Affaires  étrangères,  O**  de  TunU.^ 
HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  AU  GÉNKRAL  BONAPARTE  ^ 

642.  —  7wnî5,  6  octobre  17 97 '{15  vendémiaire  an  F/). —  «J'ai à 
vous  informer  amicalement  que  les  huit  Musulmans  qui  étaient  sur  uoe 
prise  appartenant  k  notre  Régence,  et  que  les  vents  contraires  avaient 
forcés  d'aborder  sur  les  côtes  de  Livourne,  où  ils  ont  été  faits  esclaves 
et  qui  nous  ont  été  envoyés  de  votre  ordre  ici,  sont  heureusement 
arrivés,  et  nous  en  avons  eu  la  plus  grande  satisfaction.  Si  pareil 
événement  survenait  encore,  je  ne  doute  pas  de  votre  attentioDàeo 
user  de  même  et  j'en  aurai  la  plus  grande  gratitude. 

Votre  Consul  qui  réside  ici  m'a  également  informé  que  l'agent  de 
la  République  française  en  résidence  à.  Livourne  a  eu  ordre  de  pour- 
voir à  la  dépense  des  dix-huit  esclaves  et  de  nous  les  envoyer. 

C'est  pour  vous  remercier  et  vous  faire  part  de  tout  cela  que  je 
vous  écris  cette  lettre  amicale  •.  » 

{Sceau)  {Archives  nationales,  A  F,  III,  74.) 

1.  Alors  commandanl  des  armées  de  la  République  française  en  Italie. 

2.  Belleville,  Consul  général  à  Gènes,  à  Talleyrand,  —  Génes^  17  novemhre  rr 
(7  frimaire  an  VI).  —  «  Le  Bey,  très  sensible  à  la  mise  en  liberté  des  huit  Tunisiens 
esclaves  du  gouvernement  toscan,  a  fait  adresser  &  Belleville  une  lettre  de  nma- 
ciement  destinée  au  général  Bonaparte  et  qu'il  lui  a  aussitôt  enToyèe  à  Rastadt.* 
{Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  327 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

643.  —  Tunis,  26  octobre  il 91  {5  bi^umaire  an  VI).  —  «  Citoyen 
Ministre,  j'ai  Thonnear  de  vous  informer  de  mon  arrivée  le  2  de  ce 
mois  sur  la  frégate  de  TÉtat  La  Sérieuse,  Sitôt  que  le  Bey  en  eut  con- 
naissance, il  me  fit  dire  qu'il  désirait  de  me  voir  particulièrement 
a. vaut  l'audience  publique.  Il  m'a  témoigné  de  la  manière  la  plus  flat- 
teuse la  satisfaction  qu'il  avait  éprouvée  en  apprenant  l'acte  de  justice 
<}ue  le  Directoire  avait  exercé  à  mon  égard.  Je  m'y  attendais  bien,  après 
toutes  les  marques  d'intérêt  qu'il  m'avait  données  pendant  les  persécu- 
tions atroces  qui  ont  accompagné  mon  rappel. 

Tous  les  négociants  et  commis  convoqués  par  ordre  du  citoyen 
Beaussier  ont  entendu  la  lecture  de  ma  nouvelle  commission  et  de  l'ar- 
rêté du  Directoire  en  vertu  duquel  j'ai  été  réintégré  dans  mes  anciennes 
fonctions. 

Ce  matin,  j'ai  pris  avec  le  cérémonial  d'usage  mon  audience  publique 
du  Bey.  Je  lui  ai  présenté  mes  lettres  de  créance.  Me  voilà  bien  et 
dûment  installé,  mais  le  citoyen  Beaussier  n'a  pas  encore  reçu  l'avis 
officiel  de  sa  translation  au  Consulat  général  de  Tripoli  de  Barbarie.  Je 
mettrai  à  profit  le  séjour  que  ce  retard  le  mettra  dans  le  cas  de  faire 
encore  sur  cette  Échelle  pour  recueillir  les  renseignements  qu'il  s'em- 
pressera de  me  donner  sur  diverses  affaires  majeures  encore  en  instance. 
Il  termine  lui-même  le  compte  qu'il  a  commencé  à  vous  rendre  relatif 
h  renvoi  des  animaux  destinés  au  Muséum  et  qui  viennent  d'être  embar- 
qués. 

La  frégate  a  appareillé  le  4  pour  continuer  sa  mission,  au  grand 
regret  des  ministres  du  Bey  et  de  l'ambassadeur  de  ce  Prince,  qui  se 
trouvait  Tannée  dernière  k  Paris.  Le  Bey  a  envoyé  à.  bord  de  la  frégate 
des  rafraîchissements  de  toute  espèce. 

Permettez,  citoyen  Ministre,  que  ma  première  dépêche  renferme 
Tassurance  du  désir  que  j'ai  de  mériter  un  suffrage  que  votre  réputa- 
tion rendra  encore  plus  précieux.  Tous  les  efforts  de  mon  zèle  vont 
tendre  à  justifier  l'acte  de  justice  que  j'ai  éprouvé  de  la  part  du  Direc- 
toire, et  il  m'estbien  doux  de  penser  que  tous  les  droits  que  je  tâcherai 
constamment  d'acquérir  k  sa  bienveillance  se  trouvent  sous  vos  aus- 
pices... »  {Affaires  étrangèi^Sy  C*'*  de  Tunis.) 

BEAUSSIER  A  TALLEYRAND. 

644.  —  Tunis,  29  octobre  4  797  (8  brumaire  an  VI).  —  Il  annonce 
renvoi  pour  le  Muséum  d'histoire  naturelle  d'un  lion,  d'une  lionne  de 
huit  ans,  d'une  lionne  de  dix-huit  mois,  d'un  lionceau  femelle,  deux 


328  CORRESPONDANCE  DES  DEYS  ET  DES  CONSULS  '\1T 

autruches,  deux  gazelles,  deux  chameaux  blancs  et  trois  vautours.  G^ 
animaux  arriveront  en  France  par  la  polacre  La  Vierge  du  /foia^ 
commandée  par  le  capitaine  Dominique  Juliani,  de  Pino  en  Corst 
nolisée  au  prix  de  4,500  livres. 

Il  attend  ses  lettres  de  crc^ance  pour  partir  pour  Tripoli,  où  i' 
déployera  pour  le  service  tout  le  zèle  dont  il  a  constamment  (Iodg? 
des  preuves  depuis  vingt-trois  ans  qu'il  est  dans  la  carrière  des  con- 
sulats. Le  citoyen  Félix  Cassai  est  revenu  de  son  exploration  dans  i 
Régence  avec  des  animaux  destinés  à  la  Ménagerie  nationale. 

{Affaires  étrangères,  C'**»  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRANO. 

646.  —  JuniSy  13  novembre  1797  (23  brumaire  an  F/).  — Herrj- 
lais  a  quitté  Tripoli  le  30  floréal  an  V,  pour  se  rendre  en  Mi&i.  G 
a  mis  tout  en  œuvre  pour  desservir  Devoize  auprès  du  Bey.  Ce  Consm 
en  a  reçu  Tassurance  de  la  bouche  du  Bey  lui-même.  Cependuatii 
n'a  rien  à  se  reprocher  et  s'est  toujours  conduit  avec  la  plus  stricte 
loyauté  à  Tégard  de  tous. 

«  Je  vous  prie,  citoyen  Ministre,  pour  le  bien  du  service  et  pour  la 
tranquillité  de  TÉchelle,  d'interdire  au  citoyen  Herculais,  actuellemeDl 
à  Livourne,  toute  correspondance  à  Tunis.  Il  faudrait  au  contraire  qu  il 
fût  possible  d'y  effacer  jusqu'au  souvenir  de  la  mission  la  plus  désas- 
treuse qui  jamais  ait  été  surprise  au  Gouvernement  par  TignoraDeela 
plus  absolue  de  ses  vrais  intérêts  dans  la  Barbarie.  » 

(Affaires  étrangères,  <?•*  de  Tunis.) 

HAMOUDA,   BEY  DE  TUNIS, 
AU  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE. 

646.—  Tunis,  13  novembre  1797  {23  brumaire  an  F/). -«Aui 
très  distingués  et  sincères  amis,  les  illustres  représentants  de  la  nation 
française,  qui  dirigent  avec  intégrité  et  prudence  toutes  les  affaires  du 
Gouvernement  français. 

La  présente  lettre  amicale  vous  informera  que,  conformément  a 
l'amitié  qui  règne  depuis  si  longtemps  entre  les  dignes  représentants 
de  la  République  française  et  notre  Odjak,  dont  l'union  est  ameniez 
par  les  liens  les  plus  forts,  j'ai  reçu  avec  la  plus  grande  satisfaction 
votre  lettre  amicale  par  laquelle  j'apprends  avec  plaisir  l'heureux  éla( 
de  vos  santés.  J  y  ai  vu  aussi  avec  satisfaction  que,  pour  le  bien  da 
commerce  des  négociants  français  qui  résident  auprès  de  notre  Oiljat. 
et  également  pour  faciliter  le  cours  des  affaires  qui  peuvent  nailn' 
entre  nos  deux  Puissances,  et  pour  les  terminer  avec  toute  l'amitié  et 
prudence  qu'elles  exigent,  et  par  un  effet  de  cette  même  amitié  iflcom- 


',1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  329 

parable,  j'ai  vu,  dis-je,  avec  joie  que  vous  avez  k  cet  effet  rétabli  ici 
le  citoyen  Devoize  en  qualité  de  Consul,  lequel  avait  ci-devant  essuyé 
bien  des  désagréments  ^  Je  Tai  informé  que,  pendant  son  absence,  le 
citoyen  Herculais  est  venu  me  trouver  et  a  voulu  me  persuader  que 
le  citoyen  Devoize,  mon  ami,  avait  écrit  à  l'ambassadeur  de  France 
à  la  Porte  Ottomane  contre  notre  Od^ak,  et  lui  avait  mandé  de  faire 
échouer  les  affaires  dont  j'avais  chargé  mon  agent  extraordinaire 
auprès  du  Grand  Seigneur,  et  que  votre  Envoyé  m'ajouta  qu'il  en 
avait  informé  la  République. 

Je  dois  vous  assurer  que  c'est  une  pure  calomnie  de  la  part  de  votre 
Envoyé,  laquelle  est  dénuée  de  fondementet  dont  j'ai  été  bien  informé. 
Vous  saurez  au  contraire  que  le  citoyen  Devoize,  notre  ami,  a  toujours 
parlé  et  écrit  avantageusement  de  notre  04jak,  et  que  tout  ce  qu'il  a 
dit  et  fait  est  aussi  clair  que  la  lumière  du  soleil  en  plein  midi.  Il  a 
toujours  traité  ici  les  affaires  entre  nos  deux  Puissances  avec  toute  Tin* 
tégrité  et  la  prudence  possible;  j'ai  toujours  été  témoin  du  zèle  avec 
lequel  il  a  soutenu  toutes  les  affaires  des  négociants  jusques  aux  plus 
petites.  L'Envoyé  a  cherché  injustement  à  le  détruire  et  a  écrit  à 
l'opposé  de  ce  qu'il  devait  faire,  et  cela  lui  a  donné  des  soucis  et  des 
peines. 

C'est  en  ami  que  je  vous  fais  ce  détail,  afin  que  vous  n'ajoutiez 
aucune  foi  à  tout  ce  que  l'on  aura  pu  vous  dire  du  citoyen  Devoize, 
mon  ami;  et  je  me  flatte  que  la  présente  amicale,  vous  parvenant  avec 
laide  du  Tout-Puissant,  elle  justifiera  pleinement  auprès  de  vous  le 
citoyen  Devoize,  notre  ami.  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis,) 

HERCULAIS  A  TALLEYRAND. 

647.  —  Milariy  i4  novembre  i797  {24  brumaire  an  VI),  —  Nou- 
velles protestations  au  sujet  de  sa  destitution  et  des  calomnies  que 
l'on  a  débitées  contre  lui  au  Ministère  des  relations  extérieures. 

Il  se  rend  à.  Paris  pour  présenter  sa  justiflcation  et  regrette  que,  privé 
d'une  partie  de  ses  papiers,  il  lui  soit  diTficile  de  rédiger  un  rapport 
aussi  détaillé  qu'il  l'aurait  désiré  sur  sa  conduite  en  Barbarie,  et  sur  ce 
pays  qu'il  a  parcouru  en  tous  sens  pendant  trois  ans. 

(Affaires  étrangères,  C^'  de  Tunis,) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

648.  —  Tunis,  il  novembre  1797  {27  brumaire  an  VI).  —  Il  a 
notifié  au  Bey  que  la  nouvelle  République  de  Venise  démocratisée  se 

1.  Voy.  plus  haut,  p.  322  et  323. 


330  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  ITK 

trouvait  aujourd'hui  sous  la  protection  immédiate  de  la  France.  ?: 
il  lui  a  annoncé  Tenvoi  prochain  d'un  négociateur  chargé  de  reDooTelrr 
les  traités  et  de  faire  droit  à  d'anciennes  réclamations.  «  J  ai  rempl 
ma  mission  et,  si  elle  n'a  pas  eu  le  succès  que  je  m*en  promettais,  cV. 
qu'il  a  été  contrarié  par  la  lettre  même  de  la  Municipalité,  qui  deu 
n'en  pas  écrire  ou  la  rédiger  dans  un  meilleur  sens,  et  surtout  la  oa- 
muniquer  au  citoyen  Lallement',  qui  parait  n'avoir  pas  été  codso!!- 
car  les  mêmes  observations  que  j'ai  faites  ne  lui  auraient  pas  échappa 
et  il  en  aurait  prévenu  les  inconvénients.  Il  résulte  de  cette  omissio: 
que  je  n'ai  pu  persister  dans  mes  représentations  au  Bey  sur  le  parL 
qu'il  paraît  qu'il  avait  pris  secrètement,  depuis  quelque  temps,  é*- 
déclarer  la  guerre  à  la  nouvelle  République  de  Venise,  et  qu'il  n'a  pa' 
voulu  reconnaître  ma  compétence  pour  traiter  de  ses  intérêts,  quli 
voulu  pour  sa  convenance  considérer  comme  confiés  à  l'ancien  Codse: 
de  Venise  *,  porteur  de  la  lettre  de  la  Municipalité  '.  Heureusement  cetlf 

1.  Jean-Baptiste  Lallement,  chancelier  du  Consulat  de  France  à  Baffusede  iZ* 
à  1763,  a  Naples  de  1763  à  1774,  Consul  à  Messine  de  1774  à  1792,  CodsuI  géo^rsl 
à  Naples  de  1792  à  1793,  Ministre  plénipotentiaire  à  Venise  de  1794  à  1797.  miiefl 
disponibilité  en  1797. 

2.  Augustin  Gorgoglione,  précédemment  signalé  avec  Mendrici,  son  chaoceki. 
frère  du  médecin  du  Bey,  comme  hostile  à  la  colonie  française  à  Tunis. 

3.  La  Municipalité  provisoire  de  Venise  à  Hamouda,  Bet/  de  Tunis.  —  Vtr», 
f  août  /797  (//  thermidor  an  K),  an  /"  de  la  liberté  de  Vltalie.  —  •  Le  ciloja 
Augustin  Gorgoglione,  qui  ya  reprendre  ses  fonctions  consulaires  près  de  ^ 
Régence,  notre  amie,  nous  procure  Tagréable  occasion  de  pouvoir  annoncer  ii 
Votre  Seigneurie  Theureux  changement  qui  vient  de  s'opérer  dans  notre  gouver- 
nement par  l'œuvre  de  Tinvincible  République  française,  bien  certains  que  Voir? 
Seigneurie  voudra  continuer  à  manifester  dans  tous  les  cas  et  même  pour  ra^tci: 
les  sentiments  de  bienveillance  et  d'aiïection  que  notre  nation  a  éprouvées  jus^^ 
présent  de  votre  cœur  généreux,  en  maintenant  dans  toute  leur  vigueur  toos  b 
articles  stipulés  dans  le  traité  de  paix.  Nous  serons  toujours  empressés  de  îO(k 
donner  des  preuves  non  équivoques  de  notre  vif  désir  d'entretenir  riolelligfn^ 
)a  plus  amicale  et  la  plu»  franche  avec  votre  illustre  pays,  où  les  rares  qoalii>; 
dont  vous  êtes  doué  ne  nous  permettent  pas  de  douter  que  les  affaires  de  n» 
nationaux  ne  jouissent  de  toute  faveur  et  prédilection  en  tout  temps. 

Veuille  la  Providence  seconder  nos  vœux  en  accordant  à  Votre  Seigneurie  m 
longue  série  d'années  et  la  vie  la  plus  heureuse.  « 

Annexe  I.  —  Lallement  à  Devoize.  —  Venise,  S7  septembre  1797  (6  vendmiain 
an  VI).  —  «  La  République  de  Venise  est  aujourd'hui  sous  la  protection  de  la  France-- 
La  Municipalité  de  Venise  réclame  son  assistance  pour  obtenir  du  Bey  de  Tunis qu'î^ 
veuille  bien  ajourner  ses  résolutions  jusqu'au  moment  où  le  gouvememenl  poam 
lui  envoyer  un  agent,  chargé  de  renouveler  les  traités  et  de  terminer  à  sa  satir 
faction  les  diflTérends  qui  peuvent  avoir  eu  lieu  sous  le  règne  de  l'aristocratie.  I^ 
Bey  se  plaignait  surtoutqu'un  de  ses  corsaires  avait  été  brûlé  dans  le  golfe  de  Vepise 
par  une  frégate  vénitienne.  L'cx-amiral  Condulmer  lui  avait  promis  de  justifier 
que  c'était  par  un  armement  de  Naples,  et  le  Directoire,  lorsqu'il  sera  etâWi- 
s'empressera  de  lui  adresser  les  documents  authentiques  qu'on  a  recueillis  i  ce 
sujet. 

Veuillez  donc,  citoyen,  faire  connaître  au  Bey  ces  dispositions  et  lui  expliquer 
les  circonstances  qui  ont  empêché  Texécution  des  promesses  de  Condulmer.  U 
gouvernement  provisoire  attend  de  vos  bons  offices  à  cet  égard  la  eonlinoâUm 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  331 

guerre  ne  peut  fournir  un  grand  aliment  à  la  cupidité  du  Bey,  les 
Vénitiens  ayant  presque  tous  desarmé  leurs  bâtiments  depuis  leur 
guerre  avec  Alger. 

Pour  que  je  puisse,  citoyen  Ministre,  servir  efficacement  les  intérêts 
de  la  nouvelle  République,  il  est  essentiel  que  vous  m'autorisiez  à 
m*expliquer  au  nom  du  Gouvernement  français,  efque  le  Bey  sache  par 
la  Municipalité  elle-même  que  Tagent  vénitien  se  trouve  ici  sous  les 

auspices  du  Consul  de  France.  »  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

649.  —  Tunisy  20  novembre  il 91  {30  brumaire  an  VI), —  «  Des 
Corses  languissaient  depuis  plusieurs  années  à  Tunis  dans  Tesclavage, 
au  nombre  de  treize.  Plusieurs  avaient  été  arrêtés  avec  pavillon  sarde, 
d'autres  sans  passeport  ni  patente,  sur  des  bâtiments  de  nation  ennemie 
de  la  Régence,  ce  qui,  aux  termes  de  notre  traité,  les  constituait  de 
bonne  prise.  Plusieurs  ont  été  enlevés,  lorsque  la  Corse  était  occupée 
par  les  Anglais  qui  les  ont  en  vain  réclamés.  En  arrivant,  j'ai  appris 
que  le  général  Bonaparte  avait  fait  mettre  en  liberté  huit  Tunisiens 
esclaves  à  Livourne,  et  qu'il  les  avait  renvoyés  au  Bey.  Le  citoyen 
Beaussier,  mon  prédécesseur,  m'a  communiqué  la  copie  d'une  lettre 
que  ce  Prince  a  écrite  à  ce  général',  moins  pour  lui  adresser  un  remer- 
ciement, d'ailleurs  assez  sec,  que  pour  Tinviter  à  pratiquer  &  l'avenir  la 
même  générosité  envers  ses  sujets  qui  auraient  le  malheur  de  tomber 
esclaves  dans  quelque  port  d'Italie.  Cette  conduite  et  surtout  la  pré- 
teution  du  Bey  m'ont  paru  extraordinaires  en  même  temps  qu'il  rete- 
nait des  Corses  en  esclavage.  C'est  dans  la  vue  de  détruire  la  mauvaise 
impression  que  la  lettre  du  Bey  a  pu  produire  sur  l'esprit  du  général 
Bonaparte,  qui  a  dû  compter  sur  la  réciprocité  de  procédé  de  sa  part, 
que  je  me  suis  permis  de  l'informer  que  j'avais  décidé  ce  souverain  à 
l'exercer  par  Taffranchissement  de  tous  les  Corses.  Le  premier  ministre 
du  Bey  s'est  empressé  de  son  côté  de  donner  la  liberté  à  une  jeune 
fille  corse,  qui  se  trouvait  parmi  les  esclaves  attachés  au  service  de  la 
princesse  sa  femme. 

Je  joins  ici  une  liste  nominative  de  tous  ces  Corses.  Je  les  ferai  embar- 

(lo.  la  paix  avec  celte  Régence,  et  il  m'invite  à  vous  les  demander  et  à  vous  assurer 
d'&vance  de  toute  sa  gratitude.  » 

Annexe  IL —  Devoize  à  iMllement.  —  Tunis,  /7  novembre  1797  (i7  bf^maire  an  VI).  — 
•  Le  Bey  a  déclaré  ne  vouloir  traiter  des  alTaires  de  la  République  de  Venise  qu'avec 
son  Consul,  le  sieur  Gorgoglione;  mais  ce  Prince,  après  avoir  dit  au  dit  Consul  des 
choses  fort  dures,  a  fait  abattre  le  mât  du  pavillon  vénitien,  ce  qui  équivaut  à  une 
déclaration  de  guerre.  ■  (Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 

J.  Voy.  p.  326. 


332  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  IT!'' 

quer  sur  le  premier  bâtiment  destiné  pour  un  des  porls  de  FraDce* 
d'Italie...  » 

DEYOIZB  AU  GÉNÉRAL  BONAPARTE. 

660.  —  Tunis  y  .20  novembre  i  7  97  {30  brumaire  an  VI).  —  «  Centre 
En  arrivant  ici,  j'ai  été  informé  qu*en  passant  à  Livourne,  vousyaw 
brisé  les  fers  de  huit  esclaves  tunisiens  et  que  vous  les  aviez  remi.. 
à  leur  patrie.  J'ai  eu  connaissance  en  même  temps  de  la  copie  do: 
simple  lettre  de  remerciement  que  le  Bey  vous  a  écrite  à  cette  occasi>. 
et  qui  vous  a  été  transmise  par  mon  prédécesseur.  Je  n'ai  pu  m'tz- 
pêcher  de  témoigner  k  ce  souverain  qu'il  ne  devait  pas  se  LorneT^ 
une  démonstration  stérile  de  gratitude,  lorsqu'il  pouvait  exercer  à  s:: 
tour  Tacte  humain  et  généreux  dont  vous  lui  aviez  donné  un  si  ï- 
exemple.  J'y  ai  intéressé  sa  gloire; la  réciprocité  se  présentait natiirtr 
lement  dans  Taffranchissement  longtemps  en  vain  sollicité  des  Corys 
captifs  dans  ses  États  ;  il  m'est  bien  doux  de  vous  apprendre,  citoyra 
général,  que  tous,  au  nombre  de  treize,  viennent  d'être  rendus  à  h 
liberté,  et  que  Tunis  ne  comptera  plus  parmi  ses  esclaves  des  comp 
triotes  du  héros  qui  l'a  si  bien  servie  ^  » 

{Affaires  étrangères^  C^  de  Tunis,) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

651.  —  7 unis,  6  décembre  1797  {16  frimaire  an  VI).  —  «  L'équi- 
page et  les  passagers  du  brigantin  Les  Gracieuses  JumelUSy  portant 
pavillon  vénitien  avec  passeport  de  la  Municipalité  provisoire  de  Corfou. 
viennent  d'être  conduits  à.  Tunis  par  un  corsaire  de  la  Régence,  qulb 
a  surpris  dans  le  golfe  adriatique. 

Ces  infortunés,  au  nombre  de  treize,  m'ont  fait  parvenir  une  relali*jfi 
de  cet  événement.  Leur  passeport  était  visé  par  un  général  etuncoosOi 
français,  ce  qui  m'a  permis  de  présenter  ma  réclamation. 

Le  Bey  m'a  répondu  qu'il  n'avait  cherché  dans  la  prise  de  quelques 
bâtiments  vénitiens  que  la  garantie  des  engagements  contractés eavers 
lui  par  l'ancien  gouvernement  et  qui  n'avaient  pas  été  remplis.  Je  im 
ai  rappelé  que  je  lui  avais  annoncé  l'envoi  prochain  d'un  comraissairf 
de  la  nouvelle  République,  dès  que  son  gouvernement  serait  organise: 
mais  il  a  objecté  que  la  Municipalité  provisoire  n'en  faisait  aucûD?^ 
mention,  ni  de  la  protection  du  gouvernement  français,  dans  la  lettre 
qu'elle  lui  avait  écrite. 

Il  est  bien  essentiel  que  les  Consuls  de  Barbarie  soient  informés  au 
plus  tôt  des  lignes  de  démarcation  qui  seront  tracées  dans  les  paj^ 

1.  Ci -joint  la  lisle  nominalive  de  treize  Corses  affranchis. 


117971  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  333 

[conquis  en  Italie,  des  contrées  qui  deviendront  partie  intégrante  des 
£tats  de  la  République  française  ou  auront  droit  à  sa  protection.  Ces 
chiangemenls  sont  d'une  importance  qui  vous  paraîtra  peut-être  mériter 
«liiMls  soient  notifiés  aux  Régences  par  une  lettre  du  Directoire...  Je 
ne  ralentirai  pas  un  instant  mes  démarches  que  je  n'aie  obtenu  la 
liberté  de  ces  Vénitiens  et  la  restitution  du  bâtiment  avec  sa  cargaison, 
pour  peu  que  les  titres  dont  ils  sont  munis  me  donnent  jour  à  les 
réclamer.  C'est  surtout  en  Barbarie,  citoyen  Ministre,  que  les  Italiens 
régénérés  sous  les  auspices  de  la  République  française  se  ressen- 
tiront plus  particulièrement  du  bienfait  de  son  influence  et  de  sa 
grandeur. 

Le  Bey  avait  fait  arrêter  tous  les  bâtiments  vénitiens  qui  se  trou- 
vaient dans  les  ports  de  la  côte,  et  les  équipages  avaient  été  conduits 
h  Tunis;  ils  viennent  d'être  relâchés.  Voilà  un  commencement  de  jus- 
lice  envers  cette  nation...  »  {Affaires  élrangèresy  C**»  de  Tunis.) 

HAMOUDA,   BEY  DE  TUNIS, 
AU  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE. 

652.  —  Tunis,  8  décembre  i  797  {18  frimaire  an  Vf).  —  «  Mes  très 
chers,  très  sincères  et  très  respectueux  amis,  les  Directeurs  de  la  Répu- 
blique française. 

Après  vous  avoir  prié  d'agréer  les  vœux  que  je  fais  pour  votre  pros- 
périté, j'ai  rhonneur  de  vous  informer  amicalement  que  les  sentiments 
d'estime  et  d'affection  que  je  vous  porte  me  font  prendre  le  plus  vif 
intérêt  à  vos  succès,  et  m'engagent  à  saisir  toutes  les  occasions  qui  se 
présentent  de  vous  donner  des  preuves  de  ma  confiance.  Il  s'en  offre 
une  aujourd'hui  qui  m'engage  à  vous  écrire  cette  lettre  amicale. 

Un  des  négociants  de  cette  Régence,  résidant  maintenant  en  France 
pour  des  affaires  de  commerce,  Molla  Osman,  natif  de  Morée,  a  porté 
ci-devant  à  Toulon  un  chargement  de  blé  qu'il  a  vendu  pour  le  compte 
de  la  République  au  commissaire  de  cet  arsenal.  Une  partie  du  prix  de 
ce  blé  lui  a  été  payée,  et  le  restant  lui  est  encore  dû,  ce  qui  le  met  dans 
la  nécessité  de  prolonger  en  France  un  séjour  non  seulement  infruc- 
tueux, mais  même  ruineux  pour  lui.  La  nature  du  commerce  de  ces 
négociants  pacotilleurs  exige  que  leurs  spéculations  soient  promptement 
réalisées,  afin  qu'avec  les  mêmes  fonds  ils  puissent  entreprendre  une 
autre  expédition,  et  par  là  les  deux  Ëtats  trouvent  aussi  d'utiles  résul- 
tats. Cette  vérité,  que  vous  devez  sentir  aussi  bien  que  moi,  vous  enga- 
gera sans  doute  à  donner  vos  soins  pour  que  le  restant  du  prix  de  ce 
chargement  soit  payé  le  plus  tôt  possible,  soit  que  la  République  soit 
débitrice,  soit  que  ce  soit  le  commissaire  de  l'arsenal  de  Toulon;  et  je 


334  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1797] 

me  flatte  que  Tintérétque  je  vous  témoigne  en  faveur  du  susdit  Osman 
sera  un  nouveau  motifpour  vous  d'accélérer  la  conclusion  de  son  affaire. 
Je  prends  la  liberté  de  le  recommander  très  particulièrement  à  votre 
protection  dans  toutes  les  occasions  où  il  sera  dans  le  cas  d  y  recourir. 
A  la  réception  de  cette  lettre  amicale,  j'espère  donc  que  lorsque  vous 
aurez  pris  connaissance  de  Tobjet  dont  il  est  question,  vous  voudrez 
bien  prendre  des  dispositions  pour  faire  payer  ce  qui  reste  dû  du  prix 
de  ce  chargement  de  blé,  et  sur  toutes  choses  me  conserver  précieuse- 
ment une  part  dans  votre  affection.  » 

(Sceau)  {Affaires  éirangèree,  C**  de  Tunis,) 

MUSTAPHA-KHODJA  A  TALLEYRAND. 

653.  —  Tunis,  9  décembre  1797  (19  frimaire  an  VI),  —  «  Notre 
très  cher  et  très  respectable  ami,  le  Ministre  de  la  République  fran- 
çaise, —  que  sa  fin  soit  heureuse!  — 

Je  prends  la  liberté  de  vous  informer  qu'un  homme  particulièrement 
attaché  à  mon  service,  MoUa  Osman,  l'exemple  de  ses  égaux,  ayant 
fait  ici  avec  mes  propres  fonds  un  chargement  de  blé  destiné  pour  la 
France,  Ta  vendu  pour  le  compte  de  la  République.  Mais  attendu  que, 
depuis  près  de  deux  ans,  il  n'a  pu  encore  parvenir  à,  retirer  le  prix  de 
cette  vente,  pour  faire  lui-même  honneur  k  ses  engagements,  j'ai  la 
confiance  de  m'adresser  à  vous  amicalement  pour  vous  faire  connaître 
l'intérêt  que  j'ai  dans  cette  affaire,  et  pour  vous  prier  d'interposer  vos 
bons  offices  pour  que  le  susdit  Molla  Osman  puisse  retirer  le  plus  tôt 
possible  de  la  République  le  montant  de  ce  chargement.  Je  me  flatte, 
mon  très  cher  ami  et  très  respectable  Ministre,  que  vous  voudrez 
bien  donner  quelques  soins  à  l'objet  que  je  vous  recommande.  Je  vous 
demande  la  continuation  de  votre  amitié.  » 

{Affairée  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

654.  —  Tunis,  20  décembre  1797  (30  frimaire  an  VI),  —  «  Votre 
prédécesseur  m'a  fait  communiquer  dans  le  temps  une  lettre  écrite  de 
Naples  par  le  citoyen  Herculais  *.  C'est  une  apologie  de  sa  conduite  poli- 
tique en  Barbarie,  et  une  nouvelle  édition  de  ses  calomnies  contre  mon 
collègue,  le  citoyen  Beaussier,  et  moi.  J'avais  pris  copie  seulement  des 
paragraphes  qui  nous  concernaient,  mais  sans  intention  d'y  répondre  ; 
je  m'en  croyais  dispensé  parce  que,  cet  ex-Envoyé  démasqué  et  bien 
connu  aujourd'hui  du  Gouvernement  qui  venait  d'en  faire  justice,  ses 
rapports  ne  pouvaient  plus  en  surprendre  la  confiance;  mais  je  viens 

1.  Voy.  p.  320. 


[1797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  335 

d'apprendre  qu'après  avoir  erré  pendant  quatre  mois  en  Italie,  sitôt 
qu'il  a  été  informé  de  mon  arrivée  à  Tunis,  il  s'était  décidé  tout  à  coup 
à,  Gêues  de  partir  pour  Paris.  Je  n'ai  malheureusement  que  trop  éprouvé 
combien  il  est  actif  dans  sa  haine,  ingénieux  à  faire  jouer  toutes  sortes 
de  ressorts,  surtout  à  se  faire  appuyer  par  des  personnes  de  mérite  et 
en  crédit  qui,  s'en  tenant  aux  formes,  n'ont  eu  aucun  intérêt  de  cher- 
cher à  approfondir  le  sujet;  j'ai  pensé  qu'il  pourrait  peut-être,  citoyen 
Ministre,  vous  jeter  dans  quelques  incertitudes.  C'est  pour  les  fixer 
toutes  radicalement  que  j'ai  pris  le  parti  d'émarger  mes  réponses  à  côté 
des  dernières  accusations  qui  ne  sont,  au  surplus,  que  les  anciennes 
renouvelées  avec  des  variations,  genre  dans  lequel  excelle  le  citoyen 
Herculais.  J'ai  l'honneur  de  vous  adresser  ces  réponses  ^  » 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
DE  SAIZIEU  À  TALLEYRAND. 

655.  —  Sisteron,  25  décembre  i797  {5  nivôse  an  VI).  —  Envoi 
d'un  projet  d'envahissement  et  de  colonisation  du  nord  de  l'Afrique, 
par  de  Saizieu,  ancien  Consul  général  à  Tunis'. 

[Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

656.  —  Pam,  29  décembre  1797  [9  nivôse  an  VI).  —  Il  a  reçu  les 
lettres  dans  lesquelles  Devoize  lui  a  fait  part  de  son  arrivée  à  Tunis,  de 
son  installation  et  de  l'entrevue  particulière  qu'il  a  eue  avec  le  Bey. 

«.J'y  ai  vu  avec  plaisir  le  bon  accueil  que  vous  avez  reçu  de  ce  Prince 
et  les  marques  d'intérêt  qu'il  vous  a  témoignées.  Je  compte  sur  vos 
soins  à  l'entretenir  dans  ses  dispositions  favorables,  et  à  les  faire  tourner 
à.  l'avantage  du  service  de  la  République  comme  à  celui  de  nos  natio- 
naux sur  votre  Echelle. 

Votre  seconde  dépêche  renfermait  la  réponse  du  Bey  à  votre  lettre  de 
créance,  ainsi  que  les  copies  des  pièces  qui  ont  été  l'objet  des  insinua- 
tions faites  contre  vous  à  ce  Prince  par  le  citoyen  Herculais,  avant  son 
départ  de  Tunis.  Les  motifs  d'après  lesquels  vous  avez  agi  à  cette 
époque  ne  peuvent  qu'être  approuvés,  et  je  ferai  usage,  s'il  y  a  lieu^ 
des  renseignements  que  vous  me  donnez  à  cet  égard.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunù.) 

1.  Voy.  Examen  sommaire  de  la  conduite  du  citoyen  Devoize  (Archives  nationales^ 
A  F  ni,  SO).  —  Voy.  aussi  les  lettres  de  Devoize  au  citoyen  Boulouvard,  chef  du 
bureau  des  Consulats  au  Ministère  des  AlTaires  étrangères,  des  30  décembre  1797, 
8  mars,  15  mai  et  13  août  1798,  remplies  de  piquants  détails  sur  l'afTaire  Devoize- 
Herculais  (Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis), 

2.  11  propose  au  Ministre  d'envoyer  10,000  hommes  en  Tunisie  et  de  s'emparer 
par  terre  de  La  Goulette,  «  qui  ne  résisterait  pas  trois  jours  »,  pour  en  faire  un 
établissement  militaire  de  premier  ordre. 


336       CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DBS  CONSULS    Tif, 

TALLBYRAND  A  DEYOIZB. 

657.  —  Paris^  29  décembre  1797  (.9  nivôse  an  VI).  —  On  le  prie i- 
vérifier  les  allégations  portées  par  le  citoyen  Delon  contre  Étlem 
Famin,  régisseur  de  la  maison  de  commerce  Samatan,  de  Marseille,  ç:i 
ramener,  s'il  est  possible,  aux  actes  de  justice  que  cette  maison  est^i 
droit  d'attendre  de  lui. 

{Affaiits  étrangères^  (?■*  de  Tunis.) 
DBVOIZE  A  TALLEYRAND. 

668.  —  Twnw,  SI  décembre  1797  {11  nivôse  an  VI),  —  «  ClUt}-: 
Ministre,  Le  6 de  ce  mois,  il  est  arrivé  trois  frégates,  La  Sérieuse,  Lai- 
iice,  LArthémise\  la  première  est  de  retour  de  Constantinople  oùe]> 
conduit  le  Consul  général  de  Valachie  et  Tépouse  du  général  Âui'^: 
du  Bayet  ^  Les  deux  autres  ont  été  expédiées  de  Corfou  par  le  cooirr- 
amiral  Brueys  ',  avec  vingt  matelots  maures  qui  forment  Téquipage  d  •in 
reprise  vénitienne.  J'ai  l'honneur  de  vous  adresser  la  copie  de  laMl.*^ 
que  ce  contre-amiral  m'a  écrite  à  cette  occasion  ',  et  par  laquelle  il  œ  is 

1.  Jean-Baplisle-Annibal  Aubert  du    Bayet  fit    la    campagne  d'Amérique  a^e 
Lafayetle,  devint  Président  deTAssemblée  législative,  et  fut  nommé  général  Aft\ 
sion  &  Tarmée  du  Rhin.  Général  en  chef  de  Tarmée  de  Vendée  sous  laCooTeoi  ' 
il  fut  Ministre  de  la  guerre  sous  le  Directoire,  puis  ambassadeur  à  CoosiaLV 
Dople,  où  il  mourut  en  1197. 

2.  François-Paul  chevalier  Brueys  d'Aigalliers,  volontaire  en  1756,  g&nle  è  b 
marine  en  1768,  enseigne  en  1777,  lieutenant  en  1780,  chevalier  de  Saint-L> - 
en  1783,  capitaine  en  1792,  destitué  comme  noble  en  1793,  réintégré  eni795.cv 
de  division  en  1796,  contre-amiral  en  1797,  vice-amiral  en  1798  el  commiDdc* 
des  forces  navales  destinées  \  l'expédition  d'Egypte.  Il  eut  les  deux  jambes  entier- 
tées  par  un  boulet  sur  le  vaisseau -ami  rai  dans  la  baie  d'Aboukir. 

3.  Le  contre-amiral  Brueys,  commandant  tes  forces  navales  de  la  MêdUerran»,  " 
Devoize.  —  Corfou,  à  bord  du  Guillaume  Telt^  31  décembre  1797  {H  nivôse  an  H  - 
-  Depuis  quelque  temps  des  corsaires  barharesques  sous  pavillon  tunisien  db'-ï'- 
ces  contrées,  courent  sur  tous  les  bâtiments,  et  arrêtent  indistinctement  des  i:(r< 
de  toutes  nations,  même  les  Turcs.  Dernièrement  un  de  ces  corsaires  a  amêtr  r 
bàtiment  vénitien,  parti  de  Corfou,  allant  à  Venise   avec  une  cargaison  d'h nk 
ayant  plusieurs  passagers,  et  muni  d'un  passeport  du  général  Gentili,  commiodir 
de  ces  ties.  Le  Turc,  capitaine  de  cette  prise,  ne  connaissant  vraisemblablemer.c 
carte,  ni  boussole,  est  venu  dans  le  canal  de  Corfou,  ne  sachant  oii  il  eiaiu  ■' 
frégate  La  Justice,  venant  au  mouillage,  a  rencontré  ce  bâtiment  sans  paTJIIonJ? 
accosté  et  a  trouvé  à  bord  une  vingtaine  de  Barharesques  qui  lui  ont  dit  qu'il?  *^ 
savaient  où  ils  étaient,  ni  quelle  roule  faire.  La  frégate  les  a  conduits  ici,  oùa^a;] 
interrogé  le  Turc  capitaine  de  cette  prise,  j'ai  appris  que  le  corsaire  capteur e» 
tunisien,  que  le  commandant  l'avait  embarqué  sur  cette  prise  pour  le  conduiM 
Tunis  et  que,  ne  sachant  quelle  route  faire,  le  hasard  l'avait  conduit  iclTai'^ 
rendre  le  bàlimeut  aux  propriétaires,  mais  je  n'ai  pu  consoler  les  citoyens  de  ce: 
Ile,  qui  sont  dan^  la  désolation  de  la  perte  de  leurs  parents  embarqués  coDOir 
passagers  pour  aller  à  Venise,  parmi  lesquels  il  y  avait  des  femmes  et  des  enfaQ*^- 
on  a  trouvé  beaucoup  de  sang  dans  la  chambre  du  bâtiment,  ce  qui  faitcraintr^ 
que  plusieurs  n'aient  été  massacrés.  La  frégate  La  Justice  ayant  fini  les  rèpanti^<^' 
les  plus  indispensables  pour  reprendre  la  mer,  je  l'envoie  à  Tunis  pour  que  ^'^c- 
préveniez  le  Bey  de  la  manière  dont  se  conduisent  ses  corsaires,  et  j'ai  tout  l'fi 
de   croire   qu'il  prendra  les   moyens   les   plus   prompts    pour  arrêter  un  par>" 
désordre,  ainsi  que  pour  faire  conduire  ici  l'équipage  et  les  passagers  du  bàlint^"' 


[^797]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  337 

vile  à  faire  la  réclamation  que  je  poursuivais  depuis  quelque  tertips  des 
trente  Vénitiens  formant  Téquipage  ou  passagers  sur  ce  bâtiment. 
Après  avoir  fait  rendre  au  pavillon  de  la  République  tous  les  honneurs 
qui  lui  sont  dus,  j'ai  engagé  les  trois  commandants  à  se  rendre  à  Tunis, 
pour  aller  ensuite  ensemble  chez  le  Bey.  Le  citoyen  Villeneuve  *,  qui 
commande  la  division  des  deux  frégates  venues  de  Corfou,  m'ayant 
écrit  de  son  bord  qu'il  avait  ordre  de  ne  laisser  débarquer  les  vingt 
Tunisiens  qu'après  que  les  trente  Vénitiens  lui  auraient  été  remis, 
j*avais  insinué  au  Bey  cette  condition,  qu'il  avait  trouvée  très  dure, 
mais  qui  paraissait  le  mettre  en  considération,  parce  qu'il  sentait  le 
mauvais  effet  que  produirait  à  Tunis  l'abandon  de  vingt  de  ses  sujets 
sacrifiés  à  l'appât  de  ce  qu'il  espérait  retirer  de  la  rançon  des  Véni- 
tiens. 

Avant  de  nous  rendre  chez  le  Bey,  nous  nous  concertâmes  avec  les 
trois  commandants;  je  les  mis  au  fait  du  caractère  de  ce  Prince.  Ce 
souverain  parut  d'abord  choqué  de  la  défiance  qu'on  lui  témoignait  en 
exigeant  un  nantissement  préalable  dans  la  proposition  d'une  espèce 
d^ échange.  Le  commandant  lui  dit  qu'il  tenait  ses  ordres  du  général, 
qu'il  ne  pouvait  pas  les  modifier,  mais  qu'il  était  prêt  à  laisser  débar- 
quer ses  sujets  s'il  lui  promettait  de  mettre  ensuite  en  liberté  les  Véni- 
tiens. Le  Bey  répondit  :  —  «  Renvoyez-les  à  terre,  et  je  verrai  ce  que 
j^aurai  à  faire.  »  —  Je  lui  dis  que  je  n'avais  pas  oublié  que,  dans  une 
semblable  circonstance,  un  amiral  anglais  trop  facile  lui  avait  remis  un 
certain  nombre  de  ses  sujets  sans  avoir  pu  obtenir  après  des  Corses  qu'il 

pris  contre  les  droits  des  gens,  puisqu'il  n'est  point  en  guerre  avec  les  Vénitiens; 
que  d'ailleurs  depuis  l'entrée  des  Français  dans  Venise  cette  nation  était  restée 
sous  notre  protection,  et  qu'enfin  ce  bâtiment,  muni  d'un  passeport  du  général 
français,  aurait  dû  être  respecté  par  les  Tunisiens.  Je  vous  prie  de  lui  déclarer,  en 
outre,  que  les  ites  vénitiennes  de  Corfou,  Zaute,  Céphalonie,  Sainte-Maure,  etc., 
ayant  resté  aux  Français  par  le  traité  de  paix  fait  avec  TEmpereur,  je  ne  souiTrirai 
point  qu'aucun  bâtiment  barbaresque  vienne  faire  la  course  dans  le  golfe  adria- 
lique,  et  que  j'arrêterai  désormais  tous  ceux  que  j'y  rencontrera^.  Je  lui  renvoie 
par  la  frégate  La  Justice  les  Tunisiens  trouvés  sur  la  prise  vénitienne,  quoiqu'ils 
eussent  mérité  par  leur  conduite  d'être  traités  comme  des  forbans;  cette  manière 
d'agir  do  ma  part  doit  lui  dicter  ce  qu'il  a  à  faire  pour  réparer  autant  qu'il  sera  en 
son  pouvoir  les  pertes  qu'ont  occasionnées  ses  corsaires  à  une  nation  avec  laquelle 
il  n'était  point  en  guerre,  et  qui  se  trouvait  d'ailleurs  dans  ce  temps  sous  la  pro- 
tection de  la  France. 

Je  n'ai  dans  ce  moment  que  deux  frégates  qui  sont  continuellement  en  course. 
Je  vous  prie  de  ne  retenir  La  Justice  que  le  temps  absolument  indispensable,  aBn 
qu'elle  puisse  être  de  retour  le  plus  tôt  possible.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 

1.  Pierre-Charles-Jean-Baptiste-Sylvestre  Villeneuve,  garde  de  la  marine  en  1718, 
capitaine  de  vaisseau  en  1793,  chef  de  division  puis  contre-amiral  en  1796,  vice- 
amiral  en  1804. 

Il  eut  la  responsabilité  du  désastre  de  Trafalgar,  en  octobre  1803,  et,  ne  pouvant 
souffrir  que  l'on  discutât  son  honneur,  il  se  tua,  à  coups  de  couteau,  en  avril  1806. 

22 


338  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  COlfSULS  IT 

était  venu  réclamer.  Ils'est  fait  présenter  les  eicpédilioos  tronvéesàbon 
du  Vénitien  ;  nous  les  avons  examinées  et  trouvées  telles  que  je  Tm 
Tai  annoncé;  les  commandants  n*ont  pu  en  contester  rirrégularilé.t 
effet,  il  était  tout  simple,  puisque  Gorfou  nous  appartenait,  que  lete^* 
ment  équipé  par  des  sujets  devenus  Français  fût  muni  du  pavilloD  k 
la  République  et  non  pas  d'un  passeport  et  d'un  pavillon  véoilieur 
Après  avoir  débattu  la  question  de  l'immunité  du  golfe  adriattqae(b^ 
lequel  nous  avons  remplacé  les  Vénitiens,  le  Bey  s>st  obstiné  à  ^ 
pas  vouloir  les  reconnaître  sur  une  notification  indirecte,  mais  il  n 
probable  que,  lorsque  je  serai  en  mesure  de  lui  faire  connaître  officie: 
lement  le  traité  de  paix  conclu  avec  TEmpereur,  il  mettra  en  libtr^ 
tous  les  sujets  des  îles  vénitiennes  qui  ont  passé  sous  la  domination  d^ 
la  République  et  qui  se  trouvent  esclaves  dans  ses  Ëtats  depiti 
Tépoque  de  la  signature  du  traité.  Le  Bey  me  Ta  fait  espérer  asseï 
clairement.  Je  n*ai  mis  dans  aucune  réclamation  plus  d'intérêt  et  (^ 
cbaleur  pour  tàcber  de  la  faire  réussir  ;  notre  existence  politique  es 
Italie  l'exigeait.  J'ai  aussi  senti  la  nécessité  de  prévenir  la  fkà^n 
impression  que  fera  sur  les  habitants  de  Corfou  le  retour  des  deux  fr^ 
gâtes  sans  avoir  rempli  le  but  de  leur  mission.  Mon  opinion  était  ^ 
les  Tunisiens  v  fussent  ramenés  comme  une  consolation  à  donner  au 
parents  des  malheureux  esclaves  restés  à  Tunis  et  une  preave  dr 
efforts  inutiles  pour  les  retirer;  mais  le  citoyen  Villeneuve  m'aditqi^e 
son  intention  était  de  ne  pas  les  garder  à  son  bord.  J'aurais  désir^ 
qu'il  me  l'eût  annoncé  dans  le  principe  ;  nous  aurions  pris  une  aulr^ 
marche,  au  lieu  que  par  ce  changement  de  disposition  j'ai  été  obh^ 
de  dire  au  Bey  que  j'avais  pris  sur  ma  responsabilité  d'engaf^r  c; 
commandant  à  faire  mettre  les  Maures  à  terre;  ce  qui  a  été  exécuté  hier 
et  aujourd'hui  je  les  ai  présentés  k  ce  Prince,  qui  a  encore  diseste 
longtemps  avec  moi  sur  les  motifs  qu'il  avait  de  retenir  les  Vénitieûs. 
Le  Bey  a  un  caractère  extrêmement  tenace:  il  vient  de  le  faire  encore 
mieux  connaître  dans  un  cas  à  peu  près  semblable.  Un  commissaire 
(Isaac-Bey)  est  venu  réclamer  d'ordre  de  la  Porte  le  Prince  napolilais 
Paterno,  pris  par  un  corsaire  tunisien  sur  un  bâtiment  grec  avec  pa* 
ottoman.  La  menace  du  Capitan-pacha  de  se  concerter  avec  le  Dey 
d'Alger  et  venir  lui-même  en  personne  à  la  tête  d'une  escadre napa 
même  adoucir  la  condition  que  le  Bey  avait  mise  k  raffraDchisseœeBl 
de  ce  Prince,  qui  n'a  pu  obtenir  sa  liberté  que  moyennant  la  somiw 
énorme  de  2,600,000  livres.  Il  n'y  a  eu  aucune  réparation  de  riosullf 
faite  au  pavillon  du  Grand  Seigneur.  Le  capitaine  du  bâtiment  pns(^'^ 
l'équipage,  tous  Grecs  sijgets  du  Grand  Seigneur,  sont  restés  esclaves 


L1798J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  339 

Parmi  ces  derniers  se  trouvent  six  Céphaloniotes  que  j'ai  réclamés 
inutilement,  parce  qu'ils  ont  été  pris  à  une  époque  bien  antérieure  au 

traité  de  paix  *.  »  (Affaires  étrangères,  C»**  de  Tunis.) 

DEYOIZB  A  TALLEYRAND. 

669.  —  TVinM,  i^''  janvier  1 798  (12  nivôse  an  VI).  —  «  Le  comman- 
dant de  la  division  devait  appareiller  aujourd'hui,  le  désespoir  dans  le 
ccBur  de  n'avoir  pas  atteint  le  but  de  sa  mission  dont  le  succès  devait 
avoir  une  inQuence  si  importante  sur  l'opinion  et  l'existence  des  Ita- 
liens régénérés.  Profondément  affecté  moi-même  des  suites  funestes 
que  pouvait  avoir  la  résistance  du  Bey  sur  nos  intérêts  politiques  et 
commerciaux  dans  les  nouvelles  contrées  réunies  à  la  France,  je  me 
suis  dit  :  il  ne  faut  pas  qu'elles  aient  à  regretter  le  joug  du  régime 
aristocratique;  j'ai  fait  une  dernière  tentative;  j'ai  engagé  le  citoyen 
Villeneuve  à  écrire  au  Bey  la  note  suivante  : 

«  A  son  retour  de  votre  palais,  le  Consul  de  la  République  m'a 
«  témoigné  que  vous  désiriez  que  je  rendisse  à  l'un  de  vos  armateurs  un 
»  brick  espagnol,  et  je  l'ai  rendu.  Je  pars,  mais  étonné  que  vous  ayez 
«  pu  croire  qu'un  général  français  m  ait  donné  pour  mission  de  vous 
«  présenter  une  réclamation  qui  n'était  pas  fondée;  je  pars  plus  étonné 
«  encore  et  désespéré  de  laisser  des  Français  dans  les  fers,  au  milieu 
«  des  États  et  sous  les  yeux  d'un  souverain  qui  s'est  constamment 
«  montré  ami  de  la  République.  Parmi  ces  Français  se  trouvent  des 
«  vieillards  de  soixante-dix  à  quatre-vingts  ans,  des  femmes,  des 
«  enflants.  » 

Le  citoyen  Adanson  s'est  très  bien  acquitté  de  la  traduction  de  cette 
note;  j'ai  jugé  à  propos  de  la  porter  moi-même  au  Bey  à  son  lever,  sous 
le  prétexte  d'une  autre  affaire.  Je  me  suis  aperçu  qu'elle  lui  a  fait  une 
vive  impression  ;  j'en  ai  profité  pour  lui  peindre  sous  les  couleurs  les 
plus  fortes  le  désordre  qu'allait  répandre  dans  Gorfou  le  retour  des 
frégates  sans  y  présenter  les  infortunés  qu'elles  étaient  venues  réclamer  ; 
les  vengeances  terribles  qui,  malgré  la  surveillance  du  gouvernement, 
pourraient  être  exercées  par  les  habitants  sur  les  corsaires  qui  vien- 
draient k  relâcher  ou  à  être  pris;  je  lui  ai  dit  qu'il  ne  pouvait  avoir  une 
plus  belle  occasion  de  donner  à  la  République  une  marque  de  son  désir 
de  mériter  toujours  sa  bienveillance,  et  qui  lui  fût  plus  agréable,  que 

1.  Le  traité  de  Campo-Formio,  signé  le  S6  vendémiaire  an  VI,  reconnaissait  à  la 
France  la  souveraineté  des  îles  vénitiennes  de  Gorrou,  Céphalonie,  Zan te,  Saint-Maure, 
Gérigo  et  dépendances.  Une  circulaire  du  23  frimaire  an  Vl  prescrivit  aux  Consuls 
de  faire  connaître  ce  traité  aux  Bey,  Dey  ou  Pacha,  et  «  de  faire  jouir  ces  insulaires 
de  tous  les  avantages,  droits  et  immunités  dont  jouissent  nos  nationaux  en 
Barbarie  ». 


340  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DBS  CONSULS  [\'i% 

la  mise  en  liberté  des  trente  individus  protégés  ou  devenas  ihs- 
çais.  J'ai  aperçu  dans  le  Bey  de  telles  dispositions  que  j'ai  cro  r^ 
rien  hasarder  en  écrivant  au  citoyen  Villeneuve  de  se  rendre  immtiij- 
tement  au  palais  du  Bey.  Ce  Prince,  qui  dans  la  première  aDdiei-^ 
s'était  montré  si  choqué  de  ce  qu'il  avait  retenu  pendant  queiqs^ 
jours  ses  sujets  à  bord  et  nous  avait  même  quittés  assez  bnisqnemeil 
la  accueilli  avec  les  manières  les  plus  affectueuses.  Il  a  repris  la  qs^ 
tion  ;  il  s'est  attaché  à  prouver  par  les  époques  la  légitimité  de  la  pny 
de  ces  Vénitiens;  il  a  consenti  à  affranchir  tous  les  sujets  nés  daosk 
pays  réunis  à  la  France  par  le  traité;  le  nombre  en  était  petit. -& 
m'appartiennent  tous,  m'a-t-il  dit,  mais  je  ne  veux  pas  donner  uoedesi- 
preuve  de  mon  attachement  pour  la  République  française,  et,  en  s  adre^ 
sant  au  commandant  :  Je  vous  les  remets  tous  sans  distinction. - 
L'audience  du  Bey  était  nombreuse  ;  il  s'y  est  manifesté  un  mouTema' 
de  surprise  et  d'admiration;  Le  citoyen  Villeneuve  s'est  livré  à  \isf 
grande  sensibilité  ;  elle  a  été  partagée  par  le  Bey  même  et  tous  ceuiqi: 
étaient  présents;  il  en  est  résulté  une  scène  très  touchaate.  J'auraL^ 
désiré  qu'elle  eût  pour  témoins  ceux  qui  dépriment  sans  pudeur  le  Bev. 
qui  ont  toujours  affecté  de  méconnaître  les  marques  d'intérêt  qui 
nous  a  données,  les  services  qu'il  a  rendus  à  la  République  peodâii: 
la  révolution  ;  ils  l'ont  accusé  d'extorsion  ;  qu'ils  sachent  donc  qaedaB> 
moins  de  deux  mois  ce  Prince  a  affranchi  gratuitement  par  pure 
amitié  pour  la  France  quarante-quatre  individus  dont  il  avait  le  droit 
d'exiger  la  rançon. 

Le  douanier  contestait  à  quelques  Zantiotes  la  jouissance  des  même» 
privilèges  que  ceux  des  Français;  j*ai  obtenu  une  décision  par  laquelle 
tous  les  commerçants  des  pays  dltalie  réunis  à  la  France  ne  payeront 
à  l'avenir  que  3  0/0  de  droit  de  douane,  au  lieu  de  5  0/0  qu  ils  payaient 
auparavant.  J'ai  donné  connaissance  de  cette  décision  au  général  de 
Corfou  avec  prière  de  la  faire  publier  dans  l'étendue  de  son  comman- 
dement. Des  Vénitiens  qui  tiennent  ici  à  l'ancien  gouvernement  ont  été 
consternés  de  ce  succès,  et  je  ne  suis  pas  sans  soupçon  aujourd'hui  qu^ 
la  Municipalité  provisoire  de  Venise,  en  écrivant  au  Bey  la  lettre  dont 
je  vous  ai  envoyé  une  copie,  n'avait  pour  but  que  d'empêcher  ce  Prinf»* 
de  reconnaître  la  protection  que  lui  accordait  la  République  française 
et  que  j'étais  chargé  par  le  Ministre  de  la  République  à  Venise  de  loi 
notifier.  J  ai  été  puissamment  secondé  dans  ma  négociation  par  le  crédit 
et  l'appui  du  Ministre  du  Bey.  Il  ne  manque  plus,  citoyen  Ministre,  i 
ma  satisfaction  que  d'obtenir  des  marques  de  votre  approbation.  » 

{A/fairet  étrangèrtê,  C^  de  TwUs.) 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  341 

DBYOIZB  A  TALLEYRAND. 

660.  —  Tunis,  7  janvier  1798  [18  nivôse  an   VI).  —  «  ...  Dans 
l'instant  môme  où  le  Bey  prononça  la  liberté  des  trente  citoyens  de 
Corfou,  un  de  ses  officiers  vint  l'avertir  que  trois  esclaves  anglo-corses 
s'étaient  sauvés  à  bord  des  frégates  de  la  République,  alors  mouillés  à 
La  Goulette,  à  la  faveur  des  cocardes  nationales  que  des  matelots  de  la 
Division  leur  avaient  procurées,  et  qu'ils  s'étaient  embarqués  dans  le 
canot  du  commandant.  Le  Bey  ordonna  sur-le-champ  au  chef  des 
esclaves  de  retenir  trois  des  Vénitiens  qu'il  venait  d'affranchir  jusques 
à  ce  que  les  trois  Corses  lui  eussent  été  rendus,  à  moins,  ajouta-t-il, 
que  le  commandant  ne  donne  sa  parole  de  les  renvoyer  à  terre.  Le 
citoyen  Villeneuve  la  donna,  et  dans  la  confiance  d'en  voir  l'exécution, 
le  Bey  fit  de  suite  accompagner  les  familles  de  Corfou  par  un  de  ses 
officiers  à  bord  de  la  division.  Ce  qui  pourrait  justifier  le  citoyen 
Villeneuve,  c'est  qu'il  était  prévenu  que,  sitôt  que  j'appris  que  les 
Anglais  occupaient  la  Corse,  j'avais  fait  signifier  à  tous  les  Corses 
qui  se  trouvaient  à  cette  époque  libres  ou  esclaves  à.  Tunis  que  ceux 
qui  restaient  fidèles  à  la  République  eussent  à  en  faire  leur  déclara- 
tion dans  la  chancellerie  de  France,  et  que  les  trois  que  réclamait  le 
Bey  étaient  restés  attachés  au  parti  anglais.  Le  citoyen  Villeneuve  les 
considérait  comme   indignes  de   la  protection  d'un    pavillon    qu'ils 
avaient  déserté,  puisqu'ils  avaient  été  pris  par  un  corsaire  tunisien  sur 
un  bâtiment  portant  pavillon  paoliste  à  tête  de  Maure  avec  passeport 
anglais;  c'est  cette  circonstance  qui  lui  fit  prendre  l'engagement  de 
les  faire  débarquer.  J'ai  su  que  les  équipages  des  frégates  n'avaient  pas 
été  tout  à  fait  de  cet  avis. 

L'officier  du  Bey  est  venu  lui  rapporter  que  le  commandant  lui  avait 
déclaré  que,  malgré  les  recherches  les  plus  exactes,  il  n'avait  pu  par- 
venir à  découvrir  les  trois  esclaves.  Il  était  difficile  de  persuader  ce 
Prince  qu'ils  n'étaient  pas  à  bord  des  armements  de  la  République, 
parce  qu'ils  ne  pouvaient  pas  être  ailleurs,  et  qu'il  n'y  a  aucun  capi- 
taine marchand  qui  osât  se  compromettre  en  les  recevant  sur  son 
bâtiment,  où  d'ailleurs  ils  ne  seraient  pas  en  sûreté.  Je  me  rendis  immé- 
diatement auprès  du  Bey.  Je  le  trouvai  fort  irrité.  Je  lui  dis  que  je  ne 
venais  ni  lui  nier,  ni  lui  avouer  que  les  trois  esclaves  qu'il  réclamait 
fussent  k  bord  de  la  division,  puisque  je  n'avais  aucune  certitude  à  cet 
éjçard,  mais  lui  rappeler,  sans  discuter  sur  les  moyens  que  ces  esclaves 
avaient  pu  employer  pour  s'évader,  qu'il  suffisait  qu'ils  fussent  par- 
venus sous  le  pavillon  de  la  République  pour  jouir  de  sa  protection,  et 
Je  lui  citai  l'article  du  traité  qui  porte  que  le  Consul  ne  sera  pas 


342  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\W 

responsable  des  esclaves  qui  se  sauveront  à  bord  des  bâtiments  d^ 
guerre.  Le  Bey  m'a  répondu  qu'il  ne  prétendait  pas  me  rechercher, 
mais  s'en  prendre  au  commandant,  qui  par  une  promesse  qil 
n'avait  pas  remplie  Tavait  induit  à  délivrer  trois  Vénitiens  qu'il  zm 
l'intention  de  retenir,  et  qu'il  ne  permettrait  pas  qu'il  retoum&t  à  s».*: 
bord  que  les  trois  esclaves  n'eussent  été  débarqués.  J  ^attribuai  ceU^ 
menace  du  Bey  au  premier  mouvement  d'un  caractère  emporté,  H 
j'avoue  que  je  ne  conçus  pas  l'idée  qu'elle  pût  être  sérieuse.  J'en  f? 
part  cependant  au  citoyen  Villeneuve,  qui  avait  cru  devoir  reTenlrâ 
Tunis  pour  se  concerter  avec  moi  sur  un  incident  aussi  fâcheux,  h 
apprenant  les  dispositions  du  Bey,  il  se  détermina  sur-le-champ  i 
partir  pour  la  Marine  dans  la  vue  de  s'y  embarquer  dans  un  bateaa  du 
pays  pour  se  rendre  à  son  bord,  mais  les  ordres  étaient  déjà  donoésè 
n'en  laisser  détacher  aucune  embarcation.  Je  ne  pus  aUer  que  le 
lendemain  faire  mes  représentations  au  Bey  sur  une  mesure  violeote 
et  inouïe  employée  contre  un  commandant  chargé  d*une  misàoB 
importante,  que  le  moindre  retard  dans  leç  circonstances  aduelb 
pouvait  compromettre  ainsi  que  la  Division  h  ses  ordres.  J  ajoutai  qoe 
j'étais  accrédité  auprès  de  lui  pour  lui  rendre  raison  sur  tout  ettraos- 
mettre  ses  réclamations  au  gouvernement;  que  dans  aucun  cas  il  n^ 
pouvait  se  faire  justice  lui-même  d'un  Français  de  qui  il  croirait  avoir 
à  se  plaindre;  qu'il  devait  peser  dans  sa  prudence  toutes  les  suites  d'oa 
acte  de  violence  que  le  gouvernement  verrait  d'autant  plus  de  mauvab 
œil  que,  mettant  même  à  part  le  caractère  dont  était  revêtu  le  cîtoTeo 
Villeneuve,  cet  acte  blessait  à  la  fois  et  la  liberté  et  la  considération 
dont  tout  Français,  à  ce  seul  titre,  devait  jouir  dans  ses  États.  Le  Bey 
réfléchit  un  instant  et  me  dit  d'écrire  à  Tunis  au  commandant  de  se 
rendre  à  son  palais. 

A  la  manière  dont  ce  Prince  l'accueillit,  je  compris  qu'il  voulait 
réparer  l'écart  qu'il  avait  fait.  Il  ne  s'en  plaignit  pas  moins  avec 
amertume  de  la  perte  de  trois  esclaves,  qu'il  accusait  les  Français  à 
lui  avoir  enlevés  dans  l'instant  même  où  il  donnait  k  la  République 
la  plus  grande  preuve  d'amitié  et  de  désintéressement.  Il  observa  qu^ 
ces  trois  esclaves  étaient  du  nombre  de  ceux  dont  un  amiral  anglab 
lui  était  venu  proposer  le  rachat  après  celui  qu'il  venait  de  consommer 
à  Alger,  et  dont  il  avait  rejeté  l'offre  de  1,000  piastres  fortes  pour  la 
rançon  de  chaque  individu.  En  effet,  citoyen  Ministre,  on  ne  peuts^ 
refuser  à  convenir  que  le  Bey,  dans  cette  occasion  comme  dans  hm- 
coup  d'autres,  a  prouvé  par  des  prédilections  marquées  pour  le  gou- 
vernement français  qu'il  attachait  infiniment  plus  de  prix  à  sa  hiea- 


[1798J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  343 

veillance  qu'à  tous  ses  rapports  avec  les  Anglais,  puisque  dans  le 
temps  où,  maîtres  de  la  Corse,  ils  avaient  un  si  puissant  intérêt,  pour 
s^en  attacher  les  habitants,  à  leur  assurer  dans  la  Barbarie  une  pro- 
tection aussi  efficace  que  celle  dont  ils  jouissaient  sous  le  régime  répu- 
blicain, il  a  refusé  constamment  de  consentir  à  l'affranchissement  des 
Corses  qui  ont  suivi  leur  parti,  lorsqu'il  a  accordé  sans  difficulté  la 
liberté  des  Corses  restés  fidèles  à  la  République.  Nous  trouvant  à  peu 
près  dans  la  même  position  à  Tégard  des  îles  vénitiennes  récemment 
réunies  à  la  France,  il  a  encore  affranchi  trente  Français  dont  il  avait 
droit  d'exiger  la  rançon,  puisqu'ils  étaient  tombés  esclaves  avant  la 
signature  du  traité  de  paix  avec  TEmpereur.  Voilà  des  faits  qui  parlent 
en  faveur  des  sentiments  que  le  Bey  professe  pour  la  France;  c'est  en 
rappelant  ces  dernières  marques  d'amitié  et  d'intérêt  qu'il  a  données  à 
la  République  qu'il  a  paru  plus  vivement  affecté  de  ce  que  des  Français 
ont  prêté  la  main  à  l'évasion  de  ses  esclaves  et  à  l'inexécution  de  la 
promesse  qui  lui  avait  été  faite  de  les  renvoyer  à  terre,  promesse  dans 
laquelle  il  a  cru  apercevoir  l'intention  de  le  tromper.  Je  n'entrerai  pas 
dans  tous  les  détails  d'une  séance  qui  dura  plus  de  trois  heures  et  dans 
laquelle  le  Bey  proposa  diverses  compensations,  toutes  inadmissibles. 
Il  finit  par  déclarer  qu'à  l'avenir  il  ne  tolérerait  plus  l'introduction  des 
canots  des  bâtiments  de  l'Etat  dans  le  lac  pour  se  rendre  à  Tunis.  Cette 
décision  du  Bey  va  mettre  de  grandes  entraves  dans  les  communica- 
tions entre  les  commandants  des  bâtiments  de  guerre  et  le  Consul,  et 
fera  souffrir  le  service  de  la  République. 

Ce  malheureux  incident  est  survenu  bien  mal  à  propos  pour  altérer 
les  dispositions  du  Bey  dans  une  circonstance  où  les  changements  qui 
viennent  de  s'opérer  dans  les  gouvernements  d'Italie  ont  donné  lieu  à 
une  foule  de  réclamations,  parmi  lesquelles  il  en  est  de  très  majeures 
que  je  suis  à  la  veille  de  lui  présenter.  Je  n'attends  que  de  voir  l'issue 
qu'auront  mes  premières  ouvertures  pour  avoir  l'honneur  de  les  mettre 
sous  vos  yeux. 

On  ne  peut,  citoyen  Ministre,  se  dissimuler  que  les  plaintes  du  Bey 
sont  fondées,  ni  lui  contester  le  droit  qu'il  a  de  prendre  les  mesures 
de  précaution  qu'il  juge  nécessaires  pour  prévenir  la  fuite  de  ses 
esclaves  et  empêcher  qu'on  ne  la  favorise.  Il  est  notoire  qu'il  a  refusé 
1,000  piastres  fortes  pour  chacun  de  ses  esclaves  qui  se  sont  sa\ivés  à 
bord  de  la  Division.  Je  soumets  à  votre  justice,  et  comme  moyen  de 
ramener  le  Bey  à  ses  premières  dispositions,  d'indemniser  ce  Prince 
de  ces  15,000  livres  par  le  don  de  quelques  bijoux  de  cette  valeur. 
Vous  ne  trouverez  pas  ce  sacrifice  trop  grand  en  songeant  à  celui  que 


344  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [m 

le  Bey  a  fait  lui-même  en  affranchissant  43  individus  corses  ou  Téni 
tiens,  dont  la  rançon  au  taux  fixé  dernièrement  à  300  sequinsvénities^ 
pour  chaque,  avec  un  chargement  d'huile  restitué  aux  Gorfiotes,  évaiiî; 
80,0(H)  livres,  se  serait  élevée  à  la  somme  de  234,000  livres  tournois. 

Hier  en  sortant  de  l'audience  du  Bey,  le  citoyen  Villeneuve  se  raKli: 
à  son  bord,  o(i  je  raccompagnai,  et  dans  la  nuit  la  division  a  remis ak 

voile...  »  {A/faires élrangèrt9y  C*'  de  Tums.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAIID. 

661.  —  7ttnw,  //  janvier  17 98  {22  nivôse  an  VJ).  —  «  CiloTen 
Ministre,  Le  général  Gentili,  commandant  la  division  du  Levant  i  , 
Corfou  *,  m'a  transmis  des  pièces  juridiques  qui  constatent  la  naissajiff 
dans  nie  de  Céphalonie  de  six  esclaves.  Ces  infortunés  ont  été  pris 
dans  le  mois  de  juillet  dernier,  sur  un  bâtiment  grec  ayant  expédi- 
tion ottomane.  J  ai  eu  Thonneur  de  vous  informer  qu'un  commissain* 
envoyé  par  la  Porte  était  venu  réclamer  au  Bey  de  Tunis  le  bâtiment, 
Téquipage  et  les  passagers,  au  nombre  de  55,  et  demander  réparation 
de  rinsulte  faite  au  pavillon  du  Grand  Seigneur;  que  ce  coInmissai^ 
(Hait  reparti  pour  Constantinople  sans  avoir  obtenu  satisfaction,  et 
que  le  prince  Paterno,  embarqué  sur  le  même  bâtiment,  d  avait  pu 
sortir  d'esclavage  qu'en  payant  â,600,000  livres.  Le  Bey  s  est  appaje 
sur  quelque  irrégularité  dans  l'expédition  du  navire  pour  retenir  les 
Grecs,  parmi  lesquels  se  trouvent  les  six  Céphaloniotes.  Les  ministres 
du  Bey  m'ont  fait  entendre  assez  clairement  qu'ayant  étéprisàime 
époque  bien  antérieure  à  la  réunion  des  iles  vénitiennes  à  la  France. 
et  vu  le  refus  fait  à  un  Envoyé  du  Grand  Seigneur  dans  la  même 
affaire  traitée  solennellement,  je  ne  pouvais  guère  me  flatter  d'obtenir 
leur  liberté  autrement  que  par  la  voie  ordinaire  du  rachat.  Je  vous 
prie,  citoyen  Ministre,  de  m'adressèr  vos  ordres  au  sujet  de  ces  malheu- 
reux; leurs  instances  pour  sortir  de  la  déplorable  situation  où  'ûsîi 
trouvent  sont  d'autant  plus  pressantes  qu'ils  seront  bientôt  exposés 
dans  leurs  travaux  k  tous  les  dangers  de  la  peste,  dont  quelques  acci- 
dents, quoique  rares,  n'annoncent  déjà  que  trop  le  terrible  retour. 

Les  xritoyens  Deliberti  et  Gibon  se  trouvent  dans  le  même  cas  et  vien- 
nent d'avoir  pour  compagnon  de  leur  infortune  le  citoyen  Autran,  de 
Draguignan  (Var),  qui,  comme  eux,  avait  pris  dans  sa  patente  de  pas- 
sager la  qualité  de  Sicilien.  Ils  ont  craint  d'être  faits  prisonniers  et  iL<i 
n*ont  pas  pensé  qu'ils  pouvaient  tomber  esclaves. 

4.  Antoine  Genlili,  général  corse,  fils  d'un  compagnon  de  Paoli,  exilé  à  Londre< 
jusqu'en  4789,  député  de  la  Corse  en  4790,  général  en  4':96,  chargé  par  Bonaparte 
d'acherer  la  oonquAle  de  l'Ile,  puis  d'occuper  Corfou  en  4797. 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  346 

Quant  au  Milanais  Galiberti  et  à  sa  femme,  mes  justes  égards  pour  la 
recommandation  du  général  Masséna',  qui  s'intéresse  à  eux,  m'ont  fait 
t^mployer  tous  les  moyens  de  leur  procurer  la  liberté,  mais  le  sieur 
Galiberti  les  a  contrariés  lui-même  par  sa  jactance  et  sa  mauvaise  con- 
duite. 11  s'est  annoncé  pour  un  homme  qui  avait  de  grands  moyens,  et 
qui  ne  tarderait  pas  à  recevoir  le  prix  de  son  rachat.  Au  lieu  de  faire 
valoir  son  métier  de  tailleur,  il  a  préféré  satisfaire  son  goût  pour  la 
dépense  en  contractant  des  dettes  jusques  avec  les  esclaves.  Il  a  reçu 
de  mon  prédécesseur  et  de  moi  des  secours  bien  supérieurs  à  ceux 
qu'on  accorde  aux  autres  esclaves.  Si  je  cédais  à  toutes  les  demandes 
dont  il  m'accable,  il  ne  mettrait  aucunes  bornes  à  ses  dépenses  et  à  son 
indiscrétion.  Il  a  donné  de  tels  motifs  de  plaintes  au  Sahib-tap,  à  qui 
il  appartient,  qu'il  a  dû  pour  sa  tranquillité  l'éloigner  du  palais  du  Bey 
et  renvoyer  dans  une  de  ses  maisons  de  plaisance.  J'ai  obtenu  avec 
bien  de  la  peine  son  retour  auprès  de  sa  femme.  Au  surplus,  je  pense, 
citoyen  Ministre,  que  c'est  à.  la  République  cisalpine  à  s'occuper 
aujourd'hui  de  la  liberté  de  ces  deux  individus.  Je  ne  continuerai  pas 
moins  de  leur  être  utile  et  de  chercher  à  adoucir  leur  situation.  Je  rem- 
plirai tous  les  devoirs  que  m'impose  le  mérite  qu'a  le  citoyen  Galiberti 
d'avoir  été  employé  au  service  des  armées  de  la  République. 

J'ai  informé  l'ambassadeur  de  la  République  à  Constantinople  du  mau- 
vais succès  de  la  négociation  du  commissaire  de  la  Porte,  et  je  l'ai  prié, 
dans  le  cas  où  le  Grand  Seigneur  prendrait  quelques  mesures  hostiles 
contre  le  Bey  de  Tunis,  comme  il  l'en  a  menacé,  de  vouloir  bien  recom- 
mander aux  chefs  chargés  de  leur  exécution  les  intérêts  de  nos  établis- 
sements sur  cette  Échelle...  »  (Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 

DBVOIZE  A  TALLEVRAND. 

682.  —  Tunis,  iO  février  i  708  [22  pluviôse  an  VI).  —  Il  envoie  le 
texte  du  serment  qu'il  a  prêté,  conformément  à  la  loi  du  24  nivôse 
an  Y,  en  sa  qualité  de  fonctionnaire  public;  il  y  joint  celui  du  chance- 
lier Adanson  :  «  Je  soussigné.  Consul  général  chargé  d'affaires  de  la 
République  française  près  le  Bey  de  Tunis,  jure  haine  à  la  royauté  et 
à  l'anarchie,  jure  attachement  et  fidélité  à  la  République  et  à  la  Consti- 
tution de  l'an  III.  »  (Affaires  étrangères,  C**»  de  Titnis.) 

TALLEVRAND  A  DE^'OIZE. 

663.  —  Paris,  27  février  1 798  [9  ventôse  an  VI).  —  «  Je  n'ai  pas  été 
étonné  du  peu  d'impression  qu'a  produit  sur  l'esprit  du  Bey  la  lettre 

l.  André  Masséna,  duc  de  Rivoli,  prince  d^ssling,  volontaire  en  1790,  général 
en  1793,  maréchal  de  France  en  1804,  commandant  la  garde  nationale  de  Paris 
en  1813. 


346  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [17*] 

que  lui  a  fait  remettre  la  Municipalité  provisoire  de  Venise;  elle  aurait 
dû  effectivement  la  rédiger  dans  un  meilleur  sens  et  s^y  étayer  de 
lappui  et  de  la  médiation  de  l'agent  de  la  République  française; maL« 
je  n'ai  rien  à  vous  dire  de  plus  sur  cette  démarche,  parce  qu'elle  ooas 
est  devenue  étrangère  d'après  les  dispositions  du  traité  de  paix  codcU 
à  Campo-Formio  entre  la  République  et  TEmpereur.  J'en  joins  ici  m 
exemplaire  imprimé  pour  votre  instruction. 

Quant  à  l'incertitude  dans  laquelle  vous  avez  été  relativement  à  U 
portion  de  territoire  acquise  à  la  République  par  ce  traité,  je  pense  (pe 
la  notification  officielle  que  vous  avez  dû  faire  au  Bey  suffira  désormais 
pour  prévenir  toute  espèce  de  difficulté  de  sa  part  sur  ce  qui  regafde 
les  habitants  de  nos  nouvelles  colonies  du  Levant. 

J*ai  appris  avec  plaisir  que  vous  étiez  parvenu  à  briser  les  fers  de 
13  Corses,  tous  pris,  à  différentes  époques,  sur  des  bâtiments  ennemis 
de  la  Régence.  Il  était  bon  de  faire  valoir  dans  vos  démarches  auprès 
du  Bey  Tacte  de  générosité  et  d'humanité  exercé  envers  8  de  ses  sujets 
qui  lui  ont  été  renvoyés  d'Italie  par  le  général  Bonaparte.  Getait  le 
meilleur  moyen  à  employer  pour  obtenir  dans  cette  réclamation  un 
succès  depuis  si  longtemps  désiré  et  dont  je  vous  sais  beaucoup  de  grt. 

Je  n'ai  pas  été  moins  satisfait  d'apprendre  la  mise  en  liberté  de 
l'équipage  et  des  passagers  du  brigantin  vénitien  Les  Gracieusfs 
Jumelles^  formant  au  total  30  personnes.  Les  détails  circonstanciés 
que  vous  m'avez  transmis  sur  cette  affaire,  que  vous  avez  suivie  de  cod- 
cert  avec  le  commandant  des  deux  frégates,  venues  pour  cet  effet  de 
Corfou,  me  prouvent  que  vous  avez  déployé  dans  sa  négociatioD  tout 
le  zèle  et  la  chaleur  qu'elle  exigeait.  Japprouve  entièrement  la  coo- 
duite  que  vous  avez  tenue  dans  cette  circonstance  difficile,  et  elle 
mérite  d'autant  plus  d*éloges  que  le  succès  complet  que  vous  avez 
obtenu  ne  peut  que  produire  le  meilleur  effet  aux  yeux  des  habitaols 
de  nos  nouvelles  colonies  du  Levant. 

J'ai  été  également  satisfait  de  la  décision  par  laquelle  il  a  été  con- 
venu que  les  commerçants  de  ces  fies  ne  payeront  à  l'avenir,  à  rinstar 
des  Français,  que  3  0/0  de  douane  au  lieu  de  5  0/0  qu'ils  payaient  aupara- 
vant. Ne  négligez  rien  pour  les  maintenir  dans  la  jouissance  des  pri- 
vilèges qu*ils  ont  acquis  par  leur  réunion  à  la  République....  » 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

684.  —  Tunis,  4  mars  1 798  {14  ventôse  an  VI).  —  Il  a  obtenu  une 
indemnité  pour  un  Corse  dont  le  bateau  avait  été  capturé  par  un  cor- 
saire tunisien.  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 


\A  798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  347 

TALLEYRAND  A  HERCULAIS. 

665.  —  Paris,  25  mars  i  798  {5  germinal  an  VI),  —  Réponse  à  une 
réclamation  de  lancien Envoyé  du  Directoire.  Les  chevaux,  juments  et 
poulains  venus  de  Tunis  à  Marseille,  et  que  le  prédécesseur  de  Talley- 
rand  a  mis  à  la  disposition  du  Ministre  de  Tintérieur  depuis  Tannée 
dernière,  n'ont  pas  été  achetés  par  Herculais,  comme  il  le  prétend, 
pour  compte  du  gouvernement,  mais  offerts  en  présent. 

«c  Quoi  qu'il  en  soit,  vous  les  aviez  envoyés  en  France  pour  compfe  du 
gouvernement.  Ce  sont  là  vos  propres  expressions,  et  vous  aviez  telle- 
ment entendu  Ten  avertir  que  vous  aviez  passé  dans  vos  comptes  un 
ajrticle  de  20,000  piastres  concernant  les  dépenses  de  leur  transport. 

Mon  prédécesseur  était  trop  ami  de  son  pays  pour  laisser  échapper 
cette  occasion  de  lui  être  utile,  en  fournissant  au  Ministre  de  Tintérieur 
un  moyen  de  perfectionner  nos  races  de  chevaux. 

Au  surplus,  cette  affaire  est  entièrement  du  ressort  de  ce  dernier.  Il 
ii*est  pas  en  mon  pouvoir  de  vous  faire  remettre  des  animaux  qui  ont 
été  mis  à  sa  disposition.  Je  doute  qu'il  ait  cette  intention,  du  moins  il 
ne  me  Ta  pas  manifestée.  S'il  me  consulte  k  cet  égard,  je  ne  lui  suggé- 
rerai certainement  que  des  vues  conformes  à  la  justice  et  aux  intérêts 

de  la  République.  »  (Affaires  étrangAres,  C'*»  de  Tunis.) 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

666.  —  Tunis,  26  mars  i798  {6  germinal  an  VI),  —  Il  vient  d'écrire 
au  Ministre  de  la  marine  et  des  colonies  pour  l'informer  de  la  relâche 
d^une  division  anglaise  et  d'une  nouvelle  piraterie  qu'elle  a  commise 
sur  la  rade  de  La  Goulette,  où  elle  s'est  emparée  de  deux  bâtiments 
français  au  mouillage. 

Il  transmettra  incessamment  au  Ministre  la  contribution  patriotique 
des  Français  qui  se  trouvent  actuellement  à  Tunis,  et  qui  est  destinée 
aux  frais  de  la  descente  en  Angleterre. 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
DEYOIZE  A  TALLEYRAND. 

667.  —  Tunis,  7  avril  1798  {18  germinal  an  VI).  —  Les  plaintes 
du  citoyen  Delon  contre  le  citoyen  Famin  ne  sont  pas  fondées.  «  Le 
citoyen  Famin  s'est  attaché  depuis  plusieurs  années  au  Garde  des 
sceaux  de  la  Régence,  qui  est  très  en  faveur  et  qui  l'affectionne.  Je  fus 
envoyé  en  1792  par  le  Gouvernement  en  qualité  de  commissaire.  Je 
m'aperçus  que  le  citoyen  Famin  avait  entravé  un  instant  mes  négocia- 
tions pour  une  réclamation  qui  lui  était  personnelle.  Je  lui  en  fis  des 
reproches  très  vifs  devant  le  Bey,  et  j'en  rendis  compte  au  Ministre 
Lacoste.  Depuis  cette  époque,  le  citoyen  Famin  s'est  corrigé;  je  me 


348  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [\M 

suis  mis,  par  Testime  et  la  coafiance  que  j'ai  tâché  d*iDspirer  au  Bey  et 
à  son  premier  Ministre,  au-dessus  des  intrigues  qu'on  tenterait  d'élever 
contre  moi  au  Bardo.  Lorsque  le  citoyen  Herculais  se  fut  bien  cob- 
vaincu  qu'il  ne  réussirait  pas  à  altérer  les  sentiments  que  ces  d<ïai 
Princes  me  portaient,  il  se  jeta  du  côté  du  Garde  des  sceaux,  et  il  eot 
besoin  des  offices  du  citoyen  Famin  pour  l'introduire  et  lui  ménager 
des  entrevues  avec  ce  favori,  qui  ne  traitait  alors  aucune  affaire  poli- 
tique ouvertement.  Le  citoyen  Herculais  entretint  les  liaisons  les  pk^ 
intimes  avec  le  citoyen  Famin  pendant  son  séjour  à  Tunis;  en  partaot 
pour  Alger,  il  lui  offrit  la  gestion  intérimaire  du  Consulat,  que  ses  par- 
tisans mêmes  refusèrent,  indignés  qu'il  en  privât  l'estimable  premier 
député,  à  qui  elle  revenait  de  droit,  et  qu'il  fut  obligé  de  confier  à  ce 
Guiraud  dont  le  choix  humilia  si  fort  la  nation  de  Tunis. 

Les  Ministres  du  Bey  ni  le  Bey  lui-même  ne  peuvent  entraver  la  jorw 
diction  que  le  Consul  de  la  République  exerce  ici  sur  les  Français,  et  il 
n'est  pas  à  ma  connaissance  que  le  citoyen  Famin  ait  cherché  à  s'ap- 
puyer de  leur  faveur  pour  s'y  soustraire,  et  encore  moins  de  son  titre 
d'agent  des  Anglo-Américains  dont  il  n'a  pas  déployé  le  caractère,  et 
qui  ne  saurait  le  dispenser  de  s'acquitter  envers  ses  créanciers,  quoi- 
qu'il perdit  alors  la  qualité  de  citoyen  français  '...  » 

(Affaires  étrcmgéres,  C'*»  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

668.  —  7 unis,  43  mai  179S  {24  floréal  an  VI).  —  «  Je  trouve  un 
sijget  bien  puissant  d'encouragement,  au  milieu  des  épines  de  cette 
place,  dans  les  témoignages  d'approbation  que  vous  avez  bien  vaala 
accorder  à  ma  conduite  dans  quelques  négociations  que  je  viens  de 
terminer.  Lorsqu'un  agent  de  la  République  a  la  satisfaction  de  voiries 
efforts  de  son  zèle  couronnés  du  succès  et  qu'il  obtient  le  suffrage  d'oB 
Ministre  éclairé,  il  ne  lui  reste  plus  rien  à  désirer...  » 

(A/fait^  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 

UAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS, 
AU  DIRECTOIRE  EXÉCUTIF  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE. 

669.  —  Tunis,  4  3  mai  4  798  [24  floréal  an  K/).  —  «  A  tous  les 
grands  et  chefs  qui  gouvernent  avec  prudence  et  sagesse  toutes  les 
affaires  des  Français,  mes  très  honorés  et  sincères  amis. 

Je  vous  écris  la  présente  amicale  au  sujet  d'un  des  négociants  de 
notre  Odjak,  nommé  iladji  Mohammed  Mirivi,  lequel  s'étant  ci-devant 
rendu  pour  ses  affaires  de  commerce  dans  les  dépendances  de  Maroc 

■ 

où  il  est  resté  quelque  temps,  le  dit  a  affrété  un  bâtiment  ragusaL^ 
1.  Voy.  plus  haut  la  lettre  du  9  nivôse  an  VI. 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  349 

pour  y  embarquer  les  marchandises  qu'il  avait  à  Tétouan,  pour  les 
expédier  à  Livourne,  et  pour  cela  il  a  été  obligé  de  se  rendre  à  Gibraltar, 
et  au  dit  lieu  il  a  acheté  une  partie  de  sucre.  Dans  sa  traversée  de 
\h  à  Livourne,  il  a  été  rencontré  par  un  de  vos  corsaires,  lequel  lui 
a  dit  :  —  Vous  venez  de  Gibraltar,  ainsi  le  chargement  que  vous  avez 
appartient  aux  Anglais,  —  et  il  s*en  est  emparé.  Le  dit  négociant  est 
venu  ici  pour  m'en  faire  ses  représentations.  J*ai  trouvé  que  cette 
action  est  contraire  à  Tamitié  qui  règne  entre  nous  et  contre  nos 
traités. 

Ce  bâtiment  a  été  nolisé  à  Gibraltar,  et  en  est  parti  avec  un  charge- 
ment appartenant  à  mon  siget  négociant.  Cette  déprédation  ayant  été 
faite  sans  raison,  je  serais  pareillement  dans  le  droit  de  m'emparer  de 
vos  bâtiments  marchands  qui  sortiraient  des  ports  de  mes  ennemis. 
Mais  pareilles  représailles  seraient  contraires  à  Tamitié  sincère  qui 
nous  unit  et  aux  traités  qui  existent  entre  nous. 

Gomme  pareille  chose  n'a  eu  lieu  jusqu'à  ce  jour,  et  que  jamais  de 
notre  part  on  n'a  agi  de  cette  façon,  j'ai  remis  la  présente  lettre  ami- 
cale à  ce  négociant  pour  qu'après  que  vous  en  aurez  pris  lecture,  vous 
ordonniez  au  capteur  de  rendre  généralement  tout  ce  qu'il  a  pris,  et 
je  me  flatte  qu'en  considération  de  l'étroite  amitié  qui  règne  entre 
nous,  vous  ferez  restituer  au  porteur  de  la  présente  tout  ce  qui  lui 
a  été  enlevé.  J'en  aurai  en  mon  particulier  la  plus  grande  joie.  » 

{Sceau)  {Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 

BEAUSSfER  A  TALLEYRAND. 

670.  —  Tunis,  14  mai  1798  [25  floréal  an  VI).  —  «  ...  Je  languis 
toujours  depuis  plus  de  dix  mois  que  je  suis  nommé  au  Consulat  de 
Tripoli  de  Barbarie,  sans  recevoir  ma  commission  et  mes  lettres  de 
créance,  dont  la  privation  m'enchaîne  ici  malgré  moi,  et  je  me  vois 
contraint  de  rester  à  la  charge  du  Consul  Devoize.  » 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

671.  —  Tunis,  15  mai  1  798  {26  floréal  an  VI).  —  «  Le  Bey  demande 
trois  pontons  qui  sont  destinés  à  curer  le  superbe  canal  dont  des  ingé- 
nieurs hollandais  dirigent  depuis  trois  ans  la  construction  *,  et  qui  doit 
s'étendre  de  La  Goulette  jusques  à  la  Marine,  à  travers  le  lac.  Sans 
ce  travail  aussi  beau  qu'utile,  le  transport  des  marchandises  de  la 
rade  à  Tunis,  déjà  très  diflicile,  fût  bientôt  devenu  impraticable.  Cette 

1.  Parmi  ces  ingénieurs  on  comptait  le  sieur  Homberg,  beau-frère  de  Nyssen, 
Consul  de  Hollande  à  Tunis,  et  descendant  du  chimiste  Guillaume  Homberg,  premier 
raédecin  de  Louis  XIV  et  membre  de  TAcadémie  des  sciences. 


3S0  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  i1> 

entreprise  fait  honneur  au  Bey,  et  c*esl  le  plus  grand  service  qQilpât 

rendre  à  la  navigation »  {Affaires  étrangères^  C^  de7mi$:] 

DEVOIZB  A  TALLEYRARD. 

672.  —  TunU,  JE  juin  1798  {i2  prairial  an  VI).  —  «  Le  6  de  fr 
mois  est  arrivé  Taviso  La  Foudre^  expédié  de  Toulon  par  ramiralBrue^f 
pour  savoir  si  on  avait  connaissance  à  Tunis  de  Tescadre  anglaise  dat' 
la  Méditerranée.  Je  lui  ai  répondu  que»  d'après  les  informatioDs  de  toi^ 
les  bÀtiments  qui  arrivent,  surtout  des  corsaires  barbaresques  qi 
couvrent  cette  mer,  il  ne  m*était  pas  parvenu  qu'il  y  eût  d'autres  a^s^ 
ments  anglais  que  la  division  composée  du  vaissoau  Le  Léandrt,  i^ 
deux  frégates  et  d'un  brick,  parti  de  Tunis  le  13  geminal  et  qai  9( 
trouvait  en  vue  d'Alger  le  30. 

L'amiral  Brueys  m*a  fait  part  de  ses  différentes  stations,  pov  ([¥. 
je  lui  fisse  parvenir  tout  ce  que  je  pourrais  apprendre  de  relatif  aoi 
mouvements  de  nos  ennemis.  Le  général  Bonaparte  m'a  demaDd^ 
quelques  provisions  en  moutons  et  volailles.  J'ai  fait  embarquer  sur 
l'aviso  tout  ce  dont  la  capacité  du  bâtiment  a  permis  au  capitaine  d^ 
se  charger.  Il  est  parti  le  10. 

Un  courrier  extraordinaire  a  apporté  au  Bey  la  nouvelle  de  la  mort 
du  Dey  d'Alger  *.  Son  neveu,  le  Kaznadyi,  lui  a  succédé  paisiblemeoP. 

Gomme  je  n'ai  pas  de  chiffre  avec  la  Marine,  je  vous  prie  de  vouloir 
communiquer  cette  dépêche  au  Ministre  de  ce  département. 

J'apprends  dans  l'instant  l'arrivée  à  Alger,  le  U  floréal,  du  noaTeaa 
Consul'  et  le  départ  pour  Smyrne  du  citoyen  Jeanbon  Saint-André'.  < 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Twm) 
DfiVOlZB  A  TALLEYRARD. 

673.  —  Tunis,  2  juin  1798  {12  prairial  an  VI). -^  11  loi  rend 
compte  d'une  affaire  de  prise  où  s'est  trouvé  mêlé  le  général  OM, 

commandant  à  Corfou  '.  {Affaires  étrangères^  C*  de  Tmis.) 

LB  6É!f6RAL  BONAPARTB  A  DBVOIZB. 

674.  —  Malte,  15  juin  1  798  {27  prairial  an  VI).  —  «  Je  vous  pré- 
viens, citoyen  Consul,  que  Tarmée  de  la  République  est  en  possession 
depuis  deux  jours  de  la  ville  et  des  deux  tles  de  Malte.  Le  pavilioD  tri- 
colore flotte  sur  tous  les  forts. 

1.  Hassan.  Voy.  Correspondance  des  Deys  d'Alger  avec  la  Cour  de  Franteyl^i^ 
p.  407. 

2.  Mustapha.  Voy.  id.^  t.  H,  (i.  476- 

3.  Dominique-.Marie  Moltedo.  Voy.  id,^  t.  H,  p.  472. 

4.  Voy.  id.,  t.  II,  p.  453  et  suiv. 

5.  Louis-François-Jean  Chabot,  sous-lieutenant  en  1782,  capitaine  en  1792,géi)er3i 
en  1794,  commandant  aux  lies  ioniennes  en  17^6,  à  Tarmée  d'Italie  en  l^Oi» 
Catalogne  en  1808,  retraité  en  1815. 


[1798]  AVEC  LA.  COUR  DE  FRANCE  3Si 

Vous  voudrez  bien  faire  part  de  la  desiructiou  de  Tordre  de  Saint- 
Jean  de  Jérusalem  et  de  cette  nouvelle  possession  de  la  République 
au  Bey  près  duquel  vous  résidez,  et  lui  faire  connaître  que  désor- 
mais il  doit  respecter  les  Maltais,  puisqu'ils  se  trouvent  sujets  de  la 
France. 

Je  vous  prie  aussi  de  lui  demander  qu'il  mette  en  liberté  les  diffé- 
rents esclaves  maltais  qu'il  aurait  dans  sa  Régence.  J'ai  donné  l'ordre 
que  l'on  mit  en  liberté  plus  de  2,000  esclaves  barbaresques  ou  turcs 
que  l'ordre  de  Saint-Jean  de  Jérusalem  tenait  aux  galères. 

Laissez-lui  entrevoir  que  la  Puissance  qui  en  trois  ou  quatre  jours 
a  pris  Halte  serait  dans  le  cas  de  le  punir,  s'il  s'écartait  un  moment  des 
égards  qu'il  doit  à  la  République.  Salut.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DEVOIZE  A  TALLBYRAND. 

675.  —  7u«M,  17  juin  1798  {.29  prairial  an  VI),  —  Le  5  prai- 
rial trois  vaisseaux  anglais,  dont  un  à  trois  ponts  battant  pavillon 
carré  au  màt  d'artimon,  ont  relâché  à  la  rade  de  Saint- Pierre. 

Une  escadre  anglaise  forte  de  seize  vaisseaux  de  ligne,  aux  ordres 
de  l'amiral  Nelson  ^  était  mouillée  dans  la  même  rade  de  Saint-Pierre 
le  16  du  môme  mois.  A  cette  époque  la  flotte  française  louvoyait  sur 
le  cap  Carbonnaire  au  sud  de  la  Sardaigne. 

(Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

676.  —  Pam,  17  juin  1798  {29  prairial  an  VI),  —  Un  corsaire 
barbaresque  a  enlevé  une  barque  génoise  qui  transportait  à  Gênes  les 
effets  du  citoyen  J.  Bonaparte,  ci-devant  ambassadeur  de  la  République 
à  Rome*.  Prière  de  s'informer  si  la  barque  a  été  conduite  dans  un 

port  de  la  Tunisie.  (Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis,) 

BBAUSSIER  A  TALLEYRAND. 

677.  —  Tunis^  25  juin  1798  (7  messidor  an  VI).  —  Il  a  de  fortes 
raisons  de  croire  que  les  pièces  qu'on  doit  lui  envoyer  pour  régler  sa 
situation  de  Consul  à  Tripoli  se  sont  de  nouveau  perdues  en  route... 

Le  Bey,  cédant  à  la  crainte,  vient  de  livrer  au  citoyen  Devoize  tous 
les  esclaves  maltais  devenus  Français  par  la  prise  de  Malte,  au  nombre 
de  64,  sans  attendre  l'arrivée  des  Maures  et  Turcs  de  cette  Régence  qui 

1.  L'amiral  anglais  Horace  Nelson,  tué  à  Traralgar  en  1805. 

2.  Joseph  Bonaparte,  frère  aîné  de  Napoléon,  fit  la  campagne  d'Italie  en  1796; 
charge  d'organiser  la  Corse,  il  fut  ensuite  Résident  à  Parme  en  brumaire  an  V, 
ambassadeur  à  Rome  en  floréal  an  V,  roi  de  Naples  en  1806,  roi  d'Espagne  en  1808, 
lieutenant-général  commandant  les  forces  de  Paris  en  1814,  retiré  en  Suisse,  puis  en 
Amérique  et  à  Florence  en  1815. 


] 


352  CORRESPONDANCE  DES  BEÏS  ET  DES  CONSULS         {il^ 

se  trouvaient  en  captivité  dans  la  dite  tle.  Ces  64  affranchis  assiste^c 
avant  leur  départ  à  la  célébration  de  la  fête  du  14  juillet. 

{Affaires  étrangères^  C^  de  7miù.} 
DEVOIZB  A  TALLEYRâHD. 

678.  —  Tunis,  26  juin  H 98  {8  messidor  an  VI).  —  Il  denuiod^ 
des  renseignements  et  des  ordres  au  sujet  de  prises  italiennes  fait^ 
dans  les  eaux  de  Civita-Yécchia  par  des  corsaires  tunisiens  et  Kpris^ 

par  des  armements  français.  {Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

RBGNAUD  DE  SAINT-JEAII    D'ANGELT,  COMMISSAIRE   DU    GOUVERHEMBST  ÎUSÇ^ 

A  MALTE  *,  A  OAMOUDA,   BEY  DE  TUNIS. 

379.  —  A  /a  Cité  Valette,  Malte,  2  juillet  i  7 98  {14  messidor a^}  17 
—  «  Excellence,  .la  République  française  est  votre  amie.  La  graoi^ 
nation  vous  compte  parmi  ses  alliés.  Trois  cents  de  ses  vaisseaux  *q: 
passé  devant  vos  ports,  rencontré  de  vos  vaisseaux  et  les  ont  bienlraib^ 

Je  ne  doute  pas  que  Votre  Excellence  n'en  fasse  de  même  poorl^ 
nôtres.  Je  vous  les  recommande  tous  et  en  particulier  le  cilo}>: 
Regnaud,  porteur  de  ma  lettre.  Je  compte  que  Votre  Excelleoce  Dlier- 
tera  pas  à  donner  des  ordres  pour  qu'il  puisse  négocier  aisémeot  ^ 
sûrement  les  achats  qu'il  va  faire  pour  les  besoins  de  rarméeetd: 
pays.  Vous  serez  charmé  sûrement  de  voir  que  vous  n'avez  plus  à  Malle 
que  des  amis,  et  Bonaparte  apprendra  avec  plaisir  à  son  retour  que 
vous  avez  traité  comme  tels  les  Français  qui  sont  allés  dans  vos  EUlv 

Recevez  l'assurance  de  la  haute  considération  que  j'ai  pour  Votre 

Excellence.  »  (Affaires  étrangères,  €^  de  Twds.) 

BROUARD,  CHEF  DB  L'ÉTAT-MAJOR  DE  LA  DIVISION  DE  MALTE ', 

A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

680.  —  Malte,  2  juillet  1798  [14  messidor  an  VI).  —  «  Je  pn^ 
Votre  Excellence  de  permettre  au  citoyen  Antoine  Regnault,  quirecoo- 
duit  dans  vos  États  quelques-uns  de  vos  sujets  détenus  à  Malte  ^ 

\.  Michel-Louis-Élienne  comte  Regnaud  de  Sain t-Jean-d'Angely,  membre  dr 
rinstitut,  député  d'Aunis  aux  États-Généraux,  administrateur  des  hôpiUoi  > 
Tarmée  d'Italie,  commissaire  du  gouvernement  à  Malte,  président  de  8ecli<«u 
Conseil  d'Ktat,  puis  secrétaire  d'État  de  la  famille  impériale  (1807),  exilé  enfila 
rappelé  en  1819  et  décédé  la  nuit  même  de  son  retour. 

2.  Etienne  baron  Brouard,  de  Vire  (Calvados),  capitaine  des  volontaires  do  Ctl- 
vados  en  1791,  adjudant  général  et  chef  de  bataillon  à  l'armée  du  Nord  en  li^^ 
cbef  de  brigade  à  l'armée  d'Italie  en  1795,  à  l'armée  d'Egypte  en  1798,  corn mandi-i' 
ri  le  d'Yeu  en  1803,  ofRcier  de  la  légion  d'honneur  en  1804,  général  de  brigade  «s 
1805,  lieutenant  général  pendant  les  Cent  jours,  en  1815,  maréchal  de  camp  eolii^ 
retraité  en  1825,  décédé  en  1833.  Il  avait  eu  la  m&choire  fracassée  par  iiiieoup'> 
feu  pendant  une  sortie  de  la  garnison  de  Malte. 

3.  Ne  pas  le  confondre  avec  Joseph -Angélique-Sébastien  Regnault,  de  Novrcy 
(Jura),  ingénieur,  géographe  et  membre  de  la  commission  des  arts  eo  Ég)'p^^^ 
1798,  essayeur  général  des  monnaies  en  1800,  Consul  à  Chypre  en  1802,  àTn|»li 
en  1816,  &  Saint-Jean  d'Acre  en  1821,  mort  À  Seyde  en  1827. 


^798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  383 

<i 'acheter  des  chevaux  dont  j*ai  besoin,  ne  pouvant  m'en  procurer  ici. 
Pour  vous  témoigner  ma  reconnaissance  de  ce  que  je  sollicite  de  Votre 
Altesse,  je  lui  promets  de  saisir  avec  empressement  les  occasions  qui 
se  présenteront  de  rendre  service  à  vos  sujets  que  leurs  affaires  appel- 
leront dans  nos  parages,  et  de  maintenir  de  tout  mon  pouvoir  Tamitié 
et  la  bonne  intelligence  qui  doivent  régner,  d'une  manière  inaltérable 
entre  la  République  française  et  Votre  Excellence.  Je  suis,  etc.  » 

(Affaires  étrangèreSy  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLBYRAND. 

681.  —  Tunis,  8  juillet  1798  [20  messidor  an  Vf).  —  Il  a  obtenu 
l^afiTranchissement  de  six  esclaves,  entre  autres  d'un  sieur  Saluzzi, 
Suisse  naturalisé  Français  par  une  résidence  de  huitknsàBastia...  «  Si, 
pour  le  malheur  et  à  la  honte  de  Thumanité,  l'esclavage  doit  encore 
subsister  pendant  quelque  temps  en  Barbarie,  je  le  répète,  citoyen 
Ministre,  Thonneur  du  nom  français  appelle  une  loi  qui,  répandue  dans 
tous  les  ports  dllalie,  y  prescrive  aux  Français  et  protégés  de  s'y  munir 
de  patentes  des  agents  consulaires  de  la  République,  lorsqu'ils  seront 
dans  le  cas  de  s'embarquer.  »  Le  citoyen  Galiberti  est  toujours  esclave 
avec  sa  femme...  La  rançon  ordinaire  pour  unefemme  estde  624  sequins 
vénitiens,  et  de  la  moitié  pour  un  homme...  «  Le  Bey  a  appris  qu'environ 
400  de  ses  sujets,  qui  se  trouvaient  à  Malte  lors  de  la  conquête  de  cette 
île,  avaient  été  répartis  sur  les  vaisseaux  de  la  flotte,  au  lieu  de  lui  être 
renvoyés  comme  il  s'y  attendait.  J'ai  vu  avec  plaisir  une  mesure  qui 
offre  la  perspective  d'une  compensation,  sur  laquelle  on  pourra  insister, 
avec  des  esclaves  maltais,  génois  et  romains  qui  sont  ici  en  grand 
nombre;  tous  implorent  la  protection  de  l'agent  de  la  République. 
Chaque  jour  il  arrive  de  nouveaux  esclaves  de  ces  différentes  nations, 
car  cette  Régence  entretient  dans  cette  saison  près  de  soixante  arme- 
ments en  croisière,  et  ils  multiplient  à  un  point  que  je  ne  saurais  vous 
exprimer  les  détails  de  ce  Consulat.  Je  console  et  soulage  ces  infor- 
tunés autant  que  je  le  peux. 

La  prise  en  moins  de  vingt-quatre  heures  d'une  ville  maritime  hérissée 
de  canons,  fortifiée  par  l'art  et  la  nature,  qui  remplissait  de  la  terreur 
de  son  nom  le  Levant  et  la  Barbarie,  a  produit  ici  la  plus  grande  sen- 
sation, malgré  qu'on  y  soit  accoutumé  depuis  longtemps  au  récit  des 
victoires  remportées  constamment  par  les  troupes  de  la  République...  » 

(Affaires  étravgères,  C'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

682.  —  Tunis,  iO  juillet  i  798  {22  messidor  m  VI).  —  «  Il  vient 
d'arriver  une  esperonade  de  Malte  qui  me  porte  une  lettre  du  général 

23 


354  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS         [17* 

Bonaparte  me  faisant  part  de  la  conquête  de  cette  île.  Je  dois  Faller 
communiquer  au  Bey,  et  lui  demander  la  mise  en  liberté  de  tous It^ 
Maltais  qui  sont  ici,  au  nombre  de  soixante  environ.  J*espère  deréossc 
dans  cette  négociation,  dont  j'aurai  Thonneur  de  vous  rendre  compt<' 
dans  ma  première  dépêche,  en  vous  adressant  une  copie  de  lalettreà 
général.  Je  vais  faire  immatriculer  sur  mes  registres  tous  lesMaltaËi 
libres  et  je  leur  ai  déjà  distribué  des  cocardes  nationales.  Gomptei 
citoyen  Ministre,  sur  mon  zèle  k  les  faire  jouir  dès  ce  moment  detousb 

droits  de  citoyen  français...  »  (Affaires  étranffèt^,  C  de  Tunix. 

DE\0IZE  A  BONAPARTE. 

683.  —  Tunis,  15  juillet  i  798  {27  messidor  an  VI).  —  «  J'ai  rers 
la  lettre  que  vous  m'avez  fait  Thonneur  de  m'écrire  le  i7  prairial  der- 
nier. J'en  ai  donné  officiellement  communication  au  Bey.  Ce  Priocêa 
appris  avec  autant  d'intérêt  que  de  satisfaction  la  nouvelle  et  impor- 
tante conquête  que  vous  venez  de  faire  à  la  République.  Je  n'ai  es 
qu'un  mot  à  lui  dire  :  Les  Maltais  sont  devenus  sujets  de  laFrancf.i 
l'instant  les  fers  de  66  esclaves  maltais  ou  étrangers  pris  sous  le  paviik 
de  cette  nation  sont  tombés,  malgré  tous  les  ressorts  qu'ont  fail  joaër 
les  ennemis  de  la  République  pour  faire  échouer  cette  négociation.  Ud 
bâtiment  est  déjà  frété;  ils  seront  bientôt  rendus  à  leurs  foyers^ dont 
plusieurs  étaient  séparés  depuis  quinze  ou  vingt  ans.  Ils  y  béniroot 
sans  doute,  le  régime  libérateur  sous  lequel  ils  vont  avoir  le  bonheor 
de  vivre. 

L'embarquement  des  Turcs  abord  des  vaisseaux  de  la  flotte  a  ios- 
pire  quelque  doute  au  Bey  sur  leur  renvoi  à  Tunis.  Il  ne  trouvait  plus 
le  moyen  d'échange  que  je  lui  annonçais,  mais  ce  doute  s'est  dissipa 
Je  lui  ai  témoigné  que  vous  n'ignoriez  pas  que  ces  Turcs,  recrutés  dan» 
le  Levant  et  conduits  à  Tunis  à  ses  frais,  devaient  être  rendus  an 
pavillon  sous  lequel  ils  avaient  été  pris,  et  j'ai  cru  pouvoir  rassurer 
que  vous  ne  céderiez  pas  aux  instances  que  ces  soldats  pourraient  w 
faire  de  les  débarquer  dans  les  Ëtats  du  Grand  Seigneur.  Salut  e: 

respect.  »  (Affaires  étrangères,  C*«  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZB. 

684.  —  Parisy  29  juillet  1798  {11  thermidor  an  F/).-«..J^ 
vois,  par  les  détails  circonstanciés  que  vous  me  donnez  touchant  rén- 
sion  de  trois  esclaves  anglo-corses  à  bord  des  frégates  de  la  République 
aux  ordres  du  citoyen  Villeneuve,  que  cet  incident  a  failli  le  comprit* 
mettre  personnellement  et  qu'il  vous  a  fallu,  ainsi  que  lui,  soutenir  de? 
discussions  longues  et  pénibles  avec  le  Bey,  pour  le  détourner  delà 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  355 

mesure  violente  qu'il  voulait  employer  dans  Tintention  de  recouvrer 
les  Corses.  Il  n'en  est  heureusement  résulté  aucune  suite  fâcheuse  pour 
ce  commandant,  dont  la  division  a  appareillé  sans  difficulté.  Je  conçois 
cependant  que  la  promesse  qu'avait  faite  au  Bey  le  citoyen  Villeneuve 
de  lui  remettre  ces  Corses  a  dû  rendre  leur  privation  plus  sensible  à  ce 
Prince,  surtout  dans  un  moment  où  il  venait  de  délivrer  si  généreuse- 
ment trente  esclaves  vénitiens.  Cette  circonstance  me  fait  désirer  qu'il 
soit  possible  de  lui  accorder  quelque  dédommagement,  et  c'est  dans 
cette  intention  que  je  vais  soumettre  au  Directoire  exécutif  la  proposi- 
tion que  vous  me  faites  de  lui  offrir  gratuitement  les  deux  pontons  qu'il, 
vous  a  demandés.  Cet  objet  ne  sera  point  perdu  de  vue,  et  je  vous  ins- 
truirai incessamment  de  la  décision  du  Directoire. 

Il  est  fâcheux  que  les  pièces  que  vous  a  fait  passer  le  général  Gen- 
iili  ^  en  faveur  des  esclaves  céphaloniotes  pris  sur  un  bâtiment  grec 
niaient  pu  vous  servir  de  titres  pour  obtenir  leur  liberté.  On  vous  a 
objecté  que  leur  arrestation  était  antérieure  à  la  réunion  des  îles  véni- 
tiennes à  la  République,  et  je  sens  qu'il  ne  vous  est  guère  possible  de 
combattre  avec  succès  ce  raisonnement.  Au  surplus,  la  conquête  de 
Malte  nous  met  à  même  de  lever  toutes  les  difficultés  qui  s'opposent  à 
leur  délivrance  comme  à  celle  de  tous  nos  esclaves  en  Barbarie.  Je 
vous  préviens  à  cet  effet  que  le  citoyen  Méchain,  que  le  gouvernement 
fait  passer  à  Malte  en  qualité  de  commissaire*,  et  qui  est  sur  le  point  de 
partir,  a  ordre  de  renvoyer  dans  leur  pays  tous  les  esclaves  barbares- 
ques  qui  sont  dans  cette  lie,  mais  qu'il  lui  est  enjoint  d'entrer  préala- 
blement en  correspondance  avec  tous  les  Consuls  de  la  République  près 
les  Régences  et  de  se  concerter  avec  eux,  afin  de  rendre  par  le  moyen 
d*un  échange  la  liberté  â  tous  les  esclaves  français  ou  considérés 
comme  tels  qui  se  trouvent  encore  dans  ces  contrées.  Vous  devrez  donc 
vous  adresser  directement  pour  cet  objet  au  commissaire  du  gouver- 
nement â  Malte,  qui  sera  revêtu  de  tous  les  pouvoirs  nécessaires  pour 
traiter  de  cet  échange... 

Je  ne  peux  qu'applaudir  au  zèle  patriotique  des  Français  établis  à 
Tunis,  qui,  par  une  contribution  dont  vous  m'annoncez  le  prochain 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  344. 

2.  Jërôme-lsaac  Méchain,  commissaire  à  Malte  en  1798,  à  Galatz  en  1802,  à  Tassy 
en  1803,  aux  Dardanelles  en  1804,  Consul  à  Larnaca  en  1817,  gérant  &  Smyrne  en  1817, 
Consul  à  Salonique  en  1825,  à  Larnaca  en  1825,  Consul  général  à  Tripoli  de  Barbarie 
en  1828,  &  Tanger  en  1829,  retraité  en  1839.  —  Son  père,  membre  de  l'Institut  et 
du  Bureau  des  longitudes,  membre  de  la  Commission  des  arts  en  Egypte,  envoyé 
en  Espagne  pour  y  mesurer  l'arc  du  méridien,  mourut  pendant  sa  mission  en  1804. 
—  Son  fils,  Louis-Eugène  Méchain,  géra  quelque  temps  le  Consulat  de  Tripoli  et 
mourut  à  Yingt-trois  ans. 


3S6  GORRESPONDANCB  DES  DEYS  ET  DES  CONSULS  [1798; 

envoi,  se  sont  empressés  de  coopérer  aux  frais  de  notre  guerre  contre 
les  Anglais.  J'ai  vu  avec  indignation  que  ces  insulaires  se  sont  encore 
permis  Tenlèvement  de  deux  de  nos  bâtiments  dans  la  rade  de  U 
Goulette.  Quelle  que  soit  l'impuissance  du  Bey  pour  en  obtenir  satis- 
faction, vous  devez  toujours  la  solliciter  auprès  de  lui  avec  instance. 
Je  vous  recommande  de  nouveau  de  m*instruire  par  toutes  les  voies 
possibles  des  nouvelles  qui  vous  parviendraient  sur  la  si  tuation  de  Malte. 
Au  surplus,  ne  laissez  échapper  aucune  occasion  de  bien  persuader 
le  Bey  des  dispositions  sincères  du  Directoire  pour  maintenir  les  liai- 
sons et  la  bonne  intelligence  qui  existent  entre  les  deux  Ëtats.  Je  tous 
écrirai  bientôt,  à  ce  sujet,  une  lettre  détaillée  qui  vous  fera  connaître 
que  le  système  du  Directoire  n'a  rien  que  de  favorable  pour  les  Phoces 

de  la  Barbarie.  »  (Affaires  étrangères,  C^'  de  Tunis,) 

DEVOiZS  A  TALLEYRAND. 

686.  —  Tunis,  30  juillet  1798  {12  thermidor  an  VJ).  —  Il  donne 
quelques  détails  sur  sa  négociation  avec  le  Bey  pour  raffranchissemenl 
des  Maltais,  a  Le  Bey  m'a  proposé  d'abord  de  m'engager  à  faire  rem- 
placer les  soldats  qui  ne  lui  seraient  pas  renvoyés  par  des  recrues  fait^ 
dans  le  Levant  aux  frais  de  la  République,  ensuite  de  me  remettre  tous 
les  Maltais  à  titre  de  prisonniers  de  guerre  sous  lequel  le  général  Bona- 
parte a  fait  embarquer  les  Turcs,  et  sous  ma  responsabilité  quilsne 
sortiraient  pas  de  Tunis  avant  le  retour  de  ces  derniers  à  Malte  on 
Tunis;  il  avait  prévu  jusques  à  l'objection  que  je  pourrais  lui  faire  de 
la  dépense  que  l'entretien  journalier  de  soixante-six  individus  m'occa- 
sionnerait, en  offrant  d'y  pourvoir.  J'ai  rejeté  la  première  proposition 
comme  inadmissible,  et  j'ai  observé  sur  la  seconde  qu'elle  était  contraire 
à  la  confiance  qu'il  devait  avoir  à  l'exécution  d'une  promesse  faite  par 
un  général  français  aussi  célèbre  par  sa  loyauté  que  par  ses  exploits...  > 

(Affaires  étrangères^  C**  de  Tunis.) 
DBVOIZE  A  TALLETRANO. 

886.  —  Tunis,  3  août  1798  {16  thermidor  an  VJ).  —  «  Citoyen 
Ministre,  je  ne  pense  pas  que  l'expédition  qui  s'exécute  dans  ce  moment- 
ci  contre  l'Egypte  puisse  avoir  quelques  suites  funestes  pour  les  Fran- 
çais établis  à  Tunis  ^  Leur  nombre,  l'éloignement  de  la  mer,  la  surreii- 

1.  «  L'expédition  d'Egypte,  écrivait  Talleyrand  dans  une  circulaire  du  20 prairial 
an  VI,  a  pour  objet  de  punir  les  Beys  et  les  Mamelouks  de  leurs  vexAtioDS  et 
outrages,  mais  le  Directoire  ne  veut  point  s'emparer  de  l'Egypte  pour  la  Républi- 
que; il  a  ses  réparations  à  exiger;  la  Porte  n'ayant  pas  la  force  suffisante  poar 
nous  faire  rendre  justice,  nous  nous  la  rendrons  nous-mêmes.  Nous  occuperoos 
l'Egypte  pour  les  Turcs,  et  serons  dans  la  même  position  vis-à-vis  d'eux  qu'étaient 
les  Beys...  » 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  357 

lance  des  gardes  du  rivage,  rendraient  nul,  impraticable  tout  moyen 
de  se  soustraire  au  danger  dans  une  émeute  populaire,  mais  on  pour- 
rait compter  sur  la  protection  du  Bey. 

Les  pèlerins  de  la  Mecque  arriveront  à  peu  près  à  la  même  époque 
que  notre  flotte  k  Alexandrie.  L'accueil  qu'ils  recevront  du  général 
français,  les  facilités  qu'ils  trouveront  dans  les  bÀtiments  du  convoi 
pour  leur  retour,  le  respect  de  Tarmée  pour  tous  les  cultes,  feront 
qu'ils  ne  rapporteront  dans  leur  pays  que  des  sentiments  d'admiration 
et  de  reconnaissance  pour  les  républicains  français;  mais,  s'il  n*existe 
pas  de  danger,  je  prévois  de  grands  embarras  pour  moi,  qui  naîtront 
des  réclamations  des  Tunisiens  qui  font  un  commerce  en  Egypte,  où  il 
leur  est  dû  des  sommes  considérables  en  retour  des  espèces  et  bonnets 
qu'ils  y  envoient.  Plusieurs  bâtiments  destinés  pour  Alexandrie  étaient 
prêts  à  partir,  quand  le  Bey  a  appris  que  notre  flotte  avait  été  rencon- 
trée près  de  ce  port;  il  en  a  fait  suspendre  le  départ.  Celte  nouvelle 
a  répandu  la  plus  grande  consternation.  » 

{Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

687.  —  Tunis,  5  août  1798  {i  8  thermidor  an  VI).  —  Il  a  reçu  les 
plaintes  du  Bey  de  Tunis  sur  les  réclamations  auxquelles  le  gouverne- 
ment français  ne  fait  pas. droit,  sur  l'Agence  d'Afrique  qui  ne  paye  pas 
sa  redevance  annuelle  pour  le  privilège  de  la  pèche  du  corail  S  sur  des 
esclaves  que  le  commandant  de  la  place  de  Bastia  a  fait  débarquer  à 
un  de  ses  corsaires... 

«  Il  est  fâcheux  qu'on  ait  donné  ces  motifs  de  mécontentement  au 
Bey,  dans  un  moment  où  les  Anglais  travaillent  auprès  de  lui  pour  en 
obtenir  sinon  une  défense  ouverte  d'extraction  de  subsistances  pour 
Malte,  au  moins  de  l'entraver  par  mille  moyens  inattaquables.  » 

Le  commandant  d'une  frégate  anglaise  naufragée  lui  a  fait  l'abandon 
généreux  du  sauvetage  des  canons,  agrès  et  autres  objets  qui  sont  restés 
intacts  dans  la  cale,  le  tout  estimé  à  100,000  piastres...  «  Malgré  la 
munificence  et  les  intrigues  de  nos  ennemis,  j'espère  qu'ils  ne  par- 
viendront pas  à  altérer  les  bonnes  dispositions  dans  lesquelles  je  m'ap- 
plique à  entretenir  le  Bey,  pour  peu  que  vous  me  mettiez  en  mesure, 
citoyen  Ministre,  de  lui  donner  quelques  preuves  que  la  République 
n'en  a  que  de  favorables  à  son  égard.  Malte  peut  compter  sur  les 
promptes  ressources  que  la  fertilité  et  la  proximité  de  ce  royaume 

doivent  lui  offrir...  »  {Affaires  étrangères,  C'-»  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  247. 


358       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     '1798^ 

CIRCULAIRE  AUX  CONSULS  GÉNÉRAUX  DE  BARBABIE. 

688.  —  Paris,  6  août  1798  [i9  thermidor  an  VI).  —  «  Vous  save? 
sans  doute  que  File  de  Malte  est  tombée  au  pouvoir  de  Tarmée  fran- 
çaise commandée  par  le  général  Bonaparte.  En  conséquence,  je  voui* 
charge  de  notifier  offlciellement  au  Prince  auprès  duquel  vous  résidai 
cette  importante  conquête.  Vous  lui  ferez  connaître  en  même  temps 
que  les  habitants  de  cette  île,  en  passant  sous  notre  domination,  od! 
droit  aux  mêmes  traitements  que  les  citoyens  français  et  vous  le  pres- 
serez de  donner  à  ses  corsaires  Tordre  précis  de  respecter  leurs  Mti- 
ments,  et  de  les  considérer  comme  appartenant  désormais  à  nae 
nation  amie.  Je  ne  doute  pas  que  le  Bey  ne  donne,  dans  cette  occa- 
sion, des  preuves  de  ses  égards  et  de  son  attachement  à  la  Répu- 
blique. »  {Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

689.  —  Tunis,  10  août  1798  {23  thermidor  an  VJ),  —  Le  cilo^^t 
Fuzier,  ami  de  tous  les  Anglais  à  Tunis,  et  la  maison  Romagnac  frères 
et  Lafon,  de  Marseille,  ont  adressé  des  réclamations  au  Ministre  coolnr 
Devoize  '.  Ce  Consul  s'en  étonne,  car  Timpartialité,  Tinlégrité  dooliJ 
fait  profession  dans  ses  fonctions  de  juge  Tout  toujours  mis  à  l'abri 

de  pareils  reproches.  {Affaires  étrangères,  a*'  de  Tunis.) 

BEAUSSIBR  A  TALLEYRAND. 

690.  —  Tunis,  1 1  août  1798  {24  thermidor  an  VI).  —  Il  eslioujouis 
rhôte  de  Devoize,  en  attendant  qu'il  reçoive  ses  titres  et  qu'il  puisse 
occuper  son  poste  de  Tripoli.  Beaussier  regrelte  que  le  citoyen  Mathiea 
Lesseps',  nommé  à  la  chancellerie  du  Consulat  de  Tripoli  depuis  dii 

1.  Les  rapports  de  Fuzier  el  de  Guiraud  contre  Devoize  étaient  rédigés  •  d'onlre 
du  citoyen  Herculais  -. 

2.  Les  Lesseps  étaient  bourgeois  de  Bayonne  depuis  des  temps  reculés.  Pvrrt 
Lesseps,  notaire  et  greffier  de  la  Chambre  de  commerce  de  celte  ville  en  1715,  eai 
deux  fils  :  Dominique  Lesseps,  attaché  à  l'intendance  d*Auch.  secrétaire  de  la  com- 
mission des  limites  des  Pyrénées  de  4733  à  1739,  et  du  pays  de  Ges  en  1748,  secré- 
taire de  la  légation  de  La  Haye  en  1751,  ministre  à  Bruxelles  de  1752  à  116^,  » 
retira  &  Montauban,  et  y  reçut  des  lettres  de  noblesse  en  1777.  Le  secood  ûlsàt 
Pierre,  Michel  Lesseps,  né  à  Bayonne  en  4729,  fut  attaché  à  La  Haye  en  1749,  u 
Ministère  en  1751,  à  Hanovre  en  1733,  &  Bruxelles  en  1758,  remplit  une  mission  eo 
Bretagne  en  1760,  à  Madrid  en  1761,  devint  commis  principal  au  ministère  de< 
AlTaires  étrangères  de  1769  &  1792,  et  fut  mis  en  réforme  cette  annce-là. 

A  cette  époque,  nous  voyons  encore  un  Martin  de  Lesseps,  de  Bayonne,  commis 
saire  de  la  marine  et  agent  consulaire  &  Hambourg,  puis  à  Saint-Pctersbourf:.  ^& 
1772  et  1783.  H  eut  deux  fils,  dont  les  services  diplomatiques  et  consulaires 
méritent  d'être  signalés  : 

L'atné,  Jean-Baptiste- Barthélémy  de  Lesseps,  né  A  Celte  en  1766,  seul  surrivin: 
de  l'expédition  de  La  Pérouse,  qu'il  suivit  comme  interprète  en  1785,  rapporta  d" 
Kamtchatka  le  Journal  du  célèbre  navigateur.  II  fut  Consul  à  Cronsladl  en  i'^ 
Consul  général  &  Saint-Pétersbourg  en  1793,  envoyé  en  mission  à  CousUDlinople 
en  1794,  incarcéré  aux  Sept  Tours,  pendant  trois  ans,  avec  toute  sa  famille,  com- 
missaire des  relations  commerciales,  puis  chargé  d'affaires  à  Saint-Pétersbourg,  et 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  389 

mois,  n'ait  pu  y  arriver.  Guys  *  va  partir  pour  son  nouveau  poste  de 
Syrie  et  de  Palestine,  et  laisser  la  gérance  des  affaires  courantes  au 
citoyen  Xavier  Naudi*,  de  Malte,  qui  exerce  depuis  plus  de  quatre  ans 

les  fonctions  de  Vice-Consul.  (Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

TALCBYRAND  A  DEVOIZE. 

691.  —  Paris,  22  août  i  798  {5  fructidor  an  VI).  —  Il  prend  note 
des  recommandations  de  Devoize  relatives  à  quelques  affaires  en  souf- 
france. «  En  attendant  une  décision  définitive,  vous  devez  assurer  le 
Bey  que  le  gouvernement  aura  pour  sa  Régence  tous  les  égards  qu'elle 
mérite,  qu'il  a  donné  des  ordres  pour  que  les  réclamations  de  ses  sujets 
soient  examinées  avec  le  plus  grand  soin  et  que,  si  elles  sont  reconnues 
fondées,  il  leur  sera  accordé  entière  et  prompte  justice.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
DEVOlZe  A  TALLKYRAND. 

692.  —  Tunis,  28  août  i798  [il  fructidor  an  VI).  —  «  Citoyen 

1802  à  1812,  intendant  civil  à  Moscou  en  1812,  Consul  général  à  Lisbonne  de  1814 
à  1834»  dote  de  sa  mort.  Il  avait  épousé  la  lille  de  lluTAn,  sec  ré  taire- interprète  k 
Constantinople,  et  il  laissa  sept  enfants. 

Le  second  fils  de  Martin  de  Lesseps,  Mathieu-Maximitien-Prosper^  comte  de  Lesseps, 
né  à  Hambourg  en  1174,  fut  attaché  à  la  légation  de  Tanger  en  1791,  chancelier  à 
Tanger  en  1795,  à  Tripoli  en  1797,  revint  &  Tanger  en  1799,  géra  le  consulat 
d'Alexandrie  en  1800,  de  Cadix  de  1801  à  1803,  d'Alexandrie  de  1803  à  1806,  de 
Livourne  de  1806  k  1809,  fut  commissaire  général  aux  lies  ioniennes  de  1809  k  1814  et 
président  du  Sénat  ionien,  Préfet  du  Cantal  pendant  les  Cent  Jours,  Consul  à  Philadel- 
phie en  1819,  Consul  général  à  Alep  en  1821,  à  Tunis  en  1827  (8  ooiU),  et  mourut  à 
son  poste  en  1832  (28  décembre).  C'est  celui  que  nous  rencontrons  aujourd'hui. 

U  laissa  trois  fils  :  Ferdinand  de  Lesseps^  attaché  à  Lisbonne  de  1825  à  1828,  au 
ministère  en  1828,  élève  Vice-Consul  à  Tunis  avec  son  père  en  1828  (19  octobre), 
en  mission  auprès  du  général  Clauzel  en  1830,  gérant  du  Consulat  d'Alexandrie  en 
1831,  Vice-Consul  puis  Consul  en  1833,  Consul  à  Rotterdam  en  1838,  à  Malaga  en 
1839,  à  Barcelone  en  1842,  Consul  général  en  1847,  ministre  plénipotentiaire  à 
Madrid  en  1848,  à  Berne  en  1849,  en  mission  k  Rome  en  1849,  en  disponibilité 
en  1850.  il  obtint  le  firman  de  concession  du  canal  de  Suez  en  1854  (30  novembre). 
—  Théodore-Antoine  de  Lesseps^  frère  du  précédent,  fut  élève  Vice-Consul  en  1827, 
attaché  au  ministère  en  1828,  gérant  du  Consulat  de  Lattaquié  en  1832,  sous-direc- 
teur des  Consulats  au  ministère  en  1845,  directeur  en  1848,  Ministre  plénipoten- 
tiaire en  1853,  sénateur,  décédé  en  1874.  —  Guillaume-Jules-Prosper  de  Lesseps,  frère 
des  deux  précédents,  fut  élève  Vice-Consul  à  Alep  avec  son  père  en  1822,  k  Lattaquié 
en  1825,  Vice-Consul  k  Bogota  en  1828,  puis  mis  en  disponibilité  avec  le  titre 
d'Agent  du  Bey  de  Tunis  à  Paris. 

D'autres  Lesseps  servirent  encore  dans  la  carrière  consulaire  :  Jean-Baptiste  de 
Lesseps,  né  à  Montauban  en  1773,  émigra  en  Angleterre  en  1791,  mais  fut  secrétaire 
du  commissaire  des  relations  commerciales  à  Alexandrie  en  1803  et  commissaire 
en  1804;  —  Edmond-Prosper  de  Lesseps  fut  attaché  au  ministère  en  1835,  Consul  à 
Tarsons  en  1847,  à  Alep  en  1848,  à  Dantzig  en  1853,  gérant  du  Consulat  général, 
puis  Consul  général  à  Beyrouth  en  1853,  à  Belgrade  en  1859,  chargé  d'affaires  k 
Lima  en  1859;  il  mourut  de  la  fièvre  jaune  à  son  poste  en  1868;  —  Aimé-Victor  de 
Lesseps,  né  en  1848,  fut  attaché  k  Madrid  en  1867,  k  Berlin  en  1868,  k  Bruxelles 
en  1872,  et  mis  en  disponibilité  en  1873. 

1.  Pierre-Alphonse  Guys.  Voy.  la  note  1,  p.  323. 

2.  Destitué  par  arrêté  du  29  brumaire  an  XII. 


360  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  17% 

Ministre,  je  suis  informé  que  le  Bey  a  reçu  une  lettre  de  son  agent  pm 
la  Porte,  qui  lui  mande  que  Tescadre  sortie  furtivement  d*ÀlexaD(i^j^ 
après  rentrée  de  la  flotte  française  dans  ce  port,  est  venue  en  porter  ia 
nouvelle  à  Constantinople;  qu'il  a  rapporté  qu'une  caravelle  duGrai^ 
Seigneur  avait  été  brûlée,  sans  expliquer  si  c'était  par  accident  ou  aalr^ 
ment;  que  le  Gapitan-Pacha  avait  aussitôt  reçu  Tordre  de  quitter  Widdii 
pour  venir  faire  réparer  les  batteries  des  Dardanelles  et  armer  tou> 
les  vaisseaux.  Lorsque  le  Bey  a  reçu  ces  avis,  une  division  de  six  de 
ses  plus  gros  corsaires  venait  d'appareiller;  il  a  fait  passer  en  graoà 
hâte  en  pleine  mer  de  nouvelles  instructions  aux  commandants;  je 
n'ai  pu  encore  en  savoir  le  contenu.  600  commerçants  tunisiens  ool 
toute  leur  fortune  en  Egypte;  ils  murmurent;  quelques  officiers  turcs 
ont  osé  me  menacer;  je  me  suis  plaint  au  Bey,  qui  leur  a  imposé  silence. 
Je  serai  exact,  citoyen  Ministre,  à  vous  faire  part  de  tout  ce  que 
j'apprendrai,  par  les  bâtiments  venant  du  Levant,  de  relatif  à  leipédi- 
tion  de  l'Egypte  et  à  l'inQuence  qu'elle  pourra  avoir  sur  notre  situa- 
tion à  Tunis.  »  {Affaires  étrangères,  C  de  Tunis,) 

TALLEYRAND  A  DBVOIZE. 

693.  —  Paris,  7  septembre  1798  [21  fructidor  an  VI).  —  lllui 
conseille  de  ne  plus  s'occuper  que  des  esclaves  maltais  et  cépbalo- 
niotes....  «  Je  pense  que  la  compensation  d'esclaves  à  laquelle  donne 
lieu  la  conquête  de  Malte  ne  doit  se  faire  pour  le  moment  qu'avec  des 
Maltais  ou  étrangers  pris  sous  ce  pavillon,  ainsi  que  vous  l'avez  déjà 
effectuée,  et  non  s'étendre  aux  Italiens  de  quelque  nation  qu'ils  soient 
qu*on  réclamerait  sans  doute  inutilement,  attendu  le  grand  nombre  de 
ceux  qui  tombent  journellement  au  pouvoir  des  armements  de  la 
Régence.  Il  faut  enfîn  mettre  un  terme  k  vos  sollicitations  en  leur 
faveur,  et  laisser  à  leurs  gouvernements  respectifs  le  soin  de  s'occaper 
de  leur  sort.  Ce  sera  le  moyen  de  prévenir  de  nouveaux  embarras  el 
de  diminuer  les  détails  trop  multipliés  de  votre  Consulat. 

D'après  l'observation  que  vous  me  faites  sur  les  dangers  auxquels 
s'exposent  beaucoup  de  Français  qui  s'embarquent  en  Italie,  j'ai  écrit 
circulairement  k  tous  les  agents  de  la  République  dans  cette  contrée, 
en  les  chargeant  de  faire  une  proclamation  à  ce  sujet...  ^  » 

(Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

1.  Proclamation  du  citoyen  Belleville,  Chargé  d'affaires  de  la  République  franraitt 
prés  la  Ligurie,  —  Gènes,  3  septembre  1798  [18  fructidor  an  VI).  —  «Le  Directoire 
exécutif  de  la  République  française  n*a  pu  apprendre  qu'avec  surprise  et  doaiear 
que  des  corsaires  barbaresques  avaient  enlevé  sur  des  bâtiments  neutres,  apparia 
nant  à  des  Puissances  avec  lesquelles  ils  sont  en  guerre,  des  Français  qui  oat  été 
conduits  momentanéraent  en  esclavage,  faute  d*avoir  été  connus. 

L'ignorance  ou  la  négligence  de  ces  républicains,  qui  se  sont  embarqués  sus 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  361 

DE\'OIZE  A  TALLEYRAND. 

694.  —  7uww,  i8  septembre  1798  {2*  jour  complémentaire  an  VI), 
—  Ses  recherches  au  sujet  des  effets  du  citoyen  Joseph  Bonaparte  \ 
enlevés  par  un  corsaire  barbaresque,  ont  été  infructueuses...  «  II  est 
très  difficile  de  parvenir  à  une  découverte,  lorsque  la  fuite  de  l'équi- 
page ne  laisse  aucun  témoin  de  Tinfraction  du  corsaire.  Les  Régences 
barbaresques  ont  trouvé  le  secret,  en  adoptant  un  pavillon  uniforme, 
de  s'assurer  le  fruit  de  bien  des  prises  illégitimes  et  de  dérouter  les 
Consuls  dans  leurs  réclamations.  En  1784,  le  Dey  d'Alger  força  le  Roi 
d'Espagne  échanger  la  couleur  de  son  pavillon,  parce  qu'il  avait  quelque 
ressemblance  avec  celui  de  Naples.  Ne  pourrait-on  pas,  avec  plus  de 
fondement,  exiger  des  souverains  de  la  Barbarie  une  distinction  dans 

leur  pavillon?  »  (Affaires  étrangères,  C»-»  de  Tunis,) 

DfiVOIZE  A  TALLEYRAND. 

695.  —  Tunis,  18  septembre  1 798  {2^  jour  complémentaire  an  VI).  — 
«  D'après  le  Vice-Consul  Romby  ',  quatre  corsaires  du  Bey  ont  fait  une 
descente  dans  l'ile  Saint-Pierre.  La  plume  se  refuse  à  tracer  toutes  les 
horreurs  qu'ils  ont  commises  en  la  dévastant,  et  le  Bey  lui-même  en  a 
témoigné  le  plus  grand  mécontentement.  Ils  ont  conduit  ici  environ 
950  esclaves,  parmi  lesquels  702  femmes  ou  enfants  presque  tous  à  la 
mamelle  et  attaqués  de  la  petite  vérole  ;  leurs  cris  perçants,  leur  nudité, 
lorsquHs  ont  traversé  la  ville,  ont  ému  jusqu'à  la  sensibilité  des 
Maures...  Parmi  ces  infortunés  se  trouvent  les  agents  de  l'Espagne,  de 
TEmpire,  de  Hollande,  de  Suède,  de  Danemark  avec  leurs  familles.  Les 
Consuls  de  ces  différentes  nations  résidant  à  Tunis  ont  eu  bien  de  la 
peine  à  obtenir  leur  liberté,  parce  que  ce  sont  des  sujets  sardes...  J'ai 

passeport  ou  sans  un  titre  qui  établit  leur  origine,  semble  avoir  compromis  la 
majesté  du  peuple  dont  ils  font  partie.  Que  tous  les  Français  se  pénètrent  de  la 
dignité  attachée  à  l'honorable  nom  qu'ils  portent.  Qu'ils  sachent  que  partout  cette 
qualité  est  un  litre  au  respect  et  à  la  considération. 

11  est  en  conséquence  ordonné  très  expressément  à  tous  les  Vice-Consuls  de  la 
République  française  dans  les  deux  rivières  de  la  Ligurie  de  prévenir  les  Français 
avoués  qui  s'embarquent  sur  des  bâtiments  liguriens,  toscans  ou  napolitains, 
de  se  munir  de  patentes  des  agents  consulaires  qui  constatent  leur  qualité  de 
Français.  Ceux  qui  négligeront  cette  indispensable  formalité  s'exposeront  volon- 
tairement au  risque  de  tomber  en  esclavage,  sans  qu'ils  aient  ensuite  le  droit  de 
réclamer  une  protection  qu'ils  auraient  méconnue  eux-mêmes.  » 

(Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  note  3,  p.  351. 

2.  Louis  Romby,  né  à  Bizerte,  d'abord  chancelier  de  son  beau-père,  Barratier,  sous- 
commissaire  des  relations  commerciales  dans  l'ile  Saint-Pierre,  à  Charlesfort 
(Sardaigne),  dépendant  de  Cagliari,  puis  Vice-Consul  de  1796àl806.  —  Voy.  Ibl  Liste 
des  ItO  habitants  de  Vile  Saint- Pierre  en  Sardaigne  gui  se  sont  réfugiés  chez  le  Vice' 
Consul  Romby,  lors  de  Vinvasion  des  Tunisiens,  14  fructidor  an  X  {Archives  de  la 
Régence,  Palais  Dar^l-Bey,  cartons  Correspondances  avec  ta  France,  1804-1814)» 


362  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS         [179^ 

été  occupé  pendant  plusieurs  jours  à  faire  la  recherche  des  Français«t 
Corses  que  j'avais  k  réclamer...  J'ai  formé  une  liste  de  SGfemmesr. 
enfants  corses  ;  après  une  longue  discussion,  j'ai  enfin  obtenu  \m 
liberté...  Le  Bey  proposera  Taffranchissement  de  tous  les  sujets  sarde^ 
moyennant  la  rançon  de  300sequins  vénitiens  pour  chaque  individu.!/ 
fiey  accordera  un  ou  deux  ans  pour  le  payement  '. 

Le  commissaire  du  gouvernement  à  Malte  a  expédié  ici  une  frépl. 
destinée  à  passer  le  citoyen  Beaussier  à  Tripoli.  Il  est  parti  ce  fflatk 
muni  d'une  lettre  de  recommandation  du  Bey  pour  le  Pacha  de  celle 
Régence.  Le  citoyen  Regnaud  me  mande  qu'il  vous  a  instruit  da  motif 
de  service  qui  exigeait  la  présence  du  Consul  à  Tripoli  *.  » 

{A /faire*  étrangères,  (7**  de  Tunis.) 
ORDONNANCE  DU  GONSCL  GÉNÉRAL  DE  FRANCE  A  TUNIS. 

696.  —  Tunis^  22  septembre  17 9S  (/•'  vendémiaire  an  VU).- 
«  Les  mouvements  qui  se  manifestent  depuis  quelque  temps  parmi  ie5 
Maures  et  surtout  les  Turcs,  et  les  menaces  qu'ils  se  permettent  publi- 
quement contre  les  Français,  excitant  toute  notre  sollicitude  et  nos 
soins  pour  veiller  à  leur  sûreté, 

Nous  ordonnons  à  tout  Français  de  se  conduire  avec  la  plus  scropu- 
leuse  circonspection,  et  d'éviter  soigneusement  d^entrer  dans  ancuoe 
discussion  politique  avec  les  gens  du  pays. 

Il  est  enjoint  à  tous  les  citoyens  domiciliés  et  logés  avecnous dans 
la  maison  nationale  du  Fondouk  d'être  retirés  à  neuf  heures  précise^ 
du  soir  dans  la  dite  maison,  et  à  huit  heures  à.  commencer  du  15  bn- 
maire  jusqu'au  i""'  germinal. 

Les  clefs  du  Fondouk  nous  seront  remises  tous  les  soirs,  et  les  porte; 
n'en  seront  ouvertes  sous  aucun  prétexte  pendant  la  nuit,  hors  les  cas 

extraordinaires.  »  {Affaires  étrangères,  €•••  de  Twàt.) 

DEVOIZE  A  TALLBYRAND. 

697.  —  Tunis^  25  septembre  1798  {4  vendémiaire  an  V//).  —  «He^ 
arrivé  hier  un  navire  ragusais,  expédié  de  Smyrne  depuis  trente  jours, 
avec  trois  Chaouchs  de  la  Porte,  chargés  de  firmans  pour  chacune 
des  Régences.  Le  Grand  Seigneur  les  invite  à  se  tenir  sur  leurs  gardes. 
et  à  se  défier  des  Français  qui  viennent  d'envahir  l'Egypte.  Il  annona 
un  firman  prochain  et  plus  positif  sur  la  conduite  qu'elles  auront  & 
tenir. 

Une  insurrection  qui  se  dirigeait  contre  les  chrétiens  àSm}Tneaélé 

1.  Voy.  les  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  237. 
S.  Il  s'agissait  d'établir  le  transit  par  terre  de  la  correspondance  ofûcielie  de 
France  avec  TÉgypte. 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  363 

heureusement  apaisée  par  la  force  armée.  Le  navire  ragusais  a  été 
hélé  le  1*'  de  ce  mois  par  une  escadre  anglaise  composée  de  15  vais- 
seaux k  six  lieues  à  Test  de  Malte.  Les  Chaouchs  ont  prié  le  comman- 
dant de  leur  donner  des  nouvelles  de  TEgypte;  il  leur  a  envoyé  un 
billet  en  anglais  ainsi  conçu  : 

«  L'amiral  Nelson  a  attaqué  le  i^  août  avec  14  vaisseaux  la  flotte 
«  française,  composée  d*un  même  nombre;  il  en  a  pris  7;  7  ont  été 
«  brûlés.  Bonaparte  est  au  Caire  avec  le  reste  de  son  armée.  » 

J^ai  reconnu  dans  ce  billet  la  jactance  anglaise.  L'amiral  ne  fait 
aucune  mention  de  la  perte  qu'il  a  essuyée  et  qu'on  dit  être  de  5  vais- 
seaux. Nous  n'avons  pu  en  perdre  14,  puisque  la  flotte  n'était  com- 
posée que  de  13,  et  que  Le  Thémistocle  est  arrivé  &  Malte;  le  combat 
a  été  des  plus  opiniâtres,  a  duré  depuis  cinq  heures  du  soir  jusqu'à. 
deux  heures  du  matin,  et  la  valeur  française  n'a  cédé  qu'au  désavan- 
tage d'être  surprise  à  l'ancre  par  un  vent  qui  favorisait  les  manœuvres 
de  Tennemi. 

Nelson  a  laissé  devant  Alexandrie  une  division  de  7  vaisseaux  récem- 
ment entrés  dans  la  Méditerranée;  il  a  envoyé  à  Gibraltar  ceux  dont  il 
s'est  emparé  et  qui  étaient  fort  maltraités.  Cet  amiral  se  rend  à 
Naples.  6  vaisseaux  portugais  bloquent  Malte,  où  la  garnison  est  bien 
faible,  vu  l'insurrection  de  la  campagne.  Malte  ne  doit  pas  manquer 
d'approvisionnement,  elle  doit  en  recevoir  sur  les  bâtiments  qui  par- 
tent d'ici. 

Je  tiens  toutes  ces  nouvelles  du  Bey,  qui  m'en  a  fait  part  confidentiel- 
lement. Il  est  désireux  dans  son  cœur  de  protéger  les  Français  ;  mais 
pourra-t-il  le  faire  bien  efficacement  dans  une  ville  qui  renferme 
300,000  habitants,  et  dans  laquelle  dominent  les  corsaires,  nos  ennemis 
mortels?  On  peut  juger  de  quoi  ils  sont  capables  par  les  atrocités  qu'ils 
viennent  de  commettre  en  Sardaigne. 

Notre  position  déjà  critique  est  devenue  on  ne  peut  pas  plus  fâcheuse; 
notre  sort  dépend  en  quelque  façon  des  premières  nouvelles  qui  arri- 
veront de  Constantinople  et  des  mesures  que  prendra  le  Bey.  » 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis,) 
TALtEYKAND   A  DEVOIZE. 

698.  —  Paris,  S  octobre  1798  {17  vendémiaire  an  VU).  —  «  Le 
Directoire  a  accordé  au  Bey  les  deux  pontons  qu'il  a  demandés  par 
l'entremise  du  Consul,  mais  le  Prince  devra  fournir  des  approvision- 
nements correspondant  à  leur  valeur  et  qui  seront  envoyés  à  Malte.  Il 
aurait  bien  désiré  pouvoir  donner  un  témoignage  de  son  amitié  pour 
le  Bey  en  lui  offrant  gratuitement  ces  deux  pontons,  mais  les  cir- 


364  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS         [\l^ 

constances  actuelles  sont  si  impérieuses  qu'il  a  cru  devoir  profiter  d» 
ce  moyen  d'échange  pour  venir  au  secours  d'une  île  qu'il  est  si  iotm^ 
sant  pour  nous  de  conserver. 

En  conséquence  de  cette  décision,  j'ai  écrit  au  Ministre  delama;» 
pour  le  prier  de  faire  extraire  de  l'arsenal  de  Toulon  deux  pontons  fi 
bon  état,  propres  à  l'usage  auquel  le  Bey  veut  les  employer,  et  dt 
donner  en  même  temps  des  ordres  pour  leur  prompte  expéditicee; 
ce  port  à  Tunis. 

J'ai  aussi  invité  ce  Ministre  à  me  transmettre  le  plus  tôtpo^^ 
l'état  estimatif  de  la  valeur  de  ces  deux  pontons,  et  je  voaslefers 
passer  de  suite,  a6n  que  vous  puissiez  remplir  sans  délai  lesiotenk^ 
du  Directoire  sur  l'objet  des  approvisionnements  destinés  poar  }ii\t. 

Je  m'en  repose  entièrement  sur  vous  de  prendre  toutes  les  préas- 
tions  nécessaires  pour  les  faire  arriver  heureusement  à  leur  destisa- 
tion.  Ce  que  vous  obtiendrez  dans  cette  occasion  ne  doit  pas  vous  empê- 
cher d'user  d'ailleurs  de  tout  votre  crédit  et  de  tous  vos  moyeos  pov 
concourir  à  l'approvisionnement  de  cette  fie.  C'est  un  point  importaoi 
que  je  recommande  particulièrement  k  votre  zèle  et  à  vos  soins.  > 

{Affaires  étrangères^  C''  de  Tvnù.] 
CIRCULAIRE  AUX  CONSULS  GÉNÉRAUX  DE  BARBARIE. 

699.  —  Paris,  iô  octobre  i798  [24  vendémiaire  an  F//).  —  «I^ 
craintes  que  j'éprouvais  sur  la  possibilité  d'une  déclaration  de  gaem 
de  la  Porte  ottomane  à  la  République  étaient  fondées.  Celte  déclara- 
tion a  eu  lieu  en  effet  vers  le  milieu  de  fructidor  dernier,  et  tontioe 
porte  à  croire  que  le  citoyen  Ruffîn,  Chargé  d'affaires  de  la  Répiibliqii<; 
à  Constantinople  ',  ainsi  que  les  autres  Français  qui  composent  la 
Légation,  sont,  comme  on  le  dit,  enfermés  aux  Sept-Tours...  Je  œ 
doute  pas  que  les  premières  démarches  de  nos  ennemis  combinés  of 
tendent  à  nous  aliéner  les  Régences  de  Barbarie,  et  que,  s'ils  M 
pu  déterminer  la  Porte  à  les  engager  à  s'unir  avec  elle  dans  laguem 
qu'elle  vient  de  nous  déclarer,  ils  n'emploient  directement  toas  leî 
moyens  en  leur  pouvoir  pour  les  faire  déclarer  contre  nous.  Je  voos 
recommande,  en  conséquence,  de  prendre  toutes  les  précautions  con- 
cevables pour  que  nos  nationaux,  leurs  propriétés  et  votre  personoi 
ne  soyez  pas  exposés  à  des  outrages  de  la  part  de  la  Régence  près  de 
laquelle  vous  résidez.  Si  vous  parvenez  à  connaître  que  le  chef  delà 
Régence  est  sollicité  par  nos  ennemis  ou  par  la  Porte  elle-même, 
tâchez  de  le  faire  rester  fidèle  à  son  amitié  pour  la  France;  rep' 

1.  Voy.  la  note,  1  p.  59. 


[1798J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  365 

I  sentez-lui  que  notre  armée  en  Egypte  n'a  pas  eu  pour  objet  une 

|.  conquête,  mais  un  passage  pour  Tlnde,  afin  d'y  attaquer  les  Anglais; 

que  si  la  Porte,  avant  de  se  déterminer  à  une  rupture,  avait  voulu 
entendre  le  ministre  de  paix  que  lui  envoyait  Je  Directoire,  elle  n*eût 
pu  qu'être  satisfaite  des  explications  qu'il  lui  eût  données,  que  cette 
rupture  et  Talliance  avec  la  Russie  sont  tellement  contre  les  intérêts 
du  Grand  Seigneur  que  Fune  et  l'autre  ne  peuvent  être  de  longue 
durée;  assurez-le  que  le  Directoire  sera  constant  dans  son  amitié 
pour  les  nations  musulmanes;  que  les  Turcs  qui  sont  en  France, 
même  l'ambassadeur  ottoman,  ne  reçoivent  du  gouvernement  que  des 
marques  de  considération,  que  le  citoyen  Descorches  '  partira  dans  le 
courant  de  cette  année  pour  Gonstantinople,  persuadé  qu'il  suffit  de 
montrer  au  Grand  Seigneur  combien  on  Ta  fait  agir  contre  ses  vrais 
intérêts  pour  le  ramener  à  ce  qu'exige  le  salut  de  son  Empire.  Par  ces 
raisons,  vous  ferez  sagement  sentir  à  ce  Chef  combien  il  nuirait  à  ses 
sugets  en  se  brouillant  avec  la  République  qui  leur  est  une  source  de 

commerce  lucratif...  »  (Affaires  étrangères,  C»*»  de  Tunis.) 

DEVOIZE   A  TALLEYRAND. 

700.  —  7uni5,  27  octobre  i798  {6  brumaire  an  Vil).  —  Il  expose 
les  plaintes  du  citoyen  Romby,  Vice-Consul  de  la  République  à  Saint- 
Pierre  en  Sardaigne,  contre  les  corsaires  tunisiens  qui  ont  dévasté  l'tle; 
il  demande  des  ordres  au  sujet  du  sens  et  des  termes  dans  lesquels  il 

devra  s'expliquer  avec  le  Bey.  (Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis,) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

701.  —  TuniSy  30  octobre  i798  [9  brumaire  an  Vil),  —  «  A  Gons- 
tantinople, à  la  Ganée,  à  Candie,  le  Chargé  d'affaires  de  la  République, 
les  Consuls  et  tous  les  négociants  ont  été  arrêtés  et  leurs  biens  séques- 
trés pour  répondre  des  sommes  que  les  commerçants  ottomans  de  ces 
différentes  villes  peuvent  avoir  entre  les  mains  de  leurs  correspondants 
en  Egypte.  Cette  mesure  aura  été  vraisemblablement  exécutée  dans 
tout  le  Levant.  Il  est  heureux  pour  les  Français  qui  y  sont  établis  que 
leur  fortune  et  peut-être  leur  sûreté  personnelle  dépendent  de  la 
sagesse  du  général  Bonaparte,  qui  annonce  dans  une  proclamation  son 
respect  pour  les  propriétés  des  particuliers.  J'ai  eu  l'honneur  de  vous 

i.  Marie-Louis- Henri  Descorches,  marquis  de  Sainte-Croix,  ofHcier  de  cavalerie 
de  1765  à  1716,  colonel  d'infanterie  en  1780,  chargé  d'affaires  k  Stockholm  en  1782, 
ministre  plénipotentiaire  à  Liège  de  1782  à  1791,  à  Varsovie  de  1791  à  1792,  maré- 
chal de  camp  en  1791,  commissaire  du  pouvoir  exécutif  en  Levant  en  1792,  en 
mission  à  Venise  en  1793,  envoyé  extraordinaire  à  Gonstantinople  de  novembre 
1793  à  avril  1794,  une  deuxième  fois  ambassadeur  à  Gonstantinople  en  1798,  Préfet 
de  la  Drôme  de  1800  à  1814,  de  l'Aude  aux  Cent-Jours,  révoqué  en  1815. 


366  CORRESPONDANCE  DES  REYS  ET  DES  CONSULS         [m 

témoigner,  citoyen  Ministre,  que  Tinquiétude  des  Turcs  et  des  Maui^ 
qui  pratiquent  en  Egypte,  et  leurs  réclamations  auprès  de  leurs  soine- 
rains,  nous  susciteraient  de  grands  embarras  lorsqu'ils  apprendraies' 
que  celte  vaste  province  est  occupée  par  les  troupes  de  la  Répobliqir 
je  ne  Tai  déjà  que  trop  éprouvé  ici. 

Bredi,  agent  du  Dey  d'Alger,  a  de  grands  intérêts  au  Caire;  aosN 
s'est-il  prononcé  de  la  manière  la  plus  scanduleuse  contre Vexpédhii 
On  Ta  vu,  et  souvent,  sur  la  grande  place  voisine  du  Fondouk  appei^: 
les  passants,  former  des  rassemblements,  et  là  s'exprimer  en  teriH 
les  plus  indécents  sur  le  compte  du  général  Bonaparte,  donner  rass^i- 
rance  positive  que  le  fer  des  mamelouks  avait  moissonné  toulesji 
armée  et  quil  avait  péri  lui-même  par  le  supplice  le  plushonteaili 
a  employé  jusqu'à  l'arme  du  fanatisme,  en  répandant  que  TexislM- 
d'une  armée  chrétienne  sur  la  route  de  La  Mecque  était  une  profana 
tion;  enfin  Bredi  a  fait  jouer  tous  les  ressorts  de  l'intrigue  et  èk 
méchanceté  pour  exciter  une  insurrection  contre  les  Français,  prcivo- 
quer  leur  assassinat,  le  pillage  du  Fondouk,  dans  la  vue  de  se  dédom- 
mager sans  doute  de  ce  qu'il  craint  de  perdre  au  Caire.  J'ai  ioforme 
le  citoyen  Moltedo  *  de  la  conduite  de  cet  agent  d'Alger;  il  déciderad« 
la  convenance  ou  non  de  s'en  plaindre  au  Dey.  Heureusemeot  le 
triomphe  du  général  Bonaparte,  les  marques  de  loyauté  et  de  bienTeii- 
lance  qu'il  a  données  au  chef  des  pèlerins  qui  s'en  louent  hautement 
en  démentant  les  infâmes  assertions  de  Bredi,  l'ont  sinon  forcé  de  ^^^ 
taire  tout  à  fait,  du  moins  de  se  modérer. 

J'ai  compris  par  la  correspondance  du  citoyen  Moltedo  que  M 
avait  aussi  distillé  son  venin  à  Alger,  qu'il  y  avait  fait  passer  oflGciel- 
lement  les  mêmes  fausses  nouvelles  qu'il  répandait  à  Tunis;  je  b? 
connais  pas  l'impression  qu'elles  ont  pu  faire  sur  l'esprit  du  Dey.  If 
suis  seulement  informé  qu'un  bâtiment  français  qui  chargeait  du  bit  à 
Bône  y  a  été  arrêté,  qu'on  a  enlevé  le  gouvernail,  que  l'équipage aet^ 
débarqué  et  conduit  dans  la  maison  du  citoyen  Guibert,  où  il  a  él^ 
gardé  à  vue  ainsi  que  cet  agent  '. 

A  La  Galle,  on  avait  fait  courir  des  bruits  si  alarmants  sur  nolJf 
situation  à  Tunis,  que  le  citoyen  Peyron'  était  au  moment  desembar- 

i.  Voy.  Correspondance  des  Deys  d* Alger  arrec  la  Cour  de  France,  t.  II,  p-  *^' 

2.  François-Maurice  Guibert,  agent  de  la  Compagnie  d'Afrique  à  Bône,  eœiwB' 
en  captivité  à  Alger  avec  les  autres  employés  du  comptoir.  Voy.  sa correspofliiauft 
à  la  Chambre  de  commerce  d*»  Marseille  (Archives  des  Compagnies  (f  Afrique)^  "^^ 
Affaires  élrangères  (C»  d\4lger),—  ei  V Histoire  de  La  Calle,  par  Féraud,p.443elîW' 

3.  Antoine  Peyron,  agent  principal  de  la  Compagnie  d'Afrique  en  rési<lcn«* 
La  Calle.  Voy.  sa  correspondance  à  la  Chambre  de  commerce  de  Marseilli, -^^^ 
des  Compagnies  d* Afrique,  —  et  Histoire  de  La  CalUy  par  Féraud,  p.  4W  et  suit. 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  367 

quer  avec  la  colonie  et  ses  effets,  lorsqu'il  reçut  fort  à  propos  un  cour- 
rier que  je  lui  avais  expédié.  Cependant  je  ne  suis  pas  sans  inquiétude 
sur  son  compte,  je  suis  privé  de  ses  nouvelles,  et  je  sais  que  le  Bey 
de  Constantine  est  entré  à  La  Galle  avec  une  suite  nombreuse,  mais 
j'ignore  s'il  y  est  venu  pour  y  traiter  de  quelque  intérêt  à  Tamiable, 
ou  pour  y  exécuter  quelque  ordre  du  Dey  d'Alger. 

Je  ne  voulais  pas  croire  k  l'alliance  aussi  extraordinaire  qu'impoli- 
tique  de  la  Porte  avec  la  Russie;  j'ai  fait  diverses  questions  au  capi- 
taine ragusais  porteur  des  nouvelles;  il  y  a  satisfait  de  manière  qu'il 
ne  m^a  plus  été  permis  de  douter. 

Je  transcris  ici  le  contenu  d'un  firman  de  la  Porte  adressé  aux 
Princes  barbaresques,  d'une  date  qui  se  rapporte  au  20  fructidors 

«  L'amitié  qui  subsistait  depuis  si  longtemps  avec  la  France  vient 
d'être  rompue  par  son  expédition  en  Egypte.  Gedzar-Pacha  a  reçu  mon 
ordre  de  lever  une  armée  de  100,000  hommes  et  de  marcher  contre 
Bonaparte.  Mes  forces  maritimes  se  préparent.  Les  Régences  doivent 
supprimer  toute  extraction  de  subsistances  pour  la  France,  empêcher 
Texpédition  qui  se  fait  à  Toulon,  s'emparer  des  armements  et  envoyer 
à  ma  Sublime  Porte  les  dépêches  qui  s'y  trouveront,  garder  les  Fran- 
çais en  otage,  ainsi  que  je  le  fais  dans  mes  Ëtats,  et  unir  leurs  forces 
navales  aux  miennes.  » 

Le  Grand  Seigneur  ignorait  à  cette  époque  les  triomphes  du  général 
Bonaparte.  Je  ne  pourrai  juger  que  par  le  nouveau  firman  attendu  de 
l'influence  qu'ils  auront  eue  sur  ses  dispositions.  Je  compte  bien  sur 
celles  du  Bey.  Mais  sera-t-il  le  maître  de  consulter  dans  une  décision 
où  le  fanatisme  joue  un  si  grand  rôle  ?  » 

{A/faire^  étrangères^  C*'*  de  Tunû,) 
CIRCULAIRE  AUX  CONSULS  GÉNÉRAUX  EN  BARBARIE. 

702.  —  Paris  y  2i  novembre  1  798  (  /•'  fnmaire  an  VJI).  —  «  Je  vous 
ai  invité,  citoyen,  à  prendre  toutes  les  préparations  nécessaires  pour 
votre  sûreté  personnelle  et  celle  de  nos  nationaux  établis  dans  le  pays 
où  vous  résidez. 

Ce  que  j'ai  appris  depuis  de  la  vive  sensation  qu'a  produite  sur  les 
peuples  de  Barbarie  notre  expédition  d'Egypte,  l'annonce  faite  par  la 
Porte  Ottomane  aux  trois  Régences  d'un  second  firman  pour  leur 
faire  connaître  ses  déterminations  et  ses  intentions,  les  craintes  répan- 
dues sur  la  religion  musuliqane,  enfin  quelques  démêlés  survenus  avec 
le  Dey  d'Alger,  toutes  ces  circonstances  réunies  me  font  entrevoir  la 
possibilité  d'une  déclaration  de  guerre  de  cette  Régence  à  la  République. 
Le  Gouvernement  fera  sans  doute  tout  ce  qui  dépendra  de  lui  pour 


3W  CORRESPONDANCE  DE 

l'empêcher  et  se  maînteDÎr  en  p. 
ne  pas  réussir  dans  les  moyens 
Alger  semblerail  devoir  enlratae 
de  l'influence  que  la  première  ex 
ger  de  nouveau  &  prendre  toutes 
TOUS  suggérera,  afin  de  vous  gara 
riez  être  exposé,  et  pour  qu'à  U 
soyez  en  mesure  de  vous  y  sous 
Salut  et  fraternité.  » 

DBVOIZB    A 

703.  —  Tunù,  26  novembre  i'. 
Ministre,  j'ai  l'honneur  de  vous 
second  flrman  du  Grand  Seigneui 
ottoman,  arboré  au  grand  mftt  du 
le  fit  bienlAt  reconnaître,  ce  qui  c 
le  peuple.  Des  Turcs,  en  parcoui 
les  maisons  des  négociants  logés 

conçurent  de  grandes  inquiétudes;  elles  redoublèrent  lorsqn'après 
un  conseil  secret  tenu  chez  le  Bey,  ce  Prince  i 
immédiatement  auprès  de  lui  et  seul.  Ce  mom< 
Une  déclaration  de  guerre  eAt  été  le  signal  du 
l'assassinat  des  Français,  tant  les  esprits  son 
Maures  et  surtout  les  Turcs.  Après  avoir  essayé 
papiers  essentiels,  je  partis  &  cheval  accompagi 
Je  fus  fort  remarqué  dans  le  faubourg  très  peu] 
et  sur  la  route  de  près  d'une  lieue  qui  condi 
n'éprouvai  pas  la  moindre  insulte  et,  après  une 
avec  le  Bey,  j'eus  la  satisfaction  de  faire  prév 
que  Dous  pouvions  compter  sur  la  continnatioi 
sitions.  Le  Bey  me  recommanda  d'inviter  tou< 
trop  se  répandre  dans  ta  ville  pendant  quelque 
la  place  publique  parmi  les  Turcs.  Depuis  ce  mo 
la  situation  la  plus  tranquille. 

Je  saisis,  citoyen  Ministre,  la  voie  d'Espagn 
peut-être  de  longtemps,  pour  vous  faire  passer  ( 
rera  sur  le  faux  bruit,  répandu  dans  divers  port! 
corailleurs  fugitifs  de  La  Calle,  de  mon  arresta 
les  Français  établis  il  Tunis. 

Le  firman  du  Grand  Seigneur  porte  essen 
aux  Régences  de  séquestrer  tous  les  b&timents  l 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  369 

dans  les  ports  de  leur  domination.  L'aviso  L'Assaillante  venait  de 
mouiller  à  La  Goulette;  dans  l'incertitude  du  parti  que  prendrait  le 
Bey,  je  crus  prudent  d'inviter  le  commandant  à  appareiller  immédia- 
tement après  avoir  remis  les  paquets  dont  il  était  chargé  pour  moi  de 
la  part  de  l'ordonnateur  de  Toulon,  ce  qu'il  exécuta,  et  il  continua  sa 
route  pour  Malte. 

J'ai  lieu  de  croire  que  le  Gapi^ji  destiné  pour  Alger  n'y  aura  pas 
plus  de  succès.  Il  règne  un  parfait  accord  entre  le  nouveau  Dey,  le 
Bey  de  Tunis  et  le  Pacha  de  Tripoli,  et  ils  ne  se  montrent  nullement 
disposés  à  prendre  couleur  dans  une  cause  qui  leur  est  étrangère;  ils 
ne  se  dissimulent  pas  que  nous  avons  des  Capitulations  avec  la  Porte 
et  des  traités  avec  la  Barbarie,  que  les  violer  sur  un  ordre  du  Grand 
Seigneur  serait  s'en  déclarer  les  vassaux;  ils  savent  bien  distinguer  les 

égards  de  la  dépendance.  »  {Affaires  étrangères,  C»-«  de  Tunis.) 

TALLEYRAND    A    DEVOIZB. 

704.  —  Paris,  5  décembre   1798  {15  frimaire  an  Vil).  —  «...  Je 
vois  par  vos  dernières  lettres  que  la  nouvelle  de  notre  expédition  en 
Egypte  a  causé  quelque  fermentation  parmi  un  grand  nombre  de 
Tunisiens  qui  font  le  commerce  dans  ce  pays,  où  il  leur  est  dû  des 
sommes  considérables.  Je  pense  que,  d'après  ce  que  je  vous  ai  précé- 
demment marqué,   vous  vous  serez  empressé  de  tranquilliser  ces 
Tunisiens.  A  cet  effet,  il  convient  de  leur  dire  que  le  gouvernement  a 
donné  à  ses  généraux  les  ordres  les  plus  positifs  pour  que  toutes 
espèces  de  relations  entre  les  Barbaresques  et  l'Egypte  y  soient  main- 
tenues ,  même  protégées,  et  qu'en  conséquence  ils  ne  doivent  rien 
craindre  pour  les  sommes  qu'ils  ont  à  répéter.  Il  est  à  la  vérité  pos- 
sible que  l'interruption  actuelle  des  communications  avec  ce  pays, 
causée  par  la  croisière  des  armements  ennemis,  apporte  momentané- 
ment quelque  obstacle  à  ces  relations  et  au  désir  que  nous  avons  de 
leur  voir  reprendre   leur  activité  ordinaire.  Mais  pour  prouver  aux 
Tunisiens  combien  le  gouvernement  est  disposé  à  leur  faire  rendre 
justice,  je  vous  autorise,  si  vous  en  avez  les  moyens,  à  adresser  direc- 
tement au  général  Bonaparte  leurs  réclamations,  en  les  accompagnant 
des  explications  qu'elles  vous  paraîtront  devoir  exiger,  et  je  ne  doute 
point  que  ce  général,  connaissant  bien  les  intentions  amicales  du  gou- 
vernement envers  les  Régences,  ne  s'empresse  de  donner  les  ordres 
nécessaires  pour  qu'il  soit  satisfait  aux  engagements  contractés  par 
le  pays  avec  les  négociants  tunisiens.  Vous  vous  en  expliquerez  ainsi 
sur  ce  point  avec  le  Bey,  si  vous  le  jugez  convenable. 

Je  ne  m'étendrai  point  sur  les  griefs  dont  ce  Prince  vous  a  fait  Ténu- 

24 


370  CORRESPOND  ANGE  DBS 

mération  dans  un  moment  d'hume 
Bastia  de  cinq  esclaves  qui  se  trou 
Cependant,  comme  cet  enlëvemeni 
répète  dans  d'autres  occasions,  voi 
ordres  pour  qu'aucun  commandai 
permette  d'y  retenir  les  esclaves 


J'aime  k  croire  que  le  Bey  aura  ' 
Gouvernement  pour  la  demande  (^ 
vous  ai  instruit  de  la  décision  du 
avec  d'autant  nlus  d'imoatience  votre  rénonse  t 


[1798]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  371 

pinque  génoise  JVostra  Signora  del  Porto  Salvo^  sur  laquelle  se  trou- 
vaient le  citoyen  Lacombe  Saint-MicheP,  sa  famille,  et  toutes  les  per- 
sonnes attachées  à  la  Légation  de  France,  le  citoyen  Sieyès  ',  Consul, 
et  environ  cent  Français  qui  comme  eux  s'étaient  embarqués  précipi- 
tamment à  Naples.  Ils  ont  de  suite  été  mis  en  liberté  avec  leurs  effets. 
Hier  le  Bey  me  fit  appeler  de  très  grand  matin  pour  me  signifier  sa 
déclaration  de  guerre  à  la  République;  il  me  témoigna  infiniment  de 
regret  d*étre  forcé  de  rompre  des  liaisons  d'amitié  que,  depuis  son 
avènement  au  trône,  il  lui  avait  été  si  agréable  d'entretenir  avec  la 

1.  Jean-Pierre  Lacombe  Saint-Michel,  dépulé  du  Tarn,  membre  de  la  Convention, 
commissaire  en  Corse,  président  du  Conseil  des  Anciens  en  1797,  Ambassadeur  de 
la  République  française  à  Naples  de  1798  à  1799,  général  de  brigade,  puis  inspecteur 
général  de  rartillerie. 

Lacombe  Saint-Michel,  ambassadeur  à  Naples,  à  Talleyrand.  —  Gênes,  S8  jan- 
vier 4799  (9  pluviôse  an  Vliy  —  «Je  suis  arrivé  hier  au  soir  de  Tunis  en  21  jours. 
Je  vous  annonce  que  la  guerre  a  été  déclarée  à  la  République  française  par  toutes 
les  Puissances  barbaresques.  J'étais  à  Tunis,  lorsque  le  Bey  de  cette  Régence  Ta 
déclarée.  W  a  mis  dans  ses  procédés  une  humanité  et  des  égards  bien  opposés 
aux  actes,  de  barbarie  commis  dans  toute  la  Régence  d'Alger.  Le  Bey  de  Tunis 
envoya  chercher  le  citoyen  Devoize,  Consul  général,  chargé  d'aiïaires;  il  le  reçut 
dans  sa  chambre  et  lui  dit  -  que  c'était  avec  regret  qu'il  déclarait  la  guerre  à  la 
République;  qu'il  avait  résisté  tant  qu'il  avait  pu  aux  ordres  de  la  Porte;  mais 
qu'ayant  été  informé  que  le  roi  de  Maroc  marchait  à  la  tête  de  soixante  mille 
hommes  contre  Bonaparte,  le  Chaouch  de  la  Porte  lui  ayant  intimé  de  nouveau 
l'ordre  du  Grand  Seigoeur  et  l'invitation  menaçante  des  autres  Régences,  il  n'était 
point  en  état  de  faire  la  chouette  à  tant  de  monde;  que  du  reste  il  empêcherait 
qu'on  insultât  les  Français;  qu'il  aurait  pour  eux  tous  les  égards  qui  ne  le  com- 
promettraient pas  envers  la  Porte  v. 

EfTectivement  il  envoya  une  forte  garde  de  Turcs  qui  gardent  le  Fondouk, 
maison  du  Consulat  où  le  Consul  et  tous  les  Français  sont  prisonniers.  Malgré  cela, 
il  ne  faut  pas  se  dissimuler  que  ces  malheureux  Français  sont  dépendants  de  tant 
d'événements  que  leur  situation  est  bien  critique.  C'est  le  15  nivôse  que  la  guerre 
a  été  déclarée  à  Tunis... 

Les  démarches  que  j'avais  faites  avec  le  citoyen  Devoize  pour  obtenir  du  Bey 
qu'il  relàch&t  le  bâtiment  et  l'équipage  génois  La  Madona  del  Porto  Salvo  eussent 
été  infructueuses,  si  je  n'eusse  écrit  au  Consul  anglais  h  Tunis,  M.  Perkins-Magra, 
pour  qu'il  réclamât  la  garantie  qui  m'avait  été  donnée  par  les  passeports  de  l'am- 
bassadeur Hamilton  et  l'amiral  Nelson... 

Le  citoyen  Magallon  %  destiné  pour  l'Egypte,  est  arrivé  à  Tunis  deux  jours  avant 
la  déclaration  de  guerre.  Il  reviendra  sur  le  brick  qui  a  porté  les  bois  de  cons- 
truction. •  {Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

2.  Emmanuel-Joseph,  comte  Sieyès,  vicaire  général  et  chancelier  de  l'église  de 
Chartres,  député  de  Paris  aux  États-Généraux,  membre  de  la  Convention  et  du 
Comité  de  salut  public,  en  mission  à  La  Haye,  ambassadeur  à  Berlin,  le  premier 
des  consuls  provisoires  de  la  République  française,  président  du  Sénat  et  membre 
de  l'Institut. 

*  Il  s>git  ici  de  Charles  Magallon,  Consal  général  à  Alexandrie  de  1793  à  1803,  Commiaaaire 
des  relations  eommercialea  à  Salonique  de  1802  à  1806,  décédé  en  1890.  On  ne  doit  pas  le  confondre 
avec  son  nevea  Lazare  Magallon,  son  secrétaire  en  ÉtOT*^^*  Pi'i*  Vice-Consnl  à  Rhodes  en  Tan  VI, 
nommé  Consul  an  même  lien  et  décédé  à  son  poste  en  1815.  —  A  celle  époque  il  y  avait  encore 
Jean-André  Magallon,  Vice-Consal  à  Roselte  en  l'an  III,  gérant  du  Consulat  général  à  Alexandrie, 
puis  sons-commissaire  des  relations  oommeroiales  à  Elbing  et  à  Messine  en  l'an  VIII  ;  —  Jean-Michel 
Magallon  et  son  frère  André-Marie  Magallon,  négociants  à  La  Canée.  Ce  dernier  tomba  en  esola- 
▼oge  à  Tunis,  y  demeura  dix  mois  et  se  racheta  pour  7,000  piastres. 


372  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSOLS         [1^ 

France.  J'ai  compris  que  ce  sont  les  derniers  événements  qai  se  soat 
passés  au  Caire,  et  qui  vous  sont  connus,  puisque  je  les  ai  appris  par 
la  voie  de  mon  collègue  de  Livourne,  qui  ont  fatit  changer  la  déterini- 
nation  que  les  Princes  de  Barbarie  avaient  annoncée  de  conserver  k 
neutralité.  Le  Dey  d'Alger  Tayant  rompue  le  premier,  le  Bey  a  éle 
entraîné  par  son  exemple,  mais  il  y  a  mis  infiniment  de  procédés.  li 
m'a  fait  accompagner  par  Mohammed-Khodja,  son  ancien  ambassadeur 
à  Paris,  et  m'a  donné  une  escorte  de  cinquante  cavaliers  turcs,  com- 
mandés par  deux  Aghas,  pour  me  garantir  des  insultes  du  peaple, 
pendant  le  trajet  d'une  lieue  depuis  son  palais  jusqu'à  la  maison  consa- 
laire;  les  scellés  ont  été  apposés  sur  mes  papiers  et  ma  bibliothèque: 
le  m&t  du  pavillon  a  été  abattu,  et  tous  les  Français  ont  été  réunis 
dans  le  Fondouk,  où,  pour  notre  sûreté,  le  Bey  a  établi  une  gardt? 
nombreuse. 

Le  citoyen  Lacombe  Saint-Michel  et  tous  les  Français  venus  arec  loi 
de  Naples  n'ont  pas  partagé  notre  sort,  parce  qu'heureusement  cet 
ambassadeur  était  muni  de  passeports  russes  et  anglais,  et  ils  parti- 
ront incessamment;  mais,  le  soir  de  mon  arrestation,  le  citoyen Lacomk 
Saint-Michel  a  dû  sortir  de  la  maison  consulaire  pour  passer  à  celle 
du  Consul  batave,  qui  s'est  empressé  de  Taccueillir,  ainsi  quesasaiie 
et  les  Consuls  embarqués  avec  lui. 

Les  scellés  ont  été  aussi  apposés  sur  les  comptoirs  des  négociaDts. 
mais  on  a  laissé  leurs  fonds  libres;  on  a  emmené  mes  chevaux  dans 
les  écuries  du  Bey  ;  est-ce  pour  me  les  conserver,  est-ce  coniiscalioD? 
On  m'a  laissé  mes  armes  et  on  a  enlevé  celles  des  négociants;  les 
gardes  nous  traitent  avec  assez  d'honnêteté.  On  prétend  que  le  citoyen 
Moltedo  *  a  été  traité  un  peu  sévèrement  à  Alger;  le  Bey  de  Constaotioe 
est  venu  lui-même  en  personne  à  La  Calle  et  à  Bône  exécuter  les  ordres 
du  Dey.  Je  n'aperçois  jusqu'à  présent,  citoyen  Ministre,  d'autre  motif 
de  découragement  que  l'impossibilité  de  prévoir  le  terme  de  notre 
situation.  Il  est  bien  important,  pour  notre  sûreté,  que  lesTunisieos 
qui  se  trouvent  actuellement  en  France  y  soient  aussi  bien  traités  qu<! 
nous  ici.  Je  compte  à  cet  égard  sur  la  sollicitude  que  vous  avez  déjà 
manifestée  sur  le  sort  de  la  nation  de  Tunis  depuis  notre  expédition 
en  Egypte.  Je  ne  puis  plus  recevoir  vos  ordres  que  par  les  voies  de? 
Consuls  d'Espagne  et  de  Hollande.  Il  n'est  pas  un  Prince  ni  un  grand 
de  la  cour  du  Bey  qui  ne  m'ait  donné  des  marques  du  plus  vif  intérêt 
dans  cette  occasion. 

i.  Voy.  la  Con^spondance  des  Deys  d* Alger  avec  la  Cour  de  France,  t  II,  p.  WS. 


[1799]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  373 

Le  citoyen  Lacombe  Saint-Michel  part  avec  passeport  du  Bey,  qui 
mettra  le  bâtiment  génois  sur  lequel  il  est  embarqué  à  Tabri  des 
Algériens.  Il  ne  manquera  sans  doute  pas  de  vous  dire  combien  il  a  à 
se  louer  des  procédés  de  ce  Prince. 

L'équipage  de  Taviso  de  la  République  Le  Requin  a  été  aussi  fait  pri- 
sonnier ;  il  est  composé  de  vingt-six  hommes,  et  je  dois  pourvoir  à  leur 
entretien  et  nourriture...  »  (Affaires  étrangères,  C'*^  de  Tunis.) 

DEVOIZB    A    TALLEYRAND. 

706.  —  Funis^  7  janvier  4  799  [17  nivôse  an  VII),  —  «  Citoyen 
Ministre,  Le  brick  L'Honoré^  parti  de  Toulon  avec  quarante -cinq 
ouvriers,  les  bois  et  autres  objets  destinés  à  la  confection  de  deux 
pontons  demandés  par  le  Bey,  est  heureusement  arrivé.  Le  citoyen 
Orandville,  sous-ingénieur  chargé  de  la  direction  de  ce  travail,  a  montré 
une  juste  répugnance  à.  s'employer  au  service  d'un  Prince  qui  venait 
de  déclarer  la  guerre  à  la  République.  Dans  mon  état  de  prisonnier, 
n^ayant  plus  de  fonctions  extérieures  à  remplir,  le  citoyen  Granville  a 
consulté  sur  ce  point  délicat  le  citoyen  Lacombe  Saint-Michel,  qui  lui 
a.  donné  son  opinion  par  écrit,  l'a  invité  à  commencer  son  ouvrage  et 
à  le  continuer  jusques  à  la  réception  de  vos  ordres.  L'opinion  du 
citoyen  Lacombe  Saint-Michel  est  motivée  par  la  conviction  qu'il  a 
acquise  que  le  Bey,  entraîné  par  les  autres  souverains  de  Barbarie, 
n'a  plus  été  le  maître  d'écouter  son  désir  de  conserver  la  neutralité, 
au  milieu  d'une  guerre  allumée  dans  tous  les  États  musulmans  par  le 
fanatisme  des  peuples;  par  tout  ce  qu'il  a  vu  pendant  son  séjour  à 
Tunis  des  bons  procédés  de  ce  Prince  envers  les  Français;  par  le 
danger  de  compromettre  la  liberté  de  près  de  cent  Français  embar- 
qués précipitamment  avec  lui  à  Naples  sans  titres  pour  être  réclamés 
et  qui  étaient  dans  le  cas  de  rester  esclaves;  enfin  par  l'inconvénient 
d'exciter  le  ressentiment  du  Bey  et  d'aggraver  le  sort  des  citoyens 
détenus  avec  moi  dans  le  Fondouk  en  renvoyant  ces  ouvriers  Et  Toulon, 
le  Bey  ayant  annoncé  qu'il  les  prenait  sous  sa  protection.  » 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYBAND. 

707.  —  Tunis,  9  janvier  1799  [20  nivôse  an  VII).  —  «  Le  navire 
génois  sur  lequel  ont  pris  passage  le  citoyen  Lacombe  Saint-Michel  et 
tous  les  Français  qui  s'étaient  embarqiiés  avec  lui  à  Naples  a  appa- 
reillé le  17  sans  destination  fixe.  Le  18,  l'aviso  L Assaillant^  venant  de 
Malte,  relâcha  dans  la  nuit  à  La  Goulette;  quatre  chaloupes  armées  de 
Turcs  s'en  sont  emparées  et  ont  conduit  l'équipage  au  palais  du  Bey. 
J'ignore  encore  sll  sera  traité  comme  prisonnier  de  guerre  ou  s'il  sera 


374  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [m 

fait  esclave.  Il  esl  composé  de  cinquante  individus.  Tous  les  paquets 
sont  entre  les  mains  du  Bey.  Je  dois  m*attendre  tous  les  jours  à  qaeiqof 
événement  semblable;  la  mer  est  couverte  de  corsaires  tunisiess 
et  algériens;  plusieurs  se  sont  portés  sur  les  côtes  de  Provence  et 
se  sont  même  flattés  hautement  d'y  tenter  des  débarquements.  » 

(Affaires  étrangère»,  C^  de  TunU.) 
DEVOIZE  A  HAMOUDA»  BEY  DE  TUNIS. 

708.  —  Tunis,  4  5  janvier  1799  {24  nivôte  an  Vil).  —«Excel- 
lence,  En  vous  envoyant  deux  pontons,  le  gouvernement  français  toq> 
a  donné  une  nouvelle  preuve  de  sa  bienveillance  ;  vous  les  âve: 
demandés  en  les  payant;  dans  sa  confiance  en  la  continuation  des 
liaisons  d'amitié  qui  ont  subsisté  sans  interruption  depuis  votre  règne 
entre  les  deux  Puissances,  le  gouvernement  s'était  proposé  de  vous 
en  faire  don  ;  mais  aujourd'hui  que  tous  les  liens  sont  rompus,  qu'en- 
viron deux  cents  Français  se  trouvent  prisonniers  ou  esclaves  dans 
vos  Etats,  il  serait  non  seulement  contraire  à  la  dignité  de  la  Répo- 
blique,  mais  même  absurde  qu'elle  payât  dans  cet  état  de  choses  les 
ouvriers  destinés  à  la  confection  de  ces  pontons;  aucun  Français  ne 
pourrait  le  faire  sans  se  compromettre  et  sa  famille.  Pour  entre- 
prendre ce  travail  dans  une  circonstance  si  délicate  et  vaincre  une 
répugnance  naturelle  à  celui  qui  a  l'amour  de  sa  patrie,  il  a  falla  que 
l'ingénieur  y  fût  autorisé  par  la  responsabilité  de  lambassadeor de \i 
République  à  Naples,  qui  a  voulu  vous  donner,  en  la  preuant  sur  loi, 
une  preuve  de  sa  reconnaissance  des  bons  procédés  que  vous  avez  eus 
pour  lui  ;  mais  le  salaire  des  ouvriers,  tel  qu'il  a  été  réglé  à  Toulon^  est 
un  article  sacré  ;  c'est  le  fruit  du  travail  de  pères  de  famille  qui  s'en 
sont  séparés  en  s'expatriant  pour  votre  service;  il  serait  peut-être  à 
désirer  pour  eux  que  Votre  Excellence  pût  s'en  passer  et  les  renvoyer. 

Plus  que  tout  autre  je  dois  croire  que  la  paix  avec  la  Républigne 
est  dans  votre  cœur.  Elle  est  nécessaire  à  la  prospérité  du  commerce 
des  deux  États;  elle  doit  bientôt  renaître  d'une  foule  de  convenaDces 
réciproques  ;  alors  vous  n'aurez  fait  qu'une  avance  de  6  à  8,000 
piastres  au  plus,  car  il  n'est  pas  vraisemblable  que  la  République  lai^ 
à  votre  charge  une  dépense  mesquine  qui  ternirait  l'éclat  de  sa  géné- 
rosité, dès  qu'elle  aura  repris  avec  Votre  Excellence  ces  anciennes 
liaisons  d'amitié  qu'il  m'a  été  si  agréable  d'entretenir  pendant  ma  rési- 
dence auprès  d'elle.  »  (Affaires  étrangères,  C»«*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

709.  —  Tunis,  44  janvier  1799  [25  nivôse  an  VII).  —  «  Citoyen 
Ministre,  J'ai  eu  l'honneur  de  vous  informer  que  l'aviso  LAssailM^^ 


[1799]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  375 

venant  de  Malte,  ayant  relâché  à  La  Goulette,  quatre  chaloupes 
armées  de  Turcs  s'en  emparèrent,  firent  prisonnier  Téquipage,  et  que 
tous  les  paquets  furent  portés  chez  le  Bey.  Par  des  moyens  de  commu- 
nication que  je  me  suis  ménagés  et  par  des  sacrifices  auxquels  je  vous 
prie  de  m'autoriser  pour  Tavenir,  je  suis  parvenu  à  connaître  le  contenu 
des  dépêches. 

Toici  ce  qu'elles  s'accordent  à  annoncer  :  les  bâtiments  génois 
chargés  de  viandes  salées,  farines,  vins,  eaux-de-vie,  expédiés  de  Mar- 
seille par  Bacri  ^  sont  heureusement  arrivés  à  Malte.  La  ville  est 
pourvue  de  blé  et  de  riz  pour  vingt  mois.  On  demande  des  vivres 
d'une  autre  qualité,  des  bombes,  des  boulets,  et  on  répond  de  con- 
server la  place.  La  campagne  est  toujours  approvisionnée  par  nos 
ennemis.  Les  bombardements  sont  fréquents,  surtout  vers  le  port, 
mais  ils  n'ont  endommagé  qu'une  galère.  Les  magasins  ont  résisté.  Le 
bois  de  chauffage  manque.  On  brûle  celui  de  l'arsenal.  Le  blocus  par 
terre  et  par  mer  continue.  On  fait  le  plus  grand  éloge  du  courage 
constant  des  assiégés.  Telle  était  la  situation  de  Malte  le  16  nivôse. 

Un  bâtiment  impérial,  que  j'ai  chargé  de  434  barils  de  salaisons  et 
de  vin,  n'attend  qu'un  vent  favorable  pour  mettre  à  la  voile  et  tenter 
d'entrer  dans  Malte.  À  défaut,  il  ira  se  présenter  devant  Corfou...  » 

(Affaires  étrangères^  C*''  de  Tunis.) 
DBVOIZE.A  TALLEYRAND. 

710.  —  lunisj  iô  janvier  i  799  {26  nivôse  an  VII).  —  «  L'équipage 
de  ^Assaillante  vient  d*ètre  envoyé  aux  travaux  publics  avec  les 
esclaves.  Je  vais  écrire  au  Bey  que  ce  n'est  pas  ainsi  que  doivent  être 
traités  des  individus  qui  croyaient  relâcher  dans  un  port  ami.  J'espère 
que  le  Directoire  ne  permettra  à  aucun  Barbaresque  de  sortir  du  ter- 
ritoire de  France,  et  que  ceux  qui  se  trouvent  dans  les  ports  nouvel- 
lement conquis  en  Italie  y  seront  retenus.  Tous  les  jours  on  prend 
quelques  nouvelles  mesures  de  rigueur  envers  nous.  Hier  on  a  amené 
au  Fondouk  tous  les  Français  de  Bizerte;  il  est  encombré.  Plusieurs 
ne  vivant  que  de  leur  travail  journalier  restent  sans  ressources.  Ils  me 
demandent  des  secours,  et  je  ne  puis  ni  ne  dois  les  repousser,  mais  où 

prendre  le  nécessaire?...  *  »  (Affaires  étrangères,  C»-*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

711.  —  Tunis^  1 8  janvier*  i  799  (29  nivôse  an  VII).  —  «  Le  27  de  ce 
mois  une  tartane  française,  chargée  de  charbon  et  allant  de  Marseille 

1.  Voy.  la  Correspondance  des  Deys  d^ Alger  avec  la  Cour  de  France,  t.  H,  p.  451. 

2.  Voy.  la  Correspondance  des  Deys  d'Alger,  l.  II,  —  cl  Histoire  de  La  Calle,  par 
Féraud. 


376  COHRESPOKDANCB 

il  Halte,  vint  s'échouer  dans 
composé  de  dix  personnes,  le 
loupe  et  gagna  le  bord  du  bric 
enlevé  et  fait  prisonnier.  Le  ci 

DEVOII 

712.  —  Tunù,  20  janvier  i 
Unis  d'Amérique  ayant  rempli 
conclu  avec  cette  Régence  ',  lei 
le  cérémonial  d'usage,  le  Divai 
ciant  sur  cette  Échelle,  reste  ch 
Puissance  et  perd  ainsi  sa  qua 

DEVOIZ 

713.  —  7'uni»,  H  janvier  ; 
Ministre,  En  réfléchissant  sur 
blique,  je  n'aperçois  que  dan 
ch&timent  de  la  perfidie  des  so 
époque,  après  laquelle  je  ne  i 
soumettre  à  vos  lumières  un  r 
funeste.  Ce  moyen  consiste  da: 
tout  bâtiment  destiné  pour  les 
Notre  influence  en  Italie,  et  i 
presque  tout  le  commerce  d 
mesure.  Elle  fera  manquer  60 
droits  de  douane  d'important 
d'une  quantité  immense  dedei 
de  sortie  forment  la  partie  la  p 
n'y  aura  qu'un  cri  général  de  i 

Si  les  Ragusais,  comme  mun 
de  bonne  prise,  il  ne  resters 
moyens  de  communication  av 
passer.  Un  ordre  donné  &  Civi 
b&timent  pour  la  Barbarie  obli 
tion  du  canal  de  La  Goulelte,  c 

I.  Od  a  vu  qu'Ktienne  Famin  aval 
à  k\^tr,  un  iraité  entre  Tunis  et  les 
négocialions  furent  reprises  par  le 
O'Bhen  et  Leander  Cathcarl.  Pour 
par  le  Bey,  d'une  valeur  de  93,000  d 
p.  236  el  4bl. 


[17991  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  377 

hollandais  chargés  de  la  direction  de  ce  travail  resteraient  dans  Tinac- 

tion.  »  (Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 

DEYOIZE  A  TALLEYRAND. 

714.  —  Tunis,  22  janvier  1799  [3  pluviôse  an  Vil).  —  Les  équi- 
pages de  L'Assaillante  et  de  la  tartane  échouée  viennent  d*étre  envoyés 
aux  travaux  publics  avec  les  esclaves.  Les  commandants,  les  citoyens 
Rapont,  Hérault  et  le  fils  de  ce  dernier  restent  chez  le  Bey,  exempts  de 

travail.  Tous  réclament  des  secours  dont  ils  ont  un  urgent  besoin. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 

TALLEYRAND  A  DEYOIZE. 

715.  —  Paris,  28  janvier  1799  (9  pluviôse  an  VII).  —  «  ...  Vous 
m'informez  de  l'inutilité  des  recherches  que  vous  avez  faites  relative- 
ment à  la  réclamation  que  je  vous  ai  adressée  d'effets  appartenant  au 
citoyen  Joseph  Bonaparte,  lesquels  se  trouvaient  sur  une  barque  génoise 
qui  a  été  prise  par  un  corsaire  barbaresque.  Malgré  les  difficultés  que 
présente  la  découverte  de  ces  e£fets  et  le  peu  d'espoir  qui  vous  reste 
de  réussir,  je  ne  vous  sais  pas  moins  de  gré  de  Tintention  où  vous  êtes 
de  continuer  vos  perquisitions  à  cet  égard. 

Vos  observations  sur  les  abus  qui  résultent  de  l'uniformité  du 
pavillon  des  Barbaresques,  surtout  en  cas  de  guerre  avec  Tune  des 
Régences,  m'ont  paru  fort  justes,  et  je  sens  que  la  distinction  de  leur 
pavillon  serai-t  le  meilleur  moyen  de  prévenir  ces  abus.  Mais  le  moment 
ne  me  paraît  pas  propre  à  entamer  une  pareille  négociation  et,  quelque 
utile  qu'elle  puisse  être,  il  ne  conviendra  de  s'en  occuper  que  lorsque 
les  circonstances  permettront  de  le  faire  avec  succès... 

Quant  k  la  liste,  que  lui  a  fait  passer  le  Vice-Consul  Romby,  de 
Saint-Pierre,  de  près  de  cent  personnes  réfugiées  dans  sa  maison  d'où 
elles  ont  été  arrachées  par  les  Tunisiens,  je  ne  pense  pas  que  cette  cir- 
constance vous  mette  dans  le  cas  d'exiger  leur  affranchissement.  Le 
citoyen  Romby  n'est  effectivement  qu'un  simple  agent  du  Consul  de 
Cagliari,  ni  salarié  ni  commissionné  par  la  République,  et  sous  ce  rap- 
port, la  maison  qu'il  habite  ne  peut  assurer  la  franchise  aux  personnes 
qui  y  ont  cherché  asile,  cette  prérogative  ne  devant  être  réservée  qu'aux 
seuls  agents  nommés  directement  par  le  gouvernement.  » 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

716.  —  Tunis,  28  janvier  1799  {9  pluviôse  an  Vil).  —  D'une  lettre 
qu'il  a  reçue  du  citoyen  Moltedo  il  résulte  que  la  situation  des  Français 
à  Alger  est  déplorable. 

«  Le  Chaouch  du  Grand  Seigneur  est  arrivé  ;  il  trouvera  sans  doute 


378  CORRESPONDANCE  DBS  BBYS  ET  DBS  CONSULS         Tt% 

notre  condition  trop  douce  à  Tunis,  lorsqu'il  la  comparera  avec  le  trai- 
tement ignominieux  qu'il  a  provoqué  contre  nos  concitoyens  à  Alger, 
mais  je  doute  qu'il  parvienne  à  déterminer  le  Bey  à  se  porter  à  ik 
pareils  excès.  Il  reçoit  aujourd'hui  sa  première  audience;  je  saoni 
bientôt  le  résultat  de  sa  négociation. 

Le  chirurgien  de  l'aviso  L Assaillante^  parti  de  Malte  le  Gniviiseci 
dont  l'équipage  a  été  fait  esclave,  ayant  été  envoyé  malade  à  rhùpit^ 
k  Tunis,  j'ai  eu  le  moyen  de  me  procurer  par  son  canal  les  détails  b 
plus  circonstanciés  sur  l'état  de  Malte.  Je  m'empresse  de  tous  h 
transmettre  par  le  parlementaire  français,  ce  qui  me  dispense  de  Ifê 

chiffrer...  »  (Affaire»  étrangères j  O*»  de  Tvnit.) 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

717.  —  Tunis,  2  février  4  799  [14  pluviôse  an  VII).  —  «  Touslf^ 
Français  établis  à  Porto-Farine  et  Bizerte,  leurs  femmes  etleurseofaDU 
viennent  d'être  conduits  ici.  J'ai  l'honneur  de  vous  transmettre  uoe 
pétition  du  citoyen  Bottari,  agent  de  ce  Consulat  à  Bizerte  depuis  dix 
ans  sans  appointements  ^  Il  est  père  de  huit  enfants. 

Tout  ce  que  cette  pétition  renferme  est  vrai.  Pendant  mon  deroier 
séjour  à  Paris,  je  crus  juste  de  demander  pour  lui  un  traitement  annuel 
de  600  livres.  Le  sort  de  cet  agent,  ainsi  que  celui  de  près  de  treole 
individus  parmi  ceux  renfermés  avec  moi  dans  le  Fondouk,  privés  de 
tout  moyen  d'exercer  l'industrie  qui  les  faisait  subsister  dehors,  récla- 
ment les  secours  de  la  charité  et  de  la  fraternité. 

Quatre-vingts  esclaves,  dont  le  nombre  ne  peut  que  s'accroître,  soili* 
citent  les  8  sols  par  jour  d'usage,  sans  lesquels  ils  succomberaiesl 
bientôt  sous  le  poids  du  travail  et  de  la  faim. 

Les  dépenses  relatives  à  ces  derniers  et  à  l'équipage  du  Aeçu/^,  pri- 
sonnier dans  le  Fondouk,  regardant  la  Marine,  j'en  écris  au  Ministre  de 
ce  département.  Tous  s'adressent  à  moi  comme  chef  de  la  nation.  Ce 
tableau  de  la  misère  de  tant  de  citoyens  devient  encore  plus  déchirast 
par  l'impuissance  où  je  me  trouve  de  les  secourir  avec  des  facoltés pro- 
portionnées à  leurs  besoins.  »  (Affaires  étrangêi'es,  C"  de  Tunis.) 

DEVOlZB  A  TALLE^KAND. 

718.  —  Tunis,  ii  février  4  799  {.23  pluviôse  an  VII).  —«J'ai  l'hon- 
neur de  vous  adresser  la  liste  des  Français,  au  nombre  de  cent  qua- 

i.  CAme  Bottari,  né  à  Tripoli  de  père  toscan,  ancien  capitaine  de  navire  marcbsiKli 
nommé  à  Tagence  de  Bizerle  le  12  juillet  1789  par  M.  de  Château oeaf,  coofirne le 
26  aoiU  1792  par  Devoize.  —  Son  poste  était  extrêmement  utile,  Bizerte  étaot  "O 
lieu  de  relâche  et  un  port  d'embarquement  de  grains.  Les  corailleurs  vesaieni 
souvent  s'y  réfugier.  Le  corps  des  négociants  français  y  entretenait  une  mais» 
nationale  (où  élait  logé  Bottari)  et  des  magasins  de  blés  indigènes  pour  l'exportaiios- 


[1799]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  379 

rante-trois,  prisonniers  avec  moi  dans  le  Fondouk.  Je  n*ai  pas  encore 
pu  me  procurer  celle  des  individus  composant  les  équipages  de  Taviso 
L'Assaillante  el  d'un  brick,  parti  de  Marseille,  qui  ont  été  faits  esclaves. 
Je  sais  que  leur  nombre  s'élève  à  soixante,  qui  ont  été  dépouillés  môme 
de  leur  chemise.  J'ai  pourvu  à  leurs  premiers  besoins  et  j'en  ai  informé 
le  Ministre  de  la  marine.  » 

Il  demande  des  ordres  relativement  aux  Français  qui  n'ont  pas  été 
mis  en  arrestation  avec  les  autres,  savoir  :  Gaspary,  maitre-construc- 
leur  depuis  trente  ans  dans  larsenal  du  Bey  à  Porto-Farine,  et  son  fils 
Jean  ',  Giraudin,  maître  cordier,  et  Belot,  ingénieur,  tous  entrés  au 
service  de  la  Régence  avec  autorisation  du  gouvernement. 

(Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

719.  —  TuniSy  13  février  1799  [25  pluviôse  an  VII).  — «  L'équipage 
du  bâtiment  génois  dont  s'est  emparé  un  corsaire  de  cette  Régence  a 
déposé  au^ou^d'^u^  devant  le  Bey  que,  peu  de  jours  avant  son  départ 
de  Malte,  il  y  avait  vu  entrer  un  bâtiment  impérial  venant  de  Tunis,  dont 
il  a  nommé  le  capitaine.  C'est  le  môme  qu'avec  expédition  simulée  j'ai 
fait  partir  dernièrement  avec  434  barriques  de  viande  salée  et  lard  et 
420  milleroles  de  vin.  Ce  succès  assez  ordinaire  pendant  l'hiver  me  fait 
bien  regretter  de  me  trouver  sans  moyens  pour  profiter  de  cette  saison; 
malgré  notre  guerre  avec  le  Bey,  je  saurais  bien  vaincre  sans  crainte 
et  sans  danger  toutes  les  difficullés  qu'elle  pourrait  faire  naître. 

Le  brick  qui  a  conduit  ici  les  ouvriers  destinés  à  la  confection  des 
pontons  appareillera  demain.  Le  Bey  n'a  pas  voulu  permettre  au 
citoyen  Magallon  '  d'en  profiter  et  s'obstine  à  le  laisser  prisonnier  avec 

moi.  »  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

DBVOIZB  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

720.  —  Tunis,  22  février  1 799  {4  ventôse  an  VII).  —  «  Excellence, 
II  y  a  environ  sept  mois  que  votre  Grand  Douanier  me  pria  de  faire 
racheter  à  Malte  un  pinque  lui  appartenant,  dont  s'était  emparé  un 
vaisseau  du  Grand  Maître.  J'en  écrivis  au  commandant  français,  qui 
s'empressa  de  saisir  l'occasion  d'obliger  un  de  vos  officiers;  un  négo- 
ciant maltais,  chargé  par  Sidi  Redjeb  de  payer  la  valeur  de  ce  pinque, 
remit  une  lettre  de  change  de  4,183  piastres  au  commandant,  qui  me  la 
fit  passer  en  remboursement  d'avances  que  j'avais  faites  ici  pour  lui 

i.  Jean  Gaspary,  né  à  Tunis  de  père  français,  commissionné  par  dTsparron, 
Vice-Consul,  en  1185.  (Voy.  plus  haut.)  —  Cet  agent  donnait  une  assistance  précieuse 
aux  navigateurs  français,  quand  l'arsenal  du  Bey,  avant  d'être  à  La  Goulette, 
occupait  Porto-Farine,  et  lorsque  les  capitaines  venaient  y  radouber  leurs  navires. 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  371. 


380  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1799] 

personnellement.  Je  fis  présenter  cette  lettre  de  change  à  Sidi  Redjeb, 
•qui  me  pria  d'attendre  jusqu'à  Tarrivée  du  pinque.  Je  me  prêtai  k  ce 
délai,  sur  la  parole  qu'il  me  donna  que  je  pouvais  compter  sur  le  paye- 
ment; je  ne  renvoyai  pas  à  Malte  celte  lettre  de  change  qui  m'eût  été 
remboursée  immédiatement;  il  n'est  donc  question  ni  d'une  affaire  de 
commerce,  ni  de  Gouvernement;  il  ne  s'agit  que  d'un  service  de  l'amitié 
rendu  par  moi  et  d'une  dette  d'honneur  due  par  un  de  vos  of&ciers. 
Ces  4,183  piastres  ont  été  séquestrées  d'abord  sur  la  demande  d'un  de 
vos  sujets,  qui  a  prétendu  me  faire  tenir  un  marché  que  l'incident  de 
la  guerre  rendait  nul;  vous  l'avez  ensuite  condamné  par  ce  principe 
d'équité  qui  préside  à  tous  vos  jugements.  La  délivrance  des  4, 183  pias- 
tres en  doit  être  la  conséquence  naturelle,  car  vous  n'avez  jamais  été 
juste  à  demi.  Je  souffre  infiniment  de  cette  privation,  et  il  est  d'autant 
plus  instant  pour  moi,  Excellence,  que  vous  ordonniez  que  je  sois  payé 
incessamment  d'une  somme  qui  m'est  aussi  légitimement  due  que  j'ai 
des  secours  pressants  et  journaliers  à  distribuer  à  soixante  Français  qui 
«ont  été  dépouillés  à  La  Goulette  même  de  leur  chemise,  vingt-six  autres 
marins  prisonniers  et  plusieurs  pères  de  famille  qui,  renfermés  avec 
moi,  n'ont  plus  de  moyens  d'exercer  l'industrie  qui  les  faisait  subsister 
dehors. 

Permettez-moi  de  saisir  cette  occasion  de  vous  prier  de  faire  retirer 
<lu  travail  de  la  Manouba  plusieurs  officiers  et  divers  négociants  ou 
commissionnaires  français,  passagers,  qui  s'y  trouvent  soumis,  malgré 
Totre  usage  d'en  dispenser  ceux  qui  étaient  pris  sur  les  bâtiments  de 
guerre  même  des  Puissances  qui  sont  constamment  vos  ennemies. 

Les  négociants  français  me  prient  de  représenter  à  Votre  Excellence 
que  leurs  marchandises  et  notamment  les  denrées  qui  se  trouvent  sous 
le  scellé,  dans  les  magasins  de  la  côte,  se  détériorent  par  l'humidité  de 
la  saison;  ils  désirent  que  vous  leur  accordiez  la  permission  de  les  faire 
vendre  sur  le  pays,  de  communiquer  avec  leurs  censaux  chargés  des 
recouvrements  de  ce  qui  leur  est  dû,  et  de  retirer  de  leurs  comptoirs 
les  titres  qui  établissent  leurs  créances  envers  des  débiteurs  qui,  abu- 
sant de  leur  position,  refusent  de  s'acquitter.  » 

(Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis,) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

721.  —  Tunis,  26  février  1  799  {8  ventôse  an  VII),  —  «  ...  La  con- 
quête rapide  du  royaume  de  Naples,  en  annonçant  celle  prochaine  de 
la  Sicile,  a  produit  ici  la  plus  grande  sensation,  parce  que  cette  der- 
nière possession  assurera  le  ravitaillement  de  Malte,  dont  la  conserva- 
tion a  une  influence  majeure  sur  les  intérêts  de  la  République  en  Bar- 


[i  i  09]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  381 

harie  et  dans  le  Levant...  Il  est  à  présumer  que  les  Anglais,  privés  des 
ressources  qu'ils  trouvaient  dans  la  Sicile,  fatigués  de  pourvoir  à  la 
subsistance  de  80,000  insurgés,  lèveront  bientôt  le  blocus,  mais  de 
nombreux  armements  barbaresques  ne  manqueront  pas  d'établir  leur 
croisière  sur  ces  parages  pendant  Tété.  Onze  des  plus  gros  corsaires 
du  Bey  se  préparent  avec  la  plus  grande  activité;  six  autres  sont  déjà 
sortis. 

Li^aviso  L'Assaillante^  enlevé  sur  la  rade  de  La  Goulette  le  18  nivôse, 
fut  envoyé  immédiatement  en  course  avec  un  autre  b&liment  de  même 
force,  et  au  moyen  de  signaux  et  du  pavillon  français,  elle  a  surpris 
14  Corses  et  les  a  conduits  ici,  ce  qui  porte  à  74  le  nombre  des  Fran- 
çais  actuellement  enclaves  à  Tunis. 

Le  citoyen  Magallon  cesse  aujourd*hui  d'être  prisonnier.  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

722.  —  Tunis,  9  mars  1799  (20  ventôse  an  VU).  —  «  ...  J'ai  écrit 
une  lettre  très  énergique  au  Bey  pour  réclamer  en  faveur  des  états- 
majors  de  L'Assaillante  Texemption  du  travail  et  certains  égards  dont 
ont  constamment  joui  les  officiers  des  bâtiments  de  guerre  des  Puis- 
sances ennemies  des  Régences  qui  tombaient  en  leur  pouvoir.  Je  n'ai 
pu  m'empécher  de  témoigner  à  ce  Prince  mon  extrême  surprise  de 
voir  cet  usage  violé  pour  des  Français.  Il  ne  m'a  pas  encore  répondu 
jusqu'à  présent.  Je  peux  attribuer  ce  silence  au  Ramadan,  pendant 
lequel  les  Musulmans,  toujours  de  mauvaise  humeur,  écartent  toute 
affaire,  mais  je  vais  renouveler  ma  demande. 

Le  Bey  a  paru  entrer  avec  répugnance  dans  la  coalition;  actuelle- 
ment qu'il  est  lancé,  il  se  montre  l'ennemi  le  plus  acharné  de  la  Répu- 
blique ;  il  n'a  jamais  mis  plus  d'activité  dans  l'armement  de  ses  cor- 
saires. »  {Affaires  étrangères,  C'«»  de  Tunis,) 

DEVOIZB  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

723.  —  7 unis,  9  mars  1799  [20  ventôse  an  VII),  —  «  Excellence, 
J'apprends  avec  autant  de  douleur  que  d'étonnement  que  les  offi- 
ciers et  les  agents  du  gouvernement  dont  j'ai  eu  l'honneur  de  vous 
adresser  la  liste  se  trouvent  encore  soumis  aux  travaux.  Il  m'est  impos- 
sible d'accorder  cette  rigueur  inusitée  avec  les  dispositions  que  vous 
eûtes  la  bonté  de  m'exprimer  en  me  signifiant  votre  déclaration  de 
guerre,  et  le  Directoire  exécutif  aura  peine  à  la  concevoir,  après  l'opi- 
nion que  je  n'ai  cessé  de  lui  inspirer  de  vos  sentiments  pour  la  France 
et  de  l'attachement  qu'il  vous  a  témoigné  lui-même  par  mon  organe. 

Les  négociants  français  me  prient  de  représenter  à  Votre  Excellence 


39i  CORRESPONDANCE  DEi 

que  leurs  marchaDdises,  elnolami 
le  scellé  dans  les  magasias  de  la  ( 
la  saison;  ils  désirent  que  vous 
faire  vendre  sur  le  pays,  de  comr 
des  recouvremeuls  de  ce  qui  leur 
loirs  les  tilres  qui  établisseot  leui 
abusant  de  lew  position,  rerusenl 

DBVOIZE  A 

724,  _  Tunis,  i  i  mart  1799  ( 
plaiol  de  rexi§;ulté  de  ses  ressources,  eu  égard  au  trop  graiwl  noœltv 
de  Français  malheureux  qui  l'entoureut.  Le  nombre  de  ceux  lorah» 
en  esclavage  s'élève  déjà  à  82.         {Aflaire*  itrangir^,  tv  dt  Tmù.) 

DEVOIZB  A  TALLEVRAHD. 

726.  —  Tunis,  14  mars  1 799  {24  ventôse  m  Vil).  —  Bd  apprensol 
que  le  Grand  Seigneur  avait  déclaré  la  guerre  &  la  Républiqae,  il  s'e^i 
efforcé  de  détacher  le  Bey  de  la  Turquie.  «  Si  vous  vous  prononm 
contre  la  République,  lui  dis-je,  par  soumissioa  &  un  firman  de  U 
'Porte,  vous  avouez  votre  dépendance  envers  elle.  Les  Puissances  qui 
ont  des  traités  particuliers  avec  vous  n'y  verront  plus  de  solidité;  vous 
les  invitez  &  imiter  l'Empire,  la  Prusse  et  la  Russie,  qui  odI  mmm. 
votre  souveraineté  en  stipulant  dans  leurs  Capitulations  avecleGraiJ 
Seigneur  sa  garantie  des  faits  barbaresques. 

J'avais  si  bien  réussi  par  mes  insinuations  auprès  de  ce  Prinxelile 
ses  Ministres  que  le  Capidji  du  Grand  Seigneur  resta  plus  d'un  moisa 
Tunis  à  faire  des  efforts  inutiles  pour  y  décider  la  Régence  à  tiac  rup- 
ture. Si  l'intérêt  pressant  du  ravitaillement  de  Halle  et  le  rétablisse  ment 
de  nos  communications  par  terre  avec  l'Egypte  déterminent  1«  Ditw- 
toire  exécutif  à  suspendre  son  ressentiment  pour  faire  une  pùxplttM 
avec  Alger,  il  n'a  besoin  que  de  l'intervention  secrète  des  Bacri;  I'mIjI 
d'une  mission  extraordinaire  ferait  peut-ôtre  rejeter  les  premiêffi 
ouvertures  d'une  négociation.  Ces  Juifs  ont  une  grande  iafloencesa 
les  affaires  de  cette  Régence  par  le  crédit  dont  ils  jouissent  auprËsdfj 
Ministres  du  Dey,  intéressés  dans  leurs  spéculations  et  les  recouvre- 
ments qu'ils  ont  h.  faire  en  leur  gouvernement.  C'est  peut-être  i  celle 
créance  majeure,  qui  semblait  devoir  garantir  tes  dispositioos  pacit 
qucs  du  Dey,  qu'il  faut  attribuer  sa  déclaration  de  guerre;  ses  Hinis- 
tres,  dévorés  de  cupidité,  sont  plus  jaloux  de  remplir  leurs  coffres  que 
de  ia  gloire  d'un  Prince  stupide  qu'ils  ont  placé  sur  le  tréne  pour  gou- 
verner eux-mêmes.  Je  pense  donc  que  l'offre  conditionnelle  d'acpiU^ 


fi 7991  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  383 

les  engagements  contraclés  à  Alger  et  Tunis,  au  nom  de  la  République, 

suffirait  pour  y  ramener  la  paix  *.  »         {Affaires  étrangh^s,  C**»  de  Tunis,) 

DEYOIZB  A  HAHOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

726.  —  Tunis,  7  avril  i799  {i 8  germinal  an  Vif),  —  «  Excellence, 
Vos  sujets  jouissent  en  France  de  leur  liberté,  de  leurs  propriétés; 
j'en  ai  Tavis  certain.  Ils  sont  traités  ainsi,  parce  que  l'ambassadeur  de 
la  République  à  Naples  s'est  loué  hautement,  à  son  arrivée  k  Gènes, 
des  bons  procédés  dont  il  vous  a  vu  accompagner  votre  déclaration 
de  guerre,  et  que  j'en  ai  fait  Téloge  moi-même  dans  mes  lettres  au 
Ministre.  Cependant  des  Français  qui,  aux  termes  des  traités,  devaient 
se  retirer  librement  sans  pouvoir,  en  cas  de  rupture,  être  arrêtés  avant 
le  terme  expiré  de  trois  mois,  vivant  sous  les  auspices  de  votre  protec- 
tion, ont  été  constitués  prisonniers..  Les  équipages  des  bâtiments  de 
guerre  qui  sont  venus  mouiller  avec  confiance  sous  les  canons  de  vos 
forts  sont  restés  esclaves,  comme  s'ils  eussent  été  une  conquête  de  vos 
corsaires;  il  y  a  plus,  les  officiers  soumis  avec  eux  aux  travaux  publics, 
malgré  mes  représentations,  y  sont  traités  à  coups  de  bâton. 

Je  cherche,  Excellence,  comment  des  sujets  d'une  République,  dont 
le  Gouvernement  n'a  cessé  de  vous  donner  et  vous  donne  encore  des 
marques  de  sa  bienveillance,  ont  pu  mériter  d'être  traités  avec  ignor 
minie  et  une  rigueur  que  vous  n'avez  jamais  pratiquées,  envers  les  offi- 
ciers d'aucune  nation  en  guerre  avec  vous;  je  cherche  à  pénétrer  quel 
friiit  vous  pouvez  en  retirer,  quel  motif  de  politique  vous  fait  agir  ainsi, 
et  je  me  perds  dans  mes  réflexions. 

Veuillez  bien,  Excellence,  rendre  aux  négociants  les  denrées  qui 
périssent  dans  les  magasins  et  envoyer  dans  leurs  maisons  des  pères 
de  famille  qui,  ne  pouvant  travailler  de  leur  métier,  ne  subsistent  que 
par  les  secours  que  j'ai  tant  de  peine  à  leur  procurer,  puisqu'un  Juif 
qui  avait  ordre  de  me  compter  une  somme  importante  a  employé 
jusqu'à  la  ruse  grossière  d'aller  solliciter  votre  défense  pour  me  faire 
ce  payement.  Lorsque  ces  Français  seront  de  retour  dans  leurs  foyers, 
s'ils  y  ont  toujours  à  déplorer  le  malheur  de  la  guerre,  ils  auront  du 
moins  un  sujet  de  consolation  dans  votre  bienfaisance.  » 

(Archives  de  la  Régence,  Palais  Dar-^l-Bey,  Corresp^'  avec  la  France,  4 773-1 801,) 

DBVOIZE  A  TALLEYRAND. 

727.  —  TuniSj  7  avril  1799  [18  germinal  an  Vil),  —  Un  corsaire 
de  cette  Régence  s'est  emparé  d'une  tartane  française  ayant  à  bord 

1.  Voy.  Correspondance  des  Deys  dC Alger  avec  la  Cour  de  France^  t.  lî,  p.  451 
et  suiv.,  —  el  le  Décret  du  Directoire  contre  les  trois  Régences  d'Alger,  Tunis  et 
Tripoli^  15  février  1199  {RecuHl  des  Traités,  de  Té  toi). 


384  CORRESPONDANCE  DES  BE\ 

dix  personnes,  sans  compter  le  capitaioe  Astruy,   d'Agde,  et  partit 
d'Alexandrie  le  1*7  venlAse  dernier.  Tous  les  paquets  ODtétéjelésibmer. 
(Affaira  étrangira,  C  de  Tiuiii.) 
TAlLBTIUIfD  A  DEVOIZB  ■. 

728.  —  Parit,  14  avril  1 799  {25  germinal  an  VU).  —  .  ...  J'ai  Ijii 
connaître  au  Directoire  exécutir  les  détails  que  vos  lettres  reDreranl 
sur  la  déclaration  de  guerre  de  la  part  du  Bey  et  le  résultat  qu'ellti 
eu  sur  votre  personne  et  celles  de  nos  nationaux.  Il  me  recomnuodt 
expressément  de  vous  lémoigaer  combien  il  a  été  touché  de  la  {tma 
avec  laquelle  vous  et  eux  avez  su  vous  résigner  ft  votre  soK.  U  n't^t 
sans  doute  pas  aussi  rigoureux  que  celui  éprouvé  à  Alger  par  dosmd- 
ciloyens,  mais  il  n'en  est  pas  moins  pénible  de  se  trouver  dans  foli« 
position.  Vous  ne  devez  pas  douter  que  je  ne  partage  les  sentim^itj 
du  Directoire  exécutif  à  cet  égard.  Vous  pouvez  donc  croire  qnejt 
seconderai  de  tout  mon  pouvoir  les  efforts  qu'il  ne  manquera  pas  it 
faire  pour  adoucir  votre  position  et  vous  délivrer  même  de  lopptR- 
sion  que  vous  éprouvez.  Comptez  sur  toute  ma  sollicitude  pour  b 
Ëchelles  de  Barbarie. 

La  détermination  hostile  du  Bey  a  de  quoi  surpreadre,  après  (oïIk 
ses  précédentes  protestations.  J'aurais  cru  que  fidèle  en  quelque  suri» 
à  son  attachement  pour  la  France,  il  se  serait  borné  à  une  appueiK 
de  guerre  avec  elle;  mais  ses  actes  ultérieurs  prouvent  que  ce  Priocf 
la  fait  ou  la  veut  faire  très  sérieusement.  Le  Directoire  eiécatil  a)pn 
en  conséquence.  Les  Tunisiens  qui  se  trouvent  en  France  sont  ou 
seront  traités  avec  ménagement  dans  leurs  personnes,  leurs  propriêlé5, 
tant  qu'on  en  usera  convenablement  envers  vous  et  nos  coocilojeDi. 

Il  est  bien  étrange  que  le  Bey  ait  pris  pour  déclarer  la  gaem  àli 
République  le  moment  oii  elle  le  gratifiait  des  deux  pontons  si  vii:- 
ment  désirés  par  lui.  Avec  un  peu  de  délicatesse  il  en  eût  fait  le  reMoi 
en  France.  Mais  ses  procédés  &  cet  égard  et  envers  les  ingénieurs,  coos- 

I.  La  correspondance  onicielle  du  Consulat  de  France  avec  le  llinistt'CB' 
adrensée  depuis  cette  époque  au  citoyen  Njssen,  Consul  de  la  RépuMiqtM  IwUn i 


[1799]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  388 

tracteurs  et  charpentiers  sont  bien  dignes  d'un  chef  de  Régence  de 
Barbarie.  Quoique  le  citoyen  Notaire  Grandville,  mis  à  la  tôte  de  cet 
envoi,  appartienne  par  son  service  au  Ministère  de  la  marine,  j'ai 
cependant  eu  communication  de  sa  correspondance  avec  ses  supé- 
rieurs. Je  connais  donc  toute  sa  conduite  depuis  son  arrivée  à  Tunis. 
Elle  me  paraît  prudente  et  ferme  dans  le  degré  convenable,  et  je  ne 
puis,  autant  que  cela  m*appartient,  que  donner  des  éloges  à  cet  ingé- 
nieur, et  ratifier  en  quelque  sorte  l'autorisation  qu'il  a  reçue  du  citoyen 
Lacombe  Saint-Michel,  pour  entreprendre  et  finir  la  confection  des 
pontons.  Je  ne  puis  vous  parler  de  cet  ex-ambassadeur  sans  vous 
témoigner  ma  satisfaction  sur  Taccueil  généreux  et  fraternel  que  vous 
lui  avez  fait  ainsi  qu'à  ses  compagnons  d'infortune. 

Quoique  le  citoyen  Notaire  Grandville  et  ses  ouvriers  aient  sans 
doute  un  vif  désir  de  quitter  Tunis  pour  revenir  dans  leur  patrie,  ne 
penseriez-vous  pas  qu'il  serait  convenable  de  les  engager  à  ralentir 
leurs  travaux? 

Je  trouverais  dans  cet  expédient  quelques  avantages  :  1°  Il  me 
semble  que  le  Bey,  très  jaloux  de  voir  les  pontons  entièrement  confec- 
tionnés, aurait,  jusqu'à  ce  qu'ils  le  fussent,  des  ménagements  pour  tous 
les  Français  sans  distinction,  car  il  pourrait  craindre  que  des  mauvais 
traitements  faits  à  leurs  compatriotes  ne  portassent  les  ouvriers  à 
quitter  leurs  travaux;  ^^  Au  cas  que  votre  sort  et  celui  des  autres  Fran- 
çais empirât  dans  la  suite  et  que  tout  moyen  de  correspondance  avec 
moi  vous  fût  ôté,  le  citoyen  Grandville  pourrait  servir  d'intermédiaire 
et  même  agir  d'après  vos  directions  et  suivant  les  occurrences  auprès 
du  Bey  et  de  ses  Ministres.  Je  vous  laisse  apprécier  cette  idée,  et  si, 
d'après  la  connaissance  que  vous  avez  des  localités,  vous  la  croyez  pra- 
ticable, utile  et  sans  inconvénient,  vous  pouvez  la  réaliser  de  concert 
avec  l'ingénieur. 

Il  lui  aurait  été  enjoint  de  cesser  ses  travaux,  si  le  Bey  avait  persisté 
à  traiter  le  citoyen  Magallon,  Envoyé  secret  en  Egypte,  comme  prison- 
nier; son  arrestation  était  un  oubli  de  tout  principe,  une  injustice 
criante.  Mais  dès  qu'il  est  rendu  à  la  liberté,  je  n'ai  plus  qu'à  l'exhorter 
à  quitter  Tunis,  dès  qu'il  le  pourra  avec  sûreté,  de  peur  que  le  Bey  ne 
change  encore  une  fois  de  volonté  à  son  égard. 

Le  sieur  Famin,  ayant  accepté  des  fonctions  de  la  part  d'une  Puis- 
sance étrangère,  ne  peut  plus,  aux  termes  de  la  Constitution  et  des 
arrêtés  du  Directoire  exécutif,  être  considéré  comme  Français. 

J'ai  reçu  la  liste  des  Français  qui  partagent  votre  captivité.  L'intention 
du  gouvernement  est  de  secourir  tous  ceux  qui  sont  dans  le  besoin.  En 

25 


386  CORRESPONDANCE  DES  DEYS  ET  DBS  CONSCLS         [m 

attendaDt  qu'une  mesure  géoérale  soit  adoptée  à  cet  égard,  voDSpouTci 
fournir  provisoirement  des  secours  aux  plus  nécessiteux,  elj'aQtai»ii: 
de  vous  en  faire  rembourser  sur  le  compte  que  vous  m'adresserei  d- 
vos  avances....  »  {A/^aint élrangtrt*,  Cde  Tmii.) 

DRTOIZB  A   TALLETaAHD. 

739.  —  Tunit,  20  avril  4799  (*"  ftorial  an  VII).  —  -  Le  citayfi 
Famin,  qui  a  exercé  provisoirement  les  fonctions  de  Consul  des  ËUL~ 
Unis  à  Tunis  peadaot  trois  ans,  a  adressé  à  Devoize  une  pétilioD  [me 
lui  représenter  que,  n'ayant  accepté  un  service  étranger  que  surin- 
vilalîon  pressante  d'un  Envoyé  extraordinaire  de  la  République,  il  v 
croyait  pas  avoir  encouru  la  perte  du  droit  de  citoyen  ft-uiçaJs.  llliii 
envoyé  en  même  temps  la  lettre  originale  que  le  citoyen  Hemiliis lui 
écrivit  &  ce  sttjet  d'Aller  le  3  prairial  an  VI  *.  Cet  Envoyé  lui  prédit 
l'expectative  du  Consulat  des  Ëtats-Unis,  et  va  même  jusqu'k  l'eu  Mi- 
ciler  d'avance.  Il  n'y  a  pas  de  milieu  :  ou  le  citoyen  Herculais  ignorait 
la  ConstilutioD,  ou  il  a  voulu  avec  connaissance  faire  perdreàunFraD- 
çais  soa  titre  de  citoyen. 

J'ai  répondue  N.  Famin  qu'il  était  au-dessus  de  mes ponvobsdetiu- 
cher  une  question  aussi  délicate,  que  j'allais  vous  transmettre  sa  ptli- 
tion  et  demander  vos  ordres.  »        (Affairtt  flrangire»,  C^  de  Tum.) 

1.  Herculaii  à  Famin.  —  Alger,  «  ntai  f7»8  {3  prairial  an  VI).  —  .  Je  iw 
expédie,  citoven,  ce  courrier  pour  une  iITaire  de  l>  plus  haute  imtwrlinrt  fiifi-. 
Je  penae,  vous  fera  plaisir,  mais  sur  laquelle  voua  Beutirez  aussi  combiu  il  f^ 
néc«tsaire  de  garder  le  plus  prorond  secrel. 

L'agent  américain,  qui  m'est  particulièrement  recommandé  par  le  guunnitiiKi 
s'est  adressé  k  moi  pour  lui  procurer  quelqu'un,  soit  Consul,  eoit particulitt, pour 
traiter  de  la  paix  de  l'Amérique  avec  la  Réftence  de  Tunis.  J'ai  pensé  que  iwkkC' 
par  votre  habileté  et  la  connaissance  que  vous  avei  du  Bardo,  pouTin  RitF 
parTaitement  cette  mission  délicate. 

Je  vous  préviens  que  les  inlentions  du  Congrès  sont  de  cboiilr  partMlw 
agents  parmi  les  personnes  qui  ont  montré  dans  toutes  les  occasions  Iror  li»i« 
pour  le  gouvernemeat  anglais,  et  c'est  par  celte  raison  que  de  préféreace  il  dni^^i 
des  républicains,  car  sur  la  proposition  de  plusieurs  Consuls  étrangers  il  !r^ 
trouvé  que  leurs  liaisons  avec  les  Anglais  les  rendent  suspects.  Je  sais  qut  ni  i<:j 
se  trouve  parfailemenl  d'accord  avec  vos  sentimeats,  ainsi  je  n'ai  pi"  """ 
vous  dire  lâ-dessus. 

Le  citoyen  Joél  Barlow,  Consul  de  l'Amérique,  chargé  par  son  piuvenicmnl  it 
conclure  tous  les  trailés  avec  les  Régences,  vous  hit  passer  ses  iDtlnKtJ<°> '' 
vous  enverra  les  pouvoirs  nécessaires  aussitôt  l'acceptation. 

Si  le  succès  couronne  votre  entreprise,  vous  pouvez  être  assuré  du  CoasaW'^ 
l'Amérique  et  c'est  d'avance  que  je  vous  en  félicite,  ne  doutant  pas  qw  "W  ^ 
surmontiez  tous  les  obstacles...  ■ 

Famin  à  Devoize.  —  Tunit,  IS  avril  1139  (*4  germinal  an  YII).  -  •  CiW'* 
Joseph-Etienne  Famin,  ci-devant  chargé  des  alTaires  des  Ëtals-lJnisd'Aaiériqiif' 
l'Jionneur  de  vous  informer  qu'il  a  eiercé  depuis  à  peu  près  trois  asi  les  IocAko 
d'agent  américain,  dont  il  s'est  démis  h  l'arrivée  du  Consul  H.  Williin  ^'o'^' 
qu'il  a  fait  avec  d'aulant  plus  de  plaisir  que,  d'après  les  demitres  dciii»II°'|' 
paraît  subsister  des  «lifTérends  entre  les  Ëtats-Unis  et  la  République  fnnc>i^'j| 
(rfTre  de  prouver  que  ce  Consul  A  son  début  a  essuyé  du  gouvememeat  de  Tunii'^ 


11799]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  387 

DBVOIZE  A  TALLKYRAND. 

730.  —  Tunis,  30  avtnl  1799  {H  floréal  an  F/7).  —  «  Un  des  douze 
bâtiments  destinés  au  transport  à  Toulon  de  la  garnison  de  Corfou, 
s'étant  séparé  par  une  tempête  du  convoi  escorté  par  une  frégate  et 
un  brick  de  guerre  russes,  est  tombé  au  pouvoir  d*une  corvette  algé- 
rienne qui  Ta  conduit  ici.  Il  y  avait  à.  bord  environ  âO  officiers,  250  sol- 
dats, 12  femmes  et  plusieurs  enfants.  Tous  les  soldats  et  un  lieutenant 
ont  été  débarqués  et  semblent  destinés  à  passer  à  Alger  par  la  longue 
et  pénible  route  de  terre;  les  officiers,  les  femmes,  les  enfants  sont 
restés  à  bord  de  la  corvette  où  les  femmes,  qui  d*abord  avaient  été 
débarquées,  ont  été  renvoyées  hier.  Il  m'a  fallu  faire  solliciter  comme 
une  faveur  de  Mamet  Brady,  agent  d'Alger  à  Tunis,  la  faculté  d'envoyer 
des  vivres  frais  et  quelques  vêtements  à  ces  malheureux,  excédés  de 
fatigue,  de  faim,  de  mauvais  traitements,  et  presque  nus.  Ils  sont 
surveillés  par  leurs  gardiens  au  point  que  j'ai  eu  bien  de  la  peine  à 
leur  faire  parvenir  de  l'encre  et  du  papier  pour  obtenir  la  relation  que 
je  joins  ici  ^  En  la  lisant,  on  est  peut-être  moins  révolté  de  tant 
d^audace  et  de  scélératesse  de  la  part  de  ces  ennemis  du  genre  humain 
que  surpris  de  l'indifférence  avec  laquelle  des  Puissances  de  premier 
ordre  supportent  depuis  des  siècles  tant  d'avilissement;  car  cette  rela- 
tion n'est  qu'un  journal  ordinaire  de  la  course  des  Barbaresques. 

J'ai  adressé  la  capitulation  de  Corfou  au  Consul  batave  et  l'ai  prié  de 
mettre  sous  les  yeux  du  Bey  le  12<»  et  dernier  article,  par  lequel  les 
amiraux  russe  et  ottoman  garantissent  au  nom  de  leurs  gouverne- 
ments respectifs  la  sûreté  du  transport  à  Toulon  des  Français  qui  com- 
posaient cette  garnison.  Le  Bey  a  répondu  que  s'il  avait  à  prononcer 
pour  lui,  il  n'hésiterait  pas  à  les  mettre  en  liberté,  mais  qu'il  ne  pou- 
vait s'immiscer  dans  une  affaire  qui  regarde  Alger.  J'ai  fait  proposer  à 

si  grandes  difficultés  que,  si  l'exposant  eût  eu  envie  de  conserver  son  poste,  il 
pouvait  trouver  les  moyens  d*y  réussir;  l'appèt  du  lucre  ne  Ta  point  fait  balancer 
un  moment;  il  préfère  sa  qualité  de  citoyen  français  aux  honneurs  et  avantages 
que  pourrait  lui  procurer  cet  emploi.  Ces  raisons  et  plus  encore  la  recommanda- 
tion d*un  agent  de  la  République  lui  font  espérer  que  vous  le  considérerez  comme 
citoyen  français  et  que  vous  lui  accorderez  votre  protection  quMl  ne  croit  pas 
avoir  perdue;  vous  observerez  par  la  susdite  lettre  que  le  sus-nommé  n'a  point 
cherché  cet  emploi  et  qu'il  est  bien  vrai  au  contraire  que  c'est  le  citoyen  Herculais 
qui  le  lui  a  procuré  de  sa  propre  volonté;  si  l'exposant  pouvait  avoir  commis  une 
imprudence  en  se  chargeant  d'un  service  étranger  dans  un  temps  où  les  deux 
nations  étaient  en  paix  et  alliées,  c'a  été  très  innocemment,  n'ayant  pu  se  persuader 
qu'un  agent  principal  de  la  République  eût  appuyé  une  affaire  qui  pût  le  mettre  dans 
le  cas  de  perdre  ses  droits  de  Français...  >  {Affairée  étrangères,  C***  de  Tunis,) 

1.  Tunis^  30  avril  1799  (//  floréal  an  VU),  —  Relation  de  la  ptnse  par  un  corsaire 
algérien  dkun  transport  chargé  de  troupes  de  la  garnison  de  Corfou.  {Affaires étran- 
gères, C'*'  de  Tunis.)  —  Ce  récit  est  rempli  de  détails  effroyables  sur  la  cruauté  des 
corsaires  algériens. 


388  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1799] 

Mamet  Brady  d  envoyer  un  courrier  au  Dey  avec  la  capitulation  et  les 
passeports,  et  d'attendre  la  décision  pour  donner  le  temps  aux  prison- 
niers, surtout  aux  malades,  de  se  refaire  par  les  soins  et  les  rafraichis- 
sements  que  je  tâche  de  leur  procurer.  Je  n'ai  pas  encore  reça  la 
réponse  de  Mamet  Brady;  peut-être  n*en  fera-t-ii  pas. 

Tout  en  applaudissant  à  la  représaille  dont  on  a  usé  envers  les  Algé- 
riens qui  ont  été  avec  tant  de  justice  mis  aux  fers  en  France,  il  est 
fÀcheux  que  le  bruit  s'en  soit  répandu  dans  ce  moment  à  Tunis,  parce 
qu'il  a  rendu  l'agent  d'Alger  plus  circonspect;  il  eût  peut-être  osé 
prendre  sur  lui  de  laisser  suivre  à  ces  Français  leur  destination,  et  le 
reïs  lui-même,  bien  persuadé  qu'ils  ne  sont  pas  de  bonne  prise,  ne  les 
a  conduits  à  Tunis  que  pour  les  dépouiller  et  éluder  une  restitation  à 
laquelle  il  aurait  été  soumis  en  se  rendant  directement  à  Alger. 

Le  Bey  a  eu  enfin  égard  à  mes  représentations  sur  le  sort  des  dix 
officiers  de  l'aviso  L'Assaillante  et  du  citoyen  Second,  agent  du  gourer- 
nement  pour  les  approvisionnements  de  Malte;  ils  ont  été  retirés  des 

travaux  depuis  quelques  jours.  »  {Affairée  étrangères,  O»  de  Tums.) 

DBVOIZB  A  TALLEYRAND. 

731.  —  Tunis,  i  Ornai  i  799  [2i  floréal  an  VII).  —  <*  Les  dix  officiers 
de  l'aviso  L Assaillante  sont  partis  hier  pour  Alger  avec  deux  cents  mules; 
treize  restent  ici  à  l'hôpital,  malades;  je  leur  ai  prodigué  pendant  leur 
séjour  tous  les  soins  si  légitimement  dus  aux  défenseurs  de  la  patrie;  je 
leur  ai  fait  distribuer  des  provisions  pour  la  route  et  trois  piastres  à  cha- 
cun. Le  souvenir  déchirant  des  Français  qui  ont  péri  si  misérablement, 
faute  de  secours,  dans  leur  translation  de  La  Galle  à  Alger  (et  La  Galle 
en  est  bien  moins  éloignée  que  Tunis)  m'a  inspiré  cette  précaution  '. 

Il  reste  à  Tunis  106  esclaves  et  26  marins  prisonniers.  3  se  sont 
rachetés  :  le  citoyen  Coste,  Juif,  expédié  par  le  général  Vaubois'à 
Cagliari  pour  les  approvisionnements  de  Malte.  Son  rachat  a  coûté  à  sa 
famille,  qui  est  établie  à  Tunis,  15,000  livres  ;  le  citoyen  Gassen,  capitaine 
de  la  tartane  Les  deux  frères^  et  le  citoyen  Hyacinthe,  son  second,  se 
sont  rachetés  pour  4,000  livres  chacun,  malgré  que  le  rachat  des  capi- 
taines soit  du  double  de  cette  somme.  Gomme  ils  y  ont  employé  leurs 
facultés  personnelles  et  ne  m'ont  pas  consulté,  j'ai  pensé  quejen'arais 

aucun  motif  de  m'y  opposer.  »       [Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunù.) 

1.  Voy.  Correspondance  des  Deys  d'Alger  avec  la  Cour  de  France^  1. 11,  p.  W8ct 
suiv.,  —  et  Histoire  de  La  Calle,  par  Féraud,  p.  551. 

2.  Le  général  Henri  Belgrand,  comte  de  Vaubois,  chargé,  après  la  prise  de  Malte, 
du  commandement  de  cette  place.  Il  ne  se  rendit  qu'après  deux  ans  de  siègent 
huit  sommations,  après  avoir  perdu  la  moitié  de  la  garnison,  et  à  la  cooditioa 
de  recevoir  tous  les  honneurs  de  la  guerre  (1800). 


{1799]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  389 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

732.  —  Tunis^  2  juin  1799  [14  prairial  an  VU).  —  «  Toutes  les 
vues  du  Bey  tendent  à  secouer  cette  influence  que  la  Régence  d'Alger 
exerce  si  impérieusement  sur  lui.  Il  saisit  adroitement  le  prétexte  de 
la  guerre  actuelle  pour  mettre  Tunis  dans  Tétat  le  plus  respectable  de 
défense,  sans  que  le  Dey  puisse  en  concevoir  de  Tombrage.  Sa  marine 
est  déjà  de  beaucoup  supérieure  en  armements  à  celle  de  ce  voisin 
inquiet.  Plusieurs  reïs  se  sont  signalés  par  des  succès  brillants  et  des 
traits  de  courage  qui  ont  excité  toute  la  jalousie  de  leurs  rivaux. 
Mais  pour  balancer  les  forces  maritimes  d*Alger,  il  manque  au  Bey 
quelques  frégates  actuellement  sur  le  chantier.  Ce  Prince  m'a  fait 
témoigner  par  le  gouverneur  de  son  arsenal  qu'il  désirait  en  confier 
la  construction  aux  ouvriers  français  qui  sont  employés  actuellement 
il  celle  de  deux  pontons  presque  finis  sous  la  direction  du  citoyen 
Grandville,  et  que  je  vous  écrivisse  pour  vous  prier  de  les  autoriser  à 
entreprendre  ce  travail.  Il  n'a  pas  manqué  de  me  faire  rappeler  que 
c'était  malgré  lui  qu'il  se  trouvait  en  guerre  avec  la  République,  dont 
il  ne  sera  jamais  l'ennemi.  J'ai  répondu  qu'en  n'ordonnant  pas  au 
citoyen  Grandville  de  cesser  le  travail  des  pontons,  le  gouvernement 
lui  avait  donné  une  grande  preuve  de  sa  bienveillance,  mais  que  je  ne 
me  permettrais  pas  d'autoriser  des  ouvriers  français  à  construire  des 
'bâtiments  de  guerre  pour  un  Prince  qui  retenait,  au  mépris  des  traités, 
environ  300  Français  prisonniers  ou  esclaves.  Pour  que  je  pusse 
prendre  sur  moi  de  vous  présenter  une  demande  aussi  étrange,  il 
faudrait  qu'il  s'engageât  : 

1**  à  défendre  à  ses  corsaires  de  faire  aucune  prise  française; 

â^  à  délivrer  les  esclaves  français  et  k  les  traiter  comme  prison- 
jiiers  de  guerre  ; 

3*  à  m'accorder  toute  facilité  pour  faire  des  expéditions  simulées 
'de  subsistances  à  Malte. 

Le  Bey  a  trouvé  mes  observations  justes  et  n'est  plus  revenu  sur  sa 
proposition.  Il  a  promis  de  prêter  un  bâtiment  pour  le  retour  du  citoyen 

•Grandville  et  de  ses  ouvriers.  »        (Affaires  étrangères,  C»**  de  Tunis.) 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

733.  —  Tunis,  2  Juin  /  799  [14  prairial  an  Vil),  —  «  Un  Capidji  de 
la  Porte  vient  d'arriver  à  Tripoli.  Il  est  chargé  de  demander  aux  trois 
Régences  la  translation  à  Gonstantinople  de  tous  les  Français  qui  se 
•trouvent  dans  ces  contrées. 

Presque  en  même  temps  est  apparu  dans  cette  Régence  un  vaisseau 
portugais  expédié  de  Palerme  par  Nelson,  avec  ordre  d'exiger  du  Pacha, 


390  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1799] 

au  nom  de  cet  amiral,  la  consignation  de  tous  les  Français.  Ceux-ci 
furent  envoyés  avec  le  Consul  Beaussier  à.  bord  du  vaisseau  le 
24  floréal  '.  Ce  vaisseau  {V Alphonse)  est  commandé  par  le  commodore 
anglais  Campbell. 

Le  Capidji  du  Grand  Seigneur  vient  d'arriver  à  Tunis.  Le  Bey  n^ignore 
pas  ce  que  sa  dignité  et  le  droit  des  gens  lui  commandent;  il  ne  se 
dissimule  pas  ce  quil  a  à  craindre  du  ressentiment  de  la  France,  com- 
bien serait  lâche  Faction  de  nous  livrera  un  ennemi  dont  les  vues  sont 
au  moins  perfides,  si  elles  ne  sont  pas  atroces;  mais  dans  cette  occa- 
sion, comme  dans  toutes  les  affaires  majeures,  Alger  sera  encore  son 
régulateur.  Je  vais  rester  dans  une  incertitude  bien  pénible  jusqu'au 
moment  où  j'apprendrai  le  résultat  de  la  mission  du  Capidji.  Je 
m'arme  de  courage  et  de  résignation.  Mes  papiers  essentiels  ne  sont 
plus  sous  le  scellé,  je  les  ai  mis  en  sûreté  et  je  suis  déjà  prêt  à  tout 

événement.  »  (Affaires  étrangères,  C»*»  de  Tunis.) 

DEVOIZS  A  HAMOODA,  BBY  DE  TUNIS. 

734.  — Twnw,  i  7  juin  1799  {29  prairial  an  Vil).  —  «  Excellence, 
le  négociant  Mourié  est  mort  depuis  cinq  mois;  il  y  a  dans  cette  succes- 
sion des  recouvrements  à  faire,  des  créanciers  à  payer,  surtout  la  dette 
sacrée  de  la  dot  de  la  veuve  de  son  frère.  Je  ne  peux  faire  droit  à  de 
si  justes  réclamations  qu'après  que  vous  aurez  ordonné  la  levée  des 
scellés  apposés  sur  le  comptoir  et  les  magasins  du  citoyen  Mourié,  et 
que  vous  m'aurez  autorisé  à  faire  procéder  à  la  vente  de  quelques 
marchandises  qui  s'y  détériorent. 

Je  vous  prie.  Excellence,  d'étendre  votre  ordre  à  la  généralité  des 
négociants;  si  elle  persiste  à  laisser  subsister  ces  scellés,  les  rats  et 
l'humidité  achèveront  bientôt  de  faire  disparaître  leurs  livres,  avec 
tous  les  titres  qui  établissent  leurs  créances  et  leurs  dettes;  de  là  une 
confusion  qui  leur  deviendra  infiniment  préjudiciable  sans  vous  être 
d'aucun  avantage. 

Plusieurs  négociants  sont  déjà  réduits,  vu  l'inaction  absolue  du  com- 
merce, à  avoir  le  plus  pressant  besoin  de  la  recette  du  bazar,  pour 
subvenir  à  leurs  dépenses  journalières.  Ils  vous  demandent  de  pouvoir 
communiquer  librement  avec  leurs  censaux;  des  créanciers  de  mau- 
vaise foi  se  prévalent  des  circonstances  pour  refuser  jusques  aux  plus 
petits  acomptes;  d*autres  deviennent  insolvables. 

1.  Le  commodore  Caropbell  força  le  Pacha  à  lui  livrer  les  Français,  après  la  p^ 
de  trois  bâtiments  tripolitains.  On  les  conduisit  à  Gènes,  d'où  ils  purent  gagn^' 
Marseille.  Voy.  La  Régence  de  Tripoli^  par  Pellissier,  —  et  J>  Littoral  de  la  Tripot 
taine,  par  Élie  de  la  Primaudaie. 


[i799]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  391 

Vos  sujets  sont  libres  comme  Tair  sur  tout  le  territoire  de  la  Répu- 
blique; plusieurs  sont  dans  ce  moment  à  Paris;  il  n*a  pas  été  porté  la 
moindre  atteinte  à  leurs  propriélés.  Cependant  votre  sceau  est  sur 
toutes  celles  des  Français,  et  ils  sont  au  nombre  de  145  entre  quatre 
murs,  dont  l'espace  offrait  précédemment  à  peine  un  logement  com- 
mode à  âÛ  ou  30  individus.  Plusieurs  ont  déjà  contracté  des  maladies 
mortelles,  que  les  chaleurs  de  Tété  rendront  encore  plus  contagieuses. 

Renvoyez  des  pères  de  famille  dans  leurs  maisons  qui  se  dégradent 
par  l'abandon,  rendez-les  à  l'industrie  qui  les  faisait  vivre.  Aucun 
Français  n*a  ni  le  désir,  ni  le  moyen  de  s'enfuir  de  vos  Ëtats.  Lors- 
qu'une mesure  de  rigueur  n'est  pas  commandée  par  la  nécessité,  elle 
ne  devient  plus  qu'une  persécution. 

Le  citoyen  Belot  a  construit  pour  Votre  Excellence  une  machine  qui 
excite  l'admiration  des  gens  de  l'art  et  qui  peut  être  mise  au  rang  des 
ouvrages  qui  distinguent  votre  règne.  Lorsque  son  travail  a  été  ter- 
miné, vous  avez  désiré  le  retenir  à  votre  service;  je  l'ai  déterminé  à 
accepter  avec  une  paye  d'un  sequin  par  jour.  Voilà  six  mois  qu'il  n'a 
pas  touché  ce  sequin.  Il  lui  reste  pour  tout  résultat  de  six  ans  de  tra- 
vaux une  femme,  trois  enfants  et  la  misère;  son  teskeret  pour  partir 
lui  est  refusé,  et  si  je  dois  l'en  croire,  on  a  voulu  lui  faire  envisager 
comme  une  faveur  de  n'être  pas  fait  esclave,  tout  au  moins  de  n'avoir 
pas  été  jeté  comme  prisonnier  dans  le  Fondouk.  Vous  trouverez,  Excel- 
lence, qu'il  est  plus  que  juste  que  le  citoyen  Belot  puisse  se  rapatrier 
avec  l'ingénieur  et  après  avoir  été  payé  de  ce  qui  lui  est  dû. 

Il  y  a  plus  de  quatre  mois  que  les  Français  à  Alger  ont  été  rendus 
chacun  à  leurs  foyers.  Les  marins  qui  avaient  été  soumis  aux  travaux 
en  ont  été  retirés  le  6  du  mois  passé  et  ne  sont  plus  considérés  que 
comme  prisonniers  de  guerre.  On  assure  que  les  Français  en  arres- 
tation dans  les  Ëtats  du  Grand  Seigneur  ont  reçu  la  liberté  de  se 
retirer,  que  les  seuls  agents  de  la  République  y  sont  encore  retenus. 

Je  n'ai  pas  voulu  vous  faire  part  de  ces  changements  favorables  aux 
Français  sitôt  que  j'en  ai  eu  connaissance,  parce  que  j'ai  toujours 
pensé  et  je  pense  encore  que,  pour  être  juste,  vous  n'avez  pas  besoin 
qu'on  vous  cite  l'exemple  d'autres  souverains,  et  que  vous  pouvez  leur 

servir  vous-même  de  modèle.  »  *  {Affaires  étrangères,  O*^  de  Tunis.) 

1.  Devoize  à  Nyssen,  Consul  de  la  République  batave  à  Tunis.  —  17  juin  1799 
[99  prairial  an  VIT).  —  «  Depuis  Tépoque  de  la  déplorable  situation  dans  laquelle 
se  trouTent  les  Français  à  Tunis  et  qui  date  de  près  de  six  mois,  j'ai  écrit  plu- 
sieurs fois  au  Bey  pour  lui  adresser  quelques  représentations  les  mieux  fondées, 
ie  n'ai  reçu  aucune  réponse.  Ce  silence  me  porterait  à  croire  que  ce  Prince  pense 
peut-être  que  Tétat  de  prisonnier  exclut  le  droit  de  pétition.  Cependant  qui  mérite 


I 


I 


392  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1799J 

DBYOIZB  A  TALLEYRAND. 

736.  —  Tunis,  22  juin  1799  (4  messidor  an  VII).  —  «  Trois  eoToyes 
des  rois  de  Portugal,  de  Sicile  et  de  Sardaigne  sont  arrivés  presque  es 
même  temps.  Les  deux  premiers  ont  terminé  leur  mission  soas  b 
auspices  du  Consul  anglais,  à  qui  Tamiral  Nelson  les  avait  recoo- 
mandés;  celui  de  Portugal  (le  chevalier  Pinto ')  a  conclu  une  trêve  pure 
et  simple  pour  six  mois... 

L'Envoyé  de  Sicile  a  aussi  conclu  une  trêve  de  six  mois;  elle  a  pour 
objet  d'assurer  la  communication  de  cette  tle  avec  les  ports  des  insor^s 
de  Malte...  Il  est  parti,  emmenant  avec  lui  22  Siciliens  en  échange  et 
82  Maures  qui  étaient  esclaves  à  Palerme. 

Le  comte  Porcilli,  envoyé  du  roi  de  Sardaigne,  était  chargé  des 
pouvoirs  de  ce  souverain  pour  traiter  de  Taffranchissement  desSardd 
enlevés,  dans  le  mois  de  fructidor  dernier,  à  Tlle  Saint^Pierre.  Appayé 
des  Consuls  qui  ont  inspiré  quelque  humanité  au  Bey,  il  a  eu  la  satis- 
faction de  réussir  complètement  et  d'obtenir  la  liberté  de  plus  de 
800  infortunés,  à  un  prix  bien  au-dessous  de  la  rançon  ordinaire.  Ce 
rachat  coûtera  cependant  2,000,000  de  francs,  dont  le  tiers  devra  être 
payé  sur-le-champ  et  les  deux  autres  dans  cinq  ans.  Les  esclaves  ae 
seront  délivrés  qu'après  le  premier  payement  effectué...  » 

(Affaùes  étrangères^  C*^  de  fimit.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

736.  —  Tunis,  12  juillet  1799  {24  messidor  an  T//).  —  *  Ciloyeo 
Ministre,  Il  vient  d'arriver  un  Capidji  de  la  Porte,  accompagné  d'iui 
Grec,  drogman  du  Capitan-Pacha,  chargé  de  demander  aux  trois 
Régences  des  subsides,  l'affranchissement  de  tous  les  Grecs  esclaves 
dans  ces  contrées,  et  la  restitution  des  prises  faites  sur  eux,  ces  prises 
n'ayant  eu  lieu  qu'en  vertu  d'un  firman  par  lequel  le  Grand  Seignear 
a  non  seulement  autorisé,  mais  même  invité  les  corsaires  barbares- 
qucs  à  s'emparer  de  tout  bâtiment  grec,  dont  l'équipage  ne  serait  pas 

mieux,  qui  a  plus  besoin  d'être  écouté  que  le  malheureux?  Faites-lai  sentir  ceU^ 
grande  vérité.  Le  Directoire,  étonné  qu'un  Prince,  qui  n'a  reçu  que  des  muq^^ 
bienveillance  de  sa  part,  traite  les  Français  avec  plus  de  sévérité  que  les  aoim 
souverains  de  la  Barbarie,  me  reprochera  peut-être  de  n'avoir  pas  su  réctamer 
contre  cette  injustice.  C'est  pour  qu'il  constate  que  je  n'ai  pas  négligé  cederoirqix 
je  vous  prie,  au  nom  du  gouvernement  français  et  comme  agent  d'une  Puissance  1» 
plus  intimement  alliée  de  la  République,  de  remettre  au  Bey  les  deux  lettres  (}b( 
je  joins  ici,  dont  une  en  français  et  l'autre  en  arabe. 

Je  ne  vous  dirai  pas,  citoyen,  que  je  compte  sur  vos  bons  offices  auprès  du  Bef, 
comme  vous  pourriez  compter  sur  les  miens  en  parait  cas,  car  je  fû  ^^ 
éprouvé.  »  {Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis,) 

2.  Don  Rodrigo  Pinto  Guedès,  major  général  de  l'escadre  portugaise  dans  U 
Méditerranée.  Voy.  Annales  tuni/tiennes,  p.  526. 


-i 


[1799]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  393 

composé  en  totalité  de  sivjets  ottomans,  sans  en  excepter  le  pilote  et  les 
passagers.  Le  Bey  se  montre  peu  disposé  à  acquiescer  d  cette  demande.  » 
Suivent  des  détails  sur  la  campagne  d'Egypte  et  sur  les  opérations  des 

armées  de  Bonaparte.  (Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis,) 

DEYOIZE  A  TALLBYRAND. 

737.  —  Tunis,  13  juillet  1799  [25  messidor  an  VII),  —  «...  Les 
pontons  sont  achevés  depuis  plus  de  quinze  jours;  le  citoyen  Notaire 
Grandville  et  les  ouvriers  doivent  s'embarquer  incessamment  sur  un 
bâtiment  ragusais  que  le  Bey  a  prêté  pour  les  conduire  à  Toulon.  Le 
désir  de  revoir  leur  patrie,  de  s'éloigner  d'une  terre  ennemie,  leur  a 
fait  mettre  dans  ce  travail  une  célérité  qui  a  été  généralement  admirée 
et  qui  a  étonné  le  Bey.  Ce  Prince  a  marqué  au  citoyen  Grandville  com- 
bien il  était  satisfait  de  ces  machines  par  le  don  d'un  diamant  de  7  à 
800  francs... 

J*ai  un  correspondant  sûr  à  Tripoli  (le  citoyen  Zuchet,  secrétaire  du 
Consul  batave).  Un  écrivain  du  Bey,  en  faveur  auprès  de  ce  Prince,  me 
fait  parvenir  quelquefois  jusqu'aux  originaux  des  lettres  qu'il  reçoit 
ou  qui  tombent  entre  ses  mains,  et  relatives  à  notre  situation  à  Malte 
•et  dans  le  Levant;  je  vous  prie  de  m'autoriser  à  faire  quelque  présent 
à  un  homme  aussi  précieux  dans  ces  circonstances,  car  on  ne  doit  pas 
attendre  qu'un  Maure  rende  service  sans  intérêt. 

Je  suis  bien  touché,  ainsi  que  les  Français  prisonniers  k  Tunis,  de 
l'intérêt  que  le  Directoire  exécutif  et  vous  personnellement  voulez  bien 
prendre  à  notre  situation  ;  elle  n'est  supportable  que  par  la  confiance 
que  nous  inspire  la  sollicitude  du  gouvernement,  et  la  consolation 
que  nous  trouvons  dans  l'idée  que  nous  appartenons  à  une  grande 
nation.  Ce  n'est  pas  avec  moins  de  reconnaissance  que  tant  de  mal- 
heureux dans  le  besoin  apprennent  l'intention  du  Gouvernement  de 

les  secourir...  »  {Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis,) 

DEVOIZS  A  TALLBYRAND. 

738.  —  Tunis,  14  juillet  1799  {26  messidor  an  VII).  —  «  Citoyen 
Ministre,  Depuis  ma  détention,  j'ai  écrit  au  Bey  diverses  lettres  dont  je 
crois  devoir  vous  envoyer  des  copies,  en  vous  informant  des  motifs  qui 
m'ont  mis  dans  le  cas  de  les  écrire...  Le  Sahib-Tapa,  qui  depuis  la  guerre 
s'est  montré  de  la  manière  la  plus  indécente  l'ennemi  le  plus  prononcé 
des  Français,  osa  proposer  une  demi-piastre  par  jour  de  salaire  pour 
chacun  des  quarante- trois  ouvriers  chargés  de  la  construction  des 
pontons,  et  poussa  l'audace  jusqu'à  dire  que  s'ils  refusaient,  on  saurait 
bien  les  faire  travailler  par  force  ;  le  citoyen  Grandville  fut  se  plaindre 


394  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1799 

de  ce  procédé  étrange;  ie  Sahib-Tapa  lui  répondit  par  des  injures, elle 
Bey  le  renvoya  assez  brusquement.  Je  fis  insinuer  k  ce  Prince  par  k 
gouverneur  de  Porto-farine  qu*aucune  violence  ne  forcerait  ces  oavrkrs 
à  travailler,  s*ils  n'étaient  payés  en  entier  de  leurs  salaires.  VoCàct 
qui  a  donné  lieu  à  ma  première  réclamation.  Elle  ne  peut,  dansltUi 
où  je  Tai  écrite,  former  rengagement  de  faire  présent  au  Bey  de  c^ 
pontons.  Je  n*ai  rien  affirmé.  Je  n*ai  fait  que  préjuger.  Il  était  essefitir! 
de  faire  payer  les  ouvriers,  et  ils  Tout  été.  Je  ne  dois  pas  oublier  qoek 
Bey  et  le  Sahib-Tapa  ont  cherché  à  réparer  depuis  par  des  prévenance? 
le  mauvais  accueil  qu'ils  avaient  fait  d'abord  au  citoyen  Grandyille. 

Je  me  suis  plaint  de  ce  que  les  officiers  des  bâtiments  de  ItUi 
étaient  soumis  aux  travaux  ordinaires  des  esclaves;  peu  de  temps 
après  ils  en  furent  retirés.  Des  négociants  qui  avaient  qaelqan 
denrées  dans  leurs  magasins  de  la  côte  obtinrent  la  permission  de  lr> 
vendre,  mais  à  un  homme  du  gouvernement  qui  fit  presque  la  loi  scr 
les  prix.  J'ai  témoigné  au  Bey  ma  surprise  de  ce  que,  les  Tunisiens  étant 
ménagés  en  France,  les  Français  étaient  si  maltraités  à  Tunis;  de  ce 
qu'un  Juif  algérien,  ayant  reçu  Tordre  de  me  compter  une  somme,  L 
lui  en  avait  fait  la  défense.  Ma  lettre  ne  produisit  d'autre  effet  que 
l'offre,  qu'il  m'envoya  faire  par  un  de  ses  officiers,  de  l'argent  si  j  es 
avais  besoin.  Je  répondis  que  je  ne  pouvais  en  recevoir  que  des  amis 
de  la  République. 

Enfin  j'ai  demandé  la  levée  des  scellés  qui  subsistent  encore  su 
quelques  magasins,  le  renvoi  de  tous  les  Français  dans  leurs  maisons, 
comme  ils  l'ont  été  à  Alger,  et  enfin  j'ai  représenté  l'injustice  de  vou- 
loir considérer  le  citoyen  Belot  comme  prisonnier  de  guerre,  cei 
artiste  se  trouvant  à  son  service  à  l'époque  de  la  déclaration.  Mais  le 
Bey  n'a  répondu  que  par  des  arguments  faux,  en  proposant  cepeDdaot 
au  citoyen  Belot,  s'il  voulait  s'engager  par  écrit  à  son  service  pour  ud 
terme  indéfini,  de  le  faire  payer  de  tous  ses  salaires  échus,  et  même 
pendant  deux  ans  au  moins  qu'il  n'aurait  aucun  travail  à  diriger;  autre- 
ment, que  toute  la  faveur  qu'il  pourrait  lui  faire,  sur  le  refus  d'accepter 
ces  conditions,  serait  de  le  laisser  libre  dans  la  ville  et  de  ne  pas  iê 
renfermer  dans  le  Fondouk.  Le  citoyen  Belot  a  rejeté  la  proposition  du 
Bey  en  vrai  républicain,  et  j'ai  été  bien  aise  de  le  voir  avec  ces  senti- 
ments, dans  lesquels  je  le  confirmerai,  en  lui  faisant  partager  les 
secours  que  la  bienfaisance  du  Gouvernement  me  permet  de  fournir 
aux  Français  qui  se  trouvent  dans  le  besoin. 

Gomme  le  Bey  a  toujours  éludé  de  me  répondre  par  écrit,  J  ai 
imaginé  de  lui  faire  remettre  officiellement  ma  dernière  lettre  par  le 


[1799]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  395 

Consul  batave.  Je  joins  ici  la  copie  de  la  lettre  que  je  lui  ai  écrite  à 
cette  occasion  ^  11  s'est  borné  à  lui  dire  que  le  gouverneur  de  Porto- 
farine  serait  chargé  de  me  porter  ses  réponses  à  chaque  article  de  ma 
lettre.  Je  ne  Tai  pas  encore  vu  paraître,  et  le  citoyen  Grandville  par- 
tira sans  doute  sans  que  j'aie  la  satisfaction  de  vous  apprendre  que  le 
sort  des  Français  à  Tunis  s'est  amélioré.  J'ai  engagé  cet  ingénieur  à 
rappeler  à  ce  Prince  ma  lettre  en  prenant  congé  de  lui,  et  surtout 
d'appuyer  sur  l'article  des  maladies  qui  s'étaient  déjà  introduites  dans 
le  Fondouk.  Il  a  permis  seulement  à  deux  familles  dont  les  chefs 
étaient  attaqués  de  se  rendre  dans  leurs  maisons  à  Porto-farine,  mais 
je  ne  vois  dans  sa  conduite  qu'un  mauvais  cœur,  de  la  mauvaise 
volonté  entretenue  par  les  insinuations  de  son  favori  le  Sahib-Tapa- 
Le  citoyen  Michel  porte  en  France  le  bâton  avec  lequel  cet  indigne 
ministre  a  frappé  de  sa  propre  main  des  Français,  excédés  de  fatigue 
et  de  chaleur,  qu'il  a  surpris  prenant  un  instant  de  repos  à  l'abri  du 
soleil;  le  gardien  trop  indulgent  a  été  encore  plus  mal  traité  et  cassé. 
Le  citoyen  Michel  vous  présentera  encore  un  échantillon  du  biscuit 
avec  lequel  le  Bey  nourrit  les  esclaves.  J'en  ai  fait  présenter  un  mor- 
ceau à  ce  souverain;  il  n'a  pas  ordonné  qu'il  fût  d'une  meilleure  qua- 
lité, et  sans  les  secours  du  Gouvernement  tous  les  Français  seraient 
morts  de  faim. 

En  comparant  le  traitement  que  les  Tunisiens  trouvent  dans  l'huma- 
nité et  la  générosité  républicaines  avec  celui  que  nous  éprouvons  de  la 
part  du  Bey,  on  ne  peut  qu'être  saisi  de  la  plus  vive  indignation.  Si 
vous  me  permettez,  citoyen  Ministre,  d'énoncer  une  opinion,  elle 
serait  que  tous  les  Tunisiens  si  libres  en  France  fussent  réunis  dans 
une  maison  de  réclusion,  dans  un  port  de  mer,  pour  que  le  Bey  n'eût 
pas  le  prétexte  de  nous  envoyer  dans  l'intérieur  des  terres. 

Les  Tunisiens  ne  verront  dans  cette  mesure  qu'une  juste  réciprocité 
provoquée  par  l'indifférence  du  Bey  sur  le  sort  de  ses  sujets  en  pays 
étranger  et  l'oubli  de  ce  qu'il  doit  à  des  Français. 

Que  notre  existence  ici  ne  soit  pas  un  motif  de  continuer  des  ména- 
gements interprétés  avec  trop  de  présomption;  nous  pourrons  en 
souffrir  davantage,  mais  nous  souffrirons  du  moins  avec  honneur.  11 
est  plus  que  ridicule  que  le  Bey  se  montre  plus  sévère  que  le  Dey 
d'Alger;  il  est  vrai  que  ce  Prince  est  dominé  par  une  armée  de  Turcs 
qu'il  entretient  à  sa  solde,  qui  le  surveillent,  et  dont  la  fidélité  lui  est 
plus  que  suspecte  ;  mais  pourquoi  n'a-t-il  pas  imité  la  sage  politique  de 

1.  Voy.  U  note,  p.  391. 


396       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS    '!> 

A  , 

son  père  qui  les  avait  écartés  soigneusement  de  son  service?  Je  si 
cessé  de  le  lui  dire  ;  il  ne  se  trouverait  pas  à  leur  merci  et  nous  aussi  U 
esprits  sont  disposés  ici  de  manière  que  l'apparition  d'une  cmvù 
suffirait  pour  changer  la  dynastie.  Cette  observation,  plusqoetor.^ 
que  je  pourrais  vous  dire,  vous  peint  la  situation  des  Français  à To^ 

{Affaires  étrangères^  C^  de  Tums.) 
TALLKYRAND  A   DBVOIZE. 

739.  —  Paris,  4  août  1799  {17  thermidor  an  Vil).  —  *  Je^.t 
remercie  de  Tenvoi  que  vous  m'avez  fait  d'une  copie  du  traiié  piw 
entre  la  Régence  de  Tunis  et  les  États-Unis  d'Amérique  ^  Son  artickl 
m'a  très  étonné  par  l'abandon  d*une  immunité  que  toutes  les  nat  \\ 
ont  défendue  et  maintenue  pour  leurs  pavillons. 

Je  vois  qu'en  vertu  de  ce  traité,  un  Consul  américain  réside  aaje 
d'hui  à  Tunis,  et  que  par  là  le  citoyen  Famin  a  cessé  ses  fooeiks^ 
de  Consul  provisoire  des  Etats-Unis.  L'exercice  qu'il  en  a  fait  esl ci- 
traire  à  ce  qui  est  prescrit  par  nos  lois.  Cependant,  comme  il  estesr- 
ronné  de  circonstances  peu  communes,  je  ne  me  permets  à  ce  sajH 
aucune  décision  positive.  Je  consulterai  le  Directoire  exécutif,  et  llr 
vraisemblable  que,  frappé  de  ces  circonstances  et  surtout  du  cooraf 
avec  lequel  le  citoyen  Famin  réclame  ce  titre  de  Français  an  moir!;! 
où  il  expose  à  tant  de  dangers,  il  ne  prendra  à  son  égard  qut  i 
détermination  la  plus  favorable  que  les  lois  lui  permettront. 

J'ignore  dans  quelle  situation  vous  et  les  autres  Français  tous  tr:^- 
vez  à  Tunis,  tant  pour  vos  personnes  que  pour  vos  propriétés:  lo 
lacunes  de  votre  correspondance  sont  cause  de  cette  ignorance,  çt 
nuit  beaucoup  au  système  que  le  gouvernement  doit  suivre  envers  ie^ 
Tunisiens  qui  sont  en  France.  Cependant  ils  sont  traités  avec  douera* 
et  avec  égard.  Ils  sont  en  pleine  liberté,  hors  celle  de  sortir  de  la 
République.  Veuillez  bien  me  donner  sur  la  situation  de  la  nalioca 
Tunis  toutes  les  notions,  tous  les  renseignements  que  voos  mrti 
propres  à  m'éclairer. 

Je  n'en  étais  pas  alarmé,  diaprés  la  connaissance  que  je  possède  dj 
caractère  du  Bey  et  de  ses  ministres  et  de  la  bienveillance  qailsoQt 
pour  vous.  Mais  depuis  quelques  jours  j'ai  conçu  des  craintes  sur  Tti'^ 
compte  et  sur  celui  de  la  nation.  Je  suis  informé  que  le  Grand-Seigoe?. 
sur  les  avis  que  ses  alliés  lui  ont  sans  doute  donnés  de  la  douceurs^- 
laquelle  les  Français  étaient  traités  par  les  Régences,  a  adressai 
celles-ci  des  firmans  par  lesquels  il  leur  demande  de  faire  passer  f«^ 

1.  Voy.  la  note,  p.  316. 


[1709]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  397 

nos  nationaux  à  Constantinople.  Vous  sentez  combien  une  pareille 
demande  a  pu  m'affecler  pour  eux,  et  à  combien  de  maux  elle  les 
livrerait,  si  elle  pouvait  être  accordée.  Quelque  peu  fondé  que  soit  le 
Grand-Seigneur  dans  une  telle  prétention,  je  ne  suis  pas  rassuré.  Je 
crains  tout  ce  que  peut  produire  sur  Tesprit  des  Régences  Thabitude 
des  égards  et  des  condescendances.  Malheureusement  je  n'ai  pas  et  le 
gouvernement  ne  peut  pas  mettre  à  ma  disposition  des  moyens  capables 
de  vous  éviter  les  malheurs  qui  vous  attendent,  si  les  Régences  obtem- 
pèrent aux  désirs  de  la  Porte.  Dans  cette  situation,  je  ne  puis  que 
vous  exhorter  à  employer  tous  les  moyens  qui  sont  en  votre  pouvoir 
pour  déterminer  le  Bey  à  un  refus.  Mais  si  vous  ne  pouvez  y  parvenir, 
je  vous  autorise  à  prendre,  de  concert  avec  la  nation  assemblée,  tel 
parti  que  les  circonstances  vous  présenteront  comme  le  plus  propre  k 
vous  soustraire,  ainsi  que  les  nationaux  et  leurs  propriétés,  à  la  dépor- 
tation cruelle  dont  vous  êtes  tous  menacés.  Je  vous  laisse  à  cet  égard  la 
plus  vaste  latitude  ;  quel  qu'il  soit,  pourvu  qu'il  ne  compromette  ni  votre 
caractère  ni  le  nom  français,  le  Directoire  exécutif  l'approuvera,  même 
dans  le  cas  où  vous  n'échapperiez  au  transport  à  Constantinople  que  par 
un  coup  de  main  des  Anglais  semblable  à  celui  qu'ils  ont  osé  se  per- 
mettre à  Tripoli'.  Ne  laissez  échapper  aucune  occasion  de  m'écrire.  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  HAMOUDA,  BBY  DE  TUNIS. 

740.  —  Tunis,  2i  août  i  799  {4  fructidor  an  VII),  —  «  Excellence,. 
Les  lois  de  la  République  française  autorisent  le  divorce  et  permet- 
tent aux  parties  de  se  remarier  après  l'année  expirée.  Giuseppe  Opizzo, 
d'origine  génoise,  a  fait  divorce,  par  acte  passé  en  chancellerie  le 
3  août  1798,  et  cet  acte  reconnaît  qu'à  la  dite  époque  il  se  trou- 
vait, par  consentement  mutuel,  depuis  plus  de  dix  années  séparé  de 
sa  femme,  laquelle  habitait  la  maison  du  citoyen  Barthez,  avec  lequel 
elle  s'est  mariée  après  l'expiration  de  Tannée  du  jour  du  divorce. 

J'ai  rhonneur  d'adresser  à  Votre  Excellence  le  susdit  acte  qui  con- 
tient tous  les  documents  qui  peuveot  éclairer  sa  justice,  que  quelques 
méchants  hommes  cherchent  en  vain  de  surprendre,  en  excitant  le  dit 
Opizzo  à  faire  des  recours  auxquels  il  a  renoncé  authentiquement  dans 
le  dit  acte  de  divorce.  » 

{Archives  de  la  Régence,  Palais  Dar-el-Bey,  Corresp^'*  avec  la  France,) 

TALLEYRARD  A   DEVOIZE. 

741. — PariSf  19  septembre  1799  {S""  jour  complémentaire  an  Vil)* 
—  «  ....  Le  Bey  agit  avec  discernement  en  profitant  de  l'état  de  guerre 

i.  Voy.  la  note,  p.  390. 


398  CORRESPONDANCE  DES  REYS  ET  DES  CONSULS         [\:^ 

dans  lequel  il  se  trouve  avec  la  République  pour  fortifier  sestblvt 
augmenter  sa  marine,  afin  de  pouvoir  tôt  ou  tard  faire  cesser  la  ■^'> 
potence  d'Alger  k  son  égard;  et  je  ne  suis  pas  surpris  que,  pourac.  :■ 
plir  plus  promptement  ses  vues  politiques  sur  ce  point,  il  ait  eu  llty- 
tion  d*employer  à  ses  constructions  navales  les  ouvriers  français  :. 
étaient  à  Tunis  et  qui  sont  heureusement  arrivés  à  Toulon.  \ , 
avez  bien  fait  de  repousser  la  proposition  quMl  vous  a  faite  à  ce  sa: 
elle  n*eûi  été  admissible  qu'aux  conditions  que  vous  avez  prop  >- 
à  ce  Prince...  L'enlèvement  des  Français  à  Tripoli  par  les  Ajt^i^ 
m'était  connu  par  les  détails  que  le  citoyen  Beaussier  m'avait  enuj- 
de  Gènes. 

Vous  devez  être  depuis  quelque  temps  rassuré  sur  votre  traDsiati. 
à  Gonstantinople.  Alger  a  repoussé  la  demande  faite  par  le  Capidjii 
Grand  Seigneur;  le  Bey  de  Tunis  ne  peut  qu'avoir  suivi  cet  exempt 

Je  ne  suis  pas  surpris  des  trêves  conclues  entre  les  Barbaresques: 
le  Portugal,  la  Sicile  et  la  Sardaigne,  parce  qu'elles  permetteotà- 
trois  Puissances  de  se  livrer  au  blocus  de  Malte  avec  plus  de  sécor; 
et  de  facilité.  Je  reconnais  là  l'influence  des  Anglais. 

La  Porte  use  mal  de  la  sienne  envers  les  Régences  par  ses  demaodr 
de  subsides  et  d'affranchissement  des  esclaves  grecs,  etc.;  il  nest  [i^ 
probable  qu'elles  y  obtempèrent,  attendu  que  ces  demandes  portei 
sur  leurs  intérêts  les  plus  chers.  J'ai  quelque  espoir  qu'à  cette  occasif^: 
il  naîtra  entre  ces  Puissances  quelque  froideur  qui  pourra  être  allie: 
nos  affaires. 

Je  vous  remercie  des  nouvelles  que  vous  m^avez  transmises  sur  ^ 
général  Bonaparte  et  ses  opérations.  Je  vous  exhorte  à  entretenir  1*^ 
intelligences,  afin  d'avoir  de  Malte,  d'Egypte  et  du  Levant  toutes  1^^ 
nouvelles  qu'on  reçoit  dans  ce  port.  A  cet  effet,  je  vous  aatorise  a 
faire  à  votre  correspondant  les  donatives  que  vous  croirez  propres  a 
exciter  son  zèle  et  son  exactitude. 

J'ai  été  profondément  affecté  des  mauvais  traitements  essayés  pv 
les  ouvriers  français  employés  aux  deux  pontons.  La  conduite  du  Sabib- 
Tapa  à  leur  égard  est  révoltante.  11  faut  être  bien  familier  aver  le> 
mœurs  de  ces  peuples  pour  concevoir  qu'un  ministre  puisse  desceoiin 
k  cet  excès  d'indignité.  Mais  que  penser  du  Bey,  de  Mustapha-Kbodja 
Ils  manifestaient  avant  la  rupture  tant  d'affection  pour  les  Franc^^^ 
Cet  événement  l'aurait-il  entièrement  étouffée?  Je  sens  bien  commec' 
ce  Prince  et  son  ministre  ont  été  entraînés  dans  la  guerre  ^ctué- 
mais  je  vous  avoue  que  je  ne  m'attendais  pas  qu'ils  y  manifestasses 
l'animosité  dont  vous  me  peignez  les  effets. 


117991  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  399 

Je  vous  sais  gré  de  la  fermeté  avec  laquelle  vous  avez  exposé  au 
Bey  les  justes  sujets  de  plaintes  que  vous  aviez  contre  lui  et  ses 
ministres.  Je  me  flatte  que  vos  représentations  auront  produit  quelque 
heureux  résultat  et  que  vos  premières  lettres  m*en  instruiront. 

Je  rends  justice  au  zèle  qui  vous  a  porté  à  me  proposer  de  mettre 
et)  réclusion  tous  les  Tunisiens  qui  sont  en  France.  Il  est  d'autant  plus 
louable  que  la  rigueur  exercée  envers  eux  ne  pourrait  qu'avoir  un 
f&cheux  effet  pour  vous.  Mais  le  Directoire  exécutif,  par  des  considé- 
rations importantes,  a  cru  devoir  agir  autrement  envers  ces  étrangers. 
Ils  arriveront  à  Tunis  au  moment  que  vous  recevrez  cette  lettre.  Peut- 
être  ce  procédé  généreux,  quoique  conforme  aux  traités,  détermînera- 
t-ii  le  Bey  et  ses  ministres  à  adoucir  votre  sort  et  celui  de  nos  conci- 
toyens? Saisissez  cette  circonstance  pour  obtenir  au  moins  ce  résultat, 
si  vous  ne  pouvez  amener  la  Régence  à.  se  conformer  aux  traités, 
comme  vient  de  le  faire  le  Directoire  à  Tégard  de  ces  Tunisiens. 

Soyez  bien  convaincu  que  votre  pénible  situation  est  sans  cesse 
présente  à  mon  souvenir  et  à  celui  du  Directoire  exécutif.  Je  le  seconde 
de  tout  mon  zèle  dans  ses  tentatives  pour  mettre  un  terme  k  la  rigueur 
de  votre  sort.  Il  faut  espérer  qu'elles  ne  seront  point  vaines. 

Je  vous  prie  de  m'écrire  le  plus  souvent  que  vous  pourrez,  et  de  ne 
me  rien  laisser  ignorer  de  toutes  les  nouvelles  intéressantes  qui  pour- 
ront venir  à  votre  connaissance.  »>  {Affaires  étrangères,  C  de  Tunis,) 

DKVOIZB  A    TALLEYRAND. 

742.  —  Tunis,  24  octobre  1799  {4  brumaire^  an  VIII),  —  «  Citoyen 
Ministre,  Depuis  plus  de  huit  mois  tous  les  Français,  hors  ceux  pris 
après  la  déclaration  de  guerre  du  Dey,  sont  libres  à  Alger;  les  Tunisiens 
le  sont  en  France,  et  nous  sommes  toujours  en  prison  à  Tunis.  Il  y  a 
plus;  le  Bey  est  prévenu  depuis  longtemps  que  ses  sujets  ont  écrit  ici, 
de  Paris  et  de  Marseille,  qu'ils  avaient  obtenu  la  permission  de  revenir 
dans  leur  patrie  ;  ce  Prince  ne  s'est  pas  montré  plus  touché  de  ce  pro- 
cédé généreux  du  gouvernement  que  des  représentations  que  je  lui 
ai  adressées  sur  une  rigueur  aussi  inutile  qu'injuste,  exercée  envers 
des  individus  qui  n'ont  aucun  moyen  de  s'évader,  quand  même  ils  en 
auraient  le  désir,  et  qui  peuvent  tout  aussi  bien  lui  servir  d'otages  en 
ayant  la  faculté  d'habiter  leurs  maisons  qu'entassés  dans  le  Fondouk, 
au  préjudice  de  la  commodité  et  de  la  santé  de  tous...  » 

Devoize  conseille  de  chercher  des  sujets  d'échange  dans  la  prise  de 
quelques  corsaires  de  la  Régence,  ou  d'intercepter  les  convois  de  sub- 
sistances que  le  Sahib-Tapa  dirige  vers  la  Catalogne.  Depuis  l'empri- 
sonnement des  Français,  il  fait  à  lui  seul  tout  le  commerce....  Devoize 


400  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS         [1799] 

n*a  plus  reçu  de  nouvelles  du  Levant  depuis  cinq  mois.  Les  Anglais 
ont  également  beaucoup  à  souffrir  des  Tunisiens. 

(Affaires  Urangères,  C^  de  Tunis.) 
DEYOIZE  A  TALLETftAND. 

743.  —  Tunis,  25  octobre  1799  {4  brumaire,  an  Vllf),  —  Devoiie, 
créancier  de  TAgence  d*Afrique  ^  pour  une  somme  de  22,756  fra&cs. 
prie  Talleyrand  d'intervenir  auprès  du  Ministre  de  rintérieur,  de  q.. 
relève  TAgence  en  question,  pour  que  cette  somme  lui  soit  payée. 

{Affaire»  étrangères,  C^  de  Junu.) 
DKVOIZB   A  TALLEYRAND. 

744.  —  Tunis,  26  novembre  1799  [6  frimaire,  an  VIII),  —  LeB^T 
a  fait  étrangler  le  Prince  Younez,  fils  du  Pacha  détrôné  en  1756,  qn 
entretenait  une  correspondance  suspecte  avec  le  Dey  d*Alger.  Hamoûà 
nourrit  depuis  longtemps  le  projet  de  s'affranchir  de  la  dépendance 
dans  laquelle  le  tient  son  voisin,  mais  ce  qui  perdra  son  gGayernemeoL 
c*est  Tentretien  à  son  service  de  5  à  6000  Turcs,  toujours  prêts  à  k 
trahir.  Devoize  prévoit  une  rupture  prochaine  entre  les  deux  Régences. 
«  ...  Le  Consul  anglais  a  quitté  Tunis  depuis  près  de  deux  mois,  pré- 
venu sans  doute  de  la  détermination  de  son  gouvernement  de  faire  la 
guerre  en  Barbarie.  Il  ne  cessait  de  dire  à  ces  Régences  qu'elles  d^ 
pouvaient  manquer  de  recevoir  une  leçon  des  Russes,  des  Otlomansei 
des  Anglais  pour  toutes  les  insultes  qu'elles  leur  ont  fait  subir.  Si 
j*ai  un  regret,  c'est  que  cette  leçon  n'ait  pas  été  réservée  à  la  Répu- 
blique; mais  j'espère  qu'elle  leur  donnera  la  dernière,  la  plus  forte  et 
la  plus  utile....  »  Devoize  exprime  le  vœu  que  tous  les  Tumsiensse 
trouvant  en  France  soient  jetés  dans  la  maison  de  réclusion  à  Mar- 
seille, et  les  Turcs  de  Toulon  soumis  aux  travaux  publics. 

{Affaires  étrangères,  C^  de  hmis.) 
DEVOIZE  A    TALLEYRAND. 

745.  —  Tunis,  7  décembre  1799  [16  frimaire,  an  VIII], -^^ 
Bey  ne  se  relâche  en  rien  de  sa  rigueur.  Je  viens  de  lui  demander  pour 
les  négociants  l'ouverture  de  leurs  comptoirs  où  leurs  papiers  pour- 
rissent dans  l'humidité....  Le  Bey  est  malheureusement  environné  de 
courtisans  qui  ont  été  insultés  par  des  Français  imprudents.  Ils  dos 
nent  journellement  essor  à  leur  ressentiment,  et  personne  ne  ^^ 
pour  nous.  Mamet-Khodja,  gouverneur  de  Porto-Farine,  beau-frère  de 
cet  Osman  que  vous  connaissez,  et  tous  les  individus  qui  tiennent  a 
cette  famille,  se  montrent  les  plus  acharnés;  un  autre  beau-frère,  Mu5- 
tapha-Agha,  frère  d'Osman,  qui  a  accompagné  dans  son  ambassade  à 

1.  Voy.  la  note  \,  p.  247. 


'1799]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  401 

Paris  Mohammed-Khodja,  ne  manque  aucune  occasion  de  déprécier  le 
gouvernement  français,  et  de  s*exprimer  en  place  publique  sur  notre 
expédition  d'Egypte  de  manière  à  me  faire  craindre  plus  d'une  fois 
qu'il  ne  réussisse  à  allumer  le  fanatisme  et  à  Fexciter  contre  nous...  » 

(Affaires  élrangéres^  C"*  de  Tunis.) 
DEYOIZE  A  TALLEYBAND. 

746.  —  Tunis,  22  décembre  i799  {l""' nivôse  an  VIII).  —  «  Le  Bey 
a  ordonné  au  gouverneur  de  Porto-Farine  de  se  rendre  au  Fondouk 
pour  me  remettre,  sans  inspecter  les  cachets,  les  clefs  de  la  chancel- 
lerie, des  comptoirs  et  magasins  des  négociants,  à  qui  toutes  leurs 
propriétés  se  trouvent  par  conséquent  rendues.  Mes  chevaux,  mes 
mules  sont  toujours  dans  les  écuries  de  ce  Prince  et  ma  voiture  dans 
les  remises  du  premier  ministre.  Je  dois  croire  que  c'est  pour  me  les 
renvoyer  à  la  paix. 

La  situation  de  la  nation  renfermée  dans  le  Fondouk  n'a  pas  varié 
depuis  le  15  nivôse  dernier.  La  garde  turque  qui  se  relève  toutes  les 
-vingt-quatre  heures  m'a  paru  toujours  choisie  parmi  les  soldats  les 
plus  paisibles;  elle  s'est  conduite  constamment  avec  la  même  décence 
que  les  janissaires  ordinaires  attachés  au  Consulat.  Le  Fondouk  n'a 
pas  l'air  d'une  prison,  parce  que  les  portes  ne  sont  fermées,  comme  en 
temps  de  paix,  qu'à  la  nuit  close;  ce  n'a  pu  être  qu'avec  l'autorisation 
du  Bey  que  cette  garde  s'est  prêtée  à  toutes  les  condescendances  qui 
ont  en  quelque  façon  adouci  notre  sort.  Tous  ceux  qui  ont  demandé  la 
permission  de  sortir  pour  leurs  affaires  Tout  obtenue  ;  les  étrangers  et 
sujets  du  Bey  qui  se  sont  annoncés  comme  ayant  à  me  parler  n'ont 
jamais  été  repoussés.  Des  jeunes  gens,  pour  se  dérober  au  désœuvre- 
ment, ont  imaginé  de  dresser  un  théâtre  et  joué  la  comédie  deux  fois 
par  semaine.  Le  Bey  n'a  pas  blâmé  ce  genre  d'amusement.  Les  Français 
pris  en  mer  ont  été  dépouillés  de  tous  leurs  effets,  envoyés  aux  travaux 
publics;  ils  y  ont  été  maltraités  comme  ceux  des  autres  nations,  ils 
sont  mieux  traités  actuellement. 

La  surveillance  des  alliés  de  la  Porte,  la  présence  des  Capidjis^  ont 
contribué  dans  le  principe  à  ces  rigueurs;  mais  ceux  qui  sont 
venus  demander  notre  translation  à  Constantinople  ont  été  éconduits 
assez  brusquement.  Si  le  Bey  eût  cédé  â  cette  prétention  du  Grand 
Seigneur,  il  aurait  fallu  subir  notre  destination,  n'y  ayant  ici  aucun 
moyen  d'évasion.  Si  nous  restons  en  prison  lorsque  nos  concitoyens 
sont  libres  depuis  plus  de  onze  mois  à  Alger,  nous  le  devons  au  ressen- 
timent que  le  Bey  a  conservé  de  Timpolitique  et  honteux  recours  d'un 

2Ô 


402  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  1800] 

Envoyé  de  la  République  '  à  rintervention  du  Dey  d'Alger,  dont  le  Be} 
a  voulu  montrer  dans  cette  occasion  ne  pas  vouloir  dépendre;  cest 
ce  que  m*a  insinué  un  des  premiers  officiers  de  la  Régence. 

Un  fils  de  l'Empereur  du  Maroc  est  venu  d'Egypte  par  terre  avec  use 
nombreuse  suite.  La  relation  qu'il  a  faite  au  Bey  de  son  séjour  ai 
Caire,  de  Taccueil  qu'il  a  reçu  en  thermidor  dernier  du  général  Booa* 
parte,  de  la  protection  qu'il  a  accordée  à  la  caravane  de  La  Mecp 
contre  les  incursions  des  Arabes,  a  produit  ici  la  sensation  la  pliu 
favorable  pour  nous  sur  l'esprit  du  Bey  et  de  tous  ses  sujets.  On  m 
fait  espérer  que  nous  sortirons  bientôt  de  notre  prison....  » 

(Affaires  étrangères^  C*«  de  Tixnu.] 
DEVOIZS  A  TALLBYRAND. 

747.  —  Tunis,  7  février  I SOO  [t 8  pluviôse  an  VIII).  —  «  Les Dégo- 
ciants  se  plaignaient  que  les  sujets  du  Bey  s'appuyaient  du  prétexte  dr 
la  guerre  pour  éluder  de  satisfaire  à  leurs  engagements.  Sur  les  repré- 
sentations que  j'ai  faites  à  ce  Prince,  il  a  ordonné  sur-le-champ  à  île 
mamelouk  de  signifier  de  sa  part  à  tous  ses  sujets  qui  se  trouTaieo; 
débiteurs  des  Français  de  s'acquitter  envers  eux.  Ce  mamelouk  restr 
à  la  disposition  des  négociants  pour  contraindre  ceux  qui  se  refusa 

raient  à  les  payer.  »  (Affaires  étrangères,  C*"»  de  Twim.) 

DEVOIZB  A  TALLKYRAND. 

748.  —  Tunis,  7  février  i  800  [18  pluviôse  an  F7/i).  -  Le  Dej 
d'Alger  a  déclaré  la  guerre  à  l'Espagne,  et  le  Bey  de  Tunis  a  enjoint  à 
M.  Buzaran,  Consul  d'Espagne  résidant  près  de  lui  ',  de  partir  pouralie: 
solliciter  à  Madrid  la  réduction  à  3  0/0  du  droit  de  20  0/0  d'entrée  que 
payent  toutes  les  denrées  tunisiennes  dans  les  ports  d'Espagne. 

M.  Buzaran  est  mort  subitement  au  milieu  des  préparatifs  de sqd 
départ.  Ses  procédés  avaient  toujours  été  des  plus  obligeants  eoTer? 

les  Français.  {Affaires  étrangéf^s,  C**  de  Tunis.) 

DBVOIZE  A  TALLEYBAND. 

749.  _  Tunis,  iO  féviner  1800  [21  pluviôse  an  VIII).  -  ^ 
firman  dont  étaient  chargés  les  trois  Capidjis  qu'une  frégate  anglaise 
a  conduits  de  Constantinople  en  Barbarie  porte  l'ordre  précis  aux  trois 
Régences  de  mettre  sans  délai  en  liberté  les  Grecs,  les  Impériaux muBu 
de  firmans,  et  les  Napolitains  avec  passeport  de  Vamiral  Nelson. 

«  La  restitution  des  Français  de  la  garnison  de  Corfou*  est  compri?^ 
dans  les  instructions  du  Capidji  qui  est  passé  k  Alger.  Nais  j'ignorv^ 

i.  Le  citoyen  Herculais,  dont  on  a  parlé  précédemment. 

2.  Voy.  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  241  et  suiv. 

3.  Voy.  la  note  i,  p.  387. 


[1800]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  403 

rinjonctîoQ  particulière  faite  au  Dey  d'Alger  de  payer  50,000  sequins 
aux  ex-Vénitiens,  en  indemnité  de  la  valeur  de  leurs  bâtiments  et  car- 
gaisons vendus,  et  la  menace,  en  cas  de  refus,  de  le  déclarer  rebelle  et  de 
rappeler  tous  les  Turcs  au  service  de  la  Régence.  Cette  menace  est  com- 
mune au  Bey  de  Tunis.  Au  départ  du  dernier  courrier  d'Alger,  le  Capidji 
du  Grand  Seigneur  n'avait'encore  obtenu  que  la  liberté  des  Grecs. 

Si  le  Dey  peut  compter  sur  la  fidélité  de  sa  milice,  il  pourrait  bien 
saisir  cette  occasion  de  déclarer  son  indépendance  en  entraînant  celle 
des  autres  Régences.  Elles  offriront  au  gouvernement  un  moyen  de 
traiter  de  la  paix  avec  la  Barbarie.  Mais  les  vaisseaux  sont  les  meil- 
leurs négociateurs  pour  les  Barbaresques. 

Les  Anglais  souffrent  d'être  humiliés  par  les  corsaires;  cependant,  en 
les  châtiant,  ils  craindraient  de  les  mettre  hors  d'état  de  nuire  à  la 
France  et  de  leur  inspirer  Tidée  de  s'en  rapprocher.  A  ces  deux  consi- 
dérations se  joint  le  besoin  de  tirer  de  ces  contrées  les  subsistances 
nécessaires  pour  entretenir  Mahon  et  les  insurgés  de  Malte.  Malgré  le 
peu  d'égards  que  les  corsaires  ont  eus  pour  les  passeports  de  l'amiral 
Nelson  et  le  peu  de  succès  de  ses  réclamations,  le  commodore  Balt,  qui 
commande  à  l'ile  de  Malte,  ne  vient  pas  moins  d'en  faire  passer  à 
Tunis  vingt  ouvriers  et  un  ingénieur  pour  la  construction  d'une  frégate; 
dix-huit  constructeurs  et  un  ingénieur  espagnols  ayant  la  même  mis- 
sion sont  arrivés  en  même  temps.  Tous  sont  aux  frais  des  souverains 
qui  les  envoient. 

Les  rois  de  Naples,  de  Portugal  et  de  Sardaigne  ont  expédié  ici  des 
ambassadeurs  pour  traiter  d'une  trêve,  qui  a  été  conclue.  On  retrouve 
encore  dans  ces  négociations  l'influence  des  Anglais,  qui  veulent  attirer 
les  Barbaresques  dans  les  mers  de  Malte  où,  n'ayant  plus  à  redouter  de 
bâtiments  ennemis,  ils  seront  un  obstacle  de  plus  au  ravitaillement  de 
cetle  ville.  Tant  d'hommages  depuis  si  longtemps  rendus,  et  si  souvent 
répétés,  joints  aux  tributs  annuels  des  Ëtats  du  Nord,  ont  porté  l'arro- 
gance des  Princes  de  Barbarie  à  son  comble.  Au  lieu  de  s'avouer  qu'ils 
n*existent  que  par  la  jalousie  et  les  dissensions  des  grandes  Puissances, 
ils  se  persuadent  qu'ils  sont  en  état  de  leur  résister  et  osent  même  les 
braver.  Telle  est  leur  conduite  aujourd'hui  envers  la  France.  » 

(Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 
DBVOIZB  A  TALLBYRAND. 

760.  —  Tunis,  21  avril  1800  {i'^  floréal  an  VIII).  —  «  La  sortie  du 
Guillaume  Tell  du  port  de  Malte,  avec  tous  les  Maltais  restés  fidèles  à  la 
cause  de  la  liberté,  semble  annoncer  la  capitulation  prochaine  de  cette 
place.  Elle  augmentera  encore   les  difficultés  de  la   paix  avec  les 


404  CORRESPONDANCE  DES  BEY8  ET  DES  CONSULS  [1800] 

Régences,  qui  suivent  toij^ours  pour  règle  de  leur  conduite  envers  les 
Puissances  européennes  leurs  succès  ou  leurs  revers  maritimes  dans 
les  guerres  qu'elles  se  font  entre  elles... 

Les  États-Unis  d'Amérique  viennent  de  faire  présent  au  Bey  d'an 
chargement  de  munitions  de  guerre  et  de  bois  de  construction  embar- 
qués sur  une  corvette  arrivée  le  18  germinal  dernier...  » 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 
BONAPARTB  A  HAMOUDA,  BET  DE  TUNIS. 

761.  —  Paris,  5  mai  1800  [15  floréal  an  Vl/I).  —  «  Uluslre  el 
magnifique  Seigneur, 

Sur  le  compte  favorable  qui  m'a  été  rendu  de  la  probité,  des  talenls 
et  du  zèle  du  citoyen  Devoize,  Chargé  d'affaires  et  Commissaire  général 
des  relations  commerciales  de  la  République  française  à  Tunis,  je  me 
suis  déterminé  à  le  confirmer  dans  ce  poste,  où  je  suis  persuadé  quil 
continuera  à  mériter  votre  amitié  et  votre  confiance.  Je  lui  prescris 
d'être  auprès  de  vous  Torgane  de  mon  attachement  et  de  ma  baule 
estime,  et  je  le  charge  en  même  temps  de  vous  présenter  cette  lettre 
pour  l'accréditer  auprès  de  votre  personne  en  qualité  de  Chargé  d'affaires 
et  de  Commissaire  général  des  relations  commerciales  de  laRépubliqae 
française.  Vous  pouvez,  en  conséquence,  ajouter  foi  et  créance  à  loat 
ce  qu'il  vous  dira  en  mon  nom,  tant  pour  le  bien  du  service  el  les  inté- 
rêts des  Français  résidant  dans  vos  États  que  pour  le  maintien  de  U 
bonne  harmonie  si  heureusement  rétablie  entre  les  deux  nations. 

Recevez,  illustre  el  magnifique  Seigneur,  l'expression  sincère  de  m^ 
sentiments  et  de  mes  vœux  pour  votre  prospérité  personnelle  etcellede> 

États  que  vous  gouvernez  •.  »  {Affaires  étrangêrtê,  C^  de  TttnU.) 

1.  Arrêté  du  Premier  Consul  du  S  mai  1800  {15  /toréai  an  Vlll).  -  «  Bona- 
parte, Premier  Consul  de  la  République,  considérant  que  Tétat  de  guerre  exisuoi 
avec  la  Régence  de  Tunis  ne  peut  qu'être  contraire  aux  principes  et  aux  seoi;- 
ments  connus  du  Bey,  et  qu'il  est  possible  autant  que  désirable  d'y  melin  u>: 
terme,  en  discutant  et  en  entrant  en  arrangement  sur  quelques  différends  qa- 
s'étaient  éle?és  entre  les  deux  États  avant  la  rupture,  arrête  que  ie  citojcn 
Devoize  est  autorisé  à  négocier  avec  ce  Prince  et  la  Régence,  aux  conditions  indi- 
quées dans  les  instructions  que  le  Ministre  des  relations  extérieures  est  c\ars( 
de  lui  adresser. 

En  conséquence,  le  Premier  Consul  donne  par  ces  présentes,  signées  de  $t 
main,  pouvoir,  commission  et  mandement  spécial  au  citoyen  Devoize  pour  traita' 
et  arrêter  avec  le  Bey,  son  Divan,  ou  celui  des  grands  de  la  Régence  muni  d'ar 
plein  pouvoir  suffisant  de  leur  part,  tous  articles,  stipulations  et  a^rangelnent^U' 
qu'ils  sont  énoncés  dans  ses  instructions.  Promettant  le  Premier  Consul  d'arcr 
pour  agréable  et  de  tenir  ferme  et  stable  tout  ce  qui  aura  été  réglé,  conteDu  e- 
arrêté  en  son  nom  par  ledit  citoyen  Devoize,  sans  soufîrir  qu'il  y  soit  apport"^ 
directement  ou  indirectement,  aucun  empêchement  pour  quelque  cause  que^ 
puisse  être.  Car  telle  est  Tintention  formelle  du  Premier  Consul.  En  foi  de  quû<> 
a  fait  mettre  à  ces  présentes  le  sceau  du  gouvernement  de  la  République  tn^- 
çaise.  • 


[1800]  AVEC -L A  COUR  DE  FRANCE  408 

DBVOIZE  A  TALLBYRAND. 

752.  —  Funis,  14  mai  1800  (24  floréal  an  VIII).  —  «  Le  Bey  vient 
de  faire  savoir  aux  commerçants  de  cette  ville  que  le  port  d'Alexandrie 
était  libre...  Il  n*y  a  point  eu  ici  comme  à  Alger  de  réjouissances 
publiques  à  Toccasion  de  la  capitulation  qui  a  eu  lieu... 

L'importance  d*avoir  une  paix  solide  avec  la  Barbarie  ou  de  s'y 
assurer  par  d'autres  moyens  l'extraction  des  substances,  dans  le  cas 
d'une  guerre  en  Italie,  n'a  jamais  été  mieux  démontrée  que  dans  les 
circonstances  actuelles.  Malgré  les  exportations  de  la  Sardaigne  et  de 
la  Sicile,  plus  de  140  bâtiments  chargés  de  denrées  sur  les  rades  de  la 
domination  du  Bey  sont  déjà  partis  pour  Livourne...  » 

{Affaires  étrangères,  C'"»  de  Tunis,) 
DBVOIZB  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

763.  —  Tunis,  19  mai  1800  [29  floréal  an  VIII).  —  «  Illustre  et 
magnifique  Seigneur, 

Lorsque  vous  avez  déclaré  la  guerre  à  la  France,  malgré  les  preuves 
qu'elle  n'a  cessé  de  vous  donner,  depuis  que  vous  régnez,  de  sa 
bienveillance  et  de  son  désir  de  vivre  en  paix  avec  Votre  Excellence, 
j'ai  conçu  que  cette  rupture  vous  était  commandée  par  les  circons- 
tances, et  que  vous  ne  pouviez  seul  résister  au  vœu  du  Grand  Seigneur 
et  de  ses  alliés;  mais  c'était  déjà  une  grande  marque  de  condescen- 
dance que  de  nous  retenir  prisonniers  dans  vos  États  malgré  l'article 
du  traité  qui  devait  nous  faire  espérer  d'avoir  la  faculté  de  retourner 
dans  notre  patrie;  de  faire  esclaves  et  condamner  aux  travaux  des 
navigateurs  qui  sont  venus  mouiller  sous  vos  ports  dans  la  confiance 
d'y  trouver  un  asile  sûr,  avant  les  trois  mois  expirés  après  votre  décla- 
ration. Le  jour  que  Votre  Excellence  me  l'a  signifiée,  elle  a  eu  la  bonté 
de  m'exprimer  des  dispositions  telles  que  j'étais  bien  éloigné  de  m'at- 
tendre  à  la  rigueur  avec  laquelle  vous  nous  avez  traités  depuis.  Si  nous 
avions  commis  quelques  crimes,  ils  seraient  plus  qu'expiés  par  dix-sept 
mois  de  prison. 

Il  y  en  a  plus  de  seize  que  les  Français  sont  libres  à  Alger;  ils 
Tétaient  aussi  à  Tripoli.  L'Empereur  de  Maroc  n'a  pas  même  déclaré  la 
guerre.  Par  quelle  fatalité  arrive-t-il  que  Votre  Excellence,  dont  je  n'ai 
cessé  de  louer  la  sagesse  et  la  justice,  se  soit  distinguée  des  autres  sou- 
verains de  la  Barbarie  par  une  sévérité  qui  fait  bien  des  malheureux 
sans  aucun  avantage  pour  Votre  Excellence? 

Notre  expédition  en  Egypte  a  été  le  motif  de  la  guerre  que  vous  avez 
déclarée  à  la  République;  la  cause  a  cessé;  l'effet  doit  cesser  aussi. 
Une  capitulation  honorable  a  eu  lieu.  L'armée  française  est  sortie  pai- 


406  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  '1800' 

siblemeatde  cette  province  qu'elle  avait  conquise  sans  intention  delà 
conserver.  Malgré  votre  déclaration  de  guerre,  la  République  est  restée 
fidèle  au  traité  que  vous  avez  violé.  Un  parlementaire  a  été  armé  à 
grands  frais  à  Toulon  pour  vous  ramener  vos  sujets;  ce  procédé  amical 
et  généreux,  ce  premier  pas  d'une  Puissance  telle  que  la  France  vers 
Votre  Excellence  méritait  au  moins  qu'elle  eût  adouci  notre  sort,  si  elle 
ne  voulait  pas  user  d'une  parfaite  réciprocité.  Chaque  jour  que  voqs 
nous  retenez  après  l'arrivée  de  vos  sujets  est  une  injure  à  la  Répu- 
blique. Quatre  pères  de  famille,  leurs  femmes  et  vingt-cinq  enfanU, 
presque  tous  de  Bizerte,  sont  accumulés  dans  la  seule  maison  du  citoyen 
Mourié;  les  mères  y  ont  contracté  la  maladie  incurable  dont  ce  négo- 
ciant est  mort,  et  dont  avaient  aussi  été  attaqués  dans  la  même  maison 
les  deux  familles  auxquelles  par  ce  motif,  et  sur  la  demande  de  Tingé- 
nieur  Grandville,  vous  avez  permis  de  retourner  à  Porto-Farine.  Un  de  tos 
médecins  traite  ces  infortunés,  dont  le  déplorable  état  sollicite  de  votre 
humanité  leur  renvoi  dans  leurs  foyers,  ainsi  que  les  autres  individos 
qui  habitaient  ci-devant  Bizerte,  où,  sous  l'autorité  de  votre  gouverneur, 
ils  ne  seront  pas  moins  prisonniers  qu'à  Tunis,  puisqu'il  vous  plait  de 
nous  retenir  comme  tels. 

Les  officiers  exempts  du  travail  ont  été  soumis  diverses  fois,  à  la 
M anouba,  à  cueillir  des  tleurs,  des  olives,  des  oranges.  Ils  ont  d'abord 
regardé  comme  une  occupation  agréable  un  travail  qui  ne  présentait 
rien  de  pénible  et  de  dégoûtant,  parce  qu'il  pouvait  être  utile  à  Votre 
Excellence.  Ils  ne  se  sont  plaints  que  d'être  conduits  à  ce  travail  par 
des  gardiens  ayant  le  bâton  àlamain.  Ces  officiers  ont  ensuite  été  com- 
mandés à  enlever  les  ordures  des  cours  de  votre  palais,  mêlés  avec  des 
forçats  napolitains.  Il  y  a  quelques  jours  qu'on  leur  a  fait  transporter 
à  dos  des  tuiles  jusques  à  deux  heures  après-midi.  Il  y  a  quelque  temps 
que  votre  Bachi  Mamelouk  fit  donner  la  bastonnade  à  un  de  ces  officiers 
sans  daigner  l'entendre. 

Voilà,  Excellence,  bien  des  humiliations  dont  sont  abreuvés  les  Fran- 
çais. Veuillez  bien  les  faire  cesser  et  rendre  aux  prisonniers  du  Fon- 
douk  une  liberté  dont  ils  sont  privés  depuis  trop  longtemps  et  dont  ils 

ne  sauraient  abuser.  »  {Affaires  étrangères,  O  de  Tvnis.) 

754.  —  Paris^  24  mai  f  800(4  prairial  an  VU/).  —  Instructions  pour 
1  e  citoyen  Devoize,  Commissaire  général  et  Chargé  des  affaires  de  la 
République  à  Tunis  '  : 

1.  •  Le  premier  Consul  de  la  République  ayant  jugé  à  propos  de  foire  passer 
à  Alger  le  citoyen  Dubois-Thaînville  pour  y  répondre  à  quelques  ouvertores  do 
Dey,  le  Ministre  des  relations  extérieures  a  remis  h  cet  agent  des  instntctio&s 


[iSOOJ  AVEC  LPk  COUR  DE  FRANCE  407 

d'après  lesquelles  il  est  autorisé  à  entrer  en  négociations  avec  ce  Prince  et  sa 
Régence. 

L.e  Ministre  des  relations  extérieures  lui  a  en  même  temps  confié  les  présentes 
instructions,  avec  ordre  de  les  transmettre  au  citoyen  Devoize  aussitôt  qu'il  aura 
acquis  la  certitude  de  réussir  à  Alger. 

Le  succès  de  cette  première  négociation  ne  pourra  que  faciliter  celle  qui  sera 
suivie  &  Tunis  par  le  citoyen  Devoize.  Le  Ministre  des  relations  extérieures  est 
persuadé  que  Tétai  de  détention  de  ce  commissaire  ne  saurait  Tempècher  de  traiter 
oftlcieUement  auprès  du  Bey  et  de  la  Régence,  dès  qu'il  les  aura  instruits  des 
ordres  qui  lui  seront  parvenus.  En  conséquence,  le  citoyen  Devoize,  à  la  réception 
de  ces  instructions  et  des  pleins  pouvoirs  qui  y  sont  annexés,  entamera  la  négo- 
ciation aux  conditions  qui  vont  lui  être  indiquées. 

Le  principal  objet  de  cette  négociation  doit  être  le  rétablissement  pur  et  simple 
des  relations  politiques  et  commerciales  de  la  République  avec  la  Régence  de 
Tunis,  telles  qu'elles  existaient  avant  la  rupture,  et  le  tout  sans  indemnité  de  part 
et  d'autre,  sauf  à  régler  préalablement  les  points  de  discussions  et  de  réclamations 
d'après  les  bases  d'une  exacte  réciprocité. 

En  conséquence,  le  citoyen  Devoize  est  autorisé  à  demander  : 
i"*  Que  celles  de  nos  Concessions   d'Afrique  situées  dans  les  États  de  cette 
Régence  soient  restituées  à  la  République  de  la  même  manière  et  aux  mêmes  con- 
ditions que  la  France  en  jouissait  en  vertu  de  ses  anciens  traités; 

â^  Que  tous  les  effets  et  marchandises  qu'on  pourrait  avoir  enlevés  aux  Français 
qui  ont  été  retirés  de  cette  partie  de  nos  Concessions  leur  soient  rendus  en  nature 
ou  leur  valeur  restituée; 

3**  Que  la  Régence  les  rétablisse  et  fasse  conduire  convenablement  dans  ces  Con- 
cessions et  qu'elle  les  remette  ainsi  en  possession  de  leurs  comptoirs. 

A  ces  conditions,  le  citoyen  Devoize  assurera  le  Bey  que  tous  les  arrérages  dus 
de  la  redevance  annuelle  lui  seront  totalement  payés,  et  qu'à  compter  du  jour  de 
la  réintégration  des  Français  dans  leurs  comptoirs,  la  dite  redevance  sera  exacte- 
ment acquittée  par  la  République,  sans  que  néanmoins  la  Régence  puisse  rien 
répéter  pour  l'intervalle  de  temps  écoulé  depuis  la  rupture.  Après  avoir  fait  agréer 
ces  propositions,  le  citoyen  Devoize  réclamera  du  Bey  la  liberté  de  tous  les  autres 
Français  détenus  &  Tunis,  ainsi  que  l'entière  restitution  de  leurs  papiers,  effets  et 
propriétés,  de  manière  que  rien  ne  puisse  les  empêcher  de  reprendre  leurs  opéra- 
lions  de  commerce  ou  de  revenir  en  France  aussitôt  qu'ils  le  désireront.  Cette 
réclamation  comprendra  tous  les  marins  et  autres  Individus  français  réduits  à 
l'esclavage,  lesquels  devront  être  mis  sur-le-champ  à  la  disposition  du  citoyen 
Devoize,  pour  qu'il  puisse  les  faire  repasser  en  France  à  la  première  occasion  qui 
se  présentera.  Le  gouvernement  prendra  de  son  côté  des  mesures  pour  renvoyer 
dans  leur  patrie  tous  les  marins  tunisiens  qui  se  trouvent  dans  les  ports  de  la 
République. 

A  ces  réclamations  le  citoyen  Devoize  ajoutera  toutes  celles  qu'il  jugera  devoir 
faire  entrer  dans  sa  négociation;  on  s'en  repose  à  cet  égard  sur  son  zèle  et  son 
expérience.  Le  citoyen  Devoize  est  également  autorisé  à  entrer  en  arrangement  sur 
l'objet  des  diverses  réclamations  du  Bey  et  de  la  Régence.  C^s  réclamations  se 
composent  des  articles  suivants  : 

1"*  Somme  de  250,000  francs  due  au  Juif  tunisien  Elias  Attel; 
2"  La  cargaison  du  navire  ragusais  Notre-Dame  de  bon  Conseil; 
^  La  cargaison  de  blé  du  pinque  vénitien  La  Fortunée,  à  Abraham  Paz; 
4"  Prise  tunisienne  enlevée  dans  le  golfe  par  une  frégate  française; 
5*"  Autre  échouée  sur  une  plage  corse  pillée  par  les  habitants  du  pays; 
6**  Cinq  reprises  faites  sur  des  corsaires  tunisiens  dans  les  parages  de  Civita- 
Vecchia  par  deux  armements  français  ; 

7*  Cinq  esclaves  chrétiens  que  le  commandant  de  Bastia  s'est  fait  remettre  par 
le  reîs  d'une  felouque  tunisienne. 

Les  trois  premiers  articles  sont  d'une  justice  reconnue  et  doivent  par  consé- 
quent être  mis  au  nombre  de  ceux  qui  seront  accueillis. 

Quant  aux  autres  articles,  ils  se  composent  de  réclamations  dont  la  valeur  n'a 
jamais  été  connue  du  gouvernement,  et  sur  lesquelles  le  Ministre  des  relations 
extérieures  n'a  pas  reçu  de  documents  suffisants  pour  pouvoir  juger  s'il  convient 


408     •  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS    ;i800; 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

766.  —  Tunis,  iO  juin  i  SOO  {21  prairial  an  VIII).  —  Il  raconlc. 
d'après  des  lettres  venues  de  Smyrne,  les  événements  qui  se  sont  passée 
en  Egypte  après  la  capitulation  conclue  par  le  général  Kléber,  aiosi 
que  la  victoire  remportée  par  celui-ci  sur  l'armée  du  Grand  Vizir... 

{Affaires  élrangèresy  <?■*  de  Twûs.) 
DEVOIZR  A  TALLEYRAND. 

766.  —  Tunis  y  1 6  juin  i  800  {27  prairial  an  17//).  —  «  J'avais  è::!!? 
au  Bey  pour  lui  peindre  de  nouveau  notre  situation  et  les  dangers  qi 
menaçaient  150  Français  entassés  dans  une  habitation  étroite  dans  uiï 
temps  de  peste.  Le  gouverneur  de  Porto-Farine  a  été  chargé  de  m'ap- 
porter  la  réponse.  Il  m'a  paru  dans  l'entretien  que  j'ai  eu  avec  loiqu^ 
nous  allons  enfin  obtenir  notre  liberté;  elle  ne  tient  plus  qu'à  une  cau- 
tion pour  moi.  Le  Consul  batave  s*est  offert  à  en  servir  lui-même.  J'ai 
cru  néanmoins  devoir  faire  dire  au  Bey  que  la  caution  la  plus  solide 
que  je  pouvais  lui  offrir  se  trouvait  dans  l'honneur  et  le  devoir  qui  loe 
prescrivaient  impérieusement  d^ne  pas  abandonner  un  poste  confié  à 
mon  zèle.  Sidi  Mustapha,  dans  cette  occasion  comme  dans  touilles 
autres,  nous  a  encore  servis  efGcacement  par  l'influence  qu'il  a  con- 
servée dans  toutes  les  affaires  majeures.  J'attends  ce  soir  la  détermi- 
nation ultérieure  du  Bey;  tout  annonce  qu'elle  sera  favorable.  » 

{Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis,) 
DRVOIZE  A  TALLEYRAND. 

767.  —  Tunis,  30  juin  1800  [ii  messidor  an  F///).  —  Le  jour  où 
Devoize  se  flattait  d'être  mis  en  liberté,  le  fils  unique  du  Bey  moarait. 
«  Ce  souverain  a  été  si  douloureusement  affecté  de  cette  perte  qu'il  a 

d*y  avoir  égard.  Le  citoyen  Devoize  n'admettra  donc  de  ces  réclama  lions  que  ceik> 
dont  la  légitimité  lui  sera  bien  démontrée,  et  il  prendra  les  enseignements  lesp;Q> 
sûrs  et  les  plus  exacts  pour  constater  et  régler  leur  valeur. 

Lorsqu'il  sera  d*accord  avec|le  Bey  sur  tous  ces  points,  il  lui  annoncera  qut  le 
gouvernement  français  s'engage  formellement  &  y  satisfaire,  mais  il  obserrera  à  ce 
Prince  que  le  pa>'ément  des  sommes  qu'il  aura  &  répéter  de  la  République,  soU 
pour  lui,  soit  pour  ses  sujets,  ne  pourra  être  elTectué  qu'en  difTérents  termes, ainsi 
qu'il  en  aura  été  convenu  avec  le  Dey  d'Alger  pour  tout  ce  qui  concerne  les  récla- 
mations de  cette  Régence.  A  cet  elTet  le  citoyen  Devoize  adressera  au  Minisire  «ie^ 
relations  extérieures  un  état  exact  et  détaillé  des  réclamations  qu'il  aura  adnii^ 
et  de  la  valeur  de  chacune  d'elles,  et  aussitôt  que  cet  état  lui  sera  parvenu,  iJ  >«r3 
pris  des  mesures  pour  fixer  les  termes  de  ce  payement  d'une  manière  irrévocable.!^ 
Bey  doit  compter  à  cet  égard  sur  la  loyauté  du  gouvernement  et  sur  sa  scrupuleuse 
exaclitudeà  remplir  les  engagements  qu'il  aura  contractés  envers  lui  elh^égeoct 

Le  Ministre  des  relations  extérieures  recommande  au  citoyen  Devoize  de  lui 
rendre  compte,  par  toutes  les  voies  possibles,  du  résultat  de  la  négociation  dootii 
est  chargé,  afin  qu'il  puisse  en  instruire  le  gouvernement,  auprès  duquel  il  sem- 
pressera  de  faire  valoir  le  zèle  et  le  dévouement  que  ce  Commissaire  aura  dod- 
très  dans  cette  occasion  pour  le  service  de  la  République.  • 

{Affaires  étrangères,  C"»  de  Twiii.) 


[1800]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  409 

été  inaccessible  jasqu'à  Tarrivée  des  deux  Chaouchs  de  la  Porte,  dont  un 
pour  Alger.  Jamais  ces  sortes  démissions  n'ont  été  tenues  aussi  secrètes 
que  celle-ci.  On  a  voulu  m'assurer  que  les  firmans  du  Grand  Seigneur 
portent  les  plaintes  les  plus  amères  aux  Puissances  de  Barbarie  sur  la 
douceur  avec  laquelle  les  Français  ont  été  traités  dans  leurs  Ëtats... 
Ou  ajoute  que  ces  firmans  portent  Tinjonction  de  déclarer  la  guerre  à 

l'Espagne.  »  {Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAMD. 

758.  —  l'unis,  2S  juillet  1800  {14  ihertnidor  an  VIII).  —  Le  Bey, 
ayant  déclaré  la  guerre  au  Danemark,  a  signifié  au  Commissaire  de  ce 
pays  de  quitter  Tunis.  «  Il  a  voulu  se  montrer  fidèle  observateur  des 
traités  avec  cette  Puissance,  pour  se  justifier  de  les  avoir  violés  aussi 
indignement  avec  la  République.  Il  a  affecté  d'exprimer  publiquement  à 
cette  occasion  le  regret  de  ne  pouvoir  permettre  de  même  aux  Français 
de  sortir  de  ses  États..,  Il  est  évident  que  c'est  par  un  calcul  de  sa 
cupidité  et  de  son  avarice  que  ce  souverain  s'obstine  à  nous  tenir  entre 
quatre  murs,  et  les  captifs  aux  travaux  les  plus  rudes,  afin  que  les 
souffrances  inspirent  à  ceux  qui  ont  des  facultés  Tidée  de  se  racheter. 
Le  Bey  ne  peut  avoir  d'autre  but  dans  sa  conduite  atroce  à  notre  égard. 

J'ai  cru  devoir  assurer  positivement  que  le  gouvernement  français 
ne  cherchera  d'autres  moyens  de  tirer  les  Français  de  la  fâcheuse 
situation  où  ils  se  trouvent  en  Barbarie  que  ceux  qu'il  a  dans  sa  puis- 
sance, dès  que  les  circonstances  le  permettront,  et  que  jamais  un 
Ministre  de  la  République  ne  me  chargera  de  négocier  la  liberté  des 
Français  pour  de  l'argent. 

Les  vues  perfides  du  Bey  sont  démasquées.  Sa  cupidité  insatiable  est 
connue;  il  ne  peut  plus  les  couvrir  des  ordres  de  la  Porte,  qu'il  a  tou- 
jours su  éluder  lorsqu'ils  ont  contrarié  ses  intérêts. 

Si  vous  me  permettez  de  vous  soumettre  mon  opinion,  je  pense 
qu'une  lettre  bien  énergique  du  Premier  Consul  de  la  République  ou 
de  vous,  écrite  au  Bey,  le  mettrait  en  considération  et  le  déterminerait 
sinon  de  nous  renvoyer  en  France,  comme  il  le  devrait,  au  moins  de 
nous  donner  la  même  liberté  qu'à  Alger.  Cette  lettre  ne  peut  aggraver 
notre  sort;  nous  ne  saurions  être  plus  mal.  Nous  souffrons  avec  cou- 
rage et  patience,  dans  la  ferme  confiance  que  tant  d'outrages  et  d'hu- 
miliations dont  nous  sommes  abreuvés  depuis  plus  de  dix-huit  mois 
n'échapperont  pas  à  la  vengeance  nationale. 

Un  officier  du  Bey  est  venu  m'annoncer  hier  de  la  part  de  ce  Prince 
que  tous  les  Français  renfermés  dans  le  Fondouk  avaient  la  faculté  d'en 
sortir  et  d'aller  où  bon  leur  semblerait,  avec  la  restriction  d'y  rentrer  le 


410  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS         [im 

soir.  Je  n'ai  cru  ni  convenable  ni  décent  d'user  d'une  liberté  qui  soumet 
le  représentant  de  la  République  à  se  constituer  tous  les  soirs  prisoci- 
nier  sous  la  garde  de  deux  soldats  turcs.  J'espère  amener  le  Berî 
lever  cette  restriction,  à  laquelle  les  négociants  et  autres  Français  ont 

eu  raison  de  ne  pas  s'arrêter.  »  (Affaire»  étrangères^  C^  de  Tunis.) 

ARMISTICE  DU  27  AOUT  1800  (9  FRUCTIDOR  AN  Mil). 

769.  —  <c  Armistice  conclu  entre  Son  Excellence  Hamouda-Pafbi 

Bey  de  Tunis,  et  le  citoyen  Devoize,  Chargé  d'affaires  et  Commissaire 

générai  des  relations  commerciales  de  France,  muni  des  pleins  poaToir$ 

du  Premier  Consul  de  la  République  pour  traiter  la  paix  avec  cel^ 

Régence,  qui,  voulant  faciliter  les  négociations  qui  vont  s^ouvrir,  coq- 

viennent  : 

I 

A  commencer  du  9  fructidor,  toutes  les  hostilités  seront  suspendues 

entre  les  deux  nations. 

II 

Le  Bey  donnera  immédiatement  aux  commandants  de  ses  corsaires 
et  de  ceux  armés  par  ses  sujets  des  ordres  de  respecter  le  pavillos 
français  ;  et  s'ils  venaient  à  s'emparer  de  bâtiments  ennemis  de  ii 
Régence,  sur  lesquels  se  trouveraient  des  marchandises  dont  la  pro- 
priété française  serait  constatée  par  les  manifestes  et  polices  de 
chargement,  elles  seront  rendues  sur-le-champ  à  qui  elles  apparliai- 
dront.  Le  citoyen  Devoize  s'engage,  de  son  côté,  de  faire  défendre  par 
le  gouvernement  de  la  République  à  tous  commandants  de  ses  arme- 
ments, notamment  de  ceux  de  la  Corse,  de  courir  sur  le  pavillon  toni- 
sien;  et  quant  aux  marchandises  trouvées  abord  des  bâtiments eoDeoiL^ 
de  la  République,  chargées  par  des  sujets  du  Bey,  il  sera  usé  de  réci- 
procité comme  ci-dessus. 

III 

Tout  bâtiment  pris  de  part  et  d'autre,  après  le  9  fructidor,  sera  reodQ 
avec  ses  équipages  et  sa  cargaison. 

IV 

En  attendant  la  paix  définitive,  les  bâtiments  de  Tunis  seront  re>:QS 

dans  les  ports  de  France,  comme  ceux  de  la  République  seront  admis 

dans  les  ports  de  la  Régence. 

V 

Dans  le  cas  de  rupture  du  présent  armistice,  il  est  convenu  qu'il  sera 

donné  réciproquement  avis  de  la  reprise  des  hostilités  deux  mois  avant 

qu'elles  recommencent.  »  Dbvojze. 

{Sceau  du  Bey) 
(L'original  est  aux  Archives  des  Affaires  étrangères^  Salle  des  traités.) 


[1800]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  411 

DEVOIZB  A  TALLGTRAND. 

760.  —  Tunis,  /•'  septembre  1800  {i4  fructidor  an  VIII).  —  «  Je 
m'empresse  de  vous  informer  que,  le  9  J'ai  conclu  un  armistice  indéfini 
avec  le  Bey.  J'en  joins  ici  une  copie  certifiée.  J'attendrai,  pour  vous 
faire  passer  Toriginal  portant  la  version  turque,  l'occasion  d'un  navire 
neutre  que  je  viens  de  fréter  pour  transporter  à  Toulon  tous  les 
esclaves  français  au  nombre  de  136,  et  ramener  à  Tunis  les  Tunisiens 
détenus  en  France.  Ce  navire  sera  muni  de  tous  les  passeports  qui 
pourront  assurer  sa  traversée.  J'y  ferai  embarquer  environ  60  indi- 
vidus qui  ne  font  ici  qu'embarrasser  la  protection.  Les  négociants 
même  sont  libres  de  partir.  Quelques-uns  profiteront  de  cette  faculté. 

Quoique  le  nombre  des  Tunisiens  prisonniers  en  France  soit  bien 
inférieur  à  celui  des  Français  captifs  dans  les  Ëtats  du  Bey,  je  n'ai 
voulu  consentir  à  aucune  rançon  pour  l'excédent. 

CSomme  les  Tunisiens  font  tout  leur  commerce  avec  l'Italie  sur  des 
pavillons  neutres,  et  qu'ils  ont  éprouvé  en  pleine  paix  diverses  dépré- 
dations de  la  part  des  corsaires  corses^  le  Bey  a  rédigé  lui-même  l'ar- 
ticle II.  J'ai  trouvé  d'autant  moins  d'inconvénient  de  l'adopter  qu'il  est 
parfaitement  conforme  à  l'article  11  de  l'ancien  traité  de  1742,  qu'il 
faudra  entièrement  renouveler. 

Le  Garde  des  sceaux  a  beaucoup  contribué  par  ses  bons  offices  au 
succès  de  cette  première  négociation,  qui  a  produit  la  sensation  la  plus 
favorable  sur  le  pays.  Tous  ces  infortunés  Français  prêts  à  succomber 
sous  le  poids  des  travaux  les  plus  rudes  et  les  plus  mauvais  traitements 
bénissent  le  gouvernement  libérateur  qui  les  rend  à  leur  patrie...  » 

{Affaires  étrangèrety  C*'*  de  Tunis.) 
DBVOIZE  A  TALLEYRAND. 

761.  —  Tunis^  4  9  septembre  i  800  [2*  jour  complémentaire  an  VIII]. 

—  Il  appelle  l'attention  du  Ministre  sur  le  cas  du  sieur  Famin,  Consul 
intérimaire  des  États-Unis  à  Tunis,  et  sur  celui  du  sieur  Requiran, 
émigré,  qui  demandent  à  être  réintégrés  dans  leurs  droits  de  citoyens 

français.  (Affaires  étrangères,  C*"»  de  Tunis,) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

762. —  Tunis,  20  septembre  4  800  {3*  jour  complémentaif^e  an  VIII), 

—  «  Sitôt  après  avoir  reçu  les  pouvoirs  que  vous  m'avez  adressés  le 
4  prairial,  pour  entrer  en  négociation  avec  le  Bey,  me  trouvant  encore 
en  état  de  détention,  je  priai  le  citoyen  Nyssen,  Commissaire  batave, 
d'en  prévenir  ce  souverain  et  de  fixer  avec  lui  le  jour  où  il  me  donne* 
rait  sa  première  audience.  Le  citoyen  Nyssen  a  encore  montré  dans 
cette  occasion  le  zèle  officieux  que  le  crédit  mérité  dont  il  jouit  auprès 


412  GORUESPONDANGE  DES  BEYS  ET  DES  GONSULS         ll^i 

du  Bey  a  rendu  plus  d'une  fois  utile  k  la  nation  et  à  moi  peadanlDotr» 
longue  détention;  il  vint  m'apprendre  lui-même  les  bonnes  disp^ 
tions  du  Bey  et  qu'il  me  ferait  appeler  dès  qu'il  aurait  termi&é  arr 
les  Danois  qui  traitaient  la  paix;  en  effet,  ce  souverain  m ecmitlt!< 
de  me  rendre  auprès  de  lui.  Je  le  trouvai  seul  avec  son  favori  leG&> 
des  sceaux.  Il  m'a  accueilli  comme  je  m'attendais  Têtre;  il  se&l4 
chercher  à  réparer  dans  cette  première  entrevue  tout  ce  quil  m\k 
souffrir  pendant  vingt  mois.  11  m'y  a  exposé  le  désir,  que  je  croissii 
cère,  de  renouer  d'une  manière  solide  avec  la  République  d'andeDs^ 
liaisons  qu'il  n'avait  rompues  qu'à  regret.  Nous  conviâmes  en  misr 
temps  de  l'armistice,  que  je  datai  du  9,  quoiqu'il  n'ait  été  signé q> 
plusieurs  jours  après. 

...  La  première  demande  que  j'ai  formée  a  été  celle  da  rétablie- 
ment  du  comptoir  de  Tabarque  *...  Le  Bey,  à  cette  occasion,  ma bk 
rappelé  l'article  des  redevances  et  autres  réclamations.  Je  l'ai  prié  i: 
renvoyer  à  un  autre  temps  à  régler  les  prétentions  respectives,  p^r 
m'attacher  au  point  principal,  l'affranchissement  des  captifs,  que  dn 
discussions  d'intérêts,  toujours  orageuses  en  Barbarie,  auraieotp. 
entraver...  Le  Bey  proposa  l'échange  des  prisonniers  homme  poor 
homme,  grade  pour  grade,  et  que  je  m'engageasse  à  payer  la  rançot 
ordinaire  pour  chaque  Français  qui  excéderait  le  nombre  de  sessajuis 
j'ai  rejeté  cette  proposition,  ayant  toujours  écarté  tout  espoir  que 
jamais  le  gouvernement  de  la  République  mit  à  prix  d'argent  la  libertc 
d'un  Français.  Le  Consul  anglais  a  tenté  par  toutes  sortes  de  mtm 
de  croiser  ma  négociation...  Le  Bey  m'a  encore  objecté  la  violaUo^de^ 
capitulations  avec  le  Grand  Seigneur  par  l'expédition  d'Egypte.  Je  Iw 
ai  fait  sur  son  indépendance  comme  souverain,  et  sur  la  distiDCtioDde 
nos  traités  avec  la  Barbarie  et  de  nos  capitulations  avec  la  Porte,  de* 
observations  qui  m'ont  paru  le  frapper.  Dès  la  seconde  audience,  oi 
Prince  a  proclamé  la  délivrance  de  tous  les  Français... 

11  restera  à  mon  grand  regret  un  seul  Français  esclave  dans  les  Etiiî 
du  Bey,  le  citoyen  Klein,  de  Phalsbourg;  il  était  soldat  danslerégiiBeoi 
suisse  qui  fut  désarmé  à  Aix,  dans  le  principe  de  la  Révolution.  I 
quitta  la  France,  et  fut  pris  sans  patente  sur  un  bâtiment  napolitain 

1.  Voy.  la  correspondance  du  Consul  général  Devoize  relative  au  comptoir «- 
Tabarque  {Archives  de  la  Résidence  français  à  Tunvty  cartons  Agence  de  Takr^ 
D'après  un  état  des  salaires  des  comploirs  de  la  Compagnie  d'Afrique, nous  Toyoo^ 
à  Tabarque  en  l':92  l'agent  Burtat,  à  400  francs  d'appointements,  10  oM^ 
9  domestiques,  9  employés  à  Thôpilal,  i2  à  la  mistrance,  9  boulangers,  S  roeuoier| 
7  maçons,  7  forgerons,  18  ouvriers  divers,  18  bateaux  de  service,  48  hommes* 
garnison,  17  charretiers,  63  frégataires,  en  tout  227  personnes,  coûUnl à  U uoi- 
pagnie  d'Afrique  10,569  francs. 


[1800]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  413 

Le  Bey  a  constamment  refusé  de  reconnaître  la  qualité  de  Français 
sous  ce  pavillon... 

L'agent  d'Alger  m'a  offert  ses  offices  auprès  de  cette  Régence,  sans 
doute  par  ordre  du  Bey;  je  l'ai  remercié  et  lui  ai  dit  que  j'avais  trouvé 
le  Bey  dans  des  dispositions  qui  me  dispenseraient  d'en  faire  usage. 
J'ai  toujours  évité  soigneusement  d'avoir  les  moindres  liaisons  avec  le 
représentant  d'Alger  à  Tunis.  C'est  peut-être  à  la  connaissance  qu*a  ce 
Prince  que  j'ai  été  constamment  opposé  à  une  intervention  qui  choque 
son  indépendance  que  je  dois  le  succès  de  quelques  négociations  et 
qu'il  me  voit  d'un  bon  œil... 

Le  Sahib-Tapa,  favori  du  Bey,  se  montre  jaloux  de  bien  mériter  du  gou- 
vernement de  la  République  par  ses  bons  offices  auprès  de  son  maître. 
Il  me  témoigne  amitié  et  confiance...  » 

Devoize  demande  à  Talleyrand  quelques  cadeaux  pour  le  Sahib-Tapa  : 
une  boîte  d'or  à  charnière,  enrichie  de  quelques  diamants,  du  prix 
d'environ  100  louis;  pour  le  premier  ministre  et  beau-frère  du  Bey, 
pour  le  Bey,  pour  Mariano  Slinca,  secrétaire  particulier  de  ce  Prince 
pour  la  correspondance  italienne,  «  qui,  sans  cesse  auprès  du  Bey,  a 
tous  les  moyens  de  nuire  et  de  servir  »;  pour  les  grands  écrivains, 
pour  les  officiers  du  Bey,  pour  Sidi  Redjeb  ben  Ayet,  Grand  douanier, 
«  un  estimable  Musulman  qui  a  montré  des  sentiments  humains  pour 
les  esclaves  français  »...'  Les  Anglais  versent  l'or  à  pleines  mains,  et 
ce  n'est  pas  tant  pour  leurs  intérêts  que  dans  la  vue  de  nuire  aux 

nôtres...  *  {Affaires  étrangères,  C»"»  de  Tunis,) 

HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  BONAPARTE. 

763.  —  Tun%s^2i  septembre  1800  {4^  jour  complémentaire  an  VIII), 
—  «  Au  Premier  Consul  de  la  République  française,  le  très  honoré, 
très  illustre,  très  distingué  et  sincère  ami  Bonaparte. 

La  présente  lettre  amicale  est  pour  vous  informer  que  j'ai  reçu  voire 
lettre  ',  par  laquelle  vous  me  dites  que,  sur  le  compte  favorable  qui 
vous  a  été  rendu  de  la  probité  et  des  talents  du  citoyen  Devoize,  com- 
missaire de  la  République  française  auprès  de  notre  Odjak  victorieux, 
vous  vous  êtes  déterminé  à  le  confirmer  dans  ce  poste  auprès  de  moi 

i.  Voy.  État  des  présents  proposés  par  Devoize  pour  le  Bey  et  ses  ministres  :  Pour  le 
Bay,  deux  pistolets  et  une  carabine;  —  Pour  le  Sahib-Tapa,  une  boite  d'or  enrichie 
de  diamants  et  une  lunette  d'approche;  —  Pour  Mustapha-Khodja,  beau-frère  du  Bey, 
une  boite  d'or;  —  Pour  Mariano  Stinca,  secrétaire  du  Bey,  une  montre  à  répétition 
et  sa  chaîne;  —  Pour  les  deux  écrivains,  deux  montres,  pour  un  total  de  10,000  fr. 

2.  Voy.  la  correspondance  de  Mariano  Slincu,  secrétaire  du  Bey  Hamouda,  avec 
le  Consul  général  Devoize  {Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis,  cartons 
Ministres  et  Secrétaires  du  Bey  y  4797-1836), 

3.  Voy.  p.  404. 


414  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [iSOO] 

en  qualité  de  Chargé  d'affaires  et  de  Commissaire  général,  et  que  je 
puis  ajouter  foi  à  tout  ce  qu'il  me  dira  en  votre  nom,  pour  le  bien 
du  service  et  pour  les  intérêts  des  négociants  français  dans  mes  Ëtats. 
En  conséquence  et  pour  me  conformer  à  vos  désirs,  je  viens  de  mettre 
fin  à  la  froideur  qui  était  survenue  entre  nous,  et  par  l'entremise  du 
citoyen  Devoiie,  votre  Chargé  d'affaires  et  mon  ami,  je  l'ai  changée  en 
une  amitié  sincère,  par  un  traité  conclu  en  cinq  articles  bien  conçus  et 
invariables,  dûment  signé  de  part  et  d'autre,  auquel  est  apposé  mon 
grand  sceau,  et  je  l'ai  remis  au  citoyen  Devoize  pour  vous  le  faire 
parvenir.  Dans  le  cas  où  Ton  vous  ferait  quelque  observation  sur 
le  présent  traité  que  j'ai  fait  en  considération  de  votre  amitié, 
le  citoyen  Devoize  vous  éclairera  par  ses  dépêches  sur  ce  dont  il  est 
question. 

Vous  saurez  qu'en  corformité  de  ce  même  traité  tous  les  esclaves 
français  qui  se  trouvent  dans  mes  États  ont  été  remis  et  consignés  au 
Commissaire  Devoize,  mon  ami,  et  par  réciprocité  ceux  qui  se  trouTenl 
chez  vous,  qui  ont  été  pris  en  Italie,  ainsi  que  tous  nos  soldats  turcs, 
mariniers,  qui  ont  été  également  pris  pendant  la  rupture,  vous  voudrez 
bien  nous  les  envoyer  par  le  même  bâtiment  qui  vous  porte  les  vôtres  *, 
pour  se  conformer  k  la  teneur  du  présent  traité  qui  a  anéanti  entière- 
ment la  froideur  qui  existait  entre  nous,  et  l'a  changée  en  une  amitié 
sincère  et  indicible. 

Je  me  flatte  avec  l'aide  de  l'Être  suprême  qu'à  l'arrivée  de  la  pré- 
sente tout  se  passera  avec  la  meilleure  intelligence  et  la  plus  parfaite 
amitié,  conformément  au  contenu  du  présent  traité.  » 

(Sceau)  {Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

7Ô4.  —  Twnis,  21  septembre  1 800  {4*  jour  complémentaire  an  VIII). 
—  Les  esclaves  de  Caprera,  prétendant  que  cette  lie  se  trouve  sous  la 
domination  de  la  République,  réclament  la  protection  du  gouvernement 
pour  leur  délivrance.  Devoize  pense  que  c*est  au  gouvernement  génois  à 

s'occuper  du  sort  de  ces  infortunés.         {Affaires  étrangères,  C»  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

765.  —  Tunis,  8  octobre  i  800  {i  6  vendémiaire  an  IX).  —  «  Le  navire 
ragusais  sur  lequel  j'ai  fait  embarquer  191  Français  destinés  pour 
Toulon  a  appareillé  le  6  de  ce  mois. 

Le  13,  une  frégate  anglaise  est  venue  demander  des  bêtes  sur  pied  et 
des  grains  pour  Malte.  Le  commandant  a  fait,  avec  beaucoup  de  jac- 
tance rénumération  d'une  quantité  prodigieuse  de  canons  de  tous  cali- 

1.  Le  Vélox^  brigantin  ragusais  chargé  de  conduire  les  captifs  français  à  Toulon. 


[4800]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  415 

bres  et  de  poudre  trouvés  daas  l'arsenal.  Le  Bey  lui  a  répondu 
qu'il  consentirait  volontiers  à  un  échange  de  denrées  contre  ces  deux 
articles. 

Pour  mieux  assurer  sans  doute  le  succès  de  sa  demande,  l'Anglais  a 
donné  comme  certaine  la  reprise  des  hostilités  et  une  nouvelle  coalition 
renouée  contre  la  République,  dans  laquelle  il  a  fait  entrer  les  rois  de 

Prusse,  de  Suède  et  de  Danemark.  »       (Affaires  étrangères,  C»"  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DBVOIZE. 

766.  —  Paris ^  2  novembre  i 800  [il  brumaire  an  IX).  —  «  Le  gou- 
vernement est  satisfait  du  succès  de  votre  négociation  et  m'a  chargé  de 
vous  transmettre  les  témoignages  de  l'approbation  qu'il  donne  à  votre 
conduite.  Mais  il  attend  de  vous  d'autres  services  non  moins  impor- 
tants. L'insuffisance  de  la  récolte  des  blés  dans  les  départements  méri- 
dionaux les  expose  à  une  disette.  Le  gouvernement  met  le  plus  vif 
intérêt  à  les  préserver  de  cette  calamité.  Déjà  il  en  a  été  écrit  au 
citoyen  Dubois-Thainville  ^  II  n'aura  sûrement  pas  manqué,  aussitôt 
qu'il  aura  eu  connaissance  de  votre  armistice,  de  vous  instruire  de  mes 
instructions  à  cet  égard;  je  vous  confirme  tout  ce  qu'il  vous  aura  mandé 
et  vous  recommande,  au  nom  du  Premier  Consul,  de  prendre  les  mesures 
les  plus  efficaces  pour  qu'on  expédie  à  Marseille  et  à  Gênes  la  plus 
grande  quantité  possible  de  grains.  Veuillez  vous  occuper  sans  délai  et 
avec  le  plus  grand  soin  de  cet  objet,  auquel  le  Premier  Consul  attache 
une  importance  majeure. 

L'Egypte  et  les  événements  qui  s'y  passent  sont  également  l'objet  de 
sa  sollicitude.  Il  vous  est  donc  recommandé  d'expédier  deux  fois  par 
mois  pour  Alexandrie  un  petit  bâtiment  tunisien  chargé  de  toutes  les 
nouvelles  d'Europe  et  de  tous  les  journaux,  en  quelque  langue  qu'ils 
soient,  qu'il  vous  sera  possible  de  recueillir. 

Vous  aurez  soin  aussi  de  faire  connaître  aux  capitaines  de  ces  bâti- 
ments, soit  algériens,  soit  tunisiens,  que  tout  navire  qui  apportera  à 
Toulon  des  nouvelles  d'Egypte  de  trente-cinq  jours  de  date  recevra, 
outre  le  prix  de  son  fret,  une  gratification  de  i  ,200  francs. 

Je  joins  à  la  présente  six  paquets  adressés  au  général  Menou  *.  Vous 

1.  Charles-François  Dubois-Thainville,  commandant  de  Paris  en  ilSQ.,  attaché  au 
Ministère  des  relations  extérieures  en  l'792f  Chargé  d'afTaires  en  Hollande  de  1792  à 
1193,  commissaire  des  guerres,  puis  commissaire  général  à  Constantinople  en  1793, 
en  mission  à  Smyrne,  au  Caire  et  en  Syrie,  Consul  général  &  Alger  de  1800  à  1815. 
Voy.  Co}*respondance  des  Deys  d'Alger  avec  la  Cour  de  France,  t.  II,  p.  489  et  suiv. 

2.  Jacques-François  baron  de  Menou,  maréchal  de  camp  en  1781,  député  de  la 
Touraine  aux  États-Généraux,  en  mission  en  Vendée,  fit  partie  de  l'expédition 
d'Egypte  comme  général  de  division,  devint  général  en  chef  après  la  mort  de  Kléber^ 
fut  enfin  administrateur  du  Piémont  et  gouverneur  de  Venise. 


416  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1800] 

voudrez  bien  les  lui  faire  passer  par  six  voies  différentes  et  prendre 
toutes  les  précautions  convenables  pour  qu*Us  lui  parviennent. 

Le  Premier  Consul,  plein  de  confiance  dans  votre  expérience,  désire 
que  vous  proQliez  des  relations  que  vous  avez  sans  doute  à  Tripoli, 
pour  disposer  le  Pacha  à  faire  aussi  la  paix  avec  nous,  de  manière  que 
le  négociateur  qui  lui  sera  incessamment  envoyé  n'y  éprouve,  s'il  est 
possible,  aucune  difficulté.  Aussitôt  que  le  choix  en  aura  été  fait,  je  vous 
en  instruirai,  ainsi  que  de  Tépoque  de  son  départ  et  de  la  marche  que 
je  lui  tracerai  pour  assurer  le  succès  de  sa  mission. 

Je  n'insisterai  pas  davantage  sur  ces  divers  objets.  Tous  sont  essen- 
tiels, et  je  suis  persuadé  que  vous  vous  occuperez  de  chacun  d'eux  avec 
tout  le  zèle  qui  distingue  votre  administration...  > 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

767.  —  7 unis,  6  décembre  i  800  [15  frimaire  an  IX).  —  «  Lorsque 
j'eus  arrêté  un  armistice  avec  le  Bey,  ne  voyant  pas  revenir  le  citoyea 
Beaussier  à  Tripoli,  je  pensai  que  la  mesure  violente  exercée  par  les 
Anglais  contre  mon  collègue  avait  pu  vous  faire  juger  à  propos  de  dif- 
férer de  le  faire  repasser  à  son  poste,  pour  avoir  le  temps  de  connaître 
les  dispositions  du  Pacha.  Je  les  fis  sonder  par  un  officier  maure,  que 
j'ai  connu  particulièrement,  ami  chaud  des  Français  et  en  grande 
faveur  auprès  de  ce  souverain;  11  lui  répondit  qu'il  lui  avait  commu- 
niqué ma  lettre  et  qu'il  était  dans  les  plus  heureuses  dispositions.  J'étais 
au  moment  de  vous  les  annoncer,  lorsque  le  citoyen  Dubois-Thainville 
m'a  adressé  des  paquets  pour  le  chef  de  l'armée  d'Orient,  qu'il  m'a  dit 
être  de  la  plus  grande  conséquence,  en  m'invitant  de  n'épargner  aucun 
sacrifice  pour  les  faire  parvenir  à  leur  destination.  Alors  j'ai  encore 
mieux  senti  la  nécessité  de  renouer  avec  le  Pacha  de  Tripoli,  cette  ville 
étant  le  point  le  plus  propre  au  rétablissement  de  nos  communications 
avec  l'Egypte.  Ce  collègue  m'a  mandé  qu'il  serait  bien  d'envoyer  sur  les 
lieux  un  homme  de  confiance  pour  négocier  un  armistice  avec  le  Pacha. 
Fort  de  son  opinion,  j'ai  déterminé  le  citoyen  Billon,  agent  de  l'Agence 
d'Afrique  à  Tunis*,  à  se  charger  de  cette  mission,  certain  qu'il  y  mettra 
tout  le  zèle  et  la  prudence  nécessaires  pour  les  faire  réussir.  Je  lui  ai 
remis  des  instructions  particulières  et  une  lettre  pour  le  Pacha.  Le 
citoyen  Billon  est  encore  appuyé  par  une  recommandation  très  chaude 

1.  Voy.  le  Mémoire  pour  servir  fVinstruction  à  Billony  chargé  par  Devoize  de 
négocier  rarmistice  de  Tripoli,  3  frimaire  an  IX,  —  et  la  leltre  de  Devoize  à  Toussouf, 
Pacha  de  Tripoli,  accréditant  Billon  pour  cette  négociation,  3  frimaire  an  IX 
(Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis). 


[1800]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  417 

du  Bey;  il  se  préseatera  sous  les  plus  heureux  auspices;  il  s'embar- 
quera demain  sur  une  frégate  suédoise,  aux  ordres  de  M.  Tornquist 
qui,  sur  ma  demande,  lui  a  accordé  de  la  meilleure  grâce  le  passage. 

Je  ne  mets  aucun  doute,  citoyen  Ministre,  que  le  Pacha  ne  cède  à  la 
première  proposition  de  conclure  un  armistice  et  d'accorder  des  cour- 
riers, dont  il  fera  protéger  la  traversée  par  les  hordes  qui  dépendent 
de  lui;  il  y  est  invité  par  son  propre  intérêt.  Tripoli  est  appelé  par  sa 
position  à  jouir  des  premiers  avantages  du  commerce  avec  l'Egypte; 
les  caravanes  ont  repris  leur  marche  régulière. 

J'ai  expressément  recommandé  au  citoyen  Billon  de  profiter  de  toutes 
les  occasions  sûres  qui  se  présenteront  avant  de  quitter  Tripoli  de 
vous  informer  du  résultat  de  sa  mission.  Le  transit  des  paquets  sera 
d'autant  plus  assuré  dans  le  principe  que  l'attention  inquiète  que  les 
Anglais  portent  sur  tout  ce  qui  regarde  l'Egypte  ne  sera  pas  éveillée  par 
la  présence  d'un  agent  de  la  République.  Il  est  encore  à  présumer  que 
cet  agent  ne  sera  plus  exposé  à  un  enlèvement;  devenus  possesseurs  de 
Malte,  les  Anglais  éviteront  scrupuleusement  tout  ce  qui  pourrait  altérer 
la  bonne  intelligence  avec  la  Régence  la  plus  à  portée  de  leur  fournir 
des  approvisionnements.  J'en  juge  par  les  grands  sacrifices  que,  pour  les 
mêmes  motifs,  ils  font  à  Alger  et  à  Tunis  pour  la  conserver,  et  souvent 
aux  dépens  de  l'honneur  de  leur  pavillon. 

Je  fais  part  au  général  Menou  d'un  armement  qui  se  prépare  à  Malte, 
où  l'amiral  Keith  vient  de  se  rendre;  il  est  composé  de  10  vaisseaux  et 
18  frégates  ou  bricks  et  de  23,000  hommes  de  troupes,  qui  seront  répartis 

sur  50  transports.  »  (Affaires  étrangères,  C'*^  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

768.  —  Tunis,  7  décembre  i 800  [16  frimaire  an  IX).  —  Le  parle-, 
mentaire  Le  Vélox^  chargé  de  conduire  ici  les  Tunisiens  qui  étaient  pri- 
sonniers à  Toulon,  est  arrivé  le  9  de  ce  mois  ;  ils  étaient  au  nombre  de  88. 

«  J'ai  reçu,  par  cette  occasion,  un  màt:  mais  je  ne  sais  pas  encore 
quand  j'aurai  la  satisfaction  de  voir  flotter  le  pavillon  de  la  République. 
Lorsque  j'ai  informé  le  Bey  qu'il  était  de  nouveau  arboré  à  Alger  et 
que  la  paix  définitive  y  avait  été  conclue,  ce  Prince  m'a  répondu  ({ue 
les  pavillons  des  Puissances  en  paix  avec  Alger  ne  battaient  que  sur  les 
maisons  de  campagne  consulaires,  qui  sont  hors  de  vue  du  port  et  de  la 
ville,  où  ils  ne  frappent  pas  comme  à  Tunis  les  yeux  des  officiers  de 
la  Porte,  fréquemment  envoyés  près  des  souverains  de  Barbarie,  tou- 
jours pour  se  plaindre  des  bons  traitements  que  les  Français  en  éprou- 
vent et  prescrire  contre  eux  des  mesures  de  rigueur.  11  a  ajouté  qu'il 
avait  de  fortes  raisons  de  s'en  tenir  encore  pendant  quelque  temps  à 

27 


418  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1801  ' 

l'armistice,  mais  que  nos  relations  politiques  et  commerciales  n'en 
étaient  pas  moins  rétablies  par  le  fait,  telles  qu'elles  existaient  avant 
la  rupture...  J'ai  compris  que  le  Bey  était  arrêté  par  la  présence  d'un 
Capidji  de  la  Porte... 

Je  ne  sais  plus  de  quels  termes  me  servir  pour  démontrer  la  nécessité 
de  satisfaire  Elias  Attel  et  Abraham  Paz...  Ces  Juifs  ont  fait  retentir  de 
leurs  cris  la  salle  de  justice  du  Bey,  qui  m*a  dit  à  ce  sujet  des  choses 
très  mortifiantes  ;  je  les  ai  dévorées,  car  qu'avais-je  à  répliquer  à  un 
Prince  qui,  pendant  même  la  détention  des  Français,  a  contraint  ses 
sujets  à  s'acquitter  envers  eux?... 

Sidi  Mustapha,  beau-frère  du  Bey,  est  mort  le  19  vendémiaire  d'une 
goutte  qui  le  tourmentait  depuis  plusieurs  années.  Ce  Prince  lui  a  fait 
rendre  les  mêmes  honneurs  qu'à  son  père.  Il  a  perdu  un  ministre 
habile  et  vertueux  ;  son  âge,  ses  infirmités  l'avaient  depuis  longtemps 
écarté  des  affaires,  mais  n'avaient  point  altéré  ses  sentiments  pour  la 

France.  »  (Affaires  éhxmgères,  C«"  de  Tunis.) 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

769.  —  Tunis,  20  décembre  1800  {29  frimaire  an  IX).  —  L'aviso 
de  la  République  L'Osiris,  chargé  de  fusils,  poudre  et  boulets  pour 
Alexandrie,  venant  de  Toulon,  s'est  échoué  le  25  dans  le  golfe  de  Porto- 
Farine.  Le  Bey  a  été  très  affecté  de  l'imprudente  publicité  donnée  par 
des  Français  à  cette  expédition.  Les  dispositions  de  ce  Prince  sont  ami- 
cales, mais  il  a  à  ménager  le  fanatisme  de  son  peuple  et  surtout  des 
Turcs  à  sa  solde...  Le  Consul  a  pu  se  procurer  un  bâtiment  propre  à 

substituer  à  L'Osiris.  {Affaires  étrangères,  C»*»  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

770.  —  T'unis,  30  décembre  i  800  (9  nivôse  an  IX).  —  «  ...  Le  com- 
merce des  subsistances  qui  s'exportent  des  ports  de  la  Barbarie  est 
presque  tout  entier  entre  les  mains  du  Sahib-Tapa;  il  ne  faut  que  lui 
présenter  l'appât  d'un  gain  assuré  pour  le  décider  à  favoriser  des 
envois...  Les  Anglais  n'intercepteront  pas  les  expéditions  du  ministre 
du  Bey;  ils  ont  besoin  des  ressources  d'ici  pour  approvisioner  Mahon 

et  Malte...  »  {Affaires  ilrangéresy  O^  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DBVOIZE. 

771.  —  Paris,  8  janvier  1 801  (19  nivôse  an  IX).  —  Il  lui  renou- 
velle l'approbation  donnée  par  le  Premier  Consul  à  sa  conduite  pendant 
la  négociation  de  l'armistice.  Il  l'autorise  à  faire  un  arrangement  avec 
les  négociants  Elias  Attel  et  Paz,  lequel  «  ne  devra  commencer  à  avoir 
son  exécution  qu'après  l'échange  des  ratifications  du  traité  définitif 


[4801]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  419 

avec  le  Bey  ».  Devoize  recevra  les  présents  demandés  pour  la  cour  du 
Bey  aussitôt  après  que  Ton  aura  acquis  la  certitude  que  sa  négociation 
est  pleinement  terminée.  Le  Consul  connaît  d'ailleurs  les  dispositions 
générales  du  traité  à  conclure  :  il  s^agit  de  renouveler  le  traité  qui 
régissait,  avant  la  rupture,  nos  relations  politiques  et  commerciales  avec 
Tunis.  Il  a  raison  de  ne  pas  s'occuper  des  esclaves  de  Caprera,  cette 
île  n'étant  que  provisoirement  occupée  par  les  troupes  françaises. 

(Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A   DEVOIZE. 

772.  —  Paris^  1 5  janvier  J  801  {23  nivôse  an  IX).  —  Il  prie  Devoize 
de  faire  les  perquisitions  nécessaires  pour  retrouver  deux  ci-devant 
chevaliers  français  de  l'Ordre  de  Malte,  l'un  le  bailli  de  la  Tour  Saint- 
Quentin,  l'autre  le  chevalier  de  Damas-Marillac,  partis  de  cette  ile 
après  la  capitulation  de  Tan  VU  dans  l'intention  de  se  rendre  en  France, 
et  enlevés  sans  doute  par  des  corsaires  barbaresques. 

(Affaires  étrangères^  C'*'  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

773.  —  Ttinw,  29^  janvier  i  801  {9  pluviôse  an  IX).  —  «  Après 
la  conclusion  de  notre  armistice  avec  le  Bey,  ce  souverain  avait 
expédié  à  Gonstantinople  une  corvette,  sur  laquelle  il  avait  fait 
embarquer  Mamet-reïs  en  qualité  d'Envoyé  extraordinaire,  avec  de 
riches  présents,  et  ses  instructions  portaient  d'entrer  en  explication 
des  motifs  qui  avaient  déterminé  le  Bey  à  renouer  ses  liaisons  avec  la 
France.  Vous  avez  sans  doute  été  instruit  par  mon  collègue  à  Alger 
que  le  Yékilhardji  avait  été  chargé  de  la  même  mission.  L'armistice 
n'avait  d'abord  produit  qu'une  légère  sensation  à  la  Porte,  et  Mamet-reïs 
qui  y  avait  été  bien  accueilli  était  déjà  rendu  à  Smyrne,  où  il  avait 
obtenu  la  permission  de  lever  des  recrues  pour  le  Bey.  Mais  l'ambas- 
sadeur anglais,  sur  un  faux  rapport  du  commissaire  de  sa  nation  à 
Tunis,  ou  parce  qu'il  a  bien  voulu  en  imposer  lui-même,  a  saisi  l'inci- 
dent du  naufrage  de  UOsiris  pour  rendre  les  dispositions  des  Princes  de 
Barbarie  suspectes  à  la  Porte.  Il  s'est  livré  chez  le  reïs-EfTendî  à  tous 
les  excès  de  l'emportement  :  —  Mon  maître,  a-t-il  dit,  épuise  ses  trésors, 
verse  le  sang  de  ses  sujets  pour  défendre  la  cause  du  Grand  Seigneur 
contre  ses  plus  cruels  ennemis,  les  Français,  mais  ils  ont  su  se  procurer 
dans  les  Princes  de  la  Barbarie  des  alliés  fidèles,  qui  favorisent  jusqu'à 
leurs  expéditions  pour  l'Egypte.  Un  navire  français  parti  de  Toulon, 
destiné  pour  Alexandrie,  s'est  échoué  sur  la  côte  de  Tunis  ;  il  était  chargé 
de  6,000  fusils,  boulets,  poudre,  et  le  Bey  de  cette  Régence  a  fourni  tous 
les  secours  nécessaires  pour  le  remettre  en  état  de  continuer  sa  mission. — 


420  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1801] 

C'est  par  cette  fausse  relation  que  Tambassadeur  anglais  est  parvenu 
à  surprendre  les  ordres  qui  ont  été  sur-le-champ  expédiés  à  Smyrne 
d*y  arrêter  Mamet-reïs  et  de  le  conduire  à  Constantinople,  où,  après 
avoir  été  très  maltraité  par  le  Gapitan-Pacha,  il  a  été  jeté  dans  une 
maison  de  force  avec  le  Vékilhardji  envoyé  du  Dey,  les  Algériens  et  les 
Tunisiens.  La  corvette  du  Bey  a  été  désarmée;  un  gros  navire  chargé 
de  sucre,  appartenant  au  Sahib-Tapa,  a  été  séquestré,  et  de  suite  trois 
Chaouchs  sont  partis  pour  venir  enjoindre  aux  Régences  de  reprendre 
les  hostilités  contre  la  France.  Celui  destiné  pour  Tunis  est  arrivé  le 
5  de  ce  mois.  Il  a  reçu  hier  sa  première  audience  ;  il  a  parlé  avec  hau- 
teur; le  Bey  lui  a  répondu  avec  dignité,  en  manifestant  des  mouvements 
de  colère  et  d'indignation,  il  est  à  désirer  que  ce  souverain,  qui  s'est 
montré  plus  d'une  fois  fatigué  des  firmans  impériaux,  lève  enfin 
l'étendard  de  l'indépendance... 

Le  Chaouch  s'est  plaint  de  voir  la  rade  de  La  Goulette  couverte  de 
bâtiments  français.  En  effet,  il  y  avait  sur  cette  rade,  lorsqu'il  a 
débarqué,  deux  avisos  de  l'État,  un  corsaire  particulier,  trois  prises  et 
deux  bâtiments  marchands...  Le  Pacha  de  Tripoli  a  signé,  le  26  fri- 
maire, Tarmistice  que  je  lui  avais  fait  proposer,  o 

(Affaires  élrangéi^es,  C*^  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLBYRAND. 

774.  —  Tunisy  4  5  février  iSOi  [26  pluviôse  an  IX),  —  «  Le  Bey 
m'a  signifié  de  quitter  son  royaume  avec  tous  les  Français  qui  y  sont 
établis  *.  J'ai  frété  deux  navires  impériaux  pour  nous  transporter  à 
Marseille;  ils  seront  munis  des  passeports  de  ce  Prince.  Ceux  qu'il  a 
fait  délivrer  sur  ma  demande  aux  bâtiments  français  sont  des  plus 
étendus.  Les  hostilités  ne  commenceront,  conformément  à  l'armistice, 
que  deux  mois  après  mon  départ.  Au  surplus,  nous  éprouvons  dans 
Texéculion  des  mesures  que  prend  le  Bey  vis-à-vis  de  nous  plus  de  pro- 
cédés que  l'on  ne  nous  permettait  de  l'espérer...  » 

{Affaires  étrangères^  O*^  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

775.  —  Au  lazaret  de  Marseille^  10  avril  i  801  {20  germinal  an  IX), 
—  «...  Ce  fut  avec  une  répugnance  extrême  que  le  Bey  céda  aux  solli- 

i.  Liste  des  Français  prisonniers  au  Fondouk  qui  s'embarquent  pour  Toulon  .- 
Devoize,  Consul  général;  Beliot,  sa  femme  et  ses  enfants;  Pech,  sa  femme  et  sa 
fille;  François  Niperl,  ex-missionnaire  en  Levant;  Desmoulins,  commis;  Jean  Nipert 
et  Pierre  Noulet,  boulangers;  François  Garbonnel,  domestique;  Bosch,  perruquier; 
Vvc  Maggi;  Jacques  Ferrare,  tailleur;  Jean  Pigurie,  sa  femme  et  ses  enfants;  Charles» 
capitaine  de  navire;  Jeanneton  Pioche  et  Pierre  Gri volas,  boulangers;  Ursule  Baron, 
de  Malte. 


[1801]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  421 

citalioDS  pressantes  du  Gapidji  de  la  Porte,  qu'il  ût  réembarquer  assez 
brusquement,  sous  prétexte  du  désir  qu'il  avait  de  hâter  la  délivrance 
de  ses  sujets  détenus  dans  les  I^tats  du  Grand  Seigneur.  Ce  Prince 
m'invita  dès  lors  à  le  voir  journellement  ;  il  me  répéta  souvent  :  — 
Avec  qui  m'entretiendrai-je  à  Tavenir  de  nos  affaires?  —  Il  montra  une 
irrésolution  telle  que  je  serais  tenté  de  croire  qu'il  était  déjà  informé 
du  repentir  et  de  la  démarche  du  Dey  d'Alger,  dont  je  n'ai  eu  con- 
naissance qu'ici.  En  réfléchissant  que  le  gouvernement  ne  peut  compter 
sur  la  durée  de  ses  liaisons  avec  la  Barbarie,  je  n*ai  pas  osé  prendre 
sur  moi  d'insinuer  au  Bey  de  révoquer  son  ordre.  J'ai  craint  que  les 
Français  résidant  à  Tunis  ne  devinssent  un  jour  victimes  d'une  mesure 
pîus  rigoureuse,  j'ai  craint  surtout  d'encourir  le  reproche  d'en  être  la 
cause. 

Les  dispositions  favorables  que  les  Princes  de  Barbarie  manifestent 
actuellement  sont  dues  au  changement  subit  du  système  de  l'Europe,  à 
la  coalition  des  Puissances  du  nord  contre  les  Anglais,  à  leur  expul- 
sion des  ports  de  la  Méditerranée  qui  ne  sont  pas  en  leur  pouvoir,  et 
principalement  à  notre  rapprochement  de  la  Russie.  Il  a  fait  une 
impression  profonde  sur  l'esprit  des  Régences...  Le  Bey,  qui  me  parle 
avec  assez  de  franchise  et  de  confiance,  ne  m'a  pas  dissimulé  qu'il 
regardait  le  démembrement  de  l'Empire  ottoman  comme  très  pro- 
chain... Je  quittai  l'Échelle  de  Tunis  le  22  ventôse.  Les  Commissaires 
étrangers  firent  arborer  leurs  pavillons;  nous  ne  reçûmes  sur  notre  pas- 
sage, de  la  part  des  sujets  du  Bey,  que  des  expressions  de  douleur  et  de 
regret  de  nous  voir  partir  et  de  leur  vœu  pour  notre  prompt  retour... 
Le  Bey  a  fait  rendre  au  corsaire  français  qui  l'avait  faite  une  prise 
qu'un  Grec  ottoman  lui  avait  enlevée  dans  le  port  de  LaGoulette...  J'ai 
cru  devoir  charger  de  l'intérim  le  citoyen  Nyssen,  Commissaire  batave. 
Il  mérite  votre  confiance  ^  Le  citoyen  Zuchet,  chargé  de  l'intérim  du 

1.  Devoize  à  Antoine  Nj/ssen.  —  Tunis  j  9  mars  iSOi  {/8  ventôse  an  IX),  —  «...  Le 
Bey  m'a  laissé  le  choix  de  la  personne  que  je  croirais  la  plus  propre  à  entretenir 
ses  liaisons  avec  la  République;  il  devait  naturellement  tomber  sur  Tagent  d'une 
Puissance  intimement  alliée  de  la  République,  agréable  au  Bey,  sur  l'ami  qui, 
pendant  notre  longue  et  cruelle  détention,  m'a  donné  personnellement  et  à  tous 
les  Français  les  plus  grandes  marques  dMnlérêt  et  d'attachement  au  gouvernement 
de  la  République...  » 

Devoize  prie  donc  le  citoyen  Nyssen  d'informer  le  Ministre  des  relations  exté- 
rieures de  tout  ce  qui  se  passera  d'intéressant  à  Tunis,  de  lui  transmettre  les 
nouvelles  authentiques  du  Levant  et  surtout  de  l'Egypte.  Il  lui  laisse  le  chiffre. 
C'est  à  lui  qu'on  adressera  les  paquets  venant  d'Egypte  par  Tripoli...  ••  Comme 
chargé  des  intérêts  du  gouvernement  français  sur  cette  Échelle  et  agréé  parle  Bey, 
le  Fondouit  est  sous  votre  protection.  11  me  reste  à  vous  prier  d'entretenir  le  Bey 
et  le  Sahib-Tapa  dans  les  dispositions  favorables  qu'ils  m'ont  manifestées  dans  nos 
derniers  entretiens,  et  à  vous  inviter  à  encourager  les  spéculations  en  grains  pour 


422  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1801^ 

Commissariat  batave  à  Tripoli  de  Barbarie,  s'est  conduit  avec  beaucoup 
de  zèle  dans  la  transmission  des  paquets  pour  TËgypte...  Mamet  Oghiès, 
ministre  et  favori  du  Pacha,  sous  les  auspices  duquel  le  citoyen  Billon 
a  conclu  la  paix  avec  ce  souverain,  est  aussi  un  ami  chaud  des  Fran- 
çais. Je  leur  ai  recommandé  à  Tun  et  à  l'autre  les  intérêts  de  la  Répu- 
blique... J'ai  cru  devoir  conserver  la  jouissance  du  Fondouk  àla  nation 
jusques  à  ce  que  j'eusse  connaissance  de  vos  intentions  à  ce  sujet.  Je 
me  suis  engagé  à  en  payer  le  loyer,  qui  se  retrouvera  dans  celui  des 
magasins  que  j'ai  fait  louer  avant  mon  départ.  Un  des  janissaires  du 
Commissariat  en  est  rei^té  le  gardien  avec  l'agrément  du  Bey. 

M.  Requiran  m'a  témoigné  le  désir  de  partager  le  sort  des  Français; 
mais,  pensant  que,  sous  le  voile  de  l'émigration,  il  peut  se  procurer  des 
avis  utiles  qu*il  me  fera  passer  exactement,  je  l'ai  engagé  à  rester  à 
Tunis... 

Je  vous  prie,  citoyen  Ministre,  de  m'accorder  la  permission  d'aller 
voir  ma  famille  à  Voiron  (Isère),  où  j'attendrai  vos  ordres.  Je  suis  con- 
venu avec  le  Bey,  avant  mon  départ  : 

i^  Que  les  hostilités  ne  recommenceront  que  le  22  floréal  prochain; 

2°  Qu'elles  n'auraient  lieu  que  contre  les  bâtiments  de  guerre,  notam- 
ment ceux  destinés  pour  Alexandrie  qui  seront  de  bonne  prise  dès  à 
présent,  le  Bey  ne  pouvant  ordonner  aux  reïsde  ses  corsaires,  qui  sont 
Turcs,  de  les  respecter  avant  cette  époque,  sans  se  compromettre 
gravement  avec  la  Porte  ; 

3"^  Que  les  navires  marchands  et  les  neutres  chargés  pour  compte 
des  sujets  des  deux  Puissances,  ceux  destinés  pour  Malte  et  Mahon 
exceptés,  ne  seraient  point  inquiétés; 

4^  Que  les  équipages  des  bâtiments  de  guerre  pris  seraient  traités  en 
prisonniers  de  guerre,  exempts  de  travaux.  » 

{Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis,) 
LE  CONTHE-AMIRAL  GANTEAUMB  1   A  HAHOUDA,   BEY  DE  TUNIS. 

776.  —  A  bord  de  «  L'Indivisible  it,  28  mai  f  801  (8  prairial  an  IX), 
—  «  Le  grand,  l'incomparable  général  Bonaparte,  Premier  Consul  de 

le  midi  de  la  France.  C'est  un  des  plus  grands  services  que  vous  puissiez  rendre 
au  gouvernement,  qui  en  sentira  le  prix  et  qui  ne  tardera  pas  d*app!audir  au  choix 
que  j'ai  fait  de  vous  pour  veiller  ici  à  ses  intérêts. 

Agréez,  cher  et  bien  précieux  ami,  les  dernières  assurances  d'un  attachement 
qui  ne  finira  qu'avec  ma  vie.  »  {Affaires  étrangéreSy  C'*'  de  Tunis.) 

i.  Honoré-Josepli-Antonin  comte  Ganteaume.de  La  Ciotat,  lieutenant  de  vaisseau 
en  ny:^  capitaine  en  1794,  chef  d'état-major  de  Brueys  pendant  rexpédition 
d'Égypto,  ronlre-amiral  commandant  la  division  qui  ramena  Bonaparte  en  France, 
chargé  en  1X00  de  porter  secours  à  l'armée  d'Egypte,  vice-amiral  et  commandant 
la  flotte  de  Brest  en  1803,  inspecteur  général  des  ciMes  de  l'Océan  en  1808,  membre  du 
Conseil  d'amirauté  en  1811,  inspecteur  général  des  classes  et  Pair  de  France  en  1816. 


[1801]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  423 

la  République  française,  prenant  les  rênes  du  gouvernement,  avait 
rétabli  les  liens  d*aniitié  qui,  depuis  si  longtemps,  existaient  entre  la 
France  et  Tunis.  Pourquoi  donc  tes  corsaires  viennent-ils  chaque  jour 
insulter  noire  pavillon  et  continuent-ils  de  capturer  et  nos  bâtiments  et 
ceux  de  nos  alliés  transportant  des  subsistances  destinées  à  nos 
armées?  Ces  jours  derniers,  deux  transports  chargés  de  vivres  pour  les 
Français  qui  sont  sur  l'île  d'Elbe  ont  été  pris  dans  le  canal  de  Piombino- 
Une  petite  corvette  de  la  République  a  été  attaquée  en  même  temps  et 
au  même  lieu.  Il  faut  que  ces  hostilités  cessent.  Je  sais  que  le  grand  et 
Premier  Consul  de  la  République  ne  veut  pas  te  faire  la  guerre,  parce 
qu'il  est  ton  ami  et  que  sa  colère  serait  terrible  pour  toi  et  ton  pays  ; 
mais  il  désire  que  les  égards  soient  réciproques,  que  tu  respectes  le 
pavillon  de  la  République,  celui  de  ses  alliés,  et  que  tes  bâtiments  sur- 
tout ne  continuent  plus  d'enlever  les  subsistances  qui  doivent  servir  à 
nos  troupes.  C'est  pour  parvenir  à  ce  but  qu'en  chassant  et  arrêtant 
auprès  de  l'ile  d'Elbe,  et  non  loin  du  lieu  où  nos  bâtiments  ont  été 
pris,  tes  deux  corsaires,  je  me  suis  borné  à  les  désarmer  et  à  te  les 
envoyer  à  Tunis,  ne  faisant  aucun  mal  k  ceux  ^ui  sont  à  bord,  afin  que 
tu  donnes  de  nouvelles  instructions  à  tes  reïs  relativement  au  pavillon 
français  qu'ils  doivent  respecter;  car  ils  ont  eu  la  franchise  de  me  dire, 
lorsque  je  les  ai  arrêtés,  qu'ils  étaient  en  croisière  pour  faire  la  guerre 
aux  Français  comme  tous  les  autres  peuples  avec  qui  la  Régence  de 
Tunis  est  en  guerre.  '^ 

Puisse  le  témoignage  d'amitié  que  je  te  donne  au  nom  de  mon  gou- 
vernement, en  te  renvoyant  des  bâtiments  que  j'étais  en  droit  de  garder, 
contribuer  à  rétablir  des  liaisons  qui,  pour  l'intérêt  des  deux  peuples, 
ne  devaient  jamais  être  rompues.  Je  te  salue  ^  » 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

777.  —  Paris,  2  décembre  i 80i  {ii  finmaire  an  X).  —  Invité  par  le 
Ministre  à  se  tenir  prêt  à  partir  pour  aller  renouer  les  liaisons  avec  la 
Régence  de  Tunis,  Devoize  présente  quelques  observations  relatives 
aux  instructions  que  Talleyrand  se  propose  de  lui  donner. 

«  Jamais  négociations  plus  intéressantes  et  plus  délicates  n'ont  été 
entamées  à  Tunis.  Il  s'agit  de  relever  solennellement  le  pavillon 
national;  de  faire  adopter  au   Bey  seize   articles  additionnels   aux 

1.  Nifssen  à  Talleyrand.  —  Tunis,  i8  mai  1891  {8  prairial  an  X).  —  Le  Bey  lui  a 
donné  connaissance  de  la  lettre  de  Tamiral  Ganteaume,  dont  les  termes  l'ont  mortiGé. 
Ce  Prince  a  affirmé  que  ses  corsaires  n'avaient  capturé  aucun  navire  français... 
Nyssen  lui  a  fait  observer  que  Tamiral  Ganteaume  était  en  droit  de  capturer  les 
deux  corsaires,  et  lui  a  conseillé  de  continuer  à  bien  se  conduire  envers  les 
Français.  (Affaires  étrangères,  C''  de  Tunis.) 


424  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1801] 

anciens  traités,  tous  favorables  au  commerce  et  à  la  navigation  des 
Français;  de  tâcher  de  réduire  des  réclamations  majeures,  mais 
que  leur  légitimité  mettra  dans  Timpossibilité  d'éluder  entièrement, 
et  d'engager  en  même  temps  ce  Prince  à  faire  droit  à  celles  que  j*ai  à 
lui  présenter;  enfin  de  conclure  un  traité  définitif. 

Je  vous  prie,  citoyen  Ministre,  de  fixer  la  conduite  que  j*ai  à  tenir 
envers  les  Génois,  Cisalpins,  Toscans  et  Helvétiens  esclaves  à  Tunis, 
sujets  de  Puissances  qui  sont  en  quelque  sorte  sous  la  protection  de  la 
France;  il  est  essentiel  ou  que  ces  gouvernements  passent  des  traités 
particuliers  avec  le  Bey,  qu'ils  rachètent  ces  infortunés,  ou  leur  fassent, 
comme  les  autres  nations,  distribuer  des  secours  alimentaires...  » 

{Affairée  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 
BONAPARTE  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

778.  —  Paris,  5  décembre  i  801  (/  4  frimaire  an  X),  —  «  Illustre  et 
magnifique  Seigneur, 

Je  sais  que  parmi  les  Princes  de  Barbarie,  ceux  du  royaume  de  Tunis 
se  sont  toujours  fait  remarquer  par  leur  affection  pour  la  France,  et  que 
vous  n'en  avez  interrompu  le  cours  qu'avec  regret. 

C'est  dans  cette  confiance  que  je  renvoie  vers  vous  le  citoyen  Devoize, 
à  qui  j'accorde  la  mienne.  Je  l'accrédite  par  cette  lettre,  afin  qu'il  con- 
vienne avec  vous  des  stipulations  qui  serviront  à  cimenter  une  heureuse 
réunion.  Vous  y  trouverez  l'avantage  précieux  de  recouvrer  la  bienveil- 
lance d'une  ^ande  nation,  que  ses  triomphes  et  sa  gloire  rendent  aussi 
secourable  à  ses  amis  qu'elle  est  redoutable  pour  ses  ennemis. 

Recevez,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  Texpression  de  mes  senti- 
ments et  de  mes  vœux  pour  votre  prospérité.  » 

{Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
TALLBYRAND  A  YOUSSOUP-KHODJA,   PREMIER  MINISTRE  DU  BEY  DE  TUNIS. 

779.  —  Paris,  9  décembre  1 801  [18  frimaire  an  Jj.  —  «  Magnifique 
Seigneur, 

Le  Premier  Consul,  en  prescrivant  au  citoyen  Devoize  de  retourner 
à  Tunis,  lui  a  remis  pour  le  Bey  une  lettre  dans  laquelle  il  témoigne 
à  ce  Prince  le  désir  qu'il  a  de  voir  la  paix  promptemenl  et  solidement 
rétablie  entre  les  deux  nations.  Tel  est  personnellement  mon  vœu,  et 
je  ne  doute  pas  que  ce  soit  également  le  vôtre.  Je  vous  prie  d'accueillir 
le  citoyen  Devoize  avec  la  même  amitié  dont  vous  l'avez  toujours  honoré, 
et  à  laquelle  le  caractère  de  la  mission  dont  il  est  chargé  lui  donne  en 
ce  moment  des  droits  particuliers. 

Je  désire  vivement  que  la  paix  une  fois  rétablie  soit  durable  ;  j'y  contri- 
buerai de  tous  mes  moyens.  J'espère  que,  de  votre  côté,  vous  tendrez 


[1801]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  425 

constamment  au  même  but  et  que,  par  une  heureuse  réciprocité   de 
procédés  satisfaisants,  la  bonne  intelligence  n'éprouvera plusd*altération. 
Recevez,  magnifique  Seigneur,  Texpression  de  mes  sentiments  d'es- 
time et  d'affection  pour  votre  personne.  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZB. 

780.  —  Paris  y  9  décembre  i  801  (18  frimaire  an  X).  —  ...  Les  ins- 
tructions qui  lui  furent  données  en  Tan  Vlil  sont  confirmées  dans  tous 
leurs  points,  sauf  quelques  modifications  ou  additions  qu'il  tâchera  de 
faire  insérer  dans  le  nouveau  traité  : 

i®  Le  nouveau  traité  devra  stipuler  formellement  et  textuellement  les 
renouvellement  et  confirmation  de  tous  les  précédents  traités  et  notam- 
ment de  celui  de  1742  ; 

2<>  Presque  tous  les  traités  de  la  République  avec  les  Puissances 
étrangères  portent  que  la  nation  française  sera  considérée  comme  la 
nation  la  plus  favorisée.  Cette  clause  essentielle  n'existe  dans  aucun  de 
nos  traités  avec  Tunis.  C'est  une  omission  que  le  citoyen  Devoize  tâchera 
de  réparer...; 

3^  Le  citoyen  Devoizs  fixera  à  cent  et  un  ans  la  durée  du  présent 
traité...  Si  Devoize  trouve  une  opposition  assez  soutenue  aux  stipulations 
proposées,  il  est  autorisé  à  les  modifier. 

En  ce  qui  concerne  les  esclaves  italiens  et  suisses,  c'est  à  leurs  gou- 
vernements respectifs  qu'ils  doivent  adresser  leurs  plaintes... 

{Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

781.  —  PariSy  15  décembre  1 801  {24  frimaire  an  X).  —  11  demande 
le  règlement  des  créances  d'Elias  Attel  et  d'Abraham  Paz,  et  soumet 
quelques  observations  au  Ministre  concernant  le  rétablissement  des 
maisons  de  commerce  à  Tunis  et  la  police  intérieure  de  l'Échelle. 

«  Je  suis  informé  que  plusieurs  négociants,  qui  avaient  des  établisse- 
ments à  Tunis,  se  proposent  d'y  retourner  en  même  temps  que  moi 
avec  des  commis  et  des  marchandises,  et  n'attendent  que  le  moment 
où  je  serai  rendu  à  Marseille  pour  s'embarquer.  Il  me  parait  que  leur 
présence  sur  le  pays,  avant  que  mes  négociations  soient  terminées,  peut 
avoir  de  graves  inconvénients.  Cet  empressement  pourrait  faire  penser 
au  Bey  que  nous  avons  besoin  de  la  paix  et  le  rendre  plus  difficile  sur 
les  demandes  que  je  dois  lui  faire,  et  il  est  trop  adroit  pour  ne  pas  pro- 
fiter de  la  position  où  je  me  trouverais.  Je  pense  qu'il  serait  plus  con- 
venable que  les  négociants  n'obtinssent  la  permission  de  retourner  à 
Tunis  que  lorsqu'on  aura  reçu  en  France  la  signature  du  traité  de  paix. 


W6  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1801] 

11  n^existe  aucun  nouveau  règlement  qui  prescrive  les  formalités  que 
les  négociants  auront  à  remplir  pour  former  des  établissements  de 
commerce  dans  les  Échelles,  et  y  faire  passer  leurs  régisseurs  et  autres 
employés.  Rien  ne  m'indique  de  quelle  authenticité  seront  les  pièces 

qu*ils  produiront  et  la  garantie  qu'ils  auront  donnée  pour  parer  aux 

• 

inconvénients  de  leur  inconduite  et  les  recherches  qu'elle  peut  occa- 
sionner. Anciennement  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille  délivrait 
les  passeports  des  négociants  et  exigeait  d'eux  un  cautionnement  de 
60,000  francs  pour  l'Échelle  de  Tunis.  La  Chambre  de  commerce 
n'existant  plus,  il  est  indispensable  qu'elle  soit  suppléée  dans  cette 
fonction  par  quelque  autorité,  afin  d'empêcher  que  des  gens  sans  aveu, 
des  vagabonds,  se  répandent  dans  les  Échelles,  où  ils  ne  peuvent  que 
compromettre  et  embarrasser  la  protection. 

Le  Fondouk  est  une  appartenance  du  Divan,  qu'un  usage  immémorial 
a  affecté  au  logement  des  Français  pour  le  prix  annuel  de  600  piastres. 
Il  n'en  est  pas  fait  mention  dans  aucun  traité.  C'est  dans  ce  local  que 
le  Chargé  d'affaires  fait  sa  résidence  ordîncdre  et  le  pavillon  national  y 
est  arboré.  Il  comprend  cinq  logements  distincts  et  séparés.  Les  régis- 
seurs qui  les  occupaient  avant  la  rupture,  et  dont  la  plupart  sont  retirés, 
prétendent  les  céder  à  leurs  successeurs  en  exigeant  un  loyer,  sous 
prétexte  qu'ils  y  ont  fnit  des  réparations  (dont  ils  ont  joui).  C'est  de 
leur  part  un  objet  de  spéculation  qu'aucune  considération  ne  peut  faire 
tolérer.  Ils  peuvent  d'autant  moins  considérer  ces  logements  comme 
des  propriétés  qu'ils  ont  abandonné  le  Fondouk  à  l'époque  de  la  rupture, 
et  qu'aucun  d'eux  ne  s'étant  présenté  pour  en  offrir  le  loyer,  j'ai  été 
obligé  de  répondre  moi-même  du  payement  de  600  piastres  et  de 
demander  au  Bey  de  m'autoriser  à  y  entretenir  un  janissaire  pour  le 
garder,  afin  de  conserver  le  local  à  la  nation  et  d'empêcher  que  ce 
Prince  ne  le  fit  occuper  par  des  étrangers,  comme  il  en  avait  le  projet. 
11  me  parait  que  je  dois  être  autorisé  à  distribuer  les  logements  du 
Fondouk  aux  négociants  qui  auront  obtenu  de  vous  la  permission  de 
former  des  établissements  à  Tunis,  après  avoir  été  examinés  par 
l'autorité  que  vous  aurez  proposée  k  cet  effet  pour  s'assurer  de  leur 
moralité  et  de  leur  solvabilité.  Il  serait  à  désirer  que  les  établissements 
n'excédassent  pas  le  nombre  de  trois  à  quatre,  dans  une  circonstance 
où  le  commerce  de  i'Ëchelle  n'aura  pas  d'abord  toute  l'extension  dont 
il  est  susceptible. 

Il  était  d'usage  d'élire  toutes  les  années  un  député  de  la  nation  pris 
parmi  les  négociants.  Sa  fonction  essentielle  était  d'administrer  les 
deniers  de  1* Échelle,  d'en  rendre  compte  à  la  Chambre  de  commerce  et  de 


[1804J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  427 

lui  faire  passer  les  avis  qui  pouvaient  intéresser  le  commerce  et  la  navi- 
gation. La  Chambre  du  commerce  de  Marseille  n'existant  plus,  Télection 
d*un  député  me  parait  par  conséquent  inutile  jusques  àTépoque  de  son 
rétablissement,  s'il  a  lieu. 

Notre  régime  maritime  prohibe  aux  Français  Tachât  de  bâtiments  de 
construction  étrangère;  cependant  le  délabrement  de  la  marine  mar- 
chande, après  une  longue  guerre  qui  Ta  laissée  sans  emploi,  exigerait 
que  le  commerce  obtint  momentanément  quelque  facilité  à  cet  égard. 
Il  est  bien  difficile  que  la  construction  ait  assez  d'activité  pour  suffire  à 
ses  premiers  besoins.  Je  pense,  en  conséquence,  qu'il  serait  avantageux 
d'accorder  aux  négociants  de  Tunis  la  faculté  d'y  acheter  des  bâtiments 
étrangers  et  de  prise,  qu'ils  pourront  trouver  à  leur  convenance  sur  le 
pays,  et  que  je  fusse  muni  des  passeports  nécessaires  pour  assurer  leur 
traversée  dans  nos  ports.  » 

Devoize  demande  en  terminant  un  b&tîment  de  guerre  parlementaire 
pour  retourner  à  Tunis.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

782.  —  jPam,  ^0  décembre  i SOI  {29  frimaire  an  X).  —  «  ...  Vos 
observations  sur  les  inconvénients  qu'il  pourrait  y  avoir  à  ce  que  les 
négociants  de  Tunis  y  retournassent  avant  la  conclusion  de  la  paix  me 
paraissent  extrêmement  justes.  Mais  je  ne  vois  pas  qu'on  puisse 
employer  pour  les  en  détourner  d'autres  voies  que  celles  de  la  persua- 
sion... Vous  ne  devez  pas  douter  que  je  ne  donne  à  l'avance  mon 
approbation  à  tout  ce  que  vous  pourrez  leur  dire  dans  cette  vue... 

En  ce  qui  concerne  les  cautionnements,  mon  opinion  n'est  pas  dou- 
teuse :  la  formalité  des  cautionnements  me  parait  plus  que  jamais 
nécessaire.  Mais  en  attendant  que  la  question  de  l'autorité  chargée 
de  recevoir  les  cautionnements  soit  résolue,  le  Ministère  pense  que 
Devoize  doit  se  contenter  de  la  représentation  des  passeports... 

L'établissement  des  députés  résulte  de  dispositions  très  formelles 
de  l'ordonnance  de  1781,  et  il  est  essentiel  de  l'exécuter  dans  tous  ses 
détails,  autant  qu'il  sera  possible,  tant  qu'elle  ne  sera  pas  abrogée  ou 
remplacée  par  une  nouvelle  ordonnance. 

Quant  à  ce  qui  est  relatif  à  la  distribution  des  logements  du  Fon- 
*douk,  je  m'en  rapporte  entièrement  à  ce  que  vous  déterminerez...  Il  ne 
me  semble  pas  d'ailleurs  que  les  réparations  puissent  jamais  motiver  de 
la  part  de  ceux  qui  les  ont  faites  des  demandes  de  loyer;  c'est  une  pré- 
tention qui  ne  peut  se  soutenir...  »        (A/Taires  étrangères,  C'"*  de  Tunis,) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

783.  —  Lyon,  22  janvier  i  802  {2  pluviôse  an  X).  —  Le  Préfet  mari- 


428  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1802^ 

lime  de  Toulon  fait  préparer  un  bâtiment  de  FÉtat  pour  le  transporter 
à  son  poste.  Il  remerciera  de  la  part  du  Ministre  le  Commissaire  des 
relations  bataves  à  Tunis  de  ses  procédés  obligeants  *. 

{Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
TRAITÉ  DU  23  FÉVRIER   1802  (4  VENTOSE  AN  X). 

784.  —  «  Le  Premier  Consul  de  la  République  française,  ayant  biea 
voulu  renouveler  les  articles  de  paix  anciennement  accordés  aux 
Pacha,  Bey  et  Divan  de  la  Régence  de  Tunis  et  y  en  ajouter  de  nou- 
veaux, a  commis  à  cet  effet  et  pour  remplir  ses  favorables  intentions 
le  citoyen  Jacques  Devoize,  lequel,  en  vertu  des  pleins  pouvoirs  qu'il 
a  représentés  de  la  part  du  Premier  Consul  de  la  République  française, 
€st  convenu  avec  Son  Excellence  Hamouda-Pacha-Bey  et  le  Divan  de 
Tunis  des  articles  additionnels  suivants  : 

I 

Le  Premier  Consul  de  la  République  française,  au  nom  du  peuple 

français,  Son  Excellence  Hamouda-Pacha-Bey  et  le  Divan  de  Tunis  coq- 

firment  et  renouvellent  tous  les  traités  précédents,  notamment  celui 

àe  4742. 

II 

La  nation  française  sera  maintenue  dans  la  jouissance  des  privilèges 

ei  exceptions  dont  elle  jouissait  avant  la  guerre,  et,  comme  étant  la  plus 

distinguée  et  la  plus  utile  des  autres  nations  établies  à  Tunis,  elle  sera 

aussi  la  plus  favorisée. 

III 

Lorsqu'il  relâchera  quelque  bâtiment  de  guerre  français  à  La  Gou- 
lette,  le  Commissaire  de  la  République  pourra  se  rendre  ou  envoyer 
tout  autre  à  sa  place  à  bord,  sans  en  être  empêché. 

IV 

Le  Commissaire  de  la  République  française  choisira  et  changera  à 
son  gré  les  drogmans  et  les  janissaires  au  service  du  Commissariat. 

V 

Les  marchandises  venant  de  France  sur  bâtiments  français,  soit  à 
Tunis  ou  autres  ports  de  sa  dépendance,  continueront  à  ne  payer  comme 
ci-devant  que  3  0/0  de  douane,  et  le  douanier  ne  pourra  exiger  ses 
droits  en  marchandises,  mais  seulement  en  espèces  ayant  cours  sur  le 
pays;  les  sujets  tunisiens  jouiront  en  France  du  même  privilège. 

VI 

Toute  marchandise  provenant  des  pays  ennemis  de  la  Régence  et 
que  les  Français  importeront  à  Tunis  continuera  à  payer  10  0/0  de 

1.  Voy.  la  lettre  de  remerciements  de  Talleyrand  à  Nyssen,  29  thermidor  an  IX. 


[1802]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  429- 

douane,  et,  eo  cas  de  guerre  entre  la  République  française  et  une  autre 
Puissance,  les  marchandises  appartenant  à  des  Français,  chargées  en 
France  pour  compte  de  Français  et  sur  des  pavillons  neutres  amis  de 
la  Régence,  ne  payeront  que  3  0/0  jusqu'à  la  cessation  des  hostilités;  1» 
réciproque  sera  exercée  en  France  à  Tégard  des  Tunisiens. 

VII 

Les  censaux  juifs  et  autres  étrangers  résidant  à  Tunis  au  service  desr 

négociants  et  autres  Français  seront  sous  la  protection  de  la  République. 

mais  s'ils  importent  des  marchandises  dans  le  royaume,  ils  payeront  le 

droit  de  douane  à  Tinstar  des  Puissances  dont  ils  seront  les  sujets,  et 

sMls  ont  quelque  différend  avec  les  Maures  ou  chrétiens  du  pays,  ils  se 

rendront  avec  leurs  parties  adverses  par  devant  le  Commissaire  de  la 

République  française,  où  ils  choisiront  à  leur  gré  deux  négociants  fran* 

çais  et  deux  négociants  maures  parmi  les  plus  notables,  pour  décider  de 

leurs  contestations. 

VIII 

Tout  individu  d'un  pays  qui,  par  conquête  ou  par  traité,  aura  été^ 
réuni  aux  États  de  la  République  française,  et  qui  se  trouverait  captif 
dans  le  royaume  de  Tunis,  sera  mis  en  liberté  sur  la  première  réquisi- 
tion du  Commissaire  de  la  République;  mais  si  cet  individu  était  pris 
se  trouvant  au  service  et  ii  la  solde  d'une  Puissance  ennemie  de  la 
Régence,  il  ne  sera  pas  relâché  et  restera  prisonnier. 

IX 

En  cas  de  rupture  entre  les  deux  Puissances,  les  Français  résidant  à 
Tunis  ne  seront  inquiétés  en  aucune  manière;  il  leur  sera  accordé  un 
terme  de  trois  mois  pendant  lequel  ils  jouiront  de  toute  sftreté  et  pro-^ 
tection,  et,  ce  temps  échu,  ils  pourront  se  retirer  librement,  avec  leurs^ 
effets  et  leurs  biens,  partout  où  bon  leur  semblera.  »         Devoize. 

(Sceau) 
{UOHginal  est  aux  Archives  des  Affaires  étrangères,  Salle  des  traités.) 

HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  BONAPARTE. 

785.  —  Tunis,  8  mars  i  802  (i7  ventôse  an  X).  —  «  Au  plus  dis- 
tingué parmi  les  sectateurs  du  Messie,  le  plus  grand  de  ceux  qui  pro- 
fessent la  religion  de  Jésus,  le  Premier  Consul  de  la  République  fran- 
çaise, notre  très  honoré  et  sincère  ami  Bonaparte,  —  dont  la  Gn  soit 
heureuse  et  au  comble  du  bonheur!  — 

La  présente  lettre  amicale  est  pour  vous  rappeler  que  ci-devant  (par 
la  permission  de  TÊtre  suprême)  il  est  survenu  entre  nous  une  légère 
froideur,  à  la  suite  de  laquelle  le  citoyen  Devoize,  votre  commissaire 
ici,  a  été  obligé  de  se  rendre  auprès  de  vous. 


430  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1802] 

Maintenant  d'heureux  jours  y  ont  succédé  et  celte  froideur  s'est 
changée  en  une  amitié  sincère  par  le  retour  ici  de  notre  ami  le  com- 
missaire Devoize,  qui  y  a  repris  ses  fonctions  et  a  mis  fin  à  cette 
indifférence,  en  rétablissant  l'ancienne  union  et  amitié,  pour  lesquelles 
vous  l'avez  de  nouveau  éiablî  et  confirmé  dans  son  poste,  ainsi  que 
vous  le  mandez  par  votre  lettre  amicale  qu'il  m'a  remise  de  votre  part. 
et  dont  j'ai  compris  tout  le  contenu,  qui  m'a  satisfait. 

Vous  saurez  qu'après  m'étre  entretenu  avec  le  dît  commissaire,  nous 
sommes  convenus  que  les  anciens  traités  sous  la  date  de  notre  hégire 
mil  cent  cinquante*cinq  (ou  de  l'ère  chrétienne  i742)  seront  de  part  et 
d'autre  renouvelés,  et  quoiqu'il  ne  soit  pas  nécessaire  d'en  ajouter 
d'autres,  cependant,  en  considération  de  votre  sincère  amitié  à  laquelle 
je  dois  aussi  correspondre,  j'ai  consenti  amicalement  avec  votre  dit 
commissaire  à  joindre  aux  anciens  traités  neuf  articles  nouveaux.  Et 
pour  mieux  encore  resserrer  et  cimenter  davantage  notre  sincère  et 
inaltérable  amitié,  notre  Divan,  selon  l'ancien  usage,  a  assisté  à 
l'installation  du  pavillon  de  la  République  française,  lequel  a  été 
arboré  dans  la  maison  du  dit  commissaire,  et,  par  une  suite  de  celte 
même  amitié  qui  règne  entre  nous,  j'ai  consigné  et  remis  entre  les 
mains  du  dit  commissaire  trente-cinq  chrétiens  sujets  des  pays  qui 
étaient  ci-devant  ennemis  de  notre  Régence,  et  qui  sont  aujourd'hui 
sous  votre  domination,  et  ce  pour  vous  donner  une  preuve  plus  écla- 
tante de  notre  sincère  amitié,  malgré  que  ces  mêmes  chrétiens  fussent 
sujets  des  dits  pays,  je  les  ai  remis  en  liberté  ',  afin  que  le  dit  commissaire 
puisse  vous  les  faire  parvenir  avec  la  présente  amicale,  par  laquelle 
je  désire  vous  donner  une  preuve  authentique  de  la  vive  et  sincère 
amitié  qui  règne  entre  nous  et  qui  ne  fera  toujours  qu'augmenter.  » 

(Sceau)  Affaires  étrangêreit,  C*  de  Tunis.) 

YOUSSOUF-KflODJA,   PREMIER  MINISTRE  DU  BKY  DE  TUNIS,   A  TALLEYRAND. 

786.  —  TuniSf  15  mars  I S02  [24  ventôse  an  X). —  «  Citoyen  Ministre, 
J'ai  reçu  avec  une  satisfaction  inexprimable  la  lettre  aussi  obligeante 
qu'amicale  que  vous  m'avez  fait  Thonneur  de  m'écrire  à  la  date  du 
18  frimaire  dernier  et  qui  m'a  été  remise  par  le  commissaire  Devoize. 
Son  retour  a  causé  à  mon  maître  un  extrême  plaisir.  Il  lui  procure 
l'occasion  de  renouveler  les  liens  de  cette  antique  et  sincère  amitié 
qui  a  continuellement  uni  les  deux  nations  depuis  si  longtemps. 
A  cet  égard  mes  vœux  sont  remplis,  et  je  m'en  rapporte  à  ce  que 

1.  Voy.  Étal  nominatif  des  esclaves  affranchis  par  le  Bey  de  Tunis  et  remis  au  Consul 
général  Devoize  le  48  ventôse  an  X  (Archives  de  la  Régence,  Palais  Dar-el-Bey y  cartons 
France  1710-1883). 


[1802]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  431 

m'écrit  sur  cet  objet  le  citoyen  Devoize,  auquel  j'ai  voué  une  estime  et 
un  attachement  aussi  durable  qu'inaltérable.  J'espère  aussi  que  le 
renouvellement  de  la  paix  ne  le  sera  pas  moins  (si  nous  nous  persua- 
dons avoir  été  en  guerre),  et  certes  je  contribuerai  comme  vous, 
citoyen,  de  tous  mes  moyens  à  maintenir  sans  altération  la  bonne 

intelligence.  »  {Affaires  étrangères,  C^'  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

787.  —  lunis,  i 5  mars  i  802  [24  ventôse  an  X),  —  «  J'ai  l'honneur 
de  vous  informer  que,  parti  de  Marseille  le  20  du  mois  passé  sur  le 
brick  de  TÉtat  Le  Lodi,  je  suis  arrivé  le  23.  On  a  peu  d'exemples  d'une 
traversée  aussi  brève. 

J'écrivis  au  Bey,  de  La  Gouiette,  pour  lui  annoncer  le  sujet  de  ma 
mission;  il  envoya  sur-le-champ  à  l'Agha  des  forts  l'ordre  de  faire 
saluer  de  21  coups  de  canon  le  pavillon  de  la  République. 

Dans  ma  première  audience,  j'ai  présenté  au  Bey  la  lettre  du  Premier 
Consul  et  mes  pouvoirs  pour  entrer  en  négociation.  Je  lui  donnai  con- 
naissance des  articles  du  nouveau  traité  que  je  venais  lui  proposer;  i! 
les  a  soumis  d'abord  à  son  conseil  où  ils  ont  été  mûrement  et  longuement 
pesés.  J'y  ai  été  ensuite  appelé  pour  la  discussion  ;  en  voici  le  résultat  : 
Je  n'ai  trouvé  aucune  opposition  au  renouvellement  des  anciens  traités 
ni  aux  stipulations  suivantes  :  Que  la  nation  française  serait  la  plus 
favorisée  dans  les  états  de  la  Régence;  que  le  commissaire  de  la  Répu- 
blique aurait  la  faculté  de  choisir  et  changer  à  son  gré  le  courtier  et  les 
janissaires  du  Commissariat;  que  les  marchandises  chargées  en  France 
sur  bâtiments  français  continueraient  à  ne  payer  que  3  0/0,  exigibles 
en  espèces  seulement  au  taux  fixé  par  l'ancien  tarif,  article  extrême- 
ment avantageux  en  ce  que  l'estimation  portée  par  ce  tarif  est  bien 
au-dessous  de  la  valeur  actuelle  des  marchandises  de  toute  espèce. 

J'ai  obtenu  non  sans  de  grandes  difQcultés  et  en  insistant  fortement, 
comme  vous  me  l'avez  prescrit,  qu'en  temps  de  guerre  seulement, 
ainsi  que  l'exige  l'intérêt  de  notre  pavillon,  les  marchandises  chargées 
en  France  sur  bâtiments  neutres  ne  seraient  soumises  qu'au  même 
droit  de  3  0/0.  J'ai  fait  admettre  aussi  que  tous  les  étrangers  sous  la 
protection  de  France  et  censaux  juifs  au  service  des  négociants  ne 
seraient  subordonnés  qu'à  la  juridiction  du  commissaire  de  la  Répu- 
blique, et  qu'ils  seraient  libres  de  choisir  pour  arbitres  de  leurs  différends 
deux  négociants  français  et  deux  négociants  turcs,  tous  notables. 

En  rappelant  au  Bey  la  violation  qu'il  s'est  permise  de  l'article  XXII  du 
traité  de  1742,  en  retenant  la  nation  prisonnière  en  l'an  Vil,  j'en  ai 
rétabli  la  disposition  dans  les  termes  les  plus  précis...  » 


432  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1802] 

Devoize  a  fait  reconnaître  par  le  Bey  la  réunion  à  la  France  du  Pié- 
mont, des  îles  d*Elbe  et  de  Caprera,  et  délivrer  des  sujets  de  ce  pays, 
qui  se  trouvaient  captifs  dans  les  états  de  Tunis.  Il  a  fait  délivrer  égale- 
ment le  citoyen  Klein...  «  Outre  l'intérêt  que  ce  jeune  homme  inspire 
personnellement,  il  est  fils  du  citoyen  Klein,  chef  de  la  3*  demi-brigade 
helvétique,  actuellement  en  garnison  à  Bastia.  Le  désir  de  calmer  le 
désespoir  que  respirent  toutes  les  lettres  de  ce  respectable  père,  mes 
justes  égards  pour  les  recommandations  du  Ministre  de  la  guerre,  de 
la  marine  et  de  plusieurs  généraux,  m^ont  fait  redoubler  d'efforts 
auprès  du  Bey;  j'ai  eu  le  bonheur  de  réussir... 

J'ai  insinué  au  Bey  qu'il  devait  au  Premier  Consul  de  la  République, 
comme  Président  de  la  Cisalpine,  l'hommage  de  la  liberté  de  tous  les 
Cisalpins  en  captivité  ;  il  ne  s'est  trouvé  qu'une  jeune  femme  (Thérèse 
Galiberti,  Milanaise)  qu'il  a  délivrée  sur-le-champ...  d 

Devoize  passe  ensuite  aux  stipulations  que  le  Bey  a  éludées  ou  modi- 
fiées :  la  faculté  pour  les  commandants  des  bâtiments  de  guerre  qui 
relâchent  à  La  Goulette  de  descendre  de  suite  à  terre  pour  se  rendre  à 
Tunis;  le  remboursement  par  le  douanier  des  droits  perçus  sur  les 
marchandises  qui  seraient  réexportées;  l'exportation  des  grains;  l'em- 
bargo sur  les  bâtiments  chargés  de  denrées  et  destinés  pour  la  France; 
la  composition  des  équipages  français;  les  reïs  de  corsaires  chassés  du 
service  des  autres  Régences... 

<(  J'aurais  pu  négocier  avec  plus  d'avantages  si  les  régisseurs  des 
établissements  de  cette  Échelle  ne  m'eussent  fait  perdre  eux-mêmes 
tout  le  fruit  que  je  pouvais  retirer  de  la  précaution  que  j'avais  prise 
de  venir  ici  sans  eux.  Ils  ont  écrit  ici  que  les  comestibles  étaient  en 
France  à  des  prix  si  hauts  qu'ils  n'avaient  pas  le  moyen  d'y  vivre  avec 
leurs  familles,  et  qu'ils  n  attendaient  que  mon  arrivée  pour  s'embarquer 
avec  moi.  D'autres,  plus  impatients  encore,  se  sont  adressés  à  des  com- 
missaires étrangers  et  leur  ont  demandé  s'ils  voudraient  bien  les 
admettre  à  leur  protection  jusques  au  moment  où  j'aurais  renoué  avec 
la  Régence.  Le  Bey,  instruit  de  tous  ces  faits,  doué  d'une  pénétration 
rare  et  très  rusé,  ne  s'est  pas  mépris  sur  nos  besoins  de  subsistances, 
et  s'est  montré  plus  difficile  sur  les  stipulations  que  j'ai  dû  abandonner 
pour  m'attacher  au  but  principal  que  vous  m'aviez  fortement  recom- 
mandé, celui  du  prompt  rétablissement  de  la  paix;  j'aime  néanmoins 
me  flatter  que  vous  serez  satisfait  du  nouveau  traité  conclu  le  4  de  ce 
mois.  Le  temps  qu'il  a  fallu  pour  transporter  de  La  Goulette  et  mettre 
en  place  le  mât  du  pavillon  national  a  fait  que  je  n'ai  pu  l'arborer  que 
le  13.  Il  l'a  été  avec  toute  la  solennité  praticable  dans  ce  pays.  Tous 


■1802]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  433 

les  comoHssaires  étrangers  et  le  Divan  en  corps  y  ont  assisté  en  grande 
cérémonie  ;  60  bâtiments  marchands  russes,  impériaux  et  ragusais  ont 
répondu  à  trois  salves  de  l'artillerie  du  Lodi.  J'ai  donné  le  même  jour 
un  dîner  de  50  couverts  et,  la  décade  suivante,  souper  et  bal. 

J'ai  rhonneur  de  vous  adresser,  citoyen  Ministre,  un  des  trois  ori- 
ginaux du  nouveau  traité,  revêtu  des  signatures  du  Bey  et  du  Divan. 
J'en  ai  laissé  un  dans  les  mains  de  ce  Prince;  le  troisième  reste  déposé 
dans  les  archives  de  ce  commissariat... 

Les  Danois  et  les  Américains  ont  payé  chacun  environ  60,000 
piastres  fortes  pour  droits  d'usage  au  Bey,  à  ses  ministres,  grands  et 
subalternes  officiers  de  la  Régence,  pour  arborer  leur  pavillon,  à  la 
suite  de  la  paix  qu'ils  ont  faite  récemment.  J'ai  été  assailli  de  toutes 
ces  demandes-;  123  reïs  prétendaient  insolemment  pour  leur  part 
2,000  sequins  vénitiens  et  500  aunes  de  drap.  Je  me  suis  expliqué  avec 
le  Bey;  je  lui  ai  dit  que  j'étais  venu  lui  offrir  et  non  acheter  la  paix, 
que  jamais  le  gouvernement  français  ne  se  soumettrait  aux  rede- 
vances des  Puissances  du  Nord;  je  n'ai  fait  que  quelques  donatives 
indispensables,  et  j'aurai  la  satisfaction  de  n'avoir  à  vous  présenter 
dans  une  si  grande  occasion  qu'un  état  de  dépenses  modéré.  Cette 
exemption  de  droit  d'usage  consacré  par  le  temps  a  produit  sur  le 
pays  une  sensation  très  favorable  pour  nous.  Elle  n'a  pas  été  vue  sans 
jalousie  par  bien  des  représentants  de  Puissances  étrangères. 

Sitôt  après  la  signature  de  la  paix,  j'ai  présenté  au  Bey  de  la  part  du 
Premier  Consul  une  boite  enrichie  de  diamants... 

J'aurais  désiré,  citoyen  Ministre,  que  mes  opérations  eussent  été 
suivies  d'un  succès  plus  complet.  Si  je  n'ai  pu  parvenir  à  l'obtenir,  ce  n'est 
pas  faute  d'y  avoir  employé  tous  les  moyens  que  pouvait  me  suggérer 
l'ambition  de  justifier  votre  confiance,  et  de  mériter  de  nouvelles  marques 

de  votre  approbation.  »  {Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 

BONAPARTE  A  DAMOUDA,   BEY  DE  TUNIS. 

788.  —  Paris,  7  mai  i  802  (/  7  floréal  an  X).  —  «  Illustre  et  magni- 
fique Seigneur, 

J'avais  toujours  été  porté  à  croire  que  c'était  à  regret  que  vous  aviez 
interrompu  le  cours  de  vos  relations  avec  la  République  française. 
Votre  lettre  et  le  traité  de  paix  dont  elle  était  accompagnée  me  con- 
firment dans  cette  opinion. 

Je  reçois  avec  plaisir  les  témoignages  particuliers  d'affection  que 
vous  me  donnez;  ils  me  flattent  surtout  en  ce  qu'ils  ont  valu  la  liberté 
à  un  certain  nombre  d'esclaves  provenant  de  pays  qui  sont  actuelle- 
ment sous  la  domination  française. 

28 


434  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i802^ 

11  m'est  doux  de  penser  que  nos  rapports  mutuels  porteront  désor- 
mais le  caractère  de  Tamitié,  et  cette  amitié  sera  d'autant  plus 
durable  que  vous  saurez  mieux  apprécier  les  avantages  attachés  à 
la  bienveillance  d'une  nation  également  grande  et  généreuse. 

Recevez,  illustre  et  magniGque  Seigneur,  l'expression  de  mes  senti- 
ments et  de  mes  vœux  pour  votre  prospérité.  » 

(Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

789.  —  Pains,  8  mai  1802  {18  floréal  an  X].  —  «  ...  Le  Premier 
Consul  a  ordonné  l'insertion  au  Moniteur  du  traité  que  vous  avez  conclu 
avec  le  Bey  et  m'a  autorisé  à  vous  en  expédier  la  ratification  ^  Ainsi  le 
Premier  Consul  donne  à  ce  traité  un  plein  et  entier  assentiment. 

J'en  ai  fait  vérifier  la  traduction  par  l'un  des  secrétaires-interprètes  de 
mon  Département.  Les  deux  textes  lui  ont  en  général  paru  se  rapprocher 
exactement,  excepté  à  lartîcle  YI,  où  il  est  dit  :  Toute  marchandise  pro- 
venant des  pays  ennemis  de  la  Régence  et  que  les  Français  importeront  à 
Tunis  continuera  à  payer  3  0/0  de  douane.  Le  texte  turc  porte  10  0/0. 
Une  inexactitude  aussi  sensible  a  besoin  d*explication.  Le  traité  de  174:^, 
qu'il  n'était  question  que  de  renouveler,  assujettit  (art.  X)  à  un  droit 
d'entrée  de  10  0/0  les  marchandises  provenant  des  pays  ennemis  de  la 
Régence,  importées  par  des  Français.  Le  supplément  d'instructions  vous 
prescrivait  d'obtenir  de  la  Régence  que  ce  droit  de  10  0/0  fût  modéré 
à  3  0/0  dans  le  cas  où  la  République  entrerait  en  guerre  avec  une  autre 
Puissance,  et  que  cette  modération  se  prolongeât  pendant  toute  la  durée 
de  cette  même  guerre.  C'est  ce  qu'expriment  les  termes  subséquents  de 
ce  même  article  YI,  quoique  peut-être  à  cet  égard  ne  soit-il  pas  assez 
explicite.  Il  résulterait  de  ce  rapprochement  que  dans  la  citation  que 
je  viens  de  vous  faire,  le  texte  français  serait  fautif.  Est-ce  qu'il  établi- 
rait généralement,  pour  les  droits  à  percevoir  sur  les  marchandises 
provenant  des  pays  ennemis  de  la  Régence,  une  modération  qui  ne  doit 
avoir  lieu  que  dans  le  cas  d'une  rupture  entre  la  République  et  TAn- 
gleterre,  et  seulement  pour  le  temps  des  hostilités,  afin  de  prévenir 
l'interruption  de  notre  commerce  maritime  avec  la  Régence? 

1.  Ratification  du  traité  de  iSOi.  —  Paris,  7  mai  IBOi  {17  floréal  an  X).  —  •  Le 
Premier  Cousul  ayant  vu  et  agréé  le  traité  de  paix  convenu  et  signé  avec  le  très 
illustre  et  magnifique  Seigneur  Hamoud a-Pacha,  Bey  de  Tunis,  le  4  ventôse  an  X  de 
la  République  française,  par  le  citoyen  Devoize,  Commissaire  général  et  Chargé 
d'afTaires  de  la  République  auprès  du  Bey  et  de  la  Uégence  de  Tunis,  le  Premier 
Consul  a  trouvé  ledit  traité  de  paix  conforme  à  ses  intentions  dans  tous  et  chacun 
des  articles  y  contenus;  il  l'approuve,  ratifie  et  confirme,  et  promet  de  le  garder 
fidèlement  et  de  le  faire  exécuter, sans  soufTrir  qu'il  y  soit  contrevenu  directement 
ni  indirectement  en  quelque  sorte  et  manière  que  ce  soit.  »  (Affaires  itrangèresj 
e-'  de  Tunis,) 


[1802]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  435 

Cet  article  VI  est  donc,  au  moins  dans  sa  première  disposition, 
susceptible  d'une  rectification  que  je  vous  prie  d'effectuer  dans  le  sens 
et  en  conformité  de  vos  instructions... 

La  disposition  en  vertu  de  laquelle  vous  avez  réclamé  les  esclaves 
provenant  de  pays  conquis  n'était  pas  à  la  vérité  comprise  dans  vos 
instructions.  Vous  les  avez  à  cet  égard  excédées  avec  trop  d'intelligence 
et  de  succès  peur  que  je  ne  vous  en  témoigne  pas  ma  satisfaction... 

Je  vous  sais  gré  de  la  fermeté  que  vous  avez  opposée  aux  demandes 
exagérées  qui  vous  ont  été  faites  à  l'occasion  de  la  paix;  il  est  bon  de 
faire  sentir  aux  Barbaresques  que  les  présents  qu'ils  reçoivent  de  nous 
ne  doivent  point  être  considérés  par  eux  comme  des  tributs  que  nous 
leur  payons,  mais  comme  des  actes  purement  bénévoles  et  spontanés 
qu'ils  n'ont  en  aucune  manière  le' droit  d'exiger...  » 

(Affaires  étrangères,  C""  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

790.  —  Tunis  y  i  7  mai  1 802  (27  floréal  an  X).  —  Mauvais  traite- 
ments qu'un  corsaire  algérien  a  fait  éprouver  à  l'équipage  d'un  bâti- 
ment français  à  La  Goulette.  «  Ces  actes  de  prépotence,  exercés  sur  le 
territoire  du  Bey,  sont  autant  d'offenses  qui  lui  deviennent  person- 
nelles; il  les  dissimule  parce  qu'il  n'a  pas  encore  réuni  tous  les  moyens 
qui  peuvent  le  mettre  en  état  de  les  réprimer  et  de  secouer  une 
dépendance  bumiliante;  il  y  travaille  constamment;  il  est  de  sa  gloire 
autant  que  de  son  intérêt  d'y  parvenir  le  plus  tôt  qu'il  pourra...  » 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

791.  —  Tunis,  13  juin  1 802  [24  prairial  an  X).  —  Il  demande 
l'autorisation  de  rétablir  la  chapelle  consulaire  dans  le  Fondouk. 
Herculais  l'a  fait  autrefois  fermer  et  disposa  de  l'autel  et  des  ornements 
en  faveur  de  l'hôpital  d'Espagne.   Les  dépenses  de  rétablissement 

peuvent  s'élever  à  6,000  livres.  (Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

UAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  BONAPARTE. 

792.  —  Tunis,  i 5  juin  1 802(26  prairial  an  X).  —  «  Au  très  honoré 
parmi  les  grands  qui  professent  la  religion  du  Messie,  au  plus  grand 
de  la  nation  de  Jésus,  le  Premier  Consul  de  la  République  française,  le 
très  illustre,  très  distingué  et  ami  Bonaparte,  —  dont  la  fin  soit  heureuse 
et  au  comble  du  bonheur  I  — 

Je  vous  informe  amicalement  que  la  froideur  qui  a  eu  lieu  ci-devant 
entre  nous  est  maintenant  changée  en  une  amitié  sincère,  ainsi  que 
vous  l'avez  vu  par  ma  précédente  qui  accompagnait  le  nouveau  traité 
qui  a  été  rédigé  par  l'entremise  de  votre  commissaire  Devoize,  mon  ami. 


CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1801] 

,  depuis,  reçu  votre  lettre  amicale,  dont  j'ai  bien  compris  le 
m,  &  laquelle  était  jointe  la  ratiOcatinn  du  traitti  et  l'entière 
nation  des  articles  y  contenus,  ainsi  que  votre  approbation  pojr 
i  que  votre  dit  commissaire  &  fait  à  ce  sujet, 
itenant,  vu  cette  nouvelle  amitié  constante  et  durable  entre  nos 
gouvernemeals,  et  pour  qu'elle  ne  puisse  varier  en  aucune 
re,  je  vous  expédie  la  présente  lettre  amicale,  pour  vous  certifier 
n  côté  la  solidité  et  le  maintien  du  contenu  du  présent  traité,  et 
émoigner  en  même  temps  que  je  ne  doute  nullement  qu'à  son 
;,  avec  l'aide  du  Tout-Puissant,  vous  ne  désirerez  que  l'exacte 
alion  des  articles  du  traité,  qui  ne  peuvent  et  ne  doivent  soufTrir 
changement.  « 

{Sceau)  [Affaiifi  élrangira,  C  de  Tunis.) 

DEVOlZe  A  TALLBVRAND. 

.  —  Tunii,  i  7  juin  1  802  (SS  prairial  an  X),  —  «^  ...  Le  Bey  a 
s  touché  des  sentiments  de  bienveillance  et  d'affection  que  lui 
le  le  Premier  ConHul;  il  m'a  consulté  sur  la  réponse  à  faire.  Je 
usinué  qu'il  ne  pouvait  correspondre  aux  sentiments  du  Premier 

d'une  manière  qui  lui  tùl  plus  agréable  qu'en  lui  annonçant  la 
!n  liberté  de  ce  qui  lui  restait  d'esclaves  originaires  des  pa;-s 

avait  fait  la  conquête.  Je  n'aurais  pas  désespéré  de  réussir  dans 
touvelle  négociation,  si  des  lettres  récentes  de  Caghari  n'eussent 
ce  que  le  roi  de  Sardaigne  faisait  les  derniers  efforts  pour 
r  l'engagement  qu'il  a  contracté  de  racheter,  moyennant  1,000 
is  l'un,  les  huit  èi  neuf  cents  individus  enlevés  dans  l'Ile  Sainl- 
,  parmi  lesquels  se  trouvent  les  infortunés  exclus  do  ma  liste 

motif.  Le  Bey  ne  peut  se  résoudre  à  affranchir  gratuitement  des 
ts  dont  il  espère  retirer  la  rançon.  Ou  le  roi  de  Sardaigne 
ndra  k  réaliser  sa  bonne  volonté ,  ou  le  Bey  sera  bientôt 
ncu  de  son  impuissance.  Dans  ce  dernier  cas,  je  reviendrai  sur 
mande. 

Licle  VI  du  traité  où  il  est  dit  :  Toute  marchandise  provenant  des 
niiemis  de  la  Régence  el  que  les  Français  importeront  à  l'unit 
tera  à  payer  3  0/0  de  douane,  renferme  une  erreur  do  transcrip- 
n  substituant  10  à  3  0/0,  l'article  se  trouvera  rectifié  et  conforme 
te  turc,  tel  que  je  l'avais  rédigé  et  vous  l'avais  soumis.  Je  me 
bien  gardé  de  proposer  au  Bey  une  réduction  du  droit  dédouane 

marchandises  provenant  des  pays  étrangers,  en  ce  qu'elle  aurait 
■  traire  &  l'intérêt  de  nos  manufactures, 
léme  article  VI  porte  que  les  marchandises  chargées  en  France 


[1802]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  437 

pour  compte  de  Français  et  sur  des  bâtiments  neutres  ne  payeront  que 
3  0/0  en  temps  de  guerre  avec  quelque  Puissance,  jusqu'à  la  cessation 
des  hostilités.  Cet  article  est  favorable  à  notre  commerce  avec  Tunis  en 
ce  que,  auparavant,  les  négociants  forcés  de  se  servir  des  bâtiments 
neutres,  pendant  la  guerre,  étaient  soumis  à  payer  les  droits  affectés  à 
ces  pavillons;  mais  cette  faveur  ne  s'étend  pas  aux  bâtiments  neutres 
chargés  dans  les  pays  ennemis  de  la  Régence,  et  cela  nous  convient 

aussi...  »  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLBYRAND. 

794.  —  Tunis,  26  juin  i  802  (7  messidor  an  X),  —  «  Des  patrons  de 
bateaux  corailleurs,  ayant  été  molestés  par  les  Algériens,  sont  venus  à 
Tunis  pour  me  prier  de  solliciter  pour  eux  le  passeport  du  Bey.  Ce 
Prince  a  d'abord  exigé  d'être  payé  des  arrérages  qui  lui  sont  dus, 
depuis  1792,  de  la  redevance  annuelle  de  3,000  sequins  à  laquelle 
l'ancienne  Compagnie  était  obligée  envers  lui,  et  demandé  que  je  lui 
donnasse  par  écrit  ma  garantie  des  3,000  sequins  pour  cette  année; 
à  ces  conditions,  il  me  ferait  délivrer  les  passeports  d'usage.  J'ai  déclaré 
au  Bey  que  je  n'étais  point  autorisé  à  signer  des  engagements  pécu- 
niaires au  nom  de  la  République.  Je  lui  ai  promis,  d'après  vos  ins- 
tructions, que  les  arrérages  échus  à  l'époque  de  la  rupture  lui  seraient 
payés,  mais  que  je  ne  pourrais  rien  contracter  pour  l'avenir  sans 
connaître  le  vœu  de  la  nouvelle  Compagnie  qui  venait  d'être  créée  ^ 
La  plus  grande  difOculté  que  j'aurai  à  vaincre  est  celle  de  Taffluence 
des  bateaux.  Par  son  traité  avec  le  Bey,  la  Compagnie  s'est  soumise  à 
n'employer  que  29  bateaux  pêcheurs,  et  le  Bey  a  fourni  un  pareil 
nombre  de  passeports;  après  une  longue  et  bien  pénible  discussion, 
j'ai  enfin  obtenu  ces  29  passeports,  mais  j'ai  peu  d'espoir  d'en  procurer 
à  ceux  qui  arriveront  successivement  et  qui  sont  attendus.  » 

{Affaires  étrangères,  C*«»  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

795.  —  Tunis,  5  juillet  i  802  {16  messidor  an  X).  —  Quatre-vingts 
bateaux  corailleurs  se  trouvent  aujourd'hui  à  Bizerte.  Le  Bey  a  délivré 
trente-cinq  passeports,  puis,  consultant  son  traité  avec  la  Compagnie,  a 
refusé  d'en  délivrer  d'autres.  Devoize  conseille  aux  patrons  non  munis  de 
passeports  de  pécher  et  de  transborder  leur  corail  sur  les  bateaux  ayant 
leurs  papiers  en  règle.  Le  citoyen  Bottari,  agent  du  Commissariat  à 
Bizerte  ',  a  à  surveiller  près  de  8,000  Français,  pêcheurs  de  corail. 

{Affaires  étrangères,  C''  de  Tunis,) 

1.  Par  arrêté  du  27  nivôse  an  IX.  Voy.  la  note  1,  p.  247. 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  378. 


CORHESPONDANCE  DBS  BEYS  BT  DES  CONSULS  [1802] 

DE\-OIZE  A  TALtBTRAND. 

5.  —  Tunis,  10  juillet  iS02  {31  tneaidor  an  J().  —  II  lui  envoie 
listre  destiné  &  recevoir  les  suffrages  des  Français  sédentaires  ou 
sers  à  Tunis  sur  la  question  :  Napoléon  Bonaparte  sera-l-il  Consul 
?  «  ...  Vous  y  trouverez,  citoyen  Ministre,  un  vote  unanime  et 
latir  exprimé  franchement  par  des  Français  jaloux  de  la  gloire  et 
nheur  de  leur  patrie.  »  {A/faim  élrangirea,  C"  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEÏKAND. 

t.  -~  Tunis,  2i  juillPi  / SOS  (2  tkermidoran  A}.—  Procè^verba! 
ssamblée  qui  a  élu  comme  député  le  citoyen  Jean  Gay...  o  Nos 
ssemenlB  de  commerce  sur  cette  Échelle  étant  réduits  à  quatre  ', 
œbre,  conrormémcnt  k  l'ordonnance,  ne  comporte  qu'un  député.  • 
(A/lairei  étrangèifs,  C"  de  Tunis.) 
OBVOIZB  A  TALLEÏRAKD. 

(.  —  Tunis,  21  juillet  1802  (2  thermidor  an  X).  —  Il  accuse 
tion  de  l'arrêté  des  Consuls  du  6  prairial,  relatif  auï  cautionne- 
èi  fournir  et  aux  formalités  à  remplir  par  les  négociants  français 
Dudraient  s'établir  à  Tunis...  Suit  une  liste  des  Français  résidant 
is  '.  [Affaira  étrangères.  C"  de  TunU.) 

DEVOIZB  A  TALLBÏBAND. 

a.  —  Tunis,  2  i  juillet  I  SOS  {2  thermidor  an  X).  — 11  a  demandé 
:y  une  audience  particulière  pour  lui  faire  reconnaître  le  pavillon 
République  italienne  et  l'inviter  aie  faire  respecter  par  les  corsaires 
Régence.  «Ce  Prince  m'a  d'abord  fait  observer  qu'il  devait  préala- 
ent  se  conclure  un  traité  entre  cette  nouvelle  Puissance  et  lui, 
qu'il  en  reconnût  les  couleurs;  mais  je  lui  ai  objecté  que  l'accep- 
1  par  le  Premier  Consul  de  la  présidence  de  la  République  italienne 

&&  niiison!)  de  Dominique  Arnaud,  Joseph  Barthez,  Jean  Gayet  et  Jacques- 
Chapelii. 

existait  alors  sur  l'Échelle  31  cilovens  français,  19  tt^tnmes  françaises  ti 
BDts  :  MM.  Jacques  Devoixe,  Consul  général  ;  Jean-Baplisle  Adanson,  chancelirr. 
ris;  t'ranrois  Btllon,  secrélaire,  de  .Marseille;  Jean  Gay,  négociant,  d'Agdc; 
ic  Lemsdivr,  Joseph  Barthei,dcNarhonne;  Lazare  Arnaud,  de  Marseille;  Jean- 
le  Chapciié,  de  Marseille,  négi>cïants;  t^aurcDt  Gay,  médecin  ;  Antoine  Faesler. 
sabourg,  médecin;  Gaspari  père,  constructeur  A  l'orlo-Farine,et  son  nis  Jeao 
ri,  agent  consulaire  au  même  poste  ;COme  Bottari,  agent  consulaire  ï  Bizerle; 
ois  Alitelto,  ne   k  Tunis,  commis;  Pierre  Adanson   fils,  de  Paris,  commis; 

Guiraud,  de  NartKinne,  commis;  Jean-Antoine  Garcin,  de  la  Tour  d'Agdr, 
is;  Joseph  et  Jean-Baptiste  Sacoman,  nés  k  Tunis,  facteurs;  Pran cois-Xavier 

de  Salin»  (Jura),  horloger;  Jean  et  Bernard  Eyman,  de  Manosque,  aubergistes; 
-  Ciémenl.  de  Lyon,  aubergiste;  Jean-Antoine  et  Jean-André  Sicard,  d'Aubagne. 
igers;  Joseph  Beauvois,  de  l'Indre,  perruquier;  Joseph  Maquaynanl.  Piémon- 
Iraileur;  Simon  Houbaud  et  François  Aubin,  d'Aubagne,  boulangers;  Jem- 
1  Arnaud,  des  Basses-Alpes,  et  Antoine  Souliard,  de  Paris,  cuisinier  cl  dômes- 
du  Consul  général. 


[i802J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  439 

iait  si  étroitement  cet  État  à  la  France  qu'elle  devait  partager  les 
privilèges  que  ses  traités  lui  assurent  en  Barbarie.  11  m'a  répondu  qu'il 
se  conduirait  à  cet  égard  comme  toutes  les  autres  Puissances,  qu'il 
demandait  quelque  temps  pour  réfléchir,  mais  qu'en  attendant  sa 
réponse  ultérieure,  je  pouvais  assurer  le  gouvernement  qu'il  était  dans 
son  cœur  d'éviter  tout  sujet  de  troubler  la  bonne  intelligence  qui 
régnait  si  heureusement  entre  les  deux  nations. 

La  conduite  actuelle  du  Bey  vis-à-vis  de  près  de  cent  bateaux  corail- 
leurs,  dont  soixante  et  dix  environ  pèchent  en  contrebande  sous  ses 
yeux  et  n'en  sont  pas  moins  accueillis  et  secourus  à  Bizerte,  semble 
devoir  garantir  les  bonnes  dispositions  de  ce  souverain.  » 

(Affables  étrangères ,  C*'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

800.  —  Tunis,  3  août  i  802  [iô  thermidor  an  X),  —  «  ...  Le  9  de  ce 
mois,  à  midi,  la  division  composée  des  vaisseaux  Le  Scipion  et  Le 
Duqiiesne,  de  la  corvette  La  Tactique  et  du  brick  Le  Furel,  relâcha  à  La 
Goulette.  Le  pavillon  de  la  République  a  reçu  les  honneurs  d'usage.  Je 
me  suis  rendu  à  bord  du  Scipion,  afin  d'y  visiter  le  contre-amiral 
Leisségues  *.  Demain  cet  officier  se  rendra  à  Tunis  avec  son  élat-major; 
après-demain,  il  aura  audience  du  Bey.  La  leçon  qu'a  reçue  le  Dey 
d'Alger  a  fait  ici  la  sensation  la  plus  favorable  ^ 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

801.  —  Tunis,  3  septembre  i  802  {16  fructidor  an  X).  —  «  L'amiral 
Leisségues  a  débarqué  le  12  août.  Il  a  été  salué  de  vingt  et  un  coups 
de  canon  en  passant  devant  les  forts  de  La  Goulette.  Le  13,  il  a  reçu  une 
audience  du  Bey;  il  était  accompagné  de  son  état-major  et  de  tous  les 
négociants  de  l'Échelle.  Ce  souverain  lui  a  fait  l'accueil  le  plus  distingué. 
Le  15,  le  général  a  reçu  une  seconde  audience  particulière  du  Bey,  dans 
laquelle  je  l'ai  accompagné  seul,  et  il  n'y  a  assisté  que  son  ministre  et 
son  grand  écrivain.  J'ai  eu  pour  objet  de  profiter  de  la  présence  de  la 
division  pour  reproduire  la  demande  de  quelques  esclaves  que  nous 
n'avons  pas  un  droit  bien  fondé  de  réclamer,  et  qu'il  serait  très  hono- 

1.  Coren Un-Urbain  de  Leisségues,  volontaire  en  1778,  lieutenant  de  frégate  en 
1780,  lieutenant  de  vaisseau  en  179i,  capitaine  en  1793,  contre-amiral  en  1798,  chef 
•d'escadre  en  1802,  vice-amiral  en  1816,  retraité  en  1817. 

2.  Voy.  sur  la  même  mission  à  Alger  Correspondance  des  Deys  d^Alger  avec  ta 
Cour  de  France,  t.  II,  p.  500,  —  et  État  nominatif'  des  esclaves  faits  sur  Vile  de  Saint- 
Pierre  par  les  corsaires  de  la  Régence  de  Tunis  dans  le  mois  de  fructidor  de  Van  VI, 
affranchis  par  le  Bey  d'après  la  demande  qui  lui  en  a  été  faite,  et  embarqués  à  la 
rade  de  La  Goulette  sur  la  division  aux  ordres  du  contre-amiral  Leisségues,  le 
Î6  fructidor  de  Van  X,  savoir  :  13  Piémontais,  5  Corses,  3  Français  de  Constantine, 
«ne  Tabarquine,  ses  trois  filles  et  une  Gapraraise.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 


440  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1802] 

rable  pour  la  République  de  délivrer,  parce  que  la  plupart  ont  ser\i 
dans  ses  armées.  Le  nombre  en  est  grand,  mais  je  ne  suis  pas  sans 
espoir  d'en  obtenir  au  moins  une  partie.  Le  même  jour  le  ministre  du 
Bey  a  donné  au  général  un  diner  de  vingt  couverts  dans  sa  campagne.  Le 
général  a  profité  de  cette  occasion  pour  lui  offrir  de  venir  à  son  bord  ;  le 

ministre  s'y  rendra  le  48.  »  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

devoize:  a  talleyrand. 

802.  —  Tunis ^  15  septembre  i  802  {28  fructidor  an  -V).  —  «  Le 
Garde  des  sceaux  du  Bey  s'est  rendu  à  bord  du  Scipion;  il  s'est  montré 
extrêmement  satisfait  de  la  beauté  du  premier  vaisseau  de  ligne  qu'il 
a  vu  et  surtout  de  l'accueil  qu'il  y  a  reçu  »..  Devoize  a  présenté  au  Bey 
une  liste  d'esclaves  dont  il  a  demandé  la  liberté  ;  le  Bey  en  délivrera  22, 
à  condition  que  le  général  Leissëgues  paye  la  rançon  des  esclaves  d'un 
de  ses  officiers  que  des  matelots  français  ont  fait  évader. 

Ce  Prince  compte  sur  le  succès  des  représentations  que  son  ambas- 
sadeur Mustapba  Arnaout  présentera  au  gouvernement;  bien  avant  nos 
démêlés  avec  Alger,  le  Bey  avait  le  projet  de  faire  passer  un  ambassa- 
deur à  Paris  pour  complimenter  le  Premier  Consul  sur  son  Consulat  à 
vie  *.  Cet  officier  s'embarquera  sur  le  vaisseau  Le  Scipion  avec  le  présent 
en  chevaux,  animaux  de  ménagerie  et  divers  objets  de  production  du  pays 

destine  au  Premier  Consul.  »  (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

803.  —  Tunis,  16  septembre  1802  (29  fructidor  an  X).  —  «  Le 
général  Leissëgues  a  pris  ce  matin  son  audience  de  congé  '.  Le  Garde  des 
sceaux  nous  a  ensuite  invités  à  voir  les  chevaux  qu'il  avait  choisis  pour 
le  Premier  Consul,  offrant  d'en  faire  substituer  d'autres  à  ceux  qui  nous 
paraîtraient  ne  pas  convenir;  il  nous  a  paru  qu'aucun  n'était  à  rejeter. 
Les  chevaux  sont  au  nombre  de  dix,  savoir  :  huit,  parmi  lesquels  deux 
juments,  sont  destinés  au  Premier  Consul;  un  pour  vous,  citoyen 
Ministre,  et  un  pour  le  Ministre  de  la  marine. 

Je  ne  dois  pas  omettre  que,  le  23,  j'ai  célébré  l'élection  à  vie  du  Pre- 
mier Consul.  J'ai  réuni  dans  un  dîner  de  cinquante  couverts  le  général 
Leissëgues,  son  état-major,  le  corps  des  négociants  et  tous  les  agents 
des  Puissances  étrangères  ;  il  y  a  régné  la  gaieté  la  plus  décente  ;  la  santé 
du  Premier  Consul  a  été  portée  et  annoncée  par  cinq  salves  de  vingt 

1.  Note  des  Tunisiens  composant  la  suite  de  C  Envoyé  extraordinaire  du  Bey,  savoir: 
J.  Pirghouly,  son  secrétaire-interprète;  Amouda  ben  Ydin;  Mohamet  Ali  Tmousj 
Ali  Halas,  son  écrivain;  Suleïman,  Dimitri,  ses  valets  de  confiance;  Othman,  son 
barbier;  Zibral,  son  cuisinier;  deux  noirs,  ses  esclaves. 

2.  Voy.  Annales  tunisiennes,  p.  244. 


[1802]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  441 

et  une  boîtes  au  Commissariat.  Chaque  bâtiment  de  la  division  en  a  fait 
trois  de  vingt  et  un  coups  de  canon.  Le  soir  j'ai  fait  tirer  des  fusées...  » 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

804.  —  Toulon,  octobre  1 802  [thermidor  an  X).  ^  Journal  de  séjour 
à  Tunis  de  la  division  française  commandée  par  le  contre-amiral  Leis- 
sègues,  composée  des  vaisseaux  Le  Scipion  et  Le  Duquesne^  de  la  cor- 
vette La  lactique  et  du  brick  Le  Furet  *. 

{Affaires  étrangères,  C"'  de  Tunis,) 

HAMOUDÂ,  BEY  DB  TUNIS,  A  BONAPARTE. 

805.  —  Tunis,  octobre  1802  [thermidor  an  X).  —  «  J'ai  Thonneur  de 
saluer  aflfectueusement  notre  ami  le  très  loyal  et  très  honorable  général 
Bonaparte,  Premier  Consul  de  la  République  française,  l'honneur  et  la 
gloire  des  peuples  chrétiens  et  le  plus  chéri  de  sa  nation,  —  dont  la  fln 
soit  heureuse  !  — 

Il  est  impossible  de  voir  s'aflFaiblir  Tamitié  qui  existe  entre  nous; 
j'aime  à  croire  même  qu'elle  s'augmentera  de  jour  en  jour.  J'attendais 
avec  impatience  une  occasion  favorable  de  vous  donner  des  preuves 
éclatantes  de  ces  sentiments  lorsque,  avec  une  joie  extrême,  j'ai  appris 
que  vous  aviez  été,  par  la  volonté  du  Très-Haut,  élevé  à  la  suprême 
magistrature  du  Gouvernement,  ce  dont  je  me  réjouis  très  sincèrement. 
Je  saisis  cette  occasion  pour  vous  envoyer  Muslapha-Agha,  attaché  au 
service  de  ma  Régence.  Il  aura  l'honneur  de  vous  offrir  de  ma  part 
quelques  présents  et  de  vous  entretenir  de  plusieurs  affaires  qui  m'in- 
téressent. 

1.  - ...  Le  9  fructidor  an  X,  Tescadre  envoya  à  terre  un  ofHcier  pour  prendre  les 
ordres  du  Bey;  le  lendemain  le  Consul  général  vint  à  bord  avec  son  drogman,  les 
forts  de  La  Goulette  saluèrent  le  pavillon  de  21  coups  de  canon,  rendus  coup  pour 
coup.  Le  12,  le  général  Leissègues  vint  à  Tunis  avec  son  état-major,  et  fut  salué 
personnellement  de  13  coups.  Il  se  rendit  au  Bardo  avec  le  Consul  qui  l'a  présenté, 
avec  tous  les  nationaux;  il  a  visité  ensuite  le  premier  Ministre  qui  lui  a  fait  présent 
d'un  damas  brodé  d'or.  Au  retour  du  palais,  le  général  a  reçu  la  visite  de  tous  les 
agents  des  Puissances  étrangères,  visite  qu'il  a  rendue  le  lendemain.  Le  15,  visite 
aux  jardins  du  Bey  à  la  Manouba,  où  le  premier  Minisire  a  reçu  à  dîner  le  général 
et  tous  ses  officiers.  Le  16,  visite  du  général  aux  négociants  français.  Le  même  jour 
le  Bey  a  envoyé  des  rafraîchissements  à  l'escadre  :  10  quintaux  de  riz,  10,000  pains, 
30  bœufs,  40  moutons,  600  poules,  200  pigeons,  1,000  œufs,  500  melons,  beurre, 
huile,  raisins,  herbages,  épices,  bougies,  bois  et  charbon.  Les  officiers  qui  appor- 
tèrent ce  présent  reçurent  100  sequins,  soit  450  piastres,  conformément  à  l'usage. 
Le  18,  déjeuner  offert  à  bord  au  premier  Ministre  du  Bey  et  à  ses  officiers,  au  Consul 
français,  aux  négociants  et  au  Consul  batave.  Le  premier  Ministre  fut  salué  de 
15  coups  de  canon,  et  reçut  un  présent  en  brocarts  d'or  de  France.  Le  20,  audience 
du  Bey  et  dîner  offert  par  le  Consul  batave  au  général  et  à  l'état-major.  Le  24, 
audience  du  Bey  et  délivrance  de  23  esclaves,  à  qui  des  secours  ont  été  distribués. 
Le  26,  repas  offîért  à  Mustapha  Arnaout,  qui  devait  partir  pour  Paris  sur  la  frégate 
du  général  Leissègues.  Le  29,  audience  de  congé  du  Bey,  visite  aux  animaux  destinés 
par  le  Bey  à  l'Empereur  :  13  chevaux,  3  lions,  3  autruches  et  quelques  gazelles.  Le 
30,  départ  de  l'escadre.  »  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 


442  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1802"] 

Lorsqu'il  aura  Thonneur  de  vous  les  exposer,  je  me  flatte  que  vous 
prendrez  les  mesures  les  plus  convenables  pour  les  terminer.  C'est 
donc  dans  cette  intention,  ainsi  que  pour  satisfaire  l'ardent  désir  que 
j'avais  de  vous  présenter  mes  félicitations,  que  je  vous  écris  la  pré- 
sente. Lorsque  Mustapha-Agha  sera,  s'il  plait  à  Dieu,  rendu  près  de  vous, 
j'espère  trouver,  dans  l'heureux  résultat  des  conférences  qu'il  aura 
l'honneur  d'avoir  avec  vous  sur  les  affaires  dont  il  est  chargé,  une 
preuve  de  votre  amitié.  » 

(Sceau)  {A/fah^s  étrangères,  C*''  de  Tunig.) 

MUSTAPUA  ARNAOUT  A   TALLEYRAND. 

806.  —  Toulon,  5  octobre  iS02  (3  vendémiaire  an  XI),  —  «  Citoyen 
Ministre,  Choisi  par  Son  Excellence  le  Bey  de  Tunis,  mon  maître,  pour 
me  rendre  auprès  du  Premier  Consul,  j'ai  l'honneur  de  vous  annoncer 
mon  arrivée  à  Toulon  sur  la  division  aux  ordres  du  général  Leissègues  ^ 

J'ai  accepté  cette  honorable  mission  avec  d'autant  plus  de  plaisir 
qu'elle  me  procurera  l'avantage  de  voir  le  héros  de  la  France  et  de 
faire  connaissance  avec  l'un  de  ses  Ministres  le  plus  distingués. 

Le  général  a  promis  à  Son  Excellence  le  Bey,  en  m'accordant  la 
faveur  de  passer  sur  son  vaisseau,  d'y  joindre  celle  de  m'accompagner 
k  Paris,  et  je  désire  beaucoup  qu'il  tienne  sa  promesse,  afin  d'avoir  le 
plaisir  de  vous  être  présenté  par  un  ofQcier  aussi  distingué.  » 

{Affaires  étrangères,  C*'»  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZB. 

807.  —  Paris,  5  octobre  1  802  {i 3  vendémiaire  an  XI),  —  Le  Dey 
d'Alger  vient,  à  la  réquisition  du  Premier  Consul,  de  reconnaître  la 
République  italienne  ;  Devoize  est  prié  de  demander  au  Bey  de  Tunis  la 

même  reconnaissance.  (Affaires  étrangères,  <?•»  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  MUSTAPHA  ARNAOUT. 

808.  —  Paris,  5  octobre  i 802  {i 3  vendémiaire  an  XI).  —  L'Envoyé 
tunisien  est  arrivé  à  Paris  le  26  septembre.  «...  J'ai  appris  voire 
mission  avec  d'autant  plus  de  plaisir  que  son  objet  tend  nécessairement 
à  resserrer  les  liens  de  la  bonne  intelligence  existant  entre  les  deux 
États.  Le  Premier  Consul  a  donné  les  ordres  nécessaires  pour  que  vous 
soyez  traité  à  Toulon  et  pendant  votre  voyage  avec  les  égards  dus  à 

votre  caractère.  »  (Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.) 

{.  Voy.  Lettre  de  Tatlrf/rand  au  Préfet  du  Rhâne,  7  floréal  an  XI  :  Il  lui  annonce 
la  visite  de  l'Envoyé  de  Tunis  en  compagnie  du  citoyen  Belleteste.  •  D'après  les 
anciens  usages,  la  municipalité  de  Lyon  doit  lui  offrir  le  logement  et  un  adjoint 
de  la  mairio  doit  lui  faire  les  honneurs  de  la  ville,  où  il  peut  séjourner  deux  ou 
trois  jours,  s'il  lo  juge  h  propos.  Il  doit  aussi  lui  être  donné  une  garde  de  20 hommes. 
L'Envoyé  devra  faire  visite  au  Préfet,  au  général  commandant  et  &  la  municipalité.  • 
(Affaires  étimngères,  C'"'  de  Tunis.) 


[1802]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  443 

TALLEYRAND  A  DEVOIZR. 

809.  —  Paris,  8  octobre  i  802  [16  vendémiaire  an  XI).  —  Il  lui  recom- 
mande le  Docteur  Frank,  attaché  en  qualité  de  médecin  à  Tarmée 
d'Egypte,  et  qui  passe  à  Tunis  pour  y  exercer  sa  profession  *. 

{Affaires  étrangèi^es,  C'**  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A  DRVOIZB. 

810.  —  Paris,  3  novembre  i  802  {12  brumaire  an  XI).  —  «  ...  Je 
suis  loin  de  m'opposer  au  rétablissement  de  la  chapelle  commissariale 
à  Tunis.  Je  crois  au  contraire  que  cette  mesure  est  sous  tous  les  rap- 
ports convenable.  Mais  en  même  temps  je  pense  que  les  frais  qu'elle 
occasionne  doivent  être  à  la  charge  non  pas  du  gouvernement,  mais 
du  commerce,  comme  devant  seul  profiter  des  avantages  qui  en  résul- 
teront. Telle  est  la  seule  décision  que  je  puisse  donner  à  cet  égard...  Je 
vous  prie  de  la  faire  connaître  à  vos  nationaux  et  de  vous  concerter 
avec  eux  pour  son  exécution. 

La  lettre  que  le  Bey  vous  a  remise,  en  échange  de  la  ratification 
donnée  par  le  Premier  Consul  au  traité  que  vous  avez  conclu  avec  ce 
Prince,  me  parait  effectivement  équivaloir  à  une  ratification.  Je  regarde 
donc  Taffaire  de  cette  négociation  comme  entièrement  terminée...  »  Les 
citoyens  Turc  et  Famin  sont  réintégrés  dans  tous  les  droits  et  préroga- 
tives attachés  à  la  qualité  de  citoyen  français.  Talleyrand  approuve 
les  mesures  prises  par  Devoize  pour  assurer  le  libre  exercice  de  la 
pèche  du  corail. 

«  Nous  ne  réussirons  à  préserver  notre  navigation  des  violences  bar- 
baresques  qu'en  exigeant  impérieusement  la  punition  de  tout  corsaire 
qui  se  permettra  le  plus  léger  outrage  envers  notre  pavillon.  Le  Pre- 
mier Consul  veut  qu'ils  lui  portent  le  plus  profond  respect,  et  dans  ces 
sortes  d'affaires  vous  ne  devez  jamais  hésiter  à  prendre  le  ton  d'inflexi- 
bilité. Le  Premier  Consul  me  charge  de  vous  écrire  pour  que  le  Bey 
accorde  à  tout  bateau  de  pèche  la  permission  de  se  rendre  à  la  pèche  du 
corail  et  n'en  restreigne  pas  le  nombre  à  trente.  Je  réponds  au  Premier 
Consul  que  son  vœu  à  cet  égard  est  prévenu.  Je  dois  cependant  vous  le 
faire  connaître,  afin  que  vous  vous  en  autorisiez  dans  les  représentations 
que  vous  auriez  à  faire,  s'il  arrivait  que  le  Bey  tentât  d'élever  à  cet 
égard  quelques  difficultés. 

Le  Premier  Consul  me  demande  en  outre  si  le  Commissaire  des  rela- 

i.  Le  docleur  Louis  Frank,  d'origine  belge,  reçut  peu  de  temps  après  le  titre  de 
médecin  du  Bey  de  Tunis;  il  était  le  neveu  du  savant  médecin  badois  Jean-Pierre 
Frank,  dont  la  célébrité  était  alors  européenne.  Il  reste  de  Louis  Frank  une  Des- 
cription de  la  Régence  de  Tunis,  publiée  dans  L'Univers  ou  Histoire  et  description  de 
tous  les  peuples,  etc. 


444  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1802] 

lions  commerciales  est  autorisé  à  lever  un  droit  de  trente  piastres  par  bâti- 
ment pour  les  passeports  qu'il  donne. . .  Vous  aurez  soin  de  me  marquer  en 
vertu  de  quel  titre  et  au  profit  de  qui  cette  perception  aurait  eu  lieu.  Je 
vous  serai  d'ailleurs  fort  obligé  de  m'adresser  les  renseignements  les 
plus  détaillés  sur  les  diverses  rétributions  auxquelles,  indépendamment 
de  la  redevance  annuelle  stipulée  par  les  traités,  les  bateaux  corail- 
leurs  pourraient  être  soumis,  et  de  m'envoyer  une  copie  exacte  de  la 
dernière  convention  passée  entre  le  Bey  et  la  Compagnie  d*Afrique  *.  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DBVOIZB  A  TALLEYRARD. 

811.  —  7wnw,  19  novembre  1 802  (28  brumaire  an  XI),  —  Devoize 
vient  de  faire  une  nouvelle  et  inutile  tentative  auprès  du  Bey,  en  faveur 
de  sept  malheureux  Corses  vendus  par  ce  Prince  à  un  Juif,  qui  les  a 
ensuite  revendus  comme  des  bétes  de  somme  dans  le  royaume  d*Alger... 
Le  Bey  lui  a  énuméré  tous  les  dommages  qu'il  a  soufferts  à  cause  de  la 
France  :  —  Le  Capitan-Pacha,  dit-il,  s'est  porté  jusqu'à  m'écrire  que 
j'étais  devenu  Français.  —  Excellence  (répondit  Devoize),  le  Capitan- 
Pacha  a  sans  doute  voulu  nous  faire  un  compliment,  car  il  est  très 
honorable  d'être  Français!  —  «  Le  Commissaire  batave  était  présenta 
cette  discussion,  qui  a  été  une  des  plus  vives  que  j'aie  eue  avec  le  Bey; 
il  avait  été  appelé  pour  témoigner  que  deux  des  sept  individus  avaient 
été  conduits  à  Tunis  pendant  mon  séjour  en  France  et  son  intérim,  et 
qu'ils  s'étaient  avoués  Caprarais;  qu'à  cette  époque  il  n'avait  pas  encore 
reconnu  la  réunion  de  Caprera  aux  États  de  la  République.  Je  lui  ai 
rappelé  que  je  lui  avais  notifié  cette  réunion  longtemps  avant  mon 
départ,  qu*il  était  vrai  qu'il  n'avait  pas  voulu  la  reconnaître,  mais 
qu'il  était  tout  aussi  vrai  qu'il  ne  pouvait  empêcher  qu'un  pays  conquis 
par  les  armes  de  la  République  n'appartînt  à  la  République,  et  que, 
dès  lors,  il  ne  fût  compris  dans  ses  traités  avec  la  Régence... 

Le  Bey  est  très  fâché  d'avoir  souffert  la  vente  de  ces  sept  Corses, 
mais  son  amour-propre  souffrirait  trop  de  transiger  avec  leDeyd'AIger 
et  le  Bey  de  Constantine,  avec  lesquels  il  est  en  froideur  depuis  quelque 
temps.  Il  veut  les  persuader  qu'il  sait  résister  même  aux  demandes  de 
la  France;  en  cela  le  Bey  est  très  impolitique  dans  une  circonstance 
surtout  où  il  a  un  ambassadeur  à  Paris. 

Cet  Envoyé  se  loue  beaucoup,  dans  toutes  ses  lettres,  de  l'accueil  qu'il 
a  reçu  à  Toulon  et  à  Marseille,  et  des  honneurs  qu'on  lui  a  prodigués  ^ 

1.  Voy.  précédemment  le  traité  de  1790. 

2.  -  Talleyrand  à  Mustapha  Amaout.  Saint-Cloud,  %7  novembre  i809{e  frimaire 
an  XI).  —  «  Monsieur  l'Envoyé,  J*ai  l'honneur  de  vous  prévenir  que  le  Premier 
Consul  vous  recevra  demain  dimanche  1  du  courant  à  midi. 


[1802]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  445 

Je  ne  peux  vous  dissimuler,  citoyen  Ministre,  que  je  désire  que  ces 
honneurs  soient  restreints  à  de  certaines  bornes.  Les  ambassadeurs  des 
Régences  sont  trop  portés  à  prendre  pour  des  hommages  dus  à  la 
haute  puissance  de  leurs  maîtres  les  attentions  délicates  de  la  politesse 
française,  et  ces  derniers  partagent  bientôt  cette  fausse  opinion...  » 

{Affaires  étrangères  y  C*'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

812.  —  Tunis,  2  décembre  i  802  [fi  frimaire  an  XI).  —  Il  a  fait 
délivrer  un  Français,  Dugon,  qui  avait  été  surpris,  il  y  a  quatre  ans,  à 
Porto-Farine,  fabriquant  du  vin  en  contrebande,  et  fait  esclave.  Dugon 
s'était  fait  passer  pour  Sarde.  C'est  par  M.  Navoni,  chargé  par  intérim 
des  affaires  du  Commissariat  de  France  à  Cagliari,  que  Devoize  a  appris 
qu'il  était  Français... 

Le  Bey  s'obstine  à  ne  pas  vouloir  délivrer  les  sept  Corses  esclaves  à 
Alger.  Devoize  espère  que  le  Premier  CoqsuI  demandera  impérative- 
ment à  Sidi  Mustapha  Arnaout  '  la  prompte  liberté  de  ces  infortunés, 
ainsi  que  de  ceux  qui  ont  été  pris  dans  la  maison  du  sous-commis- 

Conformément  au  cérémonial  qui  sera  observé  dans  cette  audience,  je  ferai 
trouver  chez  vous,  à  dix  heures  et  demie,  une  voiture  à  six  chevaux  qui  vous  con- 
duira à  Saint-Cloud. 

J'invite  le  commandant  d'armes  de  la  place,  le  général  Junot,  à  recommander  à 
roffîcier  qui  vous  accompagnera  chez  le  Premier  Consul  de  prendre  votre  heure, 
pour  les  visites  que  vous  aurez  à  faire  le  lendemain.  » 

Discours  adressé  à  Tailet/rand  par  VEnvoyé  de  Tunis  lors  de  sa  première  audience. 
—  24  novembre  iSOS  {3  frimaire  an  XI).  —  •  Le  Bey  de  Tunis,  en  me  chargeant  de 
venir  féliciter  en  son  nom  le  Premier  Consul  sur  sa  nomination  à  vie,  m'a  spécia- 
lement recommandé  d'exprimer  au  citoyen  Ministre  des  nilalions  extérieures  les 
sentiments  d'estime  et  de  considération  particulières  qu'il  professe  pour  sa  per- 
sonne. J'espère  que,. sous  ses  auspices,  la  mission  honorable  qui  m'est  confiée 
contribuera  &  consolider  les  liens  d'amitié  et  de  bonne  intelligence  entre  la 
Régence  de  Tunis  et  le  gouvernement  français,  m 

Réponse  de  Talleyrand  à  VEnvoyé  de  Tunis.  —  «  Je  reçois  avec  sensibilité  l'expres- 
sion des  sentiments  que  me  transmet  par  votre  organe  le  Bey  de  Tunis.  En  con- 
courant autant  qu'il  dépendra  de  moi  au  succès  de  la  mission  qui  vous  est  confiée, 
je  serai  surtout  très  flatté  de  pouvoir  vous  donner  des  marques  particulières  de 
mon  estime  pour  votre  personne.  •  (Affaires  étrangères,  O*^  de  Tunis.) 

1.  Note  sur  la  mission  de  Sidi  Mustapha  Arnaout,  annvé  à  Paris  le  18  novembre  1803 
et  parti  le  30  avril  1804.  —  «  Sidi  Mustapha  Arnaout  fut  logé  à  l'hôtel  de  la  Grande- 
Bretagne,  rue  Saint-Honoré ;  sa  suite  se  composait  de  dix  personnes,  savoir  :  son 
secrétaire-interprète,  deux  négociants  tunisiens,  qui  voulurent  bien  le  suivre  de 
Marseille,  son  écrivain,  deux  valets  de  confiance,  son  barbier,  son  cuisinier  et 
deux  esclaves  noirs.  Cet  Envoyé  se  présenta  à  l'audience  du  Ministre  des  AfTaires 
étrangères,  accompagné  de  l'officier  qui  avait  été  désigné  à  cet  efTet  par  le  com- 
mandant d'armes  de  la  place  de  Paris,  de  l'interprète  du  Ministère  et  de  son  propre 
secrétaire-interprète.  Une  personne  choisie  par  le  Ministre  le  reçut  au  bas  de 
l'escalier.  En  entrant  dans  le  cabinet  du  Ministre,  l'Envoyé  fit  une  profonde  inclina- 
tion, et  le  Ministre  le  salun  du  chapeau.  Tous  deux  s'assirent.  Le  chef  de  la  division 
commerciale  était  présent  et  était  également  assis.  L'interprète  traduisit  le  com- 
pliment de  l'Envoyé  et  la  réponse  du  Ministre,  auquel  l'Envoyé  présenta  ensuite 
sa  lettre  de  créance,  qui  fut  remise  immédiatement  au  chef  de  la  division  des 


446  CORRESPONDANCE  DES  DEYS  ET  DES  CONSULS  ;1803) 

saireàTile  SainUPierre...  Le  Consul  soumet  au  Ministre  la  question  de 
savoir  si  le  Dey  d'Alger  avait  le  droit  d'acheter  des  esclaves  que  le  Bey  de 

Tunis  n'avait  pas  le  droit  de  vendre.        {Affaires  élrangères,  C»  de  Tunis. 

DEVOIZE  A  TALLEYRARD. 

813.  —  Tunis,  i**  janvier  1  803  (//  nivôse  an  XI j.  —  «  ...  LeBev 
attend  avec  la  plus  vive  impatience  le  résultat  des  représentations  que 
son  Envoyé  est  chargé  de  vous  faire  sur  ma  demande  de  la  liberté  de^ 
individus  enlevés  dans  la  maison  de  Tagent  de  la  République  à  Saint- 
Pierre,  des  captifs  sujets  des  pays  réunis,  et  des  sept  Corses  et  Caprarai> 
vendus  à  Alger.  Il  est  d'autant  plus  essentiel  que  vous  insistiez  sur  lear 
délivrance  que  j'ai  les  plus  fortes  raisons  de  soupçonner  que  Tod  a 
méchamment  insinué  à  ce  souverain  que  j'avais  produit  toutes  ces 
demandes  sans  ordre  du  gouvernement...  Il  faut,  pour  que  je  puisse 
négocier  avec  succès  auprès  d'un  Prince  extrêmement  adroit,  unique- 
ment et  constamment  occupé  de  ses  intérêts,  qu'il  sache  que  je  suis 
investi  de  toute  la  confiance  d'un  gouvernement  puissant,  et  qu*il  ne 
pourra  régler  qu'avec  moi,  ou  sur  les  renseignements  que  je  donnerai, 
les  points  restés  en  contestation  lorsque  j'ai  traité  la  paix,  muni  des 

pouvoirs  du  Premier  Consul...  »  {Affaires  étrangét^s,  C  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

814.  — Paris^  i^*  janvier  i  803  [i  1  7iivôse  an  XI).  —  «  Par  ordre  du 
Premier  Consul,  sur  les  plaintes  de  cinquante  patrons  coraiileurs 
d'Ajaccio,  le  Ministre  prescrit  à  Devoize  de  faire  un  examen  scrupuleux 
de  la  conduite  tenue  envers  les  patrons  coraiileurs  par  l'agent  de  son 
Commissariat  à  Bizerte,  Côme  Bottari  ',  accusé  par  eux  de  hauteur  et  de 
cupidité...  En  ce  qui  concerne  les  esclaves  à  affranchir,  notre  récla- 

Gonsulats.  Puis  on  apporta  du  café,  et  Tauclience  se  termina  par  quelques  phrase> 
gracieuses  que  le  Ministre  adressa  &  l'Envoyé. 

Peu  de  jours  après,  il  fut  reçu  &  Saint-Cloud  par  le  Premier  Consul.  C'étail  un 
dimanche,  à  l'issue  de  la  messe,  dans  la  galerie  de  Diane. 

Le  lendemain,  l'Envoyé  tunisien,  toujours  conduit  par  le  chef  de  la  division 
commerciale  et  accompagné  de  l'interprète  et  de  l'officier  qui  l'avait  assisté  dans 
les  audiences  précédentes,  fit  des  visites  aux  deux  autres  Consuls,  aux  grande 
dignitaires  et  aux  autorités  constituées  de  la  ville  de  Paris... 

L'Envoyé  tunisien  avait  apporté  en  présent  au  gouvernement  français  dix  che- 
vaux arabes,  trois  lions,  des  autruches,  des  gazelles  et  autres  animaux.  Le  Consul 
de  Tunis  avait  précédemment  demandé  au  Bey  la  mise  en  liberté  de  150  esclaves 
qui  méritaient  sous  quelque  rapport  la  protection  du  gouvernement  français. 
Malgré  ses  instances,  il  ne  put  obtenir  la  grâce  que  de  22  de  ces  infortunés,  qui 
figuraient  parmi  les  présents  du  Bey; mais,  pour  vaincre  sa  résistance,  on  proposa 
au  Premier  Consul  de  lui  faire  don  d'une  corvette  comme  ce  qui  pourrait  lui  être 
envoyé  de  plus  agréable  en  retour  de  ses  présents  et  de  tous  les  esclaves  qu'il 
afTranchirait;  et,  en  même  temps,  on  lui  proposa  de  consentir  à  la  demande  qu'avait 
faite  le  Bey  d'être  autorisé  à  acheter  en  Franco  120  canons  avec  leurs  affiUs, 
caissons  et  armements...  »  {Affaires  étrangères.  Mém.  et  Doc.  Afrique^  t.  IX.  f*  211.) 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  318. 


[1803]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  447 

mation  est  trop  fondée  pour  que  le  Bey  ne  soit  pas  en  définitive  obligé 
d'y  faire  droit,  et  vous  devez  être  assuré  que  les  instructions  qu'il  peut» 
sur  ce  point,  avoir  remises  à  Sidi  Mustapha  n'auront  aucun  succès. 
Vous  pouvez  le  lui  annoncer...  Cet  Envoyé  a  effectivement  été  accueilli 
avec  quelque  distinction,  et  je  ne  suis  pas  surpris  qu'il  se  soit  trouvé 
très  flatté  des  honneurs  qu'il  a  reçus,  quoiqu'ils  n'aient  en  aucune 
manière  excédé  la  mesure  de  ceux  qui  ont  été  faits  à  ses  prédécesseurs.  » 

(Affaires  étrangères^  C'"'  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

815.  —  Tunisy  3  janvier  J  803  [13  nivôse  an  XI).  —  Un  corsaire 
tunisien  a  fait  naufrage  sur  les  plages  de  la  Toscane  ;  l'équipage,  com- 
posé de  84  Turcs,  est  à  Livourne.  Si  le  Bey  demandait  l'intervention  du 
Premier  Consul  auprès  du  roi  d'Etrurie  pour  les  délivrer,  Devoize  pense 
qu'ils  pourraient  devenir  un  objet  d'échange.  Il  déconseille  les  procédés 
généreux  que  l'on  regarde  toujours,  en  Barbarie,  comme  des  ménage- 
ments, des  hommages  dictés  par  la  crainte. 

(Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

816.  —  Tunis,  i  0  janvier  i  803  [20  nivôse  an  XI).  —  Devoize  ayant 
requis  le  Bey  de  reconnaître  la  République  italienne,  ce  Prince  lui 
a  donné  l'assurance  la  plus  formelle  qu'il  avait  recommandé  à  ses  cor- 
saires de  respecter  les  bâtiments  naviguant  sous  le  pavillon  de  cette 

République.  (Affaires  étrangères»  C"»  de  Tunis.) 

DEVOlZB  A  TALLEYRAND. 

817.  —  Tunis,  12  janvier  i  803  {22  nivôse  an  XI).  —  Les  négociants 
ont  trouvé  juste  que  les  frais  de  réparation  de  la  chapelle  consulaire 
soient  à  leur  charge.  Ils  demandent  à  cet  effet  l'autorisation  de  perce- 
voir un  droit  de  i  1/2  ou  de  1  0/0  sur  les  importations  à  Tunis.  Devoize 
écrira  au  Ministre  de  la  marine  pour  obtenir  l'autorisation  de  lever 
également  un  droit,  à  fixer  par  ce  Ministre,  sur  les  bâtiments  français 
qui  arrivent  chargés  à  Tunis. 

Les  citoyens  Turc  et  Famin  ont  été  réintégrés  dans  leurs  privilèges 
de  citoyens  français. 

tt  J'apprends  avec  le  plus  vif  intérêt  (quoique  j'y  eusse  bien  compté) 
que  vous  serez  inflexible  aux  représentations  captieuses  que  Sidi  Mus- 
tapha, bien  endoctriné  par  le  Bey,  se  proposait  de  vous  faire,  pour 
tâcher  d'éluder  la  délivrance  des  malheureux  arrachés  de  la  maison 
du  sous-commissaire  français  à  Saint- Pierre... 

Je  suis  informé  que  le  Bey  fait  traiter  secrètement  la  paix  avec  le 
Portugal.  Il  n'a  d'autre  but  dans  cette  négociation  que  d'ouvrir  le  pas- 


448  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1803] 

sage  du  détroit  à  ses  corsaires,  pour  courir  dans  l'Océan  sur  les  bâti- 
ments des  Puissances  du  Nord  auxquelles  il  médite  de  déclarer  la 
guerre.  La  Suède  et  les  Ëtats-Unis  sont  les  premières  avec  lesquelles  il 

a  le  projet  de  rompre.  »  {Affaires  étrangères,  (?•*  de  Tunis.) 

DE^'OIZB  A  TALLEYRAND. 

818.  —  T'unis,  i 2  janvier  /  803  (22  nivôse  an  XI).  —  «  J'attendrai 
l'arrivée  des  bateaux  corailleurs  qui  se  destineront,  le  printemps  pro- 
chain, à  la  pèche  du  corail  pour  demander  au  Bey  un  nombre  indéfini 
de  passeports  et  lui  faire  connaître  le  vœu  du  Premier  Consul  à  cet 
égard.  Sur  la  question  de  savoir  si  le  Commissaire  des  rela^tions  com- 
merciales est  autorisé  à  lever  un  droit  de  30  piastres  par  bâtiment  sur 
les  passeports  qu'il  donne,  je  réponds  que  les  agents  de  la  République 
en  Barbarie,  rigoureusement  bornés  à  leur  traitement,  ne  sont  auto- 
risés ni  à  délivrer  des  passeports  ni  à  exercer  la  moindre  perception 
sur  le  commerce  ou  la  navigation.  »  Le  droit  de  30  piastres  a  été 
exigé  par  le  Garde  des  sceaux  du  Bey.  Devoize  s'est  rendu  garant  de 
la  somme  auprès  du  Prince.  Il  a  consulté  les  registres  et  la  correspon- 
dance des  agents  de  la  Compagnie;  le  Directeur  avait  seulement  auto- 
risé un  don  de  60  sequins  vénitiens  une  fois  payés  au  Grand  écrivain, 
à  l'époque  du  dernier  traité.  Tout  ce  que  Devoize  a  obtenu,  c'est  que  le 
Garde  des  sceaux  réduisit  le  droit  à  27  piastres.  11  a  donné  la  diiïérence 
au  citoyen  Bottari,  chargé  d*une  nombreuse  famille  et  qui  n'a  pas  de 
traitement.  Il  y  a  lieu  de  se  plaindre  à  TEnvoyé  du  Bey  de  Fintroduc- 
tion  de  ce  nouveau  droit  de  27  piastres.  L'article  10  du  dernier  traité 
passé  entre  la  Compagnie  d'Afrique  et  le  Bey,  qui  portait  la  redevance 
annuelle  à  13,500  piastres,  n'a  pas  été  respecté  par  ce  Prince.  Ce  sera 
un  motif  légitime  pour  contester  le  payement  des  redevances  arriérées. 

(Affaires  étrangères^  (?•»  de  Tunis.) 
MUSTAPHA  ARNAOUT,  ENVOYÉ  DE  TUNIS,  A  TALLEYRAND. 

819.  —  Paris,  3  février  i  803  {14  pluviôse  an  XI).  —  «  Citoyen 
Ministre,  Honorablement  satisfait  des  bons  accueils  que  m'a  donnés  le 
gouvernement  français,  depuis  mon  arrivée  à  Toulon  jusques  et  pen- 
dant mon  agréable  séjour  dans  cette  capitale;  ayant  rempli  l'honorable 
mission  dont  m'a  chargé  le  Bey,  mon  maitre,  je  viens  prendre  congé 
de  vous  et  vous  témoigner  sa  reconnaissance  et  la  mienne.  Veuillez, 
citoyen  Ministre,  agréer  mes  sincères  remerciements  des  généreuses 
bontés  du   gouvernement  dont  il  lui  a  plu  me  combler;  assurez-le, 
citoyen  Ministre,  que  le  Bey,  mon  maître,  le  Sahib-Tapa  et  moi,  en 
sommes  gratuitement  pénétrés....  »  H  explique  ensuite  les  demandes 
réitérées  par  le  Commissaire  Devoize,  sur  lesquelles  il  doit  conférer  avec 


[1803]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  449 

le  Ministre.  Eq  ce  qui  concerne  les  esclaves  faits  à  Saint-Pierre,  c<  je 
ne  puis,  citoyen  Ministre,  me  roidir,  ni  mon  maître  non  plus,  sur  une 
demande  qui  fait  sans  doute  plaisir  au  citoyen  Premier  Consul,  à  vous 
et  au  brave  Commissaire  Devoize...  Soyez  assuré  que  le  Bey  les  mettra 
de  suite  en  liberté...  »  Mais  il  ne  peut  restituer  les  sept  esclaves  vendus 

à  Alger.  {Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis,) 

TALLEYRAND  A  MUSTAPHA  ARNAOUT,  ENVOYÉ  DE  TUNIS. 

820.  —  Paris,  i  i  février  i  803  {22  pluviôse  an  XI).  —  «  Monsieur 
l'Envoyé,  La  mission  qui  vous  a  été  confiée  par  le  Bey,  votre  maitre,  ne 
pouvait  qu'être  agréable  au  gouvernement  français.  En  ordonnant 
qu'on  vous  fit  à  Toulon  et  h  Paris  l'accueil  que  vous  avez  reçu,  il  a  voulu 
donner  au  Prince  que  vous  représentez  un  gage  de  ses  bonnes  dispo- 
sitions pour  lui...  »  Le  Bey  affranchira  probablement  les  esclaves  de 
Saint-Pierre.  «  Cette  assurance  me  dispense  d'entrer  dans  aucune 
explication  sur  le  droit  en  vertu  duquel  le  Premier  Consul  a  voulu 
que  cette  demande  fût  formée,  droit  fondé  sur  le  respect  dû  au  pavillon 
français  sous  lequel  ces  malheureux  étaient  venus  chercher  un  asile. 

Je  regrette  vivement,  Monsieur  l'Envoyé,  que  vous  ne  soyez  psis 
autorisé  à  m'annoncer  des  dispositions  aussi  satisfaisantes,  relativement 
aux  sept  esclaves  corses  et  caprarais  dont  le  Commissaire  général 
Devoize  n'a  cessé,  d'après  les  ordres  très  précis  du  Premier  Consul,  de 
réclamer  l'affranchissement...  Je  ne  puis  me  dispenser  de  confirmer 
les  instructions  qui  ont  été  données  à  leur  égard  au  citoyen  Devoize, 
qui,  conformément  aux  intentions  du  Premier  Consul,  devra  insister 
auprès  du  Bey  sur  leur  mise  en  liberté  jusqu'à  ce  qu'il  l'ait  obtenue... 
En  faisant  part  de  cette  disposition  au  Premier  Ministre  du  Bey,  je 
vous  prie  de  lui  mander  qu'extrêmement  sensible  aux  expressions 
d'honnêtetés  qu'il  m'adresse  par  votre  organe,  je  saisirai  toujours 
avec  empressement  l'occasion  de  lui  donner  des  marques  de  mon 

estime.  »  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

821.  —  Paris,  20  février  i  803  (29  pluviôse  an  XI),  -—  «  Je  vous 
adresse,  citoyen,  la  copie  d'une  liste  de  sujets  romains,  au  nombre  de 
dix-sept,  qui  sont  esclaves  à  Tunis.  L'original  de  cette  liste  a  été  remis, 
au  nom  du  Pape,  au  Premier  Consul,  qui  me  l'a  renvoyé  avec  invita- 
tion de  faire  demander  de  sa  part  au  Bey  qu'il  fasse  mettre  en  liberté 
ces  esclaves...  »  Prière  de  s'occuper  également  de  six  Suisses,  esclaves 
à  Tunis.  Le  gouvernement  d'Étrurie  réclame  l'intervention  du  gouver- 
nement français  pour  obtenir  la  mise  en  liberté  de  plusieurs  Toscans 

29 


450  CORRESPOXDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [im] 

Burpris  à  la  pèche,  en  décembre  1801,  par  un  corsaire  tanisîen,  malgré 
le  parillon  français  qu'ils  avaient  arboré. 

«  Je  vous  prie  d'entretenir  avec  le  citoven  Dabois-Thain ville  *  une 
correspondance  très  active,  et  de  me  rendre  exactement  compte  de  tout 

ce  qui  se  pas^ra  à  Alger.  »  ^Affaires  élramgère$,  O-  de  Tunis.) 

■  rSTAPHA  AB!IA0UT,  E9V0TÉ  DE  TTXIS,  A  TALLET1UHD. 

822.  —  Paris,  21  février  1 803  30  pluviôse  an  XI).  —  Le  Bey  lui  a 
donné  Tordre  d'acheter  cent  vingt  pièces  de  canon,  cent  pièces  de  siège 
de  24  livres  et  vingt  de  campagne.  Il  demande  si  le  gouvernement 
permet  cette  acquisition,  et  il  ose  se  flatter  que  le  désir  du  Bey  sera 

satisfait  •.  {AffàirtM  Hntngèrts,  C^  de  Tunis.) 

TALLEYEAND  A  DEVOIZB. 

823.  —  Paris,  21  février  J  S03  (6  ventôse  an  XF;,  —  Prise  ligu- 
rienne faite  dans  les  eaux  de  Bastia  par  un  corsaire  tunisien.  Deroize 
tentera  de  savoir  si  la  prise  a  été  conduite  dans  un  port  de  la  Régence. 

{Affaires  étrangères ,  O**  de  Tunis,) 
DEYOIZE  A  TALLEVRAÏID. 

824.  —  Tunis,  5  mars  i  803  (i  4  ventôse  an  XI),  —  Il  envoie 
d*excellents  renseignements  sur  la  conduite  du  citoyen  Gôme  Bottari, 
agent  du  Commissariat  à  Bizerte  depuis  179!  '.  Ce  poste  est  le  plus 
important  de  la  Régence  pour  l'extraction  des  grains.  Les  corailleui^ 
italiens  sont  libres  de  s'adresser  au  citoven  Manucci,  sauf  dans  les  cas 

de  protection  ou  de  police.  (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

BONAPARTE  A  HAMOUDA,   BBT  DE  TUlfIS. 

826.  —  Paris,  7  mars  1803  {16  ventôse  an  XI).  —  «  Illustre  et 
magnifique  Seigneur, 

La  mission  que  Sidi  Mustapha-Agha  vient  de  remplir  en  France  m'a 
été  infiniment  agréal)le.  Je  vous  remercie  des  témoignages  d'attache- 
ment et  d*afrection  que  vous  m'avez  personnellement  adressés  par  son 
organe.  Il  a  pu  se  convaincre,  pendant  son  séjour,  que  mes  dispositions 
relativement  à  la  Régence  de  Tunis  sont  toutes  en  sa  faveur,  et, 
certes,  il  ne  dépendra  pas  de  moi  que  Tétat  de  paix  si  heureusement 
subsistant  entre  les  deux  nations  ne  se  maintienne  dans  toute  son 
intégrité.  Mustapha-Agha  s'est  acquitté  de  sa  mission  de  manière  à 
mériter  mon  estime,  et  je  verrai  avec  plaisir  que  vous  veuilliez  bien 
lui  donner  quelques  marques  de  satisfaction.  » 

(Affaires  étrangères,  €*•*  de  Tunis.) 

i.  Voy.  la  noie  4,  p.  415. 

2.  Celle  demande  fut  accordée  par  le  Minisire  le  2  ventôse  an  XI;  TEnvoyé  quitta 
Paris  le  15  floréal  an  XI,  pour  relourner  dans  son  pays. 

3.  Voy.  la  noie  1,  p.  378. 


( 


[1803]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  451 

TALLEYRAND  A  HAMOUDA,   BKY    DE  TUNIS. 

826.  —  Pans,  7  mars  i  803  {16  ventôse  an  XI),  —  «  Illustre  et 
magnifique  Seigneur, 

Votre  Envoyé  Sidi  Mustapha-Âgha  m'a  remis  la  lettre  dont  vous  Taviez 
chargé  pour  moi.  J*ai  été  sensiblement  flatté  des  sentiments  que  vous 
m'y  exprimez.  Mustapha-Agha  s'est  conduit  de  manière  à  mériter 
l'estime  du  Premier  Consul,  et  j'ai  la  satisfaction  de  vous  annoncer  que 
sa  mission  n'aura  pas  peu  contribué  à,  resserrer  entre  nous  les  liens  de 
la  bonne  harmonie,  au  maintien  de  laquelle  je  serai  toujours  disposé  à 
concourir  autant  qu'il  pourra  dépendre  de  moi.  »> 

{Affaires  étrangères,  C'*^  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A   MUSTAPHA  ARNAOUT,   ENVOYÉ  DE  TUNIS. 

827.  —  Paris,  6  avril  1 803  {16  geinninal  an  XI).  —  «  Monsieur  l'En- 
voyé, Le  Premier  Consul,  voulant  vous  donner  un  témoignage  particulier 
de  son  estime  pour  votre  personne,  m'a  chargé  de  vous  offrir  quelques 
présents  qui  m'ont  paru  devoir  être  surtout  composés  de  pièces  d'argen- 
terie. J'en  ai  conQé  l'exécution  au  citoyen  Auguste,  chez  lequel  je  vous 
invite  à  les  aller  voir.  Je  vous  annonce  avec  plaisir  qu'ils  sont  dès  ce 
moment  à  votre  disposition. 

Voua  pouvez  en  même  temps  jeter  un  coup  d'œil  sur  diverses  autres 
pièces  d*argenterie  qui  doivent  faire  partir  des  présents  destinés  au 
Bey,  votre  maître.  On  s'est  particulièrement  appliqué  à  choisir  les 
objets  et  les  modèles  qu'on  a  jugés  les  plus  propres  à  flatter  ses  goûts  ^ 
J'espère  qu'il  verra  dans  cet  acte  de  la  muniflcence  du  Premier  Consul  un 
nouveau  gage  de  ses  heureuses  dispositions  pour  la  Régence  de  Tunis.  » 

(Affaires  étrangères^  C*^  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

828.  —  Tunis,  22  avril  i  803  {2  floréal  an  XI).  —  120  esclaves 
tabarquins,  enlevés  de  force,  en  Tan  VI,  de  la  maison  de  Tagent  de  la 
République  à  Saint-Pierre,  ont  été  mis  en  liberté. 

Devoize  a  conclu  aussi,  pour  le  compte  d'une  association  de  charité 
de  Cagliari,  le  rachat  général  de  630  esclaves  restants  de  l'ile  Saint- 
Pierre,  moyennant  100,000  piastres  fortes...  «  Je  ne  saurais  vous 
exprimer,  citoyen  Ministre,  la  sensation  favorable  qu'a  produite  sur  le 
pays  le  succès  d'une  négociation  aussi  intéressante  pour  Thumanité.  11 
n'y  avait  qu'un  agent  de  la  République  qui  pût  l'obtenir  à  des  condi- 
tions aussi  discrètes,  en  inspirant  au  Bey  qu'elle  serait  agréable  au 

Premier  Consul...  »  {Affaires  étrangères,  O*'  de  Tunis.) 

1.  Ces  cadeaux  consistaient  en  pièces  de  draps  et  étofTes  de  soie  d'or,  trois  pen- 
dules en  vermeil,  un  trépied  doré,  deux  tables  en  acajou  et  marbre,  une  cave  à 
liqueurs,  des  flambeaux,  portraits,  pistolets,  fusils,  porcelaines  et  cristaux. 


452       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     [18031 

TALLEYRAND  A   DKVOIZB. 

829.  —  Paris,  29  avril  iSOS  [7  floréal  an  XI).  —  «  ...  Le  Premier 
Consul  a  décidé  que,  dans  les  États  de  Turquie  et  de  Barbarie,  les 
agents  français  seraient  chargés  des  affaires  de  la  République  ita- 
lienne... Vous  pourrez  même,  quand  vous  le  jugerez  convenable, 
correspondre  directement  soit  avec  le  Vice-Président  de  la  République 
italienne  à  Milan,  soit  avec  son  Ministre  des  relations  extérieures  à 
Paris...  » 

En  ce  qui  concerne  la  réparation  de  la  chapelle  consulaire,  les  frais 
de  restauration,  évalués  à  6,000  francs,  doivent  être  fournis  par  une 
contribution  volontaire  des  négociants  de  Tunis. 

«...  Les  trente  piastres  au  payement  desquelles  les  patrons  corail- 
leurs  se  sont  plaints  d'avoir  été  soumis  ont  été  perçues  au  profit  du 
Kaznadji.  J'observe  que  c'est  une  exaction  sans  titre,  à  laquelle  les 
circonstances  ont  dû  vous  obliger  de  condescendre,  mais  au  renouvel- 
lement de  laquelle  vous  voudrez  bien  dorénavant  vous  opposer  avec 
d'autant  plus  d'inflexibilité  que  les  innovations  de  cette  espèce  surtout 
sont  excessivement  dangereuses  en  Barbarie...  »  Tallcyrand  a  commu- 
niqué au  Ministre  de  l'intérieur  ses  observations  personnelles  sur  les 
traités  entre  le  Bey  et  la  Compagnie  d'Afrique.  Il  faut  obtenir  la 
liberté  de  tous  les  esclaves  toscans  contre  les  87  Turcs  de  Livourne. 
Le  Consul  pourra  faire  repasser  directement  les  esclaves  de  Saint-Pierre 
dans  leur  patrie.  Les  frais  de  transport  seront  à  la  charge  du  gouver- 
nement sarde. 

Le  Ministre  plénipotentiaire  de  Suisse  a  obtenu  du  Premier  Consul 
la  promesse  que  Deyoize  interviendrait  en  faveur  des  6  esclaves  suisses. 
Il  faudra  encore  entretenir  le  Bey  de  deux  affaires  dont  l'une  intéresse 
l'Espagne  et  l'autre  la  Suède.  La  première  concerne  une  prise  tuni- 
sienne faite  par  un  corsaire  français  sous  les  batteries  de  la  côte 
d'Espagne;  l'autre  un  chébek  tunisien  arrêté  par  les  Suédois  devant 
Tripoli... 

La  mission  de  Sidi  Mustapha-Agha  est  terminée;  il  part  pour  Mai 
seilie;  il  y  sera  accompagné  par  le  citoyen  Belleteste,  secrétaire-inter- 
prète adjoint  pour  les  langues  orientales  '.  Le  gouvernement  a  payé 
sans  exception  aucune  toutes  ses  dépenses  sur  les  mémoires  qu'il  a 
lui-même  fournis.  Quant  à  son  séjour  à  Marseille,  il  a  paru  convenable 
d'en  laisser  les  frais  à  sa  charge.  «  Le  Premier  Consul,  dans  la  lettre 

1.  Nicolas-Henri  Belleteste,  attaché  comme  secrétaire-iDterprète  &  Farmée 
d'Egypte,  puis  au  Ministère  des  AfTaires  étrangères  jusqu'en  1808,  date  de  sa  mort. 
11  est  l'auteur  d'un  recueil  intitulé  :  Les  quarante  Vizirs. 


I 


I 


..p> 


[1803]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  453 

qu'il  écrit  au  Bey,  invite  ce  Priace  à  lui  donner  quelque  marque  parti- 
culière de  satisfaction.  Cette  lettre  sera  remise  au  Bey  par  Sidi  Mus- 
tapha-Agha,  ainsi  que  celle  que  j'écris  moi-même  à  ce  Prince. 

Je  compte,  au  surplus,  sur  votre  expérience  et  sur  votre  dextérité 
pour  faire  tourner  au  plus  grand  avantage  possible  de  nos  intérêts  à 
Tunis  la  mission  que  Sidi  Mustapha-Âgha  vient  de  remplir  en  France.  » 

{^Affaires  étrangères ^  C'**  de  Tunis.) 
MUSTAPHA  ARNAOUT,  ENVOYÉ  DE  TUNIS,  A  TALLEYRAND. 

830.  —  Marseille,  15  mai  i  805  {23  floréal  an  XI),  —  Il  lui  annonce 
son  arrivée  à  Marseille,  où  il  compte  séjourner  jusqu'à  ce  qu'il  ait  la 
réponse  de  son  souverain,  relativement  à  l'acquisition  de  120  pièces 

de  canon.  (Affaires  étrangeresy  C"*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

831.  —  Tunis,  23  mai  i 803  (/•''  prairial  an  XI).  —  Il  annonce  le 
prochain  départ  des  120  esclaves  libérés  de  Saint-Pierre.  Il  les  adresse 
au  citoyen  Omano,  commissaire  général  de  la  République  en  Sardaîgne, 

présentement  à  Cagliari  *.  (Affaires  étrangères,  C'^'  de  Tunis,) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

832.  —  Tunis^  23  mai  i  803  (/"  prairial  an  XI).  —  Nouvelle 
insulte  faite  au  pavillon  français  dans  la  rade  de  La  Goulette  par  un 

corsaire  algérien.  (Affav^s  étrangères,  C  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

833.  —  Tunis,  28  mai  i  803  (6  prairial  an  XI).  —  Un  navire  mar- 
chand chargé  de  vin  a  été  enlevé  dans  les  eaux  de  Bastia.  <(  Quand 
même  on  aurait  reconnu  le  pavillon  du  corsaire  capteur,  on  n^aurait 
pu  en  tirer  un  indice  certain.  Les  trois  Régences  ont  adopté  la  couleur 
rouge  unie,  parce  que  cette  uniformité  leur  fournit  le  moyen  de  dérouter 
les  agents  dans  leurs  réclamations...  Il  y  a  longtemps  que  je  crie  contre 

cet  abus...  »  (Affaires  étmngères,  C"*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

834.  —  l'unis,  21  juin  1 803  [2  messidor  an  XI).  —  Il  a  reçu  les 
modèles  de  passeports  de  la  République  italienne  qui  doivent  être 
donnés  aux  corsaires  tunisiens.  Il  ne  peut  guère  compter  sur  Mustapha- 

\ .  Cunéo  d'Ornano,  Consul  général  en  Sardaigne  de  Tan  XI  à  l'an  XIII,  au  Maroc 
de  Tan  XIII  à  1814.  Nous  n'avons  pu  établir  sa  parenté  avec  Pierre-Paul  Cunéo 
d'Ornano,  procureur  du  roi  et  subdélégué  de  l'Intendance  générale  en  Corse  en 
\  1172,  lieutenant  de  rAmirefùté  d'Ajaccio  de  1185  à  1791,  au  lieu  et  place  de  son 
père,  démissionnaire,  juge  au  tribunal  d'Ajaccio  de  1793  à  1794,  Consul  général  aux 
lies  Canaries  de  1802  à  1817,  date  de  sa  mise  à  la  retraite.  11  fut  détenu  en  prison 
pendant  cinq  ans  aux  Canaries,  pour  les  dettes  qu'il  avait  été  forcé  de  contracter 
à  55  0/0  pour  vivre.  L'un  de  ses  douze  enfants,  Fabien,  sollicita  et  obtint  du 
Ministre  une  sorte  d'indemnité  qui  permit  au  Consul  de  revenir  dans  son  pays. 


454  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1803] 

Âgha  pour  ses  réclamations.  Le  Bey  est  peu  satisfait  des  engagements  que 
cet  Envoyé  a  cru  pouvoir  prendre.  Le  prix  de  600,000  livres  pour  cent 
canons  de  fer  lui  a  paru  un  piège  pour  le  dégoûter  d'en  faire  l'acquisition. 
Le  payement  de  27  piastres  par  bateau  corailleur  n'est  pas  une 
innovation.  Il  remplace  la  redevance  annuelle  qu'on  ne  paye  plus  et 
qu'on  doit  encore  pour  les  dix  dernières  années. 

(Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZR  A  TALLEYRAND. 

835.  —  Carihage,  20  juillet  1 803  (/"  thermidor  an  XI).  —  Une 
rixe  est  survenue  entre  les  corailleurs  français  et  napolitains.  Guibert, 
sous-commissaire  à  Bône  ' ,  demande  que  les  corailleurs  des  côtes  de 
Tunisie  contribuent  à  faire  les  deux  caisses  qu'il  est  d'usage  d*offrir 
annuellement  au  Bey...  «  Le  Bey  aurait  quelque  droit  de  se  plaindre 
que  des  corailleurs,  péchant  gratuitement  sur  les  côtes  de  sa  domi- 
nation, payassent  une  rétribution  au  souverain  d*un  autre  royaume...» 

[Affaires  étrangères^  C^^  de  Tunis,) 
DBYOIZB  A  TALLEYRAND. 

836.  —  Tunis^  20  août  i  803  (2  fructidor  an  XI).  —  L'amiral  Nelson, 
qui  bloque  actuellement  Toulon,  a  demandé  au  Bey  que  les  prises 
anglaises  et  françaises  ne  pussent  être  amenées  à  La  Goulette.  Sur  le 
conseil  de  Devoize,  le  Bey  lui  a  déclaré  qu'il  maintenait  l'usage  de  la 
vente  libre,  dans  ses  ports,  de  toutes  les  prises  faites  par  des  Puissances 

en  paix  avec  la  Régence.  {Affaires  étrangères^  C'^  de  Tunis.) 

DBVOIZB  A  TALLEYRAND. 

337.  —  Tunis,  i3  septembre  1803  (26  fructidor  an  XI).  —Cin- 
quante Turcs,  déserteurs  de  Constantine,  ont  commis  des  actes  de  bri- 
gandage au  détriment  des  pécheurs  français  à  Bône  et  à  Tabarque. 

«  Sidi  Mustapha  Arnaout  est  arrivé  depuis  peu  de  jours...;  nous 
allons  travailler  de  concert  pour  obtenir  l'accomplissement  de  la  pro- 
messe qu'il  a  faite  au  Premier  Consul. 

Le  Bey  a  paru  très  affecté  du  refus  du  brick  de  guerre  et  des  canons 
de  campagne  qui  avaient  d'abord  été  promis  à  son  Envoyé...  Je  me 
suis  ressenti  plus  d'une  fois  dans  mes  fonctions  des  effets  du  méconten- 
tement de  ce  Prince.  Je  n'ai  pu  encore  le  persuader  que  l'incident  de  la 
guerre  survenue  après  la  promesse  qui  avait  été  faite  n'avait  plus 
permis  de  lui  faire  un  présent  de  cette  nature.  » 

(Affaii^s  étraûgèreSy  C*'»  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

838.  —  Paris,  28  septembre  i  803  (5  vendémiaire  an  XII).  —  Il  le 
1,  Voy.  la  note  1 ,  p.  366. 


[1803]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  485 

prie  de  ne  pas  abandonner  complètement  les  6  esclaves  suisses;  mais 
Devoize  devra  ses  soins  de  préférence  aux  esclaves  des  pays  réunis  et 
aux  Corses  vendus  à  Alger. 

Talleyrand  lui  recommande  d*intervenir  dans  le  démêlé  de  TEspagne 
avec  le  Bey,  mais  en  agissant  avec  la  plus  grande  circonspection.  L'in- 
tention du  gouvernement  est  d'ailleurs  que  les  agents  en  Barbarie 
s'abstiennent,  à  moins  d'ordres  contraires,  de  s'immiscer  dans  les  dit* 
férents  entre  les  Régences  et  les  Puissances  de  l'Europe. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

839.  —  Tunis ^  6  novembre  i  803  [14  brumaire  an  XI I).  —  «  Le 
citoyen  Adanson,  chancelier-interprète  de  ce  Commissariat  depuis  dix- 
huit  ans,  expira  hier  à  l'Âge  de  soixante-seize  ans...  '  ;  il  laisse  une  veuve 
et  trois  fils.  L'un  est  chancelier  de  la  Légation  de  Constantinople  ;  le 
second  est  à  Paris  auprès  de  sa  tante,  épouse  de  l'académicien  de  son 
nom.  Le  troisième  se  trouve  ici  auprès  de  sa  mère  ;  quoique  âgé  de 
vingt-sept  ans,  son  éducation  a  été  tellement  négligée  que  je  n'ai  pas 
cru  pouvoir  lui  confier  l'exercice  intérimaire  de  la  chancellerie...;  j'ai 
chargé  de  ces  fonctions  mon  secrétaire,  le  citoyen  Billon  *. 

{Affaires  étrangères^  C*^  de  Ttmis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

840.  —  Tunis^  8  décembre  1 803  {i  6  frimaire  an  XII),  —  Le  canal 
et  le  port  que  le  Bey  fait  creuser  à  La  Goulette  sont  presque  terminés. 
Le  Bey  voudrait  deux  pontons  pour  nettoyer  le  canal.  Devoize  demande 
l'autorisation  de  les  offrir  gratis  au  Bey  contre  l'affranchissement  des 
Romains,  des  7  Corses  d'Alger  et  des  sujets  des  pays  réunis. 

(Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
TALLE^HAND  A  DEVOIZE. 

841.  —  Paris ^  i4  décembre  i  803  {22  frimaire  an  XII).  —  Le 
cardinal  Caprara  %  au  nom  du  Pape,  a  demandé  au  Premier  Consul  de 
garantir  le  territoire  ecclésiastique  contre  les  attaques  des  Barbares- 
ques.  Devoize  devra  faire  connaître  cette  démarche  au  Bey... 

tf  J'approuve  la  disposition  où  vous  êtes  de  faire  rigoureusement  res- 
pecter par  nos  armements  la  neutralité  du  territoire  tunisien  ;  mais  en 

1.  Voy.  la  note  3,  p.  156. 

2.  Jean-François  Billon,  frère  de  Joseph  Billon,  l'ancien  secrétaire  de  Devoize 
en  Fan  11 1.  Le  Billon  dont  il  sera  question  dorénavant,  après  avoir  appris  Tarabe  et 
le  turc  à  Smyrne  en  1791,  fut  élève  Vice-Consul  à  Tunis  en  1803,  sous-commissaire 
des  relations  commerciales  à  Tunis  en  1804,  gérant  du  Consulat  général  en  1809, 
rappelé  en  France  en  1814  et  mis  d'office  en  disponibilité. 

3.  Légat  à  latere  près  le  gouvernement  français,  conclut  avec  Napoléon  le  Con- 
cordat de  1801. 


456  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1804] 

même  temps  il  faut  veiller  à  ce  que  le  Bey  ne  souffre  pas  qu'elle  soit 
en  aucune  manière  violée  par  les  armements  anglais. 

Il  parait,  au  surplus,  que  ce  Prince  s'est  formé  sur  notre  guerre 
actuelle  et  sur  ses  causes  des  idées  saines,  dans  lesquelles  il  est  inutile 
de  vous  recommander  de  travailler  constamment  à  Tentretenir.  » 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZB. 

842.  —  Paris,  20  février  i  804  {30  pluviôse  an  XII).  —  Par  arrêté 
du  18  de  ce  mois,  le  Premier  Consul  a  nommé  le  citoyen  Astoin-Sielve 
chancelier-interprète  ^  en  remplacement  du  citoyen  Adanson  '.  Le  citoyeD 
Sielve  remplit  actuellement  les  mêmes  fonctions  à  Alger.  II  faudra 
indemniser  Mme  Adanson  avec  les  fonds  disponibles  du  Commissa- 
riat de  Tunis.  Les  citoyens  Billon  '  et  Ragueneau  *  sont  nommés  élèves 
sous-commissaires  des  relations  commerciales,  le  premier  à  Tunis  et  le 

second  à  Alger.  {Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

843.  —  Parts,  2  mars  i  804  (i  1  ventôse  an  XII).  —  Le  gouvernement  a 
pris,  le  13  du  mois  dernier,  un  arrêté  pour  réprimer  rinsubordinatioo 
des  pêcheurs  de  corail  et  assurer  l'intégrité  de  cette  branche  d'industrie. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

844.  —  Tunis,  12  mars  i  804  {2i  ventôse  an  XII).  —  Sur  la  nécessité 
de  rétablir  à  Tabarque,  centre  de  la  pêche  du  plus  beau  corail,  ua 
agent  français,  afin  de  proléger  les  corailleui*s  qui  y  afflueront  d'autant 
plus  qu'ils  se  sentiront  sous  la  garde  d'une  autorité  officielle. 

«  Répandus  dans  plusieurs  ports,  les  patrons  corailleurs  ne  seront 
plus  exposés  à  des  rixes  et  à  des  tumultes  tels  que  ceux  dont  ils  ont 
donné  le  spectacle  à  Bizerte,  où  ils  y  étaient  au  nombre  de  1,000  à 
1,200,  au  cours  des  deux  dernières  années. 

i.  Joseph-Charles-Astoin-Sielve,  négociant  à  Chypres  en  1779,  drogman  en  Candie 
en  1780,  à  Chypres  en  1786,  chancelier  à  Alger  en  1790,  révoqué  brutalement  par 
l'Envoyé  du  Comité  de  salut  public  Herculais  en  Tan  V,  puis  réintégré  au  même 
poste,  chancelier  à  Tunis  en  1804,  gérant  du  Consulat  général  en  1814,  retraité 
en  1825.  —  Voy.  Mémoire  justificatif  d'Astoin-Sielve,  chancelier*  à  Alger,  28  frimaire 
an  V,  —  et  la  correspondance  d'Asloin-Sielve  comme  agent  de  la  Compagnie 
d'Afrique  {Archives  de  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille). 

Son  père,  Paul  Astoin-SieIve,de  Versailles,  était  drogman  aux  Échelles  du  Levant 
depuis  1720,  secrétaire-interprète  du  roi  en  1737,  drogman  à  Alep  en  1732,  retraité 
à  Chypres  en  1777,  décédé  à  Marseille  en  1789  après  60  ans  de  services. 

2.  Voy.  la  note  3,  p.  156. 

3.  Voy.  la  note,  2,  p.  455. 

4.  Alexandre-Louis  Ragueneau  de  la  Chaisnaye,  secrétaire  de  Dubois-Thainvilie 
à  Alger  en  1802,  élève  Vice-Consul  à  Alger  en  1804,  gérant  du  Consulat  général  de 
1809  à  1810,  Consul  à  HaYti  en  1825,  Consul  général  au  Chili  en  1831,  décédé  h  son 
poste  en  1835. 


[1804]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  457 

Les  difficultés  qu^éprouvent  les  corailleurs  à  se  procurer  des  appro- 
visionnements et  des  secours  qu'on  leur  fait  payer  à  des  prix  excessifs 
démontrent  encore  la  nécessité  d'y  rétablir  l'agent  destiné  à  les  pro- 
téger. »  Le  Consul  Devoize  propose,  pour  remplir  ces  fonctions,  le  citoyen 
Raimbert  ^  qui  était  avant  la  rupture  agent  de  la  Compagnie  au  CoUo.  Il 
n'exige  que  les  émoluments  d*usage  pour  les  actes  qu'il  recevrait  et  les 
patentes  qu'il  délivrerait,  et  une  piastre  forte  d'Ësp^agne  une  fois  payée 
pour  tout  le  temps  de  la  pèche  sur  chaque  bateau. 

Quant  à  l'agent  de  Bizerte,  le  citoyen  Côme  Bottari  *,  plein  de 

zèle  et  de  dévouement  pour  les  patrons  corailleurs,  le  Consul  demande 
pour  lui  le  droit  de  percevoir  une  piastre  forte  pour  chaque  gondole, 
qui  séjourne  environ  trois  mois  sur  ces  parages,  droit  très  modéré, 
puisque  cet  agent  n'est  pas  salarié  par  le  gouvernement. 

{Affaires  étrangères^  O^^  de  Tvatis.) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

845.  —  Paris,  12  avril  i  804  {22  germinal  an  XII).  —  Le  gouverne- 
ment offrira  au  Bey  les  deux  pontons  qu'il  demande,  à  condition  que 
celui-ci  accordera  la  liberté  des  esclaves  romains  et  affranchira  les 

sept  Corses  vendus  à  Alger.  (Affaires  étrangères,  C»'»  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

846.  —  Tunis,  15  mai  1804  (25  floréal  an  XIÏ).  —Il  vient  de  signi- 
fier au  Garde  des  sceaux  qu'il  avait  ordre  d'insister  sur  TalTranchisse- 
ment  des  sept  Corses  et  qu'aucune  considération  ne  pouvait  faire 
abandonner  celte  demande. 

«  Les  défenses  les  plus  sévères  ont  été  faites  aux  corsaires  de  se 
permettre  des  débarquements  sur  la  côte  d'Italie,  principalement  des 
États  du  Pape.  J'ai  signifié  au  Bey  que  le  Premier  Consul  avait  pris 
sous  sa  protection  immédiate  tout  le  territoire  ecclésiastique. 

Un  Suédois  au  service  du  Pape,  remarquable  par  sa  stature  de  sept 
pieds,  parti  de  Livourne,  est  arrivé  &  Tunis  il  y  a  peu  de  jours.  11  s'est 
présenté  au  palais  du  Bey,  et  s'est  annoncé  comme  ayant  à  lui  confier 
en  secret  des  choses  de  la  plus  haute  importance.  Cet  infâme  officier  a 
fait  à  ce  souverain  la  proposition  scélérate  d'employer  ses  corsaires 
actuellement  en  armement  à  une  irruption  sur  un  lieu  des  plages  ro- 

1.  Jean-Dauphin  Raimbert,  nommé  officiellement  par  décision  ministérielle  du 
30  prairial  an  XII.  Ses  droits  de  chancellerie  sur  chaque  bateau  corailleur  produi- 
saient environ  2,000  francs  par  an.  —  Voy.  à  ce  sujet  Histoire  de  La  Calle,  par 
Féraud,  p.  588,  —  et  la  correspondance  de  Raimbert  à  Tabarque  {Archives  de  la 
Résidence  française  à  Tunis,  cartons  Agences  Consulaires),  —  et  (Affaires  étrangères^ 
C*'  de  Tunis). 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  378. 


458  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1804] 

maines,  disant  qu'il  servirait  lui-même  de  guide  ;  aidé  d'ua  parti  qui  était 
dans  Rome,  et  avec  quatre  à  cinq  mille  hommes  seulement,  il  s'enga- 
geait à  saisir  le  Pape  et  tous  les  cardinaux,  et  à  les  conduire  à  Tunis. 
Ce  Suédois  a  encore  vu  le  Bey  ce  matin.  Quoique  je  fusse  convaincu 
que  ce  Prince  n'exposera  pas  ses  corsaires  dans  une  entreprise  aussi 
téméraire,  je  n*en  ai  pas  moins  cru  devoir  donner  avis  au  cardinal 
Fesch  ^  des  insinuations  perfides  faites  au  Bey  par  cet  officier  de 
Sa  Sainteté  que  je  vais  surveiller. 

Des  lettres  venues  d*Égypte  renferment  des  témoignages  non  équivo- 
ques que  les  Français  y  sont  fort  regrettés...  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Ttmis.) 
TALLEYRAlfS  A  DEVOIZE. 

847.  —  Paris  y  19  juin  i  804  (30  prairial  an  XII),  —  Le  Ministre 
l'autorise  à  prendre  les  mesures  nécessaires  pour  réorganiser  le  service 
de  la  pèche  du  corail.  Il  lui  recommande  sept  Napolitains  esclaves  àTunis 
depuis  sept  ans  et  qui  ont  écrit  à  Napoléon. 

(Affav*e8  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

848.  —  Tunis,  20  août  1 804  {2  fructidor  an  XII).  —  La  disette  est 
tellement  grande  àTunis  que  la  nation  française  a  délibéré  de  demander 
qu'on  lui  envoie  de  Marseille  300  quintaux  de  farine  '. 

(Affaires  étrangères,  (7"  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

849.  —  Tunis,  28  août  1804  {10  fructidor  an  XII).  —  Une  indem- 
nité vient  d'être  accordée  par  le  Bey  à  un  patron  corailleur  déprédé 

par  un  corsaire  tunisien.  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

850.  —  Paris,  1 1  septembre  1  804  (24  fructidor  an  XII).  —  Un  bâti- 
ment napolitain  qui  transportait  des  bois  à  Toulon  a  été  pris  par  les 
Tunisiens.  Le  Ministre  charge  Devoize  d'en  demander  la  restitution. 
«  Je  vous  prie,  Monsieur,  de  faire  cette  demande  au  Bey,  et  d'obtenir 
en  même  temps  qu'il  soit  recommandé  à  tous  les  corsaires  de  la  Ré- 
gence de  respecter  les  bâtiments  étrangers,  lorsqu'ils  seront  porteurs 
d'un  certificat  attestant  qu'ils  sont  actuellement  au  service  de  la 
France.  Vous  sentez  qu'il  est  nécessaire  d'insister  sur  cette  dernière 

1.  Archevêque  de  Lyon  en  1802,  cardinal  en  1803,  ambassadeur  à  Rome  en  1804, 
grand  aumônier  de  TÊmpire  en  1805. 

2.  Voy.  le  Procès-verbal  de  Vassemblée  des  négociants  français  résidant  en  cette 
Échelle  pour  avvier  aux  moyens  de  seprocui^er  des  subsistances,  ft 5  thermidor  an  XII. 
(Affaires  étrangères,  C'"'  de  Tunis.) 


[1804]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  459 

disposition,  afin  que  les  opérations  relatives  à  l'extraction  des  bois 
d'Italie  pour  Tarsenal  de  Toulon  ne  soient  pas  contrariées.  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
DBVOIZE  A  TALLBYRAND. 

851.  —  Tunis,  24  septembre  i804[2  vendémiaire  an  XIII),  —  11  a 
réussi  à  délivrer  le  célèbre  antiquaire,  le  Père  Caroni*,  mais  le  gouver- 
neur de  Bizerte  devra  recevoir  un  dédommagement  pour  la  perte  de 
deux  esclaves  enlevés  par  un  corsaire  cisalpin.  «  La  captivité  du  Père 
Garoni  n'aura  été  qu'une  petite  excursion  sur  les  ruines  de  Carthage^ 
où  il  a  pu  se  livrer  très  librement  aux  observations  et  aux  recherches 
conformes  à  son  goût  et  ses  talents...  » 

{Affaires  étrangères,  C*'»  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

852.  —  Tunis,  20  octobre  i  804(28  vendémiaire  an  XIIÏ).  —  Devoize 
désespère  d'obtenir  quoi  que  ce  soit  du  Bey,  qui  devient  de  plus  en  plus 
intraitable.  «  J'ai  différé,  autant  que  j'ai  cru  pouvoir  le  faire  sans  incon- 
vénient, de  mettre  sous  les  yeux  de  Votre  Excellence  la  situation  de  nos 
affaires  àTunis,  dans  l'espérance  qu'elle  changerait,  et  d'amener  le  Bey 
à  des  dispositions  plus  favorables;  mais  il  n'y  a  rien  à  attendre  de  lui, 
tant  que  la  guerre  durera,  et  qu'il  ne  verra  que  dans  l'éloignement  le 
châtiment  de  ses  injustices  et  de  l'oubli  des  égards  qu'il  doit  à  la  France . 
Il  se  fait  encore  mieux  remarquer  depuis  que  les  gazettes  étrangères 
ont  répandu  le  bruit  du  départ  précipité  du  général  Brune  *  de  Gonstan- 
tinople,  et  de  la  probabilité  d'une  rupture  avec  la  Porte.  Nul  doute  que, 
dans  ce  cas,  le  Bey  ne  nous  déclare  la  guerre  pour  se  délivrer  de  mes 
réclamations  et  des  sacrifices  dont  son  avarice  a  déjà  calculé  la  valeur. 
11  affecterait  même  de  ne  pas  attendre  la  détermination  du  Dey  d'Alger, 
dont  il  a  tout  à  fait  secoué  le  joug. 

Je  ne  connais  qu'un  moyen  de  faire  cesser  à  Tunis  cet  état  de  choses 
devenu  intolérable  pour  des  Français.  Si  Votre  Excellence  me  permet 
de  l'indiquer,  ce  serait  une  lettre  énergique  de  Sa  Majesté  Impériale, 
qui  demanderait  impérativement  au  Bey  le  prompt  redressement  des 
griefs  détaillés  dans  cette  dépêche,  et  lui  insinuerait  qu'à  cette  seule 

1.  Le  père  Félix  Caroni,  religieux  barnabile  de  Milan,  emmené  en  captivilé  è. 
Tunis  par  des  corsaires  de  cette  Régence,  en  1804,  en  revenant  de  Naples  où  il 
était  aller  prêcher.  Il  publia  en  1805,  au  profit  des  esclaves  chrétiens,  son  Voyage 
chez  les  Barbaresques. 

2.  GuiUaume-Marie-Ânnc  Brune,  adjoint  aux  adjudants  généraux  en  1792,  com- 
missaire civil  en  Belgique  en  1793,  général  de  brigade  en  1795,  ambassadeur  à 
Naples  en  1798,  à  Constantinople  en  1803,  maréchal  en  1804,  commandant  général 
des   villes  hanséaliques  en  1807,  pair  de  France  en  1814,  assassiné  à  Avignon 
en  1815. 


460  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1804] 

condition  il  pourra  compter  sur  la  bienveillance  de  Sa  Majesté  et  la 
continuation  des  liaisons  d'amitié  et  de  commerce  qui  subsistent  entre 
les  deux  États.  Le  Bey  ne  craint  que  la  France.  Il  sait  que  le  souverain 
qui  la  gouverne  aujourd'hui  a  pu  tout  ce  qu'il  a  voulu.  Le  souvenir  de 
ce  qui  s'est  passé  de  mémorable  en  Egypte  lui  a  laissé  une  forte  impres- 
sion, parce  qu'il  avait  l'opinion  que  les  Mamelouks  étaient  invincibles; 
mais  il  est  profond  dans  l'art  de  présenter  une  bonne  contenance,  de 
profiter  des  circonstances  qui  forcent  les  grandes  Puissances  à  dissi- 
muler et  à  ajourner  leur  vengeance.  Sa  maxime  est  de  temporiser,  sur- 
tout lorsqu'il  tient. 

Dans  toute  supposition,  ce  qui  pourrait  arriver  de  pire  est  que 
l'amour-propre  du  Bey  vint  à  s'effaroucher  du  ton  de  la  lettre  de  Sa 
Majesté  Impériale.  Je  dois  prévenir  Votre  Excellence  que  le  commerce 
de  cette  Échelle  est  dans  une  telle  stagnation  qu'il  n'aurait  rien  à 
souffrir  de  la  retraite  des  négociants,  et  que,  dans  le  cas  de  la  paii 
avec  l'Angleterre,  le  Bey  s'empresserait  de  renouer  ses  liaisons  avec  la 
France.  Je  pense  qu'il  connaît  trop  ses  intérêts  pour  ne  pas  éviter  une 
rupture;  mais  pour  qu'elle  reprenne  à  Tunis  le  rang  qu'elle  doit 
occuper,  il  faut  plus  que  de  simples  représentations  déjà  usées;  je  ne 
les  continuerai  pas  moins  en  temps  convenable.  » 

(Affaires  étrangères,  C»»*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLBYRAND. 

863.  —  Tunis,  28  octobre  i  804  (1*^  brumaire  an  XII ï).  —  Devoize  a 
vu  le  Bey  à  propos  d'une  réclamation  d'un  bateau  corailleur...  «  Le 
Prince  était  seul  avec  le  Garde  des  sceaux;  il  a  saisi  cette  occasion 
pour  me  dire  :  —  Tu  es  en  froideur  avec  mon  ministre,  que  je  regarde 
comme  mon  fils;  je  désire  que  vous  viviez  en  bonne  harmonie.  — Je  le 
désire  aussi,  mais  ce  ne  pourra  être  qu'autant  qu'il  n'élèvera  pas  des 
prétentions  auxquelles  la  dignité  du  poste  que  j'occupe  près  de  vous 
ne  me  permet  pas  de  céder.  —  Le  Bey  m'a  reproché  d'avoir  mis  trop  de 
vivacité  dans  la  discussion  du  bâtiment  napolitain,  et  m'a  insinué  que 
je  ne  devais  pas  être  découragé  par  un  premier  refus  et  revenir  un 
autre  jour,  cherchant  un  bon  moment  :  —  Si  je  le  cherchais  actuelle- 
ment, le  trouverais-je?  —  Oui!  —  Eh  bien,  je  vous  demande  la  resti- 
tution du  bâtiment  napolitain  et  la  liberté  de  l'équipage.  —  Accordé! 
—  Pour  éviter  à  l'avenir  que  le  transport  des  bois  de  construction 
destinés  pour  nos  arsenaux  ne  soit  contrarié  par  vos  corsaires,  ferez- 
vous  délivrer  des  passeports  aux  bâtiments  napolitains  qui  y  sont 
employés?  —  Donnez-moi  les  noms,  la  quantité  de  bâtiments  et  le 
nombre  de  leurs  équipages  et  je  vous  les  ferai  expédier.  —  » 


[1805]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  461 

Devoize  va  informer  le  Préfet  de  Toulon  de  ces  dispositions  du  Bey. 

(Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

854.  —  Tunis ^  il  novembre  4  804  [20  brumaire  an  XIII).  —  «  La 
chapelle  commissariale  qui,  dans  des  temps  désastreux,  avait  été  si 
scandaleusement  fermée  et  convertie  en  un  lieu  d*orgies,  a  été  rétablie 
le  18  de  ce  mois.  J'ai  choisi  cette  époque  chère  à  tous  les  Français  pour 
cette  cérémonie  religieuse.  Elle  a  eu  lieu  avec  toute  la  solennité  dont 
elle  pouvait  être  susceptible  dans  le  pays;  les  agents  étrangers  y  ont 
assisté  et  fait  arborer  les  pavillons  de  leurs  nations;  j'ai  fait  tirer  des 
boîtes,  et,  à  la  fin  du  service,  le  Préfet  des  Capucins  *  officiant  a  récité  la 
nouvelle  prière  pour  l'Empereur,  qui  se  continuera  à  l'avenir. 

J'ai  donné  ensuite  un  dîner  à  tous  les  religieux  et  prêtres  séculiers 
qui  se  trouvent  à  Tunis,  et,  pour  mieux  imprimer  sur  le  pays  la  consi- 
dération pour  les  minisires  de  nos  autels,  j'y  ai  invité  jusqu'aux  prê- 
tres esclaves.  »  (Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

855.  —  Paris,  29  novembre  i  804  {8  fnmaire  an  XIIl).  —  L'Empe- 
reur a  bien  voulu  autoriser  la  sortie  de  300  quintaux  de  farine  pour 
approvisionner  la  nation  française  de  Tunis. 

Le  Ministre  a  lu  avec  intérêt  les  détails  de  la  conversation  que 
Devoize  a  eue  en  dernier  lieu  avec  le  Bey.  Il  lui  conseille  de  continuer 
à  cultiver  les  bonnes  dispositions  de  ce  Prince,  pour  pouvoir  reproduire 
utilement  les  demandes  que  le  Consul  peut  être  appelé  à  présenter. 

(Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

856.  —  TuniSy  19  févriei^  1805  [30  pluviôse  an  XIIl),  —  «  ...  La 
nouvelle  du  départ  du  général  Brune  de  Constantinople  a  répandu  ici 
l'opinion  d'une  rupture  prochaine  avec  le  Grand  Seigneur.  Dans  ce  cas, 
j'ai  plus  d'un  motif  d'être  convaincu  qu'elle  entraînerait  la  guerre  avec 
cette  Régence;  elle  est  dans  le  cœur  du  Bey...  Il  a  donné  ordre  à  deux 
Juifs  qui  ont  des  fonds  considérables  à  Marseille  de  les  retirer,  et  au 
premier,  qui  est  un  personnage  très  important  à  Tunis,  de  rappeler 
son  fils  qui  se  trouve  en  France...  »  Si  la  rupture  avec  la  Porte  a  lieu, 
Devoize  conseille  d'arrêter  les  Tunisiens  en  France,  et  de  séquestrer 

leurs  fonds.  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

1.  Voy.  État  nominatif  des  Capucins  italiens  existant  à  Tunis  :  le  P.  Alexandre  de 
Massignano,  Préfet  de  la  Mission  ;  le  P.  Pierre  de  San  Pietro  et  le  P.  Bonaventure 
de  Prato,  venus  des  missions  du  Brésil;  le  P.  Félix  Trilone,  venu  de  la  mission 
de  Constantinople,  et  le  F.  Nicole  d*Ancône,  envoyé  de  Rome. 


46â  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1805] 

ttEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

867.  —  lunis^  24  avril  1 805  {4  floréal  an  XIII).  —  «  Je  m'empresse 
de  vous  accuser  réceptioQ  de  Taigle  de  la  Légion  d'honneur.  Cette 
décoration  est  le  prix  le  plus  flatteur  que  je  pouvais  recevoir  de  mon 
dévouement  absolu  au  service  de  Sa  Majesté  Impériale...  » 

(Affaires  étrangères^  O*  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

858.  —  T'unis,  i  8  mai  i  805  {28  floréal  an  XIIÏ),  —  «...  A  propos  des 
esclaves  italiens,  j'ai  vu  récemment  le  Bey.  Je  lui  ai  répété  qu'en  ordon- 
nant à  ses  corsaires  de  croiser  devant  les  ports  d'Italie  où  flottait  le 
pavillon  français,  pour  en  gêner  les  communications,  intercepter  les 
transports  d'efl'ets  et  de  subsistances,  condamner  à  Tesclavage  les 
marins  employés  à  ces  expéditions,  enlever  des  familles  entières  à 
terre,  c'était  se  conduire  en  ennemi,  et  je  lui  ai  demandé  ce  qu'il 
ferait  de  plus  s*il  était  en  état  de  guerre  avec  la  France.  Je  Tai  pné 
de  me  dire  son  dernier  mot.  Faute  de  bonnes  raisons,  il  a  mis  sa 
volonté  suprême  à  la  place,  en  disant  :  —  Je  ne  les  lâcherai  pas.  —  » 

[Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

859.  — PariSy  28  mai  i 805  [8  prairial  an  XIII),  —  «  ...  La  nou- 
velle du  départ  de  Constantinople  de  M.  le  maréchal  Brune  ayant  fait 
penser  qu'il  pourrait  en  résulter  une  rupture  avec  le  Grand  Seigneur, 
je  vous  invite  à  rectifier  l'opinion  publique  à  cet  égard.  Le  rappel  de 
l'ambassadeur  de  l'Empereur  est  l'effet  de  quelques  discussions,  qo/ 
n'ont  altéré  en  rien  la  bonne  intelligence  toujours  subsistante  entre  les 

deux  Empires...  »  (Affaires  étrangèt^s,  C"  de  Tunis,) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

860.  —  Paris,  10  août  1805  [22  thetynidor  an  XIII),  —  Le  Ministre 
voit  avec  plaisir  que  de  temps  à  autre  Devoize  réussit  à  obtenir  la 
mise  en  liberté  de  quelques  esclaves;  il  espère  qu'il  saisira  l'occasiou 
des  deux  pontons  offerts  pour  obtenir  l'affranchissement  de  ceux  d'entre 
les  captifs  qui  lui  paraîtront  les  plus  intéressants. 

(Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis,) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

861.  —  Tunis,  7  septembre  1805  {20  fructidor  an  XlUy  -  Le« 
corsaires  anglo-maltais  font  beaucoup  de  tort  aux  bateaux  corailleurs. 
Devoize  a  obtenu  du  Bey  qu'il  réclamât  auprès  du  Consul  anglais  contre 
la  violation  du  territoire  tunisien  commise  par  lesdits  corsaires. 

(Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis.) 


[1805]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  463 

DEVOIZB  A  TALLRYRAND. 

862.  —  TuniSy  i  0  septembre  i  805  {23  fructidor  an  XIII).  —  L'es- 
cadre américaine,  composée  de  18  armements,  est  à  La  Goulette,  sous 
les  ordres  du  commodore  Roger,  mais  la  rupture  avec  le  Bey  n'a  pas 
eu  lieu.  Ce  Prince  a  conjuré  l'orage  avec  son  adresse  ordinaire,  et  s'est 
réservé  du  temps  en  envoyant  un  ambassadeur  à  Washington,  grâce  à 
rinterveation  de  MM.  Davis,  Consul  des  Ëtats-Unis  à  Tunis,  et  Lear, 

Consul  général  à  Alger  *.  (Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis.) 

DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

863.  —  Tunis,  4  octobre  i  805  [2  vendémiaire  an  XIV).  —  Détails 
sur  la  saisie  d'un  bateau  corailleur  dans  le  port  de  Tabarque  par  un  cor- 
saire tunisien,  sous  prétexte  que  les  expéditions  n'étaient  pas  en  règle. 
Devoize  a  réussi  à  faire  restituer  le  bateau,  quoique  les  soupçons  du 
Bey  fussent  fondés.  Le  congé  du  bateau  corailleur  était  suranné.  Il 
faudrait  régler  les  redevances  que  l'on  doit  au  Bey,  et  qui  s'élèvent 
à  30,000  sequins.  Le  Consul  propose  un  arrangement  à  faire  avec  ce 
Prince  pour  s'assurer  le  libre  exercice  de  la  pêche  du  corail. 

(Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis.) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

864.  —  PariSf  2i  octobre  i  805  {29  vendémiaire  an  XIV).  —  Il  le 
prie  de  se  concerter  avec  M.  Dubois-Thainville  *  pour  régler  l'afTaire 
des  deux  caisses  de  corail  actuellement  dues  à  la  Régence  d'Alger. 
Dubois-Thainville  se  plaint  de  M.   Raimbert,   l'agent  de   Devoize  à 

Tabarque  '.  (Affaires  étrangères^  C"  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

865.  —  Tunis,  22  octobre  i  805  {30  vendémiaire  an  XIV).  —  Il 
signale  de  nouvelles  prises  faites  par  les  Tunisiens  sur  les  Italiens  et 
les  réclamations  auxquelles  elles  ont  donné  lieu  de  sa  part. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A  TALLEYRAND. 

866.  —  Tunis,  9  novembre  1  805  {18  brumaire  an  XIV).  —  «  ...  Les 
injustices  multipliées  du  tribunal  corrompu  de  Malte,  des  confiscations 
de  cargaisons  neutres,  des  navires  neutres  retenus  et  rançonnés,  des 
capitaines  qui,  après  avoir  été  tourmentés  par  toutes  les  épreuves 

1.  Voy.  Journal  de  séjour  d'une  division  américaine  sur  la  rade  de  Tunis,  —  et 
Annales  tunisiennes,  p.  251. 

2.  Voy.  la  noie  i,  p.  415. 

3.  On  se  plaignait  des  droits  trop  rigoureusement  perçus  par  Raimbcrt  sur  cha- 
que corailleur.  Un  sieur  Manucci,  d*Ajaccio,  fils  d'un  ancien  drogman  de  France  & 
Tanger,  et  agent  consulaire  d'Angleterre  et  de  Danemark  à  Bizerte,  intriguait  pour 
évincer  Raimber*.  et  prendre  sa  place. 


464  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1806] 

de  la  chicane,  n'ont  pu  obtenir  leur  relaxation  qu*en  faisant  de  grands 
sacriflces,  ont  donné  aux  marchands  nolisataires  de  justes  motifs  de 
s'alarmer  sur  le  sort  de  leurs  propriétés.  Ils  ont  pris  le  parti  d'insérer, 
dans  leurs  contrats  d'affrètement,  que  les  capitaines  n'admettraient 

aucun  Français  à  leurs  bords.  »  (Affaires  élrangèt^s,  a^  de  Tunû.) 

DEVOIZE  A  TALLBYRAND. 

887.  —  Tunis^  4  janvier  i  806.  —  Il  est  enfin  parvenu  à  faire 
reconnaître  au  Bey  la  réunion  de  la  République  de  Gènes  aux  ÉtaU 
de  France...  «  Il  ne  m'a  pas  été  difficile  de  pénétrer  les  motifs  de  la 
mauvaise  humeur  et  de  l'opiniâtreté  du  Bey  ;  il  aurait  désiré  que  la 
demande  des  Génois  lui  eût  été  faite  avec  le  même  éclat  qu'à  Alger;  U 
est  excessivement  jaloux  et  choqué  des  distinctions  qu'on  accorde  sur 
lui  à  cette  Régence,  depuis  qu'il  en  a  secoué  le  joug;  il  a  aussi  un  peu 
compté  sur  le  retour  de  Gênes  à  son  ancien  gouvernement  et  sur  les 
succès  de  la  nouvelle  coalition.  La  mission  des  Capidjis  qui  ont  d'abord 
passé  de  Gonstantinople  à  Malte,  ensuite  à  Tunis  et  à  Alger,  n'a  pu, 
dans  les  circonstances  actuelles,  avoir  d'autre  objet  que  d'inviter  les 
Princes  de  Barbarie  à  se  joindre  au  Grand  Seigneur,  lorsqu'il  se  décla- 
rerait; je  crois  mon  opinion  d'autant  plus  fondée  que  le  Bey  n*a  changé 
de  ton  et  de  dispositions  que  lorsqu'il  n'a  plus  pu  douter  que  des  victoires, 
aussi  étonnantes  par  leur  rapidité  que  par  leur  éclat,  avaient  fait 
avorter  le  plan  des  ennemis  de  la  France.  » 

{Affaires  étrangères,  C^'*  de  Tunis.) 
DBVOIZB  A  TALLEYRAND. 

888.  —  Tunis,  25  janvier  i  806.  —  Il  a  fait  restituer  une  tartane 
anglo-maltaise  capturée  par  un  corsaire  français  dans  le  golfe  de  Porto- 
Farine.  L'article  additionnel  du  traité  du  25  mai  1795  stipule  formel- 
lement l'immunité  pour  les  golfes  de  La  Goulette  et  de  Porto-Farine. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

889.  —  TuniSf  2i  février  1806.  —  Longs  détails  sur  une  prise 
toscane  faite  par  les  Tunisiens,  prise  à  laquelle  s'intéressait  M.  de 
BeauharnaiSy  Ministre  plénipotentiaire  de  France  en  Toscane  *. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
TALLBYRAND  A  DEVOIZE. 

870.  —  Paris,  1 8  mars  i806.  —  Il  autorise  Devoize  à  traiter avecle 
Bey  de  l'affranchissement  pur  et  simple  des  172  individus  dénommés  sur 

\.  François  marquis  de  Beauharnais,  député  à  TAssemblée  nationale  en  i789, 
Ministre  plénipotentiaire  en  Toscane  en  1805,  ambassadeur  en  Espagne  en  1806. 


[1806]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  465 

la  liste  qu'il  lui  a  adressée  *  ;  si  le  Bey  s'y  prête,  Devoize  lui  fera  remettre, 
mais  uniquement  à  titre  de  témoignage  de  satisfaction  de  la  part  de 
TEmpereur,  telle  somme  d'argent  que  le  Consul  jugera  convenable. 

(Affaires  élrangèt^es,  C'"*  de  Tunis,) 
TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

871.  —  Paris^  3 1  mars  i  806.  —  «  Sa  Majesté  consent  au  renouvelle- 
ment des  anciens  traités  relatifs  à  la  pèche  du  corail,  aux  conditions 
indiquées  dans  le  rapport  ci-joint '.  S'il  est  d'ailleurs  quelques  disposi- 
tions particulières  que  vous  jugiez  à  propos  d'y  faire  entrer,  je  m'en 
rapporte  à  cet  égard  entièrement  à  vos  lumières  et  à  la  connaissance 
que  vous  avez  de  tout  ce  qui  peut  convenir  aux  intérêts  des  pêcheurs 

de  corail...  »  {AfTaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 

TALLEYRAND  A  DBYOIZE. 

872.  —  Paris,  20  juin  i  806,  —  Il  le  prie  de  notifier  au  Bey, 
d'ordre  exprès  de  Sa  Majesté,  l'avènement  de  Son  Altesse  le  Prince 
Napoléon  Joseph  de  France  à  la  couronne  de  Naples  '.  Il  espère  que 
cette  communication  déterminera  le  Bey  à  cesser  de  considérer  les 
Napolitains  comme  ennemis;  il  l'engage  à  profiter  de  cette  circon- 
stance pour  revenir  sur  lafTaire  des  prises  toscanes  et  napolitaines. 

(A  flaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DBVOIZE  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

873.  —  Tunis^  24  juin  i  806,  —  «  Je  viens  prier  Votre  Excellence 
de  me  faire  connaître  ses  dernières  intentions  relativement  &  Taffran- 
chissement  des  esclaves  dont  j'ai  eu  l'honneur  de  lui  adresser  la  liste 
nominative.  Puisque  Votre  Excellence  veut  bien  prendre  pour  base  d'un 
arrangement  celui  qui  a  été  fait  à  Alger  dans  la  même  négociation, 
voici  dans  toute  la  force  de  la  vérité  celui  qui  a  eu  lieu  : 

i.  Voy.  Liste  des  sujets  des  pays  réunis  à  l* Empire  français  ou  pris  au  service  des 
armées  de  VEmpereur,  actuellement  esclaves  dans  le  royaume  de  TunU  :  39  Génois, 
16  Suisses,  3  de  Tile  d'Elbe,  36  Corses  ou  Cisalpins,  73  Napolitains,  5  Romains,  au 
total  :  172  individus. 

2.  —  PariSy  18  mars  i802.  —  Rapport  à  Sa  Majesté  sur  les  propositions  de  Devoize 
concernant  la  pèche  du  corail,  et  approuvées  par  le  Conseil  général  du  commerce  et 
le  Ministre  de  Vinténeur  :  «...  11  m'a  en  conséquence  paru  nécessaire  de  soumettre 
à  Tattention  de  Sa  Majesté  Impériale  les  propositions  du  Commissaire  général 
Devoize,  propositions  tendantes  à  ce  quUl  soit  procédé  au  renouvellement  des 
anciens  traités  relatifs  à  la  pèche  du  corail,  sous  Tobligation,  de  la  part  du  Bey, 
d'accorder  un  nombre  illimité  de  passeports  pour  les  pécheurs  et  de  les  faire 
jouir  de  toute  l'assistance  et  tranquillité  convenables;  de  la  part  de  la  France,  de 
payer  exactement  à  ce  Prince  une  redevance  annuelle  de  3,000  sequins,  environ 
22,000  francs,  redevance  dont  la  charge  serait  supportée  par  les  pécheurs  eux- 
mêmes,  au  moyen  d'une  contribution  en  corail  que  chaque  bateau  serait  obligé 
de  fournir;  et  quant  aux  Urnes  arriérées,  qui  s'élèvent  à  30,000  sequins,  environ 
220,000  francs,  d'en  faire  le  payement  à  l'époque  de  la  paix  générale...  >  (Affaires 
étrangères^  C'**  de  Tunis.) 

3.  Voy.  la  note  2,  p.  351. 

30 


466  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1806] 

Sur  la  première  demande  du  Consul  de  France  à  Alger,  230  esclaves 
furent  délivrés  et  embarqués  dans  un  seul  jour;  le  Dey  accepta  à  titre 
de  présent,  et  non  de  rançon,  une  somme  de  80,000  piastres  fortes,  ce 
qui  fit  revenir  chaque  esclave  à  348  piastres  fortes. 

La  rançon  ordinaire  et  fixée  d'un  esclave  à  Alger  est  de  2,000  piastres 
fortes;  le  sacrifice  de  la  Régence  en  faveur  de  la  France  a  été  dans 
cette  occasion  de  381,000  piastres  fortes. 

Votre  Excellence  a  fixé  depuis  longtemps  le  taux  delà  rançon  de  ses 
esclaves  à  300  sequins  vénitiens  Tun,  évalués  aujourd'hui  2.825  piastres 
de  Tunis;  en  me  traitant  avec  la  réduction  proportionnelle  accordée  au 
Consul  de  France  à  Alger,  il  reviendrait  à  Votre  Excellence  506  piastres 
de  Tunis  pour  chaque  esclave,  ce  qui  formerait  pour  raffranchissemenl 
général  une  somme  d'environ  100,000  piastres  de  Tunis  que  j'offre 
à  Votre  Excellence,  franc  de  tout  droit  quelconque.  Votre  Excellence 
doit  d'autant  plus  accueillir  favorablement  cette  proposition  que  je 
suis  fondé  à  réclamer  la  délivrance  gratuite  de  la  majeure  partie  des 
esclaves  portés  sur  ma  liste;  tels  sont  :  8  Napolitains  pris  dernièrement 
avec  pavillon  et  passeport  français,  sortant  de  Civita-Vecchia;  9  Lon- 
donais  expédiés  sous  pavillon  toscan  pour  le  service  de  la  place  de 
Porto-Ferrajo;  2  hommes  et  3  femmes  enlevés  sur  le  territoire  de 
Piombino  qui  nous  appartient;  80  marins  de  la  Fouille  munis  du  passe- 
port des  généraux  français. 

Votre  Excellence  ne  peut  que  convenir  que  les  commandants  d'une 
armée  qui,  depuis  trois  ans,  occupe  une  province  conquise,  et  où  le 
pavillon  français  flotte  Sur  tous  les  forts,  ont  le  droit  incontestable  d'en 
employer  les  habitants  à  leur  service,  et  leur  doivent  protection.  Ils 
ne  devaient  pas  s'attendre  que  des  armements  d'un  Prince  en  paix  avec 
la  France  viendraient  croiser  leurs  opérations,  intercepter  les  trans- 
ports et  les  subsistances  de  la  troupe,  au  mépris  de  leurs  passeports 
qui,  bien  loin  de  garantir  ces  malheureux  marins,  les  ont  fait  devenir 
la  proie  de  vos  corsaires,  en  leur  inspirant  une  confiance  qui  les  a 
empêchés  de  fuir  comme  ils  Tauraient  pu. 

Votre  Excellence  m'objectera  que  ses  corsaires  se  sont  emparés  de 
ces  Napolitains,  parce  que  les  Napolitains  sont  ses  ennemis.  Je  répon- 
drai à  Votre  Excellence  que  le  pavillon  français  flotte  sur  toutes  les 
forteresses  de  la  Pouille,  il  y  a  plus  de  trois  ans,  et  que  là  où  flotte  le 
pavillon  français.  Votre  Excellence  ne  trouvera  que  des  amis. 

Je  la  supplie  de  mettre  un  terme  à  toutes  ces  difficultés,  en  acceptant 
la  proposition  que  je  lui  ai  faite.  Il  me  sera  bien  agréable  de  pouvoir 
mettre  sous  les  yeux  de  Sa  Majesté  l'Empereur  et  Roi  ce  nouveau  témoi- 


[1806J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  467 

gnage  des  bonnes  dispositions  de  Votre  Excellence,  de  laquelle  j'ai 
rhonneur  d'être  avec  le  plus  profond  respect,  etc.  » 

(Archives  de  la  Régence,  Palais  Dar-el-Bey,  Carton  France,  1710-1833.) 

DEYOIZE  A  TALLEYRAND. 

874.  —  Tunis,  i 4  juillet  i  806.  —  «  ...  Dès  les  premières  ouver- 
tures que  j'ai  faites  au  Bey  pour  le  renouvellement  du  traité  relatif  à  la 
pèche  du  corail,  j'ai  reconnu  que  la  perspective  d'être  payé,  six  mois 
après  la  signature  de  la  paix  générale  en  Europe,  des  lismes  arriérées 
aplanirait  bien  des  difficultés,  dont  la  principale  est  l'article  des  passe- 
ports en  nombre  indéfini...  Le  Bey  a,  en  attendant,  prescrit  à  ses 
corsaires  de  ne  point  troubler  les  pécheurs  de  corail,  et  aux  Aghas  de 
les  protéger  dans  les  ports.  300  bateaux  pèchent  en  vue  de  Tabarque. 
Mais  les  petits  corsaires  anglais  les  inquiètent  beaucoup.  Une  rixe 
entre  Corses  et  Anglais  à  Tabarque  a  causé  la  mort  d'un  officier  et 
d'un  matelot  anglais.  Devoize  a  rappelé  au  Consul  anglais  qu'il  n'a 
jamais  payé  l'indemnité  promise  pour  les  gondoles  de  pêcheurs  enle- 
vées l'année  précédente.  Le  Bey  a  menacé  de  faire  tirer  sur  les  corsaires 
anglais,  s'ils  ne  respectaient  pas  les  bateaux  corailleurs  dans  ses  ports... 

J'ai  insinué  au  Bey  que  la  pêche  ainsi  livrée  aux  pirateries  de  nos 
ennemis  ne  pouvait  être  d'aucun  fruit  pour  ceux  qui  l'exerçaient,  et 
que  les  frais  mêmes  d'armement  tourneraient  en  pure  perte.  Je  tâcherai 
d'éluder  dans  le  nouveau  traité  la  redevance  de  cette  année,  et 
d'engager  le  Bey  à  être  satisfait  comme  l'année  dernière  avec  une 
petite  caisse  de  corail  du  poids  de  140  livres.  Je  suis  embarrassé  de 
savoir  à  quel  nom  je  renouvellerai  ce  traité,  car  j'ignore  si  l'ancienne 
Compagnie  d'Afrique  est  rétablie  sous  cette  même  dénomination. 
J'attendrai  les  directions  que  je  prie  Votre  Excellence  de  me  donner  à 
ce  sujet...  » 

D'ailleurs  Devoize  est  d'avis  que,  tant  que  durera  la  guerre,  on  ne 
retirera  pas  de  la  pêche  du  corail  les  avantages  qu'elle  peut  procurer. 

{Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

875.  —  Tunis,  14  juillet  1 806.  —  Il  a  conclu  avec  le  Bey  un  arran- 
gement pour  l'affranchissement  des  esclaves.  «  Gomme  quelques-uns 
des  captifs  portés  sur  ma  liste  ont  apostasie  et  que  d'autres  sont 
morts  dans  l'intervalle,  je  n'ai  pu  fixer  la  somme  qui  doit  former  le 
présent  à  faire  au  Bey,  mais  je  suis  convenu  avec  ce  Prince  que,  lorsque 
le  nombre  des  captifs  existants  sera  connu,  la  somme  que  j'aurai  à  lui 
remettre  sera  calculée  sur  1,100  piastres  de  Tunis  par  chaque  individu, 
ce  qui  opérera  une  différence  de  205  piastres  de  Tunis  de  moins  qu'à 


468  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1806] 

Alger,  environ  40,000  piastres  sur  la  totalité...  »  Parmi  les  circonstances 
qui  ont  nui  à  la  négociation,  Devoize  cite  la  résolution  que  le  Bey  a 
prise  tout  à  coup  de  rétablir  les  fortifications  des  places  frontières 
d'Alger,  ce  qui  a  exigé  l'emploi  d'un  grand  nombre  d'esclaves  chréticDS 
qui  ont  été  destinés  à  ces  travaux.  Il  faudra  un  mois  pour  réunir  les 
esclaves  épars  dans  le  royaume.  Les  intérêts  politiques  de  la  France 
en  Italie  ne  pouvaient  que  souffrir  de  la  prolongation  de  la  captivité  de 

tous  ces  malheureux.  (Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis,) 

TALLBYRANO  A  DEVOIZE. 

876.  —  Paris^  18  septembre  i  806.  —  Le  renouvellement  des  traités 
pour  la  pèche  du  corail  ne  demande  pas  qu'on  brusque  les  négociations. 
L'essentiel  est  d'amener  le  Bey  à  souscrire  à  nos  propositions,  parti- 
culièrement à  celle  qui  se  rapporte  à  la  délivrance  des  passeports  en 
nombre  indéfini...  Les  traités  doivent  être  renouvelés  au  nom  de 
Sa  Majesté  Impériale  et  Royale,  ainsi  qu'on  l'a  fait  à  Alger.  Le  Ministre 
approuve  l'arrangement  pour  l'affranchissement  des  esclaves. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

877. —  Tunis^  12  octobre  1806.  —  Dubois-Thainville  a  été  arrêté 
à  Alger  avec  tous  les  Français,  et  32  bateaux  corailleurs  ont  été 
capturés  ^  Les  Anglais  sont  les  instigateurs  avérés  de  ces  violences. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DEVOIZE  A  TALLEYRARD. 

878.  —  Tunis,  28  octobre  1 806.  — Le  prix  de  l'affranchissement  des 
170  esclaves  sera  approximativement  de  350,000  francs.  Devoize  fera 
dorénavant  ses  traites  sur  son  fondé  de  pouvoirs  à  Paris,  M.  Nicolas. 
Ayant  appris  que  ses  premières  traites  ont  été  protestées,  il  supplie  le 
Ministre  de  ne  pas  le  laisser  à  la  merci  des  Juifs  de  Tunis. 

(c  Le  mauvais  état  de  ma  santé  rend  toujours  plus  pressant  le  besoin 
d'un  congé.  Je  ne  peux  que  vous  l'assurer,  le  service  de  Sa  Majesté 
Impériale  ne  souffrira  nullement  de  mon  absence  ;  au  surplus,  ayant  à 
passer  la  mer  avec  ma  femme  et  des  enfants  en  bas  âge,  je  ne  m'embar- 
querai que  le  printemps  ou  l'été  prochain.  Encore  faudra-t-il,  si  la 
guerre  continue,  que  je  trouve  une  occasion  qui  m'offre  quelque  sûreté 

pour  la  traversée.  »  (Affaires  étrangères,  O''  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

879.  —  T'unis,  20  novembre  1 806.  —  «  ...  Le  Bey  a  différé  la  con- 
clusion du  traité  sur  la  pêche  du  corail,  pour  connaître  préalablement 
les  propositions  qui  lui  seront  faites  par  le  nouveau  gouvernement  de 

1.  Voy.  Correspondance  des  Deys  tT Alger  avec  la  Cour  de  France,  t.  II,  p.  511. 


[1806]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  469 

Naples,  tant  pour  la  paix  que  pour  la  délivrance  de  près  de  800  Napo- 
litains esclaves.  Vu  l'incertitude  sur  les  dispositions  du  Bey,  la  situation 
actuelle  de  nos  affaires  à  Alger,  et  la  guerre  qui  subsiste  entre  cette 
Régence  et  celle  de  Tunis,  il  paraîtra  à  Votre  Altesse  convenable  que 
la  pèche  du  corail  soit  interdite  pour  Tannée  prochaine;  elle  serait 
inquiétée  par  les  corsaires  anglais  et  algériens.  Le  port  de  Tabarque 
n'est  pas  à  l'abri  d'un  coup  de  main  de  ces  derniers  ;  Tespoir  d'y  enlever 
2  ou  3,000  marins  suffirait  pour  leur  en  inspirer  l'idée,  et  ce  serait  un 

événement  trop  fâcheux.  »  (Affaires  étrangères,  C»"  de  Tunis.) 

DBVOIZS  A  TALLBYRAND. 

880.  —  Tunis,  10  décembre  i  806.  —  «  Le  Bey  vient  de  me  dire  qu'il 
a  un  pressant  besoin  de  6,000  fusils  de  munition  des  plus  légers  et 
sans  baïonnettes.  H  m'a  demandé  si ,  en  écrivant  lui-même  à  Sa 
Majesté  Impériale  et  Royale,  il  pouvait  espérer  qu'Elle  lui  en  accorde- 
rait l'extraction.  Je  lui  ai  répondu  que  je  lui  en  donnerais  l'assurance 
la  plus  positive,  s'il  m'était  permis  de  ne  considérer  dans  cette  occasion 
que  les  sentiments  de  bienveillance  de  Sa  Majesté  envers  Son  Excel- 
lence. Ce  Prince  s'est  décidé,  en  conséquence,  à  écrire  à  Sa  Majesté  une 
lettre  que  j'adresse  dans  un  sac  de  satin,  par  un  corsaire  français  qui 
passe  directement  à  Barcelone  et  qui  a  ordre  de  jeter  mes  paquets  à  la 
mer,  en  cas  de  rencontre  d'un  ennemi  supérieur.  Si  Sa  Majesté  daigne 
accorder  au  Bey  la  faveur  qu'il  sollicite,  je  prie  Votre  Altesse  de  faire 
mettre  le  plus  tôt  possible  ces  6,000  fusils  à  la  disposition  de  Mes- 
sieurs Fuzier  frères,  de  Marseille.  Ces  négociants  sont  chargés  d'en  payer 
la  valeur  et  d'en  faire  l'expédition  sitôt  après  que  le  Directeur  des 
douanes  aura  reçu  l'ordre  de  les  laisser  embarquer.  La  confiance  du  Bey 
dans  les  bonnes  dispositions  de  Sa  Majesté  k  son  égard  est  telle  qu'il 
expédiera  dans  quinze  jours  un  bâtiment  tunisien  à  Marseille,  destiné  à 

y  charger  ces  fusils...  »  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS,  A  NAPOLÉON. 

881.  —  Tunis,  15  décembre  1  806.  —  «  Au  plus  noble  des  Princes 
qui  professent  la  religion  du  Messie,  au  plus  glorieux  des  souverains  de 
l'Europe,  le  très  fortuné,  très  honoré,  très  grand,  très  redoutable  et 
sincère  ami  l'Empereur  des  Français  Napoléon. 

Nous  avons  l'honneur  d'exposer  â  Votre  Majesté  que,  constamment 
attentif  à  multiplier  les  relations  d'amitié  et  de  bonne  intelligence  qui 
existent  heureusement  entre  les  deux  États  et  également  empressé  de 
nous  informer  de  l'état  de  ses  dispositions  à  notre  égard,  nous  rem- 
plissons ce  devoir  avec  une  joie  toujours  nouvelle. 

Dans  les  circonstances  présentes,  nos  troupes  victorieuses  ayant 


470  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1807] 

besoin  pour  leur  service  d'une  certaine  quantité  d*armes  à  feu,  et  ces 
armes  ne  pouvant  venir  ici  que  des  contrées  soumises  à  votre  vaste 
domination,  ou  bien  par  une  sorte  de  contrebande,  il  nous  importe 
que  Votre  Majesté  veuille  bien  autoriser  en  notre  faveur  Texportalion 
de  6,000  fusils  seulement. 

C'est  dans  cette  intention  et  pour  renouveler  à  Votre  Majesté  nos 
hommages  respectueux  que  la  présente  lettre  amicale  lui  a  été  écrite. 
Nous  Ja  prions,  en  considération  des  liens  de  parfaite  amitié  qui  nous 
unissent  à  elle,  de  daigner  accorder  l'autorisation  demandée  pour  l'ex- 
portation de  6,000  fusils  destinés  à  nos  troupes,  et  de  daigner  aussi 
conserver  dans  son  cœur  impérial  le  souvenir  de  notre  sincère  amitié.  » 

(Sceau)  {Affaires  étrangères,  C^**  de  Tunis.) 

DEVOIZE   A   TÀLLEYRANO. 

882.  —  Tunis,  10  janvier  1  807.  —  Faillite  du  négociant  français 
Barthez^  Nécessité  absolue  pour  le  corps  des  nationaux  de  régler  celte 
affaire  au  nom  de  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille. 

DBVOIZB  A  TALLEYRAND. 

883.  —  Tunis,  29  mars  1807,  —  Nouvelles  de  la  guerre  entre 
Tunis  et  Alger.  Le  Rey  a  40,000  hommes  sur  le  territoire  de  Couslan- 

tine,  à  deux  lieues  de  la  ville  ".  {Affav^s  étrangères,  O*'  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

884.  —  Tunis,  14  mai  1 807.  —  L'armée  de  Conslantine  vient  d'être 
mise  en  déroute.  «  Le  Bey  est  riche  en  munitions  de  guerre  de  toute 
espèce,  en  soldats  de  bonne  volonté,  mais  il  est  pauvre  en  généraux, 
en  officiers;  il  n'est  environné  que  d'êtres  dégradés,  avilis  par  la  plus 
infâme  dépravation;  ce  n*est  pas  dans  des  âmes  de  cette  trempe  qu'il 
trouvera  l'énergie,  les  talents  et  le  courage  nécessaires  aux  soutiens 
d'un  trône.  Ce  souverain  est  peut-être  le  seul  de  son  royaume  qui  ait 
toutes  ces  qualités,  mais,  n'étant  pas  secondé,  la  tentative  qu'il  a  faite 
pour  sortir  d'une  dépendance  humiliante  n'aura  servi  qu'à  la  cimenter 

1.  Devoize  à  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille.  —  Tunis,  10  janvier  ISOl.— 
•  M.  Barthez  s'est  refusé  à  payer  sa  quote-part  des  dépenses  nationales,  ainsi  que  la 
rente  de  la  maison  qu'il  occupe  dans  le  Fondouk,  en  alléguant  qu'il  n'en  avait  pas 
les  moyens.  Les  ordonnances  n'ont  rien  prévu  pour  ce  cas;  quelques  mesures 
qu'on  prenne,  on  ne  pourrait  se  dispenser  de  payer  une  somme  de  3,000  piastres 
pour  dettes  criardes  contractées  par  M.  Barthez,  postérieurement  à  sa  faillite, 
parmi  lesquelles  il  en  est  une  de  1,000  piastres,  qu'il  avait  empruntées  pour 
quelques  jours  seulement  au  Consul  de  Suède,  chargé  d'une  nombreuse  famille, 
et  très  gêné  dans  ses  moyens;  il  n'est  aacun  Français  sur  l'Échelle  qui  ne  soufTre 
de  voir  un  agent  étranger  soupirer  après  une  dette  aussi  sacrée.  •  (Affaires  étran- 
gères, C"»  de  Tunis.) 

2.  Voy.  Annales  tunisiennes,  p.  252, —  et  Notice  sur  les  événements  survenus  entre 
les  Régences  de  Tunis  et  d'Alger  (Chambre  de  commerce  de  Marseille,  B,  i70  de 
Vinventaire). 


[4807 1  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  471 

davantage,  et  lui  faire  perdre  toute  considération  dans  l'étranger  et 
son  pays,  si  toutefois  il  conserve  son  royaume...  » 

(Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

885.  —  Tunis,  2  juin  i  807.  —  Le  plus  coupable  des  Aghas  qui  ont 
abandonné  Tarmée  tunisienne  devant  Constantine  est  venu  cherche^  un 
asile  dans  la  maison  de  Devoize.  Celui-ci  a  obtenu  du  Bey  grâce  de 
toute  peine  corporelle,  mais  TAgha  sera  exilé. 

{Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

886.  —  Tunis,  i^'  juillet  1807.  —  Il  constate  combien  il  avait 
raison  d*însinuer  Tannée  dernière  de  ne  pas  laisser  venir  des  bateaux 
corailleurs.  Sur  les  100  qui  sont  venus  contre  son  avis,  65  sont  bloqués 
à  Tabarque  par  les  Algériens,  et  le  Bey  refuse  des  permis  d'extraction 
de  provisions  jusqu'à  ce  qu'on  lui  ait  payé  tous  les  arrérages  échus. 

{Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  TALLEYRAND. 

887.  —  Tunis,  15  juillet  1 807.  —  Le  Garde  des  sceaux,  comman- 
dant en  chef  l'armée  tunisienne,  vient  d'envoyer  la  nouvelle  d'une  vic- 
toire remportée  par  l'armée  du  Bey  sur  l'armée  algérienne.  7,000  Algé- 
riens ont,  parait-il,  été  faits  prisonniers. 

Des  bâtiments  anglais  ont  apporté  des  munitions  de  guerre  pour  le 
Bey.  «  Les  Anglais  n'épargnent  aucun  sacrifice  pour  conserver  leurs 
liaisons  avec  les  Régences,  quoiqu'en  guerre  avec  le  Grand  Seigneur. 
Je  n'ai  pas  dissimulé  au  Bey,  il  y  a  deux  jours,  qu'on  ne  pouvait 
s'empêcher  de  remarquer  que,  dans  une  circonstance  semblable,  il 
avait  tenu  une  conduite  bien  différente  avec  la  France.  » 

•  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

TALLEYRAND  A  DEVOIZE. 

888.  — Paris,  8  août  1  807 .  —  Il  approuve  en  tous  points  la  con- 
duite de  Devoize  durant  les  derniers  événements,  et  l'engage  à  lui 
adresser  exactement  tous  les  avis  qui  paraîtraient  dignes  de  quelque 

intérêt.  {Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C'«  DE  CHAMPAGNY  *. 

889.  —  Tunis,  27  août  1807.  —  Les  Algériens  ont  attaqué  sans 
succès  Tabarque...  «  Les  Corses  et  les  Génois,  m'écrit  l'agent  de  cette  ile, 
le  sieur  Rainbert,  sont  repartis  pour  les  ports  de  leurs  armements,  après 

1.  Jean-Baptiste  Norapère  comte  de  Champagny,  duc  de  Cadore,  Ministre  des 
Aiïaires  étrangères  du  9  août  1807  au  16  avril  1811. 


472  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1807] 

avoir  beaucoup  souffert  tant  de  la  part  des  corsaires  anglo-russes  que 
de  celle  des  Algériens,  et  je  peux  ajouter  du  fiey  de  Tunis,  qui  leur  a 
refusé  jusqu'à  la  sortie  du  biscuit  que  ces  pécheurs  ont  été  obligés  d'aller 
chercher  en  Sardaigne  à  grands  frais...  J'avais  prévu  tous  ces  incon- 
vénients. »  Le  Bey  attend  toujours  les  redevances  arriérées. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LE  C^^'  DE  CHAMPAGNY  A  DEVOIZE. 

890.  —  Paris,  30  septembre  i  807.  —  «  Sa  Majesté  a  bien  voulu  se 
prêter  à  la  demande  que  lui  a  adressée  le  Bey  de  6,000  fusils,  et  je  me 
suis  empressé  d'informer  de  sa  décision  le  Ministre  de  la  guerre^  avec 
invitation  de  faire  mettre  le  plus  tôt  possible  ces  6,000  fusils  à  la 
disposition  de  MM.  Fuzier,  négociants  èi  Marseille,  comme  étant  chargés 
d'en  payer  la  valeur  et  d'en  faire  Texpédition.  Le  moyen  de  payement 
que  vous  indiquiez  n'a  pas  pu  être  adopté,  parce  qu'il  ne  se  concilierait 
que  difficilement  avec  les  mesures  arrêtées  pour  opérer  le  rembourse- 
ment des  sommes  dues  au  Bey,  pour  le  rachat  des  esclaves  dont  vous 
avez  il  y  a  quelque  temps  négocié  la  mise  en  liberté...  » 

(Aff'aires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^^*  DE  CQAMPAGNY. 

891.  —  7u;m,  ^6  octobre  i  807.  ~  Devoize  résiste  à  la  prétention 
du  Bey  et  de  son  Grand  Douanier  de  faire  payer  iO  0/0  de  droits 
aux  importateurs  de  Gênes.  Les  Génois  sont  devenus  Français  et  ne 
doivent  payer  que  3  0/0.  Il  espère  toujours  que  le  Ministre  mettra  les 
170,000  piastres  dues  au  Bey  et  au  Garde  des  sceaux  à  la  disposition  de 
son  fondé  de  pouvoirs,  M.  Nicolas,  afin  qu'il  puisse  donner  des  traites 
au  Bey  ;  c'est  le  seul  moyen  de  tirer  le  Consul  général  de  la  situation 

pénible  où  il  se  trouve.  {Aff'aires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C^''  DE  CUAMPAGNY. 

892.  —  Tunis,  3i  décembre  i  807.  —  Il  a  vu  par  une  lettre  de  son 
collègue  Lesseps  ^  du  26  octobre,  que  le  Ministre  a  envoyé  des  ordres 
relativement  à  une  somme  de  6,478  fr.  30  qu'il  réclame,  pour  frais  de 
nourriture  de  170  captifs  au  lazaret  de  Livourne...  «  Ces  ordres  ne  me 
sont  pas  parvenus...  J'ai  appris  indirectement  que,  lorsque  mon  état  de 
liquidation  a  été  mis  sous  les  yeux  de  l'Empereur,  Sa  Majesté  n'avait 
admis  que  68  Français,  et  avait  laissé  le  montant  de  la  rançon  de 
iOrl  individus  à  la  charge  de  leurs  gouvernements  respectifs.  Ce  mode 
de  remboursement  me  laisse  ici  dans  la  position  la  plus  critique...  » 

{Affaires  étrangères,  C»  de  Tunis,) 
i.  Voy.  la  note  2,  p.  358. 


fl808]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  47^ 

LE  C^®  DE  CHAMPAGNY  A  DEYOIZE. 

893.  —  Parisy  22  janvier  J808,  —  Le  Ministre  ne  croit  pas  devoir 
autoriser  encore  Devoize  à  reprendre  la  négociation  pour  la  pêche  du 
corail  ;  les  circonstances  ne  sont  pas  assez  favorables  pour  que  l'on  puisse 
se  flatter  de  la  faire  avec  succès.  Il  l'approuve  dans  TafTaire  des  droits 
de  douane  imposés  aux  Génois,  et  lui  annonce  que  TEmpereur  vient  de 
prendre  dans  l'afTaire  des  170  esclaves  une  décision  conforme  à  ses 

désirs.  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

DEVOIZB  AU  C^*  DE  CHAMPAGNY. 

894.  —  Tunis f  iô  mars  i  808.  —  Une  contestation  s'est  élevée  entre 
M.  Coxe,  Chargé  d'affaires  des  États-Unis,  et  le  négociant  français 
Henry  Ghapelié.  Le  Bey  s'est  prononcé  en  faveur  de  M.  Goxe.  Il  devient 
de  plus  en  plus  nécessaire  de  donner  à  ce  Prince  les  satisfactions  qu'il 

attend.  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C^^  DE  CHAMPAGNY. 

896.  —  TuniSy  25  avril  i  808.  —  M.  Doriol,  son  collègue  à  Cagliari  *, 
lui  mande  qu'il  se  prépare  à  quitter  la  Sardaigne,  par  suite  des  mauvais 
procédés  de  ce  gouvernement  envers  lui.  Devoize  rappelle  les  ser- 
vices qu'il  a  rendus  aux  Sardes  &  Tunis;  dans  l'espace  de  cinq  ans, 
1,000  individus  de  celte  nation  ont  été  rendus  à  la  liberté  par  ses  bons 

offices.  (Affaires  étrangères,  C^*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C^*  DE  CHAMPAGNY. 

896.  —  TuniSj  iO  mai  1 808.  —  11  envoie  une  liste  de  36  esclaves 
sept-insulaires.  Aujourd'hui  que  les  Sepl.*Iles  ont  passé  sous  la  domi- 
nation française,  ces  individus  demandent  que  le  gouvernement  leur 
accorde  des  secours  et  s'occupe  de  les  délivrer.  Un  des  capitaines,  natifs 
de  la  Dalmatie  vénitienne,  a  contribué  à  la  victoire  des  Tuni^ens  sur 
Alger;  le  Garde  des  sceaux,  pour  l'en  récompenser,  voulait  à  force  de 
mauvais  traitements  le  contraindre  à  apostasier.  Devoize  a  obtenu  son 

affranchissement.  (Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C^®  DE  CHAMPAGNY. 

897.  —  Tunis^  i3  mai  i  808.  —  Il  espère  que  son  collègue  d'Alger 
prendra  les  mesures  voulues  pour  protéger  la  nation  française  de  Tunis, 
dans  le  cas  où  les  Algériens  arriveraient  jusqu*à  la  capitale  de  la 
Régence.  <f  La  nation  a  conservé  le  triste  souvenir  de  tout  ce  qu'elle 
a  souffert  et  des  dangers  qu'elle  a  courus  pendant  le  sac  de  cette  ville 

i.  Joseph  Doriol,  ancien  capitaine  de  hussards,  commissaire  des  relations  com- 
merciales &  Cagliari  en  1803,  Ck>nsul  général  &  Naples  en  1809,  à  Odessa  en  1814, 
en  disponibilité  en  1822. 


474  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  ilSOS] 

en  1756  *.  Les  négociants  durent  se  réfugier  avec  leurs  familles  dans 
rhôtel  du  Consul  anglais,  qui  devint  un  lieu  d'immunité  au  moyen  d'un 
corps  de  garde  algérien  à  sa  porte  avec  un  drapeau  turc...  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^  DE  CQAMPAGNY. 

898.  —  Funisj  17  mai  1 808.  —  Il  signale  la  relâche  à  La  Goolelle 
d*un  brick  de  Sa  Majesté,  Ze/f^^um,  à  bord  duquel  se  trouve  un  passager, 
M.  Boulin,  officier  du  génie,  qui  parait  avoir  une  mission  du  Ministre 

de  la  marine  *.  {Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C^*"  DE  CHAMPAGNY. 

899.  —  Tunisy  27  juin  i  808.  —  Devoize  ayant  parlé  au  Bey  des 
relations  actives  de  commerce  qui  se  sont  établies  entre  Tunis  et  Malle, 
le  Prince  lui  a  répondu  que  «  les  ports  de  France  étant  en  quelque 
sorte  fermés  à  ses  sujets  par  la  rigueur  des  décrets  de  Sa  Majesté,  ils 
s'étaient  vus  forcés  de  tourner  leurs  spéculations  d*un  autre  côté,  mais 
qu'ils  étaient  prêts  à  reprendre  leurs  liaisons  avec  Marseille,  sitôt  qu'ils 
cesseraient  de  craindre  la  confiscation  à  laquelle  ils  étaient  exposés  par 
la  visite  d'un  corsaire  anglais  »;  cette  seule  modification  apportée  au 
décret  impérial  du  17  décembre  suffirait  pour  ranimer  le  commerce  de 
cette  Échelle...  Le  gouvernement  anglais  a  fait  assurer  le  Bey  par  son 
agent  qu'il  n'entendait  pas  mettre  le  moindre  obstacle  à  la  libre  naviga- 
tion des  bâtiments  portant  pavillon  tunisien,  quand  même  ils  seraient 
destinés  pour  les  ports  de  France,  ni  les  soumettre  aux  formalités 
exigées  des  neutres...  Depuis  qu'ils  occupent  Malte,  les  Anglais  s'éver- 
tuent à  entretenir  les  bonnes  diapositions  des  souverains  de  Barbarie... 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^<^  DE  CHAMPAGNY. 

900.  —  Tunis,  8  juillet  I  808.  —  Tableau  de  tous  les  droits  perçus 
par  la  chancellerie.  Devoize  est  rigoureusement  borné  au  traitement 
annuel  qui  lui  est  accordé  comme  Consul,  excepté  seulement  pour  le 
droit  très  modique  de  1/âO/O  sur  le  produit  net  de  la  vente  des  prises, 
alloué  aux  Consuls  par  l'arrêté  du  6  germinal  an  YIII. 

{Affaires  étrangères,  C*"'  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^*  DE  CBAMPA6NY. 

901.  —  Tunis,   19  août  1808.  —  Il  lui  est  difficile  d'empêcher 

i.  Voy.  le  Journal  du  siège  de  Tunis,  t.  II,  p.  500. 

2.  Vincent-Yves  Boulin,  ingénieur,  officier  du  génie,  en  mission  à  Constanlinople 
en  1807,  &  Alger  et  Tunis  en  180S,  pour  lever  les  plans  topograpbiques  des  Régences, 
assassiné  en  1813  par  des  brigands,  pendant  une  nouvelle  mission  en  Egypte  et 
en  Syrie.  C'est  à  Taide  de  ses  notes  qu*a  été  publié  en  1830  Aperçu  hisloriquej  sta- 
tistique et  topographique  sur  l'État  d'Alger,  à  l'usage  de  Varmée  expéditionnaire 
dAfHque. 


[1808]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  475 

l'introduction  des  marchandises  anglaises  en  France.  «  A  Tunis,  les 
certificats  d'origine  sont  Técueil  du  zèle  du  Consul...  Mon  avis  serait, 
si  Votre  Excellence  me  permet  de  l'exprimer,  que  je  ne  fusse  autorisé 
à  délivrer  des  certificats  que  pour  les  productions  de  ce  royaume  et 
les  cotons  qui  seraient  débarqués  à  Tunis,  venant  directement  du 

Levant...  »  {Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C^^  DE  CHAMPAGNY. 

902.  —  Tunis,  5  septembre  i  808.  —  Aujourd'hui  qu'il  n'existe  plus 
de  sujets  de  crainte  du  côté  des  Algériens,  Devoize  demande  un  congé... 
«  L'élève  Vice-Consul  Billon  '  a  acquis  par  un  travail  assidu  de  près  de 
sept  ans  l'expérience  nécessaire  pour  gérer  avec  succès  l'intérim...  » 

{Affaires  étrangères,  6''*  de  Tunis.) 
DEVOIZK  AU  C^®  DB  CHAMPAGNY. 

903.  —  Tunis,  10  septembre  i  808.  —  Le  brick  de  l'État  Ze  Requin 
a  été  pris  et  emmené  à  Malte.  M.  Boutin  ',  chargé  des  paquets  du  Consulat 
d'Alger,  a  réussi  à  se  soustraire  à  la  vigilance  des  gardes.  Il  attend, 
dans  une  maison  où  il  a  trouvé  asile,  l'occasion  d'un  bâtiment  tunisien 
pour  passer  à  Tunis. 

«  Malte  regorge  de  marchandises  qu'elle  reçoit  par  convois  et  qui  s'y 
vendent  à  30  0/0  au-dessous  du  prix  de  fabrique.  Trois  à  quatre  cents 
petits  bâtiments  grecs  portant  pavillon  de  Jérusalem  et  munis  d'un 
passeport  anglais  les  chargent  en  retour  des  approvisionnements  qu'ils 
apportent  à  Malte,  et  vont  les  répandre  dans  les  iles  du  Levant.  Les 
Autrichiens  et  les  Américains  font  le  même  commerce...  » 

{Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^^  DE  CHAMPAGNY. 

904.  —  Tunis,  i  2  septembre  i  808.  —  «  Il  existe  à  Tunis  un  hospice 
de  Capucins  missionnaires  composé  de  six  individus  prêtres  ou  laïques  '. 
Le  Préfet  remplit  les  fonctions  de  curé  de  la  chapelle  consulaire,  dont 
l'établissement  est  un  des  plus  beaux  que  puissent  nous  assurer  les 
traités  dans  un  pays  musulman.  Elle  a  été  supprimée  par  un  Envoyé  du 
Comité  de  salut  public  en  l'an  V.  Je  l'ai  rétablie  en  l'an  X,  après  avoir 
conclu  la  paix  avec  la  Régence.  Peu  après,  j'observai  que  la  chapelle 
consulaire  ne  pouvait  plus  comme  anciennement  être  entretenue 
décemment  avec  600  francs  et  je  proposai  de  porter  la  somme  à 
1,200  francs. 

Je  viens  de  calculer  avec  le  Père  Préfet  la  dépense  d'entretien  ;  elle 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  455. 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  474. 

3.  Voy.  Mémoires  pour  sei^vir  à  V histoire  de  ta  mission  des  Capucins  dans  la 
Régence  de  Tunis,  par  le  P.  Anselme  des  Arcs,  p.  93. 


476  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1808] 

consiste  :  en  50  rotes  de  cire  pour  le  service  extraordinaire  de  sept 
fêtes  et  le  service  courant  de  Tannée,  à  4  piastres  la  rote,  200  piastres; 
traitement  du  curé  qui  le  verse  à  Thospice,  200  p.  ;  traitement  du  sacris- 
tain desservant,  chargé  de  Tentretien  des  ornements,  du  linge  et  de  la 
propreté  de  la  chapelle,  100  p.  ;  à  trois  prêtres  choisis  parmi  les  esclaves, 
qui  servent  dans  les  sept  grandes  fêtes,  i  piastre  À  chacun  d'eui. 
21  piastres  fortes  à  3  p.  8,  soit  76  p.  8;  pour  les  sermons,  3  seqoins 
vénitiens,  27  p.  81,  ce  qui  fait  environ  900  francs.  En  autorisant  le 
Consul  h  payer  150  piastres  au  Préfet  par  chaque  quartier  et  à  en 
faire  article  dans  ses  états  de  dépenses,  tout  ce  que  le  Préfet  pourra 
économiser  sur  cette  somme,  en  maintenant  toutefois  la  chapelle 
dans  un  état  convenable,  restera  au  profit  de  la  Mission,  qui  a  degranà 
besoins.  Elle  ne  subsiste  que  par  la  charité  des  chrétiens,  surtout  des 
navigateurs,  qui,  vu  les  circonstances,  n*abordent  plus  que  rarementà 
Tunis.  Le  Père  Préfet  m'entretient  souvent  de  l'impossibilité  où  il  est 
de  soutenir  Thospice  avec  si  peu  de  moyens;  c'est  ce  qui  m'a  engagea 
lui  fournir  quelques  secours  que  Votre  Excellence  a  bien  voulu 
approuver  jusqu'à  présent,  et  qui  cesseraient  par  l'abonnement  annuel 

de  900  francs.  »  (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

DBVOIZE  AU  C^  DE  CHAMPA6NY. 

906.  —  Tunis,  H  septembre  i  808,  —  «  Près  de  120  bateaux  fran- 
çais et  napolitains  ont  péché  cette  année  le  corail,  et  jamais  la  pèche 
n'a  été  aussi  fructueuse.  Elle  n'a  été  inquiétée  ni  par  les  corsaires 
anglais  ni  par  les  corsaires  algériens...  Le  douanier  s'est  désisté  de 
sa  prétention  de  percevoir  un  droit  de  10  0/0  sur  les  marchandises 
provenant  de  la  rivière  de  Gênes...  »  Devoize  suivra  la  même  ligne  de 
conduite  à  cet  égard  pour  les  autres  pays  de  Tltalie. 

{Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.^ 
LE  C^  DE  CHAMPAGNY  A  DEVOIZE. 

906.  —  Erfurt,  30  septembre  1 808,  —  Le  Ministre  l'approuve  «  de 
consommer  l'exécution  d'une  négociation  confiée  à  ses  soins  par  le 
ministère  sarde,  à  l'effet  d'obtenir  l'échange  d'un  certain  nombre  d'es- 
claves sardes  contre  un  pareil  nombre  de  Tunisiens  détenus  en  Sar- 
daigne...  »  Il  a  remarqué  avec  plaisir  que  Devoize  a  constamment 
refusé  les  témoignages  de  reconnaissance  que  le  ministère  sarde  lui  a 
fait  offrir.  «  Il  m'est  agréable  d'avoir  à  vous  marquer  que  vous  avez  en 
cela  manifesté  un  esprit  de  désintéressement  digne  des  plus  grands 
éloges...  »  Il  lui  fait  connaître  ensuite  les  décisions  de  l'Empereur  au 
sujet  des  esclaves  sept-insulaires  et  des  bâtiments  portant  pavillon 
tunisien.  «  Vous  devrez  faire  tous  vos  efforts  pour  engager  les  Tunisiens 


[1808]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  477 

à  reprendre  sur-le-champ,  ainsi  que  le  Bey  vous  a  annoncé  qu'ils  y 
étaient  disposés,  leurs  liaisons  habituelles  avec  Marseille. 

Je  vous  recommande  de  ne  rien  négliger  de  tout  ce  qui  vous  paraîtra 
propre  à  les  y  déterminer,  et  de  faire  surtout  en  sorte  qu'ils  ne  donnent 
point  de  suite  à  leurs  relations  actuelles  avec  Malte...  »  Il  demande  au 
Ministre  des  finances  une  décision  au  sujet  des  certificats  d'origine  à 

délivrer  à  Tunis.  (Affaires  étrangères,  C»  de  Tunis,) 

DEVOIZB  AU  C^®  DE  CnAMPAGNV. 

907.  —  lunis^  30  octobre  i 808.  -r-  «  N'ayant  pas  trouvé  à  affermer 
les  douanes  de  son  royaume,  le  Bey  s'est  décidé  à  les  faire  régir  pour 
son  compte.  Ce  Prince  a  d'abord  mis  de  côté  le  tarif,  et  a  établi  que  le 
droit  de  3  0/0  fixé  par  nos  traités  serait  perçu  à  l'avenir  sur  les  prix 
courants  des  bazars,  de  manière  que  ce  droit  porte  non  seulement  sur 
la  valeur  réelle  de  la  marchandise,  mais  encore  sur  le  profit  que  peuvent 
y  faire  et  le  Français  qui  la  vend  et  le  Tunisien  qui  l'achète  pour  la 
revendre.  Ce  nouveau  mode  de  perception  quadruple  les  droits  sur  tous 
les  principaux  articles  de  nos  importations...  »  La  note  que  le  Bey  a 
remise  à  Devoize  dit  que  «  la  douane  de  30/0  que  payaient  les  Français 
continuera  sur  le  même  pied,  mais  cette  douane  se  payera  sur  la  propre 
marchandise  ou  au  prix  du  bazar  en  argent  ». 

Devoize  rappelle  que  les  Français  ne  pouvaient  extraire  le  blé  du 
royaume  de  Tunis  qu'après  avoir  acquitté  le  droit  exorbitant  de 
90  0/0  d'extraction  et  celui  de  150  0/0  sur  l'orge... 

Les  Tunisiens  payaient  précédemment  à  la  Douane  un  droit  de 
1 1  0/0  sur  toutes  les  marchandises  qu'ils  recevaient  des  ports  de  France  ; 
le  Bey  vient  de  réduire  ce  droit  &  5  et  demi  0/0.  Devoize  pense  que  le 
Bey  cherche  à  dégoûter  les  Européens  de  trafiquer  dans  son  royaume; 
le  commerce  sera  concentré  dans  les  mains  de  son  ministre  et  de 
quelques  officiers  puissants  qui  en  font  déjà  plus  des  trois  quarts. 

Le  Bey  refuse  de  reconnaître  la  domination  française  dans  les  Sept- 
Ues.  Un  moyen  certain  de  prévenir  de  nouvelles  difficultés  serait  une 
lettre  de  Sa  Majesté...  «  Je  sais  que  le  Bey  attache  infiniment  de  prix  à 
recevoir  une  lettre  amicale  de  l'Empereur,  ce  qui  faciliterait  le  service 
de  son  Consul  général  à  Tunis...  » 

(Affaires  étrangères^  O*^  de  Tunis.) 

908.  —  Tunis,  30  octobre  i  808.  —  Tarif  des  marchandises  d'impor- 
tation à  Tunis,  arrêté  le  7  février  1753  : 


478 


CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS 


[1808; 


MARCHANDISES 

PRIX 

DE    l'anCIBN    tarif 

PRIX  ACTUEL 

DU   BAZAR 

servant  de  nouveau  tarif 

Café 

50  piastres  le  quintal. 

28       —                — 
100 

12       —      la  livre. 

15       —      la  pièce. 
200        —                 — 

12       —       le  quintal. 
180       —                 — 

12       —    la  douzaine. 
5       —       la  livre. 

20                          — 

35       —       le  quintal. 
1  p.  1/4  la  livre. 

10       —                — 
7       —       le  quintal. 

16 

100       —                — 
320                           — 

200  piastres  le  quintal. 

100 

600       —                 -       j 

45 

225        — 
600        — 

30 
500 

24                             - 

i6 

50                                     1 
il5 
5        — 

40 

15        —                 - 

40        —                 - 
400        —                 -       , 
900        —                 - 

Sucre  

Girofle 

Cochenille 

Draps  londrins 

Fil. 

Fer  en  barres 

Laines  d'Espagne 

Mouchoirs  de  soie  .... 

Noix  muscades 

Papiers  gris,  24  rames.    . 

Sucre  en  pain 

Salsepareille 

Safran 

Soufre  en  canon 

Tarlre 

Verdet 

Vermillon 

{Affaires  ftrangères^  C***  de  Tunis.) 
DEYOIZE  AU  C^«  DE  CHAMPAGNY. 

909.  —  Tunis^  2  novembre  1808.  —  La  paix  vient  d'être  conclue 
entre  les  deux  Régences  de  Tunis  et  d'Alger  '. 

{Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.) 
LE  C^^  DE  CHAMPAGNY  A  DBVOiZB. 

910.  —  Paris^  7  novembre  1808, — L'Empereur  lui  accorde  le  congé 

qu'il  a  demandé.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

DEVOIZE  A  HAMOUDA,  BEY  DE  TUNIS. 

911.  —  T'unis,  8  décembre  1  808.  —  «  Excellence, 

c<  Voire  Excellence  m'a  fait  informer  que  le  corsaire  français  qui  8*était 
emparé  d'un  chebek  anglais  et  qui  Ta  conduit  à  Tripoli  a  relâché  à 
Sousse  et  que  vous  avez  envoyé  un  Mamelouk  pour  le  saisir  et  conduire 
le  capitaine  à  Tunis.  Votre  Excellence  n'a  aucun  motif  légitime  d'exer- 
cer cet  acte  de  violence,  car  c'est  un  abus  d'autorité  qui  fait  mieux  res- 
sortir la  partialité  de  Votre  Excellence  en  faveur  des  Anglais,  et  le 
peu  d'égards  que  vous  observez  envers  la  France.  La  prise  susdite  est 
sous  séquestre  à  Tripoli,  et  Votre  Excellence  ne  peut  craindre  qa  elle 
lui  soit  enlevée,  si  elle  a  été  faite  indûment.  Toutes  les  pièces  qui  doi- 
vent servir  au  jugement  ont  été  expédiées  à  Tripoli,  et  il  n'y  avait  pas 
besoin  de  faire  une  insulte  au  pavillon  français  et  de  prétendre  arracher 


1.  Voy.  Annales  tunisiennes,  p.  265. 


[4808J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  479 

par  la  force  ce  que  vous  auriez  toujours  obtenu  de  la  justice  et  loyauté 
du  gouverDcment  français,  qui  non  seulement  s'est  empressé  dans 
toutes  les  occasions  d'ordonner  la  restitution  de  toutes  les  propriétés 
tunisiennes  trouvées  à  bord  des  bâtiments  de  prise,  mais  encore  a  été 
jusqu'à  prévenir  vos  réclamations,  de  quoi  vous  avez  des  preuves  trop 
récentes  pour  les  pouvoir  démentir. 

Les  corsaires  anglais  ont  exercé  impunément  sur  les  cotes  de  la 
domination  de  Votre  Excellence,  dans  le  golfe,  dans  la  rade  même  de  La 
Goulette,  les  déprédations  les  plus  violentes.  Celui  qu'on  appelle  il  Birbo 
a  pillé  un  bâtiment  français  près  du  cap  de  Carthage  en  présence  des 
Bédouins,  qui  l'ont  attesté.  Il  en  a  poursuivi  un  autre  à  coups  de  canon 
jusqu'à  La  Goulette  et  jusqu'à  ce  qu'il  eût  jeté  l'ancre;  il  a  visité  tous 
les  bâtiments  qui  entraient  et  a  tenté  de  s'emparer  d'un  bâtiment  fran- 
çais qui  partait  pour  Marseille,  en  mettant  immédiatement  à  la  voile 
après  lui.  Je  réclamai  en  vain  la  neutralité  et  l'immunité  du  golfe  sti- 
pulées par  un  traité.  Votre  Excellence  se  refusa  à  ma  demande  de 
le  faire  arrêter.  Votre  Excellence  me  témoigna  au  contraire  le  désir 
qu'elle  avait  que  les  corsaires  français  s'abstinssent  de  conduire  leurs 
prises  dans  les  ports  tunisiens.  Il  est  évident  que  Votre  Excellence  a 
résolu  d'éloigner  les  corsaires  français  de  ses  côtes  pour  laisser  le 
champ  libre  aux  Anglais.  Que  Votre  Excellence  révoque  l'ordre  injuste 
d'enlever  un  capitaine  français  au  bâtiment  qu'il  commandait  pour  le 
conduire  comme  un  délinquant  à  Tunis,  où  il  venait  de  lui-même,  car 
cet  acte  de  violence  ne  peut  produire  d'autre  effet  que  d'indisposer  le 
gouvernement  français,  et  attirer  à  Votre  Excellence  la  réclamation 
d'une  juste  indemnité  pour  le  préjudice  que  vous  occasionnerez  aux 
armateurs  du  corsaire. 

Je  ne  puis  comprendre  ce  qui  a  donné  lieu  à  un  changement  si 
étrange  de  la  part  de  Votre  Excellence  depuis  quelque  temps,  et  j'ai  eu 
avec  déplaisir  plusieurs  occasions  de  le  remarquer,  parmi  lesquelles 
j'en  citerai  de  bien  récentes. 

Deux  artisans  français  ont  été  arrêtés  par  un  Mamelouk,  au  milieu 
de  la  rue,  jetés  dans  une  prison,  dans  laquelle  Votre  Excellence  s'obs- 
tine à  les  retenir  et  à  les  faire  souffrir,  non  pas  sous  la  conviction, 
mais  sous  le  simple  soupçon  qu'ils  avaient  favorisé  l'évasion  de  quelqu'un 
de  vos  esclaves.  En  vain  j'ai  réclamé  contre  cette  injustice  ;  je  n'ai  rien 
pu  obtenir,  et  Votre  Excellence  m'a  fait  entendre,  au  mépris  de  mon 
caractère,  qu'elle  ne  me  croyait  pas  étranger  à  ce  complot. 

Votre  Excellence  a  fait  lever  l'ancre  à  La  Goulette  à  un  capitaine  que 
j'avais  promis  de  retenir  à  Tunis  jusqu'à  ce  que  ses  discussions  avec 


480  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1808; 

ses  armaleurs  fussent  terminées,  et  la  demande  d'un  Juif  a  prévalu  sur 
la  garantie  d'un  Consul  de  France,  à  qui  il  vous  a  plu  de  donner  cette 
nouvelle  mortification. 

Votre  Excellence  a  refusé  sous  un  vain  prétexte  de  reconnaître  la 
réunion  des  Sept-Iles  aux  États  d'Italie,  alors  qu'il  n'y  a  pas  de  puis- 
sance humaine  qui  puisse  empêcher  l'existence  de  cette  réunion. 

Les  ministres  de  la  religion  sont  respectés  en  tout  lieu  et  il  n'y  a  pas 
d'exemple,  dans  les  Régences  de  Barbarie,  qu'un  prêtre  esclave  ait  été 
jamais  employé  aux  travaux,  et  il  n'était  réservé  qu'au  maître  du  Père 
Bonaventure  de  le  donner,  et  à  son  digne  fils  daller  l'insulter  jusque 
sous  le  panier  qu'ils  lui  faisaient  porter,  et  de  rendre  ridicule  son  carac- 
tère de  religieux  à  qui  était  due  l'exemption  du  travail.  Je  représentai 
qu'il  desservait  la  chapelle  consulaire  et  qu'il  était  nécessaire  à  l'hospice, 
011  manquent  les  religieux  ;  et,  pour  toute  réponse,  il  me  fut  dit  que  le 
Père  Bonaventure  était  esclave  et  que  son  maître  pouvait  en  disposer 
comme  il  lui  plaisait. 

Depuis  que  le  royaume  de  Naples  est  occupé  par  un  Prince  français, 
il  a  suffi  à  n'importe  quel  esclave  de  dire  qu'il  était  Tunisien  pour  être 
aussitôt  mis  en  liberté,  et  ce  n'est  que  par  un  généreux  procédé 
de  Sa  Majesté  que  Votre  Excellence  a  vu  arriver  successivement 
divers  officiers  et  marins  de  votre  marine  affranchis  sans  condi- 
tions et  défrayés  jusqu'à  Livourne.  Non  seulement  Votre  Excellence 
n*a  pas  répondu  à  tous  ces  témoignages  d'égardss,  mais  elle  les  a 
reçus  avec  dédain,  refusant  même  de  payer  les  avances  faites  par  le 
€onsul  de  France  à  Livourne  pour  la  traversée  et  la  nourriture  de  vos 
sujets. 

Depuis  que  Sa  Majesté  l'Empereur  Napoléon  a  pris  les  rênes  du  gou- 
vernement en  France,  il  n'a  donné  à  Votre  Excellence  que  des  preuves 
d'estime  et  de  bienveillance,  et  je  me  suis  constamment  appliqué  dans 
mes  rapports  à  cultiver  ces  sentiments,  instruisant  les  Ministres  de 
Sa  Majesté  Impériale  et  «Royale  des  bonnes  dispositions  de  Votre  Excel- 
lence envers  les  Français  établis  dans  ses  États.  Aujourd'hui  je  ne 
retrouve  plus  ces  dispositions  dont  il  m'était  agréable  d'assurer  au  gou- 
vernement la  continuation  ;  au  contraire  il  m'est  aussi  désagréable,  à 
la  veille  d'abandonner  une  longue  et  pénible  carrière,  d'avoir  à  Tin- 
former  de  la  déplorable  condition  des  Français  à  Tunis,  triste  résultai 
du  crédit  que  trouvent  à  la  cour  de  Votre  Excellence  les  mensonges 
absurdes  que  les  ennemis  de  la  France  ne  cessent  de  répandre,  et  qui 
semblent  être  la  règle  et  la  loi  de  la  conduite  étrange  de  Votre  Excel- 
lence envers  elle,  depuis  quelque  temps.  Un  avenir  qui  n*est  pas  très 


[1808]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  481 

lointain  instruira  Votre  Excellence  de   ses  intérêts  et  du  crédit  que 
méritent  les  détracteurs  acharnés  de  ]fL  France. 
Je  supplie  Votre  Excellence  d'agréer  les  hommages  de  mon  profond 

respect.  »  (Archives  de  la  Bégencej  Palais  Dar-el-Bey.) 

MARIANO  STINCA,  SECRÉTAIRE  DU  BRY  DE  TUNIS  <,  A  DEYOIZE. 

912.  —  Du  Bardo,  iO  décembre  1808.  —  Le  Bey  reproche  aux 
corsaires  français  de  ne  pas  avoir  d*égards  à  la  neutralité  de  son  pays. 
Son  Excellence  n'a  jamais  été  partiale  et  ne  le  sera  jamais;  elle  s'est 
toujours  montrée  jalouse  de  faire  observer  la  neutralité  de  ses  ports... 
Le  secrétaire  déclare  que  le  Bey  n'a  donné  aucune  réponse  au  sujet  des 
Sept-Iles.  Au  sujet  du  prêtre  esclave,  le  Bey  dit  que  cela  ne  regarde 
point  la  France.  Son  Excellence  proteste  de  ses  bons  sentiments  envers 
Sa  Majesté  Impériale  et  Royale,  mais  «  tel  est  son  plaisir  d'avoir  de 
l'estime  et  de  l'amitié  pour  tous,  et  elle  ne  prête  pas  l'oreille  aux 
mensonges  et  aux  absurdités  de  certaines  personnes...  » 

{Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  A  HAMOUDA,   BEY  DE  TUNIS. 

913.  —  Tunhy  tO  décembre  1  808.  —  «  Les  prises  faites  par  les  Fran- 
çais ont  eu  lieu  surtout  sur  les  côtes  de  Sicile,  dans  le  canal  de  Malte, 
et  à  Tabordage  en  pleine  mer.  Les  Français  ont  toujours  respecté  la 
neutralité  des  ports  tunisiens;  Son  Excellence  ne  pourrait  pas  en  dire 
autant  des  Anglais.  Votre  Excellence  observe  les  plus  grands  ména- 
gements envers  l'Angleterre  et  fort  peu  envers  la  France...  En  ce  qui 
concerne  le  prêtre  esclave,  je  pense  qu^il  m'est  permis,  qu'il  est  même 
de  mon  devoir  de  chercher  à  adoucir  le  sort  d'un  ministre  de  la  religion 
que  je  professe,  d'un  sujet  d'un  Roi  frère  de  l'Empereur  de  France, 
en  demandant  son  affranchissement  des  travaux  auxquels  il  n'a  jamais 
été  d'usage  de  soumettre  un  prêtre...  Votre  Excellence  voudra  bien 
observer  que,  par  l'article  VIII  du  dernier  traité  que  j'ai  conclu  avec  elle, 
elle  a  reconnu  d'avance  la  réunion  des  Sept-Ues. 

Son  Excellence  veut  bien  m'exprimer  les  sentiments  les  plus  favora- 
bles à  la  France,  et  m'assurer  de  leur  continuation.  Ils  ne  me  laisse- 
raient rien  à  désirer,  si  je  ne  voyais  avec  autant  de  douleur  que  de 
surprise  que  Votre  Excellence  persiste  dans  les  mêmes  dispositions 
qui  ont  donné  lieu  aux  plaintes  que  j'ai  eu  l'honneur  de  lu.  adresser.  » 

{Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^^'  DE  CUAMPAGNY. 

914.  —  Tunisy  13  décembre  1 808.  —  Le  Bey  a  fait  une  insulte  au 
pavillon  français  et  Devoize  s'en  est  plaint  amèrement  au  Prince,  à  qui 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  413. 

31 


482  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [i809| 

il  a  exposé  plusieurs  autres  griefs.  «  Depuis  que  le  Bey  est  parvenu  à 
secouer  le  joug  d'Alger,  son  caractère  est  tellement  changé  qu*oa  peut 
dire  que  le  gouvernement  d'Alger  est  aujourd'hui  à  Tunis.  Ce  souverain 
n'a  plus  que  quelques  ménagements  pour  les  Anglais... 

Ce  n'est  que  depuis  les  événements  d'Espagne  que  le  Bey  s'est  écarté 
des  égards  qu'il  avait  constamment  manifestés  pour  la  France...  Tunis 
est  inondé  d'écrits  incendiaires  '  imprimés  à  Séville  et  à  Malte,  annon- 
çant entre  autres  choses  l'existence  d'une  armée  d'Afrique  destinée  à 
faire  la  conquête  de  la  Barbarie,  et  dont  les  circonstances  actuelles 
avaient  fait  abandonner  le  projet;  le  Bey  a  cru  à  tous  ces  bruits... 

Je  n'attends  le  redressement  des  griefs  dont  je  me  suis  plaint  et  le 
retour  du  Bey  à  ses  anciennes  dispositions  que  de  la  nouvelle  officielle 
que  Votre  Excellence  m'ordonnera  de  lui  notifier  de  l'installation  de 
Sa  Majesté  le  Roi  Joseph  Napoléon  sur  le  trône  de  Madrid,  et  j'aime  à 
espérer  que  ce  sera  bientôt.  »  (Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis.) 

DEVOIZB  AU   C'«  DE  CQAMPAGNY. 

915.  —  Tunis^  20  décembre  i  808.  —  Le  Bey  lui  a  proposé  de  traiter 
avec  le  gouvernement  sarde  d'un  armistice  de  trois  ans.  Devoize  a 
refusé,  en  observant  à  ce  souverain  que  l'état  de  guerre  existant  entre 
la  France  et  la  Sardaigne  ne  le  lui  permettrait  pas.  Il  fait  passer  des 
secours  aux  esclaves  sept-insulaires  par  les  soins  de  Tévêque  grec, 
mais  il  pense  qu'il  serait  préférable  de  les  racheter. 

Depuis  que  Sa  Majesté  a  consenti  à  faire  quelques  modifications  aux 
décrets  relatifs  au  commerce  de  l'Angleterre,  divers  bâtiments  tuni- 
siens sont  partis  pour  Marseille,  mais  Devoize  aperçoit  la  même  activité 
dans  les  relations  de  cette  place  avec  Malte... 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C'°  DE  GHAMPAGNV. 

916.  —  T'unis,  30  janvier  i  809.  —  Il  compte  laisser  au  Vice-Consul 
Billon  *  la  gérance  de  son  poste  et  s'embarquer  sur  un  navire  tunisien 
à  la  fin  de  mai.  Le  Bey  et  son  Garde  des  sceaux  ayant  élevé  de  nouvelles 
prétentions  au  sujet  de  la  rançon  des  170  esclaves  italiens  affranchis, 
Devoize  lui  a  signifié  formellement  qu'il  n'y  avait  plus  à  revenir  sur  une 

affaire  depuis  longtemps  terminée.         {Affaires  étrangères^  C»**  de  Tunis.) 

LE  C'®  DE  CHAMPAGNY  A  DEVOIZE. 

917.  —  Parts,  25  février  i  809.  —  L'ambassadeur  de  Russieréclame 
l'intervention  du  gouvernement  français  pour  obtenir  la  mise  en  liberté 

1.  Voy.  rimprimé  italien  :  Indiriszo  a  Sapoleone  Buonaparte,  primo  Console  per  la 
vita  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  455. 


[1809]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  483 

de  l'équipage  de  VAssomption,  et  la  restitution  du  bâtiment  pris  il  y  a 
quatre  ans  par  un  corsaire  tunisien.  Devoize  ne  devra  rien  négliger 
pour  obtenir  satisfaction  dans  cette  affaire. 

(Affairet  éfrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE  AU  C^^  DE  CHAMPAGNY. 

918.  —  Twnw,  9  mai  i  809.  —  Les  Anglais  ont  réellement  des  vues 
sur  les  anciennes  Concessions  de  la  Compagnie  d'Afrique.  Devoize  s'en 
est  convaincu  par  les  propositions  qui  ont  été  faites  au  Bey  de  l'admis- 
sion exclusive  dans  les  ports  de  Tabarque  des  patrons  munis  de  pas- 
seports anglais,  propositions  que  ce  Prince  a  rejetées...  Il  importe  de  ne 
pas  perdre  de  vue  ces  convoitises,  qui  pourraient  bien  un  jour  atteindre 

nos  droits  séculaires  *.  {Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis,) 

DEVOIZE  AU  C^  DE  CQAMPAGNY. 

919.  —  Tunis^  9  mai  i  809,  —  Déprédations  exercées  par  les  Anglais 
sur  des  bâtiments  français  dans  les  parages  de  Tunis.  <c ...  La  proximité 
de  Malte,  la  recette  immense  que  procure  à  la  Douane  de  Tunis  son 
commerce  très  actif  avec  celte  lie  et  les  fréquentes  apparitions  à  La 
Goulette  des  bâtiments  de  guerre  anglais  inspirent  au  Bey  beaucoup  de 
ménagements  pour  cette  nation...  »  Le  meilleur  parti  à  prendre  serait 
de  brusquer  une  expédition  de  deux  frégates  et  de  quelques  bâtiments 
légers  qui  détruiraient  même  aux  mouillages  (bors  celui  de  La  Goulette) 
tous  ces  petits  corsaires,  et  enlèveraient  les  bâtiments  marchands  enne- 
mis ;  ce  ne  serait  qu'user  du  droit  de  représailles... 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
BILLON  >  AU  C^  DE  CQAMPAGNY. 

920.  —  Tunis,  i  8  septembre  i  809,  —  Devoize  s'est  embarqué  le  15 
de  ce  mois  sur  un  gros  navire  tunisien  appartenant  au  Garde  des  sceaux. 

1.  Voy.  Lettre  de  Baimbert,  agent  à  Tabarque,  à  Devoize,  3  avril  1809,  relative  aux 
vues  des  Anglais  sur  Tabarque, — et  notre  introduction  du  présent  ouvrage,  t.  II, 
p.  XXX.  —  Voy.  aussi  le  carton  Agence  consulaire  de  France  à  Tabarque  (Archives 
de  la  Résidence  française  à  Tunis), 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  455,  —  et  Instructions  données  par  Devoize  à  Billon  Vice-Consul  : 
—  Tunis,  7  septembre  4809.  —  «  Sa  Majesté  ayant  bien  voulu  permettre  au  sieur 
Devoize,  son  Consul  général,  de  passer  en  France,  ce  Consul  remet  au  sieur  Billon, 
Vice-Consul,  les  affaires  de  Sa  Majesté  et  du  Consulat...  Ses  devoirs,  ses  pouvoirs 
sont  déterminés  par  les  ordonnances;  mais  il  doit  suspendre  ou  modérer  Texécu- 
tion  lorsque  les  dispositions  ou  Tintérét  du  Bey  peuvent  contrarier  TelTet  qu'il  se 
propose,  ou  produire  celui  plus  fâcheux  encore  de  compromettre  les  droits  et 
l'autorité  de  Sa  Migesté...  Rien  ne  saurait  justifier  le  sieur  Billon  d'avoir  mis  par 
trop  de  précipitation  et  un  zèle  mal  entendu  Sa  Majesté  dans  le  cas  d'abandonner 
son  orficier  ou  ses  droits  à  Tunis,  si  d'autres  intérêts  ne  lui  permettent  pas  de  les 
y  soutenir;  il  ne  saurait  en  avoir  l'idée  dans  les  circonstances  actuelles,  où  le  Bey 
est  dominé  par  l'influence  anglaise...  »  Devoize  lui  recommande  l'affaire  du  diamant 
appartenant  à  MM.  Bastide,  que  le  Bey  n'a  d'autre  prétexte  de  retenir  que  son 
insatiable  avidité;  il  l'invite  à  cultiver  l'amitié  du  Garde  des  sceaux  et  à  faire 


484  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [18091 

«  Ce  Consul  général  emporte  les  regrets  da  Prince,  de  son  ministre,  des 
grands  de  la  cour,  et  généralement  de  tous  les  gens  de  bien...  Le  Bey 
m'a  témoigné  qu'il  verrait  avec  satisfaction  que  ma  conduite  dans  les 
affaires  fût  basée  sur  celle  de  M.  Devoize...  » 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
BILLON  AU  C*^  DB  CQAMPAGNY. 

921.  —  Tunis,  ^6  septembre  1  809,  —  Ha  porté  plainte  au  Bey,  au 
sujet  d*une  nouvelle  agressioii  des  Anglais  dans  le  port  de  Porto-Farine. 
«  Ce  Prince  m*a  répondu  qu'il  n'avait  aucun  moyen  d'empêcher  les 
armements  anglais  de  tenir  une  pareille  conduite...  Je  lui  ai  répondu 
que  tous  les  actes  de  déprédation  que  commettaient  fréquemment  les 
Anglais  sur  ces  mouillages  finiraient  bien  par  tomber  à  sa  charge...  ^ 

(Affaires  étrangOi*es,  C"*  de  Tunis.) 
BILLON  AU  C*"^  DP.  CBABIPA6NY. 

922.  —  Tunis^  25  octobre  i  809.  —  Renseignements  sur  les  disposi- 
tions des  agents  consulaires  d'Espagne,  leur  mérite,  leur  conduite 
publique  et  privée,  et  leur  façon  d'agir  et  de  penser  relativement  aux 

changements  survenus  en  Espagne  '.      (Affaires  étrangères^  a*'  de  Tunis.) 

LE  C^®  DE  CQAMPAGNY  A  BILLON. 

923.  —  Fontainebleau,  7  novembre  (809,  —  Le  Ministre  approuve 
sa  conduite  dans  les  affaires  de  prises.  En  ce  qui  concerne  les  aventu- 
riers français  et  italiens  débarquant  à  Tunis,  il  l'invite  à  user  de  h 
faculté  qui  lui  est  donnée  par  les  ordonnances  de  renvoyer  tous  les 
individus  dont  le  séjour  ne  lui  paraîtrait  pas  suffisamment  motivé,  ou 
dont  il  jugerait  la  présence  capable  de  compromettre  la  tranquillité  des 

nationaux.  (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  C^^'  DE  CHAMPAGNY. 

924.  —  Lazaret  de  Marseille^  7  novembre  i  809.  —  Il  est  arrivé  hier 
au  lazaret,  après  une  navigation  de  cinquante  jours.  Le  navire  a  dû 
relâcher  dans  le  golfe  do  Palmas,  où,  contre  son  attente,  Devoize  n'a  eu 
qu'à  se  louer  des  bons  précédés  du  gouvernement  sarde  (de  Cagliari), 

quelques  légers  sacrifices  pour  Mariano  Stinca,  le  secrétaire  italien  du  Bey.  Il  le 
prie  de  se  méfier  de  tous  les  Consuls  étrangers,  dVviler  l'occasion  de  prétendre  la 
préséance  sur  eux,  mais  de  ne  pas  la  céder  aux  agents  suppléants,  de  surveiller  le 
chef  de  la  Mission,  de  dénoncer  au  Ministre  les  négociants  en  train  de  s'égarer,  el 
de  n'agir,  en  matière  commerciale,  que  de  concert  avec  ses  nationaux.  (Affaitrts 
étrangères^  C'*'  de  Tunis.) 

1.  Francesco  Segui,  ex-Consul  d'Espagne,  endetté  de  400,000  piastres  emprantées 
en  partie  au  Garde  des  sceaux  Sidi  ben  Younès,  arrêté  pour  cette  raison  tit 
mars  1814,  par  ordre  du  Bey,  et  incarcéré  avec  toute  sa  famille  dans  la  maison 
consulaire,  pendant  quinze  mois,  puis  finalement  destitué  par  le  gouvernement  de 
Madrid.  11  eut  pour  successeur  à  Tunis  Arnoldo  Soler,  neveu  de  Nyssen,  Consul 
de  Hollande. 


[1810]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  485 

«n  dépit  de  Tétat  de  guerre  existant  entre  la  Sardaigne  et  la  France,  et 
qu'il  faut  déplorer,  car  les  corsaires  français  pourraient  faire  beaucoup 
plus  de  tort  aux  Anglais,  si  les  ports  sardes  ne  leur  étaient  pas  fermés. 
Une  tempête  Ta  fait  rétrograder  à  Bougie,  où  il  a  pu  constater  un  acte 
éclatant  de  justice  du  Dey  envers  un  corsaire  français  qui  avait  pris  deux 
navires  anglais.  On  dut  relâcher  ensuite  à  Mahon.  «  Madame  la  duchesse 
d'Orléans  était  de  passage  sur  une  frégate,  avec  un  fils  qu'elle  allait 
{disait-on)  marier  avec  une  Princesse  de  Palerme...  Ma  quarantaine  est 
fixée  à  vingt-huit  jours;  après  quelque  séjour  dans  ma  famille,  je  me 
propose  de  me  rendre  à  Paris  pour  vous  présenter  mes  hommages...  » 

{Affaires  étrangères,  C*"'  de  Tunis.) 
DlLLOn  AU  C^^"  DB  CUAMPAGNY. 

925.  —  luniSy  /"  décembre  1809.  —  Vingt-deux  esclaves  grecs 
réclament  leur  liberté  comme  ayant  été  enrôlés  au  service  des  Sept- 

Iles.  {Affaires  élrangèi*es,  C  de  Tunis.) 

BILLON  AU  C^^  DE  CHAMPAGNY. 

926.  —  Tujiis,  18  décembre  1  809.  —  Il  a  eu  une  discussion  avec 
le  Bey  à  propos  d'un  Juif  toscan,  Léon  Servadio,  établi  à  Tunis  depuis 
quelques  années  et  inscrit  comme  Français.  Le  Bey  refuse  de  le  recon- 
naître en  cette  qualité.  11  se  fonde  «  sur  la  loi  adoptée  anciennement 
•chez  toutes  les  nations  en  général  que  les  Juifs  n'avaient  proprement 
point  de  domicile,  qu'ils  étaient  errants  dans  chaque  pays  et  n'étaient 
citoyens  nulle  part...  » 

Billon  n'ayant  pu  trouver  dans  les  archives  du  Consulat  Tordonnance 
•du  4  février  1727,  portant  règlement  sur  ce  qui  doit  être  observé  dans 
les  Échelles  du  Levant  et  de  Barbarie  par  les  Juifs  qui  y  jouissent  de  la 
protection  de  la  France,  demande  qu'on  lui  en  envoie  un  exemplaire. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
BILLON   AU    C^^   DE   CHAMPAGNY. 

927.  —  7 unis,  8  janvier  1 810.  — Rapport  présenté  au  Vice-Consul 
français  par  le  Père  administrateur  de  l'hôpital  espagnol  *,  en  vue  de 
solliciter  de  la  cour  de  Madrid  un  envoi  de  fonds  pour  le  maintien  de 
cet  établissement,  consacré  au  soulagement  des  esclaves  chrétiens.  Le 
Père  administrateur,  ayant  perdu  par  la  suppression  de  l'Ordre  de  la 
Trinité  à  Madrid  tout  espoir  de  recevoir  à  l'avenir  les  fonds  nécessaires 
pour  faire  face  aux  dépenses  qu'exige  l'entretien  de  cet  établissement, 
•«spère  que  Sa  Majesté  Catholique  décrétera  les  fonds  nécessaires  pour 

1.  Le  p.  Gabriel  de  Santa  Coionna,  administraleur  de  Thôpilal  royal  d'Espagne, 
de  l'Ordre  des  P.  Trinilaires  chaussés  de  la  Rèdemplion  des  caplifs  de  la  province 
•de  Castille. 


486  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1810] 

solder  le  déficit  de  5,500  piastres  d'Espagne  et  pour  entretenir  cet  hôpital. 
Jusqu'au  jour  heureux  de  l'extinction  de  l'esclavage  dans  ces  contrées. 
Les  deux  Pères  Trinitaires  ont  toujours  montré  beaucoup  de  zèle  et  de 
désintéressement  pour  soulager  les  esclaves,  notamment  les  Français, 
pendant  la  rupture  de  1799.  Il  existe  à  Tunis  1,500  Napolitains  et 
Siciliens,  et  118  des  ci-devant  États  du  Pape  ^ 

{Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis,) 
DEVOIZE   AU   C^*   DE   CHAMPAGNY. 

928.  —  Marseille^  9  janvier  1810.  —  11  demande  au  Ministre  de 
lever  le  séquestre  mis  sur  les  navires  tunisiens  dans  les  ports  de 

France .  {Affaires  étrangères,  C^'  de  Tunis.) 

BILLON   AU    C^"  DE   CHAMPAGNY. 

929.  —  Tunis,  30  janvier  1810,  —  11  a  porté  ses  plaintes  au  Bey 
contre  la  nouvelle  croisière  des  Anglais  dans  le  golfe  de  Tunis.  Il  a 
secouru  75  prisonniers  français  venant  de  Malte.  Il  prend  des  mesures 
pour  empêcher  la  vente  à  Tunis  et  l'introduction  en  France  des  mar- 
chandises du  Levant  apportées  de  Malte.  Quant  au  Bey,  il  faciiile 
actuellement  la  vente  à  Tunis  des  prises  faites  par  des  Français. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
BILLON   AU   C^  DE   CHAMPAGNY. 

930.  —  Tunis,  22  février  1810.  —  Les  reïs  d'un  convoi  tunisien  se 
sont  plaints  ici  de  toutes  les  vexations  de  la  douane  de  Marseille. 
«  N'ayant  reçu  d'autre  avis  que  celui  que  m*a  donné  M.  Famin  '  que 
la  douane  avait  beaucoup  vexé  les  reis  tunisiens,  mais  que  le  gouver- 
nement s'était  empressé  de  tout  réparer  en  faisant  offrir  au  comman- 
dant du  convoi  une  paire  de  pistolets,  qui  lui  ont  été  présentés  au  nom 
de  Sa  Majesté,  comme  une  preuve  de  sa  bienveillance,  je  me  suis  appuyé 
de  cette  marque  d'amitié  envers  la  Régence  pour  faire  entendre  au 
Garde  des  sceaux  que  ces  vexations  étaient  inévitables  avec  le  système 
que  nous  avait  obligé  d'adopter  le  gouvernement  anglais...  Le  Garde 
des  sceaux  goûta  mes  raisons;  il  finit  par  me  dire  que  son  mattre  était 
dans  l'intention  d'écrire  une  lettre  à  ce  sujet  à  Sa  Majesté.  » 

(Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 
BILLON   AU   C*"   DE   CHAMPAGNY. 

931.  —  TuniSy  24  février  1810.  —  Il  analyse  toute  la  correspon- 
dance échangée  entre  lui,  le  Consul  d'Angleterre  à  Tunis,  Richard 

l.Voy.  sur  les  captifs  de  la  Régence  à  celte  époque  Mémoit^s  pour  servir  à 
l'histoire  de  la  Mission  des  Capucins  dans  la  Régence  de  Tunis,  par  le  P.  Anselme  des 
Arcs,  p.  87. 

2.  Voy.  la  note  1 ,  p.  266. 


[1810]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  487 

Oglander,  et  le  Bey,  relativement  aux  violations  de  territoire  exercées 
par  les  Anglais  sur  les  côtes  ^  Le  véritable  but  de  la  mission  de  Sidi 
Gelulli  à  Londres  est  «  d'obtenir  du  gouvernement  anglais  la  permis- 
sion de  laisser  librement  fréquenter  les  ports  de  France  aux  bâtiments 

tunisiens  ».  (Affaires  éiangères,  C*'*  de  Tunis.) 

BILLON   AU   C*^   DB   CHAMPAGNY. 

932.  —  7 unis j  6  mars  i  8i  0.  —  Le  Bey  a  nommé  un  Consul  général 
en  France  qui  résidera  à  Marseille.  Il  a  choisi  M.  Peretier,  sujet  du 
Grand  Seigneur,  né  à  Smyrne. 

«  Le  Bey  voulant  écrire  à  Sa  Majesté,  je  fus  invité  à  indiquer  le  titre 
qu'il  devait  lui  donner  en  écrivant  en  langue  turque,  et  je  désignai  celui 
de  Padischah,  le  même  que  donne  le  Grand  Seigneur...  »  M.  Peretler  a 
réclamé  la  protection  du  Bey  pour  se  soustraire  à  l'autorité  de 
l'Empereur.  Il  n'aura  aucune  espèce  de  traitement  ou  de  droit  consu- 
laire. Billon  a  déjà  annoncé  que  le  Bey  avait  établi  un  droit  de  douane 
sur  les  effets  provenant  de  prises;  mais  il  pense  que  ce  droit  ne  sera 
perçu  que  si  Peretier  n'obtient  pas  une  réduction  sur  le  droit  de  tonnage 

en  faveur  des  Tunisiens.  {Affaires  étrangères,  a^'  de  Tunis.) 

DEVOIZE   A   HAMOUDA,    BEY  DE  TUNIS. 

933.  —  Paris,  iO  juin  1810,  —  «  C'est  avec  autant  de  douleur  que  de 
surprise  que  j'ai  appris  qu'à  leur  retour  à  Tunis,  les  reïs  et  principa- 
lement le  reïs  du  Gambo  avaient  porté  à  Votre  Excellence  des  plaintes 
contre  moi,  m'accusant  de  les  avoir  abandonnés  à  Marseille,  d'y  avoir 
mal  parlé  de  Votre  Excellence  et  de  votre  ministre  et  d'avoir  donné  lieu 
à  la  relâche  à  Mahon.  Ces  plaintes  sont  d'une  injustice  criante,  d'une 
fausseté  notoire.  Je  n'ai  prolongé  mon  séjour  à  Marseille  pendant  deux 
mois,  dans  la  saison  la  plus  rigoureuse,  et  à  grands  frais  pour  moi,  que 
pour  correspondre  avec  les  Ministres  de  l'Empereur  et  les  faire  intervenir 
auprès  du  Directeur  général  des  Douanes  dans  TalTaire  des  6,000  fusils. 
J'y  ai  mis  toute  la  chaleur,  toute  l'activité  que  j'ai  constamment  mon- 
trées, lorsqu'il  s'est  agi  de  la  défense  des  intérêts  de  vos  sujets  et  de  ce 
qui  pouvait  vous  être  agréable  personnellement.  Le  Ministre  des  rela- 
tions extérieures,  témoin  du  zèle  que  j'ai  déployé,  informé  de  l'ingra- 
titude de  vos  reïs,  en  a  été  indigné... 

Je  dois  au  reïs  du  Gambo  la  justice  qu'il  a  eu  les  plus  grands 
égards  pour  moi  et  ma  famille,  et  je  me  plais  à  la  lui  rendre.  Il  a  reçu 
un  témoignage  honorable  de  la  reconnaissance  de  mon  gouvernement. 
Je  lui  en  ai  donné  de  la  mienne  particulière. 

1.  Voy.  Note  des  bâtiments  français  pris  par  des  corsaires  anglais  aux  mouillages 
en  violation  du  territoire  tunisien,  {Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 


488  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [I8IO; 

Je  n'ai  jamais  parlé  de  Votre  Excellence  que  dans  les  termes  du  respect 
qui  lui  estdû;8i  je  m'en  étais  écarté,je  me  serais  manqué  à  moi-méoie; 
j*ai  encore  moins  médit  de  Sidi  Yussuf,  qui  a  toujours  eu  les  meilleurs 
procédés  envers  moi.  J'ai  pu  dire,  dans  les  derniers  temps  de  ma  rési- 
dence à  Tunis,  que  les  sentiments  de  celte  bienveillance  que  Voire 
Excellence  m'avait  montrée  anciennement  et  qu'elle  avait  portée  jusqu'à 
me  défendre  généreusement  contre  mes  ennemis,  étaient  absolument 
changés;  en  effet,  si  Votre  Excellence  veut  bien  se  rappeler  la  réception 
froide  qu^elle  m'a  faite,  lorsque,  accompagné  des  négociants  français, 
je  me  suis  présenté  à  elle  pour  prendre  congé  et  ses  ordres,  elle  con- 
viendra que  j'en  ai  dû  être  pénétré;  un  Consul  qui  pendant  vingt  ans 
s'était  montré  dévoué  à  votre  personne,  qui  avait  vécu  honorablement 
dans  votre  pays,  qui  s'était  rendu  utile  à  vos  sujets  dans  tous  les  cas 
qui  dépendaient  de  sa  place,  méritait  que  Votre  Excellence  lui  donnai 
quelque  démonstration  publique  de  son  estime,  comme  mon  collègue 
l'a  éprouvé  à  Alger,  et  c'est  un  usage  pratiqué  par  tous  les  souverains 
envers  les  agents  étrangers;  j'y  comptais  tellement  que  je  demandai 
à  Votre  Excellence  deux  juments  et  une  lettre  pour  l'Empereur,  dans 
laquelle  elle  voudrait  bien  exprimer  qu'elle  était  satisfaite  de  la  con- 
duite que  j'avais  tenue  dans  mon  Consulat.  Ce  cadeau  aurait  été  agréable 
à  mon  souverain,  dont  j'ai  toujours  eu  à  cœur  de  vous  ménager  ]a 
bienveillance  et  l'amitié,  et  il  n'eût  pas  manqué  dans  sa  générosité  de 
le  reconnaître. 

Votre  Excellence  m'a  juge  dans  les  derniers  temps  non  sur  mes  prin- 
cipes et  mes  actions,  mais  sur  les  discours  de  ces  mauvais  Français. 
dont  l'emploi  est  de  déchirer  leur  patrie,  de  mendier  aux  dépens  de 
leurs  confrères,  sous  le  titre  d'hommes  du  Bardo,  des  petites  faveurs 
de  commerce,  de  dénigrer  l'agent  qui  les  protège,  lorsque  leur  propre 
intérêt  les  invite,  au  contraire,  à  imprimer  sur  leur  pays  l'exemple  du 
respect  qu'ils  lui  doivent,  et  qui  leur  est  impérieusement  prescrit; 
aucun  de  ceux  qui  ont  joué  ce  triste  rôle  ne  s  y  est  enrichi;  le  dernier 
est  mort  dans  la  misère  et  le  mépris.  Son  successeur,  qui,  comme  le 
serpent,  se  cache  toujours  dans  l'ombi^e,  d'où  il  lance  des  traits  enve- 
nimés, ne  jouira  pas  longtemps  du  fruit  de  ses  insinuations,  des  con- 
seils perfides  qu'il  fait  parvenir  au  Ministre  de  Votre  Excellence  et  de 
ses  cabales  contre  moi  et  mon  suppléant.  Votre  Excellence  a  trop  de 
sagacité,  est  trop  éclairée  par  la  conduite  scandaleuse  de  cet  intrigant, 
pour  lui  accorder  une  confiance  dont  il  est  indigne  sous  tant  de  rapports. 
Votre  Excellence  ne  pouvait  me  donner  une  preuve  plus  frappante 
du  changement  de  ses  dispositions  à  mon  égard  qu'en  nommant  un 


[1810]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  489 

Consul  qu'elle  a  chargé  de  ses  réclamations,  sans  daigner  m*en  écrire 
un  mot.  Je  n*ai  rien  à  me  reprocher  qui  ait  pu  m'attirer  TafTectation  de 
ce  silence,  qui  a  enchaîné  le  désir  que  j'avais  de  donner  à  Votre 
Excellence  de  nouveaux  témoignages  de  mon  attachement  à  ses  intérêts 
pendant  mon  séjour  à  Paris.  Agréez,  etc.  » 

(Archives  de  la  Régence,,  Palais  Dar-el-Bey,  Car  Ion  France  4710-183$.) 

BILLON   À  CHAMPAGNY. 

934.  —  Tunis,  24  juillet  i  SiO.  —  Au  sujet  du  7e  Deum  qu'il  a  fait 
chanter  dans  la  chapelle  consulaire,  à  l'occasion  du  mariage  de  l'Empe- 
reur avec  Marie-Louise,  archiduchesse  d'Autriche. 

[Affaires  étrangêi^es,  C*"  de  Tunis.) 
BlIXON  AU   C^*   DE    CHAMPAGNY. 

935.  —  Tunisy  S 0  juillet  i  SiO.  —  Dorénavant  il  y  aura  7  établisse- 
ments français  à  Tunis  (3  de  Marseille,  4  de  Gênes).  «  C'est  le  chiffre  que 
M.  de  Saizieu  en  fit  fixer  en  1776  et  qui  est  suffisant  pour  les  ressources 
du  pays,  depuis  la  peste  de  1784  qui  enleva  près  du  tiers  de  la  popu- 
lation de  ce  royaume,  et  surtout  depuis  que  le  gouvernement  a  envahi 
tout  le  commerce,  dépouillé  les  plus  riches  particuliers  et  tué  l'agri- 
culture en  pressurant  jusqu'aux  cultivateurs...  » 

[Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
BUXON  AU    C'*  DE   CHAMPAGNY. 

936.  —  Tunis.,  28  août  iSIO.  —  Le  gouvernement  tunisien  est 
devenu  tout  à  fait  marchand;  il  fait  enlever  aux  enchères  publiques 
toutes  les  marchandises  qu'il  juge  à  sa  convenance,  et  il  essaie  d'inti- 
mider les  concurrents...  A  ce  sujet,  Billon  a  eu  un  différend  avec  le 
Garde  des  sceaux,  et  leurs  rapports  sont  depuis  fort  tendus.  Cependant 
le  Bey  vient  de  faire  enlever  de  vive  force  une  prise  française  illégale- 
ment capturée  par  les  Anglais  et  l'a  restituée  à  son  propriétaire. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
BILLON   AU   C^'  DE   CHAMPAGNY. 

937.  —  Tunis,  3  septembre  i  SiO.  —  «  Le  sénateur  Lucien  Bonaparte  * 
a  été  conduit  à  Malte,  avec  sa  famille  et  sa  suite  composée  de  40  per- 
sonnes, à  bord  d'un  navire  américain  sur  lequel  il  était  parti  de  Civita- 
Vecchiapour  se  rendre  dans  lesËtats-Unis  d'Amérique...  Le  gouverneur, 
M.  Oukes,  a  fait  mettre  le  dit  Lucien  Bonaparte  dans  une  maison  où  il 
sera  détenu  jusqu'à  la  réception  des  ordres  de  la  cour  de  Londres...  » 

(Affaires  étangéres,  C'*'  de  Tunis.) 

i.  Lucien  Bonaparte,  prince  de  Canino,  membre  puis  Président  du  Conseil  des 
Cinq-Cents  en  1797,  ministre  de  l'Intérieur  en  1799,  ambassadeur  en  Espagne  en 
1803,  voulut  se  retirer  aux  Étals-Unis  en  1810.  Pris  en  mer  par  les  Anglais,  il  fut 
retenu  prisonnier  jusqu'en  1814. 


490  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1811] 

LE   C^   DE    CHAMPAGNY  A   BILLON. 

938.  —  Fontainebleau^  /••" octobre  i 8i  0,  —  «  M.  Dubois-Thainville  se 
rend  à  Tunis,  d'après  les  ordres  de  Sa  Majesté,  pour  inspecter  leConsalat 
général  dont  la  gestion  vous  est  confiée  i...  Le  Bey  verra  sans  doute 
dans  la  mission  de  M.  Dubois-Thainville  une  nouvelle  preuve  de  la 
bienveillance  de  Sa  Majesté,  et  de  Tintérêt  qu'elle  prend  à  mainteniret 
à  consolider  de  plus  en  plus  les  relations  de  bonne  intelligence  entre 

l'Empire  et  l'État  de  Tunis.  »  {Affaires  étrangères,  C»«  de  Tunis.) 

BILLON   AU   C**   DE   CHAMPAGNY. 

939.  —  Tunis,  Je 6  décembre  1810,  —  Le  Garde  des  sceaux  de  la 
Régence  sollicite  l'extraction  des  marbres  qu'il  a  achetés  à  Massa 
Carrara  pour  une  mosquée  qu'il  fait  bâtir  à  Tunis. 

(Affaù^s  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
BILLON   AU   C^°   DE   CHAMPAGNY. 

940.  —  Tunis,  4  janvier  1811.  —  11  se  plaint  de  ne  plus  avoir  de 
nouvelles  directes  de  France  depuis  six  mois,  ce  qui  nuit  au  succès  de 
toutes  les  affaires  soumises  au  Bey.  11  croit  devoir  ûxer  particulièrement 
l'attention  du  Ministre  sur  la  nécessité  d'établir  un  courrier  léger,  por- 
teur de  la  correspondance,  à  des  époques  Gxes  et  régulières. 

{Affaires  étrangères,  O*^  de  Tunis.) 
LE   C<°   DE   CHAMPAGNY  A   BILLON. 

941.  — Paris,  4  janvier  1811.  —  11  a  appris  avec  déplaisir  que  le 
Bey  a  persisté  dans  sa  résolution  d'assujettir  au  droit  de  3  0/0  la  vente 
de  nos  prises.  «  Ce  Prince  continue  à  exiger  de  nos  armateurs  qu'ils  lui 
vendent  en  bloc  les  prises  qu'ils  ont  faites,  au  prix  qu'il  veut  y  mettre. 
C'est  un  abus  contre  lequel  vous  ne  sauriez  réclamer  avec  trop  de 

fermeté...  »  { A ff'aif^s étrangères,  C"  de  Tunis.) 

LE   C^"   DE   CHAMPAGNY   A    BILLON. 

942.  —  Paris,  6  février  1811.  —  La  sortie  des  marbres  pour  le 
Garde  des  sceaux  n'éprouvera  aucune  difficulté,  mais  le  bÀtimeot 
tunisien  devra  payer  le  droit  de  tonnage  dans  les  deux  ports  où  il 

s'arrêtera.  {Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

1.  Voy.  Note  des  présents  destinés  à  la  Régence  de  Tunis  à  cette  occasion  :  Au  Bey, 
une  montre  d'or  garnie  de  brillants,  à  soleil  et  carillon,  un  yatagan  à  fourreau  d'or 
massif,  garni  de  pierres  précieuses,  un  fusil  et  deux  pistolets  incrustes  d'or  et 
diamants;  —  &  Youssouf-Kliodja,  un  yatagan,  un  fusil,  deux  pistolets,  une  bague,  une 
tabatière,  une  montre  à  sonnerie  ;  —  à  Mustapha-Khodja,  une  montre  à  soQDerie, 
une  tabatière,  une  bague  ;  —  au  Kiaya  de  Porto-Farina,  une  montre,  une  chaîne  et 
deux  pistolets;  —  au  Kaznadar  ou  Trésorier,  une  montre,  une  chaîne  et  une  bague;  — 
aux  Khodjas,  au  frère  et  aux  neveux  du  Bey,  etc.,  des  montres,  bagues  et  taba- 
tières; ces  présents  sont  inventoriés  pour  41,950  francs.  (Affaires  étrangères,  C*^  de 
Tunis.) 


[18H]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  491 

BILLON   AU   C^°    DE   CUAIIPÀGNY. 

943.  —  Tunis,  9  février  iSii ,  —  «  M.  Nyssen,  Consul  général  de 
Hollande,  n'a  encore  pris  aucune  disposition  pour  remettre  ses  archives 
au  Consulat  de  France;  il  continue  à  faire  flotter  le  pavillon  hollandais, 
bien  qu'il  ait  appris  la  réunion  de  la  Hollande  à  la  France.  Nyssen  est 
aussi  ragent  de  TAutriche.  Ne  pourrait-on  l'éloigner  de  Tunis,  ainsi 
qu'un  officier  de  génie  hollandais,  M.  Homberg,  beau-frère  de  Nyssen, 
que  le  Bey  a  longtemps  employé  &  construire  des  forts  à  La  Goulette, 
et  auquel  il  donne  encore  4,500  piastres  de  traitement  '?  Ils  sont  tous 
deux  colporteurs  de  nouvelles  anglaises  et  dénigrent  le  gouvernement 

de  l'Empereur  en  toute  occasion...  »     (Affaires  étrangères,  C"'  de  Tunis.) 

BILLON    AV   C**'   DE   CHAMPAGNY. 

944.  —  Tunis,  3  mars  1 S I  i .  —  État  des  missionnaires  italiens 
actuellement  à  Tunis  '.  «  ...Leur  ministère  me  parait  être  indispensable 
pour  soutenir  la  patience  et  la  résignation  de  1,200  chrétiens  romains, 
napolitains  et  siciliens,  qui  sont  encore  en  esclavage  dans  cette  Régence.  » 

[Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
BJLLON   AU    C^"   DE   CHAMPAGNY. 

945.  —  Tunis,  4  mars  iSli,  —  H  ne  se  rédige  aucune  feuille 
publique  &  Tunis;  aussi  les  Anglais  et  leurs  partisans  donnent-ils 
fréquemment  de  fausses  nouvelles;  mais  on  lit  avidement  une  feuille 
périodique  française  d'un  sieur  Peltier,  imprimée  à  Londres,  appelée 
V  Ambigu.  «...  Nos  ennemis  cherchent  à  insinuer  au  Bey  depuis  quelques 
années  que  TEmpire  ottoman  deviendra  la  conquête  des  Russes,  des 
Autrichiens  et  des  Français  ;  que  la  France  fera  passer  des  armées  en 
Afrique,  aussitôt  que  l'Espagne  et  la  Sicile  seront  entièrement  con- 
quises; que  son  but  est  de  dépouiller  les  Princes  barbaresques  de  leurs 
États;  qu'ainsi  il  est  de  Tintérèt  du  Bey  de  favoriser  plutôt  les  Anglais, 
attendu  que,  par  la  présence  de  leurs  escadres  dans  les  mers,  ils  élèvent 
un  obstacle  que  la  France  ne  pourra  surmonter  de  longtemps  pour 
mettre  ses  projets  à  exécution.  On  ajoute  aujourd'hui  que  la  guerre 
est  sur  le  point  d'éclater  entre  la  Russie  et  la  France... 

Le  Bey  n'ajoute  pas  beaucoup  de  foi  &  toutes  les  nouvelles  que 
débitent  les  partisans  anglais,...  mais  il  parait  croire  au  passage  tôt 
ou  tard  d'une  armée  française  en  Afrique,  et  l'avidité  avec  laquelle  il 
recherche  les  richesses  s'accorderait  assez  avec  l'idée  qu'il  a  souvent 
émise  de  fuir  dans  les  montagnes,  si  une  armée  étrangère  venait  à 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  349. 

2.  Voy.  la  noie  1,  p.  461. 


492  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1811] 

débarquer  sur  ses  côtes;  il  aurait,  dans  ce  cas,  à  sa  disposition  ud 
trésor  qui  lui  fournirait  les  moyens  de  s'établir  avec  avantage  dans 

l'intérieur.  »  {Affaires  éimngèreSy  C***  de  Tunis.) 

UEVOIZE   AU    C'^   DE   CHA3JPAGNY. 

M6.  —  Voiron  [Isère),  12  mars  i  SI  t .  —  Il  demande  un  passeport 
pour  l'ancien  agent  du  Consulat  de  Tunis  à  Tabarque,  M.  Rai(nbcrt',qui, 
dégoûté  de  son  poste  par  les  intrigues  des  corailleurs  napolitains,  avait 
passé  à  Naples,  et  où  le  marquis  de  Galio  %  revenu  de  ses  préventions. 
Ta  invité  à  continuer  à  se  charger  des  intérêts  des  Napolitains  de 
Tabarque.  «  Il  paraît  que  les  Napolitains  qui  fréquentent  Tabarque. 
plus  éclairés  sur  leurs  véritables  intérêts,  ont  reconnu  qu'il  était  plus 
aisé  de  calomnier  M.  Raimbert  que  de  le  remplacer. 

Le  port  de  Tabarque  exige  la  présence  d'un  agent  intelligent  et 
actif.  Il  a  acquis  une  nouvelle  importance  par  l'abord  des  corsaires 
français,  qui  y  trouvent  moins  d'obstacles  qu'à  Tunis  pour  y  vendre 
leurs  prises,  par  l'affluence  des  bateaux  corailleurs  qui,  sous  le  régime 
de  la  Compagnie  d'Afrique,  étaient  fixés  par  son  traité  avec  la  Régence 
de  Tunis  au  nombre  de  vingt,  et  pèchent  aujourd'hui  en  nombre 
indéfini  '.  Cette  petite  île  offre  à  l'industrie  nationale  une  source  inta- 
rissable de  richesses.  Il  est  fâcheux  que  la  trahison  Tait  livrée  ao 
souverain  qui  la  possède.  Elle  appartenait  à  la  République  de  Gênes; 
nous  en  serions  en  possession  depuis  la  réunion.  Fortifiée  par  la 
nature,  il  y  aurait  peu  de  travaux  à  faire  pour  la  mettre  à  l'abri  de 
toute  entreprise  de  la  part  de  l'ennemi...  » 

Raimbert  avait  informé  Devoize  que  le  sieur  Barthez  intriguait  pour 
avoir  la  place  de  l'agent  du  Consulat  de  Tunis  à  Tabarque. 

{Affaires  étrangères,  C'*»  de  TunLf,) 
LE   C^*   DE   CHAMPAGNY    A   DEVOlZB. 

947.  —  Paris,  26  mars  iSIL  —  Il  a  appris  avec  plaisir  que 
M.  Raimbert  s'était  pleinement  justifié  près  du  gouvernement  napoli- 
tain. Il  envoie  un  passeport  pour  que  cet  agent  puisse  retourner  à 

Tabarque.  {Affaires  éirangét^s,  C»-'  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  noie  1,  p.  457. 

2.  Minisire  des  Aiïaires  étrangères  du  royaume  des  Deux  Siciles. 

3.  Voy.  les  Étais  de  ta  pèche  du  corail  faite  en  4810  :  123  livres  de  corail,  d'une 
valeur  de  5,150  fr.,  ont  élé  données  au  Bey,  4  au  Vékii  de  Tabarque.  La  contribu- 
tion de  11  sequins  par  bateau  a  produit  2,216  francs  pour  la  France,  12,388  francs 
pour  Naples  :  total  de  la  contribution  :  20,814  francs,  somme  à  peu  près  égale  à 
l'ancienne  redevance  de  3,000  sequins  (21,000  fr.).  —  127  bateaux,  dont  18  français 
et  109  napolitains,  ont  péché  41,278  livres  de  corail,  évalué  50  francs  la  livre,  soil 
2,860,900  francs;  il  faut  déduire  508,000  francs  pour  frais  d'armement,  exploitation, 
salaires  et  nourriture  des  équipages,  à  4,000  francs  par  bateau;  le  produit  net  de 
la  pèche  en  1810  a  donc  été  de  1,555,900  francs. 


[1811]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  49S 

BIKLON   AU   C^*   DE   CHAHPAGNY. 

948.  —  7 unis,  7  avril  i SI i,  —  Malte  lui  envoie  des  centaines  de 
prisonniers  de  guerre  français  et  italiens  qu'il  ne  sait  où  loger.  Le 
Consul  anglais  refuse  de  faire  continuer  aux  navires  anglais  qui  les 
ont  amenés  la  route  jusqu*en  Italie,  même  aux  frais  de  la  France. 

Naufrage  de  sept  bateaux  corailleurs  napolitains,  dont  les  équipages 
ont  été  pillés  par  les  Bédouins  insoumis  près  de  La  Galle.  En  attendant 
le  retour  de  M.  Raimbert  à  Tabarque,  Billon  a  confié  ses  fonctions 

à  M.  François  AlzeltO  *.  {A/Taires  étrangères,  C»  de  Tunis,) 

DEVOIZE   AU    DUC   DB    BASSANO  '. 

949.  —  Paris  y  i7  avril  i  81  i.  —  Il  réclame  le  remboursement  de 
45.2^0 francs  en  capital,  avancés  pour  rachat  d'esclaves.  «  La  privation 
d'une  somme  aussi  importante  me  jette  dans  une  gêne  pécuniaire 
excessivement  pénible  et  m*oblige  d'en  solliciter  de  nouveau  le  paye- 
ment... Un  moyen  de  faire  droit  à  ma  juste  demande  serait  d'en 
faire  parvenir  la  connaissance  à  Sa  Majesté  le  Roi  de  Naples  qui  se 
trouve  aujourd'hui  à  Paris;  je  dois  croire  que  son  âme  grande  et 
généreuse  ne  souffrira  point  que  mon  dévouement  à  son  service  puisse 

tourner  à  ma  ruine.  »  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 

BILLON   AU   DUC   DB   BASSANO. 

950.  —  Tunis,  i  8  avril  i  81 1 ,  —  Il  envoie  la  liste  de  neuf  bâtiments 
de  guerre  armés  par  le  Bey,  auxquels  il  a  délivré  des  passeports.  Le 
Prince  envoie  cinq  navires  à  Smyrne  pour  recruter  des  Turcs;  ces  bâti- 
ments porteront  de  riches  présents  à  Gonstantinople.  La  milice  turque 
du  Bey  sera  bientôt  portée  à  6,000  hommes;  le  Bey  y  entretient  la 
meilleure  discipline,  il  exerce  également  sa  marine  de  façon  à  la  rendre 
supérieure  à  celle  d'Alger.  [Affaires  étrangères,  C»  de  Tunis.) 

BILLON    AU   DUC   DE  BASSANO. 

951.  —  Tunis,  4  mai  i  81  /,  —  Il  a  écrit  une  lettre  très  ferme  au 
Bey,  au  sujet  d'un  Italien  qui,  étant  sous  la  protection  française,  a  eu 
recours  à  la  juridiction  de  ce  Prince  contre  un  autre  Français. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

952.  —  Tunis,  12  mai  1811.  —  «  Il  paraît  que  le  commerce  de  Tunis 
avec  la  France  va  cesser  entièrement.  Les  trois  derniers  bâtiments 
français  viennent  d'appareiller;  il  n'en  est  plus  arrivé  depuis  deux 

i,  Voy.  p.  306. 

2.  Hugues-Bernard  Maret,  duc  de  Dassano,  ambassadeur,  Ministre  Secrétaire 
d'État  des  Aiïaires  étrangères  du  17  avril  1811  au  19  novembre  1813. 


494  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1811; 

mois...  Le  change  de  Tunis  sur  Marseille  perd  journellement  en  ce  que 
le  pair  est  de  i  fr.  60  centimes  pour  1  piastre,  et  il  a  baissé  jusqu'à 
1  fr.  25  pour  de  bonnes  signatures,  ce  qui  nous  est  extrêmement  avan- 
tageux '.  »  L'extraction  de  grains  et  d'autres  comestibles  est  défendue 
par  le  Bey.  «  L'Ile  de  Malte  est  remplie  de  Génois.  Il  serait  instant  que 
le  gouvernement  prit  des  mesures  pour  faire  rentrer  ces  Français  dans 

leur  patrie...  »  (Affaires  étrangèresy  C"  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DUC  DE   BASSANO. 

963.  —  7 unis,  16  mai  i  Si  i ,  —  Prise  d'une  frégate  tunisienne,  com- 
mandée par  Mahmet  Morali,  par  les  Algériens  près  de  Sousse. 

{A /faites  étrangères,  C*  de  Tunis,) 
YOUSSOCF-KHODJA  '   AU   DUC  DB   BASSANO. 

954.  —  luniSj  i  8  mai  iSii ,  —  Demande  d'un  passeport  pour  le 
marbrier  livournais  Dominique  Castelpoggi,  chargé  d'importer  à  Tunis 
des  marbres  destinés  au  palais  du  premier  ministre. 

{Sceau)  {Affaires  étrangèreSy  O*^  de  Tunis.) 

BILLON  AU   DUC  DE   BASSANO. 

955.  —  Tunis,  3  juin  i  81  i ,  —  IL  a  reçu  avec  la  plus  vive  joie  la 
nouvelle  de  la  naissance  de  S.  M.  le  Roi  de  Rome.  Il  a  fait  tirer  plusieurs 
salves  de  bottes  et  chanter  un  7e  Deum;  l'allégresse  a  été  générale  à 

Tunis.  {Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis.) 

BIIXON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

956.  —  Tunis,  4  juin  1811,  —  11  annonce  l'arrivée,  avec  deux  vais- 
seaux, de  M.  Hope,  commissaire  anglais  chargé  d'une  mission  auprès 
du  Bey.  «  M.  Hope  ayant  demandé  au  Bey  l'expulsion  des  corsaires 
français  des  ports  du  royaume  de  Tunis,  le  Bey  répondit  que  cet  acte 
serait  une  déclaration  de  guerre  à  la  France;  que  cette  Puissance,  avec 
laquelle  il  avait  depuis  longtemps  des  traités,  ne  lui  avait  donné  aucun 
sujet  de  plainte  qui  pût  le  porter  à  changer  sa  conduite  pacifique  à  son 
égard;  que  d'ailleurs  il  aurait  alors  tout  à  redouter  tant  de  son  voisi- 
nage que  de  ses  forces  imposantes. 

M.  Hope  voulut  entreprendre  de  persuader  le  Bey  qu*il  était  dans 
l'erreur  sur  les  moyens  de  la  France.  Il  ne  négligea  rien  pour  lui  faire 
sentir  que  notre  situation  actuelle  ne  nous  permettait  point  de  porter 
la  guerre  en  Afrique...  Il  lui  représenta  les  échecs  des  Français  en 
Portugal,  en  Espagne,  la  probabilité  d'un  soulèvement  de  Napies,  de 
l'Italie,  des  Hollandais,  des  Allemands,  les  forces  des  Anglais  dans  la 

1.  Eu  1811,  le  change  sur  Marseille  était  de  26  sols  pour  une  {Mastre  de  Tunis. 

2.  Premier  ministre  du  Bey. 


f18H]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  495 

Méditerranée^  où  ils  sont  plus  de  100  bâtiments;  il  assura  le  Bey  de  la 
protection  anglaise... 

Ce  Prince,  qui  avait  prêté  la  plus  grande  attention  à  ce  vain  étalage 
de  forces  et  de  puissance,  se  borna  à  répondre  avec  sagacité  à  M.  Hope 
qu'il  avait  sous  les  yeux  les  exemples  de  Naples,  du  Portugal,  d'Es- 
pagne, de  Suède  et  de  bien  d'autres  Puissances  pour  servir  de  règle  à 
la  conduite  qu'il  avait  à  tenir  dans  ces  circonstances... 

M.  Hope  est  reparti.  Cette  visite  n'a  eu  d'effet  désavantageux  pour 
nous  que  celui  de  maintenir  le  Bey  dans  sa  résolution  de  ne  point  per- 
mettre la  vente  de  nos  prises  dans  les  ports  de  son  royaume,  à  moins 
de  les  vendre  à  ses  agents  à  des  prix  au-dessous  de  leur  valeur.  » 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
BILLON   AU  DUC   DE    BASSÀNO. 

957.  —  Tunis,  i 8  juin  i Si i ,  —  Il  a  annoncé  au  Bey  la  mission  de 
Dubois-Thainville,  et  il  a  voulu  profiter  de  l'occasion  pour  obtenir  la 
vente  des  prises  à  Tunis;  mais  le  Bey  s'y  est  refusé.  En  ce  qui  concerne 
l'approvisionnement  des  places  de  Corfou  et  de  Barcelone,  il  s'est  con- 
vaincu qu'il  n'y  a  rien  à  espérer  des  négociants  français  de  Tunis;  les 
risques  sont  trop  grands,  et  il  n'y  a  jamais  eu  d'assureur  sur  la  place. 
Le  seul  moyen  d'obtenir  un  bon  résultat  serait  de  faire  les  expéditions 
pour  le  compte  du  gouvernement. 

11  n'a  cessé  de  surveiller  les  négociants  de  l'Échelle  sur  leurs  opéra- 
tions. II  en  soupçonne  quelques-uns  d'avoir  des  relations  avec  Malte  et 
l'Angleterre,  mais  il  n*a  pas  encore  pu  réunir  entre  ses  mains  les  preuves 

de  leur  désobéissance.  (Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

958.  —  Tunis,  2  juillet  f  8i  i .  —  M.  Wiesé,  de  Dresde,  lieutenant- 
colonel  au  9®  régiment  d'artillerie  à  pied,  fut  pris  par  les  Anglais  et 
renvoyé  de  Malte  sur  parole.  Ëtant  tombé  malade  à  Tunis,  il  fut 
guéri  par  M.  Lombard,  fils  du  célèbre  chirurgien  de  ce  nom  de  la  ville 
de  Strasbourg  et  médecin  de  la  nation  française.  Le  Bey  voulut  garder 
cet  officier  à  son  service,  mais  Billon  s'y  refusa  et  le  fit  embarquer 

pour  Marseille.  (Affaires  étrangères,  C*«  de  Tunis,) 

LE   DUC   DE   BASSANO   A   BILLON. 

959.  —  Tunis,  26  juillet  i  8 1  i .  —  Approbation  pleine  et  entière  de 
la  conduite  de  Billon  dans  toutes  les  affaires  de  son  poste. 

[Affaires  étrangcreSy  C***  de  Tunis.) 
BILLON  AU   DUC   DE    BASSANO. 

960.  —  Tunis,  26  juillet  i81i,  —  Le  Bey  ne  veut  plus  laisser 
M.  Raimbert  retourner  à  son  poste,  parce  qu'il  a  l'intention  de  s'occuper 


496  GOKRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1811] 

de  plus  près  de  la  pêche  du  corail  et  d'augmenter  les  bénéfices  quH 
en  tire  et  les  perceptions  d'impôts.  Pour  arriver  à  son  but,  il  se  sert  de 
son  secrétaire,  Mariano  Stinca,  qui  est  napolitain',  du  sieur  Rouchi, 
qui  est  conseillé  par  le  sieur  Chapelié,  et  du  sieur  Alzetto,  qui  avait  fait 
l'intérim  h  Tabarque  '.  Billon  a  engagé  Raimbert  à  se  mettre  en  rela- 
tions avec  le  sieur  Pastron,  officier  de  santé  français,  entreteoa  à 
Tabarque  par  les  armateurs  des  felouques  françaises  et  napolitaines. 
aGn  que  le  service  n'éprouvât  aucune  interruption...  • 

«  Le  Bey  ne  met  plus  de  bornes  à  son  avidité;...  il  ne  cesse 
d'enfreindre  les  usages  et  même  les  traités...  » 

{Affaires  élrangëres,  C**  de  Tunis.) 
DILLON   AU    DUC   DE   BASSAXO. 

961. —  7  unis  ^  3  août  iSil.  —  «...  Le  sieur  Scarniccia,  venu  à  Tunis 
en  qualité  d'ambassadeur  du  Prince  du  Brésil  pour  négocier  la  paix  du 
Portugal  avec  le  Bey,  a  écrit  à  ce  Prince  qu'il  ne  devrait  nullement  être 
surpris  si  les  armements  du  Prince-Régent  se  réunissaient  aux  forcer 
algériennes  pour  renforcer  le  blocus  de  Tunis...  » 

Billon  a  rassuré  le  Bey,  en  lui  disant  que  les  armées  françaises,  qai 
occupaient  en  ce  moment  la  majeure  partie  du  Portugal,  avaient  mis 
cette  Puissance  hors  d'état  d'exécuter  une  pareille  menace. 

Le  Consul  demande  s'il  doit  administrer  le  secours  journalier  de 
4  caroubes  (30  centimes)  aux  esclaves  originaires  de  l'ex-territoire 
romain,  «qui  ne  cessent  de  solliciter  la  bienfaisance  de  leur  souveraine 

Le  Bey  a  acheté  à  Malte  la  gabarre  Le  Dromadaire^  prise  française 

faite  par  les  Anglais  *.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

DEVOIZE   AU    DUC   DE   BASSANO. 

962.  —  Paris,  il  août  i81  L  —  «  L'inaction  de  la  marine  fran- 
çaise, la  durée  de  la  guerre  d'Espagne,  la  suspension  des  entreprises 
annoncées  contre  la  Sicile,  l'occupation  de  Malte  et  des  îles  Baléares 
contre  les  Anglais,  les  apparitions  fréquentes  de  leurs  bâtiments  de 
guerre  dans  les  ports  de  la  Barbarie,  sont  autant  de  causes  de  l'influence 
qu'ils  y  exercent  aujourd'hui,  et  des  excès  auxquels  les  souverains  de 
ces  contrées  se  portent  envers  la  France,  au  mépris  des  capitulations. 

1.  Voy.  la  noie  2,  p.  413. 

2.  Voy.  p.  306. 

3.  Voy.  la  correspondance  de  BiUon  avec  Mariano  Stinca,  secpclaire  du  Bey  de 
Tunis,  relative  au  sieur  Raimbert,  que  ce  Prince  a  menacé  d'expulsion,  et  aui 
violations  de  territoire  commises  au  préjudice  des  pécheurs  de  corail  par  les  Tuni- 
siens et  par  les  Anglais.  {Affaires  étrangères^  C'"*  de  Tunis.) 

A,  Voy.  Êlat  des  prises  conduites  dans  les  ports  de  la  Régence  de  Tunis  de  4809  à  ISIO, 
—  et  État  des  iS  bâtiments  composant  la  flotte  tunisienne  partie  de  La  Gofdettele 
7  mai  18  U  pour  aller  combattre  la  flotte  algérienne.  {.Affaires  étrangères, C^^  de  Tums.) 


(i8H]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  497 

Le  Bey  de  Tuqîs,  qui  s'en  était  constamtneat  montré  le  Adèle  obser- 
vateur,  dont  toutes  les  décisions  portaient  un  caractère  de  ménagement 
et  de  prédilection  envers  la  France,  a  tout  à  coup  changé  son  système.  » 

Devoize  énumère  les  griefs  de  la  France  contre  le  Bey  :  les  violations 
de  territoire  tunisien  par  les  Anglais,  les  injustices  de  toute  sorte  com- 
mises contre  des  corsaires  français,  les  persécutions  des  Juifs  origi- 
naires des  pays  conquis,  le  vol  d'un  diamant  de  52,000  francs,  apparte- 
nant à  M.  Bastide,  diamant  que  le  Bey  ne  veut  pas  rendre... 

Il  passe  ensuite  aux  pêcheurs  de  corail  et  à  Raimbert,  qui  s'est  attiré 
le  ressentiment  du  Bey  parce  qu'il  ne  voulait  pas  admettre  dans  les 
équipages  des  matelots  maures.  Le  vrai  but  de  ce  Prince  était  d'exercer 
2  à  300  Tunisiens  à  la  pêche  du  corail,  pour  en  exclure  ensuite  les  étran- 
gers et  nous  arracher  la  plus  belle  branche  de  l'industrie  française  sur 
les  côtes  de  Barbarie...  Il  est  poussé  à  cet  acte  de  prépotence  par  les 
suggestions  de  Ronchi,  le  médecin  napolitain,  et  Mariano  Stinca,  esclave 
du  même  pays.  Quant  à  Raimbert,  «  il  serait  d'un  dangereux  exemple 
que  le  Bey  s'arrogeât  le  droit  de  repousser  un  agent  qui  lui  déplairait; 
il  pourrait  l'étendre  insensiblement  jusqu'au  Consul,  puisqu'il  a  déjà 
insinué  qu'il  n'agissait  envers  M.  Raimbert  que  comme  on  l'avait  fait 
à  l'égard  du  sieur  Peretier  *  dont  on  n'avait  pas  voulu  souffrir  l'établisse- 
ment en  qualité  de  son  Consul  à  Marseille.  11  a  confondu  une  innovation 
qu'il  voulait  introduire  sans  négociation  préalable  avec  la  faculté  qui 
existerait  de  part  et  d'autre  de  nommer  des  agents  dans  les  deux 
États.  Dans  tous  les  cas  d'une  réciprocité  convenue,  elle  est  stipulée  à 
la  fin  de  chaque  article  du  traité.  Il  porte  qu'il  sera  établi  à  Tunis  un 
Consul  de  Sa  Majesté;  il  ne  dit  pas  qu'il  pourra  être  établi  un  Consul 
tunisien  en  France...  » 

<c  Le  sieur  Henry  Chapelié,  négociant  résidant  depuis  près  de  vingt 
ans  à  Tunis,  n'est  pas  étranger  à  cette  cabale.  Ronchi  serait  un  homme 
précieux  pour  lui  à  Tabarque,  pour  son  commerce  avec  Malte  et 
Londres,  hors  de  la  surveillance  du  Consul  de  la  capitale.  Chapelié  est 
très  astucieux.  Il  ne  se  montre  pas  au  Bardo,  mais  il  est  très  habile, 
tout  en  se  tenant  dans  l'ombre,  à  y  faire  agir  des  Maures  qui  jouissent 
du  crédit  que  la  plus  affreuse  corruption  donne  dans  cette  cour;  sous  les 
formes  hypocrites  de  la  soumission  &  l'autorité  consulaire,  il  s'est  con- 
stamment attaché  h  la  contrarier  en  secret  et  à  déprimer  ceux  qui 
en  sont  revêtus;...  son  expulsion  pourra  contenir  quelques  Génois  qui 
semblent  vouloir  marcher  sur  ses  traces...  »  Il  faudrait  remettre  en 

1.  Voy.  p.  487. 

32 


498  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [IHll 

vigueur  Fordonaaace  qui  fixe  à  dix  ans  la  résidence  des  Français  dacs 
les  Échelles.  » 

Devoize  passe  aux  griefs  du  Bey  :  ennuis  causés  aux  bâtiments 
tunisiens  dans  les  ports  de  France  et  dltalie,  séquestres,  droits  exces- 
sifs de  tonnage  et  de  douane,  confiscations,  droit  de  5  0/0  de  douao^ 
sur  la  valeur  des  6,000  fusils  qu'il  a  payés  16â,000  francs  et  qu'il  aban 
donne  à  Marseille,  où  ils  sont  dévorés  de  la  rouille,  enfin  créaare> 
d*Élias  Attel  et  d'Abraham  Paz. 

Si  l'on  tient  à  ramener  le  Bey  à  ses  anciennes  dispositions,  il  TâL! 
laisser  les  Tunisiens  exporter  librement  les  marchandises  françaises. 
restituer  le  bâtiment  confisqué  à  Trieste,  ne  pas  percevoir  de  droit  dr 
sortie  sur  les  6,000  fusils,  indemniser  le  reïs  du  Gambo,  faire  quelques 
cadeaux  an  Bey,  au  Sahib-Tapa,  demander  à  Sa  Majesté  une  lettre  pour 

le  Bey,  etc.  (Affaires  étrangèt-es,  C^  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

963.  —  Tunis^  28  août  ï  81  L  —  Un  nouveau  conflit  s'est  cleTtr 
devant  le  Bey  entre  un  corsaire  français  et  le  commandant  d'une fré^a!^ 
anglaise.  Billon  lui  a  reproché  vivement  sa  partialité...  «Le  Bey  (il 
entièrement  dominé  par  l'influence  anglaise,  surtout  depuis  qu'il  <i 
conçu  le  projet  de  rivaliser  avec  Alger.  » 

{Affaires  é( rangeras ^  C'**  de  Tunis.) 
BILLON    AU   DUC   DE   BASSANO. 

964.  —  Tunis^  I  2  septembre  i  81i .  —  il  raconte  la  révolte  des  Turc? 
composant  la  milice  de  Tunis  contre  le  gouvernement  du  Bey,  le  siè;' 
de  la  citadelle  par  les  troupes  de  ce  Prince,  aidées  d'un  officier  anglais. 
de  deux  officiers  et  de  dix  artilleurs  français,  prisonniers  revenus  de 
Malte.  La  rébellion  a  été  étouffée  dans  le  sang  ^ 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 
LE   DUC   DE   DASSANO   A   BILLON. 

966.  —  Paris,  23  septembre  1  Si  1 .  —  Il  Tinvite  à  poursuivre  Tiûs- 
tallalion  de  Raimbert,  actuellement  à  Bizerle,  à  son  ancien  poste  éi 
Tabarque,  à  continuer  à  surveiller  les  relations  de  Chapelle,  et  à  pour- 
suivre le  redressement  de  tous  les  griefs  que  la  France  a  contre  le  Bey. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

966.  —  Tunisy  15  octobre  181  L  —  Il  a  reçu  les  instructions  da 
directeur  de  l'administration  de  la  guerre,  relatives  aux  10,000  quin- 
taux de  blé  que  chaque  Consul  de  Barbarie  aura  à  fournir  à  Corfou. 

1.  Voy.,  sur  la  révolte  des  Janissaires  turcs  et  sur  la  répression  i  laquelle  elle 
donna  lieu,  les  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  268  et  suiv. 


[1812]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  499 

Ces  expéditions  de  Tunis  ne  seront  possibles  que  si  le  gouvernement 
les  fait  pour  son  compte. 

«  Il  ny  a  jamais  eu  de  prix  établi  pour  le  fret  à  Tunis.  11  est  bien 
rare  que  Ton  y  nolise  un  navire.  C'est  ordinairement  dans  les  ports 
d'Europe  que  se  font  les  affrètements  de  ceux  que  Ton  destine  à  venir 
charger  à  Tunis.  Pour  les  assurances,  on  n*y  en  contracte  jamais,  et  le 
négociant  de  cette  place  qui  doit  faire  une  expédition  quelconque  en 
ordonne  d^abord  les  assurances  à  Gènes,  Marseille  et  Livourne,  ou  à 
Malte,  s'il  commerce  avec  TEspagne  ou  la  Sicile...  » 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
BlIXON   AU   DUC   DE   DASSANO. 

967.  —  TuniSy  i6  octobre  1811 . —  Il  donne  des  renseignements  sur 
la  législation  et  le  commerce  des  grains  en  Tunisie.  Le  Teskeret  ou  per- 
mission de  sortie  est  vendu  par  le  Bey  27, 36  ou  45  piastres  par  kafll  ;  un 
kaffî  représente  5  hectol.  3  décal.  ;  le  poids  du  kafO  est  de  438  kilos  pour 
le  blé,  et  de  351  kilos  pour  Torge.  On  ne  cultive  ni  seigle  ni  avoine  dans 
la  Régence.  Lorsque  la  récolte  est  ordinaire,  on  exporte  100,000  kaffis 
(438,000  quintaux  métriques),  et  trois  fois  autant  lorsqu'elle  est  abon- 
dante. La  récolte  peut  s'élever  jusqu'à  800,000  kaffis  *. 

[Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
Bir.LON   AU   DUC   DE   DASSANO. 

968.  —  Tunis,  26  février  1812.  —  Un  transport  anglais  ramène 
100  prisonniers  de  guerre  français  de  Malte.  Parmi  eux  se  trouvent 
deux  Français  partis  d'Alger  en  janvier  :  MM.  Parodi,  armateur  de  cor- 
saire, et  le  capitaine  Yeronèse,  de  Livourne,  qui  apportent  des  détails 
sur  la  douloureuse  situation  où  se  trouve  M.  Dubois-Thainviile  à 
Alger,  à  la  suite  des  réclamations  du  Dey  et  des  Juifs  Bacri.  Ces  derniers 
demandent  12  millions  pour  fournitures  de  grains  à  l'armée  d'Egypte  et 
pour  des  cargaisons  confisquées  en  France '. 

{Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   DASSANO. 

969.  —  Tunis^  29  février  1 812.  —  Le  Bey  ne  veut  pas  payer  les 
470,000  piastres  qu*il  doit  pour  acbat  de  prises,  avant  d'avoir  satisfac- 
tion sur  des  répétitions  qu'il  prétend  pouvoir  exercer  depuis  1806,  et 
si  livraison  n'est  pas  faite  des  6,000  fusils  achetés  il  y  a  quelques  années. 

1.  Prix  courants  des  principaux  articles  d*e$itrée  à  Tunis,  en  1811  :  ■  Tarlre 
ioO  piastres  le  quintal,  café  95  p.  le  q.,  sucre  85  p.  le  q.,  poivre  80  p.  le  q., 
vitriol  18  p.  le  q.,  riz  30  p.  le  q.,  papier  de  3  à  4  rames  par  balle,  200  p.  la  balle, 
drap  18  p.  le  pied,  velours  de  Gènes  9  p.  le  p.,  satin  de  Florence  2  p.  le  p.,  mou- 
choirs de  soie  28  p.  la  douzaine,  laines  d'Espagne  750  p.  le  q.,  vermillon  8  p.  le  q., 
toile  30  p.  la  pièce.  » 

2.  Voy.  Con'espondance  des  Deys  d'Alger  avec  la  Cour  de  France,  t.  II,  p.  451  et  suiv. 


500  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [181Î] 

La  première  condition  est  inacceptable.  Quant  à  la  seconde,  le  Bey  n'a 
qu'à  faire  le  payement  complet  des  6,000  fusils  à  MM.  Fuzier,  à  Marseille, 

qui  les  ont  en  dépôt.  {Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 

BILLOrV   AU   DUC   DE   BASSANO. 

970.  —  Tunisy  2  mars  i  S  i2.  —  M.  Sidney  Smith  ^  commandant  de 
la  corvette  anglaise  Le  Cosmos,  est  venu  à  Tunis  pour  proposer  la  paix 
entre  la  Sicile  et  le  Bey,  et  demander  des  permis  d'extraction  de  graJDs. 

Le  Bey  a  tout  refusé.  {Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis,) 

BILLON   AU   DUC   DB   BASSANO. 

971. —  Tunis,  4  mars  ISi2.  —  Il  annonce  Tarrivée  à  Tunis  de 
M.  de  Martini,  nommé  Consul  général  de  Sa  Majesté  le  roi  des  Deux 
Siciles  auprès  du  Bey.  Dans  une  conversation  que  Billon  eut  à  ce  sujet 
avec  le  Prince,  celui-ci  compara  la  position  du  Prince  Joachim  *  eovers 
Sa  Majesté  TEmpereur  à  la  sienne  envers  le  Grand-Seigneur...  M.  Renato 
de  Martini  est  neveu  du  sieur  Mariano  Stinca,  Napolitain,  premier 
esclave  favori  du  Bey  et  secrétaire  des  commandants  de  ce  dernier...  Il 
est  spécialement  chargé  de  s'entendre  avec  le  Vice-Consul  de  France 
pour  conclure  un  traité  entre  Tunis  et  Naples. 

(Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 
Bn.LON  AU   DUC   DE   BASSANO. 

972.  —  7 unis,  12  mars  1812.  —  Billon  a  proposé  aux  négociants 
français  une  souscription  pour  libérer  le  sieur  Claude  Piccaluga,  capi- 
taine français  arrêté  sur  un  navire  sarde.  Il  a  obtenu  2,500  piastres,  la 
moitié  de  la  rançon  des  capitaines,  en  échange  desquelles  le  Bey  a 
affranchi  Piccaluga.  Billon  réclame  des  instructions  relativement  aui 
esclaves  provenant  de  l'ancien  territoire  du  Pape. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
BU.LON   AU   DUC  DB   BASSANO. 

973.  —  Tunis,  i  8  mars  1  812.  —  Il  a  fait  relâcher  trois  faux  mon- 
nayeurs,  militaires  français  de  retour  de  Malte:  A.  Gramagli,  du  111' de 
ligne,  Jean  Defard,  de  la  3'  légion  de  réserve,  et  Louis  Monnet,  de 
Cassel,  du  14«  de  ligne,  qui  avaient  été  arrêtés  par  ordre  du  Bey. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
BILLON   AU    DUC  DB   BASSANO. 

974.  —  l'unis,  24  mars  1812.  —  ...  Le  roi  de  Suède  a  écrit  une  lettre 

i.  Sir  W.  Sidney  Smith,  chargé  d'incendier  la  (lotte  française  k  Toulon  en  1193. 
prisonnier  au  Temple  de  1195  &  1797,  contre-amiral  en  1805,  amiral  en  1821.11 
avait  été  chargé  de  protéger  la  Sicile  pendant  que  les  Français  occupaient  le 
royaume  de  Naples.  —  Voy.  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  276. 

2.  Joachim  Murât,  lieutenant  colonel  en  1794,  aide  de  camp  de  Bonaparte  eo 
Italie  et  en  Egypte,  gouverneur  de  Paris  en  1804,  maréchal  et  Prince  en  1805,  en 
mission  en  Espagne  en  1808,  roi  de  Naples  de  1808  à  1812. 


[1812]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  801 

au  Bey  pour  rassurer  de  Ja  continuation  de  son  amitié,  en  lui  faisant 
entrevoir  que  Tétat  actuel  de  laguerre  qu'il  soutenait  contre  l'Angleterre 
ne  lui  permettait  point  de  faire  partir  pour  Tunis  les  présents  qu'il 
lui  envoyait  ordinairement,  mais  qu'il  espérait  pouvoir  les  lui  offrir 
aussitôt  que  la  paix  serait  conclue.  Toutefois  Billon  a  appris  qu'à  Tripoli 
M.  Burstrom,  Consul  de  Suède,  était  gardé  à  vue  et  empoché  de  partir, 
jusqu'à  ce  qu'il  eût  réglé  les  annuités  dues  à  la  Régence,  et  Billon  a 
conseillé  au  ch®''  Tulin,  Consul  suédois  à  Tunis,  de  différer  son  départ. 
c<  L'amitié  qui  subsiste  entre  la  France  et  la  Suède,  où  un  Prince  français 
se  trouve  aujourd'hui  l'héritier  de  la  couronne,  engage  M.  Tulin,  lorsqu'il 
demandera  au  Bey  la  permission  de  partir,  à  lui  annoncer  qu'il  remettra 
au  Consul  de  France  la  suite  des  affaires  de  son  gouvernement...  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
BU^LON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

975.  —  TuniSy  i  6  avril  i  812,  —  Une  division  anglaise  aux  ordres 
du  contre- amiral  Freemantle  est  arrivée  à  La  Goulette,  dans  le  but,  dit- 
on,  de  négocier  la  paix  de  la  Sicile  avec  le  Bey...  «  Lady  Bentinck*  a 
débarqué  du  vaisseau  Le  Milford\  on  assure  qu'elle  est  chargée  de  suivre, 
par  acte  d'humanité,  la  négociation  du  contre-amiral  en  ce  qui  concerne 
le  rachat  des  esclaves.  C'est  l'œuvre  de  la  Rédemption  de  Palerme  qui 

fournit  les  fonds  nécessaires...  »  {Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 

BILLON   AU    DUC   DE   BASSANO. 

976.  —  Tunis,  i 8  avril  i 8i2.  —  Il  donne  des  détails  au  Ministre 
sur  la  visite  de  cérémonie  faite  au  Bey  par  le  contre-amiral  Freemantle. 
«  Ce  Prince  Ta  reçu  dans  Tune  des  salles  de  justice,  et  ne  lui  a  pas  fait 
par  conséquent  l'accueil  distingué  que  M.  Devoize  obtint  en  fructidor 
an  X,  lorsqu'il  présenta  le  contre-amiral  Leissègues  et  les  officiers  de 
sa  division,  qui  furent  admis  daus  le  grand  salon  de  l'intérieur  du 
palais.  Lady  Bentinck  ayant  fait  demander  d'être  admise  à  la  visite,  le 
Bey  s'y  est  refusé,  à  moinsqu'ellen'y  vînt  couverte  d'un  voile,  suivant  la 
coutume  observée  par  les  femmes  du  pays.  Elle  s'y  est  rendue  sous  le 
costume  d'un  officier  de  la  marine  et  n'y  a  reçu  aucune  espèce  de  dis- 
tinction. La  demande  qu'elle  a  fait  adresser  au  Bey,  comme  la  manière 
de  se  rendre  chez  ce  Prince  sous  l'uniforme  d'un  officier,  ont  produit  ici 
le  plus  mauvais  effet. 

Les  réponses  du  Bey  aux  premières  ouvertures  faites  pour  la  négo- 
ciation de  la  paix  de  la  Sicile  sont  les  suivantes  :  ce  Prince  demanda  si 
la  Sicile  était  une  possession  anglaise,  ajoutant  que,  dans  ce  cas,  il  atten- 

1.  Femme  de  Lord  Williams  Bentinck,  commandant  les  troupes  anglaises  d'occu- 
pation de  la  Sicile. 


502  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1812] 

drait  une  notification  officielle;  qu*alors  ce  serait  pour  lui  une  négocia- 
tion différente;  qu'à  défaut  on  lui  notifiât  également  d'une  manière 
officielle  que  la  Sicile  forme  un  gouvernement  séparé  de  TAngleterre; 
dans  ce  dernier  cas  il  ne  considérera  les  Anglais  que  comme  simples 
médiateurs  et  la  négociation  changera  pour  lui  de  face.  Il  paraît  que 
les  Anglais  refusent  de  notifier  officiellement  que  la  Sicile  leur  appar- 
tient... 

Je  dois  informer  Votre  Excellence  que  le  Bey  se  fait  expliquer  chaque 
soir  quelques  articles  du  Code  Napoléon.  Il  serait  à  désirer  qu'un  pro- 
fesseur de  langue  turque,  mais  plutôt  arabe,  entreprît  d'en  faire  la 
traduction.  Cet  ouvrage  nous  serait  très  utile  dans  ces  contrées,  où  les 
habitants  en  ont  déjà  une  opinion  des  plus  avantageuses.  » 

(Affaii^s  étrangères,  C^  de  Tunis.) 
DII.LON   AU   DUC   DE   DASSANO. 

977.  —  7uni5,  27  avril  1 842,  —  Les  Anglais  ont  conclu  avec  le 
Bey  un  traité  de  rachat  d'environ  500  esclaves  siciliens,  et  une  trêve 
entre  le  gouvernement  sicilien  et  la  Régence,  tant  que  les  Anglais  occu- 
peront militairement  la  Sicile;  ils  s'engagent  à  ne  pas  reconnaitre  le 
blocus  des  ports  de  Tunis  que  les  Algériens  leur  ont  fait  notifier  *. 

Il  ne  restera  plus  à  Tunis  que  500  esclaves  environ,  dont  100  Hoœaios 

et  400  Napolitains.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

BII.LON   AU   DUC  DE  BASSANO. 

978.  —  Tunis,  3 1  mai  i  Si 2.  — Le  Bey  lui  a  signifié  qu'il  n'entre- 
rait en  négociation  avec  lui  sur  l'admission  du  Consul  de  Naples  (M.  de 
Martini),  et  le  rachat  des  esclaves  napolitains,  que  lorsque  ce  Consul 
aurait  produit  une  lettre  de  Sa  Majesté  lui  en  donnant  rautorisatiou... 

Billon  rencontre  un  adversaire  acharné  dans  la  personne  de  Nysseu 
qui,  ayant  repris  faveur  auprès  du  Bey,  donne  son  avis  dans  les  affaires 
qui  concernent  les  Européens,  et  laisse  souvent  éclater  sa  haine  contre 
la  France...  «  Les  autres  Consuls  n*ont  pas  moins  à  s'en  plaindre,  parce 
qu*il  plaide  toujours  les  intérêts  de  la  Régence...  11  continue  à  porter 
Tuniforme  hollandais  et  la  cocarde  noire;...  il  prend  le  titre  d'Agent 
impérial  d'Autriche,  qui  n'a  point  ici  de  Consul...  H  jouit  d'un  traite- 
ment de  400  francs  que  Sa  Majesté  lui  a  accordé,  lors  de  la  réunion  delà 
Hollande,  et  qu'il  ne  devrait  toucher  que  sur  le  territoire  de  l'Empire... 
Le  Bey  lui  fait  passer  de  temps  en  temps  quelques  secours  qui  le  mettent 

1.  64  esclaves  capturés  avec  des  passeports  anglais  furent  relâchés  sans  rançon; 
394  furent  rachetés  moyennant  315  piastres  fortes  d'Espagne  par  tète.  —  Voy.  les 
conventions  passées  le  2  mai  1812  entre  Tunis  et  Naples  d'une  part,  Tunis  ei  l'An- 
gleterre d'autre  part,  publiées  dans  les  Annales  tunisiennes,  p.  437  et  537. 


[1812]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  503 

en  état  de  subsister...  Il  paraît  avoir  acquitté  la  majeure  partie  de  ses 

dettes.  »  {A/faires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DUC   DE   DASSANO. 

979.  —  Tunis,  9  juillet  4  Si 2.  —  Malgré  tous  les  efforts  de  Billon, 
le  Bey  retient  esclaves  des  Italiens  français,  enrôlés  dans  les  troupes 
sardes  et  qui  ont  déserté  à  Tunis. 

«  A  Texception  de  quelques  personnes  attachées  au  gouvernement 
tunisien,  chacun  ici  regarde  cette  décision  du  Bey  comme  un  acte  des 
plus  barbares  qu'il  ait  encore  commis.  Ce  Prince,  que  les  affaires  de 
l'Europe  mettent  pour  le  moment  à  Tabri  des  inconvénients  que  son 
peu  d*égards  pour  les  traités  est  susceptible  de  lui  attirer,  croit  aujour- 
d'hui qu'il  peut  tout  oser.  Les  malheureux  habitants  de  ces  contrées 
gémissent  sous  la  plus  cruelle  tyrannie,  attendant  avec  confiance  que 
Sa  Majesté  daigne  jeter  un  regard  sur  leur  situation...  » 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
LE    DUC  DE   BASSANO    A   BILLON. 

980.  —  Wilna,  24  août  i Si2,  —  «  Je  vois  avec  peine  par  votre 
correspondance  qu*à  cette  époque  vous  n'êtes  point  encore  parvenu  à 
amener  le  Bey  à  une  opinion  raisonnable  sur  nos  discussions  qui,  en 
se  prolongeant  ainsi,  prennent  un  caractère  de  plus  en  plus  désagréable. 
Yous  devez  persévérer  dans  vos  démarches  et  insister  surtout  pour  que 
chacune  des  affaires  en  contestation  soit  examinée  et  décidée  séparé- 
ment... En  ce  qui  concerne  l'affaire  des  fusils,  faites  bien  concevoir  au 
Bey  que  la  contestation  survenue  entre  son  agent  Hassan  Morali  et  une 
maison  de  commerce  de  Marseille,  à  l'occasion  d'un  achat  d'armes, 
n'est  autre  chose  qu'une  affaire  privée  et  de  négoce...  » 

(Affaires  étrangères,  (?■*  de  Tunis.) 
DEVOIZB  AU   DUC   DE   BASSANO. 

981.  —  Voiron,  2  septembre  1812.  —  Il  annonce  l'arrivée  à  Marseille 
du  reïs  tunisien  Hassan  Morali,  chargé  d'embarquer  les  6,000  fusils  dont 
il  a  été  question  précédemment. 

«  Le  Bey  est  parvenu  à  secouer  le  joug  du  Dey  d'Alger;  on  doit  s'at- 
tendre à  le  voir  non  seulement  l'imiter  dans  ses  prétentions,  mais 
même  renchérir  sur  son  attitude  insolente  à  notre  égard. 

Il  serait  bien  à  désirer  qu'il  fût  possible  de  concilier  les  intérêts 
des  sieurs  Fuzier  et  de  M.  Âguillon,  l'armateur  èi  qui  le  Bey  doit 
125,000  fr.  pour  une  prise,  avec  les  ménagements  que  les  circonstances 
peuvent  encore  exiger  de  garder  envers  la  Régence  de  Tunis...  » 

(Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 


504  CORRESPONDANCE  DBS  DEYS  ET  DES  CONSULS  ;1813] 

BILI.ON  AU   DUC   DE   BASSANO. 

982.  —  TuniSy  6  octobre  i  SI 2.  —  Les  Anglais  renvoient  de  Palerme 
à  Tunis  450  disgraciés  ou  prisonniers  de  guerre  napolitains,  italiens 
ou  français.  Bilion  a  dû  s'en  charger,  parce  que  les  Anglais  affectaient 
d'insinuer  au  Bey  de  les  réduire  en  esclavage  si  le  Consul  de  France 

refusait  de  les  recevoir.  {Affab-es  étrangères,  C  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DUC  DE   BASSANO. 

983.  —  Tunis,  6  novembre  i  8 12,  —  Il  raconte  la  vive  discussion 
qu'il  a  eue  avec  le  Bey,  lorsque  Hassan  Morali  est  revenu  de  Marseille 
sans  les  6,000  fusils  attendus  par  ce  Prince.  Ce  Tunisien  avait  embarqué 
à  Marseille  trois  femmes  anglaises,  dont  une  dame  épouse  d*un  oflîcier 
supérieur,  lorsqu'il  fut  visité  par  l'escadre  anglaise.  L'amiral  Peiiewfit 
venir  cette  dame  à  son  bord  et  l'y  garda.  Il  prit  également  les  journaoi 
de  TEmpire,  datés  du  2:2  septembre  au  8  octobre.  Ce  reïs  rapporte  en 
outre  que  Sir  Pellew  Ta  entretenu  du  projet  d'incendier  l'escadre  de 
Toulon  par  le  moyen  de  brûlots... 

Sur  la  nouvelle  de  l'entrée  de  Sa  Majesté  dans  la  ville  de  Moscou,  Billoo 
a  fait  chanter  un  Te  Deum,  et  il  a  voulu  ajouter  à  la  cérémonie  des 
salves  de  boites,  mais  le  Bey  lui  en  a  refusé  la  permission;  il  a  cherché 
depuis  à  excuser  son  refus  en  disant  «  qu'il  s'était  trouvé  dans  ce  moment 
trop  indisposé  contre  nous,  pour  n'avoir  point  reçu  les  6,000  fusils  com- 
mandés ».  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

BILLON   AU    DUC   DE   BASSANO. 

984.  —  Tunis,  2  janvier  ISIS.  —  Il  envoie  la  liste  nominative 
des  Français  domiciliés  à  Tunis,  et  qui  réprésente  une  population  de 
373  personnes.  «  Les  négociants,  facteurs,  artisans  et  Juifs  non  cau- 
tionnés forment  un  total  de  230  individus,  qui  étaient  originaires  de 
l'ancienne  Ligurie  ou  de  la  Toscane,  et  qui,  à  la  réunion  de  ces  pays  à 
la  France,  se  trouvaient  depuis  longtemps  établis  à  Tunis,  sans  esprit 
de  retour  dans  leur  première  patrie.  Pour  prévenir  les  inconvénients  qui 
peuvent  résulter  de  ces  établissements  irréguliers  sur  l'Ëcheile,  il  ^^ 
semble  qu'il  conviendrait  de  leur  retirer  la  protection,  s'ils  n'obéissaient 
point  à  l'intimation  qui  leur  serait  faite  d'en  partir.  C'est  le  seul 
moyen  que  j'entrevoie  praticable  dans  ces  circonstances,  pour  tâcher 
de  débarrasser  l'Échelle  d'un  nombre  d'individus  dont  le  séjour  est 
nuisible  à  notre  considération  sans  aucun  avantage  pour  le  commerce 
français,  et  peut  occasionner  en  outre  des  embarras  sans  nombre  au 
Consul  de  Sa  Majesté...  »  ' 

1.  Tunis,  ï  janvier  181  S.  —  Liste  nominative  des  Français  résidant  ou  élabhà 
Tunis  au  i"  janvier  4843  : 
François  Bilion,  Vice-Consul,  Astoin-Sielve,  chancelier-interprète,  Frédéric  Lom- 


I 


[1813]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  ^05 

Étant  donnés  les  préparatifs  de  guerre  faits  à  Alger  et  à  Tunis,  Billon 
est  d'avis  que  les  pécheurs  de  corail  ne  viennent  pas  cette  année  dans 

les  eaux  de  Tabarque  *.  (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

985.  —  Tunis,  2  janvier  i Si 3.  —  a  Contrat  par  lequel  le  capitaine 
Sidi  Hassan  Morali  '  s'engage  à  conduire  au  royaume  de  Tunis  le 
sieur  Paul  Dejean,  artiste  musicien,  et  k  lui  faire  occuper  la  place  de 
premier  trompette  dans  larsenal  de  LaGoulette,  avec  le  salaire  jour- 
nalier de  2  piastres  de  Tunis,  la  ration  de  quatre  pains  de  14  onces 
chaque  et  de  deux  rotes  de  viande  fraîche,  sans  retenue  pour  les  jours 
de  fêtes  chrétiennes  ou  musulmanes...  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

986.  —  Tunis,  2  janvier  1815,  —  Le  Bey  se  met  ici  en  état  de 
défense  contre  les  Algériens;  on  a  élevé  de  nouvelles  batteries  en 
maçonnerie  à  La  Goulette,  qu'on  arme  de  canons  de  gros  calibres... 
Il  y  aura  50  chaloupes  canonnières  et  1,000  marins  pour  faire  le  service 
des  batteries  et  des  chaloupes.  Le  Bey  fait  administrer  des  rations  de 

bard,  médecin  du  Consulat  et  de  la  nation  française  avec  1  enfant,  Antoine  Berle, 
courtier  du  Consulat  général,  Joseph  Vernier,  secrétaire  particulier  du  Consul, 
Pierre  Gay,  fils  du  médecin  du  Bey,  commis  à  la  chancellerie,  Côme  Bottari,  agent 
du  Consulat  général  à  Bizerte,  son  épouse  et  8  enfants,  Jean  Gaspary,  Id.  à  Porto- 
Farine,  son  épouse,  4  enfants,  sa  belle-mère,  ayant  un  enfant  et  une  sœur,  sa  sœur 
veuve  Bernard,  et  3  enfants  :  Au  total,  pour  le  Consulat  général,  30  personnes. 

Pour  les  négociants  cautionnés  et  leurs  familles  on  relève  28  personnes,  parmi 
lesquelles  François  Arnaud  fils,  Bernard  Conques,  L.  A.  Chapelle,  Jean  Fuzier. 

Parmi  les  négociants  et  autres  non  cautionnés  (31  personnes)  :  L.  Gay,  premier 
médecin  du  Bey,  son  épouse  et  5  enfants;  Michel  Fesler,  médecin  au  service  du 
Bey;  Fr.  Cubisol;  J.  Esclapon;  2  PP.  Missionnaires  :  le  P.  Alex*^*  de  Massignano, 
Capucin,  Préfet  de  la  mission;  le  Frère  Nicolas  d'Ancône,  Capucin. 

Femmes  veuves  et  leurs  familles  :  16  personnes.  Facteurs  de  commerce  cau- 
tionnés et  leurs  familles  :  23  personnes,  parmi  lesquelles  J.  B.  Sacoman,  Joseph 
Sacoman  et  A.  Gandolphe,  pourvoyeur  de  la  nation  française. 

Facteurs  non  cautionnés  :  61  personnes,  parmi  lesquelles  Joseph  Perret,  homme 
d'alTaires  du  gouverneur  de  S  fax. 

Artisans  cautionnés  et  leurs  familles  :  45  personnes,  parmi  lesquelles  P.  Pottier, 
joaillier,  Jean  Eymon,  aubergiste  national,  et  sa  famille,  Ambroise  Eymon,  aubergiste 
national,  Clément  Michel,  boulanger  national,  Jean-André  Sicard  et  sa  sœur  Dimitri, 
femme  du  valet  de  chambre  et  maître  d'hôtel  de  M.  Devoize,  François  Aubin, 
également  boulanger  national,  Pierre  Beau  vais,  perruquier  national,  Simond 
Roubaud,  fabricant  de  vermichels. 

Artisans  non  cautionnés  :  80  personnes.  Juifs  :  36  personnes,  parmi  lesquelles 
Raphaël  Koën,  Moïse  Carmin,  les  Lunei.  Domestiques  :  15  personnes,  parmi  lesquelles 
Jean  Eymon,  cuisinier  de  M.  Billon,  Antoine  Pesoly,  valet  de  chambre,  maître 
d'hôtel  de  M.  Billon. 

1.  Produit  de  la  pèche  du  corail  par  les  bateaux  français  et  napolitains  en  iSli  : 
3,598  livres  de  corail,  péchées  par  14  bateaux  et  évaluées  à  60  francs  Tune,  soit 
215,925  francs.  Frais  d'exploitation  &  déduire  à  4,000  francs  par  bâtiment:  56,000  francs. 
Bénéfice  net  :  159,925  francs. 

2.  Chef  des  corsaires  du  Bey  de  Tunis. 


506  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [18131 

vivres  abondantes  à  ces  derniers  et,  en  outre,  une  solde  de  15  piastres 

par  mois  (21  francs).  (Affaires  étrangères,  C^'  de  Tums.) 

BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

987.  —  Tunis^  8  janvier  4  813.  —  «  Le  capitaine  Cacace,  prêtre  napo. 
iitain  qui  commandait  une  polacre  sicilienne  chargée  de  250  condamnés 
napolitains,  usait  de  tous  ses  moyens  pour  parvenir  à  faire  mettre  ces 
hommes  à  terre,  parce  qu'il  était  dans  l'intention  de  charger  ensuite 
son  navire  de  grains.  N'ayant  rien  pu  obtenir  de  la  part  du  Pro-Consul 
anglais  ni  du  Consul  générai  des  Deux-Siciles,  il  imagina  le  coupable 
projet  de  les  faire  apostasier,  espérant  de  pouvoir  ainsi  s'en  débar- 
rasser... »  Mais  Bilion  envoya  des  missionnaires  à  bord  pour  exhorter 
les  malheureux  à  la  résignation  et  fit  admonester  le  capitaine  Cacace... 
Néanmoins  44  d'entre  eux  embrassèrent  la  religion  musulmane. 
D'autres  se  sont  sauvés;  la  polacre  est  repartie  avec  les  150  restants. 

(Affaires  étrangères,  C>'  de  Tunis.) 
LE   DUC   DE   BASSANO   A   BILLON. 

988.  —  Paris,  2  février  J  8  J  3.  —  «  ...  Le  peu  de  succès  de  vos  efforts 
pour  vaincre  la  partialité  du  Bey  en  faveur  des  Anglais  ne  doit  point 
refroidir  votre  zèle  à  cet  égard  ;  il  faut  au  contraire  les  renouveler  sans 
cesse  ;  il  faut  opposer  à  ce  système,  dont  nous  avons  tant  à  nous 
plaindre,  tous  les  moyens  que  peuvent  vous  offrir  les  termes  de  nos 
traités  et  les  intérêts  de  la  Régence  elle-même...  » 

(Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC  DE   BASSANO. 

989.  —  Tunis,  4  mars  1813.  —  «  Nos  ennemis  les  Anglais  ne  cessent 
d'insinuer  au  Bey  que  S.  M.  l'Empereur  a  des  projets  sur  l'Egypte 
et  la  Barbarie,  qu'ils  avaient  même  été  consentis  par  l'Empereur 
de  Russie  dans  les  articles  secrets  du  traité  de  paix  de  Tilsitt.  Ils 
s'appuient  sur  quelques  notes  trouvées  à  ce  sujet  dans  YAmbi^^ 
imprimé  en  Angleterre  par  le  sieur  Peltier. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

990. —  7 unis,  3  avril  1813.  —  La  douane  de  Marseille  a  voulu 
exiger  pour  les  6,000  fusils  un  droit  de  sortie  de  5  0/0.  Sa  Majesté 
ayant,  par  décision  du  mois  de  janvier,  exempté  les  6,000  fusils  du  droit 
de  sortie,  la  douane  réclame  à  la  corvette  du  Bey  un  droit  d'ancrage 
de  2,417  fr.  13.  D'après  le  traité  de  paix  avec  Tunis  de  1742,  renouvelé 
en  l'an  X,  les  bâtiments  de  l'État  sont  exempts  du  droit  d'ancrage, 
et  la  corvette  tunisienne,  quoiqu'elle  ait  débarqué  100  balles  de 
laine,  ne  doit  lien  payer,  pas  plus  que  des  corsaires  français  qui 


[1813]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  507 

débarquent  dans  les  ports  du  Bey  des  marchandises  enlevées  à  leurs 

prises.  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

DILLON  AU   DUC   DE   BASSANO. 

991.  —  Tunis^  14  at>ril  i 8i3.  —  Le  Dey  d'Alger  a  menacé  de  faire 
trancher  la  tête  aux  chrétiens  employés  dans  les  armées  du  Bey  de  Tunis. 
Billon  veillera  donc  à  ce  qu'aucun  Français  n'entre  au  service  de  ce 

Prince.  {Affaires  étrangères,  C^'^  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DUC   DE   DASSANO. 

992.  —  7ums,  /7  avril  1813.  —  La  corvette  du  Bey  vient  d'ap- 
porter les  6,000  fusils  de  munition...  «  Le  Bey  a  reçu  avec  la  plus  vive 
satisfaction  la  nouvelle  de  cette  marque  de  bienveillance  de  la  part  de  Sa 
Majesté,  en  faisant  en  présence  de  tous  les  grands  de  sa  cour  des  vœux 
réitérés  pour  la  conservation  de  notre  souverain  et  le  succès  de  toutes 
ses  entreprises...  »  Billon  sollicite  le  payement  des  173,000  piastres  dues 
par  le  Bey  pour  achats  de  prises  françaises,  et  va  reprendre  les  négo- 
ciations pour  le  royaume  des  Deux  Siciles. 

(Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 
DILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

993.  —  7  unis,  2  mai  1 81 3.  --Il  a  fait  annuler  le  contrat  signé  par 
un  artiste  musicien  de  Marseille,  qui  se  chai'geait  d'un  service  militaire 

à  la  cour  du  Bey.  (Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DUC  DE   BASSANO. 

994. —  Tunis^  4  mai  1813.  —  Rapport  sur  les  nouvelles  négocia- 
tions pour  l'admission  du  Consul  général  de  Naples  et  l'affranchisse- 
ment des  esclaves  napolitains  et  romains.  Le  Bey  élève  des  prétentions 
trop  au-dessus  des  offres  de  la  Gourde  Naples.  Celle-ci  allait  jusqu'à 
150,000  piastres  fortes;  le  Bey  en  demande  400,000,  et  Billon  n'est  pas 
d'avis  que  Sa  Majesté  écrive  à  ce  sujet  au  Bey...  Le  Consul  général  de 
Naples  est  toujours  logé  chez  Billon. 

(Affaires  étrangères^  O*^  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

996.  —  Tunis,  18  mai  1813.  —  Le  chevalier  Serrati,  vieillard  de 
quatre-vingt-quatre  ans,  ancien  ministre  des  finances  de  Naples  sous 
le  roi  Ferdinand,  en  dernier  lieu  ministre  et  conseiller  d'État  en  Sicile, 
a  été  capturé  sur  un  parlementaire  sarde  par  un  corsaire  tunisien  *. 
Billon  le  réclame  en  vertu  de  l'art.  VIII  du  traité  du  4  ventôse  an  X.  Il 
constate  une  différence  entre  la  rédaction  française  et  le  texte  turc  de 
l'art.  YIII  précité  ;  il  y  est  dit  :  «  et  qui  se  trouverait  captif  dans  le 

1.  Voy.  Tacte  de  décès  du  chevalier  François  Serrali,  daté  du  4"  février  1814. 
(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 


SOS  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1813; 

royaume  de  Tunis  »,  tandis  qu'on  lit  dans  le  texte  turc  «  et  qui  tom- 
berait captif  dans  le  royaume  de  Tunis  ».  Cest  l'inlerprétation  de 
M.  Sielve,  chancelier-interprète  de  ce  Consulat  général.  De  sorte  que  le 
texte  turc  renferme  précisément  le  sens  applicable  au  cas  dans  lequel 
se  trouve  le  chevalier  Serrati... 

Le  Consul  anglais  aurait  pu  le  faire  relâcher;  il  a  répondu  qu'il 
attendait  les  ordres  de  Lord  Bentinck.  Le  Bey  lient  à  garder  sa  proie, 
parce  que  le  chevalier  Serrati  possédait  131,000  fr.  d'or  monnayé. 
14  caisses  contenant  une  collection  précieuse  de  gravures  des  meilleurs 
sculpteurs,  représentant  des  tableaux  de  Michel- Ange,  etc.,  et  une  gra- 
vure originale  et  très  recherchée  de  Zani,  de  Florence,  en  plus  une 
bibliothèque,  12  montres  d'or,  15  brillants  solitaires,  etc.  «  On  assure 
que,  parmi  ces  caisses,  il  en  existe  une  contenant  des  papiers  relatifs  an 
ministère  des  finances  de  Naples  pendant  que  le  chev*'  Serrati  éUit 
chargé  du  portefeuille  sous  le  roi  Ferdinand...  » 

Le  premier  ministre  tunisien  voulait  vendre  la  collection  de  gra- 
vures, mais  Français  comme  Anglais  refusent  de  Tacheter. 

«  Le  chevalier  Serrati  se  trouve  dangereusement  malade,  ayant  perda 
Fusage  de  plusieurs  sens,  et  il  est  vraisemblable  qu'il  finira  ses  jours 
à  Tunis,  si  sa  captivité  y  est  prolongée.  » 

{Affah^es  étrangères^  C'**  de  Tunis,) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

996.  —  Tunis,  26  mai  fSiS.  —  «  Le  Pro-Consul  anglais  s'est  plaint 
de  l'attachement  que  le  Bey  montrait  pour  la  France,  de  raccueil 
distingué  que  je  recevais  journellement  au  Bardo,  que  lui-même  dV 
était  point  traité  avec  les  mêmes  égards,  que  nos  corsaires  fréquen- 
talent  les  ports  de  Tunis  en  infraction  aux  articles  supplémentaires  des 
deux  traités  signés  Tannée  dernière  par  le  contre-amiral  Freemanlle^ 
que  les  prises  continuaient  à  s'y  vendre.  Mon  collègue  demanda  au 
Bey  que  nos  corsaires  fussent  entièrement  repoussés  de  ses  ports.  Ce 
Prince  lui  observa  qu'en  adhérant  à  sa  demande,  ce  serait  rompre 
avec  la  France.  Cet  officier  lui  donna  alors  l'assurance  que  les  Anglais 
garantiraient  constamment  ses  États  de  toute  agression  de  notre  part. 
Le  Bey  répondit  qu'il  voulait  demeurer  en  paix  et  bonne  amitié  avei: 
la  France,  dont  il  n'avait  jamais  eu  à  se  plaindre,  mais  que,  dans  aucun 
cas,  il  ne  compterait  jamais  sur  les  promesses  des  Anglais,  puisque 
ayant  été  entraînés  dans  la  lutte  contre  la  France,  en  1799,  ils  avaient 
conclu  leur  paix  avec  elle,  en  1801,  sans  rien  stipuler  en  sa  faveur,  et 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  502. 


[1813]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  809 

ravaieat  ainsi  laissé  exposé  au  ressentiment  de  son  ennemi  dont  il 
avait  dû  implorer  la  générosité...  » 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

997.  —  Tunis^  3  juin  i Si 3.  —  Il  surveille  les  artisans  domiciliés 
à  Tunis,  qui  n'ont  pas  rempli  les  conditions  prescrites  par  les  ordon- 
nances, et  il  fera  embarquer  ceux  dont  la  conduite  pourrait  compro- 
mettre le  bon  renom  de  la  France.  Il  demande  qu'on  n'en  laisse  pas 
venir  un  plus  grand  nombre.  Quant  aux  négociants  non  cautionnes,  la 
plupart  vivent  de  quelques  spéculations  qu'ils  font  sur  la  place,  ou  de 
l'intérêt  de  leurs  fonds.  Les  établissements  cautionnés  forment  seuls 
le  corps  de  la  nation. 

Le  fiey  a  été  satisfait  des  6,000  fusils,  mais  n'a  pas  encore  consenti 
à  payer  les  173,000  piastres  qu'il  nous  doit.  28  barques  coraillères 
napolitaines  sont  déjà  arrivées  à  Tabarque;  le  sieur  Bottari,  agent  à 
Bizerte,  y  remplacera  Raimbert  pendant  la  saison  de  la  pêche.  Il 
faudrait  autoriser  Bottari  à  percevoir  trois  piastres  fortes  par  bateau, 
car  il  ne  pourra  plus  faire  la  fourniture  des  comestibles.  Mariano 
Stinca  et  le  frère  du  Consul  général  de  Naples  ont  accaparé  ce  com- 
merce. Le  Bey  protège  les  pécheurs  de  corail  comme  il  l'a  promis.  11  a 
donné  des  ordres  pour  que  les  corailleurs  siciliens  ou  anglais  ne  soient 

pas  admis. . .  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

LE   DUC   DE   BASSANO   A   BILLON. 

998.  —  Dresde,  25  jtiin  i  SI  3.  —  Le  Ministre  charge  Billon  de  récla- 
mer la  liberté  du  chevalier  Prieur  François  Serrati,  ancien  ministre 
des  grands-ducs  de  Toscane,  domicilié  à  Florence,  originaire  de 
Sienne,  tombé  en  esclavage  lors  de  son  voyage  à  Livourne  &  l'âge  de 
soixante-dix-sept  ans,  et  d*obtenir  également  la  restitution  de  tous  ses 
effets.  Il  avait  donné  sa  démission  dès  1807.  Son  âge  et  ses  infirmités 
Tavaient  empêché  de  retourner  en  Toscane  auprès  de  sa  famille. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 
BILLON   AU    DUC   DE   BASSANO. 

999.  —  Tunis,  29  juillet  1Si3.  —  Les  armements  algériens,  au 
nombre  de  54,  dont  25  chaloupes  canonnières,  sont  depuis  le  23  juillet 
sur  la  rade  de  Tunis  ^ 

Le  Grand  Seigneur  a  ordonné  dans  tous  ses  ports  la  saisie  des  pro- 
priétés barbaresques,  sans  doute  par  suite  des  actes  de  piraterie 
exercés  par  les  corsaires  des  trois  Régences  contre  les  navires  grecs- 
ottomans.  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

i.  Yoy.  sur  les  hoslilités  enlre  Algériens  et  Tunisiens  les  Annates  tunisiennes, 
p.  286. 


510  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1813; 

BILLON   AU   DUC   DE   BASSARO. 

1000.  —  Twfùs^ôaoàt  JSJ3.  — Récit  de  deux  combats  en  mer  entre 
Algériens  et  Tunisteas^  Les  marins  des  deux  Régences  semblent  igaorer 
absolument  Tart  de  la  guorre,  n'ayant  pas  su  diriger  rartillerie  de 
leurs  cbaloupes,  ni  même  affronter  les  dangers  des  combats.  Les  con- 
naissances maritimes  des  Européens,  ei  la  bravoure  de  nos  troupes 
en  général,  offrent  des  avantages  incalculabkft  contre  les  peuples  dir 

ces  contrées.  [Affaires  éirangèrm^  C  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DLX   DE   BASSANO. 

1001.  —  7u/ii5,  6  août  J  813.  —  f<  On  a  à  déplorer  Tapostasie  d;: 
sieur  Cunéo  d'Ornano,  d*Ajaccio,  âgé  de  vingt-trois  ans,  arrivé  àTacii 
le  mois  dernier  avec  un  passeport  du  gouverneur  général  des  tfe 
Ioniennes,  et  déclarant  qu*il  était  lieutenant  au  iii*  rég.  d'infanleric 
de  ligne  et  fils  de  M.  Cunéo  d'Ornano,  Consul  de  France  aux  ik 
Canaries  ^  On  ignore  le  motif  qui  a  pu  le  déterminer  à  cette  démarche, 
mais  on  soupçonne  ici  qu'ayant  été  fait  prisonnier,  il  s*était  enrôlé  dao: 
les  chasseurs  corses  au  service  de  TAngleterre,  et  qu*il  en  avait  ensuite 

déserté.  »  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 

BILLON    AU   DUC   DE   BASSANO. 

1002.  —  Tunis,  5  septembre  18 13,  —  Le  Bey  refuse  de  lui  fairt 
rendre  deux  marins  français  enlevés  par  les  Anglais  à  bord  da  vais- 
seau V Écureuil,,.  Tout  ce  qu'à  force  d'insistances  Billon  est  parvenoà 
obtenir  de  lui,  c'est  Faveu  de  son  impuissance.  Le  Bey  use  de  beauccu: 
d'égards  envers  les  Anglais,  à  cause  des  craintes  que  lui  inspirent  lel]^ 
forces  maritimes.  L'agent  anglais  èr  Bizerte  ayant  arboré  sur  sa  maisoQ 
un  petit  pavillon,  Billon  a  ordonné  à  l'agent  français  d'en  faire  autaol. 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

1003.  —  Tunis,  6  octobre  i  813.  —  11  rend  compte  des  préparatifs  de 
guerre  faits  par  le  Bey,  à  l'approche  inopinée  d'une  armée  algérienne.. 
Le  premier  ministre  est  disposé  à  faire  les  sacrifices  pécuniaires  d'usa*;'' 
pour  engager  la  milice  turque  &  se  battre,  et  prévenir  en  outre  par  '^^ 
moyen  une  défection.  Dans  le  cas  où  les  gorges  du  Kef  viendraiiû- 
à  être  forcées,  les  Algériens,  n'ayant  plus  aucun  obstacle  à  vaincre. 
seraient  sous  peu  de  jours  sous  les  murs  de  Tunis. 

L'armée  du  Bey  est  forte  de  40,000  hommes,  parmi  lesquels  on  eo 
compte  25,000  de  cavalerie  et  5,000  Turcs  et  Zouaves.  Ces  derniers 
composent  seuls  la  troupe  réglée  du  Bey... 

i.  Voy.  la  noie  1,  p.  453. 


[1813J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  5H 

Le  Prince  a  fait  élever  des  fortificatioas  et  un  château  au  Kef, 
distant  de  Tunis  d'environ  50  lieues.  Les  Algériens  pourraient  tourner 
la  chalue  des  montagnes  en  passant  par  le  Djerid,  comme  en  1756. 

Gomme  les  chevaux  arabes  ne  sont  pas  accoutumés  à  la  détonation  du 
canon,  Billon  craint  que  la  nombreuse  cavalerie  ne  soit  d'aucune  utilité. 
Il  signale  ensuite  les  nouvelles  propagées  par  les  Anglais  sur  les  armées 
françaises,  et  rapporte  que  le  sort  de  Tex-général  Moreau  *  a  été 
considéré  comme  un  châtiment  réservé  par  la  Providence  à  sa  trahi- 
son... 

On  annonce  Tarrivée  prochaine  à  Tunis  d'un  Envoyé  extraordinaire 
anglais  près  les  Puissances  barbaresques.  Il  se  trouve  encore  à  Alger, 
où  Ton  assure  qu'il  est  parvenu  à  conclure  un  traité  de  paix  entre  le 
Portugal  et  la  Régence.  On  pense  qu'il  doit  ici  remplir  le  même  objet... 

{Affaires  étrangères  y  (7**  de  Tunis,) 
BILLON   AU   DUC    DB   DASSANO. 

1004.  —  l'unis,  14  octobre  J 8J3,  —  Le  Bey  a  fait  arrêter  le  sieur 
Jean  Bonthoux,  sujet  napolitain  demeurant  à  Tunis  depuis  1809  et  y 
exerçant  la  profession  de  pacotilleur.  Bonthoux  vivait  depuis  quatre 
ans  dans  la  maison  d'un  renégat  napolitain  exerçant  la  charge  de  Gar- 
dien-Bachi  des  malheureux  esclaves  chrétiens.  Ce  renégat,  en  dehors 
de  sa  famille  musulmane,  entretenait  depuis  quatorze  ans  une  femme 
chrétienne,  corse.  Bonthoux  est  accusé  d*avoir  eu  des  intelligences 
avec  cette  femme.  La  loi  musulmane  défend  aux  femmes  chrétiennes 
cohabitant  avec  des  Maures  d'avoir  des  communications  avec  des  chré- 
tiens. A  défaut  du  Consul  général  de  Naples,  Billon  a  pris  la  défense  de 
Bonthoux.  Le  Bey  a  exigé  d'abord  que  les  cinq  enfants  de  la  femme 
corse  fussent  confirmés  dans  la  foi  musulmane,  et  les  mâles  ont  été 
circoncis.  Billon  craignait  qu'il  ne  fallût  recourir  à  quelque  donative 
pour  garantir  le  sieur  Bonthoux  du  châtiment  dont  le  Bey  le  menaçait, 
ainsi  que  cela  se  pratique  dans  toutes  les  affaires  où  les  nationaux  peu- 
vent se  trouver  compromis  pour  intelligences  avec  des  femmes  du 
pays.  Toutefois  le  Bey  a  fini  par  relâcher  le  prisonnier. 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis,) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

1005.  —  7'unis,  25  octobre  J 8/3.  —  Le  Consul  général  de  Naples 
élève  la  prétention  d'administrer  les  pêcheurs  de  corail  napolitains,  et 

1.  Jean-Victor  Moreau,  volontaire  en  1791,  général  en  1794,  s'était  compromis 
dans  le  complot  de  Pichegru.  Arrêté  en  1804  et  condamné  à  l'exil,  il  s'était  retiré 
aux  États-Unis.  Mais  séduit  par  les  ofTres  du  parti  royaliste,  il  avait  repris  du 
service  sous  les  drapeaux  des  souverains  alliés,  et  venait  d'avoir  les  jambes  em- 
portées par  un  boulet  sous  les  murs  de  Dresde  (août  1813). 


i 


512  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1818] 

d'établir  des  agents  dans   les  ports   des  concessions  françaises  en 
Tunisie*. 

«  M.  de  Martîno  était  logé  dans  la  maison  consulaire  de  France, 
jusqu'au  jour  où  Billon  pria  le  premier  ministre  de  lui  faire  bâtir  une 
maison,  que  le  Consul  de  Naples  obtint  pour  le  loyer  de  200  sequin$ 
vénitiens  par  an,  quoique  la  maison  fût  plus  belle  que  celle  du  Consul 
des  États-Unis,  que  le  premier  ministre  avait  fait  également  bâtir  et 
louait  au  même  prix.  Billon  n'a  cessé  de  rendre  des  services  aux  Napo- 
litains, ce  qui  n'empêcha  pas  M.  le  Consul  général  de  Naples  de  heurter 
les  convenances  et  nos  droits  dans  les  ports  de  nos  concessions.il  m'eût 
été  facile  de  m'y  opposer  même  par  la  force;  mais  le  Bey  n'eût  pas 
manqué  de  profiter  de  celte  division  pour  élever  des  prétentions  plos 
fortes  dans  les  négociations  entamées  pour  l'établissement  du  Cod>>j1 
et  la  délivrance  des  malheureux  esclaves  napolitains...  »  Billon  ne  dis- 
simule pas  au  Ministre  que  «  si  les  Napolitains  obtenaient  de  pouvoir 
établir  des  agents  dans  les  ports  de  nos  concessions,  il  en  résultenit 
en  apparence  un  abandon  de  nos  droits,  et  le  Bey  pourrait  même  s'en 
prévaloir  pour  y  faire  mettre  des  corailleurs  d*autres  nations...  Le 
Consul  général  susnommé  parait  s'appuyer  de  la  protection  de  son 
oncle,  le  sieur  Mariano  Stinca,  premier  esclave  et  secrétaire  du  Bey. 
C'est  ce  qui  l'a  enhardi  dans  la  démarche  qu'il  vient  de  faire.  J'ai  dû 
m'apercevoir  dans  toutes  les  occasions  que  M.  de  Martino  cherche  à 
s'affranchir  des  égards  qu'il  doit  observer  envers  la  France.  11  n'a  eu 
recours  à  mon  ministère  que  lorsque  ses  affaires  l'y  ont  obligé  impé- 
rieusement. Il  n'est  pas  douteux  que  les  Napolitains  travaillent  depuis 
quelque  temps  à  empiéter  sur  nos  droits.  Le  tort  porté  à  M.  Raimbert 
en  1811  fut  provoqué  par  eux  avec  le  conseil  du  sieur  Chapelié,  et  ce 
qui  se  passe  aujourd'hui  n'est  qu'une  suite  de  ce  système  adopté  depuis 
quelques  années  pour  évincer  l'autorité  française  dans  la  pêche  do 

corail.  »  {Affaires  étrangères,  C** de  Tunis.) 

BILLON   AU    DUC  DE   BASSANO. 

1006.  —  Tunis,  26  octobre  1 S 1 3,  —  Il  annonce  l'arrivée  de  M.  A'Court, 
Envoyé  extraordinaire  et  Ministre  plénipotentiaire  d'Angleterre  prés  les 
Puissances  musulmanes  de  l'Afrique,  qui  apporte  au  Bey  des  préseols 
de  la  valeur  de  4,000  piastres  fortes  et  lui  impose  la  paix  avec  le 
Portugal.  Le  Bey  ayant  soulevé  des  difficultés,  M.  A'Court  l'a  engagea 

1.  Voy.  État  de  la  pêche  du  corail  sur  les  côtes  de  Tunis  par  les  bateaux  français  et 
napolitains  en  4813  :  10,147  rôles  de  corail,  péchées  par  34  bateaux  napolitains  et 
4  bateaux  français  comprenant  368  hommes  d'équipage,  et  représentant.  6  60  (nna^ 
la  rote,  608,642  fr.  50  c.  Frais  d'exploiUlion  :  I5i,000  fr.  Produit  oet  :   436,642  fr.  50. 


[1814]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  513 

terminer  de  bon  gré,  «  sous  peine  de  s'y  trouver  contraint  ».  Après 
cette  menace,  le  Bey  a  signé  une  trêve  de  trois  ans  avec  le  Portugal  *• 

(Affaires  étrangères,  O*^  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   BASSANO. 

1007.  —  luuiSi  3  novembre  iSiS.  —  11  rend  compte  de  «  Fissue 
honteuse»  de  la  seconde   expédition   des  Algériens  contre  Tunis*. 

12  bâtiments  sont  entrés  dans  les  ports  de  Tunis  pendant  le  mois 
d'octobre.  Le  Grand  Seigneur  a  fait  lever  le  séquestre  mis  d'abord  sur 
les  navires  et  les  propriétés  barbaresques,  et  se  borne  aujourd'hui  à 
arrêter  ou  détenir  les  bâtiments  ou  corsaires  des  Régences. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
BILLON    AU    DUC   DE    BASSANO. 

1008.  —  Tunis,  5  novembre  i S 1 3,  —  Malgré  toutes  ses  démarches, 
BilloD  ne  peut  obtenir  du  Bey  rafîranchissement  du  chevalier  Serrati, 
parce  que  ce  Prince  ne  veut  pas  restituer  les  effets  précieux  et  l'or  que 
ledit  chevalier  Serrati  avait  avec  lui. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   VICENGB  ^ 

1009.  —  Tunis,  20  novembre  1813.--  Sur  les  demandes  de  Billon,  le 
Bev  vient  de  relâcher  le  sieur  Sauveur  Travi,  ex-Ligurien  détenu  pour 
dettes.  Il  signale  une  nouvelle  démarche  faite  par  M.  de  Marlino, 
Consul  général  de  Naples,  de  concert  avec  son  oncle  Mariano  Stinca, 

pour  être  reconnu  par  le  Bey.  [Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

BU.L0N   AU    DUC    DE   VlCENCB. 

1010.  -—  TuniSy  3  janvier  1814,— ^i  Depuis  quelque  temps  les  Anglais 
ne  font  que  propager  les  nouvelles  les  plus  alarmantes  sur  le  sort  de  la 
grande  armée  française  qui  a  dû  se  retirer  sur  le  Rhin,  ainsi  que  sur  le 
sort  de  celle  du  Prince  Vice-Roi...  Les  Consuls  d'Espagne  *,  de  Suède  *,  de 
Danemark®  et  d'Amérique'  qui,  depuis  douze  ans,  avaient  très  rarement 
donné  des  fêtes  chez  eux,  vieunent  tout  à  coup  de  faire  des  invitations 
dans  lesquelles  se  sont  trouvés  compris  les  Français  et  les  plus  chauds 
ennemis  de  la  France  ;  on  dirait  que  ces  fêtes  n'ont  lieu  que  pour  se 
réjouir  de  quelques  avantages   que  les   Anglais  assurent  que  leurs 

\,  Le  traité  conclu  par  Williams  A'Coiirl  au  nom  du  Portugal,  le  16  octobre  1813, 
a  été  publié  dans  les  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  528. 

2.  Après  un  mois  de  blocus,  la  (lotte  des  Algériens  avait  dû  renoncer  au  siège  de 
La  Goulette  et  avait  remis  à  la  voile  au  commencement  d'août  1813. 

3  Armand-Augustin  Louis  de  Caulaincourt,  duc  de  Vicence,  général  de  division, 
ambassadeur.  Ministre  des  Affaires  étrangères  du  20  novembre  1813  au  2  avril  1814, 
et  du  21  mars  au  22  juin  1815. 

4.  M.Arnold  Soler. 

5.  Le  chevalier  Tulin. 

6.  M.  Gierlew. 
1.  M.  Coxe. 

33 


514  GORRESPONDANCB  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  1814 

alliés  sur  le  continent  ont  obtenus  sur  nos  armées...  Le  Consul  de  Naples 
fréquente  ouvertement  la  maison  du  Consul  d'Espagne  ;  il  reçoit  dail- 
leurs  indistinctement  les  Français,  les  Anglais,  les  Espagnols...  » 

{Affaires  étrangères^  O^  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC  DE   VICBNCB. 

1011.  —  Tunity  i  6  janvier  /  8 14,  —  Le  sieur  Bonthoux,  sujet  napoli- 
tain, dont  Billon  a  raconté  les  méfaits,  s*est  enfui  sur  un  brick  anglaLv 
après  s*étre  rendu  coupable  de  plusieurs  escroqueries. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
BILLON   AU   DUC  DE   VICENCE. 

1012.  —  Tunis,  20  janvier  1 SI4»  —  Le  Bey  refuse  de  nouveau  de 
payer  les  173,000  piastres  qu'il  doit  à  des  armateurs  pour  achal  de 
prises,  à  moins  que  les  compensations  qu*il  veut  établir  ne  soient 
admises.  «  Le  Bey  met  une  si  forte  obstination  dans  cette  affaire  qui! 
sera  bien  difDcile  de  la  vaincre  dans  ces  conjonctures.  M.  Devoize  n'a 
pu  y  réussir  pendant  plus  de  dix-huit  mois  avant  son  départ,  et  depuis 
plus  de  quatre  ans  je  ne  cesse  de  faire  inutilement  les  plus  granè 

efforts  pour  y  parvenir...  »  {Affaires  étrangères.  C*  de  Tums.) 

LE  DUC   DE   VICI^NCE   A   BILLON. 

1013.  —  Paris,  27  janvier  1814.  —  Envoi  d'un  passeport  dao; 
lequel  le  chevalier  François  Serrali  est  qualifié  de  sujet  français.  Le 
Bey  ne  pourra  plus  fonder  son  refus  de  délivrer  le  chevalier  sur  ce 

qu'il  est  sujet  de  Naples.  {Affaires  étrangh^s,  C*'  de  Tunis.) 

BILLON   AU   DUC   DE   VICENCE. 

1014.  —  Tunis,  3  février  1814,  —  «...  Les  différentes  proclamationî 
des  révoltés  de  la  Hollande  rapportées  dans  les  papiers  publics  'les 
journaux  anglais)  ont  exalté  ici  Fesprit  de  quelques  Hollandais.  Id 
sieur  Homberg,  ofûcier  du  génie  au  service  du  Bey  ',  a  mis  à  son  cha- 
peau une  cocarde  orange,  et  Tex-Consul  de  cette  nation,  le  sieur  Nyssen. 
qui  n'a  jamais  fait  aucune  soumission  à  la  France,  mais  qui  avait  pour- 
tant amené  son  pavillon ,  se  propose  d'arborer  lancien  pavillon  de 
Hollande  et  de  reprendre  la  cocarde  orange  très  incessamment.  II 
devra  en  obtenir  l'agrément  du  Bey,  mais  je  suis  presque  assuré  que  ce 
Prince  se  prêtera  d*autant  plus  facilement  à  sa  demande  que  je  oe  loi 
ai  jamais  notiGé  la  réunion  de  la  Hollande  à  l'Empire,  n'ayant  reçu 
aucun  ordre  ni  instruction  à  ce  sujet...  » 

{.Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tmis.) 
BILLON   AU   DUC   DE   VICENCE. 

1015.  —  Tunis,  24  février    1814.  —  L'ex-Consul  de  Hollande, 
\,  Voy.  la  note  \,  p.  350. 


1814]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  515 

M.  Nyssen,  a  arboré,  en  présence  des  Consuls  d'Angleterre  *,  de  Suède  *, 
d'Espagne  '  et  de  Naples  ^,  l'ancien  pavillon  hollandais.  Billon  refuse  aux 
négociants  français,  invités  aux  fêtes  données  par  Nyssen,  la  permission 
d'y  assister.  Le  premier  ministre  presse  actuellement  Nyssen  d'expédier 
un  navire  anglais  en  Hollande  pour  en  rapporter  les  présents  d'usage. 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 
BU.LON   AU    DUC   DE   VICENCE. 

1016.  —  7«nw,  25  février  1814,  —  11  a  appris  par  les  gazettes  de 
Naples,  avec  autant  de  douleur  que  de  surprise,  la  défection  du  roi 
de  Naples,  l'invasion  des  départements  méridionaux  de  TEmpire,  etc. 
Le  Consul  de  Naples  a  reçu  des  ordres  pour  négocier  un  armistice  d'un 
an  avec  le  Bey,  lequel  a  déclaré,  à  cause  de  la  guerre  avec  Alger,  vou- 
loir rester  en  l'état  actuel  de  suspension  provisoire  d'hostilités  jusqu'à 
nouvel  ordre,  en  lui  faisant  observer  «  qu'il  n'avait  traité  ce  pays  amica- 
lement que  par  considération  pour  Sa  Majesté  l'Empereur  de  France  ». 

{Affaires  élrangereSy  C'*  de  Tunis,) 
BII.LON   AU    DUC   DB   VICENCE. 

1017.  —  Tunis^  2i  mars  i  814,  —  Le  Bey,  qui  a  loué  ses  fours  et 
affermé  le  biscuit  pour  17,000  piastres  par  an,  défend  à  la  boulangerie 
établie  depuis  près  d'un  siècle  dans  l'intérieur  de  l'hôtel  consulaire  de 
vendre  du  biscuit  pour  les  bâtiments  français.  Billon  ne  parvient  pas  à 
lui  faire  révoquer  cet  ordre,  si  préjudiciable  à  nos  nationaux  ^. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
BILLON    AU   DUC   DE   VICENCE. 

1018.  —  7unis,  28  mars  1814,  —  Le  Consul  de  Naples,  M,  de  Mar- 
tino,  a  conclu  une  trêve  d'un  an  avec  le  Bey.  Parmi  les  conditions,  Billon 
note  que  «  les  bateaux  corailleurs  napolitains  continueront  à  être 
admis  &  pécher  en  nombre  illimité  dans  les  mers  de  Tunis,  et  moyen- 
nant les  mêmes  droits  qu'ils  acquittaient,  pourvu  qu'ils  se  munissent 
chacun  du  passeport  du  Bey  ». 

La  trêve  coûtera  au  roi  de  Naples,  en  présents  consulaires  et  autres 
(poudre  et  boulets),  50,000  piastres  fortes.  Elle  doit  finir  le  26  mars  1815. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 
BILLON   AU   C'^   DE   LAFOREST '• 

1019.  —  lunisy  20  avril  1814,  —  Le  roi  de  Naples,  ignorant  le  décès 

1.  M.  Val.  Robinson. 

2.  M.  ie  chevalier  Tulin. 

3.  M.  Arnold  Soler. 

4.  M.  De  Martino  de  Renalo. 

5.  Voy.  la  leUre  de  Billon  à  Hamouda-Bey,  19  juin  iSll. 

6.  Le  3  avril  1814,  le  gouvernement  provisoire  nomma  commissaire  aux  AfTaires 
étrangères  Antoine-Réné-Charles-Mathurin,  comte  de  Laforest,  ambassadeur,  qui 
remplit  les  fonctions  ministérielle?  jusqu'au  13  mai  suivant. 


516  CORIIESPONDÂNCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  '1814 

tout  récent  du  chevalier  Serrati,  vient  de  rendre  un  décret  accordant 
une  indemnité  et  une  pension  viagère  au  chevalier,  et  d'ordonner  à  son 
agent  de  faire  des  démarches  pour  sa  délivrance. 

Le  premier  ministre  de  la  Régence  vient  d'envoyer  à  Malte  les 
caisses  contenant  la  bibliothèque  et  la  précieuse  collection  de  gravures 
du  chevalier.  Billon  annonce  l'arrivée  de  Malte  de  M.  Dumont,  de  Paris, 
capitaine  attaché  à  Tétat-major  des  places,  renvoyé  sur  parole.  Ce 
dernier  a  donné  sa  démission  au  Consul  de  Naples,  et  rentre  en  France 
avec  les  autres  prisonniers  que  Billon  renvoie  par  un  navire  marocain» 

battant  pavillon  parlementaire.        {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

BILLON   AU    C**   DE    LAFOREST. 

1020.  —  Tunis,  9  mai  i  8/4.  —  «  La  goélette  du  roi  La  Biche,  aui 
ordres  de  M.  Pinet,  lieutenant  de  vaisseau  ',  mouilla  sur  cette  rade  le 
premier  de  ce  mois,  apportant  la  nouvelle  du  changement  de  gouver- 
nement. Je  ne  puis  exprimer  à  Votre  Excellence  combien  je  fus  pénétré 
de  joie  en  apprenant  le  retour  de  Tauguste  famille  des  Bourbons,  nos 
anciens  et  légitimes  souverains,  sur  le  trône  de  France  Je  m'empressai 
de  publier  le  récit  de  cet  événement  mémorable*,  en  annonçant  à  nos 
nationaux  le  terme  de  Toppression  qui  pesait  depuis  longtemps  surnous, 
et  qu'une  réconciliation  sincère  entre  les  nations  de  l'Europe  allait 
nous  procurer  le  bonheur  et  les  prospérités  de  la  paix  sous  un  gouver- 
nement tutélaire.  La  joie  de  nos  nationaux  fut  également  à  son 
comble.  »  Le  3,  Billon  se  rendit  auprès  du  Bey  pour  demander  son 
agrément,  afin  de  pouvoir  arborer  de  suite  le  pavillon  blanc.  Le  Bey, 
très  satisfait  de  cette  démarche,  a  permis  de  le  faire  arborer  de  suite,. 
et  ordonné  que  les  forts  salueraient,  lorsque  le  Consul  le  voudrait,  le 
pavillon  du  roi,  ainsi  que  le  commandant  de  la  goélette  à  son  débar- 
quement. Billon  a  convoqué  une  assemblée  extraordinaire  de  la  nation 
française,  <<  pour  lui  faire  connaître  les  heureux  changements  survenus 
en  France'  ».  Le  pavillon  blanc  a  été  arboré  le  4  mai.  Le  Bey  a  fait  le 

i.  Germain-Maurice  Pincl,  aspirant  de  marine  en  1793,  enseigne  de  vaîsseaa  en 
1791,  lieutenant  en  1808,  sous-aide-major  en  1816,  retraité  en  1811. 

2.  Voy.  les  lettres  de  faire  part  et  de  congratulalions  échangées  à  ce  sujet  entre 
le  Vice-Consul  Billon  et  les  Consuls  d'Anulelerre,  de  Hollande,  d'Espagne,  de  Suède, 
de  Danemark,  de  Naplcs  et  des  États-Unis.  {Affaires  étrangères,  C*"»  de  Tuni^,) 

3.  Assemblée  générale  de  la  nation  française  du  5  mai  1814.  —  Le  Vice-Consul 
Billon  ayant  annoncé  ravènement  de  Louis  XVIII,  l'assemblée  Ta  assuré  de  son 
adhésion  à  tous  les  actes  du  nouveau  gouvernement,  et  a  promis  fidélité  et  obéis- 
sance à  Sa  Majesté. 

Extrait  du  registre  des  assemblées.  Procès-verbal  de  la  cérémonie  du  4  mai.  —  Le 
pavillon  blanc  n  été  arboré  au  soleil  levant  ;  les  forts  de  La  (jouletle  ont  salué  de 
21  coups  de  canon.  La  bicfie  a  rendu  le  salut.  Puis  il  y  eut  service  à  la  chapelle 
consulaire  et  le  lieutenant  de  vaisseau  M.  Pinet  avec  tous  ses  officiers  y  assistèrent. 
Le  Vice-Consul  reçut  les  félicitations  de  ses  collègues  d'Angleterre,  d'Espagne,  de 


[1814]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  817 

meilleur  accueil  à  M.  Pinet,  Ta  fait  asseoir  et  prendre  du  café  en  sa 
présence... 

«  Le  Préfet  de  la  Mission  des  Capucins  ayant  célébré  dans  |son  église 
un  service  divin  pour  le  retour  de  S.  S.  Pie  VII  à  Rome,  j'y  ai  assisté 
avec  le  corps  de  la  nation,  et  les  prières  pour  le  roi  y  ont  été  faites 
suivant  l'ancien  usage.  » 

Billon  signale  ensuite  les  difficultés  survenues  avec  la  Régence  par 
suite  des  mesures  adoptées  par  Tanciea  gouvernement,  les  séquestres 
des  navires  tunisiens,  les  excès  des  corsaires  armés  dans  les  ports 
d'Italie.  «  Les  violations  du  territoire  du  Bey  de  la  part  des  Anglais  ont 
coûté  une  perte  de  près  d'un  million  à  nos  commerçants  ou  à  nos  navi- 
gateurs. »  Pendant  plus  de  deux  ans,  Billon  «  a  été  livré  à  ses  propres 
moyens  ».  Mais,  «  il  n'est  pas  douteux  que  le  retour  aux  principes  de 
sagesse  et  d'équité  que  le  gouvernement  de  nos  rois  a  toujours  professés 
ne  porte  ce  Prince  à  nous  traiter  avec  plus  d'égard  et  de  justice.  Il  me 
parait  trop  satisfait  des  changements  survenus  pour  que  l'on  ne  doive 
l'espérer.  Je  considérerai  donc  dès  ce  moment  les  affaires  de  cette  rési- 
dence sous  un  nouvel  aspect...  »  Billon  revient  sur  la  question  des 
173,000  piastres,  et  des  dettes  contractées  à  Tunis  pour  le  soulagement 
des  prisonniers  de  guerre  *,  il  envoie  son  acte  d'adhésion  et  son  serment, 
«t  termine  en  demandant  les  sceaux  aux  armes  du  roi. 

{Affaires  éirangères^O'^  de  Tunis.) 
BIIXON   A   TALLEYRAND  *. 

1021.  —  l'unis,  /4  mai  J  8  J4,  —  Il  envoie  la  liste  nominative  des 
Français  établis  à  Tunis  ',  ainsi  que  celle  des  Génois,  Piémontais 
et  Toscans  qui  y  sont  encore  sous  la  protection  de  la  France,  et 
demande  des  instructions  au  sujet  de  ces  derniers.  Les  anciens  établis- 
sements français  de  Marseille  sont  réduits  à  deux.  80  bateaux  napoli- 

Hollande,  de  Danemark,  de  Suède,  de  Naples,  des  États-Unis.  Un  dîner  réunit  la 
nation  française  et  les  officiers  de  La  Biche;  le  soir  il  y  eut  cercle  pour  les  Consuls. 
Toutes  les  armoiries  impériales  du  Consulat  avaient  été  enlevées  dès  le  2  de  ce  mois. 
(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

1.  Les  dépenses  du  Vice-Consul,  pour  les  prisonniers  de  guerre  envoyés  de  Malle 
à  Tunis  pendant  sa  gestion,  s'élevaient  à  15,000  piastres. 

2.  Voy.  sur  Talleyrand  la  note  1,  p.  324. 

3.  Liste  nominative  des  143  Français  établis  à  Tunis  :  Au  Consulat  général,  François 
Billon,  Vice-Consul;  Astoin-Sielve,  chancelier;  Frédéric  Lombard,  médecin;  Joseph 
Vernier,  secrétaire  particulier  du  Consulat;  Pierre  Gay,  commis  de  chancellerie,  au 
total,  7.  Agents  du  Consul  et  leur  famille  :  Côme  Botlari,  agent  consulaire  à  Bizerte, 
et  Jean  (Jaspary,  constructeur  à  La  Goulette,  au  total  :  23.  Négociants  reconnus,  4; 
autres  non  reconnus,  16.  Le  Père  Alexandre  de  Massignano  et  le  frère  Nicolas 
d'Ancône,  missionnaires  Capucins  (Italiens),  2.  Facteurs  du  commerce  et  aspirants, 
87.  Domestiques,  4.  Les  deux  Capucins  italiens  sont  comptés  parmi  les  Français  et 
non  parmi  les  Italiens. 


318  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  1814 

tains  vont  faire  la  pèche  du  corail.  Le  Bey  se  propose  de  faire  courir 
sur  les  pavîlloDS  des  différents  Étals  italiens. 

(A  failles  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

1022.  —  Paris,  20  mai  i  SI4.  —  Provisions  de  Consul  général  à 
Tunis  en  faveur  de  Jacques  Devoize  (3*  fois). 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 
LOUIS   XVllI   A   HAMOUDA,    BEY   DE   TUNIS. 

1023.  — PaHs,  20  mai  1814.  —  «  Illustre  et  magnifique  Seigneur, 
Dieu  a  daigné  mettre  un  terme  aux  discordes  et  aux  maux  qui  afilî- 

geaient  depuis  trop  longtemps  TEmpire  de  France.  Le  droit  de  noire 
naissance  et  les  lois  fondamentales  de  TÉtat  nous  ont  appelé  au  trône 
de  nos  ancêtres,  et  nous  avons  pris  les  rênes  de  TEmpire  français  au 
milieu  des  acclamations  de  nos  peuples,  qui  nous  ont  donné  les 
marques  les  plus  vraies  de  leur  respect  et  de  leur  amour  pour  notre 
personne  sacrée.  Dieu,  qui  lit  dans  tous  les  cœurs,  est  témoin  que  nous 
n'avons  d'autre  désir  que  de  marcher  sur  les  traces  de  nos  augustes 
aïeux. 

La  droiture  et  la  justice  seront  toujours  le  fondement  et  le  lien  de 
l'attachement  de  nos  sujets  comme  de  l'amitié  des  nations  étrangères. 

Nous  confirmons  d'autant  plus  volontiers  les  traités  qui  existent 
entre  la  France  et  la  Régence  de  Tunis  que  nous  sommes  convaincu 
que  vous  en  remplirez  fidèlement  les  conditions,  et  que  vous  rendrez  à 
notre  Couronne  impériale  et  à  nos  sujets  tout  ce  qui  peut  affermir  de 
plus  en  plus  la  paix,  l'amitié  et  la  correspondance  la  mieux  établie. 
C'est  dans  cette  confiance  que  nous  avons  voulu  vous  assurer  nous- 
même  de  notre  affection  et  haute  bienveillance. 

Nous  envoyons  nos  pleins  pouvoirs  au  sieur  Devoize,  que  nous  confir- 
mons dans  la  place  de  Consul  général  et  de  Chargé  de  nos  affaires 
auprès  de  vous  *.  Nous  lui  donnons  ordre  de  vous  présenter  celte  lettre 
et  nous  vous  requérons  d'ajouter  entière  foi  et  créance  à  tout  ce  qu'il 
vous  dira  en  notre  nom. 

Sur  ce,  nous  prions  Dieu  qu'il  vous  ait,  illustre  et  magniOque  Sei- 
gneur, en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 
TALLBYHAND   A   HAMOUDA,   BEY  DE  TUNIS. 

1024.  —  Paris,  le  25  mai  1814.--'  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

C'est  avec  la  plus  vive  satisfaction  et  au  milieu  de  l'allégresse  de  tous 
les  Français  que  je  vous  apprends  le  retour  de  Louis  XVIII  à  la  Couronne 

1.  Voy.  p.  520. 


[1814]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  819 

de  France.  Sa  Majesté  a  repris  les  rêaes  du  Gouvernement  selon  les 
droits  de  sa  naissance  et  à  la  satisfaction  entière  de  ses  sujets.  Ses 
qualités  personnelles  et  ses  hautes  vertus  sont  du  présage  le  plus 
heureux.  Sa  Majesté  Impériale  ayant  daigné  me  confier  le  Ministère  des 
affaires  étrangères,  je  désire  n'être  jamais  auprès  d'elle  que  l'interprète 
de  votre  attachement  envers  la  France,  et  l'organe  de  la  bienveillance 
de  Sa  Majesté  Impériale  dont  je  chercherai  toujours  à  vous  assurer  les 
marques.  C'est  tout  ce  qu'il  m'est  permis  d'ajouter  par  respect  pour 
les  nobles  caractères  de  Sa  Majesté  Impériale,  dont  je  vous  remets  la 
lettre  comme  le  signe  et  le  sceau  d'une  bonne  correspondance  dont 
il  ne  tiendra  qu'à  vous  de  rendre  les  liens  durables  et  les  effets 

heureux.  Je  suis,  etc.  »  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 

DEVOIZE   A   TALLEYRANO. 

1025.  —  Paris,  30  mai  1814,  —  «  ...  Le  Bey, constamment  assiégé 
par  nos  ennemis,  s*est  défendu  de  leurs  suggestions  et  nous  a  conservé 
son  amitié;  mais  le  régime  de  nos  douanes  a  porté  de  si  fréquentes  et 
de  si  vives  atteintes  aux  capitulations  de  1742,  et  par  conséquent  aux 
intérêts  de  ce  Prince,  propriétaire,  sous  le  nom  de  ses  ministres,  de 
plusieurs  cargaisons  expédiées  dans  nos  ports,  qu'il  en  est  résulté  une 
foule  de  réclamations  de  sa  part,  sur  lesquelles  je  n'ai  obtenu  aucune 
satisfaction.  L'intérêt  de  notre  commerce,  de  notre  navigation,  je  dois 
ajouter,  Thonneur  national,  exigent  que  ce  Prince  soit  amené  à  con- 
sentir l'exécution  littérale  du  traité  de  1742  et  des  additions  qu'en  ma 
qualité  de  Consul  j'y  fis  ajouter  sous  la  date  du  23  février  1802. 

Mais,  pour  décider  le  Prince  à  ce  sacrifice  (car  c'en  est  un  pour  ses 
finances),  il  est  indispensable  de  lui  promettre,  à  titre  de  récipro- 
cité, la  suppression  en  France  des  droits  de  douane  contraires  aux 
traités  *.  » 

Devoize  pense  qu'il  y  aura  lieu  de  faire  des  cadeaux  pour  se  confor- 
mer à  l'usage...  «  On  sait  qu'en  Barbarie  comme  dans  tout  l'Orient  les 
usages  font  loi,  et  que  nous  avons  intérêt  à  les  respecter  comme  le  plus 
solide  fondement  de  nos  privilèges...  » 

{Affaires  étrangères,  C""  de  Tunis,) 

TALLEYRAND   A   DEVOIZE. 

1026.  —  Paris,  20  juin  1 8 14,  —  «  Le  Ministre  de  la  marine  vient  de 
donner  des  ordres  pour  qu'il  soit  armé  une  frégate,  afin  de  vous  transpor- 
ter de  nouveau  à  Tunis.  Je  m'empresse  de  vous  en  prévenir  pour  que 
vous  vous  rendiez  sans  retard  à  Toulon. 

1.  Voy.  le  Tableau  de  perception  des  douanes^  et  des  articles  qui  devraient  jouir 
de  la  franchise  ou  de  modifications  de  droits,  d'après  le  traité  de  i74i.  {Affaires 
étrangères,  C*  de  Tunis,) 


530  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1814^ 

...  Vous  pouvez,  en  insistant  auprès  du  Bey  pour  obtenir  labolition 
des  droits  extraordinaires  dont  il  avait,  en  représailles,  frappé  notre 
commerce  et  notre  navigation  à  Tunis,  lui  donner  Tassurance  que  dos 
traités  avec  la  Régence  seront  à  l'avenir  plus  exactement  observés,  et 
vous  pouvez  compter  sur  une  observation  efficace  de  ma  part  dans 
toutes  les  circonstances  où  les  sujets  tunisiens  pourraient  avoir  à  élever 
de  justes  réclamations...  » 

Le  Ministre  s'en  remet  du  reste  entièrement  à  Texpérience  de  Dévoue; 
il  lui  rappelle  cependant  TafTaire  des  173,000  piastres  dont  leBeyesl 
reliquataire;  il  espère  queDevoize  réussira  à  convaincre  le  Bey  de  lin- 
convenance  de  ses  «  répétitions  ».  Il  Tinvite  en  outre  à  éluder,  autant 
qu'il  lui  sera  possible,  toutes  les  demandes  de  donatives  auxquelles  la 
restauration  du  pavillon  blanc  pourrait  donner  lieu. 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
BILLON   k  TAIXEVRAND. 

1027.  —  J'unis,  28  juin  1814,  —  Le  Consul  d'Angleterre  a  fait 
reconnaître  au  Bey  le  pavillon  hollandais,  en  lui  annonçant  que  cette 
nation  se  trouvait  dorénavant  placée  sous  la  protection  immédiate 
de  son  gouvernement.  Il  lui  a  annoncé  encore  qu'il  était  chargé  &. 
l'agence  de  S.  M.  l'Empereur  d'Autriche.  Le  Bey  refuse  de  conclure  la 
paix  avec  Naples...  «  L'esclavage  sera  maintenu  dans  ces  contrées,  si  les 
grandes  Puissances  ne  se  hâtent  de  jeter  un  regard  de  compassion  sur 
les  malheureuses  victimes  de  la  piraterie  des  Barbaresques.  Il  serait 
temps  que  le  nom  chrétien  cessât  d'être  ainsi  avili  et  outragé...  » 

[Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
BILLON   A   TALLEYRAND. 

1028.  —  Tunis,  30  juin  i  814.  —  Devoize  devant  retourner  à  son 
poste,  Billon  demande  un  congé  pour  passer  en  France.  Il  y  a  prèsdr 
douze  ans  que  Talleyrand  le  nomma  Vice-Consul  à  Tunis;  pendant  cinq 
ans  il  a  géré  le  Consulat.  Il  a  besoin  de  revoir  sa  famille,  et  de  mettre 
ordre  à  ses  affaires  particulières.  Son  père  et  son  oncle  sont  morts  en 
émigration,  son  frère  dans  l'expédition  de  Saint-Domingue.  Leurs  suc- 
cessions lui  sont  dévolues.  {Affaii^s  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

BILLON   A  TALLEYRAND. 

1029.  —  Tunis,  2  8  juillet  i  S  / 4.  —Billon  rend  compte  des  préparatifs 
de  défense  du  Bey  contre  les  Algériens,  et  réitère  sa  demande  de  congé, 
en  vue  de  la  prochaine  arrivée  du  Consul  Devoize.  On  insinue  au  Bpv 
que  Naples  ne  restera  pas  au  roi  Joachim,  mais  sera  de  nouveau  réuni 
avec  la  Sicile  sous  la  domination  de  la  maison  de  Bourbon.  Le  Bey 
se  refuse  toujours  k  conclure  la  paix  avec  Naples. 

(Affaires  étrangères,  C'»' de  Tunis] 


fi8l4!  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  821 

DEVOIZE   A   HAMOUDA,    BEY   DE   TUNIS. 

1030.  —  A  bord  de  la  Dryade^  La  Goulet  te  y  1 6  août  i8i4.  —  \\  s'at- 
tendait à  UD  bon  accueil,  mais  devant  l'interdiction  qui  lui  est  faite  de 
débarquer,  il  éprouve  une  humiliation  qui  est  une. insulte  à  son  souve- 
rain. «  Je  me  félicitais  de  devenir  encore  Torgane  auprès  de  Votre 
Excellence  des  sentiments  d'un  monarque  dont  j'ai  servi  la  dynastie 
dans  ma  jeunesse,  et  qui  m'en  avait  laissé  la  plus  honorable  récom- 
pense. Gomment  pouvez-vous  me  laisser  comme  un  malfaiteur  à  bord 
d'un  bâtiment?  Je  n'ai  pas  oublié  l'appui  qui  m'a  soutenu  contre  les 
opinions  déréglées  qui,  pendant  la  révolution,  avaient  corrompu 
jusqu'aux  Français  résidant  dans  vos  États,  contre  les  trames  d'un 
Envoyé  qui  m'avait  destitué.  J'ai  proclamé  partout  les  obligations  que 
de  ce  côté  j'avais  à  Votre  Excellence.  Je  n'ai  jamais  parlé  d'elle 
qu'avec  des  expressions  du  respect  qui  lui  est  dû.  Si  j'avais  quelques 
torts  envers  vous,  il  suffirait  de  me  les  faire  connaître  pour  me  faire 
employer  tous  les  moyens  de  les  réparer,  et  vous  me  les  ôtez  en 
m'écartant  de  vous  ignominieusement  avec  une  famille  toute  née  sous 
votre  pavillon. 

Reconnaissez  l'injustice  d'un  traitement  que  je  n*ai  jamais  mérité...  » 

(Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 
BILLON   A  TALLEYRAND. 

1031.  —  Tunis,  23  août  1814,  —  Il  a  à  rendre  compte  de  la  con- 
duite étrange  et  sans  exemple  que  le  Bey  vient  de  tenir  envers 
M.  Devoize,  qui  est  arrivé  en  rade  de  La  Goulette  le  12  août.  Billon  a 
sollicité  les  permis  nécessaires  pour  le- débarquement  de  ce  Consul,  de 
sa  femme  et  de  ses  deux  filles.  «  Le  Bey  a  demandé  à  voir  d'abord  le 
commandant  de  La  Dryade  ;  il  a  donné  cependant  l'ordre  aux  ports  de 
saluer  le  pavillon  de  Sa  Majesté.  Le  commandant,  accompagné  d'un 
officier  de  marine  et  du  gendre  de  Devoize,  ainsi  que  de  Billon,  se 
rendit  au  Bardo  le  14.  Le  Bey  remit  l'audience  au  lendemain  et  les 
reçut  fort  bien.  Il  a  déclaré  qu'il  avait  résolu  de  ne  point  admettre 
M.  le  Consul  général  Devoize  pour  de  simples  motifs  personnels  \  et 
comme  ayant  payé  par  des  ingratitudes  les  services  qu'il  pouvait  lui 
avoir  rendus  dans  le  temps,  surtout  celui  de  lui  avoir,  dit-il,  sauvé  la 
vie  pendant  la  révolution,  lorsqu'un  Envoyé  extraordinaire  cherchait  à 
l'opprimer...  Le  commandant  fit  comprendre  que  la  résolution  du  Bey 
tendait  à  humilier  le  Roi  dans  la  personne  de  son  représentant;  il  lui 

1.  Voy.  la  lettre  d'Hainouda-Bey  à  Devoize,  19  août  1814,  lui  déclarant  qu'il  ne 
répondra  pas  à  sa  demande  de  débarquement,  a  étant  prouvé  et  reconnu  qu'ils  ne 
peuvent  sympattiiser  ensemble  »,  —  et  la  correspondance  entre  Billon,  le  ch"  de 
Garât  et  Mariano  Stinca,  du  12  au  17  aoiH  1814.  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 


S22  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [iSUl 

dit  que  ce  n'était  point  dans  un  moment  où  les  quatre  grandes  Puis- 
sances de  TEurope  étaient  unies  avec  la  France  par  des  liens  durables 
et  prêtes  à  la  soutenir  en  toute  occasion  que  le  Bey  devait  prendre  une 
mesure  semblable...  Le  Bey  persista  dans  son  refus...  S'il  avait  pa 
prévoir  le  retour  de  Devoize  à  Tunis,  il  aurait  écrit  en  France  pour  le 

prévenir...  »  (A flaires  étrangères,  C^ de  Tunis.) 

DEVOIZE   A    TALLEYRAND. 

1032.  — Rade  de  Foulon,  /•'  septembre  I SI4.  —  Il  annonce  son 
retour  en  France  et  Tenvoi  d'un  rapport  circonstancié  sur  les  causes  de 
son  départ.  Il  conseille  d'envoyer  à  Tunis  une  division  sous  les  ordres 
du  baron  de  Saizieu,  capitaine  de  vaisseau  ',  pour  prouver  au  Beyqoe 
la  marine  française  n'est  pas  encore  anéantie.  Une  frégate  sufBrait  pour 
empêcher  les  bâtiments  de  guerre  de  la  Régence,  désarmés  à  LaGoo- 

lette,  de  prendre  la  mer.  {Affaires  étrangères,  C-  de  Tunis.) 

DEVOIZE   A  TAIXEYRAND. 

1033.  —  Lazaret  de  Toulon,  5  septembre  I S 14.  —  Il  lui  rend  compte 
de  l'impossibilité  dans  laquelle  il  s'est  trouvé  de  reprendre  possessioD 
de  son  poste.  Au  reproche  que  le  Bey  lui  a  adressé  de  l'avoir  trompé,  eD 
lui  parlant  d'une  manière  et  en  écrivant  au  gouvernement  d'une 
autre,  Devoize  répond  en  ces  termes  :  «  Comment  le  Bey  a-t-il  été 
informé  de  ce  que  j'ai  pu  écrire  au  gouvernement  de  sa  cupidité,  de 
ses  injustes  prétentions,  etc.,  lorsqu'il  m'en  a  fourni  le  motif?  Il  serait 
bien  dur  d'avoir  à  en  soupçonner  le  seul  confident  de  ma  correspon- 
dance. »  ...  Le  19,  M.  Gay,  premier  médecin  du  Bey,  est  venu  abord, 
par  une  sorte  d'invitation  de  ce  Prince,  qui  lui  a  dit  :  —  Tu  ne  Tas 
donc  pas  voir  le  Consul?  c'est  ton  ami.  —  Je  ne  l'ai  pas  osé,  parce  qui) 
vous  a  déplu.  —  Va,  et  fais-lui  mes  compliments.  —  Le  Sahib-Tapay 
joignit  les  siens.  M.  Gay  en  lira  le  meilleur  augure,  et  il  m'apprit  que 
l'affaire  des  6,000  fusils  et  des  doubles  rançons,  envenimée  par  le 
Consul  de  Hollande,  formait  le  premier  nœud  de  Tintrigue  ourdie 
contre  moi  en  mon  absence...  » 

Il  attribue  ces  calomnies  en  partie  au  sieur  Nyssen,  Consul  de  Hol- 
lande, «  qui  a  souvent  prostitué  sa  plume  à  servir  le  ressentimeDt  da 
Prince...  »  Il  cite  le  cas  de  M.  Magra,  Consul  anglais,  &  qui  l'on  renvoya 
une  lettre  du  Bey,  de  l'écriture  de  Nyssen... 

i.  Louis-Pierre-François-Richard-Barlhélemy,  baron  de  Saizieu,  l'un  des  trois  fils 
de  Tancien  Consul  général  de  France  à  Tunis,  né  dans  cette  ville  en  1713,  aspirant 
de  marine  en  1192,  enseigne  de  vaisseau  en  1795,  lieutenant  en  1802,  capitaine  de 
frégate  en  1803,  capitaine  de  vaisseau  en  1809,  retraité  en  1816.  Il  avait  reçu,  au  siège 
de  Malte,  une  balle  qui  lui  avait  traversé  la  poitrine  de  part  en  part.  Le  général 
de  Vaubois  lui  avait  remis  à  cette  occasion  un  fusil  d'honneur. 


[1814  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  533 

«  Après  la  réunion  de  la  Hollande,  M.  Nyssen  pria  M.  de  Winler  de 
solliciter  pour  lui  le  Consulat  de  Tunis.  Cet  amiral  voulut  s'assurer, 
avant  de  faire  cette  démarche,  si  je  voulais  quitter  le  service.  Ce  fait 
est  à  la  connaissance  de  M.  d'Hauterive  *.  M.  Nyssen,  apprenant  que  je 
ne  songeais  pas  à  ma  retraite,  imagina  alors  de  faire  servir  le  Bey  à 
son  ambition  de  me  succéder... 

Les  plaintes  du  Bey  n'ont  été  qu'un  moyen  de  détourner  l'attention 
du  brigandage  qu'il  a  exercé,  sitôt  après  mon  départ,  sur  les  prises 
que  les  corsaires  français  ont  conduites  dans  les  ports  de  sa  domina- 
tion, brigandage  tel  qu'il  a  presque  dévoré  tout  le  fruit  de  leurs  croi- 
sières. »  Au  fond  le  Bey  a  peur  des  réclamations  très  sérieuses  que 
Devoize  pourrait  appuyer,  et  croit  que  la  marine  française  n'existe 
plus.  Il  a  outragé  Sa  Majesté  dans  son  représentant.  11  a  compté  sur  son 
impuissance  de  le  châtier.  En  voyant  tant  d'arrogance  et  si  peu  de 
moyens,  on  ne  peut  se  défendre  d'un  mouvement  d'indignation  et  de 
pitié...  6,000  Français  qui  débarqueraient  au  sud  et  au  nord,  tout  près 
de  La  Goulette,  s'empareraient  facilement  de  ce  poste  et  iraient  atta- 
quer le  Bey  dans  un  palais  presque  sans  défense.  Il  ne  pourrait 
emporter  ses  trésors,  qui  lui  seraient  ravis  par  les  Arabes  des  mon- 
tagnes, et  cette  leçon  très  facile  à  donner  au  Bey  replacerait  la  France 
au  rang  qu'elle  a  toujours  occupé  à  Tunis. 

Devoize  montre  ensuite  «  quel  est  l'ingrat  que  le  Bey  a  comblé  de 
ses  bienfaits  ».  Il  n'a  jamais  reçu  le  moindre  cadeau  de  lui.  Ses  bien- 
faits étaient  des  démonstrations  publiques  mais  très  stériles  de  son 
estime...  Pour  donner  une  idée  de  la  délicatesse  du  Bey,  il  cite  l'histoire 
des  commissions  qu'il  fit  exécuter  en  l'an  X,  à  Saint-Étienne,  pour  le 
Bey,  à  Lyon,  pour  sa  sœur  la  princesse  Cadoucha,  soit  au  total  11,000  fr. 
que  le  Bey  et  la  princesse  ne  lui  ont  jamais  remboursés. 

Un  des  bienfaits  de  ce  Prince  a  été  de  le  retenir  prisonnier  en 
l'an  VII,  dans  son  hôtel,  avec  toute  sa  famille  pendant  vingt-deux 
mois,  tandis  que  son  collègue  Moltedo  ne  subit  à  Alger  qu'une  déten- 
tion de  sept  jours.  A  cette  occasion,  le  Bey  lui  a  volé  deux  chevaux 
et  une  mule.  «  Pardonnez-moi,  Monseigneur,  ces  détails.  Le  vice  d'in- 
gratitude dont  je  suis  accusé  est  si  hideux  que  je  n'ai  pu  résister  au 

1.  Alexandre-Maurice  Blanc  de  Lanautte,  comte  d'Hauterive,  professeur  d'histoire 
à  rOratoire,  puis  attaché  d'ambassdde  à  Constantinople  en  1183,  secrétaire  de 
rhospodar  de  .Moldavie  de  1785  à  1791,  Consul  à  New-York  en  1793,  destitué  la 
même  année,  chef  de  la  division  du  midi  au  Ministère  des  Affaires  étrangères  en  1799, 
conseiller  d'Ëlat  en  1805,  Garde  des  archives  des  Affaires  étrangères  en  1807,  chargé 
de  l'intérim  du  Ministère  en  1814  et  1818,  pendant  les  Congrès  de  ChÀtiilon  et 
d'Aix-la-Chapelle,  décédé  en  1830. 


-S24  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [ISi* 

•devoir  de  m*en  justifier.  Le  24  courant,  je  conduirai  ma  famille  à  VoiroD, 
où  j'attendrai  les  ordres  du  Ministre.  » 

(Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 
ASTOIN-SIELVE  *    AU    C^«   DE   JAUCOURT  *. 

1034.  —  Tunisy  12  septembre  1814.  —  Il  annonce  le  départ  dr 
Billon,  élève  Vice-Consul,  ainsi  que  du  médecin  de  la  nation  française, 
'M.  Frédéric  Lombard,  de  Strasbourg. 

(Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
DBVOIZE   AU   C^  DE   JAl'COL'RT. 

1035.  —  Lazaret  de  Toulon,  16  septembre  I  Si4.  —  Il  faut  mettre  un 
frein  aux  intrigues  des  négociants  de  cette  Échelle.  L'appât  d'une 
commission  les  met  à  la  dévotion  du  Bey  et  de  ses  ministres.  «lise: 
entretiennent  l'avidité  en  provoquant  leurs  spéculations  au  détrimeiii 
de  celles  de  leurs  collègues.  On  conçoit  que  nos  établissements  à  Im 
ne  peuvent  soutenir  une  semblable  concurrence,  et  que  le  commem 
<le  cette  ville,  si  avantageux  autrefois  pour  la  place  de  Marseille,  est 
menacé  de  passer  tout  entier  dans  les  mains  des  Tunisiens. 

La  correspondance  des  négociants  français  avec  les  laioistres  dj 
Bey  présente  le  grave  inconvénient  d'instruire  ce  Prince,  soit  en  poli 
tique,  soit  en  commerce,  de  ce  que  souvent  nous  serions  iotéressési 
leur  laisser  ignorer.  C'est  la  révolution  qui  a  amené  ce  désordre  dans 
la  police  de  TÊchelle.  Une  sage  et  ancienne  ordonnance  interdi>ai' 
toute  communication  d'un  Français  avec  le  Bardo,  sans  en  avoir  m 
permission  expresse  du  Consul,  et  la  résidence  des  négociants  sur 
rÉchelle  était  fixée  à  dix  ans...  » 

Devoize  conseille  d'ordonner  à  la  maison  Fuzier  de  cesser  toole 
relation  avec  Tunis  et  de  rembouser  les  65,000  piastres  de  frais  occa- 
sionnés à  l'occasion  des  6,000  fusils  achetés  par  le  Prince,  ce  qui  pousst 
<:e  dernier  à  retenir  125,000  piastres  dues  par  lui  à  la  maison  Âguilloo. 
armateur  de  Toulon,  et  48,000  piastres  dues  au  sieur  Pontus,  au  total 

173,000  piastres.  (Affaires  étrangères,  C>«'  de  Tunis.) 

ASTOIN-SIELVE   AU   C^  DE   JAUCOURT. 

1036.  —  7  unis,  16  septembre  1 S 14,  —  «  Je  me  hâte  d'annoncer  à 
Votre  Excellence  que  le  Bey  Hamouda-Pacha  est  mort  hier  au  soir,  à 

1.  Billon  avait  obtenu  de  Devoize,  le  21  août  1814,  rautorisation  de  prendre  ud 
-conpé  et  de  remettre  son  service  au  chancelier-interprète  Asloin-Sielve,  dont  on  a 
parié  plus  haut. 

2.  Arnal-François  comte  de  Jaucourt,  colonel  de  dragons  à  l'époque  delaReT""- 
lution,  député  à  rAssemblée  législative,  émigré  en  Angleterre  et  en  Suisse,  membrt 
<iu  Tribunal,  pair  de  France  sous  la  Restauration  et  Minisire  des  Affaires  étran- 
gères du  11  septembre  1814  au  20  mars  l8lo.  11  fut  ensuite  Ministre  de  la  manne 
et  lieutenant  général  du  roi. 


[1814]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  525- 

sept  heures,  d'une  attaque  d'apoplexie  foudroyante.  Les  Princes  de  la 
famille  se  sont  réunis  et  ont  choisi  pour  son  successeur  son  frère 
puiné  Sidi  Othman.  Aucun  trouble  ne  s'est  produit,  grâce  aux  mesures^ 

de  police  qui  ont  été  prises  ^  {Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis.) 

ASTOIN-SIELVE   AU   C'«  DE   JADCOURT. 

1037.  —  Tunis,  21  septembre  i  814,  —  Il  donne  des  détails  sur  les- 
événements  qui  se  sont  passés  à  la  mort  du  Bey.  «Le  15,  k  sept  heures 
du  soir,  une  attaque  d'apoplexie  a  terminé  ses  jours  dans  quelques 
minutes,  malgré  tous  les  secours  de  Tart,  et  en  présence  des  Grand» 
du  royaume  rassemblés  chez  lui  à  son  coucher  pour  célébrer  le  lende- 
main la  fête  du  premier  Beïram.  Le  trône  fut  offert,  à  l'instant  même 
du  décès,  à  Sidi  Mahmoud  et  ensuite  à  Sidi  Ismaïl,  Beys,  cousins  du 
défunt  et  prétendants,  qui  le  refusèrent  et  sollicitèrent  Sidi  Othman^ 
frère  d'Hamouda-Pacha,  de  Taccepter...  Celui-ci  prit  possession  du- 
trône,  en  s'asseyant  sur  le  même  fauteuil  d'où  le  défunt  venait  d'être^ 
enlevé...  Cet  événement  ne  fut  connu  dans  la  ville  de  Tunis  et  dans  le 
Bardo  même  qu'après  que  l'on  eut  pris  les  mesures  les  plus  sages... 

Le  lendemain  le  corps  d'Hamouda-Pacha  fut  transporté  en  grande 
pompe  à  Tunis  et  déposé  auprès  de  son  père  Ali-Bey;  les  canons- 
annoncèrent  Tavènement  du  nouveau  Prince,  et  tous  les  Consuls  arbo- 
rèrent leurs  pavillons. 

Le  surlendemain,  le  canon  annonça  la  cérémonie  du  baisemain^ 
Sielve,  accompagné  de  tous  les  Français,  eut  le  pas  sur  tous  les  Consuls 
des  autres  Puissances  européennes,  en  conformité  des  traités. 

Le  Prince  défunt  Hamouda  possédait  de  grandes  connaissances  rela- 
tives à  son  royaume  et  à  ses  sujets,  un  coup  d'œil  pénétrant,  des  idées- 
justes,  un  caractère  ferme...  Sidi  Othman  est  moins  sévère  peut-être 
dans  ses  principes;  il  a  déjà  proposé  de  faire  la  paix  avec  les  Algériens. 
Son  fils  aîné,  Sidi  Salah,  âgé  de  trente-deux  ans,  relégué  depuis  sa  nais- 
sance dans  son  palais,  annonce  un  successeur  digne  de  son  père  et  de- 
son  oncle.  Le  Bey  actuel  a  deux  autres  fils,  Sidi  Ali,  âgé  de  vingt-cinq 
ans,  et  Sidi  Hossein,  âgé  de  huit  ans.  Les  tribus  arabes  et  les  régiments^ 
turcs  ont  prêté  serment.  Othman-Bey  et  son  fils  ont  été  jusqu'ici  favo- 
rables aux  chrétiens.  Rien  n'est  encore  changé  dans  l'administration...  »- 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

i.  Hamouda-Pacha  avait  régné  pendant  3â  ans.  On  verra  plus  loin  qu'il  mourut, 
non  d'une  attaque  d'apoplexie,  mais  d'un  breuvage  empoisonné  que  lui  fit  prendre* 
Mariano  Stinca,  son  secrétaire  des  commandements.  Voy.  sur  le  caractère  de  ce 
Prince  et  sur  son  entourage  Nouceau  xwyage  à  Tunis,  par  Thomas  Maggill,  traduit. 
de  l'anglais  par  Ragueneau  de  la  Chaisnaye,  p.  13  et  suiv.  (Paris,  1815).  —  Voy.. 
aussi,  sur  la  transmission  du  pouvoir  à  Sidi  Othman  son  frère,  les  Annales  tuni- 
siennes, p.  280. 


^26       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS    [181  i; 

DEVOIZE    A   TALl.EYRAND. 

1038.  —  Lazaret  de  Toulon^  2  i  septembre  I S 14.  —  Il  lui  annonce  k 
mort  du  Bey  Hamouda.  «  Son  successeur  Sidi  Olhman,  âgé  de  cinquanU- 
deux  à  cinquante-quatre  ans,  est  un  Prince  sans  talent  pour  régner, 
ayant  toujours  vécu  dans  une  sorte  d'obscurité,  tenu  éloigné  des 
affaires,  couvert  de  dettes,  et  empruntant  sur  gages. 

Si  le  Prince  s'abandonne  au  Sahib-Tapa,  il  lui  inspirera  les  mmt^ 
maximes  que  celles  de  son  maître,  et  fînira  peut-être  par  cabalerpou: 
le  détrônera  II  est  fâcheux  que  le  Bey  soit  mort  sans  avoir  reçu  laleroi 
qu'il  méritait  et  qui  seule  pourrait,  même  sous  le  nouveau  règoe. 
rétablir  nos  relations  dans  ce  royaume  sur  un  pied  respectable,  si  le 
Sahib-Tapa  y  conserve  son  influence.  Le  moment  est  bien  favorable 
pour  opérer,  avec  une  simple  apparition  de  forces  un  peu  imposantes 
une  diversion  qui  permettrait  aux  partisans  de  la  France,  en  bon  nombre 
parmi  les  Grands,  de  se  montrer...  »  Il  attendra  les  ordres  du  Minislreâ 

Marseille.  {Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

LE   C^   DE   JAIXOURT  A   DEVOIZE. 

1039.  —  PariSf  7  octobre  i  SI4,  —  Il  a  engagé  le  Minisire  delà 
marine  â  faire  paraître  sur  les  côtes  de  Tunis  Tescadre  du  Roi  deslioce 
à  former  une  station  dans  la  Méditerranée.  Il  invite  de  nouveau 
Devoize  à  venir  à  Paris  sans  délai,  pour  s^entretenir  avec  lui  des 

affaires  de  la  Régence.  (Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 

ASTOIN-SIELVE   AC    C**^  DE  JAUCOLRT. 

1040.—  Tunis,  4  7  octobre  4  S  J4.  —  iOe  bateaux  ont  fait  lapêcbe 
du  corail,  qui  rendra  4,500,000  fr.  au  royaume  de  Naples.  C'est  un  agent 
du  Consul  de  Naples  â  Tabarque  qui  fait  les  expéditions. 

{Affaires  étrangè9*es,  C***  de  Tunis.) 
LE    C"'   DE  JAUCOIRT   A   ASTOIN-SIELVE. 

1041.  —  Paris,  28  octobre  1814.  — a.  Votre  lettre  du  16  septembre, 
par  laquelle  vous  annoncez  la  mort  inopinée  du  Bey  Hamouda-Pacha,^ 
été  mise  sous  les  yeux  du  Roi.  Quoiqu*Hamouda-Pacha  ait  récemmeot 
refusé  de  recevoir  la  personne  qui  lui  était  envoyée  en  qualité  de  Chargé 
d'affaires  et  Consul  général  du  Roi,  et  qu'il  ait  ainsi  manqué  au  respect 
et  à  Tamitié  que  ses  prédécesseurs  et  lui-même  avaient  toujours  témoi- 
gnés envers  la  Couronne  de  France,  cependant  Sa  Majesté  a  donné  des 
regrets  à  la  mort  de  ce  Prince,  persuadée  qu'il  ne  s'était  laissé  aller  à 
une  démarche  aussi  inconsidérée  que  par  des  suggestions  étrangères,  el 
qu'il  se  serait  montré  disposé  à  réparer  bientôt  Toffensc  qu'emporte 
avec  lui  un  semblable  procédé. 

1.  Voy.  la  lettre  tiu  30  janvier  1815,  p.  533. 


[1814]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  527 

Le  Priace  a  sacrifié  à  la  satisfaction  d'une  vengeance  personnelle  le 
respect  et  les  égards  qu'il  devait  à  Sa  Majesté...  Ses  griefs  reposent  sur 
des  imputations  vagues.  Devoize  a  eu  une  conduite  honorable  pendant 
trente-six  ans,  dont  dix-neuf  à  Tunis;  on  est  donc  amené  à  poser  le 
dilemme  : 

Où  ce  Prince  aurait  eu  Tintention  formelle  d'offenser  le  Roi  dans  la 
personne  de  son  agent,  ou  bien,  trompé  par  d*obscures  intrigues,  il  se 
serait  laissé  aller  à  une  résolution  dont  il  a  méconnu  les  véritables  con- 
séquences... )>  Le  Ministre  ne  croit  pas  possible  de  s'arrêter  à  la  pre- 
mière supposition,  et  considère  la  seconde  comme  fondée,  en  désignant 
en  termes  voilés  Nyssen  comme  l'auteur  de  l'intrigue. 

a  La  sagesse  du  Roi  lui  a  fait  connaître  que  la  modération  ajoute  à 
la  puissance,  et  Sa  Majesté  ne  s'éloignera  pas  à  l'égard  de  l'Etat  de  Tunis 
de  cette  maxime,  dont  la  vérité  lui  est  constatée  tous  les  jours  par  l'ex- 
périence. Ainsi,  la  mort  d'Hamouda-Pacha  pourra  éteindre  le  souvenir 
de  ce  qui  s'est  passé,  mais  j'aime  à  croire  toutefois  que  le  Bey  actuel, 
Sidi  Othman,  s'empressera  de  témoigner  le  regret  qu'a  dû  lui  faire 
éprouver  la  résolution  funeste  prise  par  son  prédécesseur  contre 
l'Envoyé  du  Roi,  qu'il  fera  connaître  ses  vrais  sentiments  et  le  désir 
qu'il  a  sans  doute  de  voir  se  rétablir  les  anciennes  relations  d'amitié 
qui  ont  toujours  subsisté  entre  la  France  et  l'État  qu'il  est  appelé  à 
gouverner.  Il  ne  peut  bien  manifester  ces  louables  intentions  qu'en 
demandant  lui-même  le  retour  de  M.  Devoize  à  Tunis.  Vous  êtes  auto- 
risé, Monsieur,  à  faire  au  gouvernement  de  Tunis  une  communication 
conforme  à  la  présente  dépêche.  Vous  demanderez  une  prompte  déter- 
mination, et  j'attendrai  votre  réponse  pour  prendre  les  ordres  définitifs 
de  Sa  Majesté.  Si  le  nouveau  Bey  avait  fait  ou  se  disposait  à  faire 
quelques  ouvertures  qui  eussent  pour  objet  de  provoquer  le  retour  de 
M.  Devoize  à  Tunis,  vous  vous  abstiendriez  de  toute  démarche  et  vous 
vous  borneriez  à  me  rendre  compte  de  Tétat  des  choses.  » 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
DEVOIZE   AU    C^''   DE  JAUCOURT. 

1042.  —  PariSy  II  novembre  1814.  —  «  Il  existe  à  Marseille  un 
M.  Charles  Nyssen,  portant  titre  de  Yicc-Gonsul  de  Hollande  à  Alger.  Il 
est  frère  de  M.  Antoine  Nyssen,  Consul  de  Hollande  à  Tunis.  Ce  dernier 
est  bien  connu  pour  être  l'ennemi  le  plus  éhonté  du  nom  français,  et 
l'instigateur  principal,  par  ses  intrigues,  du  refus  du  Bey  de  me  recevoir. 

M.  Charles  Nyssen  habite  Marseille  depuis  environ  dix  ans;  il  n'y 
occupe  aucun  poste,  il  n'y  fait  aucun  commerce;  il  n'a  pas  de  fortune. 
Il  parait  n'avoir  d'autre  état  que  celui  d'entretenir  une  correspondance 


528  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i8H 

régulière  d'espionnage  avec  son  frère,  qui  s*empresse  (surtout  lors- 
qu'elles  ne  sont  pas  favorables  à  la  France)  de  les  répandre  dans  une 
cour  à  laquelle  il  est  bassement  dévoué... 

Le  séjour  d'un  étranger  pendant  dix  ans  dans  un  port  de  mer,  sans 
motif  apparent  d'intérêt  ni  de  santé,  est  bien  fait  pour  attirer  lalten- 
tiou  et  la  vigilance  de  la  police  de  Marseille.  M.  Charles  N3'sseQ,  à  «e 
que  m'a  mandé  M.  Famin,  agent  du  Ministère',  s'est  fort  égayé  de 
l'insulte  faite  par  le  Bey  de  Tunis  au  pavillon  de  Sa  Majesté,  CDlui 

refusant  le  salut...  »>  [Affaires  élrangèrrs,  C"  de  Tunu.) 

0THMA7I,    BEY   DE   TIMS,    A   LOUIS  XVUI  '. 

1043.  —  Tunis,  décembre  I S  11.  —  «  Parla  faveur  du  Très-Haut, 
Celle  lettre  affectueuse  est  adressée  par  nous  à  l'Empereur  de  Fram  e, 
la  gloire  des  Princes  qui  professent  la  religion  du  Messie,  l'honneur  des 
souverains  des  peuples  chrétiens,  notre  très  estimé,  très  honoré,  très 
magnifique,  très  sincère,  très  fidèle  et  très  grand  ami. 

L'objet  de  celte  lettre  amicale  est  de  lui  annoncer  que,  dans  res 
temps  fortunés,  la  volonté  toute- puissante  de  Dieu  ayant  fixé  le  terme 
de  la  vie  de  noire  frère  Hamouda-Pacha,  Son  Altesse  a  cédé  aux  ordres 
de  la  destinée,  et  a  passé  dans  le  royaume  éternel.  En  conséquence,  les 
membres  du  Divan  et  les  chefs  de  la  glorieuse  milice  de  Tunis  la  bien 
défendue,  unis  par  le  même  sentiment,  nous  ayant  appelé  à  hériter  da 
gouvernement  de  celle  Régence  victorieuse,  nous  avons  pris,  dans  les 
formes  d'usage,  possession  de  celle  dignité  héréditaire  et  méritée,  le 
vendredi  1*'  du  mois  de  Choual  de  cette  année  1229.  En  vous  faisaol 
connaître  notre  heureux  avènement,  très  honoré  et  très  grand  ami. 
nous  devons  vous  donner  l'assurance  que  nous  maintiendrons  et  respec- 
terons avec  soin  la  paix  et  la  bonne  intelligence  qui  subsistent  depuis 
longtemps  entre  vous  et  la  glorieuse  Régence;  et  c'est  pour  donner  une 
force  nouvelle  à  nos  liaisons  et  à  notre  amitié  que  nous  vous  avoos 
écrit  et  fait  transmettre  celle  lettre  affectueuse.  L'état  présent  des 
choses  vous  étant  connu  par  celte  lettre  amicale,  nous  espérons  et 
désirons  ardemment  que  vous  ne  nous  priviez  point  de  votre  amiliéel 
que  vous  ne  nous  éloigniez  pas  de  voire  cœur.  » 

{Sceau)  {A /faire t  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  266. 

2.  Colto  letlre  avait  d'abord  été  remise  an  Vire-Consul  de  France  le  24  septem- 
bre 18U,  et  avait  été  refuséi\  —  Voy.  la  lettre  d'Astoin-Sieive  à  .Mariano  Slina. 
25  soploiiibrc  1814  :  -  ...  J'ai  bien  rev"  la  lettre  que  vous  m'avez  Tait  adresser  pour 
S.  M.  J'ai  été  bien  surpris  de  voir  qu'on  ne  donne  à  mon  souverain  que  le  titre  dt 
Kral  au  lieu  de  Padischaii  (|u'on  a  toujours  donné  aux  rois  de  France,  tant  àCon^• 
tantinople  qu'ici  et  À  Alger.  Cvt  chanf^'ement  me  faisant  craindre  que  cette  lettre 
ne  soit  pas  reçue  par  ma  Cour,  je  crois  devoir  vous  la  renvoyer...  • 


[1814]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  529 

1044.  —  Païis^  20  décembre  1814,  —  Provisions  de  Consul  général 
à  Tunis  en  faveur  de  Jacques  Devoize  (4°  fois). 

(Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis.) 
ASTOIN-SIELVE   AU   C^*   DE   JAUCOURT. 

1045.  —  Tunis ^  23  décembre  1814.  —  «  Dans  la  nuit  du  20  au  21  de 
ce  mois,  Sidi  Mahmoud,  cousin  du  Bey  Sidi  Othman,  aidé  de  son  frère 
Sidi  Ismaïl  et  de  ses  deux  fils  Sidi  Hossein  et  Sidi  Mustapha,  avec  une 
centaine  de  conjurés,  prit  les  armes  et  marcha  droit  aux  appartements 
du  Bey.  Ce  Prince  se  trouvait  incommodé,  depuis  quelques  jours,  d'une 
forte  tumeur  qui  lui  était  sortie  au  col.  A  peine  avait-on  terminé  de  le 
panser  que  Sidi  Mahmoud  entra,  et  lui  lâcha  un  coup  de  pistolet  qui  le 
renversa.  Il  ordonna  ensuite  qu^on  lui  coupât  la  tête.  Pendant  que  Sidi 
Mahmoud  avec  une  partie  des  conjurés  était  à  opérer  dans  les  apparte- 
ments du  Bey,  son  fils  aîné,  Sidi  Hossein,  cherchait  â  s'introduire  dans 
ceux  de  ses  cousins  Sidi  Salah  et  Sidi  Ali.  Ceux-ci  n'eurent  que  la  fuite 
pour  échapper  h  la  mort  qui  les  attendait.  Us  forcèrent,  le  pistolet  â  la 
gorge,  pour  effectuer  leur  projet,  un  renégat  maltais,  qui  se  trouvait 
apparemment  de  garde  près  de  leurs  appartements,  de  les  aider  à 
s'évader  par  le  moyen  d'une  corde  qu'on  lui  fit  attacher  en  dehors  de 
la  fenêtre.  Ce  malheureux  reçut  mille  coups  de  bâton  pour  avoir  fait 
échapper  ces  deux  Princes.  Ils  vinrent  de  suite  se  présenter  aux  portes 
de  la  ville  où  on  leur  refusa  l'entrée;  ils  promirent  beaucoup  d'argent 
aux  Turcs  qui  s'y  trouvaient  de  garde,  mais  ceux-ci  n'épousèrent  point 
leur  querelle,  parce  qu'ils  voyaient  bien  qu'ils  leur  promettaient  ce 
qu'ils  n'étaient  plus  dans  le  cas  de  leur  donner.  D'ailleurs  les  Turcs 
n'étaient  nullement  portés  pour  cette  famille  ^ 

Us  vinrent  alors  à  la  Marine  et  s'embarquèrent  dans  un  sandal  pour 
se  rendre  à  La  Goulette,  dans  l'espoir  de  se  sauver  à  bord  de  quelque 
bâtiment.  Ils  y  arrivèrent  au  point  du  jour  et  le  gouverneur,  qui  avait 
été  prévenu  par  un  exprès  de  ce  qui  s'était  passé,  les  fit  entrer  dans  sa 
maison;  mais  peu  de  temps  après,  plus  de  150  cavaliers  arabes  vinrent 
pour  les  prendre.  Us  leur  lièrent  les  mains  derrière  le  dos  et  les  condui- 
sirent par  terre  au  Bardo,  lorsque  Sidi  Hossein,  qui  se  rendait  à  La  Gou- 
lette pour  les  faire  supplicier^  les  rencontra  à  moitié  chemin  et  leur  fit 
trancher  la  tête  et  la  première  forteresse.  Ainsi  ces  deux  malheureux 
Princes  n'ont  retardé  que  de  quelques  heures  la  mort  qu'il  leur  était 
presque  impossible  d'éviter  ^  Sidi  Mahmoud,  aussitôt  après  l'assas- 

1.  Voy.  sur  celle  révolulion  de  palais  Annales  tunisiennes,  p.  291. 

2.  Avec  eux  s'éleignit  la  branche  cadellc  des  Hossein-ben^Ali,  el  le  gouvernement 
de  la  Régence  tunisienne  revint  à  la  branche  a|née,  qui  en  avait  élé  dépouillée 
depuis  le  règne  d'AIi-Bey. 

34 


530  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [181i] 

sinat  de  son  cousin,  se  plaça  sur  le  trône  et  fit  appeler  le  sieur  Mariano 
Stinca,  et,  après  lui  avoir  fait  de  violents  reproches  sur  la  manièrf 
dont  il  s*était  comporté  envers  les  Princes  de  la  famille  et  même  envers 
les  chrétiens,  et  lui  avoir  fait  avouer  qu*un  médecin  renié,  Véuilien  '.  d 
lui  avaient  empoisonné  Sidi  Hamouda-Bey,  il  lui  fit  couper  )a  tète,  b 
médecin  renié  fut  aussitôt  assassiné.  Ces  deux  êtres  ont  reçu  le  jusU 
prix  qu'ils  méritaient  pour  les  méfaits  qu'ils  avaient  commis.  Sidi  Oth- 
man  n*a  point  eu  de  parti  en  sa  faveur;  le  généralissime  des  armées 
tunisiennes  et  trois  reniés  seulement  se  battirent  contre  les  coDspira- 
teurs...  Le  nouveau  Bey  leur  pardonna.  On  avait  pris  des  mesures  pour 
maintenir  l'ordre  dans  la  ville,  et  les  Turcs  avaient  reçu  6  sequini 
d'augmentation  pour  qu'ils  restassent  tranquilles... 

Cet  événement  s'est  passé  avec  la  plus  grande  tranquillité  pour  là 
ville  et  pour  le  pays,  n'y  ayant  eu  personne  qui  ait  voulu  se  déclarer 
en  faveur  de  Sidi  Othman  et  de  ses  enfants.  11  a  mis  fin  à  la  branche 
cadette  issue  d'Ali-Bey,  qui  avait  usurpé  Tautorité  sur  celle  de  Mohain 
med-Bey  qui  était  Talné.Toutle  monde  en  général,  soit  Turcs,  GolouL'ih 
ou  fils  de  Turcs,  Maures,  Arabes,  etc.^a  été  content  de  ce  changement, 
ayant  toujours  vu  avec  chagrin  le  trône  occupé  par  des  Princes  qu'on 
traitait  d'usurpateurs  *. 

Ce  changement  de  règne  ne  peut  que  nous  être  favorable,  le  nouveau 
Prince  et  son  frère  ayant  été  constamment  les  amis  et  les  partisans  ic 
la  France,  et  ayant  donné  dans  toutes  les  occasions  des  marques  d'inté- 
rêt et  de  bienveillance  aux  négociants  et  autres  Français.  Ils  ont  toujours 
honoré  de  leur  estime  et  de  leur  amitié  M.  Devoize.  Sidi  Ismaîleua 
donné  un  témoignagne  public  le  :21,  dans  l'audience  que  j'ai  eue  de  lui 
après  le  baisemain  du  Bey  et  des  deux  Princes  ses  fils,  &  laquelle jai 
été  introduit  à  la  tele  du  corps  de  la  nation  et  précédant  tous  les  Con- 
suls. Après  lui  avoir  fait  mon  compliment  et  lui  avoir  présenté  tous  le> 
Français  qui  m'accompagnaient,  il  me  demanda  à  haute  voix,  de  maniènr 
à  être  entendu  de  tous  les  assistants,  des  nouvelles  de  son  grand  ami. 
M.  Devoize,  ajouta  qu'il  savait  qu'il  devait  revenir,  et  tînit  par  me  dirt* 
de  lui  écrire  de  hâter  son  retour;  et  entendant  Sidi  Youssuf-Khodja,  ci- 
devant  Sahib-Tapa  et  actuellement  Khaznadar,  répéter  le  nom  de 
M.  Devoize  d'un  ton  d'exclamation  et  de  surprise,  il  se  retourna  du 
côté  de  ce  ministre  qui  se  tenait  debout  derrière  lui,  et  répéta  par  deux 
fois  :  —  Oui,  M. Devoize;  qu'il  revienne  bientôt!  —  D'après  une  pareille 

1.  Mondrici,  dont  on  a  parlé  plus  haut. 

2.  Voy.  au  sujet  de  la  dynastio  tunisienne  arluellenicnt  régnante  l'introduclion 
du  tome  IJ,  p.  v. 


[1815;  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  531 

déclaration  solennelle  et  publique,  je  pense  qu'il  convient  que  M.  Devoize 
ne  tarde  pas  à  reparaître  ici  */..  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 
ASTOIN-SIELVE   AU   €*•   DE  JAUCOURT. 

1046.  —  Jurns^  24  décembre  ISI4.  —  Il  annonce  l'arrivée  de 
M.  Agrel,  Envoyé  de  Suède,  et  de  M.  Noah,  Consul  américain.  Âgrel  va 
négocier  pour  qu'à  l'avenir  la  Suède  puisse  payer  en  argent  la  rétribu- 
tion  en   munitions  de  guerre  dont   elle  est  débitrice    envers   cette 

Régence  '.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

MAHMOUD,    BEY   DE   TUNIS  ',    A  LOUIS   XVIH. 

1047.  —  Tunis,  6  janvier  18/5.  —  «  A  la  gloire  des  souverains  de 
la  nation  du  Messie,  à  la  colonne  des  Grands  de  la  religion  de  Jésus,  le 
Padischah  actuel  du  royaume  de  France,  notre  très  estimé,  très  bonoré, 
très  magniflque,  très  cher  et  grand  ami. 

Après  vous  avoir  offert  nos  salutations  qui  ont  pour  but  votre  bien- 
être,  et  nos  vœux  pour  votre  sanlé,  nous  vous  annonçons  amicalement 
que  l'illustre  BeyHamouda- Pacha,  possesseur  de  la  Régence  victorieuse, 
ayant,  la  nuit  du  dernier  Beïram,  vu  arriver  le  terme  prédestiné  de  ses 
jours,  et  ayant  accepté  Tinvitation  de  passer  dans  Tautre  monde,  en  ma 
qualité  de  neveu  du  défunt,  et  comme  le  plus  grand  et  le  plus  digne  de 
tous  les  seigneurs,  je  devais,  suivant  Tordre  de  succession,  prendre  pos- 
session de  la  Régence  victorieuse;  mais  avec  mon  consentement  et 
avec  celui  de  tous  les  seigneurs,  et  par  Taccord  unanime  des  sénateurs 
du  Divan  et  des  membres  de  la  Régence  et  de  la  milice,  Othman-Bey, 
frère  du  défunt,  me  fut  préféré  et  généralement  reconnu  comme  Bey. 
Mais  n'ayant  pas  rendu  grâces  h  Dieu  pour  un  bienfait  aussi  inattendu, 
et  ayant  prêté  l'oreille  aux  instigations  pernicieuses  de  Satan,  il  forma 
le  dessein  de  faire  périr  moi,  mon  frère  et  mes  enfants,  et  il  fut  connu 
qu'il  voulait  nous  assaillir  dans  la  nuit  du  8  du  présent  mois  de 
Moharrem.  De  mon  côté,  plaçant  toute  ma  confiance  dans  le  secours  du 
maître  absolu  de  l'univers,  prévenant  avec  un  cœur  droit  et  pur  les  mau- 
vais desseins  du  susdit,  et  assisté  par  le  Tout-Puissant,  Othman-Bey  passa 
avec  ses  enfants,  une  heure  et  demie  après  minuit,  dans  le  séjour  de 
l'éternité.  Mon  action  ayant  été  approuvée  par  tous  les  Grands  et  les 
six  membres  de  la  Régence,  le  Divan  fut  assemblé,  suivant  Tusage  de  la 
Régence  victorieuse,  et  avec  le  consentement  unanime  je  montai  sur  le 

i.  Voy.  la  note  1,  p.  521. 

2.  Ces  présents  consistaient  d'ordinaire  on  44  canons,  4,000  boulets,  planches, 
voiles,  corda{;es,  poudre,  etc.,  évalués  75,000  piastres  d'Espagne.  M.  Âgrel  dut 
revenir  en  Suède  sans  avoir  pu  rien  obtenir  du  Bey. 

3.  Voy.  p.  525. 


532  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  ;i8lo; 

siège  du  gouvernement,  et  tous  les  membres  de  la  Régence  me  recon- 
nurent. 

Dans  cet  état  de  choses,  je  viens  d'apprendre  qu'afîn  de  nous  faire 
connaître  que  Tamitié  qui  existe  entre  Votre  Majesté  et  notre  Régence 
prendra  de  nouveaux  accroissements  et  que  les  pactes  qui  subsistent 
entre  votre  Cour  et  la  Régence  victorieuse  seront  observés,  l'ancien 
Consul,  le  loyal  Devoize,  notre  ami,  avait  été,  dans  le  temps  du  défunt 
Hamouda-Pacha,  envoyé  à  Tunis  pour  y  résider  comme  précédemment, 
en  qualité  de  Consul,  mais  que,  n'ayant  pas  été  reçu  par  le  défunt,  il 
avait  été  obligé  de  retourner  sur  ses  pas.  Comme  le  sus-mentionné  est 
un  ancien  Consul,  qu'il  connaît  mon  caractère  et  que  je  connais  le  sien, 
si  votre  intention  est  de  le  renvoyer  auprès  de  moi,  je  vous  annonce 
que  vous  pouvez  me  l'envoyer,  et  qu'ayant,  depuis  plusieurs  années, 
résolu  d'envoyer  des  présents  à  la  Sublime  Porte  d'éternelle  durée,  il 
avait  été  demandé  à  l'Espagne  et  à  l'Angleterre  une  frégate  et  un  bâti- 
ment de  transport,  mais  que  cette  demande  avait  été  refusée  sous 
divers  prétextes.  Or,  comme  la  France  est  notre  ancienne  et  grande 
amie,  j'adresse  à  vous,  qui  êtes  notre  grand  ami,  la  demande  de  n'en- 
voyer, pour  transporter  à  Constantinople  les  présents  du  gouvernement, 
une  frégate  et  un  bâtiment  de  transport.  Je  me  flatte  de  l'espoir  que 
vous  voudrez  bien  faire  accompagner  par  une  polacre  la  frégate  qui 
conduira  notre  ami  Devoize,  le  Consul,  à  Tunis,  et  que  vous  m'enverrez 
ces  deux  bâtiments.  Et  c'est  pour  vous  faire  connaître  cette  demande  et 
pour  vous  renouveler  mon  amitié  que  la  présente  lettre  vous  a  été 
écrite  et  expédiée.  Lorsque,  avec  la  grâce  divine,  vous  aurez  pris  con- 
naissance de  sa  teneur,  j'espère  que  vous  aurez  égard  à  ma  demande. 
et  que  vous  n'exclurez  jamais  votre  sincère  ami  de  votre  bienveillant 
souvenir.  » 

(Sceau)  {Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis,) 

ASTOIN-SIELVE   AU    C^   DE   JAUCOURT. 

1048.  —  Tunis,  8  janvier  f  S  fô.  —  Il  envoie  l'état  des  dépôts  en 
chancellerie  jusqu'au  {"janvier  dernier,  et  le  procès-verbal  de  l'assem- 
blée qui  a  élu  comme  député  Jacques-Henry  Chapelié  *. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

1.  Il  s'agit  de  dépôts  d'argent  provenant  de  successions,  prises,  etc.,  et  cet  état 
contient  des  renseignements  assez  curieux  sur  les  Français  de  Tunis.  11  est  dressé 
par  un  sieur  Gay,  chancelier  substitué.  —  Voy.  en  outre  les  60  cartons  intitulés: 
Actes  (contrats,  polices,  droits  de  douane,  procès -verbaux,  manîTestes,  assu- 
rances, etc.)  1678-1818,  —  les  40  registres  des  Actes  notariés  dressés  par  les  Consuls 
de  France  à  Tunis,  1681-1850,  —  et  les  Registres  des  passeports,  brevets^  dépoli.,  etc. 
(Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis). 


[1815j  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  533 

ASTOhN-SlELVE    AU  C^®  DE  JAUCOURT. 

1049.  —  Tunis^  I S  janvier  1815,  —  Les  douanes  de  Tunis  ont  été 
afîermées  à  Soliman  Belache  pour  237,000  piastres.  Un  Envoyé  suédois 
a  eu  de  la  peine  à  faire  admettre  ses  présents,  que  le  Bey  ne  trouvait  pas 

assez  considérables  *.  {Affaires  étrangères,  a*'  de  Tunit.) 

LOUIS    XYIU   A   MAHMOUD,    BEY   DE   TUNIS. 

1050.  —  Pa7*is,  20  janvier  1815.  —  «  Illustre  et  magnifique  Seigneur, 
Nous  nous  sommes  fait  lire  votre  lettre  amicale  qui  a  pour  objet  de 
nous  annoncer  votre  avènement  au  Gouvernement  du  royaume  de 
Tunis,  auquel  vous  avez  été  appelé  par  le  vœu  du  Divan  et  les  chefs  de 
la  milice,  et  par  le  droit  que  vous  aviez  de  succéder  à  Sidi  Hamouda, 
Pacha-Bey,  votre  frère. 

Nous  nous  réjouissons  de  cet  événement,  que  nous  apprenons  avec 
le  plus  vif  intérêt  et  une  satisfaction  d'autant  plus  grande  que  vous 
manifestez  des  dispositions  propres  à  raffermir  la  bonne  harmonie  qui 
a  été  ébranlée  un  instant.  Nous  espérons  que  la  cordiale,  sincère  et 
parfaite  amitié  qui  va  régner  entre  nous  ne  sera  obscurcie  par  aucun 
nuage,  que  cette  paix,  si  nécessaire  à  la  tranquillité  des  peuples  et  à  la 
prospérité  de  leur  commerce,  ne  sera  pas  troublée.  Nous  formons  les 
vœux  les  plus  ardents  pour  le  bonheur  et  la  durée  de  votre  règne  et  le 
succès  de  toutes  vos  entreprises. 

Sur  ce,  nous  prions  Dieu,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  qu'il  vous 
ait  en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
ASTOIN-SIELVE  AU   c'*  DE  JAUCOURT. 

1051.  —  TuniSy  30  janvier  1815.  —  «  A  l'avènement  au  trône  de  Sidi 
Mahmoud-Bey,  Sidi  Youssuf-Khodja,  Sahib-Tapa  et  premier  ministre, 
reprit  les  anciennes  faveurs  dont  il  jouissait  du  temps  d*Hamouda-Pacha, 
et  qu*il  avait  perdues  sous  Sidi  Othman  ;  mais  son  ambition  démesurée 
vient  de  le  perdre  en  causant  son  supplice  '. 

Ce  ministre  tramait  depuis  quelque  temps  une  conspiration  contre 
les  Princes  régnants...  Tout  était  disposé  pour  le  lendemain,  23  du  cou- 
rant, lorsque  le  Dolely  et  le  grand  Écrivain  maure  écrivirent  au  Bey  ce 
qui  se  passait  en  ville;  le  premier  envoya  la  lettre  que  le  premier 
ministre  lui  avait  adressée  pour  l'engager  à  se  mettre  de  son  parti... 
Le  Bey  fît  appeler  Youssuf...  A  peine  devant  ce  Prince,  il  tira  son  yata- 
gan avec  lequel  il  blessa  trois  hommes  qui  étaient  près  de  lui  pour 
l'exécuter  en  présence  du  souverain...  On  lui  coupa  la  tête  sur-le- 

i.  Voy.  la  note  2,  p.  531. 

2.  Voy.  pour  les  détails  de  cette  conspiration   et  la  mort  du   Sahib-Tapa  les 
Annales  tunisiennes,  p.  299. 


534  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  RT  DES  CONSULS  .I8I0 

champ...  Le  peuple  poussa  des  cris  de  joie  en  voyant  son  cadavre 
étendu  ;  il  força  les  Juifs  de  l'attacher  par  les  pieds  et  de  le  traîner 
par  les  rues  de  Tunis...  Le  lendemain  23,  le  Bev  fit  arrêter  et  mettre 
en  prison  une  trentaine  de  personnes  qui  avaient  trempé  dans  cette 
conspiration...  Quelques-unes  ont  été  exilées,  renvoyées  en  Levant  ou 

étranglées.  »  (Affaires  étrangères,  C*  de  Tunù.) 

LE   C^   DE  JAUCOURT   A  DEVOIZB. 

1052.  —  Pans,  13  février  1 8I0,  —  «  Sidi  Mahmoud  a  témoigne 
qu'il  vous  verrait  avec  plaisir  résider  auprès  de  lui,  et  Sa  Majesté  a 
pensé  que  votre  départ  ne  devait  pas  être  retardé...  Vous  trouverez 
chez  le  Préfet  maritime  de  Toulon  les  nouvelles  expéditions  et  instru 

tions  qui  vous  concernent...  »  (Afl'aires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

LE   C**   DE  JAUCOURT   A   DEVOIZE. 

1053.  —  Paris,  13  février  1815.  —  «  ...  Les  dispositions  amicale 
du  Bey  doivent  donner  l'assurance  que  vous  serez  bien  reçu  à  Tuni? 
S'il  arrivait  cependant,  par  des  circonstances  impossibles  à  préwir 
qu'il  fût  mis  obstacle  à  votre  débarquement,  je  vous  autorise,  Mud- 
sieur,  à  appeler  auprès  de  vous  les  Français  établis  sur  l'ËchelIe  e! 
à  leur  ordonner  de  se  rendre  immédiatement  en  France. 

...  Si  le  pouvoir  de  Sidi  Mahmoud  ne  vous  paraissait  pas  asse: 
affermi,  je  vous  engage  à  différer  de  lui  remettre  vos  présents  et  de  vou^ 
accréditer  auprès  de  lui;  et  vous  vous  ménagerez,  sous  des  préttxl- 
quelconques,  le  temps  de  recevoir  de  nouvelles  instructions...  » 

Quant  à  la  frégate  et  au  transport,  une  semblable  demande  ne  p^n 
être  accordée,  parce  que,  indépendamment  des  dépenses  qu'elle  occa 
sionnerait,  elle  pourrait  donner  lieu  à  des  plaintes  de  la  part  du  go-i 
vernement  algérien...  Devoize  dira  au  Bey  que  Sa  Majesté  a  besoin 
toutes  ses  forces  maritimes  pour  le  recouvrement  de  ses  colonies,  et  1 
lui  présentera  toutes  autres  raisons  «  qui  paraîtront  devoir  faire  elî  i 
sur  l'esprit  de  Sidi  Mahmoud  et  lui  rendre  moins  pénible  notre  refu' 
forcé  ».  Billon  ayant  été  soupçonné  d'avoir  pris  part  aux  intrigues (}i 
empêchèrent  la  réception  de  Devoize  à  Tunis,  le  Ministre  prescrit  à<^ 

dernier  une  enquête  à  ce  sujet.        (Afl'aires  étrangères,  C'»*  de  Tunis.) 


i' 


DEVOIZE   AU   C^""   DE  JAUCOURT. 


1054.  —  Marseille,  4  mars  f  8/5.  —  Il  attend  les  instructions  de  a 
Cour  que  le  Préfet  maritime  de  Toulon  devait  lui  envoyer... 

Il  attribue  ce  retard  u  au  mouvement  qu'a  causé  à  Toulon  la  nouvelle 
du  débarquement  à  Fréjus  de  Bonaparte.  Tous  les  bâtiments  prêts  h 
appareiller  ont  été  envoyés  à  la  poursuite  d'une  frégate  et  d'une  floltiil- 


[ISloj  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  535 

napolitaiae  qui  l'ont  transporté.  Il  est  vraisemblable  que  la  frégate  La 
Néréide^  qui  devait  être  en  état  de  mettre  sous  voile  demain  pour  me 
transporter  à  Tunis,  aura  été  employée  dans  cette  expédition...  » 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
DEVOIZB   AU   C^*  DE   JAUCOURT. 

1055.  —  Marseille^  5  mars  i 8/5.  —  ...  «  Tout  présage  que  Sidi 
Mahmoud  se  soutiendra  sur  un  trône  dont  il  était  le  légitime  héritier 
et  où  l'appelait  depuis  longtemps  le  vœu  de  la  nation.  Il  a  toutes  les 
vertus  d*Ali-Bey,  son  oncle,  si  chéri  des  Tunisiens  par  la  douceur  de 
son  gouvernement,  et  il  ne  reste  plus  aucun  membre  de  la  branche 
usurpatrice  ^  Le  ministre  qui  vient  de  périr  *  était  le  seul  qui  pût  conce- 
voir le  projet  audacieux  de  s'emparer  de  la  couronne,  parce  que  les 
trésors  accumulés  par  ses  extorsions  lui  offraient  tous  les  moyens  de 
corruption,  gages  certains  de  tous  les  genres  de  succès  en  Barbarie; 
mais  il  avait  l'esprit  trop  borné  pour  savoir  les  employer  avec  la  cir- 
conspection nécessaire  à  la  réussite  d'un  vaste  complot;  aussi  a-t-il  été 
découvert  par  une  lettre  qu'il  a  eu  l'imprudence  d'écrire  à  un  Agha  turc, 
qui  Ta  remise  au  Bey.  11  est  à  croire  que  le  danger  que  ce  souverain  a 
couru  deux  fois  de  perdre  le  trône  et  la  vie  lui  fera  prendre  toutes  les 
mesures  de  précaution  propres  à  lui  conserver  l'un  et  l'autre.  J'aurai 
bientôt  reconnu  tout  ce  qu'il  y  aura  à  craindre  ou  espérer.  » 

Les  circonstances  actuelles  offriront  à  Devoize  un  prétexte  pour 
expliquer  le  refus  de  la  frégate,  mais  il  ne  saurait  voir  le  moindre 
inconvénient  du  côté  d'Alger,  quant  à  la  faveur  sollicitée  par  Sidi 
Mahmoud,  et  il  cite  des  exemples  à  l'appui  de  ce  qu'il  avance.  Il  pense 
qu'il  ne  peut  pas  se  dispenser  de  remettre  au  Bey  la  lettre  du  Roi  qui 
annonçait  son  avènement  à  Hamouda-Bey  '. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 


DEVOIZE   AU   DUC   DE   VICEN'CE  *. 


1056.  —  Toulon^  14  avril  i  8 15,  —  «  ...  Il  est  d'un  intérêt  pressant 
pour  le  commerce  et  la  navigation  des  Français  dans  la  Méditerranée 
que  les  Princes  de  Barbarie  soient  officiellement  instruits,  et  le  plus 
tôt  possible,  des  derniers  événements  et  du  changement  de  pavillon  qui  en 
est  la  suite.  Dans  cette  saison,  la  mer  est  couverte  de  corsaires.  Ils  arrê- 
teront les  navires  venant  d'Amérique  et  du  Levant  avec  pavillon  blanc, 
sous  le  prétexte  que  le  pavillon  tricolore  flotte  en  France;  ils  arrêteront 

4.  Voy.  p.  329. 

2.  Le  Sahib-Tapa  Youssuf. 

3.  Voy.  la  lettre  du  20  mai  1814,  p.  518. 

4.  Voy.  la  note  3,  p.  513.  —  II  faut   se   rappeler  ici   que  le  gouvernement  des 
Cent-Jours  comprend  les  dates  du  20  mars  au  22  juin  1815. 


536  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  jl81o 

le  pavillon  tricolore,  sous  prétexte  que  sa  substitution  au  blanc  naura 
pas  été  signifiée  à  leurs  souverains,  ce  qui  donnera  lieu  à  dmlermi- 
nables  discussions.  Pour  les  prévenir,  il  n*y  a  pas  un  instant  a  perdre 
pour  faire  arborer  sur  les  hôtels  consulaires,  dans  les  Ëtats  barba- 
resqucs,  le  pavillon  aux  trois  couleurs  avec  toute  la  pompe  d'usage...» 
Il  attendra  les  ordres  de  Son  Excellence  à  Marseille. 

(Affaires  étrangères,  C**'  de  Tuni»,) 
DEVOIZE   A   NAPOLÉON*. 

1057.  —  Toulon^  25  avril  J  8 1 5.  —  «...  Une  révolution  de  palais 
vient  de  placer  un  nouveau  Prince  sur  le  trône  de  Tunis.  La  guerre 
entre  ce  pays  et  la  Régence  d'Alger  subsiste  toujours.  Ces  deux  circnr- 
stances  réunies  porteront  sans  doute  le  Bey  à  demeurer  étranger  aux 
dissensions  de  l'Europe  et  à  reconnaître  le  Gouvernement  établi  en 
France.  Le  sieur  Devoize,  ancien  titulaire  du  Consulat  général  de  Tunis 
et  qui  avait  été  confirmé  dans  ce  poste,  se  trouve  actuellement  à  TouI'H, 
où  il  s'était  rendu  pour  efTectuer  son  départ  sur  une  frégate  dont  ! 
destination  a  été  changée  à  la  nouvelle  de  l'arrivée  de  Voire  Majesté. 
il  suffirnit  de  régulariser  sa  nomination,  de  lui  faire  parvenir  une  kiin 
de  notification  pour  le  Bey  et  de  nouvelles  expéditions,  avec  Tordre  de 
se  rendre  à  Tunis.  Des  présents  avaient  été  remis  À  M.  Devoize  pour)-* 
nouveau  Bey,  et  l'on  pense  que,  pour  assurer  le  succès  de  sa  rais?ioû. 
il  serait  bon  de  les  laisser  à  sa  disposition.  C'est  un  usage  pratiqué  p^r 
toutes  les  Puissances  de  l'Europe  de  faire  des  présents  aux  Prioc? 
barbaresques  à  leur  avènement.  » 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
LE   DUC   DE   VICENCB   A   ASTOIN-SIELVB. 

1058.  —  Paris,  29  avril  /^/5.  —  «  M.  Dubois-Thainville  doit  se 
rendre  à  Tunis,  et  il  est  autorisé  à  y  faire  l'inspection  du  Consul^: 
général  que  vous  gérez  aujourd'hui.  La  mission  de  M.  Dubois-Thainvill^ 
ne  doit  apporter  aucun  changement  à  vos  relations  ordinaires  avn 
mon  Ministère;  et  vous  devez  seulement  lui  donner  tous  les  renseigna 
ments  dont  il  pourrait  avoir  besoin. 

Je  vous  invite,  Monsieur,  à  faire  connaître  au  Bey  la  mission  de 
M.  Dubois-Thainville  ;  cette  notification  lui  paraîtra  sans  doule  uo>r 
nouvelle  preuve  de  la  bienveillance  de  S.  M.  ï.  et  de  l'intérêt  quelle 
prend  à  maintenir  et  à  consolider  les  rapports  de  bonne  intelligence 
qui  existent  entre  TEmpire  de  France  et  l'État  de  Tunis.  » 

{Affaires  étrangères^  C**»  de  Tunis,) 

\.  Napoléon  avnit  débarqué  au  golfe  Jouan  le  1"  mars,  el  avait  fait  son  entP' 
triomphaux  à  Paris  le  20  du  même  mois.  Louis  XVIII  avait  quitté  les  Tuileries  U 
veille  el  s'èlail  réfugié  à  Gand. 


[1815]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  537 

NAPOLÉON   A   MAHMOUD,    BEY   DE   TUNIS. 

1069.  —  Pariss  30  mai  I S i 5.  —  «  Illustre  et  magnifique  Seigneur, 
Vous  aurez  sans  doute  appris  mon  retour  sur  les  côtes  de  France,  monr 
entrée  à  Paris,  et  le  départ  de  la  famille  des  Bourbons.  Ce  grand  événe- 
ment, inscrit  en  caractères  ineffaçables  sur  la  table  de  lumière,  a  été 
TefTet  d'une  irrésistible  puissance,  secondée  par  la  volonté  unanime 
d'une  grande  nation  qui  connaît  ses  devoirs  et  ses  droits.  La  dynastie 
que  la  force  avait  rendue  au  peuple  français  n'était  plus  faite  pour 
lui.  Les  Bourbons  n'ont  voulu  s'associer  ni  à  ses  sentiments  ni  à  ses 
mœurs.  La  France  a  dû  se  séparer  d'eux,  et  ils  ont  quitté  son  territoire^ 
sans  qu'il  ait  été  tiré  un  seul  coup  de  fusil  ni  versé  une  goutte  de  sang 
pour  leur  défense.  La  voix  de  mes  peuples  m'appelait  pour  libérateur; 
et  du  point  où  j'ai  touché  le  rivage,  leur  amour  m'a  porté  jusqu'au  sein 
de  la  capitale.  Le  premier  besoin  de  mon  cœur  est  de  payer  tant  d'affec- 
tion par  le  maintien  d'une  honorable  tranquillité,  et  ma  plus  douce  pensée- 
est  de  concourir  par  tous  les  moyens  qui  sont  en  mon  pouvoir  à  l'affer- 
missement du  repos  de  l'Europe.  La  France  se  plaît  à  proclamer  avec 
franchise  ce  noble  but  de  tous  ses  vœux.  Jalouse  de  son  indépendancer 
le  principe  invariable  de  sa  politique  sera  le  respect  le  plus  absolu  pour 
rindépendance  des  autres  nations.  Toujours  disposé  à  maintenir  la 
meilleure  intelligence  entre  nos  deux  gouvernements,  c'est  pour  vous 
donner  l'assurance  de  ces  sentiments  que  je  m'empresse  de  vous' 
adresser  cette  lettre,  témoignage  sincère  de  notre  affection  et  haute 
bienveillance  pour  votre  personne.  Sur  ce,  nous  prions  Dieu,  illustre  et 
magnifique  Seigneur,  qu'il  vous  ait  en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
LE   DUC   DE   VICENCE    A   MAHMOUD,  BEY   DE   TUNIS. 

1060.  —  Pans,  30  mai   1815.  —  «  Très  illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, 

L'Empereur,  mon  maître,  ayant  jugé  à  propos  d'envoyer  à  Tunis- 
ie sieur  Devoize,  en  qualité  de  Consul  général  et  chargé  de  ses  affaires, 
je  m'empresse  de  saisir  cette  occasion  pour  vous  exprimer  la  satisfac- 
tion que  j'éprouve  à  correspondre  avec  votre  personne.  Je  suis  biei> 
persuadé  que  les  mêmes  sentiments  vous  animent  pour  le  maintien  de- 
la  plus  parfaite  intelligence  entre  l'Empire  français  et  vos  États;  et  le 
principal  but  du  Consul  général  de  France  sera  d'employer  tous  ses^ 
soins  à  écarter  ce  qui  pourrait  y  porter  la  plus  légère  atteinte.  Ses 
excellentes  qualités  me  font  espérerqu'il  réussira  à  justifier  la  confiance 
de  Sa  Majesté  Impériale  et  à  mériter  son  approbation. 

Il  me  sera  bien  agréable  d'apprendre,  très  illustre  et  magniflquQ- 


S38  COllRESPONDANCB  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  ISl-T 

Seigneur,  qu'il  trouvera  toujours  près  de  vous  la  faveur  et  la  proleclion 
dont  il  aura  besoin  pour  exercer  ses  fonctions,  surtout  lorsqu'il  aara  à 
vous  entretenir  des  intérêts  et  du  commerce  de  la  nation  française  dans 
vos  États.  Vous  pouvez  compter  sur  des  dispositions  aussi  favorables 
de  la  part  de  TEmpereur,  mon  maître,  pour  tout  ce  qui  pourra  concourir 
à  la  prospérité  de  votre  gouvernement. 

C'est  avec  un  plaisir  bien  véritable  que  je  profite  de  cette  circon- 
stance pour  vous  convaincre  de  la  sincérité  de  mes  sentiments  et  pour 
vous  donner  des  témoignages  de  la  considération  distinguée  avec  les- 
quels je  suis,  etc.  » 

P.-S.  «  Vous  avez  sans  doute  été  instruit  des  malheureux  événements 
survenus  en  France  depuis  le  i®'  mars  dernier  et  qui  ont  retardé  jusqu'ici 
le  départ  du  Consul  de  Sa  Majesté  Impériale,  auquel  il  est  enjoint  de  se 
rendre  sans  délai  à  Tunis.  J'ai  la  satisfaction  de  vous  annoncer  quà 
l'aide  de  la  divine  Providence  tout  a  été  terminé  à  Paris  à  la  satisfac- 
tion de  la  nation  française,  qu'il  ne  restera  aucune  trace  des  maux  qui 
l'ont  accablée,  et  que  rien  ne  pourra  désormais  troubler  la  bonne  bar- 
monie  que  Sa  Majesté  Impériale  veut  entretenir  entre  les  deux  Etat^.  ^ 

{Affaires  étrangères ,  C*"*  de  Tunis.) 
LE   DUC   DE    VICENCE   À   DEVOIZE. 

1061.  —  Paris,  4  juin  1815.  —  Il  lui  envoie  une  expédition  du  décret 
impérial  qui  le  nomme  de  nouveau  Consul  général  et  chargé  d'affaires 
de  France  à  Tunis,  où  un  bâtiment  de  l'État  va  le  conduire  de  suite. 

L'objet  de  sa  mission  sera  de  faire  reconnaître  le  pavillon  impérial 
et  de  s'assurer  du  maintien  des  traités. 

«  La  considération  personnelle  que  vous  avez  acquise  pendant  votre 
longue  résidence  dans  ce  pays  et  les  moyens  d'influence  que  vous  avez 
su  vous  y  ménager  ne  me  laissent  point  de  doute  sur  le  succès  de  votre 
mission...  Il  sera  nécessaire,  dans  le  cas  de  la  guerre  maritime,  d'obtenir 
du  gouvernement  tunisien  que  nos  armements,  ainsi  que  leurs  prises, 
trouvent  dans  les  ports  de  l'État  de  Tunis  tous  les  avantages  dont  ooos 
jouissions  autrefois,  et  que  le  prédécesseur  du  Bey  actuel  avait  limités 
par  des  prétentions  auxquelles  nous  avons  quelquefois  été  obligés  de 
céder...  »  Dubois-Thainville  *,  dans  le  cas  d'une  impossibilité  absolue 
de  débarquer  immédiatement  à  Alger,  devait  se  rendre  à  Tunis  et  de  là 
négocier  avec  Alger,  en  même  temps  qu'inspecter  le  poste  consulaire 
de  Tunis...  «  Je  conçois  que  cette  mission  pourrait  porter  atteinte  à  la 
considération  dont  vous  devez  jouir  auprès  du  Bey,  et  nuire  ainsi  au 
succès  des  affaires  qui  vous  sont  confiées.  J'écris  donc  à  M.  Dubois- 

I.  Voy.  la  note  1,  p.  415. 


[1815]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  839 

ïhainville  que,  vu  votre  retour  à  Tunis,  il  n'y  a  point  lieu  à  ce  qu'il 
y  paraisse  comme  inspecteur,  et  qu'il  ait  &  se  concerter  avec  vous  sur 
le  meilleur  prétexte  à  donner  à  son  apparition  dans  ce  pays.  Dans  le 
cas  où  il  se  serait  rendu  à  Tunis  avant  vous  et  s'y  serait  fait  connaître 
comme  inspecteur,  il  doit  considérer  sa  mission  comme  terminée 
par  le  fait  de  votre  arrivée  en  ce  pays.  » 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
ASTOIN-SIELVE   AU   DUC   DE   VlCENCE. 

1062.  —  Tunis,  iO  juin  1815.  —  Il  annonce  l'arrivée  de  M.  Dubois- 
Thainville  à  Tunis.  Il  a  porté  à  la  connaissance  du  Bey  les  derniers 
événements  '  et  l'assurance  que  TEmpereur  veut  vivre  en  paix  avec  la 
Barbarie.  «  Ce  Prince  a  reçu  avec  plaisir  cette  communication,  et  m'a 
témoigné  toute  la  part  qu'il  prend  à  Tbeureux  retour  de  Sa  Majesté 
dans  ses  États  et  au  bonheur  de  la  France,  avec  laquelle  il  ne  désire 
pas  moins  vivre  en  paix,  et  conserver  et  entretenir  les  liens  d'amitié  et 
les  relations  commerciales,  qu'il  ne  verra  avec  plaisir  arriver  un  Consul 
au  choix  de  Sa  Majesté  Impériale,  pour  lui  porter  l'assurance  de  ses 
sentiments...  La  reconnaissance  du  pavillon  tricolore  n'a  pas  éprouvé 
la  moindre  difficulté  et  il  a  été  arboré  sur  la  maison  consulaire.  » 

Il  a  présenté  M.  Dubois-Thainville  au  Bey,  qui  Ta  fort  bien  accueilli  '. 

(Affaires  étrangères,  C^^de  Tunis.) 
DEVOIZE   AU   DUC    DE    VIGENCE. 

1063.  —  Toulon,  21  juin  J  8/5.  —  Il  a  quitté  Paris  le  8  de  ce  mois, 
pénétré  des  bontés  de  Son  Excellence,  et  il  a  dû  passer  à  Grenoble  pour 
y  prendre  sa  famille...  La  frégate  La  Dryade  devait  transporter  Devoize 
de  Toulon  à  Tunis,  mais  le  Préfet  maritime  a  reçu  une  lettre  de 
M.  Dubois-Thainville  annonçant  que  toutes  les  affaires  étaient  arrangées 
tant  à  Alger  qu'à  Tunis,  et  ledit  Préfet  n'a  pas  osé  ni  voulu  risquer 
une  frégate  pour  le  voyage  de  Devoize.  Il  lui  a  promis  un  brick  dans 
quatre  ou  cinq  jours.  En  attendant  Devoize  est  toujours  à  Toulon,  et 
il  se  plaint  des  dépenses  que  son  séjour  l'oblige  à  y  faire. 

(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 
DEVOIZB  A   TALLEYRAND  '. 

1064. —  Marseille,  21  juillet  i  8 1  ô.  —  «C'est  dans  l'ivresse  de  la  joie 
que  j'ai  appris  l'entrée  du  Roi  dans  sa  capitale.  Ainsi  se  trouve  rempli  le 
vœu  le  plus  ardent  que  j'ai  formé  pour  ma  patrie.  Le  souvenir  déchi- 
rant de  nos  maux  passés  sera  bientôt  effacé  par  la  consolante  perspec- 
tive qu'offre  pour  l'avenir  la  sagesse  d'un  gouvernement  dans  lequel 

1.  Le  retour  de  Napoléon. 

2.  On  voit  plus  loin  que  cet  agent  fut  aussitôt  après  rappelé  à  Paris. 

3.  Voy.  la  note  2,  p.  324,  et  la  note  4,  p.  535. 


340  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [ISlô] 

Votre  Allesse,  investie  de  toute  la  confiance  de  Sa  Majesté,  occupe  une 
dignité  que  lui  décernait  depuis  longtemps  la  voix  publique. 

Le  maréchal  Brune  '  s'étent  mis  en  révolte  ouverte  contre  le  gouver- 
nement, j'ai  cru  devoir  quitter  Toulon  le  15  de  ce  mois  pour  venir 
attendre  &  Marseille  les  ordres  de  Votre  Altesse.  » 

(Affaires  étrangères,  0<  de  Tunis.) 
TALI.EYRAND  A   DEVOIZE. 

1065.  -  Pari,,  2  août  /«/5.  -  «  Les  circonstances  fâcheuses  qui 
vous  ont  empêché,  au  mois  de  mars  dernier,  de  partir  pour  votre  desti- 
nation  ne  rendent  que   plus  nécessaire    votre  présence  à  Tunis  II 
importe  d'effacer  promptement  les  impressions  défavorables  que  cet 
événement  a  pu  y  produire.  Je  sais  que  le  sieur  Dubois-Thainville,  qui 
na  pu  être  reçu  à  Alger  comme  l'agent  de  Bonaparte, s'est  réfugiée 
Tunis,  et  qu'abusant  de  la  facilité  du  gouvernement  de  ce  pays,  étranger 
aux  règles  et  aux  principes  qui  régissent  les  Puissances  civilisées,  ih 
a  fait  arborer  «n  pavillon  autre  que  celui  du  roi.  On  doit  considérer  la 
démarche  du  sieur  Dubois-Tbain  ville  comme  un  acte  irrégulier,  faitsans 
la  participation  d'aucune  autorité  légitime,  et  l'assentiment  donnéparie 
Bey  à  cette  entreprise  comme  lui  ayant  été  surpris  par  un  faux  exposé 
et  ne  devant  par  conséquent  produire  aucun  effet.  Vous  vous  bornerez 
donc,  Monsieur,  après  vous  être  expliqué  avec  le  Bey,  à  faire  reparaître 
le  pavillon  du  roi,  en  vous  abstenant  des  cérémonies  et  démonstrations 
publiques  qui  accompagnent  l'érection  d'un  nouveau  pavillon,  celui  du 
roi  n'ayant  pas  dû  cesser  d'être  arboré  à  Tunis.  Vous  aurez  en  même 
temps  à  faire  connaître  à  M.  Dubois-Thainville  qu'il  doit  quitter  immé- 
diatement cette  résidence  et  se  rendre  en  France... 

La  connaissance  parfaite  que  vous  avez  des  affaires  de  votre  Échelle 
me  dispense  de  vous  donner  de  nouvelles  directions...  Je  vous  recom- 
mande toutefois  de  pourvoir  à  ce  que  les  dissemblances  et  les  irrégula- 
rités apparentes  qui  pourront  se  trouver  dansles  passeports  de  nos  bâti- 
ments marchands  ne  puissent  servir  de  prétexte  à  ce  que  ces  bâtiments 
soient  arrêtés  ou  molestés  par  les  armements  tunisiens.  Il  fautfairebien 
comprendre  au  Bey  que,  dans  l'état  de  trouble  où  s'est  trouvé  momenta- 
nément le  midi  de  la  France,  il  a  dû  nécessairement  s'introduire  des 
irrégularités  dans  les  expéditions  de  nos  bâtiments...  Tous  les  bâtiments 
français  doivent  être  indistinctement  respectés...  » 

[Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

1796  '1"'"!"'"?'"''"*';^""^  ^'■""'''  ***'"''  '""P"-'™*"'.  colonel  en  1792,  général  en 
en  1800  Zh,«  r  ^"o""  ""  *?^^'  *"  '•*"«  *'  ''"  """•"<'«  «"  "»  "  Vendée 
«ôuvPrn<!.T  H  m"""  t  Conslanlinople  de  1800  h  180*.  maréchal  de  France  en  1805, 
gouverneur  dos  ville»  hanséaliqucs  en  1807,  assassiné  à  Avignon  en  1815 


[1815]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  S41 

DEVOIZE   À   TALLEYRAND. 

1066.  —  Tunis,  23  août  i  815,  —  Il  est  parti  de  Toulon  le  43  août 
sur  la  frégate  Fleur  de  Lys  et  est  arrivé  à  Tunis  le  17;  il  a  pu  débar- 
quer de  suite.  Le  Bey,  en  attendant  son  arrivée,  avait  décidé  qu'on 
n'arborerait  ni  le  pavillon  blanc  ni  le  tricolore.  Le  pavillon  blanc  est 
réinstallé.  «  Il  n'est  sorte  de  témoignages  de  satisfaction  et  d'intérêt  que 
le  Bey  ne  m'ait  donnés,  à  Toccasion  de  mon  retour  à  mes  fonctions...  » 

Conformément  à  Tordre  de  Son  Altesse,  Dubois-Thainville  vase  rendre 
en  France.  Le  contre-amiral  hollandais  Tulleken  est  en  rade  avec  une 
division;  il  a  conclu  un  traité  de  paix  avec  le  Bey  et  remis  des  présents 

pour  plus  de  500,000  francs.  (Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis,) 

DEVOIZE   A   TALLEYRAND. 

1067.  —  Tunis,  30  août  i  81  ô.  —  «  Depuis  longtemps  l'ancien  Bey 
avait  supprimé  l'usage  d'envoyer  des  rafraîchissements  aux  bâtiments 
de  l'État.  Ce  souverain  a  rétabli  cet  usage  et  a  même  augmenté  la 
quantité  de  ces  rafraîchissements  ^  Le  22,  je  me  suis  rendu  au  palais 
du  Bey,  accompagné  de  M.  de  Kerveguen  ',  commandant  de  La  Fleur 
de  Lys,  de  son  état-major,  des  aspirants  et  du  corps  de  la  nation. 

Nous  fûmes  bientôt  introduits  dans  la  salle  d'audience,  où  des  sièges 
étaient  préparés.  Le  Bey  fît  signe  de  s'asseoir  et  on  servit  le  café.  Mais 
chacun  s'est  levé  lorsque  j'ai  remisa  ce  Prince  la  lettre  du  roi.  Je  l'ai 
félicité  sur  son  avènement  à  un  trône  dont  il  était  en  naissant  le  légi- 
time héritier,  et  duquel  il  avait  fait  deux  fois  le  généreux  abandon  à 
des  Princes  ingrats,  pour  se  livrer  tout  entier  à  la  pratique  des  vertus 
privées.  Il  m'a  répondu  dans  les  termes  les  plus  affectueux,  en  me 
serrant  la  main  pour  me  témoigner  sa  joie...  » 

Sidi  Hossein,  l'aîné  des  fils  du  Bey,  étant  absent,  je  me  suis  rendu  à 
i'audience  de  Sidi  Mustapha,  le  second  fils,  qui  m'a  reçu  avec  plus  de 
gravité.  Nous  sommes  allés  ensuite,  toujours  dans  le  même  ordre,  chez 
le  Prince  Ismaïl,  frère  du  Bey.  J'avais  cultivé  son  amitfé  dans  des 
temps  où,  lorsqu'il  vivait  dans  la  retraite,  je  ne  pouvais  prévoir  le  rang 
où  il  est  monté.  11  s'en  est  rappelé  et  m'a  accueilli  avec  la  plus  gra- 
cieuse bienveillance.  Au  lieu  de  me  donner  sa  main  à  baiser,  il  m'a 
sauté  au  cou  pour  m'embrasser.  J'ai  reçu  la  visite  de  tous  les  Consuls  et 
leurs  compliments  sur  mon  retour,  même  du  Consul  des  Pays-Bas...  *i 

1.  Voy.  la  note  des  rafraichissemenls  que  le  Bey  a  envoyés  à  bord  de  la  frégate 
de  Sa  Majesté  La  Fleur  de  lys  le  20  août  1815  :  100  pains,  8  moutons,  4  bœufs, 
150  livres  de  riz,  4  jarres  de  beurre,  4  mesures  d'huile,  50  poules,  40  pigeons, 
200  œufs,  200  citrons,  2  charges  de  verdure,  2  charges  de  pastèques,  2  charges  de 
melons,  2  rotes  de  café,  26  rotes  de  sucre,  50  bougies,  6  charges  de  bois  à  brûler, 
6  charges  de  charbon.  (Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 

2.  11  venait  de  remplir  une  mission  à  Corfou. 


SW  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULs  [i8i5] 

Il  a  célébré  la  Saint-Louis,  à  roccasion  de  lacfuclle  il  y  a  eu  cérémonie 
religieuse,  banquet  de  cinquante  couverts,  thé  et  feu  d^arlifice. 

[Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 
MAHMOUD,    BEY  DE   TUNIS,  A    LOl'IS   XVltl. 

1068.  —  Tunis,  20  septembre  1 8 1  j.  —  «  Gloire  des  Princes  de  la 
religion  du  Messie,  élite  des  Grands  de  la  nation  de  Jésus,  Padischah 
actuel  du  royaume  de  France,  notre  très  cher,  très  respectable,  1res 
magnifique  et  très  grand  ami  ;  après  vous  avoir  offert  nos  salutations 
amicales  et  nos  compliments  sincères,  nous  vous  annonçons  amicale- 
ment que  nous  avons  reçu  la  lettre  bienveillante  que  vous  nous  avez 
envoyée  par  votre  Consul  pour  nous  faire  connaître  qu'en  vertu  de  la 
paix  et  de  la  bonne  harmonie  qui  existent  entre  notre  Régence  \kw 
rieuse  et  le  gouvernement  français,  et  que  par  un  effet  de  rancience 
amitié  et  du  constant  attachement  qui  nous  unissent  depuis  un  temps 
infîni,  un  de  vos  Chargés  d'affaires,  le  très  loyal  Devoize,  a  été  nomm^ 
Consul,  et  que  vous  désirez  que  nous  lui  accordions  notre  proteclioo 
dans  toutes  les  affaires  qui  lui  surviendront.  Après  avoir  pris  connais- 
sance du  contenu  de  votre  dépêche,  nous  vous  avons  écrit  et  envové  h 
présente  lettre  d*amitié  pour  nous  informer  de  Tétat  de  votre  précieuse 
santé  et  pour  vous  donner  l'assurance  que,  conformément  à  vos  désirs. 
nous  reconnaîtrons  le  sieur  Devoize  en  qualité  de  Consul  près  notre 
Régence  victorieuse,  que  nous  lui  accorderons  assistance  et  proleclion 
dans  toutes  les  affaires  qui  lui  surviendront,  que  de  plus  nous  avoQS 
éprouvé  la  plus  grande  satisfaction  en  apprenant  J'avènement  au  trûae 
de  Votre  Majesté,  et  que  Tamitié  qui  subsiste  entre  nous  depuis  de  longues 
années  prendra  nuit  et  jour  de  nouveaux  accroissements.  Lorsquave: 
la  grâce  divine  notre  lettre  vous  sera  parvenue,  nous  espérons  que  von^ 
ne  nous  éloignerez  point  dans  la  suite  de  votre  souvenir  amical.  *> 

{Sceau)  (Affau^s  élrangètvs,  C"  de  Tunis: 

MAHMOUD,    BEY   DE   TINIS,    A   TAI.LE\RAND. 

1069.  —  TuniSy  20  septembre  i  Si  5,  —  «  Au  Ministre  actuel  du  gou- 
vernement français,  noire  très  cher,  très  estimé  et  très  sincère  ami 
Nous  vous  annonçons  amicalement  que  nous  avons  reçu  votre  If^Urf 
affectionnée  que  vous  nous  avez  envoyée  pour  nous  faire  connaître 
qu'en  vertu  de  la  paix  et  de  la  bonne  intelligence  qui  existent enln 
notre  Régence  victorieuse  et  le  gouvernement  français,  et  que  par  un 
effet  de  l'ancienne  amitié  qui  nous  unit  avec  le  Padischah  du  royaume 
de  France,  un  de  vos  Chargés  d'affaires,  le  très  loyal  Devoize, acte 
nomme  Consul,  et  que  vous  désirez  que  nous  lui  accordions  notre  pro- 
tection dans  toutes  les  affaires  qui  lui  surviendront. 


[1815]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  543 

Après  avoir  pris  connaissance  de  la  teneur  de  votre  lettre,  nous  vous 
avons  écrit  et  envoyé  la  présente  dépêche  pour  vous  donner  l'assurance 
que,  conformément  à  vos  désirs,  le  sieur  susdit  sera  reconnu  en  qualité 
de  Consul  près  noire  Régence  victorieuse,  que  nous  lui  accorderons 
assistance  et  protection  dans  toutes  les  affaires  qui  lui  surviendront,  et 
que  l'amitié  et  la  bonne  harmonie  qui  subsistent  depuis  de  longues 
années  entre  nous  prendront  de  nouveaux  accroissements;  pour  vous 
instruire,  en  outre,  qu'ayant  besoin  d'un  artilleur  français  expérimenté 
dans  la  science  de  jeter  des  bombes  et  de  lancer  des  boulets  de  canon, 
nous  espérons  que  vous  choisirez  et  nous  enverrez  un  artilleur  expéri- 
menté dans  la  susdite  science  ;  et  pour  nous  informer  enfin  de  l'état  de 
votre  illustre  santé.  Lorsque,  avec  la  grâce  divine,  notre  lettre  vous  sera 
parvenue,  nous  nous  flattons  de  l'espoir  que,  d'après  notre  désir,  vous 
choisirez  et  vous  enverrez  un  artilleur  dans  la  science  des  bombes  et 
du  canon,  et  que  dans  la  suite  vous  ne  nous  exclurez  point  de  votre  sou- 
venir amical.  » 

(Sceau)  {Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 

DEVOIZE    A   TALLBYRAND. 

1070.  —  lunisy  2 1  septembre  1815.  —  Devoize  a  fait  délivrer  quatre 
matelots  corses  de  Bastia,  enlevés  il  y  a  quatre  mois.  «  C'est  la  pre- 
mière réclamation  dont  j'ai  dû  m'occuper,  n'ayant  pu  en  présenter 
aucune  pendant  l'absence  de  Sidi  Hossein,  fils  aîné  du  Bey,  comman- 
dant le  camp  du  Djérid.  Appelé  à  succéder  à  son  père,  il  dirige  avec  lui 
les  afTaires  intérieures  et  étrangères  et  prend  part  à  toutes  les  déci- 
sions. Il  a  aussi  sa  salle  de  justice.  Son  frère  cadet,  Sidi  Mustapha, 
prend  aussi  part  aux  délibérations  et  veut  être  consulté,  de  manière 

qu'un  Consul  doit  aujourd'hui  traiter  avec  Irois  Princes...  » 

[Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis,) 

DEVOIZE   A   TALLEYRAND. 

1071.  —  Tunis,  30  octobre  1 S 1 5.  —  Devoize  envoie  le  rapport  qui 
lui  a  été  demandé  sur  la  conduite  de  Billon.  Les  faits  et  les  témoignages 
qu'il  a  recueillis  établissent  des  présomptions  qui  ne  sont  point  en 
faveur  de  ce  Vice-Consul.  «  Toute  sa  gestion  offre  une  série  de  traits  qui 
l'ont  couvert  de  ridicule...  Je  crois  qu'il  est  à  peu  près  démontré  que 
le  sieur  Billon  était  informé  de  l'injure  que  l'ancien  Bey  me  préparait, 
en  refusant  mon  débarquement,  et  que  cet  agent  l'a  provoquée  par  de 

coupables  confidences  *...  »     .  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

i.  Voy.  la  pétition  de  la  nation  française  à  Tunis  pour  demander  le  remplace- 
ment de  Billon  comme  Vice-Consul,  en  raison  de  ses  vexations  et  de  sa  tyrannie/ 
16  août  1814.  {Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.)  —  Voy.  aussi  les  cartons  intitulés  : 
Gestion  de  Devoize  et  de  Billon,  Consul  et  Vice-Consul  de  France,  leur  correspon- 
dance, etc.  {Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis,) 


o44       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     iSLV 

MAHMOUD,   BEY  DE   TUNIS,   À   LOUIS   XYIII. 

1072.  —  Tunis,  6  novembre  1815,  —  «  Gloire  des  Princes  de  la  reli- 
gion du  Messie,  élite  des  Grands  de  la  nation  de  Jésus,  Padischah 
actuel  de  France,  notre  très  cher,  très  respectable,  très  magnifique  et 
très  grand  ami.  Après  vous  avoir  offert  nos  salutations  amicales  et  do> 
'Compliments  sincères,  nous  vous  exposons  que  nous  vous  avons  déjà 
fait  connaître  précédemment  que  notre  intention  est  d^envoyer  à  la 
Sublime  Porte  d'éternelle  durée  des  présents,  et  qu'en  considération 
de  l'ancienne  amitié  qui  existe  depuis  les  temps  les  plus  recules 
^ntre  Votre  Majesté  et  nos  illustres  ancêtres,  et  qui  reçoit  de  jour  eo 
jour  de  nouveaux  accroissements,  nous  vous  avons  prié  de  nous 
envoyer  une  frégate  pour  y  charger  les  présents  destinés  à  Sa  Hau- 
-tesse,  en  les  faisant  accompagner  par  notre  Agba  et  les  chefs  de  noire 
Régence. 

Nous  vous  écrivons  et  adressons  cette  lettre  amicale  pour  doc^ 
informer  de  votre  illustre  santé,  et  vous  faire  savoir  que  les  préseoU 
que  nous  destinons  à  la  Sublime  Porte  sont  actuellement  prêts,  que 
nous  attendons  l'arrivée  de  la  frégate  que  nous  avons  demandée  à 
Tolre  Majesté  pour  les  y  charger,  et  que  nous  nous  flattons  de  Tes- 
poir  que  celte  frégate  sera  sans  retard  expédiée  pour  le  port  de  notre 
Régence. 

LiOrsqu'avec  la  grâce  divine  notre  lettre  vous  sera  parvenue,  et  que 
Votre  Majesté  saura  que  notre  demande  n'a  été  formée  qu'en  verta  du 
sincère  attachement  que  nous  avons  pour  Votre  Majesté  nous  espé- 
rons qu'elle  enverra  aussitôt  la  dite  frégate  dans  le  port  de  notre 
Régence  et  qu'elle  n'exclura  point  son  sincère  ami  de  son  souvenir 
bienveillant,  o 

{Sceau)  [Affaires  éh-angères,  (?■•  de  Tunis,) 

TALLEYRAND   A  DBVOIZB. 

1073.  —  Paris,  J  3  novembre  I S 1 5,  —  11  a  appris  avec  une  véritable 
satisfaction  la  manière  honorable  dont  Devoize  a  été  accueilli  par  l6 
Bey  de  Tunis.  Il  invite  le  Ministre  de  la  guerre  à  choisir  l'officier  do 
génie  qui  devra  partir  pour  Tunis. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
TALLEYRAND   A   DEVOIZE. 

1074.  —  Paris,  2  décembre  i  8 15,  —  Prière  de  faire  les  recherches  et 
•démarches  nécessaires  pour  obtenir  la  restitution  des  objets  pris  sur 
«trois  bâtiments  français  qui  viennent  d'être  pillés  par  des  corsaires, 
•et  pour  réclamer  au  Bey  la  punition  exemplaire  des  coupables. 

(Affaires  étrangères,  O*'  de  Tunis.) 


[1815]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  548 

TALLEYRAND   A   DEVOIZE. 

1075.  —  PariSj  12  décembre  i 8  Jô.  —  Il  lui  recommande  des  sujets 
sardes  enlevés  à  Tile  d'Antioche  par  des  Tunisiens  ^ 

{Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis,) 
DEVOIZB   A   TALLEYRAND. 

1076.  —  TuniSy  20  décembre  1815.  —  Journal  de  séjour  du  vaisseau 
anglais  Le  Bombay,  parti  de  Malte,  ayant  à  bord  lord  Maitland,  gou- 
verneur de  rile.  Ce  dernier  voyage  pour  raison  de  santé,  mais  il  s'est 
néanmoins  occupé  de  quelques  aiTaires.  Le  Consul  de  Naples,  M.  de 
Martino,  a  été  rappelé,  mais  le  Bey  ne  veut  pas  reconnaître  M.  Richard 
Oglander,  Consul  anglais,  comme  agent  de  Naples. 

(Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
TALLEYRAND    A   DEVOIZE. 

1077.  —  Paris,  26  décembre  1815.  —  «  Le  Consul  de  S.  M.  à  Cagliari  " 
me  transmet  quelques  détails  dont  il  a  dû  aussi  vous  faire  part  sur 
les  dernières  expéditions  des  Tunisiens  dans  la  Méditerranée. 

Les  forces  et  Thabileté  extraordinaires  que  ces  Barbaresques  y  ont 
développées  ont  donné  lieu  de  soupçonner  que  ces  expéditions  tenaient 
à  un  plan  plus  vaste  et  qu'elles  avaient  été  dirigées  par  des  chefs  nou- 
veaux et  plus  expérimentés...  »  En  Sardaigne,  on  craint  une  nouvelle 
attaque  contre  Saint- Pierre...  Le  commandant  de  la  marine  tunisienne 
serait  TAnglais  Smith.  Le  Sarde  Raniéri  aurait  servi  de  guide  dans  le 
pillage  de  Saint-Antioche. 

«  Je  vous  invite,  Monsieur,  à  chercher  soigneusement  jusqu'à  quel 
point  ces  bruits  sont  fondés,  et  à  me  transmettre  toutes  les  informa- 
tions que  vous  pourrez  recueillir  à  ce  sujet,  en  cherchant  surtout  à 
pénétrer  si  Timpulsion  extraordinaire  donnée  à  la  course  tunisienne  ne 
se  lierait  point  au  projet,  annoncé  par  quelques  personnes  considérables 
de  TAngleterre,  d'amener  une  révolution  dans  les  États  barbaresques, 
dans  la  vue  ou  sous  le  prétexte  d'abolir  la  course  et  Tesclavage  des 
blancs.  Quelle  que  soit  Topinion  du  gouvernement  de  S.  M.,  il  est  très 
important  qu'il   connaisse    tout   ce   qu'on   tenterait  de  faire  à  cet 

1.  La  flotte  tunisienne,  commandée  par  Mustapha-reîs,  Tenait  de  faire  un 
audacieux  débarquement  de  corsaires  à  nie  Saint-Antioche,  dans  la  baie  de  Palma 
(Sardaigne),  et  d'assiéger  les  habitants.  160  d'entre  ces  derniers  avaient  été  emmenés 
en  esclavage  à  La  Goulette,  au  mois  d'octobre  1815. 

2.  Jean-François  Mimaut,  Consul  à  Cagliari  en  1814,  à  Carthagène  en  1817,  gérant 
du  Consulat  d'Alexandrie  en  1819,  Consul  à  Varsovie  en  1826,  à  Venise  en  1826, 
Consul  général  &  Alexandrie  en  1830.  —  A  la  même  époque  on  rencontre  Alfred 
Mimaut  attaché  à  Constantinople  en  1824,  élève  Vice-Conaul  en  1829,  attaché  au 
Consulat  générai  de  Milan  en  1831,  Vice-Consul  puis  Consul,  à  Yassy  en  1833,  & 
Rotterdam  en  1839,  Consul  général  en  retraite  en  1862. 

35 


546  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1816] 

égard...  »  Parmi  les  esclaves  de  Saint-Aniioche  S  il  se  trouve  deux  on 
trois  Français.  Le  Ministre  prie  Devoize  de  les  réclamer. 

{Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 
TALLBYRAND  ▲   DftVOIZE. 

1078. —  Paris^  22  janvier  1816.  —  La  Cour  de  Naples  a  rappelé 
son  Consul,  M.  de  Martino,  et  elle  désire  traiter  de  la  paix  avec  Tunis 
par  l'intervention  de  la  France  ;  le  roi  veut  bien  déférer  à  la  demande  qai 
lui  a  été  faite...  «  A  Tunis  on  doit  savoir  que  Topinîon  de  TEuropeest 
contraire  à  la  guerre  perpétuelle  faite  aux  États  d'Italie,  èi  l'esclavage; 
si  les  Régences  ne  sont  pas  tout  à  fait  dépourvues  de  prudence,  ellei 
doivent  rechercher  la  paix,  seul  moyen  de  conjurer  l'orage...  » 

{Affaires  étrangères^  C*"  de  Tunis.) 
TALLEYRAND    A   DEVOIZB. 

1079.  —  Parn^  25  janvier  f  816.  —  Par  ordonnance  du  15  décembre 
dernier,  le  Roi  a  décidé  rétablissement  de  Vice-Consuls  à  Alger  et  à 
Tunis.  M.  Malivoire,  ci-devant  Yice-Consul  à  Andrinople,  est  désigné 

pour  Tunis  *.  (Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis.) 

DEVOIZE   A   TALLEYRAND. 

1080.  —  7 unis,  3  février  18/6,  —  Il  envoie  quelques  renseigne- 
ments sur  le  prix  des  grains  à  Tunis  '. 

[Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
DEVOIZE   A   TALLEYRAND. 

1081.  —  T'unis,  6  février  1816,  —  Le  gouverneur  de  Sardaigne  & 
prié  Devoize  de  s'occuper  de  nouveau,  comme  il  l'avait  fait  en  1801,  du 

1.  Voy.  la  note  de  la  page  précédente. 

2.  Charles-Élienne  Malivoire,  élève  des  langues  à  Constantinople  en  1784,  dro^an 
en  Morée  en  1783,  à  Alexandrie  en  1791,  Vice-Consul  à  Andrinople  en  i8H,gèrar.t 
du  Consulat  de  Salonique  en  1814,  Vice-Consul  à  Tunis  en  1815,  à  Alexandrie  en 
1825,  Consul  au  Caire  en  1825,  à  Alep  en  1827,  retraité  en  1831.  11  arriva  à  Tunide 
18  juin  1816. 

3.  Voy.  Mémoire  sur  la  situation  commerciale  de  Tunis.  «  Le  royaume  de  Tunis 
est  appelé  ajuste  titre  le  grenier  des  pays  méridionaux.  Dans  les  années  d'abon- 
dance on  peut  extraire  de  ses  ports  jusqu'à  80,000  kaffis  de  blé.  La  surabondance 
de  ce  pays  vient  de  la  fertilité  de  son  sol,  qui,  sans  repos  et  sans  engrais,  n'a  besoin 
que  d'être  sillonné  par  un  soc  de  bois  pour  produire  de  30  au  60"  de  sa  semence. 
Il  n'y  a  point  de  greniers  publics,  mais  les  propriétaires  des  grandes  fermes  s)nt 
le  Bey  et  les  principaux  officiers  de  la  Régence,  qui  spéculent  sur  la  misère  publi- 
que en  soutenant  les  cours  les  plus  élevés...  La  récolte  en  1815  a  été  de  50,000  kaflis 
(le  kaffis  valant  4  quintaux  métriques  et  10  kilos,  soit  3  charges  i/2  de  .Marseille  • 
Le  blé  valait,  le  16  décembre  1815,  80  piastres,  et,  le  3  février  1816,  104  piastres  le 
kaffi,  soit  22  fr.  60  et  29  fr.  40  l'hectolitre.  L'orge  vaut  32  p.,  les  fèves  48  p.Jfc 
pois  60  p.,  le  millet  48  p.  Le  prix  du  Teskeret  ou  permis  de  sortie  pour  le  bie  est 
de  45  p.  le  kafll,  de  22  p.  pour  l'orge,  de  9  p.  pour  les  légumes.  Les  assurances  de 
Tunis  à  Marseille  se  font  à  1  1/2  0/0.  Muni  d'un  Teskeret,  on  n'a  plus  à  payer  qu'un 
droit  de  passage,  mesurage,  facturage,  et  des  frais  de  transport  s'élevant  ensemble 
&  5  ou  6  p.  par  kaffl,  plus  une  commission  de  3  à  4  0/0.  Le  fret  est  d'ordinaire  de 
i  p.  par  kaffî  pour  la  chrétienté...  • 


[1816]  AVEG  LA  GOUR  DE  FRANQB  B47 

sort  des  esclaves  sardes  à  Tunis,  au  nombre  d'environ  300.  Le  Consul 
demande  au  Ministre  l'autorisation  de  traiter  la  paix  de  cette  Puis- 
sance avec  le  Bey.  (Affaires  étrangères,  (?•«  de  TunU.) 

DEVOIZB   k  TALLBYRAND. 

1082.  —  7'iinw,  JiJ^  mars  1816.  —  Son  collègue  Mimaut  *,  à  Cagliari, 
était  mal  instruit,  lorsqu'il  a  envoyé  au  Ministre  des  détails  sur  la 
prise  de  Saint-Antioche.  Ce  n*est  pas  Thabileté  des  Tunisiens  qui  a 
fait  réussir  leur  entreprise,  mais  la  faiblesse  de  la  garnison,  qui 
n*avait  que  28  soldats...  Suit  le  récit  détaillé  de  l'expédition  barba- 
resque. 

<(  Je  suis  tous  les  mouvements  de  la  politique  tortueuse  des  Anglais 
dans  ces  contrées.  Ils  font  insérer  dans  leurs  journaux  et  ceux  dltalie 
le  plan  d'une  croisade  destinée  à  abolir  l'esclavage  des  blancs;  ils  se 
placent  à  la  tète,  mais  ce  n'est  (du  moins  c'est  mon  opinion)  que  pour 
paraître  conséquents,  et  uniquement  dirigés  par  ces  maximes  philan- 
thropiques sous  lesquelles  ils  ont  cru  déguiser  le  vrai  but  qui  leur  a  fait 
provoquer  l'abolition  de  la  traite  des  noirs.  On  sait  que  l'intérêt  de  son 
commerce  et  de  sa  navigation  est  la  base  de  toutes  les  combinaisons 

du  gouvernement  anglais...  »  {Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.) 

DEVOIZE   A   TALLEYRAND. 

1083.  —  Tunis,  22  mars  1816,  — Aucune  action  près  du  gouverne- 
ment tunisien  n'est  possible  avant  le  retour  du  Prince  Hossein,  à  qui 
son  père  a  déjà  en  quelque  façon  remis  les  rênes  du  gouvernement. 
«  Une  ouverture  faite  à  un  gouvernement  qui  ne  sait  rien  garder  de 
secret  n'aurait  produit  d'autre  effet  que  de  donner  plutôt  une  dange- 
reuse publicité  au  désir,  manifesté  par  la  Cour  de  Naples,  d'avoir  la 
paix  avec  la  Régence...  » 

Il  sondera  les  dispositions  du  Prince  Hossein  envers  Naples.  «  J'aurais 
pu,  il  y  a  quelque  temps,  les  trouver  et  même  les  rendre  conciliantes,  en 
lui  tenant  le  langage  que  Votre  Excellence  a  bien  voulu  me  tracer  dans 
ses  instructions.  J'aurais  été  secondé  par  le  bruit  d'une  ligue  annoncée 
depuis  longtemps  dans  toutes  les  gazettes,  qui  désignaient  Ancône 
comme  le  port  choisi  pour  le  rassemblement  des  troupes  de  débarque- 
ment. Ce  bruit  avait  fait  une  telle  impression  sur  l'esprit  du  Bey  qu'il 
avait  ordonné  le  désarmement  de  ses  corsaires,  mais  la  Cour  de  Naples 
a  contribué  elle-même  à  affaiblir  cette  impression  si  favorable  à  ses 
vues,  en  envoyant  des  pouvoirs  pour  traiter  de  la  paix  ou  d'une  pro- 
longation de  la  trêve  à  Richard  Oglander,  Consul  anglais,  qu'elle  a 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  545. 


548  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  ,1816; 

nommé  en  même  temps  Ck)nsul  général  et  chargé  de  ses  affaires  à 
Tunis  <. 

Tout  récemment  le  Consul  de  Suède  '  a  été  chargé  de  négocier  la  paix 
de  la  Prusse  et  a  fait  les  premières  ouvertures.  J'ai  lieu  de  croire  que 
cette  paix  se  conclura  sans  difficulté,  dès  le  retour  du  Prince  Hosseio. 
parce  qu'elle  est  toute  à  Tavantage  de  la  Régence.  Je  ne  conçois  pas 
quel  intérêt  si  pressant  a  pu  inspirer  à  la  Prusse,  qui  n'a  que  quelques 
ports  sur  TOcéan,  d'acheter  si  chèrement  des  Puissances  barbaresques 
une  paix  dont,  à  Texemple  de  l'Autriche  et  de  la  Russie,  elle  a  pu  s« 
passer  jusqu'à  présent  sous  la  garantie  de  la  Porte. 

Il  est  résulté  de  toutes  ces  propositions  que  le  Bey  ne  croit  plus  à 
la  coalition  qui  semblait  menacer  la  Barbarie,  et  que  la  trêve  de  la 
Régence  expirant  vers  la  fin  de  ce  mois,  il  a  assemblé  son  conseil,  et 
qu'on  y  a  résolu  la  guerre.  » 

Devoize  joint  à  sa  dépêche  un  État  de  la  marine  du  Bey,  sur  lequel 
il  fait  figurer  402  navires,  dont  84  chaloupes,  3  gabares,  3  corvelles, 

3  bombardières  et  5  chebeks.  (Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 

DEVOIZE   A   TiaLEYRÀND. 

1084.  —  Tunis,  i  6  avr-il  1816,  —  Il  a  dû  attendre  le  retour  du  Prioce 
Hossein  pour  lui  faire  ses  premières  propositions  de  paix  avec  Naples... 
«  Ce  Prince  ne  s'est  occupé  pendant  trois  ou  quatre  jours  qu*à  donner 
des  fêtes  brillantes  à  la  Princesse  de  Galles  '... 

Lord  Exmouth  a  paru  avec  une  escadre  de  18  bâtiments  de  guerre. 
Le  bruit  s'est  bientôt  répandu  que  cette  escadre  venait  d'Alger  avec 
1,500  esclaves,  que  l'amiral  avait  fait  délivrer  gratuitement  par  celte 
Régence,  en  lui  signifiant  que,  par  décision  du  Congrès,  la  course  était 
interdite  aux  Barbaresques  à  l'avenir  ^. 

Je  vis  bien  que  le  Lord  venait,  en  eiïet,  remplir  la  même  mission  à 
Tunis...  Cet  Envoyé  demanda  au  Bey  rafTranchissement  des  Sardes 
enlevés  de  Saint-Antioche  (le  reïs  Mustapha  était  entré  dans  l'Ile  avec 
un  pavillon  anglais);  il  exigea  que  le  reïs  lui  fût  livré,  que  les  Napoli- 
tains fussent  affranchis,  et  qu'un  traité  de  paix  fût  proposé  avec  la  Sar- 

1.  Pour  les  négociations  de  la  paix  de  Naples  avec  Tunis,  yoy.  les  Annales  tuni- 
siennes,  p.  282  el  suiv. 

2.  Le  chevalier  Tulin. 

3.  Voy.  Journal  de  téjour  de  la  Princesse  de  Galles  à  Tunis,  du  4  au  Si  avril  /«/*• 
(Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

4.  Le  baron  Edouard  Exmouth,  ch*'  Grand-Croix  de  Tordre  du  Bain,  amiral  dt* 
l'escadre  bleue  de  la  flotte  de  S.  M.  Britannique,  membre  de  rinstitulion  des 
chevaliers  libérateurs  des  esclaves  blancs  en  Afrique.  —  Voy.  Journal  de  séjour  de 
Vescadre  anglaise  de  Lord  Exmouth,  du  40  au  tS  avril  4Bi6.  (Affaires  étrangères, 
C"*  de  Tunis,) 


[1816]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  549 

daigoe  et  Naples.  Le  Bey  lui  répondît  qu'en  ce  qui  concernait  Naples, 
des  négociations  étaient  engagées  avec  le  Consul  de  France.  Exmouth 
prétendait  avoir  des  pouvoirs  postérieurs  à  ceux  délivrés  à  Devoize;  il 
demanda  par  écrit  au  Consul  français  de  se  désister  des  siens,  ce  qui 
fut  fait. 

...  Je  n'ai  pu  me  permettre  de  demander  à  un  personnage  revêtu 
du  caractère  de  Lord  Exmouth  Texhibition  de  ses  pouvoirs;  j'ai  dû  le 
croire  sur  parole...  Mais  je  serais  tenté  de  croire  qu'il  n'est  muni  que 
des  ordres  de  la  cour  de  Londres,  d  autant  plus  que  sa  mission  n'a  pas 
pour  but  d'exécuter  une  mesure  générale,  il  a  annoncé  qu'il  agissait  pour 
la  Sardaigne,  l'État  de  Gènes  et  la  Principauté  de  Monaco,  qui  se  trou- 
vaient sous  la  protection  de  l'Angleterre,  et  dont  la  cour  de  Naples  avait 
demandé  Tintervention  pour  l'affranchissement  des  Napolitains,  et  pour 
sa  paix  avec  les  trois  Régences...  » 

Le  Bey  paraissait  braver  l'attaque  des  vaisseaux  anglais;  les  chré- 
tiens s'alarmaient,  le  Consul  anglais  amena  son  pavillon.  «...  Peu  de 
temps  après,  les  choses  se  terminaient  à  souhait  ^  » 

(Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis.) 
DEVOIZK    A   TALLEYRÀND. 

1085.  —  Tunis^25  avril  1816.  —  L'amiral  anglais  Exmouth,  ayant 
voulu  faire  vérifier  la  traduction  du  traité  qu'il  avait  conclu  avec  le 
Bey  et  le  Consul  anglais,  a  prié  M.  Sielve  '  de  lui  en  faire  la  lecture  ^.  «  Je 
joins  ici  une  note  que  ce  chancelier  a  dressée  de  mémoire  de  ce  qu'il 
en  a  retenu.  Il  paraîtrait  que  Lord  Exmouth  n'a  agi  qu'au  nom  du 
Régent  d'Angleterre;  que  l'esclavage  est  aboli,  mais  que  la  course 
subsiste  toujours  par  la  faculté  de  faire  et  retenir  des  prisonniers  qui 
n'auront  changé  que  de  nom,  et  dont  la  condition  sera  pire  que  celle 
des  esclaves,  car  ils  seront  chargés  de  fournir,  jusqu'à  l'époque  d'un 
échange  ou  d'une  paix,  aux  besoins  des  vainqueurs.  Ces  malheureux 

1.  Voy.  les  iMités  conclus  le  17  avril  1816  par  TAnglelerre,  la  Sardaigne  et  les 
Deux-Siciles  avec  la  Régence  de  Tunis,  publiés  dans  les  Annales  tunisiennes^  p.  438, 
530  et  538. 

2.  Àstoin-Sielve,  chancelier  du  Consulat  général  de  France.  Voy.  la  note  1,  p.  456. 

3.  Déclaration  de  Mahmoud,  Bey  de  Tunis,  à  Lord  Exmouth,  —  Le  Bardo,  17  avril 
i816.  —  «  En  considération  du  grand  intérêt  manifesté  par  S.  A.  R.  le  Prince- 
Régent  d'Angleterre  pour  mettre  un  terme  à  l'esclavage  des  chrétiens,  S.  A.  le 
Bey  de  Tunis,  voulant  témoigner  son  désir  sincère  de  maintenir  les  relations  ami- 
cales qui  existent  entre  elle  et  la  Grande-Bretagne,  en  preuve  de  ses  dispositions 
pacifiques  et  de  son  estime  pour  les  Puissances  européennes,  avec  lesquelles  S.  A. 
désire  consolider  une  paix  durable,  déclare,  par  les  présentes,  qu'en  cas  de  guerre 
avec  une  des  Puissances  susdites,  aucun  des  prisonniers  ne  sera  réduit  en  escla- 
vage,, mais  qu'ils  seront  traités  avec  toute  l'humanité  possible  et  comme  prisonniers 
de  guerre,  d'après  la  forme  adoptée  et  pratiquée  en  Europe,  et  qu'&  la  fin  de  la 
guerre  les  prisonniers  seront  échangés  et  renvoyés  dans  leur  pays.  »  (Affaires 
étrangères,  Mém.  et  Doc.  Afrique,  t.  V,  f  282.) 


S50  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1816 

abandonnés  ne  seront-ils  pas  forcés,  pour  subsister  et  se  couvrir,  de 
travailler  moyennant  un  salaire  très  modique?  Une  paix  arrachée  par 
la  violence  ne  saurait  être  de  longue  durée.  Les  Barbaresques  humiliés 
useront  bientôt  du  droit  quHls  ont  de  faire  la  guerre.  Ils  courent  encore 
sur  les  Toscans  et  les  Romains. 

Ce  qui  a  encore  décidé  le  Bey  à  céder  aux  Anglais,  c'est  le  fait  qu'on 
retenait  à  Syracuse  un  navire  venu  de  Constantinople,  ayant  à  bord  un 
Capidji  chargé  d'apporter  au  Bey  le  caftan  d'investiture.  » 

Devoize  est  certain  maintenant  que  Lord  Exmouth  était  réellement 
muni  de  pleins  pouvoirs  du  gouvernement  de  Naples.  Si  Devoize  avait 
été  instruit  à  temps,  il  aurait  prévenu  la  mission  du  Lord  anglais. 

(c  La  Princesse  de  Galles  va  à  Athènes;  elle  m'a  demandé  une  lettre 
pour  M.  Fauvel  ';  en  vain  j'ai  observé  à  S.  A.  R.  que  son  nom,  son 
penchant  pour  les  arts,  la  protection  qu'elle  leur  accordait,  la  mettaient 
trop  au-dessus  d'une  recommandation  pour  qu'une  lettre  de  ma  part 
pût  rien  ajouter  à  tant  de  titres  à  l'entier  dévouement  des  savants  de 
seconder  S.  A.  R.  dans  ses  recherches...  » 

(Affaire»  étrangères^  C*"*  de  Tunis,) 
DEVOIZE  A   TALLEYRANO. 

1086.  —  Tunis,  4  mai  i  8J6.  —  Une  conspiration  de  Turcs  contre  les 
chefs  de  la  Régence  s'est  terminée  par  l'enlèvement  de  cinq  corsaires 
tunisiens,  qui  ont  pris  la  route  du  Levant;  ils  vont  probablement  se 
joindre  aux  forbans  de  l'Archipel  ou  de  la  Morée.  Devoize  prévient  le 
commandant  de  la  station  du  Levant  à  Smyrne  '. 

{Affaires  étrangères^  C**'  de  Tunis,) 
DEVOIZE   A   TALLEYRAND. 

1087.  —  Tunis^  15  juin  i SI6,  — Relation  du  massacre  et  du  pillage 
des  bateaux  corailleurs  français  dans  le  port  de  Bûne. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
TALLEYRAND   A  DEVOIZE. 

1088.  —  Paris^  17  juillet  1816,  —  «  Je  reçois  de  tous  côtés  des 
plaintes  sur  les  pirateries  continuelles  que  commettent  les  Barba- 
resques à  l'égard  de  nos  navigateurs.  Parmi  tous  les  faits  de  ce  genre 
qui  sont  venus  à  ma  connaissance,  j'ai  jugé  convenable  de  vous  faire 
part  des  plus  positifs  et  des  plus  détaillés.  »...  Suit  le  récit  des  prises 
de  nombreux  navires.  Le  Consul  est  prié  de  faire  des  perquisitions  sur 
la  nationalité  des  corsaires  «  ...Toutes  les  plaintes  s'accordent  à  désigner 

1.  Consul  à  Athènes  de  1810  h  1820,  &  Smyrne  de  1820  à  1825. 

2.  Voy.  la  Relation  d'une  conjuration  tramée  par  les  Turcs  au  service  du  Bey  pu» 
renverser  le  Gituvemement  {Affaires  étrangères,  (?••  de  Tunis),  —  cl  les  Annales  tvnir 
siennes,  p.  318. 


[1816]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  551 

les  Tunisiens  comme  les  plus  entreprenants  et  les  plus  redoutables  de 

tous  en  ce  moment...  »  {A/faires  étrangères,  C»'*  de  Tunis.) 

DKVOIZE   À   TALLEYRAND. 

1089.  —  Tunis,  19  août  i 8i6,  —  Les  Envoyés  toscans  ont  quitté 
Tunis  sans  avoir  conclu  la  paix;  leurs  présents,  consistant  en  bijouterie 
et  horlogerie,  ont  paru  trop  modiques.  Ils  n*ont  pu  obtenir  qu'une 

trêve  de  deux  ans  '.  (Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis.) 

MAHMOUD,    BEY   DE   TUNIS,    A   LOUIS   XVIII. 

1090.  —  TuniSj  21  août  1816.  —  «Gloire  des  Princes  de  la  religion 
du  Messie,  élite  des  Grands  de  la  nation  de  Jésus,  Padischah  actuel  du 
gouvernement  français,  notre  très  estimé,  très  honoré^  très  sincère, 
très  cher  et  grand  ami.  Après  avoir  offert  à  Votre  Majesté  des  compli- 
ments qui  ont  pour  objet  votre  bien-être,  nous  vous  faisons  savoir 
qu'en  vertu  de  l'amitié  qui  règne  en  votre  personne  douée  de  sagesse 
et  nous,  Votre  Majesté  nous  a  constamment  accordé  tout  ce  que  nos 
besoins  exigeaient,  et  que  par  ces  procédés  notre  amitié  intime  a  sans 
cesse  pris  de  nouveaux  accroissements.  C'est  un  point  sur  lequel  il  est 
inutile  de  donner  de  plus  longues  explications.  Un  ingénieur  bombar- 
dier et  un  ingénieur  canonnier  nous  étant  nécessaires  pour  enseigner  la 
science  des  mathématiques  aux  bombardiers  et  canonniers  qui  sont  au 
service  de  notre  Régence  victorieuse,  nous  espérons  que  vous  nous 
enverrez  incessamment  ceux  qui  sont  à  votre  solde,  avec  la  condition 
qu'ils  pourront  retourner  en  France  après  deux  ans,  espace  de  temps 
que  nous  croyons  suffisant  pour  faire  apprendre  les  mathématiques. 

C'est  pour  vous  adresser  cette  demande,  et  pour  nous  informer  de 
votre  précieuse  santé,  que  nous  vous  avons  écrit  et  envoyé  la  présente 
lettre  amicale.  Lorsqu'avec  la  grâce  du  Très-Haut  elle  vous  sera  par- 
venue, nous  espérons  que  vous  aurez  soin  de  nous  expédier  les  susdits 
ingénieurs  de  la  manière  expliquée  plus  haut.  Et  le  salut.  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

DEYOIZE   A   TALLEYRAND. 

1091.  —  Tunis^  6  septembre  1816.  — M.  Oglander,  Consul  anglais, 
a  eu  l'attention  de  venir  lui-même  me  donner  lecture  des  dépèches  que 
lui  a  envoyées  Lord  Exmouth  sur  l'expédition  contre  Alger  '. 

Lord  Exmouth,  de  retour  en  Angleterre,  a  fait  le  même  récit  au  Bey 
de  Tunis,  lui  déclarant  qu'il  détachera  dans  quelques  jours  un  bâtiment 
de  son  escadre  pour  venir  prendre  les  Romains,  afin  qu'il  ne  reste  plus 

1.  Voy.  les  traités  passés  entre  la  Toscane  et  Tunis  les  26  avril,  12  et  18  août  1816, 
publiés  dans  les  Anna f es  tunisiennes,  p.  548  et  suiv.  ♦ 

2.  Voy.  Histoire  d*Alger  et  du  bombardement  de  cette  ville  en  iSiS  (Paris,  1830). 


552  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1816 

un  seul  chrétien  esclave  en  Barbarie.  Uamiral  a  ajouté  qu'il  s'était 
empressé  de  rendre  compte  à  sa  Cour  des  procédés  aimables  dont  la 
Princesse  de  Galles  a  été  Tobjet.  Les  événements  d'Alger  ont  fait  à  la 
Cour  du  fiey  et  surtout  parmi  les  Turcs  une  impression  difficile  à 

décrire...  {Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis.) 

DEVOIZB   AU   DUC   DE   RICHELIEU  '. 

1092.  —  Tunis ^  30  octobre  1816.  —  Le  chevalier  Baroni,  comman- 
dant une  frégate  napolitaine,  est  venu  solliciter  de  nouveau  TérectioD 
du  pavillon  napolitain.  Le  Bey  a  refusé  de  reconnaître  le  Consul  d'An- 
gleterre comme  Consul  de  Naples. 

Le  chevalier  Palma,  Consul  de  Sardaigne,  est  arrivé;  «  c'est  le  pre- 
mier Consul  de  cette  nation  qui  ait  été  accrédité  à  Tunis  ». 

Enfin  une  frégate  anglaise  est  venue  prendre  les  esclaves  romaiûs, 
au  nombre  de  80.  Devoize  ignore  s'ils  ont  été  délivrés  sans  rançoQ. 
L*œuvre  est  restée  incomplète,  en  ne  mettant  pas  un  terme  à  l'état  de 
guerre  entre  le  Saint-Siège  et  la  Régence. 

{Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis,] 
DEVOIZE  AU    DUC   DE    RICHELIEU. 

1003.  —  Tunis,  30  octobre  1 816.  —  Le  roi  de  Sardaigne  a  fait 
remettre  à  Devoize  une  boîte  en  or,  enrichie  de  diamants,  avec  le  por- 
trait de  Sa  Majesté,  en  reconnaissance  du  zèle  que  ce  dernier  a  misa 
adoucir  le  sort  des  Sardes  enlevés  à  Saint-Antioche. 

{Affables  étrangèfvs,  C'*  de  Tunis.) 
LE    DUC  DE    RICHELIEU   A    DEVOIZE. 

1094.  —  PariSy  15  novembre  4  816.  —  Le  Ministre  expose  longue- 
ment ce  qu'est  devenue  la  pêche  du  corail  sur  les  côtes  d'Alger,  l/s 
Anglais  en  ont  la  concession.  Les  Français  fournissent  aux  Anglais  uoe 
partie  de  l'argent  nécessaire  pour  acquitter  les  lismes  dues  au  Dey  Alger. 

Il  s'agirait  de  réserver  la  pêche  sur  les  côtes  de  Tunis  à  la  France.  Il 
convient  donc  d'étudier  le  traité  de  1790,  afin  d'en  obtenir  le  renouvel- 
lement ■.  «  Votre  longue  expérience  et  votre  résidence  actuelle  sur  les 
lieux  devront  d'ailleurs  vous  suggérer  à  vous-même  des  remarques 
tant  sur  le  fond  que  sur  la  forme  du  traité  et  sur  les  moyens  d'exécu- 
tion... »  Le  Ministre  prie  Devoize  de  lui  adresser  sur  ce  sujet  un  rapport 

très  circonstancié  '.  {Affaires  étrangères,  O*'  de  Tunis.) 

{.  Armand- Emmanuel  du  Plessis,  duc  de  Richelieu,  pair  de  France,  Ministre  de* 
Affaires  étrangères  du  24  septembre  1816  au  28  décembre  1818. 

2.  Voy.  p.  183.  —  La  redevance  annuelle  était  de  13,500  piastres,  mais  Antoine 
Peyron,  directeur  de  l'Agence  d'Afrique  &  Marseille,  avait  émis  Tavis  d'offrir  le 
double. 

3.  Voy.  Notice  sur  les  concessions  d'Afi^ique,  par  Alexandre  deLaborde  (Paris,  1S30, 
—  Histoire  de  La  Calle,  par  Féraud  (Alger,  1877),  —  et  Les  grandes  Compagnies  dt 
commerce,  par  Bonnassieux,  déjà  cité,  chapitre  Compagnies  d'Afrique. 


fl817]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  553 

DEVOIZE   AU  DUC   DE   RICHELIEU. 

1095.  —  Tunis,  31  décembre  1816,  —  «  ...  Au  sujet  de  Texpédition 
de  Lord  Ëxmouth  dans  la  Méditerranée,  je  sais  de  bonne  part  que  le 
Prince-Régent  n'en  avait  conçu  Tidée  que  dans  Tintention  de  faire 
avorter  le  plan  de  Sidney  Smith.  On  pourrait  ajouter  que,  dans  la  vue 
de  conserver  Malte,  dont  la  possession  assure  aux  Anglais  Tempire  de  la 
Méditerranée,  le  Cabinet  de  Londres  a  voulu,  en  se  parant  delà  philan- 
thropie, abolir  l'esclavage,  qui  était  l'objet  de  l'institution  d'un  Ordre 
qui,  se  trouvant  éteint,  le  dispenserait  d'abandonner  une  conquête  si 
précieuse  pour  la  rendre  à  ses  premiers  maîtres. 

L'Angleterre  a  cherché  en  même  temps  à  porter  un  coup  mortel  à 
notre  navigation  et  au  commerce  que  Marseille  faisait  presque  exclusi- 
vement dans  les  mers  du  Levant  et  en  Barbarie,  en  nous  mettant  en 
concurrence  avec  les  deux  principaux  États  d'Italie,  principalement  les 
industrieux  Génois. 

Ne  pourrait-on  pas  encore  raisonnablement  soupçonner  que  l'Angle- 
terre, en  affranchissant  les  peuples  de  ces  contrées  de  l'esclavage,  a 
cherché,  par  ce  bienfait,  quoiqu'elle  l'ait  fait  chèrement  payer,  surtout 
à  Naples,  à  s'en  attirer  l'affection  pour  les  faire  servir  à  l'exécution 
d'un  plan  plus  vaste  contre  la  Barbarie,  qui  nous  en  écarterait  tout  à 
fait?  Certains  que  leur  pavillon  sera  respecté,  après  avoir  déclaré,  à  la 
face  de  l'Europe,  qu'en  abolissant  l'esclavage  ils  remplissaient  le  vœu 
de  toutes  les  Puissances,  les  Anglais  vendent  aujourd'hui  aux  Barba- 
resques  des  munitions  et  des  bâtiments  pour  qu'ils  fassent  encore  des 
esclaves  sous  le  nom  de  prisonniers.  Cette  conduite  dévoile  assez  leur 
politique  pour  me  dispenser  de  m'étendre  davantage. 

Le  Bey  vient  de  mettre  en  armement  trois  corvettes  et  un  brick  qu'il 
destine  à  passer  le  détroit  pour  courir  sur  le  pavillon  hanséatique.  Il  a, 
en  outre,  dans  le  port  trois  gabares  prises  ou  achetées  à  Malte. 

Les  événements  d'Alger  ont  fait  la  plus  vive  sensation  sur  la  Régence 
de  Tunis.  Elle  a  été  consternée  du  triomphe  d'une  Puissance  chrétienne 
sur  un  Prince  musulman,  quoique  son  ennemi.  Le  prompt  succès  obtenu 
avec  si  peu  de  forces  employées  contre  une  ville  réputée  inexpugnable 
a  stupéfait  le  Bey.  J'ai  saisi  cette  occasion  de  citer  le  bombardement 
d'Alger,  sous  le  règne  de  Louis  XIV,  et  la  réparation  éclatante  faite  à 
Sa  Majesté,  qui  en  fut  la  suite...  » 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DEVOIZB   AU   DUC   DE   RICHELIEU. 

1096.  —  Tunis,  ^janvier  1817.  —  Il  annonce  l'arrivée  d'une  frégate 


554  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [MiT\ 

portugaise  dont  le  cominaadant,  le  chevalier  Pinto,  voulait  conclure  la 
paix  avec  le  Bey.  La  trêve  a  été  prolongée  d'un  an  *. 

{Affaires  étrangères^  C"»  de  Tim» .) 
DBVOIZE   AU   DUC   DE   RICHBLIEU. 

1097.  —  TuniSy  i  6  janvier  iSH .  —  «  C'est  seulement  le  4  janvier 
qu'il  a  reçu  la  lettre  du  Ministre  concernant  la  pèche  du  corail.  Il  en  a 
parlé  à  Sidi  Soliman*.  Ce  ministre  m*a  appris  ce  que  je  ne  faisais  que 
soupçonner  et  que  j*avais  prévu,  que  le  nouveau  Consul  de  Naples  avait 
déjà  fait  des  ouvertures  et  qu'on  lui  avait  dit  de  présenter  ses  proposi- 
tions par  écrit.  Je  sais  qu'il  s'en  occupe.  Ce  même  ministre  a  ajouté 
qu'il  me  les  communiquerait,  et  m'a  renouvelé  l'assurance  qu'aucune 
convention  relative  au  privilège  exclusif  de  la  pèche  du  corail  ne  serait 
conclue  avant  de  m'en  avoir  fait  connaître  les  clauses,  et  que  la  préfé- 
rence serait  toujours  accordée  à  la  France,  comme  la  plus  ancienoe 
amie  de  la  Régence,  la  première  et  la  seule  qui  ait  été  en  possession 
du  privilège... 

Les  droits  de  pêche  s'élèvenl  actuellement  à  930  piastres.  Le  plus 
onéreux  a  été  imaginé  par  cet  esprit  fiscal  qui  s'est  introduit  dans  le 
gouvernement  de  la  Régence,  souillé  par  des  chrétiens.  C'est  lïmpôt 
forcé  sur  le  biscuit.  Le  Bey  fait  payer  58  piastres  tunisiennes  le  quintal 
que  le  boulanger  vend  20  piastres.  » 

11  a  envoyé  à  Tabarque,  comme  agent,  le  sieur  Bottari,  fîls  de  l'agent 
de  Bizerle.  «J'ai  dû  lui  faire  un  sort  pour  subsister....  (2  piastres i/1 
par  jour,  plus  2  piastres  fortes  sur  chaque  gondole  ')  ».  Gaspary  père  et 
fils  sont  agents  consulaires  à  Porto-Farine  et  à  La  Goulette  *. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DEVOIZE   AU   DUC  DE   RICHELIEU. 

1098.  —  7u?ws,  i  8  janvier  1817.  —  Il  annonce  l'érection  du  pavillon 
de  Naples  et  de  celui  de  Sardaigne.  Le  Bey  a  refusé  les  présents  du 
Consul  sarde,  parce  qu'ils  n'étaient  pas  assez  considérables  '. 

1.  Voy.  le  traité  passé  entre  le  Portugal  et  Tunis  le  20  novembre  1816,  publié 
dans  les  Annales  tunisiennes^  p.  529. 

2.  Successeur  du  Sahib  Tapa  ou  premier  ministre  Youssuf. 

3.  Droits  payés  par  les  patrons  corailleurs  è  Tabarque  :  Passeport  da  Bey 
88  piastres  tun.;  magasinage,  etc.  35,4;  au  grand  écrivain  6,8;  au  drogroan  du  Con- 
sulat 2,4;  excédent  du  prix  du  biscuit  800  :  total  932  piastres  tunisiennes.  Les 
Anglais  à  Bône  ne  font  payer  que  695  piastres. 

4.  Voy.  les  cartons  Agents  diplomatiques  et  consuhii*es  de  France,  1794-1830  ;  - 
Vice-Consulats  de  Sous^e  et  de  La  Goulette,  1306-1860;  —  Agences  consulaires  di 
Bizerte,  Porto-Farine,  S  fax,  Gabès  et  Djerba  {Archives  de  la  Résidence  française  à 
Tunis). 

5.  Voy.  Note  des  présents  offerts  par  le  cA*'  Palma,  Consul  général  de  Sardaigm 
à  Tunis  :  un  fusil,  4  pistolets,  un  solitaire  en  diamants,  4  tabatières  en  or,  4  montres 
à  répétition,  etc. 


[1817]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  858 

«  C'est  toujours  le  même  système  de  cette  Régence  de  rendre  les 
Puissances  tributaires.  Les  traités  de  Lord  Ëxmouth  n'ont  rien  changé 
à  cet  égard.  » 

Suit  une  nouvelle  liste  des  Français  résidant  à  Tunis. 

(Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis.) 
DBYOIZB   AU  DUC   DE   RICHELIEU. 

1099. —  Tums,  12  mars  i 8i7.  —  État  des  importations  et  exporta- 
tions des  navires  français  et  étrangers  pour  1816. 
Navires  français  :  27. 

Importations  françaises 1 103  622  fr. 

Importations  étrangères 1  049  900  fr. 

Exportations  françaises 819  943  fr. 

Exportations  étrangères 1 113  500  fr. 

{Affaires  étrangères,  (7"  de  Tunis.) 
DBVOIZE   AU   DUC   DE   RICHELIEU. 

1100.  —  Tunw,  2  avril  1817.  —  Il  a  eu  une  contestation  avec  le 
Consul  anglais  au  sujet  du  baisemain  au  fils  aine  du  Bey.  «  Il  n'est  pas 
question  de  la  préséance,  que  j'ai  toujours  conservée,  mais  d'un  désa- 
grément que  ce  Consul  s'est  attiré  de  la  part  de  Sidi  Hossein,  fils  aîné 
du  Bey,  et  que  par  un  faux  raisonnement  il  a  attribué  à  l'intention  que 
j'ai  déclarée  de  ne  pas  baiser  la  main  de  ce  Prince  dans  les  cérémonies 
où  tous  les  Consuls  sont  réunis,  si  j'en  voyais  un  dispensé  de  la  lui 
baiser...  » 

Le  Bey,  courbé  sous  le  poids  de  l'âge  et  des  inûrmités,  a  remis  les 
rênes  du  gouvernement  à  son  fils,  et  celui-ci  a  signifié  à  M.  Oglander  qu'il 
ne  traiterait  plus  avec  lui.  Le  Consul  anglais  éprouve  beaucoup  d'em- 
barras dans  l'arrangement  des  affaires  de  Naples  et  de  Portugal.  Ces 
deux  Ëtats  voulaient  le  prendre  comme  agent  auprès  du  Bey... 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis») 
DEVOIZE   AU   DUC   DE   RICHELIEU. 

1101.  —  Tunis,  i4  avril  J  817.  —  Il  envoie  copie  du  rapport  signé 
de  tous  les  Consuls  et  adressé  à  leurs  gouvernements  respectifs  contre 
M.  Nyssen,  Consul  des  Pays-Bas  et  agent  de  l'Autriche  à  Tunis.  «  Nyssen 
ayant  ourdi  une  scène  scandaleuse  et  insultante  pour  le  corps  consu- 
laire, réuni  à  propos  d'un  arbitrage  concernant  Antoine  Filippi,  natura- 
lisé américain,  et  le  négociant  tunisien  Hadgi  Yunès,  les  Consuls 
déclarent  rompre  toute  communicalion  avec  lui.  Ils  ont  pris  l'en- 
gagement verbal  de  ne  plus  admettre  dans  leur  société  un  espion  de 
la  Régence,  le  colporteur  de  toutes  les  nouvelles  vraies  ou  forgées  qui 
peuvent  nuire  aux  gouvernements  sans  mieux  servir  le  sien/parce  que 


556  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1817] 

ses  bassesses  ne  lui  donnent  de  TinQuence  que  pour  faire  le  mai. 
Méprisé  des  ministres  du  Bey  qui  se  servent  de  lui,  il  a  reçu  publique- 
ment des  coups  de  pied  du  Garde  des  sceaux  ^..  » 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 
DEVOIZE   AU   DUC   DE   RICHELIEU. 

1102.  —  Tunis,  14  mai  i  817.  —  11  signale  la  relâche  d'une  division 
hollandaise  aux  ordres  de  l'amiral  Wan  der  Gapellen. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
LE   DUC   DE   RICHELIEU   A   DEVOIZE. 

1103.  — Pans,  i7  mai  i Si7.  —  11  lui  annonce  que  la  partie  des 
Concessions  d'Afrique  située  dans  les  États  algériens  vient  de  nous  être 
rendue,  et  qu'il  y  a  lieu  de  rechercher  le  privilège  de  la  pèche  dans  les 
mers  de  Tunis  et  de  compléter  ainsi  notre  réintégration  dans  nos 
anciennes  Concessions  '.  Le  motif  en  est  qu*il  faut  éviter  qu^une  autre 
nation  ne  se  rende  indépendante  de  nous  pour  l'exploitation  du  corail, 
et  qu'elle  n'obtienne  par  ses  nouvelles  liaisons  avec  le  Bey  une  inOuence 
que  nous  devons  conserver... 

Il  autorise  Devoize  à  conclure  immédiatement  un  traité  avec  le  Bej, 
pour  l'ancien  prix  de  13,500  piastres  tunisiennes,  et  le  prie  de  Tinformer 
s'il  a  dû  débattre  un  prix  supérieur  avec  le  Bey...  «  Je  n'ai  pas  besoin  de 
vous  rappeler  que  pour  déterminer  le  Bey  à  se  contenter  des  anciennes 
redevances,  ou  du  moins  d'une  augmentation  modérée,  vous  aurez  à 
faire  valoir  nos  anciens  droits  de  possession  sur  le  privilège  de  la  pèche 
que  consacrent  les  traités  et  nos  droits  de  propriété  encore  subsistants 
à  l'égard  de  rétablissement  de  Tabarquc,  dont  le  Bey  s'est  indûment 

attribué  l'usage...  »  {Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

DEVOIZE   AU   DUC   DE   RICHELIEU. 

1104. —  7  unis,  5  juin  1817, —  Un  vieux  médecin  français,  M.  Tou- 
tel,  a  failli  être  assassiné  dans  un  guet-apens  dressé  par  les  sieurs 

i.  «  Les  soussignés  Consuls  généraux  résidant  à  Tunis,  etc.,  dans  le  dessein  de 
prévenir  les  faux  rapports  et  les  calomnies  que  la  malveillance  pourrait  répandre 
sur  leur  conduite  dans  une  affaire  que  S.  E.  le  Bey  de  Tunis  avait  soumise  à  leur 
décision,  ont  cru  devoir  à  leur  caractère  d'en  faire  un  exposé  Adèle  pour  le  mettre 
sous  les  yeux  de  leurs  gouvernements  respectifs. 

«  On  est  d'abord  surpris  qu'un  agent  chargé  d'un  ministère  public,  honoré  de  la 
confiance  de  deux  souverains,  soit  capable  de  ternir  son  caractère;  mais  Tétonne- 
ment  cesse  lorsqu'on  sait  que  M.  Nyssen,  né  et  élevé  dans  le  pays,  y  a  contracté 
de  bonne  heure  tous  les  vices  que  les  anciens  ont  si  bien  caractérisés  sous  le  nom 
de  foi  punique...  • 

•  Us  demandent  les  ordres  de  leurs  gouvernements  respectifs  sur  la  conduite, 
qu'ils  devront  tenir  envers  cet  agent.  »  Signé  :  Devoize  (France),  Oglander  (Angle- 
terre), Gierlcw  (Danemark),  Tulin  (Suède),  ch*'  Palma  (Sardaigne)  et  ch*'  de  Martino 
de  Renato  (Naple$^). 

2.  Voy.  notre  Correspondance  des  Deys  d^ Alger  avec  La  Cour  de  France,  L  II, 
p.  546,  n.  2. 


[1817]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  557 

Pierre  Soler,  élève  Vice-Consul,  gérant  le  Consulat  d'Espagne,  et  son 
frère,  à  cause  de  la  mort  de  leur  oncle  Arnold  Soler.  Les  sieurs  Soler 
sont  les  neveux  de  Nyssen,  Consul  de  Hollande.  Depuis  lors,  Devoize  a 
rompu  avec  le  Vice-Consul  espagnol  ^ 

(Affaires  étrangères ^  C*"  de  Tunis,) 
DEVOlZË   AU   DUC   DE    RICHELIEU. 

1105.  —  Tunis,  9  juin  i  817.  —  Devoize  a  entamé  les  négociations 
relatives  à  la  pêche  avec  Soliman-Kiaya,  et  lui  a  insinué  que  le  Bey 
courait  la  chance  d'une  désertion  totale  des  corailleurs,  qui  iraient  sur 
les  côtes  d'Alger,  s*il  ne  se  décidait  à  s'assurer  une  redevance  solide  par 
le  renouvellement  de  l'ancien  traité. 

[Affaires  étrangères,  C'"*  de  Tunis.) 
LE  DUC  DE   RICHELIEU   À  DEVOIZE. 

1106.  —  Paris,  J  5  juillet  1817.  —  «...Au  sujet  de  la  pèche  du  corail, 
il  me  parait  que  vous  avez  négligé  de  faire  valoir  auprès  de  la  Régence 
les  droits  que  nous  donnent  les  traités  à  la  jouissance  de  ce  privilège. 

L'art.  XII  de  nos  Capitulations  avec  la  Porte  ottomane  accorde  aux 
sujets  de  Sa  Majesté  la  faculté  de  se  livrer  à  la  pèche  du  corail  sur  les 
côtes  dépendant  de  Tunis,  comme  sur  celles  dépendant  d'Alger.  Cette 
stipulation  est  d'obligation  pour  le  gouvernement  tunisien  ;  c'est  ce  qu'il 
a  solennellement  reconnu  lui-même  dans  plusieurs  traités  et  notamment 
dans  celui  de  1742,  renouvelé  le  4  ventôse  an  X  (23  février  1802).  Il  est 
donc  évident  que  nous  avons  sur  la  pèche  du  corail  un  droit  que  la 
Régence^ne  saurait  nous  enlever  ni  même  nous  contester.  Or,  Tinten- 
tion  bien  positive  du  gouvernement  de  Sa  Majesté  est  de  n'y  renoncer 
dans  aucun  cas,  et  c'est  ce  que  vous  devez  déclarer  à  la  Régence  de  la 
manière  la  plus  formelle. 

Quant  au  droit  d'exercer  exclusivement  la  pêche  sur  les  côtes  de  Tunis» 
nous  ne  prétendons  le  tenir  que  du  consentement  de  la  Régence,  et 
c'est  le  but  de  l'arrangement  que  nous  lui  proposons.  Cependant  nous 
avons  encore  à  cet  égard  à  faire  valoir  des  titres  et  des  considérations 
que  ne  pourrait  présenter  aucun  autre  peuple  :  l'ancienneté  de  nos  rela- 
tions de  commerce  et  d'amitié  avec  Tunis,  une  possession  immémo- 
riale du  privilège,  consacrée  par  les  conventions  de  la  Compagnie  d'Afri- 
que de  1782,  1790,  par  le  traité  du  13  septembre  1770. 

i.  Le  médecin  Jean-Baptiste  Toutel  était  arrivé  à  Tunis  à  la  fln  de  1815.  Lombard, 
médecin  du  Bey,  devant  revenir  en  France,  Tavait  recommandé  à  la  famille  Soler, 
ce  qui  n'avait  pas  empêché  Arnold  Soler  de  mourir  du  typhus.  Voy.  sur  cette  que- 
relle les  lettres  de  Pierre  Soler  à  Toutel,  et  de  Devoize  au  c**  d'Agoult,  Chargé 
d'affaires  de  France  à  Madrid,  20  août  1816  et  4  juin  1817,  —  et  le  certiûcat  de 
Gay,  ex-chirurgien  de  la  Compagnie  d'Afrique  à  La  Calle,  premier  médecin  du  Bey. 
{Affaires  étrangères,  C*"'  de  Tunis,) 


888  GORRESPONDANGB  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1817 

Si  le  Bey  nous  refuse  le  privilège  exclusif  de  la  pêche,  il  nesaorail 
raccorder  à  d'autres,  puisque  nous  avons  sur  cette  pèche  un  droit  qu'il 
n*a  pas  le  pouvoir  d*abolir.  Or  ce  Prince  prendra-t-il  le  parti  de  rendre 
Texploitation  du  corail  commune  à  tous  les  peuples,  moyenDant  uoe 
rétribution?  Dans  ce  cas  nos  corailleurs  se  rendront  sur  ses  côtes  et 
ne  lui  payeront  point  de  rétribution;  car  ce  n*est  pas  pour  obtenir  la 
faculté  de  pécher  qui  nous  est  déjà  acquise  que  nous  entendons  nous 
soumettre  À  des  redevances,  mais  seulement  pour  en  obtenir  la  faculté 
exclusive.,,  »  Si  depuis  1790  on  a  payé  des  rétributions  au  Bey,  c'était 
de  la  part  de  la  France  un  acte  de  pure  bienveillance.  Le  Bey  peut 
demander  une  augmentation  modérée  aux  anciennes  redevances,  mais 
il  n*a  pas  le  droit  de  mettre  le  privilège  de  la  pèche  aux  enchères. 
Le  taux  des  redevances  payées  à  Alger  ne  saurait  servir  d'exemple 
(50,000  piastres). 

Le  nombre  des  bateaux  peut  être  limité  à  30,  pour  ménager  l'eiploi- 

tation  des  mers  de  Tunis.  {Affaires  étrangères,  C*  de  Tunù.) 

DEVOIZE  AU   DUC   DE  RICHELIEU. 

1107.  —  Tunw,  ^5  juillet  1817.  —  Il  l'informe  du  massacre  de  l'équi- 
page d'une  gondole  corse  par  des  Bédouins  entre  Bizerte  et  la  Galle. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
LE   DUC   DE  RICHELIEU  A   DEVOIZE. 

1108.  —  Paris,  29  août  1817.  —  L'ambassadeur  d'Espagne  accuse 
Devoize  d'avoir  permis  au  sieur  Toutel  d'exercer  la  médecine  sans  loi 
avoir  fait  subir  les  examens  d'usage.  Il  dit  que  ce  médecin  a  causé  la 
mort  du  sieur  Soler,  frère  du  Consul  espagnol,  et  que  par  suite  une 
mésintelligence  fâcheuse  à  tous  égards  s'est  produite  entre  Devoize 
et  les  Soler  '.  Le  Ministre  engage  Devoize  à  rétablir  dans  ses  relations 
avec  le  Chargé  d'affaires  d'Espagne  cet  esprit  de  conciliation  et  de  bien- 
veillance que  commande  à  tous  deux  l'union  intime  de  nos  gouverne- 
ments. {Affaires  étrangét^s,  C*"*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  DUC  DE  RICHELIEU. 

1109.  —  Tunis,  1 8  septembre  1817.  —  Devoize  donne  des  détails  sur 
les  négociations  de  MM.  Shaler,  Consul  général  des  États-Unis  à  Alger, 
et  Anderson,  Consul  àTunis  *.  Ils  refusent  de  baiserla  main  du  Bey,  «un 
sujet  américain  ne  baisant  pas  la  main  du  Président  des  États-Unis». 

Devoize  demande  des  ordres,  d'autant  plus  nécessaires  qu'il  jouit  de 
la  préséance  et  qu'il  doit  donner  l'exemple. 

1.  Voy.  la  lettre  du  5  juin  1817. 

2.  Voy.  Esquisse  sur  VÊtat  d'Alger,  par  Williams  Shaler,  Consul  général  des  ÉUU- 
Unis  à  Alger,  traduit  par  Bianchi  (Paris,  1830). 


[1817]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  539 

«  Anciennement  le  Consul  de  France  était  seul  dispensé  de  baiser  la 
main.  Il  ne  s*y  est  soumis  comme  les  autres  qu'en  1740,  lorsque  Ali- 
Bey  força  Gauthier  à  venir  lui  baiser  la  main,  avec  menace  de  lui  faire 
couper  la  tête  '.  » 

Si  le  Consul  américain  n'est  plus  reçu,  les  autres  Consuls  sont  d*accord 
pour  observer  Tusage  du  baisemain.  Le  Consul  anglais  souffre  d'ailleurs 
dans  son  service  depuis  qu'il  ne  voit  plus  Sidi  Hossein.  Il  consent  à  lui 
baiser  la  main,  si  on  lui  déclare  par  écrit  que  ce  n'est  qu'un  acte  de 

politesse.  {Affaire»  étrangères^  O"'  de  Tunis.) 

DEVOIZE    AU  DUC   DE   RICHELIEU. 

1110.  —  Tunis,  20  septembre  i  81  7.  —  Devoize  a  lu  et  expliqué  à  Sidi 
Hossein  la  dépêche  du  Ministre  sur  la  pêche  du  corail.  Le  Prince  n'a 
point  contesté  le  droit  que  les  Capitulations  accordent  aux  Français. 
Ces  Capitulations  sont  obligatoires  pour  la  Régence  ;  seulement  il 
pense  que  les  temps  sont  changés,  et  que  Sa  Hautesse  ne  peut  pas 
aujourd'hui  permettre  à  des  étrangers  de  s'emparer  gratuitement  de  la 
pêche  du  corail,  qui  est  devenue  une  des  principales  branches  du 
revenu  de  la  Régence...  Le  ministre  a  fait  des  menaces.  Devoize  s'est 
borné  à  lui  offrir  une  redevance  annuelle  de  20,000  piastres,  qui  ont 
été  refusées. 

M.  de  Martino  a  donné  certaines  assurances  à  Devoize.  «  Mais  je  suis 
fondé  par  l'expérience  à  ne  pas  plus  croire  aux  protestations  du  cheva- 
lier de  Martino  qu'à  la  sincérité  des  démonstrations  du  Cabinet  de 
Naples.  Les  Napolitains  veulent  Tabarque,  parce  que  là  ils  seront  à 
portée  de  pécher  en  contrebande  dans  les  eaux  d'Alger...  » 

[Affaires  étrangères,  C*''  de  Tunis,) 
DEVOIZE   AU   DUC   DE   RICHELIEU. 

1111,  —  TuniSj  20  septembre  1  SU.  —  Il  informe  le  Ministre  du 
résultat  négatif  de  ses  réclamations  auprès  de  la  Régence.  «  J'ajoute 
qu'il  n'y  a  rien  à  espérer  de  la  mauvaise  foi  qui  règne  dans  le  gouver- 
nement de  cette  Régence,  que  par  la  force.  Les  Américains  en  ont  fourni 
la  preuve  aux  trois  Régences,  avec  Tappareil  d*un  seul  vaisseau  et 
quelques  frégates.  Je  pense  donc  qu'il  conviendrait  d'ajourner  toute 
réclamation  et  surtout  celle  bien  majeure  qui  concerne  les  bâtiments 
enlevés  par  les  Anglais,  en  violation  du  territoire  tunisien,  jusqu'à 
l'époque  à  laquelle  Sa  Majesté  jugera  convenable  de  les  appuyer  de  la 
présence  d'une  escadre.  Il  n'y  a  point  de  leçon  pour  les  Barbaresques 
dans  le  passé;  ils  braveront  jusqu'au  bout  l'opinion  de  toute  l'Europe. 

1.  Voy.  t.  II,  p.  315. 


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't. 
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•  860       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     4818; 

Le  Bey  considère  maintenant  les  captifs  comme  prisonniers  de  guerre, 
et  réclame  des  rançons  d*esclaves...  » 

•  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

DEVOIZE   AU    DUC  DE    RICHELIEU. 

1112.  —  Tunis^  12  novembre  i  817 ,  —  «  ...  J'ai  appris  que,  par  une 
convention  secrète,  le  Bey  s'était  engagé  à  faire  respecter  par  ses  cor- 
saires les  navires  dont  les  cargaisons  seraient  assurées  en  Angleterre, 
ce  qui  dévoile  bien  le  système  de  cette  Puissance  à  l'égard  des  Régences 
barbaresques.  Elle  pouvait,  en  leur  interdisant  le  passage  du  détroit, 
assurer  la  libre  navigation  de  TAtlantique.  J*ai  cru  pouvoir  demander 
au  Consul  anglais  une  explication  franche  sur  un  objet  d'un  si  grand 
intérêt  pour  les  nations  qui  trafiquent  dans  TOcéan.  II  m'a  répondu 
d'une  manière  évasive,  qui  explique  assez  que  la  convention  n'est  pas 
douteuse,  et  qu'on  ne  veut  pas  lui  donner  une  publicité  qui  ferait  baisser 
le   prix  des  assurances    et  contrarierait   les  calculs  de   la  politique 

anglaise...  »  (Affaires  étrangères,  C*«  de  Tunis.) 

DEVOIZE   AU   DUC    DE    RICHELIEU. 

1113.  —  Tunis  y  31  décembre  1817,  —  «  Le  Journal  des  Débats  du 
21  novembre  a  publié  des  impostures  sur  le  compte  des  deux  fils  du 
Bey.  L'ainé,  Hossein,  fait  enlever  des  femmes  et  des  filles...;  le  cadet, 
Mustapha,  maltraite  les  personnes  qu'il  rencontre...  » 

Devoize  affirme  que  ces  calomnies  révoltantes  ne  peuvent  que  rendre 
odieux  aux  Princes  le  nom  français.  Hossein  est  bon  père  et  bon  époux 
et  s'occupe  beaucoup  du  sort  de  son  peuple... 

«  J'ai  cru  devoir  en  informer  Votre  Excellence  pour  qu'elle  veuille 
bien  obliger  le  rédacteur  du  Journal  des  Débats  à  une  rétractation,  par 
l'insertion  dans  sa  feuille  de  Thommage  que  j'ai  cru  devoir  rendre  à  la 

vérité  *.  »  (Affaires  étrangères^  C*^  de  Tunis.) 

LE   DUC   DE  RICHELIEU   À   DEVOIZE. 

1114.  —  Paris,  11  juin  1818.  —  «  ...  Vous  avez  très  bien  fait  de 
suspendre  vos  négociations  avec  le  Bey,  relativement  au  privilège  de  la 
pèche  du  corail  dans  ses  mers.  Ce  Prince,  auquel  l'affluence  extraordi- 
naire des  bateaux  corailleurs  et  les  nombreuses  perceptions  qu'il  a 
recueillies  ont  fait  concevoir  des  prétentions  exagérées,  se  montrera 
néce<«saireinent  plus  traitable  lorsque  les  choses  auront  repris  leur 
cours  naturel...  » 

Devoize  reste  autorisé  à  conclure  un  traité  de  13,500  piastres  turques. 
«  Depuis  que  nous  sommes  rentrés  en  possession  de  la  partie  des 

i.  Rétractalion  fut  faite  au  Journal  des  Débats  le  1**  mars  1818. 


[1818]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  S61 

anciennes  Concessions  d'Afrique  qui  est  située  dans  les  États  algériens, 
la  partie  située  dans  le  royaume  de  Tunis  n'a  plus  pour  nous  la  même 
importance;  et  je  pense  d'ailleurs,  ainsi  que  vous,  qu'elle  ne  peut 
manquer  de  suivre  le  sort  de  la  première  et  de  nous  revenir  par  la 
force  seule  des  choses  et  dans  l'intérêt  du  Bey  lui-même...  Si  le  Bey 
allègue  les  changements  à  faire  à  Tancien  traité,  il  faut  renoncer  à 
ces  changements  et  demander  le  renouvellement  pur  et  simple  du  dit 

traité.  »  (Affaires  étrangères,  O*"^  de  Tunis.) 

DEVOIZE   AU   DUC  DE   RICHELIEU. 

1115.  —  7'tinw,  25  octobre  i  8f  8,  —  M.  Peyron,  qui  vient  inspecter 
les  établissements  de  la  pêche  du  corail  sur  les  côtes  d'Alger,  est  en 
ce  moment  à  La  Galle,  à  bord  de  La  Coquilley  commandée  par  M.  de 
Reverseaux  *  ;  il  y  a  été  accueilli  avec  des  transports  de  joie. 

«  Des  intérêts  domestiques  et  surtout  l'éducation  de  mes  enfants, 
dont  deux  sont  encore  près  de  moi,  me  font  vivement  désirer  que  Votre 
Excellence  veuille  bien  m'accorder  un  congé  pour  le  printemps  prochain. 
Le  service  de  Sa  Majesté  ne  saurait  souffrir  de  mon  absence,  étant 
confié  au  zèle  et  à  Texpérience  de  M.  le  Vice-Consul  Malivoire  '. 

Je  saisirai  les  premiers  instants  pour  presser  avec  plus  de  force  et  de 
dignité  la  conclusion  de  nos  affaires  avec  la  Régence,  et  n'en  laisser 
en  arrière  aucune  qui  serait  susceptible  d'être  terminée  avant  mon 

départ  '.  »  {Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.) 

.     DEVOIZE   AU    DUC   DE   RICHELIEU. 

1116.  —  TuriM,  22  novembre  1818,  —  M.  Peyron  vient  d'arriver  à 
Tunis,  et  il  a  vu  le  Bey  au  sujet  de  la  pêche  du  corail.  Devoize  sait 
maintenant  que  le  gouvernement  de  Naples  a  promis  au  Bey  de  cou- 
vrir les  offres  de  la  France.  Le  ministre  tunisien,  avec  la  complicité  du 
Consul  napolitain,  a  tiré  des  pêcheurs  de  Naples  un  bénéfice  person- 
nel de  15,000  piastres.  «  J'ai  fait  sentir  au  Bey  que  nous  ne  cherchions 
pas  des  avantages  de  pèche  dans  la  possession  de  Tabarque,  mais  que 
nous  voulions  garantir  nos  Concessions  de  la  contrebande  et  diminuer 
les  frais  d'une  croisière  pour  l'empêcher,  et  pour  lever  en  même  temps 
la  difficulté  de  distinguer  les  limites  des  deux  Régences.  11  m'a 
répondu  qu'un  petit  ruisseau  qui  se  jetait  dans  la  mer  près  de  La  Caile 
formait  la  ligne  de  démarcation,  bien  aisée  à  reconnaître...  » 

{Affaires  étrangères,  C*'  de  Tunis,) 

i,  Guéau,  chevalier,  puis  comte  de  Reverseaux  de  Rouvray,  enseigne  de  vais- 
seau en  1809,  lieutenant  en  1815,  en  mission  à  Bône  en  1811  et  à  Tunis  en  1818, 
pour  protéger  la  pèche  du  corail,  capitaine  de  vaisseau  en  1828. 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  546. 

3.  Le  congé  fut  accordé  par  lettre  du  duc  de  Richelieu  du  23  janvier  1819. 

36 


S68  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1819 

DEVOIZE   AU   DUC   Dl   RICHBLIBU. 

1117.  —  Funis^  2  décembre  i  S I  S. —  La  peste  qui  régne  à  Tunis^  a 
enlevé  le  sieur  Fassy,  maître-voilier  français  au  service  du  Bey,  sa 
femme  et  un  enfant.  Le  Bey  s*est  chargé  de  nourrir  les  cinq  orphelins 
restants,  en  attendant  leur  départ.  La  peste  a  enlevé  le  Préfet  aposto- 
lique qui  desservait  la  chapelle  consulaire  *.  Le  nombre  des  victimes 
varie  entre  250  et  500  par  jour.  Elle  dure  depuis  le  mois  d*octobre  1817. 

{Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis,) 
MAHMOUD,    BEY   DB   TUNIS,    AU   DUC  DE    EICHBLIBU. 

1118.  —  Tunis^  janvier  1 S 19.  —  «  A  Son  Excellence  le  Vizir  actuel  do 
gouvernement  de  France,  le  plus  glorieux  parmi  les  commandants  delà 
nation  du  Messie,  notre  très  cher,  très  estimé,  très  sincère  ami,  le  duc 
de  Richelieu;  après  vous  avoir  offert  nos  salutations  amicales  et  nos 
VŒUX  pour  votre  santé,  nous  vous  faisons  savoir  qu'étant  nécessaire 
d'établir  à  Marseille  un  agent  pour  soigner  les  affaires  des  négociants 
de  la  victorieuse  Régence  de  Tunis  qui  vont  et  viennent  dans  TintentioD 
de  commercer  soit  dans  la  ville  et  le  port  de  Marseille,  soit  dans 
d'autres  ports  français  qui  se  trouvent  dans  la  juridiction  de  cette  cité. 
et  pour  nous  informer  de  tous  les  objets  qui  intéressent  la  Régeoiv 
victorieuse,  nous  venons  de  nommer  agent  de  notre  Régence  notre 
estimé  ami  Elias BoudJ ara,  demeurant  présentement  à  Marseille.  Lorsque 
Votre  Excellence  saura  qu'un  diplôme  d'agent  a  été  écrit  et  envoyé  ao 
susdit,  nous  espérons  qu'elle  voudra  bien  lui  accorder  sa  protection  t\ 
assistance  amicales  dans  toutes  les  affaires  qui  concernent  notre  victo- 
rieuse Régence.  C'est  à  cet  effet  que  celte  lettre  d'amitié  a  été  écrite 
à  Votre  Excellence.  Lorsqu'avec  la  gr&ce  du  Tout-Puissant  elle  lui  sera 
parvenue,  nous  nous  flattons  de  l'espoir  que  Votre  Excellence  ne  nous 
exclura  pas  de  son  souvenir  bienveillant.  » 

{!^ceau)  (Affaires  étrangères^  C**»  de  Tunis.) 

DEVOIZE   AL'    m'*  DESSOLLBS  ^. 

1119  —  Tunis\  I S  janvier  I S 19,  —  Devoize  est  d'avis  de  suspendre 
la  négociation  relative  à  la  pêche  du  corail.  Le  gouvernement  de  Tunis 

1 .  Rousi^eau  évalue  les  décès  à  500  par  jour  en  4818,  à  40  parjour  en  1819.  La  seule  viile 
de  Tunis  perdit,  d'après  cet  auteur,  près  de  50,000  habitants  pendant  cette  épidémie. 

2.  Le  P.  Michelange  de  Portana,  qui  avait  succédé  en  1815  au  P.  Alexandre  de 
Massignano,  avait  eu  fréquemment  recours  à  la  protection  de  Devoize,  pour  ne 
pas  ôlre  expulsé,  /aute  de  payement  du  loyer,  de  la  maison  qu'occupaient  les 
missionnaires  italiens.  11  succomba  au  fléau  le  26  novembre  1818.  Le  P.  Alexaniirr 
de  Massignano  vit  mourir  également  ses  autres  confrères,  et  fut  chargé  une 
seconde  fois  de  la  Préfecture  apostolique  (avril  1819).  La  Mission  n'avait  alor> 
d'autre  ressource  que  les  600  fr.  alloués  par  le  Consulat  de  France. 

3.  Charles-Louis  marquis  Dessolles,  général  de  division,  pairde  France,  Président  du 
Conseil  et  Ministre  des  Affaires  étrangères  du  29  décembre  1818  aa  18  novembre  iiil^- 


[1819]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  563 

veut  exploiter  directement  rétablissement  de  Tabarque,  c*e8t-à-dire 
percevoir  240  piastres  sur  chaque  gondole  ^ 

{Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 
DEVOIZC   AU   M*'   DESSOLLES. 

1120.  —  Tunisy  SO  janvier  1819,  —  Détails  sur  les  abus  qui  se  sont 
introduits  dans  la  perception  des  droits  de  douane  payés  par  les  Fran- 
çais à  Tunis.  (Affaires  étrangères,  C^«  de  Tunis.) 

DEVOIZE   AU   M**  DESSOLLES. 

1121.  —  Tunis,  2  juillet  i8J9.  —  États  du  commerce  de  la  nation 
française  à  Tunis  pour  1818  : 

Importations  :  947  890  francs. 

Exportations  :  782  228  francs.       (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

DEVOIZE   AU   M*'    DESSOLLES. 

1122.  —  Tunis,  5  juillet  i  81 9.  —  Le  vice-amiral  hollandais  Van 
Braam  est  venu  à  Tunis  avec  une  escadre.  Il  a  rapporté  une  lettre  du 
Roi  des  Pays-Bas  déclarant  au  Bey  qu'il  entendait  ne  pas  payer  les  rede- 
vances stipulées  dans  les  traités.   Il  consent  néanmoins  à  payer  les 

arrérages  '.  (Affaires  étrangères,  C"«  de  Tunis.) 

CIRCULAIRE    AUX  CONSULS   d'aLGER,    TUNIS   ET  TRIPOLI. 

1123.  —  Pains,  8  juillet  1819.  —  «  Vous  savez  que  dans  les  Confé- 
rences d'Aix-la-Chapelle  les  grandes  Puissances  de  l'Europe  se  sont  occu- 
pées des  moyens  de  réprimer  les  pirateries  des  Barbaresques.  Pour  déter- 
miner les  Régences  à  y  mettre  elles-mêmes  un  terme,  elles  se  sont  déci- 
dées à  leur  adresser  des  représentations  sérieuses,  et  aies  prévenir  que 
si  elles  persistaient  plus  longtemps  dans  un  système  d*hostilité  contre 
tout  commerce  pacifique,  les  États  de  l'Europe  formeraient  contre  elles 
une  ligue  sur  les  résultats  de  laquelle  elles  feraient  bien  de  réfiéchir  à 
temps  et  qui  pourrait  éventuellement  les  atteindre  jusque  dans  leur 
existence.  Telle  est  la  substance  du  protocole  qui  a  été  arrêté  sur  ce 
point  le  20  novembre  ' . 

1.  Une  lettre  de  Devoize  à  Hossein-Bey,  du  10  décembre  1818,  avait  reoouvelé  les 
propositions  de  la  France,  rappelant  que  la  préférence  lui  avait  été  promise,  et  ce 
Prince  venait  de  lui  répondre  qu'il  ne  voulait  affermer  la  pêche  à  personne. 

2.  Une  fois  de  plus  le  Bey  céda  devant  la  force,  mais  il  exigea  les  arrérages  des 
anciennes  redevances  de  la  Hollande,  montant  à  50,000  piastres. 

3.  Protocote  du  ^0  novembre  1818  au  Congrès  d'Aix-la-Chapelle.  —  «  MM.  les  Pléni- 
potentiaires étant  convenus  de  donner  suite  à  l'examen  de  différents  projets,  mis 
en  avant  dans  les  Conférences  ministérielles  de  Londres,  pour  réprimer  efficace- 
ment les  pirateries  des  Barbaresques,  M.  le  c'*  Capo  d'Istria  a  réclamé  encore  une 
fois  l'attention  de  la  Conférence  sur  celte  question,  et  ayant  reconnu  combien  il 
importait  d'opposer  le  plus  tét  possible  une  barrière  quelconque  au  mal  que  ces 
pirateries  font  au  commerce  de  l'Europe,  et  de  préparer  les  résolutions  à  prendre 
à.  cet  égard  par  quelque  démarche  directe  et  Importante  vis-à-vis  des  Régences  de 
la  côte  d'Afrique,  on  a  invité  MM.  les  PP.  de  France  et  de  la  Grande-Bretagne, 


S64  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1819 

Il  a  été  convenu  que  la  France  et  TAngleterre,  comme  étant  les  deux 
Cours  dont  TinQuence  est  la  plus  puissante  auprès  des  Etats  barbares- 
ques,  se  chargeraient  de  faire  au  nom  de  toutes  la  notification  sur 
laquelle  on  s'était  accordé;  elles  se  sont  concertées  à  cet  égard  et  ont 
décidé  qu*elles  enverraient  chacune  et  simultanément  un  Commisâaire 
pour  faire  connaître  aux  Régences  leurs  dispositions  et  celles  de  l'Eu- 
rope. Le  Roi  a  confié  cette  mission  à  M.  le  contre-amiral  Jurien  '.  Le 
gouvernement  britannique  a  nommé  de  son  côté  le  coatre-amiral 
Freemantle,  qui  commande  les  forces  navales  anglaises  dans  la  Médi- 
terranée. Les  deux  Commissaires  qui  rempliront  conjointemeol  leur 
mission  doivent  se  réunir  le  28  juillet  à  Mahon,  où  ils  se  rendront  cha- 
cun sur  un  vaisseau  de  haut  bord. 

Arrivé  à  cette  première  destination,  M.  le  contre-amiral  Jurien  doit, 
Monsieur,  vous  faire  passer  une  dépêche.  11  vous  fera  coDoaître  en 
même  temps  Tépoque  probable  de  son  arrivée.  Si  elle  doit  être  pro- 
chaine, vous  voudrez  bien  en  prévenir  la  Régence. 

Si  on  vous  questionne  sur  Tobjet  de  sa  mission,  vous  répondrez  que 
vous  n'en  êtes  point  informé;  seulement  s'il  vous  paraissait  qu'on  le 
soupçonne,  vous  mettriez  tous  vos  soins  à  préparer  les  esprits  d*uoe 
manière  favorable  au  succès  de  la  démarche  des  deux  Cours,  mais  et 
sera  à  la  dernière  extrémité  et  dans  le  cas  où  la  Régence  en  concevrait 
assez  d'inquiétude  pour  montrer  de  la  disposition  à  refuser  de  recevoir 
les  Commissaires.  Comme  Tintention  des  deux  Cours  est  que  les  Régeace^ 
ne  soient  pas  informées  longtemps  d'avance  de  l'arrivée  des  Commis- 
saires, si  elle  ne  devait  pas  suivre  de  peu  de  jours  la  réception  de  ma 
dépêche,  vous  retarderiez.  Monsieur,  la  communication  dont  je  vou? 

comme  représentant  les  deux  Cours  dont  l'autorité  doit  naturellement  avoir  le  pluï 
de  poids  auprès  de  ces  Régences,  à  leur  adresser  des  paroles  sérieuses,  les  avertis- 
sant que  l'efTet  infaillible  de  leur  persévérance  dans  un  système  hostile  au  coii- 
merce  pacifique  serait  une  ligue  générale  des  Puissances  de  TEurope,  sur  les  rey^! 
tats  de  laquelle  les  États  barbaresques  feraient  bien  de  réfléchir  à  temps  et  qn 
pourrait  les  atteindre  jusque  dans  leur  existence.  M.  le  duc  de  Richelieu  el  Lord 
Castiereagh  se  sontengagés  à  donner  les  instructions  nécessaires  pour  qu'une  pareils 
démarche  soit  faite,  et  à  donner  connaissance  aux  autres  Cabinets  de  l'efTel  qu  e!!*^ 
aurait  produit.  Et  les  cinq  Cours  se  réservent  de  faire  également  prévenir  laPort<- 
ottomane  dans  les  formes  amicales  des  dangers  auxquels  les  Régences  s'expose- 
raient, en  persistant  dans  leur  système  actuel  et  en  provoquant  des  mesures  déci- 
sives de  la  part  des  Puissances  européennes.  »  Signé  ;  Metlemich^  Richelieu,  Casti^ 
reagh,  Wellington,  Hardenberg,  Bernstor/f,  \esselrode,  Capo  distria. 

i.  Pierre-Roch  Jurien  de  la  Gravière,  pilote  en  1786,  aspirant  eu  1191,  enseigne 
de  vaisseau  en  1793,  lieutenant  en  1796,  capitaine  de  frégate  en  1798,  capitaine  de 
vaisseau  en  1803,  contre-amiral  en  1816,  vice-amiral  et  pair  de  France  en  1831,  préfet 
maritime  à  Rochefort  de  1827  à  1832,  à  Toulon  de  1834  à  1841,  retraité  eo  i^-  - 
Voy.  Les  souvenirs  d^'un  amiral,  par  le  vice-amiral  Jean-Pierre-Edmond  Jurien  dé  U 
Gravière,  son  (Ils.  (Paris,  1860.) 


f1819]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  S65 

charge.  Lorsque  le  contre-amiral  Jurien  paraîtra  devant  Tunis  et  vous 
fera  connaître  qu'il  est  prêt  à  débarquer,  vous  demanderez  une 
audience  pour  lui.  Vous  aurez  soin  de  vous  entendre  sur  ce  point  avec 
M.  le  Consul  d'Angleterre  et  vous  ferez  en  sorte  que  l'audience  soit 
accordée  promptement.  Les  Commissaires  ont  Tordre  de  faire  leur 
communication  par  écrit,  de  la  remettre  et  de  demander  une  réponse 
également  écrite.  Si  la  Régence  faisait  quelques  diffîcultés  de  la  don- 
ner, vous  mettriez  tous  vos  soins  à  l'y  déterminer. 

Je  crois,  Monsieur,  avoir  prévu  le  cas  où  votre  intervention  sera 
utile  à  M.  le  Commissaire  du  Roi.  S'il  s'en  présentait  de  nouveau,  votre 
zèle  pour  le  service  de  Sa  Majesté  me  répond  à  l'avance  de  l'em- 
pressement que  vous  mettriez  à  faire  ce  qu'il  aurait  à  réclamer  de 
vous.  Après  vous  avoir  fait  connaître  ce  que  vous  avez  à  faire  pour  secon- 
der M.  le  contre-amiral  Jurien  dans  l'exécution  des  ordres  du  Roi,  il 
n'est  pas  inutile  de  vous  dire  un  mot  des  intentions  du  gouvernement  de 
Sa  Majesté  quant  à  l'objet  de  sa  mission.  Elles  sont  parfaitement  d'accord 
avec  les  paroles  que  doivent  porter  les  Commissaires,  et  il  est  probable 
que  nous  désirons  plus  franchement  que  personne  le  succès  de  la 
démarche  des  deux  Cours. 

En  effet,  si  les  Régences  répondent  convenablement  et  annoncent  une 
véritable  disposition  k  faire  cesser  la  piraterie,  les  Puissances  qui  ont 
conçu  l'idée  d'une  ligue  générale,  que  nous  regardons  comme  pouvant 
offrir  un  très  grand  danger  pour  le  repos  de  l'Europe  et  pour  nos  pro- 
pres intérêts,  n'auront  point  l'occasi.on  d'y  donner  suite.  Si,  au  contraire, 
la  réponse  n'est  pas  satisfaisante,  nous  serons  dans  le  cas  de  concourir 
avec  les  autres  Cours  aux  mesures  de  répression  qui  serontjugées  con- 
venables ;  et  nous  ne  pourrons  sans  regret  rompre  les  relations  que  nous 
entretenons  avec  les  Régences  et  perdre  les  avantages  qu'en  retire  notre 
commerce.  Vous  pourrez  donc.  Monsieur,  en  vous  abstenant  toutefois  de 
faire  connaître  des  motifs,  faire  entendre  par  vous  seul  à  la  Régence  que 
c'est  très  franchement  que  nous  désirons  qu'elle  prenne  en  grande  con- 
sidération ravertissemcnt  que  lui  donnent  les  Cours  de  l'Europe,  et  vous 
acquerrez  de  nouveaux  titres  à  la  bienveillance  de  Sa  Majesté  eu  con- 
tribuant de  tous  vos  efforts  au  succès  de  la  mission  qu'elle  a  confiée  à 

M.  le  contre-amiral  Jurien  *.  »  {Affaires  étrangères,  Cde  Tunis.) 

1.  —  Instructions  pour  le  contre-amiral  Jurien.  —  Saint-Cloud^  8  juilict  4819,  — 
«  Les  Puissances  qui  se  sont  réunies  l'année  dernière  &  Aix-la-Chapelie  s'élunl  occu- 
pées dans  leurs  Conférences  des  moyens  de  réprimer  les  piraleries  exercées  par  les 
Barbaresques,  se  sont  déterminées  à  déférer  &  deux  d'entre  elles  le  soin  de  faire, 
au  nom  de  toutes,  des  représentations  sérieuses  aux  Régences  d'Alger,  de  Tunis  et 
(Je  Tripoli  pour  les  engager  à  y  mettre  un  terme.  La  France  et  l'Angleterre,  comme 


866  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1819] 

les  deux  Cours  dont  Tiofluence  était  la  plus  puissante  sur  ces  Régences,  ont  été 
désignées  pour  faire  la  démarche  convenue.  Tel  est  Tobjet  d'un  protocole  arrêté  i 
Aix-la-Chapelle  le  20  novembre  1818.  Les  deux  Cours  se  sont  entendues  entre  eUes 
sur  les  moyens  de  Texécuter,  et  elles  ont  décidé  qu'elles  enverraient  chacune  on 
Commissaire  à  l'elTet  de  faire  aux  Régences  la  notification  des  dispositions  de  Tëq- 
rope.  Le  Roi,  qui  connaît  le  zèle  et  les  talents  de  M.  le  contre-amiral  Jurien,  a  roula 
lui  donner  une  marque  de  sa  bienveillance,  en  faisant  choix  de  lui  pour  remplir 
cette  mission. 

Le  gouvernement  britannique  a  désigné  de  son  côté  M.  le  contre-amiral  FreenaDlIe, 
commandant  des  forces  navales  anglaises  dans  la  Méditerranée.  Les  Cominissaires 
devant  s'acquitter  conjointement  de  leur  mission,  il  a  été  réglé  qu'ils  se  réuniraieoi 
&  Mahon,  dans  l'Ile  de  Minorque,  le  28  juillet,  en  l'époque  fixée  pour  leur  réuoiofi. 
Monsieur  le  contre-amiral  Jurien  fera  ses  diligences  pour  y  être  exactement  rendu. 
Il  s'y  transportera  h.  bord  du  vaisseau  de  Sa  Majesté  Le  Coiosse,  armé  à  cet  eOet 
dans  le  port  de  Toulon. 

A  son  arrivée  h.  Mahon,  et  après  s'être  réuni  à  M.  le  Commissaire  anglais,  M.  le 
contre-amiral  Jurien  expédiera  h.  Messieurs  les  Consuls  du  Roi  à  Alger,  à  Tripoli  et 
à  Tunis  les  lettres  ci-jointes,  dont  Tobjet  est  de  leur  donner  connaissance  de  sa 
mission  et  de  les  invitera  en  prévenir  le  gouvernement  des  Régences.  Il  ioformen 
en  même  temps  chacun  d'eux  de  l'époque  présumée  de  son  arrivée  dans  sa  rési- 
dence. U  est  probable  que  le  Commissaire  anglais  aura  une  transmission  semblable 
k  faire  aux  Consuls  de  sa  nation.  M.  le  contre-amiral  Jurien  s'entendra  donc  aveclui 
sur  cet  objet.  Si  M.  le  Commissaire  anglais  jugeait  inutile  cette  communication  préa- 
lable, M.  Jurien  s'en  abstiendrait  également  de  son  côté  et  garderait  la  lettre  desti- 
née aux  Consuls.  Lorsque  les  deux  Commissaires  se  seront  rendus  chacun  sur  sod 
bord  devant  le  port  d'Alger,  M.  le  contre-amiral,  qui  prendra  toutes  ses  mesores 
de  concert  avec  M.  le  Commissaire  anglais,  fera  prévenir  de  son  arrivée  M.  le  Consoi 
de  France,  et  demander  par  son  intervention  une  audience  du  souverain. 

L'objet  spécial  de  l'envoi  des  deux  Commissaires  est  de  notifier  dans  les  lerme: 
les  plus  forts  aux  Régences  barbaresques  que  toutes  les  Puissances  de  l'Europe  sool 
irrévocablement  déterminées  à  faire  cesser  un  système  de  piraterie  qui  n'est  pis 
seulement  contraire  aux  intérêts  généraux  de  tous  les  États,  mais  qui  encore  déirnit 
toute  espérance  de  bonheur  et  de  prospérité  pour  ceux  qui  le  mettent  en  pratique: 
Que  l'eflTet  de  leur  persistance  dans  un  système  ennemi  de  tout  commerce  pai- 
sible serait  d'amener  une  ligue  générale  de  toutes  les  Puissances  de  l'Europe,  et 
que  les  Régences  doivent  considérer  avant  qu'il  ne  soit  trop  tard  que  le  résultat  de 
cette  ligue  peut  mettre  leur  existence  en  danger; 

Qu'en  leur  faisant  entrevoir  les  conséquences  funestes  qu'entraînerait  la  coot}- 
nuation  de  leurs  pirateries,  les  gouvernements  alliés,  si  elles  consentaient  à  y  renoo- 
cer,  sont  disposés  non  seulement  à  maintenir  avec  elles  les  relations  de  bouie 
intelligence  et  d'amitié,  mais  encore  k  encourager  toute  espèce  de  rapports  com- 
merciaux qui  pourraient  être  avantageux  aux  sujets  respectifs; 

Qu'enfin  toutes  les  Puissances  de  TËurope  sont  parfaitement  unies  d'inteolioDs 
et  de  vues  sur  cet  important  objet,  et  que  les  Commissaires  des  deux  Cours  ensoai 
les  fidèles  interprètes. 

Tel  est  le  fond  des  communications  que  M.  le  contre-amiral  Jurien  aura  à  faire 
successivement  et  de  concert  avec  le  Commissaire  anglais  aux  Régences  d'Alger, 
de  Tunis  et  de  Tripoli.  Il  sera  essentiel  de  conserver  dans  les  communications  )ei 
termes  dont  on  vient  de  faire  usage,  attendu  qu'ils  ont  été  adoptés  par  les  deux 
Cabinets.  H  a  été  réglé  que  les  communications  seraient  faites  par  écrit  et  con- 
jointement de  la  part  des  deux  Commissaires;  que  pour  éviter  toute  difficulté qusot 
à  l'idiome  dans  lequel  elles  seront  faites,  elles  seront  écrites  en  français  et  en 
anglais,  et  que  chaque  Commissaire  signera  l'exemplaire  rédigé  en  sa  langue,  lle^t 
également  convenu  que,  dans  leurs  communications  verbales  avec  les  gouTe^o^ 
ments  près  desquels  ils  sont  envoyés,  les  Commissaires  prendront  allernattvemeol 
la  préséance. 

Ils  feront  tous  leurs  efforts  pour  obtenir  des  réponses  écrites  aux  communier- 
lions  qu'ils  pourront  faire,  et  ne  se  contenteront  de  réponses  verbales  que  lorsqu'ils 
auront  tenté  inutilement  tous  les  moyens  de  se  les  procurer  par  écrit.  Dans  ce  dernier 
cas,  ils  consigneront  immédiatement  par  écrit  et  dans  les  deux  langues  les  réponses 


[1819]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  567 

DBYOIZB  AU  M^  DB8S0LLES. 

1124.  —  Tunis^  30  août  i  S19.  —  Depuis  rabolitioQ  de  la  course, 
le  Gouvernemeiit  de  la  Régence  a  étudié  tous  les  moyens  de  se  dédom- 
mager de  la  perte  des  avantages  qu'elle  lui  procurait,  en  créant  de 
nouveaux  droits  qui  pèsent  principalement  sur  les  chrétiens... 

Il  a  soumis  à  une  quarantaine  de  dix  Jours  et  à  une  taxe  de  dix-huit 
piastres  fortes  tous  les  bâtiments  étrangers.  Les  principaux  comesti- 
bles sont  affermés  à  des  particuliers  qui  imposent  des  taxes  arbitraires 
sur  ces  objets.  Les  Consuls  réclament  contre  cette  mesure.  Le  Bey 
reconnaît  les  droits  des  Consuls;  mais  il  importe  de  s*explîquer  avec 
lui  sur  les  privilèges  des  nationaux  stipulés  par  Tarticle  18  du  traité 
de  1742. 

«  On  a  célébré  la  Saint-Louis  le  25  août.  Un  ballon  a  été  lancé;  il  est 
allé  tomber  à  Carthage,  près  du  lieu  où  le  même  jour  est  mort,  il  y  a 
six  siècles  et  demi,  le  saint  dont  nous  célébrions  la  fête.  » 

{Affaire»  étrangère»,  C"  de  Tunis.) 
NOTE   REMISE  A  MAHMOUD,    BEY    DE   TUNIS,   PAR   LE   CONTRE-AMIRAL  JURIEN. 

1125.  —  Le  BardOy  à  V audience  du  27  septembre  1819.  —  «  Prince, 
Les  Puissances  de  l'Europe,  qui  se  sont  réunies  Tannée  dernière  à 
Aix-la-Chapelle,  ont  déféré  à  la  France  et  à  la  Grande-Bretagne  le  soin 
de  faire,  au  nom  de  toutes,  des  représentations  sérieuses  aux  Régences 
barbaresques  sur  la  nécessité  de  mettre  un  terme  aux  déprédations  et 
aux  violences  exercées  par  les  bâtiments  armés  de  ces  Régences. 

verbales  qu'ils  auront  reçues  et  en  garantiront  l'authenticité  par  leurs  signatures 
respectives.  M.  le  contre-amiral  Jurien  verra  dans  cette  instruction  commune  aux 
deux  Commissaires  ce  qu'il  aura  à  faire  de  son  côté  pour  remplir  dans  tous  ses 
détails  la  mission  qui  lui  est  confiée.  En  réglant  à  Tavance  ces  différents  détails, 
on  a  cherché  à  prévenir  tout  conflit  et  toute  difficulté  entre  deux  agents  dont  les 
fonctions  sont  exactement  les  mêmes  et  qui  sont  placés  sur  le  même  rang.  L'alter- 
nat surtout  est  ce  qui  doit  tout  concilier,  attendu  que  l'avantage  que  l'un  d'eux 
peut  avoir  en  quelque  occasion  que  ce  soit  est  compensé  au  proflt  de  l'autre,  lors- 
qu'une occasion  semblable  ou  analogue  vient  à  s'offrir  pour  décider  quel  est  le  pre- 
mier qui  doit  jouir  de  la  préséance.  Les  deux  Commissaires  ne  peuvent  que  se 
régler  sur  ce  qui  a  été  fait  dans  des  occasions  toutes  récentes  et  consulter  l'ordre 
alphabétique  du  nom  des  deux  Puissances.  Cette  méthode,  qui  assure  au  Commis- 
saire français  ce  léger  avantage  sur  celui  de  la  Grande-Bretagne,  a  été  adoptée  à 
Vienne  et  à  Aix-la-Chapelle  pour  déterminer  la  préséance  des  ambassadeurs  des 
Cours  qui  y  étaient  représentées,  et  il  a  été  convenu  qu'il  en  serait  usé  de  même 
sorte  dans  les  occasions  où  elles  auraient  k  faire  des  transactions  ou  des  démarches 
simultanées. 

S'il  se  présentait  quelque  cas  qui  n'eût  pas  été  prévu  dans  ces  instructions, 
M.  Jurien  s'entendrait  avec  M.  le  Commissaire  anglais  pour  le  résoudre  dans  le  sens 
le  plus  conforme  à  l'esprit  dans  lequel  elles  ont  été  rédigées,  et  en  général  il  aura 
soin,  tout  en  maintenant  la  dignité  du  caractère  dont  il  est  revêtu,  de  mettre  dans 
les  rapports  avec  son  collègue  toute  la  facilité  et  tous  les  égards  personnels  propres 
à  conserver  entre  eux  la  meilleure  intelligence.  • 

(Affairée  étrangère»,  O*^  de  Tuni».) 


568  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1819] 

Nous  venons  au  nom  de  S.  M.  le  Roi  de  France  et  de  Navarre,  de 
S.  M.  le  Roi  du  Royaume-Uni  de  la  Grande-Bretagne  et  d'Irlande 
comme  leurs  Commissaires,  vous  notifier  les  dispositions  des  Puissances 
de  FEurope.  Ces  Puissances  sont  irrévocablement  déterminées  à  faire 
cesser  un  système  de  piraterie  qui  n'est  pas  seulement  contraire 
aux  intérêts  généraux  de  tous  les  États,  mais  qui  encore  est  destructif 
de  toute  espérance  de  prospérité  pour  ceux  qui  le  mettent  en  pratique. 

Si  les  Régences  persistaient  dans  un  système  ennemi  de  tout  com- 
merce paisible,  elles  provoqueraient  inévitablement  contre  elles  une 
ligue  générale  des  Puissances  de  TEurope,  et  elles  doivent  considérer, 
avant  qu'il  soit  trop  tard,  que  l'effet  d'une  telle  ligue  peut  mettre  en 
danger  leur  existence  même. 

Mais  en  môme  temps  que  nous  vous  faisons  entrevoir  les  consé- 
quences funestes  qu'entraînerait  la  continuation  des  pirateries  qaî 
excitent  les  plaintes  de  l'Europe,  nous  nous  empressons,  Prince,  de 
vous  assurer  que,  si  les  Régences  renoncent  à  un  système  aussi 
désastreux,  les  Puissances  sont  non  seulement  disposées  à  maintenir 
avec  elles  des  relations  de  bonne  intelligence  et  d'amitié,  mais  encore 
à  encourager  toute  espèce  de  rapports  commerciaux  qui  pourraient  être 
avantageux  aux  sujets  respectifs. 

Les  Puissances  au  nom  desquelles  nous  avons  l'honneur  de  nous 
exprimer  sont  parfaitement  unies  sur  l'important  objet  de  la  mission 
que  nous  avons  été  chargés  de  remplir  près  de  Votre  Altesse  et  non? 
sommes  les  fidèles  interprètes  de  leurs  intentions. 

Nous  espérons,  Prince,  qu'éclairé  sur  vos  véritables  intérêts,  vous 
n'hésiterez  pas  à  répondre  d'une  manière  satisfaisante  aux  demandes 
que  nous  venons  vous  présenter.  Les  Puissances  alliées  se  borneot  à 
vouloir  que  les  Régences  barbaresques  respectent  des  droits  et  des 
usages  consacrés  par  toutes  les  nations  civilisées,  et  si  les  Régences  pré- 
tendai,ent  pouvoir  inquiéter  à  leur  gré  le  commerce  des  autres  nations, 
elles  attireraient  inévitablement  sur  elles  les  armes  de  toute  l'Europe. 
Veuillez  donc  bien.  Prince,  nous  donner  les  assurances  que  LL.  MM. 
les  Rois  de  France  et  de  la  Grande-Bretagne  attendent  de  vous  et 
sont  impatientes  de  transmettre  à  leurs  alliés  sur  un  objet  qu'elles  ont 
si  profondément  à  cœur.  Mais  dans  une  circonstance  aussi  grave,  d?s 
promesses  verbales  ne  suffiraient  pas;  il  s'agit  d'un  pacte  solennel  de 
la  plus  haute  importance  pour  la  sécurité  des  navigateurs  et  du  com- 
merce de  tous  les  Ëtats  ;  et,  puisque  nous  vous  déclarons  par  écrit  les 
intentions  des  Puissances  alliées,  nous  sommes  fondés  à  croire  que 
vous  répondrez  de  la  même  manière  à  une  telle  démarche. 


[1819]  AYBG  LA  COUR  DE  FRANGE  569 

Nous  nous  empresserons  de  faire  parvenir  à  nos  gouvernements 
l'engagement  positif  que  vous  nous  remettrez,  car  nous  vous  le  répé- 
tons, Prince,  nous  n'admettrons  pas  que  vous  puissiez  repousser  des 
propositions  qui  tendent  à  vous  faire  recueillir  promptement  tous  les 
avantages  des  rapports  commerciaux  garantis  par  le  respect  pour  le 
droit  des  gens.  Nous  sommes  avec  respect,  etc.  »  '. 

Signé  :  Jurien.  Freemantle. 

{Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 
MAHMOUD,    BEY  DE   TUNIS,    AU   CONTRE-AMIRAL  JURIEN. 

1126.  —  Le  Bardo^  29  septembre  i  8i9. —  «  De  la  part  du  serviteur 
de  Dieu  miséricordieux  dont  il  espère  l'assistance,  Mahmoud-Pacha, 

1.  Rapport  sur  Vaudience  accordée  par  le  Bey  de  Tunis  à  MM.  les  Commissaires 
français  et  anglais.  —  •  Le  24  septembre  1819,  Messieurs  le  Commissaires  de  Leurs 
Majestés  les  Rois  de  France  et  d'Angleterre  firent  demander  par  leurs  Consuls  res- 
pectifs à  Son  Altesse  le  Pacha-Bey  de  Tunis  une  audience  qui  leur  fut  accordée 
pour  le  27  à  9  heures  du  matin.  En  conséquence,  MM.  les  Commissaires  se  rendirent 
en  voiture  h.  l'heure  indiquée  au  Palais  de  Son  Altesse,  accompagnés  de  MM.  les 
Consuls  généraux  et  d'officiers  d'état-major.  Son  Altesse  les  reçut  assise  dans  un 
grand  fauteuil,  entourée  de  son  Pils,  de  ses  ministres  et  de  ses  principaux  officiers. 

Messieurs  les  Commissaires  dirent  :  —  Nous  avons  l'honneur  de  remettre  à  Votre 
Altesse  les  notifications  de  Leurs  Majestés  les  Rois  de  France  et  d'Angleterre,  et 
nous  vous  prions  de  vouloir  bien  nous  donner  une  réponse  écrite  que  nous  puissions 
transmettre  à  nos  souverains.  — Son  Altesse  reçut  de  chacun  de  Messieurs  les  Com- 
missaires cette  pièce  écrite  dans  leur  langue,  traduite  en  arabe  et  toutes  les  trois 
revêtues  de  la  signature  des  deux  Commissaires.  Son  Altesse  les  remit  à  son  fils, 
qui  s'éloigna  pour  en  prendre  connaissance;  elle  invita  Messieurs  les  Commissaires 
à  s'asseoir  dans  deux  fauteuils  qu'elle  avait  fait  placer  près  d'elle  ;  des  chaises  furent 
données  aux  personnes  de  leur  suite;  et  alors  elle  fit  venir  du  café  qu'elle  prit 
avec  eux. 

Son  Altesse  fit  à  MM.  les  Commissaires  plusieurs  questions  relatives  à  leur  mis- 
sion ;  la  difficulté  de  se  faire  bien  entendre  les  engagea  à  répondre  que  leurs  demandes 
étaient  contenues  dans  les  pièces  qu'ils  venaient  de  lui  remettre,  et  qu'ils  en  atten- 
daient la  réponse  par  écrit. 

Peu  de  temps  après  le  fils  du  Bey  revint,  parla  à  son  père  et  dit  avec  véhémence 
que  l'on  accorderait  sans  doute  une  réponse,  mais  qu'il  fallait  le  temps  de  réfléchir, 
parce  qu'il  n'avait  pas  encore  pu  bien  comprendre  l'écrit  qu'on  avait  remis  'à 
Son  Altesse. 

Monsieur  le  Commissaire  anglais  observa  qu'ils  étaient  depuis  plusieurs  jours  à 
Tunis,  qu'il  fallait  peu  de  temps  pour  faire  une  réponse  aussi  simple,  qu'ils  Tatten- 
daient  au  Palais,  et  qu'ils  osaient  espérer  de  la  bonté  de  Son  Altesse  qu'elle  voudrait 
bien  la  hâter.  Aussitôt  le  fils  du  Bey  et  les  Ministres  sortirent  et  revinrent  annon- 
cer, un  quart  d'heure  après,  que  Son  Altesse  ferait  parvenir  une  réponse  écrite  ce 
même  soir  ou  demain  matin  au  plus  tard,  et  que  suivant  leurs  désirs  elle  leur  serait 
adressée  en  double  expédition. 

Les  Commissaires  allaient  prendre  congé  de  Son  Altesse,  qui  déjà  les  avait  chargés 
de  présenter  ses  hommages  à  leurs  souverains,  lorsqu'à  la  sollicitation  de  MM.  les 
Consuls  généraux,  ils  présentèrent  à  Son  Altesse  une  note  par  laquelle  ils  récla- 
maient contre  les  atteintes  portées  aux  capitulations  avec  cette  Régence.  Quoique 
cet  objet  fût  étranger  à  leur  mission,  MM.  les  Commissaires  appuyèrent  d'autant 
plus  volontiers  ces  observations  que  tous  les  Consuls  européens  formaient  des 
plaintes  semblables.  Son  Altesse  promit  justice  et  MM.  les  Commissaires  prirent 
congé  d'elle.  » 

Signe'  :  Jurieh.  FRBBaiA:«Ti.E. 


870  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1819 

maître  du  trône  de  la  ville  de  Tunis  la  bien  gardée,  etc.,  etc.,  —  Qae 
Dieu  le  conserve  !  —  Amen. 

A  notre  ami  le  chevalier  Jurien,  commandant  et  contre-amiral  fran- 
çais. 

Nous  avons  reçu  votre  notification  et  nous  avons  compris  tout  le 
contenu  de  votre  demande,  dans  laquelle  vous  nous  dites  que  vous  êtes 
envoyé  auprès  de  nous  par  le  Roi  de  France  et  de  Navarre,  conjointe- 
ment avec  le  vice-amiral  chevalier  Freemantle,  commandant  anglais, 
pour  nous  entretenir  au  nom  de  vos  souverains,  ainsi  qu'au  nom  de 
tous  les  souverains  de  l'Europe,  que  vous  nous  dites  avoir  formé  an 
Ck)ngrès  Tannée  dernière  à  Aix-la-Chapelle,  dans  lequel  les  dites  Puis- 
sances sont  convenues  de  s'adresser  aux  Puissances  barbaresques  pour 
l'abolition  des  corsaires  qui  sortent  de  leurs  ports,  naviguent,  font  les 
pirates  et  gâtent  le  commerce  universel  par  leurs  vols  et  leurs  pira- 
teries. 

Notre  réponse  à  ce  sujet  est  : 

Qu'on  nomme  voleur  et  pirate  celui  qui  se  rend  maître  de  bàtimenU 
et  d'effets  sans  motifs,  sans  justice  et  hors  de  toute  règle,  abolil  tous 
les  usages  et  annule  aussi  les  traités.  Quant  à  nous,  grâces  soiest 
rendues  à  Dieul  on  n'a  jamais  éprouvé,  ni  ouï  dire  que  dans  nos  ports 
on  ait  manqué  aux  usages  ni  aux  traités,  pour  recevoir  une  pareille 
intimation  de  votre  part,  ce  qui  n'est  pas  convenant,  puisque  par  le 
passé  on  nous  a  pris  le  bien  de  nos  négociants  et  manqué  aux  traités 
d'amitié  par  des  personnes  dont  nous  n'aurions  jamais  cru  que  cela 
eût  pu  avoir  lieu.  Us  ont  pris  les  bâtiments  de  leurs  ennemis  mouillés 
dans  nos  ports,  sous  notre  pavillon,  et  nous  avons  été  obligé  de  payer 
leur  valeur  â  qui  ils  appartenaient,  et  cela  s'est  fait  pour  respecter 
les  traités;  nous  en  avons  demandé  la  restitution  à  la  nation  qui  les  a 
pris;  elle  n'a  jamais  voulu  y  consentir,  et  n'a  pas  même  daigné  nous 
répondre  à  ce  sujet,  et  elle  a  oublié  le  respect  dû  aux  traités. 

Il  est  connu  de  tout  le  monde  que,  lorsque  deux  Puissances  sont  en 
guerre  entre  elles,  elles  cherchent  à  se  faire  le  plus  de  mal  possible. 
Nous  étions  en  guerre  par  le  passé  avec  les  Napolitains,  SiciiteDS, 
Sardes,  Romains;  ils  nous  ont  pris  nos  bâtiments  et  nos  effets,  et  nous 
avons  pris  de  notre  côté  ceux  qui  leur  appartenaient.  Les  usages  et  les 
traités  que  nous  avions  à  cette  époque  avec  toutes  les  nations  avec  qui 
nous  étions  en  paix  étaient  qu'elles  ne  pouvaient  protéger  nos  ennemis, 
et  nous  ne  pouvions,  par  représailles,  protéger  les  leurs;  mais  il  est 
prouvé  que  les  Puissances  nos  amies  ont  protégé  nos  ennemis  et  nous 
ont  obligé  de  payer  tout  ce  qu'elles  ont  demandé,  et  nous  les  avons 


[1849]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  571 

satisfaites  par  respect  pour  les  circonstances  et  poar  leur  donner  une 
preuve  de  notre  amitié;  mais  elles  ont  violé  les  traités.  Ces  mêmes 
Puissances,  nos  amies,  nous  ont  également  obligé,  en  cas  que  leurs 
ennemis  amenassent  des  prises  dans  nos  ports,  à  ne  pas  les  laisser 
vendre;  nous  l'avons  accordé  à  notre  détriment.  Gomment  appeler 
pirate  et  voleur  celui  qui  souffre  de  pareilles  vexations,  et  comment  ne 
doit-on  pas  se  fier  à  sa  parole? 

Vous  nous  dites  encore  que  toutes  les  Puissances  de  TEurope  sont 
convenues  de  nous  obliger  d'abolir  nos  armements,  et  si  nous  n'y.  con- 
sentions pas,  que  toutes  les  Puissances  se  ligueraient  contre  nous,  et  si 
nous  nous  repentions  par  la  suite,  ce  serait  trop  tard.  Notre  réponse  à 
cet  article  est  que  depuis  longtemps  nous  n'avons  armé  de  corsaires, 
et  nous  n'avons  point  d'ennemis  à  molester,  et  nous  ne  pensons  pas 
d'armer  en  ce  temps-ci.  Cependant,  si  quelqu'un  cherchait  à  troubler 
notre  repos,  ou  s'il  arrivait  quelque  chose  qui  touchât  notre  honneur, 
nous  nous  défendrions  de  toutes  nos  forces  et  pouvoir,  et  nous  ne 
négligerions  rien,  parce  que  les  vexations  et  le  déshonneur  ne  sont  pas 
tolérables  aux  personnes  de  caractère  et  d'honneur... 

Gomment  pouvons-nous  consentir  à  la  demande  que  vous  nous  faites 
de  ne  pouvoir  plus  armer  nos  bâtiments?  Et  si,  par  cas,  la  guerre 
éclatait  entre  une  Puissance  et  la  Porte  ottomane,  que  lui  répondrions- 
nous,  lorsqu'elle  nous  requerrait  d'armer  nos  bâtiments  pour  aller  à 
son  secours,  suivant  l'usage  que  nous  avons  toujours  pratiqué? 

Yoilà  tout  ce  que  nous  avons  à  dire;  et  c'est  la  vérité.  Si  puis  vous 
voulez  mépriser  la  justice  et  venir  nous  inquiéter  sans  aucun  motif,  il 
y  a  un  Dieu  tout-puissant  qui  veille  sur  tous.  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères^  C^*de  Tunis.) 

LE   CONTRE-AMIRAL  JURIEN  AU   M**   DE8S0LLBS. 

1127.  —  A  bord  du  «  Colosse  »,  en  rade  de  Tunis ^  30  septembre  i  819. 
—  «...  Dès  notre  arrivée  nous  remîmes  à  nos  Gonsuls  respectifs  une  note 
par  laquelle  nous  les  invitâmes  à  faire  connaître  au  Bey  que  nous  dési- 
rions l'entretenir  sur  un  objet  fort  important;  cette  démarche  nous  fut 
dictée  par  l'assurance  que  l'on  nous  donna  que  Son  Altesse  ne  voulait 
pas  nous  recevoir  et  que  son  fils  et  ses  ministres  avaient  l'intention 
d'empêcher  cette  entrevue.  La  réponse  que  nous  avons  eue  à  la  suite 
de  cette  audience  contient  des  récriminations  qui  portent  particulière^ 
ment  sur  la  conduite  de  la  nation  anglaise.  Le  mélange  de  fierté  et 
^humilité  de  cette  pièce  fera  connaître  à  Votre  Excellence  l'inquiétude 
que  notre  présence  a  donnée  à  cette  Régence. 

Depuis  longtemps  les  Gonsuls  européens  avaient  à  se  plaindre  de 


572  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1819; 

la  mauvaise  foi  du  gouvernement  tunisien;  ils  nous  adressèreol  ainsi 
que  les  négociants  français  des  réclamations  à  ce  sujet,  et  quoique  cet 
objet  fût  étranger  à  notre  mission,  nous  crûmes,  M.  Tamiral  anglaise! 
moi,  devoir  en  entretenir  Son  Altesse  et  demander  la  réforme  des  trois 
articles  principaux  suivants  : 

1*  Celui  des  teskerets  ou  billets  de  sortie  des  denrées.  Ils  en  reçoiveot 
le  payement,  font  naître  des  obstacles  pour  l'embarquement,  et  TaDDée 
écoulée  Targent  est  perdu  ; 

2<>  La  perception  du  droit  de  douane  sur  le  prix  de  la  vente  du  pays, 
ce  qui  le  fait  monter  non  pas  à  3  0/0,  comme  le  portent  les  traités,  mm 
bien  à  6  0/0  ; 

3<>  La  protection  accordée  à  des  Français  qui  quittent  celle  de  l'agent 
du  gouvernement  pour  le  calomnier  et  traverser  de  toute  manière  les 
intérêts  de  leur  patrie. 

Son  Altesse  promit  justice  et  annonça  qu'elle  réglerait  cette  affaire 
avec  MM.  les  Consuls  généraux...  » 

{Affaires  étrangères  y  C»*  de  Tunis.) 
LE   CONTRE-AMIRAL  JURIBN   A   MAHMOUD ,    BEY   DE   TUNIS. 

1128.  —  Aade  de  Tunis ^  30  septembre  f  8/9.  —  Sa  mission  termi- 
née, il  lui  restait  plusieurs  questions  à  régler  avec  le  Bey.  Il  confie  cette 
tâche  au  zèle  du  chevalier  Devoize,  et  il  se  borne  à  les  recommander  à 
l'attention  de  la  justice  du  Bey,  particulièrement  en  ce  qui  concerne  les 
trois  articles  suivants  : 

Le  mode  de  perception  du  droit  de  douane; 

La  prescription  imposée  après  un  an  à  des  teskerets  qui,  acquis  avec 
du  numéraire,  doivent  en  conserver  la  valeur; 

«  La  protection  que  cherchent  dans  les  États  du  Bey  de  mau- 
vais Français  qui,  abusant  du  respect  que  le  Consul  du  Roi  a  pour  ce 
Prince,  déchirent  leur  patrie,  et  poussent  Taudace  jusqu'à  insulter daos 
leurs  discours  la  personne  de  leur  souverain  et  de  son  représentant. 

L'apostasie  est  le  seul  c.is  qui  puisse  soustraire  un  Français  à 
l'autorité  de  l'agent  de  sa  nation.  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DEVOlZE   AU   M^'   DESSOLLES. 

1 129.  —  Tunis,  20  octobre  /  5  /  9.  —  «  Le  21  du  mois  dernier,  le  vais- 
seau du  Roi  Le  Colosse,  aux  ordres  de  M.  le  contre-amiral  Jurien, 
jeta  l'ancre  vers  le  cap  Carthage,  en  même  temps  qu'une  division 
anglaise  composée  d'un  vaisseau,  d'une  frégate,  d'un  brick  et  d'une 
goélette,  aux  ordres  de  M.  l'amiral  Freemantle.  Quelques  jours  après, 
la  frégate  française  La  Galathée,  venant  de  Toulon,  se  joignit  au 
Colosse...  » 


[1819]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  S73 

Suit  le  détail  de  la  négociation  du  vice-amiral  Jurien.  «  L'union 
intime  de  deux  Puissances  toujours  réputées  rivales  et  Tharmonie  par- 
faite qu*on  a  vu  régner  entre  les  deux  Commissaires  ont  fait  une  grande 
impression  sur  le  gouvernement  de  cette  Régence...  » 

Les  divisions  françaises  et  anglaises  sont  parties  le  1*'  octobre  pour 
Tripoli,  afin  d'achever  leur  mission  *. 

Le  Consul  anglais  Oglander  et  lui  continuent  les  négociations  avec  le 
Bey,  qui  a  laissé  entrevoir  les  dispositions  les  plus  favorables.  Devoize 
espère  pouvoir  s'embarquer  bientôt  avec  sa  famille,  afin  de  jouir  du 

congé  qui  lui  a  été  accordé.  {Affaires  éirangèresy  C"  de  Tunis.) 

DEVOIZB   AU   M**   DESSOLLES. 

1130.  Tunis,  20  octobre  i  8J9.  —  Ia  cour  de  Naples  envoie  de 

riches  présents  au  Bey,  entre  autres  une  calèche,  et  verse  en  payement 
anticipé  de  la  redevance  5,000  piastres  fortes.  Suit  une  description 
détaillée  de  la  voiture  à  quatre  roues. 

«  Ces  détails  ne  présentent  pas  un  grand  intérêt,  mais  j'ai  pensé  que 
des  attentions  aussi  recherchées  de  la  part  de  la  cour  de  Naples 
envers  cette  Régence,  dans  une  circonstance  qui  l'invitait  à  s'en  dis- 
penser, pouvaient  arrêter  l'attention  de  Votre  Excellence  sur  une  poli- 
tique qui  dévoile  le  projet  d'obtenir  la  possession  de  Tabarque,  avec  le 
privilège  exclusif  de  la  pèche  du  corail  dans  les  mers  de  Tunis... 
Peut-être  la  cour  de  Naples  a-t-elle  aussi  le  projet  de  nous  supplanter 
à  Alger  et  d'obtenir  à  tout  prix  nos  concessions...  » 

(Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis,) 
MAHMOUD,   BEY  DE  TUNIS,  A  LOUIS  XVIII. 

1131.  —  Tunis,  3  novembre  J8J9.  —  «  Au  plus  glorieux  des  Princes 
de  la  religion  du  Messie,  au  modèle  des  Rois  parmi  les  nations  chré- 
tiennes, notre  sincère,  grand,  magnifique,  illustre  et  très  honoré  ami,* 
Sa  Majesté  le  Roi  de  France.  —  Que  Dieu  lui  accorde  une  longue  vie  !  — 

Après  vous  avoir  offert  nos  salutations  abondantes,  pris  des  informa- 
tions de  votre  santé  et  fait  des  vœux  pour  votre  bien-être,  nous  vous 
informons  que  nous  vous  écrivons  la  présente  lettre  afin  que  vous  vous 
souveniez  que,  lorsque  Dieu,  par  un  effet  de  sa  grâce,  nous  a  accordé  le 
gouvernement  de  la  Régence  de  Tunis,  nous  vous  avons  témoigné  notre 
désir  de  voir  revenir  votre  Consul  Devoize  à  la  place  qu'il  occupait  pré- 
cédemment. Vous  avez  bien  voulu  avoir  égard  à  cette  demande.  Mainte- 

1.  Voy.  sur  la  mission  des  amiraux  Jurien  et  Freemantle  auprès  du  Dey  d'Alger, 
en  septembre  1819,  et  sur  la  notification  faite  à  ce  Prince  des  décisions  d'Âix-la- 
Chapelle,  Correspondance  des  Deys  d'Alger  avec  la  Cour  de  France,  t.  II,  p.  543.  — 
Le  Ministre  adressa  des  félicitations  à  Tamiral  Jurien,  le  6  janvier  1820. 


S74  GORRESPOtrUANGE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1819] 

nant  nous  apprenons  qu'il  va  pwtir  dans  peu  pour  la  France,  confo^ 
mément  au  congé  que  vous  lui  aret  accordé  dans  rintenlioD  de  se 
reposer,  motif  auquel  nous  ne  pouvons  point  nous  opposer.  Noos 
éprouvons  cependant  beaucoup  de  regrets  de  la  séparatioD  d'oo 
Consul  que  nous  aimions  d'une  amitié  sincère,  à  CiMse  des  scias  qu  il 
prend  pour  entretenir  la  paix  entre  les  deux  empires,  %i  de  la  pureté 
de  ses  intentions,  comme  aussi  à  cause  de  la  bonne  condûte  qu'il  a 
tenue  pendant  un  séjour  de  plus  de  trente  ans.  Nous  lui  rendons  ce 
témoignage  du  fond  du  cœur.  Nous  l'avons  chargé  de  vous  faire  eoQ- 
naltre  que  nous  entretenons  la  paix  qui  existe  entre  nous  et  que  nous 
persistons  dans  les  sentiments  d*amitié  et  d'attachement,  et  cela  grâc« 
aux  soins  dudit  Consul.  C'est  pour  que  cette  amitié  s'accroisse  encore 
de  jour  en  jour  que  nous  lui  remettons  pour  vous  cette  lettre.  Noos 
espérons  que  vous  vous  souviendrez  de  nous  tant  que  dureront  les 
nuits  et  les  jours.  » 

(Sceau)  (AfCairta  étrangères^  C***  de  Tum,) 

MALIVOIRE  '  AU  M*»  DESSOLLES. 

1132.  —  Tunis  y  4  novembre  1St9,  —  Devoize  est  parti  aujourd'hui 
avec  toute  sa  famille.  Ce  Consul  a  emporté  toute  sa  correspondance  de 
1792  à  Tan  X,  et  il  lui  a  laissé  des  instructions  auxquelles  il  ne  man- 
quera pas  de  se  conformer  *.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunit.) 

1133.  —  Funisy  4  novembre  1819.  —  Inventaire  des  registres, 
livres,  pièces  de  réclamations  du  Consulat  général  de  France  à  Tuois. 
remis  par  Devoize  à  M.  Malivoire,  Vice-Consul,  le  3  novembre  1819'. 

(Affaires  étrangères,  C*»  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  noie  2,  p.  546. 

2.  Instructions  de  Devoize  à  Malivoire,  —  Tunis,  î  novembre  #*#9.  —  -  Le  sieur 
Vice-Consul  doit  protéger  les  Français,  favoriser  leur  commerce,  leur  coDserTer  la 
tranquillité  et  la  considération  dont  ils  jouissent  dans  ce  moment.  Mais  il  ne  doit 
jamais  engager  pour  eux  des  affaires  sérieuses  avec  le  gouvernement  de TudIs... • 

Devoize  lui  signale  les  réclamations  de  la  France  restées  en  suspens  :  celle  des 
quatre  bâtiments  de  guerre  et  de  huit  navires  marchands  enlevés  par  les  Anglais 
dans  les  eaux  de  Tunis;  ensuite  l'aiïaire  des  173,000  piastres  redues  par  le  Bey  à 
Aguillon  pour  la  prise  anglaise  VOaan  et  à  Pontus  pour  la  prise  américaine  U 
Strabrock;  enfln  les  prétentions  du  Bey  dans  TafTaire  de  La  Mabrouka  coofisqaeeâ 
Trieste. 

•  Le  sieiir  Vice-Consul  connaît  le  degré  d'égards  etde  confiance  qu'il  peut  montrer 
à  chacun  des  Consuls  étrangers...  Il  soutiendra  la  préséance  que  Sa  Majesté  exigs 
pour  son  Consul...  La  Mission  des  Capucins  étant  sous  la  protection  immédiate dr 
Sa  Majesté,  le  sieur  Vice-Consul  doit  en  surveiller  le  chef,  et  lui  rendre  les  meil- 
leurs offices  lorsqu'il  les  méritera.  Cet  établissement  de  piété  jouit,  ainsi  que  ceui 
du  commerce  français,  des  droits  et  franchises  déterminés  dans  nos  traités  avec  1^ 
Bey  de  Tunis.  11  faut  en  maintenir  les  avantages  et  les  prérogatives  a  la  nation 
ainsi  qu'à  ces  religieux...  »  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

3.  Nous  avons  déjà  signalé  les  cartons  relatifs  à  la  gestion  de  Devoize  consenrès 
dans  les  Archives  de  la  Résidence  française  à  Tunis, 


[1819]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  875 

MALIYOIRB  AU  BARON  PASQUIER  '. 

1134.  —  Tunis j  20  novembre  i  819,  —  Le  Bey  a  remis  les  rênes  du 
gouvernement  à  son  fils  aîné,  Prince  faible,  enclin  à  faire  le  bien,  mais 
caractère  facile  à  influencer.  Les  conseils  qu'il  écoute  ne  tendent  qu'à 
augmenter  son  goût  pour  la  richesse  et  la  dépense.  Malivoire  croit  qu*il 
y  a  lieu  de  renouveler  les  traités.  Devoize  a  envoyé  un  projet,  mais  le 
Bey  ne  veut  pas  exécuter  l'article  de  ces  traités  qui  nous  met  au 
niveau  des  nations  les  plus  favorisées. 

Aucun  bateau  corailleur  n'a  paru  sur  les  côtes  de  Tunis  pendant  la 

dernière  saison.  (Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

DEVOIZE  AU  BARON  PASQUIER. 

1135.  —  Lazaret  de  Foulon^  24  novembre  1 8i9.  —  Avant  de  partir, 
il  a  réglé  de  concert  avec  Oglander  TafTaire  des  teskerets  surannés.  Le 
Bey  reconnaît  devoir  55,000  piastres  pour  ces  teskerets,  mais  il  les 
retient  comme  acompte  de  ce  que  le  gouvernement  français  lui  doit. 

Devoize  a  reproché  au  Bey  de  pratiquer  une  extorsion  injurieuse  au 
gouvernement  français  et  s'est  retiré  assez  brusquement.  Le  Bey  lui 
a  dépêché  son  interprète  et  a  consenti  à  verser  la  somme.  Hossein-Bey  a 
l'intention  de  concentrer  entre  ses  mains  tout  le  commerce  d'exporta- 
tion. 

Le  Bey  a  déclaré  qu'il  n'accorderait  pas  sa  protection  aux  Français 
ou  aux  Anglais  qui  voudraient  se  soustraire  à  l'autorité  de  leur  Consul, 
et  qu'il  traiterait  les  sujets  de  ces  nations  comme  les  Tunisiens  sont 
traités  dans  ces  deux  États.  Il  ne  leur  fera  payer  que  3  0/0  de  droits  de 
douane,  lorsqu'il  apprendra  qu'à  Malte  et  à  Marseille  les  Tunisiens  ne 

payent  également  que  3  0/0.  {Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

MALIVOIRE  AU  BARON  PASQUIER. 

1136.  —  Tunis,  /"  décembre  1819.  —  Le  Bey  ne  délivrera  plus  de 
teskerets.  Les  négociants  étrangers  devront  s'adressera  leur  Consul,  qui 
fera  part  des  demandes  au  Bey,  lequel  désignera  la  personne  qui  fera 
la  vente.  Les  négociants  français*  ont  envoyé  une  protestation;  les 
Consuls  étrangers  '  ont  écrit  une  lettre  collective  au  Bey,  lettre  qu'ils 
ont  prié  Malivoire  de  rédiger,  et  à  laquelle  le  Bey  n'a  pas  encore 

répondu.  {Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

MÀLIV01RE   AU    BARON   PASQUIER. 

1137.  —  Twms,  5  décembre  1819.  —  Depuis  longtemps  le  Bey,  ne 

1.  Ëtienne-Denis  baron  Pasquier,  pair  de  France,  Ministre  des  Affaires  étrangères 
du  19  novembre  1819  au  13  décembre  1821. 

2.  MM.  Fuzier,  Chapelié,  Pérasso,  Ré,  Arnaud,  Bourrilhon. 

3.  MM.  Malivoire  (France),  Oglander  (Angleterre),  Palma  (Sardaigne),  de  Martino 
(Naples),  Stilh  (États-Unis),  Kénutsen  (Danemark),  Tulin  (Suède),  Scier  (Espagne). 


576  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1819] 

croyant  pas  sa  marine  en  sûreté  à  La  Goulette,  avait  le  projet  de  la 
transférer  de  nouveau  à  Porto-Farina.  L'ingénieur  français  Cubisol  a 
remis  en  état  le  canal  de  ce  port,  ainsi  que  la  passe  du  lac.  Le  Bey  est 
persuadé  que  ses  navires  y  seront  à  Tabri  de  toute  entreprise  hostile. 

{Affaires  élrangèreSy  C**'  de  Tunis,) 
MALIVOIRE  AU  BARON  PASQUIER. 

1138.  —  Tunisy  i9  décembre  1 819.  —  Le  Bey  n'ayant  pas  répondu 
à  la  lettre  collective  des  Consuls,  ceux-ci  lui  en  ont  écrit  une  seconde 

dans  le  même  sens  \  {Affaires  étrangères^  C^  de  Tunis.) 

MALIVOIRB   AU    BARON   PASQUIER. 

1139.  —  7  unw,  /  9  décembre  J  819.-1,6  Bey  a  répondu  aux  Consuls 
que  les  commerçants  étrangers  pourraient  faire  leurs  achats  comme 
auparavant,  à  condition  qu*ils  ne  se  mêlent  pas  des  articles  déclarés  de 
contrebande.  Malivoire  croit  que  le  Bey  n'a  qu*à  déclarer  tous  les 

1.  TuniSy  il  novembre  18i9. —  -  Les  soussignés  Consuls  généraux  représenteot  à 
S.  A.  Mahmoud-Bey  que  Tarticle  des  Capitulations  qui  leur  assure  en  termes  for- 
mels l'exemption  de  tous  droits  quelconques  sur  tous  les  objets  de  subsistaDce, 
boissons  et  marchandises  nécessaires  à  leurs  maisons  et  celles  de  leurs  oationaui, 
est  bien  loin  depuis  quelque  temps  de  recevoir  sa  pleine  exécution.  Les  soussigiii^ 
comme  agents  diplomatiques,  ont  le  droit  incontestable  de  faire  venir  deTétraDEcr. 
d'acheter  sur  le  pays  et  dans  les  ports  du  royaume  leurs  provisions,  sans  être  sou- 
mis directement  ni  indirectement  à  aucune  espèce  de  taxe,  et  rien  de  ce  qui  peut 
servir  à  leur  usage  et  doit  être  consommé  dans  leurs  maisons  ne  peut  être  consi- 
déré comme  introduit  en  contrebande.  Ces  privilèges,  consacrés  par  le  temps  et  le? 
traités,  ont  été  constamment  respectés  par  les  gouvernements  de  Tunis  depuis  l'etv 
blissement  des  Consuls...  Les  soussignés  ne  peuvent  se  dispenser  d'adresser  à  S.  A. 
les  plus  sérieuses  représentations  sur  des  actes  qui  blessent  leur  caractère  publi 
et  les  confond  avec  les  autres  chrétiens  des  pays  soumis  A  des  impositions...* 

TuniSy  le  tS  décembre  i819,  —  -  Les  soussignés  Consuls  généraux  et  chargés 
d'alTaires  accrédités  près  de  V.  A.  pour  les  diverses  Puissances  que  chacun  d'eui 
représente  aimaient  à  se  flatter  que  V.  A.  aurait  eu  égard  aux  observations  qu'ils 
ont  pris  la  liberté  de  lui  présenter  concernant  la  notification  qui  leur  fui  fait^ 
d'un  nouveau  règlement  de  commerce  qu'elle  se  proposait  d'introduire  dans  ceiu 
Régence;  ils  espéraient  qu'elle  voudrait  bien  faire  une  réponse  â  la  lettre  quib 
ont  eu  l'honneur  de  lui  adresser  le  21  du  mois  dernier.  11  est  bien  fAcheux  pour 
eux  de  voir  que  leur  attente  jusqu'à  présent  est  sans  aucun  résultat,  et  que  Ieiir> 
réclamations  n'ont  pas  encore  été  l'objet  de  l'attention  de  V.  A.  L'alTaire  cependani 
leur  semble  d'une  importance  si  grande  et  si  sérieuse  qu'ils  ne  peuvent  se  dispeoâcr 
de  renouveler  leurs  observations  dans  tout  leur  contenu,  et  de  solliciter  de  V- A- 
qu'elle  veuille  bien  leur  faire  connaître  ses  intentions  là-dessus. 

Dans  l'espérance  d'être  honorés  d'une  réponse,  ils  ont  différé  jusqu'à  présent  de 
rendre  un  compte  détaillé  de  celte  affaire  à  leurs  gouvernements.  11  leur  eût  éu 
fort  agréable  d'avoir  à  transmettre  un  témoignage  de  la  considératioo  de  V.  A.  i 
leur  égard.  Sans  se  permettre  d'interpréter  le  motif  qui  donne  lieu  au  silence 
qu'elle  garde  sur  un  objet  qui  est  d'un  intérêt  majeur,  ils  supplient  instammeDi 
V.  A.  de  faire  cesser  leur  incertitude  en  les  favorisant  d'une  réponse,  qui,  ils  d^i^ 
doutent  nullement,  sera  satisfaisante,  afin  qu'ils  puissent  donner  une  nouvelie 
preuve  de  la  sagesse  et  justice  de  V.  A.  dans  cette  occasion  à  leurs  Cours  respec- 
tives. »  Signe'  :  Malivoire,  Oglander,  Tulin,  Palma  di  Borgo  Franco,  de  Martino, 
Stilh,  Pierre  Soler  (Vice-Consul),  Kénutsen. 


[1820]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  877 

articles  d'exportation  de  contrebande  pour  éluder  les  traités.  Il  joint  la 

traduction  de  la  lettre  du  Bey  *.         [Affaires  étranghes,  C»*»  de  Tunis.) 

MÀLIVOIRB   AU   BARON   PASQUIER. 

1140.  —  Tunis ^  1 6  janvier  1 820,  —  11  envoie  le  tarif  des  douanes  de 
Tunis.  Le  député  du  commerce  et  le  courtier  du  Consulat  l'ont  beaucoup 
aidé  pour  la  traduction  en  français. 

Il  fait  observer  que  le  mode  actuel  de  perception  des  droits  qui  a 
remplacé  le  tarif  du  7  février  1753  est  fort  nuisible  au  commerce. 


MARCHANDISES 


Acier 

Alun 

Amandes  .  .  .  . 

Benjoin 

Café 

Cassonade.  .  .   . 

Cannelle 

Girofle 

Cochenille.  .   .  . 

Céruse 

Camphre   .  .   .  . 
Draps  S*-Pons  .  . 

—  londrins  . 

—  Elbeuf  .  . 

Élain 

Bois 

Fer 

Aspic 

Gingembre.  .   .  . 

Garance 

Laine  d'Espagne. 

Miel 

Minium 

Mouchoirs.   .  .  . 
Noix  muscade.   . 

Opium 

Poivre 

Peignes 

Papier 

Sucre 

Safran 

Soufre 

Tartre 

Verdel    

Vermillon .   .   .   . 


TARIF  DE  DOUANE 
de  1753 


18  piastres 

12  — 

20  — 

350  — 

50  — 

28  — 

3  — 

100  — 

12  — 

12  — 

3  — 
40  — 
60  — 

150  — 

60  — 

40  — 

12  — 

4  — 
30  — 
30  — 

180  — 

20  — 

15  — 
12  — 

5  — 
4  — 

70  — 

10  — 

20  — 

35  — 

10  — 

7  — 

16  — 
100  — 
320  — 


TARIF  JOURNALIER 
de  1820 


le  quintal. 

22  piastres 
24       — 

— 

45 

800 

— 

150 

— 

— 

80 

— 

la  rotte. 

450 

— 

le  quintal, 
la  rotte. 

150 
50 

— 

le  quintal. 

25 

— 

la  rotte. 

5 

— 

le  pic. 

5 
6 

I 

14 

— 

le  quintaL 

150 
180 

I 

— 

18 

— 

— 

18 

— 

80 

— 

— 

60 

— 

500 

— 

— 

35 

— 

25 

— 

la  douzaine. 

20 

— 

la  rotte. 

6 

— 

— 

20 

— 

le  quintal. 

100 
20 

I 

— 

54 

90 

— 

— 

50 

— 

— 

20 

— 

— 

50 

— 

150 

— 

■_ 

900 

— 

le  quintaL 


la  rotte. 
le  quintal, 
la  rutte. 
le  quintaL 
la  rotte. 
le  pic. 


—       le  quintal. 


la  douzaine, 
la  rotte. 


1.  Le  Bardo,  2M  décembre  1819.  —  «...  Nous  n'avons  prohibé  à  aucun  de  vos  négo- 
ciants de  faire  le  commerce  avec  les  nôtres,  ni  pour  le  passé,  ni  pour  l'avenir,  dans 
tous  les  ports  de  notre  royaume,  mais  pour  les  objets  qui  sont  reconnus  de  contre- 
bande, il  est  certain  que  personne  ne  pourra  point  s'en  mêler,  ni  en  acheter  sans 
un  ordre  exprès  de  notre  part...  » 

37 


578  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [iSiO] 

MALIYOIRE   AU  BARON   PASQUIER. 

1141.  —  Tunis,  27  janvier  iS20.  —  Il  envoie  l'état  des  forces 
navales  de  la  Régence,  actuellement  au  mouillage  à  Porto-Farina. 

«  Il  est  bien  difficile  d'évaluer  même  approximativement  la  dépense 
que  peut  occasionner  cette  marine,  mais  elle  doit  être  bien  médiocre. 

Les  ouvriers  ont  un  salaire  peu  élevé  ;  les  matériaux  proviennent  des 
redevances  payées  par  les  Puissances  du  Nord.  Suit  le  tableaa  de  la 
marine  tunisienne  :  3  gabares  jadis  françaises  achetées  à  Malte,  de 
28  canons  chacune,  i  frégate  de  50  canons,  4  corvettes  de  24  et 
18  canons,  1  de  22  canons,  1  brick  de  i8  canons,  1  de  14  canons, 
2  chebeks  de  14  et  12  canons,  1  goélette  de  16  canons,  1  de  15, 1  de  8, 
1  de  6,  2  bâtiments  à  voiles  latines,  80  chaloupes  canonnières  de 
1  canon,  4  de  2  canons,  1  bombardièreà  1  mortier,  2  autres  à  1  mortier 
et  2  canons,  1  corvette  en  construction,  au  total  :  105  bâtiments,  tous 

désarmés.  »  {Affaires  étrangères,  C***  de  Tunù,) 

MALIVOIRE   AU  BARON   PASQUIER. 

1142.  —  Tunis,  27  janvier  1 820,  —  Dans  une  conversation  qu'il  eut 
avec  Malivoire  et  Oglander,  le  Bey  a  déclaré  «  qu'il  ne  souffrirait  pins 
désormais  que  Ton  dépouillât  son  pays  pour  approvisionner  les  nôtres, 
et  que  dorénavant  il  ne  laisserait  plus  rien  sortir...  Les  négocianU 
français,  en  apprenant  que  les  huiles  étaient  en  hausse  à  Marseille, 
ont  commencé  à  négocier  avec  la  personne  préposée  par  le  Bey  pour 
toutes  les  ventes  faites  pour  son  compte  ^..  » 

{Affaires  étrangères,  (?•*  de  Tunis.) 
UALIVOIRE   AU   BARON   PASQUIER. 

1143.  —  Tunis,  25  mars  i  820.  —  Le  Bey  se  plaint  que  son  agent  à 
Marseille,  Alexandre  Gierra  *,  n'ait  pas  encore  été  reconnu;  il  est  allt 
jusqu'à  menacer  d'exercer  la  réciprocité  envers  les  agents  français. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
MALIVOIRE   AU  BARON  PASQUIER. 

1144.  ■—  Tunisy  22  avril  1820,  —  Le  Bey  lui  a  fait  de  nouveaH 
demander  quels  motifs  s'opposaient  à  ce  que  son  agent  à  Marseille 
soit  reconnu.  Malivoire  pense  que  cet  agent  devrait  être  tout  au  plus. 

1.  •  Le  quintal  de  Tunis,  composé  de  100  rottes,  vaut  51  kilogrammes.  Les  droiUde 
sortie  varient  suivant  la  fantaisie  du  Bey.  Les  blés  et  les  orges  ont  payé  65  0  0,  le» 
autres  graines  20  0/0,  les  huiles  64  0/0,  les  éponges  10  0/0,  les  laines  et  les  dattes  sont 
exemptes  de  droits  de  sortie;  les  dattes  payent  4  0/0  de  douane,  les  laines  8  OD; 
les  cuirs  et  les  cires  sont  afTermés.  »  {Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis.) 

2.  Chrétien  d'origine  tabarquine,  ancien  drogmanà  La  Galle,  nommé  par  Hassuoa 
Morali  agent  tunisien  à  Marseille.  Voy.  le  diplôme  qui  lui  a  été  délivré  par  ce 
dernier  pour  l'exercice  de  cette  nouvelle  fonction.  {Affaires  étrangères,  €^^  de  Timi*.) 


[1820]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  879 

comme  ceux  de  Malte  et  de  Gibraltar,  un  facteur  destiné  à  servir  les 
Tunisiens  dans  leurs  affaires  commerciales. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
MÀLIYOIRE  AU   BARON  PÀSQUIER. 

1145.  —  Tunisy  18  juin  1 820.  —  La  guerre  avec  les  Algériens  a 
repris  son  cours.  Ceux-ci  ont  capturé  plusieurs  bâtiments  tunisiens  ^ 
Les  Américains  ont  déclaré  aux  Régences  qu'ils  ne  souffriraient  plus 
aucune  visite  des  corsaires  barbaresques  sur  leurs  navires. 

{Affaires  étrangères,  C*'»  de  Tunis.) 
LE   BARON   PASQUIER   A   MALIVOIRE. 

1146.  —  Paris,  16  juillet  1 820.  —  Il  revient  sur  les  droits  de  la 
France  au  sujet  de  la  pêche  du  corail  dans  les  eaux  tunisiennes. 

«  ...  Je  n'ai  point  sollicité  pour  Gierra  Vexequatur  de  Sa  Majesté  et  je 
Tai  autorisé,  par  une  simple  lettre,  à  soigner  les  affaires  des  sujets  de  la 
Régence  qui  viennent  à  Marseille  dans  Vintention  d'y  commercer-,  on  ne 
lui  donnera  d'ailleurs  aucun  titre...  De  votre  côté,  vous  vous  conten- 
terez, en  cas  de  réclamations  de  la  part  du  Bey,  de  lui  citer  l'exemple 
des  Anglais  à  Malte  et  à  Gibraltar...  » 

Les  propriétés  des  sujets  tunisiens  èi  bord  des  bâtiments  français 
doivent  être  respectées.  Le  Ministre  prie  Malivoire  de  lui  dire  exacte- 
ment le  sens  et  le  succès  des  démarches  faites  par  les  Américains,  en 
ce  qui  concerne  le  droit  de  visite  des  corsaires  barbaresques.  Malivoire 
réclamera  le  traitement  de  la  nation  la  plus  favorisée. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
UALIVOIRE  AU  BARON  PASQUIER. 

1147.  —  Tunis,  20  octobre  1820.  —  Malivoire  a  arraché  au  Bey  la 
promesse  formelle  que  ses  corsaires  s'abstiendraient  de  visiter  les  bâti- 
ments français,  et  que  la  reconnaissance  se  ferait  sans  aucune  commu- 
nication entre  eux.  {Affaires  étrangères,  C^^de  Tunis.) 

LOUIS  XVIII  A  MAHMOUD,  BEY  DE  TUNIS. 

1148.—  Pam,  20  décembre  1820.  —  «  Illustre  et  magnifique  Sei- 
gneur, Nous  avons  reçu  la  lettre  que  vous  avez  écrite  pour  nous  faire 
connaître  la  satisfaction  que  vous  a  fait  éprouver  la  manière  dont  le  sieur 
Devoize,  notre  Consul  général  et  chargé  d'affaires,  a  rempli  la  mission 
que  nous  lui  avions  confiée  près  de  vous.  Il  nous  a  été  agréable  d'appren- 
dre que  ce  fidèle  serviteur  ait  donné  des  soins  pendant  si  longtemps  et 
avec  un  si  heureux  succès  pour  maintenir  la  bonne  harmonie  entre  notre 

1.  Il  s'agissait  encore  une  fois  de  réprimer  les  incursions  des  Algériens  de  la 
province  de  Gonstantine  et  les  razzias  de  ces  derniers  sur  le  territoire  tunisien. 
Voy.  sur  ces  nouvelles  hostilités  les  Annales  tunisiennes^  p.  338. 


580  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS         [18^1 

Empire  et  les  États  que  vous  gouvernez,  et  surtout  que  ce  soit  en  se 
conformant  à  nos  ordres  qu'il  ait  su  se  concilier  votre  estime  particu- 
lière et  votre  confiance,  ce  qui  lui  a  mérité  également  notre  approbation. 
Nous  sommes  très  touché  des  sentiments  que  vous  nous  avez  exprimés; 
nous  ne  doutons  pas  que  vous  ne  nous  les  conserviez  toujours,  et  la 
preuve  la  plus  forte  que  nous  puissions  en  recevoir  est  que  vous  fassiez 
exécuter  les  traités  qui  subsistent  entre  la  France  et  la  Régence,  et  que 
vous  accordiez  à  nos  sujets  dans  toute  l'étendue  de  vos  États  la  plus 
grande  sûreté  pour  leurs  personnes  et  pour  leurs  propriétés.  C'est 
avec  un  véritable  plaisir  que  nous  saisissons  cette  occasion  pour  vous 
renouveler  les  assurances  de  notre  haute  bienveillance  et  de  noire 
sincère  affection.  Sur  ce,  nous  prions  Dieu  qu'il  vous  ait,  illustre  et 
magnifique  Seigneur,  en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
LE  BARON  PASQUIBR  A  MALIVOIRE. 

1149.  —  Paris,  14  mai  i  821 ,  —  «...  D'après  le  peu  de  succès  qu'ont 
obtenu  ceux  de  nos  corailleurs  qui  ont  été  pêcher  l'été  dernier  sur  la 
c6te  de  Bizerte,  il  faut  espérer  que  cette  année  ils  préféreront  se  rendre 
dans  les  eaux  d'Alger. 

L'ordre  que  le  Bey  avait  donné  à  ses  corsaires  de  reconnaître  nos 
bâtiments  sans  les  aborder,  bien  qu'il  soit  sans  résultat  immédiat,  vq 
la  conclusion  de  la  paix  entre  les  deux  Régences  et  la  destruction 
presque  totale  de  la  marine  tunisienne,  n'en  est  pas  moins  très  heu- 
reux pour  nous,  puisque  c'est  un  précédent  que  nous  pourrons  invoquer 
par  la  suite,  et  je  vous  félicite,  Monsieur,  d'avoir  prévenu  par  vos 
démarches  à  ce  sujet  les  instructions  qui  vous  auraient  été  données...» 

(Affaires  étrangères,  (?*'  de  Tunis,) 
LE  BARON  PASQUIER  A  MALIVOIRB. 

1160.  —  Paris,  1 8  juillet  1 821 .  — Hassuna  Morali  '  est  venu  à  Paris, 
pour  demander  au  nom  du  Bey  la  faculté  de  faire  construire  deux  frt- 
gâtes  dans  nos  chantiers  et  l'admission  de  diverses  marchandises  qu  il 
a  rapportées  de  Tunis,  moyennant  un  droit  unique  de  3  0/0  de  leur 
valeur.  Après  avoir  accueilli  la  première  de  ces  demandes,  pour  donner 
au  Bey  une  preuve  non  équivoque  de  ses  sentiments  d'amitié,  le  gou- 
vernement du  Roi  a  rejeté  la  seconde  comme  n'étant  pas  fondée  sur  les 
traités...  L'art.  10  du  traité  de  1742  ne  s'applique  qu'à  la  libre  réex- 
portation des  marchandises  invendues.  L'art.  5  du  traité  de  1802  est 

l.  Secrélaire-interprèle  du  Bey,  envoyé  en  France  avec  missioo  d*acheter  plu- 
sieurs navires,  une  tempête  ayant  presque  complètement  détruit  les  b&timeDi?  de 
guerre  tunisiens.   . 


[1821]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  881 

emprunté  à  Tarticle  précédent.  Les  stipulations  supplémentaires 
signées  à  Tunis  le  24  février  1743  (art.  !«')  maintiennent  en  vigueur 
les  capilulations  avec  le  Grand  Seigneur,  lesquelles  nous  concèdent  le 

droit  de  3  0/0  sans  réciprocité.  (Affaires  étrangères,  C>*i  de  Tunis,) 

MALIVOIRE  AU  BARON  PASQUIER. 

1151.  —  Tunls^  26  août  1 821  .—  hdi  goélette  du  Roi  La  Tore  Ae,  sous 
les  ordres  du  lieutenant  de  vaisseau  Denis  ^  a  jeté  l'ancre,  lia  eu  une 
explication  avec  leBey  au  sujet  delà  limite  entre  nos  concessions  algé- 
riennes et  les  eaux  de  Tunis;  cette  limite  est  fixée  au  cap  Roux.  Le 
Bey  s'oppose  absolument  à  ce  que  nos  corailleurs  fréquentent  les  eaux 

de  Tabarque.  {Affaires  étrangères,  C*»»  de  Tunis,) 

MALIVOIRB  AU  BARON  PASQUIER. 

1152.  —  Tunis,  12  septembre  i  821 .  —  Un  corsaire  tunisien  a  enlevé 
deux  barques  napolitaines,  sous  prétexte  qu*elles  avaient  péché  du 
corail  en  dehors  des  concessions  d*Alger.  La  Torche  est  revenue  à  Tunis 
et  son  commandant  a  réclamé  sans  succès,  avec  Malivoire,  la  restitution 
du  corail  que  le  Bey  avait  fait  enlever. 

{Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
LE  BARON  PASQUIER  A  MALIVOIRB. 

1 153.  —  Paris^  1 9  octobre  i  821 .  —  «...  Lorsque  le  Bey  a  donné  Tordre 
à  l'un  de  ses  bâtiments  de  guerre  d'arrêter  tous  les  bateaux  corail- 
leurs  qui  sortiraient  des  eaux  de  Bône  pour  pêcher  dans  celles  de 
Tabarque,  vous  auriez  aussitôt  dû  lui  faire  observer  qu'il  n'avait  pas 
ce  droit  à  l'égard  des  bateaux  français,  puisque  la  faculté  de  pêcher 
dans  le  golfe  d' Usturgha,  dépendant  d^ Alger  et  de  Tunis,  c'est-à-dire 
dans  cette  même  partie  de  la  mer  d'Afrique  où  ce  Prince  a  envoyé  son 
corsaire,  nous  est  assurée  par  nos  capitulations  avec  le  Grand  Seigneur, 
e|  que  ces  capitulations  sont  obligatoires  pour  la  Régence  de  Tunis 
aussi  bien  que  pour  celle  d'Alger.  Je  suis  étonné  que  vous  n'ayez  pas 
fait  usage  des  instructions  que  je  vous  ai  données  dans  une  affaire  aussi 
importante  pour  notre  établissement  des  concessions  d'Afrique...  » 

Malivoire  devra  rechercher  si  les  bateaux  arrêtés  avaient  ou  non  un 
congé  et  le  pavillon  dû  Roi,  ensuite  s'ils  se  trouvaient  dans  les  eaux 
d'Alger  ou  de  Tunis...  «  Vous  n'avez  pas.  Monsieur,  développé  nos  rai- 
sons avec  l'énergie  nécessaire  dans  la  persuasion  où  vous  êtes,  et  qui 
me  parait  assez  fondée,  que  le  Bey  ne  s'est  point  tant  proposé  d'écarter 
les  pêcheurs  de  sa  mer  territoriale  que  de  les  forcer  à  y  revenir  sous 
les  conditions  qu'il  lui  plaira  de  leur  imposer,  en  les  inquiétant  dans 

1.  Pierre-Guillaume  Denis,  aspirant  de  marine  en  1798,  enseigne  de  vaisseau  en 
1803,  lieutenant  en  1811,  capitaine  de  frégate  en  1824,  retraité  en  1833. 


682  CORRESPONDANCE  DBS  BBYS  ET  DES  CONSULS  [18îi] 

celle  de  nos  concessions.  Veuillez  donc  bien  reprendre  la  discussion  de 
cette  affaire,  et  lui  demander  la  restitution  du  corail  enlevé  aux  Napo- 
litains... Vous  profiterez  d'ailleurs  de  l'occasion  pour  rectifier  les  idées 
de  ce  Prince  au  sujet  des  droits  que  les  capitulations  nous  donnent  sar 

la  pêche  du  corail...  »  {Affaires  étrangères,  O*'  de  Tunis.) 

LOUIS  XYIII  A  MAHMOUD,  BEY  DE  TUNIS. 

1154.  — Paris,  5  décembre  i  821 , —  «  Illustre  et  magnifique Seigoear, 
Le  désir  que  nous  avons  de  vous  donner  une  nouvelle  preuve  de  la 
haute  bienveillance  que  nous  avons  pour  votre  personne  nous  déter- 
mine à  ne  pas  différer  davantage  à  donner  un  successeur  au  sieur 
Devoize,  qui  a  terminé  sa  mission  à  Tunis.  En  conséquence,  nous  avons 
fait  choix  du  sieur  Guys  (Hyacinthe-Constantin)  ^,  et  nous  Tavons  nommé 
notre  Consul  général  et  Chargé  d'affaires  dans  cette  même  résidence,  où 
il  doit  se  rendre  incessamment  pour  y  remplir  les  fonctions  que  nous  lui 
avons  confiées.  Son  expérience  dans  la  carrière  consulaire,  et  le  zèle 
que  nous  lui  connaissons  pour  notre  service,  nous  persuadent  qu  il  se 
conduira  de  manière  à  mériter  notre  approbation  et  à  se   concilier 
également  votre  confiance  et  votre  estime.  Nous  vous  prions  de  l'ac- 
cueillir favorablement  et  d'ajouter  une  foi  entière  à  tout  ce  qu'il  vous 
dira  de  notre  part,  surtout  lorsqu'il  vous  rappellera  les  sentiments  que 
nous  avons  pour  vous,  et  qu'il  vous  entretiendra  de  ce  qui  pourra  con- 
cerner les  intérêts  de  nos  sujets  et  de  leur  commerce  dans  vos  États. 
Sur  ce,  nous  prions  Dieu  qu'il  vous  ait,  illustre  et  magnifique  Seigneur, 
en  sa  sainte  et  digne  garde.  »  {Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 

1156.  —  Pains,  5  décembre  i82i .  —  Provisions  de  Consul  général  à 
Tunis  en  faveur  de  Constantin  Guys,  à  la  place  de  Jacques  Devoize. 

{Affaires  étrangères,  C**^  de  Tunis.) 

1 156.  —  Tunis,  janvier  1 822.  —  États  du  commerce  français  à  Tunis 
en  iSâi  : 

Importations 3,164  964  fr. 

Exportations 2,497  093  fr. 

{Affaires  étrangères,  C^*  de  Tunis.) 

BIALIVOIRE  AU  DUC  DE   MONTMORENCY  *. 

1157.  —  Tunis,  i  2  janvier  i  822,  —  Une  des  frégates  dont  la  con- 
struction a  été  autorisée  à  Marseille  par  le  gouvernement  du  Roi  est 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  325. 

2.  Malhieu-Jean-Félicité  de  Monlmorency-Laval,  vicomte,  puis  comte  et  duc  de 
Montmorency,  fit  partie  de  l'expédition  de  Lafayetle  en  Amérique,  fut  député  de  la 
noblesse  aux  États  Généraux  de  1789,  et  éraigra  en  Suisse  jusqu'en  1795.  Aide  de 
camp  de  Monsieur  en  1814,  puis  pair  de  France,  il  fut  Ministre  des  Affaires  étran- 
gères du  14  décembre  1821  au  27  décembre  1822. 


[1822]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  583 

arrivée  avec  un  équipa  ge  et  le  pavillon  français,  sous  le  commande- 
ment du  capitaine  Mourgues,  de  Marseille. 

Le  Bey  avait  le  plus  grand  désir  de  la  voir.  Il  fit  taire  les  personnes 
malintentionnées  qui  critiquaient  son  prix  de  500,000  francs  et  dit  : 
—  Je  savais  bien  que  les  chrétiens  faisaient  de  très  belles  choses,  mais  je 
reconnais  maintenant  que  c'est  en  France  que  la  construction  est  arri- 
vée au  plus  haut  degré  de  la  perfection.  —  Le  Bey  a  fait  distribuer  à 
Téquipage  1,600  piastres  et  une  quantité  considérable  de  vivres.  Les 
marins  rentreront  en  France  aux  frais  du  Prince. 

{Affaires  étrangères^  C*"  de  Tunis.) 
MALIVOIBE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1153.  —  T'unis,  /  6  mars  /  8^2.  — M.  de  Martinoest  revenu  de  Naples, 
d'où  il  a  rapporté  des  présents  au  Bey  et  à  ses  deux  flls.  Il  a  aussitôt 
repris  Taffaire  de  la  pêche  du  corail  et  l'a  conclue,  en  obtenant  du  Bey 
une  réduction  de  100  piastres  environ  par  bateau. 

«  Lorsque  le  Bey  m'en  parlera,  comme  j'ai  lieu  de  le  présumer,  je  me 
réserve  bien  de  lui  représenter  que  l'arrangement  flxé  avec  le  Consul 
de  Naples  ne  peut  être  commun  anx  barques  françaises...  » 

{Affaires  étrangères,  C^'  de  Tunis.) 
LB  DUC  DE  MONTMORENCY  A  MALIVOIRE. 

1159. — Paris^  i  6  avril  i822.  —  «...La  côte  qui  s'étend  à  Test  de  La 
Galle  jusqu'au  cap  Roux,  ou,  pour  parler  plus  exactement,  jusqu'à  la 
rivière  de  Faradge,  habitée  depuis  un  temps  immorial  par  les  Arabes 
Nadis,  nous  a  été  cédée  par  eux  longtemps  avant  l'existence  de  la 
Régence  de  Tunis.  Or,  les  droits  de  souveraineté  que  ce  gouvernement 
s'attribue  aujourd'hui  sur  les  Nadis,  fussent-ils  aussi  complets  qu'il  l'af- 
firme, ne  sauraient  porter  atteinte  à  ceux  de  propriété  que  ces  Arabes 
nous  ont  transmis  à  l'époque  de  leur  indépendance.  C'est  ainsi  que 
la  côte  qui  se  prolonge  à  l'ouest  de  La  Calle  jusqu'à  la  rivière  de  Sébas, 
et  qui  nous  a  été  cédée  par  la  tribu  de  la  Mazoule  avant  l'établissement 
de  la  Régence  d'Alger,  nous  appartient  aujourd'hui  en  toute  propriété 
et  sans  aucune  contestation  de  la  part  de  ce  dernier  gouvernement,  bien 
qu'il  affecte  aussi  une  sorte  de  souveraineté  sur  cette  tribu.  Ces  infor* 
mations,  Monsieur,  vous  ont  déjà  été  communiquées  à  l'occasion  de  l'af- 
faire des  deux  dernières  coralines  napolitaines  arrêtées  par  les  Tuni- 
siens. Mais  vous  n'avez  pas  profité,  ce  me  semble,  de  tous  les  moyens 
qu'elles  vous  offraient  pour  combattre  avec  avantage  les  objections 
du  Bey.  La  prétention  qu'élève  ce  Prince  à  la  possession  de  tout  le 
terrain  habité  par  les  Nadis  est  non  seulement  incompatible  avec  nos 
droits  de  propriété,  mais  encore  contradictoire  avec  cet  aveu  qu'il  fait 


684  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1822; 

ensuite  que  le  cap  Roux  est  la  limite  des  eaux  françaises  et  tunisiennes. 
Le  Monte- Rotondo,  qui  est  situé  entre  La  Galle  et  le  cap  Roux,  ne  saurait 
être  confondu  avec  ce  cap  et  se  trouve  incontestablement  dans  notre 
territoire.  Or,  comme  c^est  dans  les  environs  du  Monte-Rotondo  que 
les  coralines  napolitaines  en  question  ont  été  arrêtées  par  les  agents 
tunisiens,  il  est  évident  que  le  Bey  doit  réprimander  ses  agents  et  leur 
enjoindre  d'être  plus  circonspects  à  l'avenir  et  restituer  aux  patrons 
napolitains  le  corail  qui  leur  a  été  enlevé.  Veuillez  donc  renouveler 
auprès  de  ce  Prince  les  démarches  que  vous  avez  déjà  faites  dans  ce 
sens  et  lui  déclarer  que  le  gouvernement  du  Roi,  parfaitement  informé 
de  tous  les  détails  de  TafTaire,  ne  saurait  renoncer  à  la  réparation  qu'il 
demande,  et  serait  obligé  de  considérer  tout  nouveau  refus  de  la  part 
de  la  Régence  de  Tunis  comme  un  acte  essentiellement  contraire  à  la 
bonne  foi  et  à  Tamitié  qui  doivent  diriger  les  relations  des  deux  États.  » 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
MALIVOniE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1160.  —  Tunis,  i  0  mai  /  82J2,  —  Le  Bey  a  enfin  restitué  le  corail  des 
deux  barques  napolitaines.  Selon  toutes  les  apparences,  Tabarque  sera 
encore  abandonnée  cette  année-ci  par  les  pécheurs.  Une  douzaine  de 
barques  seulement   ont  demandé   un  permis  du  Bey.  A  Bône  il  y  a 

250  COrailleurS.  (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis.) 

MAUVOIRE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1161.  —  Tunis,  24  mai  i  822.  —  Les  Nadis  ne  reconnaissent  pas  la 
domination  du  Bey,  qui  n*a  jamais  réussi  à  les  soumettre  et  ne  peut 
élever  la  prétention  d'un  droit  de  souveraineté  sur  eux.  Les  plaintes 
que  Malivoire  a  été  forcé  de  porter  au  Bey  contre  cette  tribu  n^ont 
jamais  abouti  qu'à  prouver  Timpuissance  du  Prince  tunisien. 

La  limite  des  eaux  françaises  et  tunisiennes  a  été  solennellement 
reconnue  par  le  Bey.  Les  eaux  de  La  Galle  s'étendent  jusqu'au  cap 
Roux  ou  jusqu'à  la  rivière  de  Faradge;  le  Monte-Rotondo  tient  au  ter- 
ritoire français .  (Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 

LE  DUC  DE  MONTMORENCY  A  MALIVOIRE. 

1162.  —  Paris,  25  mai  i  822.  —  M.  de  L'Étang,  qui  vient  d'être  nommé 
chancelier-interprète  du  Consulat  de  Tunis,  a  tenté  de  se  suicider  pen- 
dant la  traversée  à  bord  de  La  Torche.  On  croit  qu'il  est  atteint  d'alié- 
nation mentale.  Malivoire  le  surveillera  et  le  renverra  en  France,  s'il  y 

a  lieu  *.  (Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 

i.  Les  foDctions  de  chancelier-interprète  étaient  alors  remplies  par  Pierre  Gay. 
déjà  elle.  —  Léon-François  de  L'Étang  devait  tenter  une  seconde  fois  de  se  suicider 
en  janvier  1824,  et  rester  jusqu'à  son  retour  en  France  (en  février  1834)  sous  la 
surveillance  du  médecin  de  la  nation  française,  Jacques  Ricord.  Il  fut  nommé, 
l'année  suivante,  chancelier  à  Port-au-Prince. 


[1822]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  885 

MALIVOIRE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1163.  —  Tunis,  2  juin  i  822,  —  Le  commandant  de  La  Torche  *  lui  a 
donné  connaissance  des  instructions  d'après  lesquelles  il  lui  est  enjoint 
de  ne  pas  permettre  la  croisière  des  Tunisiens  dans  nos  eaux.  Il  Ta 
engagé  à  faire  part  au  Bey  de  cette  mesure  et  à  lui  faire  adopter  aussi 
que,  dans  le  cas  où  son  corsaire  arrêterait  une  barque  coraline,  elle 
serait  conduite  devant  lui  pour  constater  sur  les  lieux  mêmes  si  elle 
avait  été  réellement  prise  en  fraude... 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
MALIVOIRE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1164.  —  Tunis,  28  juin  i  822.  —  La  seconde  frégate  du  Bey  con- 
struite à  Marseille  est  arrivée  avec  pavillon  du  Roi,  sous  les  ordres  du 
capitaine  Louis  Gayraud,  d'Antibes.  Hassuna  Morali  est  revenu  en  même 
temps  de  Marseille,  et  a  entraîné  six  Français  à  venir  s*établir  à  Tunis. 

{Affaires  étrangères,  C«*  de  Tunis.) 
MALIVOIRE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1165.  —  TuniSj  2  août  i  822.  —  Il  annonce  l'arrivée  de  la  corvette 
anglaise  L'Aventure,  commandée  par  le  capitaine  Smith,  qui  a  pour  mis- 
sion apparente  et  connue  de  lever  la  carte  hydrographique  des  côtes  de 

Tunis.  {Affaires  étrangères,  C^'*  de  Tunis.) 

LE  DUC  DE  MONTMORENCY  A  MALIVOIRR. 

1166.  —  Paris,  17  août  i  822.  —  Il  recommande  au  Vice-Consul  de 
réclamer  à  l'avenir  contre  tout  acte  du  Bey  qui  pourrait  porter  atteinte 
aux  droits  de  la  France  sur  la  côte  ouest  du  cap  Roux  et  sur  Texercice 
de  la  pêche  dans  les  eaux  de  Tunis. 

«  Quant  à  l'intention  qu'a  manifestée  le  commandant  de  la  goélette 
du  Roi  en  station  dans  nos  eaux  de  ne  plus  y  souffrir  cette  croisière, 
vous  voudrez  bien  la  signifier  au  Bey  de  la  manière  la  plus  positive  et 
engager  ce  Prince  à  donner  à  ses  armements  des  instructions  en  con- 
séquence.  Il  serait  fort  à  désirer  d'ailleurs  que  vous  puissiez  lui  per- 
suader d'ordonner  à  ses  corsaires  de  conduire  à  la  goélette  du  Roi,  pour 
la  vérification  des  faits,  tous  les  bateaux  étrangers  qu'ils  trouveraient 
en  fraude  dans  la  mer  de  Tunis....  » 

{Affaires  étrangères,  C»'*  de  Tunis.) 
MALIVOIRB  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1167.  —  Tunis,  17  août  1 822.  —  Le  Bey  lui  a  signifié  que  doréna- 
vant les  bâtiments  venant  des  ports  de  France  devraient  faire  signer 
leurs  patentes  par  son  agent  à  Marseille  Alexandre  Gierra,  sous  peine 
de  double  quarantaine  à  Tunis.         affaires  étrangères,  C»'»  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  581. 


S86  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i8â< 

MALIVOIRK  AU  DUC  DE  MONTMOHENGT. 

1168.  —  Tunis,  10  septembre  1822.  —  M.  Nyssen,  Consul  de  Hol- 
lande et  agent  de  rAutriche,  a  conclu  la  paix  entre  la  Toscane  et  le  Bey. 
Ce  Prince  reçoit  une  somme  de  25,000  piastres  fortes.  Les  marchandises 
toscanes  ne  payeront  plus  que  3  0/0.  Quant  à  Nyssen,  il  sera  recomiQ 

comme  Consul  de  Toscane  *.  {Affaires  étrangères^  Q^  de  Tunis.) 

LE  DUC  DE  MONTMORENCY  A  MALIVOIRE. 

1 169.  —  Paris^  3  /  octobre  1 822.  —  «  Vous  devez  repousser  expressé- 
ment la  prétention  qu'a  le  Bey  de  faire  soumettre  au  visa  de  son  agent 
à  Marseille  les  patentes  de  santé  délivrées  dans  cette  ville  aux  bâti- 
ments français  qui  se  rendent  à  Tunis,  comme  une  innovation  qu'aQCun 
motif  d'utilité  ne  justifie,  et  qui  n'a  d'autre  but  que  d'attribuer  à  Tagent 
tunisien  de  Marseille  des  perceptions  onéreuses  à  notre  navigation... 
Je  suis  d'ailleurs  étonné,  Monsieur,  qu'en  cette  occasion  vous  vous 
soyez  borné  à  me  présenter  les  faits  sans  y  joindre  aucune  observation 
ni  aucun  renseignement  propres  à  les  faire  apprécier...  Le  Consul  dlo- 
gleterre  a-t-il  reçu  une  notification  semblable?  De  quelle  manière 
l'agent  tunisien  est-il  traité  à  Malte?  » 

{Affaires  éirangèresy  C**«  de  Tunis.) 
MALIVOIRE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1170.  —  7'ums,  /«'  décembre  1822.  —  Le  Vice-Consul  a  fait  de^ 
représentations  au  Bey,  au  sujet  du  visa  de  son  agent  à  Marseille  sur  les 
patentes  sanitaires,  et  ce  Prince  s*est  aussitôt  désisté  de  sa  prétention. 
Rien  de  semblable  n'a  été  demandé  au  Consul  d'Angleterre,  le  port  de 
Marseille  étant  seul  dans  le  cas  d'être  contaminé,  vu  sa  proximité  des 
côtes  d'Espagne  où  règne  la  fièvre  jaune. 

{Affaires  étrangères,  C^^  de  Tunis.) 
MALIVOIRE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1171.  —  Tunis,  8  décembre  1822.  —  Une  des  corvettes  en  construc- 
tion à  La  Goulette,  sous  la  direction  de  Gaspary  père*,  a  été  lancée  arec 
tout  le  succès  désirable,  en  présence  du  Bey,  qui  a  donné  à  cet  agent 
une  gratification  de  100  sequins  (25  louis). 

{Affaires  étrangères^  C*''  de  Tunis.) 
MALIVOIRE  AU  DUC  DE  MONTMORENCY. 

1172.  —  Tunis,  15  décembre  1 822.  —  Le  gouvernement  de  Naples 
a  fait  verser  au  Bey  sa  redevance  annuelle  de  5,000  piastres'.  Le  Yice- 

1.  Le  traité  du  10  juillet  1822  entre  la  Toscane  et  Tunis  a  été  publié  dans  les 
Annales  tunisiennes^  p.  552. 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  381. 

3.  La  Suède  avait  envoyé  à  Tunis,  en  novembre  1822,  des  munitions  de  guerre  en 
plus  grande  quantité  que  précédemment  :  24  canons,  4,000  boulets,  200  barils  de 
poudre,  300  quintaux  de  fer,  10  mâts,  22  antennes,  100  planches  de  sapio,  8  cài)Ies, 


[1823]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  887 

Consul  signale  une  prise  française  faite  par  un  corsaire  espagnol  et 
conduite  à  Tunis  où  elle  a  été  vendue.  Le  Bey  prétend  qu'il  ne  peut  se 
mêler  des  différends  entre  la  France  et  l'Espagne. 

(Affaires  étrangères^  C^»'  de  Tunis,) 
MALIVOIRE  AU  V'«  DE  CHATEAUBRIAND  *. 

1173.  —  lunis,  19  janvier  182$.  — Depuis  nombre  d'années,  les 
Juifs  avaient  pris  Thabitude  de  s'habiller  à  l'européenne  et  de  porter 
des  chapeaux.  Le  Bey  a  voulu  les  forcer  tous,  tunisiens  et  étrangers,  à 
mettre  un  bonnet  ou  un  chapeau  à  cornes.  Un  Juif  de  Gibraltar  a 
refusé  de  se  soumettre  à  cette  mesure,  qui  finalement  a  été  rapportée 
en  ce  qui  concerne  les  étrangers. 

Il  y  a  deux  Juifs  français  à  Tunis  :  Cohen  Sacerdote,  de  Marseille, 
courtier  de  change,  et  Moïse  Carmi,  d'Avignon.  Ils  n'ont  pas  été  inquié- 
tés. Les  Juifs  tunisiens  se  soumettent  et  prennent  le  bonnet.  Deux  Juifs 
de  Livourne  ont  été  bâtonnés,  puis  relâchés  sur  l'intervention  deNyssen. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
MALIVOIRE  AU  V^^  DE  CHATEAUBRIAND. 

1174.  —  Tunis,  le  20  janvier  1823,  —  Il  envoie  l'état  de  commerce 
et  de  navigation  française  pour  1822. 

Importations 2,643  316  fr. 

Exportations 4,657  031  fr. 

(Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis,) 
MALIVOIRE  AU  V^*'  DE  CHATEAUBRIAND. 

1175.  —  2'u?iis,  22  janvier  1 823,  —  Le  Bey  va  envoyer  à  Naples  et 
à  Bruxelles  un  ambassadeur,  pour  obtenir  satisfaction  au  sujet  de 
l'esclave  Paterno.'Le  prince  Paterno  avait,  en  1797,  promis  d'envoyer 
sa  rançon  de  400,000  piastres  fortes,  lorsqu'il  serait  revenu  en  Sicile,  et 
le  gouvernement  napolitain  s'est  emparé  de  la  somme,  que  la  Régence 
va  réclamer.  L'Envoyé  du  Bey  passera  par  Paris.  Il  ira  discuter  à 
Bruxelles  la  dette  de  400,000  piastres  tunisiennes  dues  par  Nyssen  au 
Bey  et  contractée  pendant  l'occupation  de  la  Hollande  par  la  France. 

(Affaires  étrangères,  C*"  de  Tunis,) 
MALIVOIRE  AU  V*®  DE  CHATEAUBRIAND. 

1176.  —  Tunis,  20  avril  1 823.  —  Une  centaine  de  barques  sont 
arrivées  à  Bizerte  et  Tabarque,  pour  reprendre  la  pêche  du  corail  dans 
les  eaux  de  Tunis  abandonnées  depuis  trois  ans.  Le  Bey  a  réduit  le 

24  cordages  et  150  barils  de  goudron.  —  Le  Danemark  venait  d'envoyer  de  son  côté 
600  planches,  7  câbles,  4  ancres,  250  cordages,  50  pièces  de  toile  à  voile  et  150 
barils  de  poudre. 

1.  François-René  vicomte  de  Chateaubriand,  ambassadeur,  pair  de  France,  membre 
de  l'Académie  française,  Ministre  des  Affaires  étrangères  du  28  décembre  1822  au 
5  juin  1824. 


888  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1823] 

permis  de  pêche  à  60  piastres  fortes  pour  six  mois.  A  B6ne  il  est  de 

180  piastres  fortes.  {Affaires  étrangères,  C*'»  de  Tunis.) 

MALIYOIRE  AU  V^  DE  CHATEAUBRIAND. 

1177.  —  TuniSy  30  avril  i  823.  —  Le  premier  médecin  du  Bey,  Lau- 
rent Gay,  est  mort  le  15  avril,  après  35  années  d*exercice  dans  le  pays. 
Il  était  né  à  Roanne  (Loire);  il  vint  à  Tunis  en  1788,  et  ne  tarda  pas  à 
être  appelé  auprès  d'Hamouda-Pacha.  Mahmoud-Bey  le  traitait  avec  la 
plus  grande  intimité;  «  il  l'admettait  à  sa  table  lors  même  que  ses 
femmes  y  étaient  présentes  ».  Le  défunt  laisse  une  veuve  et  sept 
enfants.  Sa  fortune  peut  être  estimée  150,000  piastres.  Il  jouissait  à 
Tunis  d'une  considération  universelle. 

Plusieurs  personnages  marquants  protégeaient  le  sieur  lombard,  qoi 
a  obtenu  la  succession  de  Gay.  Devoize  avait  signalé  ce  dernier  comme 
un  homme  dangereux.  Aussi  Malivoire  craint-il  qu'il  n'intrigue  contre 

la  France.  {Affaires  étrangères,  C*'«  de  Tunis.) 

MALIVOIRE  AU  V^°  DE  CUATËAUBRIAND. 

1178.  —  7'unis^  6  mai  i  823.  — Nyssen  a  conclu  et  fait  ratifier  parla 
Toscane  un  traité  avec  la  Régence.  La  Toscane  a  fait  une  fois  pour 
toutes  un  cadeau  de  25,000  piastres  fortes.  En  ce  qui  concerne  la  douane. 

elle  est  assimilée  à  la  France  *.         (Affaires  étrangères,  O  de  Tunis.) 

LE  V*«  DE  CHATEAUBRIAND  A  GUYS  *. 

1179.  —  Paris,  9  juillet  1823.  —  La  France  doit  réclamer  à  la 
Régence,  pour  diverses  affaires  en  souffrance,  411,364  francs.  De  son 
côté  la  Régence  réclame  de  la  France  889,776  francs  '. 

[Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 
GUYS  AU  V'^'  DE  CHATEAUBRIAND. 

1180.  —  Paris,  1 8  juillet  /  823.  —  Étant  donné  le  fait  qu'à  Tunis  le 
pouvoir  est  divisé  entre  le  père  et  deux  flls,  Guys  croit  que  40,000  francs 
de  cadeaux  ne  sont  pas  suffisants  pour  ces  trois  Princes  et  les  person- 
nages qui  les  environnent.  Il  demande  10,000  francs  de  plus.  On  a 
accordé  100,000  francs  au  Consul  général  d*Alger. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LE  V^«  DE  CHATEAUBRIAND  A  MALIVOIRE. 

1181.  —  Paris,  13  septembre  1 823.  —  «  Il  résulte  des  renseigne- 
ments et  des  correspondances  de  votre  Échelle  :  1°  Que  le  Bey  exige  de 
nos  négociants  une  douane  de  5  0/0  sur  leurs  marchandises  importées 
par  des  bâtiments  étrangers; 

i.  Voy.  la  note  i,  p.  586. 

2.  Voy.  la  noie  1,  p.  325. 

3.  Voy.  plus  loin  le  détail  de  ces  réclamations  dans  les  Instrnclions  de  la  Cour  à 
M.  Guys. 


[1823]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  589 

2®  Qu'il  a  admis  dans  le  port  de  Tunis  un  corsaire  espagnol  avec  une 
prise  française,  la  bombarde  U Alexandre  venant  de  Chypre,  destinée 
pour  Marseille,  et  qu41  a  autorisé  la  vente  de  cette  prise  au  profit  du 
capteur.  U  y  a  dans  le  premier  fait  une  infraction  manifeste  du  traité 
de  1801.  Dans  le  âecond  fait,  il  y  a  d'abord  violation  de  la  promesse 
que  vous  a  faite  le  Bey...  Il  y  a  en  outre  un  manquement  laux  devoirs 
d'une  stricte  neutralité.  Car  si  l'admission  des  corsaires  et  de  leurs 
prises  peut  se  concilier  avec  la  neutralité,  c'est  lorsque  la  concession 
est  commune  aux  deux  belligérants,  et  par  conséquent  impartiale; 
mais  il  n'en  est  pas  ainsi  dans  la  guerre  actuelle  où  la  France  a  pris  la 
résolution  de  ne  point  délivrer  de  lettres  de  marque,  résolution  qui  a 
été  annoncée  au  Bey  et  à  laquelle  il  a  répondu  par  la  promesse  précitée. 
Il  est  à  remarquer  d'ailleurs  que  tous  les  gouvernements  de  la  Médi- 
terranée, ainsi  que  ceux  du  reste  de  l'Europe,  ont  fait  et  tenu  la  même 
promesse.  La  Porte  ottomane  elle-même  a  assuré  ofQciellement  h. 
l'ambassadeur  du  Roi  à  Gonstantinople  qu'elle  ne  permettrait  dans  ses 
ports  ni  l'armement  des  corsaires  espagnols  ni  la  vente  de  leurs 
prises. 

Vous  voudrez  bien  notifier  au  Bey  de  Tunis  de  la  part  du  Gouverne- 
ment du  Roi  :  Que  le  droit  de  douane  à  percevoir  sur  les  marchan- 
dises françaises  importées  par  bâtiments  étrangers,  pendant  la  durée  de 
la  guerre,  doit  être  de  3  0/0,  comme  il  est  stipulé  par  l'art.  VI  du  traité 
.de  4801,  et  que  ce  qui  aurait  été  exigé  au  delà  devrait  être  restitué  à 
qui  de  droit; 

Que  tout  accès  doit  être  interdit  aux  corsaires  espagnols  dans  les 
ports  de  l'État  de  Tunis;  que  ceux  qui  y  entreront  par  force  majeure 
ou  autrement  devront  être  désarmés  et  leurs  prises  séquestrées  pour 
être  remises  ensuite  à  la  disposition  du  Consul  de  France,  et  que  dans 
le  cas  où  la  Régence  aurait  laissé  consommer  la  vente  de  la  bombarde 
V Alexandre  ou  d'autres  bâtiments  français  amenés  subséquemment  dans 
ses  ports,  elle  en  demeurerait  responsable  comme  auteur  des  pertes 
qu'auraient  ainsi  subies  les  sujets  du  Roi,  attendu  que  ces  bâtiments 
seraient  infailliblement  retombés  en  notre  pouvoir,  puisqu'à  l'exception 
de  Tunis,  toutes  les  Puissances  maritimes  de  la  Méditerranée  refusent 
asile  à  ces  prétendus  corsaires,  qui  ne  sont  en  effet  que  les  pirates 
agents  d'une  faction  vaincue,  et  qui  n'ont  pas  même  de  refuge  dans 
les  ports  de  la  péninsule,  rentrés  déjà  sous  l'obéissance  du  gouverne- 
ment de  l'Espagne,  ou  bloqués  par  nos  forces  maritimes. 

Après  avoir  fait  au  Bey  cette  notification,  vous  lui  donnerez  à 
entendre  que  le  nouveau  Chargé  d'affaires  de  Sa  Majesté  près  de  lui 


690  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i823] 

doit  se  rendre  incessamment  à  Tunis,  muni  des  instructions  néces- 
saires, soit  pour  rétablir  d*une  manière  stable  les  anciens  rapports  de 
bienveillance  qui  ont  toujours  existé  entre  le  gouvernement  de  nos 
Rois  et  la  Régence,  soit  pour  assurer  k  la  France  les  satisfactions 
qu'exigerait  la  dignité  de  la  Couronne,  si  le  Bey  prétendait  persister 
dans  des  procédés  aussi  contraires  à  ses  obligations  qu*à  ses  véri- 
tables intérêts.  Vous  éviterez  ainsi  d'entrer  dans  aucune  discussion  sur 
les  termes  de  cette  notiBcation  jusqu'à  l'arrivée  de  M.  Guys.  Vous  pro- 
fiterez d'ailleurs  de  toutes  les  occasions  qui  se  présenteront  d'éclairer 
le  Bey  sur  les  fausses  suggestions  auxquelles  il  a  cédé  jusqu^icl,  et  de 
lui  inspirer  une  juste  crainte  des  moyens  de  répression  que  la  France 
sera  dans  le  cas  d'employer  à  son  égard.  » 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
MALIVOIRE  AU  Y^  DE  CnATEAUBRIAND. 

1182.  —  Tunis^  9  octobre  f  823,  —  Il  a  reçu  la  dépêche  du  Ministre 
du  13  septembre  par  le  brick  L* Inconstant  et  fait  les  notifications  qui 
lui  étaient  demandées. 

Sur  la  question  du  3  0/0  de  douane,  le  Bey  cède  conditionnellement; 
il  se  réserve  le  droit  d'appliquer  5  0/0,  si  les  sujets  tunisiens  oe  sont 
pas  mieux  traités  en  France  que  par  le  passé.  Sur  l'aiïaire  des  corsaires 
espagnols,  le  Bey  n'a  rien  voulu  entendre. 

{Affaires  étrangères,  €'■»  de  Tunis.) 
LE  V^^  DE  CHATEAUBRIAND  A  GUYS. 

1183.  —  Paris^  28  novembre  i  825,  —  «  L'intention  de  Sa  Majesté 
est,  Monsieur,  que  vous  vous  rendiez  immédiatement  à  Tunis  et  que 
vous  y  entriez  en  négociation  avec  le  Bey  sur  les  deux  points  qui  for- 
ment en  ce  moment  Tobjet  essentiel  de  votre  mission  : 

1**  L'affaire  des  droits  de  douane  ; 

2®  La  conclusion  d'un  nouveau  traité  et  l'extinction  des  réclama- 
tions réciproques  des  deux  gouvernements  et  de  leurs  sujets. 

Ces  deux  points  sont  traités  avec  les  développements  convenables 
dans  les  instructions  qui  vous  sont  remises  '.  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

1.  Ordre  du  Roi.  —  Paris,  28  novembre  18i3.  —  ■  Louis,  par  la  grâce  de  Dieo 
Roi  de  France  et  de  Navarre,  à  notre  cher  et  ami  le  sieur  Constantin  Guys,  noire 
Consul  général  et  chargé  d'affaires  à  Tunis,  membre  de  notre  Ordre  royal  de  la 
Légion  d'honneur,  salut.  Le  désir  que  nous  avons  de  maintenir  et  d'étendre  le 
commerce  de  la  France  avec  les  États  du  Bey  de  Tunis  nous  portant  à  prendre  les 
mesures  les  plus  propres  h  pourvoir  à  la  sûreté  des  personnes  et  des  propriétés  de 
ceux  de  nos  sujets  qui  veulent  se  livrer  au  dit  commerce  ainsi  qu'à  la  navigation 
qu'il  exige,  nous  avons  pensé  qu'il  ne  pouvait  qu'être  convenable  et  avantageux 
d'entrer  en  négociation  avec  la  Régence  de  Tunis,  à  l'effet  de  renouveler  les  traités, 
conventions  et  autres  actes  existant  entre   la  France  et  ledit  Gouvernement,  et 


[1823]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  591 

INSTRUCTIONS  POUR  H.    GUYS,    CONSUL    GÉNÉRilL,  CHARGÉ   D*AFFA1RE3  A   TUNIS. 

1184.  —  Paris,  28  novembre  i  823.  —  «  Nos  relations  avec  Tunis, 
comme  avec  les  autres  Régences  barbaresques,  se  trouvaient,  à  la  paix 
de  1814,  entièrement  altérées  par  diverses  causes  :  savoir  Tirritation 
que  l'entreprise  sur  TÉgypte  avait  produite  dans  tous  les  pays  musul- 
mans, l'influence  ennemie  de  TAngleterre  pendant  la  durée  de  la 
guerre  maritime,  nos  règlements  de  commerce  à  Tégard  des  neutres 
appliqués  rigoureusement  aux  Barbaresques  sans  acception  des  traités 
et  des  maximes  constamment  suivis  envers  ces  peuples,  enfin  les  griefs 
respectifs  provenus  de  ces  causes  et  qui  s'étaient  multipliés  et  invétérés 
pendant  de  longues  années.  Le  prédécesseur  de  M.  Guys  est  parvenu 
avec  beaucoup  de  soins  à  prévenir  les  inconvénients  attachés  à  un  tel 
état  de  choses.  Mais  il  n'a  pas  été  en  son  pouvoir  de  rétablir  nos 
afTaires  sur  un  pied  stable  et  aussi  satisfaisant  qu'il  est  à  désirer.  La 
conclusion  d'un  nouveau  traité  parait  être  le  seul  moyen  de  rendre  à 
nos  relations  avec  ce  pays  la  consistance  et  la  direction  convenables, 
d'autant  plus  qu'il  y  a  inconvenance,  au  moins  selon  les  Tunisiens,  à 
laisser  subsister  comme  base  de  ces  relations  le  traité  de  1801,  qui  est 
Tœuvre  de  la  précédente  administration.  Or,  les  présentes  instructions 
ont  pour  objet  de  déterminer  les  bases  du  nouveau  traité  à  conclure 
et  que  M.  Guys  est  chargé  de  négocier. 

Sous  le  point  de  vue  politique,  il  nous  importe  de  recouvrer  notre 
ancienne  prépondérance  à  Tunis  et  de  l'accroître  autant  que  possible. 

L'intérêt  de  notre  politique  ne  réclame  toutefois  aucune  stipulation 
nouvelle  qui  s'y  rapporte  directement;  le  traité  à  conclure  y  aura 
pourvu  suffisamment,  si  son  effet  est  de  mettre  M.  Guys  en  position  de 
prendre  crédit  sur  l'esprit  du  Bey,  et  de  lui  inculquer  les  raisons  qui 
doivent  l'attacher  au  gouvernement  français  comme  à  celui  dont  la 
protection  est  la  plus  bienveillante  et  la  plus  désintéressée.  M.  Guys 
se  trouvera  dans  cette  position  favorable,  lorsque  nous  serons  parvenus 

même  d'arrêter  les  stipulations  nouvelles  qui  seront  jugées  nécessaires  pour  par- 
venir à  un  but  si  salutaire.  A  ces  causes,  nous  confiant  entièrement  dans  vos 
talents,  votre  expérience  et  votre  zèle  pour  notre  service,  nous  vous  avons  nommé, 
commis  et  constitué,  et  par  ces  présentes  signées  de  notre  main,  nous  vous  nom- 
mons, commettons  et  constituons  notre  Commissaire  pour  vous  rendre  de  la  part 
de  la  France  en  la  ville  de  Tunis,  pour  procéder  aux  [dits  arrangements  de  concert 
avec  les  personnes  à  ce  dûment  autorisées  de  la  part  du  Gouvernement  de  Tunis. 
Nous  vous  avons  donné  en  conséquence  et  nous  vous  donnons  pouvoir,  commis- 
sion et  mandement  spécial  de  négocier,  arrêter,  conclure  et  signer  tels  traités  et 
actes  qui  seront  jugés  devoir  être  utiles  et  avantageux  aux  intérêts  respectifs  des 
parties  contractantes,  en  vous  conformant  toutefois  aux  instructions  qui  vous 
seront  remises  de  notre  part.  *  , 


592  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [18^3] 

à  procurer  à  notre  commerce  une  plus  grande  consistance  dans  cette 
Échelle;  carie  négoce  n'est  pas  à  Tunis  comme  ailleurs  seulement qq 
bien  entre  les  peuples,  mais  il  touche  à  Tintérêt  personnel  du  Prioce, 
par  les  avantages  particuliers  qu*il  en  tire;  lorsque  surtout  nous  aurons 
mis  fin  à  la  méfiance  et  à  l'aigreur  qu'entretient  la  discussion  sans 
cesse  renouvelée  des  griefs  respectifs. 

11  y  aurait  bien  à  négocier  avec  le  Bey  notre  réintégration  à  des  con- 
ditions convenables  dans  la  jouissance  de  la  partie  des  concessions 
d'Afrique  dépendant  de  son  domaine;  ce  point  intéresse  direclemen! 
notre  influence  politique,  mais  cette  négociation  doit  être  ajournée 
jusqu'à  ce  qu'il  ait  été  pourvu  en  France  à  une  administration  réguliène 
des  concessions  qui  nous  ont  été  déjà  restituées  par  la  Régence 
d'Alger...  Les  circonstances  donnent  à  nos  intérêts  commerciaux  à 
Tunis  une  importance  toute  particulière  ;  les  troubles  de  l'Orient  nou^ 
rendent  cette  Échelle  plus  précieuse  pour  l'extraction  des  huiles, elle 
nombre  des  établissements  français  y  augmente  sensiblement  depuis 
quelque  temps.  Nous  avons  d'ailleurs  à  remédier  sous  ce  rapport  à  ce 
que  le  traité  de  1801  présente  de  défectueux  : 

I.  Art.  VI.  Les  marchandises  provenant  de  France  sous  pavillon  et 
pour  compte  français  jouissent  seules  de  la  faveur  de  ne  payer  que 
3  0/0.  Les  Anglais  et  les  Sardes  ont  obtenu  3  0/0  pour  tous  les  cas. 

II.  Les  négociants  français  devraient  être  traités  comme  les  Anglais 
et  les  Sardes  en  ce  qui  concerne  l'importation  du  riz  et  d'autres 

.grains,  etc. 

IIL  II  s'agit  d'établir  un  tarif  fixe  pour  le  calcul  du  3  0/0,  qui  est  no 
droit  ad  valorem.  Le  tarif  des  douanes  du  6  novembre  1816  pourra 
servir  de  base  à  la  négociation.  Il  s'agit  encore  de  défendre  le  com- 
merce contre  l'inclination  du  Bey  à  s'arroger  le  monopole  de  plusieurs 
articles,  et  contre  les  perceptions  abusives  auxquelles  donnent  lieu  le; 
quarantaines. 

lY.  Il  faut  mettre  fin  au  système  en  vertu  duquel  le  Bey  saisit  de> 
propriétés  particulières  en  cas  de  discussion  avec  le  gouvernement 
français. 

Y.  Enfin  l'art.  Y  du  traité  de  1801  est  conçu  dans  des  termes  qai 
peuvent  autoriser  le  Bey  à  réclamer  la  réciprocité  en  France  en  faveur 
des  marchandises  de  Tunis.  Il  faut  prévenir  cette  prétention. 

D'autre  part  voici  les  griefs  de  la  Régence  : 

1.  Affaire  du  rachat  des  esclaves  italiens  en  1806.  La  prétentioD  des 
doubles  rançons  pour  les  captifs  ayant  grade  d'officier  a  toujours  clé 
repoussée. 


[1823]  .  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  893 

II.  AfTaire  des  6,000  fusils.  Réclamation  de  18,000  piastres  reconnue 
sans  fondement. 

III.  Affaire  des  annuités,  des  lismes  stipulées  en  faveur  de  la  Régence 
comme  prix  des  concessions  d*Âfrique.  Le  Bey  réclame  les  arrérages 
depuis  1793  jusqu'en  1802.  11  oublie  que  la  Régence  a  déclaré  la  guerre 
à  la  France  en  janvier  1799,  que  le  traité  de  concession  a  été  rompu  à 
cette  date.  Il  est  donc  dû  au  Bey,  à  raison  de  13,500  piastres  par  an, 
81,000  piastres  de  Tunis,  de  1793  à  1799. 

lY.  Remboursement  d*un  prêt  d'argent  fait  en  1793  par  Elias  Attet 
au  Consul  de  France.  En  1801,  il  a  reçu  un  acompte  de  72,727  piastres 
de  Tunis.  Enfin  le  solde  de  la  créance  de  ce  Tunisien  a  été  fixé  par 
arrangement  conclu,  le  13  août  dernier,  entre  son  fondé  de  pouvoirs  et 
M.  Guys,  dont  il  sera  remis  une  copie  certifiée  à  ce  dernier,  pour  la 
somme  de  532,185  francs. 

Y.  Le  payement  de  la  valeur  d*un  bâtiment  chargé  de  grains  et  appar- 
tenant à  Abraham  Paz,  sujet  tunisien,  et  capturé  en  1795  par  un  cor- 
saire français  et  conduit  à  Livourne,  où  il  a  été  condamné  par  le  Consul 
français.  En  1801,  le  négociateur  français  a  également  pris  renga- 
gement par  déclaration  verbale  (ce  qui  dans  Tusage  du  pays  est 
une  forme  solennelle)  de  régler  Paz.  Créance  actuellement  fixée  à 
104,183  francs. 

YI.  L'affaire  des  navires  tunisiens  de  1810. 

La  France  a  jusqu'à  présent  réclamé  de  la  Régence  de  Tunis  : 

L  125,000  piastres  de  Tunis,  solde  de  la  vente  de  la  prise  L'Océan  dû 
par  le  Bey  à  M.  Âguillon.  Le  payement  doit  en  être  exigé. 

II.  48,000  piastres,  valeur  de  la  prise  Le  Slrabrock^  due  par  le  Bey  à 
M.  Pontus.  Le  payement  devra  en  être  également  exigé. 

III.  Remboursement  d'une  délégation  de  8,655  piastres  dues  au  sieur 
Dalmont  par  Elias  Attel  sur  les  sommes  dues  à  celui-ci  par  le  gouver- 
nement français. 

lY.  Remboursement  d'une  délégation  de  67,657  piastres  tunisiennes 
faite  par  le  même  au  sieur  Isnard. 

Y.  L'affaire  du  diamant  de  60,000  francs  appartenant  au  sieur  Bas- 
tide, conûé  en  1804  au  Juif  Settebon,  qui  le  présenta  au  Bey,  lequel 
garda  le  diamant  sous  prétexte  que  le  grand-père  du  Juif  était  mort 
débiteur  d'une  somme  assez  considérable  envers  la  Régence.  L'opinion 
du  précédent  Consul  général  est  qu'il  y  aurait  de  l'inconvenance  à 
reproduire  cette  réclamation  au  nom  de  la  France.  M.  Guys  tâchera  de 
terminer  cette  affaire  selon  l'équité...  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 

38 


894  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSJJLS  [lfâ3j 

INSTRUCTIONS    SUPPLÉMENTAIRES   POUR   M.    GUYS,    CONSUL   GÉNÉRAL, 

CHARGÉ   D*AFFAIRES  A  TUNIS. 

1185.  —  Parts^  28  novembre  1823,  —  Les  instruclions  supplé- 
mentaires relèvent  deux  faits  déjà  signalés  par  Malivoire,  savoir  que 
le  Bey  exige  5  0/0  de  droits  de  douane,  et  qu'il  a  admis  un  corsaire 
espagnol  avec  une  prise  française.  «  Ces  écarts  du  Bey  paraissent  avoir 
pour  cause  immédiate  les  suggestions  de  l'agent  des  Gortès  en  rési- 
dence à  Tunis,  le  sieur  Soler,  et  surtout  Tappât  des  avantages  per- 
sonnels que  ce  Prince  se  promet  de  l'augmentation  de  ses  droits  de 
douane  et  de  la  vente  des  prises  dans  ses  ports.  Quoi  qu'il  en 
soit,  ils  font  sentir  d'autant  plus  la  nécessité  de  replacer  cette  Puis- 
sance inférieure  dans  les  rapports  convenables  à  la  dignité  et  aux 
intérêts  du  royaume.  C'est  dans  cette  vue  principalement  que  M.  Guys 
a  été  chargé  de  renouveler  les  traités  avec  la  Régence;  mais  pour 
préparer  les  succès  de  sa  négociation  et  en  même  temps  pour  prévenir 
de  nouvelles  injures  de  la  part  du  Bey,  il  a  paru  indispensable  de 
démontrer  dès  à  présent  une  ferme  intention  de  réprimer  par  la  force 
des  armes,  s'il  en  est  besoin,  la  malveillance  de  ce  Prince,  en  apportant 
toutefois  dans  cette  démonstration  les  tempéraments  convenables  pour 
éviter,  s'il  est  possible,  une  rupture  qui  ne  serait  pas  sans  inconvé- 
nient pour  le  commerce...  A  son  arrivée  à  Tunis,  M.  Guys  n'acceptera 
point  d'audience,  à  moins  que  le  Bey  n'ait  donné  satisfaction  sur  ces 
nouveaux  griefs.  Il  devra  toutefois  entrer  en  communication  avec  le 
gouvernement  tunisien,  et  faire  tous  ses  efforts  pour  l'amener  à  des 
dispositions  favorables. 

Si,  après  avoir  épuisé  toutes  les  voies  de  persuasion  et  laissé  écoulé 
un  délai  raisonnable,  il  trouve  le  Bey  persistant  dans  ses  refus  et  dans 
ses  mauvaises  intentions,  il  se  retirera  avec  tous  les  sujets  français  en 
résidence  à  Tunis  sur  les  vaisseaux  du  Roi,  qui  l'accompagneront  et 
dont  le  commandant  agira  immédiatement  contre  Tunis,  selon  les 
instructions  qu'il  aura  reçues  pour  ce  cas  du  Ministère  de  la  marine. 

M.  Guys  est  autorisé  à  disposer  jusqu'à  la  concurrence  de  20,000  francs 
en  dépenses  secrètes,  tant  pour  déjouer  les  intrigues  qui  ont  amené 
le  Bey  à  ces  actes  répréhensibles  que  pour  faciliter  la  négociation  qui 
lui  est  conQée.  » 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
LE  V^  DE  CHATEAUBRIAND  A  GUYS. 

1186.  —  Paris,  17  décembre  1823.  —  Il  a  décidé  que  M.  Thierry, 
élève  Vice-Consul,  irait  à  Tunis.  <c  II  devra  d'ailleurs  justifier  devant 


[1824]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  895 

vous  des  connaissances  voulues  par  le  règlement  du  li  juin  1816,  et 
sur  lesquelles  il  n'a  pu  être  examiné  avant  son  départ  de  Paris  ^  » 

{Affaires  étrangères ^  C'**  de  Tunis.) 
MALIVOIRE  AU  V'^'  DE  CHATEAUBRIAND. 

1187.  —  Tunis,  50  décembre  i  823.  —  Il  annonce  Tarrivée  d'une 
escadre  anglaise  sous  les  ordres  du  commodore  Hamilton.  Celui-ci 
s'est  rendu  avec  le  Consul  anglais  à  Hammam-Lif,  où  le  Bey  prend  les 
eaux  minérales.  Malivoire  ne  connaît  pas  encore  le  véritable  objet  de 

cette  mission  •.  {Affaires  étrangères,  C*»  de  Tunis.) 

GUYS  AU  V*«  DE  CHATEAUBRIAND. 

1188.  —  Tunis^  16  janvier  i  824.  —  Il  annonce  au  Ministre  son 
arrivée  à  Tunis,  avec  Tescadre  de  M.  Drouault  ^,  après  six  jours  de 
traversée.  Ses  conférences  avec  le  Bey  auront  lieu  le  plus  tôt  pos- 
sible *.  (Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 

PRÉLIMINAIRES  DU  30  JANVIER  1824. 

1189.  —  «  Articles  préliminaires  arrêtés  et  convenus  au  nom  de  Sa. 
Majesté  le  très  baut,  très  excellent,  très  puissant  et  très  invincible 
Prince  Louis  XVIII,  par  la  grâce  de  Dieu  Empereur  de  France  et  de 
Navarre,  et  le  très  illustre  Pacha-Bey  et  le  Divan  de  Tunis. 

I 

Conformément  aux  traités  de  paix  et  de  commerce  existant  avec  la 
Régence  de  Tunis,  qui  seront  conflrmés,  les  Français  établis  dans  le 
royaume  de  Tunis  continueront  à  jouir  des  mêmes  privilèges  et  exemp- 
tions qui  leur  ont  été  accordés  et  à  être  traités  comme  appartenant  à  la 
nation  la  plus  favorisée,  et  il  ne  sera  accordé,  suivant  les  mêmes  capi- 
tulations et  traités,  aucun  privilège  ni  avantage  à  d'autres  nations 
qui  ne  soient  également  communs  à  la  nation  française,  quand  bien 
même  ils  n'auraient  pas  été  spécifiés  dans  les  dites  capitulations  et 
traités. 

1.  Florent  Thierry,  élève  Vice-Consul  à  Tunis  en  1823,  à  Alger  en  i82o,  en 
Egypte  en  1831,  Vice-Consul  &  Tripoli  en  1833,  en  disponibilité  pendant  la  même 
année.  —  Guys  au  V^'de  Chateaubriand:  — Marseille, 85  décembre  1823.  —  M.  Thierry 
est  arrivé;  «  c'est  un  jeune  homme  instruit,  jouissant  d'une  bonne  réputation, 
appartenant  à  des  parents  distingués  par  leur  mérite  et  par  leur  dévouement  à  la 
dynastie  légitime...  •  {Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 

2.  Il  s'agissait  d'obtenir  la  mise  en  liberté  des  esclaves  grecs  conduits  dans  la 
Régence  par  des  navires  anglais. 

3.  Jacques- Pierre-Charles  Drouault,  aspirant  de  marine  en  1790,  enseigne  de 
vaisseau  en  1196,  lieutenant  en  1802,  capitaine  de  frégate  en  1805,  capitaine  de 
vaisseau  en  1819,  tué  en  1826  à  bord  de  VAmphytrite  par  un  accident  de  manœuvre 
de  cette  frégate. 

4.  Malivoire  revint  en  France  en  vertu  d'un  congé  au  commencement  de  mai  1824, 
sur  la  frégate  La  Galathée,  qui  avait  conduit  à  Tunis  le  nouveau  Consul  général. 


596       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     '1824' 

II 

En  conséquence  de  l'article  ci-dessus,  toutes  les  marchandises  qui 
viendront  de  France  ou  d* autres  pays,  et  sous  quelques  pavillons  que  ce 
soit,  à  la  consignation  des  négociants  ou  de  tous  autres  Français,  ne 
payeront,  conformément  à  ce  qui  a  été  accordé  à  l'Angleterre  et  à  ta 
Sardaigne,  que  3  0/0  de  douane,  sans  autre  contribution  quelconque, 
laquelle  somme  sera  acquittée  en  argent,  monnaie  courante  du  pays, 
et  non  en  nature. 

Il  ne  sera  de  même  perçu,  sur  l'introduction  faite  par  les  Français 

du  riz,  des  grains  et  des  légumes  secs,  que  le  droit  d'une  piastre  et  an 

quart  par  kaffi,   payable  au  chef  de  la  Rahaba,  sans  aucune  antre 

douane. 

III 

Pour  prévenir  toute  discussion  au  sujet  de  Tévaluation  des  marchan- 
dises dont  le  cours  varie  journellement,  et  établir  un  mode  de  payement 
fixe  pour  la  douane,  il  sera  formé  à  la  fin  du  bail  actuel  un  tarif  d'éra- 
lualion  de  tous  les  articles  d'importation  pour  le  temps  d'une  année 
seulement,  lequel  sera  censé  confirmé,  s'il  n'y  a  demande  de  renoavel- 
lement  et  changement  de  la  part  de  l'une  ou  de  l'autre  Puissance. 
L'exportation  étant  actuellement  soumise  à  un  mode  particulier  d'ad- 
ministration dans  lequel  la  douane  n'intervient  pas,  il  ne  sera  rien 
statué  pour  le  présent  à  ce  sujet.  La  rédaction  et  fixation  de  ce  tarif 
seront  confiées  à  une  commission  composée  de  quatre  personnes,  dont 
deux  nommées  par  Son  Excellence  le  Bey  et  deux  Français  nommés  par 
le  Chargé  d'affaires  de  l'Empereur  de  France.  Ce  tarif  sera  ensuite 
approuvé  définitivement  par  Son  Excellence  le  Bey  et  provisoirement 
par  le  Chargé  d'affaires  de  l'Empereur,  sauf  la  ratification  de  son  gou- 
vernement. 

IV 

En  cas  de  discussion  entre  les  deux  gouvernements,  les  deux  Puis- 
sances renoncent  expressément  et  irrévocablement  à  toutes  représailles 
sur  des  particuliers,  qui  dans  aucun  cas  ne  sauraient  être  responsables 
des  faits  de  leur  gouvernement. 

V 

Sa  Majesté  l'Empereur  de  France  et  Son  Excellence  l'illustre  Pacha- 
Bey  de  Tunis,  voulant  terminer  définitivement  tous  les  différends  et 
réclamations  qui  existent  encore,  soit  entre  leurs  gouvernements,  soit 
entre  eux  et  leurs  sujets  respectifs,  s'obligent  réciproquement  à  payer 
les  créances  par  eux  contractées  depuis  1796,  dont  ils  ont  reconnu  ou 
reconnaitraient  la  validité,  d'après  le  mode  qui  sera  établi  par  le  nou- 


[1824]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  597 

veau  traité  qui  va  être  conclu  et  arrêté  très  iDcessamment,  pour  le 
renouyellement  de  tous  les  articles  sur  lesquels  se  fondent  leurs  rela- 
tions politiques  et  commerciales  et  qui  en  sont  la  garantie. 

Fait  au  palais  du  Bardo  entre  S.  E.  l'illustre  Pacha-Bey  de  Tunis  et  le 
Consul  général,  Chargé  d'affaires  de  S.  M.  TEmpereur  de  France,  le 
29  Djoumazi-eUewel  de  l'an  1239,  ou  le  30  janvier  de  Tan  1824.  » 

{Voriginal  est  à  TuniSy  Palais  Dar-el-Bey.  Une  copie  se  trouve  aux  Affaires  étran- 
gères, Salle  des  traités,) 

GUYS  AU  V^«  DE  CHATEAUBRIAND. 

1190.  —  Tunis,  3  i  janvier  i  824.  —  «  J*ai  dû  me  restreindre  aux  cinq 
articles  principaux  contenus  dans  les  préliminaires  et  renvoyer  le  reste 
de  la  discussion  au  nouveau  traité  à  conclure...  Le  Bey  a  désiré  que 
la  réclamation  de  la  bombarde,  étant  relative  à  un  fait  extraordinaire, 
ne  fût  point  comprise  dans  les  articles  préliminaires...  Je  suis  convenu 
avec  lui  que  je  lui  enverrais  une  note  à  ce  sujet,  à  laquelle  il  répon- 
drait par  une  lettre  adressée  à  Votre  Excellence,  contenant  toutes  les 
déclarations  et  obligations  que  j'exigeais  de  sa  part... 

Sur  l'article  second,  il  y  eut  une  longue  discussion  qui  resta  sans  ré- 
sultat... J'écrivis  le  lendemain  à  son  premier  interprète,  HassunaMorali, 
pour  lui  annoncer  que  je  persistais  dans  la  rédaction  de  l'article  II, 
en  lui  exposant  que  le  Gouvernement  français  non  seulement  n'avait 
point  dévié  de  ses  anciennes  obligations,  mais  même  que,  dans  l'état 
actuel  des  choses,  les  Tunisiens  étaient  mieux  traités  en  France  que  par 
les  anciens  traités,  attendu  qu'ils  payaient  la  douane  au  même  taux 
que  les  Français,  au  lieu  qu'en  1742  et  lors  des  traités  subséquents,  les 
3  0/0  auxquels  ils  étaient  imposés  devenaient  une  véritable  charge  pour 
eux,  puisque  les  Français  ne  les  payaient  pas,  parce  que  le  port  de 
Marseille  jouissait  alors  d'une  entière  franchise,  et  que  toutes  marchan- 
dises y  étaient  admises  sans  aucun  droit  de  douane;  que  plus  tard,  indé- 
pendamment de  cette  contribution  de  3  0/0,  ils  auraient  été  soumis, 
s'ils  eussent  voulu  faire  notre  commerce,  à  un  droit  supplémentaire  de 
20  0/0  imposé  sur  le  commerce  des  étrangers  en  faveur  des  Français,  de 
sorte  qu*il8  auraient  dû  payer  23  0/0  de  plus  que  les  nationaux,  tandis 
qu'aujourd'hui  ils  étaient  traités  comme  eux,  et  par  conséquent  comme 
les  nations  les  plus  favorisées,  ce  qui  constitue  véritablement  la  plus 
exacte  réciprocité  et  la  même  dont  nous  demandions  à  jouir  dans  les 
États  de  Tunis...  Le  Bey  a  accepté  le  lendemain  tous  les  articles. 

La  dernière  conférence,  où  tous  les  points  ont  été  arrêtés  définitive- 
ment en  plein  Divan,  s'est  tenue  en  présence  de  M.  Drouault,  comman- 
dant de  la  division  qui  m'a  conduit  à  Tunis,  et  de  M.  Boniface,  capitaine 


S98  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1824' 

de  vaisseau,  qui  ont  été  très  biea  accueillis  du  Bey,  et  édiûés  du  ton 
amical  et  obligeant  de  ce  Prince  et  des  compliments  flatteurs  qu'il  leur 
a  adressés  :  —  Quand  je  vois,  leur  a-t-il  dit,  des  vaisseaux  de  guerre 
français,  mon  cœur  s'épanouit,  parce  que  je  sais  que  ce  sont  des  amis 
qui  viennent  me  voir;  je  les  ai  vus  entrer  de  ma  maison  de  campagne, 
et  je  les  trouve  bien  supérieurs  à  ceux  des  Anglais.  —  Il  venait,  il  y  a 
peu  de  jours,  d'avoir  une  discussion  assez  vive  avec  le  commandant  de 
la  division  anglaise,  le  commodore  Hamilton,  qui  est  reparti  pour 
Malte.  Bien  qu'on  ne  puisse  pas  prendre  à  la  lettre  des  expressions  aussi 
amicales,  il  n'est  pas  moins  vrai  que  le  Bey  a  été  flatté  du  ton 
modéré  et  bien  différent  de  celui  d'une  autre  nation,  que  j'ai  cru 
devoir  mettre  à  mes  réclamations,  en  présence  d'une  division  qui  l'inti- 
midait. » 

Guys  discute  ensuite  l'article  III.  Pour  l'exportation,  il  constate  que  le 
monopole  n'est  pas  aussi  défavorable  aux  négociants  qu'on  pourrait  le 
croire.  On  discutera  plus  tard  la  question  de  la  quarantaine.  Il  pense  que 
par  son  article  II  il  a  obtenu  plus  que  les  Anglais.  Le  Bey  a  envoyé  aus- 
sitôt après  la  signature  des  préliminaires  buit  bateaux  chargés  de 
provisions  à  l'escadre  française . 

Le  Bey  a  Tintention  d'envoyer  un  agent  supérieur  en  France,  notam- 
ment pour  obtenir  le  droit  d'avoir  un  Consul  à  Marseille.  Guys  le  lui  a 
déjà  refusé,  en  lui  exposant  que  le  gouvernement  ne  voulait  admettre 
qu'un  Consul  pour  toutes  les  Puissances  musulmanes,  et  que,  s'il 
reconnaissait  le  sien,  il  faudrait  également  accorder  la  même  faveur 
aux  autres  Régences,  ce  qui  ne  pourrait  lui  convenir. 

{Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
SOLIMAN,  KIAYA  DE  TUNIS,  AU  V*«  DE  CHATEAUBRIAND. 

1191.  —  Le  Bardo^  mars  i  824.  —  «  A  la  gloire  des  commandants 
de  la  religion  du  Messie,  Tun  des  Ministres  actuels  de  la  Cour  de 
France,  notre  très  affectionné,  très  considéré  et  très  honoré  ami 
Chateaubriand. 

Après  vous  avoir  offert  des  salutations  amicales  et  des  compliments 
affectueux,  nous  vous  annonçons  qu'un  corsaire,  se  fondant  sur  les  hos- 
tilités qui  avaient  eu  lieu  précédemment  entre  le  gouvernement  français 
et  celui  d'Espagne,  s'étant  emparé  d'un  navire  français  et  l'ayant 
amené  dans  notre  Régence  victorieuse,  le  Consul  Malivoire,  qui  avait 
précédemment  rempli  les  fonctions  de  Consul  près  notre  Régence, 
s'est  présenté  devant  notre  illustre  Maître  et  a  fait  des  représen- 
tations de  ne  point  accorder  la  permission  de  vendre  le  vaisseau 
que  des  Espagnols  avaient  amené.  Le  véritable  état  des  choses  loi 


[1824J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  899 

ayant  été  demandé,  il  a  répondu  :  —  Cette  prise  n'a  pas  été  faite  du  con- 
sentement du  roi  d'Espagne  ;  nous  n'avons  pas  la  guerre  avec  le  roi 
d'Espagne,  mais  à  cause  de  la  guerre  que  nous  avons  seulement  avec 
un  petit  nombre  de  rebelles,  ceux-ci  ont  lié  le  roi  d'Espagne  et  ont 
armé  des  corsaires  pour  un  acte  de  rébellion  et  s'emparent  de  nos  vais- 
seaux; nous,  au  contraire,  nous  cherchons  à  punir  ces  rebelles  et  à  déli- 
vrer leur  roi.  —  Le  lendemain  le  Consul  d'Espagne  (Soler)  se  présenta 
devant  notre  Maître  et  dit  :  —  Notre  corsaire  n'a  agi  que  d'après  l'ordre 
de  notre  roi  et  d'après  une  autorisation  de  sa  part;  notre  roi  n'est  point 
lié;  l'autorité  est  encore  présentement  dans  ses  mains.  —  Et  il  nous 
porta  et  nous  fît  voir  les  actes  du  roi  pour  prouver  que  les  corsaires 
existaient  avec  l'autorisation  du  roi;  et  il  ajouta  :  —  Nous  demandons 
que  conformément  à  nos  traités  cette  prise  soit  vendue.  —  D'après  sa 
demande,  la  permission  de  vendre  la  prise  avait  été  accordée  par  mon 
Maître. 

Sur  ces  entrefaites,  notre  très  estimé  ami,  le  Consul  général  Guys,  qui 
avait  été  nommé  et  envoyé  pour  résider  près  notre  Régence  victorieuse, 
arriva,  eut  une  audience  de  mon  Maître,  et  après  s'être  entretenu  sur  les 
objets  nécessaires,  il  exposa  l'afTaire  de  la  prise,  affîrma  itérativement 
que  le  roi  d'Espagne  n'avait  point  accordé  d'autorisation  de  faire  de 
pareilles  prises  et  demanda  la  restitution  du  navire.  A  cause  de  la  grande 
amitié  que  notre  Maître  a  pour  la  Cour  de  France,  mon  Maître  a  ordonné 
que,  jusqu'à  l'arrivée  d'une  nouvelle  de  la  part  du  roi  d'Espagne,  on 
ferait  venir  en  sa  présence  le  Consul  espagnol  Soler,  que  les  produits  de  la 
prise  seraient  mis  en  dépôt,  qu'on  écrirait  à  son  roi,  et  qu'il  serait  décidé 
conformément  à  la  réponse  qui  arriverait,  quelle  qu'elle  fût.  Et  quoique 
de  pareilles  contestations  qui  existent  entre  les  deux  Gouvernements 
soient  hors  de  la  juridiction  de  notre  Maître,  cependant  en  considéra- 
tion de  la  grande  amitié  qui  existe  entre  lui  et  la  Cour  de  France,  il  a 
ordonné  que,  jusqu'à  l'arrivée  de  la  réponse  du  roi  d'Espagne  concer- 
nant les  produits  de  la  prise,  ces  produits  seraient  mis  en  dépôt  sous  la 
responsabilité  de  son  Consul.  Et  c'est  pour  vous  informer  amicalement 
de  cet  ordre  que  la  présente  lettre  vous  a  été  écrite  et  envoyée.  » 

{Affaires  étrangères^  C'*'  de  Tunis.) 
GUYS  AU  V*«  DE  CHATEAUBRIAND. 

1192.  —  7'wms,  6  avril  1 824,  —  Le  Bey  Mahmoud  est  mort  le 
28  mars.  Son  fîls  et  successeur  Sidi  Hossein  ^  a  été  installé  sans  difficul- 
tés. Mais  il  y  aura  forcément  un  retard  dans  les  négociations  en  cours 
pour  le  traité  déflnitif.  (Affaires  étrangères^  C'**  de  Tunis.) 

i.  Voy.  p.  529. 


600  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1824] 

GUYS  AU  V**  DK  GHATEAUBRIAND. 

1193.  —  Tunis,  5  mai  i  824,  —  Il  a  eu  le  bonheur  inespéré  de  voir 
revenir  à  La  Goulette  La  Galathée  et  La  Victorieuse,  Il  a  conduit 
M.  Drouault  ^  à  l'audience  du  nouveau  Bey,  auquel  cet  ofOcier  a  déclaré 
qu'il  avait  été  expressément  envoyé  dans  la  Régence  pour  exprimer  le 
mécontentement  du  gouvernement  sur  les  retards  apportés  au  reaoa- 
vellement  des  anciens  traités...  «  Cette  admonition  sévère  a  produit  un 
eiTet  merveilleux...  J'ai  tout  lieu  de  croire  que  sous  peu  de  jours  je 
pourrai  annoncer  à  Votre  Excellence  la  conclusion  définitive  do 
traité...  » 

M.  Drouault  prendra  à  bord  l'Envoyé  du  Bey,  et  il  a  promis  une 
escorte  pour  les  bâtiments  français  et  européens  transportant  des  pèle- 
rins à  La  Mecque,  à  condition  que  le  Bey  «  reconnaisse  des  services 
aussi  distingués  par  des  procédés  également  obligeants  ». 

{Affaires  éirangèret,  C'*»  de  Tunit.) 
GUYS  AU  y^^  DE  CHATEAUBRIAND. 

1194.  —  TuniSy  23  mai  1 S 24,  —  Il  envoie  le  traité  qu*il  est  parvenu 
à  négocier  après  beaucoup  de  difficultés*...  «  Les  gens  ici  ne  savent  rien 
accorder  de  bonne  grâce,  et  mettent  une  grande  importance  aux  moin- 
dres concessions...  La  confirmation  des  capitulations  faites  avec  la 
Porte  ottomane  a  souffert  quelques  difficultés,  parce  qu'elle  n'avait 
point  été  exprimée  dans  les  traités  précédents,  et  que  ce  gouvernement- 
ci  tient  beaucoup  à  conserver  son  indépendance.  i> 

Le  tarif  n'est  pas  encore  terminé.  Jusqu'à  ce  qu'il  le  soit,  Guys  con- 
seille aux  négociants  de  payer  le  droit  de  douane  en  nature,  chose  désa- 
vantageuse pour  le  fisc  et  qu'on  se  hâtera  de  faire  cesser. 

«  Dans  les  conférences  que  j'ai  eues  avec  les  ministres  du  Bey,  ils  se 
sont  fort  récriés  sur  ce  que  le  Gouvernement  français  ne  voulait  point 
leur  permettre,  à  l'instar  de  TAngleterre  et  de  la  Sardaigne,  d'avoir  un 
agent  à  Marseille  pour  veiller  à  leurs  propres  intérêts.  Cette  faculté 
leur  avait  été  accordée  par  le  traité  de  1720,  article  XXI,  mais  ils  l'igno- 
rent, parce  qu'ils  ont  perdu  leurs  anciens  traités.  Le  Bey  insiste  beau- 
coup pour  obtenir  cette  faveur,  et  il  se  propose  d'en  adresser  directe- 
ment la  demande  à  Votre  Excellence.  »  Guys  prie  le  Ministre  de  faire 
vérifier  le  texte  turc  du  traité  ;  il  n'a  pas  été  possible  de  le  faire  tra- 
duire ici.  {Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  note  3,  p.  595. 

2.  Ce  traité  fut  signé  le  21  mai  1824,  mais  ne  fut  confirmé  et  approuvé  déOniti- 
vement  que  le  15  novembre  suivant,  après  avoir  été  renvoyé  de  Paris  à  Tanis  pour 
y  faire  corriger  le  texte  turc.  —  Voy.  plus  loin,  p.  604. 


[1824]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  601 

LE  B<»"  DE  DAMAS  *   A  GUYS. 

1195.  —  Paris^  12  août  1 824,  —  Il  a  fait  faire  par  le  secrétaire- 
iaterprète  du  Roi  Kieffer  ■  une  Iraduction  littérale  du  texte  turc  du 
traité.  Ce  texte  turc  diffère  sur  plusieurs  points  très  importants  du  texte 
français.  On  renvoie  donc  les  originaux  pour  qu'il  les  fasse  rectifier, 
ainsi  que  la  lettre  du  Bey  à  Sa  Majesté,  pour  faire  changer  le  titre  de 
Kral  en  celui  de  Padischah  '. 

{Affaii'es  étrangères,  C'**  de  Tunis.)  . 
CHARLES  X  A  HOSSEIN,  BEY  DE  TUNIS. 

1196.  —  Saint'Cloudt  20  septembre  i  824.  —  «  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Dieu  vient  d'appeler  à  lui  notre  très  aimé  frère  Louis  XYIII,  Empe- 
reur de  France,  de  glorieuse  mémoire.  Il  nous  serait  impossible  de 
vous  exprimer  la  douleur  et  Taffliction  où  nous  a  jeté  un  coup  aussi 
affreux  qu'inattendu.  Ce  Prince  a  succombé  à  une  maladie  qui  était  la 
suite  de  ses  anciennes  infirmités.  La  Pipvidence  nous  a  enlevé  le  plus 
tendre  des  frères  et  a  privé  la  France  du  meilleur  des  Empereurs.  Les 
étrangers  perdent  un  ami  de  Thumanité,  un  allié  fidèle  et  sincère. 
Nous  connaissons  trop  les  sentiments  qu'il  vous  avait  inspirés  pour 
n'être  pas  assuré  que  vous  donnerez  des  regrets  à  la  mémoire  de  cet 
auguste  Monarque.  Le  droit  de  notre  naissance  et  les  lois  fondamen- 
tales de  l'Empire  de  France  nous  ont  appelé  au  trône  de  nos  ancêtres, 
et  nous  avons  pris  les  rênes  de  l'Empire  français  au  milieu  des  acclama- 
tions de  nos  peuples,  qui  nous  ont  donné  les  marques  les  plus  vraies 
de  leur  respect  et  de  leur  amour  pour  notre  personne  sacrée.  Dieu,  qui 
lit  dans  tous  les  cœurs,  est  témoin  que  nous  n'avons  d'autre  désir  que 
de  marcher  sur  les  traces  de  notre  auguste  frère.  La  droiture  et  la  jus- 
tice seront  toujours  le  fondement  et  le  lien  de  l'attachement  de  nos 
sujets  comme  de  l'amitié  des  nations  étrangères. 

Nous  confirmons  d'autant  plus  volontiers  les  traités  entre  la  France 
et  la  Régence  de  Tunis  que  nous  sommes  convaincu  que  vous  en  rem- 
plirez fidèlement  les  conditions,  et  que  vous  rendrez  à  notre  Couronne 

1.  Ange-Hyacintbe-Maxence  baron  de  Damas,  officier  dans  rarmée  russe  jusqu'en 
1814,  maréchal  de  camp  en  1814,  lieutenant  général  en  1815,  Ministre  de  la  guerre 
du  19  octobre  1823  au  3  août  1824,  et  Ministre  des  AlTaires  étrangères  du  4  août  1824 
au  3  janvier  1828,  époque  à  laquelle  il  devint  gouverneur  du  duc  de  Bordeaux. 

2.  Daniel  KielTer,  attaché  au  secrétariat  du  Comité  de  salut  public  en  l'an  III, 
secrétaire- in  ter  prête  à  Constantinople  en  Fan  IV,  prisonnier  aux  Sept  Tours  en  1802, 
secrétaire-interprète  au  Ministère  des  Affaires  étrangères  en  1803,  premier  secré- 
taire-interprète du  Roi  pour  les  langues  orientales  en  1819,  professeur  de  langue 
turque  au  Collège  de  France,  retraité  en  1820. 

3.  Voy.  la  note  2,  p.  600. 


602  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1824] 

impériale  et  à  nos  sujets  tout  ce  qui  peut  aCTermir  de  plus  en  plus  la 
paix,  l'amitié  et  la  correspondance  la  mieux  établie.  C'est  dans  cette 
confiance  que  nous  avons  voulu  vous  assurer  nous-mème  de  notre  affec- 
tion et  de  notre  bienveillance. 

Nous  envoyons  nos  pleins  pouvoirs  au  sieur  Guys,  que  nous  confir- 
mons dans  sa  place  de  Consul  général  et  de  Chargé  de  nos  affaires 
auprès  de  vous.  Nous  lui  donnons  ordre  de  vous  présenter  cette  lettre, 
et  nous  vous  requérons  d'ajouter  entière  foi  et  créance  à  tout  ce  qu'il 
vous  dira  en  notre  nom.  Sur  ce  nous  prions  Dieu  qu'il  vous  ait,  illustre 
et  magnifique  Seigneur,  en  sa  sainte  et  digne  garde.  » 

(Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 
LE  B*""  DE  DAMAS  A  HOSSEIN,  BET  DE  TUNIS. 

1197.  —  PariSy  20  septembre  i 824.  —  «Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

C'est  du  sein  de  la  douleur  la  plus  profonde  et  au  milieu  des  larmes 
de  tous  les  Français  que  je  vous  apprends  la  mort  de  l'Empereur  de 
France  Louis  XYllI,  et  l'avènement  à  la  Couronne  de  son  auguste 
frère,  Monsieur,  comte  d'Artois,  mon  maître  actuel,  qui  a  pris  les  rênes 
du  gouvernement  selon  les  droits  de  sa  naissance  et  à  la  satisfaction 
entière  de  ses  sujets.  Ses  qualités  personnelles  et  ses  hautes  vertus  sont 
du  présage  le  plus  heureux. 

Je  désire  de  n'être  jamais  auprès  de  Sa  Majesté  Impériale  que  l'inter- 
prète de  votre  attachement  envers  la  France  et  l'organe  de  la  bienveil- 
lance de  Sa  Majesté  Impériale  dont  je  chercherai  toujours  à  vous  assurer 
les  marques.  C'est  tout  ce  qu'il  m'est  permis  d'ajouter  par  respect  aux 
nobles  caractères  de  Sa  Majesté  Impériale,  dont  je  vous  remets  la  lettre 
comme  le  signe  et  le  sceau  d'une  bonne  correspondance  dont  il  ne 
tiendra  qu'à  vous  de  rendre  les  liens  durables  et  les  effets  heureux.  * 

(Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis,) 
LE  B^*"  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1198.  —  PariSy  24  septembre  J  824.  —  «  Les  inexactitudes  que  pré- 
sente le  texte  turc  du  dernier  traité  que  vous  avez  signé  avec  la 
Régence  n'ayant  pas  permis  au  feu  Roi  de  le  ratifier,  j'ai  l'honneur  de 
vous  adresser  de  nouveaux  pleins  pouvoirs  qui  vous  mettront  en  mesure 
de  poursuivre  vos  négociations.  Le  cas  où  il  devrait  être  procédé  au 
renouvellement  de  nos  traités  avec  la  Régence  à  l'occasion  de  l'avène- 
ment de  Sa  Majesté  y  a  été  prévu.  Cependant  l'opinion  anciennement 
reçue  et  accréditée  chez  les  Puissances  barbaresques  que  leurs  traités 
avec  un  Prince  chrétien  expiraient  et  étaient  anéantis  à  sa  mort  a  pro- 
bablement cessé  d'exister...  Vous  devrez  d'ailleurs  prendre  pour  règle 


[1824]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  603 

ce  qui  a  été  pratiqué  entre  la  Régence  et  TAngleterre,  lors  de  l'avène- 
ment au  trône  du  Roi  Georges  IV...  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
GDYS  AU  B"""  DE  DAMAS. 

1199.  —  TuniSy  25  septembre  1824.  —  Le  Ministre  de  la  marine  a 
autorisé  le  chef  de  la  division  du  Levant  à  faire  toucher  à  Tunis  les  bâti- 
ments qu'il  renvoie  en  France...  Ces  apparitions  plus  ou  moins  fré- 
quentes font  le  meilleur  effet  dans  la  Régence. 

Renseignements  sur  le  Fondouk  de  la  nation  française  à  Tunis. 
Le  loyer  de  600  piastres  n'est  susceptible  d'aucune  augmentation, 
pour  quelque  motif  que  ce  soit.  Mais  le  Divan  n'est  obligé  qu'à  main- 
tenir le  mur  d'enceinte.  Les  habitants  doivent  supporter  les  frais  des 
réparations  intérieures,  qui  sont  urgentes.  Guys  a  fait  réparer  plusieurs 
chambres,  tant  pour  sa  famille  que  pour  les  officiers  des  bâtiments  du 
Roi.  Il  faut  aussi  une  nouvelle  prison. 

Le  Consul  anglais  Oglander  prend  sa  retraite.  Il  sera  remplacé  par 

un  colonel  qui  était  commandant  en  second  à  Sainte-Hélène. 

{Affaires  étrangères^  C*'»  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B"""  DE  DAMAS. 

1200.  —  Tunis^  22  octobre  i  824.  —  M.  Desgranges,  secrétaire-inter- 
prète du  Roi  *,  est  arrivé  à  Tunis. 

i(  Je  m'occuperai  très  incessamment,  avec  l'assistance  de  M.  Des- 
granges,à  faire  rétablir  le  texte  turc  conforme  à  la  rédaction  française 
sur  le  dernier  traité.  Les  différences  sont  trop  fortes  pour  les  mettre 
tout  à  fait  sur  le  compte  de  l'ignorance  d'une  langue  que  les  autorités 
de  ce  pays  ne  possèdent  pas  très  bien.  L'intention  d'affaiblir  le  sens  et 
même  de  le  dénaturer  est  manifeste...  » 

Il  pense  qu'une  nouvelle  commission  du  Roi  lui  sera  inutile...  Lors  de 
la  mort  du  Roi  Georges  d'Angleterre,  il  n'y  a  eu  aucun  renouvellement 
de  traité. 

Guys  a  eu  une  vive  altercation  avec  le  Bey,  au  sujet  d'un  bâtiment 
français  que  des  négociants  tunisiens  avaient  nolisé,  mais  qu'ils  refu- 
saient finalement  de  charger  et  d'indemniser.  Le  Bey  ne  veut  pas  les  y 

1.  An  toi  ne- Jérôme  Desgranges,  jeune  de  langue  en  1793,  élëve-interprète  à  Gons- 
tantinople  en  1803,  Vice-Ck>nsul  à  Bassora  en  1808,  deuxième  secrétaire-interprète 
&  Paris  en  1811,  en  mission  à  Tunis  en  1824,  drogman  à  Alexandrie  en  1826,  pre- 
mier secrétaire- interprète  à  Paris  en  1854,  retraité  en  1857.  —  Mathieu-Antonin- 
Florent  Desgranges,  que  nous  croyons  être  le  frère  du  précédent,  était  jeune  de 
langae  à  Constantinople  en  1812,  drogman  &  Salonique  en  1816,  à  Constantinople 
en  1821,  secrétaire-interprète  du  roi  en  1829,  professeur  de  langue  turque  au  Collège 
de  France  en  1832,  attaché  à  la  mission  de  Perse  en  1839,  premier  secrétaire- 
interprète  pour  les  langues  orientales  en  1842. 


604  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1824] 

obliger.  Guys  lui  a  représenté  qu*uae  pareille  décision  ne  permeUait 
plus  aux  Européens  de  faire  le  commerce  à  Tunis.  —  «  Eh  bien  !  me 
dit-il,  que  ceux  qui  ne  seront  pas  contents  s'en  aillent.  —  S'il  en  est 
ainsi,  répondis-je,  nous  ne  serons  pas  certainement  des  derniers.  — 
J'allais  aussitôt  me  retirer,  lorsqu'on  me  rappela...  Les  gens  de  sa 
cour  lui  donnaient  tort  :  —  Puisque  vous  vous  fâchez,  il  faut  bien 
vouloir  ce  que  vous  voulez.  —  »  Et  il  consentit  à  la  demande  de  Guys. 
Puis  on  régla  à  l'amiable  l'affaire  pendante  entre  les  négociants  tuni- 
siens et  le  capitaine  français.  Les  Tunisiens  lui  exprimèrent  leur  recon- 
naissance, en  disant  :  —  Les  Français  sont  véritablement  nos  amis.  — 

{Affaires  étrangères^  C**  de  Tunis.) 
TRAITÉ  OU  15  NOVEMBRE  1824. 

1201.  —  «  Traité  fait  pour  le  renouvellement  des  capitulations  et 
articles  de  paix  et  confirmation  d'icelles,  arrêté  et  accordé,  au  nom  de 
Sa  Majesté  le  très  excellent,  très  puissant  et  très  invincible  Prince 
Charles  X,  par  la  grâce  de  Dieu  Empereur  de  France  et  Roi  de 
Navarre,  par  nous  Hyacinthe-Constantin  Guys,  chevalier  de  la  Légion 
d'honneur,  Consul  général  et  Chargé  d'affaires  de  l'Empereur  et  son 
Commissaire  spécial,  muni  de  ses  pleins  pouvoirs  à  cet  effet,  au  très 
illustre  et  très  puissant  Prince  Sidi  Hossein,  Pacha-Bey,  et  au  Divan  du 
royaume  de  Tunis. 

I 

Les  Capitulations  faites  et  accordées  entre  l'Empereur  de  France  et  le 
Grand  Seigneur  ou  leurs  prédécesseurs,  ou  celles  qui  seront  accordées 
de  nouveau  par  l'ambassadeur  de  France  près  la  Sublime  Porte  pour  la 
paix  et  l'union  des  dits  États,  seront  exactement  gardées  et  observées, 
sans  que  de  part  et  d'autre  il  y  soit  contrevenu  directement  ou  indirec- 
tement. 

Il 

Tous  les  traités  antérieurs  et  suppléments  sont  renouvelés  et  confir- 
més par  le  présent,  sauf  les  changements  et  additions  mentionnés  dans 
les  articles  ci-joints. 

III 

Les  Français  établis  dans  le  royaume  de  Tunis  continueront  à  jouir 
des  mêmes  privilèges  et  exemptions  qui  leur  ont  été  accordés,  et  à  être 
traités  comme  appartenant  à  la  nation  la  plus  favorisée,  et  il  ne  sera 
accordé,  suivant  les  mêmes  capitulations  et  traités,  aucun  privilège  ni 
aucun  avantage  à  d'autres  nations  qui  ne  soient  également  communs 
à  la  nation  française,  quand  bien  même  ils  n'auraient  pas  été  spécifiés 
dans  lesdites  capitulations  ou  traités. 


[iSU]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  605 

IV 

Les  marchandises  qui  viendront  de  France  ou  d'autre  pays,  sous  quel- 
que pavillon  que  ce  soit,  quand  bien  même  ce  serait  de  pays  ennemis 
de  la  Régence,  pourvu  qu'elles  soient  &  la  consignation  d'un  négociant 
ou  de  tout  autre  Français,  ne  payeront  que  3  0/0  de  douane,  sans 
autre  contribution  quelconque,  laquelle  douane  sera  acquittée  sui- 
vant l'usage  ordinaire  jusqu'à  l'établissement  du  nouveau  tarif.  Et  si 
des  marchandises  appartenant  à  quelqu^un  d'une  autre  nation  étaient 
envoyées  à  un  Français,  la  douane  serait  payée  suivant  l'usage  de  la 
nation  à  qui  cet  individu  appartiendrait. 

V 

Il  ne  sera  perçu,  sur  l'introduction  faite  par  les  Français  du  riz,  des 
grains  de  toute  sorte  et  légumes  secs,  que  le  seul  droit  d'une  piastre  et 
quart  par  kaffî,  payable  au  chef  de  la  Rahaba,  sans  aucune  douane. 

VI 

Il  a  été  accordé,  à  la  demande  du  Chargé  d'affaires  de  Sa  Majesté 
l'Empereur  des  Français,  par  les  articles  préliminaires,  qu'il  serait 
formé  un  tarif  d'évaluation  des  marchandises  pour  le  payement  de  la 
douane.  Aussitôt  que  ce  tarif  aura  été  définitivement  statué  et  adopté 
réciproquement  par  les  parties  intéressées,  il  sera  joint  au  présent 
traité. 

VII 

Suivant  les  anciens  traités,  toutes  les  marchandises  que  les  négo- 
ciants français  apporteront  et  qu'ils  ne  pourront  pas  vendre 
ne  payeront  aucun  droit  ni  douane,  dans  le  cas  où  elles  seraient 
réexpédiées. 

VIII 

Les  Français  pourront  transporter  d'un  bâtiment  à  un  autre  les  mar- 
chandises, sans  les  mettre  à  terre  et  les  porter  autre  part,  et  ils  ne 
seront  tenus  pour  cela  à  payer  aucun  droit. 

IX 
Les  marchandises  qui  auront  acquitté  le  droit  de  douane  pourront 
être  expédiées  dans  un  autre  port  des  États  de  la  Régence,  sans  être 
soumises  à  aucun  droit  d'entrée  ni  de  sortie  dans  l'endroit  où  elles 
seront  débarquées. 

X 
La  boulangerie  française  établie  dans  le  Fondouk  aura  la  faculté, 
comme  anciennement,  de  fournir  de  la  galette  ou  biscuit  aux  bâti- 
ments français  et  non  à  d'autres,  et  pour  jouir  de  ce  droit,  elle  payera 


606  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [18i4] 

deux  piastres  par  quintal  au  fermier  du  biscuit,  saos  aucune  autre 
redevance. 

XI 

Les  censaux  juifs  ou  autres  du  pays  qui  sont  au  servico  des 
Français,  soit  à  Tunis,  soit  dans  les  ports  de  la  Régence,  continueront 
à  jouir  de  la  même  protection  et  aussi  des  mêmes  avantages  qui 
leur  sont  accordés  par  les  traités  précédents  pour  les  affaires  de  com- 
merce. 

xn 

Il  sera  loisible  au  Consul  général,  Chargé  d'affaires  de  France, 
de  choisir  et  de  changer  à  son  gré  les  drogmans,  janissaires,  cen- 
saux ou  écrivains  à  son  service,  sans  aucune  opposition  ou  restriction 

quelconques. 

XIII 

Dans  le  cas  de  guerre  entre  la  France  et  une  autre  Puissance,  les 
négociants  français  qui  expédieront  ou  recevront  des  marchandises 
sous  des  noms  étrangers  et  simulés  jouiront  nonobstant  des  mêmes 
faveurs  et  privilèges  qui  leur  sont  accordés,  mais  ils  devront  en  faire  la 
déclaration  assermentée  par  devant  le  Consul  général  de  France,  à 
laquelle  déclaration  il  sera  ajouté  foi. 

XIV 

En  cas  de  contestation  entre  un  Français  et  un  sujet  tunisien  pour 
affaire  de  commerce,  il  sera  nommé  par  le  Consul  général  de  France 
des  négociants  français  et  un  égal  nombre  de  négociants  du  pays  qui 
seront  choisis  par  TAmin  ou  toute  autre  autorité  désignée  par  Son 
Excellence  le  Bey.  Si  le  demandeur  est  sujet  tunisien,  il  aura  droit  de 
demander  au  Consul  général  d*étre  jugé  de  cette  manière,  et  si  la  Com- 
mission ne  peut  terminer  la  contestation,  pour  cause  de  dissidence  on 
de  partage  égal  des  opinions,  l'affaire  sera  portée  devant  Son  Excel- 
lence le  Bey,  pour  être  prononcé  par  lui  d*accord  avec  le  Consul  général 
de  France,  conformément  à  la  justice. 

XV 

Les  bâtiments  français  seront  à  Tavenir  traités,  pour  les  droits  d'an- 
crage et  de  port,  comme  ceux  de  la  nation  la  plus  favorisée. 

XVI 

En  cas  de  discussions  entre  les  deux  gouvernements,  les  deux  Puis- 
sances renoncent  expressément  à  toutes  représailles  sur  les  particu- 
liers, qui  dans  aucun  cas  ne  sauraient  être  responsables  du  fait  de  leur 
gouvernement. 


[1824]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  607 

XVII 

Tous  les  Français  indistinctement,  résidant  dans  le  royaume  de 
Tunis,  seront  sous  la  juridiction  du  Consul  général  de  France. 

Le  présent  traité  sera  ratifié  et  confirmé  par  Sa  Majesté  TEmpereur 
de  France. 

Ainsi  arrêté  et  conclu  au  palais  du  Bardo,  entre  Tillustre  Pacha-Bey 

et  le  Consul  général,  Chargé  d'affaires  de  Sa  Majesté  l'Empereur  de 

France  et  son  Commissaire  muni  de  ses  pleins  pouvoirs,  le  lo  novembre 

de  Tan  1824,  ou  le  23  de  Rebi-el-ewel  de  l'an  de  Thégire  1240*.  » 
(Sceau)  GuYS. 

{L'original  est  aux  Archives  des  Affaii^s  étrangères.  Salle  des  Traités,) 

CONVENTION  SUPPLÉMENTAIRE. 

1202.  —  Tunis,  Jô  novembre  i  824.  —  «  Nous  Hossein- Pacha-Bey, 
Seigneur  et  possesseur  du  royaume  de  Tunis, 

En  conformité  de  l'article  Y  des  Préliminaires  signés  le  29  Djoumazi- 
el-ewel  de  cette  année,  et  à  la  demande  du  Consul  général  de  l'Empe- 
reur de  France,  Chargé  d'affaires  auprès  de  nous  et  son  Commissaire 
spécial,  reconnaissant  la  justice  d'appliquer  autant  qu'il  est  possible 
les  principes  adoptés  pour  l'avenir  par  le  dernier  traité  aux  choses 
passées,  qui  sont  de  ne  pas  faire  souffrir  les  particuliers  des  discussions 
qui  peuvent  exister  entre  les  gouvernements,  toutes  les  fois  que  leurs 
droits  sont  reconnus,  consentons  par  la  présente  Convention  à  ce  qu'il 
soit  disposé  en  faveur  des  sieurs  Âguillon  et  Pontus,  négociants  arma- 
teurs, en  acompte  de  la  somme  de  173,000  piastres  qui  leur  a  été 
retenue  du  produit  de  la  vente  des  deux  prises  L'Alexandre  elLeStabrock 
qui  leur  appartenaient,  de  la  somme  de  81,000  piastres  de  Tunis,  dont 
le  gouvernement  français  se  reconnaît  débiteur  envers  la  Régence,  pour 
la  contribution  de  six  années  du  privilège  de  la  pêche  du  corail  ;  mais 
il  est  bien  entendu  que  la  présente  délégation  ne  portera  aucun  préju- 
dice à  nos  prétentions,  et  ne  pourra  être  considérée  comme  la  recon- 
naissance d'un  débet  qui  ne  peut  être  que  le  résultat  d'une  liquidation 
définitive  des  prétentions  et  des  réclamations  réciproques,  liquidation 
à  laquelle  les  deux  gouvernements  sont  convenus  de  travailler  inces- 
samment, s'engageant  respectivement  à  payer  le  solde  qui  sera  dû  à 
celui  des  deux  reconnu  pour  en  être  le  créancier. 

Ainsi  arrêté  et  convenu  au  palais  du  Bardo,  le  21  mai  de  l'an  1824  ou 
le  23  de  ramadan  de  Tan  de  l'hégire  1239  *.  » 

{Sceau)  GuYS. 

{L* original  est  aux  Archives  des  Affaires  étrangères.  Salle  des  Traités,) 

1.  Approuvé  par  Charles  X,  le  31  juillet  1825. 

2.  Voy.  au  sujet  de  la  date  de  cette  convention  la  note  2,  p.  600. 


608       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     [I8i4| 

GUYS  AU  B"»  DE  DAMAS. 

1203.  —  Tunis,  19  novembre  i  824.  —  Le  traité  est  rétabli  dans  son 
exactitude,  et  M.  Desgranges  va  retourner  en  France.  Le  Bey  veut 
envoyer  féliciter  le  Roi  sur  son  avènement.  Il  a  désigné  à  cet  effet  Sidi 
Mahmoud,  (ils  du  ministre  de  la  marine  et  commandant  de  La  Goulelte, 
et  il  voudrait  un  bâtiment  de  guerre  français  pour  conduire  son 
ambassadeur,  et  embarquer  tous  les  présents  qu'il  destine  à  Sa 
Majesté.  Cette  détermination  du  Bey  est  un  hommage  d'autant  plus  dis- 
tingué qu'il  n'a  pas  eu  lieu  envers  l'Angleterre,  lors  de  Tavènement  de 

Georges  IV...  (Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B<'<'  DE  DAMAS. 

1204.  —  TuniSy  i7  décembre  1824.  —  Il  lui  renvoie  par  M.  Des- 
granges le  traité  original  avec  les  rectifications.  L'article  IV  est  légère- 
ment modifié.  Les  marchandises  de  propriété  étrangère  consignées  à 
des  Français  payeront  la  douane  imposée  à  la  nation  du  propriétaire. 
Le  Bey  n'a  eu  en  vue  avec  cette  clause  que  ses  propres  sujets,  notam- 
ment les  Juifs  qui  payent  5  0/0.  Guys  a  senti  aussi  la  nécessité  de  laisser 
aux  négociants  la  faculté  de  payer  en  argent  ou  en  nature,  suivant  leur 
convenance,  afin  d'empêcher  des  évaluations  exagérées. 

Au  sujet  de  l'article  VII,  il  fait  observer  que  les  négociants,  parce  qu'ils 
ont  la  faculté  de  se  faire  rembourser  les  droits  de  douane,  préfèrent 
payer  ces  droits  et  rester  en  possession  de  leurs  marchandises  jusqu'au 
moment  de  la  réexportation.  Il  n'a  pu  obtenir  l'insertion  de  l'article  XI 
du  traité  de  1728  dans  le  nouveau  traité. 

{Affaires  étrangères,  O^  de  Tunis.) 
HOSSEIN,  BBT  DB  TUNIS,  A  CHARLES  X. 

1205.  —  Le  Bardo,  1  7  décembre  /  824.  —  «  Gloire  des  Princes  de  la 
nation  du  Messie,  élite  des  Grands  de  la  religion  de  Jésus,  Padischah 
actuel  du  gouvernement  de  France,  notre  très  cher,  très  respectable, 
très  magnifique  et  grand  ami,  —  que  ses  fins  se  terminent  dans  le 
bien  !  — 

Nous  avons  Thonneur  d'annoncer  amicalement  à  Votre  Majesté  qae,  le 
dimanche  28  du  mois  de  Redgeb  de  la  présente  année  1239,  avant  le  lever 
du  soleil,  notre  très  illustre  père,  Mahmoud-Pacha,  étant  parvenu  au 
terme  destiné  à  sa  vie,  a  passé  au  séjour  de  l'éternité,  que  le  Gouverne- 
ment général  de  la  Régence  de  Tunis  nous  étant  échu  par  droit  d'hérédité 
et  de  succession  de  père  en  fils,  et  que,  d'après  la  règle  ancienne  et 
l'usage  constant  le  Divan  ayant  été  tenu,  et  tous  les  membres  de  la 
Régence  et  du  Conseil  ainsi  que  les  habitants  des  villes  ayant  été  assem- 


;1^/^;-- 


[1824]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  609 

blés  au  palais  dit  Bardo,  nous  nous  sommes  assis  sur  le  siège  du  Gou- 
vernement avec  des  acclamations  universelles. 

C'est  aussi  pour  faire  savoir  à  Votre  Majesté  que  Tamitié  et  la  bonne 
harmonie  qui  existent  depuis  de  longues  années  entre  la  Cour  de 
France  et  la  Régence  de  Tunis  ont  été  confirmées  sur  l'ancien  pied,  et 
que  les  traités  seront  religieusement  observés,  et  pour  nous  informer  de 
votre  précieuse  santé  que  la  présente  lettre  amicale  a  été  écrite  et 
envoyée  à  votre  illustre  Majesté.  Lorsque,  avec  la  grâce  du  Tout-Puis- 
sant, elle  sera  parvenue  à  Votre  Majesté,  nous  espérons  qu'elle  ne  nous 
exclura  pas  dans  la  suite  de  son  souvenir  bienveillant. 

{Sceau)  Votre  dévoué  et  sincère  ami.  » 

{Affaires  étrangèresy  C***  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B^*""  DE  DAMAS. 

1206.  —  TuniSy  19  décembre  1 824,  —  Guys  raconte  le  supplice  d'un 
jeune  marchand  juif  qui,  étant  ivre,  s'est  permis  en  promenade  publi- 
que quelques  plaisanteries  avec  une  vieille  Maure  très  Âgée. 

Il  devait  être  brûlé  vif;  pour  obtenir  sa  grâce  il  s'est  fait  Musulman, 
mais  le  Bey  l'a  livré  à  une  populace  effrénée  qui  Ta  haché  en  morceaux. 
Ses  biens  ont  été  confisqués. 

L'ancien  Consul  américain  Williams  Coxe  est  revenu  en  cette  qualité 
à  Tunis. 

Le  Bey  vient  de  prendre  la  détermination  d'altérer  sa  monnaie, 
croyant  par  ce  moyen  qu'il  en  empêchera  la  sortie  ;  l'altération  sera, 
dit-on,  de  i/8  de  la  valeur... 

u  Ce  Prince  prohibe  la  sortie  de  toutes  les  monnaies  quelconques  et 
matières  d'or  ou  d'argent,  et  ce  sous  peine  de  confiscation  de  Tobjet 
saisi  et  même  du  bâtiment  qui  le  recevra.  J'ai  fait,  de  concert  avec  le 
Consul  d'Angleterre,  de  fortes  représentations  sur  le  mode  d'exécution 
de  cette  mesure...  Nous  avons  provisoirement  obtenu  que  la  peine  delà 
confiscation  serait  ajournée  jusqu'à  ce  qu'on  fût  mieux  informé...  » 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
LE  B°^  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1207.  —  Pains ^  24  décembre  i  824.  —  Par  ordonnance  du  45  de  ce 
mois,  le  traitement  du  Consul  général  de  France  à  Tunis  est  porté  de 
18,000  à  20,000  francs. 

{Affaires  étrangères^  C"  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B°»  DE  DAMAS. 

1208.  —  Tunis^  30  décembre  i 824.  —  Malgré  ses  représentations,  le 
Bey  a  conclu  un  marché  pour  la  pêche  exclusive  du  corail  sur  les  eûtes 
de  Tunis  avec  un  particulier  anglais  qui  se  dit  agent  de  plusieurs  mai- 

30 


610  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  :iiiS 

sons  de  banque  *.  Les  conditions  en  sont  très  onéreuses.  Le  prix  delà 
ferme  est  de  10,000  piastres  fortes,  soit  50,000  piastres  tonisiennes.  La 
France  payait  jadis  18,000  piastres  tunisiennes.  Cet  agent  devra  de 
plus  100  livres  de  corail  de  première  qualité,  sans  compter  les  frais 

d*usage  pour  chaque  bateau.  {A/faireê  étrangères,  C**"  de  Tunis.) 

1209.  —  TuniSy  janvier  i  825.  —  États  du  commerce  et  de  la  Dari- 
gation  française  pendant  Tannée  1824  : 

Bâtiments  français 19 

Importations 1,495,606  fr. 

Exportations 1,221,634  fr. 

{Affaires  étrangères^  C*  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B^"   DB  DAMAS. 

1210.  —  l'unis,  4  janvier  1825,  —  Le  Bey,  avant  de  signer  le  traité 
avec  l'Anglais  Thatscher  pour  le  privilège  exclusif  de  la  pêche  do 
corail,  a  fait  appeler  les  Consuls  de  France,  de  Naples  et  de  Sardaigne 
pour  qu'ils  puissent  enchérir  sur  les  offres  anglaises. 

Les  deux  Consuls  se  sont  réunis  à  Guys  pour  essayer  de  laisser  les 
choses  en  Tétat  actuel,  dans  Tespérance  que  tôt  ou  tard  la  France  rèa- 
nirait  la  totalité  de  la  pèche  des  deux  Régences  et  qu'alors  toutes  les 
difficultés  seraient  aplanies... 

Guys  a  demandé  au  Bey  de  lui  laisser  le  temps  d'informer  son  goorer- 
nement.  Le  Bey  a  refusé  d'y  accéder.  Le  Consul  a  allégué  les  Capitula- 
tions avec  la  Porte  qui  donnent  aux  Français  le  droit  de  la  pèche.  Le 
Bey  lui  a  répondu  que,  depuis  que  la  guerre  est  terminée,  aucun  bateau 
français  n'était  venu  dans  les  eaux  tunisiennes  et  que,  par  amitié  pour 
lui,  il  fallait  le  laisser  profiter  de  cette  occasion  d'augmenter  ses 
revenus.  Le  fermier  anglais  ne  retirera  pas  de  la  pèche  le  quart  de  la 
somme  qu'il  devra  payer. 

...  On  prétend  que  son  principal  but  est  d'employer  des  moyens 
nouveaux  pour  augmenter  le  produit  de  la  pèche,  tels  que  la  cloche 
sous-marine,  &  Taide  de  laquelle  un  homme  peut  descendre  au  foud  de 
la  mer...  a  Je  n'ai  pas  manqué  de  confirmer  mes  premières  oppositions, 
fondées  sur  le  droit  de  pèche  du  corail  qui  nous  est  concédé  par  les 
Capitulations;  je  dois  cependant  observer  èi  Votre  Excellence  que  ce 
droit  de  pêche  est  limité  au  golfe  d'Usturgha  appartenant  aux  deai 
Régences  d'Alger  et  de  Tunis;  la  concession  ne  serait  donc  pas  totale 

pour  cette  dernière.  »  {Affaires  étrangères,  C»*»  de  Tunis.) 

1.  Le  sieur  Thatscher.  Voy.  sur  la  Compagnie  anglaise  Thatscher  les  Âwnalet 
tunisiennes,  p.  363. 


i^ij^: 


[1825]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  611 

GUYS  AU  Bon  DE  DAMAS. 

1211.  —  TVints,  3 1  janvier  1 825.  —  La  convenlion  pour  la  pêche  du 
corail  conclue  entre  le  Bey  et  un  agent  anglais  n'est  «  obligatoire  pour 
le  fermier  que  pour  la  première  année  avec  faculté,  après  le  terme  expiré, 
de  la  confirmer  pour  neuf  autres  années...  »  Les  Consuls  de  Naples  et 
de  Sardaigne  sont  convaincus,  comme  lui,  que  le  contrat  sera  résilié 
après  la  première  année  ;  Guys  conseille  de  traiter  alors  de  la  pèche 
jusqu'au  Gap  Nègre  pour  assurer  aux  bateaux  le  droit  de  relâche  à 
Tabarque. 

Le  Bey  a  prohibé  Fimportalion  du  fil  d'or,  les  négociants  fran<;aîs 
refusant  de  payer,  en  plus  du  droit  de  douane,  le  droit  d'une  demi- 
piastre  par  once  au  fermier  de  In  fabrique. 

11  a  depuis  longtemps  réclamé,  mais  en  vain,  des  réparations  à  la  mai- 
son consulaire  ;  récemment,  une  partie  du  mur  de  sa  chambre  s'est  écrou- 
lée au  moment  où  il  y  entrait.  {Affaires  étrangères,  (?■'  de  Tunis.) 

LE  B<»   DE  DAMAS  A  GUYS. 

1212.  —  PariSy  3  février  i  8.25.  —  Le  Roi  agrée  la  mission  que  le 
Bey  veut  lui  envoyer,  et  la  frégate  La  Cybèle  a  Tordre  de  recevoir  l'En- 
voyé tunisien.  Guys  devra  s'arranger  avec  le  commandant  de  la  frégate 
pour  le  passage  de  cet  Envoyé,  de  sa  suite,  de  ses  effets,  et  des  présents 
destinés  à  la  Cour.  Il  réglera  les  honneurs  à  lui  rendre,  la  manière  de 
le  traiter  et  de  le  nourrir  ainsi  que  sa  suite. 

Il  le  prie  de  lui  envoyer  une  copie  des  lettres  de  créances  de  l'En- 
voyé. «  Vous  aurez  sans  doute  surveillé  la  composition  des  présents 
qu'il  sera  chargé  d'offrir  au  Roi  au  nom  de  son  maître,  et  vous  ferez, 
dans  tous  les  cas,  ce  qui  dépendra  de  vous  pour  remplir  sur  ce  point 
comme  sur  tous  les  autres  toutes  les  conditions  de  convenance  et  de 
décence  que  nous  devons  désirer...  Vous  m'enverrez  un  mémoire 
circonstancié  sur  le  caractère  personnel  de  l'Envoyé,  une  note  des  pré- 
sents qu'il  conviendra  de  faire  au  Bey,  à  TEnvoyé  et  à  sa  suite.  Vous 
y  observerez  toute  l'économie  compatible  avec  la  dignité  et  la  générosité 
de  Sa  Majesté...  '> 

M.  Desgranges  ^  recevra  l'Envoyé  à  Toulon,  qui  «  ne  devra  d'ailleurs 
rester  à  Paris  que  deux  mois  et  demi  à  trois  mois;  au  besoin  Guys 
devra  s'expliquer  sur  ce  sujet  avant  son  départ...  » 

(Affaires  étrangères,  C*^  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B^"  DE  DAMAS. 

1213.  —  Tunisj  le  4  février  i  825.  —  Il  recommande  au  Ministre 
l.  Voy.  la  note  1,  p.  603. 


612  GORRESPONDANGB  DES  BEY8  ET  DES  CONSULS  [1825] 

Joseph  Garpary  S  qui  n'a  d'autres  émoluments  que  5  francs  environ 
qu'il  reçoit  de  chaque  bâtiment.  II  mérite  un  traitement  annuel  de 
1,200  francs.  En  attendant  une  décision  il  lui  accorde,  comme  par  le 
passé,  une  gratification  de  300  piastres.  Quant  à  Bottari,  agent  consu- 
laire à  Bizerte  ',  il  est  réduit  à  Tindigence. 

(Affcdres  étrangères^  C^  de  Tunis,) 
GUTS  AU  ^^  DE  DAMAS. 

1214.  —  TVinû,  3  mars  1 825.  —  La  Cybèle,  commandée  par  le 
capitaine  Fouque',  est  arrivée  le  26  février.  La  frégate  ne  pouvant 
prendre  tous  les  animaux  qui  font  partie  des  présents,  le  Bey  a  nolisé 
une  bombarde  française  au  prix  de  4,200  francs.  Ces  présents  seront 
plus  considérables  que  ceux  envoyés  en  l'an  YIII  au  Premier  Consul  *. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
HOSSEIN,  BEY  DE  TUNIS,  A  CHARLES  X. 

1215.  —  Le  Bardo,  /  /  mars  1 825,  —  «  A  la  gloire  des  Princes  de  la 
religion  du  Messie,  l'élite  des  Grands  de  la  nation  de  Jésus,  Sa  Majesté 
l'Empereur  actuel  du  Gouvernement  de  France,  notre  très  affectionné, 
très  honoré,  très  respectable,  très  magnifique  ancien,  sincère  et  cons- 
tant ami. 

Après  avoir  offert  à  Sa  Majesté  des  compliments  qui  ont  pour  but 
son  bien-étre  et  des  salutations  remplies  de  vœux  pour  son  bonheur, 
et  après  avoir  payé  à  sa  magnifique  personne  le  tribut  de  respect  qai 
lui  est  dû,  nous  avons  l'honneur  de  lui  annoncer  ce  qui  suit  : 

Il  serait  inutile  d*énumérer  et  de  faire  connaître  ici  l'amitié,  la  bonne 
harmonie,  la  paix,  la  bonne  intelligence  et  les  égards  réciproques  qui 
existent  depuis  un  temps  infini  entre  la  Régence  victorieuse  de  Tunis 
et  la  Cour  de  France. 

Ayant  appris  qne,  par  droit  d*héritage  et  de  succession  légitime, 
Sa  Majesté  s'était  assise  sur  le*  trône  impérial  du  Gouvernement  de 

\,  Voy.  p.  616. 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  380. 

3.  Pierre-Valentin  Fouque,  de  Toulon,  mousse,  matelot,  puis  commis  aux  revues, 
de  1183  à  1796,  enseigne  de  vaisseau  en  1796,  lieutenant  en  1799,  capitaine  de  fré* 
gâte  et  aide  de  camp  du  Préfet  maritime  de  Toulon  de  1806  à  1811,  capitaine  de 
vaisseau  en  1821,  retraité  en  1832. 

4.  État  des  présents  offerts  au  Roi  par  Vambassadeur  tunisien  :  6  chevaux  (de  race 
numide),  2  juments,  2  lions,  4  autruches  noires,  4  gazelles,  2  moutons  de  Guinée^ 
6  chameaux  (2  noirs,  2  blancs,  très  rares,  2  roux),  24  couvertures  en  laine  de  Djerba. 
6  mouchoirs,  6  voiles  brodés,  16  essuie-mains  brodés  en  or,  6  ceintures  soie  et 
or,  1  superbe  selle  à  la  turque,  4  peaux  de  lion,  2  de  tigre,  1  coffre  contenant 
12  flacons  d'huile  de  rose  rouge,  blanche,  etc.,  boites  de  parfum,  musc,  ambre,  etc , 
1  habillement  complet  à  la  mauresque  qu'on  se  propose  de  présenter  à  S.  A.  R. 
Madame  la  dauphine,  1  très  gros  oiseau  (vautour). 

Guys  a  évalué  ces  présents  à  65,000  francs. 


[1826J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  613 

France,  nous  avons,  dans  rintention  d*exalter  son  rang  et  sa  dignité 
parmi  les  autres  Cours  nos  amies,  d'augmenter  l'amitié  de  cœur  et  de 
consolider  la  paix  et  notre  bonne  harmonie,  disposé  des  présents,  frété 
un  navire  pour  les  y  placer  et  chargé  notre  ûls  (titre  de  bienveillance) 
rillustre  Sidi  Mahmoud,  Kiaya  du  ministre  de  la  marine  de  notre 
Régence,  de  s'embarquer  sur  la  frégate  qui  vient  d'arriver  de  la  part 
de  Sa  Majesté  à  la  Régence  victorieuse.  C'est  pour  annoncer  ces  dispo- 
sitions à  Sa  Majesté  et  pour  nous  informer  particulièrement  de  sa  pré- 
cieuse santé  que  notre  présente  lettre  amicale  a  été  écrite  et  envoyée. 
Lorsque,  avec  la  grâce  divine,  elle  lui  sera  parvenue  et  que  Sa  Majesté 
saura  que  nous  lui  avons  payé  le  tribut  de  respect  dû  à  son  illustre 
rang,  et  que  la  paix  qui  existe  depuis  de  longues  années  entre  nous  et  la 
Cour  de  France  aura  une  durée  éternelle,  nous  espérons  que  Sa  Majesté 
ne  nous  exclura  pas  dans  la  suite  de  son  souvenir  bienveillant.  » 

(Sceau)  (Affaires  étrangères ^  C*"'  de  Tunis.) 

HUSSEIN-KHODJA  ^  AU  B°»  DE  DAMAS. 

1216.  —  Le  BardOy  i  i  mars  i  825,  —  «  A  Son  Excellence  le  Ministre 
des  Affaires  étrangères,  le  baron  de  Damas,  notre  très  affectionné,  très 
honoré  et  très  sincère  ami. 

Après  avoir  offert  à  Votre  Excellence  des  compliments  qui  ont  pour  but 
votre  bien-être  et  des  salutations  remplies  de  vœux  pour  votre  bonheur, 
et  après  nous  avoir  acquitté  de  l'obligation  de  nous  informer  de  votre 
santé,  nous  vous  annonçons  amicalement  qu'en  vertu  de  l'amitié  et  de 
la  bonne  harmonie  qui  existent  depuis  un  temps  infini  entre  la  Cour 
de  France  et  la  Régence  de  Tunis,  et  qui  prennent  chaque  jour  de  nou- 
veaux accroissements,  et  afin  d'exalter  la  dignité  et  le  rang  élevé  et 
de  raffermir  la  paix  et  la  bonne  intelligence,  notre  illustre  Seigneur 
et  Maître  le  Pacha-Bey  a  préparé  des  présents  pour  Sa  Majesté,  frété  un 
b&timent  pour  les  y  placer,  et  chargé  notre  frère  (titre  d'amitié)  le 
fortuné  Sidi  Mahmoud,  Kiaya  du  ministre  de  la  marine  de  la  Régence 
victorieuse,  de  s'embarquer  sur  la  frégate  française  qui  est  arrivée  à 
Tunis.  Et  pour  donner  une  preuve  de  l'amitié  et  de  l'attachement  que  mon 
susdit  Maître  a  pour  Votre  Excellence,  il  a  confié  à  mon  susdit  frère  des 
présents  destinés  particulièrement  à  Votre  Excellence.  C'est  pour  vous 
annoncer  l'envoi  de  ces  présents  et  pour  nous  informer  de  votre  précieuse 
santé  que  notre  présente  lettre  a  été  écrite  et  expédiée.  Lorsqu'avec  la 
grâce  divine  elle  vous  sera  parvenue,  nous  espérons  que  Votre  Excel- 
lence ne  nous  exclura  pas  dans  la  suite  de  son  souvenir  bienveillant,  n 

(Sceau)  (Affaire»  étrangères,  C^  de  Tunis,) 

1.  Premier  ministre,  chef  des  Mamelouks  et  gendre  du  Bey  de  Tunift. 


614       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     [i82S] 

GUTS  AU  B«"  DE  DAMAS. 

1217.  —  Tunis,  42  mars  /  825.  -^  L^Envoyé  de  Tunis  Sidi  Mahmoud  ' 
8*einbarqaera  demain  et  mangera  à  la  table  du  commandant.  Guys  n  a 
pa  obtenir  communication  de  sa  lettre  de  créance;  du  reste,  il  n*a 
personne  sur  rÊcbelle  sachant  lire  le  turc.  M.  Desgranges  informera  le 
Ministre  de  son  contenu. 

Guys  n*a  rien  retrouvé  dans  la  correspondance  de  Devoize  relative- 
ment  aux  présents  à  rendre  à  l'Envoyé.  Il  conseille  de  faire  comme  en 
l'an  XI.  Un  sieur  Nicolas  Pléville  fut  alors  chargé  de  pourvoir  à  toutes 
les  dépenses  de  l'ambassade.  Il  faudra  des  présents  pour  le  Bey  et  son 
principal  ministre,  qui  est  le  gendre  et  le  favori  du  Prince.  Celui-ci  s'est 
d'ailleurs  personnellement  mis  en  frais  par  les  présents  qu'il  envoie  au 
Ministre  de  la  marine.  Il  faudra  gratifier  en  outre  le  secrétaire,  donner 
des  bijoux  de  valeur  intrinsèque,  draps,  brocarts  et  bijoux;  il  signale 
la  maison  Séguin  comme  étant  celle  qui  travaille  le  mieux  dans  le 

genre  oriental.  {Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 

GUTS  AU  B^""   DE  DAMAS. 

1218.  —  TuniSj  7  avril  1 825.  —  Le  Bey  a  nolisé  Le  Saint-Pierre 
pour  envoyer  à  la  Cour  de  France  14  chevaux,  6  chameaux,  2  lions, 
4  gazelles,  2  moutons  de  Guinée  et  6  autruches.  Il  a  appris  avec  plaisir 
l'arrivée  de  son  Envoyé  à  Marseille. 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 
LB  B<^  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1319.  —  PariSy  8  avril  1825.  —  Il  annonce  la  nomination  de 
M.  Marcescheau  *  comme  Yice-Consul  à  Tunis,  en  remplacement  de 
M.  Malivoire  ',  appelé  au  Yice-Gonsulat  du  Gaire. 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 

1.  Note  du  Consul  Guys  sur  Sidi  Mahmoud,  Envoyé  extraordinaire  du  Bey  de 
Tunis.  —  •  Sidi  Mahmoud  est  le  second  fils  de  Sidi  Mahamet-Rhodja,  ministre  de  la 
marine.  11  est  lui-même  Riaya  ou  commandant  de  La  Goulette;  sa  famille  est  des 
plus  anciennes  et  des  plus  distinguées.  Le  père  fut  envoyé  en  France  et  en  Angle- 
terre du  temps  de  la  rîëTOlution. 

L'Envoyé  actuel  a  environ  trente  ans,  parle  l'italien,  est  d'un  caractère  doux, 
même  timide,  sans  fanatisme  ni  préjugé,  mange  à  l'européenne,  est  digne  d'être 
admis  dans  la  haute  société.  On  n'aura  pas  encore  vu  un  ministre  oriental  de  meil- 
leure composition.  11  a  toujours  été,  comme  son  père,  obligeant  pour  les  Français. 

Son  secrétaire  est  Raphaël  Gaêta,  ancien  esclave  napolitain,  un  brave  homme, 
peu  éclairé  pour  les  affaires;  c'est  le  beau-frère  du  Bach-Kalak,  maître  de  la  garde- 
robe,  Joseph  Raiïo,  chargé  de  la  correspondance  avec  les  Consuls.  L'EuToyé  aura 
une  suite  de  neuf  personnes.  • 

2.  Armand-Jean-Baptiste-Louis  Marcescheau,  élève  Vice-Consul  en  1816,  Vice- 
Consul  à  Larta  en  1821,  à  Tunis  en  1825,  Consul  à  Bahia  en  1828,  à  Dublin  en  1837, 
Consul  gcncra!  à  Chuquisaca  en  1842,  Chargé  d'affaires  en  Bolivie  en  1843,  en  inac- 
tivité en  18iô,  Consul  général  à  Tunis  en  1848,  retraité  en  1849.  Il  arriva  à  Tunis 
le  14  juin  1825,  et  Thierry  qui  faisait  l'intérim  partit  pour  Alger. 

3.  Voy.  la  noie  2,  p.  546. 


fl828]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  618 

GUYS  AU  B<^  DB  DAMAS. 

1220.  —  luniSf  25  avril  i  825,  —  État  estimatif  des  réparations 
indispensablement  nécessaires  à  la  maison  consulaire,  à  la  chapelle, 
ainsi  qu*à  la  maison  du  Vice-Consul,  dressé  avec  l'asaistance  du  maître 
maçon  ordinaire  du  Fondouk.  Ces  réparations  ont  été  évaluées  à 

i9,S49  fr.  40  centimes.  (Affaires  étrangères,  C'-*  de  Tunis.) 

LE  B*"*  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1221.  —  Paris,  9  mai  i  825.  —  M.  Duchenoud'  est  nommé  inter- 
prète-chancelier à  Tunis.  Il  est  alloué  à  Guys  6,000  fr.  pour  les  travaux 
auxquels  il  a  été  employé  pendant  son  séjour  à  Paris.  On  Tinvite  à  con- 
certer ses  démarches  avec  les  Consuls  des  autres  Puissances,  pour 
obtenir  que  les  mesures  du  Bey  concernant  la  sortie  du  numéraire 
soient  révoquées.  On  lui  recommande  de  faire  cesser  la  prohibition  des 
fils  d'or.  Il  devra  renouveler  ses  protestations  contre  le  contrat  de 
pèche  passé  avec  les  Anglais,  les  Capitulations,  obligatoires  pour  Tunis, 
nous  donnant  le  droit  de  pèche  sur  tout  le  golfe  d'Usturgha. 

Les  demandes  concernant  les  sieurs  Gaspary  et  Bottari  sont  con- 
traires aux  règlements  du  Ministère,  qui  n'allouent  aucun  traitement 
aux  agents  des  Consuls.  Mais  le  Ministre  est  disposé  k  reconnaître  par 
des  faveurs  particulières  le  zèle  de  ces  agents.  Il  conseille  à  Bottari  de 
quitter  Bizerte,  s'il  n'y  trouve  pas  à  faire  ses  affaires. 

L'Envoyé  Sidi  Mahmoud  a  fait  ses  visites  aux  Ministres  ;  il  assistera 
au  sacre  de  Sa  Majesté,  qui  doit  avoir  lieu  à  la  fin  du  mois.  Il  a  un  grand 
désir  de  plaire  et  beaucoup  d'honnêteté  '. 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B^  DE  DAMAS. 

1222.  —  Tunis,  7  juin  1 825.  —  Il  envoie  copie  d'un  mémoire  adressé 

1.  Jean-Charles  Duchenoud,  jeune  de  langue  à  Constantinople  en  1816,  drogman 
à  Seyde  de  1816  h  1821,  à  St-Jean-d*Acre  de  1822  &  1823,  à  Larnaca  de  1824  à  1825, 
interprète-chancelier  à  Tunis  de  mai  1825  à  octobre  1826,  drogman-cbancelier  à 
Tunis  d'octobre  1826  à  septembre  1839,  secrétaire-interprète  à  Tunis  de  octobre 
1840  à  avril  1844,  en  inactivité  de  1844  &  1847,  secrétaire-interprète  à  Paris  de  1848 
à  1858.  Il  avait  épousé  en  1830  la  fille  de  Laurent  Gay,  premier  médecin  du  Bey 
de  Tunis. 

2.  Guys  annexa  à  cette  dépêche  un  État  nominatif  de  la  famille  du  Bey  et  des  prin- 
cipaux officiers  de  la  Régence  :  Le  Bey,  6  garçons  et  6  filles;  Sidi  Mustapha,  seul 
frère  du  Bey,  et  ses  5  fils;  Soliman,  premier  ministre  et  beau-frère  du  Bey;  Mahamet- 
Hassan,  Bach-Kateb  ou  grand  écrivain;  Hussein- Khodj a,  Bach-Mamelouk  ou  capi- 
taine des  gardes,  chargé  en  chef  de  toute  Padministration  ;  Mehemet-Rhodja,  ministre 
de  la  marine;  Chakir,  Sahib-Tapa  ou  garde  des  sceaux  ;  Jehlick,  président  du  Divan; 
Mahmoud,  fils  du  Riaya  de  la  marine,  commandant  La  Goulette;  Hassuna  Morali, 
Gardien-Bachi  et  premier  interprète  du  Bey;  Joseph  Raffo,  chrétien;  Bach-Kalakou, 
maître  de  la  garde-robe,  chargé  de  correspondre  avec  les  Consuls;  Mehemet  Geluli, 
ancien  Grand  Douanier,  fermier  des  huiles  et  autres  produits  du  pays;  enfin  Soli- 
man Belhar,  Grand  Douanier  de  Tunis. 


616  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [18S5] 

par  les  négociants  français  à  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille, 
au  sujet  des  dépenses  jugées  nécessaires  dans  Tintérét  de  la  nation. 

État  estimatif  des  dépenses  proposées  : 

A  Gaspary,  agent  à  La  Goulette i.200  fr. 

Aux  agents  de  Sfax,  Sousse  et  Bîzerte 1.200  — 

Caisse  de  secours  pour  les  Européens  et  en  parti- 
culier les  Français  indigents 2.000  — 

Établissement  d*un  hôpital 4.000  — 

Son  entretien  et  un  concierge 2.000  — 

10.400  fir. 

Signé  :  J.-F.  Ré,  député,  J.-H.  Chapelle,  Jean  Monge,  F.  Arnaud,  P.  Gaj, 
P.  Pottier.  {Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis,) 

GUTS  AU  B^  DB  DAMAS. 

1223.  —  Tunis,  ^0  juin  i825.  —La  demande  du  Bey  d'établir  un 
Consul  à  Marseille  présente  plusieurs  inconvénients  et  presque  aucune 
utilité,  même  pour  le  gouvernement  de  la  Régence.  C'est  une  prétention 
de  vanité  plutôt  que  d*intérét,  suggérée  au  Bey  par  Hassuna  Morali. 
Guys  ne  trouve  que  Fart.  XXI  du  traité  de  1720  qui  pourrait  donner 
quelque  valeur  à  cette  demande;  cet  article  n*est  ni  rappelé  ni  con- 
firmé par  les  traités  postérieurs.       (Affaires  étrangères,  (?'*  de  Tunis.) 

GUTS  AU  B<^  DB  DAMAS. 

1224.  —  Tunis,  26  juin  i  S25.  —  Les  dispositions  annoncées  par 
le  Bey  pour  empêcher  la  sortie  du  numéraire  étaient  purement  com- 
minatoires. La  fabrication  de  la  nouvelle  monnaie  continue  lentement. 

Au  sujet  du  golfe  d'Usturgha,  «  M.  Dupré  '  est  bien  plus  à  même  que 
je  ne  le  suis  de  connaître  les  localités.  Voici  ce  qu'il  m'écrit  à  ce  sujet  : 
Il  n'est  pas  étonnant  que  vous  n'ayez  pas  trouvé  sur  la  carte  le  golfe 
d'Usturgha  ;  c'est  un  nom  impropre  qu'on  a  donné  dans  la  traduction 
de  nos  Capitulations  avec  la  Porte  ottomane  au  golfe  de  Stora,  situé 
derrière  le  cap  de  Fer.  D'après  sa  position,  vous  jugerez  qu'il  ne  dépend 
nullement  de  la  Régence  de  Tunis,  mais  bien  de  celle  d'Alger...  11 
parait  qu'à  l'époque  de  nos  traités  avec  la  Porte,  le  golfe  de  Stora 
appartenait  également  aux  deux  Régences.  » 

(Affaires  étrangères,  O*^  de  Tunis.) 
GUYS  AU  V^  DB  DAIUS. 

1226.  —  Tunis,  27  juin  1825.  —  M.  Wilson,  secrétaire  particulier 

i.  Jean-François-Pierre- Adrien  Dupré,  Vice-Consul  à  Colberg  en  18H,  Consul  i 
Trëbizonde  en  1814,  à  Béne  en  18il  (22  juillet),  à  Larnaca,  puis  à  Salonique  en 
1825,  Consul  général  à  Tripoli  de  Barbarie  en  1830. 


[1825]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  617 

du  marquis  d'Hastings,  gouverneur  de  Malte,  et  M.  Mackensie  sont 
arrivés  dans  Tintention  de  visiter  Tancienae  ville  de  Spitula. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
CHARLES  X  A  HOSSEIN^  BBY  DE  TUNIS. 

1226.  —  Saint-Cloud^  3  juillet  i  825.  —  «  Illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Sidi  Mahmoud,  votre  Envoyé  auprès  de  nous,  s*est  rendu  à  notre 
Cour  impériale  pour  exécuter  la  commission  dont  vous  Tavez  chargé. 
Nous  lui  avons  donné  une  audience  favorable.  Il  nous  a  remis  la 
lettre  que  vous  nous  avez  écrite  et  nous  a  offert  les  présents  que 
vous  nous  avez  destinés.  Nous  les  avons  reçus  avec  plaisir,  nous  vous 
en  remercions,  et  rien  ne  pouvait  nous  être  plus  agréable  que  ces  nou- 
velles marques  de  votre  attachement  pour  notre  personne.  Vous  ne 
devez  pas  douter  non  plus  de  l'intérêt  sincère  que  nous  prenons  à  tout 
ce  qui  vous  regarde  et  du  désir  que  nous  avons  de  rendre  les  liaisons 
des  Français  et  des  Tunisiens  de  jour  en  jour  plus  intimes.  Nous  aimons 
à  vous  en  confirmer  ici  l'assurance,  ainsi  que  celle  de  notre  bienveil- 
lance et  de  notre  considération  particulières.  Sur  ce,  nous  prions  Dieu 
qu'il  vous  ait,  illustre  et  magnifique  Seigneur,  en  sa  sainte  et  digne 

garde.  »  (Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 

LE  B<»  DE  DAMAS  A  HOSSEIN,  BEY  DE  TUNIS. 

1227.  —  -Parts,  4  juillet  1 825.  —  «  Très  illustre  et  magnifique 
Seigneur, 

Sidi  Mahmoud,  votre  Envoyé  auprès  de  l'Empereur  mon  maître, 
m'a  remis,  à  son  arrivée,  la  lettre  que  Hussein-Khodja,  commandant 
de  vos  Mamelouks,  m'a  écrite  par  votre  ordre.  J'ai  lu  avec  beaucoup 
de  satisfaction  les  témoignages  d'amitié  qui  y  sont  exprimés,  et 
rien  n'est  plus  sincère  que  le  désir  que  j'ai  de  m'employer  pour  votre 
service.  Ces  sentiments  sont  conformes  aux  intentions  de  l'Bmpereur, 
et  à  la  confiance  où  est  Sa  Majesté  Impériale  que  vos  bonnes  disposi- 
tions, d'accord  avec  ses  vues,  rendront  de  plus  en  plus  intimes  les 
liaisons  des  Français  et  des  Tunisiens.  Je  serai  flatté  d'en  être  l'heu- 
reux instrument,  et  vous  me  trouverez  disposé,  en  tout  temps,  à  vous 
assurer  les  effets  des  bonnes  grâces  de  Sa  Majesté  Impériale.  J'espère 
que,  de  votre  part,  vous  voudrez  bien  m'en  procurer  tous  les  moyens, 
en  facilitant  de  tout  votre  pouvoir  les  rapports  des  deux  nations  et 
contribuant  ainsi  à  leur  avantage  réciproque. 

J'ai  présenté  à  Sa  Majesté  Impériale  Sidi  Mahmoud,  qui  en  a  reçu 
Taccueil  le  plus  gracieux.  Cet  Envoyé  a  bien  rempli  sa  mission,  et 


618  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1825] 

toute  la  faveur  dont  il  pouvait  être  Tobjet  lui  a  été  accordée  *.  0  a 
éprouvé  d'ailleurs,  dans  le  cours  de  son  voyage  et  pendant  son  séjour 
à  Paris,  les  meilleurs  traitements  et  tous  les  agréments  que,  par  con- 
sidération pour  vous,  il  m'a  été  possible  de  lui  procurer*.  Je  lui  dois  la 
justice  de  déclarer  qu'il  s'est  conduit,  en  tout  point,  de  la  manière  la 
plus  convenable,  et  j'espère  que  vous  serez  satisfait  de  ses  relations. 
Sidi  Mahmoud  sera  ramené  avec  les  mêmes  attentions  à  Toulon,  où 
il  s'embarquera  sur  un  bâtiment  de  Sa  Majesté  Impériale,  dont  le 
commandant  a  ordre  de  le  conduire  à  Tunis.  Je  lui  ai  remis  la  réponse 
de  Sa  Majesté  Impériale,  et  je  n'ai  plus  à  ajouter  aux  expressions  qu'elle 
contient  que  l'assurance  de  mon  attachement  et  de  mon  zèle,  sur  les- 
quels je  vous  prie  de  compter  dans  toutes  les  occasions  où  mes  services 
pourront  vous  convaincre  que  je  suis  plus  que  personne,  très  illustre  et 
magnifique  Seigneur,  votre  parfait  et  sincère  ami.  » 

(Affairée  étrangères^  C*'*  de  Tunià.) 
LE  B<»  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1228.  —  Paris^  15  juillet  1825.  —  L'Envoyé  de  la  Régence  va  se 
rendre  &  Toulon  et  s'embarquera  sur  La  Galatée  qui  le  ramènera  dans 
sa  patrie.  On  n'a  eu  qu'à  se  louer  de  sa  discrétion  et  de  son  urbanité. 
Sidi  Mahmoud  a  présenté  plusieurs  demandes,  entre  autres  celle  d'un 
Consul  tunisien  à  Marseille.  «  Je  me  suis  borné  à  lui  faire  une  réponse 

1.  Liste  des  présents  offerts  à  Sidi  Mahmoud^  Envoyé  extraordinaire  du  Bey  de 
Tunis  à  Paris,  dressée  par  le  Secrétaire-iaterprète  du  roi  Rieffer,  8  juillet  1S25  : 
une  montre  &  répétition  et  sa  chaîne,  une  boite  d'or  ciselée,  12  tasses  de  vermeil 
et  leur  plateau,  un  fusil  de  chasse,  une  paire  de  pistolets,  30  aunes  de  drap  écarUte, 
bleu,  noisette,  etc.,  3  schals,  4  écharpes,  98  aunes  de  satin  cerise,  jaune,  bleu, 
blanc,  rose,  barège,  etc.,  42  aunes  de  damas  cramoisi,  124  aunes  de  batiste,  3  paires 
de  vases  de  porcelaine,  un  cabaret  à  thé  de  12  tasses  et  leur  plateau,  3  douzaines 
de  tasses. 

Présents  pour  Raphaël  Gaëta,  secrétaire  de  VEnvoyé  du  Bey  de  Tunis  :  une  montre 
d'or  à  répétition,  chaîne,  clef  et  cachet,  un  nécessaire  en  argent,  10  aunes  de  drap 
aurore.  5  aunes  de  drap  bleu,  5  aunes  de  drap  vert,  2  aunes  de  drap  blanc,  5  aones 
de  drap  Casimir,  2  schals,  14  aunes  de  satin  jonquille,  14  aunes  de  salin  rose, 
14  aunes  de  satin  bleu,  5  écharpes,  27  aunes  de  moire  argent  et  vert,  12  aunes  de 
batiste. 

Présents  pour  le  Bach-Mamelouk,  premier  ministre  du  Bey  de  Tunis  :  un  nécessaire 
en  vermeil,  6  montres  d'or  à  répétition  et  à  sonnerie,  chaînes  et  clefs,  3  paires  de 
vases  en  porcelaine,  un  cabaret  à  thé  de  12  tasses,  42  aunes  de  draps  multicolores, 

5  schals,  3  écharpes,  2  robes  de  gaze,  12  aunes  de  cachemire,  62  aunes  de  satins 
multicolores,  71  aunes  de  brocarts  de  Lyon,  192  aunes  de  batiste. 

Présents  pour  Sidi  Hossein,  Bey  de  Tunis  :  4  pendules  en  bronze  doré,  un  plateau 
et  12  tasses  en  or  émaillé,  un  coffret  en  racine  de  frêne,  2  nécessaires  à  musique, 

6  paires  de  vases  de  porcelaine,  un  cabaret  à  thé  et  12  tasses,  6  douzaines  de  tasses, 
75  aunes  de  drap,  9  schals,  7  écharpes  multicolores,  8  robes  de  gaze  à  palmes  d'or, 
24  aunes  de  cachemire,  98  aunes  de  satin,  290  aunes  de  damas  et  étoffes  de  Lyon, 
16  coussins  de  velours  violet  et  vert,  48  aunes  de  velours  multicolores,  288  aunes 
de  batiste. 

2.  L'Envoyé  tunisien  fit  partie  du  corps  diplomatique  qui  assista  à  Reims  ao 
sacre  de  Charles  X. 


[1825]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  619 

évasive,  en  lui  donnant  à  entendre  que  la  lettre  du  Bey  dont  il  était 

porteur  n'annonçait  nullement  qu'il  fût  chargé  de  traiter  cette  affaire.  » 

Ci-joint  la  liste  des  présents  destinés  au  Bey.  Jamais  on  n'en   a 

envoyé  de  plus  beaux  à  Tunis.  {Affaires  étrangères,  C^'  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B""»  DE  DAMAS. 

1229.  —  Tunis  y  17  août  1825,  —  La  Galatée,  aux  ordres  de 
M.  Maillard  de  Liscourt  S  est  arrivée  avec  l'Envoyé  du  Bey.  Celui-ci  a  été 
extrêmement  sensible  aux  preuves  d'attachement  de  Sa  Majesté  PEm- 
pereur.  Le  père  de  Mahmoud,  Kiaya  de  la  marine,  a  été  si  satisfait  qu'il 
a  pour  la  première  fois  permis  à  son  fils  de  s'asseoir  devant  lui. 

Le  Bey  a  un  agent  à  Trieste,  mais  TAutriche  n'a  pas  voulu  le  recon- 
naître officiellement  comme  Consul. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B«°  DE  DAMAS. 

1230.  —  Tunis^  20  août  1 825,  —  Rapport  sur  une  insulte  faite  au 
capitaine  Salvat  à  la  Mehedia.  Guys  a  obtenu  la  punition  des  coupables. 

{Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis,) 
GUYS  AU  B*""  DE  DAMAS. 

1231.  —  TuniSy  26  septembre  1825.  —  Le  Bey  prétend  que  l'État 
romain  lui  a  promis  une  redevance  annuelle  de  5,000  fr.,  et  qu'il  a  refusé 
de  traiter  avec  l'Angleterre  pour  la  paix  à  conclure  entre  lui  et  le  Pape. 
Il  n'y  a  rien  à  craindre  pour  le  moment  des  corsaires  tunisiens,  qui 

ne  s'éloignent  pas  de  la  côte.  {Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B"""  DE  DAMAS. 

1232.  —  Tunis j  14  octobre  1 825.  —  L'agent  de  la  «  Compagnie 
anglaise  des  perles  et  des  coraux  »  a  dû  abandonner  sa  méthode  d'ex- 
traction du  corail.  Guys  propose  un  arrangement  avec  les  Anglais  pour 
le  cas  où  ils  obtiendraient  les  concessions  d'Alger. 

{Affaires  étrangères,  (7"  de  Tunis.) 
LE  B^»*"  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1233.  —  Paris,  2  novembre  1 825.  —  Il  le  prie  d'adresser  à  la  Caisse 
des  dépôts  et  consignations  les  fonds  provenant  de  dépôts  antérieurs 
à  1815,  et  dont  le  total  s'élève  à  26,762  piastres. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
GUYS  AU  ^"^  DE  DAMAS. 

1234.  —  Tunis,  5  novembre  1 825.  —  L'agent  anglais  pour  la  pèche 
du  corail,  M.  Thatscher,  est  parti  pour  Londres.  Il  paraît  qu'il  veut 
traiter  avec  la  France  pour  les  concessions  de  Bône. 

(Affaires  étrangères,  C'*  de  Tunis.) 

1.  Louis-Charles  Maillard  de  Liscourt,  de  Langres,  novice  en  1794,  aspirant  en 
1796,  enseigne  de  vaisseau  en  1803,  lieutenant  en  1808,  capitaine  de  frégate  en  1819, 
capitaine  de  vaisseau  en  1824,  décédé  à  Toulon  en  1835. 


620  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1825] 

LE  ^  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1235.  —  Paris  y  i  7  novembre  /  825.  —  Le  Roi  envoie  deux  frégate 
à  Tripoli  pour  demander  la  restitution  d'un  bâtiment  romain.  Ces  fré- 
gates passeront  ensuite  à  Tunis.  «  Vous  voudrez  bien  expliquer  au  Eey 
que  Sa  Sainteté  le  Pape  étant  le  chef  suprême  de  la  religion  de  TÉtat 
en  France,  la  France  lui  doit  son  appui  et  ne  peut  s'empêcher  de  res- 
sentir les  injures  qui  lui  sont  faites,  comme  si  elles  s'adressaient  à  elle- 
même...  La  France  ne  saurait  du  reste  souscrire  à  aucune  redevance 
en  argent  au  profit  de  Tunis.  La  Régence  d'Alger  n'a  pas  balancé  à 
faire  respecter  les  bâtiments  romains,  et  le  Bey  ne  voudra  pas  témoi- 
gner à  la  France  moins  d'amitié  que  le  Dey.  II  faut  obtenir  une  réponse 
catégorique  du  Prince.  Si  cette  réponse  était  de  nature  à  troubler  la 
bonne  intelligence  qui  règne  entre  les  deux  pays,  ce  ne  serait  pas  le 
gouvernenient  du  Roi  mais  bien  la  Régence  de  Tunis  qui  prendrait 
toute  la  responsabilité  des  conséquences...  » 

(Affaires  étrangèreSy  C***  de  Tunis.) 
LE  B<»  DE  DAIUS  A  GUYS. 

1236. —  Paris^  29  novembre  1825,  —  Si  le  Bey  tient  à  avoir  un 
ingénieur  pour  ses  travaux  de  La  Goulette,  il  doit  allouer  au  moins 
4,500  fir.  de  traitement  et  a,000  fr.  de  frais  fixes.  Si  la  somme  qu'il 
offrira  se  rapproche  de  celle-ci,  le  gouvernement  du  Roi  acquittera  la 

« 

différence.  {Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 

LE  B"*  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1237.  —  Paris,  6  décembre  1 825,  —  «  Vous  ne  devrez  épargner 
aucune  recherche  pour  bien  constater  les  limites  de  nos  eaux  et  de 
notre  territoire  du  côté  de  la  Régence  de  Tunis...  Vous  engagerez  le  Bey 
à  insister  comme  de  lui-même,  auprès  des  Anglais  concessionnaires 
de  la  mer  de  Tunis,  sur  la  nécessité  de  respecter  nos  limites... 

Je  dois  vous  faire  connaître  que  Sa  Majesté  a  bien  voulu  approuver, 
le  31  juillet  dernier,  le  traité  de  commerce  signé  par  le  Bey  de  Tunis 
et  vous,  le  15  novembre  1824.  Quant  à  la  convention  supplémentaire 
arrêtée  le  21  mai  précédent,  comme  une  loi  est  nécessaire  pour  assurer 
le  payement  de  créances  qui  en  est  la  suite,  le  Roi  ne  pourra  prendre  à 
cet  égard  de  détermination  qu'avec  le  concours  des  deux  Chambres.  • 

(Affaires  étrangères,  C^'  de  Tunis,) 
GUYS  AU  B<»   DE  DAMAS. 

1238.  —  Tunis,  27  décembre  1 825,  —  M.  Duchenoud  *  vient  d'arriver 
ainsi  que  trois  Capucins  siciliens. 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  615. 


[1826]  AVEC  LÀ  COUR  DE  FRANGE  621 

Un  brick  hollandais  a  amené  de  Marseille  M.  Henri  Nyssen,  nommé 
Vice-Consul  de  Hollande  en  cette  résidence.  Il  a  rapporté  le  brevet  de 
Consul  général  à  son  père,  nommé  à  la  place  de  son  frère  décédé  à  Mar- 
seille lorsqu'il  revenait  à  son  poste.  Guys  demande  le  portrait  du  Roi 
pour  décorer  le  salon  du  Consulat  de  France. 

(Affaires  étranghrts^  C***  de  Tunis,) 
6UTS  AU  BO»  DE  DAMAS. 

1239.  —  7\inw,  13  janvier  i  826.  —  Il  résulte  des  renseignements 
qu'il  a  pu  recueillir  que  les  concessions  sont  une  propriété  delà  France 
antérieurement  acquise  à  l'établissement  des  gouvernements  actuels 
d'Alger  et  de  Tunis,  et  non  une  ferme  révocable  à  terme  fixe...  Guys 
voudrait  proposer  une  combinaison  qui  allégerait  les  charges  du  gou- 
vernement sans  dénaturer  ses  droits,  et  éviterait  les  sujets  de  contes- 
tation ;  c'est  pour  ce  motif  qu'il  voudrait  obtenir  pour  nos  bateaux  le 
droit  de  pèche  jusqu'à  la  limite  du  Cap  Nègre.  Dans  les  trois  derniers 
traités  (1781,  1782  et  1790)  de  la  Compagnie  d'Afrique,  la  pèche  lui  fut 
concédée  depuis  Tabarque  jusqu'aux  confins  de  Tripoli.  Ducbenoud  n'a 
rien  trouvé  de  nouveau  sur  le  golfe  d'Usturgha. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
MARCESCUEAU  *  AU  B<»    DE  DAMAS. 

1240.  —  Sousse,  i  8  janvier  i  826.  —  Rapport  sur  son  voyage  dans 
l'intérieur  de  la  Régence  avec  Mustapha-Bey  : 

«  ...  ATozeur  il  a  appris  que  M.  Wilson,  secrétaire  du  gouvernement 
de  Malte,  a  présenté  au  Bey  un  projet  de  colonisation  dont  voici  les 
principales  dispositions  : 

l^*  Une  colonie  maltaise  aurait  la  permission  de  s'établir  sur  un  terri- 
toire voisin  de  la  côte  et  choisi  d'un  commun  accord  ; 

2^  Elle  pourrait  y  bâtir  une  ville  sur  laquelle  flotterait  le  pavillon 
anglais  ; 

3^  Elle  ne  reconnaîtrait  d'autre  autorité  que  celle  d'un  gouverneur 
qui  serait,  pour  la  nature  de  ses  relations  avec  le  Bey,  assimilé  aux 
Consuls; 

4<^  Si  quelqu'un  des  colons  se  rendait  coupable  de  commerce  avec  les 
femmes  moresques,  il  ne  serait  justiciable  que  d'un  tribunal  mixte  ins- 
titué à  cet  effet,  et  ne  pourrait  en  aucun  cas  être  condamné  à  mort 
pour  un  délit  de  cette  nature. 

Il  est  à  croire  que  cette  proposition  était  appuyée  de  la  promesse  de 
quelque  bonne  somme  d'argent,  car  on  m'a  assuré  qu'elle  eût  été 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  614. 


622  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1826] 

acceptée  sans  Topposition  vive  et  énergique  de  Mustapha-Bey,  qu'indi- 
gnaient surtout  le  second  et  le  quatrième  de  ces  articles.  » 

(Affaire8  étrangères^  C»"*  de  Tunis:) 
LE  B«"  DB  DAIUS  A  GUTS. 

1241.  —Paris,  28  février  1826.  —  Le  Dey  d'Alger  a  élevé  la  préten- 
tion de  rendre  les  Puissances  européennes  responsables  des  dommages 
soufferts  par  des  Algériens  sur  les  navires  de  ces  Puissances,  d'après  le 
principe  :  le  pavillon  couvre  la  marchandise. 

(c  Mais  le  résultat  de  cette  maxime  de  droit  maritime  est  seulement 
de  mettre  les  cargaisons  couvertes  d*un  pavillon  neutre  à  l'abri  des 
atteintes  des  belligérants,  et  non  d'imposer  à  un  gouvernement  neutre 
l'obligation  d'indemniser  des  sujets  étrangers  des  pertes  qu'ils  peuvent 
avoir  éprouvées  en  mer,  sous  son  pavillon...  Guys  exposera  ces 
réflexions  aux  Tunisiens. 

M.  Thatscher,  qui  est  à  Paris,  a  demandé  au  Ministre  si  le  gouverne- 
ment français  serait  disposé  à  conclure  avec  lui  un  arrangement, 
moyennant  lequel  sa  Compagnie  obtiendrait  le  droit  de  pèche  sur  les 
côtes  algériennes.  J'ai  répondu  à  M.  Thatscher  que  le  traité  dont  il 
parlait  n'était  point  expiré  et  que  sa  durée  était  au  contraire  illimitée, 
mais  qu'il  pouvait  compter  que  les  bateaux  de  la  Compagnie  anglaise 
seraient  admis  sous  des  conditions  absolument  semblables  à  celles  qui 
seraient  appliquées  aux  autres  étrangers.  Or  il  est  constant  qu'une  de 
ces  conditions  sera  de  n'employer  aucun  des  procédés  particuliers  dont 
se  servent  les  bateaux  de  M.  Thatscher^,  et  que  par  conséquent  la 
promesse  que  je  lui  ai  faite  ne  saurait  offrir  aucun  danger...  » 

Guys  est  autorisé  à  prendre  sous  sa  protection  les  sujets  du  Saint- 
Siège.  {Affaires  étrangères^  C"»  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B^^  DE  DAMAS. 

1242.  —  Tunis,  2  mars  i  826,  —  M.  Thatscher  vient  de  lui  faire  noti- 
fier que  la  pèche  du  corail  sera  libre  cette  année  pour  toutes  les  nations. 
La  redevance  par  bateau  est  fixée  par  lui  à  50  piastres  fortes  et  une 
rotte  (une  livre  poids  de  marc  de  corail).  11  est  probable  qu'il  résiliera 

son  bail  à  la  fin  de  l'année.  {Affaires  étrangères,  C»«  de  Tunis,) 

1243.  —  Tunis,  14  mars  /  826.  —  Note  présentée  par  le  Consul  géné- 
ral Guys  à  Hossein-Bey,  demandant  que  la  navigation  des  bâtiments 
romains  soit  respectée,  les  Régences  d'Alger  et  de  Tripoli  ayant  favora- 
blement accueilli  cette  proposition. 

{Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis.) 

1.  Les  Anglais  faisaient  la  pèche  à  la- drague;  ils  enlevaient  ainsi,  dit  le  Consul 
Guys,  non  seulement  le  corail,  mais  encore  les  pierres  sur  lesquelles  il  se  reprodaîsait. 


[1826]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  623 

DÉCLARATION  DU  BEY  DB  TUNIS  EN  FAVEUR  DES  ÉTATS  ROMAINS. 

1244.  —  Tunis^  14  mars  i  S26.  —  «  Comme  Sa  Majesté  le  très  magni- 
fique et  très  puissant  Empereur  de  France  Charles  X,  notre  allié,  nous 
a  demandé  par  l'entremise  de  son  Consul  général  et  Chargé  d'affaires, 
muni  de  pleins  pouvoirs,  que  lorsque  les  bâtiments  de  la  Régence  de 
Tunis  rencontrent  des  navires  romains,  ils  ne  commissent  envers  eux 
aucun  acte  d'hostilité,  mais  qu'ils  agissent  au  contraire  conformément 
à  ce  qu'exigent  la  paix  et  la  bonne  intelligence,  et  que  les  sujets 
romains  résidant  dans  le  royaume  de  Tunis  fussent  considérés  comme 
étant  sous  la  protection  du  Consul  de  France  et  qu'ils  jouissent  des 
faveurs  et  privilèges  attachés  à  ce  titre  ;  voulant  donner  à  la  Cour  de 
France  une  preuve  de  notre  vif  et  sincère  attachement  et  être  agréable 
à  Sa  Majesté,  la  Régence  de  Tunis  accède  et  se  conformera  à  la  demande 
qui  lui  a  été  adressée  en  faveur  de  la  navigation  romaine  et  des  sujets 
romains  résidant  à  Tunis,  tant  que  subsisteront  la  paix  et  la  concorde 
qui  existent  présentement  entre  la  Cour  de  France  et  la  Régence  de 
Tunis.  » 

{Sceau)  {V original  est  aux  Affaires  étrangères ,  C'*'  de  Tunis,) 

GUYS  AU  Roo  DE  DAMAS. 

1245.  —  Tunis^  15  avril  1 826»  —  Le  port  de  La  Goulette  est  si 
bien  ensablé  que  le  Bey  renoncera  peut-être  à  faire  venir  un  ingénieur. 
Le  comte  d*Âugier  ^  lui  a  envoyé  le  dessin  d'une  machine  à  vapeur 
employée  à  Liverpool.  M.  Mauby,  qui  a  installé  une  fabrique  à  Cha- 
renton,  près  de  Paris,  pourrait  en  fournir  une  pareille  au  Bey. 

(Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis,) 
LE  D^*'  DE  DAMAS  A   GUYS. 

1246.  —  PariSy  5  mat  1 826.  —  Dans  le  budget  des  dépenses  des 
établissements  français  en  Levant  et  en  Barbarie  pour  1826,  l'Échelle  de 
Tunis  se  trouve  comprise  pour  10,549  fr.  20  qui  seront  employés  aux 
réparations  de  la  maison  consulaire. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 

1247.  —  Tunis,  7  mai  1 826.  —  Rapport  de  M.  Marcescheau,  Vice- 
Consul,  au  baron  de  Damas,  intitulé  :  Réflexions  sur  le  commerce  de 

Marseille  avec  la  Barbarie.  {Affaires  étrangères,  C*"rfc  Tunis,) 

1.  François- H  en  ri-Eugène,  comte  d'Augier,  de  Courtezon  (Vaucluse),  garde  de  la 
marine  en  1782,  lieutenant  de  vaisseau  en  1789,  destitué  comme  noble  en  1794, 
réintégré  en  1795,  capitaine  de  vaisseau  la  même  année,  chef  de  division  en  1796, 
membre  du  Tribunal  en  1801,  Préfet  maritime  À  Lorient  en  1809,  contre-amiral 
en  1814,  créé  comte  la  même  année  (6  septembre),  commandant  de  la  marine  et 
Lorient  en  1816,  à  Rochefort  la  même  année.  Député  en  1816,  vice-amiral  en  1825, 
commandant  de  la  marine  à  Toulon  en  1826,  membre  du  Ck)n8eil  d'Amirauté  en  1827, 
décédé  en  activité  de  service  à  Paris  en  1834  (52  ans  de  services). 


624  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1826] 

1248.  —  Tunis,  i''  juin  i  826.  —  État  des  Agences  dépendaDt  du 
Consulat  général  de  France  à  Tunis  : 

La  Goulette,  —  Titulaire  :  Joseph-Gaspard  Gaspary,  Français,  nommé 
par  M.  Devcize  le  15  septembre  1815.  Il  a  succédé  à  son  père  qui  était 
précédemment  à  Porto-Farine  depuis  1788. 

Bizerte  —  Titulaire  :  Gosme  Bottari,  Français,  nommé  par  De  Gh&r 
teauneuf  le  12  juillet  1789. 

Sousse^  Monastir  et  Mehedia.  —  Titulaire  :  Jérôme  Saccoman,  Fran- 
çais, nommé  par  M.  Malivoire,  le  15  mai  1822. 

Sfax.  —  Titulaire  :  Jean  Quejrolo,  Sarde,  nommé  par  Guys  le 
24  octobre  i824. 

Djerba.  —  Titulaire  :  Sidi  Mustapha-ben-Ibrabim,  négociant  arabe, 
nommé  par  Guys  le  30  octobre  1824  ^ 

{Affairet  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
GUYS  AU  fio"  DE  DAMAS. 

1249.  —  Tunis,  2  juin  i  826.  —  Il  vient  d*avoir  un  entretien  avec 
le  Bey  sur  les  limites  de  la  pèche  du  corail.  Ce  Prince  lui  a  déclaré 
qu*il  ne  pouvait  se  persuader  que  le  gouvernement  de  TËmpereur 
voulût  favoriser  la  Régence  d*Âlger  à  ses  dépens,  que  c'était  le  faire 
que  de  lui  contester  un  territoire  qui  lui  appartenait...  Guys  répondit 
qu'il  était  constant  que  la  France  avait  été  reconnue  propriétaire  de  la 
côte  jusques  auprès  de  Tabarque,...  que  pour  le  territoire  entre  le  cap 
Rose  jusqu'à  TGued-el-Harg,  le  Bey  était  seigneur  suzerain  et  non  pro- 
priétaire. Ali-Pacha  et  Hamouda-Pacha  y  ont  exercé  leurs  droits  de 
suzeraineté,  mais  ils  n'ont  rien  changé  dans  leurs  traités  avec  la 
C*^  Royale  d'Afrique  à  la  limite  de  la  pèche,  toujours  fixée  à  Tabarque. 
Soliman-Kiaya,  dans  une  lettre  à  Malivoire,  exposa  également  que  le 
cap  Rose  fut  de  tous  temps  la  limite  de  la  pèche  tunisienne. 

Guys  a  correspondu  en  arabe  avec  le  Bardo.  Ducbenoud  s'exprime 
avec  clarté  et  élégance,  néanmoins  il  désirerait  avoir  les  dictionnaires 
de  Meninski  et  de  Golino,  les  meilleurs  auteurs  à  consulter  pour  l'expres- 
sion et  la  signification  propre  du  langage. 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
GUYS  AU  Bon  DE  DAMAS. 

1250.  —  Tunis,  2i  juillet  i 826.  —  Il  demande  une  augmentation 
de  traitement.  L'Échelle  de  Tunis  est  une  des  plus  importantes,  et 
la  dépense  obligée  du  Consul  est  considérable.  11  a  une  indemnité  pour 
l'entretien  des  voitures,  mais  cette  dépense  va  devenir  encore  plus 
grande,  car  le  Consul  d'Angleterre  veut  avoir  une  voiture  à  quatre 

1.  Voy.  la  note  4,  p.  554. 


[18S6]  AVEC  LA  COUR  BE  PRANGE  625 

roues,  et  le  Ck)nsul  de  France  ne  peut  faire  moins.  Les  Consuls  d'Angle- 
terre et  de  Sardaigne  ont  25,000  francs  de  traitement... 

(Affairée  étrangèrei^  C^  de  Tunis.) 
6UTS  AU  B<^"  DE  DAMAS. 

1251.  —  TuniSf  2  août  1S26,.  —  M.  Nyssen,  Consul  des  Pays-Bas, 
de  Toscane  et  agent  d'Autriche,  réclame  un  droit  de  50  piastres  pour 
chaque  car^aièoh  apportée  ou  envoyée  sur  un  navire  soumis  à  sa  juri- 
diction. Divers  négociants  français  ont  refusé  de  le  payer.  Guys  leur  a 
ordonné  d'acquitter  le  droit,  mais  le  député  de  la  nation,  le  sieur 
Monge,  a  protesté,  et  a  écrit  au  Ministre  que  l'autorité  de  Nyssen  ne 
s'étendait  nullement  sur  les  marchandises,  mais  seulement  sur  les 

navires  *.  (Affaires  étrangères^  C^^  de  Tunis,) 

GUYS  AU  B*^  DE  DAMAS. 

1252.  -^  Tunis,  25  août  i  826,  —  «  Aperçu  ou  terme  moyen  annuel 
des  dépenses  ordinaires  de  l'Échelle  de  Tunis,  réparties  jusqu'à  ce  jour 
à  raison  du  loyer  entre  les  divers  locataires  qui  occupent  le  Fondouk 
français.  » 

1.  —  Dépensez  du  Fondouk.  Piastrea. 

Salaire  pour  nettoyage  et  éclairage,  18  p.  1/2  par  mois.  222 

Huile  à  brûler 140 

Salaire  pour  balayage  public  des  immondices,  10  p. 

par  mois 120 

Réparation  et  entretien  des  murs  extérieurs  du  Fondouk 

et  blanchissage  des  terrasses  et  galeries 500 

Entretien  des  conduites  d'eau 100 

Entrelien  du  pavé  des  cours,  évalué  1/6  de  la  dépense 

d'un  pavage  général 400 

Entretien  des  carreaux  des  galeries,  évalué  1/6  de  la 

dépense  d'un  nouveau  carrelage 125 

Frais  divers 150 

1.757 
//.  —  Dépenses  nationales. 

Frais  de  bateaux  des  courriers 300 

Loyer  de  la  maison  nationale  à  Bizerte 500 

Entretien  d'un  Janissaire  chargé  des  affaires  de  com- 
merce des  négociants 300 

A  reporter 2.857 

1.  Voy.  la  correspondance  échangée  à  ce  sujet  entre  Giiys  et  Nyssen,  agent 
d'Autriche  à  Tunis,  en  janvier  1827.  (Affaires  étrangères,  C»*»  de  Tunis.) 

40 


636       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS      [1826'. 

Pûatres. 

Beport 2.857 

Dépenses  d'utilité  générale 50 

Secours  à  des  familles  françaises  indigentes  et  à  des 

chrétiens  de  diverses  nations 2.000 

Total  en  francs  :  6.379,  10,  ou  en  piastres.    .   .     4.907 

{Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 
LE  B<^  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1253.  —  PariSy  26  septembre  1  826.  —  «  ...  Je  ne  saurais  approuver 
Tordre  que  vous  avez  donné  à  des  négociants  français  de  votre  rési- 
dence de  payer  à  M.  Nyssen,  Consul  général  des  Pays-Bas  et  agent 
d'Autriche,  les  droits  qu'il  leur  a  demandés  pour  des  marchandises 
qu41s  avaient  fait  apporter  à  Tunis  par  navires  autrichiens... 

Lors  même  que  les  prétentions  de  M.  Nyssen  ne  seraient  pas  inad- 
missibles en  principe,  elles  le  seraient  par  cela  seul  que  rautorisation 
dont  il  les  appuie,  et  qui  pouvait  leur  donner  à  ses  propres  yeux  une 
apparence  de  légalité,  n'existait  plus  au  moment  où  il  les  a  formulées. 
En  effet,  ce  Consul,  quoique  agissant  comme  agent  d'Autriche,  ne  se 
fonde  que  sur  les  usages  du  Consulat  de  Hollande  et  sur  le  consente- 
ment des  autorités  hollandaises.  Or  le  gouvernement  des  Pays-Bas  a 
supprimé  les  taxes  et  aggravations  sur  le  commerce  du  Levant... 

Vous  voudrez  bien  engager  ce  Consul  à  restituer  à  nos  négociants  le 
montant  des  droits  contre  le  payement  desquels  ils  ont  protesté  et 
qu'ils  n*ont  acquitté  que  par  votre  ordre.  11  est  d*autant  plus  probable 
que  M.  Nyssen  y  consentira  qu'en  soutenant  cette  discussion,  il  n'avait 
sans  doute  pas  connaissance  de  l'abolition  des  taxes  précédemment 
autorisées  par  le  gouvernement  hollandais.  Dans  le  cas  cependant  où 
il  s'y  refuserait,  je  vous  prie  de  m'en  informer  immédiatement,  ainsi 
que  des  motifs  de  son  refus,  et  d'en  écrire  également  à  M.  l'ambassa- 
deur <iu  Roi  à  Gonstantinople  qui  fera  auprès  de  l'Internonce,  dont 
M.  Nyssen  tient  les  pouvoirs  comme  agent  d'Autriche,  les  démarches 
nécessaires  pour  que  nos  négociants  obtiennent  restitution.  » 

(Affaires  étrangères,  (7**  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B^""  DE  DAMAS. 

1254.  —  Tunis,  5  octobre  i  826.  —  Le  contre-amiral  de  Rigny  *  a 

1.  Henri -Marie-Daniel  Gaultier,  chevalier  de  Rigny,  de  Toul,  novice  en  1797, 
aspirant  en  1798,  enseigne  -de  vaisseau  en  1803,  lieutenant  en  1809,  capitaine  de 
frégate  en  1811,  capitaine  de  vaisseau  en  1816,  contre-amiral  en  1825,  vice-amiral 
en  1827,  fait  comte  en  1829,  en  raison  de  la  bataille  de  Navarin,  membre  du 
Conseil  des  ministres,  décédé  en  1835. 


[1827]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  627 

sauvé  de  la  mort  200  Hadjîs  tombés  aux  mains  des  Grecs.  Parmi  eux 
se  trouvaient  50  Maures  de  Tunis,  qui  ont  parlé  au  Bey  de  leur  recon- 
naissance  pour  le  service  qui  leur  était  rendu. 

(Affaires  étrangèreSj  C*'*  de  Tunis,) 
GUYS  AU  B<"'  DE  DAMAS. 

1255.  —  Tunisy  i  7  novembre  i  826,  —  Le  cardinal  délia  Somaglia, 
Préfet  de  la  Propagande,  a  écrit  deux  lettres  au  Père  missionnaire 
Gaëtano  de  Nicosia,  Capucin  de  Thospice  de  Tunis,  pour  qu'il  prenne 
des  informations  sur  l'état  des  négociations  relatives  aux  hostilités 
commises  envers  les  bâtiments  et  les  sujets  de  .Sa  Sainteté  par  les 
Algériens.  «  Il  est  informé  que  la  Cour  de  Rome  a  vu  avec  le  plus 
grand  étonnement  et  un  vif  déplaisir  que  le  Consul  général  de  Naples 
se  soit  permis  d'exciter  Tavidité  du  gouvernement  algérien,  et  de  donner 
lieu  à  des  hostilités  en  promettant,  au  nom  de  son  souverain,  d'obtenir 
une  contribution  de  30,000  piastres  fortes  pour  le  prix  de  la  paix...  » 

(Affaires  étrangères^  C"  de  Tunis,) 
GUYS  AU  B'"''   DE  DAMAS. 

1256.  —  TuniSy  i  S  novembre  i  826,  —  Il  annonce  l'arrivée  de  plu- 
sieurs négociants  français,  disposés  à  s'établir  à  Tunis  :  MH.  Vangaver, 
cautionné  par  la  maison  respectable  de  MM.  Roux  frères,  dont  l'un  est 
député  de  Marseille  à  la  Chambre;  Félix  Authier,  de  la  maison  Soulia, 
et  Authier  de  Toulouse;  Jean  Demeure  Debillow,  de  Saint-Ëtienne ; 
Martin  Rivaltz,  de  l'Aude,  étetbli  ici  avec  le  sieur  Cassan,  et  Louis  Robert, 
de  Brignolles. 

Il  signale  en  outre  la  récente  arrivée  à  Tunis  d'un  sieur  Bineau,  ancien 
élève  de  l'Ëcole  polytechnique,  commissaire  des  poudres  et  salpêtres 
sous  l'Empire,  entraîné  à  Tunis  lors  du  passage  à  Marseille  d'Hassuna 
Morali  en  1822.  Il  s'est  engagé  à  fabriquer  de  la  poudre  pour  la  Régence, 
et  vient  d'épouser  la  nièce  du  Consul  de  Danemark,  M'^"  Glorfeldt. 

(Affaires  étrangeresy  C*'*  de  Tunis,) 
LE  B^""  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1257.  —  ParUy  6  janvier  i  827,  —  «  C'est  bien  sous  le  prétexte 
d'une  médiation  que  le  Consul  de  Naples  aurait  exercée  au  nom  de  sa 
Cour  entre  le  Saint-Siège  et  la  Régence  d'Alger,  et  en  alléguant  que, 
jusqu'à  la  conclusion  d'un  traité  de  paix,  la  Régence  était  libre  de  faire 
la  guerre  au  gouvernement  romain;  c'est,  dis-je,  sous  d'aussi  vains  pré- 
textes que  le  Dey  d'Alger  a  recommencé  les  hostilités  contre  le  pavillon 
romain.  Mais  la  promesse  solennelle  qu'il  avait  faite  de  le  respecter  ne  lui 
laisse  aucun  moyen  de  justifier  sa  conduite,  et  la  prétendue  médiation 
de  Naples  n'est  qu'une  intrigue  qu'il  a  imaginée  lui-même  ou  à  laquelle 


628  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1827, 

il  s'est  prêté  avec  complaisance  pour  déguiser  Todieux  de  ses  procédés 
envers  la  France  et  le  Saint-Siège.  Il  a  donné  la  mesure  de  ses  inten- 
tions, en  refusant  de  restituer  les  bâtiments  romains  capturés  par  ses 
corsaires  et  en  déclarant  que  le  gouvernement  pontifical  n'obtiendrait 
la  paix  qu'en  s'obligeant  par  un  traité  à  lui  payer  une  subvention; 
mais  le  gouvernement  du  Roi  ne  tolérera  point  une  conduite  et  des 
prétentions  si  contraires  à  la  foi  jurée  et  n'hésitera  point  à  prendre, 
pour  obtenir  satisfaction,  le  parti  qui  convient  à  l'honneur  et  à  la  dignité 
de  la  France. 

Le  langage  que  le  Bey  de  Tunis  vous  a  tenu  au  sujet  des  événe- 
ments d'Alger  vous  faisait  craindre  avec  raison  qu'il  ne  fût  tenté 
d'imiter  le  chef  de  cette  Régence.  Des  rapports  que  le  Consul  de  Naples 
à  Tunis  a  adressés  à  son  gouvernement,  et  dont  la  Cour  des  Deux- 
Siciles  s'est  empressée  de  donner  connaissance  à  celle  de  Rome,  ne 
semblent  laisser  aucun  doute  à  cet  égard.  11  résulte  de  ces  rapports 
que  le  Bey  de  Tunis,  ayant  mandé  le  Consul  napolitain,  lui  aurait  déclaré 
qu'à  l'exemple  du  Dey  d'Alger,  il  allait  exiger  du  Saint-Siège  le  paye- 
ment d'une  contribution,  menaçant,  en  cas  de  refus,  de  recommencer 
la  course  contre  le  pavillon  romain.  11  aurait  même  engagé  le  Consul 
à  se  porter  pour  médiateur  entre  la  Régence  et  le  gouvernement  pon- 
tifical et  à  négocier  un  arrangement  conforme  à  ses  prétentions.  Mais 
cet  agent  s'y  serait  refusé,  en  faisant  observer  qu'il  n'en  avait  ni  les 
instructions  ni  les  pouvoirs  nécessaires. 

Quoi  qu'il  en  soit,  vous  voudrez  bien  adresser  au  Bey  de  nouvelles  et 
fortes  représentations  sur  la  nécessité  d'observer  fidèlement  rengage- 
ment qu'il  a  pris  de  ne  point  inquiéter  la  navigation  romaine.  Cet 
engagement  résulte  de  la  déclaration  solennelle  qu'il  a  signée  le 
14  mars  dernier;  il  ne  mit  point  alors  de  condition  à  ses  promesses,  et 
en  les  énonçant  de  la  manière  la  plus  positive,  il  n'a  nullement  fait 
pressentir  qu'il  ne  les  regarderait  comme  obligatoires  qu'après  la  con- 
clusion d'un  traité  de  paix  entre  la  Régence  de  Tunis  et  le  Saint-Siège. 
Sa  déclaration  a  tout  le  caractère  et  toute  la  force  d'une  transaction  de 
ce  genre,  et  les  devoirs  qu'elle  lui  impose  subsistent  dans  toute  leur 
étendue.  Vainement  il  s'appuierait  sur  l'exemple  du  Dey  d'Alger  pour 
élever  les  mêmes  prétentions  ou  pour  tenir  une  conduite  semblable. 
Les  actes  hostiles  auxquels  ce  dernier  s'est  porté  sont  une  infraction 
manifeste  aux  engagements  les  plus  formels,  et  ce  manque  de  foi  ne 
saurait  en  motiver,  encore  moins  en  justifier  un  autre  de  la  part  du 
Bey  de  Tunis. 

Il  est  une  autre  observation  que  vous  avez  déjà  présentée  au  Bey  et 


[18271  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  629 

sur  laquelle  vous  ne  pouvez  trop  appuyer,  c'est  que  la  France  saura 
faire  respecter  les  obligations  qu'on  a  contractées  envers  elle  et  qu'elle 
ne  laissera  point  impunies  les  atteintes  qu'y  porterait  la  mauvaise  foi. 
Vous  ajouterez  que  le  Roi  aime  cependant  trop  à  compter  sur  les  sen- 
timents de  déférence  et  d'amitié  dont  le  Bey  Hossein-Pacha  lui  a  déjà 
donné  des  témoignages,  ainsi  que  sur  les  rapports  satisfaisants  qui  sub- 
sistent entre  les  deux  pays,  pour  croire  que  ce  Prince  veuille  en  com- 
promettre la  bonne  harmonie  en  violant  sans  motif  une  promesse 
solennellement  jurée  ;  qu'au  surplus,  s'il  en  était  ainsi,  le  Roi  sau- 
rait user  des  moyens  qui  sont  en  son  pouvoir  pour  réprimer  toute 
insulte  à  sa  dignité,  et  pour  couvrir  de  sa  puissante  protection  les  inté- 
rêts d'un  gouvernement  au  Chef  duquel  elle  est  unie  par  le  double  lien 
de  la  religion  et  de  l'amitié. 

Vous  aurez  soin  d'ailleurs  de  faire  remarquer  que  ces  observations 
s'appliquent  également  à  la  conduite  tenue  par  le  Dey  d'Alger,  dont  il 
serait  possible  que  l'impunité  actuelle  fût  pour  le  Bey  de  Tunis  un 
motif  d'encouragement  et  de  confiance.  Il  sera  bon  de  lui  faire  entendre 
que  la  France  ne  perd  pas  de  vue  ses  justes  griefs  contre  Alger,  et 
qu'elle  ne  tardera  point  à  exiger  la  satisfaction  qui  lui  est  due.  Enfin, 
puisqu'il  faut  revenir  encore  sur  une  question  que  tout  devait  faire 
considérer  comme  décidée,  vous  insisterez  pour  que  le  Bey  s'explique 
d'une  manière  positive  et  catégorique  sur  ses  intentions,  et  vous 
mettrez  tous  vos  soins  à  obtenir  le  renouvellement  de  la  promesse 
qu'il  a  déjà  faite  de  respecter  la  navigation  du  Saint-Siège. 

...  Je  remarque  que  les  Consuls  de  Sa  Majesté  près  les  Régences  entre- 
tiennent souvent,  soit  avec  le  Secrétaire  d'Ëtat  de  Sa  Sainteté,  soit  avec 
la  Propagande,  une  correspondance  directe  sur  des  matières  politiques 
et  religieuses.  Ces  communications  peu  régulières  entraînent  plusieurs 
inconvénients  dont  il  importe  de  prévenir  le  retour.  Elles  embarrassent, 
en  certains  cas,  le  gouvernement  romain  lui-même,  qui  ne  saurait 
leur  reconnaître  une  attache  officielle.  Elles  rendent,  parfois,  la  posi- 
tion de  l'ambassadeur  de  France  à  Rome  désagréable  et  fausse,  en  le 
mettant  dans  le  cas  d'apprendre  du  Saint-Siège  des  informations  qu'il 
serait  plus  naturellement  appelé  à  lui  donner.  Enfin,  comme  la  Propa- 
gande recueille  sans  les  communiquer  les  motions  ou  les  demandes  qui 
lui  sont  adressées,  l'ambassade  du  Roi  se  trouve  ainsi  privée  d'infor- 
mations utiles  dont  elle  pourrait  faire  usage  pour  le  bien  du  service. 

C'est  donc  à  la  fois  dans  un  esprit  de  convenance  et  dans  le  but  de 
remédier  à  ces  inconvénients  que  je  crois  devoir  vous  inviter  à  ne  cor- 
respondre désormais  avec  le  Ministère  romain  ou  avec  la  Propagande 


630  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1827] 

que  par  Tentremise  de  Tambassade  du  Roi,  à  laquelle  vous  voudrez 
bien  adresser  des  renseignements  directs  sur  les  faits  qui,  dans  des 
circonstances  urgentes  et  particulières,  pourraient  intéresser  le  Saint- 
Siège  ou  la  France  en  raison  de  ses  rapports  avec  la  Cour  de  Rome...  » 

(Affaires  étrangères^  C'*  de  Tunis.) 
GUTS  AU  B<»  DE  DAMAS. 

1258.  —  Tunù,  14  janvier  iS27.  —  La  communication  indiscrète 
des  lettres  reçues  par  le  missionnaire  capucin,  et  dans  lesquelles  il  était 
question  de  Tingérence  du  Consul  de  Naples  à  Alger  dans  les  affaires 
du  Saint-Siège,  avait  inspiré  au  Bey  de  Tunis  le  désir  de  savoir  «  si  la 
France  avait  abandonné  la  cause  des  Romains  et  sur  quelles  bases  était 
fondée  la  nouvelle  négociation  que  le  gouvernement  napolitain  parais- 
sait avoir  entreprise  ».  La  réponse  de  M.  le  chevalier  de  Martine  a  sans 
doute  éclairci  ses  doutes,  et  il  n'en  a  plus  été  question. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 
GUYS  AU  B^"  DK  DAMAS. 

1259.  —  Tunis,  17  janvier  1827.  —  M.  Pierre  Gay,  actuellement  à 
Marseille  où  il  va  épouser  Mlle  Blancard,  a  été  élu  député. 

Guys  voit  avec  peine  les  Sardes  en  concurrence  avec  les  Français 
pour  la  navigation  entre  Tunis  et  Marseille.  Ces  derniers  se  contentent 
de  3  francs  là  où  les  Français  exigent  5  et  5  1/2. 

[Affaires  étrangères,  C^*  de  Tunis.) 
GUTS  AU  B<»  DE  DAMAS. 

1260.  —  Tunis,  7  février  1827.  —  Le  Consul  de  Sardaigne  avait 
offert  au  Bey  30,000  piastres  fortes  pour  la  pèche  du  corail  suivant  les 
anciennes  limites.  L'offre  a  été  rejetée. 

Le  droit  de  2  0/0  frappant  les  importations  d'huile  faites  à  Marseille 
par  des  étrangers,  calculé  sur  un  ancien  tarif,  n'est  plus  en  réalité  que 

de  1/2  0/0.  (Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B<>»  DE  DAMAS. 

1261.  —  Tunis,  1 0  février  1 827.  — La  conduite  du  Bey  de  Tunis  dans 
la  question  du  pavillon  romain  est  plus  réservée  et  plus  conciliante  que 
celle  du  Dey  d'Alger.  Son  intérêt  lui  commande  de  maintenir  des  rela- 
tions amicales  avec  la  France,  qui  fait  la  plus  importante  partie  du  com- 
merce de  ses  produits,  si  nécessaire  à  son  existence.  Guys  demande  la 
permission  de  suspendre  la  démarche  que  le  Ministre  le  charge  de  faire 
auprès  du  Bey.  Ce  serait  inspirer  des  doutes  sur  la  validité  de  ce  traité  ' 
que  d'en  demander  la  confirmation  alors  qu'on  l'exécute.  «  L'accueil  ami- 
cal que  le  Bey  a  fait  à  un  bâtiment  romain,  et  les  égards  qu'il  observe 

1.  Voy.  p.  623. 


[1827]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  631 

pour  ceux  qui  habitent  le  pays,  sont  une  nouvelle  preuve  de  ses  senti- 
ments, qu'on  doit  considérer  comme  la  confirmation  formelle  du  traité.  » 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
GUYS  AU  B®'*  DE  DAMAS. 

1262.  —  Tunis^  20  mar$  i  827.  —  «  ...  Je  suis  aujourd'hui  parfai- 
tement d'accord  avec  le  Bey  de  Tunis  pour  les  limites  de  la  pêche 
française;  ainsi  il  ne  peut  plus  y  avoir  de  contestations  à  ce  sujet.  Si 
le  gouvernement  était  maître  des  deux  pèches,  il  pourrait  augmenter 
le  prix  des  licences;  les  corailleurs  profiteraient  du  port  de  Tabarque..^ 
Je  ne  verrais  d'autre  objection  que  celle  que  pourrait  présenter  le  golfe 
d'Usturgha,  dans  le  cas  où  l'on  acquerrait  la  preuve  qu'il  comprendrait 
l'espace  contenu  entre  le  cap  Nègre  et  le  cap  de  Fer... 

La  Compagnie  d'Afrique,  qui  stipulait  pour  ses  propres  intérêts,  lors- 
qu'elle jouissait  de  toutes  les  concessions  de  la  pèche  du  corail,  aurait- 
elle  pu  transiger  sur  ses  droits,  en  s'obligeant  à  payer  au  Bey  de  Tunis 
un  fermage  pour  la  pèche  de  toute  sa  côte  jusqu'à  Tabarque,  si  elle  avait 
pu  porter  la  limite  de  celle  dont  nous  sommes  propriétaires  jusqu'au 
Cap  Nègre,  et  le  Ministère  aurait-il  approuvé  à  plusieurs  reprises  celte 
transaction?...  » 

M.  Louis-Antoine  Chapelle  s'établissant  en  dehors  de  la  maison  de  son 

oncle  Jacques-Henry  Chapelle,  il  y  aura  8  maisons  françaises  à  Tunis. 

Le  commerce  est  actif.  £n  ce  moment,  il  y  a  55  bâtiments  sur  charge  à 

la  côte.  Guys  observe  que  la  majeure  partie  de  ces  bâtiments  sont 

équipés,  commandés  ou  dirigés  par  des  Sardes  naturalisés  Français  ou 

du  moins  domiciliés  à  Marseille. 

(Affaires  étrangères^  C*"*  de  Tunis,) 

LE  B^^"  DE  DAMAS  A  GUTS. 

1263.  —  Paris^  12  avril  i  827.  —  «  ...  J'ai  vu  avec  plaisir  que  les 
dispositions  du  Bey  de  Tunis  envers  le  Saint-Siège  n'ont  point  le  carac- 
tère d'hostilité  qu'on  leur  avait  supposé,  et  que  les  rapports  dont  ce 
gouvernement  nous  a  donné  communication  étaient  exagérés.  »  Les 
instructions  du  Ministère  portaient  donc  sur  une  base  inexacte;  il 
approuve    Guys  aujourd'hui  d'avoir  suspendu  sa  démarche  auprès 

d'Hossein-Bey.  {Affaires  étrangères,  C?**  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B°n  DE  DAMAS. 

1264.  —  Tunis,  23  avril  i  827.  —  «  On  a  refusé  au  Consul  d'Angle- 
terre ^  la  communication  du  dernier  traité  conclu  avec  la  France.  Il 

i.  Les  agents  européens  à  Tunis  étaient  alors  :  Thomas  Read,  colonel,  ancien 
lieutenant  d'Hudson  Lowe  à  Sainte-Hélène,  Consul  général  d'Angleterre,  Crow, 
Vice-Consul,  et  Santillana,  chancelier;  —  Don  Carlos  Soler,  Vice-Consul,  gérant  du 
Consulat  d'Espagne;  —  le  ch*'  Renato  di  Martino,  Consul  général  de  Naples;  *-  le 


632  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [18!7] 

paraît  qu'il  s'en  est  procuré  d'autre  part  une  copie  qu'il  a  présentée  au 
Barde  pour  en  obtenir  la  vérification.  Il  a  ensuite  adressé  au  Bey  une 
note  pour  lui  exposer  que,  dans  ce  dernier  traité,  on  a  voulu  favoriser 
les  Français  au  préjudice  des  Anglais,  en  réduisant  à  3  0/0  la  douane 
de  5  0/0  qu'ils  payaient  antécédemment  sur  les  marchandises  venant 
de  pays  étrangers  et  les  mettant  ainsi  au  même  niveau  que  les  Anglais; 
que  cette  disposition  était  contraire  au  traité  de  1751  qui  stipulait  à 
l'article  XVII  qu'en  cas  de  réduction  des  droits  perçus  sur  les  Français, 
il  serait  accordé  un  avantage  de  2  0/0  aux  Anglais  sur  les  mêmes  droits, 
qu'en  conséquence  il  demandait  le  rétablissement  de  la  douane  de  5  0/0 
pour  ceux-ci  ou  une  diminution  de  2  0/0  sur  celle  imposée  à  ses  natio- 
naux. Le  Bey  a  rejeté  cette  singulière  proposition  et  a  même  invité  le 
Consul  à  s'abstenir  d'y  donner  suite,  parce  qu'il  ne  lui  répondrait  plus. 
Il  n'y  a  point  eu  de  réplique  jusqu'à  ce  jour« 

(Affaire»  étrangères^  O*^  de  Tunû.) 
GUYS  AU  B"»  DE  DAMAS. 

1266.  —  Tunis ^  28  avril  1 827*  —  Il  envoie  les  états  de  commerce 
pour  l'année  1826.  «  Ce  pays-ci  serait  un  des  plus  favorisés  par 
la  fertilité  de  son  sol  et  par  le  caractère  sobre  et  laborieux  de  ses 
habitants,  si  l'administration  était  plus  sagement  dirigée...  » 

Importations  françaises  :    34  navires 2.069.354  fr. 

—  étrangères  :  127     — 4.168.764  — 

Exportations  françaises  :    60     —    ....  «  1.981.519  — 

—  étrangères  :  141     — 3.912.462  -> 

{Affaire»  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B"""  DE  DAMAS. 

1266.  —  Tums,  i  1  mai  1 827. —  Le  courtier  juif  de  la  maison  Cba- 
pelié  a  été  arrêté  par  l'ordre  du  rabbin  et  condamné  k  recevoir  la 
bastonnade  en  punition  d'un  délit  religieux.  Il  avait  simplement 
invoqué  dans  une  conversation  particulière  le  nom  de  Dieu,  pour 
donner  plus  de  force  à  son  témoignage.  Guys  a  eu  une  vive  discussion 
avec  le  Bey,  le  rabbin  ayant  acheté  la  protection  d'un  des  ministres;  le 
Bey  n'a  cédé  que  lorsque  le  Consul  lui  a  déclaré  qu'il  irait  lui-même  à 
Paris  informer  son  souverain  du  peu  d'égards  dont  jouissaient  les 
Français.  Le  rabbin  fut  livré  à  Guys  qui  lui  a  épargné  la  bastonnade, 

mais  qui  l'a  fait  destituer.  {Affaires  étrangères,  O^  de  Tunis.) 

ch*  Philippi,  Consul  général  de  Sardaigne,  et  Louis  Eurico,  Vice-Consul;  ~  Henri 
Myssen,  Consul  général  des  Pays-Bas,  et  son  frère  César  Nyssen,  Vice-Coosal  et 
Chancelier;  —  Charles Tulin,  Consul  général  de  Suède  et  Norvège;  —  le  ch*  Falbe, 
Consul  général  de  Danemark  ;  —  Williams  Coxe,  Chargé  d'affaires  des  États-Onis. 
—  Le  Consul  général  des  Pays-Bas  était  chargé  des  affaires  de  Toscane,  d'Aotricbe 
et  de  Russie. 


[1827J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  633 

GUYS  AU  B"^  DE  DAMAS. 

1267.  —  Tunw,  J29  mai  1S27.  —  Un  jeune  Français,  M.  Raynaud, 
ayant  eu  une  violente  querelle  avec  les  fils  de  Nyssen,  le  Consul  de 
Danemark,  M.  Falbe,  fit  arrêter  Raynaud  par  son  janissaire.  Les 
Français  le  délivrèrent.  Guys  s*étant  plaint  au  Bey,  ce  Prince  a  défendu 
à  M.  Falbe  d*employer  ses  janissaires  à  des  arrestations  qui  n'étaient 

pas  de  sa  compétence  '.  (A/f aires  étrangères,  C^'  de  TunU.) 

GUYS  AU  B<'<'  DE  DAMAS. 

1268.  —  Tunis,  M 6  juin  1827,  —  «  ....  Ce  gouvernement-ci  parait 
infiniment  satisfait  des  mesures  de  rigueur  prises  contre  Alger;  elles 
nous  placent  auprès  de  lui  dans  la  position  la  plus  favorable.  Nous 
désirons  tous  que  cette  Régence  soit  mise  hors  d'état  de  continuer  la 
conduite  insolente  et  téméraire  qu'elle  avait  adoptée  depuis  quelque 
temps  envers  toutes  les  Puissances,  et  qu'elle  perde  cette  influence 
perfide  qu'elle  s'était  acquise  sur  le  gouvernement  tunisien  par  la 
crainte  qu'elle  lui  inspirait.  »  Suivent  quelques  nouvelles  d'Alger. 

(Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis,) 
HOSSEIN,  BEY  DE  TUNIS,  A  GUYS. 

1269.  —  Tunis,  27  juin  i 827,  —  «  ....  Sans  l'intimité  de  nos  rap- 
ports avec  votre  Cour  et  la  sincérité  des  sentiments  qu'elle  professe 
envers  la  nôtre  depuis  si  longtemps,  il  est  hors  de  doute  que  nous 
n'eussions  jamais  conclu  de  traité  avec  les  Romains,  ni  pensé  à  faire 
de  paix  avec  eux;  mais,  par  égard  pour  la  France,  notre  bonne  amie, 
nous  agirons  sans  aucune  espèce  d'opposition  avec  les  Romains, 
comme  avec  vos  propres  sujets,  à  la  condition  que  la  Régence  de 
Tunis  soit  traitée  par  les  Romains.de  la  même  façon  que  les  autres 

Régences  '.  »  (Affaires  étrangères,  (?■*  de  Tunis.) 

LE  n^^  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1270.  —  Paris^  3  juillet  1827,  —  Guys  a  bien  fait  d'accepter  la 
direction  du  Consulat  d'Espagne  pendant  l'absence  du  Consul  Soler. 
«  Si  l'occasion  de  protéger  à  Tunis  les  intérêts  de  cette  Puissance  et  de 
ses  sujets  venait  à  se  présenter,  je  vous  invite  à  la  saisir  '. 

La  division  navale  que  le  gouvernement  du  Roi  avait  chargée  d'aller 
demander  réparation  de  l'outrage  commis  par  le  Dey  d'Alger  envers  le 
Chargé  d'affaires  de  France  est  arrivée  devant  ce  port  le  12  du  mois 

1.  Voy.  Protestation  de  la  nation  française  contre  la  conduite  du  Consul  général 
de  Danemark,  Tunis,  26  mai  1827,  signée  par  P.  Gay,  F.  Arnaud,  F.  Ré,  J.  H.  Chape- 
lle, J.  Monge,  P.  Pottier,  L.  A.  Chapelle,  neveu. 

2.  Cette  lettre  répondait  à  la  notification  de  la  dépèche  roinistèrieUe  du  6  Jan- 
vier 1827.  Voy.  p.  627. 

3.  Le  P.  Benedetto  Osa,  missionnaire  trinitaire,  aumônier  de  la  chapelle  consu- 
laire, fut  nommé,  peu  de  temps  après,  Chargé  d'affaires  d'Espagne  et  Consul  suppléant. 


634  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  BT  DES  CONSULS  \i%il] 

dernier.  La  veille,  M.  Deval  ^  et  les  sujets  du  Roi  qui  se  trouvaient  dans 
sa  résidence  avaient  pu  sVmbarquer  à  bord  de  deux  bâtiments  fran- 
çais. Aussitôt  après  l'arrivée  de  Tescadre,  le  commandant  a  notifié  an 
Dey  l'objet  de  sa  mission  et  lui  a  demandé  satisfaction.  Cette  répara- 
tion n'ayant  pas  été  accordée  dans  le  délai  de  vin^-qaatre  heures  ûxé 
pour  la  recevoir,  le  blocus  d'Alger  a  été  effectué  et  sera  maintenu  rigou- 
reusement par  les  vaisseaux  de  Sa  Majesté.  Tous  les  armements  du 
Dey  se  trouvent  resserrés  dans  ce  port,  à  l'exception  d'une  frégate  et 
d'une  corvette  qui  avaient  été  envoyées  à  Alexandrie.  Les  comman- 
dants des  forces  navales  qui  composent  notre  station  du  Levant  ont 
ordre  d'intercepter  ces  deux  bâtiments  et  de  s'en  emparer.  Dans  tous 
les  cas,  les  corsaires  d'Alger  se  trouvent  maintenant  dans  l'impossibilité 
de  nuire  à  notre  commerce  et  h  celui  des  autres  nations.  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B""*  DE   DAMAS. 

1271.  —  Tunis^  5  juillet  4827.  —  La  frégate  Marie^Thérèse^  com- 
mandée par  le  capitaine  Fouque  *,  arrive  d^Alger.  Elle  va  croiser  sur  le 
cap  Bon  pour  s'emparer  des  deux  bâtiments  algériens  qui  doivent  y 
passer  en  revenant  du  Levant  dans  leur  port. 

«  Le  Bey  de  Tunis,  sans  que  je  le  lui  aie  demandé,  a  fait  armer 
quatre  barques  canonnières  pour  protéger  les  bâtiments  français  qui 
sont  sur  la  rade  contre  les  entreprises  des  corsaires  algériens,  dont  la 
témérité  est  connue.  Mais  il  ne  parait  pas  qu'il  y  en  ait  dehors  d^autres 

que  ceux  qui  sont  en  Levant...  »        {Affaires  étrangères,  e"  de  Timii.) 

GUYS  AU  B'"''  DE  DAMAS. 

1272.  —  Tunis,  24  juillet  i  827.  — Des  lettres  de  Bône  lui  appren- 
nent la  destruction  de  l'établissement  français  de  La  Galle  et  l'enlè- 
vement des  effets  et  des  matériaux'.  «  Les  Européens  et  les  chrétiens 
désirent  bien  de  voir  humilier  un  gouvernement  qui  se  fait  gloire  d'op- 
primer tout  le  monde.  Le  gouvernement  tunisien,  s'il  conçoit  la  même 
espérance,  n'ose  pas  la  manifester,  parce  qu'il  craint  de  se  compro- 
mettre et  de  voir  réaliser  les  menaces  qu'on  lui  a  déjà  faites.  Si  la 
Régence  d'Alger  n'est  pas  traitée  aussi  rigoureusement  qu'elle  le  mérite, 
notre  crédit  et  notre  considération  en  souffriraient  auprès  des  antres 

Régences...  »  (Affav^es étrangères,  €^  de  Txtnis.) 

LE  B^°  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1273.  —  Paris,  26  juillet  1 827,  —  «  Si  le  Bey  veut  fermer  ses  ports 

1.  Consul  général  à  Alger.  Voy.  Correspondance  des  Deys  d'Alger  avec  ta  Cour  de 
France,  t.  Il,  p.  522. 

2.  Voy.  la  note  3,  p.  612. 

3.  Voy.  Correspondance  des  Deys  d'Alger,  t.  II,  p.  563. 


[1827]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  635 

aux  bâtiments  romains  ou  ne  les  y  recevoir  qu'à  telles  ou  telles  condi* 

tions,  c'est  un  droit  qu'on  ne  peut,  ce  me  semble,  lui  contester Ce 

que  nous  avons  eu  principalement  en  vue  d'obtenir,  c'était  que  les 
corsaires  tunisiens  ne  troublassent  point  la  navigation  du  Saint-Siège, 
et  que  les  sujets  romains  fussent  à  l'abri  de  toute  violence  dans  leurs 
biens  et  dans  leurs  personnes... 

En  supposant  que  le  gouvernement  pontifical  se  soumit  de  plein  gré 
à  faire  avec  Tune  des  Régences  un  traité  de  paix,  où  serait  stipulé  le 
payement  d'un  tribut  ou  d'une  subvention  quelconque,  cette  circon- 
stance n'autoriserait  aucunement  le  Bey  de  Tunis  à  exiger  forcément 
la  conclusion  d'un  pareil  traité  avec  le  Saint-Siège  et  à  violer^  en  cas 
de  refus,  le?  obligations  gratuites  qu'il  a  contractées  envers  ce  gou- 
vernement. La  France  alors  n'hésiterait  point  à  réprimer  une  telle 
conduite  et  à  prendre  la  défense  du  Saint-Siège. 

Je  vois  au  reste  que  Ton  raisonne  à  Tunis  sur  de  très  fausses  données 
en  tout  ce  qui  concerne  Alger  et  le  pavillon  romain.  En  effet,  parce 
que  le  Chef  de  cette  Régence  s'est  contenté  de  remettre  en  liberté  les 
équipages  des  bâtiments  romains  capturés  par  ses  corsaires  sans  res* 
tituer  les  navires  mêmes,  on  a  supposé  que  la  France  fermait  les  yeux 
sur  les  hostilités  qu'il  a  commises  envers  la  navigation  du  Saint-Siège, 
et  l'on  a  même  prétendu  qu'elle  songeait  à  prendre  des  arrangements 
avec  la  Régence  d'Alger,  c'est-à-dire  à  lui  faire  des  concessions  pour  la 
rendre  désormais  plus  fidèle  à  ses  engagements.  Les  mesures  de  répres- 
sion que  nous  avons  adoptées  contre  cet  État  et  l'expédition  navale 
qui  bloque  ses  ports  doivent  avoir  détrompé  le  Bey  de  Tunis  sur  les 
intentions  qu'il  nous  attribuait.  Vous  pourrez  lui  dire  que  la  conduite 
déloyale  du  Dey  envers  le  pavillon  romain  est  précisément  une  des 
causes  qui  nous  ont  engagé  à  sévir  contre  la  Régence,  et  que  loin  de 
vouloir  transiger  avec  elle  en  faveur  du  Saint-Siège,  nous  avons  com- 
pris au  nombre  des  principales  satisfactions  que  nous  exigeons  du  Dey* 
la  restitution  des  bâtiments  et  des  marchandises  capturés  sur  les 
sujets  du  Pape^  et  le  renouvellement  formel  de  la  promesse  de  res- 
pecter à  l'avenir,  sans  condition,  le  commerce  et  le  pavillon  des  États 
romains. 

La  division  navale  aux  ordres  de  M.  le  capitaine  Collet  *  continue  de 

1.  Joseph  Collet,  né  à  nie  Bourbon,  volontaire  sur  des  bâtiments  de  commerce 
en  i78i,  officier  auxiliaire  sur  les  vaisseaux  du  rot  en  1790,  lieutenant  de  vaisseau 
en  1797,  capitaine  de  frégate  en  1803,  capitaine  de  vaisseau  en  1808,  en  mission  dans 
les  mers  d'Alger  sur  La  Provence  en  1827,  contre-amiral  en  1828.  Pendant  les  13  mois  1/2 
qu'il  dirigea  l'escadre  chargée  du  blocus  d'Alger,  il  en  passa  11  sans  rel&cher  nulle 
part.  Forcé  par  la  maladie  de  revenir  à  Toulon,  le  30  août  1828,  il  y  mourut  au  mois 
d'octobre  suivant. 


636  CORRESPONDANCE  DES  BSYS  ET  DES  CONSULS  [18i7J 

bloquer  Alger.  Cependant  nous  avons  appris  que  quatre  barques 
armées  de  quatre  et  six  pierriers  étaient  parvenues  à  sortir  de  ce 
porty  dans  la  nuit  du  18  au  19  juin,  tandis  que  des  courants  très  vio- 
lents avaient  rejeté  nos  bâtiments  à  douze  lieues  à  Test  d'Alger.  On 
supposait  alors  que  ces  barques  avaient  été  expédiées  en  toute  hâte  à 
Alexandrie  et  à  Smyrne  pour  donner  avis  de  la  rupture  aux  comman- 
dants de  la  frégate  et  de  la  corvette  algériennes  qui  devaient  se  trouver 
dans  ces  deux  ports.  On  ne  peut  toutefois  se  dissimuler  le  danger  dont 
la  sortie  de  ces  quatre  barques  menace  notre  commerce  dans  la 
Méditerranée.  Vous  voudrez  bien  donner  avis  de  leur  expédition  aux 
navires  français  qui  peuvent  se  trouver  à  Tunis.  » 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B°"  DE  DAMAS. 

1274.  —  Tunis,  28  juillet  1827.  —  Le  Bey  lui  a  renouvelé  la 
demande  d*un  ofScier  d'artillerie  ^ 

«  J*ai  remarqué  que  cette  nouvelle  instance  m'a  été  faite  après  une 
conférence  que  le  ministre  du  Bey  venait  d'avoir  avec  l'agent  d'Alger, 
dont  l'arrogance  et  les  prétentions  s'accroissent  chaque  jour.  » 

Guys  a  tout  lieu  de  croire  que  les  Algériens  cherchent  à  mettre  le 
Bey  dans  leur  parti,  afin  de  compromettre  nos  intérêts  commerciaux. 
Il  pense  que  la  France  devrait  assister  la  Régence  de  Tunis  contre  le 
Dey.  L'agent  d'Alger  dit  hautement  qu'ils  ont  tenu  tête  à  l'Angleterre 
en  obtenant  le  renvoi  du  Consul  qui  leur  déplaisait,  et  qu'ils  obtien- 
draient bien  la  même  chose  de  la  France...  Le  Consul  de  Tunis  propose 
l'attaque  des  Algériens  par  terre.  La  destruction  de  notre  établissement 
à  Bône  serait  un  motif  d'y  porter  un  corps  de  troupes,  pour  protéger 
la  reconstruction  et  défendre  ce  bastion  si  nécessaire  pour  maintenir 
notre  privilège  sur  la  pêche;  la  présence  de  ce  corps  qui  pourrait,  sou- 
tenu par  un  ou  deux  bâtiments  de  guerre,  s'emparer  de  Bône,  suffirait 
pour  contenir  les  Algériens  et  mettre  à  l'abri  le  Bey  de  Tunis  de  toute 
agression  de  leur  part.  Guys  mentionne  encore  le  projet  d'attaque  par 

i,LeB^de  Damas  au  Af"  de  Clermont-Tonnerre,  ministre  de  la  guerre.  —  Pitris, 
9  août  1827,  —  «  Le  Bey  de  Tunis  ayant  formé  le  projet  dMntroduire  quelque  régu- 
larité dans  Torganisation  de  ses  troupes,  m'a  fait  exprimer  le  désir  d'ayoir  à  son 
service  un  officier  français  qui  pût  lui  discipliner  un  corps  d'artillerie  selon  la 
tactique  européenne.  Indépendamment  des  relations  amicales  que  nous  entre- 
tenons  avec  le  Bey  de  Tunis,  dont  nous  n'avons  qu'à  nous  louer,  des  considérations 
politiques  doivent  engager  le  gouvernement  du  Roi  à  déférer  à  cette  demande.  Je 
vous  prie  donc  de  me  faire  part  des  dispositions  que  vous  croirez  devoir  adopter 
à  cet  égard...  • 

Les  deux  départements  de  la  Guerre  et  des  Affaires  étrangères  discutèrent  long- 
temps sur  les  conditions  poli  tiques. et  matérielles  de  cette  mission,  qui  finalemen 
ne  partit  pas,  en  raison  de  la  guerre  d'Alger. 


[1827]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  637 

Ceuta,  enfla  une  opération  directe  contre  Alger  «  qui  serait  certaine- 
ment la  plus  désirable  ».  Le  Bey  de  Tunis  pread,  de  son  côté,  des  me- 
sures de  défense  le  long  de  ses  frontières. 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B^'»  DE  DAMAS. 

1276.  —  Tunis^  6  août  i  827.  —  «  Malgré  la  croisière  de  La  Marie- 
Thérèse,  un  corsaire  algérien  a  pris  le  brick  français  L'Aimable  Clarisse 
et  l'a  amené  à  Tunis.  Guys  a  étudié  les  moyens  qu'il  convenait  d'em- 
ployer  pour  faire  restituer  cette  prise.  Il  va  demander  au  Bey  de  sus- 
pendre toute  décision  à  cet  égard.  Ce  Prince  est  dans  une  position  qui 
ne  le  fera  pas  balancer  à  s'exposer  plutôt  à  en  payer  la  valeur  qu'à  se 
compromettre  vis-à-vis  des  Algériens...  » 

{Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis,) 

1276.  —  Paris,  8  août  i  827.  —  Provisions  de  Consul  général  et  de 
Chargé  d'affaires  à  Tunis  pour  M.  Mathieu  de  Lesseps  ^ 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 
GUTS  AU  h^^  DE  DAMAS. 

1277.  —  Tunis,  4  septembre  f  827.  —  Le  Faune,  commandé  par  le 
capitaine  Fauré  ',  est  arrivé  d'Alger,  amenant  M.  Alexandre  Deval.  La 
Vestale  a  pris  la  croisière  du  cap  Bon;  La  Marie-Thérèse  rallie  la  divi- 
sion devant  Alger  '.  Le  désarroi  dans  le  commerce  est  très  grand,  par 
suite  de  la  présence  des  corsaires  grecs  et  algériens.  Il  faudrait  recom- 
mander à  M.  Collet,  commandant  la  division  devant  Alger,  de  donner 
un  peu  plus  de  latitude  aux  bâtiments  de  guerre  placés  sous  ses 
ordres. 

«  Je  ne  suis  pas  sans  inquiétude  sur  les  intentions  des  Algériens 
contre  la  Régence  de  Tunis.  11  est  possible  qu'ils  les  démontrent,  aus- 
sitôt que  la  saison  leur  donnera  lieu  de  croire  qu'ils  sont  à  l'abri  d'une 
attaque  plus  sérieuse  de  la  part  de  la  France.  » 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
LE  B^n  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1278.  —  Paris,  6  septembre  i  827.  —  A  propos  de  la  prise  de  L'At- 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  359. 

2.  Paul-Joseph-Marie  Fauré,  de  Brest,  mousse  en  1794,  novice  en  1795,  aspirant 
en  1799,  enseigne  de  yaisseau  en  1803,  sous-adjudant  à  Tétat-major  général  en  1812, 
à  la  direction  du  port  de  Brest  en  1816,  lieutenant  de  vaisseau  en  1816,  capitaine 
de  frégate  en  1827,  capitaine  de  vaisseau  en  1836,  contre-amiral  en  1842,  décédé  à 
Alger  en  1843  (49  ans  de  services).  Il  avait  perdu  deux  frères  à  Saint-Domingue, 
l'un  lieutenant  de  vaisseau,  l'autre  aspirant  de  marine. 

3.  Le  O*  de  Chabrol  au  B^  de  Damas,  —  Paris,  S  septembre  i897.  —  «  ...  La  goé- 
lette La  Cigogne  est  en  route  pour  aller  à  Tunis  seconder  La  Marie-Thérèse.  Mais 
les  felouques  algériennes  trouveront  toujours  moyen  de  tromper  la  surveillance  de 
nos  bâtiments  de  guerre.  »  (Affaires  étrangères,  O^^  de  Tunis,) 


638  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1827] 

mable  Clarisse^  le  Ministre  pense  qu'on  ne  peut  pas  invoquer  Tarticle 
supplémentaire  de  1795.  «  Nous  pouvons  nous  appuyer  avec  plus  d'avan- 
tage sur  Tarlicle  7  du  traité  conclu  le  17  avril  1816  entre  la  Régenee  et 
l'Angleterre,  pour  exiger  que  du  moins  cette  prise  ne  soit  pas  vendue. 
L'article  dont  il  s'agit  porte  en  effet  qu'aucune  prise  faite  sur  la 
Grande-Bretagne  ne  pourra  être  vendue  ou  aliénée  dans  le  port  ou  le 
royaume  de  Tunis...  Cette  stipulation  nous  devient  applicable  en  vertu 
de  l'article  3  du  dernier  traité  entre  la  France  et  le  Bey...  Les  lois  géné- 
rales de  la  neutralité  défendent  d'ailleurs  au  Bey  de  Tunis  de  permettre 
dans  ses  Ëtats  la  vente  d'aucune  prise  faite  sur  le  commerce  français... 
Dans  les  circonstances  actuelles,  il  est  important  que  les  corsaires  algé- 
riens ne  puissent  être  admis  à  vendre  leurs  prises  dans  les  ports  de  la 
Régence  de  Tunis.  Si  le  Bey,  par  des  raisons  particulières,  craint  de  se 
compromettre  avec  les  Algériens  en  leur  enlevant  cette  faculté,  c'est  là 
une  considération  qui  lui  est  personnelle,  mais  que  nous  ne  pouvons 
ni  ne  devons  admettre,  en  ce  qu'elle  a  de  contraire  à  nos  droits  ainsi 
qu'à  nos  intérêts... 

En  conséquence,  veuillez  insister  pour  que  la  vente  du  brick 
V Aimable  Clarisse  ne  soit  point  autorisée  et  n'ait  pas  lieu  dans  les 
ports  de  Tunis,  et  déclarer  au  Bey  que,  si  cette  vente  était  effectuée, 
le  gouvernement  du  Roi  l'en  rendrait  responsable  et  s'adresserait 
à  lui  pour  obtenir  la  restitution  du  prix  du  navire  et  de  sa  car- 
gaison. 

J'approuve  entièrement  les  mesures  que  vous  avez  prises  pour  la 
sûreté  de  nos  navires  de  commerce  et  je  rends  justice  à  votre  zèle  pour 

le  service  du  Roi....  »  {Affaires  étrangères,  C»*»  de  Tunis,) 

GUYS  AU  B^"  DE  DAMAS. 

1279.  —  Tttnw,  i  7  septembre  i  S27.  —  Le  Bey  avait  promis  de  dif- 
férer la  livraison  de  la  prise  V Aimable  Clarisse  jusqu'à  ce  que  Guys  eût 
pu  recevoir  des  instructions.  Il  vient  de  la  livrer  à  l'agent  d'Alger.  Le 
Bey  explique  sa  conduite  par  la  nécessité  où  il  s'est  trouvé  d^adhérer  à 
une  sommation  du  Dey  d'Alger. 

Guys  a  aussitôt  répliqué  par  la  remise  d'une  protestation  écrite  con- 
formément aux  instructions  ministérielles. 

(Affaires  étrangères,  O**  de  Tunis.) 
GUYS  AU  B"^"  DE  DAMAS. 

1280.  —  Tunis,  20  septembre  i  827 .  —  Le  commandant  GoUet  a 
envoyé  LÉclipse,  brick-goélette,  qui  sera  suivi  d'un  autre  b&tlment, 
pour  protéger  le  commerce  à  Tunis.  Ils  seront  sous  les  ordres  du  comte 


ri827]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  639 

d*OysoQville  K  MM.  Deval  '  et  Marcescheau  '  se  rendent  à  Alger  sur  La 

Maine-Thérèse. 

(Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunû,) 

LE  B*^"  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1281.  —  Paris,  25  octobre  J 827.  —  «  ...  Le  Bey  est  trop  sage  et 
sans  doute  trop  éclairé  sur  ses  propres  intérêts  pour  se  laisser  entraîner 
par  l'agent  du  Dey  d*Alger  dans  la  guerre  que  cette  Régence  ose  sou- 
tenir contre  la  France.  Mais  je  vois  qu*il  aurait  craint  de  se  commettre 
avec  le  Dey,  en  se  refusant  à  autoriser  la  vente  du  brick  L'Aimable 
Clarisse...  Vous  voudrez  bien  réclamer  près  du  Bey  une  indemnité  pro- 
portionnée à  la  valeur  du  navire  et  de  sa  cargaison... 

Le  Bey  ayant  manifesté  plusieurs  fois  le  désir  d'avoir  un  artilleur 
français,  on  a  fait  choix  de  M.  Gourvoisier  *,  qui  est  tout  disposé  à  se 
rendre  auprès  de  lui.  Vous  voudrez  bien  sonder  les  dispositions  du  Bey 
sur  les  avantages  dont  M.  Gourvoisier  et  les  militaires  de  sa  suile 
devront  jouir  à  Tunis,  et  m'informer  des  ilitentions  de  ce  Prince  à  cet 
égard.  En  lui  annonçant  la  décision  satisfaisante  que  le  Roi  a  bien  voulu 
prendre  sur  sa  demande,  vous  pourrez  faire  valoir  cette  nouvelle 
marque  de  bienveillance  et  d'amitié  à  Tappui  des  réclamations  que 
vous  êtes  chargé  de  présenter,  à  l'occasion  de  la  vente  du  brick 
L'Aimable  Clarisse.,.  »  (Affaires  étrangères,  C»  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B°'>'  DE  DAMAS. 

1282.  —  Tunis,  8  novembre  i  827.  —  Il  envoie  les  états  des  dépenses 
extraordinaires  à  faire  à  Tunis  '. 

1.  André-Charles-Théodore  Dupont  d'Aubevoye,  comte  d'Oysonville,  de  Bocé 
(Maine-et-Loire),  novice  en  1802,  aspirant  de  marine  en  1804,  enseigne  de  vaisseau 
en  1806,  lieutenant  en  1811,  capitaine  de  frégate  en  1815,  capitaine  de  vaisseau  en 
1822,  retraité  en  1844. 

2.  Voy.  p.  634. 

3  Voy.  la  note  2,  p.  614. 

4.  Lieutenant-colonel  d'artillerie  en  retraite  à  Grenoble,  qui  devait  recevoir 
du  Bey  une  indemnité  de  12,000  francs  et  emmener  avec  lui  MM.  Blet  et  Amiet, 
lieutenants  d'artillerie  démissionnaires,  proposés  chacun  pour  une  indemnité  de 
5,000  francs. 

5.  Aperçu  estimatif  des  réparations  extraordinaires  et  d^utilité  générale  devenues 
indispensables  dans  le  Fondouk  français  à  Tunis. 

Maçonnerie  et  charpenterie  :  11,715  piastres;  menuiserie:  2,630  p.;  peinture  : 
4,848  p.;  articles  divers  :  805  p.;  pavage  de  la  cour  du  premier  corps  de  b&tisse  : 
1,050  p.;  total:  21,048  piastres. 

État  estimatif  des  réparations  et  dépenses  accessoires  pour  la  maison  consulaire, 
la  chapelle  et  t hôpital,  dressé  avec  l'assistance  des  sieurs  Pabon,  maître  maçon 
français,  et  François  Bogo,  maître  menuisier,  savoir  : 

Solde  des  réparations  récemment  faites,  etc.,  4,805  fr.  53. 

Complément  des  réparations  des  bâtiments  consulaires  : 

Chapelle  :  restauration  de  la  peinture  à  fresque,  réparation  de  l'autel,  achat  d'or- 
nements :  1  chasuble,  2  dalmatiques,  1  chape,  1  écharpe  pour  donner  la  bénédic- 
tion, 6  paires  de  chandeliers  en  cuivre  argenté,  12  cierges  de  fer-blanc  vernissé  de  cinq 


640  GO 

1283.  —  Tu 

au  Consul  gén< 
du  7  octobre  e 
comptaient  11 
S4  mortB  et  62 

1284.  —  Tw 

escadres  coalisi 
prodigieux  et  d 
du  gouvernemc 
Gujs  demanc 
les  bAtimeuts  d 
vaisseaux,  en  c 
commerce  jusqi 

1286.  —  Pa 

Clarisse,  la  coe 
foit  aucune  déa 
étonné,  et  je  l'a 
du  Roi  À  Turin 
aux  gouvernem 

Le  Ministre  1 
guerre  en  ce  qu 

«  Quant  aux 
lui  être  alloué! 

pieds  l'un,  un  dcfi 

Chancellerie  :  ca 

Maîiott  du  Vict'l 

Réparai] on  de 

ll,43i  francs. 

Frais  du  [iremie 

Droit  d'usage  pa 

turque  concodée  p. 

36  cbalses,  ctiand 

1,0S3  francs.  Loyer 

t.  Consul  gËnérs 

rendus  par  lui  au  i 

et  Doe.  AlgMe,  t. 

!.  Le»  contingci 

Dotle  turque,  «(ui 

terre,  de   la  t'rani 

Consul  du  ta  déce 

navires  h  l'excepti 

3.  Yoy.  la  note  i 

t.  Voy.  la  note  t 


[1827]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  641 

difticulté  d*adopter  les  bases  sur  lesquelles  le  Ministre  de  la  guerre  a 
^ru  devoir  en  établir  la  fixation.  Il  sentira  sans  doute  que  la  dépense 
annuelle  de  22,000  fr.  à  laquelle  s'élèveront  les  traitements  des  officiers 
ne  saurait  être  mise  en  balance  ni  avec  les  sacrifices  qu'ils  font  eux- 
mêmes  en  s'expatriant  momentanément,  ni  avec  les  avantages  qu'il  tirera 
de  leur  coopération  et  de  leur  expérience.  S'il  en  était  besoin,  vous  pour- 
riez lui  faire  observer  que  les  officiers  français  qui  étaient  entrés  au 
service  du  Pacha  d'Egypte  en  recevaient,  à  grade  égal,  des  appointe- 
ments trois  et  même  quatre  fois  plus  considérables.  Vous  voudrez  bien 
me  faire  connaître  le  plus  promptement  possible  quelles  sont,  à  cet 
•égard,  les  intentions  définitives  du  Bey...  » 

{Affaires  élrangèreSy  C"*  de  Tunis.) 
LE  B*""  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1286.  —  Pam^  10  décembre  i  827.  —  Il  lui  recommande  l'affaire 
du  bâtiment  prussien  L'Emma.  «  S'il  avait  été  conduit  à  Tunis,  vous  vou- 
driez bien  faire  des  démarches  pour  que  les  personnes  qui  se  trouvaient 
à  bord  fussent  remises  en  liberté  le  plus  promptement  possible  et  sans 
rançon.  Cette  affaire  intéresse  trop  directement  l'humanité  pour  qu'il 
soit  besoin  de  vous  recommander  d'y  mettre  le  zèle  et  la  suite  dont 

vous  êtes  capable....  '  »  (Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  *  AU  B"""  DE  DAMAS. 

1287.  —  Bade  de  lunis^  à  bord  de  la  gabare  La  Lamproie^  i  3  décembre 
J 827.  —  Il  est  arrivé  hier,  suivant  l'ordre  qu'avait  La  Lamproie  de  le 

<:onduire  directement  à  Tunis.  «  Hier  j'ai  écrit  à  M.  Constantin  Guys 
en  lui  annonçant  mon  arrivée,  et  en  lui  déclarant  que  j'étais  prêt  à  rem- 
plir les  fonctions  que  me  confiait  le  gouvernement  du  Roi...  Guys 
n'ayant  reçu  aucune  dépèche  pour  moi,  je  me  demande  si  je  ne  dois 

1.  Le  baron  de  Werther  au  baron  de  Damas.  —  PatHs,  €  décembre  18%7.  —  Un 
corsaire*  barba resque  a  capluré  VEmma^  capitaine  Bockenhagen,  de  Stralsiind... 
•  Le  gouvernement  du  roi  désire  vivement  venir  au  secours  des  sujets  prussiens  qui 
ont  ainsi  été  conduits  dans  Tesclava^e.  Ses  relations  avec  les  États  barbaresques 
ne  sont  malheureusement  pas  de  nature  à  lui  permettre  de  faire  les  démarches 
directes  que  l'humanité  réclame.  11  a  pensé  que  le  gouvernement  de  Sa  Majesté 
Très  Chrétienne,  qui  lui  a  souvent  donné  des  preuves  de  son  amitié,  serait  disposé 
à  lui  en  donner  une  nouvelle  dans  cette  circonstance.  Je  viens  d'être  chargé  de  prier 
Votre  Excellence  de  vouloir  bien  s'intéresser  au  sort  de  ces  malheureux,  et  de  faire 
donner  des  ordres  aux  Consuls  de  France  à  Tunis  et  à  Tripoli  pour  tâcher  d'obtenir 
leur  mise  en  liberté...  •  (Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 

Le  baron  de  Damas  au  baron  de  Werther.  —  Paris,  40  décembre  i8f7.  — 
«  ...  Conformément  au  désir  que  vous  avez  exprimé  au  nom  de  votre  gouverne- 
ment, je  donne  aux  Consuls  généraux  de  Sa  Majesté  à  Tunis  et  à  Tripoli  l'ordre  de 
faire  les  démarches  les  plus  actives  pour  obtenir  la  mise  en  liberté  de  l'équipage  de 
VEmma,  dans  le  cas  où  ce  bâtiment  aurait  été  pris  par  un  corsaire  appartenant  à 
Tune  ou  à  l'autre  de  ces  deux  Régences...  •  (Affaires  étrangères,  C"*de  Tunis,) 

2.  Voy.  p.  359  et  p.  637. 

41 


642  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i8?7] 

pas  aller  en  France  prendre  les  ordres  de  Votre  Excellence ,  pénétré 
du  sentiment  de  mon  devoir,  du  principe  que  m'a  toujour»  dieté  une 
obéissance  passive,  des  expressions  de  M.  rnmh— ndeur  da  Roi  à 
Constantinople  qui  me  prévient,  en  date  du  27  septembre  1827,  que  Votre 
Excellence  lui  annonce  que  Sa  Majesté  m*a  nommé  son  Consul  générai 
à  Tunis,  et  que  je  dois  me  rendre  directement  et  immédiatement  à 
mon  poste  en  laissant  le  Consulat  d*Àlep  à  M.  Wiet  *■  ;  et  enfin  des  termes 
des  instructions  données  à  M.  Hamelin,  commandant  La  Lamproie  \ 
pour  me  conduire  directement  à  Tunis.  Craignant  d'ailleurs  que  mon 
arrivée  en  France  ne  puisse  être  attribuée  soit  à  un  acte  de  pusilla- 
nimité que  pourrait  causer  la  circonstance  politique  actuelle,  ou  bien 
au  désir,  au  reste  pardonnable  en  toute  autre  occurrence,  de  revoir 
ma  famille  après  une  absence  de  tant  d'années,  je  me  suis  décidé  à 
descendre  à  terre  comme  simple  particulier  et  à  n'exercer  tout  an  plus 
que  quelques  fonctions  purement  consulaires,  que  M.  Guys  croira  pou- 
voir me  déléguer,  en  attendant  que  j'aie  reçu  mes  lettres  de  créance 

et  les  présents  consulaires...  »  {A/Taires  étrangères,  C*'  de  Tunis,) 

LE  B"»  DE  DAMAS  A  GUYS. 

1288.  —  Paris,  15  décembre  i 827,  —  «...  Afin  d'obtenir  tous  les 
renseignements  désirables  au  sujet  de  la  guerre  d'Alger,  llntention 
du  gouvernement  du  Roi  est  que  vous  vous  mettiez  le  plus  prompte- 
ment  possible  en  communication  avec  M.  le  comte  d'Attili  de  la 
Tour,  Consul  général  de  Sardaigne  dans  cette  Régence.  Les  témoi- 
gnages d'obligeance  qu'il  nous  a  donnés,  à  l'époque  de  la  retraite  de 
M.  Deval,  font  espérer  qu'il  se  prêtera  également  à  vous  informer 
par  une  correspondance  suivie  de  tout  ce  qui  sera  de  nature  à  inté- 
resser le  service  de  Sa  Majesté.  Vous  voudrez  donc  bien  établir  sans 

1.  Joseph-Marie-Ëtienne  Wiel,  jeune  de  langue  en  i192,  2*  drogman  par  intérîm 
à  Andrinople  en  l'an  X,  drogman  à  Salonique  en  Tan  XI,  à  Alep  en  1806,  i*' drogman 
par  intérim  à  Constantinople  en  1816, 1*'  drogman  à  Alep  en  1821,  retraité  en  18^. 

2.  Alphonse  baron  Hamelin,  de  Pont-TËvèque  (CaWados),  mousse  &  l'âge  de  10  ans 
en  1806,  aspirant  en  1808,  enseigne  de  yaisseau  en  1812,  lieutenant  en  1821,  capi- 
taine de  frégate  en  1828,  commandant  V Action  faisant  partie  de  la  flotte  derant 
Alger  en  1830,  capitaine  de  vaisseau  en  1836,  contre-amiral  en  1842,  vice>amiral  en 
1848,  Préfet  maritime  à  Toulon  de  1849  à  1853,  commandant  en  chef  de  Tescadre  de 
la  Méditerranée  en  1853,  commandant  Tattaque  par  mer  des  forts  de  Sèbastopoi  en 
1854,  amiral  en  1854,  ministre  de  la  marine  de  1855  à  1860,  grand  chancelier  de  la 
Légion  d'honneur,  sénateur,  décédé  en  1864  (57  ans  de  aerrices,  dont  31  à  la  mer). 

Il  était  le  neveu  de  Jacques-Félix-Emmanuel  baron  Hamelin,  d'Honfleur  (Calvados's 
pilote  sur  des  bâtiments  de  commerce  en  1786,  matelot  sur  les  bâtiments  du  roi  en 
1788,  enseigne  de  vaisseau  en  1793,  lieutenant  en  1794,  capitaine  de  frégate  en  1796, 
capitaine  de  vaisseau  en  1803,  créé  baron  en  1811,  contre-amiral  en  1811,  major 
général  de  la  marine  à  Toulon  de  1818  à  1822,  commandant  une  division  navale  à 
Brest  sur  Le  Colosse  en  1823,  directeur  général  du  Dépôt  des  cartes  et  plans  de 
la  marine  en  1833,  décédé  dans  ces  dernières  fonctions  en  1839. 


[1827]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  643 

délai  et  de  la  manière  que  vous  jugerez  la  plus  convenable  de  semblables 
relations  avec  M.  d'Attili  de  la  Tour,  en  le  priant  de  vous  commu* 
niquer  tout  ce  qui  viendra  à  sa  connaissance  sur  Tétat  des  choses  à 
Alger,  sur  les  dispositions  et  les  projets  du  Dey,  sur  ses  armements, 
sur  l'attitude  de  la  milice,  sur  les  germes  de  mécontentement  et  de  fer- 
mentation que  la  prolongation  du  blocus  pourrait  répandre  parmi  elle. 
On  a  parlé  d'une  conspiration  ourdie  contre  le  Dey  par  son  ministre 
de  la  guerre,  et  dont  la  découverte  aurait  coûté  la  vie  à  ce  dernier,  ainsi 
qu'à  quarante  autres  individus;  ce  bruit  mérite  confirmation.  Le  mode 
de  communication  que  nous  désirons  de  voir  s*établir  entre  vous  et  le 
Consul  général  de  Sardaigne  servirait  à  fixer  notre  opinion  sur  de  sem- 
blables nouvelles.  En  informant  M.  de  la  Tour  de  la  nature  des  bons 
offices  que  nous  attendons  de  lui,  vous  voudrez  bien  l'assurer  d'avance 
de  notre  reconnaissance.  On  a  annoncé  que  le  gouvernement  du  Roi 
préparait  une  expédition  de  terre  contre  Alger.  C'est  au  moins  une 
idée  qui  mérite  d'être  examinée,  et  qui  le  sera  en  effet  avec  toute  la 
maturité  convenable.  En  attendant,  nous  pouvons  toujours  nous  servir 
avec  quelque  avantage  des  bruits  qui  ont  été  répandus,  afin  d'inspirer 
aux  Algériens  la  crainte  d'une  vengeance  beaucoup  plus  éclatante  que 
celle  à  laquelle  nous  avons  recouru  jusqu'à  ce  jour.  Vous  voudrez  bien 
en  conséquence  user  de  cet  expédient,  tant  dans  vos  relations  avec  le 
pays  où  vous  résidez  que  dans  vos  communications  avec  M.  le  Consul 
de  Sardaigne,  et  me  faire  connaître  l'impression  que  vos  insinuations 

et  les  siennes  auront  produites.  »  {Affaires  étrangères,  C*"»  de  Tunis.) 

GUYS  AU  B'^'*  DE  DAMAS. 

1289.  —  lunis,  iô  décembre  iS27.  —  Il  annonce  au  Ministre 
l'arrivée  de  M.  de  Lesseps  à  Tunis.  Il  ne  s'attendait  pas  à  la  venue  aussi 
prompte  de  son  successeur.  Il  a  écrit  à  M.  Famin  '  pour  avoir  les  docu- 
ments indispensables  et  les  présents  consulaires.  En  attendant,  M.  de 
Lesseps  ni  lui  ne  verraient  aucun  inconvénient  à  laisser  les  choses  en 
l'état.  Il  ne  négligera  rien  pour  établir  la  considération  de  son  suc- 
cesseur. 

Le  Préfet  maritime  de  Toulon  lui  envoie  le  brick  Le  Rusé,  et  l'invite 
à  prendre  les  mesures  nécessaires  pour  pourvoir  à  la  sûreté  des  Fran- 
çais à  Tunis  et  Tripoli.  Guys  enverra  Le  Rusé  à  Tripoli.  La  Lamproie 
fera  l'escorte  à  7  bâtiments  destinés  pour  Marseille. 

1.  Agent  du  Ministère  des  Affaires  étrangères  à  Marseille,  dont  on  a  parlé  plus 
haut.  —  A  cette  époque,  le  sieur  Gierra  remplissait  encore  les  fonctions  d'agent  du 
Bey  de  Tunis  &  Marseille,  fonctions  qui  se  bornaient,  on  Ta  vu  précédemment,  à 
assister  ses  compatriotes  par  l'entremise  de  M.  Famin  précité. 


644  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i8^; 

Le  ministre  du  Bey  ne  cesse  de  lui  renouveler  Fassurance  des  disposi- 
tions les  plus  pacifiques  et  les  plus  amicales  de  son  souverain.  Ce  der- 
nier ne  veut  en  aucune  manière  prendre  part  aux  discussions  de  la 
Porte  qui  lui  sont  tout  à  fait  étrangères. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 

1290.  —  Tunisy  i6  décembre  1827,  —  Envoi  d'un  mémoire  au 
Ministre  des  Affaires  étrangères  intitulé  :  Projet  d'expédition  immédiate 
contre  B6ne,  proposé  par  Marcescheau,  Vice-Consul  de  France  &  Tunis  ^ 

(Affaires  étrangères.  Mém.  et  Doc.  Algérie,  t.  V,  /•  300.) 
GUYS  AU  B^»"  DE  DAMAS. 

1291.  —  Tunis,  24  décembre  i  827.  —  Il  annonce  l'arrivée  de  LAs- 
trée,  commandée  par  M.  Ducrest  de  Villeneuve  ',  qui  doit  commander 
la  division  stationnaire  de  Tunis  et  de  Tripoli.  Elle  est  partie  d'Alger 
le  18.  Ce  commandant  annonce  qu'il  sera  suivi  de  la  frégate  La  Fleur 
de  Lys  et  d'un  brick,  qui  renforceront  sa  division  destinée  à  protéger 
les  Consuls,  les  nationaux  et  les  bâtiments  se  trouvant  sur  les  deux 

Échelles.  (Affaires  étrangères,  C*-'  de  Tunis.) 

DE  LKSSEPS  AU  B^""  DE  DAMAS. 

1292.  —  Tunis^  31  décembre  1 827.  —  Comme  ses  provisions  et  ses 
lettres  de  créance  n'arrivent  pas,  de  Lesseps  va  prendre  les  mesures 
nécessaires  pour  entrer  provisoirement  dans  l'exercice  de  ses  fonctions 
au  commencement  de  l'année  qui  va  s'ouvrir. 

En  ce  qui  concerne  les  présents  consulaires,  «  l'observation  de  cette 
formalité,  remplie  par  toutes  les  Puissances  et  en  dernier  lieu  par  le 
Consul  général  et  Chargé  d'affaires  d'Angleterre,  nous  parait  politique 
et  convenable,  surtout  en  ces  circonstances,  et  vu  la  satisfaction  que 
la  conduite  sage  et  mesurée  du  Bey  de  Tunis  cause  au  gouvernement 

du  Roi  ».  {Affaii^s  étrangères,  C*»**  de  Tunis.) 

1293.  —  Tunis f  janvier  1  828.  —  Ëtats  du  commerce  à  Tunis  pen- 
dant l'année  1827  : 

Importations  françaises  (  82  navires).  .   .   .     1,341,617  fr. 

—  étrangères  (191      —     ).  .    .   .     7,440.278  — 
Exportations  françaises  (112     —     ).  .   .    .     3,777,012  — 

—  étrangères  (141      —     ).  .    .   .     5,043,258  — 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  614. 

2.  Aiexandrc-Louis  Ducrest  de  Villeneuve,  de  Teil  (lUe-et- Vilaine),  novice  sur  les 
b&timents  de  l'État  en  1791,  aspirant  en  1796,  enseigne  de  vaisseaa  en  1800,  Iieute> 
nant  en  1808,  capitaine  de  frégate  en  1810,  capitaine  de  vaisseau  en  1819,  contre- 
amiral  en  1829,  major  général  de  la  marine  à  Toulon  en  1830,  Préfet  mariUme  a 
Lorient  de  1833  à  1842,  vice-amiral  en  1842,  retraité  en  1846,  décédé  en  1852. 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  648 

GUYS  AU  Boa  DE  DAMAS. 

1294.  —  Tunis,  2  janvier  i  8.28.  —  «  ....  Je  viens  d'obtenir  du  Bey 
que  M.  de  Lesseps  serait  provisoirement  accrédité  auprès  de  lui  comme 
Consul  général  et  Chargé  d'affaires,  et  mis  en  relations  directes  avec  lui 

et  ses  ministres...  »  (Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  G^  DE  LAFERRONNAYS  ^ 

1295.  —  TuniSy  5  janvier  i  828.  —  Le  Ministre  a  prescrit  au  prédé- 
cesseur de  Lesseps  de  réclamer  au  Bey  une  indemnité  proportionnée 
à  la  valeur  de  L'Aimable  Clarisse... 

«...  Comment  se  livrer  à  une  telle  demande,  au  moment  où  les  événe- 
ments de  la  Turquie  peuvent  avoir  une  si  terrible  influence  sur  le  sort 
du  Bey,  sur  sa  politique,  sur  Tesprit  des  peuples  qu'il  gouverne  et  des 
soldats  à  sa  solde,  lorsque  les  finances  de  la  Régence  de  Tunis  sont 
dans  un  tel  état  de  délabrement  que  les  paiements  les  plus  urgents 
sont  ajournés,  que,  pour  se  procurer  les  moyens  nécessaires  pour  faire 
marcher  le  corps  de  troupes  qui  va,  à  cette  époque  comme  toutes  les 
années,  recueillir  les  contributions  des  tribus  avoisinant  le  désert,  on  se 
voit  dans  la  nécessité  de  vendre  à  vil  prix  les  teskerets  (permis  de 
sortie)  des  huiles  de  1829,  c'est-à-dire  de  dévorer  son  revenu  de 
deux  années  à  l'avance,  au  moment  enfin  où,  par  une  condescendance 
qu'il  croit  très  grande,  le  Bey  a  consenti  à  me  reconnaître  comme 
Chargé  d'affaires  du  Roi,  quoique  n'ayant  d'autre  titre  k  lui  présenter 
que  l'allégation  de  l'agent  supérieur  de  Sa  Majesté  déjà  accrédité 
auprès  de  lui,  quoique  non  muni,  en  un  mot,  de  lettres  de  créance  et 
surtout  de  présents  d'usage? 

...Cette  affaire  devait  être  le  premier  objet  de  ma  sollicitude  et  d'une 
profonde  méditation  de  ma  part.  La  France  n'avait  jamais  signifié 
au  Bey  qu'elle  voulait  profiter  de  la  concession  faite  à  l'Angleterre,  en 
ce  qui  concerne  la  vente  des  prises.  D'autre  part,  le  Bey  avait  tout  à 
redouter  du  Dey,  s'il  ne  cédait  pas  à  ses  injonctions.  Ce  Prince  est  plein 
de  condescendance  pour  la  France,  dont  il  a  tout  à  espérer  et  rien  à 
craindre...  »  Lesseps  croît  que,  s'il  débutait  par  cette  réclamation,  il 
serait  considéré  comme  chargé  «  d'une  mission  acerbe  »,  comme 
devant  «  jouer  un  rôle  sévère  »,  en  harmonie  avec  les  plans  que  Fou 
prête  à  la  France  sur  la  cote  africaine  qui  va  du  cap  Bon  à  Gibraltar. 
11  pense  que  la  protestation  de  Guys  suffit  pour  empêcher  la  réclama- 
tion d'être  périmée.  D'ailleurs,  le  Bey  pourrait  tout  au  plus  souscrire 
des  engagements  à  échéances  éloignées... 

(Affaires  étrangères ,  C"  de  Tunis.) 

1.  Auguste-Ferron  comte  de  Laferronnays,  ambassadeur,  pair  de  France,  Ministre 
des  AfTaires  étrangères  du  4  janvier  1828  au  22  avril  4829. 


646       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS      [18%] 

DE  LESSEPS  AU  G^  DE  LAFBRROlfHAYS. 

1296.  —  l'unis^  20  janvier  i  828.  —  II  envoie  rengagement  par  écrit, 
pris  par  le  Bey  de  Tunis,  au  sujet  de  la  mission  des  officiers  d'artillerie. 
«  Connaissant  la  pénurie  et  le  peu  de  bonne  foi  dans  la  tenue  des  enga- 
gements des  Barbaresques  et  des  Turcs  en  général,...  j'ai  exigé  etobt^nu 
que  les  fonds  de  première  mise  fussent  acquittés  à  Marseille,  et  que  le 
payement  mensuel  des  traitements  eût  lieu  à  Tunis  chez  un  négociant 
responsable;  toutes  les  mesures  nécessaires  sont  prises  pour  que  les 
engagements  de  ce  Prince  ne  puissent  être  éludés. 

Je  ne  puis  dissimuler  à  Votre  Excellence  que  malgré  le  grand  intérêt 
qu'ont  les  Tunisiens  à  se  mettre  dans  une  attitude  de  défense  envers 
leurs  redoutables  voisins    les  Algériens,   il    existe  de   tels  apathie, 
désordre,  prodigalité  et  pénurie  dans  les  finances  qu'il  y  a  tout  lieu 
de  craindre  que,  faute  de  moyens  et  de  matériel  nécessaire  à  mettre  à 
leur  disposition,  ces  officiers  ne  restent  dans  une  inaction  qui  ne  sera 
probablement  troublée  que  par  le  plaisir  enfantin  de  voir  un  projectile 
atteindre  son  but,  et  de  voir  faire  à  l'oflicier  le  métier  de  chef  de  pièce. 
Le  Bey  a  fait  des  frais  immenses  pour  établir  une  fonderie,  qui  a  été 
abandonnée  avant  qu'un  seul  canon  y  ait  été  fondu;  il  en  a  été  de 
même  de  toutes  ses  entreprises.  Ces  Princes  sont  de  grands  et  ignorants 
enfants  ;  tout  ce  qui  est  nouveau  leur  parait  beau  ;  ils  veulent  tout  ce 
dont  ils  entendent  parler  qui  puisse  piquer  leur  curiosité,  sans  calculer 
ni  ce  que  l'objet  qu'ils  désirent  ardemment  peut  leur  coûter,  ni  s'il  peut 
avoir  pour  eux  un  but  d'utilité  réelle;  ils  veulent  avoir  tout  et  ne  se 
servent  de  rien.  Après  avoir  admiré  avec  le  plus  vif  enthousiasme  les 
objets  de  nos  arts  les  plus  précieux  qui  leur  sont  donnés  en  présent 
par  les  Princes  de  l'Europe,  ils  en  font  les  joujoux  fragOes  des  enfants 
et  des  esclaves  du  harem.  Je  demande  pardon  à  Votre  Excellence  d'être 
entré  dans  ces  détails,  au  sujet  de  l'envoi  des  officiers  d'artillerie  fran- 
çais; il  m'importait  de  lui  faire  connaître  mon  opinion  à  ce  sujet  : 
c'est  que  si,  sous  le  point  de  vue  militaire,  l'envoi  de  ces  officiers 
ne  peut  être  d'une  grande  ressource  à  ce  pays  par  le  fait  du  gouver- 
nement même,  il  n'en  sera  pas  de  même  pour  le  résultat  et  l'effet 
politique  qu'il  peut  produire  en  faveur  de  la  France;  aussi  je  pense 
qu'on  ne  saurait  trop  hâter  leur  départ. 

Le  Bey  a  encore  fait  des  fonds  en  France  pour  la  prompte  construc- 
tion de  machines  et  de  bateaux  à  curer;  cet  objet  est  extrêmement 
nécessaire  même  à  notre  commerce,  car  l'entrée  des  ports  de  La  Gou- 
lette,  de  Porto-Farine  et  de  Bizerte  devient  de  jour  en  jour  plus 
impraticable,  et  il  nous  importe  de  faire  tous  nos  efforts  pour  que  ce 


[1828J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  647 

gouvernement  donne  suite  à  ce  projet,  qui  a  déjà  été  communiqué  en 
France  par  mon  prédécesseur  et  reçu  un  commencement  d'exécution  '. 
Toutes  ces  relations  que  le  Bey  continue  de  lier  avec  nous  nous  rendent 
de  plus  en  plus  nécessaires  à  lui,  et  semblent  confirmer  les  déclarations 
verbales  qu'il  ne  cesse  de  nous  faire  de  l'intention  qui  l'anime  de  ne 
se  laisser  influencer  contre  nos  intérêts  par  aucune  suggestion  étran- 
gère. »  (Affaires  étrangères ^  C^"^  de  Tunis.) 

DE  LBSSEPS  AU  G**   DE  LAFERRONNAYS. 

1297. —  luniSy  23  janvier  i  828.  —  «  Dès  mon  arrivée  ici,  j'ai  senti 
combien  il  était  important  pour  le  gouvernement  du  Roi  d'utiliser  mon 
séjour  à  Tunis  pour  avoir  des  avis  de  ce  qui  se  passe  à  Alger,  et  je  com- 
mençais à  organiser  ce  service  et  à  surmonter  les  difficultés  qu'il  pré- 
sente, devant  me  servir  de  gens  du  pays,  lorsque  les  instructions  de 
Votre  Excellence  m'ont  ordonné  de  bâter  mes  démarches  pour  avoir 
des  nouvelles  d'Alger  par  la  voie  que  je  m'étais  préparée;  j'ai  choisi  le 
seul  intermédiaire  que  je  pouvais  avoir  pour  ma  correspondance  avec 
M.  d'Attili  de  la  Tour;  c'est  M.  le  comte  Filippi,  Consul  général  de  Sar- 
daigne  à  Tunis,  qui  passe  (je  ne  sais  encore  trop  sur  quel  fondement) 
pour  anti-Français;  mais  comme  sa  passion  dominante  est  la  vanité, 
et  que  ma  première  entrevue  avec  lui  a  commencé  par  la  perspective 
qu'il  pourrait  obtenir  ce  qui  pouvait  flatter  cette  passion,  je  l'ai  vu 
accueillir  avec  tant  de  joie  et  de  grâce  ma  proposition  que  j'en  ai  con- 
duit le  développement  au  point  le  plus  complet.  Aujourd'hui,  après 
avoir  écrit,  en  un  chiffre  qu'il  a  avec  son  collègue  â  Alger,  les  rensei- 
gnements que  nous  désirons  de  lui,  pour  éviter  les  investigations  de 
l'agent  d'Alger  &  Tunis,  homme  très  adroit  et  actif,  il  a  envoyé  son 
agent  â  Bizerte,  en  lui  ordonnant  d'expédier  un  Arabe  bédouin  intelli- 
gent et  de  confiance  â  Alger,  et  de  lui  rapporter  la  réponse,  moyen- 
nant une  bonne  récompense  que  je  rembourserai  à  M.  Filippi.  C'est 

1.  Hussein-Khodja^  Bach-Mamelouk  de  Tunis,  à  de  Lesseps,  —  Tunis,  90  janvier  iSJiS, 
-•  •  De  la  part  du  serviteur  de  Dieu  dont  il  implore  la  miséricorde  et  le  pardon, 
plein  de  confiance  dans  ses  bontés  infinies,  Hussein-Khodja,  deuxième  Vizir  de  la 
COUT  de  Tunis,  que  le  Très-Haut  la  garde!  à  notre  ami  le  chevalier  de  Lesseps, 
Consul  général  de  France  à  Tunis. 

En  conférant  avec  nous  relativement  aux  trois  officiers  d'artillerie  que  nous 
avions  demandés  à  votre  prédécesseur  le  chevalier  Alexandre  Guys  et  qu'il  devait 
faire  venir  de  France,  vous  nous  avez  annoncé  que  votre  Cour  avait  accédé  à  cette 
demande  et  que  ces  officiers  se  rendraient  auprès  de  nous  aux  conditions  que 
vous  nous  avez  indiquées. 

En  conséquence,  l'objet  de  la  présente  est  de  vous  prier  de  faire  venir  sans  délai 
aux  conditions  précitées  lesdits  officiers.  Us  retireront  de  Marseille,  du  cheva- 
lier Alexandre  Guys,  les  12,000  francs  qui  leur  sont  alloués  pour  leurs  frais.  Quanta 
leurs  appointements  annuels,  ils  les  toucheront  ici  du  négociant  français  Pierre 
Gay  établi  dans  cette  ville.  •  (Affaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 


648  GORRESPONDÀNGG  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [18i8J 

ainsi  que  nous  avons  établi  des  relations  qui,  j^espère,  satisferont  Votre 
Excellence.  En  attendant,  M.  Filippi  m'a  dit  avoir  reçu  du  Consul  géné- 
ral de  Naples  à  Alger  des  lettres  du  22  décembre,  lui  annonçant  qn  il 
n'y  avait  rien  de  nouveau  en  cette  ville,  et  qu'aucun  corsaire  n'était 
sorti  et  ne  se  préparait  à  sortir.  Votre  Excellence  peut  être  convaincue 
de  mon  zèle  à  remplir  une  aussi  importante  commission. 

Il  est  très  vrai  que  le  Dey  d'Alger  a  fait  ôter  la  vie  à  son  ministre 
de  la  guerre,  personnage  très  influent  et  fortaimé  des  troupes  ;  il  n'avait 
point  ourdi  de  conspiration,  mais  avait  exprimé  son  indignation  sur 
la  conduite  et  la  brutalité  du  Dey.  J'ai  su  que  cette  exécution  avait 
beaucoup  mécontenté  les  troupes  et  que  le  Dey  en  paraissait  repentaol. 
Cependant,  elle  n'avait  produit  aucun  mouvement  insurrectionnel  ei 
il  en  a  été  là,  comme  il  en  ,est  toujours  partout  ailleurs  en  Turquie, 
après  l'exécution  des  hommes  les  plus  populaires;  on  murmure  qd 
moment,  mais  on  dit  :  —  C'est  un  Vizir  qui  Ta  tué;  il  en  avait  le  droitr 
d'ailleurs  c'est  un  arrêt  de  Dieu,  et  c'était  écrit.  —  » 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 
DE  LESSEPS  AU  G^   DE  LAFERRONNAYS. 

1298.  —  Tunis^  26  janvier  i  828,  —  «  Un  désir  réciproque  ayani 
amené  la  présentation  que  j'ai  faite  au  Bey  de  Tunis  de  M.  le  capitaine 
de  vaisseau  du  Roi  Ducrest  de  Villeneuve,  commandant  la  station 
devant  Tunis  ',  je  crois  devoir  rendre  compte  à  Votre  Excellence  des 
circonstances  favorables  qui  l'ont  accompagnée. 

Le  Bey  nous  a  reçus  avec  tous  les  honneurs  possibles,  et  après  nous 
avoir  fait  asseoir  sur  des  fauteuils  préparés  à  cet  effet  et  nous  avoir 
fait  servir  le  café,  nous  protesta  de  son  attachement  respectueux  et 
reconnaissant  à  Sa  Majesté  l'Empereur  de  France,  assurant  qu'il  oe 
négligerait  rien  pour  que  les  liens  qui  l'unissaient  à  la  France  ne 
devinssent  encore  mille  fois  plus  forts  (c'est  son  expression),  et  que 
tous  les  intérêts  se  réunissaient  pour  ne  faire  des  deux  peuples  qu'un 
seul;  qu'il  n'était  jamais  plus  heureux  que  lorsqu'il  voyait  des  Fran- 
çais et  surtout  des  ofOciers  du  plus  grand  des  Princes.  Je  saisis  cette 
occasion  pour  lui  rappeler  les  obligations  récentes  qu'il  avait  à  la 
France,  la  concession  des  officiers  d'artillerie  français,  la  construction 
en  France  de  machines  à  curer  ses  ports,  la  valeur  que  donnait  aux 
produits  de  son  sol  l'extraction  qu'en  faisait  le  commerce  français,  etc^ 
ce  qui  lui  fit  répéter  les  mêmes  expressions  de  gratitude  et  de  dévoue- 
ment. Après  avoir  demandé  au  commandant  quel  était  le  nombre  des 
bâtiments  du  Roi  employés  au  blocus  d'Alger  et  reçu  sa  réponse,  il  m& 

i.  Voy.  la  note  2,  p.  614. 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  64© 

dit  :  — Comment  croyez-vous,  Consul,  que  finira  cette  affaire  désagréable 
d'Alger?  On  parle  d'une  expédition  qui  se  prépare  en  France.  —  Ayant 
présentes  à  Tesprit  vos  instructions,  je  crus  devoir  saisir  cette  occa- 
sion de  voir  confirmer  Topinion  que  j'avais  déjà  de  l'impression 
extrêmement  favorable  que  produisent  ces  bruits,  et  des  résultats  heu- 
reux qu'aurait  auprès  de  ce  gouvernement  leur  réalisation  ;  je  répondis 
que  je  ne  savais  à  l'égard  d'une  expédition  que  ce  qu'en  disait  le  puldic, 
que  par  conséquent  je  ne  pouvais  confirmer  ni  démentir  cette  nouvelle; 
mais  que,  dans  tous  les  cas,  le  puissant  souverain,  mon  maUre,  avait 
et  la  volonté  et  le  pouvoir  de  ne  jamais  laisser  une  ofi'ense  impunie,  et 
que  si  son  humanité  et  sa  bienveillance  pour  tous  les  peuples  lui  fai- 
saient toujours  user  de  longanimité  et  de  modération,  la  persévérance 
dans  une  injuste  et  hostile  attitude  et  le  non-repentir  attireraient  un 
juste  châtiment  et  la  foudre  sur  le  coupable.  Car,  Votre  Excellence, 
Prince,  ajoutai-je,  dont  la  belle  conduite  offre  un  si  étrange  contraste 
avec  celle  de  son  déloyal  voisin,  surtout  dans  les  affaires  qui  regardent 
le  pavillon  romain  (j'étais  bien  aise  de  faire  considérer  ce  grief  comme 
un  des  principaux),  ne  peut  se  dissimuler  les  torts  du  Dey  d'Alger. 
Je  m'attendais,  Monseigneur,  à  une  aussi  formelle  et  positive  déclara- 
tion que  celle  qui  suivit  ma  réponse,  quoique  celle-ci  ait  été  faite  pour 
la  provoquer,  d'autant  plus  que  les  Princes,  fils  du  Bey,  les  ministres 
et  toute  la  cour  dans  laquelle  étaient  certainement  les  espions  de  l'en- 
voyé d'Alger,  étaient  présents,  debout  devant  nous.  Soit  par  un  heu- 
reux effet  de  mémoire,  soit  par  justesse  d'esprit  naturel,  le  Bey  s'écria  : 
—  Oui,  Consul,  si  la  justice,  la  vérité  et  la  foi  due  aux  traités  étaient 
bannis  du  cœur  des  hommes,  elles  devraient  se  trouver  dans  le  cœur  et 
la  bouche  des  Princes.  On  ne  peut  certes  avoir  plus  de  torts  ni  une 
conduite  plus  extravagante  que  celle  qu'a  tenue  et  que  tient  encore  le 
Dey  d'Alger;  c'est  un  enfant  qui  se  révolte  contre  un  homme  parvenu 
à  son  plus  haut  point  de  force  et  de  raison.  Le  gouvernement  d'Alger 
est  odieux  à  ses  peuples;  il  est  injuste  et  tyrannique.  — 

Le  ministre  (Bach-Mamelouk)  ajouta,  s*adressant  à  moi  :  —  Cette 
mauvaise  conduite  vient  de  ce  que  le  Dey  d'Alger  n*est  pas,  comme 
notre  bon  maître,  Prince  légitime  et  héréditaire;  dès  lors,  un  gouverne- 
ment n'est  rien  moins  que  bon  et  paternel,  comme  l'est  celui  sous 
lequel  nous  vivons,  grâces  à  Dieu  I  — 

Ce  discours,  qui  n'a  paru  aux  personnes  présentes  qu'une  adulation 
de  courtisan,  a  été  pour  moi  d'autant  plus  remarquable  que  des  anté- 
cédents et  entre  autres  des  discours  tenus  dans  l'intérieur  du  sérail 
entre  le  Bey,  son  frère  Sidi  Mustapha  et  quelques  intimes  confidents 


650  GORRBSPONDANGB  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [i8%] 

et  à  moi-même  par  ceux-ci,  me  feraient  croire  que  cette  cour  nourrirait 
Tespoir  que  la  France,  changeant  le  gouvernement  d'Alger  et  Toulant 
placer  à  la  tète  de  cette  Régence  un  Prince  musulman,  qui  offnrait  par 
sa  naissance  et  par  ses  précédents  des  garanties  à  ses  peuples  ainsi 
qu'à  l'Europe,  pourrait  jeter  les  yeux  sur  Sidi  Mustapha,  frère  du  Bev 
régnant.  Ce  Prince  effectivement  est  bon,  humain,  juste,  assez  instroit 
et  très  grand  ami  des  Européens,  dont  il  parle  la  langue  et  adopte  en 
beaucoup  de  choses  les  mœurs.  J'ai  cru  qu'il  était  important  d'instruire 
Votre  Excellence  de  cette  circonstance  et  de  cet  espoir  du  Bey.  Ce  simple 
espoir  peut  nous  servir  utilement  dans  les  circonstances  présentes. 

Cette  audience,  qui  fut  très  prolongée  par  le  plaisir  que  paraissait 
trouver  le  Bey  à  nous  entretenir,  a  été  terminée  par  la  prière  que  fit  le 
Bey  à  M.  Ducrest  de  Villeneuve  d'assurer  son  auguste  maître,  s'il  avait 
le  bonheur  de  le  voir,  de  son  profond  respect,  de  son  admiration,  et 
de  sa  vive  reconnaissance  pour  toutes  ses  bontés. 

—  Vous  confirmerez,  dit-il,  tout  ce  que  mon  ami  le  Consul  général 
de  France  lui  à  sans  doute  exprimé  de  mes  sentiments  pour  Sa  Majesté 

et  pour  sa  nation.  —  »  {Affaires  étrangères,  C««  de  Tunù,) 

DE  LESSEPS  AU  C^*   DE  LAFERRORRAYS. 

1299.  —  Tunis,  28  janvie}*  1 828,  —  v  Le  Bey  a  reçu  la  nouvelle  que 
beaucoup  de  ses  sujets  échappés  aux  désastres  de  Navarin  se  trouvent 
dispersés  dans  les  ports  de  Turquie,  dans  un  état  affreux  de  dénue- 
ment. Il  m'a  fait  dire  encore  une  fois  qu'il  se  jetait  dans  les  bras  de  la 
France.  Puis  il  m'a  demandé  de  Taiderjà  rapatrier  ses  sujets  :  —Je 
connais  trop  l'humanité  qui  distingue  le  Roi  de  France  et  ses  sujetsje 
compte  trop  sur  l'obligeance  de  Sa  Majesté  h  mon  égard  et  sur  les  sen- 
timents de  ses  officiers  pour  n'être  pas  assuré  que  ma  demande  sera 
bien  accueillie.  —  Je  lui  promis  de  faire  mon  possible  pour  le  satisfaire 
Ce  Prince  a  nolisé  un  brick  autrichien  que  j'ai  muni  de  toute  espèce 
de  recommandations  pour  les  commandants  du  Roi  en  Orient.  » 

{Affairée  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
LB  G<*   DE  LAFERRONNAYS  A  DE  LESSEPS. 

1800.  —  Paris,  i4  février  1 828.  —  Il  lui  annonce  que  Sa  Majesté 
le  Roi  d'Espagne  a  rappelé  Soler  et  nommé  à  sa  place  un  Consul 
général,  Don  J.  H.  Rizzo  *...  «  En  attendant  son  arrivée,  je  vous  prie  de 

1.  Il  prit  possession  de  son  poste  au  commencement  de  Tannée  1833,  et  !a  ges- 
tion du  Consulat  d'Espagne  fut  confiée,  en  l'attendant,  au  Consul  général  de  Fraoce. 
—  Voy.  sur  les  différends  entre  Soler,  Consul  d'Espagne,  et  la  Régence,  les-^finate 
tunisiennes,  p.  373.  —  Lettre  du  duc  de  San  Carias  au  c'*  de  Laferrannays,  5  février 
i8i8.  —  «  Soler  a  sérieusement  compromis  les  intérêts  du  roi  d'Espagne.  S.  M.C 
nommé  à  sa  place  un  Consul  général,  et  réclame  la  bienveillante  médiation  du  roi 
de  France  à  cette  occasion...  » 


[1828J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  661 

faire  connaître  au  Bey  la  résolution  prise  par  la  Cour  de  Madrid,  et 
dans  le  cas  où  le  rappel  du  sieur  Soler  aurait  inspiré  quelques  doutes 
à  la  Régence  sur  la  véritable  intention  de  TEspagne,  vos  explications 
suffiront,  je  n'en  doute  pas,  pour  les  dissiper.  » 

[Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  C^*   DE  LAFERRONNATS. 

1301.  —  Tunis,  28  février  i  828.  —  Le  Dey  d'Alger  a  envoyé  un 
messager  au  Bey...  «  D'après  les  bruits  qui  courent,  le  Dey,  ayant  des 
avis  de  l'expédition  préparée  en  France  contre  lui,  aurait  écrit  au  Bey 
de  Tunis  en  lui  demandant  alliance,  secours  et  assistance  en  hommes 
et  en  denrées.  Le  Bey,  pour  se  dégager  poliment  et  sans  trop  exciter  le 
courroux  de  son  fougueux  ennemi,  aurait  employé  une  défaite  en  lui 
faisant  une  promesse  inexécutable,  celle  de  lui  envoyer,  quand  il  serait 
attaqué  seulement,  son  frère  Sidi  Mustapha  et  ses  troupes...  » 

De  Lesseps  a  obtenu  des  confidences  secrètes  de  gens  intimement 
attachés  à  la  personne  et  au  cabinet  du  Bey,  et  s'est  fait  raconter  par 
eux  le  contenu  des  lettres  algériennes  et  tunisiennes.  «  Le  bruit  ayant 
couru  que  la  Porte  avait  déclaré  la  guerre  à  la  France,  l'Angleterre 
et  la  Russie,  les  Européens  commençaient  à  s'alarmer,  lorsque  je  reçus 
aujourd'hui  un  message  du  Bey  qui  me  mit  à  même  de  rassurer  mes 
nationaux  et  me  causa  la  plus  vive  satisfaction,  puisqu'il  m'enlevait 
jusqu'aux  plus  petits  doutes  sur  les  intentions  de  cette  Régence,  tant 
relativement  à  Alger  que  dans  ie  cas  d'une  rupture  décidée  entre  la 
France  et  la  Turquie,  et  qu'en  outre  elle  me  fit  connaître  que  le  terrain 
sur  lequel  j'étais  parvenu  à  me  placer,  sans  lettres  de  créance  ni  fîrmans, 
s'était  afi'ermi  et  consolidé  sous  mes  pas. 

Le  gardien-bachi  Sidi  Hassuna  vint  de  la  part  du  Bey  me  dire  : 
—  On  cherche,  malgré  tous  mes  soins,  malgré  mes  déclarations  publi- 
ques et  répétées  au  sujet  des  torts  du  Dey  d'Alger  et  de  la  justice 
de  la  cause  française,  à  me  noircir  auprès  du  Consul  de  France  que 
j'aime  et  estime  ;  je  suis  sûr  que  la  France  ne  me  fera  pas  de  mal, 
et  moi  je  ne  veux  positivement  non  seulement  lui  faire  et  lui  sou- 
haiter aucun  mal,  mais  lui  démontrer  par  des  faits  mes  vœux  pour 
sa  prospérité;  je  prie  mon  loyal  ami  de  venir  lire  au  Bardo  toute 
ma  correspondance,  qui  lui  prouvera  la  fausseté  de  l'assertion  que 
le  Dey  d'Alger  m'aurait  demandé  des  secours  et  que  je  lui  en  aurais 
promis;  faites-lui  le  récit  de  ce  qui  s'est  passé.  Si  le  Consul  le  désire, 
je  suis  prêt  à  lui  donner  par  écrit  la  déclaration  authentique  de 
ce  que  j'affirme;  mais  je  le  prie  surtout  de  venir  la  recevoir  de  ma 
bouche  en  présence  de  toute  ma  cour.  Confirmez-lui  en  outre  que 


652  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1828] 

si  le  Grand  Seigneur,  en  déclarant  la  guerre  à  la  France,  m'envoyait 
cent  firmans  afin  de  m*obliger  à  prendre  parti  contre  la  France,  et 
si  cent  messagers  émettaient  cent  proclamations,  je  n'obéirais  point 
aux  premiers,  je  n'écouterais  pas  les  seconds,  et  j'empêcherais  la 
publication  et  la  circulation  des  dernières.  Dites-lui  que  j'ai  déjà  pris 
toutes  les  mesures  pour  qu^aucune  nouvelle  qui  pourrait  indisposer 
mon  peuple  ne  circule,  et  pour  détruire  l'effet  des  bruits   que  des 
malveillants   pourraient   répandre;  que   si    ces  malveillants   étaient 
mes  sujets,  je  les  châtierais  sévèrement.  Assurez  le  Consul  de  France 
mon  ami  que  mes  sentiments  sont  inaltérables,  et  que  je  lui  répète  ce 
que  je  lui  ai  dit  publiquement  :  que  je  me  jette  entièrement  entre  les 
bras  de  la  France,  et  que  je  ne  désire  rien  autant  que  le  châtiment 
exemplaire  de  l'injuste  agresseur,  le  Dey  d'Alger.  — 

Dans  cette  conférence,  Sidi  Hassuna  me  fit  l'ouverture  suivante  : 
—  Le  Bey  se  repose  sur  les  intentions  bienveillantes  de  votre  Roi; 
comme  il  craint  que,  si  le  Dey  d*Alger  fait  la  paix  avec  votre  pays,  il 
ne  dirige  contre  lui-même  l'appareil  guerrier  qu'il  déploie  en  ce 
moment  pour  sa  défense,  il  espère  que  l'arrangement  ne  se  fera  pas 
à  ses  dépens,  que  la  France  ne  le  sacrifiera  pas  à  la  vengeance  et  au 
ressentiment  de  son  rival,  et  qu'au  contraire  elle  stipulera  ses  intérêts 
et  le  mettra  à  l'abri  des  hostilités  du  Dev.  — 

J'ai  été  extrêmement  satisfait  de  voir  que  cet  incident  ait  amené  une 
déclaration  aussi  formelle  dans  une  circonstance  comme  celle-ci.  Si 
elle  ne  prouve  pas  entièrement  la  sincérité  du  Bey  de  Tunis  et  de  ses 
ministres  au  sujet  de  ses  intentions  futures,  elle  indiquerait  au  moins  la 
crainte  extrême  qu'il  éprouve  de  ce  que  la  France  pourrait  le  confondre 
dans  ses  ressentiments  contre  une  autre  Puissance  barbaresque,  et 
enfin  les  favorables  dispositions  actuelles  de  cette  Régence.  Je  ne 
négligerai  rien  pour  maintenir  cet  état  de  choses,  et  pour  qu'aucune  des 
démarches  de  ce  gouvernement,  tant  à  la  Porte  qu'à  Alger,  ne  puisse 

échapper  à  ma  vigilance...  »  (Affaires  étrangères,  C»"  de  Tunù,) 

DE  LESSEPS  AU  C^  DE  LAFRRRONNAYS. 

1302.  —  Tunis,  28  février  1  828.  —  Il  a  eu  une  explication  avec 
le  Bey,  au  sujet  de  la  libre  pratique  accordée  aux  bâtiments  anglais 
venant  directement  d'Angleterre.  Le  Prince  dit  que  les  Anglais  l'ont 
demandée  comme  mesure  de  réciprocité,  et  qu'il  raccordera  également 
à  la  France,  si  celle-ci  promet  la  réciprocité. 

De  Lesseps  est  d'avis  de  toujours  réclamer  les  concessions  faites  aux 
autres.  Gomme  les  bâtiments  tunisiens  ne  dépassent  pas  Gibraltar,  la 
réciprocité  promise  par  les  Anglais  n'est  pas  réelle.  «  Ne  pourrions- 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  653 

nous  pas  nous  mettre  dans  la  même  position  que  les  Anglais,  en  pro- 
posant au  Bey  d'admettre  sans  réserve  sanitaire  les  bâtiments  tunisiens 
venant  de  Tunis  directement,  sans  avoir  touché  ni  communiqué  avec 
qui  que  ce  soit  en  route,  dans  les  ports  de  France  situés  dans  l'Océan, 

et  vice  versa?...  »  {Affaires  étrangères,  C  de  Tunis,) 

DE  LESSBPS  AU  C^°  DE  LAFERRONNAYS. 

1303.  —  Tunis,  6  mars  1 828.  —  «  Dans  une  audience  publique,  le 
Bey  m'a  renouvelé  ses  protestations  d'amitié  tant  de  fois  répétées,  et 
comme  je  lui  demandais  de  vouloir  bien  me  confirmer  formellement 
toutes  ses  dispositions  dans  tous  les  cas,  en  y  comprenant  celui  où 
les  événements  amèneraient  une  guerre  ouverte  entre  mon  pays  et  la 
Turquie,  il  n'hésita  pas  à  me  donner  trois  fois  l'assurance  que  rien, 
même  ce  déplorable  événement,  n'altérerait  jamais  ses  sentiments,  ni 
ses  rapports,  ni  ses  relations  avec  la  France.  Ensuite  le  Bey  me  dit 
confidentiellement  et  entre  nous  que  je  serais  le  premier  et  le  seul, 
excepté  son  ministre,  auquel  il  communiquerait  tout  ce  qu'il  recevrait 
de  Gonstantinople,  d'Alger  et  en  général  de  Turquie,  et  avec  lequel  il 
se  concerterait  pour  toutes  les  mesures  à  prendre,  et  enfin  que  j'étais 
le  seul  dans  lequel  il  avait  et  aurait  la  plus  entière  confiance....  » 

De  Lesseps,  néanmoins,  se  méfie.  Il  a  cru  devoir  recommander  en 
secret  aux  négociants  de  s'abstenir  d'opérations  chanceuses,  telles 
que  celle  d'acheter  dès  maintenant  les  huiles  de  la  récolte  prochaine. 
Le  Bey  lui  a  fait  dire  qu'il  avait  reçu  le  manifeste  du  Grand  Seigneur 
et  qu'il  n'en  faisait  aucun  cas.  Notre  agent  se  plaint  beaucoup  d'être 
privé  de  lettres  et  d'instructions  de  la  part  du  Ministre.  Son  courrier 
d'Alger  l'inquiète  aussi;  on  n'en  a  aucune  nouvelle...  «  Les  lettres 
qu'ont  reçues  des  particuliers  disent  que  l'on  est  fort  inquiet  à  Alger 
des  préparatifs  que  l'on  dit  être  faits  en  France  pour  l'expédition 
contre  cette  ville.  Ces  bruits,  propagés  à  Tunis,  sont  également  très 
favorables  à  nos  intérêts  en  ce  pays,  et  l'on  désire  secrètement  qu'ils 

se  réalisent.  »  (Affaires  étrangères,  C"»  de  Tunis.) 

LE  C^^  DE  LAFERRONNAYS  A  DE  LESSEPS. 

1304.  —  Paris,  25  mars  i  828,  —  «  J'ai  reçu  les  lettres  que  vous 
m'avez  fait  l'honneur  de  m'adresser  jusqu'au  28  janvier. 

Je  vois  qu'à  cette  époque  tout  était  parfaitement  tranquille  à  Tunis 
et  à  Tripoli,  et  que  les  chefs  de  ces  Régences  continuaient  de  nous  mon- 
trer des  dispositions  amicales.  iVI.  Rousseau  '  pensait  que  la  conduite  du 

1.  Jean-Baptiste-Louis  baron  Rousseau,  Consul  à  Bassora  en  1805,  Secrétaire  d*am- 
bassade  à  Téhéran  en  1807,  Consul  général  à  Alep  en  1808,  à  Bagdad  en  1814,  Consul 
général  à  Tripoli  de  Barbarie  en  1824  (15  décembre),  décédé  en  1831. 


654  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1828] 

vice-roi  d'Ègypie  influerait  beaucoup  sur  les  déterminations  ultérieures 
du  Bey  de  Tripoli,  mais  nos  dernières  nouvelles  d'Alexandrie  annon- 
cent que  Méhémet-Ali  persévère  dans  Tintention  de  rester  en  paix  avec 
les  Cours  alliées,  et  que  loin  de  faire  saisir  les  propriétés  de  leurs 
sujets,  comme  on  Ta  mandé  au  Consul  général  de  Sardaigne  à  Tanis, 
il  aivak  pris  soin  de  rassurer  ceux-ci  et  de  leur  donner  des  garanties 
de  sécurité.  C*eat  un  fait  dont  vous  pourrez  tirer  parti  dans  vos  conver- 
sations avec  les  miftbires  du  Bey  et  les  principaux  personnages  de  la 
Régence...  » 

Au  sujet  de  la  mission  CourroisMr,  le  Ministre  lui  fait  connaître  que 
le  gouvernement  a  cru  devoir  TajounMr»  vu  les  circonstances.  «  Vous 
trouverez  certainement  dans  votre  prudMM  et  votre  dextérité  les 
moyens  de  déguiser  les  véritables  causes  de  ce  relard  qui  cessera  d'ail- 
leurs, du  moment  où  nous  saurons  définitivement  à  qmÀ  nous  en  tenir 
sur  les  dispositions  du  Bey. 

Vous  m*avez  informé  des  mesures  que  vous  avez  concertées  avec  le 
Consul  de  Sardaigne  pour  nouer  une  correspondance  avec  M.  d'Attilî 
de  la  Tour,  Consul  général  de  la  même  Puissance  à  Alger,  et  je  dois 
espérer  que  cet  expédient  vous  mettra  à  portée  de  me  transmettre  sur 
cette  Régence  d'utiles  informations.  Toutefois,  si  les  sentiments  de 
«M.  Filippi  envers  la  France  sont  aussi  peu  bienveillants  qu'on  vous  Ta 
dit,  vous  ferez  sagement  de  vous  tenir  avec  lui  sur  un  certain  ton  de 
réserve.  Je  crains  même  que  vous  ne  vous  soyez  peut-être  un  peu  trop 
avancé  à  son  égard  en  faisant  luire  à  ses  yeux  des  espérances  prématu- 
rées.  Nous   sommes   très   disposés  à   reconnaître  les   services  que 
M.  Filippi  aura  pu  nous  rendre;  mais  le  gouvernement  du  Roi  est 
seul  juge  du  genre  de  récompense  à  accorder,  et  je  ne  puis  que  vous 
recommander  d'être  très  circonspect  à  cet  égard. 

J'ai  remarqué  les  détails  de  Taudience  dans  laquelle  vous  avez  pré- 
senté au  Bey  le  commandant  de  la  station  française  devant  Tunis,  l'ac- 
cueil flatteur  que  vous  avez  reçu  l'un  et  l'autre  en  cette  circonstance,  et 
le  langage  amical  que  le  Bey  a  tenu  envers  la  France.  Il  faut  espérer 
que  ces  dispositions  de  sa  part  ne  changeront  pas,  et  que  vous  pourrez, 
Monsieur,  l'assurer  de  la  bienveillance  et  de  l'amitié  du  gouvernement 
du  Roi,  tant  qu'il  s'en  montrera  digne.  Quant  aux  questions  que  le 
Prince  vous  a  adressées  relativement  à  nos  démêlés  avec  Alger,  vous 
pourrez  également  lui  dire  que  les  bâtiments  du  Roi  maintiennent 
rigoureusement  le  blocus  de  cette  place,  que  leur  nombre  a  été  récem- 
ment et  considérablement  augmenté,  et  que  les  mesures  prescrites  par 
Sa  Majesté  pour  tirer  satisfaction  des  ofl'enses  dont  le  Dey  s'est  rendu 


[1828]  AVEC  LA  GOUR  M  nANGR  655 

coupable  envers  elle  n'auront  de  terme  que  le  jour  même  où  ces  rép^ 
rations  auront  été  accordées....  » 

Quant  à  la  réclamation  de  U Aimable  Clarisse,  «  sans  paraître  aban- 
donner la  réclamation  confiée  à  vos  soins,  vous  voudrez  bien  cesser, 
quant  à  présent,  d'insister  pour  qu'elle  soit  accueillie.  Vous  aurez  d'ail- 
leurs soin  de  laisser  croire  au  Bey  que  nous  ne  renonçons  point  à  nos 
prétentions  et  vous  pourrez  insinuer,  comme  de  vous-même,  que  nos 
déterminations  ultérieures  à  cet  égard  dépendront  beaucoup  de  la  con- 
duite que,  dans  les  conjonctures  actuelles  et  au  milieu  des  événements 
qui  peuvent  survenir,  il  aura  tenue  envers  la  France.  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  G**'  DE  LAFERRONNAYS. 

1305.  —  Tunis,  27  mars  i  S 28,  — Le  capitaine  d'un  corsaire  capturé, 
Harif  Ibrahim-reïs,  est  un  des  plus  influents  de  la  haute  marine  algé- 
rienne. De  Lesseps,  ayant  appris  que  Raimbert,  Chancelier  du  Consulat  à 
La  Calle  \  le  connaissait,  a  envoyé  celui-ci  vers  le  reïs  algérien,  avec  des 
rafraîchissements,  «  afin  de  suppléer  par  le  résultat  de  la  conversation 
qu'il  aurait  avec  ce  capitaine  à  la  lacune  que  laisse  à  ma  correspon- 
dance sur  Alger  la  perte  de  notre  exprès  envoyé  en  cette  ville  ».  Il 
envoie  le  rapport  de  Raimbert  qu'il  considère  comme  exact,  sauf  pour 
le  nombre  de  corsaires  qu'il  évalue  à  six  '. 

(Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis.) 

1.  Voy.  p.  457. 

2.  Raimbert  à  de  Lesseps.  —  Tunis,  S5  mars  i898.  —  «  Monsieur  le  Consul  général, 
d'après  votre  invitation,  je  me  suis  rendu  à  bord  de  la  frégate  du  roi  L'Astrée,  com- 
mandée par  M.  Ducrest  de  Villeneuve.  J^  &i  vu  le  reïs  algérien  Harif  Ibrahim 
Effendi,  capturé  par  ce  navire.  J'ai  eu  avec  lai  conformément  à  vos  ordres  une 
conversation  assez  étendue  sur  l'état  actuel  de  son  gouvernement,  de  ses  disposi- 
tions, de  celles  de  sa  nation,  de  sa  milice  et  de  l'attitude  de  celle-ci,  de  l'eiïet  que 
produit  le  blocus  chez  les  uns  et  les  autres.  J'ai  su  quels  sont  les  armements  de  la 
Régence  et  dans  quel  état  ils  se  trouvent,  quels  sont  aussi  les  projets  du  Dey,  rela- 
tivement à  la  guerre  contre  nous;  enûn  je  pense  avoir  pris  toutes  les  informations 
qui  peuvent  intéressser  le  gouvernement  du  Roi* 

D'abord  j'ai  dû  chercher  à  mettre  ce  reîs  dans  mes  intérêts  et  pénétrer  toutes 
ses  pensées,  soit  en  lui  laissant  entrevoir  quelque  espérance  d'une  prompte  liberté, 
soit  en  Tentretenant  de  particularités  propres  à  l'intéresser  et  à  solliciter  ses 
réponses.  D'après  les  rapports  de  ce  reïs,  il  existerait  à  Alçer  quelque  fermentation 
et  même  une  espèce  d'anarchie  sur  quelques  points  des  Etats  de  cette  Régence;  à 
Bône,  où  le  reïs  a  rel&ché  il  y  a  quinze  jours,  les  autorités  sont  absolument 
méconnues,  la  milice  y  a  déjà  provoqué  quelques  troubles  à  la  suite  desquels  des 
Européens  ont  été  maltraités  et  même  bétonnés;  un  Juif  y  a  été  décapité  et  brûlé 
il  y  a  quelques  jours,  sans  aucune  espèce  de  motif  légal,  et  malgré  le  gouverneur 
du  lieu  qui  a  employé  inutilement  tous  ses  moyens  pour  empêcher  ces  actes  de 
violence.  Ces  événements  coïncident  parfaitement  avec  la  relation  que  vous  avez 
eue  dernièrement  de  cette  ville.  A  Constantine,  il  y  a  également  un  mécontente- 
ment prononcé;  le  Bey  n'y  est  pas  tranquille;  il  a  été  obligé  dernièrement  de  cam- 
per avec  quelques  troupes  aux  environs  de  cette  ville  pour  être  à  même  de  se 
porter  où  le  besoin  l'exigerait;  le  blocus,  m'a  dit  le  reïs,  est  la  grande  raison  de 
l'indisposition  du  peuple  algérien.  Privé  de  tout  débouché  pour  les  productions  de 


656       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS      fl828] 

son  pays,  et  ne  pouvant  se  procurer  les  objets  d'Europe  qu'à  des  prix  excessifs  et 
par  la  voie  de  Tunis,  il  éprouve  une  gène  voisine  de  Texaspération.  Bône,  Constan- 
tine,  diverses  petites  villes,  tout  rintérieur  de  la  Régence,  Alger  même  sont  privés 
de  tous  nos  articles  de  commerce,  et  on  ne  voit  dans  cette  capitale  et  à  Béne  que 
quelques  denrées  coloniales  provenant  d'Oran,  où  quelques  bâtiments  anglais  a.bor- 
dent  de  Gibraltar  ou  de  Livourne.  Bône  est  aujourd'tiui  sans  défense.  II  y  a  six 
mois  que  le  Bey  de  Constantine  y  avait  envoyé  1,200  soldats;  les  habitants  soumis 
jour  et  nuit  k  des  corvées  en  faisaient  eux-mêmes  la  garde;  cette  ville  est  mainte- 
nant réduite  à  son  état  d'abandon  primitif  par  la  désertion  des  troupes  qui  se 
sont  retirées  peu  à  peu;  les  habitants  se  refusent  à  toute  sorte  de  service.  Il 
n'existe  donc  plus  à  cette  ville  que  sa  faible  garnison  montant  à  150  soldats,  et 
c'est  précisément  ceux-ci  qui  y  exercent  ces  désordres  et  ces  actes  de  violences 
dont  j'ai  déjà  eu  l'honneur  de  vous  entretenir. 

Cet  endroit  offrirait  des  facilités  pour  opérer  un  débarquement,  une  popula- 
tion habituée  à  vivre  avec  nous  n'existant  depuis  deux  siècles  que  de  son  commer.e 
avec  la  France,  accoutumée  à  nos  usages,  à  notre  manière  de  traiter,  à  celte  dou- 
ceur de  relations  qui  caractérise  notre  nation,  enfin  une  population  qui,  exposée 
aux  vexations  les  plus  intolérables,  ne  désire  qu'un  changement  quel  qu'il  soit.  Ses 
environs,  habités  par  quelques  Arai>es  qui  nourrissent  le  même  esprit,  ceux  de  Test 
particulièrement  jusqu'au  Bastion  de  France,  sont  on  peut  dire  francisés.  Leur 
cheik,  qui  est  plutôt  le  nôtre  que  celui  du  Prince,  n*entretient  plus  que  quelque^ 
relations  de  convenance  avec  le  Bey  de  Constantine  et  ne  lui  payerait  plus  aucun 
droit,  s'il  n'en  était  dédommagé  par  le  Bastion.  La  moindre  circonstance  le  sépare- 
rait pour  toujours  de  ce  Gouverneur  qu'il  ne  voit  plus  depuis  vingt  ans.  La  paKie 
de  l'ouest  est  toutà  fait  insoumise  et  peu  importerait  aux  hordes  qui  Thabitent  de 
traiter  avec  les  seuls  Européens,  pourvu  qu'ils  trouvassent  dans  leurs  relations  leurs 
sûretés  et  leurs  avantages. 

Constantine,  dépourvue  de  toute  défense,  n'ayant  qu'une  garnison  de  cent 
hommes,  et  le  camp  du  Bey  composé  de  300  Turcs  et  d'un  millier  d'Arabes,  est  à 
25  lieues  sud-ouest  de  Bône,  les  chemins  praticables  pour  la  marche  d*une  armée 
qui,  se  rendant  maîtresse  de  cette  ville,  mettrait  certainement  la  Régence  en 
danger;  nul  doute  que  sa  présence  là  n'occasionnât  un  mouvement  dans  la  capi- 
tale, un  changement,  peut-être  la  chute  du  gouvernement  actuel.  A  Alger,  les 
marques  du  mécontentement  sont  aussi  manifestes  que  dans  la  province  de  Cons- 
tantine, la  population  n'est  pas  habituée  à  tant  de  privations,  touchant  encore,  pour 
ainsi  dire,  aux  beaux  jours  que  lui  procurait  la  course;  elle  souffre  impatiemment 
de  cet  état  de  choses. 

Le  commerce  paralysé  excite  les  murmures  et  les  plaintes  des  négociants  et  des 
marins.  La  marine  du  Dey  jette  les  hauts  cris  de  son  inaction  et  de  son  inutilité, 
elle  prétend  surtout  que,  sans  la  guerre  de  la  France  qui  la  retient  dans  le  port, 
les  prises  toscanes,  romaines  et  autres  aftlueraientà  Alger;  enfin  ce  Prince,  force 
de  désarmer  tous  les  bâtiments  qui  ont  si  mal  réussi  devant  notre  croisière,  a  cm 
apaiser  les  marins  les  plus  notables^  en  armant  quelques  barques,  et  vous  voyez 
ici,  m'a  dit  le  reîs,  une  des  suites  de  cet  armement.  Il  paraîtrait  même,  ajouta-t-il, 
qu'il  a  voulu  se  débarrasser  de  nous.  Voici  deux  mois  que  j'ai  quitté  Alger;  j'ai 
fait  voile  aux  détroits  de  Gibraltar  J'y  ai  trouvé  des  bâtiments  de  guerre  français, 
sur  les  côtes  d'Espagne,  à  Magon,  en  Sardaigne,  à  Bône,  enfin  sur  le  cap  Bon, 
partout  j'ai  vu  de  vos  navires  qui  m'ont  poursuivi.  Nous  sommes  partis  tous; 
j'ai  succombé  et  je  pense  (|ue  les  deux  autres  échapperont  diflicilement  à  la  vigi- 
lance de  vos  croiseurs,  que  l'on  dirait  n'être  en  mer  que  poumons  seulement.  Le 
reïs  s'est  montré  très  réservé  sur  les  questions  que  je  lui  ai  faites  relativement  à 
l'esprit  de  la  milice;  mais  lorsque  je  lui  ai  dit  que  je  savais  à  quoi  m'en  tenir  à  ce 
sujet,  et  que  la  fin  tragique  de  son  chef  que  je  connaissais  Pavait  beaucoup  indis- 
posée contre  le  Dey,  il  n'a  pu  disconvenir  qu'elle  était  peu  portée  pour  lui,  et  m'a 
avoué  qu'effectivement  cet  Agha  injustement  sacrifié  était  très  aimé  des  troupes  et 
que  ses  libéralités  l'avaient  fait  extraordinairement  respecter.  Le  reîs  m'a  dit  que 
le  Dey  fait  des  préparatifs  surprenants  de  défense  contre  l'expédition  des  Français, 
à  laquelle  tous  les  Algériens  croient  positivement;  de  nouvelles  fortifications  ont 
été  fabriquées  en  ville  et  hors  des  portes  nommées  Baba  Souk  et  Baba  Azoun,  le 
long  des  plages  ouest  et  est;  on  y  a  placé  une  infinité  de  canons;  les  garnisons  de 


[1828J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  6Î)7 

DE  LBSSEPS  AU  C^®  DE  LAFEKRONNAVS. 

1306.  —  Tunis^  12  avril  J  828.  —  «  Devant  présumer  que  M.  Marces- 
cheau,  Vice-Consul  de  France  à  Tunis  *,  sera  probablement  promu  à  un 
avancement  justement  mérité,  je  supplie  Votre  Excellence,  dont  les  sen- 
timents paternels  pour  les  anciens  agents  de  son  Département  sont  bien 
connus,  de  daigner  permettre  que  je  lui  exprime  le  vœu  de  voir 
nommer  h  sa  place  mon  fils  aîné,  Théodore  de  Lesseps,  qui  a  déjà  géré 
à  la  satisfaction  du  Ministère  un  Vice-Consulat  en  Levant  '. 

C'est  moins  (du  moins  j'aime  à  le  croire)  mon  bonheur  personnel  et 
une  grande  consolation  à  de  grands  revers  que  le  véritable  intérêt  du 
service  qui  me  portent  à  former  cette  demande...  » 

(Affaires  étrangères j  C*"*  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  C^  DE  LAFERRONNAYS. 

1307.  —  TuniSy  15  avril  1 828.  —  «  Je  n'aurais  jamais  osé  entre- 
tenir Votre  Excellence,  dont  les  moments  sont  si  précieux,  d'un  incident 
très  futile  dans  son  principe,  si  les  conséquences  n'étaient  un  démêlé 
très  grave  avec  la  Sardaigne,  et  une  distinction  en  faveur  du  Consul 
général  d'Angleterre  au  détriment  de  la  considération  française  en  ce 
pays.  Celle-ci  est  un  dépôt  sacré  qui  m'est  conQé  et  dont  je  ne  me  des- 
saisirai qu'avec  la  vie. 

Le  Bey  a  seul  le  privilège  d'avoir  une  voiture  à  quatre  roues.  Celles 
à  deux  roues,  espèces  de  cabriolets  incommodes  et  dangereux,  parce 
qu'ils  sont  traînés  par  des  mules  quinteuses  et  ombrageuses,  dans  des 
chemins  non  tracés  et  non  pratiqués  par  l'art,  sont  réservées  aux  Con- 
suls. Le  Consul  de  Sardaigne  en  avait  une  à  quatre  roues  qui  ne  sortait 

l'intérieur  de  la  Régence  ont  toutes  été  diminuées  et  appelées  à  Alger.  Divers  cheiks 
fournissent  du  monde  qu'on  emploie  à  construire  de  nouvelles  forliflcations  et  à 
les  garder.  Cependant  le  Prince  est  inquiet,  et  malgré  la  persuasion  où  il  est 
qu'une  expédition  contre  Alger  échouera,  il  n'en  désire  pas  moins  un  rapproche- 
ment et  ne  sait  à  quoi  attribuer  le  silence  de  la  France,  qui  n'avait  fait  encore 
aucune  communication  jusqu'à  l'instant  du  départ  d'Alger  du  reTs.  Ce  marin  m'a 
dit  encore  que  nous  avons  à  Alger  19  prisonniers  français,  qui  sont  libres  dans  la 
ville  et  qui  sont  bien  mieux  nourris  que  ne  l'étaient  autrefois  les  esclaves;  que 
i3  bâtiments  de  la  Régence  sont  désarmés,  sans  apparences  de  les  voir  réarmer 
de  longtemps;  enfln  il  m'a  assuré  que  le  Dey  avait  employé  la  force  pour  faire 
sortir  les  trois  armements  dont  je  viens  de  parler,  et  que  chacun  des  matelots  qui 
étaient  à  bord  du  corsaire  avait  été  conduit  par  les  chaouchs  du  Dey. 

Voilà,  Monsieur  le  Consul  général,  l'exposé  fidèle  des  renseignements  que  je  suis 
parvenu  à  me  procurer  du  reîs  algérien;  ils  me  paraissent  d'une  nature  à  pouvoir 
remplir  l'objet  que  vous  vous  proposez.  Je  me  félicite  si  j'ai  pu,  comme  employé 
du  gouvernement,  vous  être  de  quelque  utilité;  heureux  s'il  se  présente  encore 
quelque  occasion  de  vous  témoigner  mon  zèle  et  mon  dévouement  pour  le  service 
de  Sa  Majesté,  je  suis,  etc.  •  [Affaires  étrangères  C'"*  de  Tunis.) 

i.  Voy.  la  note  2,  p.  614. 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  359. 

42 


658  CORRESPONDANCE  DES  BEY8  ET  DES  CONSULS  [1828] 

jamais  de  la  remise.  Guys  ne  put  obtenir  du  Bey  de  se  servir  d^une  voi- 
ture semblable.  Sir  Thomas  Read,  Consul  général  d'Angleterre,  en  fit 
venir  une  que  le  Bey  ne  voulait  pas  laisser  débarquer. 

Sur  ces  entrefaites  de  Lesseps  vit  le  Bey  pour  affaires...-  Ce  Prince 
exhala  avec  une  fureur  tout  à  fait  puérile  sa  mauvaise  humeur.  Je 
lui  répondis  que  certes  il  serait  vivement  à  désirer  pour  nous,  qui  nous 
voyions  obligés  chaque  jour  de  risquer  notre  existence  pour  aller  lai 
présenter  nos  hommages,  d* avoir  un  moyen  de  transport  plus  sûr; 
mais  je  ne  lui  demandais  à  cet  égard  que  de  jouir  du  même  avantage 
que  celui  qui  pourrait  être  accordé  au  Consul  anglais...  »  Nouvelles 
digressions  du  Bey.  Lesseps  lui  répète  qu'il  prétend  jouir  des  mêmes 
faveurs  que  son  collègue.  «  Il  me  dit  alors  solennellement,  en  présence 
de  toute  sa  cour  :  —  Non  seulement  vous  jouirez  des  mêmes  faveurs, 
vous,  homme  sage  et  raisonnable,  mais  si  Ton  m'oblige  à  accorder  la 
voiture  à  quatre  roues,  je  vous  enverrai  la  mienne  propre  et  vous  y 
monterez  le  premier.  —  Je  remerciai  et  pris  congé...  »> 

Après  plusieurs  jours  de  dispute  avec  le  Bey,  le  Consul  anglais 
avoua  que  c'étaient  les  Consuls  de  Sardaigne  et  de  Naples  qui  Favaient 
poussé  en  avant,  afin  de  pouvoir  se  prévaloir  de  son  exemple,  et  fît 
cadeau  de  sa  voiture  à  quatre  roues  au  Prince,  qui  la  mit  à  la  disposi> 
tion  de  Mme  Read. 

Lesseps  réclama  la  même  faveur  pour  Mme  Guys,  mais  non  officiel- 
lement... «  Je  m'en  gardai  bien,  mon  dessein  étant  de  conserver  intacte 
ma  position  uniquement  dépendante   des  ordres  du   Ministère,  sans 
engager  d'un  côté  ma  responsabilité  et  sans  compromettre  de  l'autre  la 
dignité  du  Roi  dont  j'ai  l'honneur  d'être  l'agent  politique,  et  de  laisser 
enfin  Votre  Excellence  maîtresse  de  ma  conduite  à  venir,  et  de  choisir 
entre  l'alternative  ou  d'exiger  mon   assimilation  absolue  au  Consul 
général   anglais  (ce  que  j'obtiendrai  positivement  quand  je  pourrai 
parler  avec  l'autorisation  de  Votre  Excellence),  ou  bien  de  faire  regarder 
le  refus  comme  un  procédé  personnel,  peu  aimable  pour  moi.  Je  n*ai 
rien  changé  à  mes  relations  ni  à  ma  manière  d'être,  à  une  légère  modi- 
fication de  contenance  près,  qui  dénote  seulement  la  froideur  et  un 
mécontentement  personnel...  La  vue  d'une  faveur  publique  accordée 
au  Consul  d'Angleterre,  à  quelque  titre  que  ce  soit,  et  refusée  à  celui  de 
France,  influerait  d'une  manière  très  sensible  sur  notre  considération 
et   même  sur  mes  négociations  futures.  Je  dois  ajouter  qu'il  m'est 
impossible  de  me  défendre  du  soupçon  que  le  Consul  général  anglais, 
jaloux  de  notre  position  politique  et  commerciale,  n'ait  cherché  et 
ne  cherche  à  nous  faire  perdre  et  à  gagner  pour  lui  du  terrain.  Je 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DB  FRANCE  659 

sais  jusqu'à  a*en  pouvoir  douter  qu*il  a  dit,  dans  une  conférence  secrète, 
au  Bey  que  c'était  la  France  qui  avait  monté  toute  l'intrigue  contre  la 
Porte  et  excité  la  Russie,  et  que  l'Angleterre  ne  8*était  mêlée  de  cela 
que  pour  arrêter  les  desseins  des  deux  Puissances  et  surtout  de  Vambi- 
tieuse  trance,  » 

Au  moment  où  il  terminait  sa  lettre,  le  ministre  du  Bey  lui  a  fait  dire 
qu'on  ne  pouvait  envoyer  la  voiture  à  quatre  roues  pour  Mme  Guys* 
M.  Guys  n'étant  plus  qu'un  particulier,  mais  qu'on  renverrait  à  Mme  de 
Lesseps  le  jour  de  son  arrivée.  Il  répondit  qu'il  n'avait  rien  demandé 
officiellement. 

«  Au  moment  où  j'allais  monter  dans  ma  voiture  à  deux  roues  pour 
conduire  Mme  Guys  à  La  Goulette,  le  Bey  m'a  envoyé  son  premier 
interprète  Sidi  Hassuna  pour  s'informer  de  ma  santé  avec  le  plus  vif 
intérêt,  et  me  dire  que  j'étais  le  premier  ami  de  Son  Altesse,  que  rien  ne 
serait  accordé  &  qui  que  ce  fût  sans  qu'il  le  soit  aussi  à  moi,  que 
sachant  que  j'étais  indisposé,  il  me  priait  d'accepter  sa  voiture,  pour 
conduire  Mme  Guys  qui  s'embarquait  à  La  Goulette  afin  de  revenir  en 

France...  »  {Affaires  étrangères^  C*'»  de  Tunis,) 

DE  LESSEPS  AU  C*«  DE  LAFERRONNAYS. 

1308.  —  Tunis^  16  avril  J  828.  —  «  Une  altercation  suivie  de  voies 
de  fait  entre  le  jeune  Monge,  fils  d'un  négociant  français,  et  le  fils  du 
Muphti  du  corps  des  Levantins  et  du  Divan,  a  jeté  le  trouble  dans 
la  ville;  le  jeune  Monge  allait  être  la  victime  de  la  populace  lorsqu'il 
fut  sauvé  par  le  chef  des  gardes  de  la  police.  Le  Muphti  criait  partout 
justice  :  —  La  religion  de  Mahomet  est  foulée  aux  pieds  ;  c'est  le  moment 
de  nous  venger  de  ces  chrétiens  qui  viennent  chez  nous  nous  ruiner,  nous 
assassiner,  etc.  —  Les  cafés  ouverts  la  nuit  (c'était  le  Ramadan)  retentis- 
saient des  clameurs  les  plus  funestes  ;  des  témoins  turcs  se  succédaient 
toute  la  nuit  chez  le  Cheik-el-Medina  pour  attester,  la  culpabilité  du 
chrétien  et  demander  vengeance.  Pendant  ce  temps,  mes  janissaires  et 
des  gens  bien  intentionnés  que  j*avais  répandus  partout  cherchaient  à 
calmer  les  esprits,  pariant  de  ma  justice...  » 

Grâce  aux  efforts  du  Bey,  de  Lesseps,  de  Sidi  Hassuna  et  du  Gheik- 
el-Medina  (maire  de  la  ville),  l'effervescence  est  apaisée  et  le  Muphti  a 
pardonné.  Le  Consul  a  publié  un  avis  où  il  a  déclaré  que,  quand  il  y 
aura  eu  des  voies  de  fait  de  la  part  d'un  national  ou  protégé  fran- 
çais, celui-ci  sera  immédiatement  embarqué  ;  s'il  est  Tunisien,  la  pro- 
tection française  lui  sera  retirée.  «  Cet  avis  ne  fit  qu'augmenter  la 
fureur  de  Monge  père,  et  de  plusieurs  autres  des  plus  mutins  et  des 
plus  tapageurs  de  ce  qu'on  appelle  ici  la  nation  française  de  Tunis,  et 


660  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  ^^828] 

qui  avaient  déj&  abreuvé  de  chagriu  mes  prédécesseurs.  Je  leur  ai 
répondu  avec  fermeté,  menaçant  du  renvoi  immédiat  le  premier  qui 
s'élèverait  contre  mes  ordres,  que  je  saurais  avec  fermeté  aussi  bien 
réprimer  leurs  excès  comme  magistrat  que  défendre  leurs  droits  légi- 
times comme  leur  protecteur,  et  que  je  ne  laisserais  jamais,  dût-il  m'en 
coûter  la  vie,  non  seulement  avilir  mais  affaiblir  Tautorité  que  la  con- 
fiance du  Roi  avait  remise  entre  mes  mains...  » 

{Affaires  éirangéres^  C***  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  G**  DE  LAFERRONNATS. 

1309.  —  Tunis,  2f  avril  1  828.  —  Il  a  présenté  aujourd'hui  ses  let- 
tres de  créance  au  Bey  en  présence  du  Divan,  des  Grands  de  la  cour, 
des  chefs  d*établissement  français,  de  quatre  officiers  de  marine,  avec 
M.  Deloffre  ',  commandant  de  La  Comète^  en  tète. 

Le  Bey  a  déclaré  de  nouveau  solennellement  «  que  jamais  aucun  évé- 
nement ne  pourrait  rompre  la  bonne  harmonie  existant  entre  les  deux 

pays  ».  (Aff'aires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

DE  LBSSBPS  AU  C^   DE  LAFERRONNATS. 

1310.  —  TuniSy  25  avril  i  828,  —  La  vie  du  jeune  Monge  est  menacée 
par  des  Turcs  fanatiques;  il  va  le  faire  reconduire  à  Marseille.  Toutefois 
il  a  cru  devoir  écrire  à  Sidi  Hassuna,  pour  ne  pas  avoir  Tair  de  se 
laisser  intimider  :  «  J'ai  trop  de  confiance  dans  l'autorité  du  Prince  et 
dans  sa  bonne  police  pour  croire  la  sûreté  de  mes  nationaux  me- 
nacée... Si  je  croyais  le  contraire  et  que  Son  Altesse  ne  pût  garantir 
mes  nationaux  des  actes  de  violence  de  quelques  mauvais  sujets  de  son 
royaume,  je  la  prierais  de  me  le  déclarer,  afin  que  je  puisse  solliciter  du 
gouvernement  de  l'Empereur  de  France,  mon  auguste  maître,  la  permis- 
sion de  me  retirer  avec  mes  nationaux  d*un  pays  où  leur  vie  peut  être 
compromise  et  à  la  merci  du  premier  scélérat...  » 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
LE  C^   DE  LAFERRONNATS  A  DE  LBSSEPS. 

1311.  —  Tunis  y  19  mai  4  828.  -—En  ce  qui  concerne  l'abolition  de 
la  quarantaine  à  Tunis  pour  les  bâtiments  anglais  venant  directement 
d'Angleterre,  abolition  accordée  à  charge  de  réciprocité,  «  nos  traités 

1.  Théodore  DelofTre,  de  Lorient  (Morbihan),  mousse  el  matelot  sur  les  bAti- 
ments  de  TÉtat  en  1791,  à  l'âge  de  dix  ans,  aspirant  en  1808,  lieutenant  de  Tais- 
seau  en  1821,  capitaine  de  frégate  en  1829,  commandant  le  brick  Le  Dragon  devant 
Alger  de  1830  à  1832,  détaché  de  l'escadre  pour  commander  la  plage  de  débarque- 
ment de  Sidi  Ferruch  et  plus  tard  le  port  d'Alger,  capitaine  de  vaisseau  en  1835^ 
commandant  de  la  marine  à  Béne  en  i831  et  1838,  contre-amiral  en  1845,  major 
général  de  la  marine  &  Toulon  dans  la  même  année.  Préfet  maritime  à  Cherbourg 
en  1846,  retraité  en  1852,  membre  du  Bureau  des  longitudes  en  1854,  décédé  à 
Paris  en  1864. 


1.1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  661 

avec  la  Régence  nous  assurent  d'une  manière  absolue  le  traitement  de 

la  nation  la  plus  favorisée,  et  nous  devons  être  immédiatement  admis 

à  partager  les  avantages  qui  auraient  été  concédés  à  titre  gratuit  et 

ceux  qui  ne  l'auraient  été  qu*à  charge  de  réciprocité.  » 

(Affaires  étrangères^  C^^  de  Tunù.) 

DE  LKSSKPS  AU  C^   DE  LAFERRONNAYS. 

131*2.  —  Tunis,  2i  mai  I S28,  —  «  La  présence  de  M.  Ducrest  de 
Villeneuve  me  permet  d'écrire  au  Ministre  sur  des  événements  qui  ont 
fait  de  ces  derniers  huit  jours  une  des  plus  pénibles  et  des  plus  cri- 
tiques époques  de  ma  vie,  de  cette  vie  sillonnée  par  tant  d'orages... 

Le  Hussard  a  emmené  à  Gonstantinople  le  Ghaouch  de  la  Porte,  dan- 
gereux artisan  de  troubles  et  de  conspirations,  qui  était  venu  à  Tunis. 
Les  autres  bâtiments  de  la  station  étaient  partis  pour  intercepter  les 
deux  bâtiments  algériens  de  retour  d'Alexandrie. 

Le  Bey,  ne  pensant  qu'au  plaisir,  plongé  dans  la  mollesse,  adulé, 
fainéant,  imprévoyant,  et  n'ayant  aucune  personne  auprès  de  lui  douée, 
je  ne  dis  pas  seulement  d'un  esprit  d'ordre  et  d'administration,  mais 
encore  du  moindre  jugement  et  du  moindre  amour  pour  les  vrais  inté- 
rêts du  souverain  et  des  sujets,  malgré  la  détresse  du  trésor,  ses  dettes, 
les  nombreuses  réclamations  et  l'épuisement  de  ses  dernières  res- 
sources, avait  fait  beaucoup  de  préparatifs  et  de  dépenses  pour  un 
voyage  de  plaisir  à  Bizerte.  Il  était  au  moment  de  l'exécuter,  après  le 
départ  du  Ghaouch  qui  lui  causait  des  inquiétudes,  lorsque  je  fus  averti 
que  le  départ  du  Bey  était  le  signal  du  massacre  de  tous  les  Européens 
sans  distinction,  et  de  celui  du  Bey  même  dont  on  aurait  eu  bon  marché 
en  rase  campagne.  D'un  autre  côté,  les  insultes  partielles  et  les  menaces 
faites  à  presque  tous  les  Européens,  frappés  de  terreur,  et  ce  que  moi- 
même,  qui  ai  une  longue  expérience  de  ces  peuples  et  qui  juge  de  leurs 
sentiments  en  les  voyant,  je  remarquais  sur  toutes  les  physionomies, 
lors  des  fréquentes  apparitions  en  public  que  je  n'ai  jamais  cessé  de 
faire,  dans  mes  excursions  continuelles  au  Bardo  et  à  La  Goulette,  la 
disparition  absolue  des  Turcs  de  toutes  les  tavernes  de  la  ville  (ce  qui 
indique  toujours  un  complot  qu'on  veut  cacher),  et  surtout  des  avis 
secrets  sur  lesquels  je  pouvais  compter,  me  décidèrent  à  réveiller  le 
Bey  de  sa  léthargie  et  à  l'avertir;  j'obtins  l'assurance  avec  beaucoup 
de  remerciments  qu'il  renonçait  à  son  voyage  de  Bizerte.  » 

Le  12  mai,  de  Lesseps  eut  la  visite  du  Gonsul  d'Angleterre  qui  avait 
également  reçu  des  avis  alarmants.  Le  feu  allumé  par  le  Ghaouch  était 
entretenu  par  l'Oukil  d'Alger  et  par  les  trois  cents  marins  et  soldats 
turcs  échappés  à  l'affaire  de  Navarin.  Le  gouverneur  de  Malte  signalait 


662  CORRESPONDANCE  DBS  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i8S8| 

qu'on  avait  intercepté  une  correspondance  très  suspecte  du  Bey  avec 
son  amiral  et  ses  agents  dans  le  Levant,  ce  qui  devait  faire  soupçonner 
ses  véritables  dispositions  à  Fégard  des  infidèles.  Lesseps  et  Read  con- 
vinrent  donc  de  s'unir  étroitement  contre  le  gouvernement  du  Bey,  qui 
pouvait  fort  bien  chercher  à  se  débarrasser,  par  un  massacre  des 
Francs,  de  ses  créanciers,  des  menaces  d'Alger  et  des  plaintes  des 
Musulmans.  Le  premier  fit  prévenir  la  station  du  cap  Bon,  et 'le  19 
LAslrée  et  La  Comélie  vinrent  mouiller  sous  le  fort  de  La  Goulette. 

(c  Ce  qui  augmentait  mes  inquiétudes,  c'est  que  des  dissensions 
existaient,  disait-on,  dans  la  famille  du  Bey,  que  Ton  supposait  des 
vues  d'ambition  à  son  frère  et  surtout  au  fils  de  celui-ci,  qui  semblait 
avoir  un  parti  considérable  parmi  les  Zouabas,  milice  barbaresque, 
vénale  et  indisciplinée,  créée  depuis  quelques  années  pour  être  mise  en 
opposition  à  la  milice  turque,  et  qui  est  encore  plus  dangereuse  que 
celle-ci  pour  les  Européens...  » 

Le  15  mai,  M.  Blanchenay,  sujet  anglais,  était  assassiné  sur  la  porte 
de  sa  maison...  «  Nous  crûmes  pendant  toute  la  nuit  que  c'était  le 
signal  du  massacre  général;  cependant  le  Bach-Hamba,  chef  de  la 
police  et  des  patrouilles  turques,  maintint  la  tranquillité  avec  trois 
cents  hommes. 

Je  me  décidai  à  présenter  de  suite  une  note  au  Bardo.  En  route,  je 
rencontrai  un  des  affidés  du  Bey  dans  lequel  j'ai  la  plus  entière  con- 
fiance. Il  venait  chez  moi  pour  me  dire  en  secret  que  les  propos  les 
plus  menaçants  étaient  tenus  au  Bardo  contre  les  chrétiens,  et  que  le 
Bey  avait  dit  en  sa  présence  :  —  Que  voulez-vous  que  je  fasse,  si  les 
troupes  et  le  peuple  sont  contre  eux  ?  Je  serais  moi-même  compromis 
et  ne  pourrais  les  aider.  — 

Je  demandai  alors  une  audience  secrète  au  Bey;  seuls  son  beau-frère, 
son  premier  ministre  et  Hassuna  y  assistaient.  Après  lui  avoir 
exposé  l'état  d'alarmes  dans  lequel  se  trouvaient  plongés  tous  les 
Européens,  et  lui  avoir  rappelé  qu'ils  vivaient  ici  sous  sa  protection  que 
leur  assuraient  les  traités  et  le  caractère  bien  connu  de  Son  Altesse,  je 
lui  demandai  s'il  pouvait  garantir  leur  existence,  s'il  en  avait  les 
moyens;  sinon  je  lui  dis  qu'il  devait  à  temps  favoriser  leur  embarque- 
ment, parce  qu'il  répondait  d'eux  à  toute  l'Europe.  Il  m'écouta  attenti- 
vement et  me  parut  frappé  de  la  profondeur  de  l'abime  que  je  décou- 
vris à  ses  yeux  sans  aucun  ménagement.  Il  me  répondit  qu'il  était  le 
maître  de  son  peuple  et  des  troupes,  qu'il  n'y  avait  rien  à  craindre,  que 
c'étaient  les  Juifs  protégés  par  les  Européens  qui  excitaient  le  méconten- 
tement, et  que  pour  les  chrétiens  on  ne  leur  en  voulait  pas.  Je  lui  dis 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  663 

alors  qu'il  n'ignorait  pas  son  propre  danger  et  les  menaces  faites  à  sa 
personne  même.  —  Eh  bieni  s'écria  le  Prince,  oui!  on  m'en  veut,  mais 
parce  que  je  favorise  et  protège  les  chrétiens!  —  Étrange  et  importante 
contradiction  que  je  m'empressai  de  relever,  pour  insister  encore  plus 
ou  sur  le  déploiement  de  toute  son  autorité  et  sur  l'adoption  des 
mesures  de  police  que  je  lui  indiquai,  ou  bien  sur  l'embarquement  de 
mes  nationaux.  Après  m'avoir  assuré  qu'il  adopterait  les  mesures  les 
plus  efficaces,  qu'il  répondait  des  chrétiens,  qu'il  ne  fallait  pas  qu'ils 
s'embarquassent,  que  seulement  à  l'entrée  de  la  nuit  personne  d'eux 
ne  devrait  sortir  de  sa  maison,  je  lui  présentai  ma  note  ^  On  vint  alors 
lui  annoncer  que  le  Consul  général  d'Angleterre  était  dehors  avec  son 
Yice-Gonsul.  Il  me  demanda  si  je  permettais  qu'il  fût  introduit...  Sir 
Thomas  Read,  à  qui  je  us  part  en  anglais  de  TafTairey  déclara  s'unir  à 
moi  et  vouloir  signer  la  note...  Le  reste  de  la  conférence  fut  tout 
employée  à  la  discussion  sur  les  moyens  de  police  et  de  répression 
nécessaires...  Le  Bey  et  les  ministres  rejetèrent  tout  le  mal  sur  Tin- 
fortunée  et  innocente  classe  des  Juifs,  au  service  des  Européens,  les- 
quels, abusant  de  la  protection  dont  ils  jouissent,  disaient  les  ministres, 
insultaient  leurs  maîtres  les  Musulmans  et  (ce  qui  est  peut-être  plus 
fondé)  sur  une  foule  de  vagabonds  et  d'indigènes  maltais  qui  se  mêlent 
au  bas  peuple  et  occasionnent  de  fréquentes  altercations  et  tumultes... 

1.  Note  remise  par  MM,  de  Lesaeps  et  Read  y  Consuls  généraux  de  France  et  de  la 
Grande-Bretagne,  à  S,  A,  le  Bey  de  Tunis,  i6  mai  18^8, —  «  Les  soussignés,  Consuls 
généraux,  etc.,  ayant  exposé  à  Son  AUesse,  dans  Taudience  qu'il  leur  a  accordée  ce 
matin,  avec  toute  la  franchise  qu'ils  désirent  toujours  employer  dans  leurs  commu- 
nications, les  causes  des  craintes  qu'éprouvent  leurs  nationaux  établis  dans  cette 
Régence,  ont  maintenant  l'honneur,  d'après  ce  qui  a  été  alors  convenu,  de  prier  Son 
Altesse  de  vouloir  bien  leur  manifester  sans  réserve  quels  fondements  ces  craintes 
peuvent  avoir,  et,  en  les  supposant  fondées,  quelles  assurances  Son  Altesse  sera 
dans  le  cas  de  leur  offrir  pour  la  sûreté  des  personnes  et  propriétés  de  leurs  natio- 
naux. Et,  en  cas  qu'elles  ne  soient  pas  suffl santés,  les  soussignés  demanderaient 
qu'on  favorise  leur  embarquement  provisoire  jusqu'à  ce  que  la  tranquillité  soit 
parfaitement  rétablie.  Ils  la  prient,  en  outre,  de  vouloir  bien  leur  faire  connaître 
par  écrit  sa  réponse  pour  servir,  en  tout  état  de  cause,  de  preuve  qu'ils  ont  rempli 
entièrement  leurs  obligations  tant  envers  Son  Altesse  qu*envers  leurs  gouverne- 
ments et  leurs  administrés.  » 

Réponse  de  S.  A,  le  Bey  de  Tunis  à  la  Note  de  MM.  les  Consuls  généraux  de  France 
et  d'Angleterre.  «  Modèles  des  Grands  de  la  nation  du  Messie,  nos  très  désirés  et 
très  honorés  amis  les  ch**"  de  Lesseps  et  Thomas  Read,  etc.  La  lettre  que  vous 
nous  avez  adressée  relativement  à  certains  bruits  alarmants  qui  ont  circulé  ces 
jours  passés  à  Tunis  est  venne  à  notre  connaissance.  La  milice  et  les  habitants  qui 
se  trouvent  dans  cette  capitale  sont  tous  sous  notre  obéissance  ;  il  existe  pour  ceux 
qui  y  résident  la  même  sûreté  et  la  même  tranquillité  que  celles  dont  ils  jouissaient 
précédemment.  En  conséquence,  nous  nous  rendons  garants  et  responsables  des 
personnes  et  des  propriétés  des  sujets  français  et  anglais  résidant  à  Tunis,  ainsi 
que  de  celles  de  leurs  protégés.  L'amitié  et  la  bonne  intelligence  qui  existent  entre 
nos  cours  ne  doivent  vous  laisser  à  ce  sujet  ni  soupçons  ni  inquiétudes.  Salut.  « 
{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 


664  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1828] 

Lorsque  je  me  préparais  à  repousser  la  sortie  contre  les  Juifs,  le  6ey 
prit  la  parole  vivement  et  m'adressa  ces  mots,  en  présence  du  Ck)Dsul 
anglais  et  de  son  Yice-Consul,  de  mon  chancelier  et  de  tous  les  assis- 
tants :  —  Homme  sage  et  raisonnable,  que  Dieu  vous  comble  de  bénédic- 
tions! Nous  sommes  informé  de  tout  ce  que  vous  avez  fait  pour  le  brm 
ordre  et  le  bien  général,  aussi  nous  n'avons  jamais  eu  de  Consul  comme 
vous  et  nous  savons  que  vous  nous  seconderez  toujours  pour  le  bien.  »  ~ 
Au  moment  où  il  sortait  avec  le  Consul  général  d^Angleterre,  un  mes- 
sager du  Bey  le  rappelait.  Le  Bey  était  fort  agité;  le  gouverneur  de 
Tabarque  venait  de  lui  mander  que  deux  vaisseaux  de  ligne  français 
avaient  débarqué  cinq  cents  hommes  à  Ttle  de  la  Galite.  Pendant  les 
journées  du  16  et  du  17,  les  patrouilles  procédèrent  à  Tunis  à  de  nom- 
breuses arrestations  et  même  à  des  exécutions.  Le  18,  deux  Tares 
essayèrent  de  nouveau  un  soulèvement  contre  les  giaours.  Le  Bach- 
Hamba  en  assomma  un  lui-même.  Les  familles  franques  continuaient  à 
fuir  à  la  Marsa,  sur  le  littoral  de  Carthage  et  à  La  Gouiette.  Le  18, 
Lesseps  reçut  l'avis  que  la  nouvelle  du  débarquement  des  Français  à  la 
Galite  était  fausse.  11  demanda  la  punition  du  gouverneur  de  Tabarque, 
et  imposa  silence  au  premier  interprète  qui  parlait  de  rintérét  que  lui 
inspirait  la  position  du  Grand  Seigneur. 

En  sortant  du  palais,  il  apprit  enfin  l'arrivée  de  Z'As^rée  et  de  La  Cor- 
nélie.  Toutes  les  physionomies  étaient  changées.  Celles  des  Turcs 
avaient  perdu  Tair  menaçant,  remplacé  par  quelque  chose  qui  annon- 
çait le  repentir  et  la  bienveillance.  Celles  des  Francs  respiraient  l'as- 
surance... Le  commandant  de  La  Gouiette  dit  k  Gaspary  :  Les  Francs  ont 
eu  peur,  c'est  à  nous  à  l'avoir  présentement.  M.  Ducrest  de  Villeneuve 
offrit  son  assistance  à  tous  les  Consuls  et  aux  Européens,  qui  m  ont 
chargé  de  lui  témoigner  leur  profonde  reconnaissance... 

De  Lesseps  demande  que  la  station  de  Tunis  soit  renforcée. 

M.  Duchenoud  ^  s'est  admirablement  conduit  durant  cette  affaire.  Ses 
liaisons  avec  les  officiers  turcs  et  notamment  avec  le  Bach-Hamba,  de 
même  que  son  talent  dans  les  langues  orientales,  ont  été  de  la  plus 
grande  utilité.  Il  a  examiné  les  lettres  écrites  à  leurs  parents  par  des 
prisonniers  algériens;  ces  lettres  prouvent  qu'ils  n'étaient  pas  étrangers 
à  la  conspiration  de  Tunis. 

«  J'ai  été  très  satisfadt  de  la  contenance  et  des  dispositions  de  mon 
jeune  fils  Jules  *,  auquel  le  Ministère  a  daigné  permettre  d'aspirer  à  l'ad- 
mission dans  la  carrière  parcourue  par  ses  pères.  Je  me  bornerai  à 

1.  Voy.  la  noie  1,  p.  615. 

2.  Voy.  sur  les  trois  fils  de  Mathieu  de  Lesseps  la  note  2,  p.  359. 


[1828J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  665 

citer  un  seul  trait  qui  donne  des  espérances  sur  ce  jeune  homme  ;  car, 
quand  on  est  dévoué  à  son  père,  on  Test  à  son  Roi.  Au  moment  du 
danger,  un  sentiment  paterne),  qui  trouve  son  excuse  dans  Tabsence  de 
toute  obligation  positive  et  officielle  imposée  à  mon  fils,  m'engagea  à 
le  faire  partir,...  il  s'y  refusa  absolument  et  me  dit  que  c'était  le  seul 
de  mes  ordres  qu'il  n'exécuterait  jamais;  qu'il  ne  me  quitterait  point  et 
qu'il  saurait  mourir,  s'il  le  fallait,  mais  à  mon  côté...  » 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 
LE  G'<^  de  LAFERRONNAYS  A  DE  LBSSEPS. 

1313.  —  Paris^  21  mai  i  828,  —  Le  Roi  a  été  satisfait  des  assu- 
rances amicales  du  Bey,  et  lui  sait  gré  de  ses  soins  pour  prévenir  toute 
irritation  contre  les  Européens.  Cette  conduite  prouve  au  moins  qu'il  a 
calculé  les  dangers  auxquels  l'exposerait  une  rupture  avec  la  France. 

11  approuve  la  conduite  de  Lesseps  dans  les  dernières  affaires. 
L'échange  des  prisonniers  a  été  convenu  le  29  avril  entre  le  contre- 
amiral  Collet  *  et  le  Dey  d'Alger.      [Affaires  étrangères,  C»-»  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  C^  DE  LAFERRONNAYS. 

1314.  —  Tunis^  27  mai  1828,  —  Les  Turcs  sont  désarmés;  un 
Boual,  officier  maure,  qui  a  insulté  le  courtier  juif  d'une  maison  fran- 
çaise, a  reçu  500  coups  de  bâton  et  a  été  envoyé  au  bagne.  Les  choses 
sont  rentrées  dans  leur  état  normal.  Le  démêlé  du  Bey  avec  la  Sar- 
daigne  est  arrangé.  Le  Bey  a  ordonné  de  faire  droit  aux  réclamations 
des  négociants  français. 

<i  J'ai  vu  qu'on  appréciait  ma  conduite  et  mes  conseils,  et  j'ai  recueilli 
avec  la  plus  vive  satisfaction  les  expressions  de  la  reconnaissance  qu'on 
croit  me  devoir  tant  au  palais  que  parmi  mes  nationaux  et  mes  collè- 
gues... »  Lesseps  demande  qu'on  lui  envoie  les  présents  consulaires. 
«  Le  Bey  mérite  vraiment  une  marque  de  gratitude...  » 

[Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis,) 
DE  LESSEPS  AU  G^  DE  LAFERRONNAYS. 

1315.  —  Tunis,  28  mai  1828.  —  U  réclame  une  gratification  de 
i,200  francs  ou  un  traitement  de  600  fr.  pour  Joseph  Gaspary  *,  agent 
consulaire  à  La  Goulette.  Le  Consul  général  s'impose  pour  lui  venir  en 
aide  des  sacrifices  personnels,  parce  qu'il  lui  est  pénible  de  voir  dans 
la  misère  un  agent  du  Ministère.  11  serait  bien  désireux  aussi  de  voir 
son  traitement  personnel  assimilé  à  celui  du  Consul  général  d'Alger. 

{Affaires  étrangères,  C"*  de  Tunis,) 
DE  LESSEPS  AU   C'®  DE  LAFERRONNAYS. 

1316.  —  Tunis,  1 8  juin  1  828.  —  «  Je  remercie  le  Ministre  pour  le 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  635. 

2.  Voy.  p.  623. 


666  GORRESPONDANGB  DBS  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1828; 

bienfait  qu'il  vient  d'accorder  à  ma  famille  en  admettant  d'une  manière 
définitive  dans  ses  bureaux  mon  fils  aîné,  Théodore,  et  en  consacraDt 
ainsi  des  arrangements  qui  me  permettent  de  considérer  d'un  œil  plas 
calme  l'avenir  de  mes  autres  enfants.  Je  n'aurais  jamais  osé,  au  moment 
où  je  reçois  la  nouvelle  consolante  d'une  faveur  aussi  signalée,  demander 
celle  que  mon  Qls  Ferdinand  puisse  venir  le  plus  tôt  possible  me 
rejoindre  en  qualité  d'élève  Vice-Consul  auprès  de  moi,  si  mon  isole- 
ment et  la  position  difficile  où  je  me  trouve  ne  me  rendaient  néces- 
saire un  tel  collaborateur...  »  {Affaires  étrangères,  C^*  de  TunU.) 

DE  LBSSBPS  AU  G^  DB  LAFERRONNAYS. 

1317.  —  TunUj  20  juin  i  828,  —  11  se  plaint  du  gouvernement  espa- 
gnol, qui  laisse  sans  moyens  le  Consulat  d'Espagne  à  Tunis  et  le  gérant 
de  ce  Consulat,  le  P.  fienedetto  Osa  ^  Lesseps  est  forcé  de  le  nourrir, 
de  le  loger  et  de  lui  fournir  des  fonds  pour  ses  frais  indispensables. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis,) 
DB  LBSSBPS  AU  C^  DE  LAFERRONNAYS. 

1318.  —  7\<m«,  4  juillet  i 828,  —  Une  escadre  suédoise  est  venue  à 
Tunis.  Tulin,  Consul  général  de  Suède,  a  présenté  le  contre-amiral 
Nordenskiôld  et  ses  officiers  au  Bey.  Ils  assurent  qu'à  Alger  on  ne  croit 
plus  à  une  expédition  française. 

M.  Fouque,  capitaine  et  commandant  de  La  Marie- Thérèse,  prend  le 
commandement  de  la  station  de  Tunis  '. 

Ci-joint  l'extrait  d'une  lettre  de  M.  Filippi  contenant  des  nouvelles 
d'Alger,  envoyées  le  22  juin  par  M.  d'Attili  de  la  Tour. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LE  C^  DB  LAFERRONNAYS  A  DB  LBSSBPS. 

1310.  —  Paris,  7  juillet  1 828,  —  Le  Ministre  a  rendu  compte  au 
Roi  de  la  conduite  de  M.  de  Lesseps  pendant  les  troubles  de  Tunis  et 
Sa  Majesté  Ta  fort  approuvée.  On  s'occupe  des  présents  consulaires^  et 
l'on  fait  acheter  en  Normandie  deux  chevaux  qui  doivent  faire  partie  de 
ces  présents. 

On  a  autorisé  des  corailleurs  toscans  à  se  livrer  à  la  pèche  dans  les 
concessions  d^Alger,  malgré  la  guerre  contre  cette  Régence. 

{Affaires  étrangères,  C**  de  Tunis,) 
DB  LESSEPS  AU  C^*  DE  LAFERRONNAYS. 

1320.  —  Tunis,  20  juillet  1 828.  —  «  Une  division  sarde,  qui  vient 
d'arriver,  a  à  bord  Mgr  Losana,  Vicaire  apostolique  en  Syrie,  qui  se 
rend  en  cette  province  pour  y  remplacer  le  vénérable  prélat  Gan- 

1.  Voy.  la  note  3,  p.  633. 

2.  Voy.  la  note  3,  p.  612. 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  667 

dolfi,  que  la  religion  et  la  France  ont  eu  le  malheur  de  perdre...  Ce 
prélat  m*a  paru  prêt  à  adopter  entièrement  le  système  de  son  respec- 
table prédécesseur  et  à  servir  avec  dévouement  les  intérêts  de  la 
France.  Il  doit  partir  dans  quelques  jours  et  m'a  prié  de  vous  trans- 
mettre une  pétition.  Il  ne  reçoit  qne  500  écus  par  an  de  la  Propagande, 
et  se  voit  obligé  de  recourir  à  la  générosité  de  Sa  Majesté.  » 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DE  LBSSEPS  AU  C*<*  DE  LAPERRONNAYS. 

1321. —  Tunis^  2  août  i  828.  —  «  ...  Le  Bey  est  retombé  dans  les 
désordres  de  la  mollesse  et  des  plaisirs;  il  disait  dernièrement  à  quel- 
qu'un qui  lui  est  attaché  à  cause  de  ses  bonnes  qualités  et  de  son 
excellent  cœur  et  qui  lui  donnait  quelques  sages  conseils  :  —  Que 
voulez-vous!  je  veux  jouir  tant  que  je  vivrai.  C'est  ma  principale 
affaire.  —  » 

Le  Consul  a  eu  avec  lui  des  discussions  très  vives  au  sujet  de  la  limite 
de  la  pèche  du  corail.  Il  a  signifié  au  Bardo  que  toute  barque  qui 
dépasserait  la  limite  du  cap  Roux  serait  arrêtée.  Il  conviendrait  à 
son  avis  de  réunir  les  concessions  des  deux  Régences. 

{Affaires  étrangét^s,  C*'*  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU   C*^  DE  LAFERROMNAYS. 

1322.  —  Tunis,  i  8  août  1828.  —  Le  Consul  anglais  a  reçu  des  avis 
qui  l'instruisent  de  l'arrivée  d'Alexandrie  à  Sfax  d'un  bâtiment  de  sa 
nation,  La  Lady  Flora,  qui  a  à  bord  des  passagers  turcs  et  16  esclaves 
grecs  des  deux  sexes  achetés  en  Egypte.  Il  a  demandé  à  de  Lesseps  d'en- 
voyer un  bâtiment  français  à  Sfax  et  de  saisir  le  navire  anglais.  En  con- 
séquence Za  Comélie,  commandée  par  M.  de  Poligny  *,  se  rendit  à  Sfax, 
mais  les  passagers  étaient  déjà  débarqués. 

{Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis,) 
LE  C^  DE  LAFERRONNAYS  A  DE  LESSEPS. 

1323.  —  Parisy  23  août  i  828,  —  On  l'autorise  à  allouer  à  Gaspari 
une  gratification  de  500  francs,  et  on  l'invite  à  ne  pas  sortir  des  règles 
d'une  stricte  économie.  Il  est  impossible  de  porter  son  traitement  à 
24,000  francs,  comme  l'a  été  celui  du  Consulat  général  d'Alger.  On  lui 
fait  remarquer  qu'il  est  le  seul  des  Consuls  de  Barbarie  auquel  il  soit 
alloué  une  indemnité  de  3,000  francs  pour  frais  de  voiture.  Il  n'y  a  aucune 
raison  non  plus  pour  élever  ses  frais  ordinaires  de  2,000  à  4,000  francs. 

{Affaires  étrangères,,  C*'*  de  Tunis.) 

1.  Jacques-Adrien  de  Potigny,  mousse  en  1784,  novice  en  1786,  matelot  en  1787, 
maître  timonier  en  1797,  enseigne  de  vaisseau  en  1804,  lieutenant  en  1811,  capitaine 
de  frégate  en  1824,  chargé  de  croiser  pendant  26  mois  consécutifs,  en  1827  et  1828, 
devant  les  côtes  barbaresques,  directeur  du  port  de  Cherbourg  en  1829,  retraité 
en  1833. 


668  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1828] 

DK  LESSEPS  AU  C^  DE  LAFERRONNATS. 

1324.  —  TuniSy  2S  août  1828,  —  «  Lorsque  j'étais  accablé  de 
malheurs,  sans  doute  mérités,  car  la  divine  Providence  punit  quand 
elle  frappe  si  fort,  lorsque  mon  existence,  mon  avenir,  ceux  de  mes 
enfants  étaient  menacés,  vouh  m'avez  tendu  une  main  secourable, 
vous  m'avez  comblé  de  vos  bienfaits,  vous  avez  séché  mes  larmes. 
vous  m'avez  rendu  les  moyens  de  nourrir,  d'élever  ma  famille,  d'ajouter 
de  nouveaux  services  utiles  à  d'anciens  méconnus;  enfin  je  vous  dois, 
avec  la  vie  et  plus  qu'elle,  l'honneur  et  le  bonheur  de  pouvoir  léguera 
mes  enfants,  à  défaut  de  fortune,  quelques  titres  à  la  bienveillaDce  de 
mon  souverain  et  a  l'estime  de  mon  pays... 

Mon  fils  Ferdinand,  auquel  le  Ministre  daigne  accorder  la  permis- 
sion de  venir  m'aider  dans  mes  travaux,  et  qui  a  déjà  appris  à  servir 
le  Roi  auprès  de  son  oncle  à  Lisbonne,  a  obtenu  la  permission  de  se 
rendre  auprès  de  moi.  Que  je  serais  heureux  de  l'y  voir  arriver  en  qua- 
lité d'élève  Vice-Consul,  et  de  devoir  encore  à  Votre  Excellence  une 
satisfaction  que  je  regarderais  comme  une  récompense  et  un  dédom- 
magement de  quelques  dangers,  de  plusieurs  maux  et  de  beaucoup  de 

privations  î  »  (Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  C^**  DB  LAFERRONNAYS. 

1325.  —  Tunis,  16  septembre  i  828,  —  Il  se  plaint  de  n'avoir  que 
Duchenoud  et  son  jeune  fils  *  pour  faire  tout  le  service,  qui  augmente 
de  plus  en  plus,  et  demande  un  Vice-Consul  et  un  élève  Vice-Coosul. 

(Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  C^*>  DE  LAFERRONNAYS. 

1826.  —  runisy  16  septembre  1 828.  —  Le  capitaine  du  port  ayant 
retardé  l'approvisionnement  de  la  division  navale,  de  Lesseps  s*en  est 
plaint  au  Bey,  qui  a  destitué  le  capitaine  et  réprimandé  son^ ministre 
de  la  marine  et  plusieurs  de  ses  officiers,  en  leur  disant  :  —  «  C'est 
ainsi  que  votre  mauvais  esprit  nous  fait  faire  une  grande  affaire  d'une 
petite  et  finira  par  me  compromettre  avec  mes  meilleurs  amis.  —  » 

(Affaires  étrangères,  C*"*  de  Tunis.) 
LE  C^''  DE  LAFERRONNAYS  A  DB  LBSSEPS. 

1327.  —  Pains,  24  septembre  1 828,  —  «  ....  La  molle  insouciance 
dans  laquelle  le  Bey  lui-même  annonce  vouloir  vivre  pourrait  tout  au 
plus  s'excuser,  s'il  régnait  sur  des  peuples  plus  tranquilles,  s'il  n'avait 
pas  de  compétiteurs  au  trône,  et  s*il  n'avait  pas  pour  voisin  le  Dey 
d'Alger,  ennemi  redoutable  pour  Tunis  et  toujours  armé  pour  lui  nuire. 
Il  faut  croire  toutefois  que  de  nouvelles  commotions  n'auront  pas  lieu; 

1.  Voy.  les  note»  1  el  2,  p.  615  et  359. 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  669 

mais,  s*il  en  était  autrement,  les  sujets  du  Roi  auraient  naturellement  un 
gage  de  protection  et  de  sécurité  dans  la  présence  de  notre  station 
navale,  et  la  conduite  ferme  et  prudente  dont  vous  avez  fait  preuve 
garantit  que  vous  ne  négligeriez  rien  pour  maintenir  leur  sûreté...  » 
Le  Ministre  parle  ensuite  de  Mgr  Losana,  des  équipages  des  barques 
tunisiennes,  et  lui  annonce  qu'il  sera  chargé  du  soin  de  délivrer  des 
patentes  aux  bateaux  corailleurs  de  toute  nation  qui  voudraient  pécher^ 
au  printemps  prochain,  dans  les  concessions  françaises  d'Alger.  Si  la 
guerre  se  prolonge,  il  chargera  Raimbert  de  s'occuper  des  détails. 

{A  flaires  étrangères^  C"*  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  C^^  DE  LAFERRONNAYS. 

1328.  —  Tunis,  ^6  septembre  i  828.  —  Il  présente  quelques  obser- 
vations sur  les  dépenses  du  Consulat.  Il  y  a  beaucoup  plus  de  passa- 
gers, de  voyageurs  et  de  bâtiments  de  guerre  qui  viennent  à  Tunis 
qu'à  Alger.  La  position  topographique  de  Tunis  les  attire  dans  le  pas- 
sage de  l'occident  à  l'orient. 

A  Tunis,  à  cause  de  l'éloignement  du  Bardo  et  du  port,  tout  le  monde 
a  besoin  d'une  voiture...  «  Il  m'est  aisé  de  prouver  par  des  reçus  bien 
en  règle  que  mes  frais  cette  année,  pour  avoir  eu  deux  voitures  sans 
ressorts  et  infiniment  plus  modestes  que  celles  de  tous  mes  collègues 
étrangers,  ont  monté  au  delà  de  8,000  francs...  »  C'est  donc  une  charge 

et  non  pas  une  faveur.  (Affaires  étrangères,  C'»»  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  C^^  DE  LAFERRONNAYS. 

1329.  —  Tunis,  /"  octobre  J 828.  —  M.  de  Salmon,  Ministre  secré- 
taire d'État  d'Espagne,  lui  a  confié  les  fonctions  intérimaires  du  Consulat 
général  d'Espagne.  M.  de  Lesseps  demande  les  ordres  du  Ministre.  Doit-il 
continuer  à  se  charger  de  cette  gestion?  Doit-il  correspondre  directe- 
ment avec  le  secrétaire  d'État  d'Espagne  pour  des  objets  d'administra- 
tion consulaire?  {Affaires  étrangèt*es,  (7'»  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  C^  DE  LAFERRONNAYS. 

1330.  —  Tunis,  4  octobre  i  828,  —  Il  demande  des  instructions  pour 
savoir  s'il  doit  donner  suite  aux  réclamations  des  négociants  français, 
pour  des  intérêts  étrangers  dont  ils  se  sont  chargés.  Ils  prêtent  sou- 
vent leurs  noms  à  des  Européens  ou  même  à  des  Tunisiens  pour  couvrir 

les  opérations  de  ces  négociants.         {Affaires  étrangères,  C'«  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  C^  DE  LAFERRONNAYS. 

1331.  —  Tunis,  10  octobre  1828,  —  Envoi  d'un  rapport  sur  les 
sept  bateaux  corailleurs  toscans  arrêtés,  par  La  Marie-l'hérèse,  pour 
avoir  péché  sans  permission  dans  les  eaux  françaises  ^ 

1.  Voy.  à  ce  sujet  la  correspondance  de  Raimbert  et  de  Fouque  avec  le  Consul 
général  de  Lesseps,  octobre  1828.  {Affaires  étrangères,  C"'  de  Tunis.) 


670  GORRESPOIVDÂNGE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1828] 

DE  LR8SEPS  AU  C'^  DE  LAFEERONNAYS. 

1332.  —  Tunis ^  i4  octobre  182 S.  —  Un  nouvel  Oukil  est  arriyé 
d'Alger.  Il  y  a  eu  des  conférences  entre  le  Bach-Mamelouk  et  les  Oukils 
du  Maroc,  de  Tripoli  et  d'Alger.  Des  fanatiques  ont  essayé  de  faire  con- 
sidérer l'expédition  française  eu  Morée  comme  un  acte  d'hostilité  contre 
le  Grand  Seigneur.  Mais  le  Bey  et  le  Bach-Mamelouk  ont  déclaré  ouver- 
tement leurs  sentiments  d'indifférence  et  accablé  d'attentions  le  Consol 
général  de  France. 

«  Le  Bey  me  disait  même  hier,  lorsque  j'allais  prendre  congé  de  lui 
au  sujet  d'un  voyage  qu'il  va  faire,  pendant  un  mois,  à  sa  maison  de 
campagne  de  l'Hammam-Lif  :  —  Je  ne  puis  rester  sans  vous  voir; 
puisque  vous  ne  pouvez  venir  avec  moi  à  l'Hammam-Lif,  venez-y  passer 
quelques  jours  et  faites  venir  votre  famille,  atin  que  nous  ayons  une 
garantie  de  plus  que  nous  conserverons  longtemps  un  homme  tel  que 
vous . —  Il  ne  m'est  pas  permis  de  répéter  les  épithètes  flatteuses  et 
honorables  qu'il  a  ajoutées  à  ces  mots. 

Cependant,  j*ai  vécu  trop  longtemps  parmi  les  Turcs  et  les  Maures 
pour  ne  pas  redoubler  de  précautions  au  fur  et  à  mesure  que  leurs 
caresses  sont  plus  expressives.  Des  avis  secrets,  mais  que  cependant  je 
ne  puis  regarder  comme  positifs,  m'ont  été  donnés  sur  ce  que  toutes  les 
Puissances  barbaresques,  Maroc,  Alger,  Tunis  et  Tripoli,  cherchaient  à 
lier  leurs  intérêts,  qu'elles  regardent  comme  ceux  de  l'Islamisme 
attaqué,  disent-elles,  par  les  Français  et  par  les  Russes,  et  à  former  une 
ligue  défensive  cimentée  parles  serments  de  leur  religion  >»...  De  Lesseps 
réclame  de  nouveau  des  présents  consulaires  et  en  particulier  pour 
Sidi  Mustapha,  frère  du  Bey,  «  qui  prend  chaque  jour  plus  d'autorité 
sur  le  peuple  et  parmi  les  troupes  ». 

{Affaires  étrangét^ea,  C'**  de  Tunis.) 
DE  LBSSBPS  AU  C^^  DE  LAFERRONNAYS. 

1333.  —  Tunis,  20  octobre  1 828.  —  Avant  de  demander  au  Bey 
d'abolir  la  quarantaine  pour  les  bâtiments  français,  de  Lesseps  a  cherché 
à  circonvenir  le  ministre  de  la  marine,  homme  fanatique  et  malveillant. 
Celui-ci  a  osé  lui  dire  :  —  «  Eh  bien  I  il  paraît  que  la  France  veut  abso- 
lument commander  ici;  il  vaut  autant  qu'elle  nous  fasse  la  guerre.  « 
—  De  Lesseps  a  relevé  le  propos  comme  il  méritait  de  l'être,  et  s'est  fait 
prier  pour  ne  pas  le  répéter  au  Bardo.  Il  a  fini  par  obtenir  la  neutra- 
lité du  ministre  do  la  marine. 

«  Après  de  fréquentes  conférences,  on  nous  a  accordé  l'exemption  dont 
jouissent  les  Anglais,  mais  sans  réciprocité  du  côté  de  la  France,  la 
libre  pratique  pour  les  bâtiments  de  guerre  ayant  patente  nette,  et  la 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  611 

réduction  à  cinq  jours  d'observation  pour  les  bâtiments  marchands 
venant  de  France  avec  patente  nette.  » 

[Affaires  étrangêi^es,  C^  de  Tunis.) 
LE  C*»  DE  LAFERRONNAYS  A  DE  LESSEPS. 

1334.  —  PariSy  2i  octobre  i  828.  —  «...  Sur  la  pèche  illicite  du  corail 
au  delà  du  cap  Roux  qui,  de  temps  immémorial,  a  été  considéré  comme 
la  limite  entre  les  eaux  de  Tunis  et  celles  des  concessions,  je  ne  puis, 
Monsieur,  que  me  référer  à  toutes  les  instructions  antérieures. 
Vous  voudrez  bien,  toutes  les  fois  que  l'occasion  s'en  présentera,  insister 
auprès  du  Bey  et  de  ses  ministres  non  seulement  sur  la  validité  de  nos 
droits,  qui  établissent  bien  clairement  une  constante  possession,  mais 
encore  sur  le  texte  de  nos  traités  avec  la  Porte  ottomane  et  avec  la  Régence 
d'Alger.  Vous  insisterez  particulièrement  sur  la  ferme  intention  où  est 
le  gouvernement  de  Sa  Majesté  de  ne  pas  tolérer  que  des  pécheurs,  qui 
ne  seraient  pas  munis  de  la  patente  française,  s'introduisent  dans  nos 
eaux,  et  sur  les  ordres  qu'ont  reçus  et  que  recevront  les  armements  du 
Roi  chargés  de  la  police  de  la  pêche  de  réprimer  sévèrement  toute  ten- 
tative contraire.  Il  n'est  pas  d'ailleurs  convenable  que  vous  demandiez 
aux  Consuls  étrangers  à  Tunis  de  coopérer  à.  cette  répression,  puisque 
le  droit  de  Texercer  appartient  à  la  France  seule. 

La  réunion  de  la  pèche  de  Tunis  avec  celle  des  concessions  présen- 
terait de  grands  avantages,  mais  nous  ne  saurions  nous  occuper 
sérieusement  de  cet  objet  que  lorsque  le  rétablissement  de  nos  rela- 
tions avec  Alger  nous  aura  permis  de  reprendre  possession  de  tous  nos 

établissements.  »  {Affaires  étrangères,  C*"»  de  Tunis.) 

LE  C*«  DE  LAFERRONNAYS  A  DE  LESSEPS. 

1335.  —  Pa7^is^  28  octobre  i  828.  —  «  ...  L'humanité,  d'accord  avec 
les  intentions  des  Cours  signataires  du  traité  du  19  juillet',  justifie  la 
conduite  tenue  par  de  Lesseps  dans  l'affaire  des  esclaves  grecques  de  La 
Lady  Flora.  »  Le  Ministre  lui  explique  ensuite  la  convention  avec  le 
Pacha  d'Egypte  et  le  but  de  l'expédition  française  en  Morée.  Il  le 
charge  de  dire  au  Bey  que  la  France  n'a  aucunes  vues  hostiles  contre 
l'Empire  ottoman,  aucun  projet  d'agrandissement  à  ses  dépens.  En 
prenant  part  au  traité  du  19  juillet,  elle  n'a  eu  d'autre  but  que  de  foire 
cesser  en  Grèce  une  guerre  funeste  à  l'humanité  et  préjudiciable  au 
commerce  de  l'Europe. 

Relativement  aux  affaires  de  Tripoli  avec  les  Deux-Siciles  et  à 
celles  d'Alger,  le  Ministre  charge  M.  de  la  Bretonnière  •  de  s'entendre 

1.  Le  traité   de  Londres  entre  la  France,   l'Angleterre  et  la  Russie,  relatif  à 
Texpèdition  française  en  Morée. 

2.  Waldemar-Guillaume  Botherelde  la  Bretonnière,  de  La  Martinique,  aspirant  sur 


672  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1828] 

avec  le  comte  d*Atlili  de  la  Tour,  pour  faire  connaître  au  Dey  les  condi- 
tions préalables  auxquelles  le  Roi  consentirait  à  entrer  en  négociatioD. 
a  Nous  ne  saurions  trop  nous  louer  des  bons  offices  de  M.  le  Consul  de 
Sardaigne  et  du  zèle  qu'il  montre  pour  nos  intérêts  dans  les  circons- 
tances actuelles.  Je  lui  exprime  de  nouveau  la  satisfaction  du  Roi,  et  je 
l'ai  précédemment  invité  à  donner  suite  aux  rapports  qu'il  vous  a  déjà 

fait  parvenir.  »  {Aff^aires  étrangères,   C*"  de  Tunu,) 

LE  C"    DE  LAFERRONNAYS  A  DE  LESSBPS. 

1336.  — Paris j  6  novembre  18.28.  —  Il  Tautorise  à  correspondre 
avec  le  gouvernement  espagnol  sur  des  objets  de  simple  administration. 

«  Quant  aux  corailleurs  toscans  arrêtés  par  la  frégate  La  Marie-Thé- 
rèse dans  les  eaux  de  nos  concessions,  où  ils  péchaient  sans  permission, 
je  dois  vous  faire  observer  qu*à  défaut  de  l'amende  qu'ils  avaient 
encourue  et  qu'ils  se  sont  trouvés  dans  l'impossibilité  de  payer,  il  eût 
été  plus  convenable  de  faire  effectuer  la  vente  des  barques  saisies  en 
flagrant  délit  que  de  requérir  à  leur  égard  la  décision  d*un  tribunal  qai 
n'a  jamais  existé  et  qui  ne  peut  être  autre  que  l'autorité  française,  il 
est  d'usage,  en  effet,  que  l'amende  fixée  par  nos  règlements  soit  acquittée 
sur  les  lieux  mêmes,  au  moment  où  le  délit  est  constaté,  sans  ménae  en 
donner  avis  aux  gouvernements  de  ceux  qui  Tout  commis...  »  Le 
Ministre  s'entendra  avec  le  gouvernement  toscan  pour  cette  fois;  mais 
dorénavant  de  Lesseps  devra  exiger  des  délinquants  le  paiement  immé- 
diat de  l'amende,  ou  faire  vendre  leurs  bateaux. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  G^*   DE  LAFERRORIIATS. 

1337.  —  7'unisy  2  décembre  i  828,  —  Un  bâtiment  toscan,  partant  de 
Tunis  pour  Marseillle,  avait  chargé  en  contrebande,  pour  le  compte  de 
divers  négociants  de  toutes  nations  qui  les  avaient  assurées  en  France, 
des  matières  d'or  et  d'argent  dont  la  sortie  est  prohibée.  Le  bâtiment 
fit  naufrage.  Les  matelots  se  sauvèrent  dans  la  chaloupe  et  emportè- 
rent les  valeurs.  Ils  abordèrent  à  Bizerte.  Sur  la  dénonciation  d'un 
Anglais,  le  Bey  les  fit  saisir  et  menaça  le  Consul  de  déclarer  la  guerre  à 

la  Toscane. 

«M.  Nyssen,  consterné,  vint  me  trouver  et,  en  me  faisant  part  des 
instructions  de  la  cour  de  Toscane  qui  lui  prescrivaient  de  consulter  le 

les  bfiliments  de  TÉtat  en  1792,  enseigne  de  vaisseau  en  1796,  lieutenant  en  1802, 
capitaine  de  frégate  en  1811,  capitaine  de  vaisseau  en  1821,  amiral  en  1827  pour  sa 
belle  conduite  à  la  bataille  de  Navarin,  contre-amiral  en  1829,  commandant  succes- 
sivement sur  La  Provence,  La  Duchesse  de  Berry,  L'Oise  eiL* Adonis,  la  division  natale 
devant  Alger  du  16  mai  1829  au  13  février  1830,  commandant  de  la  marine  à  Alger 
du  9  octobre  1834  au  20  septembre  1835,  retraité  en  1848,  décédé  en  1851. 


[1828]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  673 

Consul  de  France  dans  des  conjonctures  délicates,  réclama  mes  bons 
offices....  Ma  position  était  embarrassante  :  je  venais  d*obtenir  Touver- 
ture  du  trésor  du  Bey^  et  le  payement  intégral  et  avec  un  immense 
bénéfice  de  tous  les  engagements  pécuniaires  de  cette  Régence  envers 
les  Français;  j'étais  le  seul  ayant  osé  déchirer  le  voile  qui  dérobait 
aux  yeux  du  Bey  les  excès  et  les  désordres  tant  de  sa  vie  privée  que  de 
son  administration;  j'ignorais  encore  qu'il  avait  adopté  et  suivi  mes 
conseils  qui  pouvaient  paraître  trop  austères...  » 

De  Lesseps  se  rendit  à  THammam-Lif,  campagne  du  Bey.  «  L'accueil, 
j'oserai  dire  fraternel,  que  me  fit  le  Prince,  les  expressions  dont  il  se 
servit  à  mon  égard  en  présence  de  toute  sa  cour,  l'adhésion  complète 
et  sans  hésitation  qu'il  donna  à  toutes  les  demandes  que  je  lui  fis  pour 
terminer  plusieurs  affaires  de  mon  service,  dont  quelques-unes  assez 
importantes,  l'intimité  dans  laquelle  il  m'admit,  en  faisant  retirer  toute 
sa  cour,  à  l'exception  des  plus  affidés,  et  la  manière  sage,  calme  et 
réfléchie  avec  laquelle  il  écoutait  et  discutait  avec  moi  plusieurs  points 
d'administration  intérieure  et  de  finance,  m'encouragea  à  mettre  sur 
le  tapis  la  grande  affaire  avec  la  Toscane... 

Le  Bey  me  fit  juge  du  différend  et  s'écria,  en  s'adressant  à  ceux  qui 
l'entouraient  :  —  Voyez-vous  cet  homme  (je  n'ose  prononcer  l'épithète 
honorable  qu'il  ajouta);  il  est  plus  content  d'avoir  fait  une  bonne  action 
et  d'avoir  sauvé  une  famille  que  d'avoir  gagné  100000  piastres,  mais 
nous  savons  tous  qu'il  n'aime  pas  l'intérêt.  — Je  n'eus  besoin  que  de  très 
peu  de  raisonnements,  tous  puisés  dans  son  intérêt  et  dans  le  besoin  de 
conserver  sa  réputation  de  Prince  loyal  et  pacifique,  pour  qu'il  me  dit  : 
— Tout  est  terminé,  tout  vous  est  accordé,  non  à  vous  Consul  de  France, 
qui  en  cette  qualité  n'avez  rien  à  traiter  pour  la  Toscane,  mais  à  mon 
sage  ami  particulier....  tout  est  fini,  tout  est  oublié...  c'est  à  vous  l'ar- 
gent; puis-je  jamais  ne  pas  acquiescer  à  vos  moindres  désirs?  Ceux-ci 
ne  sont  jamais  dirigés  que  vers  mon  intérêt  et  vers  celui  de  la  justice. 
—  M.  le  chancelier-interprète  Duchenoud,  qui  m'accompagnait,  les  assis- 
tants et  moi-même  avions  les  larmes  aux  yeux  à  cette  scène  attendris- 
sante... 

Je  dois  faire  part  à  Votre  Excellence  qu'il  n'est  malheureusement  que 
trop  public  que,  sans  doute  pour  satisfaire  un  ressentiment  personnel 
contre  un  agent  d'une  Puissance  subalterne,  compromis  dans  la  mal- 
heureuse affaire  qui  fait  le  sujet  de  celte  dépêche,  le  Consul  général 
d'Angleterre  a  aigri  et  envenimé  les  ressentiments  de  ce  gouvernement, 
et  énoncé  l'opinion  que  le  Bey  agissait  bien  et  conformément  à  son 
droit.  Cependant,  comme  il  ne  pouvait  hautement  et  vis-à-vis  de  moi 

43 


674  CORRESPONDANCE  DBS  BBYS  ET  DES  CONSULS  [18S] 

avouer  la  part  odieuse  qu'il  avait  prise  à  la  détermination  fâcheuse  de  Son 
Altesse,  il  s^est  réuni  à  tous  pour  me  complimenter  des  succès  qoe  j'ai 
obtenus,  et  cela  n'a  altéré  en  rien  la  bonne  harmonie  qui  existe  entre 
nous  et  qui  me  parait  essentielle  à  conserver,  surtout  dans  ces  circons- 
tances. »  (Affaires  étrangères,  (7**  de  Tunis,) 

DE  LBSSKPS  AU   C**   DE  LAFERRONNAYS. 

1338.  —  TuniSy  iO  décembre  i  828,  — De  Lesseps  avait  chargé  Duché- 
noud,  qui  rend  beaucoup  de  services  aux  ministres  du  Bey,  de  demander 
Toriginal  de  la  convention  du  21  mai  1824*.  Le  Bach-Mamelouk  a  souri 
d'étonnement  à  sa  demande.  Il  a  promis  de  la  chercher  au  Bardo  «  dan^ 
une  chambre  où  il  y  a  de  vieux  papiers...  » 

Le  Bey  et  le  [ninistre  laissent  traîner  les  correspondances;  les  enfants. 
les  esclaves  et  les  domestiques  s'en  emparent.  De  Lesseps  redemandf 
même  les  lettres  qu'il  adresse  au  Bey,  pour  qu'elles  ne  s'égarent  pas  : 
toujours  est-il  que  la  convention  dont  il  s'agit  est  introuvable. 

(Affaires  étt^angêres,  C**'  de  Tunis.) 
DR  LESSEPS  AU  C*«   DE  LAFERRONlfAYS. 

1339.  —  T'unis,  iO  décembre  i  828.  —  L'Oukil  d'Alger  continue  à  lui 
faire  des  avances.  Il  lui  a  donné  à  entendre  que  son  maître  serait  bieD 
aise  de  le  voir  intervenir  dans  les  difficultés  pendantes  entre  la  France 

et  la  Régence  d'Alger.  (Affaires  étrangères,  C**»  de  Tunis,) 

DE  LESSEPS  AU  G**    DE  LAFERRONlfAYS. 

1340.  —  Tunis,  23  décembre  1828.  —  Il  a  envoyé  une  lettre  circu- 
laire aux  Consuls  étrangers,  pour  leur  faire  savoir  qu'il  est  autorisé  à 
délivrer  des  patentes  aux  bateaux  corailleurs. 

Les  Consuls  de  Sardaigne,  Naples  et  Toscane  présentent  quelques 
observations  au  sujet  des  ports  de  refuge.  Les  corailleurs  seront  forcés 
de  payer  la  redevance  à  la  France  pour  pouvoir  pécher,  et  de  se  sou- 
mettre aux  conditions  imposées  par  la  Régence  pour  pouvoir  profiter 
des  ports  de  Bizerte  et  Tabarque. 

De  Lesseps  appelle  l'attention  du  Ministre  sur  Raimbert',  cet  intéres- 
sant et  peu  fortuné  père  d'une  nombreuse  famille.  On  lui  a  réduit  sou 
traitement  à  1,500  fr.  au  moment  où  il  a  perdu  ses  meubles,  ses 
effets,  etc.  Il  serait  juste  de  lui  rendre  le  traitement  qu'il  avait  A  La  Galle. 

(Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis.) 
DE  LESSKPS  AU  G^'   DE    LAFKRRONNAYS. 

1341.  —  Tunis,  fO  janvier  i  829,  —  M.  d'Atlili  a  écrit  en  chiffre  à  M, 
Filippi  et  à  M.  de  la  Bretonnière  en  caractères  formés  de  jus  de  citron. 
qui  doivent  être  chauffés  pour  pouvoir  être  lus.  Les  Anglais  et  le  Consul 

1.  Voy.  la  note  2,  p.  600. 

â.  Voy.  la  noie  1,  p.  457.  Son  traitement  de  3,000  fr.  fut  rétabli  en  mars  1S29. 


[1829]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  676 

de  Naples  ne  cessent  d'intriguer  contre  lui  et  de  traverser  ses  négocia- 
tions. Il  serait  bon  de  lui  faire  tenir  un  chiffre. . 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DE  LBSSEPS  AU   C^*'  DR  LAFfiRRONNAYS. 

1342.  —  Tunis,  i  8  janvier  i  829,  —  Il  se  plaint  des  articles  de  jour- 
naux mensongers  ou  exagérés  sur  Tunis.  Il  n'y  a  rien  de  vrai  dans  la 
prétendue  conspiration  du  fils  du  Bey  contre  les  jours  de  son  père,  ni 
dans  le  projet  prêté  au  Consul  de  placer  la  dynastie  tunisienne  sur  le 
trône  d'Alger...  Le  Bey  a  été  affecté  de  ces  bruits,  et  il  a  envoyé  à  tous 
les  Consuls  une  lettre  à  ce  sujet.  De  Lesseps  lui  a  répondu  que  les  minis- 
tres du  Roi  ne  pouvaient  empêcher  la  publication  de  ce  genre  d'articles  ^ 

(Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis.) 
LE   t^  DE  LAFERRONNAYS  A  DE  LESSEPS. 

1343.  —  Paris,  26  janvier  i  829,  —  M.  Vattier  de  Bourville'  va 
se  rendre  à  Tunis  en  qualité  de  Vice-Consul  aux  appointements  de 
4,000  francs. 

Le  Consul  général  de  Tripoli  a  eu  de  grands  sujets  de  plainte  contre 
cet  agent,  mais  on  use  d'indulgence  à  Tégard  de  ce  dernier,  parce  qu'il 
est  le  seul  appui  de  sa  famille.  Le  Ministre  prie  M.  de  Lesseps,  s*il  avait 
lieu  de  se  plaindre  de  Vattier,  d*en  rendre  immédiatement  compte  au 
Département.  «  J'ai  d'ailleurs  la  satisfaction  de  pouvoir  vous  annoncer 
que  le  Roi  vient  d'accorder  à  M.  Ferdinand  de  Lesseps,  votre  fils,  les 
appointements  de  2,000  fr.  attachés  à  sa  place  d'élève-Consul  '.  » 

(Affaires  étrangères,  (?■*  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  C'^  DE  LAFERRONNAYS. 

1344.  —  Tunis,  5  février  i  829.  —  Envoi  de  divers  états  de  com- 
merce et  de  navigation  pour  1828  : 

Importations  totales 8,091,780  fr. 

Exportations 5,086,195 

Exportations  en  fraude 2,000,000 

i.  Voy.  notamment  la  Gazette  de  Marseille  du  6  décembje  1828. 

2.  Charles-Joseph-Auguste-Dësiré  Vattier  de  Bourville,  drogman-chancelier  à  Tri- 
poli de  Barbarie  en  1821,  Vice-Consul  au  même  poste  en  1828,  à  Tunis  en  1829 
(8  janvier).  Consul  à  Tripoli  de  Syrie  en  1833,  à  Alep  de  1834  à  1837,  au  Caire  en  1839, 
à  Damas  en  1846,  à  La  Canée  en  1848,  à  Moscou  en  1854,  agent  du  Ministère  des 
Affaires  étrangères  à  Marseille  en  1854. 

3.  De  Lesseps  au  C"  de  LafeiTonnays,  i6  févHer  4829.  «  ...  Je  prie  Votre  Excel- 
lence d'agréer  l'hommage  de  ma  profonde  reconnaissance,  pour  la  faveur  que  le 
Ministère  a  daigné  m'accorder  en  allouant  à  mon  (ils  Ferdinand,  élève  Vice-Consul, 
les  appointements  de  2,000  fr.  attachés  k  sa  place.  C'est  lorsque  je  verrai  tous  mes 
enfants  placés  sous  Tégide  paternelle  du  Ministère  bienfaisant  auquel  ma  famille 
appartient  depuis  si  longtemps,  c'est  lorsque  j'aurai  la  conviction  intime  qu'ils  sont 
dignes  de  le  servir,  que  je  ne  regretterai  plus  aucune  fortune,  que  je  n'aurai  plus  & 
gémir  d'aucune  perte,  d'aucun  malheur,  et  que  je  croirai  leur  avoir  laissé  le  plus 
riche  héritage.  ■  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 


676  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1839] 

Pour  le  commerce  français  : 

Importations 2,395,550  fr. 

Exportations 877,270 

somme  à  laquelle  il  faut  ajouter  Texportation  en 

transit  par  Nice  pour  Marseille 414,250 

De  Lesseps  avoue  «  en  rougissant  »  que  quelques  négociants  français 
prêtent  sur  gages  (bijoux,  diamants)  au  taux  minimum  de  1  1^  0/0 
par  mois,  à  des  particuliers,  même  à  des  membres  du  gouvernement. 
Il  est  vrai  que  le  taux  légal  est  de  1  0/0  par  mois. 

{Affaires  étrangères^  C**»  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  C'^'  DE  LAFERRONNAYS. 

1345.  —  Tunis,  1 0  février  /  829,  —  L'Oukil  d'Alger  lui  a  fait  de 
nouvelles  ouvertures,  sur  Tordre  du  Yekilhardji,  principal  ministre  do 
Dey  de  cette  Régence. 

«...  Ce  qui  ne  me  paraît  pas  de  très  bon  augure  pour  les  dispositions 
du  Dey  d'Alger,  c'est  que  celui-ci  réprimande  de  la  manière  la  plus 
outrageante  le  Bey  de  Tunis  sur  sa  partialité  très  peu  musulmane, 
dit-il,  en  faveur  des  Français,  puisqu'il  accueille  leurs  vaisseaux  et  les 
comble  de  prévenances.  Il  menace  le  Prince  tunisien  de  se  plaindre 
au  Grand  Seigneur.  Le  Bey  a  répondu  avec  dignité  et  fermeté,  en 
disant  entre  autres  choses  qu'outre  que  les  traités  l'obligeaient  à  rece- 
voir les  Français,  il  y  était  encore  porté  par  inclination,  cette  nation 
étant  sa  plus  ancienne  et  meilleure  amie.  J'ai  remarqué  cependant  que 
ses  inquiétudes  secrètes  démentaient  son  attitude,  et  qu'il  craignait 
véritablement  les  suites  du  ressentiment  de  son  inquiet  et  redoutable 

voisin.  »  (Affaires  étrangères,  C  de  Tunis,) 

DE  LESSEPS  AU  C^    DE  LAFERRONNAYS. 

1346.  —  Tunis,  16  février  1 829.  —  Son  fils  Ferdinand  de  Lesseps, 
qui  est  arrivé  le  8,  lui  a  remis  les  présents  destinés  au  Bey.  Il  ne  peut 
dissimuler  au  Ministre  que  leur  peu  de  valeur,  et  le  petit  nombre 
d'articles  qui  les  composent,  l'ont  placé  dans  un  embarras  d'autant 
plus  grand  que  deux  favoris  se  disputent  en  ce  moment  le  ministère 
principal,  l'un,  le  garde  des  sceaux  (Sahib-Tapa),  et  l'autre,  le  Bach- 
Mamelouk.  {Affaires  étrangères,  (?•»  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU   C^*  DE  LAFERRONNAYS. 

1347.  —  Tunis,  28  février  i  829.  —  En  l'absence  de  Duchenoud,  il 
a  confié  par  intérim  la  chancellerie  à  son  fils  Ferdinand  de  Lesseps. 

{Affaires  étrangères,  C'*'  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  C^*    DE  LAFERRONNAYS. 

1348.  —  Tunis,  3  mars  1 829.  —  M.  Bineau,  directeur  des  poudres  et 


[1829]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  677 

salpêtres  de  la  Régence  ^  parle  de  s^établir  en  même  temps  comme  négo- 
ciant français.  «  Le  corps  des  négociants  a  été  alarmé  de  ces  bruits,  et 
m'a  représenté  les  inconvénients  majeurs  qui  résulteraient  de  cette 
cumulation  de  privilèges  tunisiens  et  français  dans  les  mains  d'un 
homme  entreprenant,  et  dont  l'attachement  aux  intérêts  nationaux 
pourrait  être  contrarié  par  de  puissants  intérêts  personnels.  » 
De  Lesseps  demande  à  ce  sujet  l'avis  du  Ministre. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DB  LESSEPS  AU  Ct«  DE  LAFERRONNAYS. 

1349.  —  TuniSy  9  mars  i  829,  —  Le  Vice-Consul  espagnol,  Mi  Alcala, 
est  arrivé  èi  Tunis,  où  il  croyait  trouver  son  Consul  général  M.  Rizo  V  Le 
ministre  de  la  marine  de  la  Régence,  appuyé  de  courtisans,  voulait  le 
faire  arrêter,  lui  et  tous  les  Espagnols,  mais  le  Bey  s'y  est  opposé  en 
disant  :  —  «  Non,  cela  ferait  de  la  peine  à  mon  ami  le  Consul  de  France, 
et  il  ne  mérite  pas  qu'on  lui  cause  un  désagrément.  —  » 

De  Lesseps  a  avancé  des  fonds  à  Alcala  pour  lui  permettre  de  retour- 
ner en  Espagne.  {Affaires  étrangères^  C'*»  de  Tunis,) 

LE  C^^  DE  LAFERRONNAYS  AUX  CONSULS  GÉNÉRAUX  DB  TUNIS  ET  TRIPOLI. 

1350.  —  Paris^  17  mars  i  829.  —  Il  est  informé  que  le  nouveau 
Consul  général  des  Pays-Bas  au  Maroc  a  été  admis  au  libre  exercice 
de  ses  fonctions  sur  la  simple  présentation  de  son  prédécesseur  et  sans 
avoir  fait  de  donatives  d*aucune  espèce.  Le  Ministre  pense  que  la  France 
a  le  droit  d'imiter  un  pareil  exemple.  L'usage  des  présents  n'ayant  plus 
de  raison  d'être,  il  le  prie  de  lui  faire  savoir  si  quelque  Puissance  a 
supprimé  ou  réduit  les  présents  à  la  Régence  de  Tunis  ou  de  Tripoli, 
s'il  convient  d'imiter  cet  exemple,  s'il  y  a  des  obstacles  qui  s'opposent 
à  ce  que  «  nous  commencions  nous-mêmes  à  abandonner  un  pareil 

usage  ».  {Affaires  étrangères,  C'*»  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  C^  DB  LAFERRONNAYS. 

1351.  —  Tunis^  4  avril  i  829,  —  Le  capitaine  de  frégate  Du  Petit- 
Thouars',  commandant  le  brick  Le  Voltigeur,  est  arrivé  le  26  mars  pour 
se  concerter  avec  de  Lesseps  au  sujet  de  la  pêche  du  corail.  Celui-ci  a 
chargé  son  fils,  Ferdinand  de  Lesseps,  élève  Vice-Consul,  «  qui  est  déjà 
très  bien  vu  par  le  Bey  et  par  ses  ministres  et  qui  leur  a  inspiré  quelque 

1.  Voy.  p.  627. 

2.  Neveu  du  Ministre  de  la  marine  d'Espagne.  Voy.  la  note  i,  p.  650.  * 

3.  Abel-Aubert  Du  Petit-Thouars,  mousse  en  1804,  aspirant  en  1809,  enseigne  de 
vaisseau  en  1815,  lieutenant  en  1819,  capitaine  de  frégate  en  1824,  en  croisière 
devant  Alger  sur  La  Provence  du  26  mai  au  S  août  1827,  capitaine  de  vaisseau  en 
1834,  contre-amiral  en  1841,  Préfet  maritime  àLorienten  1845,  vice-amiral  en  1846,> 
membre  du  Ck>nseil  de  l'Amirauté  en  1848,  Député  en  1849,  membre  de  l'Académie 
des  sciences  en  1855,  retraité  en  1858,  décédé  en  1864. 


678  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1829] 

confiance  »,  de  se  rendre  avec  Raimberl,  arrivé  de  Bizerte,  chez  le  pre- 
mier ministre  Sahib-Tapa  et  chez  le  Bach-Kasak,  premier  maSlre 
d'hôtel,  qui  dirige  la  pêche  du  corail  en  Tunisie...  '  Ils  ont  conclu  un 
arrangement  en  vertu  duquel  les  pécheurs  ne  payeront  plus  au  Bey  que 
447  piastres;  les  droits  sur  le  pain,  la  viande  et  les  provisions  seront 

supprimés  *.  (Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 

DE  LBSSBPS  AU  G^  DE  LAPERRONIfAYS. 

1362.  —  Tunis^  14  avril  1S29.  —  «Le  Bey  prépare  secrètement 
l'armement  des  trois  ou  quatre  bâtiments  de  guerre  qui  lui  restent.  Le 
silence  inconcevable  du  gouvernement  espagnol  et  l'étrange  apparition 
d*un  très  jeune  étourdi,  le  sieur  Alcala,  Vice-Consul  d'Espagne,  dont  la 
conduite,  les  discours,  les  mensonges  et  le  dénûment  tant  à  Marseille 
qu'à  Gènes  et  ici  semblaient  plutôt  être  Tapanage  et  l'annonce  d'un 
aventurier  sans  aveu  que  de  l'agent  d'un  gouvernement  qui  se  respecte, 
ont  singulièrement  augmenté  l'exaspération  déjà  très  forte  du  Bey  de 

Tunis  contre  l'Espagne...  »  (Affaires  étrangéi*es,  C^'  de  Ttotw.) 

DE  LBSSEPS  AU  C^  DE  LAFERRONNAYS. 

1353.  —  Tiinis,  iô  avril  iS29,  —  «  Sir  Thomas  Read,  agent  et 
Consul  général  de  la  Grande-Bretagne  à  Tunis,  homme  sans  mesure 
et  sans  esprit,  a  émis  la  prétention  d'être  reçu  le  premier  chez  le  Bey 
et  d'avoir  la  préséance.  Il  se  fonde  sur  l'article  XY  du  traité  de  la  Grande- 
Bretagne  avec  Tunis  et  sur  le  protocole  de  Vienne,  qui  veut  que  les 
agents  diplomatiques  d'une  résidence  plus  ancienne  dans  le  pays  où 
ils  sont  accrédités  aient  le  pas  sur  ceux  d'autres  nations  arrivés  après 
eux... 

Ce  qui  a  certainement  excité  le  Consul  anglais  à  vouloir  changer  cette 
année  pour  la  première  fois  l'ordre  établi  de  temps  immémorial,  c'est 
qu'il  voit  avec  une  jalousie  qu'il  témoigne  par  des  actes  puérils  et 
ridicules  la  position  favorable  dans  laquelle  je  me  suis  placé  auprès  de 
ce  gouvernement,  et  la  conflance  qu'il  me  témoigne...  » 

(Affaires  étrangères,  C^  de  Tunix,) 
DE  LESSEPS  AU  G^*  DE  LAFERRONNAYS. 

1354.  —  Tunis  j  1 7  avHl  i  829,  —  «...  Le  retard  et  la  modicité  des 
présents  destinés  au  Bey  à  l'occasion  de  mon  arrivée  àTunis  n'ont  pas  nui 
à  mes  I  dations  avec  la  cour  du  Bardo.  Mais  les  cadeaux  sont  en  Orient 

i.  Voy.  les  instructions  données  par  de  Lesseps  à  Raimberl,  agent  consulaire  à 
Bizerte,  enyoyé  en  mission  k  Tabarque,  10  mars  1829  (Affaires  étrangères,  C^  de 
Tunis),  —  et  les  lettres  de  Raimberl  &  de  Lesseps,  34  et  26  mare  1829  (Affaires  étran- 
gères,  Mém,  et  Doc,  Algérie,  t.  VII). 

2.  Voy.  la  lettre  de  Ferdinand  de  Lesseps  à  Mathieu  de  Lesseps,  Consul  général, 
2  avril  1829,  demandant  à  son  père  son  approbation  dans  la  première  a/Taire 
qu'il  a  mission  de  traiter.  (Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 


[1829]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  679 

d'un  usage  aussi  sacré  que  le  droit  de  l'hospitalité  dont  ils  font  partie. 
L^absence  de  cette  formalité  est  un  manque  de  politesse...  Ce  qui  serait 
chez  nous  déshonorant,  et  regardé  comme  instrument  et  preuve  de 
corruption,  est  ici  un  titre  d'honneur  dont  on  se  fait  gloire.  J*ai  vu  des 
Gheiks  arabes,  bédouins  et  turcomans,  chefs  de  puissantes  tribus 
nomades,  m*apporter  en  présent  chez  moi  quelques  fruits  ou  autre  chose 
de  très  peu  de  valeur  pour  nous,  et  si,  pour  les  éprouver,  je  feignais  de 
ne  leur  rien  donner,  je  les  entendais  me  dire  les  larmes  aux  yeux  : 

—  Comment  retournerons-nous  dans  nos  tribus,  si  nous  ne  recevons 
rien  de  vous;  nous  serons  déshonorés;  on  dira  que  vous  nous  méprisez, 
nous  et  les  nôtres.  —  Alors  un  caftan  de  mauvais  drap  leur  était  donné; 
ils  Tétalaient  avec  soin  et  s'en  paraient  avec  ostentation  en  disant  : 
C'est  le  Consul  de  France  qui  nous  l'a  offert;  vous  voyez  que  nous 
sommes  estimés  par  la  plus  puissante  des  nations  chrétiennes  — . 

Ce  qui  fait  le  succès  de  certains  Consuls  en  Orient,  ce  n'est  pas  tant 
de  connaître  la  langue  que  d'observer  certaines  coutumes,  parties 
essentielles  et  morales  des  mœurs  orientales,  observance  qui  seule  les 
identifie  avec  le  peuple  parmi  lequel  ils  sont  jetés,  et  qui  modifie  et 
adoucit  la  nuance  ineffaçable  qu'a  marquée  la  différence  des  cultes... 
Ils  entendent  les  gens  s'écrier  :  —  11  connaît  nos  usages,  il  a  mangé  et 
bu  avec  nous  longtemps;  il  fait  et  accueille  des  présents;  c'est  un  des 

nôtres.  —  »  (Affaires  étrangères,  C*'»  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  C^^  DE  LAFERRONNAYS. 

1355.  —  7'tims,  ^7  avinl  f  829.  —  «  ....  Le  Grand  Seigneur  a  envoyé 
un  Chaouch  en  cette  Régence  pour  lui  demander  ses  forces  maritimes 
disponibles.  Le  Bey  n'est  pas  dans  l'intention  ni  dans  la  possibilité  de 
mettre  en  mer  ni  de  sacrifier  ce  faible  reste  de  sa  marine,  mais  il  ne 
peut  s'empêcher  d'avoir  l'air  d'accéder  aux  ordres  de  celui  qu'il  regarde, 
dit-il,  comme  son  souverain  spirituel.  Cet  excellent  Prince  a  ajouté  : 

—  Je  sais  qu'on  dit  que  je  dirige  cet  armement  contre  l'Espagne;  non. 
Consul;  j'ai  trop  de  loyauté  pour  souffrir  même  que  ce  bruit  se  propage 
et  qu*il  puisse  être  un  épouvantail  pour  faire  revenir  l'Espagne  à  de 
meilleurs  sentiments.  Quelle  que  soit  la  conduite  de  cette  Puissance  à 
mon  égard,  quelques  insinuations  qui  me  soient  faites,  jamais  je  ne  me 
plaindrai  seulement,  tant  que  vous  serez  auprès  de  moi,  par  respect 
pour  l'Empereur  de  France  et  par  égard  pour  vous.  Je  ne  veux  aucun 
ennemi,  aucune  hostilité  quelconque  ^  —  » 

(Aff'aires  étrangèi^es,  C''  de  Tunis.) 

1.  Le  Chaouch  était  en  outre  chargé  d'agir  auprès  du  Dey  d*Alger  et  de  le  décider 
à  satisfaire  aux  réclamatioDs  de  la  France. 


680  CORRESPONDANCE  DBS  BBYS  ET  DES  CONSULS  [i8ï» 

DE  LESSBPS  AU  C^«  DE  LAFERRORNAYS. 

1356.  —  Tunis,  27  avril  i  829.  —  Le  Voltigeur,  commaDdé  par 
M.  Du  Petit'Thouars,  a  capturé  un  bâtiment  tunisien  qui  voulait  entrera 
B6ne.  Comme  le  blocus  de  Bône  n'avait  jamais  été  signiûé  au  Bey,  oo  lai 
a  remis  le  bâtiment.  Le  Bey  a  promis  de  punir  le  reïs  et  pris  ses  mesures 
pour  que  les  Tunisiens  ne  dépassent  pas  Tabarque.  Il  a  fait  distribuer 
des  rafraîchissements  à  Téquipage  du  Voltigeur, 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
LE  G^«  DE  LAFERRORNAYS  A  DE  LESSEPS. 

1357.  —  Paris,  4  mai  /  829.  —  Il  lui  recommande  l'entreprise  de 
MM.  Pignatel  frères,  négociants  de  Lyon,  qui  vont  créer  un  comptoir  à 
Tunis  sous  la  direction  de  M.  Beaumier. 

(Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 
LE  C^  PORTAUS  *  A  DE  LESSEPS. 

1358.  —  Paris,  15  mai  i  829.  —  «  M.  Read  ne  saurait  se  foDder 
comme  il  Ta  fait,  pour  justifler  sa  prétention,  sur  le  traité  entre  rAn- 
gleterre  et  Tunis  qui  stipule  un  droit  de  préséance  en  faveur  du  Consul 
britannique;  car,  bien  auparavant,  nos  traités  avec  la  Régence  noua 
ont  assigné  cette  prérogative  que  l'usage  a  également  consacrée;  ils 
nous  ont  d'ailleurs  assuré  le  traitement  de  la  nation  la  plus  favorisée, 
et  quand  bien  même  il  en  serait  autrement,  le  titre  dîploœatiqtte 
dont  vous  êtes  revêtu  vous  donnerait  la  préséance  sur  les  autres  God- 
suls  résidents  à  Tunis,  y  compris  celui  d'Angleterre,  s'il  n'avait  pas 
un  caractère  diplomatique  égal  au  vôtre. 

Cette  dernière  observation  nous  conduit  à  l'examen  du  règlement  de 
Vienne  en  ce  qui  touche  la  question  actuelle,  règlement  que  M.  Read 
parait  invoquer  en  sa  faveur,  et  qui  a  décidé  que  les  employés  diplo- 
matiques de  la  môme  classe  prendraient  rang  entre  eux  d'après  la  date 
de  la  notification  officielle  de  leur  arrivée.  Ce  règlement  établit  comme 
vous  savez  trois  classes  d'envoyés  diplomatiques  :  celle  des  ambassa- 
deurs, légats  ou  nonces,  celle  des  envoyés,  ministres  ou  autres  accré- 
dités auprès  des  souverains,  celle  des  chargés  d'afifaires. 

Le  Congrès  d'Aix-la-Chapelle,  en  1818,  a  ajouté  une  quatrième  classe, 
intermédiaire   entre   les  ministres  plénipotentiaires    et  les  chargés 

d'affaires.  Cette  classe  est  celle  des  ministres  résidents Il  s  agit 

donc  de  savoir  quel  est  le  caractère  diplomatique  de  M.  Read.  Si  donc 
M.  Read  venait  à  reproduire  sa  prétention,  et  si  vous  acquériez  la 
certitude  qu'il  a  réellement  un  des  caractères  diplomatiques  reconnus 
par  le  règlement  du  19  mars  1845,  vous  pourriez  lui  laisser  prendre 

1.  Joseph-Marie  comte  Portails,  garde  des  sceaux,  pair  de  France,  chargé  du  Minis- 
tère des  Affaires  étrangères  du  14  mai  au  7  août  1829. 


[1829]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  681 

rang  avant  vous,  puisque  sa  résidence  à  Tunis  est  antérieure  à  la 
vôtre.  Mais  aussi,  s*il  se  trouvait  à  Tunis  d'autres  Consuls  ayant  le  titre 
de  chargé  d'affaires,  vous  devriez,  pour  éviter  toute  exception  étran- 
gère k  Tesprit  du  règlement  de  Vienne,  réclamer  pour  tous,  et  comme 
devant  servir  désormais  de  règle  générale,  l'application  de  ce  règle- 
ment, qui  a  eu  pour  objet  de  substituer  un  droit  d'égalité  à  des  pré- 
rogatives ou  à  des  prétentions  fertiles  en  embarras  et  en  discussions. 

Gomme  cette  concession,  si  elle  devait  avoir  lieu,  pourrait,  dans  un 
pays  tel  que  celui  de  Tunis,  emporter  aux  yeux  du  gouvernement  de 
la  Régence  l'idée  d'une  déférence  forcée  de  notre  part  envers  l'Angle- 
terre, vous  auriez  soin  de  prévenir  de  semblables  impressions  en  expli- 
quant au  Bey  et  à  ses  ministres  le  règlement  de  Vienne,  et  l'esprit  de 
concorde  et  de  conciliation  dans  lequel  il  a  été  fait  par  les  Puissances 
chrétiennes 

Si  M.  Read  n'a  pas  les  titres  voulus,  vous  feriez  tous  vos  efforts  pour 
maintenir  votre  prérogative,  et  vous  déclareriez  au  Bey  que  vous  ne 
pouvez  en  aucune  manière  y  renoncer,  et  qu'il  ne  pourrait  lui-même 
montrer  l'intention  de  vous  en  priver  sans  contrevenir  aux  traités  et 
sans  encourir  la  responsabilité  d'un  pareil  manque  d'égards  envers  le 

Roi  et  la  France.  »  (Affav^es  étrangères,  C»-»  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  G^^  PORTALIS. 

1350.  —  Tunis,  22  mai  1 829.  —  Comptes  des  réparations  faites 
dans  le  Fondouk,  à  la  chapelle,  la  chancellerie,  la  maison  du  Vice- 
Consul,  les  galeries,  etc.  Les  dépenses  se  sont  élevées  à  14,097  piastres  ^ 

{Affaires  étrangères^  C*'*  de  Tunis.) 
DB  LESSEPS  AU  C^®  PORTALIS. 

1360.  —  Tunis,  2  juin  i  829.  —  M.  Du  Petit-Thouars,  commandant 
Le  Voltigeur,  a  pris  un  bateau  corailleur  toscan  péchant  en  fraude.  Le 
patron  refusant  de  payer  l'amende,  deLesseps  a  fait  vendre  le  bateau,  et 
cette  vente  a  produit  223  p.  f.  qui  ont  été  versées  dans  la  caisse  des 

concessions  d'Afrique.  (Affaires  étrangèi^es,  C»"*  de  Tunis.) 

DE  LESSEPS  AU  C^''  PORTALIS. 

1361.  —  Tunis,  27  juin  i829.  —  Le  Capidji-Bachi  de  la  Porte  est 
revenu  d'Alger.  De  Lesseps  a  eu  une  entrevue  avec  lui,  à  laquelle  n'as- 
sistaient que  M.  de  Bourville,  Vice-Consul  %  qui  parle  le  turc,  et  les  offi- 
ciers du  Consulat.  L'officier  turc  a  déclaré  que  les  chefs  du  gouver- 

1.  Les  quittances  des  ouvriers  sont  annexées  à  la  dépêehe  consulaire.  L*état  des 
dépenses  est  signé  de  tous  les  chefs  de  maisons  de  commerce  françaises  à  Tunis  : 
L.  A.  Chapelle,  député,  P.  Pottier,  F.  Arnaud,  J.  H.  Chapelié,  François  Ré,  P.  Gay, 
J.  Monge  et  Van  Gaver. 

2.  Voy.  la  note  2,  p.  675. 


682  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [i8â9j 

nement  algérien  étaient  des  hommes  grossiers  et  sans  édacation... 
—  Que  voulez-vous  attendre,  disait-il,  de  gens  qui  la  veille  sont  save- 
tiers et  le  lendemain  sont  élevés  au  pouvoir?  —  » 

Le  Gapidji  n*a  pas  Tespoir  que  les  choses  puissent  s'arranger.  «  L'em- 
ploi de  la  force,  ajoute  le  Consul  de  Lesaeps,  est  à  mon  avis  le  seul 
moyen  qui  reste  à  la  France  pour  obtenir  satisfaction...  » 

(Affaires  étrangères,  C?*^  de  Tunit.) 
DE  LBSSEPS  AU  C*«  POBTAUS. 

1362.  —  Tunu,  iO  juillet  1 829.  —  Nouveau  différend  du  Consul 
général  avec  Sir  Thomas  Read  au  sujet  de  la  préséance.  Il  s'agirait  de 
savoir  si  le  titre  de  Chargé  d'affaires  est  supérieur  ou  seulement  égal 

à  celui  d'agent.  Affairée  étrangères,  C^  de  Tunù.) 

DE  LESSEPS  AU  C^*  PORTALIS. 

1363.  —  Tunts,  i9  juillet  1829,  —  Atrocités  commises  par  la 
populace  et  la  soldatesque  d'Alger  sur  les  cadavres  de  25  marins  fran- 
çais qui  ont  péri  au  cap  Matifoux.  Le  fanatisme  se  réveille  à  Tunis;  on 
dit  partout  que  le  Bey  se  laisse  conduire  comme  le  veulent  les  chré- 
tiens, et  que  ceux-ci  sont  maîtres  du  pays.  Le  Bey  de  son  côté  est 
tombé  dans  les  excès  les  plus  abrutissants  et  ne  s'occupe  plus  d'affaires. 
De  Lesseps  demande  le  retour  de  bâtiments  de  guerre  à  la  station  de 

Tunis  *.  (Affaires  étrangères,  O*'  de  Tums,) 

DB  LBSSBPS  AU  P~  DE  POLIGNAG  *. 

1364.  —  Tunis,  18  août  i  829.  —  Le  ministre  du  Pacha  de  Tripoli 
est  arrivé  à  Tunis,  d'où  il  va  se  rendre  à  Londres  pour  s'expliquer  sur 
la  mort  du  major  Laing  *.  On  l'accuse  de  s'être  entendu  avec  Rousseau  \ 
de  lui  avoir  livré  les  papiers  de  Laing,  et  d*avoir  voulu  faire  jouir  la 
France  du  fruit  des  découvertes  de  l'infortuné  voyageur.  De  Lesseps  a 
repoussé  cette  infâme  calomnie.  Il  a  recueilli  une  relation  de  la  mort 
de  Laing  faite  par  un  Marocain.  «  Un  riche  et  bienfamé  négociant  maro- 
cain, qui  se  trouvait  à  Tombouctou  en  même  temps  que  le  major 
Laing,  est  venu  à  Tunis  pour  vendre  ses  esclaves  et  sa  poudre  d*or  et 
en  est  reparti  aussitôt,  voulant  proGter  de  la  caravane  de  Ghàdamès 
pour  retourner  dans  son  pays...  Il  a  fait  ce  récit  à  Sidi  Mehemet 
el-Haridchi,  agent  de  l'Empereur  du  Maroc  à  Tunis,  qui  a  été  lui-même 

1.  Le  Consul  général  de  France  à  Tunis  ayant  renouvelé  le  li  septembre  sa 
demande  de  croisière  dans  les  eaux  tunisiennes,  le  Ministre  de  la  marine  lui  fit 
répondre  que  «  Tétat  des  armements  destinés  &  Alger  ne  permettait  pas  d'en 
détourner  pour  un  service  n'ofTrant  aucun  caractère  d'urgence  «. 

2.  Armand-Jules  prince  de  Polignac,  ambassadeur,  pair  de  France,  Ministre  des 
Affaires  étrangères  du  8  août  1829  au  28  juillet  1830. 

3.  Voy.  la  note  2,  p.  686. 

4.  Voy.  la  note  1,  p.  653,  et  plus  loin  la  lettre  du  10  décembre  1820. 


[1829]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCK  683 

à  Tombouctou  et  y  a  une  maison,  son  oncle  et  quelques  amis.  »  Suit  le 

récit  du  meurtre  du  major  Laing.    {Affaires  étrangères,  C»'»  de  Tunis.) 

DE  LBSSEPS  AU  PC®  DE  POLIGNAC 

1365.  —  TuniSy  24  août  1829.  —  Il  a  été  grossièrement  insulté 
par  le  Consul  général  d'Angleterre,  parce  qu'il  a  accordé  la  protection 
française  au  sieur  Carlo  Moro,  Tabarquin-Tunisien,  ci-devant  Vice- 
Consul  français  et  anglais  à  Sfax.  Il  demande  énergiquement  Tinterven- 
tion  du  Ministère  pour  obtenir  à  Londres  toutes  les  satisfactions  aux- 
quelles il  a  droit.  {Affaires  étrangères,  C*  de  Tunis.) 

LE  P^  DE  POLIGNAC  A  DE  LESSBPS. 

1366.  —  Paris^  25  août  i  829,  —  La  supériorité  du  titre  de  Chargé 
d'affaires  sur  celui  d'agent  est  certaine.  De  Lesseps  devra  donc  main- 
tenir dans  toute  son  étendue  la  priorité  de  rang  que  lui  donne  sur  les 
autres  Consuls  résidents  à  Tunis  un  titre  diplomatique  supérieur  à  celui 
dont  ils  sont  revêtus  quant  à  présent.  «  Votre  droit  est  incontestable 
et  vous  n'avez  par  conséquent  aucune  concession  à  faire...  » 

{Affaires  étrangères^  C***  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  P""*  DE  POLIGNAC. 

1367.  —  Tttnw,  29  août  i  829.  —  «  Un  incident  singulier  est  venu 
se  joindre  aux  faits  qui  ont  récemment  signalé  la  haine  du  comte 
Filippi,  Consul  général  de  Sardaigne  à  Tunis,  contre  la  France;  il 
confirme  les  soupçons  que  j'avais  depuis  quelque  temps  sur  le  peu 
de  bonne  foi  des  agents  sardes,  en  ce  qui  regarde  leur  intervention 
dans  nos  affaires  avec  Alger.  Un  chiffon  de  papier  devant  servir  pour 
papillotes  est  tombé  entre  les  mains  d'une  Française,  femme  de 
chambre  de  la  comtesse  Filippi,  femme  du  Consul  général  de  Sardaigne 
à  Tunis,  et  a  été  lu  par  elle.  Il  contenait  à  peu  près  en  italien  ces 
mots  écrits  de  la  main  du  comte  Filippi  :  —  Mon  cher,  il  faut  que  le 
Dey  d'Alger  résiste  aux  insinuations  et  menaces  de  la  France;  qu'U  ne 
craigne  rien;  la  Sardaigne  le  soutient,  et,  si  des  menaces  jusqu'ici  très 
futiles  étaient  effectuées,  qu'il  résiste  toujours,  et  dans  le  cas  où  le  Dey 
notre  ami  serait  en  danger,  il  pourrait  compter  sur  l'appui  de  la  Sar- 
daigne, qui  est  maîtresse  de  la  Méditerranée  par  sa  navigation.  — 

Après  que  ce  papier  fut  tombé  entre  les  mains  de  la  femme  de 
chambre,  le  comte  Filippi  vint  l'arracher,  en  fureur,  et  sur  sa  réponse 
négative  à  la  question  qu'il  lui  fit  pour  savoir  si  elle  lisait  l'italien,  il 
s'emporta  avec  la  violence  qui  lui  est  propre  contre  la  comtesse  et  sur- 
tout contre  son  secrétaire  intime  qui,  disait-il,  laissait  traîner  des 
papiers  d'une  telle  importance.  Le  mari  de  cette  femme  de  chambre, 
maître  d'hôtel  lui-même  de  la  maison  du  comte  Filippi,  est  venu  me 


684  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [18^} 

faire  celte  révélation,  outré,  dit-il,  des  propos  infamants  qu'il  entendait 
tenir  tous  les  jours  par  son  maître  et  ses  officiers  contre  le  gouverne- 
ment et  les  agents  du  Roi  de  France.  J'ai  cru  qu'il  pouvait  être  utile 
que  cet  avis,  tel  que  je  Tai  reçu,  fut  communiqué  au  Ministère.  » 

(Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis.) 
LE  P««  DE  POLIGNAC  A  DE  LESSEPS. 

1368.  —  Paris,  3  i  août  i  829.  —  Le  Yice-Consul  de  Danemark  étant 
mort  à  Scio  en  1822,  sa  veuve  et  sa  fîUe  subirent  l'esclavage  et  furent 
conduites  à  Tunis  dans  le  harem  du  Bachi  Mamelouk,  où  elles  sont 
assujetties  au  traitement  le  plus  indigne  et  aux  outrages  les  plus 
cruels.  De  Lesseps  est  invité  à  faire  les  démarches  nécessaires  pour 
obtenir  la  liberté  des  deux  femmes  dont  il  s'agit. 

{Affaires  étrangères,  C***  de  Tunis,) 
DE  LBSSEPS  AU  P""   DE  POLIGNAC. 

1369.  —  lunis^  6  septembre  i  829,  —  Il  annonce  l'arrivée  du  Cm- 
rassier,  commandé  par  M.  de  La  Rouvraye  *,  qu'il  a  présenté  au  Bey. 
Celui-ci  a  manifesté  son  indignation  contre  la  conduite  du  Dey  d* Alger 
dans  l'affaire  de  La  Provence  *.  «  On  a  enfreint,  ce  sont  les  propres 
expressions  du  Bey,  les  lois  musulmanes  les  plus  sacrées.  » 

De  Lesseps  demande  qu'on  rétablisse  une  station  à  Tunis. 

{Affaires  étrangères,  C*'*  de  Tunis.) 
LE  P««  DE  POLIGNAC  A  DE  LESSEPS. 

1370.  —  Paris,  i  9  septembre  i  829.  —  Il  l'autorise  à  accorder  une 
réduction  sur  la  patente  française  aux  pécheurs  de  corail  obligés  de 
prendre  la  patente  tunisienne. 

«  La  question  de  savoir  s'il  nous  convient  de  prendre  à  bail  le  privi- 
lège de  la  pèche  du  corail  sur  les  côtes  de  Tunis  sera  mûrement  exa- 
minée, aussitôt  que  l'état  de  nos  rapports  avec  Alger  nous  permettra 
de  régler  tout  ce  qui  concerne  l'organisation  des  concessions;  mais  en 
attendant  il  est  nécessaire  que  vous  ne  laissiez  apercevoir  au  Bey 
aucune  disposition  favorable  à  cet  égard....  »  On  l'invite  à  maintenir 
les  droits  de  la  France  en  ce  qui  concerne  les  limites  des  concessions 
française  et  tunisienne.  Les  7  corailleurs  toscans  arrêtés  par  La  Marie- 
Thérèse  ont  payé  600  piastres  fortes,  comme  amende,  au  représen- 

1.  Charles-Louis-Viclor  de  la  Rouvraye,  mousse  en  1799,  aspirant  en  1801,  enseigne 
de  vaisseau  en  1803,  prisonnier  de  guerre  chez  les  Anglais  de  1806  à  18H,  renvoyé 
sur  parole  pour  avoir  sauvé  sur  mer  un  b&timent  anglais  sur  lequel  il  était,  lieute- 
nant de  vaisseau  en  1811,  auteur  d'un  ouvrage  sur  la  tactique  navale  en  1815,  capi- 
taine de  frégate  en  1825,  commandant  le  brick  Le  Cuirassier  devant  Alger  en  1829, 
seul  officier  supérieur  ayant  pris  part  à  la  guerre  d*Alger  depuis  le  commencement 
jusqu'à  la  fin. 

2.  Voy.  Correspondance  des  Deys  cT Alger  avec  la  Cour  de  France,  t.  II,  p.  566. 


[1829]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  688 

tant  du  Roi,  qui  fera  verser  la  somme  entre  les  mains  du  Consul  de 

Lesseps.  (Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis,) 

LE  P««  DE  P0LI6NAG  A  DE  LESSEPS. 

1371.  —  PariSf  26  septembre  1829.  —  En  ce  qui  concerne  son 
différend  avec  le  Consul  anglais  Read,  «  il  n'y  avait  pas  de  motifs  suffi- 
sants pour  risquer  de  porter  atteinte  à  la  bonne  harmonie  qui  doit 
exister  entre  les  agents  de  deux  gouvernements  dont  les  derniers 
traités  ont  encore  affermi  l'alliance...  Je  vous  engage  donc  à  faire  tout 
ce  qui  dépendra  de  vous  pour  que  cette  fâcheuse  contestation  n'ait 
aucune  suite,  et  à  agir  de  la  manière  que  vous  jugerez  la  plus  propre  à 
rétablir  le  bon  accord  qu'il  importe  de  conserver  entre  les  agents  du 
Roi  et  ceux  des  gouvernements  étrangers  *...  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
DE  LBSSEPS  AU  P*"*  DE  POLIGNAC 

1372.  —  TuniSy  15  octobre  1  829.  —  «  La  désapprobation  formelle 
du  gouvernement  au  sujet  de  ma  conduite  dans  mon  différend  avec 
Read  a  été  le  coup  le  plus  accablant,  au  moment  surtout  où  le  Bey, 
ses  ministres,  tous  mes  collègues,  à  l'exception  d'un  intéressé  dans  la 
discussion,  les  habitants  turcs,  maures,  juifs,  européens  et  anglais 
mêmes  rendaient  justice  à  ma  modération  dans  les  démêlés  que  m'a 
suscités  le  Consul  anglais...  »  De  Lesseps  explique  très  longuement 
l'affaire  Carlo  Moro  et  la  conduite  de  son  collègue.  11  revient  sur 
l'affaire  des  papiers  du  major  Laing,  assassiné  à  Tombouctou.  L'agent 
du  Maroc  a  entendu  le  récit  de  la  mort  de  Laing  de  la  bouche  d'un 
de  ses  compatriotes  revenu  de  cette  contrée. 

{Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis,) 
DE  LESSEPS  AU  P^  DE  POLIGNAC. 

1373.  —  Tunis^  2  novembre  i  829.  —  «  Une  nouvelle  conspiration 
a  menacé  le  gouvernement  du  Bey  et  les  Francs. 

Trois  jours  après  le  départ  de  ce  Prince  pour  Hammam-Lif,  le  18  du 
mois  dernier,  notre  curé  *  est  venu  me  dire  qu'un  chrétien  lui  avait 
confié  sous  le  sceau  du  plus  grand  secret  qu'il  avait  écouté,  à  une  porte 
de  la  taverne  qu'il  dirige,  une  conversation  tenue  entre  quatre  Turcs  de 
la  milice,  sur  le  complot  formé  par  eux  de  massacrer  et  de  piller  tous 
les  Européens... 

1.  M.  Roth,  Chargé  d'afTaires  de  France  à  Londres,  fut  prié  par  le  Ministre  de 
parler  de  cette  affaire  à  lord  Aberden,  et  de  faire  en  sorte  que  M.  Read  reçoive  de 
son  gouvernement  l'ordre  d'avoir  à  l'avenir  a  plus  de  convenance  et  d'aménité  dans 
sa  conduite  ». 

2.  Le  P.  Alexandre  de  Massignano,  Préfet  de  la  Mission  des  Capucins.  — Voy.  Mé- 
moires pour  servir  à  Vhistoire  de  la  Mission  des  Capucins  en  Tunisie,  par  le  P.  Anselme 
des  Arcs,  déjà  cité,  p.  i02,  —  et  les  Annales  tunisiennes,  de  Rousseau,  p.  387. 


686  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [18^] 

De  Lesseps  a  prévenu  le  frère  du  Bey,  qui  fit  faire  un  grand  nombre 
d'arrestations  dans  les  casernes,  et  le  complot  avorta.  On  voulait  ealever 
le  Bey,  massacrer  les  Européens  et  les  gens  riches.  Un  Gheik  marocain 
devait  fanatiser  le  peuple  contre  les  chrétiens,  en  annonçant  la  prise  de 
Constantinople  par  les  Russes  et  la  fuite  du  Grand  Seigneur.  J'ai  tout 
lieu,  ainsi  que  le  Bey,  de  penser  que  le  Yékil  d'Alger  n'est  point  étranger 
à  ce  complot...  Personne  ne  sait  comment  il  a  été  découvert,  et 
Lesseps  se  gardera  bien  de  dire  que  c'est  lui,  car  le  Consul  anglais 
n'hésiterait  pas  de  le  compromettre,  s'il  le  pouvait,  auprès  des  Turcs 
de  la  garnison.  Le  Bey,  au  reste,  et  son  frère  me  paraissent  reconnais- 
sants de  l'avis  que  je  leur  ai  donné...  » 

(Affaires  étrangères,  C'"*  de  TunitJ) 
DE  LESSSPS  AU  P'*  DE  POLIGNAG. 

1374.  —  TuniSy  6  novembre  /  8Jè9.  —  Il  envoie  l'état  estimatif  des 
réparations  qu*il  est  indispensable  de  faire  au  logement  du  Vice- 
Consul,  dressé  avec  Tassistance  de  Si  Âli,  maître  naçon  maure,  et  Fran- 
çois Bogo,  maître  menuisier,  soit  au  total  une  dépenee  de  1,760  francs  ^ 

(Affaires  élrangèreSf  C***  ^  Tunis,] 
DE  LESSEPS  AU  P*«  DE  POLiGNAC. 

1375.  —  Tuni8y22  novembre  i  829.  — il  a  commencé  ses  démarches 
auprès  du  Bey  pour  faire  sortir  du  harem  du  Bach-Mamelouk  la  femme 
et  la  fille  du  Vice-Consul  du  Danemark  à  Scio.  Ce  harem  est  celui  de  la 
propre  fille  du  Bey  mariée  à  ce  dignitaire.  C'est  une  commission  extrê- 
mement délicate  que  celle  dont  il  est  chargé.  Il  y  emploie  un  confideot 
du  Bey,  ce  qui  lui  donne  l'espoir  d'arriver  à  ses  fins. 

(Affaires  étrangères,  C'**  de  Tunis.) 
DE  LESSEPS  AU  V^  DE  POLIGNAC 

1376.  —  Tunis^  10  décembre  1 S29.  —  Le  hasard  lui  a  fait  rencon- 
trer un  maure  de  Ghadamès  qui  se  trouvait  à  Tombouctou  lors  de  la 
mort  du  major  Laing.  Les  informations  données  par  ce  Maure  sont  con- 
signées dans  le  procès-verbal  ci-joînt  *.  (Extrait  des  minutes  de  la  Chan- 
cellerie du  Consulat  général  de  France  à  Tunis.) 

(Affaires  étrangères^  C**  de  Tunis.) 

1.  1/état  est  signé  de  tous  les  négociants  français  :  MM.  Chapelié,  Fr^  Arnaud. 
François  Ré,  Beaussier,  Joseph  Ventre,  Van  Gaver,  député,  P.  Pottier,  P.  Gay. 
Bineau,  Beaumier,  Jean  Monge  et  J.-M.  Rivalz. 

2.  «  Aujourd'hui,  5  décembre  1839,  a  été  introduit  dans  le  cabinet  de  M.  le  Con- 
sul générai  de  France  à  Tunis  le  nommé  El-Hadj-Mohammed-ben-Abdulhamid,  riche 
négociant  ghadamésien  parti  de  Tombouctou  il  y  a  onze  mois  et  arrivé  à  Tunis 
depuis  vingt-huit  jours...  qui  nous  a  fait  la  déclaration  suivante  en  présence  des 
sieurs  Ël-Uadj-Mehemet-el-Haridchi,  agent  de  Maroc  à  Tunis,  et  Gregorio  Dernool^s. 
négociant  espagnol...  11  a  raconté  le  voyage  du  major  Laing  de  Tripoli  à  travers  le 
pays  des  Touaregs,  à  Tombouctou.  Une  fois  à  Tombouctou,  Laing  ne  voulut  pas 
partir,  malgré  l'ordre  du  sultan  des  Fellahs,  Elfah-Ahmed-Debleo,  maître  actuel  de 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  687 

DE  LESSBPS  AU  P«*  DE  POLIGNAG. 

1377.  —  Tunis,  5  mars  i  830.  —  Le  local  actuel  de  la  chapelle  consu- 
laire est  devenu  insuffisant  pour  les  Français  et  leurs  familles.  11  se  joint 
à  ceux-ci  beaucoup  de  catholiques  étrangers  dont  les  Consuls  ou  sont 
d*un  rite  différent  ou  n*ont  point  chez  eux  de  lieu  consacré  à  Texercice 
d'un  culte.  De  Lesseps  demandeyen  eonséqoeitcey  une  installation  plus 
vaste,  la  chapelle  actuelle  occupant  une  simple  chambre  du  Fondouk, 
et  joint  à  sa  requête  un  état  estimatif  d'une  nouvelle  chapelle,  mon- 
tant à  7,032  fr.  43.*  (Affaires  étrangères,  O*'  de  Tunis,) 

DE  LESSEPS  AU  P^«  DE  POLIGNAG. 

1378.  —  Tunis,  19  mars  1830.  —  «  D'après  des  avis  auxquels  je 
dois  ajouter  foi,  le  Pacha  de  Tripoli  a  reçu  un  Ghaouch  de  Méhémet- 
Ali-Pacha,  qui  lui  notifie  que  le  gouvernement  de  cette  Régence  lui  est 
conféré  par  la  Porte,  et  qu'il  ait  à  lui  en  remettre  les  rênes;  en  outre, 
il  a  eu  l'avis  qu'une  armée  doit  se  mettre  en  marche,  après  le  Ramadan, 
pour  prendre  possession  de  la  Régence.  Yousef,  Pacha  de  Tripoli,  paraît 
résolu  à  se  défendre  et  à  envoyer  des  troupes,  de  l'artillerie  et  des 
munitions  à  Bengazi.  A  Tripoli,  où  la  nouvelle  est  répandue,  plusieurs 
Européens  qui  y  sont  établis  font  leurs  préparatifs  de  départ. 

Un  autre  Ghaouch  du  vice-roi  d'Egypte  est  arrivé  à  Sfax,  et  quoi- 
qu'on dise  qu'il  ne  doive  être  que  demain  à  Tunis,  je  sais  positivement 
que  l'on  connaît,  au  Bardo,  la  nature  de  sa  mission,  qui  est  la  même 
pour  Tunis  que  celle  de  Tripoli.  La  consternation  est  extrême  au 
Bardo,  et  on  la  cache  avec  soin  ;  Sidi-Hossein  ne  sait  encore  quel  parti 
prendre.  La  population  mécontente  désire  un  changement,  mais  la 
population  n'a  aucune  force.  La  résistance  sera  de  la  part  des  troupes 
qui  ont  tout  à  perdre.  Une  des  personnes  les  plus  considérables  de 
cette  Régence,  le  ministre  de  la  marine,  m'a  demandé  très  confidentiel- 
lement s'il  pourrait  obtenir  un  asile  à  bord  des  bâtiments  du  Roi  qui 
seraient  ici,  lors  du  mouvement;  je  garde  ces  détails  pour  moi  seul,  de 
crainte  de  répandre  l'alarme,  mais  j'ai  expédié  un  brick  du  Roi,  Le  Cui- 
rassier, auprès  du  commandant  de  la  croisière  devant  Alger,  pour  le 

Tombouctou,  qui  a  ordonné  à  son  lieutenant-gouverneur  défaire  partir  ce  chrétien, 
un  espion  probablement,  mais  biUaman,  avec  sùretét  comme  il  était  venu. 

Le  déclarant  conjura  en  vain  le  major  Laing  de  sortir  de  Tombouctou,  qui  n'était 
point  sous  la  juridiction  du  Pacha  de  Tripoli  :  — Voua  êtes  sur  une  terre  étrangère; 
prenez  de  ce  sable,  sentez-le,  et  vous  verrez  que  ce  n'est  point  là  la  terre  de  Tripoli.  — 

Laing  fut  assassiné  à  deux  journées  de  marche  de  Tombouctou  par  le  chef  de  la 
tribu  des  Berebichs;  ses  papiers  furent  jetés  au  vent  du  désert.  Le  déclarant 
afnrme  sous  serment  qu'il  n'avait  pas  connaissance  que  des  effets  ou  des  papiers 
de  Laing  aient  été  portés  à  Tripoli...  »  Signé  :  Duchenoud,  chancelier-interprète. 

1.  Suivent  les  mêmes  signatures  des  négociants  français. 


688  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

prier  de  nous  envoyer  uq  ou  deux  bâtiments  sous  ses  ordres.  J'ai  déjà 
été  pressenti  indirectement  sur  le  parti  que  prendrait  le  gouvernement 
du  Roi,  mon  maître,  si  le  Bey  de  Tunis  se  mettait  à  sa  discrétion  et  sous 

sa  protection.  »        {Affaires  itrangèreê,  Mém.  et  Doc.  Algérie,  L  V,  f*  i8.) 

DE  LESSEPS  AU  P**  DE  POLIGNAC 

1379.  —  Tunis,  .20  mars  1 850,  —  «  Hier  dans  le  conseil  secret  du 
Bey,  où  régnait  la  plus  grande  consternation,  a  été  agitée  la  question 
de  renvoi  d*un  officier  tunisien  à  Paris,  pour  implorer  la  protection  du 
Roi  et  représenter  à  Sa  Majesté  la  légitimité  du  droit  de  cette  ancienne 
famille;  mais  au  même  moment  s'est  présenté  au  Bardo  le  Consul 
anglais  avec  le  commandant  de  la  frégate  anglaise  Le  Piloms,  arrivée  la 
veille;  ils  ont  été  enfermés  pendant  une  heure  avec  le  premier  ministre 
et  ensuite  conduits  au  Bey,  qui  les  a  reçus  avec  des  honneurs  extraor- 
dinaires. Je  n*ai  encore  su  autre  chose,  sinon  que  beaucoup  de  protes- 
tations réciproques  ont  été  faites  ;  qu'à  Faudience,  il  n'a  plus  été  ques- 
tion de  me  faire  demander,  et  que  les  figures  étaient  beaucoup  plus 
riantes.  J*ai  cru  devoir  faire  part  à  Votre  Excellence  de  cet  incident  et 
de  renvoi  subit  à  Alger,  par  le  Consul  anglais,  d'un  courrier  qui  a 
ordre,  moyennant  une  forte  récompense,  de  retourner  ici  avec  la  plus 
grande  diligence.  » 

{Aff'aires  étrangères,  Mém.  et  Doc.  Algérie,  t,  V,  /*  i8,) 
LE  Pf«  DE  POLIGNAC  A  DE  LESSEPS. 

1380.  —  Paris,  22  mars  i  830,  —  «  Cette  lettre  vous  sera  remise 
par  M.  Gérardin,  officier  d'état-major',  que  le  Ministre  de  la  guerre 

1.  Gérardin  avait  été  auparavant  employé  au  Sénégal,  dans  plusieurs  explorations 
à  l'intérieur  de  ce  pays.  On  l'envoya  à  Tunis  avec  le  grade  de  colonel  et  de  secré- 
taire-interprète, •  pour  favoriser  par  ses  négociations  et  ses  démarches  l'expédi- 
tion contre  Alger  •.  Il  s'agissait  surtout  de  recueillir  des  renseignements  sur  Alger, 
ses  forces,  les  dispositions  de  ses  habitants,  et  de  nous  ménager,  en  vue  du  pro- 
chain siège,  des  intelligences  dans  la  place. 

Rapport  de  M.  Gérardin  au  comte  de  Bourmont.  —  Tunis,  Î8  août  4830.  —  ■  L'hé- 
sitation de  certains  chefs  de  cette  partie  de  l'Afrique  à  imprimer  à  leurs  relations 
poliliques  la  direction  que  semblaient  réclamer  ces  graves  conjonctures,  a  été  cause 
du  retard  que  notre  mission  a  subie  au  début...  D'après  les  informations  que  nous 
avons  recueillies,  on  peut  admettre  comme  un  fait  1res  probable  qu'Hussein,  Dey 
d'Alger,  compte  assez  sur  les  forces  qu'il  possède  pour  la  défense  de  la  ville  d'Alger, 
et  qu'il  ne  fait  appel  au  concours  des  Beys  et  des  Chefs  Maures  de  la  Régence  que 
dans  le  but  de  harceler  l'armée  française.  Parmi  ces  Princes  Maures  les  plus  puis- 
sants, on  nomme  Sedou  Reba,  chef  des  Kabyles,  avec  lequel  nous  avons  cherché  à 
nous  mettre  en  rapport.  Voici  les  moyens  que  M.  de  Lesseps  et  moi  avons  adoptés 
pour  le  succès  de  cette  entreprise...  La  neutralité  de  ce  chef  est  d'autant  plus  pré- 
cieuse h.  obtenir  qu'on  estime  à  50,000  hommes  le  nombre  des  soldats  qu'il  peut 
lever,  et  qu'il  est  le  maître  du  défilé  appelé  les  Portes  de  fer,  par  lequel  il  inter- 
cepterait facilement  nos  convois  de  vivres... 

Quant  au  Bey  de  Constanline,  nous  profilerons  de  la  mésintelligence  dans  laquelle 
il  continue  d'être  avec  le  Dey  d'Alger,  pour  l'engager  à  ne  pas  s'abandonner  à  un 
zèle  qui  ne  serait  payé  que  de  mépris  et  de  dangers.  M.  Raimbert  nous  a  facilité 


[1830J  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  689 

envoie  à  Tunis  avec  une  mission  relative  à  Texpédition  contre  Alger. 
Il  est  accompagné  d'un  autre  agent  qui  fait  aussi  partie  de  cette  mis- 
sion *.  Je  vous  invite  à  donner  à  M.  Gérardin  tout  Fappui  et  toutes  les 

cette  négociation  qui  doit  être  prompte,  si  nous  voulons  qu'elle  soit  fructueuse,  en 
nous  mettant  en  rapport  avec  le  Vékil  d'Alger,  qui  promet  d'envoyer  son  flls  à 
Conslantine  pour  faire  goûter  au  Bey  nos  premières  propositions.  Par  ce  service 
seul,  M.  Raimbert  a  déjà  mérité  les  bontés  de  Votre  Excellence...  Enfin  il  a  été 
décidé  que  les  Zouaves  étant  la  nation  des  Maures  dont  les  troupes  sont  les  plus 
nombreuses  près  des  diverses  Régences,  nous  enverrions  des  émissaires  dans  leurs 
camps,  soit  pour  gagner  les  chefs  les  plus  influents,  soit  pour  répandre  des  procla- 
mations propres  à  afTaiblir  le  zèle  que  les  Zouaves  témoignent  contre  les  ennemis 
du  Coran... 

Je  termine  cette  lettre  en  rendant  à  M.  de  Lesseps  le  juste  tribut  de  louange  et 
d'admiration  que  méritent  ses  talents  et  ses  vertus.  Le  noble  usage  qu'il  fait  des 
uns  et  des  autres  nous  facilite  tellement  la  mission  que  vous  nous  avez  confiée  que 
nous  manquerions  aux  devoirs  les  plus  sacrés  de  l'honneur, si  nous  négligions  d'in- 
former Votre  Excellence  des  sages  conseils  et  de  la  puissante  coopération  dont  il 
nous  aide  pour  assurer  à  nos  armes  le  glorieux  triomphe  qu'elles  sont  à  la  veille 
de  remporter  sur  celles  du  tyran... 

Notre  armement  produit  l'influence  la  plus  salutaire  sur  toutes  les  Régences... 

Les  Consuls  étrangers  voient  avec  jalousie  le  degré  croissant  de  notre  prépon- 
dérance et  par  suite  les  avantages  qui  peuvent  en  résulter  pour  notre  commerce... 
Pour  faire  parvenir  des  proclamations  dans  la  ville  d'Alger,  nous  emploierons  un 
stratagème  d'un  eflfet  immanquable.  Il  consiste  à  envoyer  aux  principaux  négociants 
de  cette  ville  de  petites  caisses  contenant  des  échantillons  de  marchandises,  parmi 
lesquels  on  insérera  un  certain  nombre  de  proclamations  sous  enveloppe  à  l'adresse 
de  quelques  notabilités  d'Alger...  Si  nos  propositions  sont  acceptées  par  le  Bey  de 
Constantine,  il  sera  facile  d'opérer  dans  ce  gouvernement  plusieurs  chargements 
de  vivres...  L'agitation  des  esprits  est  à  son  comble  dans  Alger  depuis  que  les  Euro- 
péens l'ont  quittée.  Malgré  leurs  protestations,  les  Consuls  ne  tarderont  pas  à  s'em- 
barquer quand  l'époque  des  hostilités  sera  plus  rapprochée...  On  assure  qu'on  doit 
rassembler  plus  de  3,000  chameaux  destinés  à  être  chassés  vivement  sur  la  plage 
au  moment  où  les  Français  y  débarqueront,  pour  que  ces  animaux  les  repoussent 
ou  les  foulent  aux  pieds.  On  prétend  aussi  que  les  habitants  d'Alger  livreront  les 
Turcs  k  l'armée  française,  si  on  leur  garantit  la  jouissance  de  leur  religion...  » 

{Affaires  étrangères^  Mém.  et  Doc.  Algérie^  t.  F,  /*  242.) 

{.  Louis-Philibert  Brun  d'Aubignosc,  ancien  officier  de  cavalerie  passé  dans  l'ar- 
tillerie de  marine,  administrateur  à  l'armée  d'Italie,  employé  à  l'armée  d'Egypte, 
prisonnier  des  Turcs,  commissaire-administrateur  des  domaines,  des  forêts  et  de 
la  contribution  foncière  en  Russie  en  1808,  directeur  général  de  la  police  à  Hambourg 
vers  la  fin  de  l'Empire. 

Rapport  de  cTAubignosc  au  prince  de  Polignac.  —  A  bord  de  la  coi^ette  du  Roi 
La  Bayonnaise,  30  avril  1830.  —  «  ...  La  corvette  du  Roi  La  Bayonnaise  a  mouillé 
dans  la  rade  de  Tunis  le  20  du  courant.  La  corvette  a  appareillé  le  27,  pour  retour- 
ner &  Toulon.  C'est  donc  des  travaux  de  cinq  jours  pleins  que  j'ai  l'honneur  de 
rendre  compte  à  Votre  Excellence. 

Ce  court  intervalle  a  produit  d'utiles  résultats,  que  je  vais  successivement  expo- 
ser en  les  classant  sous  trois  titres  :  Politique,  Economie  et  Stratégie. 

Politique.  —  Le  22  avril,  tout  était  en  alarme  à  la  résidence  du  Bey  de  Tunis.  Trois 
Chaouchs  envoyés  parle  Pacha  de  Tripoli  venaient  lui  apporter  l'avis  que  Méhémet, 
Vice-Roi  d'Egypte,  faisait  marcher  contre  lui  des  forces  qui  avaient  ordre  de  se  di- 
riger sur  Tunis,  après  l'occupation  de  sa  capitale,  un  Orman  du  Sultan  ayant  pro- 
noncé la  réunion  des  deux  Régences  au  Gouvernement  de  Méhémet.  Le  Pacha  de 
Tripoli  demandait  à  la  cour  de  Tunis  des  secours  en  hommes  et  en  argent  pour 
résister  à  l'ennemi  commun.  La  pénurie  du  trésor  du  Bey  de  Tunis  fut  le  prétexte 
plus  que  la  cause  d'un  refus  formel.  Trois  jours  avant,  le  capitaine  d'une  corvette 
anglaise,  arrivée  la  veille,  avait  été  conduit  à  l'audience  du  Bey  par  le  Consul  de 
sa  nation.  Leur  conférence,  longue  et  secrète,  avait  été  suivie  d'honneurs  extraor- 

44 


690       CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS     [1830] 

dinaires  rendus  au  capitaine  anglais;  il  parait  que,  par  son  organe,  le  Cabinet  de 
Londres  promettait  appui  et  protection.  Cette  conjoncture  détermina  M.  de  Lessep» 
à  présenter  le  22,  à  l'audience,  l'état-major  et  les  passagers  de  La  Bayonnaise,  et  à 
rendre  plus  solennelle  par  leur  présence  la  déclaration  qu'il  (it  des  sentiments  non 
équivoques  de  bienveillance  du  Roi  de  France  en  faveur  du  fiey.  Cette  assurance 
fut  reçue  avec  joie  et  gratitude. 

Le  Bey  résiste  aux  intrigues  des  Anglais.  Elles  ne  sont  que  trop  réelles.  Si  elles 
ne  tendent  point  à  porter  ce  Prince  à  secourir  Alger  ou  à  contrarier  rexpédition, 
elles  ont  au  moins  pour  bdt  de  Tempécher  de  la  favoriser. 

D'une  manière  quelconque,  leur  tactique  évidente  est  celle-ci  :  S'ils  parlent  à  de^ 
indigènes,  Alger,  disent-ils,  est  imprenable;  les  Français  échoueront.  S'ils  s'adres- 
sent à  nous  :  rien  de  si  aisé  que  de  réduire  cette  place. 

Le  Bey  met  sa  confiance  dans  la  France.  Une  lettre  assez  fraîche  de  date  et  très 
menaçante  du  Dey  d'Alger  lui  faisait  entrevoir  une  attaque  prochaine  et  une  exter- 
mination complète.  L'armement  de  Toulon  a  pu  seul  détourner  le  coup.  Ce  Prince 
verra  donc  avec  plaisir  l'abaissement  et  mieux  encore  l'anéantissement  de  cet  en- 
nemi. 11  autorisera  tacitement  l'envoi  de  provisions  et  fermera  les  yeux  sur  toute 
négociation  ouverte  avec  ses  sujets  dans  l'intérêt  de  lexpédition.  il  ne  demande 
que  des  ménagements  de  nature  à  écarter  tout  soupçon  de  connivence  avec  les 
chrétiens.  Ce  désir  est  raisonnable  et  raisonné  de  sa  part.  Il  lui  importe,  en  géné- 
ral, de  ne  point  paraître  faire  cause  commune  avec  les  ennemis  de  l'Islamisme,  et 
en  particulier  de  prévenir  tout  prétexte  de  révolte  dans  sn  garde,  dont  une  partie, 
tirée  d'une  tribu  arabe  du  nom  de  Zouaves,  est  soupçonnée  de  nourrir  le  projet  de 
le  déposer.  Les  Zouaves  fournissent  des  soldats  aux  deux  Régences,  ainsi  qu'au 
Pacha  de  Tripoli.  Le  Bey  de  Tunis  en  entretient  8,000  à  sa  solde...  Il  éprouve  de 
grands  besoins  d'argent.  Trois  mauvaises  récoltes  succefisives,   l'interruption  des 
affaires  maritimes  par  TefTet  du  blocus  d'Alger,  et  une  sécheresse  qui  dure  depuis 
plusieurs   mois,  ont  réduit  ces  peuples  à  une  détresse  qui  nuit  à  la  perception 
des  impôts.  Des  Tourniturcs  en  nature  avec  la  certitude  du  payement  au  comptant 
seront  de   son  goût;  il  ne  les  fera  pas  directement,  mais  il   s'y  intéressent,    et 
peut-être  sera-t-il  l'unique  bailleur.  C'est  M.  Van  Gaver,  négociant  français  établi  à 
Tunis,  commandité  par  l'ancienne  maison  Roux  frères,  de  Marseille,  qui  paraîtra 
pour  le  compte  du  Bey  dont  il  fait  les  afTaires.  Il  a  déjà  obtenu  l'assentiment  du 
Bey  et   de  ses  ministres;  il  n'attend  plus  que  les  ordres  de  M.  de  Lesseps  pour 
expédier  les  objets  qui  seront  demandés.  Les  prix  cotés  par  lui  en  regard  de  chaque 
espèce  d'objets  pourront  servir  de  terme  de  comparaison,  pour  Gxer  l'opinion  sur 
l'opportunité  de  traités  passés  à  Tunis  par  l'administration  militaire  ou  par  M.  Sel- 
lières,  commissionnaire  de  l'armée.  Je  ne  terminerai  point  l'article  Tunis  sans  prier 
Votre  Excellence  d'apprécier  la  convenance  d'une  lottre  de  Fa  main  au  Pacha-Bey 
de  cette  résidence.  M.  de  Lesseps  la  désire  vivement.  Si  Votre  Excellence  lui  conGr- 
mait  qu'on  n'a  aucun  projet  hostile  contre  lui,  que  tous  les  préparatifs  sont  exclu- 
sivement dirigés  contre  le  Dey  d'Alger,  qu'on  est  loin  de  confondre  avec  ce  chef 
temporaire  et  chancelant  sur  son  trône  un  Prince  qui  règne  par  droit  de  naissance 
et  qui  succède  &  une  longue  suite  d'aïeux;  si  enfin  vous  lui  promettiez  l'appui  du 
Roi  de  France  contre  quiconque  chercherait  à  troubler  la  paix  de  ses  États,  je 
pense  que  vous  vous  assureriez  un  allié  précieux  dans  les  circonstances  présentes... 
Le  24  avril,  M.  de  Lesseps  m'a  procuré  une  entrevue  confidentielle  avec  l'agent 
du  Maroc  à  Tunis...  Ce  Marocain  a  affaibli  sa  position  diplomatique  en  se  rendant 
fermier  d'un  revenu  public  qui  le  soumet  corps  et  biens  à  la  juridiction  du  Bey... 
Nous  lui  donnâmes  à  lire  la  proclamation  de  Votre  Excellence.  Il  fit  alors  très  judi- 
cieusement observer  que  si  cette  pièce  était  connue  dans  Tunis,  elle  paraîtrait 
adressée  aux  habitants  et  pourrait  produire  une  émeute.  M.  de  Lesseps  s'empressa 
de  lui  répondre  qu'elle  n'était  destinée  que  pour  le  royaume  d'Alger,  et  qu'il  avait 
eu  l'attention  de  la  communiquer  orficiellement  au  Cabinet  du  Pacha-Bey...  Nous 
convînmes  avec  lui  qu'on  organiserait  un  service  de  correspondance  par  terre  entre 
Tunis  et  l'armée  française,  à  l'instar  de  celui  qui  fut  réglé  par  ses  soins  et  pour  le 
compte  du  Bey,  à  l'époque  de  la  dernière  guerre  entre  ce  Prince  et  Alger.  Des 
Marocains  vêtus  en  pèlerins  mendiants,  courbés  et  appuyés  sur  leur  bâton,  se  met- 
taient périodiquement  en  route  et  portaient  à  Alger  et  aux  chefs  de  tribus  ennemies 
du  Dey  la  correspondance  du  Bey. 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  691 

La  neutralité;  à  plus  forte  raison  l'alliance  du  Bey  de  Gonstantine  seraient  d*an 
grand  poids.  Il  commande  à  toutes  les  tribus  soumises  de  Test  du  royaume.  Quand 
il  est  appelé  par  le  Dey  pour  une  cause  importante,  il  ramasse  pendant  sa  marche 
tout  ce  qui  est  susceptible  de  porter  les  armes,  et  peut  paraître  dans  les  plaines 
d'Alger  &  la  tête  de  plus  de  60,000  hommes.  Son  inertie  paralyserait  tout  ce  qui  ne 
marche  qu'à  sa  suite. 

Il  existe  à  Tunis  un  agent  chargé  des  affaires  du  Dey  d'Alger.  Cet  homme  est 
intimement  lié  avec  le  Bey  de  Gonstantine,  dont  la  proposition  Ta  porté  à  cet  emploi. 
Mais  il  redoute  la  surveillance  d'un  Maure  d'Alger,  établi  à  Tunis  et  jouissant  en 
raison  de  sa  grande  fortune  d'un  crédit  certain  auprès  du  Bey.  M.  Raimbert,  dès 
son  arrivée,  a  vu  cet  agent,  son  ami  depuis  trente  ans,  et  l'a  déterminé  à  une  con- 
férence en  maison  tierce  où  il  a  promis  de  se  rendre  très  secrètement.  Je  devais 
m'y  trouver  avec  Messieurs  de  Lesseps  et  Gérardin.  Au  moment  indiqué  pour  la 
réunion,  il  fit  dire  qu'il  ne  pouvait  surmonter  la  crainte  des  dangers  que  lui  ferait 
courir  cette  démarche,  si  elle  était  sue.  Il  avait  d'ailleurs  affaire  à.  la  cour,  où  il  était 
appelé.  Mais  on  nous  garantit  et  l'on  m'autorisa  à  affirmer  à  Votre  Excellence  qu'il 
était  gagné  à  la  France  et  qu'il  se  ferait  fort  d'attirer  le  Bey  de  Gonstantine  dans 
son  parti,  ou  tout  au  moins  de  l'engagera  refuser  d'obéir  aux  ordres  de  la  Régence. 

Le  Chargé  d'affaires  d'Alger  a  été  séduit  par  les  termes  de  la  proclamation.  Il  a  fait 
partir,  le  26  avril,  son  propre  fils  pour  en  porter  un  exemplaire  au  Bey  de  Gonstan- 
tine. M.  Raimbert,  avant  son  embarquement,  Tarevu  et  l'a  laissé  dans  les  meilleures 
intentions.  Il  a  même  consenti  k  se  rencontrer  avec  Messieurs  de  Lesseps  et  Génar- 
din,  quelques  jours  après  notre  départ. 

Les  négociations  avec  le  Bey  de  Gonstantine  constituant  la  partie  la  plus  essen- 
tielle de  la  mission  de  M.  Gérardin,  et  ne  pouvant  que  dans  un  assez  long  espace 
de  temps  aboutir  à  quelques  résultats,  je  ne  m'en  suis  plus  occupé,  mais  de  ce  côté 
le  succès  se  présente  sous  l'aspect  le  plus  favorable... 

Après  avoir  parcouru  cette  première  série  de  faits  et  de  conférences  auxquels  j'ai 
pris  part,  je  crois  compléter  l'ensemble  des  renseignements  politiques  qu'il  m'a  été 
possible  de  recueillir  pendant  un  séjour  de  120  heures  à  Tunis,  en  donnant  ici  les 
réponses  de  M.  le  Chargé  d'affaires  de  France  aux  questions  politiques  que  j'avais 
rédigées.  M.  de  Lesseps,  fort  de  son  expérience  et  d'un  séjour  de  40  ans  au  milieu 
des  cours  et  des  populations  musulmanes,  n'a  voulu  s'en  rapporter  qu'à  lui-même 
pour  remplir  cette  tâche.  C'est  toujours  chez  lui  le  même  zèle  et  la  même  chaleur 
pour  le  service. 

Il  est  regrettable  que  l'envoi  des  proclamations  à  M.  de  Lesseps  ait  été  réduit  à 
200  exemplaires;  il  serait  essentiel,  il  est  indispensable  de  lui  en  adresser  encore  500. 
C'est  sur  l'est  d'Alger,  en  communication  plus  active  avec  Tunis,  que  ce  document 
doit  agir.  Le  texte  renferme  plusieurs  fautes  typographiques  qui  en  altèrent  le  sens, 
on  a  rectifié  dans  les  exemplaires  expédiés  de  Tunis.  Je  tenais  beaucoup  à  une 
publication  auxiliaire  plus  simple  et  plus  concise  en  arabe  vulgaire.  J'ai  trouvé  de 
l'opposition.  Je  n'en  persisterai  pas  moins  à  soumettre  &  Votre  Excellence  mes 
idées  à  ce  sujet.  M.  Raimbert  les  partage. 

M.  de  Lesseps  vient  d'envoyer  à  Tabarque  un  de  ses  fils,  très  entendu  dans  la 
langue  et  dans  la  connaissance  du  pays  qu'il  a  parcouru  très  avant  dans  les  terres. 
De  ce  point,  les  proclamations  pénétreront  dans  l'intérieur  avec  facilité.  Le  séjour 
qu'y  fera  cet  agent  aura  d'autres  grands  avantages... 

Le  Bey  de  Tunis  a  un  frère  qui  est  renommé  juste  et  sage.  Il  se  nomme  Sidi 
Mustapha.  Il  parle  français  et  manifeste  en  tous  temps  une  prédilection  marquée 
pour  notre  nation.  La  considération  dont  il  jouit  auprès  des  Arabes  et  surtout  des 
belliqueux  Zouaves  est  prodigieuse.  Ce  Prince  commande  en  ce  moment  les  troupes 
qui  parcourent  le  pays  pour  la  levée  des  impôts;  je  n'ai  pu  le  voir.  M.  de  Lesseps 
m'a  particulièrement  recommandé  de  le  signaler  à  Votre  Excellence,  comme  un 
homme  sur  lequel  on  pouvait  faire  le  plus  de  fond,  si  quelque  combinaison  terri- 
toriale exigeait  qu'un  naturel  fiH  investi  de  la  puissance. 

Je  termine  cette  première  section  de  mon  rapport,  en  résumant  les  opinions  les 
plus  accréditées  sur  la  manière  dont  est  vue  l'expédition  placée  sous  votre  com- 
mandement. 

L'impression  de  la  tyrannie  du  joug  algérien  est  la  même  sur  tous  les  esprits. 
Le  Bey  et  la  cour  d'Alger  ont  tout  à  redouter  de  ce  dangereux  voisin.  La  cour  du 


692  GORRESPONDÀNGE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

facilités  qui  seront  en  votre  pouvoir  pour  Taider  à  remplir  les  instruc- 
tions du  gouvernement  du  Roi;  il  est  autorisé  à  vous  en  donner  une 
communication  confidentielle.  » 

{Affaires  élrangèt^s,  Mém,  et  Doc.  Algérie,  t.  V,  f  37.) 
DB  LBSSEPS  AU  P«*  DE  POLIGNAC. 

1381.  —  Tunis,  26  mars  i  830.  —  «  ...  Depuis  mon  dernier  rapport, 
les  inquiétudes  du  Bardo  sont  bien  calmées;  tout  me  prouve  que  les 

Maroc  n'est  jamais  rassurée  sur  ses  entreprises.  II  fait  trembler  le  Bey  de  Constan- 
tine  et  tous  les  autres  chefs  soumis  à  son  action  directe.  Les  peuples,  tant  ceux  qui 
habitent  sa  capitale  que  ceux  qui  habitent  dans  les  provinces,  sont  en  proie  aux 
plus  dures  exactions...  La  On  d'un  tel  état  de  gêne  et  de  misères  ne  peut  qu'être 
désirée  par  tous.  Il  y  a  cependant  nn  correctif  à  des  vœux  si  unanimes  :  c'est  l'inté- 
rêt de  la  religion.  Si  chacun  désire  l'expulsion  des  tyrans,  le  plus  grand  nombre 
frémit  à  l'idée  de  les  voir  remplacer  par  des  infidèles.  La  perspective  d'un  gouver- 
nement plus  doux  est  un  palliatif  incomplet  sur  une  blessure  qui  atteindra  les 
dévots  jusqu'au  cœur.  C'est  à  concilier  deux  sentiments  si  différents,  celui  qui  fait 
soupirer  après  la  vengeance  et  celui  qui  en  fait  redouter  les  suites,  qu'il  faudra  s'étu- 
dier. Cette  tâche  n'est  point  au-dessus  des  hautes  lumières  de  Votre  Excellence. 

Un  biais  qui,  sans  rien  préjuger,  laissera  toute  la  latitude  aux  vues  ultérieures 
du  gouvernement  du  Roi,  sera  de  combiner  l'administration  provisoire  du  pays,  au 
moment  de  la  conquête,  de  manière  à  conserver  au  milieu  des  mesures  réclamées 
par  nos  usages  le  plus  possible  des  coutumes  locales. 

Économie.  —  M.  Van  Gaver,  un  Français  éclairé  que  j'ai  déjà  nommé,  jouit  de  la 
confiance  du  Bey  et  de  celle  de  ses  ministres;  il  opère  presque  toujours  pour  leur 
compte.  M.  Scliières  ne  pourrait  avoir  un  meilleur  agent  à  Tunis.  11  serait  cau- 
tionné par  Messieurs  Roux  frères,  de  Marseille,  dont  il  est  commandité.  Ce  négo- 
ciant a  été  appelé  par  M.  de  Lesseps  à  deux  de  nos  conférences.  Je  l'ai  vu  ensuite 
en  particulier.  C'est  lui  qui  a  rédigé  la  note  de  ce  que  le  pays  peut  fournir  et  les 
prix  auxquels  chaque  article  reviendrait,  rendu  à  Alger.  Ce  tableau  pourra  servir 
de  régulateur  à  l'administration  militaire.  Il  faut  observer  que  ces  prix  sont  relatifs 
à  des  expéditions  d'urgence;  plus  tard,  lorsque  l'on  opérerait  avec  calme  et  en  pre- 
nant le  temps  nécessaire,  on  obtiendrait  des  modifications  sensibles.  Je  dois  appe- 
ler votre  attention  sur  le  sel.  Il  paraît  que  le  blocus  a  nui  aux  arrivages,  et  qu'il 
coûte  quatre  fois  plus  cher  à  Alger  qu'à  Tunis.  On  devra  s'en  pourvoir  à  Toulon. 
M.  Van  Gaver  est  en  mesure  d'en  fournir  abondamment.  Les  navires  seront  prêts 
à  partir  de  La  Goule tle,  poste  avancé  de  Tunis,  au  premier  signal  que  vous  en  don- 
nerez. La  viande  et  les  légumes  frais  pourront  être  expédiés  avec  la  même  rapidité. 
Il  faudra  quelques  jours  de  plus  pour  l'envoi  des  chevaux,  mulets  et  chameaux. 

Dans  tous  les  cas,  le  point  essentiel,  c'est  qu'un  crédit  soit  ouvert  par  l'État  au 
Consul  général  ou  à  M.  Van  Gaver  par  le  Commissionnaire  de  l'armée.  Le  comptant 
est  l'agent  qui  lève  tous  les  obstacles.  Son  elTet  sur  les  ministres  du  Bey  est  remar^ 
quable.  J'ai  déjà  eu  l'honneur  de  faire  connaître  à  Votre  Excellence  que  le  Bey  se 
prêterait  à  autoriser  toute  espèce  d'achat  dans  ses  États,  et  à  devenir  lui-même 
fournisseur,  pourvu  que  sa  coopération  reste  secrète... 

Stratégie.  —  Des  renseignements  sur  ce  point  sont  consignés  dans  l'annexe  ci- 
jointe;  ils  ont  été  fournis  par  M.  Raimbertetpar  moi.  J'ai  laisse  à  Tunis,  à  M.  Bineau, 
cet  ex-éléve  de  l'Kcole  polytechnique  et  ex-commissaire  des  poudres  en  France, 
chargé  aujourd'hui  des  fabrications  du  Bey,  une  note  renfermant  quelques  demandes 
de  renseignements  stratégiques.  11  m'enverra  les  réponses  au  lazaret  de  Toulon 
par  le  premier  bâtiment  qui  fera  voile  pour  les  côtes  de  France... 

Un  capitaine  génois,  ami  et  partisan  de  la  France,  a  fait  connaître  à  M.  de  Lesseps 
que  le  château  de  l'Empereur  à  Alger  n'avait  qu'une  faible  garnison  et  peu  d'artil- 
lerie... Les  Algériens,  dit-on,  l'ont  miné  et  conlreminé.  Ce  récit  ne  repose  que  sur 
la  foi  de  cet  homme;  il  mérite  cependant  quelque  attention...  • 

(Aff.  étr.,  Mém.  et  Doc.  Alger,  L  F,  f.  249.) 


{1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  693 

assurances  et  les  promesses  du  Consul  d*Angleterre  et  du  commandant 
de  la  corvette  anglaise  Le  Pilorus  y  ont  beaucoup  sinon  totalement 
contribué.  Après  le  départ  de  ce  bâtiment,  a  paru  dans  la  rade  de 
Tunis,  sans  y  mouiller,  le  brick  L'Infernal,  dont  le  commandant  est 
descendu  sur  le  môle  de  La  Goulette,  où  il  a  eu  une  entrevue  avec  le 
Consul  d'Angleterre,  après  laquelle  le  brick  mit  à  la  voile,  et  ensuite  le 
Consul  anglais  alla  s'enfermer  pendant  une  demi-heure  avec  le  premier 
ministre  du  Bey.  M.  Read  m'a  dit  à  moi-même  :  —  Que  veut  faire  de  ce 
côté-ci  Méhémet-Ali-Pacha?  (mais  avec  un  ton  menaçant)  Nous  verrons 
s'il  osera  venir.  —  Ses  discours  à  d'autres  personnes  sont  encore  beau- 
coup plus  forts,  mais  non  entendus  par  moi  ;  ils  donnent  lieu  de  croire 
que  son  gouvernement  s'opposera  au  projet  qu'on  suppose  être  conçu 
par  ce  vice-roi  ;  qu'il  a  eu  ordre  de  dissiper  les  inquiétudes  du  Bey  à 
cet  égard,  et  même  de  prendre  toutes  les  mesures  pour  s'y  opposer. 

Quant  à.  moi,  dans  toutes  les  questions  qui  me  sont  faites  par  ce 
gouvernement,  je  me  retranche  sur  mon  ignorance  absolue  et  sur  la 
privation  où  je  suis  de  lettres  du  Département;  j'évite  même  soigneu- 
sement toute  conversation  politique  et  je  me  renferme  dans  la  stricte 
réserve  que  l'on  me  commande.  On  a  fait  répandre  le  bruit,  qui  actuelle- 
ment est  très  accrédité  au  Bardo  et  en  ville,  que  le  Chaouch  de  Méhémet- 
Ali,  dont  j'ai  entretenu  déjà  Votre  Excellence,  soldat  algérien,  impos- 
teur, qui  n'a  apporté  aucune  lettre  et  qui  ne  s'était  dit  envoyé  que 
pour  gagner  l'entretien  et  les  avantages  accordés  à  ces  officiers,  a 
avoué  son  subterfuge,  à  son  arrivée  ici,  et  que  le  Bey  toujours  indul- 
gent a  borné  sa  punition  à  son  renvoi  de  sa  présence.  Ce  qui  est  cer- 
tain, c'est  que  trois  députés  du  Pacha  de  Tripoli  sont  arrivés  ici,  se 
sont  présentés  au   Bey  de  la  part  du  Pacha  de  cette  Régence,   l'ont 
entretenu  des  projets  hostiles  de  celui  d'Egypte  contre  son  gouverne- 
ment et  probablement  contre  celui  de  Tunis,  du  dessein  qu'il  a  de 
résister  de  tous  ses  moyens  à  cet  effet,  enfin  du  besoin  qu'il  aurait  du 
secours  du  Bey,  en  argent  seulement,  dans  l'intérêt  de  la  cause  com- 
mune. On  ne  sait  quelle  réponse  fera  le  Bey,  mais  la  pénurie  du  trésor, 
autant  que  sa  politique,  ne  lui  permettront  sans  doute  que  de  colorer 
du  vernis  le  plus  poli  son  refus  réel. 

D'autres  personnes  de  l'intérieur  du  Bardo,  bien  informées,  m'ont 
rapporté  que  les  lettres  apportées  par  le  Chaouch  demandaient  au  Bey 
quinze  millions,  qui  forment  la  portion  due  par  Tunis  pour  le  contin- 
rent de  quarante  millions  auxquels  sont  taxées  les  trois  Régences  dans 
la  contribution  de  guerre  que  le  Grand  Seigneur  doit  à  la  Russie.  » 

{Affaires  étrangères^  Mém.  et  Doc.  Algérie,  I.  K,  f*  SU.) 


694  GORRËSPONDANGE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

DE  LESSEPS  AU  P«*  DE  POLIGNAG. 

1382.  —  Tunis,  3  i  mars  i  830.  —  Il  évalue  les  importations  à  Tunis 

pendant  Tannée  1829  à 8,078,392  francs; 

les  exportations  à .    . 4,807,366      — 

En  ce  qui  concerne  le  commerce  de  la  France,  l'importation 

est  de 2,790,308  francs, 

et  l'exportation  de 308,900      — 

Les  récoltes  paraissent  devoir  être  mauvaises;  le  pays  est  dépourvu 
de  numéraire;  la  fabrication  des  bonnets  de  Tunis  diminue.  Les  négo- 
ciants français  et  européens  sont  trop  nombreux  et  se  font  une  con- 
currence ruineuse.  (Affaires  étrangères,  C^  de  Tunis.) 

LB  PC<^  DE  POLIGNAC  A  DE  LESSEPS. 

1383.  —  Paris,  2  avnl  i 830, —  Le  Ministre  lui  annonce  rallocalion 
d'une  somme  de  1,420  fr.  pour  les  réparations  estimées  nécessaires  au 
logement  de  son  Vice-Consul.  «  En  ce  qui  concerne  la  demande  d'une 
somme  de  7,032  fr.  à  imputer  sur  le  produit  du  droit  de  2  7^,  pour 
l'acquittement  des  dépenses  que  la  translation  de  la  chapelle  doit  cau- 
ser, il  ne  sera  possible  de  prendre  les  ordres  du  Roi  que  lors  de  la  fixa- 
tion du  budget  de  l'année  prochaine.  » 

(Affaires  étrangères,  C"  de  Tunis.) 
LE  Pc«  DE  POLIGNAC  A  DE  LESSEPS. 

1384.  —  Paris,  13  avril  i  830.  —  «  Des  avis  qui  nous  sont  parvenus 
de  différents  points  semblent  indiquer  que  l'annonce  de  rexpédidon 
qui  doit  incessamment  sortir  du  port  de  Toulon  a  répandu  de  l'in- 
quiétude sur  tout  le  littoral  de  l'Afrique... 

L'expédition  qui  se  prépare  à  Toulon  est  dirigée  contre  le  Dey 
d'Alger.  Les  autres  États  mahométans  de  la  côte  d'Afrique  n'y  sont 
point  intéressés,  et  leur  rôle  dans  ces  circonstances  doit  se  bornera 
une  parfaite  neutralité.  S'ils  avaient  l'imprudence  de  s'écarter  de  cette 
ligne  et  de  fournir  des  secours  à  nos  ennemis,  ils  ne  tarderaient  pas  à 
attirer  sur  eux-mêmes  les  forces  de  la  France. 

La  Régence  de  Tunis  est  trop  éclairée  sur  ses  devoirs  et  sur  ses  véri- 
tables intérêts  pour  compromettre  ainsi  ses  relations  avec  nous  :  loin 
de  souffrir  que  ses  sujets  prêtent  aucune  assistance  à  nos  ennemis, 
elle  doit  être  portée  à  former  les  vœux  les  plus  sincères  pour  le  succès 
de  notre  entreprise.  Les  Tunisiens  ont  souvent  à  souffrir  des  exi- 
gences et  des  humiliations  que  leur  impose  la  prépotence  orgueil- 
leuse d'un  voisin  plus  puissant,  et  ils  seront  les  premiers  à  profiterde 
l'abaissement  du  Dey  d'Alger. 

C'est  dans  ce  sens  que  vous  aurez  à  vous  expliquer  avec  le  Bey  et  les 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  698 

principaux  officiers  de  son  gouvernement.  Vous  vous  attacherez  à 
maintenir  ce  Prince  dans  la  ligne  d'une  stricte  neutralité,  et  vous 
mettrez  autant  de  vigilance  que  de  fermeté  à  empêcher  que  des  sujets 
tunisiens,  sous  le  prétexte  d'opérations  commerciales,  ne  procurent 
des  ressources  à  leurs  coreligionnaires  d'Alger.  Vous  veillerez  égale- 
ment à  ce  que  les  bâtiments  du  Roi  que  les  accidents  de  la  navigation 
conduiront  dans  les  ports  de  la  Régence  y  reçoivent  un  accueil  hospi- 
talier. Je  viens  de  recevoir  votre  dépêche  du  19  mars.  Quelque  positifs 
que  soient  les  termes  dans  lesquels  vous  m'annoncez  la  sommation  que 
le  vice-roi  d'Egypte  avait  faite  aux  Régences  de  Tunis  et  de  Tripoli,  je 
ne  puis  me  déterminer  à  ajouter  foi  à  une  nouvelle  aussi  extrordi- 
naire.  Je  suis  porté  à  croire  qu'elle  aura  été  l'effet  de  quelque  erreur, 
et  j'espère  que  vos  premières  dépêches  me  conOrmeront  dans  cette 
opinion.  Vous  avez  du  reste  très  bien  fait  de  témoigner  au  Bey,  dans 
cette  circonstance,  un  intérêt  que  la  France  se  plait  depuis  longtemps  à 
conserver  à  sa  famille.  » 

{Affaires  étrangères,  Mëm,  et  Doc,  AfiHque,  t.  V,  p  175,) 
DE  LESSEPS  AU  P<»  DE  POLIGNAC. 

1385.  —  Tunw,  25  avril  i  830.  —  «  A  un  point  de  vue  général,  les 
dispositions  des  sujets  de  la  Régence  d'Alger  sont  défavorables  aux 
Algériens  dominateurs.  Ceux-ci  sont  détestés  mais  extrêmement 
redoutés.  Cependant  une  expérience  de  près  de  quarante  ans  passés 
chez  les  Musulmans,  la  connaissance  surtout  des  Magrebins  plus  spé- 
cialement fanatiques  et  bien  autrement  indomptables  sous  ce  rapport 
que  les  humbles  Fellahs  égyptiens,  me  font  persister  dans  l'opinion 
non  seulement  que  l'on  ne  peut  compter  dès  Tabord  sur  une  coopéra- 
tion des  naturels,  afin  de  briser  leurs  fers  et  d'en  frapper  leurs  tyrans, 
mais  encore  que  l'on  éprouvera  les  plus  grandes  difficultés  à  les  sou- 
mettre et  à  les  façonner  à  un  joug  modifié  d'après  nos  idées  de  géné- 
rosité, d'humanité  et  de  civilisation,  et  surtout  que  l'on  devra  être 
constamment  en  garde  contre  leurs  discours,  leurs  promesses,  leurs 
simulations,  contre  l'esprit  numide  enfin,  auquel  le  fanatisme  musulman 
ajoute  encore  des  teintes  plus  sombres  et  plus  variées.  En  un  mot,  je 
trouve  que  l'armée  française  trouvera  opposition  de  la  part  de  toutes 
les  classes,  jusqu'à  l'assurance  de  la  destruction  des  Turcs  de  la  gar- 
nison; cette  destruction  effectuée,  la  soumission  générale  aura  proba- 
blement lieu,  mais  il  est  à  craindre  qu'elle  ne  soit  apparente  et  sus- 
pecte; des  Marocains  arrivant  d'Alger  m'ont  bien  assuré  qu'ils  avaient 
entendu  les  principaux  habitants  maures  d'Alger  se  dire  secrètement 
et  entre  eux  qu'ils  allaient  tout  perdre,  si  leurs  cruels  oppresseurs 


696  CORRESPONDANCE  DES  BBYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

n'étaient  pas  vaincus  par  les  Français,  et  qu*ils  exciteraient  une 
insurrection  contre  eux  lors  de  l'apparition  de  la  flotte  française.  Mais 
je  crains  que  quand  même  ce  serait  actuellement  leur  dessein,  ce  dont 
je  doute,  ils  ne  Texécutent  pas. 

D'après  les  assurances  du  Chargé  d'affaires  du  Maroc  à  Tunis, 
homme  avec  lequel  j'ai  eu  des  relations  dont  la  date  remonte  & 
trente-cinq  ans  et  qui  m'a  des  obligations  réelles,  l'Empereur  conser- 
vera une  stricte  neutralité. 

II  y  a  moyen  d'entrer  en  pourparlers  avec  un  ou  plusieurs  des  Beys 
soumis  directement  ou  indirectement  à  l'autorité  du  Dey  d'Alger. 
Parmi  les  chefs  des  tribus  marabouts  et  autres  influents  dans  les  villes 
et  les  campagnes  de  la  Régence  d'Alger,  il  y  en  a  sur  lesquels  on 
aura  les  moyens  d*agir  dans  l'intérêt  de  l'aggression. 

Je  m'occupe  avec  activité  et  sans  relâche,  deconcert  avec  M.  GérardinV 
de  cet  objet  important.  11  serait  trop  long  et  peut-être  superflu  de 
détailler  ici  toutes  les  opérations  et  les  moyens  d'exécution.  M.  d'Au- 
bignosc'  a  été  témoin  de  nos  premières  démarches  et  de  nos  prépara- 
tions. Nous  n'avons  rien  négligé  pour  ouvrir  des  communications  avec 
le  Bey  de  Constantine.  Son  Excellence  peut  se  reposer  sur  nos  soins  et 
sur  les  mesures  que  nous  prenons  pour  organiser  un  service  de  messa- 
gers qui  puisse  servir  à  nos  communications  par  terre;  il  serait 
important  à  ce  sujet  qu^elle  me  fit  remettre  le  plus  tôt  possible  un 
chiffre  qui  puisse  servir  à  notre  correspondance  secrète. 

Les  proclamations  sont  très  bien,  moyennant  quelques  corrections 
d'errata  de  style  que  MM.  Gérardin  et  Duchenoud,  interprète  de  mon 
Consulat,  vont  faire;  elles  produisent  le  meilleur  effet.  Je  vais  envoyer 
sur-le-champ  à  Tabarque  un  de  mes  fils  sur  lequel  je  puis  compter 
pour  tout,  qui  a  beaucoup  voyagé  en  Turquie  et  dans  cette  Régence, 
qui  en  connaît  les  mœurs  et  les  usages,  et  qui  apportera  l'influence  que 
ma  position  m'a  attirée  ici.  De  ce  point,  il  aura  les  facilités  de  faire 
répandre  les  proclamations  dans  toute  la  province  de  Constantine  parmi 
les  Kabiles  et  les  Arabes  jusqu'aux  portes  d'Alger.  J'en  expédierai  aussi 
de  Tunis.  Je  regrette  seulement  que  les  exemplaires  ne  soient  pas  en 
plus  grand  nombre.  Mon  fils  sera  aux  ordres  de  Son  Excellence,  qui  peut 
l'appeler,  si  elle  le  juge  nécessaire,  auprès  d'elle  de  Tabarque.  Il  pourra 
non  seulement  répandre  les  proclamations  partout,  mais  encore 
entretenir  nos  relations  avec  les  Mazouls  et  les  Nadis,  qui  ont  toujours 
été  attachés  aux  Français,  expédier  plus  secrètement  et  plus  prompte- 

1.  Voy.  la  note  1,  p.  688. 

2.  Voy.  la  note  1,  p.  689. 


[4830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  697 

ment  des  agents  que  M.  Gérardin  et  moi  jugerons  convenable  d'en- 
voyer. Il  se  trouvera  placé  sur  le  point  le  plus  rapproché  possible  des 
confins  d'Alger  et  y  sera  Tintermédiaire  de  nos  relations.  Si  des  bâti- 
ments de  Texpédition  y  arrivent,  il  leur  donnera  l'assistance  et  les 
informations  nécessaires;  si  des  embarquements  de  vivres,  de  bestiaux 
et  de  bétes  de  somme  ont  lieu,  pour  éviter  la  publicité  de  l'extraction 
de  Tunis  même,  il  les  facilitera.  J'ose  espérer  que  Son  Excellence  verra 
dans  cette  disposition  une  preuve  de  mon  ardent  désir  de  servir  la 
glorieuse  entreprise  à  la  tête  de  laquelle  Ta  appelée  la  confiance  de  Sa 

Majesté.  »  {Affaires  étrangères^  Mém,  et  Doc.  Alger,  t.  V,  f^  235.) 

DE  LESSEPS  AU  P*"*  DE  POLIGNAC 

1386.  —  Tunis,  ^7  avril  i  830,  —  Messieurs  Gérardin  et  d'Aubi- 
gnosc  sont  arrivés  à  Tunis,  et,  pour  favoriser  la  mission  dont  ils  ont 
été  chargés,  de  Lesseps  leur  a  fourni  toutes  les  informations  que  son 
séjour  dans  le  pays  et  sa  situation  poUtique  lui  ont  permis  de  recueillir 
en  vue  du  grand  événement  qui  se  prépare.  «  Je  les  ai  mis  en  rapport 
avec  les  personnes  qui  pouvaient  fournir  les  renseignements  statis- 
tiques, politiques  et  même  militaires  les  plus  certains  et  les  plus  inté- 
ressants. Je  leur  ai  désigné  les  agents  et  les  intermédiaires  que  je 
jugeais  les  plus  propres  à  être  employés  par  eux,  je  leur  ai  indiqué  les 
négociants  qui  sont  h  même  de  leur  donner  les  informations  les  plus 
sûres  sur  la  nature,  les  prix  et  les  lieux  d'extraction  des  approvision- 
nements de  l'armée  d'expédition.  Je  leur  ai  remis  par  écrit  les  réponses 
aux  questions  qu'ils  m'ont  adressées  dans  l'intérêt  de  leur  mission. 
J'ai  fait  venir  sur-le-champ  de  Bizerte,  où  il  dirigeait  le  service  des  con- 
cessions, M.  Raimbert,  que  j'ai  été  heureux  de  voir  appelé  auprès  de 
M.  le  Général  en  chef  de  l'expédition  d'Alger*,  parce  que  je  le  regarde 
comme  un  homme  très  utile  dans  cette  circonstance.  Avec  son  aide,  et  par 

1.  Louis-Auguste-Victor  de  Ghaisne  comte  de  Bourmont,  deBourmont  (Maine-et- 
Loire),  officier  aux  gardes  françaises  à  seize  ans  en  1789,  à  l'armée  du  prince  de 
Condé  en  1793,  chef  du  parti  de  l'insurrection  en  Vendée  en  1794,  déporté  en  Suisse 
en  1796,  de  retour  en  France  et  reconnu  de  nouveau  comme  un  des  chefs  de  l'insur- 
rection de  1799,  incarcéré  au  Temple  puis  à  la  citadelle  de  Besançon,  évadé  et  réfugié 
en  Portugal  en  1804,  rentré  en  France  et  emprisonné  à  Nantes  en  1808,  adjudant 
À  l'armée  d'Italie,  grâce  à  la  faveur  de  Junot,  et  attaché  à  Tétat-major  du  prince 
Eugène  en  1810,  général  de  brigade  en  Russie  en  1812,  général  de  division  en  1814, 
réfugié  près  de  Louis  XVIII  en  1815,  commandant  une  division  de  la  garde  royale 
en  1823,  commandant  en  chef  à  l'armés  d'Espagne  en  1824,  pair  de  France  et 
gentilhomme  de  la  chambre  du  Roi  en  1825,  Ministre  de  la  guerre  en  1829,  com- 
mandant en  chef  de  l'expédition  d'Alger  en  4830,  débarqué  en  Afrique  le  14  juin 
avec  ses  quatre  fils,  entré  à  Alger  le  SjuiUet,  maréchal  de  France  le  22  juillet,  remplacé 
par  le  général  Clauzel  après  la  chute  de  Charles  X,  déclaré  démissionnaire  pour 
refus  de  serment  en  1832,  émigré  en  Portugal,  puis  en  Italie,  rentré  en  France 
après  l'amnistie  en  1840,  décédé  à  Bourmont  en  1846. 


698  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

suite  de  ses  aDcienoes  liaisons  avec  rOakil  (Chargé  d'affaires)  d'Alger 
à  Tunis,  nous  entamons  avec  le  Bey  de  Gonstantine  des  négociations 
qui  peuvent  avoir  le  résultat  le  plus  avantageux.  Nous  lions  des  rela- 
tions avec  le  puissant  cheLde  la  tribu  des  Abdelgebbar,  qui  peut  mettre 
sur  pied  60,000  hommes,  et  avec  les  tribus  maîtresses  des  défilés  qui 
offrent  la  seule  route  praticable  entre  Alger  et  Gonstantine.  Nous  orga- 
nisons, par  le  moyen  de  l'Oukil  de  Maroc  à  Tunis,  des  courriers  qui 
pourront  servir  à  la  correspondance  par  terre  que  M.  le  Général  en 
chef  jugera  convenable  d'entretenir  avec  Tunis.  Les  proclamations 
apportées  par  M.  Gérardin  seront,  aussitôt  que  possible,  répandues  à 
Alger  et  dans  les  provinces  ;  elles  doivent  y  produire  un  effet  admirable, 
si  j'en  juge  par  celui  qu'elles  ont  déjà  fait  sur  les  esprits  des  personnes 
auxquelles  elles  ont  déjà  été  communiquées.  Enfin,  j'envoie  mon  fils  s 
qui  a  beaucoup  voyagé  en  Turquie  et  dans  le  royaume  de  Tunis,  qui 
en  connaît  bien  les  usages,  les  mœurs  et  les  habitudes,  à  Tabarque, 
l'un  des  points  les  plus  rapprochés  des  frontières  d'Alger,  pour  y  pré- 
sider à  l'administration  de  nos  concessions,  dont  était  chargé  M.  Raim- 
bert,  pour  y  assister  les  bâtiments  de  guerre  ou  marchands  de  l'expé- 
dition qui  pourraient  aborder  là  ou  dans  les  environs,  pour  répandre 
dans  la  province  de  Gonstantine  et  sur  les  côtes  des  confins  d'Alger 
des  proclamations,  pour  entretenir  ou  faire  naître  des  sentiments  favo- 
rables à  l'armée  française  parmi  les  peuplades  des  Nadis,  Mazouls  et 
Gala  traversa,  en  un  mot  pour  être  l'intermédiaire  de  toutes  les  rela- 
tions entre  M.  le  Général  en  chef  et  moi,  qui  exigeront  célérité  et 
secret.  Enfin  ces  Messieurs  ont  été  témoins  de  ma  position  avec  le  Bey, 
avec  les  ministres,  et  avec  les  diverses  classes  des  habitants  de  Tunis; 
ils  ont  connu  les  dispositions  extrêmement  favorables  du  Bey  de  cette 
Régence,  qui  aidera  les  Français  de  tous  ses  moyens,  tant  que  ceux-ci, 
qui  doivent  être  intéressés  à  ce  qu'il  conserve  sa  popularité  et  son  pou- 
voir, s'entendront  avec  lui  pour  ne  pas  le  compromettre  avec  ses  sujets 
musulmans.  G'est  ainsi,  par  exemple,  que  dans  les  ports  secondaires 
de  ses  États,  il  laissera  à  des  négociants  la  faculté  d'exporter  des 
approvisionnements  de  tous  genres.  M.  d'Aubignosc  va  partir  pour 
Toulon  sur  la  corvette  La  Bayonnaise^  et  M.  Gérardin,  dont  j'ai  eu  lieu 
d'apprécier  le  bon  esprit,  la  sagesse  et  le  zèle,  reste  auprès  de  moi,  et 
rendra  compte  à  Son  Excellence  le  Ministre  de  la  guerre  du  résultat 
de  ses  premières  démarches.  Le  fils  de  Raimbert,  déjà  au  fait  da 
service  des  concessions,  restera  à  Bizerte  pour  veiller  à  l'expédition 

1.  Jules  de  Lesseps. 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  699 

des  bateaux  corailleurs,  avec  les  appointements  de  50  piastres  par 
mois. 

Je  viens  de  m'assurer  par  des  faits  positifs  du  concours  et  de  Tassis- 
tance  de  TOukil  d'Alger  à  Tunis.  Ce  soir,  son  flls  part  pour  porter  nos 
lettres  et  les  proclamations  au  Bey  de  Gonstantine,  qu'il  importe  en  ce 
moment  au  moins  de  neutraliser  et  qui  est  au  moment  de  partir  pour 
Alger,  afin  de  porter  le  tribut  qu'il  doit  payer  tous  les  trois  ans.  Le  fils 
de  rOukil,  qui  est  un  de  ses  officiers  affidés  et  qui  doit  aller  à  Bône  en 
qualité  de  son  délégué,  nous  promet  une  réponse  favorable  de  ce  chef.  » 

{Affaires  étrangères,  Mém,  et  Doc,  Alger,  t,  V,  p.  233.) 
DE  LESSEPS  AU  P^*  DE  POLIGNAC. 

1387.  —  Tunis,  29  avril  î  830.  —  «  La  dépêche  que  Votre  Excellence 
m'a  fait  l'honneur  de  m'adresser  le  13  avril  dernier  a  donné  lieu  à  une 
conférence  secrète  avec  le  Bey  de  Tunis.  Je  reviens  du  Bardo  en  ce 
moment,  et  je  me  hâte  de  rendre  compte  à  Votre  Excellence  que  je  me 
suis  assuré  que  la  sommation  prétendue  faite  par  le  vice-roi  d'Egypte 
n'avait  pas  eu  lieu,  et  que  le  firman  et  le  Chaouch  arrivés  à  l'époque 
annoncée  n'étaient  relatifs  qu'aux  démêlés  de  l'Autriche  avec  le  Maroc 
et  à  la  prétendue  assistance  que  recevait  la  dernière  Puissance  des 
Régences  barbaresques.  L'alarme,  la  terreur  et  la  panique  qui  s'étaient 
emparés  des  esprits,  les  avis  que  m'avaient  donnés  les  membres  du 
Divan,  et  la  demande  du  personnage  considérable  qui  m'avait  été  faite 
au  sujet  d'un  asile  à  bord  d'un  de  nos  bâtiments,  m'ont  fait  écrire  ma 
dépêche  à  ce  sujet  et  ont  été  occasionnés  par  les  alarmes  du  Pacha 
de  Tripoli,  qui  s'était  empressé  dans  les  termes  les  plus  forts  de  les 
communiquer  à  cette  Régence  et  de  les  lui  faire  partager. 

Dans  cette  conférence,  le  Bey  a  été  sensible  à  l'intérêt  que  le  Roi 
daigne  conserver  à  sa  famille.  Il  m'a  renouvelé  l'assurance  de  sa  stricte 
neutralité  dans  les  circonstances  actuelles,  et  il  m'a  promis  de  prendre 
toutes  les  mesures  pour  que  ses  sujets,  sous  quelque  prétexte  que  ce 
soit,  ne  procurent  aucune  assistance  aux  Algériens,  que  nos  bâtiments 
recevraient  dans  tous  ses  ports  l'accueil  hospitalier  qu'ils  y  avaient 
toujours  trouvé,  et  que  toutes  les  ressources  possibles  de  ses  États  en 
approvisionnements  seraient  fournies;  mais  qu'il  priait  que  ce  fût  avec 
toutes  les  précautions  propres  à  empêcher  sa  compromission  avec  son 
peuple.  Son  premier  ministre  m'a  montré  une  lettre  qu'il  venait  de 
recevoir  du  gouverneur  de  la  province  tunisienne  de  l'extrême  fron- 
tière,  par  laquelle  il  lui  est  annoncé  que  des  hostilités  ont  été  commises 
par  les  peuplades  voisines  sous  la  domination  d'Alger,  et  que  cinq  Arabes 
algériens   ont  été  faits  prisonniers  par  les    Tunisiens.   Cet  officier 


700  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1830] 

demande  à  son  mattre  ce  qu'il  doit  en  faire.  —  Jugez  par  là,  a-t-il  ajouté, 
s'il  est  possible  que  nous  donnions  des  secours  à  nos  voisins,  et  s*il 
peut  même  exister  des  communications  entre  eux  et  nous.  —  » 

{Affaires  étrangères,  Mém.  et  Doc.  Algérie j  t.  V,  p.  246.) 
INSTRUCriONS  POUR  M.  DE  LESSEPS,  CONSUL  GÉNÉRAL  A  TUNIS. 

1388.  —  Paris,  i  8  juillet  i  830.  —  «  M.  de  Lesseps  sait  que  lorsque  le 
Roi  s'est  décidé  à  envoyer  contre  Alger  des  forces  considérables  de  terre 
et  de  mer,  Sa  Majesté  n'a  pas  eu  seulement  en  vue  de  tirer  une  juste 
vengeance  des  outrages  commis  par  le  Dey,  mais  encore  de  faire  dispa- 
raître à  jamais  des  Régences  barbaresques  les  institutions  qui  les  ont 
rendues,  pendant  plusieurs  siècles,  le  fléau  des  peuples  qui  habitent  les 
bords  de  la  Méditerranée.  Le  Roi  a  promis  à  l'Europe  d'obtenir  par  les 
armes  l'abolition  définitive  et  complète  de  l'esclavage  des  chrétiens, 
celle  de  la  piraterie  et  celle  des  tributs  ou  redevances  que  les  Puissances 
chrétiennes  payaient  aux  gouvernements  africains.  Il  exige  en  outre 
des  garanties  suffisantes  contre  le  retour  de  ces  odieux  usages. 

Tandis  que  ses  armées  victorieuses  s'emparaient  d'Alger  ^  et  que  son 
escadre  effectuait  la  réduction  de  Tripoli  dont  le  souverain  avait  offensé 
la  France,  le  Roi  a  voulu  reconnaître  les  égards  que  mérite  la  conduite 
jusqu'à  présent  loyale  du  Bey  de  Tunis,  en  recourant  d'abord  à  de  simples 
moyens  de  persuasion  pour  lui  faire  adopter  des  changements  qui  sont 
devenus  indispensables  d'après  l'état  actuel  de  la  civilisation,  l'organi- 
sation de  la  société  européenne  et  les  événements  qui  viennent  de  se 
passer  en  Afrique. 

Pour  remplir  une  mission  aussi  honorable  auprès  du  Bey  de  Tudîs, 
le  Roi  a  fait  choix  de  M.  de  Lesseps;  Sa  Majesté  se  repose  avec  confiance 
sur  son  zèle  et  sur  son  expérience  des  affaires  de  la  Régence  auprès  de 
laquelle  il  est  accrédité.  Aussitôt  après  avoir  reçu  ces  instructions, 
M.  de  Lesseps  demandera  une  audience  au  Bey  et  lui  remettra  une  tra- 
duction du  projet  de  traité  qu'il  trouvera  ci-joint;  M.  de  Lesseps  est 
autorisé  à  le  signer  avec  le  plénipotentiaire  que  le  Bey  de  Tunis  nom- 
mera de  son  côté  ;  il  trouvera  annexés  à  cette  dépêche  les  pleins  pou- 
voirs que  Sa  Majesté  lui  a  donnés  à  cet  effet. 

Il  est  utile  de  faire  connaître  ici  à  M.  de  Lesseps  les  motifs  qui  ont 
décidé  Sa  Majesté  à  adopter  chacune  des  dispositions  que  contient  le 
projet  de  traité,  et  de  lui  indiquer  les  arguments  qu'il  pourra  employer 
pour  les  soutenir. 

L'article  I®'  impose  au  Bey  l'obligation  de  ne  plus  autoriser  les  bâti- 

i.  La  prise  d*Alger  eut  lieu  le  5  juillet  1830. 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  701 

ments  de  l'État  ou  ceux  des  particuliers  à  faire  en  temps  de  guerre 
la  course  contre  les  navires  de  commerce  des  nations  qui  renonceraient 
à  Texercice  du  même  droit  envers  Tunis.  Ce  principe  est  conforme  aux 
vœux  d'une  politique  humaine  et  généreuse,  qui  dirige,  pendant  la 
guerre,  tous  les  efforts  contre  les  forces  militaires  de  Tennemi,  en 
respectant  les  propriétés  individuelles. 

La  France  Ta  déjà  proclamé  et  observé  dans  la  guerre  d'Espagne 
en  1823,  quoique  ses  ennemis  eussent  encouragé  à  cette  même  époque 
les  armements  des  corsaires  contre  son  pavillon.  D'ailleurs,  le  Roi  vient 
d'imposer  un  semblable  engagement  au  gouvernement  de  Tripoli.  Il  a 
même  exigé  de  Youssuf-Pacha  de  ne  plus  augmenter  sa  marine,  tandis 
qu'il  n'impose  aucune  restriction  semblable  au  Bey  de  Tunis,  voulant 
marquer  par  cette  distinction  la  différence  de  ses  sentiments  envers  les 
deux  Princes  et  la  manière  dont  il  apprécie  les  qualités  du  Bey. 

L'effet  de  l'engagement  qu'il  demande  à  Sidi  Hossein-Pacha  sera  de 
rassurer  les  Puissances  chrétiennes,  en  détruisant  la  cause  des  inquié- 
tudes qui  pourraient  leur  demeurer  encore  sur  les  intentions  de  la 
Régence  de  Tunis,  et  de  prévenir  efficacement  le  retour  de  la  piraterie, 
en  achevant  de  faire  perdre  aux  sujets  du  Bey  l'esprit  aventureux  et 
intéressé  qui  les  poussait  à  des  spéculations  criminelles  et  les  empêchait 
d'adopter  un  genre  de  vie  plus  profitable  à  TËtat. 

Hossein-Pacha  ne  saurait  regarder  comme  hostile  la  disposition  qui 
permettrait  aux  vaisseaux  de  guerre  de  toutes  les  nations  de  courir  sur 
les  navires  tunisiens  qui  croiseraient  contre  les  bâtiments  de  com- 
merce, puisque  les  capitaines  de  ces  navires  étant  censés  désobéir  aux 
ordres  de  leurs  maîtres,  ils  se  rangeraient  ouvertement  et  volontaire- 
ment dans  la  classe  des  pirates. 

L'article  II  stipule  Tabolition  de  l'esclavage  des  chrétiens,  et  la  mise 
en  liberté  de  ceux  qui  pourraient  se  trouver  encore  dans  la  Régence  de 
Tunis.  C'est  un  vœu  hautement  exprimé  par  toutes  les  Puissances,  et  la 
France  se  glorifiera  toujours  d'avoir  fait  servir  le  triomphe  de  ses  armes 
à  le  satisfaire.  L'obligation  que  le  Bey  contracterait  d'indemniser  les 
propriétaires  de  ces  esclaves  ne  lui  imposera  pas  des  sacrifices  oné- 
reux, puisqu'il  s'en  trouve  actuellement  très  peu  dans  les  Régences 
barbaresques.  M.  de  Lesseps  prendra  cependant  les  précautions  con- 
venables pour  constater  le  nombre  de  ces  captifs  et  reconnaître  si 
tous  lui  sont  en  effet  remis. 

Les  pillages  et  les  massacres  auxquels  les  cargaisons  et  les  équipages 
des  bâtiments  jetés  par  la  tempête,  sur  les  côtes  de  Barbarie,  ont  été  si 
souvent  exposés,  rendaient  nécessaire  l'article  III,  qui  met  en  usage 


703  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

le  seul  moyen  efficace  pour  astreindre  le  goavernement  tunisien  à 
prendre  des  mesures  suffisantes  pour  prévenir  le  renouvellement  de 
semblables  indignités. 

L'article  IV  stipule  la  suppression  des  tributs  et  redevances  de  toute 
nature  que  des  États  chrétiens  payaient  au  Bey  ;  Thonneur  de  TËurope 
réclamait  depuis  longtemps  cette  mesure.  Le  même  article  porte  que 
les  Puissances  chrétiennes  pourront  établir  sur  tous  les  points  de  la 
Régence  de  Tunis,  où  elles  le  jugeront  convenable,  des  Consuls  et 
agents  commerciaux,  et  que  ces  agents  n'auront  désormais  aucun  pré- 
sent à  offrir  aux  autorités  locales. 

Par  l'article  V,  le  Roi  demande  la  restitution  du  droit  exclusif  de  la 
pèche  du  corail  sur  une  partie  des  côtes  de  Tunis,  avantage  que  la 
France  a  possédé  jusqu'en  1799,  et  dont  elle  a  été  à  cette  époque  privée 
par  violence;  il  réclame  aussi  la  restitution  des  anciennes  propriétés 
françaises  de  l'Ile  de  Tabarka.  Sa  Majesté  aurait  pu  demander  des 
indemnités  pour  la  saisie  de  ces  propriétés,  pour  la  retenue  illégale 
que  Tunis  en  a  faite  pendant  si  longtemps,  et  pour  le  tort  que  l'inter- 
ruption du  privilège  dont  jouissaient  nos  pêcheurs  leur  a  causé;  mais 
elle  se  contente,  pour  toute  réparation,  de  la  suppression  d'une  rede- 
vance que  l'on  payait  autrefois  pour  la  pêche  du  corail,  suppression 
que  la  diminution  de  la  valeur  de  cette  marchandise  suffirait  d'ailleurs 
pour  rendre  équitable. 

En  s' abstenant  de  réclamer  pour  elle-même  de  nouveaux  avantages 
de  commerce  dans  la  Régence  de  Tunis,  la  France  montre  dans  l'art.  Yl 
qu'elle  agit  véritablement  dans  un  but  européen,  et  qu'elle  est  moins 
guidée  par  le  sentiment  de  son  intérêt  particulier  que  par  celui  du 
bien  de  tous  les  peuples.  D'autres  stipulations  introduites  dans  cet 
article  sont  destinées  à  rendre  plus  difficiles  les  accaparements  et  les 
monopoles  si  usités  par  les  gouvernements  africains,  et  qui  sont  une 
des  causes  principales  de  la  misère  de  cette  contrée,  de  même  qu'ils 
apportent  des  obstacles  gênants  aux  relations  commerciales  des  indi- 
gènes avec  les  étrangers.  M.  de  Lesseps  fera  sentir  au  Bey  que,  sous  ce 
rapport,  la  conclusion  du  traité  proposé  par  la  France  procurera  plus 
d'avantages  encore  aux  habitants  de  la  Régence  de  Tunis  qu'aux 
Puissances  chrétiennes,  et  lui  démontrera  par  l'exemple  de  la  France 
et  des  États  les  plus  florissants  de  l'Europe  qu'en  augmentant  la  pros> 
périté  de  ses  sujets,  il  prendra  la  voie  la  plus  honorable  et  la  plus  cer- 
taine d'accroître  ses  revenus.  Il  ajoutera  l'observation  que  le  Sultan  a 
déjà  reconnu  la  justice  de  ces  principes,  et  qu'il  travaille  actuellement 
à  les  mettre  en  vigueur  dans  l'administration  de  ses  États. 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  703 

L'article  YII  renouvelle  et  confirme  les  anciens  traités. 

Il  était  nécessaire  de  stipuler  par  Tarticle  YIII  la  publication  du 
présent  traité  dans  toutes  les  parties  de  la  Régence  de  Tunis,  parce 
qu  il  impose  à  toutes  les  classes  de  la  population  des  obligations  qui 
doivent  leur  être  notifiées;  le  terme  d'un  mois  a  été  indiqué  dans  la 
supposition  que  la  difficulté  des  communications  pouvait  exiger  ce 
délai;  mais  il  serait  fort  avantageux  que  M.  de  Lesseps  parvînt  à  le 
faire  réduire,  s*il  en  voyait  la  possibilité. 

Le  traité  tout  entier  ne  contient  rien  d'onéreux  pour  le  fiey.  En 
l'adoptant,  ce  Prince  se  mettra  pour  toujours  à  l'abri  d'attaques  que  la 
faiblesse  de  ses  moyens  de  défense  lui  rendraient  nécessairement 
funestes,  et,  par  rétablissement  d'un  régime  plus  régulier  dans  ses  États, 
il  gagnera  les  avantages  inestimables  de  Tordre  au  dedans  et  de  la 
sécurité  au  dehors.  Le  Bey  devra  donc  reconnaître  la  justice  et  la  modé- 
ration des  propositions  auxquelles  sa  position  lui  fait  une  nécessité 
indispensable  de  se  soumettre. 

M.  de  Lesseps  pourra  faire  savoir  au  Bey  que  l'intention  de  Sa 
Majesté  est  de  rétablir  sa  souveraineté  sur  la  portion  du  territoire  algé- 
rien qui  est  limitrophe  du  royaume  de  Tunis,  et  qui  nous  appartient 
depuis  déjà  plusieurs  siècles.  Le  Bey  reconnaît  facilement  les  avantages 
que  lui  et  ses  sujets  ne  pourront  manquer  de  tirer  du  voisinage  immé- 
diat de  nos  établissements  en  Afrique,  avec  lesquels  il  s'empressera 
sans  doute  d'établir  des  rapports  intimes,  et  qu'il  fera  scrupuleuse- 
ment respecter  par  les  tribus  arabes  vivant  sous  sa  domination.  Le 
Bey  connaît  et  M.  de  Lesseps  lui  rappellera  les  désastres  que  l'ambition 
et  la  rapacité  des  Algériens  ont  infligés  souvent  à  son  pays  ;  il  sait 
qu'un  Dey  d'Alger,  après  avoir  pris  Tunis  en  1755,  l'a  soumis  à  un 
tribut  onéreux  qui  a  duré  de  longues  années,  et  qu'une  armée  algérienne 
est  encore  venue  l'assaillir  en  1807  ;  il  sait  aussi  que  les  peuplades  vas- 
sales n'ont  cessé  d'empiéter  sur  les  frontières  de  Tunis  et  d'y  com- 
mettre des  déprédations  de  toute  nature.  Le  Bey  devra  donc  se  féliciter 
d'être  préservé,  par  l'interposition  d'un  Etat  aussi  redoutable  que  la 
France,  du  renouvellement  de  semblables  hostilités.  L'abaissement  du 
Dey  de  Tripoli,  dont  le  caractère  entreprenant  et  dangereux  est  bien 
connu,  est  également  de  nature  à  satisfaire  le  Bey. 

M.  de  Lesseps  devra  faire  connaître  à  ce  Prince  avec  tous  les  ména- 
gements convenables,  mais  de  la  manière  la  plus  positive,  que  s'il 
n'adhérait  pas  dans  l'espace  de  huit  jours  au  traité  que  le  Roi  lui  pro- 
pose, Sa  Majesté  se  croirait  obligée  de  faire  usage  de  la  force,  pour 
l'amener  à  donner  une  satisfaction  que  réclament  impérieusement  la 


704  CORHESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DBS  CONSULS  [1830; 

justice,  rhumanité  et  Thonneur  de  la  France  ;  le  Bey  devrait  donc  s'at- 
tendre à  voir  bientôt  paraître  devant  Tunis  les  forces  de  terre  et  de  mer 
que  la  soumission  d'Alger  et  celle  de  Tripoli  laissent  en  Afrique  à  la 
disposition  du  Roi.  Mais  Sa  Majesté  aime  à  croire  que  le  Bey  ne  la  con- 
traindra pas  à  cette  extrémité,  et  qu'il  ne  se  placera  pas  voiontaireoient 
dans  une  position  aussi  fâcheuse  que  la  sienne  le  deviendrait  après  la 
déclaration  des  hostilités,  puisque  dans  ce  cas,  et  M.  de  Lesseps  ne  le 
laissera  pas  ignorer  au  Bey,  le  négociateur  français  ne  serait  pas  auto- 
risé à  se  contenter  de  conditions  aussi  modérées. 

M.  de  Lesseps  voudra  bien  informer  immédiatement  le  Gouverne- 
ment du  Roi  du  résultat  de  cette  négociation.  » 

{Affaires  éh^angères,  Mém,  et  Doc.  Algérie^  t,  VU,  f*  71). 

TRAITÉ  DU  8  AOUT  1830. 

1389.  —  «  Au  nom  de  Dieu  clément  et  miséricordieux  ! 

Ce  traité,  qui  comble  tous  les  vœux  et  qui  doit  concilier,  avec  Taide 
de  Dieu,  tant  d*intéréts  divers,  a  été  conclu  entre  : 

La  merveille  des  Princes  de  la  nation  du  Messie,  la  gloire  des  peu- 
ples adorateurs  de  Jésus,  Fauguste  rejeton  du  sang  des  Rois,  la  cou- 
ronne des  monarques,  Tobjet  resplendissant  de  Tadmiration  de  ses 
armées  et  de  ses  ministres,  Charles  X,  Empereur  de  France, 

Par  Tentremise  de  son  Consul  général  et  Chargé  d'affaires  à  Tunis, 
muni  de  ses  pleins  pouvoirs,  le  chevalier  Mathieu  de  Lesseps; 

Et  le  Prince  des  peuples,  Télite  des  grands,  issu  de  sang  royal,  bril- 
lant des  marques  les  plus  éclatantes  et  des  vertus  les  plus  sublimes, 
Hosseïn-Pacha-Bey,  maître  du  royaume  d'Afrique  ; 

Lesquels,  animés  du  désir  de  faire  disparaître  les  désordres  qui  ont 
souvent  troublé  la  paix  entre  les  Puissances,  d'assurer  les  relations 
amicales  de  tous  les  peuples  et  de  garantir  pour  jamais  leur  sécurité 
complète,  sont  convenus  des  points  suivants,  basés  sur  la  raison  et 
Téquité  : 

I 

Le  Bey  de  Tunis  renonce  entièrement  et  à  jamais,  pour  lui  et  pour 
ses  successeurs,  au  droit  de  faire  ou  d'autoriser  la  course  en  temps  de 
guerre  contre  les  bâtiments  des  Puissances  qui  jugeront  convenable 
de  renoncer  à  l'exercice  du  même  droit  envers  les  bâtiments  du  com- 
merce tunisien.  Quand  la  Régence  sera  en  guerre  avec  une  Puissance 
qui  lui  aura  fait  connaître  que  telle  est  son  intention,  les  bâtiments  de 
commerce  des  deux  nations  pourront  naviguer  librement  sans  être 
inquiétés  par  les  bâtiments  de  guerre  ennemis,  à  moins  qu'ils  ne  veuil- 


{1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANGE  705 

lent  pénétrer  dans  un  port  bloqué,  ou  qu'ils  ne  portent  des  soldats  ou 
des  objets  de  contrebande  de  guerre;  dans  ces  deux  cas,  ils  seraient 
saisis,  meds  leur  confiscation  ne  pourrait  être  prononcée  que  par  un 
jugement  légal.  Tout  bâtiment  tunisien  qui,  hors  ces  cas  exception- 
nels, arrêterait  un  bâtiment  de  commerce,  devant  être  censé,  par  ce  fait 
seul,  se  soustraire  aux  ordres  et  à  l'autorité  du  Bey,  pourra  être  traité 
comme  pirate  par  toute  autre  Puissance  quelconque,  sans  que  la  bonne 
intelligence  en  soit  troublée  entre  cette  Puissance  et  la  Régence  de 

Tunis. 

II 
Le  Bey  abolit  à  jamais  dans  ses  États  l'esclavage  des  chrétiens.  Tous 
les  esclaves  chrétiens  qui  peuvent  y  exister  seront  mis  en  liberté,  et 
le  Bey  se  chargera  d'en  indemniser  les  propriétaires.  Si,  à  l'avenir,  le 
Bey  avait  la  guerre  avec  un  autre  État,  les  soldats,  négociants,  passa- 
gers, ou  tous  sujets  quelconques  de  cet  État  qui  tomberaient  en  son 
pouvoir  seraient  traités  comme  prisonniers  de  guerre,  et  d'après  les 
usages  des  nations  européennes. 

III 

Tout  bâtiment  étranger  qui  viendrait  à  échouer  sur  les  côtes  de  la 
Régence  recevra,  autant  que  possible,  l'assistance,  les  secours  et  les 
vivres  dont  il  pourra  avoir  besoin  ;  le  Bey  prendra  les  mesures  les  plus 
promptes  et  les  plus  sévères  pour  assurer  le  salut  des  passagers  et  des 
équipages  de  ces  bâtiments  et  le  respect  des  propriétés  qu'il  portera. 

Si  des  meurtres  prouvés  étaient  commis  sur  les  passagers  ou  équi- 
pages, ceux  qui  s'en  seraient  rendus  coupables  seraient  poursuivis  et 
punis  comme  assassins  par  la  justice  du  pays,  et  le  Bey  payerait  en 
outre,  au  Consul  de  la  nation  à  laquelle  la  personne  qui  en  aurait  été 
victime  aurait  appartenu,  une  somme  égale  à  la  valeur  de  la  cargaison 
du  navire.  S'il  y  avait  plusieurs  assassinats  prouvés  commis,  le  Bey 
payerait  une  somme  égale  &  deux  fois  la  valeur  de  la  cargaison,  et  dans 
le  cas  où  ces  meurtres  auraient  été  commis  sur  des  individus  de  diffé- 
rentes nations,  le  Bey  répartirait  entre  les  Consuls  de  chaque  nation, 
et  en  proportion  des  personnes  assassinées,  la  somme  qu'il  aurait  à 
payer,  de  manière  à  ce  que  cette  somme  pût  être  directement  trans- 
mise aux  familles  de  ceux  qui  auraient  péri. 

Si  les  propriétés  et  les  marchandises  portées  sur  les  bâtiments  nau- 
fragés venaient  à  être  pillées,  après  le  fait  constaté,  le  Bey  en  resti- 
tuerait le  prix  au  Consul  de  la  nation  à  laquelle  le  bâtiment  appartien- 
drait, indépendamment  de  ce  qu'il  devrait  payer  pour  les  meurtres  qui 
auraient  été  commis  sur  les  équipages  ou  passagers  dudit  bâtiment. 

45 


706  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

IV 
Les  Puissances  étrangères  pourront  désormais  établir  des  Consuls 
et  agents  commerciaux  sur  tous  les  points  de  la  Régence  où  cHes  le 
désireront,  sans  avoir  à  faire  pour  cet  objet  aucun  fM^ésent  aux  auto- 
rités locales;  et  généralement  tous  les  tributs,  présents,  dons  et  autres 
redevances  quelconques  que  les  gouvernements  ou  leurs  agents 
payaient  dans  la  Régence  de  Tunis,  à  quelque  titre,  en  quelque  cir- 
constance et  sous  quelque  dénomination  que  ce  soit,  et  nommément  à 
Toccasion  de  la  conclusion  d'un  traité,  ou  lors  de  l'installation  d'un 
agent  consulaire,  seront  considérés  comme  abolis  et  ne  pourront  être 
exigés  ni  rétablis  à  l'avenir. 

V 

Le  Bey  de  Tunis  restitue  à  la  France  le  droit  de  pécher  exclusive- 
ment le  corail,  depuis  la  limite  des  possessions  françaises  jusqu'au 
Gap  Nègre,  ainsi  qu'elle  l'a  possédé  avant  la  guerre  de  1799.  La  France 
ne  payera  aucune  redevance  pour  la  jouissance  de  ce  droit;  ses 
anciennes  propriétés,  édifices,  bâtiments  et  constructions  diverses 
dans  nie  de  Tabarka,  lui  seront  également  restituées. 

VI 

Les  sujets  étrangers  pourront  trafiquer  librement  avec  les  sujets 
tunisiens,  en  acquittant  les  droits  établis.  Ils  pourront  en  acheter  et 
leur  vendre,  sans  empêchement,  les  marchandises  provenant  des  pays 
respectifs,  sans  que  le  gouvernement  tunisien  puisse  les  accaparer 
pour  son  propre  compte,  ou  en  faire  le  monopole.  La  France  ne  réclame 
pour  elle-même  aucun  nouvel  avantage  de  commerce,  mais  le  Bey 
s'engage,  pour  le  présent  et  pour  Tavenir,  à  la  faire  participer  à  tous 
les  avantages,  faveurs,  facilités  et  privilèges  quelconques  qui  sont  ou 
qui  seront  accordés,  à  quelque  titre  que  ce  soit,  à  une  nation  étran- 
gère ;  ces  avantages  seront  acquis  &  la  France  par  la  simple  réclama- 
tion de  son  Consul. 

VII 

Les  Capitulations  faites  entre  la  France  et  la  Porte,  de  même  que  les 
anciens  traités  et  conventions  passés  entre  la  France  et  la  Régence  de 
Tunis,  et  nommément  le  traité  du  15  novembre  1824,  sont  confirmés 
et  continueront  à  être  observés  dans  toutes  celles  de  leurs  dispositions 
auxquelles  le  présent  acte  ne  dérogerait  pas. 

VIII 
Le  présent  traité  sera  publié  immédiatement  dans  la  ville  de  Tunis, 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DB  PRANCB  707 

et  dans  l'espace  d'un  mois  dans  toutes  les  provinces  et  villes  de  la 
Régence,  selon  les  formules  et  usages  adoptés  dans  le  pays. 

Fait  triple  au  Bardo,  le  dimanche  17  de  Safer  de  Tannée  de  l'hégire 
1246,  correspondant  au  8  d*août  de  Tannée  1830  de  Tére  chrétienne.  » 

(Sceau)  M*"  LfiSSBPS. 

{Voriginal  est  aux  Archives  des  Affaires  étrangères.  Salle  des  traités,) 

ARTICLE  SECRET. 

«  Article  secret  additionnel  du  traité  conclu  entre  la  France  et  Tunis 
le  17  de  safer  de  Tannée  de  Thégire  1246,  qui  correspond  au  8  d'août 
de  Tannée  1830  de  Tére  chrétienne. 

Louange  à  Dieu  Tunique,  auquel  retourne  toute  chose! 

Nous  cédons  à  perpétuité  à  Sa  Majesté  le  Roi  de  France  un  emplace- 
ment dans  la  Malka,  suffisant  pour  ériger  un  monument  religieux  en 
Thonneur  de  Louis  IX,  à  l'endroit  où  ce  Prince  est  mort.  Nous  nous 
engageons  à  respecter  et  à  faire  respecter  ce  monument,  consacré  par 
l'Empereur  de  France  à  la  mémoire  d'un  de  ses  plus  illustres  ayeux. 

Salut  de  la  part  du  serviteur  de  Dieu  Hosseïn,  Pacha-Bey.  Que  le 
Très-Haut  lui  soit  favorable!  Amen.  » 

{Sceau)  M**"  Lessbps. 

{Voriginal  est  aux  Archives  des  Affaires  étrangères^  Salle  des  traités.) 

GflAKIR,  GARDE  DES  SCEAUX,  A  DE  LESSBPS. 

1390.  —  Le  Bardo,  iO  août  i 830.  —  «  Lorsque  vous  vous  êtes  pré- 
senté à  nous  avec  les  nouvelles  clauses  d'un  traité  que  vous  désiriez 
faire  signer  par  notre  magnifique  Seigneur,  que  le  Très-Haut  le  glorifie  ! 
et  que  Son  Altesse  en  a  eu  pris  connaissance,  elle  a  consenti  à  tous  les 
articles,  hors  Tarlicle  V  relatif  à  la  demande  de  la  pèche  du  corail  qu'elle 
a  adopté,  cependant,  mais  plutôt  de  force  que  de  gré,  et  cela,  parce 
que  vous  Tavez  pressé  de  signer  et  que  vous  avez  fixé  le  terme  si  court 
de  huit  jours,  au  bout  duquel  vous  viendriez,  disiez  vous,  avec  toutes 
vos  forces  de  terre  et  de  mer,  et  qu'alors  vos  demandes  seraient  plus 
onéreuses  pour  nous. 

Maintenant,  6  notre  ami,  notre  maître  ayant  souscrit  l'article  relatif 
à  la  pèche  du  corail,  il  nous  a  donné  Tordre  de  réclamer  pour  que 
l'exécution  en  fût  suspendue  jusqu'à  ce  qu'il  ait  envoyé  à  Sa  Majesté 
le  Roi  de  France  les  titres  à  l'appui  de  ses  réclamations,  soit  par  votre 
entremise,  soit  par  celle  d'une  personne  de  confiance  de  sa  cour.  La 
décision  prononcée  par  Sa  Majesté  deviendra  alors  exécutoire  pour 
nous.  Nous  attendons  votre  réponse.  » 

{Affaires  étrangères,  C^*  de  Tunis.) 


708  CORRESPONDANCE  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

DE  LESSEPS  AU  COMTE  MOLE  ^ 

1391.  —  TuniSj  1 0  août  i  830.  —  c<  ...Je  me  rendis  au  Bardo  accom- 
pagné du  c*^  de  La  Rochefoucauld  ',  de  tous  les  officiers  de  mon  Con- 
sulat et  des  15  officiers  de  marine  de  La  Bcllone^  pour  la  signature  du 
traité... 

Le  comte  Filippi  est  intéressé  plus  que  personne  à  la  non-admission 
de  l'art.  V,  aussi  la  discussion  a-t-elle  été  très  orageuse.  Le  plénipo- 
tentiaire duBey  Taccepte  ;  mais,  soit  par  mon  intermédiaire»  soit  par  un 
Envoyé,  il  portera  sa  réclamation  au  gouvernement  du  Roi.  De  Lesseps 
consent  d*autant  plus  volontiers  à  différer  Texécution  de  cet  article  que 
la  pèche  du  corail  est  sur  sa  fin.  Étant  pressé  par  le  prompt  départ  de 
M.  de  La  Rochefoucauld,  je  rendrai  plus  tard  un  compte  détaillé  de 
l'affaire  dans  laquelle  j'ai  eu  pour  antagonistes  indirects  le  comte 
Filippi  et  Sir  Thomas  Read,  dont  le  ministre  tunisien  me  paraissait 
répéter  les  propres  paroles. 

L'article  YI,  qui  supprime  le  monopole  et  les  accaparements,  cet  article 
si  important  et  si  utile  aux  intérêts  commerciaux  de  tous  les  peuples 
et  notamment  de  la  France  voisine,  cet  article  enfin  qui  seul  est  tm 
traité  de  commerce  tout  entier^  change  la  face  de  l'administration  du 
pays  et  prive  le  fisc  de  ses  plus  grandes  ressources,  en  attendant  qu'on 
puisse  adopter  un  nouveau  moyen  de  revenu.  A  ce  rejet,  le  Bey  a  eu 
la  bonté  de  me  dire  qu'il  me  demandait  et  me  promettait  de  suivre 
mes  conseils;  cependant  cet  article  a  été  accordé  avec  beaucoup  de 
générosité  et  avec  toute  l'apparence  de  la  conviction  des  principes  de 
haute  et  paternelle  économie  politique  qui  y  sont  développés.  Celte 
stipulation  a  produit  l'effet  le  plus  avantageux  dans  le  pays  et  sur 
toutes  les  classes  d'indigènes;  nous  entendons  de  toutes  les  bouches 
le  cri  de  :  Vive  le  Roi  de  France  dont  la  sollicitude  veille  sur  les  peuples 
opprimés/  » 

Les  VU®  et  YIII*  articles  n'ont  pas  offert  d'objection. 

De  Lesseps  appelle  longuement  l'attention  du  Ministre  sur  Duché- 

1.  Le  29  juillet  4830,  le  gouvernement  provisoire  avait  nommé  Commissaire  au 
département  des  AfTaires  étrangères  le  baron  Bignon,  puis  le  maréchal  Jourd an.  Uoe 
ordonnance  royale  du  10  août  1830  avait  conOé  le  Ministère  des  AfTaires  étrangères 
à  Mathieu-Louis  comte  Mole,  pair  de  France,  membre  de  l'Académie  française. 
Celui-ci  céda  son  portefeuille  au  maréchal  Maison  le  1*'  novembre  suivant. 

2.  François-Joseph-Polydore  comte  de  La  Rochefoucauld,  attaché  d'ambassade  à 
Studgard  en  1822,  secrétaire  à  Saint-Pétersbourg  en  1824,  à  Rio-Janeiro  en  1826,  à 
La  Haye  en  1830  (1"  octobre),  à  Naples  en  1832,  à  Madrid  en  1833,  Chargé  d'affaires 
à  Weimar  en  1837,  Ministre  résident  au  même  poste  en  1838,  révoqué  en  1848.  — 
Une  lettre  de  son  père  au  Ministre  des  Affaires  étrangères,  du  6  août  1834,  réclame 
pour  lui  de  l'avancement,  •  en  considération  de  ses  services  en  AUemagne,  en 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  709 

noud,  qui  a  dd  faire  toute  la  rédaction  en  arabe  et  en  français,  et 
préparer  les  originaux  et  les  copies  de  l'article  secret  dont  la  connais- 
sance ne  pouvait  être  confiée  à  des  écrivains  musulmans... 

De  Lesseps  «  dépose  aux  pieds  du  trône  de  Sa  Majesté  Thommage  de 
sa  reconnaissance  pour  le  choix  qu'elle  a  daigné  faire  de  lui,  en  le  ren- 
dant l'organe  de  ses  augustes  et  magnanimes  volontés  dans  cette  con- 
trée de  l'Afrique  ».  {Affaires  étrangères^  O^  de  Tunis.) 

DE  LBSSEPS  AU  COMTB  MOLÉ. 

1392.  —  Tunisy  i4  août  i  830.  —  «  Je  ne  sais  encore  si  les  récla- 
mations de  la  Régence,  relatives  à  l'article  V  du  traité,  seront  portées 
à  Paris,  soit  par  mon  intermédiaire,  soit  par  un  simple  messager  du 
Bey,  porteur  d'une  lettre  du  ministre  tunisien  à  Votre  Excellence,  soit 
par  un  Envoyé  de  distinction  revêtu  d'un  caractère  diplomatique  '.  Je 
chercherai  à  éviter  cette  dernière  détermination  autant  que  je  le 
pourrai,  à  cause  des  dépenses  que  cette  mission  pourrait  occasionner, 
ou  du  moins  jusqu'à  ce  que  Votre  Excellence  veuille  bien  me  faire  con- 
naître le  plus  tôt  qu'il  lui  sera  possible  s'il  n'entrerait  pas  dans  la  poli- 
tique du  gouvernement  du  Roi  d'autoriser,  dans  cette  circonstance,  une 
mission  qui  pourrait  être  considérée  comme  un  acte  de  vasselage  et 
produire  sous  ce  rapport  un  effet  salutaire... 

Le  Bey  ne  tirait  pas  10,000  p.  de  Tunis  (2,000  p.  f.)  delà  pèche  du 
corail  par  an  ;  il  en  eût  facilement  fait  l'abandon  sans  les  visites  des 
Consuls  d'Angleterre  et  de  Sardaigne  au  Bardo.  La  décision  paraissait 
prise  de  déclarer  qu'on  ne  s'opposerait  jamais  aux  forces  de  la  France; 
qu'on  pourrait  venir  prendre  possession  du  Bardo  même,  entrer  sans 
coup  férir  et  sans  éprouver  la  moindre  résistance  à  Tunis  et  dans  toute 
la  Régence,  mais  qu'on  ne  pourrait  arracher  au  Bey  une  signature  qui 
consacrerait  sa  spoliation.  Ce  n'est  qu'avec  quelque  peu  d'adresse,  et  à 
cause  de  l'influence  que  les  ministres  me  savent  exercer  sur  l'esprit 

Russie,  dans  FAmérique  méridionale,  en  Afrique,  en  Hollande,  à  Naples  et  en 
Espagne  ».  Une  lettre  du  P^^  de  Polignac  à  de  Lesseps,  du  15  juillet  1830,  com- 
mence ainsi  :  «  Je  charge  le  comte  Polydore  de  La  Rochefoucauld  de  vous  porter 
mes  dépêches...  Je  vous  prie  de  le  réexpédier  de  suite,  pour  m'apprendre  l'issue 
de  la  négociation.  >  De  Lesseps  raconte,  au  surplus,  dans  sa  lettre  du  10  août, 
qu'il  fut  chargé  par  le  Bey  de  remettre  à  cet  Envoyé  •  un  léger  témoignage  de  sa 
satisfaction  »  (un  sabre  de  Damas  avec  son  baudrier).  —  Ainsi,  bien  que  la  mission 
de  Tunis  ne  soit  pas  mentionnée  dans  Tétat  des  services  de  ce  diplomate,  pou- 
vons-nous affirmer  qu'il  se  trouvait  en  France  au  milieu  de  Tannée  1830,  et  qu'il 
fut  chargé  d'apporter  les  instructions  ministérielles  du  18  juillet  et  le  projet  de 
traité  qui  y  était  joint.  La  frégate  La  Bellone,  sur  laquelle  il  était  venu,  avait 
mouillé  à  La  Goulette  le  3  août  1830. 

1.  La  question  de  la  pêche  du  corail  (article  Y  du  traité)  fut  définitivement  réglée 
deux  ans  après,  par  le  t  rai  lé  du  24  octobre  1832. 


710  CORRESPOND ANGB  DES  BEYS  ET  DES  CONSULS  [1830] 

du  Bey,  que  la  déclaration  que  je  leur  fis  très  énergiquement  devant 
M.  le  comte  de  La  Rochefoucauld,  présent  à  la  séance,  que  je  gémis- 
sais, moi,  le  véritable  ami  du  Bey  et  de  son  peuple,  de  les  voir  par 
des  conseils  perfldes  entraînés  dans  le  même  abime  que  ces  mêmes 
conseils  avaient  peut-être  creusé  sous  les  pas  de  leurs  deux  proches 
voisios;  enfin  ce  ne  fut  que  moyennant  l'assentiment  que  je  donnai  à 
ce  qu'ils  portassent  aux  pieds  du  trône  du  souverain  de  la  France,  et 
nulle  part  ailleurs,  leurs  réclamations  que  je  parvins  à  vaincre  des 
résistances  évidemment  suggérées  et  auxquelles,  comme  je  l'ai  su 
depuis  indirectement,  ont  donné  lieu  des  protestations  du  Consul 
général  de  Sardaigne,  appuyé  par  celui  de  la  Grande-Bretagne.  » 

De  Lesseps  n'a  pas  encore  pu  se  procurer  la  protestation  de  Filippi.  «  Il 
paraît  que  les  Sardes  ont  cru  que  la  France  demandait  l'extension 
des  limites  de  ses  concessions  jusqu'au  Cap  Nègre  el  la  souveraineté 
de  l'Ile  de  Tabarque.  Ils  émettent  depuis  longtemps  des  prétentions 
sur  cette  souveraineté,  cette  île  ayant  appartenu  autrefois  aux  Génois 

qui  en  ont  été  expulsés...  »  (Affaires  étrangères,  C»*'  de  TunU,) 

DB  LBSSEPS  AU  COMTE  MOLE. 

1398.  —  Tunis,  27  août  i  830.  —  «  ...  Je  me  suis  rendu  hier  aa 
Bardo,  accompagné  de  tous  les  officiers  de  mon  Consulat,  ayant  &  nos 
chapeaux  la  cocarde  tricolore.  Là,  en  audience  publique,  j'ai  notifié  au 
Bey  de  Tunis  les  événements  à  jamais  mémorables  qui  viennent  d'avoir 
lieu  en  France,  ainsi  que  l'avènement  au  trône  de  Sa  Majesté  Louis- 
Philippe  I",  Roi  des  Français.  Je  lui  ai  annoncé  en  même  temps  que 
j'allais  arborer  sur  la  maison  consulaire  et  à  bord  de  tous  les  bâtiments 
français  le  pavillon  national...  »  Le  Bey  l'a  fait  saluer  de  101  coups 
de  canon.  Les  Français  s'étant  assemblés,  de  Lesseps  leur  a  adressé  un 
discours  de  circonstance  et  l'on  s'est  écrié  :  Vive  le  Roi  des  Français  !  Vive 
la  charte  ! 

Il  a  notifié  l'avènement  de  Louis-Philippe  à  tous  les  Consuls. 

L'Isis  a  répondu  au  salut  des  forts  de  La  Goulette  ;  cette  goélette  va 
escorter  un  bâtiment  du  Bey  qui  ramène  au  Levant  des  Turcs  venus 
se  mettre  au  service  du  Dey  d'Alger. 

«  Je  prie  Votre  Excellence  de  vouloir  bien  déposer  aux  pieds  du  trône 
de  Louis-Philippe  I*',  Roi  des  Français,  l'hommage  respectueux  de  mon 
adhésion  à  son  gouvernement  et  de  celle  de  MM.  de  Bourville,  Vice- 
Consul,  Duchenoud,  chancelier-interprète,  Ferdinand  Lesseps,  élève 
Vice-Consul,  et  Jules  Lesseps,  inscrit  sur  la  liste  des  candidats.  » 

{Affaires  étrangères,  C**'  de  Tunis.) 


[1830]  AVEC  LA  COUR  DE  FRANCE  711 

DE  LESSEPS  AU  G^  SÉBASTIANI  ^ 

1394.  —  Ttims,  25  novembre  i  830,  —  Il  a  présenté  une  note  offi- 
cielle au  Bey,  demandant  formellement  Tabolition  de  la  ferme  des  cuirs 
stipulée  dans  le  dernier  traité  et  la  suppression  de  la  quarantaine  *.  Ce 
sont  les  deux  seuls  points  qui  restent  à  régler.  «  Je  ne  pourrai  probable- 
ment en  finir  qu'an  retour  du  ministre  dirigeant.  En  effet,  ce  dernier, 
redoutant  l'occupation  de  File  de  Djerba,  dont  le  menace  le  vice-roi 
d'Egypte,  est  en  voyage  dans  les  provinces  du  sud. 

Dans  les  fréquentes  discussions  et  les  entrevues  qu'ont  entraînées 
mes  diverses  négociations  avec  le  Bey  en  particulier  ou  en  plein  divan, 
avec  ses  ministres,  je  n'ai  éprouvé  quelque  résistance  que  relativement 
à  la  détérioration  et  à  l'agiotage  de  la  monnaie,  qui  devenait  effrayante 
et  qui  allait  affecter  celle  d'or;  mais  j'ai  eu  beaucoup  à  me  louer  de  la 
fermeté  que  j'ai  dû  mettre  dans  mes  protestations  à  cet  égard  et  dans 
la  déclaration  publique  au  Bey  que  mon  affection  pour  lui,  mes  cbeveux 
blancs  et  mon  caractère  m'obligeaient  de  lui  dire  que  ses  ministres, 
en  persistant  dans  ce  système  et  dans  celui  d'oppression  dont  gémissait 
le  peuple,  étaient  assez  aveugles  pour  ne  pas  voir  le  précipice  où 
venaient  de  tomber  avec  leur  Prince  de  perfides  et  ignorants  conseil- 
lers. £t  ce  qu'on  aurait  peine  à  croire  en  Europe  d'une  cour  aussi 
despotique,  d'une  cour  enfin  barbaresque,  c'est  que  mon  langage,  outre 
quUl  a  produit  l'effet  que  je  désirais,  a  obtenu  celui  d'arrêter  de  dan- 
gereuses et  fatales  opérations,  et  en  outre  n'a  fait  qu'augmenter  la  con- 
fiance du  souverain,  l'infinence  dont  je  jouis  auprès  du  Prince  et  des 
ministres  eux-mêmes  que  j'accusais,  et  les  égards  et  les  démonstrations 

les  plus  amicales  de  tous »  {Affaires  étrangères,  C  de  Tunis,) 

1.  Horace  comte  Sébastiani  de  la  Porta,  général  de  division,  ambassadeur,  député. 
Ministre  des  AflTaires  étrangères  du  16  novembre  1830  au  10  octobre  1832.  Il  eut 
pour  successeur  le  duc  de  Broglie,  ambassadeur,  pair  de  France,  membre  de 
l'Académie  française. 

2.  Voy.  Observations  relatives  à  la  ferme  des  cires  et  des  cuirs,  présentées  par  les 
négociants  français  à  de  Lesseps,  2  septembre  1830,  —  et  Extrait  des  registres  de  la 
chancellerie  concernant  les  réformes  à  faire  adopter  au  gouvernement  local,  même 
date.  (Affaires  étrangères,  (?•*  de  Tunis.) 


FIN 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  ET  ANALYTIQUE 

DES  MATIÈRES 


Abdallah,  reîs,  p.  178. 

ÂBBRDBBN  (Lord),  p.  685. 

AciiMBT,  pacha  de  Tripoli,  p.  252,  266. 

A'  Court  (W.),  envoyé  extrordinaire  et 
ministre  plénipotentiaire  d'Angleterre 
près  les  Puissances  barbaresques,  p.  512, 
513. 

Actes  passés  par  les  Français  dans  les 
Echelles  du  Levant  et  de  Barbarie, 
déposés  à  Marseille,  p.  1 18, 135 ;  •—  Extraits 
des  actes  passés  à  Tunis  (1702-1796), 
p.  308. 

Action  (L'),  vaisseau,  p.  642. 

Adanson  (J.-B.),  chancelier  du  Con- 
sulat de  France  à  Tunis,  p.  156, 158,  161, 
256,  288,  301,  305,  307,  339,  345,  438,  455, 
456  ;  —  (Pierre),  son  fils,  p.  438. 

Adonis  (L'),  vaisseau,  p.  672. 

Aérostat  lancé  &  Tunis  en  présence  du 
Bev,  p.  142. 

Affaires  Étranoérbs  (Ministres  des). 
Voir  Bassano,  Broglib,  Champaght,  Damas, 
Delacroix,  Dbssollbs,  Jaucourt,  La  Fbr- 
RONMAYS,  La  Forbst,  MoLé,  Montmorency, 
Pasquier,  Polignac,  Portaus,  Richelieu, 
Sébastiani,  Tallbyrand,  Vice>cb. — (Dépar- 
tement des).  Voir  Consulat,  Gazette  de 
France. 

Afflige  (CheV'),  capitaine  de  frégate 
anglais,  p.  28. 

Afrique  (Compagnie  royale  (1741-1794), 
puis  Agence  d'),  p.  10,  11,  15,  23, 
45,  70,  72,  79  à  81,  87,  89,  93/98,  109, 
115,  119,  120  à  122,  126  à  130,  143,  145, 
156,  160,  180,  183,  247,  258,  261,  266,  284, 
357,  366,  367,  400,  436,  444,  448,  467,  552, 
621,  624.  -(Concessions  d'),  p.  592,  621, 
681. 

AoDB,  p.  384. 

AoosTiNO  (J.  d'),  résident  à  Tunis,  p.  306. 

Agoult  (comte  d^,  chargé  d'affaires  de 
France  à  Madrid,  p.  557. 


Aorel,  envoyé  de  Suède  à  Tunis,  p.  531. 

Agriculture*  Voir  Grains. 

Aguillon,  armateur  de  Toulon,  p.  503, 
524,  574,  593,  607. 

Ahmed,  envoyé  de  Tunis  en  France, 
p.  106. 

Aigle  (L'),  frégate  hollandaise,  p.  155. 

Aiguillon  (Emmanuel-Armand  de  Vigne- 
rod  du. Plessis- Richelieu,  duc  o*),  secré- 
taire d'Etat  des  Affaires  étrangères,  p.  10. 

Aimable  Clarisse  (L'),  brick,  p.  637,  638, 
639,  640,  645,  655. 

Aix,  p.  412. 

Aix-la-Chapelle  (Congrès  d'),  p.  563  k 
567,  680. 

Ajaccio,  p.  11,  446. 

Alcala,  vice-consul  d'Espagne  à  Tunis, 
p.  667,  678. 

Alcmènb  (L'),  frégate,  p.  65,  67,  68,  69, 
70,  73. 

Alerte  (L'),  aviso,  p.  223. 

Albsia,  p.  245. 

Alexandre  (L'),  bombarde,  p.  589,  607. 

Alexandre  de  Massignano  (Père),  Capu- 
cin. Voir  Massignano. 

Alexandrie,  p.  132,  165,  357,  360,  363, 
384,  405,  418,  634,  636,  667. 

Alger,  p.  11,  14,  28,  41,  46,  48,  49,  51, 
52,  93,  103,  109,  113,  124,  134,  139,  146, 
147,  167,  175,  193,  195,  200,  213,  217,  223, 
224,  226,  227,  237,  238,  247,  257  à  259, 
273,  274,  276,  291,  296,  297,  299,  301  à 
304,  309,  313,  317,  331,  338,  350,  367,  369, 
382,  388,  400,  439,  444,  464.  —  Alger 
bombardé  par  les  Espagnols,  p.  132, 
243.  —  Un  agent  du  Dey  cherche  à  pro- 
voquer une  émeute  à  Tunis  au  moment 
de  l'expédition  d'Egypte,  p.  366.  — 
Guerres  avec  Tunis,  p.  372,  468  à  478,  496, 
510  à  513,  521,  579.  —  Infiuence  du  Dey 
à  Tunis,  p.  389,  390,  401,  459,  482,  503. 
—  Expédition  anglaise,  p.  171.  — Le  Dey 
et  la  neutralité  du  pavillon,  p.  622.  — 
Hostilités  contre  le  pavillon  pontifical. 


714 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


p.  626, 627.  —  Expédition  française,  p.  634 
à  649,  642,  643,  647,  648,  651  à  653,  655 
à  657,  670,  682,  683,  688,  690,  693,  698, 
699,  703. 

AlI'AOHa.  Voir  Ali-Chaouch. 

Au,  Bey  de  Tunis,  p.  1.  2,  3,  4,  5,  7, 
8,  16,  17,  20,  30,  31,  32,  33,  34,  39,  41, 
44,  46,  49.  50,  56,  62,  63,  64,  67,  71,  94, 
100,  106,  134,  140.  141,  199,  207,  202,  525, 
529,  535,  559,  624;  —  parle  italien,  p.  19; 

—  a  des  médecins  italiens,  p.  28  ;  —  a  des 
esclaves  corses  comme  domestiques,  p. 
55;~est  malade,  p.28, 30, 39;— demande 
un  médecin  français,  p.  15,  16,  17,  21, 
23,25,  26,  27;  —  caduc,  p.  117,  124;  — 
sa  mort,  p.  125. 

Au  (Sidi),  fils  d*Othman-Bey,  p.  525, 
529;  —  maître  maçon  maure,  p.  686. 

Au  BoROuouL,  pacha  de  Tripoli,  p.  248, 
251. 

Ali-Chaoucm,  envoyé  de  Tunis  en 
France,  p.  16,  17,  18,  20,  21,  22,  23,  103, 
104. 

Au-Halas,  écrivain  de  Mustapba-agba, 
p.  440. 

Au-REî8«  chef  des  armements  de  Tunis, 
p.  12,  75. 

AujkRA,  tailleur  de  Tunis,  p.  307. 

Alphonse  (L*),  vaisseau  portugais,  p.  389, 
390. 

Alzitto  (François),  résident  à  Tunis, 
p.  301,  306,  438,  49i,  496;  —  (Antoine], 
p.  306  ;  —(Thomas),  p.  306;  —  (Jean),  p.  30é. 

Ambigu,  journal  imprimé  k  Londres, 
p.  491,  506. 

Amérique.  Voir  États-Unis. 

Amiet,  officier  d*artillerie,  p.  639. 

AMOUDA-BBif-Yonc,  négociant  tunisien, 
p.  440,   445. 

Ampuytritb  (L'),  frégate,  p.  595. 

Anconb,  p.  547. 

Ancrage  (Droit  d*)  à  Marseille,  p.  506. 

—  à  Tunis,  p.  606. 

Anderson,  consul  des  Etats-Unis  à 
Tunis,  p.  558. 

Andr*  (Joseph),  agent  de  la  Compagnie 
d*Afrique  au  Coilo,  p.  247. 

A^DRÉ,  négociant  de  Marseille,  p.  251, 
303,  312. 

Anoevillbr  (Charles-Claude  la  Billar- 
derie,  comte  d*),  directeur  des  jardins  du 
Roi,  p.  145. 

Anglais.  —  Guerre  franco -an  glaise, 
p.  86  à  88,  92,  96,  102,  104,  105,  108,  129, 
131.  —  Mission  de  l'intendant  de  Tar- 
senal  du  Bey,  p.  221,  290,  302,  309,  311. 

—  Escadre  anglo-espagnole,  p.  223,  224, 
227,  229,  237,  245.  —  Corse  occupée,  241, 
252,  265,  271,  272,  214,  281,  287,  314,  341 
à  343.  —  Voir  Émigrés.  —  Escadre 
anglaise  &  Tunis,  p.  281,  287,  291,  292, 
296,  300,  309,  347,  350,  351,  356.  ~  Malte 
et  Alexandrie,  361,363,  365,  381,  388,  403, 
414,  417,  418.  —  Coup  de  main  sur  Tri- 
poli, p.  390,  397,  398,  416.  —  Intrigues  en 
Turquie,  p.  419,  420.  —  Extension  du 
commerce  anglais,  p.  475.  —  Influence  & 
Tunis,  p.  478,  479,  482,  483.  —  Vues  sur 


Tabarque,  p.  483.  —  Croisière  dans  le 
golfe  de  Tunis,  p.  486.  —  Le  commis- 
saire Hope  cherche  à  fermer  les  ports 
tunisiens  aux  Français,  p.  494,  495.  — 
Baléares  occupées,  p.  496,  497.  —  Guerre 
avec  la  Suède,  p.  501.  —  Sicile  occupée, 
p.  500  à  502.  ->  Faux  bruits  répandus  à 
Tunis,  p.  491,  506.  —  Convention  du 
2  mai  1812,  p.  502.  —  Diminution  d*in- 
fluence  à  Tunis,  p.  508.  —  Paix  avec  le 
Portugal  imposée  au  Bey,  p.  513.  —  Croi- 
sade pour  la  délivrance  nés  chrétiens, 
p.  547,  548.  —  Gènes,  Monaco,  la  Sar- 
daigne  protégés,  p.  549.  —  Expédition 
contre  Alger,  p.  551.  —  Influence  com- 
merciale, p.  553,  560,  591.  619,  621,  622. 
652.  —  Protestation  contre  le  traité 
franco-tunisien  de  1824,  p.  631.  —  Guerre 
avec  la  Turquie,  p.  605,  651,  671.  —  Ri- 
valité franco-anglaise,  p.  658,  639,  680  à 
685.  688,  690,  693. 

Angleterre.  Voir  Anglais. 

Anuouléme  (duc  d\  p.  38,  40.  —  (Marie- 
Tbérèse-Charlotle,  duchesse  d1,  p.  38. 

Animaux  sauvages.  Voir  Ménagemf, 
Muséum. 

Apcron  (chevalier  d'),  capitaine  de 
vaisseau,  p.  6,  7,  53. 

Arabe  (Langue).  Le  consul  du  Rocher 
sait  Tarabe,  p.  98.  —  Appointements  de 
l'écrivain  maure  pour  la  traduction  des 
pièces  arabes  en  1778,  p.  77.  —  Le  Bey 
demande  la  traduction  d'une  dépêche  en 
arabe,  p.  236.  —  Ecrivain  arabe,  p.  303. 

Arabie.  Voir  Mecque  (La). 

Archambault  (Jules-Julien  d'),  perru- 
quier à  Tunis,  p.  147. 

Archer  de  la  Marine,  accompagne  les 
chevaux  et  les  lions  envoyés  en  présent 
k  Louis  XVI,  p,  60,  61. 

Archives  du  Consulat  et  de  la  Chancel- 
lerie, p.  286,  294,  305,  311. 

Armes  offertes  au  Bey  par  la  nation 
française  à  Tunis,  p.  134. 

Armistice  franco-tunisien  (27  août  1800), 
p.  410,  412,  419. 

Arnaud  (François  -  Jean  -  Baptiste  •  Sex- 
tius,  chev.  n'),  lieutenant  de  vaisseau, 
p.  129,  130. 

Arnaud  (Dominique),  résident  à  Tunis, 
p.  132,  135,  140,  147,  233,  290,  291,  301, 
305,  307,  438.  —  (Jean-Joseph),  cuisinier, 
p.  438.  —  (Lazare),  résident  k  Tunis, 
p.  438.  —  (François),  p.  505,  575,  616, 
633,  681,  686. 

Arnoux,  résident  à  Tunis,  p.  71. 

Arsenal  du  Bey,  p.  221,  241,  242,  299. 

Artés  (J.-B.),  commis  à  Tunis,  p.  147. 

ArtrAmisb  (L*),  frégate,  p.  336. 

Artillerie  tunisienne.  —  Fonderie  de 
canons,  p.  149,  151,  170,  194.  —  Machine 
k  forer  des  canons,  p.  183, 187,  191,  202, 
206,  £15.  —  Bombes,  p.  186,  187,  191, 
209,  210,  215.  —  Munitions  de  guerre 
demandées  à  la  France,  p.  145  à  148, 196, 
200,  202,  207,  208,  211,  215,  235,  267,  268, 
270.  274,  275,  276,  285.  —  Canons,  p.  273. 
—  Fourneau  k  rougir  les  boulets,  p.  274. 


ET  ANALYTIQUE 


715 


—  AITûts,  p.  274.  —  120  canons  achetés 
en  France,  p.  446,  450,  453,  454.  — 
6000  fusils  de  munilion  achetés  en 
France,  p.  469,  410,  472,  499  à  609.  — 
Le  Bey  demande  deux  ingénieurs  et  un 
officier  français,    p.  554,  634,  639,  640, 

646.  —  Voir  Poudre,  Salpêtre. 

Artois  (Marie-Thérèse  de  Savoie,  Com- 
tesse D*),  p.  38;  —  (Comte  d';,  voir  Char- 
les X. 

AssAiLLAirr  (L*),  aviso,  p.  369, 378, 388  ;  — 
arrêté  &  la  Goulette,  p.  374.  315,  377, 
319;  —  armé  en  course  par  le  Bey,  p.  381. 

Assemblée  constituante,  p.  182. 

Assignats,  p.  2il.  —  Les  consuls  seront 
payés  en  numéraire  (22  août  1793),  p.  225. 

Assomption  (L'),  bâtiment  russe,  p.  483. 

Assurance  maritime,  ne  se  fait  pas  à 
Tunis,  mais  à  Gênes,  Marseille  et 
Livourne,  p.  499. 

ASTOlN-SlELVE,    voir  SiELVB. 

AsTRéE  (L'),  frégate,  p.  644,  655,  662, 664. 

AsTRUY,  capitaine  d'une  tartane,  p.  384. 

Atalantb  (L*),  frégate,  p.  6, 7,  18, 19,  81. 

Athènes,  p.  550. 

Attel  (Elias),  juif  résident  à  Tunis, 
p.  280,  292,  295,  300,  315,  407,  418,  425, 
498,  593. 

Attili  de  la  Touh  (Comte  d'),  consul 
de  Sardaigne  à  Alger,  p-  640,  642,  643, 

647,  654,  666,  674. 

Auberge  de  la  nation  française  à  Tunis, 
p.  22;  —  jugée  par  M.  de  Totl,  p.  87;  — 
établie  hors  du  Fondouk,  p.  88,  90,91,103. 

AuBERT  du  Bayet  (J.-B.  Aunibal),  général, 
p.  336. 

AuBiGNOSc.  Voir  Brun  d'Aubignosc. 

Aubin  (François),  boulanger,  p.  438,  505. 

Audibbrt-Caille  (Louis  d'),  député  de 
la  nation  française  &  Tunis,  régisseur  de 
la  maison  Viilet,  p.  88,  132,  135,  139, 
140,  147,  201,  290,  301,  305.  —  Plaintes 
contre  lui,  p.  238,  243,  246. 

Audiences  du  Bey,  p.  6,  7,  9,  14,  18, 19, 
25,  28,  33,  34,  36,  40,  46,  52,  56,  69,  81, 
89,  91,  92,  96,  155,  159,  162,  193,  211,  219, 
222,  223,  255,  256,  277,  304,  311,  321,  340, 
342,  368,  378,  412,  420,  431.  439  à  441,  516, 
521,  541,  569,  600,  648,  653,  654,  660,  662, 
690,  710;  —  du  Pacha  de  Tripoli,  p.  322. 

AuGiBR  (François,  comte  d'),  vice-ami- 
ral, p.  623. 

Auguste,  joaillier,  p.  451. 

Aurore  (L'),  frégate,  p.  37,  52,  53,  55, 
91,  92,  102,  108. 

Authier  (Félix;,  négociant  de  Toulouse, 
p.  627. 

AuTRAN,  prisonnier  &  Tunis,  p.  344. 

Autriche,  Guerre  avec  la  Turquie, 
p.  174  à  176.  —  Guerre  avec  la  France, 
p.  314,  339,  346.  —  Le  consul  de  Hollande 
est  agent  de  TAutriche  &  Tunis,  p.  491, 
555,  625,  626,  632.  —  Démêlé  avec  le 
Maroc,  p.  699. 

Autruches  envoyées  à  Charles  X,  p.  614. 

AuvELLY,  négociant  français  &  Tunis, 
p.  88,  91. 

Ayeicturb  (L'),  corvette  anglaise,  p.  585. 


Baba  Mustapha,  drogman  du  Fondouk, 
p.  132. 

Bacri,  p.  375,  382,  499. 

Badine,  corvette,  p.  114,  211. 

Baisemains  du  Bey  de  Tunis,  p.  14,  19, 
233,  304,  525,  530,  555,  558. 

Baléares,  occupées  par  les  Anglais, 
p.  496. 

Balmette  (Jacques),  garçon  boulanger, 
p.  147. 

Balt  (Le  Commodore),  p.  403. 

Barcelo  (Antonio),  chef  d'escadre  espa- 
gnole, p.  132. 

Barcelone,  p.  495. 

Bardo,  palais  du  Bey  de  Tunis,  p.  13, 14, 
16,  18,  19,  37,  55,  75,  81,  97,  124,  157,  214, 
219,  441. 

Bargrton  (Charles-Emmanuel  de),  capi- 
taine de  vaisseau,  p.  102. 

Barlow  (Joël),  consul  d'Amérique  à 
Alger,  p.  273,  376,  386. 

Baron  (Ursule),  de  Malte,  p.  420. 

Barratier,  vice-consul  &  l'Ile  Saint- 
Pierre,  p.  361. 

Barry  (François),  député  de  la  nation 
française  &  Tunis,  p.  23,  90. 

Barthez  (Joseph),  résident  à  Tunis, 
p.  132,  135,  140,  147,  186,  194,  290,  301, 
305,  397,  438,  470,  492. 

Basalini,  diplomate  espagnol,  p.  167. 

Bassano  (Hugues* Bernard  Maret,  duc 
de),  ministre  des  AfTaires  étrangères, 
p.  493,  494,  495,  496,  499,  500,  501 ,  502, 
503,  504,  505,  506,  507,  508,  509,  510,  511, 
512,  513. 

Bastia,  p.  163,  200,  234,  252,  272,  353, 
357,  310,  407,  432,  450,  453,  543. 

Bastide,  p.  483,  497,  593. 

Bastion  de  France,  p.  45,  656. 

Bastonnade  (Français  punis  de  la), 
p.  395,  406. 

Batavia  (Le),  vaisseau  hollandais,  p.  155. 

Bayonnaise  (La),corvette,  p.  689, 690, 698. 

Bbaubarnais  (François,  marquis  de), 
ministre  de  France  en  Toscane,  p.  464. 

Beaumier,  négociant  de  Lyon,  p.  680, 
686. 

Beaumont  (Christophe  de),  archevêque 
de  Paris,  p.  54. 

Bbaussier  (Bonaventure),  consul  géné- 
ral de  France  à  Tunis,  p.  271,  218,  219, 
281,282,  283,  290,  291,  294,  295,  296,  300, 
301,  303,  304,  305,  301,  308,  311,  312,  316, 
317,  318,  319,  322,  323,  327,  331  ;  —  cri- 
tiqué  par  Herculais,  p.  320,  334;  —  consul 
à  Tripoli,  p.  323,  349,  351,  358,  362,  390, 
398,  416;  —  négociant  &  Tunis,  p.  686. 

Beauvais  (Joseph),  perruquier  à  Tunis, 
p.  301,  306,  438,  505. 

Bédouins,  pillent  des  corailieurs,  p.  195; 
—  pillent  une  gondole  corse,  p.  558. 

Bellier  (César),  négociant  français  à 
Tunis,  député  de  la  nation  française, 
p.  132,  135,  140,  147. 

Bbllonb  (La),  frégate,  p.  708,  709. 

Billot.  Voir  Bblot. 


716 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Bklot,  ingénieur  au  senrice  du  Bey, 
p.  306,  379,  391,  394,  420. 
Bpn-Atbt,  voir  Redjbb. 
BbIram  (fêles  du],  p.  13,  75. 
Bbllbtbbtb  (Nicolas-Henri),  secrétaire- 
interprète,  p.  442,  452. 

Bellbvillb,  consul  &  Livoume,  puis 
chargé  d'affaires  en  Ligurie,  p.  321,  326, 
360. 

Bbutdick  (Williams),  commandant  des 
troupes  anglaises  en  Sicile,  p.  501,  508. — 
(Lady),  p.  501.  502. 

Bbrlb  (Antoine),  courtier  du  consul, 
p.  505. 

BBiUfARD,  caissier  de  la  Marine  &  Mar- 
seille, p.  218  ;  —  résident  à  Tunis,  p.  300. 

Bbrnardih  (Le  Père),  capucin,  p.  180. 

Bbrmstorpf,  p.  564. 

Bbrtbllet  (Louis-Antoine  db),  consul 
de  France  à  Livourne,  p.  111,  115. 

Bertrand,  directeur  de  la  Compagnie 
d'Afrique  à  Marseille,  p.  247,  266. 

Bertrand  de  Mollbvillb  (Antoine-Fran- 
çois), secrétaire  d'État  de  la  Marine, 
p.  198,  201,  203,  204,  205,  206,  212. 

Biche  (La),  goélette,  p.  516. 

BiftRB  DE  Hollandb,  p.  76. 

Bionoh  (Baron),  p.  708. 

BiLLON  (Francis-Joseph),  résident  à 
Tunis,  p.  88,  91,  147,  251,  297,  312,  422, 
438,  446,  447,  455.  —  Plaintes  contre  Her- 
culais  et  Guiraud,  p.  302,  303.  ~  (Jean- 
François),  son  frère,  vice-consul,  p.  455, 
456,  475,  482,  483,  484,  485,  486,  487,  489, 
490,  491,  492,  493,  494,  495,  496,  498,  499, 
500,  501,  502,  503,  504,  505,  506,  507,  508, 
509,  510,  511,  512,513,  514,  515,  516,  517, 
520,  521,  534,  543. 

BiNEAU,  ingénieur,  p.  627,  667,  686, 
692. 

BiRBO  (11),  corsaire  anglais,  p.  479. 

Biscuits,  p.  76,  554. 

BizERTE,p.  11,  70,  72,79,  89,105,157,247, 
305,  375,  378,  406,  437,  439,  450,  456,  498, 
509,  554,  558,  580,  587,  612,  615,  624,  646, 
647,  674,  697,  698. 

Blancard  (Mlle),  de  Marseille,  p.  630. 

Blancbenay.  Anglais,  p.  662. 

Blet,  offlcier  d*artillerie,  639. 

Blocus  continental.  Devoize  ne  peut 
empêcher  l'introduction  des  marchan- 
dises anglaises  en  France,  p.  475,  486. 

Blot,  ingénieur,  p.  205,  206. 

Blotbfier  (Jean -François  de),  capitaine 
de  vaisseau,  p.  24. 

fiocKENHAGEN,  capitaine  de  vaisseau, 
p.  641. 

fiooo  (François),  maître  menuisier, 
p.  639,  686. 

Bombay  (Le),  vaisseau  anglais,  p.  545. 

Bombes,  voir  Artillerie. 

BoMPAR  (Chevalier  de),  capitaine  de 
vaisseau,  p.  6,  37,  91,  92,  99.  100,  102, 
108. 

Bon  (Gap),  p.  634,  637,  640,  656,  662. 

Bonaparte,  renvoie  des  esclaves  au  Bey, 
p.  326,  331,  332;  --  demande  des  vivres 
au  Bey,  p.  350;  —  occupe  Malte,  p.  351 


à  358;  —  en  Egypte,  p. 363  à  369,  371, 393, 
398,  402,  422;  —  Premier  Consul,  p.  404, 
413,  418,  419,  422,  429;— renvoie  Devoize 
k  Tunis,  p.  424;  —  remercie  le  Bey 
d'avoir  libéré  des  esclaves,  p.  433;  — 
Président  de  la  République  italienne, 
p.  438;  —  Consul  à  vie,  p.  438,  440  à  442; 
—  Lettre  de  créance  pour  Mustapha-Agha, 
p.  450;  —  Empereur,  p.  46;  —  en  Espa- 
gne, p.  482;  —  Mariage  avec  Marie- 
Louise,  p.  489;  —  Naissance  du  Roi  de 
Rome,  p.  494;  —  Entrée  à  Moscou, 
p.  504;  ~  Cent-Jours,  p.  534,  536,  537. 

Bonaparte  (Joseph),  ambassadeur  à 
Rome.  Ses  effets  enlevés  par  un  corsaire 
tunisien  sur  une  barque  génoise,  p.  351, 
361,  377.  —  Roi  de  Naples,  p.  465.  —  fioi 
d'Espagne,  p.  482. 

Bonaparte  (Lucien),  p.  489. 

BoNAVBNTCRB  DE  Prato  (Père),  capucin, 
p.  461  ;  —  esclave,  p.  480. 

Bons,  comptoir  de  la  Compagnie  d'Afri- 
que, p.  45,  80,  119, 136,  137,  138,  247,372. 
454,  550,  584,  5R8,  619,  634,  636,  655,  656, 
698  ;  —  Projet  d'expédition  contre  Mne, 
p.  644;—  Blocus,  p.  680. 

Bonipacb,  capitaine  de  vaisseau,  p.  597. 

BONIPACIO,  p.  105. 

Bonnets  envoyés  de  Tunis  en  Egypte, 
p.  357. 

BoNNBVAL  (Philippe  db  Roux,  comte  de), 
capitaine  de  vaisseau,  p.  65,  69,  70,  71, 
73. 

Bonthoux  (Jean),  résident  napolitain  & 
Tunis,  p.  511,  514. 

Boot,  chef  d'escadre  hollandaise,  p.  155. 

Bosc  ou  BoscB,  perruquier  à  Tunis, 
p.  306,  420. 

Botanique,  voir  Anoevillbr,  Dbsfontai- 

NBS,  PeYSSONNBL. 

Bottari,  facteur  à  Tunis,  p.  306;  — 
(Côme),  agent  consulaire  à  Bizerte,  p.  378« 
437,  438,  446,  448,  450,  457,  505,  509,  527, 
554,  612,  615,  624. 

BouDBUSE  (La),  frégate,  p.  119, 123, 124. 

BouDjARA  (Elias),  agent  du  Bey  à  Mar- 
seille, p.  562. 

Bougie,  p.  485. 

BouiLLET,  négociant  à  Marseille,  p.  147. 

Boulanger  (Gérard),  résident  è,  Tunis, 
p.  289. 

Boulanger  du  Fondouk,  p.  76,  88,  188, 
515,  605. 

BouLouvARD,  chef  du  bureau  des  Con- 
sulats, p.  335. 

BouRDÉ,  capitaine  de  vaisseau,  p.  273. 

BouRiLLON  ou  BouRRiLBOH,  résioeut  à 
Tunis,  p.  301,  305,  575. 

BouRMONT  (Louis  de  Ghaisnb,  comte  de), 
p.  697,  698. 

BOURVILLB,   voir  VaTTIER    DE  BOURVILLE. 

BouTDf  (Vincent- Yves),  chargé  d'uoc 
mission  topographique  dans  les  Régences 
barbaresques,  p.  474,  475. 

BouziOB,  résident  à  Tunis,  p.  233,  290, 
291,  305;  —expulsé,  p.  316. 

BoYNBS  (Pierre-Étienne-François-Boui^ 
geois  db),  secrétaire  d'État  de  la  Marine, 


BT  ANALYTIQUE 


717 


p.  5,  6,  7,  8,  9, 10,  H,  42,  43,  44,  45, 46,  47, 
48,  49,  20,  22,  23,  24,  25,  26,  27,  28,  29, 
30,  34,  33. 

Brbdi,  voir  Mambt  Brady. 

Broglir  (Duc  de),  ministre  des  AfTaires 
étrangères,  p..  741. 

Rrouard  (Etienne,  baron),  chef  de 
rétat-major  de  Malte,  p.  352. 

BuovES  (Comte  de),  envoyé  de  Louis  XV 
h  Tunis,  p.  4,  41. 

Brueys  d'Aioalliers  (François- Paul), 
lieutenant  de  vaisseau,  p.  492,  493;  — 
contre-amiral,  p.  336,  350,  422. 

Brdn  d'Aubionosc  (Louis),  offlcier  en 
mission  à  Tunis,  p.  689,  696,  697,  698. 

BKiiNB(GuiUaume-Marie-Anne),  général, 
ambassadeur  à  Conslantinople  ,  puis 
maréchal,  p.  459,  464,  462,  540. 

BuGHOT  (Philibert),  commissaire  des 
relations  extérieures,  p.  224,  233,  234, 
235,  236,  237,238,  239,  240,  244,242,  243, 
250. 

BoFFOir.  Ses  œuvres  demandées  par  le 
médecin  du  fiey,  p.  325. 

BuRSTRÔM,  consul  de  Suède  &  Tripoli, 
p.  504. 

BuRTAT  (Maurice),  agent  de  la  Compa- 
gnie d'Afrique  à  Tabarque,  p.  247,  412. 

BuzARAïf,  consul  d'Espagne  à  Tunis, 
p.  402. 


Cabotage  à  Tunis  en  1792,  p.  220. 

Cacack,  capitaine  sicilien,  p.  506. 

Cadeaux,  voir  Présents. 

Cadoucha,  sœur  d'Hamouda-Bey,  p.  523. 

Café  offert  pendant  les  audiences  du 
Bey  ou  de  ses  ministres,  p.  49,  320,  446, 
541 ,  569,  648. 

Captan  d'investiture  envoyé  par  le 
Sultan,  p.  550. 

Cagliari.  p.  143,  150,  165,  215,  228,  237, 
245,  259,  364,  388,  436,  445,  454,  473,  484, 
545   547. 

Caire  (Le),  p.  423,  363,  372,  402. 

Caisse  de  secours  pour  les  Français, 
p.  616 

Cajetan  de  Erboplo,  provincial  des 
Capucins  de  Corse,  p.  180;  —  de  Bastia, 
Capucin,  p.  180. 

Calabre  (de),  chancelier  du  consulat  de 
France  à  Tunis,  p.  8,  10. 

Calèche  offerte  par  le  roi  de  Naples  au 
Bey.  p.  513. 

Callb  (La),  comptoir  de  la  Compagnie 
d'Afrique  en  Algérie,  p.  45,  80,  247,  366, 
367,  36S,  312,  388,  493,  558,  560,  583,  584; 
—  détruit,  p.  634. 

Campbell  (Commodore),  p.  390. 

Candélabres  offerts  au  Bey,  p.  257. 

Candie,  p.  365. 

Canéb  (La),  p.  12,  458,  365. 

Canons.  Voir  Artillerie. 

Cap-Nègre  (Comptoir  français  du),  p.  41, 
16,  23,79,  156,  159, 160,  601,  621,  631,  701, 
710. 


Capitulations,  p.  604,  615,  646,  706. 
Capo  d'Istria  (Comte),  p.  563,  564. 
Caprara  (Cardinal),  p.  455. 
Caprera  (Ile),  p.  462,  463,  444,  449,  432, 

Capucins,  p.  68, 72,  73,  84, 480,  484,  288, 
464,  475,  494,  517,  562.  Voir  Chapelle 
consulaire.  ClueTIÉRE. 

Carbonel,  boulanger  du  Fondouk,  p.  88. 

Carbonnbl  (François),  cuisinier  &  Tunis, 
p.  307,  420. 

Cardinbt  (Alexandre),  commis  à  Tunis, 
p.  447. 

Carmi  (Moïse),  juif  d^Avignon,  p.  587. 

Carmin  (Moïse),  juif  de  Tunis,  p.  505. 

Caroni  (Père  Félix),  antiquaire,  p.  459. 

Carrosses  offerts  au  Bey,  p.  66,  69, 
256,  257,  324. 

Carthaoe,  p.  459,  664;  —  (Gap),  p.  30, 
454. 

Cartographie  de  la  Méditerranée, 
p.  62. 

Cassal  (Félix),  chargé  d'une  mission 
pour  la  ménagerie  de  Versailles,  p.  349. 

Cabsan,  résident  à  Tunis,  p.  627. 

Cassolettes  offertes  à  Mustapha- 
Khodja,  p.  444,  459,  457. 

Castlereagh  (Lord),  p.  564. 

Castribs  (Charles-Eugène-Gabriel  de  la 
Croix  de),  secrétaire  d'Elat  de  la  Marine, 
p.  443,  444,  445,  4)6.  447,  448,  449,  422, 
423,  424,  425,  426,  429,  430,  134,  432,  433, 
434,  435,  436,  431,  438,  439,  440,  444,  442. 
443.  444,  445,  446,  141,  449,  450,  454,  452; 
453,  454,  455,  456,  451,  458,  459,  460,  464, 
462, 465,  166,  467,  468,  469,  470,  472. 

Catalogne,  p.  224,  399. 

Catucart  (Leander),  diplomate  améri- 
cain, p.  376. 

Cautionnements.  Voir  Commerce  (Cham- 
bre de). 

Cave  du  Fondouk,  p.  90. 

Cbnsaux  à  Tunis,  p.  606. 

Céphalonie,  p.  337,  339,  344,  355. 

Cérémonial,  p.  462.  Voir  Audiences,  Bai- 
semain, Consuls. 

Cêrigo,  p.  339. 

Cbuta,  p.  636. 

Chabert  (de),  capitaine  de  vaisseau, 
p.  44. 

Chabot  (Louis-François-Jean),  général, 
p.  350. 

Chaix,  négociant  français  à  Tunis,  p.  88. 

Chakir,  garde  des  sceaux,  p.  645,  707. 

Champagny  (J.-B.  Nompère,  Comte  de), 
ministre  des  Affaires  étrangères,  p.  474, 
472,  413,  414,  415,  416,  477,  418,  484,  482, 
483,  484,  485,  486,  481,  489,  490,  494,  492, 
493. 

Chancelier  du  consulat  de  France  à 
Tunis.  —  Ses  appointements,  p.  85,  99. 
—  Son  logement,  p.  311,  315. —  Plaintes 
des  résidents,  p.  488.  Voir  Adanson, 
Calabre,  Duchenoud,  Laudon,  l'Etano, 
SiBLVE,  Vallière. 

Chancellerie,  droits  perçus,  p.  449,  474. 

Chants  patriotiques,  p.  289,  304,  304. 

Chapkuè  (Jacques-Henri),  résident    à 


718 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Tunis,  p.  147,  186,  191»  194,  191,  202, 
209,  210,  215,  217,  SOI,  305,  438,  473,  496 
à  498,  512,  532,  575,  616,  631,  633,  681, 
686;  —  (Louis-Antoine)  ,  son  neveu, 
p.  505,631,633,681,  686. 

Chapelle  corsulaihe,  desservie  par  des 
Capucins  italiens,  p.  74,  85,  140,  287, 
288,  296,  297,  435,  443,  447,  452,  476,  489, 
639,681,687,694. 

Charbonnier,  lieutenant  de  vaisseau, 
p.  224. 

Charles  X,  p.  601,  604,  607,  608,  612, 
617,  618,  623,  704. 

Charles  (Père),  Préfet  des  Capucins  de 
Tttnis,  p.  288. 

Cbaklis,  capitaine  de  navire,  p.  420. 

Charmttbs  couvertes  servant  à  la 
nation  française  pour  accompagner  le 
Consul  au  Banlo*  p.  75. 

Châtaignes,  p.  Î5. 

Château  BRIAN  0  (FranoMS-René ,  vicom- 
te de),  ministre  des  Anaîr«a  étrangères, 
p.  587,  588,  589,  590,  594,  585^  597,  598, 
599,  600. 

Chatbauneup  (Pierre- Bazile-Françoîa  de 
L*EspiNE  de),  consul  général  de  France  à 
Tunis,  p.  158,  159,  160,  161,  162, 165,  166, 
167,  168,  169,  170, 171,  172,  173,  175,  176, 
177,  179,  180,  181,  182,  183,  185,  187,191, 
192,  193,  195, 196,  197,  201,  202,  203,  204, 
205,  209,  210,  214,  235,  280,  378. 

Chaumartln  (de),  capitaine  de  vaisseau, 
p.  46. 

Chevaux  envoyés  en  présents  au  Bey 
de  Tunis,  p.  14,  347;  —  par  le  Bey  a 
Louis  XVI,  p.  57  ;  — -  par  le  Dey  d'Alger 
au  Directoire,  p.  317; —  deinaudés  pour 
Malte,  p.  353. 

Chiesa  (Jean),  dit  DgiafTec,  esclave 
renégat,  p.  135. 

Chuérb  (La),  frégate,  p.  8,  9. 

Chirurgien  de  la  nation  française  à 
Tunis;  —  ses  appointements  sont  payés 

Kar  la  caisse  nationale ,  chacune  des 
uit  maisons  françaises  et  le  Consul, 
p.  27.  Voir  DupouR,  Pou  verdi,  Salva. 

Chocolat  offert  au  Bey  et  à  Mustapha- 
Khodja,  p.  75. 

Chosallao,  domestique  à  Tunis,  p.  307. 

Chypre  (Ile  de),  p.  589. 

CioooNA  (chevalier  Marco),  capitaine  de 
vaisseau  vénitien,  p.  443. 

CioooNE  (La),  goélette,  p.  637. 

CiOTAT  (La),  p.  52,  173. 

Cimetière  des  esclaves  chrétiens  & 
Tunis,  p.  68,  72;  —  les  clefs  et  le  casuel 
sont  déposés  dans  une  caisse  à  la 
garde  du  Préfet  des  Capucins,  p.  72. 

Citerne  du  Fondoue,  p.  77. 

CiviTA  Vecchia,  p.  178,  181,  316,  407, 
466,  489. 

Clauzel  (général),  p.  359. 

Clément  (Victor),  aubergiste  à  Tunis, 
p.  306,  438. 

Clermont-Tornbrre  (marquis  de),  mi- 
nistre de  la  guerre,  p.  636. 

Cloche  SOUS-MARINE  pour  pécher  le  corail, 
p.  610. 


Cocardes  hollandaises,  p.  315,  502,  514. 

Code  napoléon  expli(}ué  au  Bey,  p.  502. 

CoLCHBN,  commissaire  des  rélations 
extérieures,  p.  224. 

Collet  (Joseph),  capitaine  de  Taisseau, 
p.  635,  637,  638,  640,  665. 

CoLLo  (Le),  comptoir  de  la  Compagnie 
d'Afrique  en  Algérie,  p.  45,  80^  247.  457. 

Colosse  (Le),  vaisseau  français,  p.  566, 
572,  642. 

Comète  (La),  vaisseau  français,  p.  660. 

CoMrré  DE  SALLT  public,  p.  225,  226,  231, 
232,  237,  243,  248,  249,250,  251,  252,  254. 
255,  256,  257,  259,  260,  261,  263,  264,  26.^, 
266,  267,  268,  269,  270,  271,  272,  282,  284. 

Commerce.  —  Commerce  français  à 
Tunis,  p.  22,  25,  27,  59.  117  à  119.  123, 
225,  260,  460.  474,  493,  494,  563.  582,  587, 
610,  631,  632,  675,  694;  —  Commerce 
général  à  Tunis,  p.  173, 183,  219,  220,  5^5, 

—  Chambre  de  commerce  de  Marseille, 
p.  10,  15,  39,  77,  78,  93,  94,  102,  106, 118, 
153, 173,  228,  241,  248,  260,  426,  438,470. 

Comptabilité  des  Échelles  de  Barbarie, 
p.  118,  278,  219. 

Condulmer  (Tomaso),  amiral  vénitien, 
j^  143, 322,  330. 

CoKGÉs  du  Consul  de  France,  p.  8,  52, 
68,  81,  «25,  130,  187,  190,  195,  196,  468, 
478,  483,  5(1. 

CoNNiLuâRK  (Les),  p.  92. 

Conques  (Beimard),  résident  à  Tunis, 
p.  505. 

Conseil  exAcutip  pamisoirb,  p.  220, 221, 
224. 

Constantinr  (Bey  de),  p.  80,  122,  134 
à  138,  167,  169,  317,  367,  372,  454,470, 
471,  655,  656,  688,  689,  691,  696,  698,  699. 

CoNSTANTiNOPLK,  p.  19,  87,  264,  2lt,  282, 
283,  295.  336,  344,  363.  365,  389,  402, 419, 
459.  461,  464.  Voir  Turquie. 

Consul  tltosibn.  —  Le  Bey  veut  avoir  un 
Consul  à  Marseille,  p.  598,  616.  Voir 
BouDJARA,  GiBRRA.  —  à  Trîeste,  p.  619. 

Consul  de  France  à  Tunis,  —  ses 
appointements,  p.  85,  98,  119,  225,  237, 
474,  609,  624,  667  ;  —  son  uniforme,  p. 
99:  —  Préséance,  p.  525,  555,  558,  678, 
680,  681.  —  Voir  Bbaussier,  Chateaunecp, 
Dbvoize,  Du  Hocher,  Guys,  Lbsseps,  Saiziso, 

SULAUZB. 

Consuls  étrangers  a  Tunis  :  ~  d'Angle- 
terre, p.  90,  97,  252,  256, 259,  260, 27t,  281. 
289,  319,  371,  393,  400,  412,  467,  487,  492, 
506, 508, 51 3, 516, 520, 525, 545, 547 ,  555, 556. 
575, 588, 625, 657, 680 à  683,  708  à 710 ;  —de 
Danemark,  p.  14,  132,  240,  361,  513,  550, 
575;  —  d'Espagne,  p.  256, 274, 320, 361, 372, 
402,  484,  516,  575,  666;  —  des  États-Unis, 
p.  348,  376,  385  à  387,  396,  463,  473.  513. 
531,  558.  575,  609;—  de  Hollande,  p.  133, 
136,  256,  260,  295,  302,  361,  372,  384,  387, 
391,  441,  516,  625,  626;  —  Agents  d'Au- 
triche, p.  136,  315,  361,  502, 520,  625,  626; 

—  de  Raguse,  p.  295,  315;  —  de  Russie, 
p.  315  ;  —  de  Toscane,  p.  586,  625.  674;  — 
de  Naples,  p.  556,  575,  610,  611,675;  — de 
Sardaigne,  p.  552,  556,  575,  610,  611,  625, 


ET  ANALYTIQUE 


719 


640,  654,  657,  674,  683,  708  à  710;  —  de 
&ttfedB«24^35&»3^56i^SU»&ift,  556,  575; 
—  de  Venise,  143,  240,  257,  259, 289,  m% 
330,  331;  —  Liste,  p.  630,  632. 

Consulat  db  Tunis,  p.  85,  117,  221,  222, 
307. 

Convention  nationale,  p.  224,  272. 

Convois  de  vaisseaux  marchands  entre 
Tunis  et  Marseille  pendant  les  guerres 
franco-anglaises,  p.  102, 104, 109, 112, 119, 
123,  124,  126,  129,  130,  214,  222,  223,  244, 
247. 

CoQuiLLB  (La),  frégate,  p.  561. 

Corail  (Pèche  du),  p.  11,  15,  16,  23, 
79,  80,  89,  93,  98,  101,  103,  115,  119  & 
130,  143,  145,  183  à  185.  247,  357,  437, 
439,  446,  448,  452,  454,  456  à  458,  462, 
463.  465,  467,  468,  471,  473,  476,  492, 
496,  497,  505,  509,  512,  526,  550;  — 
affermée  aux  Anglais,  p.  552,  610,  615, 
619,  622;  —  réclamée  par  les  Français, 
p.  535  à  563,  579,  621,  702,  706,708,  709;  — 
convoitée  par  les  Napolitains,  p.  573,  583. 

CoRFOU,  p.  332,  336,  337,  339,  341,  344, 
346,  350,  3-25,  387,  402,  495,  498,  541. 

Coriolis  d'ëspinouse  (Charles-Régis , 
marquis  de),  capitaine  de  vaisseau,  p.  13, 
18,53,  55,56. 

Coriolis-Puymichel  (marquis  de),  capi- 
taine de  vaisseau,  p.  13. 

Cornélie  (La),  frégate,  p.  652,  664,  667. 

Corsaires  :  algériens,  p.  124,  374,  387, 
388,  453,  469,  476,  494,  627,  637,  638;  — 
anglais  (minorquins),  p.  91,  92,  99,  104, 
105,107,  108,  109,  112,  119,  222,  467,  469, 
472,  476,  478,  479,  483  &  489,  496;  — 
espagnols,  p.  589,  598,  599;  —  français, 
p.  225,  226,  252,  349,  421,  452,  464,  471, 
479,  481,  485,  492,  494,  497;  508;  —  grecs, 
p.  637;  —  italiens,  p.  459,  517;  —  mal- 
tais, p.  25,  38,  41  à  43,  462;  —  russes,  p. 
176,  472;  —  suédois,  p.  452;  —  tuni- 
siens, p.  35,  52,  105,  137,  163  k  165,  167, 
168,  170,  171,  178, 179,  181,  191,  195,  200, 
207,  208,  211,  215,  217,  223,  227,  228,  245, 
435.  —  Prises  génoises,  p.  171,  351,  379, 
450;  —  Prises  corses,  p.  81,  88,  113,  179 
à  181,  252,  235,  281,  341,  346;  —  Prises 
françaises,  p.  102,  135,  138,  374,  384,  423, 
544;  —  Prises  italiennes,  p.  352,  463;  — 
Prises  napolitaines,  p.  458,  581  ; —  Prises 
romaines,  p.  620;  —  Prises  sardes,  p. 
507,  545;  —  Prises  toscanes,  p.  464;  — 
Prises  grecques,  p.  338,  344,  509;  — 
Prises  russes,  p.  270,  483;  —  Prises 
vénitiennes,  p.  332,  333,  336,  337  ;  — 
Prises  prussiennes,  p.  641. 

Corse,  possession  anglaise,  p.  241,  232, 
271,  272,  274,  287,  314,  331,  341.  Voir 
CAPuaNs,  Corsaires,  Esclaves,  Paoli. 

CoRTÈs,  résident  à  Tunis,  p.  306. 

Cosmos,  corvette  anglaise,  p.  500. 

Costa  (Âmbrogio),  patron  d'une  gon- 
dole génoise,  p.  168. 

CosTE  (François-Xavier),  horloger  à 
Tunis,  p.  306,  438;  —  envoyé  à  Cagliari 
pour  les  approvisionnements  de  Malte, 
p.  388. 


Courrier.  Nécessité  d'un  courrier  régu- 
lier entre  Marseille  et  Tunis,  p.  490. 

Comai.  Le  Bey  veut  la  restreindre 
(1772),  p.  12;  —  supprimée,  p.  549,  563 
à  567,  701,  704. 

CouRvoisiER,  officier  d'artillerie,  p.  639, 
640,  654. 

CoxE  (William),  consul  des  États-Unis 
à  Tunis,  p.  473,  513,  609,  632. 

Cri  de  nuit.  Les  négociants  de  Tunis 
sont  obligés  de  rentrer  au  Fondouk  au 
cri  de  nuit,  p.  88,  90,  362. 

Croisade  pour  la  délivrance  des  esclaves 
blancs  en  Afrique,  p.  547,  553. 

Crow,  vice-consul  d'Angleterre,  p.  631. 

CuBisoL  (François),  ingénieur,  résident 
h  Tunis,  p.  506,  525. 

Cuirassier  (Le),  brick,  p.  684,  687. 

Cuirs,  p.  225,  234;  —  abolition  de  la 
ferme,  p.  711. 

Ctbâle  (La),  frégate,  p.  611,  612. 


Dalmatib,  p.  473. 

Dalmont,  p.  593. 

Damas  (Ange,  baron  de),  ministre  des 
Affaires  étrangères,  p.  601,  602,  603,  608, 
609,  610,  611,  612,  613,  614,  615,  616,  617, 
618,  619,  620,  621,  622,  623,  624,  625,  620, 
627,  630,  631,  632,  633,  634,  636,  637,  638, 
639,  640,.641,  642,  643,  644,  645. 

Damas-Marillac  (de),  chevalier  de  Malte, 
p.  419. 

Danemark,  p.  14,  131,  139,  141,  157, 
215.  318,  320,  409,  412,  415,  424,  6S4,  686. 

Davis,  consul  des  États-Unis  à  Tunis, 
p.  463. 

Debard  (Jean),  faux-monnayeur,  p.  500. 

Deforgues  (François-Louis-.Michel  Che- 
min), ministre  des  Affaires  étrangères, 
p.  224,  225,  231,  232. 

Dejear  (Paul) ,  trompette  du  Bev , 
p.  505. 

Delacroix  (Charles-Constant),  ministre 
des  relations  extérieures,  p.  272,  273, 
274,  275,  276,  277,  279,  281,  286,  287,  289, 
290,  291,  293,  294,  295,  296,  297,  298,  299, 
300,  301,  302,  304,  307,  308,  310,  311,  315, 
316,  317,  319,  320,  322,  323;  —  Rapport  au 
Directoire  sur  tierculais,  p.  312,  313. 

Della  Somaolia  (Cardinal),  Préfet  de  la 
Propagande,  p.  627. 

Deliberti,  Sicilien,  p.  344. 

Deloffrb  (Théodore),  capitaine  de  vais- 
seau, p.  660. 

Delon,  résident  &  Tunis,  p.  336,  347. 

Demandolz  de  la  Palu  (de),  lieutenant 
de  vaisseau,  p.  18. 

Dkmbure-Debillow  (Jean),  négociant  de 
SUÉtienne,  p.  627. 

Demolin,  résident  à  Tunis,  p.  306. 

Démontés  (Gregorio),  Espagnol,  p.  686. 

Denis  (Pierre-Guillaume),  lieutenant  de 
vaisseau,  p.  581. 

Dépenses  relatives  aux  envoyés  de 
Tunis,  p.  4,  18  ;  —  du  consul  à  l'occasion 


720 


TABLB  ALPHABÉTIQUE 


d'une  fête,  p.  54  ;  —  extraordinaires  (1 187), 
p.  172. 

Dépôts  en  chancellerie,  p.  532,  6i9. 

Députés  de  la  nation  française  à  Tunis, 

6.  426,  427,  438.  Voir  Audibbrt-Caillb, 
ARRY,  Chapblié,  Famik,  Gay,  Guiraud, 
Lbnadibr,  Monob,  Moubié,  Ré. 

Dbsbois,  archer  de  la  marine,  p.  61. 

Dkscorchbs  (Marie-Louis-Henri),  am- 
bassadeur à  Constantinople,  p.  365. 

DtSERTBL'R  FRANÇAIS  euvové  en  présent 
par  le  Bey  à  Louis  XVI,  p.  56  ;  —  Amnis- 
tie générale,  p.  122,  145. 

Dbspontainbs  (René-Louiche) ,  chargé 
d'une  mission  botanique  en  Algérie  et 
en  Tunisie,  p.  131,  133,  138,  i40. 

Dbsoranges  (An  toi  ne -Jérôme),  inter- 
prète, p.  603,  608,  611,  614. 

Dbsmouums,  résident  à  Tunis,  p.  420. 

Dbssollbs  (Charles-Louis,  marquis),  mi- 
nistre des  AfTaires  étrangères,  p.  562, 
563,  567,  571,  512,  573,  574. 

Dbstin  (Le),  frégate,  p.  86. 

Dbtht,  capitaine  de  vaisseau,  p.  103. 

Dbux-Frbrbs  (Les),  tartane,  p.  375,  376, 
388. 

Dbux-Siolbs.  Voir  Naplbs. 

Dbval  (Alexandre),  consul  de  France  à 
Alger,  p.  634,  637,  639. 

Dbvai'x,  cuisinier  à  Tunis,  p.  307. 

Dbybnet,  lieutenant  de  vaisseau,  p.  114. 

Dbvoizb  (Jacques-Philippe),  vice-consul, 
puis  consul  général  de  France  h  Tunis, 
p.  60,  69,  70,  73,  81,  82,  86  à  93,  96,  98  à 
104,  111,  114,  198  À  225,  227  à  233,  236  à 
238,  240.  241,  245,  248,  249,  251,  252,  256 
à  259,  264,  266,  270,  271  h  274,  277  à  279, 
281  à  287,  289  à  304,  323  à  325,  327  à  329, 
331  à  336,  339,  343,  344  à  354,  356  à  363, 
368  k  384,  386  à  390,  392,  393,  396,  397, 
399  à  403,  405  à  411,  414  à  420,  422  à 
424,  427  à  430,  431,  434  à  440,  442  à  465, 
467  à  487,  492,  493.  503,  514,  518,  520  à 
523,  526,  527,  529,  530,  532,  534  à  563, 
567,  572  à  575,  579,  582,  588.  614.  —  An- 
toine, fils  de  Jacques-Philippe  Devoize, 
p.  60. 

Diamants  offerts  au  Bey,  p.  211,  254,  257, 
258  ;  —  Vol  d'un  diamant  de  52  000  francs. 
Voir  Babtidb. 

DicTiu?iNAiRBS    français-arabes,  p.   624. 

DmiTRi.  valet  de  Mustapha-Agha,  p.  440, 
505. 

DiRBCTOiRB,  p.  269,  272,  275,  276,  277, 
278,  279,  282,  285,  286,  287,  293,  294.  298, 
300,  301,  303,  308,  309,  310,  314,  324,  328. 
333.  348,  355,  356,  360,  363,  364,  365,  370, 
375,  381,  384,  393,  397,  399. 

Divorce  d'un  Génois,  p.  397. 

Djbrba  (lie),  p.  248,  251,  711;  — Agence 
du  consulat,  p.  624. 

Djerid  (le),  p.  136,  510. 

Domestiques  du  Consul,  p.  22. 

Donativbs,  p.  75,  223.  Voir  Présexts. 

Dons  patriotiques  de  la  nation  française 
à  Tunis,  p.  182,  347,  355,356. 

DoRioL  (Joseph),  consul  à  Cagliari, 
p.  473. 


Douane  tunisibnnb  (Droits  de),  p.  99, 
117,  340,  346,  428,  429,  434,  436,  437,  472, 
476,  477,  519,  533,  572,  588,  589,  592, 
594,  597,  605.  —  Tarif,  p.  577. 

Dragon  (Le),  brick,  p.  660. 

Drague,  pour  pécher  le  corail,  p.  622. 

Drapeau.  Voir  Pavillon. 

Draps  français,  p.  22. 

Drooman  du  Fondouk.  —  Ses  appointe- 
ments, p.  74,  85;  —  Nomination  d'un 
adjoint,  p.  182  ;  —  Présents,  p.  305. 

Daorr  db  consulat  sur  les  importations 
françaises  à  Tunis,  p.  62,  67,  70. 

Dromadaire  (Le),  gabarre,  p.  496. 

Drouault  (Jacques-Pierre-Cfaarles),  ca- 
pitaine de  vaisseau,  p.  595,  597,  600. 

Dryade  (La),  frégate,  p.  521,  539. 

DuBARRT  (Madame),  p.  22. 

Dubois-Thaucvillb  (Charles-François) , 
envoyé  h  Tunis,  p.  406,  407,  415,  416, 
450,  463,  468,  490,  495,  499,  536,  538.  539, 
540,  541. 

Du  Châtia  (Armand -Simon- Marie 
Blanquet),  capitaine  de  vaisseau,  p.  212. 

DucHENOUD  (Jean-Charles),  interprète- 
chancelier  à  Tunis,  p.  615,  620,  621,  624, 
664,  668,  673,  674,  676,  696,  708,  710. 

DucHBR,  envoyé  de  France  à  Alger, 
p.  226,  227,  231. 

DucHBSSB  DB  Berry  (La),  vaisseau,  p.  €72. 

DucREST  DE  Villeneuve  (Alexandre),  ca- 
pitaine de  vaisseau,  p.  644,  648,  650,  655, 
661,  664. 

DucROT,  capitaine  en  second  d*une  tar- 
tane, p.  138. 

DuGON,  fabricant  de  vin  à  Porto-Farina, 
p.  445. 

DuMONT,  capitaine  d'état-major,  p.  516. 

DUMOURIEZ,  p.  158. 

Dupbtit-Thouars  (Albert),  capitaine  de 
vaisseau,  p.  677,  680,  681. 

DuPRÉ  (Jean-François),  consul  de  France 
à  Salonique,  p.  616. 

DuQiBSNE  (Le),  vaisseau  de  ligne, p. £t2, 
223,  229,  439,  441. 

Durand,  résident  à  Tunis,  p.  301,  306. 

Durand  d'Ubraye,  lieutenant  de  vais- 
seau, p.  114. 

Doras  (comte  de),  gouverneur  de  Pile 
Grenade,  p.  222. 

DuRFOiT  (baron  db),  capitaine  de  vais- 
seau, p.  81. 

Du  Rocher  (J.-B.),  consul  général  de 
France  à  Tunis,  successeur  de  Saizieu, 
p.  92,  93,  94,  95,  96,  98,104,  105,106,  108, 
109,  110,  112,  113,  114,115,  116,  118,  119, 
121,122,  123,  124,  125,  126,  128,  129,  130, 
131,  141.  147,  152,  153,  15«,  159,  164,  262, 
305;  —  Envoyé  au  Maroc,  p.  160. 


Eaton  (William),  consul  des  États- 
Unis  à  Tunis,  &  la  place  de  Jos.  Famin, 
p.  376,  386. 

EcHSLLB  de  Tunis,  érigée  en  consulat 
général,  p.  60. 


ET  ANALYTIQUE 


721 


Echelles  du  Leyant  et  de  Barbarie, 
p.  61. 

Eclair  (U),  frégate,  p.  24,  25,  52,  55,  93  ; 
—  corvette,  p.  220. 

Eclipse  (L'),  brick- goélette,  p.  638. 

Ecureuil  (L'),  vaisseau  français,  p.  510. 

Ecurie  do  Fondouk,  p.  14,  90. 

Egypte.  Expédition  de  Bonaparte, 
p.  356,  356,  360,  362  à  371,  382,  393,  398, 
406,  408,  415,  591  ;  —  Fournit  des  grains 
à  Tarmée  française,  p.  499;  —  Préten- 
dues visées  de  la  France  en  1813,  p.  506. 
Voir  Alexandrie,  Mbbbmet-Ali. 

EiNsiEDELN  (Baron  d'),  explorateur, 
p.  146. 

Elbe  (Ile  d'),  réunie  h  la  France, 
p.  423,  432. 

Elpah-Ahmed-Deblio,  sultan  de  Tom- 
bouctou,  p.  686. 

Emigrb<<  francai8àTunis,p.  265,384,289, 
295,  304,  307;  —  Herculais  demande  leur 
expulsion,  p.  271. 

Ëmiia  (L'),  vaisseau  prussien,  p.  641. 

Emo  (Angelo),  amiral  vénitien,  p.  89, 138, 
439,  142,  143,  144,  149,  150,  151,  152,  154. 

Emperbur.  Voir  Autriche. 

Engageante  (L'),  frégate,  p.  11,  41,  46. 

Enrico  (Louis),  vice-consul  de  Sardai- 
gne  à  Tunis,  p.  632. 

Envoyés    db    France    a    Tunis.    Voir 

BrOVES  ,      DuBOIS-Th  AIN  VILLE ,      HeRCULAIS  , 

Listenois  ;—  de  Tunis  en  France  :  Ahued, 
Ali-Chaooch,  Hassan.  —  Morau,  Ibrahim - 
Epfendi,  Mahmoud,  Mohabimed-Kuodja,  Mus- 
tapha-aoha,  Sulbyman-agha. 

EscLAPON  (Jean),  résident  à  Tunis,  p.  505. 

Esclaves  chrétiens  a  Tunis  :  —  améri- 
cains, p.  221;  —  autrichiens,  p.  402;  — 
corses,  p.  37,  52,  55,  56,68, 72,  73,  77  à  81, 
83,  93,  98,  100  à  104,  225,  331,  332,  341  à 
346,  354,  355,  381,  444  à  446,  457;—  fran- 
çais, p.  227,  240,  374  à  375,  383,  388,  399, 
405;  — grecs,  p.  331,  339,  346,335,  392,402, 
403, 485  ;  —  maltais,  p.  351, 354  à  356, 360  ;  — 
italiens,  p.  338,  344, 345,  353,  360, 362, 392, 
402,  414,  419,  430,  432,  449,  450;  452,  455, 
457,  465,  466,  469,  473,  476,  477,  482,  485, 
502,  507,  512,  547,  548;  —  suisses,  p.  449, 
452,  455,  465  ;  —  prisonniers  de  guerre, 
p.  549, 560  ;  —  abolition,  p.  549,  701,  705  ;  — 
ces  esclaves  sont  employés  aux  travaux 
publics,  p.  79,  252,  253;  —  ils  ont  huit 
sous  par  jour,  378,  380. 

Esclaves  tunisiens  :  —  &  Caglîari, 
p.  165,  207,  208,  211,  218,  225,  227,  228, 
234,  235,  237,  245,  259,  264,  272  ;  —  à  Gè- 
nes, p.  164;  —  à  Livourne,  p.  326,  331, 
447,  452;  —  à  Malte,  p.  245,  259,  274, 
285,  351,  355;  —  à  Naples,  p.  28;  —  à 
Palerme,  p.  392;  —  à  Rome,  p.  171, 
316. 

Espagne.  —  Expédition  contre  Tunis  et 
Alger,  p.  46  à  51,  132.  139,  243,  361;  — 
Traités  avec  le  Bev,  p.  167,  172,  177,216, 
274,  312; —  Escadre  anglo-espagnole  en 
1793,  p.  222  à 229, 245  ;  —  Paix  franco-espa- 
gnole, p.  26i,  265;  —  Démêlés  avec  Alger 
et  Tunis,  p.  409,   412,   455;  —   Guerre 


d'Espagne  en  1808,  p.  482,  484,  494,  496;  — 
Guerre  d'Espagne  en  1823,  p.  701  (Voir 
Corsaires)  ;  —  Consulat  géré  par  Lesseps, 
p.  669  ;  —  Différend  avec  Tunis,  p.  678, 679. 

EsFARRON  (Antoine  d'),  vice-consul  de 
France  à  Tunis,  p.  116, 130,  131,  132,  133, 
134,  135,  136, 137,  138,  139,  140,  141,  142, 
143,  144,  145,  146,  147,  149,  150,  151,  152, 
153,  154,  155,  156,  157,  158,  159,  160,  161, 
165,  166,  182,  209. 

EspiNOusE  (d').  Voir  Coriolis. 

Essence  de  rose  envoyée  en  présent  à 
LouisXVÏ,p.  58. 

Estaino  (Comte  o'),  p.  222,  225. 

États-Unis,  p.  131,  227,231,  336;  —  Les 
blés  américains,  p.  273  à  275;  —  Traité 
avec  Alger  et  Tunis,  p.  270,  273,  304,  376, 
396;  —  Démêlés  avec  Tunis,  p.  448,  463; 
—  Le  Consul  refuse  le  baisemain, 
p.  558;  —  Escadre,  p.  559.  Voir  Bahlow, 
Commerce,  Eaton,  Famin,  Pavillon. 

Etrennes,  distribuées  par  le  Consul  à 
Tunis,  p.  75. 

ÉTRURiE  (Roi  D*),  p.  447,  449.  Voir  Li- 
vourne. 

Exmouth  (Edouard,  lord),  chef  d'esca- 
dre anglais,  p.  548,  549,  550,  551,  553,555. 

Expilly  (comte  d'),  p.  167,  243,312. 

Eymon  (Balthazar),  aubergiste  à  Tunis, 
p.  147,  301,  306;  —  (Pierre),  son  neveu, 
aubergiste,  p.  306  ;  —  (Jean  et  Bernard), 
aubergistes,  p.  438,  505;  —  (Ambroise), 
p.  505. 

Eymond.  Voir  Etmon. 


Fabre,  résident  à  Tunis,  p.  801,  306. 

Fabky  (Louis  de),  capitaine  de  vais- 
seau, 81,  86,  87,  88,  89,  90,  126,  130. 

Fabssler  (Antoine),  médecin  résident 
à  Tunis,  306,  438,  505. 

Falbe  (Ch'.),  consul  de  Danemark  à 
Tunis,  p.  632,  633. 

Famin  (Joseph -Etienne),  résident  à 
Tunis,  député  de  la  nation  française, 
p.  256,  266,  275,  291,  301,  305,  315,  336, 
347,  348;  — consul  des  États-Unis,  p.  348, 
376,  396;  —  perd  sa  qualité  de  Français, 
p.  385,  386,  411;  —  rétabli,  443,  447,  486, 
528.  —  (Jean-Louis-César),  frère  du  pré- 
cédent, p.  266,  267,  268,  269,  274,  275, 
285,  643. 

Faradge  (rivière),  p.  583. 

Fassy,  maître  voilier  français  au  ser- 
vice du  Bey,  p.  562. 

Faucher  (Louis- François  db),  capitaine 
de  vaisseau,  p.  10,  41,  46. 

Faulbt,  résident  à  Tunis,  p.  301. 

Faune  (La),  frégate,  p.  637. 

Fauré  (Paul),  capitaine  de  vaisseau, 
p.  637. 

Fauvbl,  consul  à  Athènes,  p.  550. 

Fauvette  (La),  corvette,  p.  222,  319. 

Faux  monnayeurs,  p.  500. 

Faux  quêteurs,  p.  54. 
<  Félk  Tritons  (Père),  capucin,  p.  461. 

46 


722 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Ferdinand,  roi  de  Naples,  p.  507,  508. 

Fbriund,  joaillier  de  Tunis,  p.  306. 

Fbrrare  (Jacques),  tailleur,  p.  420. 

Pbsch  (cardinal),  ambassadeur  à  Rome, 
p.  458. 

Fbsler.  Voir  Fabsslbr. 

FftTBS  à  Tunis.  —  SaintrLouis,  p.  16, 
265,  542,  567;  ~  14  juillet,  p.  238, 289,  352; 

—  10  août,  p.  242;  —  avènement  de  Louis 
XYI.  p.  33;  —  naissance  du  duc  d'An- 
goulême,  p.  40;  —  mariages  du  fils  aîné 
et  du  neveu  du  Bey,  p.  54  ;  —  Consulat  à 
vie  (1802),  p.  440;  —  réouverture  de  la 
chapelle  consulaire,  p.  46;  —  fête  de  la 
Liberté,  p.  301,  304.  —  Voir  Bbiram, 
Ramadan,  Tb  Dbcm. 

Fèvbs.  Chargements  pour  l'escadre  de 
Toulon,  p.  263. 

FxévRE  JAUNB,  en  Espagne,  p.  586. 

Fil  d'or  (Importation  du)  à  Tunis, 
p.  611,  615. 

FiLUPPi  (Antoine),  p.  555  ;  —  (chevalier), 
consul  de  Sardaigne  à  Tunis,  p.  632,  647, 
648,  654,  666,  708,  710;  —  sa  haine  contre 
la  France,  p.  683. 

Flàchb  (La),  frégate,  p.  10,  19,  212. 

Flbur-db-lts  (La),  frégate,  p.  541,  644. 

Flboriru  (Charles-Pierre  Clarbt,  comte 
db),  secrétaire  d'Etat  de  la  marine,  p. 
186,  188,  186,  189,  190,192,  193,  194,  195, 
203.  204. 

Florb  (La),  frégate,  p.  28,  34,  41,  46, 
129,  130. 

Fondoue.  —  Entretien»  p.  25,  26,  27, 
76,  81,  88,  90,  98,  603,  613,  623,  639,  681; 

—  loyer  annuel  de  600  piastres,  p.  88  à 
90,  426;  —  fermé  pendant  la  peste,  p.  144, 
145  ;  —  visité  par  Musiapha-Khodja,  p.  162  ; 

—  les  armes  du  roi  enlevées,  p.  219;  — 
les  Français  y  sont  gardés  prisonniers, 
ainsi  que  le  consul,  p.  311,  312,  318.  -- 
Voir  Aubebgb,  Boulanobr,  CUve,  Citbr- 
NBs,  Cri  db  Nurr,  Ëcurib,  Nahon  française, 
Pavillon,  Prison. 

FoNTANA,  esclave  français,  p.  240. 

FoRBiN  (Charles  -  Gaspard  -  Hyacinthe , 
comte  de),  capitaine  de  vaisseau,  p.  52, 
55,  102. 

Fortunée  (La),  frégate,  p.  222;  —  pin- 
que  vénitien,  p.  401. 

Foudre  (La),  aviso,  p.  320,  350. 

FouQUE  (Pierre-Valentin),  capitaine  de 
vaisseau,  p.  612,  634,  666,  669. 

Franc,  capitaine  d'une  tartane,  p.  137. 

Franc  Bosan,  résident  à  Tunis,  p.  306. 

Frank  (Louis),  médecin  du  Bey,  p.  443. 

Frebmantle,  contre-amiral,  p.  501,  502, 
508,  564.  566.  569,  572,  573. 

Fréron,  conventionnel,  p.  241,  277. 

Fret,  p.  139,  188,  199. 

Furet  (Le),  brick,  439,  44  0. 

FuziER  (Etienne),  résident  à  Tunis, 
p.  141,  290,  291,  301,  305,  306,  358,  515; 
-^  négociant  à  Marseille,  p.  469,  412,  500, 
503,  524;  —  (Jean),  5  0  5. 


Gabriel  de  Santa  Colonva  (Père),  admi- 
nistrateur de  l'hôpital  espagnol,  p.  485. 

Gaëta  (Raphaël),  napolitain,  secrétaire 
de  l'envoyé  du  Bey  en  Fraiice  (1825), 
p.  614,  618. 

Gaëtano  de  Nicosia  (Père),  capucin, 
p.  627. 

Galathéb  (La),  frégate,  p.  572,  595»  60O, 
618,  619. 

Galères  maltaises,  p.  38;  —  pontifi- 
cales, p.  178,  181,  182,  191,  195,  215;  — 
vénitiennes,  p.  200. 

Galibbrti,  Milanais,  p.  345,  353  ;  — 
(Thérèse),  p.  432. 

Gaupie  vta),  p.  12,  23,  112,  145,  664. 

Galles  (Princesse  de),  p.  548,  550, 
552. 

G  ALLO  (Marquis  de),  ministre  des  Af- 
faires étrangères  à  Naples,  492. 

Gandolpi  (Mgr),  vicaire  apostolique  en 
Syrie,  p.  666. 

Gandolphe,  résident  à  Tunis,  p.  505. 

Gantbaume  (Honoré -Joseph -Antonio, 
comte),  amiral,  p.  422,  423. 

Garance  (Glauae),  domestique,  p.  147. 

Garât  (Chevalier  db),  p.  521. 

Garon  (Joseph-Victor),  agent  de  la 
Compagnie  d'Afrique,  p.  11;  — (Jean- 
Antoine),  résident  à  Tunis,  p.  438. 

Garbt  (Joseph),  résident  à  Tunis,  p.  147. 

Gaspary,  constructeur,  puis  agent  con- 
sulaire à  Porte-Farine,  p.  306,  438,  554, 
586;  —  (Jean),  son  fils,  p.  379,  438,  505, 
507,  554,  612,  615,  616;  —  (Joseph-Gas- 
pard), 554,  624,  664,  665. 

Gassbn,  capitaine  d'une  tartane,  p.  388. 

Gauthier,  consul  de  France  à  Tunis  en 
1740,  p.  559. 

Gavott  (J.-B.  Charles),  capitaine  de 
vaisseau,  p.  213,  214. 

Gay,  capitaine  de  vaisseau,  p.  222;  — 
(Jean),  résident  à  Tunis,  député  de  la 
nation,  p.  301,  305,  438;  —  (Laurent), 
médecin,  p.  438,  505,  522,  557,  588,  615  ; 

—  (Pierre),  son  fils,  commis  de  la  chan- 
cellerie, 505,  517,  532,  616,  630,  647,  681, 
686. 

Gaybt  (Jean),  secrétaire  d'Herculais, 
p.  251,  256,  438. 

Gayraud  (Louis),  capitaine,  p.  585. 

Gazbl  (Jean),  emplové  À  l'arsenal  du 
Bey,  p.  Sil,  242,  246,  297. 

Gazette  de  France,  rédigée  par  le  dé- 
partement des  Affaires  étrangères  (1771), 
p.  10. 

Gazzano,  résident  à  Tunis,  p.  306. 

Gazzo,  consul  de  Venise  à  Tunis,  p.  143. 

Gedzar-Pagha,  général  turc,  p.  367. 

Gelulu  (Sidi).  voir  Mehehet-Geluli. 

Gênes.  —  Les  Génois,  p.  376,  383,  390; 

—  pèche  du  corail,  p.  89,  103;  —  cor- 
saires tunisiens,  p.  162  h  168,  178,  179, 
450;  —  réunion  à  la  France,  p.  464,  472; 

—  sous  la  protection  anglaise,  549  à 
553. 

Gennarà  (Ile),  p.  164. 


ET  ANALYTIQUE 


723 


Gbntiu  (Antoine),  général  commandant 
de  Corfou,  p.  336,  344,  355. 

Gborgbs  IV,  p.  603,  608. 

Gérardin,  officier  français  en  mission 
à  Tunis,  p.  688,  689,  691,  697,  698. 

Gbrbis.  Voir  Djbrba. 

Gerfaut  (Le),  frégate,  p.  281. 

Ghadamès,  p.  682,  686. 

GiBON,  Sicilien,  p.  344. 

Gibraltar,  p.  349,  363,  653,  656. 

GiBRLBMT,  consul  dc  Danemark:  à  Tunis, 
p.  513,  556. 

GiERRA  (Alexandre),  agent  du  Bey  à 
Marseille,  p.  578,  579,  585,  643. 

GiNESTB  (db).  Voir  Martihbnq. 

Girard  (Mathieu),  boulanger  à  Tunis, 
p.  147. 

GiRADum,  maître  cordier  au  service  du 
Bey,  p.  379. 

Glorfelot,  consul  de  Danemark,  p.  627. 

Gordon  (Charles)',  consul  d'Angleterre^ 
p.  319;  —  (Mathilde),  sa  fllle,  épouse 
d'Herculaîs,  p.  319. 

GoRGOoLioriE  (Agostino).  chancelier  du 
consulat  de  Venise,  puis  vice-consul, 
p.  143,  257,  316,  330,  331. 

GouLBTTB  (La),  p.  7,  9, 13,  18,  20,  23,  24, 
33,  34,  38,  46,  69,  70,  73,  86,  87,  92,  93, 
99,  102,  104,  114,  124,  129,  131,  133,  135, 
142  à  144,  149  à  152,  155,  157,  158,  177, 
193,  211  à  213,  220,  221,  254,  281,  291, 
296,  304,  313,  335,  347,  369,  373,  375,  379, 
380,  381,  420,  421,  431,  432,  439,  441,  453, 
479,  483,  529,  554,  579,  586  ;  —  frais  de 
relâche,  p.  91,  100,  159;  —  travaux  du 
port,  p.  261,  349,  376,  455,  505,  623,  646, 
692. 

Gracieuse  (La),  frégate,  p.  102. 

GRACiEUSB8-JuMBLLEs(Les),  brlgantiu  vé- 
nitien, p.  332,  346. 

Graines.  Voir  Akobvillbr. 

Grains  (Exportation  des),  p.  11,  12,  16, 
19,  22,  27,  218,  224,  228,  232,  234,  241,  258, 
261,  273,  315,  333,  363,  364,  370,  415,  421, 
432,  477,  494,  499,  546.  Voir  Tbskerets. 

Gramaoli,  faux-monnayeur,  p.  500. 

Granoville  (Notaire),  ingénieur,  p.  373, 
385,  389,  393,  394,  395,  406.  Voir  Pontons. 

Granet  (Honoré),  agent  de  la  Chambre 
de  commerce  de  Marseille  et  de  la  Com- 
pagnie d'Afric^ue  à  Toulon,  p.  115. 

Granbt  (Louis),  chancelier  du  comptoir 
de  B6ne,  p.  115. 

Gravures,  collection    appartenant    au 
chevalier  P.  Serrati,  p.  508. 
Grècb,  p.  338,  344, 392, 402, 403, 475,  627. 
Grégoire  (Le  Père),  capucin,  p.  180. 
Grivolas  (Pierre),  boulanger,  p.  420. 
GuAsco,  patron  de  barque,  p.  36. 
GuBUDRBViLLB    (François-Étiennc-Bour- 
geois  de),  intendant  de  la  marine,  p.  27. 
GuiBBRT  (François-Maurice),  agent  de  la 
Compagnie   d'Afrique   à    Bône,    p.   247, 
366,  454. 
Guillaume-Tell  (Le),  frégate,  p.  336,  403. 
GuiLLAUMiBR,  négociant  Irsuçais,  p.  151. 
Guiraud   (Louis),    résident    à    Tunis, 

député  de  la  nation  française,  p.  290,  292, 


293,  294,  295,  296,  298,  300,  301,  305,  317, 
318,  358,  438;  —  plaintes  contre  lui, 
p.  302,  303,  348. 

Guys  (Hyacinthe-Constantin),  consul 
général  de  France  à  Tunis,  p.  325,  582, 
588,  590,  591,  594,  595,  597,  598,  599,  600, 
601,  602,  603,  604,  607,  608,  609,  610,  611, 
612,  614,  615,  616,  618,  619,  620,  621,  622, 
623,  624,  625,  626,  627,  630,  631,  632,  633, 
634,  636,  637,  638,  639,  640,  641,  642,  643, 
644,  645,  647  ;  —  (Pierre-Alphonse),  con- 
sul h  Tripoli,  p.  322,  323,  359. 


Hadji  Ali,  agent  du  Dey  d'Alger,  p.  302, 
305. 

Hadji  Hamouda  bbn  Abd-bl-Aziz,  histo- 
rien tunisien,  p.  2. 

Hadji  Mahamoud  Calamata,  corsaire 
algérien,  p.  124. 

Hadji  iuicès,  néffociant,  p.  555. 

Hambkbm,  consul  de  Danemark  et  de 
Hollande  à  Tunis,  p.  14,  155. 

HAHELm  (Alphonse,  Baron),  capitaine 
de  vaisseau,  p.  642. 

Haiulton,  ambassadeur  d'Angleterre  h 
Naples,  p.  371;  —  commodore,  p.  595, 
598. 

Hammam-Lif,  station  thermale  près  de 
Tunis,  p.  30,  595,  670,  673,  685. 

Hamouda,  Bey  de  Tunis,  p.  32,  54,  61, 
64,  67,  75,  76,  83,  117,  124,  125,  133,  141, 
153,  154,  157,  160  h  162,  166  À  168,  170, 
172,  174,  176, 178,  183,  185,  188,  189,  194, 
198,  203,  212,  220,  221,  225,  234,  236,  239, 
241,  244,  249,  267  à  269,  275,  282,  293, 
29S,  303,  304,  310,  314,  323.  326,  328,  :)30, 
333,  348,  352,  381  à  383,  390,  397, 404,  405, 
413,  420,  422,  424,  428,  429,  433,  435,  441, 
448,  450,  451,  465,469,  478  &  481,  487,  498, 
499,  518,  521,  524,  526,  527,  530  à  533, 
588,  624;  —son  caractère,  p.  227. 

Hardbnbbrg,  p.  564. 

Hardi  (Le),  frégate,  p.  86. 

Harem  (Chrétiennes  mises  au),  p.  684, 
686. 

Harif-Ibrahim,  reïs,  p.  655. 

Hassan,  Dey  d'Alger,  p.  300,  350. 

Hassan-Bby,  p.  157. 

Hassan-el-Rbbir  ,  général  tunisien , 
p.  134. 

Hassan  ou  Hassuma-Morali,  chef  des 
corsaires  du  Bey,  envoyé  en  France, 
p.  494,  503  à  505,  578,  580,585,  597,  615, 
616,  627,  651,  653,  659,  660,  662. 

Hassen,  rets  tunisien,  p.  52. 

Hassuna-Sidi  ou   Habsuna-Morau.  Voir 

Ha8SA5. 

Hastimgs  (M"  D*),gouverneur  de  Malte, 
p.  617. 

Hautbrivb  (Alexandre-Maurice  Blanc  de 
Lanautte,  comte  d'),  p.  523. 

Hérault,  capitaine  de  vaisseau,  p.  376. 

Herculais  {Louis-Alex.  d'ALLOis  d'), 
commissaire  de  France  à  Tunis,  p.  226, 
243  à  245,  248  à  251,  254  k  257,  259,  261, 


724 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


263  à  266,  270,  272,  273,  275  &  277,  279, 
281,  283,  284,  286  à  293,  295,  300  à  309, 
311  à  316,  319,  320  à  323,  328,  329,  334, 
347,  348,  386. 

HBRMAmi,  commissaire  des  relations 
extérieures,  p.  224,  233. 

Hburbux-J^ômb  (L'),  tartane,  p.  92. 

HoLLANDB,  alliance  franco-hollandaise, 
p.  264,  314;  —  République  batave,  p.  315; 

—  ingénieurs  hollandais,  p.  349  ;  —  réu- 
nion à  la  France,  p.  491,  514;  —  soulè- 
vement possible,  p.  494  ;  —  sous  la  pro- 
tection anglaise,  p.  520;  —  traité  avec 
le  Bey,  p.  541;  —  escadre,  p.  556,  563; 

—  dettes,  p.  587. 

HoMBBRO,  ingénieur  hollandais,  p.  349, 
491,  514. 

HoNORfi  (L'),  brick,  p.  373,  376. 

HooGLAUD  (db),  contre-amiral  danois, 
p.  14. 

UoPB,  commissaire  anglais  &  Tunis, 
p.  494,  495. 

Hôpital  nécessaire  à  Tunis,  p.  144, 
147,  176,  616,  639;  —  hôpital  espagnol, 
p.  288,  435,  485. 

Hdilbs,  p.  228,  578,  592. 

Hussard  (Le),  vaisseau,  p.  661. 

HussBiN  (Sidi)  ,  flls  d'Olhman-Bey , 
p.  525;  —fils  de  Mahmoud,  p.  529,  541, 
543,  547,  548,  555,  559,  560,  563,  575,  599, 
601,  602,  604,  607,608,  612,  617,  629,  631, 
687,  701,  704. 

HrssKiM,  Dey  d^Alger,  p.  688. 

Hlssbin-Rbodja,  premier  ministre  et 
gendre  d'Hussein,  p.  613,  615,  617,  647, 
649. 

HYACiirrHB,  second  sur  une  tartane, 
p.  388. 


Ibrahim-Efpendi,  secrétaire  du  divan, 
envoyé  d'Ali-Bey  en  France,  p.  2,  3. 

Illustrb  (L'),  frégate,  p.  177. 

Inconstant  (L'),  brick,  p.  590. 

Indb  anglaisb,  p.  365. 

Indivisible  (L'),  frégate,  p.  422. 

Inpbrnal  (L'),  brick,  p.  693. 

Instructions  aux  envoyés,  aux  consuls, 
aux  capitaines  de  vaisseau  français, 
p.  6,  18,  28,  37,  41,  53,  61,  65,  81,  82,  96, 
109,  123,  174,  199,  226  à  231,  245  à  248, 
282  à  286,  406,  407,  425,  483,  565  &  567, 
591  À  594,  699  à  704. 

Instruments  db  navigation  exigés  par 
des  corsaires,  p.  52,  124. 

Ioniennes  (Iles),  p.  510. 

Isaac-Bby,  envoyé  turc  &  Tunis,  p.  338, 
341. 

Isacb-Bet,  parent  d'Ali,  Bey  de  Tunis, 
p.  76,  338. 

Isis  (L'),  vaisseau  français,  p.  710. 

Ismaîl,  neveu  et  gendre  d'Ali,  Bey  de 
Tunis,  p.  1,  76,  83,  115,  U7;  —  son 
mariage,  p.  54;  —sa  fuite,  p.  54;  —  sa 
rentrée  en  grâce,  p.  111,  114;  —  sa  2' 
fuite,  p.  130,  131. 


IsHAîL,  petit-flls  d'Ali-Bey,  p.  113,  525, 
529,  530,  541. 

ISNARD,   p.   593. 

Italie,  p.  301,  332,  333,  346;  —  Répu- 
blique italienne,  p.  438, 442,  447,  452  ;  — 
soulèvement  possible,  p.  494. 

Italienne  (Langue),  parlée  par  Ali-Bey 
et  le  consul  Saizieu  en  1772,  p.  19;  — 
secrétaire  du  Be^  pour  la.  — Voir  Stciga. 

Italiens  h  Tunis,  p. 26, 28.  Voir  Capocehs. 


Jacob,  négociant  k  Marseille,  p.   147. 

Jacobin  (Le),  chebeckde  14  canons,  p.  222^ 
224,  244;  —  donné  au  Bey,  p.  245,  237. 

Janissaires  ou  Consulat,  p.  74,  75,  85, 
91,305. 

Janson,  tailleur  à  Tunis,  p.  307. 

Jaccourt  (Arnal- François,  comte  db), 
ministre  des  Affaires  étrangères,  p.  524, 
525,  526,  527,  529,  531,  532,  533,  534,  535. 

Jauppret,  négociant  &  Marseille,  p.  147. 

Jban-Baptistb  d'Ajacgio  (Le  P.),  capu- 
cin, p.  180. 

Jeanbon-Saint-Ardré,  consul  de  France 
à  Alger,  p.  278,  313,  350. 

Jbhlick,  président  du  Divan  de  Tunis, 
p.  615. 

Jérusalem.  Navires  grecs  sous  pavillon 
de  Jérusalem  font  le  commerce  de  Malte, 
p.  475  ;  —  Ordre  de  saint  Jean  détruit, 
p.  351. 

JouRDAN  (Bruno),  médecin,  p.  93,  147; 
—  cuisinier  à  Tunis,  p.  307,  —  (général), 
p.  314,  708. 

Journal  des  débats,  calomnie  les  flls 
du  Bey,  p.  560. 

Juifs  a  Tunis,  p.  118,  225,  234,  383,  418, 
461,  468,  485,  497,  505,  608,  662  à  665;  — 
ont  un  bonnet  ou  chapeau  à  cornes, 
p.  587  ;  —  un  juif  lapidé,  p.  609  ;  un 
autre  b&tonnè,  p.  632.  Voir  Attel,  Bacri. 

JuLiANi  (Dominique),  patron  d'une 
polacre,  p.  328. 

JuNOT  (général),  p.  445. 

JuRiEN  DE  la  Gravièrb  (Pierre-Roch), 
contre-amiral,  p.  564  à  567, 569,  570  à  573. 

Jus  DE  CITRON.  Lc  consul  de  Sardaigne 
envoie  d'Alger  des  caractères  formés  de 
jus  de  citron,  qui  doivent  être  chauJTés 
pour  être  lus,  p.  674. 

Justice  (La),  frégate,  p.  336,  337. 


Kairouan,  p.  134. 

Ka!t-Osman,  attaché  à  la  suite  de 
Suleyman-Agha,  p.  56,  67. 

Kef  (le),  p.   134,  138,  142,  510,511. 

Keith  (amiral),  p.  417. 

Kenutben,  consul  de  Danemark,  p.  576, 

Rergy,  consul  de  France  &  Alger, 
p.  262. 

Rerveguen  (De),  capitaine  de  vaisseau, 
p.  541. 


BT  ANALYTIQUE 


725 


KiiFFBR  (Daniel),  interprète,  p.  601,618. 
Rl&bbr  (général),  p.  408,  415. 
Rledi,  eeclave  suisse,  p.  412,  432. 
Koën  (Raphaël),  Juif  de  Tunis,  p.  505. 


La  BRBTONinéRB  (Waldemar-Guillaume- 
Betherel  de),  amiral,  p.  671,  674. 

La  Clui  (db),  chef  d'escadre,  p.  24. 

Lacombb  •  Saint  -  Mica bl  Uean  -  Pierre  ) , 
ambassadeur  de  France  à  Naples,  p.  371, 
372,  373,  383,  385. 

Lacoste  (B°"),  secrétaire  d'État  de  la 
marine,  p.  206,  208,  210,  211,  212,  213, 
214,  215,  347. 

La  Croix  de  Mayraroues  (de),  capitaine 
de  vaisseau,  p.  8,  9,  10;  —  Henriette- 
Françoise  (de),  p.  34. 

LADY-FLORA(La),  vaisseau  anglais,  p.  667, 
671. 

Lapaybttb,  p.  366. 

Lapbrronnays  (Auguste,  comte  db),  mi- 
nistre des  AfTaires  étrangères,  p.  645, 
646,  647,  648,  650,  651,  652,  653,  655,  657, 
659,  660,661,665,  667,  668,  669,  670,  671, 
672,  673,  675,  676,  677,  678,  679,  680. 

LAPORB8T(Antoine-René-Charles-Mathu- 
rin),  ministre  des  Affaires  étrangères, 
p.  515,  516. 

La  Orahob  (Prosper-Amauri-Louis  de), 
capitaine  de  vaisseau,  p.  10. 

Laino  (Major),  explorateur,  p.  682,  685 
à  687. 

Lallemknt  (J.-B.),  envoyé  de  France  à 
Tunis,  puis  à  Venise,  p.  226,  227,  228, 
229,  230,  233,  316,330,  331. 

La  Luzerne  (César-Louis,  comte  de), 
secrétaire  d'État  de  la  marine,  p.  172, 
173,  174,  175,  176,  177,  118,  179,  181, 
185,  186,  189,  190. 

Lambal  (Le  Père),  général  des  capucins, 
p.  180. 

Lamproie  (La),  vaisseau,  p.  641,  642,643. 

La  Pérocsb  (Journal  de),  p.  338. 

Lapibrbb  (Joseph),  canonnier  à  Tunis, 
p.  194. 

La  Porte  (de),  négociant  de  Marseille, 
p.  144. 

La  Portb  d'Yssbrtibux  (de),  capitaine 
de  vaisseau,  p.  114. 

La  Rochbpoucauld  (François,  comte  db), 
•courrier  d'ambassade,  p.  708,  709,  710. 

La  Rouvraye  (Charles  de),  capitaine  de 
vaisseau,  p.  684. 

Lataquié,  p.  116. 

La  Tour  Saint-Quentin  (bailli  db),  che- 
Talier  de  Malte,  p.  419. 

Laudon  (Jean-Tropez),  chancelier  du 
consulat  de  France  à  Tunis,  p.  10,  83, 
88,  96,  99,  102,  108. 

Ladtier  (Joseph),  capitaine  de  Saint- 
Tropez,  p.  323. 

La  Valléb  (Robert-Louis-Langoisseur 
db),  consul  de  France  à  Alger,  p.  48. 

Lazaret.  Voir  Liyourne,  Marseille, 
Toulon. 


Léandrb  (Le),  vaisseau  anslais,  p.  350. 

Lear,  consul  américain  à  Alger,  p.  463. 

Lebrun -ToNDo  (Pierre- Hélène -Marie), 
ministre  des  Affaires  étrangères,  p.  221, 
222,  223. 

LioioN  d'Honneur.  L'aigle  accordé  à 
Devoize,  p.  462. 

Lbouat,  premier  commis  de  la  Marine, 
chargé  du  service  des  consulats,  p.  15, 
23,  38. 

LBissàouEB  (Corentin-Urbain  de),  chef 
d'escadre,  p.  439,  440,  441,  442,  501. 

Lbmadibr.  Voir  Lbnadieb. 

Lbnadibr  (Etienne),  résident  &  Tunis, 
député  de  la  nation  française,  p.  233, 
234,  256,  290,  291,  301,  305,  438. 

Lbssbps  TMathieu  de),  consul  à  Tripoli, 
puis  consul  général  &  Tunis,  p.  358,  472, 
637,  641,  642,  643,  644,  645,  646,  647,  648, 
650,  651,  652,  653,  655,  657,  659,660,  661, 
665,  666,  667,  668,  669,  670,  671,  672,  674, 
676,  677,  680,681,  682,  683  à  687,  692,  694, 
695,  697, 699,  704, 707  à  71 1  ;  —  (Ferdinand 
db),  p.  666,  668,  675, 676,  677,  700;—  (Jules 
DE),  p.  664,  698,  710;  —  (Théodore  db), 
p.  657,  666;  —  (Famille  de),  p.  358. 

L'Etang  (Léon- François  de),  chancelier 
du  Consulat,  p.  524. 

Levant.  Voir  Turquie. 

LiEUTiER,  négociant  à  Marseille,  p.  147  ; 

—  fils  du  précédent   résident  à  Tunis, 
p.  306,  312. 

Ligonoès  (chevalier  de),  capitaine  de 
vaisseau,  p.  126;  —  (Gaspard,  comte  db), 
capitaine  de  vaisseau,  p.  126. 

Liourie,  p.  360,  361.  Voir  Gênes. 

Lion  (Le),  frégate,  p.  86. 

Lions  (Joseph),  vice-consul  de  France 
&  Tunis,  p.  6,  7,  11,  91,  93,  98;  —  sa 
veuve,  p.  147. 

Lions  envoyés  en  présents  par  le  Bey 
de  Tunis,  p.  15,  60. 

L'IsLE  (de),  premier  commis  du  Dépar- 
tement des  Finances,  p.  39. 

Lismes,  annuités  dues  au  Bey  pour  les 
Concessions  d'Afrique,  p.  593. 

LiSTBNois  (prince  Baupprbmont  db),  en- 
voyé de  France  &  Tunis,  p. '14,  39,  69, 
115. 

Lits.  Le  Consul  de  France  ne  dispose 
que  de  huit  lits,  p.  18. 

LivouRNB,  p.  258,  271,292,  295,  321,  328, 
349,  372,  376,  405,  447,  457,  480,  656;  — 
Ismaîl-Bey  se  rend  à  Livourne,  p.  89, 111  ; 

—  Une  polacre  livournaise  prise  par  un 
corsaire  tunisien,  p.  164;  —Lazaret,  p. 472. 

LoDi  (Le),  brick,  431. 

Lombard  (Frédéric),  médecin  de  la 
nation  française,  p.  495,  504,  517,  524, 
588. 

Londres,  p.  302. 

Lorgnette  offerte  au  garde  des  sceaux 
du  Bey,  p.  325. 

Losana  (Mgr),  vicaire  apostolique  en 
Syrie,  p.  666,  669. 

Louis  XIV,  p.  553. 

Louis  XV,  p.  2,  16,  20,  29,  30,  32,  33. 

Louis  XVI,  p.  29,  30, 32,  33,  37,  39, 41 ,  43, 


126 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


53,  123,  125,  140,  198,  212;  ^  ses  armes 
enlevées  du  Fondouk,  p.  219. 

Louis  XVIIl,  p.  263,  516,  518,  528,  531. 
533,  536,  542,  544,  551,  573,  579,  582,  595, 
601,  602. 

Louis-JosKPH,  dauphin,  p.  123. 

Louis-Philippe,  p.  710. 

LuNBL,  Juifs  de  Tunis,  p.  535. 

Lyle-Callian  (Joseph-Ignace  de),  capi- 
taine de  vaisseau,  p.  18,  19. 

Lyon.  Passage  d'un  ambassadeur  tuni- 
sien (1802),  442. 


Mabrogea,  vaisseau  tunisien,  p.  574. 

Machot,  capitaine  de  vaisseau  hollan- 
dais, p.  155. 

Madrid,  p.  402,  482.  Voir  Espagne. 

Maoallon  (Charles),  consul  général  à 
Alexandrie,  371,  379,  381,  385;  —  note 
sur  la  famille,  p.  371. 

Maooi  (veuve),  résidant  à  Tunis,  p.  420. 

Magra.  Voir  Pbreims  Magra. 

M abambt- Hassan,  grand  écrivain,  p.  615. 

Mabambt-Khoima,  ministre  de  la  marine, 
p.  400,  614,  615. 

Mahmoud,  neveu  d*Ali,  Bev  de  Tunis,  p.  1. 

Mahmol'd-Bey,  cousin  d^Hamouda-Bey, 
p.  525,  529,  531,  533,  534,  535,  537,  542, 
544,  549,  551,  562,  567,  569,  572,  573,  579, 
582,  588,  599,  608,  617;  —  jugement  de 
Lesseps,  p.  661. 

Mahmoud,  flls  du  ministre  de  la  marine 
du  Bey,  envoyé  en  France,  p.  608,  613, 
614.  615,  617,  618,  619. 

Mahoébt-ben-Mustapha,  reîs,  p.  173. 

Mahon,  p.  28,  80,  105,  422,  403,  418,  485, 
487,  564,  566,  656. 

Maillard  de  Liscourt  (Louis-Charles), 
capitaine  de  vaisseau,  p.  619. 

MAISON  de  campagne  gratuitement  con- 
cédée au  Consul  de  France  près  le  cap 
Garthage,  p.  30,  151,  152,  167. 

Maistral,  capitaine  de  vaisseau,  p.  222. 

Maitland  (Lord),  gouverneur  de  Malte, 
545. 

Maeensie,  p.  617. 

Mauvoire  (Charles- Etienne),  vice-con- 
sul à  Tunis,  p.  546,  561,  514,  575,  576, 
577,  578,  579,  580,  581,  582,  583,  584,  585, 
586,  587,  588,  590,  594,  595,  598,  614,  624. 

Mallet  de  la  Brossiâre,  médecin  de  la 
marine  envoyé  à  Tunis,  p.  25,  26, 28, 38, 39. 

Malte,  p.  12,  13,  17,  21,  24,  25,  38,  42  à 
45,  132,  141,  150r,  154,  164,  176,  223,  350 
à  355,  358,  363,  364,  369,  372,  373,  375, 
378  à  382,  388,  403,  404,  414,  417,  418, 
474,  471,  482,  483,  489,  493  à  495,  499, 
527,  545,  553,  598. 

Mamet-Beutar,  Kiaya  de  Porto-Farine, 
p.  97. 

Mamet-Bhadt,  agent  du  Dey  d'Alger  h 
Tunis,  p.  366,  387,  388,  413. 

Mamet-Khodja,  gouverneur  de  Porto- 
Fi^rine.  Voir  Mahambt-Khodja. 

Mamet-Masseren,  p.  97. 


Mamet-Morau.  Voir  Hassan-Morali. 

MAMBT-OoBiis,    ministre  du    Pacha   de 
Tripoli,  p.  422. 

Mambt-Reïs,  envoyé  du  Bey  en  Turquie, 
p.  419,  420. 

MAHirBSTES,  p.  188. 

Manouba,  jardin  du  Bey,  p.  441.  Voir 
Travaux  publics. 

Manugci,  agent  à  Bizerte,  p.  450,  453. 

Mantoue,  p.  314. 

Maquaynant  (Joseph),  traiteur  à  Tunis, 
p.  438. 

Marbres  d'Italie  pour  une  mosquée, 
p.  490,  —  pour  le  palais  du  premier  mi- 
nistre du  Bey,  p.  494. 

Mabcescheau  (Armand;,  vice-coosul 
de  France  h  Tunis,  p.  614,  621,  623,  639, 
644,  657. 

Marchand,  lieu  tenant  de  vaisseau ,  p.  323. 

Mariages  du  fils  aîné  et  du  neveu 
d*Ali,  Bey  de  Tunis,  p.  54. 

Marie-Âmtoinbtte,  p.  123. 

Marie-Louise,  Impératrice,  p.  489. 

Marie-Thérèse  (La),  frégate,  p.  634,637, 
639,  666,  669,  672,  684. 

Marine  (Ministres  de  la).  Voir  Bertrasd, 
BoYNES,  Castribs,  Flecrieu,  Lacoste, 
La  Luzerne,  Monge,  Montmorin,  Praslgv, 
Sartine,  Terray,  Thévbnard,  Turgot. 

Marine  tripolitaine,  p.  701 . 

Marine  tunisienne,  p.  12,  37,  216,  493, 
496,  505,  548,  576,  578,  679;  —  construc- 
tion de  frégates,  p.  389,  398,  403,  583, 
585;  —  détruite  par  une  tempête,  p.  580; 

—  le  Bev  demande  un  ingénieur,  p.  620  ; 

—  machines  et  bateaux  à  curer,  p.  646. 
Voir  GouLETTE  (La). 

Marlm,  résident  à  Tunis,  p.  306. 

Maroc,  p.  160,  165,  179,  348,  371,  402, 
405,  670,  690;  —  neutralité  pendant  la 
guerre  ft'anco-algérienne,  p.  692,  696;  — 
Démêlé  avec  TAutriche,  p.  699,  voir 
Mehemet-Ali. 

Marsa  (la),  p.  153,  664. 

Marseille,  p.  9,  21,  102,  104,  123,  167, 
225,  234,  240,  261,  271,  278,  390,  400,  420, 
452,  453,  474,  477,  479,  484,  494,  553,  578, 
586,  623,  660.  —  (Agent  tunisien  à),  voir 

BOUDJARA,    GlERRA. 

Martellt-Chautard  (de),  capitaine  de 
vaisseau,  p.  24,  25,  28. 

Martin  (Barthélémy),  directeur  de  la 
Compagnie  d'Afrique,  p.  11; —  capitaine 
de  vaisseau,  p.  319. 

Martin  (Joseph -Dominique),  patron 
d'une  polacre  de  Saint-Tropez,  p.  102. 

Martinbnq  (FrançoisJoseph-Jules  de) 
de  Gineste,  capitaine  de  vaisseau,  p.  119, 
123,  124. 

Martino  ou  Martini  (Renato  de),  consul 
de  Naples,  p.  500,  502,  512,  513,  515,  545, 
546,  556,  559,  575»  576,  582,  630,  631. 

Massa-Carrara,  p.  490. 

Massacre  projeté  contre  les  chrétiens, 
p.  651  à  664,  685. 

Massera  (général),  p.  345. 

Massignano  (Le  P.  Alexandre  db),  p.  461, 
505,  517,  562,  685. 


ET  ANALYTIQUE 


727 


Matébon  (Jean),  domestique,  p.  141. 

Mathieu  (Jacques),  boulanger  du  Fon- 
douk,  p.  86. 

Matifoux  (Cap),  p.  682. 

Mats  et  bois  de  construction  demandés 
par  le  Bey  (1791),  p.  197. 

Mauby,  industriel,  p.  623. 

Mayan,  cuisinier  à  Tunis,  p.  307. 

Maybargues.   Voir  la   Croix  db  May- 

RAKGUBS. 

Mazomi,  armateur  génois,  p.  16  (. 

Méchain  (Jérôme-lsaac),  commissaire 
du  gouvernement  à  Malte,  p.  355;  — 
(Louis-Eugène),  consul  à  Tripoli,  p.  355. 

Mbcqub  (la),  p.  115,  122,  123,  199,  357, 
366, 600  ;  -—  pèlerinage  protégé  par  Bona- 
parte, p.  402. 

MÉDAILLE  D*0R  à  Tcffigie  de  Louis  XV, 
p.  22. 

Médecins  du  Bey  :  français,  p.  15  à  17, 
21,  23.  Voir  G  AT,  Jodrdan,  Lombard,  Mal- 
LET  DE  LA  Brossièbb,  Pastron  ;  —  bcIges  : 
Yoir  Frank;  —  génois,  p.  256  et  257  :  voir 
Mbndrici;  —  italiens,  p.  26,  28;  — napoli- 
tains, voir  RoNCBi. 

Mégy  (Claire),  femme  de  chambre,  p.l47. 

Mbhedia  (la),  p.  619. 

Mehembdbl-Boardi,  p.  141. 

Mehbxbt-Ali.  vice-roi  d'isgypte.  p.  654, 
671,  687,  689,  693,  695,  699,  711. 

MEHEMET-EL-HARiDcm,  Bgcut  du  Msroc  à 
Tunis,  p.  682,  686,  690,  696,  698. 

Mehemet-Tîbluli,  p.  487,  615. 

Mblpoméne  (La)p  frégate,  p.  222. 

MâMAGERiB  nationale  ae  Versailles, 
p.  319,  328. 

Mehdrigi,  médecin  du  Bey,  p.  257,  279, 
304,  325,  530;  —  frère  du  précédent,  chan- 
celier du  Consulat  de  Venise,  p.  316,  330. 

Méniâres,  bijoutier  du  roi,  p.  111,  254, 
259. 

Mexou  (Jacques-François,  baron  de), 
général,  p.  415,  417. 

Méridiens  a  canon,  semblables  à  celui  du 
Palais-Royal,  offerts  au  Bey,  p.  211,  325. 

Mbttbrnicu,  p.  564. 

Meubles  de  la  maison  consulaire , 
p.  296. 

Mbtnier.  Voir  Ménièrbs. 

Michel  (Le  Père),  capucin,  p.  180;  — 
(Clément),  résident  à  Tunis,  boulanger, 
p.  395,  505. 

Michel- Ange  (gravure  de),  p.  508. 

Micbblange  de  Portana  (Le  Père),  capu- 
cin, p.  562. 

Mignonne  (La),  frégate,  p.  11,  24. 

Milford  (Le),  vaisseau  anglais,  p.  501. 

Mimant  (Alfred),  consul  à  lassy,  p.  545; 
—  (Jean-François),  consul  &  Cagtiari, 
p.  545,  547. 

Minerve  (La),  frégate,  p.  222. 

MiNUTi  (Jean-Louis),  résident  à  Tunis, 
p.  132,  135,  140,  147,  233,  290,  301,  305, 
317;  —  son  fils,  p.  306. 

MiOT,  commissaire  des  relations  exté- 
rieures, p.  224,  319. 

MissiEssY  (Claude-Laurent  de  Burgues 
de),  capitaine  de  vaisseau,  p.  112. 


Missions.  Voir  Capucins. 

Modeste  (La),  frégate,  p.  24. 
Mohamet-Ali-Tzaous  ou  Chaough,  négo- 
ciant tunisien,  p.  440,  445. 

Mohammed,  frère  d'Ali,  Bey  de  Tunis, 
p.  1,  61,  530. 

Mohammed-ben-Abdul-Hamid,  p.  686. 

Mohahmed-Khodja,  intendant  de  l'ar- 
senal du  Bey,  envoyé  en  Angleterre  et  en 
France,  p.  221,  299,  309,  310,  311,  316, 
372.  401. 

Mohammbd-Marivi,  négociant  tunisien, 
p.  348. 

MoLÉ  (Mathieu-Louis,  comte),  ministre 
des  Affaires  étrangères,  p.  708  &  711. 

MoLKE  (Comte  db),  capitaine  de  vais- 
seau danois,  p.  132. 

MoLLA- Osman,  négociant  tunisien, 
p.  333,  334. 

Moltedo  (Dominique-Marie),  consul  de 
France  à  Alger,  p.  355,  366,  372,  377,  523. 

Monaco,  sous  la  protection  anglaise, 
p.  549. 

MuNASTiR,  p.  91,  92,  107. 

MoNOE  (Gaspard),  ministre  de  la  Marine, 
p.  216,  217,  218,  219,  220;  —  (Jean), 
député  de  la  nation  française  à  Tunis, 
p.  616,  625,  633,  659,  660,  681,  686. 

Monnaie  tunisienne,  p.  609,  615,  616, 711. 

Monnet  (Louis),  faux  monnayeur,  p.  500. 

Monte- KOTONDO,  p.  584. 

Montorand  (Jean-François-Joseph,  che- 
valier de),  capitaine  de  vaisseau,  p.  129, 
130, 

Montmorency  (Mathieu  duc  de),  mi- 
nistre des  Affaires  étrangères,  p.  582, 
583,  584,  585,  586. 

MoNTMORiN  .(Armand-Marc,  comte  de), 
secrétaire  d'État  de  la  marine  par  inté- 
rim, p.  170, 171. 

Montréal  (Le),  frégate,  p.  109,  114. 

MoREAU  (général),  p.  314,  511. 

MoRÉE  (expédition  de),  p.  670,  671. 

MoRiÉs,  négociant  français  à  Tunis, 
gendre  du  consul  anglais,  p.  90. 

MoRo,  amiral  vénitien ,  p.  143;  — 
(Carlo),  Tabarquin,  p.  683,  685. 

Mort  de  Louis  XV,  p.  29,  30,  31,  33;  — 
d'Ali,  Bey  de  Tunis,  p.  125. 

Moscou,  p.  504. 

Mosquée  construite  à  Tunis  avec  des 
marbres  de  Carrare,  p.  490. 

MouRGUBS  ,  capitaine  de  vaisseau  , 
p.  583. 

MouRiÉ  (Pierre),  résident  à  Tunis, 
député  de  la  nation  française,  p.  88,  91, 
132,  135,  140,  149,  290,  301,  305,  390,  406; 

—  (Antoine),  commis  à  Tunis,  p.  147. 
MuRAT  (Joachim),  roi  de  Naples,  p.  500, 

515,  520. 

Muséum  d'histoire  naturelle.  Envoi 
d'animaux,  p.  327,  328. 

Musique  du  Bey,  p.  240. 

Mustapha,  fils  de  Mahmoud,  p.  529,  541, 
543,  560,  615,  521,  622,  649,  650,  651, 
670,691. 

Mustapha,  drugman  du  consulat,  p.  83; 

—  Dey  d'Alger,  p.  350. 


728 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


MusTAPHA-AoHA,  cnvoyé  du  Bey  en 
France,  p.  324,  400,  440,  441,  442,  444, 
445,  447,  448.  449,  450,  45i,  452,  433,  454. 

Mustapha-Arnaout.  Voir  Mustapha-agha. 

Mustapba-ben-Abdalla,  reîs,  p.  77. 

Mustapha-ben-Ibrahim,  agent  consulaire 
à  Djerba,  p.  624. 

Mustapha-Khodja,  gendre  et  ministre 
d'Ali-Bey,  p.  36,  45,  49,  53,  56,  58,  59,  66, 
67,  69,  70,  76,  78  à  80,  83,  86,  87,  89,  92, 
93,  96  À  98,  103,  105,  106,  110,  111,  113  à 
115,  117,  123,  125  à  127,  130,131,  133,  134, 
136,  138,  141,  145  à  148,  153,  154,156,  157, 
459,  160,  162,  164,  166,  170,  180  à  185, 
190,  193,  195  &  197,  199  à  204,  208  à  211, 
214,  215,  217,  223,  227,  233,  237,  242,  246, 
250,  253,  255,  256  à  259,  264,  273,  276, 
279,  286,  291,  302,  303,  305,  310,  317,  318, 
320,  334,  398,  409,  413,  418. 

MtSTAPHA-RBIS,  p.  543,  548. 


N 


Nadis,  tribu  d*Arabes,  p.  583. 

Nahman-chérif,  attaché  à  la  suite  de 
Suleyman-Agha,  p.  56,  67. 

Naîadb  (La),  tartane,  p.  138. 

Naissance  du  duc  d'Angouléme,  p.  38, 
40;  —  du  dauphin  Louis-Joseph,  p.  123. 

Naples,  p.  171,  178,  225,  312,  315,  363, 
371  à  373,  380,  392,  398,  403,  454,  465, 
480,  492,  494,  512,  515,  520,  526,  545  à  530, 
553,  555,  559,  561,  573,  586,  587,  627  &  630. 

Napoléon.  Voir  Bonaparte. 

Narbonne-Pellbt  (de),  capitaine  de 
Taisseau,  p.  41. 

Nation  française  a  Alger,  p.  377. 

Nation  française  à  Tripoli,  p.  322,  389, 
398,  405. 

Nation  française  à  Tunis,  p.  8, 10, 24, 26, 
27,  33,  34,  40,  77,  84,  87,  88.  134,  136,  145, 
458,  461,  479,  484,  488,  489,  495  à  497,  504, 
509,  516,  517.  524,  616,  625,  631,  659,  660; 

—  exemptée  de  solidarilé  en  cas  de 
faillite  de  l'un  de  ses  membres,  p.  21,  234, 
348,  470; , —  supporte  l'avance  des  dépen- 
ses de  l'Échelle,  et  non  le  Consul,  p.  74; 

—  escorte  le  Consul  au  Bardo  dans  trois 
charrettes  couvertes,  p.  75,  91,  439,  et  à 
La  Goulelle  pour  recevoir  les  capitaines 
de  vaisseau,  p.  91;  —  désordres,  p.  187, 
192,  193,  201,  203,  210,  232,  233,  238  à 
242,  260,  262  à  266,  277,  283,  289,  301  à 
303,  308,  524;  —  enfermée  dans  le  Fon- 
douk,  p.  368,  395,  401,  408  À  409,  412, 
420;  —  réorganisation  en  1801,  p.  425  à 
427,  432,  438. 

Naddi  (Xavier),  vice-consul  à  Tripoli, 
p.  322,  323,  359. 

Naufrages  d'un  reïs  tunisien  en  Pro- 
Tence,  p.  77  ;  —  d'un  bateau  français  en 
Tunisie,  p.  167;  —  d'une  frégate  anglaise 
à  Tunis,  p.  357;  —  d'un  aviso  à  Porto- 
Farine,  p.  418;  —  d'un  reïs  à  Livourne, 
p.  447. 

Navarin  (Bataille  de),  p.  640,  650,  665, 
672. 


Navoni,  commissaire  du  gouvemement 

&  Cagliari,  p.  445. 

Nkcker,  p.  183. 

NéoRB  (Jean),  boulanger  du  Fondouk* 
p.  88. 

Nègre  (Cap),  Comptoir  français   de  la 
Compagnie  d'Afrique.  Voir  Cap-N&gre. 

Nelson  (amiral),  p.  351,  363,  311,  389, 
390,  392, 402,  403;— bloque  Toulon, p. 454. 

Némbsxs  (La),  frégate,  p.  281. 

Néréide  (La),  frégate,  p.  535. 

Nesselrodb,  p.  564. 

Neutralité  du  pavillon,  p.  622. 

Nice,  p.  314. 

Nicolas,  fondé  de  pouvoir  de  DeToize 
à  Paris,  p.  468,  472. 

Nicolas  d'Ancône  (Le  Père),  capucin, 
p.  461,  505,  517. 

Nieuil  (Arnould-Claude  de  Pont,  M"  de), 
chef  d'escadre,  p.  174,  175,  177. 

Nipert  (François),  résident  k  Tunis, 
p.  420  ;  —  (Jean),  boulanger,  p.  420. 

NoAH,  consul  des  États-Unis,  p.  531. 

Noblb  (Jérôme),  résidente  Tunis,  p.  147. 
233,  290,  291,301,  305. 

Nordenskiold,  amiral  suédois,  p.  666. 

N0STRA-SlGNORA-DBL^P0RTO-SALVO,pinque 

génoise,  p.  371. 

Notrb-Damb-db-Bon-Consbil,  navire  ra- 
gusais,  p.  349,  407. 

Notrb-Damb-du-Mont,  gondole  génoise, 
p.  168. 

Noulbt  fPierre),  boulanger,  p.  420. 

Nyssen  (Antoine),  consul  de  Hollande 
à  Tunis,  p.  133,  136,  349,  384,  391,  395, 
411,  421,  423,  428,  484,  491,  502,  514.  513, 
522,  523,  527,  555,  557,  586,  588,  672;  — 
(Charles),  son  frère,  p.  527,  528,  625,  626; 
—  (César  et  Henri),  fils  de  Charles, 
p.  621,  632,  638. 


O 


O'Bribn  (Richard),  diplomate  améri- 
cain, p.  376. 

Océan  (L'),  vaisseau  anglais,  p.  574,593. 

Œuvres  pies,  pour  le  rachat  des  escla- 
ves chrétiens,  p.  37;  —  association  de 
charité  de  Cagliari,  p.  451;  —  œuvre  de 
la  Rédemption  de  Palerme,  p.  501.  Voir 
Capocins,    esclaves,  Rachat,  TRiNrr aires. 

Oglanoer  (Richard),  consul  d'Angle- 
terre à  Tunis,  p.  487,  545,  547,  551,  555, 
556,  573,  575,  576,  578,  603. 

Oise  (L'),  vaisseau  français,  p.  672. 

OLDEMBonRO(L*),  vaisseau  danois,  p.  132. 

Opizzo  (Giuseppe),  Génois,  p.  397. 

Oran,  p.  656. 

Orléans  (Duchesse  d*),  p.  485. 

Ornano  (Cunéo  d'),  consul  général  en 
Sardaigne,  puis  aux  Canaries,  p.  453;  — 
son  fils  apostasie,  p.  510. 

Osa  (Le  Père  Benedetto),  Trinitaire, 
chargé  d'affaires  d^Ëspagne  à  Tunis,  p.  633, 
666. 

OsiRis  (L')>  aviso,  p.  418,  419. 

Osman,  Tunisien,  p.  400. 


ET  ANALYTIQUE 


729 


Othman,  barbier  de  Alustapha-Agha, 
p.  440. 

Othman  (Sidi),  frère  d'Hamouda,  p.  525, 
526,  527,  528;  —  sa  mort,  p.  520,  530, 
531. 

Oued-bl-Haro,  p.  624. 

OuKEs,  gouverneur  de  Malte,  p.  489. 

Otsonvillb  (André  Dupont  d'Aubeyotb, 
comte  d'),  capitaine  de  vaisseau,  p.  639. 


Pabon,  maître  maçon,  p.  689. 

Palbrmb.  p.  389,  501,  504.  Voir  Sicilb. 

Palma,  rregate  vénitienne,  p.  143. 

Palma  (Chev.),  consul  sarde,  p.  552,  556, 
575,  576. 

Paou,  p.  344;  —  son  pavillon,  p.  252, 
270,  341. 

Pape.  Voir  Rome. 

Parodi,  armateur  de  corsaires  à  Alger, 
p.  499. 

Pasquier  (Étienne-Denis,  baron),  minis- 
tre des  Affaires  étrangères,  p.  575,  576, 
677,  578,  579,  580,  581. 

Passeports,  accordés  trop  facilement 
aux  Français,  pour  aller  en  Barbarie, 
p.  263,  426,  427;  —  des  bâtiments  mar- 
chands, p.  540.  Voir  Chambre  db  commerce 

DE   MARifiEILLB. 

Pastron,  officier  de  santé  &  Tabarque, 
p.  496. 

Patbktb  de  santé,  p.  585,  586. 

Paterno  (Prince  napolitain),  p.  338, 
344,  587. 

Paulettb  (La),  corvette,  p.  158,  192, 
193. 

Pavillons  sur  les  maisons  consulaires 
à  Tunis  :  —  français,  p.  74,  85,  188,  189, 
193  à  196,  203,205,  207,  209,  212,  231,  232, 
236,  238  à  240,  417,  432,  433,  535,  539,  541, 
710;  —  danois, p.  14, 132,  141,  433;—  hol- 
landais, p.  159;  —  espagnol,  p.  361;  — 
américain,  p.  376,  396,  433;  —  anglais, 
p.  510;  —  napolitain  et  sarde,  p.  710. 

Pavillons  barbaresqubs,  p.  361,  377, 
453. 

Payan,  agent  de  la  Convention,  p.  233, 
241. 

Paz  (Abraham),  armateur,  p.  407,  418, 
425,  498,  593. 

Pecr,  résident  à  Tunis,  p.  306,  420. 

Pêcbb.  Voir  Corail. 

Pégurie.  Voir  Pigurib. 

Pellew,  chef  d'escadre  anglais,  p.  504. 

Pellicot,  résident  à  Tunis,  p.  234, 305. 

Pbltier.  rédacteur  de  VAmbtgu^  p.  491, 
506. 

Pbrasso,  résident  à  Tunis,  p.  575. 

Pbrbtier,  consul  général  du  Bey  À  Mar- 
seille, p.  487  ;  —  non  admis,  p.  497. 

Perkins-Magra,  consul  d'Angleterre  à 
Tunis,  p.  371,  523. 

Perret  (Joseph),  résidente  Tunis,  p.  505. 

Pbrrier,  entrepreneur  des  eaux  À  Paris, 
p.  206. 


Pesoly  (Antoine),  valet  de  chambre 
du  vice-consul  Billon,  p.  505. 

Peste,  &  Alexandrie,  p.  132;  —  à  Tunis, 
p.  140,  142,  144  à  149,  152,  209,  238,  242, 
255,  259,  322,  489,  562;  — le  pavillon  fran- 
çais désinfecté,  p.  238. 

Pbynier  (de),  capitaine  de  vaisseau, 
p.  28,  29,  34,  36,  37. 

Peyron  (Antoine),  agent  de  la  Compa- 

fnie  d'Afrique  à  La  Calle,  p.  156,  159, 
60,247,361,  552,  561. 

Peyssonnel,  chargé  d'une  mission  bo- 
tanique en  Algérie  et  en  Tunisie,  p.  131. 

Pharmaqb,  Frais  de  pharmacie  au  con- 
sulat en  1187,  p.  172. 

Pbilippî.  Voir  Filippi. 

Piastre  tunisienne.  Elle  vaut  36  sous 
en  1778,  p.  78;  —  30  sous,  p.  91,  99;  — 
évaluée  3  livres  15  sols  par  le  tarif  de 
la  Chambre  de  commerce  de  Marseille, 
alors  qu'elle  ne  vaut  pas  plus  de  33  sous 
dans  les  années  de  bonne  récolte,  p.  139; 
—  32  sous,  p.  255;  —  26  sous  (1811),  p.  494. 

PiccALUOA  (Claude),  capitaine,  p.  500. 

PiCHEORu  (général),  p.  511. 

Pie  Vil,  p.  517. 

Piémont,  réuni  k  la  France,  p.  432. 

Pierre  de  san  Piktro  (Le  Père),  capu- 
cin, p.  461. 

PlGNATBL,  négociant  de  Lyon,  p.  680. 

PiODRiB  (Jean),  résident  à  Tunis,  p.  307, 
420. 

PiLORUS,  frégate  anglaise,  p.  688,  693. 

Pinbt  (Germain-Maurice),  lieutenant  de 
vaisseau,  p.  516,  517. 

PiNTo  GuEDBs  (Don  Rodrigo),  chef  d'es- 
cadre portugaise,  p.  392. 

Pioche  (Jeanneton),  boulanger,  p.  420. 

PiOMBiNO,  p.  423,  466. 

Pirateries  des  Barbarbbqdbs,  p.  563  à 
569,  570,  571. 

PiRGHOULY  (J.),  secrétaire  de  Mustapha- 
agha,  p.  440. 

Pistolets  offerts  au  gendre  d'Ali-Bey, 
27. 

Planche,  père  et  fils,  fondeurs  au 
service  du  Bey,  p.  306. 

Plébiscite.  Voir  Bonaparte. 

Pléiade  (La),  frégate,  p.  11, 12,  24,  102, 
129. 

Plévillb  (Nicolas),  p.  614. 

Pléville-lb-Pelley  (Georges- René)  , 
chef  d'escadre,  p.  222,  225,  229,  233. 

Poitevin,  perruquier  à  Tunis,  p.  306. 

PoLioNAC  (Armand-Jules,  prince  de), 
ministre  des  Affaires  étrangères,  p.  682, 
683  à  687,  692,  694,  695,  697,  699,  709. 

Pontons  demandés  par  le  Bey,  p.  193, 
202,  206,  215.  349,  363,  364,  370,  373,  374, 
376,  384,  385,  389,  393,  455,  457,  462;  — 
43  Français  occupés  &  leur  installation  et 
&  leur  fonctionnement,  p.  393. 

PoNTUS,  armateur,  p.  524,  574,  593,  607. 

PoRCELLi  (Comte),  envoyé  du  roi  de 
Sardalgne  à  Tunis,  p.  393. 

PoRTALis(Joseph-Marie,comte),ministre 
des  Affaires  étrangères,  p.  680,  681,  682. 

Porte  (Sublime).  Voir  Turquib. 


730 


TABLE  ALPHÀBÉTIQUB 


Porti-Farimb,  p.  11,  13,  16,  75,  145,  193, 
197,  215,  254,  281,  305,  378,  394,  395,  406, 
464,  484,  554,  576,  578;  —  plan,  p.  16;  — 
arsenal,  p.  216,  379;  —  le  Bey  renonce  à  y 
faire  un  bon  port,  p.  261  ;  —  ensablé,  p.  646. 

Portier  du  Barao,  p.  75  ;  —  du  Consu- 
lat, p.  103. 

Porto-Farina.  Voir  Porte-Farinb. 

Porto-Fbrrato,  p.  466. 

Porto- Viccnio,  p.  104, 178, 179. 

Portrait  de  Charles  X  piour  le  salon 
du  Fondouk,  p.  621. 

Portugal,  p.  363,  389,  390,  392,  398, 
413,  447,  494.  496,  512,  513,  554.  555. 

PoBSBL,  commissaire  général  de  la 
Marine  à  Toulon,  p.  206. 

Postillon  (Le),  orick,  p.  281,  313. 

PonoNY  (Jacques- Adrien  db),  capitaine 
de  vaisseau,  p.  667. 

Pottibr,  joaillier  à  Tunis,  p.  505,  616, 
633,  681. 

Poudre  fabriquée  pour  le  Bey,  p.  627, 686. 

PoDiLLE,  réunie  à  la  France,  p.  466. 

PouvBRiif,  chirurgien  delà  nation  fran- 
çaise à  Tunis,  p.  88. 

Praslik  (duc  DE),  p.  1,2,  6. 

Présents  au  Bey  et  à  ses  ministres, 
p.  8,  10,  14,  23,  49,  66,  76,  126,  135.  149, 
153,  155  à  159,  166,  199,  211,  223  &227, 
244,  254,  256,  257,  263,  278.  283,  304, 
305,  312,  313,  321,  326,  451,  490;  — 
France,  p.  519,  536,  588,  618.  644,  666. 
676,  679;—  Danemark,  p.  131,  139,  141, 
157,  215,  433,  587;  —  Hollande,  p.  139, 
155,  541  ;  —  Suède,  p.  139,  255,  501,  531, 
533,  586;  —  Venise,  p.  89,  149,  273;  — 
Toscane,  p.  551  ;  —  Sardaigne,  p.  554;  — 
Naples,  p.  573,  583;  —  États-Unis,  p.  404, 
433;  —  Les  présents  de  la  France  ne 
sont  que  des  actes  bénévoles  et  non  des 
tributs  comme  ceux  des  Puissances  du 
Nord,  p.  435. 

—  DU  Bey  k  la  France,  p.  125,  140,  440, 
446,  612,  614;  ^  au  Dey  d'Alger,  p.  139, 
167;  — au  Sultan,  p.  493,  544. 

Primat  (Claude),  domestique,  p.  147. 

pRisBs.  Libre  vente  dans  les  ports  tuni- 
siens de  prises  faites  par  les  Puissances 
en  paix  avec  le  Bey,  p.  454.  —  Vente  des 
prises  françaises,  p.  490,  491,  507,  509. 
Voir  Aimable-Clarisse. 

Prison  du  Fondouk,  p.  76,  85,  90. 

Prisonniers  DBGUERRB.Voir  Malte, Sicile. 

Proclahatio:<s  envoyées  à  Tunis,  p.  691, 
696. 

Provence  ,  chargements  de  grains  , 
p.  224. 

Provence  (La),  vaisseau,  p.  635, 672,  677, 
684. 

Prusse.  (Relations    avec    la   Turquie), 
.  382;  —  entre  dans  une  coalition  contre 
a  France,  p.  415;  —  cherche  à  faire  la 
paix  avec  Tunis,  p.  548. 


K 


Devoize  au  lazaret  de  Marseille  (1809;, 
p.  485  ;  —  abolie  k  Tunis  pour  Les  vais- 
seaux anglais  et  français,  p.  660, 610, 71 1. 

QuEiROLO  (Jean),  agent  du  Consul  de 
France  à  Sfax.  p.  624. 

(}uERiNi  (chevalier) ,  chef  d'escadre 
vénitienne,  p.  133,  150, 152. 

QOIBBRON,  p.  265. 


Quarantaines   d'un   reïs  à  Civita-Vec- 
chia,  p.  178;  —  de  28  jours  imposée  à 


Rachat  des  esclaves  chrétiens,  p.  36, 
37,  54,  55,  109,  240,  353,  459,  465,  466, 
467,  468,  592. 

Rafpo  (Joseph],  napolitain,  maître  de 
la  garde-robe  d'Husseln-Bey,  p.  614,615. 

Rapraichissbhbnts  envoyés  par  le  Be} 
à  des  vaisseaux  français,  p.  55,  223,  327. 
441,  541. 

Ragubnbau  de  la  Ghaishatb  (Alexandre- 
Louis),  élève  vice-consul  à  Alger,  p.  456. 

Raguse.  Un  capitaine  ragu sais  trouvé 
avec  une  mauresque  chez  un  Juif  est 
décapité,  p.  140,  376;  —  des  navires 
ragusais  assistent  à  Tinstallation  du 
pavillon  français,  p.  433.  Voir  Notre- Dame 
DE  Bon  Conseil,  Velox. 

Raimbbrt  (Jean -Dauphin),  agent  du 
Consul  à  Tabarque,  puis  à  La  Galle, 
p.  457,  463,  472,  483,  492,  493,  495,  497, 
498,  509,  512,  655,  669.  674,  678,  688,  689. 
691,  692,  697,  698. 

Ramadan  (Fêtes  du),  p.  76,  381. 

Ramadan-Arnaout,  attaché  à  la  snile 
de  Suleyman-Agha,  p.  56,  67. 

Ranieri,  Sarde  au  service  de  Tunis, 
p.  545. 

Raodssbt-S sillons  (chevalier  de),  lieu- 
tenant de  vaisseau,  p.  158. 

Raphaël  (J.-B.),  domestique  de  d'Es- 
parron,  p.  147. 

Rapont,  capitaine  de  vaisseau,  p.  377. 

Raulet,  boulanger  à  Tunis,  p.  306. 

Ravbn,  frégate  anglaise,  p.  28. 

Raynaud,  résident  k  Tunis,  p.  633. 

Ré  (J.-P.),  député  de  la  nation  fran- 
çaise à  Tunis,  p.  575,  616,  633,  681. 

Rbad  (Thomas),  consul  d'Angleterre  à 
Tunis,  p.  632,  656,  662,663,  678,  680,681, 
682,  683,  685,  686,  693,  708,  709. 

Reconnaissance  d'Uamouda,  fils  d'Ali- 
Bey,  comme  héritier  du  trône,  notifiée  h 
Louis  XVI,  p.  61,64. 

Rédemption  (Les  Pères  de  la),  p.  54,  78, 
94,  102;  —  œuvre  de  la  Rédemption  de 
Palerme,  p.  501. 

Redjbb-ben-Ayet,  grand  douanier  de 
Tunis,  p.  130,  379,  380,  413. 

Reonaud  dbSaintJban  d'Angely  (Michel), 
commissaire  k  Malte,  p.  352,  362. 

Rbgnault  (Antoine),  p.  352;  —  (Joseph- 
Angélique-Sébastien),  p.  352. 

Rbîs  tunisiens.  Voir  Corsaires. 

Relahons  extérieures.  Voir  Affadies 
étranoéres. 

Renato  di  Martino.  Voir  Mabtino. 


ET  ANALYTIQUE 


731 


HÉPARATioirs  d'insultes  au  pavillon  fran- 
çais, p.  25,  35. 

Répubuque  batavb.  Voir  Hollande;  — 
Cisalpine,  p.  345,  432. 

REPUBLIQUE  FBANÇAisB  (ProclamatiOD  de 
la),  p.  218,  219,  223, 224.  —  La  simplicité 
du  style  républicain  effarouche  le  Bey, 
p.  231,  236,  231,  238.  —  Voir  Fêtes,  Fon- 
DOUK,  Pavillon. 

République  italienne.  Voir  Itaub. 

Requin  (Le),  aviso  français,  p.  313,  378, 
474,  475. 

Requiran,  résident  à  Tunis,  p.  233. 
411,  421. 

Bjèquirant.  Voir  Requiran. 

Rbverseaux  (Guéau,  comte  de),  lieute- 
nant de  vaisseau,  p.  561. 

REWBELL,présidentdu  Directoire,  p.  316. 

Richelieu  (Armand-Emmanuel  du  Pies- 
sis,  duc  de),  ministre  des  Affaires  étran- 
gères, p.  552,  553,  554,  555,  556,  557,  558, 
559,  560,  561 ,  562,  564. 

Ricord,  conventionnel,  p.  241. 

RiGNY  (Henri  Gaultier,  cheV  de), 
contre-amiral,  p.  626. 

RiPBRT,  boulanger  à  Tunis,  p.  301, 
306. 

RivALTZ  (Martin),  négociant,  de  TAude, 
p.  627,  686. 

Rizzo  (Don  J.-H.),  consul  d'Espagne  à 
Tunis,  p.  656,  677. 

Robert  (Louis),  de  Brignolles,  p.  627. 

Robespierre,  p.  241. 

RoBixsoN  (Valentin),  consul  d'Angle- 
terre k  Tunis,  p.  515. 

RoDRiouEz,  résident  à  Tunis,  p.  174, 
188,  301,306,  317,  325. 

Roger,  commodore  américain,  p.  462. 

Rom  AON  AC  frères,  négociants  de  Mar- 
seille, p.  358. 

RoMBY  (Louis),  vice-consul  à  Ttle  Saint- 
Pierre,  p.  362,  365,  377. 

Rome  (Roi  de).  Sa  naissance,  p.  494. 

Rome,  p.  37,  165,  178,  179,  182,  187, 
449,  457,  458,  550,  609  à  635. 

RoNCHi,  médecin  napolitain,  p.  496,  497. 

Rondeau,  lieutenant  de  vaisseau,  p.  220. 

Rose  (Gap),  p.  624. 

Rossignol  (Le),  corvette,  p.  222. 

Roth,  chargé  d'affaires  de  France  h 
Londres,  p.  685. 

RouBAUD  (Simon),  boulanger,  p.  438, 
505. 

RoucHi.  Voir  Ronciii. 

Rousseau  (J.-B.),  consul  général  de 
France  à  Tripoli,  p.  653,  682. 

Roux,  cuisinier  k  Tunis,  p.  307;  —  négo- 
ciant de  Marseille,  p.  627,  690,  692. 

Roux  (Le  Cap),  p.  581, 583  à  585, 647, 671. 

RuFFiN(Thomas-François-Joseph),secré- 
taire-interprète  du  roi,  chargé  d'affaires 
à  Constantinople,  p.  59,  60,  61,  65,  66,  68, 
359,  364. 

Rusé  (Le),  chebeck,  p.  13. 

Rusé  (Le),  brick,  643. 

Russie,  p.  18,  19, 174, 175,  270,  365,  367, 
382,  387,  421,  433,  483,  504,  506,  548,632, 
651,  671,  693. 


Saccoman  (J.-B.  et  Joseph),  résidents  à 
Tunis,  p.  306,  438,  505,  624. 
'    Sacerdote  (Cohen),  Juif  de  Marseille, 
p.  587. 

Sacre.  Carrosse  du  sacre  de  Louis  XVI 
envoyé  au  Bey  et  détourné  par  Hercu- 
lais,  p.  325;  —  sacre  de  Charles  X,  p.  615, 
618. 

Sagittaire  (Le),  frégate,  p.  41. 

Sabib-Tapa  (Le),  garde  des  sceaux  du 
Bey.  Voir  Yussuf. 

Saint-Antioche,  p.  545,  546,  547, 548, 552. 

Saint-Bonaventure  (Le),  barque  espa- 
gnole, p.  225,  228. 

Saint-Claude,  domestique  i  Tunis,  p.  307. 

Saint-Didier  (Jean-Charles-Nicolas-Aimé 
Cardin  de),  premier  commis  de  la  marine, 
p.  15,  38,  39,  53,  59,  66,  98,  101,  105,  110, 
113,115,  117. 

Saint-Domingue,  p.  520,  637. 

Saint-Louis  (La).  Voir  Fêtes. 

Saint-Pierre  (Ile),  près  Cagliari,p.  351, 
361,  365,  377,  392,  436,  446,  447,  449,  451, 
453. 

Saint-Pierre  (Le),  bombarde  française, 
p.  614. 

Saint- Priest  (de),  ambassadeur  de 
France  à  Constantinople,  p.  61. 

Saint-Siège.  Voir  Rome. 

Saint-Tropbz,  p.  102,  173,  323. 

Sainte-Barbe  (La),  brigantin,  p.  92. 

Sainte-Hélène,  p.  603. 

SAINTE-MARGUERrrE  (Hc),  p.  11. 

Sainte-Maure  (Ile),  p.  337,  339. 

Saizieu  (Étienne-Lazare-Barthélemy  de), 
consul  de  France  à  Tunis,  p.  2,  4,  7,  8, 
9,  10,  11,  12,  13,  14, 15,  16,  18. 19,  20,  21, 
22,  23,  24,  25,  26,  27,  28,  29,  30,  3),  32, 
33,  34,  35, 36,  37,  38,  39,  40,  45, 46,  48,  49, 
51,  52,  54.  55,  56,60,  61,  68,  69,70,  71,  72, 
73,  74,  77,  78,  79,  80,  81,  82,  85,  93,  94, 
95,  98,  100,  101,  102,  105,  109,  122,  151, 
152,  203,  489;  —  salué  contre  Tusage  de 
six  coups  de  canon  par  le  fort  de  la 
Goulette,  p.  9;  —  admis  à  la  retraite, 
p.  92;  —  avec  une  pension  de  6,000  livres, 
p.  94;  —  envoie  un  projet  d'occupation 
de  Tunis  (1797;,  d.  335. 

Saizieu  (Louis-Pierre-François-Richard- 
Barthélemy  de),  fils  du  précédent,  capi- 
taine de  vaisseau,  522. 

Salah  (Sidi),  fils  d'Othman-Bey,  p.  525, 
529. 

Salmon  (de),  ministre  espagnol,  p.  669. 

Salpêtre.  Mine  près  de  Sousse,  p.  228, 
231,  237.  Voir  Poudre. 

Salut  aux  vaisseaux  entrante  La  Gou- 
lette, p.  7,  9,  11,  14,  34.  55,  69,  86,  89, 
91,  102,  177,  211,  214,  217,  220,  222,  439, 
441. 

Saluzzi,  Suisse,  p.  353. 

Salva  (Gabriel),  chirurgien  de  la  nation 
française  à  Tunis,  p.  147,  175,  176. 

Salvat,  capitaine,  p.  619. 

Samatan  (Basile),  négociant  de  Mar- 
seille, p.  266,  336. 


732 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


San  Carlos  (Duc  de),  p.  650. 

Santillana,  chancelier  du  consulat 
d'Angleterre  à  Tunîs,  p.  637. 

Sarto  Marini,  résident  à  Tunis,  p.  306. 

Sardaione,  p.  464,  165,  173,  211,  218, 
234,  245,  314,  351,  361,  392,  398,  403, 
405,  436,  439,  473,  476,  482,  485,  545  à 
548,  630. 

Sardinb  (La\  frégate,  p.  222,  281,  313. 

Sartinb  (Antoine-  Raymond-Jean-Gual- 
bert-Gabriel,  comte  os),  secrétaire  d'État 
<le  la  marine,  p.  35,  36,  37,  38,  40,  43, 
44,  45,  46,  49,  50,  51,  52,  54,  55,  56,  57, 
58,  60,  61,  62,  64,  65,  68,  69,  70,  71,  72, 
73,  74,  77,  78.  79,  80,  81,  82,  84,  86,  87, 
88,  89,  90,  91,  92,  93,  94,  98,  99,  100, 
102, 103,  104,  105,  106,  108,  109,  110,  111, 
112.  113,  114. 

Savoie,  p.  314. 

Savonneries,  p.  228. 

ScARNicciA,  envoyé  de  Portugal  à  Tunis, 
p.  496. 

Sceaux  demandés  par  le  consul  de 
France,  p.  517. 

Scellés  mis  sur  les  papiers,  la  biblio- 
thèque du  consul,  sur  les  comptoirs  des 
négociants,  p.  372,  380,  382,  383;  — 
Devoize  en  demande  la  levée,  p.  390,  391, 
394,  400;  —  levés,  p.  401. 

Scio,  p.  684,  686. 

SciPioN  (Le),  vaisseau  de  ligne,  p.  439, 
440,  441. 

Sébastiani  (Horace  comteK  ministre 
des  AfTaires  étrangères,  p.  711. 

Sébastien  de  Cortore  (Le  Père),  Préfet 
apostolique  À  Tunis,  p.  68,  73. 

Second,  chargé  des  approvisionnements 
pour  Malte,  p.  388. 

Sbdou  Reba,  Prince  kabyle,  p.  688. 

Séoui  (Francesco),  consul  d'Espagne  à 
Tunis,  p    289. 

Séouikr,  résident  à  Tunis,  p.  289. 

Séguin,  joaillier,  p.  614. 

Sbluérbs,  commissionnaire  de  l'armée 
française,  p.  690,  692. 

SÉMiLLANTE(La),corvette,p.  114, 129,130. 

Sémon ville  (Charles- Louis  Huguet  de), 
envoyé  de  France  en  Turquie,  p.  252. 

Senne  VILLE  (de),  envoyé  de  France  h 
Alger,  p.  320. 

Sensible  (La),  frégate,  p.  222. 

Sepi^Iles.  Le  Bey  refuse  d'y  reconnaî- 
tre la  domination  française,  p.  473,  477, 
480,  481,  482. 

Séries,  négociant  français  h  Tunis, 
p.  88,  91. 

Sérieuse  (La),  frégate,  p.  112,  273,  326, 
327,  336. 

Serment  civique,  p.  193,  217,  240,  301, 
345;  —  serment  de  fidélité  aux  Bour- 
bons, p.  517. 

Sehrati  (François),  ministre  des  flnan- 
ces  du  roi  Ferdinand  de  Naples,  p.  507, 
509,  513,  514,  516. 

Serusi  (Abraham),  chancelier  du  Con- 
sulat de  Tripoli,  p.  323. 

Servadio  (Léon),  Juif  de  Tunis,  p.  485. 

Settebon,  Juif,  p.  593. 


Sbvbnson,  consul  de  Danemark  à  Tanis, 
p.  14. 

Sévillb,  p.  482. 

Sfax,  p.  37,  104,  132,  133,  667,  683;  — 
bombardé  par  les  Vénitiens,  p.  150,  154, 
155,  157;  —  agent  du  Consul,  p.  616,624. 

Shaler  ( W.),  consul  général  des  États- 
Unis  k  Alger,  p.  558. 

Sicard  (Jean),  domestique,  p.  147  ;  — 
(Jean-André  et  Jean-Antoine),  t>ouian- 
gers,  p.  438,  505. 

Sicile,  p.  12,  80,  142,  380,  381,  405. 
496,  503  à  504,  520. 

SlDI-BEN-YoUNÉS.  Voir  TOUNÈB. 

Sidi-Mustapha.   Voir  Mustapha-Khooja. 

Sidnet-Smith  (W.),  contre-amiral  an- 
glais, p.  500,  545,  553,  585. 

Sielvb  (Joseph -Charl es- Astoin),  chan- 
celier À  Alger,  puis  à  Tunis,  p.  31 3^  456, 
508,  514,  517,  524,  525,  526,  528,  529,  531, 
532,  533, 536,  539,  549. 

SiEYÈs  (Emmanuel-Joseph),  p.  371. 

Signaux  pour  la  sûreté  de  la  naviga- 
tion, p.  12&. 

Simon  (Jean-Antoine),  boulanger  de  la 
nation  française  à  Tunis,  p.  147. 

Sibont-Broutibrbs  (de),  lieutenant  de 
vaisseau,  p.  211. 

SMrm.  Voir  SiDNEY-SHrre. 

Smyrne,  p.  408,  419,  550.  637. 

SoLER  (Arnoldo),  consul  d'Espagne  à 
Tunis,  p.  167,  484,  513,  515,  558,  575,  594; 

—  (Pierre),  son  fils,  p,  557,  558,  576,  599; 

—  (Carlos),  p.  631,  633,  650,  651. 
Soliman    (Sidi),   premier   ministre   et 

beau-frère  du  Bey,  p.  554, 557, 598, 615, 624. 

SouMAN  -  Bblachb  OU  Belhar  ,  grand 
douanier  de  Tunis,  p.  533,  615. 

SoLFTAiRES  en  brillants  offerts  au  Bey  et 
à  ses  officiers,  p.  304,  305. 

SopuA  offert  à  Mustapha-Khodja,  p.  49. 

Souliard  (Antoine),  domestique  du 
consul,  p.  438. 

SoussE,  p.  11,  22,228,231.  494;  — bom- 
bardée par  les  Vénitiens,  p.443,144, 150. 
151  ;  —  agent  du  Consul,  p.  616,  624. 

Spahis,  p.  56. 

Spinoler,  capitaine  de  vaisseau  hollan- 
dais, p.  155,  158,  159. 

Spitula,  p.  617. 

Stilb,  consul  des  États-Unis  à  Tunis, 
p.  575,  576. 

Stinca  (Mariano),  secrétaire  italien  du 
Bev,  p.  413,  481,  484,  496,  497,  500,  509, 
512*,  513,  521,  525,  528,  530. 

Stora  (Golfe  de),  p.  616. 

Strabrock  (Le),  vaisseau  américain, 
p.  574,  593,  607. 

Sdchuita  (Pedro),  diplomate  espagnol, 
p.  167. 

Suède,  p.  103,  104.  139,  155,  415,  417, 
421,  448,  452,  457,  501,  531,  666. 

SuFFREN  (Pierre-André,  bailli  de),  capi- 
taine de  vaÏHseau,  p.  24,  28. 

Suisses.  Régiment  suisse  en  France, 
p.  412. 

SuLAUZE  (de),  consul  de  France  à  Tunis, 
p.  2. 


ET  ANALYTIQUE 


733 


SoLsiiiANfTalet  de  Mustapha- Agha,p.440. 

SuLKYsiAN-AoHA,  général  des  spahis 
tunisiens,  envoyé  du  Bey  en  France, 
p.  56,  57,  58,  59,  60,  61,  64,  65,  66,  67,68, 
69,  70,  71,  75,  76,  106,  116. 

SuLBYMAK,  reîs,  p.  136,  137. 

Sultane  (La;,  Trégate,  p.  104. 

Sybillb  (La),  frégate,  p.  222. 

Syracuse,  p.  550. 

Syrie,  p.  180. 


Tabac,  p.  19. 

Ta  BARQUE  (lie),  p.  45,  80,  69,  113,  119, 
156,  159,  160,  183,247,  412,  454.  456,  463, 
467,  469,  471,  483,  492,  498,  509,  554,  556, 
561,  563,  573,  584,  587,  611,  621,  624,  631, 
674,  680,  691,  696,  702,  710. 

Tabatière  d'or  ofTerte  au  Bey,  p.  153. 

Tactique  (La),  corvette,  p.  439,  441. 

Talle YRAND (ChaHes-M aurice),  ministre 
des  relations  extérieures,  p.  324,  325, 
327,  328,  329,  331,  332,334.  335,  336,339, 
341,  344,  345,  346,  347,  348,  349,  350,  351, 
352,  353,  354,  356,  357,  358,359.  360,  361, 
362,  363,  368,  369,  370,  371,  373,  374,  375, 
316,  377,  378,  379,  380,  381,  382,  383,  384, 
386,  387,  388,  389,  392,  393,  396,  397,  399, 
400,401,  402,  403,  405,  408,  409,  411,  414, 
415,416,  417,  418,  419,  420,  423,  424,  425, 
427,  430,  431,  434,  435,  436,  437,  438,  439, 
440,  442,  443,  444,  445,  446,  447,  448,  449, 
450,  451,  452,  453,  454,  455,  456,  457,458, 
459,  460,  461,  462,  463,  464,  465,  467,  468, 
469,  470,  471,  517,  518,519,  520,  521,  522, 
526,  527,  539,  540,  542,  543,  544,  545,  546, 
547,  548,  549,  550,  551. 

Taux  de  lYntérèt  à  Tunis,  1,50  et  1  O/o 
par  mois,  p.  261,  263,  264. 

Te  Oeum  pour  le  mariage  de  Napoléon 
avec  Marie-Louise,  p.  489  ;  —  pour  la  nais- 
sance du  roi  de  Rome,  p.  494;  —  pour 
l'entrée  de  Napoléon  à  Moscou,  p.  504. 

Terray  (L'abbé),  secrétaire  d'État  de 
la  Marine,  p.  1,  2,  3,  4. 

Teskerets,  billets  de  sortie  des  denrées, 
p.262,263,*^84,499,572, 575,645.  Voir  Grains. 

Tétouan,  p.  349. 

Thatscher,  fermier  de  la  pèche  an- 
glaise du  corail,  p.  619,  622. 

The  ofTert  à  l'occasion  de  la  Saint- 
Louis  (1815),  p.  542. 

Théâtre  dressé  dans  le  Fondouk  (1799), 
p.  401. 

Thémistoglb  (Le),  frégate,  p.  363. 

TnévBNARD  (Antoine-Jean-Marie),  secré- 
taire d'État  de  la  Mariue,  p.  195,  196, 
197,  198. 

Tbiellens,  patron  de  barque,  p.  167. 

Thierry  (Florent),  élève  vice-consul, 
p.  594.  595,  614. 

TiLsrrr  (Paix  de),  p.  506. 

ToMBOUKTOU,  p.  682.  683,  686,  687. 

Torche  (La),  goélette,  p.  581,  584,  585. 

ToRNGREN,  consul  dc  Suède  &  Livourne, 
p.  321. 


ToRNQUiST,  capitaine  de  vaisseau  sué- 
dois, p.  417. 

Toscans,  p.  13,  464,  550,  551,  586,  588, 
632,  672,  673. 

ToTT  (François,  baron  de),  inspecteur 

général  des  établissements  français  en 
evant  et  en  Barbarie,  p.  61,  62,  68,  80, 
81,  82,  85,  87,  88,  89,  90,  93,  98,  109,  122. 

Toulon,  p.  53.  59,  65,  115,  124, 129,  155, 
162,  202,  323,  224,  274,  367,  369,  370,  373, 
387,  393,  398,  400,  406,  414,  417,  442,  448, 
449,  456,  459,  504,  611,  618,  694. 

TouTBL  (J.-B.J,  médecin,  p.  557,  558. 

TozBUR,  p.  621. 

Traite  des  blancs,  p.  547. 

Traités  entre  la  France  et  Tunis,  p.  32, 
254,  428,  429,  431,  434,  443,  595  à  597, 
600  k  607,  620,  631,  632,  704. 

Travaux  publics  à  Tunis,  p.  79,  375, 
377, 380, 381 , 383, 388, 394, 401, 405, 406, 480. 

Travi  (Sauveur),  p.  513. 

Trbssbuanes  (Chevalier  de),  capitaine 
de  vaisseau,  p.  11. 

Tributs  aux  Barbaresques  abolis,  p.  702. 

Triestb,  p.  498,  574;  —  agent  du  Bey, 
p.  619. 

Trinitaires  espagnols  &  Tunis,  p.  485. 

Triomphante  (La),  tartane,  p.  15. 

Tripou  (de  Barbarie),  p.  9,  81,  89,  96, 
116,  119,  183,  248,  251,  252,  266,  267,  297, 
300,  301,  320  à  323,  327,  349,  351,  369,  398, 
416,  417,  420  à  422,  452,  563  à  567,  620, 
654,  670,  686,  687,  689,  690,  699  à  704. 

Triton  (Le),  frégate,  p.  126. 

Trompette  de  l'arsenal  de  La  Goulette, 
p.  505. 

Truouet,  amiral,  p.  213. 

TuLiN  (Charles),  consul  de  Suède  et 
Norvège  à  Tunis,  p.  501,  513,  548,  556, 
515,  576,  632,  666. 

TuLLEKBN,  amiral  hollandais,  p.  541. 

Tunis  (Régence  de).  Mémoire  sur  le 
gouvernement,  les  productions  et  le  com- 
merce, p.  40. 

TuNisusNs.  Leur  situation  en  France, 
p.  384,  391,  396,  399,  400,  406,  411,  417. 

Turc  (Dominique),  négociant  français 
de  la  maison  Bouillet  à  Tunis,  régisseur, 
p.  88,  132,  135,  140,  147,  443,  447. 

Turgot  (Anne-Robert-Jacques),  secré- 
taire d'État  de  la  Marine,  p.  33,  34,  35. 

Turque  (Langue).  Le  consul  du  Rocher 
sait  le  turc,  p.  98;  —  appointements 
du  khodja  pour  les  écritures  turques  en 
1778,  p.  77  ;  —  le  Bey  demande  la  tra- 
duction d'une  dépêche  en  turc,  p.  236; 
—  écrivain  turc,  p.  305. 

Turquie,  p.  3,  19,  62,  252,  259,  283,  329, 
338, 344, 403, 420  ;  —  guerre  avec  la  Russie 
et  TAutriche,  p.  174, 175  ;  —  alliance  avec 
la  France,  p.  270,  273,  274; —  guerre  avec 
la  France,  p.  360,  362,  264  à  367,  382,  387, 
389,  395  à  398,  400,  402,  409, 419,  421,  459, 
461  à  464,  491  ;  —  milice  turque  à  Tunis, 
p.  493  ,  498;  — •  caftan  d'investiture 
envoyé  au  Bey,  p.  550;  —  guerre  avec  la 
France,  la  Russie  et  l'Angleterre,  p.  640, 
651,  653,  661  à  665,  679,  693. 


734 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  ET  ANALYTIQUE 


U 


Uhiforme  des  consuls  et  vice-consuls, 
p.  99;  —  réclamé  par  Tagent  Lallemeni 
(1194),  p.  233. 

UsTURORA  (Golfe  d'),  p.  581,  610,  615, 
616,  621,  631. 


VAissMUoiïerte  par  la  nation  française 
au  consul  Sai9MU«  p.  24,  26. 

Vallière,  chanoiliiix  du  consulat  de 
France  à  Tunis,  p.  8;  —  consul  &  Alger, 
p.  243,  278,  279,  299. 

Van  Braam,  vice-amiral  hnêindnin^ 
p.  563. 

Vah  der  Capbllen,  amiral  boUandait, 
p.  556. 

Van  Gavbr,  négociant  français,  p.  627, 
686,  690,  692. 

Vattier  de  Bourvillb  (Charles),  vice- 
consul,  p.  675,  681,  710. 

Vaubois  (Henri  Belorano,  comte  de), 
général,  p.  321,  388,  522. 

VBLOx(Le),bàtiment  ragusais,  p.414,417. 

Vencb  (Jean-Gaspard),  chef  d'escadre, 
p.  222,  223,  224,  225,  229,  235,  236,  241, 
242,  244,  249,  257. 

Vendée  (Guerre  de),  p.  265. 

Venise,  p.  89,  133,  138,  139,  142,  143, 
145,  146,  149  &  157,  166  à  172,  199,  200, 
208,  210  à  212,  215,  230,  246,  273,  316,  322, 
329  à  333,  337,  340. 

Ventre  (Joseph),  négociant  à  Tunis, 
p.  686. 

Ventuib  de  Paradis  (Jean-Michel),  chan- 
celier du  Consulat,  p.  61,  109,  119,  135, 
140,  147,  148,  156,  228,  231. 

Veroennes  (M"  de),  p.  131. 

Vernibh  (Joseph),  secrétaire  du  Consul, 
p.  505,  517. 

Verninac  db  Saint- Maur  (Raymond), 
ambassadeur  français  en  Turquie,  p.  259, 
264.  271,  279,  283,  ^95. 

VÉRONÈSE,  capitaine,  de  Livourne, 
p.  499. 

Versailles,  p.  6i.  Voir  Ménaoerib. 

Vbrtrieux  (Louis-Armand  de  la  Poypb 
de),  capitaine  de  vaisseau,  p.  U,  12. 

Vestale  (La),  frégate,  p.  213,  217,  637. 

ViALis  DE  Fontbbllb  (de).  Capitaine  de 
vaisseau,  p.  109. 

ViANÈs,  résident  à  Tunis,  p.  305. 

Vlasemski  (Prince],  général  russe,  p.  131. 

Vice-consul  de  France  k  Tunis,  p.  69, 
82;  —  son  rang  dans  les  audiences  du 
Bey  et  les  cérémonies  publiques,  p.  70, 73, 
84;  —  ses  appointements,  p.  85,  98;  — 
son  uniforme,  p.  99;  —  sa  maison,  p.  586, 
693.  Voir  Billon,  Dbvoize,Esparron, Lions, 
Mauvoire,  Marcescheau,  Thierry,  Vattier 
DE  Bourvillb,  Villeneuve. 

Vicence  (Armand-Augustin-Louis  de 
Caulaincourt,  duc  de),  ministre  des  Af- 


faires étrangères,  p.  513,  514,  515,  535, 
536,  537,  538,  539. 

ViCHERAT,  Père  lazariste,  142. 

Victoire  (La),  frégate,  p.  86. 

Victorieuse  (La),  p.  600. 

Vienne,  p.  176. 

ViBRGE-Du-RosAiRE  (La),  polacre,  p.  328. 

VU.LENEUVB  (Jean-Pierre- François-Ao- 
toi ne-Guy  de),  vice-consul  de  France  à 
Tunis,  p.  158, 191,  192,  197,  201,  275,  297, 

300,  304;  --  suspect,  p.  247,  265;  — 
(Pierre-CharlesJ.-B.-Sylvestre),  capiUine 
de  vaisseau,  p.  337,  338,  339,  340,  341, 
342,  343,  344,  354,  355. 

ViLLBT,  résident  à  Tunis,  p.  147,  233, 

301,  305,  321. 

Vin  vendu  publiquement  par  les  chré- 
tiens k  Tunis,  malgré  les  ordres  du  Bev, 
p.  110;  —  trafiquants  en  vin,  p.  190. 

Vinaigre.  Les  dépêches  barbaresques 
ém  \a  fin  du  xvui*  siècle  sont  désinfec- 
tées à  cause  de  la  peste  qui  sévissait  en 
Barbarie^  |^  142. 

Voiture  db  Consul  de  France,  p.  97, 104, 
105,  106, 109,  lt%i87,  657  à  659,  667,  669; 
—  500  livres  pour  l^tretien,  p.  170;  — 
le  consul  d'Angleterre  veut  une  voiture 
à  quatre  roues,  p.  624,  6S1. 

Voltigeur  (Le),  brick,  p.  ni,  660,  681. 


IV 

Waldegravr,  amiral  anglais,  p.  281, 
286,291. 

Wellington,  p.  564. 

Werther  (B""  de),  ministre  pruesien  en 
France,  p.  341. 

WiDDIN,  p.  360. 

WiBSB,  prisonnier  à  Malte,  p.  495. 

WiET  (Joseph),  drogman,  642. 

WiLSON,  secrétaire  du  gouverneur  de 
Malte,  p.  616,  62i. 

WiNTER  (DE),  amiral  hollandais,  p.  523. 


YouNès-BBT,  p.  113,  400,  484. 

Tussuf-Karamanli,  Pacha  de  Tripoli, 
p.  322,416,687,700,701. 

Yussup-Kbodja  ,  envoyé  du  Bey  en 
Turquie,  p.  252,  253,  257,  259,  279,  2S5, 
286,  305  ;  —  premier  ministre,  p.  424, 
430,  488,  490,  494,  530,  533. 


Zani  (Gravure  de),  p.  508. 

Zantb,  p.  337,  339,  340. 

Zibral,  cuisinier  de  Mustapha-Agha, 
p.  440. 

ZouABAs  ou  Zouaves,  milice  barbares- 
que,  p.  75,  510,  662,  689,  690. 

ZucuET,  secrétaire  du  consul  de  Hol- 
lande k  Tripoli,  p.  393,  421. 


ERRATA 


Page  2,  note  1,  Usez  :  Sulauze,  au  lieu  de  :  Salauze. 

Page  160,  lisez  :  Louis  XVI  à  Hamouda,  au  lieu  de  :  Louis  XVI  à  Ali. 

Page  302,  lisez  :  Biilon,  secrétaire  de  Devoize,  au  lieu  de:  secrétaire  d'Herculais. 

Page  615,  note  2,  lisez  :  RafTo,  Bach-Kalak,  ou  maître  de  la  garde-robe,  au  lieu  de  : 
Bach-Kalakou,  maître  de  la  garde-robe. 


Coolommiers.  —  Imp.  Paul  BRODARD.  ^  267-95 


HARVARD  LAW  LIBRARY 
FROM  THE  LIBRARY 


RAMON  DE  DALMAU  Y  DE  OUVART 
MARQUÉS  DE  OLIVART 


Rèceived  Decehber  31,  1911 


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